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Actualité
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Le beurre et l'argent du beurre
Michèle Ouimet
TRIBUNE LIBRE samedi 31 mai 2003
Éditorial - Lorsque Peter Yeomans, bras droit du maire Gérald Tremblay, a acheté l'Île Dorval avec une poignée de résidants, histoire de s'assurer que la nouvelle Ville ne mettrait pas ses pattes sur ce joyau, il avait soulevé une vague d'indignation.
À la veille des fusions, les 74 propriétaires de chalet, dont M. Yeomans, avaient acheté l'île via une corporation privée. Parmi les acheteurs, on retrouvait l'ex-mairesse de l'Île et la plupart de ses conseillers... qui étaient aussi les vendeurs. Ils ont mis le grappin sur l'Île à un prix défiant toute concurrence : 25 000 $ alors qu'elle était évaluée à 664 491 $. Pourquoi se gêner.
L'Île a donc échappé à la juridiction de la Ville. Pourtant, M. Yeomans est non seulement un élu de cette Ville, en qui, visiblement, il n'a pas confiance, mais il est aussi membre du comité exécutif. II fait donc partie du cercle restreint du pouvoir.
L'ex-ministre des Affaires municipales, André Boisclair, avait décidé de contester la transaction. Appropriation illégale du bien public, avait-il dit. L'affaire est toujours devant les tribunaux.
M. Yeomans vient d'ajouter un nouveau chapitre à cette saga. Récemment, Le Devoir dévoilait que la Ville de Montréal allait payer un demi million pour acheminer l'eau potable sur l'île. Pourtant, les Montréalais n'ont pas le droit d'y mettre l'ombre d'un petit orteil sauf s'ils sont invités.
C'est le conseil d'arrondissement de Dorval qui a donné le feu vert à l'installation de l'eau potable. M. Yeomans est président de cet arrondissement. Lorsque les conseillers ont discuté de cette question la première fois, M. Yeomans s'est retiré pour éviter de se placer en conflit d'intérêts. Par la suite, lorsque le conseil en a de nouveau discuté, il a pris part aux délibérations. Était-il en conflit d'intérêts ? Peut-être.
Seul l'article 361 de la Loi sur les élections et les référendums encadre ce type de problème. Il prévoit qu'un conseiller qui a un intérêt doit le déclarer et s'abstenir de prendre part aux discussions et de voter. Même si la Ville de Montréal existe depuis un an et demi, elle ne s'est toujours pas dotée d'un code d'éthique.
Ce n'est pas l'insignifiant article 361 - qui dit, en gros, oui, oui, vous pouvez être en conflit d'intérêts jusqu'au trognon en autant que vous le déclariez - qui va donner un vernis de respectabilité aux entourloupettes de M. Yeomans.
Comment M. Yeomans ose-t-il demander aux Montréalais de payer pour acheminer l'eau à une poignée de villégiateurs qui se sont appropriés cavalièrement un bien public, surtout dans un contexte budgétaire serré où chaque sou compte ? Comment expliquer le silence du maire Tremblay qui n'a même pas rappelé M. Yeomans à l'ordre ?
La loi précise qu'un aqueduc ne peut pas être privatisé. Fort bien. Montréal n'a qu'à être propriétaire du système d'alimentation d'eau. Mais la facture d'un demi million, elle, doit être payée par les 74 propriétaires de l'île.
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Les compressions de Jean Charest
Patrice Boileau
LE DEVOIR samedi 31 mai et dimanche 1er juin 2003
Lettres: Carignan, le 26 mai 2003
Tous l'avaient pourtant dit pendant la dernière campagne électorale, même le très sérieux Conference Board de Toronto: si les libéraux de Jean Charest veulent dépenser davantage en santé et consentir des baisses d'impôts, ils devront, à la lumière de leur programme politique présenté en septembre dernier, couper dans les autres ministères afin de conserver le déficit zéro.
