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Actualité
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PQ: un programme avant un chef! Le temps n'est pas aux luttes fratricides de factions intéressées par les succès de quelques personnes
Ce texte est signé par un groupe de militants du Parti québécois
Le Devoir mardi 10 juin 2003
À la veille du premier conseil national du Parti québécois suivant les élections générales du 14 avril, le temps est propice à la réflexion. Un nouveau cycle s'ouvre pour notre formation politique. Après neuf ans de pouvoir, elle n'est plus aujourd'hui en mesure de faire l'histoire. Cette nouvelle donne change radicalement notre vision du projet national et des moyens à prendre pour le voir se réaliser. Il faut faire écho à l'appel de notre chef Bernard Landry qui, au lendemain des élections, incitait de nouveaux visages à se faire porteur de nouvelles idées au sein du Parti. Nous n'avons pas nécessairement la prétention d'être ces nouveaux visages, ni de détenir seuls ces nouvelles idées. Mais nous croyons que certains débats sont nécessaires pour faire émerger, loin de toute exclusion et de tout éteignoir disciplinaire, des avenues nouvelles, voire novatrices, sur plusieurs points fondamentaux pour l'avenir du Québec.
[...] Ainsi nous croyons qu'il importe de repositionner la vision sociale du Parti, de faire le bilan de ses actions gouvernementales, et de redéfinir une stratégie souverainiste avant de lancer toute course à la chefferie. Avec une régression de près de 22 % de notre part d'appui populaire par rapport à l'élection de 1998 (notre résultat le plus bas en 30 ans), perdu en majeure partie en faveur du vote abstentionniste, le temps n'est certes pas aux luttes fratricides de factions intéressées par les succès de quelques personnes. Le temps est plutôt venu d'éclaircir notre option et nos valeurs fondamentales. Nous soutenons donc que la tenue d'un Congrès national doit avoir lieu avant que ne soit lancée une course à la chefferie. En ce sens, nous invitons M. Landry à rester aux commandes du Parti le temps qu'il souhaite, et, selon sa convenance, le temps nécessaire pour l'organisation d'un Congrès national qui permette d'asseoir le Parti sur des idées nouvelles et solides.
Un triple constat
Selon nous, le constat auquel nous sommes confrontés comporte au moins trois aspects. Premièrement, nous assistons à une dispersion du mouvement souverainiste. L'appui à la souveraineté reste constant, autour de 43 %. Néanmoins, les partis souverainistes sont moins populaires que l'option, avec plus ou moins 33 % et 36 % d'appui pour le PQ et le Bloc québécois. Nous constatons un éclatement de la mouvance souverainiste, avec un pullulement de groupes épars faisant la promotion de l'indépendance sous diverses formes. Cette fragmentation rend difficile toute tentative de concertation, comme l'a reflété le pénible accouchement du Conseil de la souveraineté.
Deuxièmement, les années de pouvoir sont venues à bout de la traditionnelle alliance avec les partenaires sociaux du PQ. L'image «sociale-démocrate» s'est ternie. Depuis le sommet socioéconomique du Québec et l'expérience de moult autres sommets en tout genre, les griefs contre le gouvernement se sont multipliés. Même après l'atteinte du déficit zéro, la fin des compressions, un réinvestissement en éducation et en santé, l'instauration d'un régime universel de garderies à 5 $ et une loi antipauvreté, l'effritement du lien de confiance avec les partenaires sociaux est publiquement consommé.
Troisièmement, cette rupture avec les partenaires sociaux s'est faite en même temps que la montée d'un sentiment populaire condamnant la lourdeur écrasante du modèle québécois. Ce modèle, qui est l'apanage du Parti québécois, est soudainement l'objet de critiques ouvertes et articulées que nous ne pouvons plus balayer par des anathèmes. L'uniformité du système se heurte à la diversité des communautés locales des régions du Québec. Les citoyens se sentent éloignés des décisions concentrées entre les mains de quelques hauts fonctionnaires. Les témoignages reçus par la Commission sur les institutions démocratiques en font foi. Les conventions collectives et l'omniprésence parfois inefficiente du secteur public sont perçues comme autant d'obstacles à l'assouplissement d'un régime institué depuis des lustres. La classe moyenne, se sentant surtaxée, s'interroge sur l'utilisation des deniers publics. L'attention accordée aux questions soulevées par l'ADQ en témoigne, malgré le fait que ses solutions ne furent ni satisfaisantes ni convaincantes aux yeux de l'électorat.