Or c'est exactement le mot d'ordre que le nouveau premier ministre du Québec impose actuellement aux membres de son cabinet. Les mathématiques sont une science implacable, Jean Charest le découvre douloureusement aujourd'hui. Le triste alibi qu'il tente maladroitement de brandir afin de justifier les compressions qui caractériseront son budget présenté le mois prochain ne tient pas. Le fameux trou de 4,3 milliards dont souffriraient les finances publiques du Québec n'est que de la poudre aux yeux. S'il y avait pareil manque abyssal, les maisons de crédit américaines Standard and Poor's ainsi que la firme Moody's nous auraient imposé depuis longtemps une décote. Or il n'en est rien ! Force est alors de reconnaître que cet alibi est de la pure invention qui cause un tort énorme aux Québécois en ce qui concerne leur capacité à gérer les finances publiques.
C'est plutôt un virage néolibéral, digne du capitalisme sauvage du début du siècle dernier, que les libéraux sont à préparer. Le démantèlement de l'appareil politique québécois est commencé : il se voit à travers son retrait de l'économie, retrait confirmé, entre autres, par la quasi-disparition du budget de la SGF. L'amenuisement de son rôle de redistribution de la richesse, en diminuant les sommes consacrées aux plus démunis ainsi qu'aux garderies du Québec, constitue une autre preuve. L'économie émanant de la possible fin des travaux du métro à Laval ainsi qu'à la Grande Bibliothèque du Québec permettra à Jean Charest d'allouer les baisses d'impôts que les plus riches pourront dépenser dans des cliniques privées. Voilà comment encourager l'individualisme, caractéristique dominante de la pensée de droite libérale.
Tous savent pourtant que le modèle québécois qui a permis la création d'un réseau de gens d'affaires francophones lors de la Révolution tranquille ne doit pas disparaître. Notre situation numérique en Amérique du Nord le commande. La prise en main de notre économie n'est pas un luxe dans ce contexte. L'équilibre actuel est précaire : tout recul du rôle interventionniste de l'État québécois se soldera par une accélération de la perte de son influence sur l'économie, donc par le réinvestissement des profits sur notre territoire, creusant ainsi un fossé plus profond entre les riches et les autres. Priver les plus démunis de l'aide de l'État afin d'accumuler des sommes d'argent vouées à des baisses d'impôts est odieux : une population qui ne mange pas à sa faim entraîne inévitablement une hausse de la criminalité. Ce que préparent les fédéralistes à Québec est irresponsable. Nous devons chercher à améliorer les actions de l'État et non l'inverse, comme le veulent les libéraux de Jean Charest.
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Là où ça fait mal Le 14 avril, six Québécois sur dix ("des 70,5 % qui ont voté"... - Vigile) ont voté pour une révision en profondeur du rôle de l'État.
André Pratte
La Presse 31 mai 2003
Éditorial - Les rumeurs de fortes compressions dans les dépenses du gouvernement du Québec ont provoqué une levée de boucliers préventive comme on en a rarement vue. À écouter tous ces lobbys, il ne faudrait toucher d'aucune façon aux budgets des garderies, de l'aide sociale, du logement, des infrastructures routières, du transport en commun, du développement régional, de la culture... tout en augmentant, bien sûr, les budgets des réseaux de la santé et de l'éducation.
Le 14 avril, ca vous dit quelque chose? Le 14 avril 2003, 46% des Québécois ("des 70,5 % qui ont voté"... - Vigile) ont voté pour le Parti libéral du Québec, parti dont la plate-forme électorale, publiée plusieurs mois auparavant, promettait noir sur blanc de « recentrer le rôle de l'État sur ses missions premières », ce qui allait se traduire par le gel des budgets de tous les ministères, sauf la Santé et l'Éducation, donc « une réduction réelle de plus de 10%».
Un autre 18% de Québécois ("des 70,5 % qui ont voté"... - Vigile) a voté pour l'ADQ, qui proposait des coupes encore plus draconiennes dans les budgets gouvernementaux. Cela fait six Québécois sur dix ("des 70,5 % qui ont voté"... - Vigile) qui ont voté pour une révision en profondeur du rôle du gouvernement. Or, à entendre les hauts cris poussés ces jours-ci, on a l'impression que la campagne électorale n'a pas eu lieu. Que tous les groupes de pression du Québec rêvent déjà du retour au pouvoir du bon vieux (et tellement généreux !) Parti québécois. Pour mémoire, le PQ a obtenu 33% du vote le 14 avril.
La logique de tous ceux qui s'indignent, c'est que tous ces services sont essentiels. Que si on a le malheur de réduire le budget de tel programme de quelques millions, ou de faire payer les bénéficiaires un peu plus, l'État providence québécois va s'écrouler. Le problème que tous ces gens refusent de voir, c'est que le Québec n'a pas les moyens de se payer tout cet appareillage. C'est leur aveuglement qui menace l'édifice, pas les compressions.
La fragilité de la situation financière du gouvernement n'a jamais été aussi clairement démontrée qu'au cours des deux ou trois dernières années. Alors que la province vivait une période de croissance économique exceptionnelle, Québec a eu toutes les misères du monde à boucler son budget. Imaginez lorsqu'arrivera la prochaine récession.
L'autre argument qu'on entend souvent ces jours-ci, c'est que telle ou telle compression produira seulement des «économies de bout de chandelles». Cela en dit long sur la mentalité dépensière qui s'est installée chez nous : 20 millions, 40 millions, ce ne sont pas des bouts de chandelles.
Il faut rappeler que tous ces programmes qui nous sont si chers sont également... très chers, dans l'autre sens du mot. On peut bien dire, par exemple, qu'il ne faut d'aucune façon remettre en cause l'universalité des garderies à 5 $. Mais est-on conscient que ce programme coûte plus d'un milliard par an, montant qui est appelé à augmenter sensiblement au cours des prochaines années ?
Et puis il y a la dette, qui sous le gouvernement du Parti québécois a continué d'augmenter silencieusement, et qui nous coûtera cette année plus de 8,2 milliards. L'équivalent de 40% du budget du ministère de la Santé versé dans les poches de nos créanciers!
II est donc clair qu'il faut mettre de l'ordre dans tout ca, non seulement pour boucler le budget de cette année, mais pour assainir à long terme les finances publiques. Le mandat obtenu le 14 avril ne donne pas au gouvernement libéral l'autorisation de couper n'importe comment n'importe où. Il doir agir de manière modérée, ordonnée et transparente. Ce mandat ne le dispense pas non plus - au contraire, c'est l'objectif ultime de l'exercice - de chercher à améliorer les services publics essentiels: santé, éducation, soutien aux personnes les plus démunies.
Cependant, des choix devront être faits. Et, comme c'est souvent le cas lorsqu'il faut choisir, ça va faire mal.
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La religion du 5$
Katia Gagnon
La Presse 1er juin 2003
Éditorial - Les éventuelles compressions dans le réseau des garderies à 5 $ ont soulevé un tollé. C'est vrai, les garderies à 5 $ sont une belle réalisation, qu'il ne faut pas compromettre. Mais le programme, dans sa frome actuelle, n'est pas une religion. Les libéraux ont raison de vouloir le revoir, mais dans l'opération, certains grands principes devront être respectés. Qui limiteront les économies qu'on pourra tirer de ce poste budgétaire.
Rappelons-nous la situation qui prévalait avant le réseau à 5 $. L'accès aux garderies était très loin d'être universel parce qu'il coûtait 25 $ par jour. Avec les garderies à 5 $, on a grandement élargi l'accès à un réseau de qualité. C'est très bien. Mais tout cela ne constitue pas un droit acquis pour tous, coulé dans le béton pour l'éternité. il est normal de vouloir contenir les budgets de ce programme, qui nous coûte plus d'un milliard par an. Comment le faire de façon juste ?
En indexant annuellement le tarif de 5 $. Le gel des tarifs répond à la même logique tordue que celui des droits de scolarité. Pendant les années de gel, en termes absolus, le prix du service diminue parce que le coût de la vie augmente. Les garderies ne pourront pas coûter 5 $ par jour pendant dix ans. Le gouvernement devrait en indexer le coût chaque année au niveau de l'indice des prix à la consommation (on parle d'autour de 15 sous par jour) plutôt que d'arriver un jour avec une inévitable hausse brutale.
En mettant fin à l'universalité. Ceux qui s'opposent à ce changement érigent l'universalité, dans le domaine familial, au rang de symbole. Or, c'est bien triste, mais nous n'avons pas les moyens d'accorder des subventions symboliques aux mieux nantis. Cependant, la quête d'économies ne doit pas se faire aveuglément. Les familles au revenu de 50 000 $ ne sont pas riches. La barre devrait plutôt être fixée à 70 000 $, ce qui réduit sensiblement les économies. Mais c'est tout ce qu'un gouvernement qui a promis d'alléger le fardeau fiscal de la classe moyenne peut se permettre d'aller chercher.
En retardant le développement du réseau. Pauline Marois avait allongé, dans son dernier budget, 200 millions pour devancer la coucrétisation de l'objectif de 200 000 places en 2005. On pourrait remettre le cap sur cet objectif. Si nécessaire, le gouvernement pourrait geler la création de nouvelles places pendant un an. Bien sûr, on comprendrait les 30 000 parents qui poireautent sur les listes d'attente d'être fâchés. Mais la pause serait temporaire et ils disposent, en attendant, de crédits d'impôt.
En mettant le secteur privé à contribution. Le gouvernement péquiste tenait mordicus aux centres de la petite enfance sans but lucratif. II faut remettre le secteur privé dans le coup. Sans, cependant, retomber dans une approche dogmatique en évacuant totalement le public. Les projets déjà autorisés de CPE devraient pouvoir se concrétiser. Pour la suite du développement, le secteur privé pourra être impliqué davantage, car il coûte moins cher. Bien sûr, ses éducatrices sont moins bien payées. Mais la pénurie, dans ce secteur d'emploi, pousse les salaires à la hausse.
Ces solutions provoqueraient cris et grincements de dents. Mais ce genre de compressions ne remettrait pas en cause la réalisation fondamentale des dernières années, soit la mise sur pied d'un vrai réseau de services de garde au Québec. Au contraire, ces ajustements visent plutôt à en préserver la pérennité.
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G8/Retrouvailles crispées pour Chirac et Bush
Sophie Louet
Reuters 1er juin 2003
EVIAN (Haute-Savoie) (Reuters) - Jacques Chirac et George W. Bush se sont retrouvés dimanche à Evian pour la première fois depuis la crise irakienne, des retrouvailles sans chaleur dont les deux présidents souhaitent pourtant qu'elles ouvrent un nouveau chapitre entre la France et les États-Unis.
L'avion Air Force One a atterri à Genève à la mi-journée, en provenance de Saint-Pétersbourg où George W. Bush avait eu un entretien avec Vladimir Poutine.
Le président américain a gagné Evian en hélicoptère puis s'est rendu en limousine jusqu'au site du sommet, un luxueux hôtel sur les bords du lac Léman.
Légèrement en retard, il a sacrifié à la poignée de mains protocolaire avec son hôte français devant photographes et cameramen, comme les autres chefs d'État et de gouvernement du G8 et des 11 pays émergents conviés à un "dialogue informel" en cette première journée de sommet. Le président suisse, Pascal Couchepin, est également invité.
Alors que Jacques Chirac avait multiplié les accolades et les chaleureuses embrassades, notamment avec le président brésilien Luiz Inacio "Lula" da Silva, figure de l'altermondialisme, la poignée de mains avec George W. Bush a été brève, de même que l'échange de propos.
Les sourires des deux présidents, qui ne s'étaient pas vus depuis le sommet de l'Otan de novembre à Prague, étaient crispés. Les deux hommes ont ensuite posé après le déjeuner du "G20" pour la traditionnelle photo de famille. Ils se sont d'abord ignorés, puis George W. Bush a abordé un Jacques Chirac tendu en lui posant la main sur l'épaule.
Les mois d'affrontements sur l'Irak restent visiblement dans les esprits, mais les deux parties sont convenues d"'aller de l'avant". Le G8 d'Evian "ne sera pas un sommet de confrontation", a dit George W. Bush dans une interview publiée vendredi dans Le Figaro. Il a assuré que "la conduite négative" de la France durant la crise irakienne "n'influencera[it] en rien" sa politique à l'égard de la France et de l'Europe.
Les autorités américaines, notamment le Pentagone, n'ont toutefois pas fait mystère de leurs récriminations envers le chef de file du "camp de la paix" et ont annoncé un "réexamen" de l'ensemble des politiques bilatérales.
La France, qui a préparé le terrain à la réconciliation en approuvant le 22 mai la résolution américaine (1483) levant les sanctions imposées à l'Irak depuis 1990, avance elle aussi avec réserve sur cette voie, soucieuse de ne pas prêter le flanc aux accusations de "reniement".
"REGARDER L'AVENIR"
"La vie internationale est faite de visions assumées et maîtrisées", déclarait samedi Jacques Chirac à Saint-Pétersbourg.
"Pour ce qui concerne le passé, chacun restera sur sa position. Nous n'avons pas changé d'avis, les États-Unis non plus", a réaffirmé dimanche sa porte-parole Catherine Colonna.
Jacques Chirac et George W. Bush, qui quittera le sommet prématurément lundi après-midi pour le Proche-Orient, s'entretiendront avant en tête à tête durant une demi-heure, à partir de 11h30 (09h30). L'occasion de renouer les liens, peut-être aussi de s'expliquer sur "le passé".
"Je ne peux pas imaginer qu'ils se voient sans évoquer la question de l'Irak", a dit Catherine Colonna.
Elle a précisé que s'il le fallait, le président français expliquerait "une nouvelle fois" les raisons de la position de la France sur l'Irak, des "raisons de principe".
Le rôle du Conseil de sécurité est "irremplaçable" et la France reste attachée à "un monde multipolaire, équilibré", a-t-elle dit, visant implicitement l'unilatéralisme américain à l'oeuvre dans la crise irakienne.
Paul Wolfowitz, numéro deux du Pentagone, a révélé dans une interview au magazine américain Vanity Fair que l'hypothétique arsenal irakien d'armes de destruction massive n'avait été qu'un prétexte sur lequel "tout le monde pouvait tomber d'accord".
Interrogée sur ces propos, Catherine Colonna a rappelé que "sur la question des ADM (...) il appartenait pour les contrôler et les détruire, dans la mesure où elles peuvent exister, aux inspecteurs des Nations unies de faire ce travail".
Les griefs demeurent, mais les présidents français et américain veulent désormais "regarder l'avenir" de l'Irak, notamment l'application de la résolution 1483 en vue de la reconstruction politique et économique du pays, dont la France est pour l'heure exclue.
Les deux présidents devraient en outre évoquer la situation économique mondiale, le Proche-Orient, l'avenir de l'Otan, la lutte contre le terrorisme, la lutte contre la prolifération.
George W. Bush a proposé vendredi à Cracovie (Pologne) un plan visant à renforcer les contrôles dans les avions et les navires susceptibles de transporter des armes.
"Nous ne sommes pas fermés à une réflexion sur le sujet", a dit Catherine Colonna, confirmant la volonté d'ouverture de la France, mais "il faut se demander dans quel cadre ces actions pourraient être menées". "Quelle en serait la base légale?" a-t-elle demandé.
Le droit international et son interprétation restent au coeur des tensions franco-américaines.
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La réconciliationLa restauration de nos relations avec les É.- U. est un chantier vital
LUCIEN BOUCHARD
La Presse 31 mai 2003
Ancien premier ministre du Québec et ancien ambassadeur du Canada en France, l'auteur est avocat associé dans le cabinet Davies Ward Phillips & Wineberg. À la veille de l'ouverture du sommet du G8, c'est à notre demande que M. Bouchard a accepté de livrer sa vision de cet événement majeur.
UN SOMMET en cachera un autre, demain, à Évian, où les chefs d'État et de gouvernement des huit pays les plus industrialisés se réuniront, sous les auspices de la France. Bien qu'invisible, l'escalade du deuxième sera particulièrement ardue pour le premier ministre canadien.
Le premier sommet se déroulera sans doute selon le scénario établi de longue main par les hauts fonctionnaires. L'ordre du jour proposé par le président français ne devrait pas provoquer des parties de bras de fer entre les participants. Depuis des mois, les sherpas planchent sur des projets de communiqués traitant de la solidarité Nord-Sud, de l'accès à l'eau, du sens des responsabilités collectives et de la restauration de la confiance dans le fonctionnement des marchés financiers internationaux, de la démocratie, de la sécurité et de la lutte au terrorisme. Selon toute vraisemblance, le premier ministre Jean Chrétien pourra, entre autres, se réjouir des suites données aux engagements qu'il a inspirés au sommet de Kanasaskis, l'an dernier en Alberta, en ce qui concerne la mise en place d'un programme d'aide à l'Afrique.
Pour l'heure, on a imprimé entre crochets, dans les projets de textes, les paragraphes qui n'ont pas encore fait l'unanimité, mais leur nombre diminue au fur et à mesure qu'approche l'ouverture du sommet. II ne restera plus aux présidents et premiers ministres qu'à insérer les mots qui manquent et à signer le texte officiel des communiqués. Et, comme d'habitude, les centaines de journalistes présents au sommet rapporteront sans enthousiasme ces textes aseptisés.
L'autre sommet
Ce qui les passionnera par contre, c'est l'autre sommet, celui que tiendront les chefs réunis à huis clos, sans fonctionnaires ni procès verbal. L'agencement usuel prévoit la tenue de tels échanges dans une atmosphère informelle, entre dirigeants débarrassés de leur langue de bois. L'ambiance conviviale qui en résulte garantit la franchise et l'efficacité des discussions.
Conçus à l'origine comme un exercice de coordination économique entre puissances industrielles, les sommets sont[ graduellement devenus une sorte de club sélect où se discutent les grandes orientations politiques, financières et sociales de la planète. Avec l'élargissement de son champs (sic) d'intervention apparut une bureaucratisation de la démarche : réunions de sherpas, de sous-sherpas, de comités de travail et obligation de tenir des réunions chaque année. D'où la nécessité accrue de ménager aux chefs d'État et de gouvernement des plages de spontanéité et de leadership. Si bien que, d'année en année, les participants finissent normalement par nouer entre eux une relation de confiance et d'amitié.
II se trouve que ces vis-à-vis personnalisés et cette mise à nue des enjeux réels se profileront cette année devant un arrière-plan particulièrement tendu. La symbolique n'est certes pas délibérée, mais en décidant de se réunir à Évian, en France, au pied des pics enneigés des Alpes, les dirigeants américain, japonais, français, englais, allemand, canadien et autres ont, sans le vouloir, illustré l'ampleur des obstacles à surmonter pour dégager des consensus en petit comité.
L'affaire de l'Irak a forcé les joueurs à faire des choix. Le président Bush n'aura pas de peine à dresser la liste de ceux qui ont appuyé sa politique irakienne et des autres qui s'en sont dissociés et même, dans certains cas, l'ont dénoncée.
Si les gouvernements sont des machines, il n'en est pas toujours ainsi des hommes et des femmes politiques. Derrière les portes closes, ces hommes de pouvoir feront leur compte. II y aura de la passion dans l'air sinon dans les propos, auxquels on essaiera de conserver un ton civil. Beaucoup d'Irakiens sont morts; des soldats américains et britanniques ont laissé leur vie dans le désert et les rues poussiéreuses de Basra et de Bagdad. Les Américains ont sur les bras une occupation militaire hasardeuse et la gouvernance civile d'un pays compliqué qu'ils se sont par surcroît engagés à reconstruire. Et aucun interlocuteur n'aura oublié les critiques et reproches qu'il a dû essuyer de certains de ses collègues.
Gros sur le coeur
De toute évidence, le président Bush eu aura gros sur le coeur. Tout sourire de circonstance adressé au chancelier allemand risque fort de se figer rapidement. Sa première poignée de mains avec le président Chirac a peu de chances de se prolonger en accolade. Gageons aussi que le premier réflexe du président américain ne sera pas d'inviter le premier ministre Chrétien à une partie de golf ou de pêche. Au-delà du rituel obligé de ces pageants diplomatiques, l'enjeu du sommet d'Évian est énorme pour tous et en particulier pour un pays comme la France qui s'est placée en première ligne des opposants à l'intervention américaine eu Irak.
N'allons pas croire pour cela que la situation du Canada est de tout repos. Le fait que nous ayons fait des choix dans l'exercice légitime de notre souveraineté ne nous exempte pas de devoir faire face à des lendemains pénibles. Le premier ministre Chrétien est certainement informé de la façon dont les Américains ont réagi à l'attitude du Canada dans l'affaire de l'Irak. Le gouvernement canadien a choisi son camp et les Américains savent que ce n'est pas le leur. Ils ont été surpris, blessés et peinés. Surpris: quelques déclarations ambigu&eulm;s leur ont d'abord donné à entendre qu'ils pourraient compter sur l'appui canadien.
Blessés: ils considèrent le Canada comme un partenaire privilégié et un allié indéfectible; plus que des amis, les Canadiens font pour eux partie de la «famille», de sorte qu'ils se sont sentis lâchés. Peinés: les insultes émanant de personnes en autorité sont entrées sous la peau de plusieurs aux États-Unis sans compter les huées suscitées par l'interprétation du Star Spangled Banner, au Centre Bell, qui se sont réverbérées dans les 50 États. Plus grave, ces sentiments ne sont pas seulement le fait des milieux officiels mais ils ont largement cours au sein de la population, sur la côte est comme sur la côte ouest, où je suis allé encore récemment, chez les gens d'affaires comme dans les familles. Un désaccord de principe, passe encore. Mais, les invectives personnelles et les atteintes aux symboles nationaux ont fait mal.
Ce que pensent les Américains, ce qu'ils éprouvent à notre endroit, n'est pas indifférent. La dynamique géopolitique en fait une donnée essentielle de notre politique internationale et même de notre vie domestique, que nous ayons eu raison ou non dans nos prises de position.
C'est donc une lourde tâche qui attend notre premier ministre durant ces trois jours à Évian. II lui incombe de rétablir ses liens personnels avec un président américain pour le moins réticent et d'amorcer une politique de réconciliation avec notre puissant partenaire. Le refus du président Bush d'accorder à monsieur Chrétien un entretien bilatéral en dit long sur sa réticence à passer l'éponge. II est douteux que les vertus curatives des célèbres eaux d'Évian puissent faire passer les rancoeurs et autres souvenirs indigestes. Au mieux - et ce serait déjà beaucoup - ce sommet ne pourra être que l'amorce d'une redéfinition de nos rapports avec les États-Unis.
Les événements récents requièrent, de toute nécessité, de mener ces efforts à bon terme. Les tentations d'ami-américanisme qui viennent de se manifester au Canada sont malsaines et témoignent trop souvent d'une méconnaissance des États-Unis. Puisque la géographie et l'histoire nous font vivre à côté de la plus grande puissance de tous les temps, nous serions bien avisés de chercher à comprendre ce qu'elle ressent et ce qu'elle représente pour nous. C'est la première exigence de la «realpolitik».
Nous connaissons peu et mal ce pays complexe, capable de se nourrir de ses contraductions et de se projeter avec une rare unanimité dans d'immenses entreprises. Ce n'est que l'an dernier que la première chaire d'études américaines a vu le jour dans une université québécoise, plus exactement à l'UQÀM. On oublie trop souvent que cette nation de gens travailleurs, audacieux et disciplinés est l'héritière des plus grands génies politiques des 18e et 19e siècles. Ce n'est pas un hasard si cette république passionnée de démocratie et de droit s'est hissée, en deux cents ans, au premier rang dans les domaines de la recherche, de la technologie, de l'économie, de la puissance militaire et de la diffusion de sa culture.
Pour qui s'intéresse à la réalité et au rêve américains, les sujets d'études foisonnent: les valeurs sociales de nos voisins, une certaine dérive vers l'appropriation de la faveur divine, leurs tensions raciales, leur peu de sensibilité aux préoccupations des autres et leur manque d'intérêt pour le Canada, pourtant leur meilleur client et principal fournisseur de ressources énergétiques, essentiellement pétrolières.
Nous devons d'autant plus nous livrer à cette analyse - et le faire avec sérénité et objectivité - ce voisin pèse très lourd sur nos destinées. Qu'il s'agisse de l'économie (85 % de nos exportations), de notre sécurité continentale ou de notre influence dans le monde, nous sommes en situation d'extrême dépendance envers le États-Unis. Ce serait à tous égards une faute grave de l'ignorer ou de l'oublier.
Notre présence même au sommet de la semaine prochaine devrait nous aider à apprécier ce que nous devons à l'amitié américaine. Au moment d'arriver à Évian, la délégation canadienne ferait bien de se rappeler que si nous sommes devenus membres du Groupe des 7, en 1976, au sommet de Porto Rico et avons ainsi accédé au groupe d'élite où se traitent les affaires du monde, c'est tout simplement parce que le président Gérald Ford l'a voulu et nous a imposés aux autres membres du directoire. Autrement, notre poids comparatif à celui du Japon, de l'Europe, de la France, de l'Allemagne ne nous aurait pas qualifiés.
En un mot, nos relations avec les États-Unis ne sont pas un des éléments de notre politique internationale: elles en constituent tout simplement le coeur. L'enjeu dépasse le cadre de l'international proprement dit, en ce sens qu'il n'a rien à voir avec les
finesses diplomatiques ou les exercices académiques. Il se répercute directement sur notre niveau de vie, nos emplois, notre statut à la table des nations, notre identité nord-américaine et la capacité financière de nos gouvernements d'assurer leurs missions essentielles en santé et en éducation.
La restauration réfléchie de nos relations avec les Etats-Unis est donc un chantier vital pour tous, au premier chef pour les gouvernements (le fédéral en tête) et les gens d'affaires. Voilà beaucoup de pain sur la planche pour le premier ministre actuel et surtout pour Monsieur Paul Martin, son successeur annoncé.
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L'aveu américain
L'éditorial du Monde
Il s'agit donc, sans doute, du plus grand mensonge d'Etat de ces dernières années. D'une campagne de manipulation menée probablement en toute connaissance des choses, en tout cas malgré toutes les indications contraires, pour faire croire aux opinions publiques mondiales que l'Irak détenait et fabriquait des armes de destruction massive. Saddam Hussein, dictateur numéro un sur l'axe du Mal, menaçait la sécurité de ses voisins, des Etats-Unis, du monde entier, grâce à cet armement terrible qu'il pouvait soit utiliser lui-même, soit, hypothèse pire encore, fournir à Al-Qaida. Détruire ces armes qu'il parvenait à cacher aux inspecteurs de l'ONU depuis dix ans justifiait qu'on en vienne à lancer une guerre préventive contre lui.
Donald Rumsfeld, le ministre de la défense américain, a déclaré, mardi, qu'il était possible que les Irakiens aient "décidé de [les] détruire avant le conflit". C'est un aveu. Plus exactement le début de l'aveu du fait que les autorités américaines et britanniques ont déclenché en mars la guerre en Irak pour "détruire" ces armes alors qu'elles avaient acquis la quasi-certitude que lesdites armes n'existaient plus à cette date.
L'Irak avait de telles armes en 1991. Mais une longue campagne d'inspection et de destruction menée sous l'égide de l'ONU va considérablement réduire son arsenal. Saddam Hussein en détenait-il encore, cachées quelque part ? Sans doute. Mais le scénario le plus probable, que l'on peut maintenant reconstituer, est que l'Irak a détruit ce qu'il lui restait d'armes dès novembre 2002, lorsque l'ONU a voté la résolution 1441 qui autorisa le retour des équipes d'inspection internationales à Bagdad. D'où l'impossibilité pour ces inspecteurs de trouver des armes.
Contre ceux, comme Paris, Berlin et Moscou, qui disaient qu'il fallait poursuivre ces inspections, car elles étaient efficaces, Washington et Londres ont alors brandi des "documents" en guise de preuves que l'Irak se jouait des équipes de l'ONU et que la guerre était inévitable. L'Amérique a mobilisé tous ses moyens d'espionnage mais, faute de parvenir à trouver une preuve irréfutable, elle a publié des informations partielles, tronquées, suspectes. Bref, elle bluffait.
Au cours de la guerre, aucune arme de destruction massive ne fut utilisée par l'Irak. Sept semaines après la fin du conflit, les équipes américaines chargées de chercher - on devrait dire trouver - un "smoking gun" demeurent bredouilles. George W. Bush et Tony Blair ont de plus en plus de mal à prétendre qu'ils restent "persuadés" de l'existence de ces armes. La vérité, qu'ils connaissaient, apparaît aujourd'hui : la guerre a été déclenchée non pour détruire ces armes mais pour changer le régime de Bagdad et commencer à remodeler le Proche-Orient. Les armes n'ont servi que de prétexte.
Robin Cook, ancien ministre britannique, qui a démissionné contre la guerre, réclame une enquête parlementaire. Face à ce mensonge d'Etat, la démocratie exige que l'opinion mondiale sache toute la vérité.
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 30.05.03
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