L'offensive libérale
À cette situation alarmante pour le parti, s'ajoute la perspective d'une double offensive néolibérale et authentiquement fédéraliste. Le gouvernement Charest prépare déjà l'opinion publique au dépôt de son prochain budget. Après avoir eu l'adresse de se faire élire sans attirer l'attention sur son plan de coupures généralisées, il semble maintenant s'apprêter à retirer l'État québécois des missions que lui a confiées sa population. Et ce, au profit d'un État fédéral aux coffres bien garnis, n'attendant qu'une occasion pour envahir le terrain, accompagné des jolis petits drapeaux de Mme Copps.
Outre la constitution des municipalités en ordres de gouvernement autonome, ce qui facilitera les prétentions des partitionnistes, l'agenda caché de Jean Charest s'avère être un remodelage complet du paysage québécois. Celui-ci passe par un effacement du rôle de l'État québécois, l'affaiblissement des leviers politiques et économiques que nous avons développés au fil des ans, dont la SGF, afin d'effacer tout symbole d'un peuple qui a su se prendre en main. La redéfinition libérale du rôle de l'État est une menace à la fois pour la mission sociale de l'État et pour la capacité future du peuple québécois de maîtriser son avenir en fonction des choix qui lui sont propres.
Une stratégie souverainiste à redéfinir
La défaite du 14 avril représente également l'échec de notre stratégie visant à susciter l'adhésion d'une majorité des Québécois à la souveraineté. L'échéance annoncée du Sommet de Buenos Aires pour l'accession de notre nation à la souveraineté, en 2005, n'a pas été jugée crédible par nombre de nos supporteurs habituels qui ont boudé en masse l'exercice électoral. En plus de réorienter son programme et de contenir l'offensive libérale, notre formation politique a la responsabilité de rendre à nouveau crédible la démarche d'accession du Québec à la souveraineté. Le Parti québécois doit offrir à la population et à ses partisans, une stratégie crédible, cohérente et convaincante.
[Tout cela] commande, selon nous, la tenue d'un débat mené et animé par les militants au sein du Parti. Ce débat devra répondre à plusieurs questions.
- Comment rallier l'ensemble des souverainistes dans le respect de la diversité des opinions?
- Comment rallier les divers partenaires sociaux autour d'un projet social porteur de justice et d'équité?
- Comment répondre aux préoccupations soulevées par les critiques du modèle issu de la Révolution tranquille?
- Comment contrer le remodelage fédéraliste de l'État québécois?
- Comment articuler une stratégie souverainiste crédible, cohérente et convaincante?
Ces débats nous apparaissent cruciaux [...]. [Ils] ne doivent pas être étouffés promptement par une course entre des candidats à la chefferie. Nous enjoignons donc aux délégués au prochain Conseil national, ainsi qu'aux candidats à la chefferie eux-mêmes, d'adopter un agenda qui nous laisse une année pour répondre à ces questions cruciales au cours d'un Congrès national. Un tel agenda laisserait également le temps à une multiplicité de voix de se faire entendre et d'enrichir ainsi le parti de leurs réflexions. La gravité de l'heure semble nous le commander. Dans cette perspective, nous demandons à notre chef, Bernard Landry, de prendre à sa charge de rester le temps nécessaire à la bonne tenue de ce débat et à la remise du Parti québécois sur la route de l'indépendance.
www.unprogrammeavantunchef.fr.st
unprogrammeavantunchef@hotmail.com
Siegfried L. Mathelet, Guillaume Ducharme, Ophélie Sylvestre, Valérie Vanasse, Louis La Rochelle, Philippe Dubeau, Philippe Leclerc, George-Étienne Cartier, Louis-François Bélanger, Martine Carrière, Martin Lamontagne, Dave Turcotte, Éric Champagne, Caroline Labelle, Mathieu Breault, Mario Desormiers, Danny Saint-Jean, Guillaume Rousseau, Sébastien Lemire, Benjamin Gagnon, Jules Hébert, Daniel Cloutier, Jacques Pauzé, Sonia Goulet, Denise Laroche
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Landry doit se brancher! Pour le bien et la cohésion du Parti québécois, il est nécessaire et urgent que le chef péquiste annonce rapidement ses intentions
Maxime Barakat
L'auteur est un ancien président régional sous Lucien Bouchard et ancien directeur de cabinet dans le gouvernement de Bernard Landry.
La Presse mardi 10 juin 2003
DEPUIS NOTRE dernière défaite référendaire, le PQ a manqué quelques rendez-vous importants avec l'histoire. Rappelez-vous de 1995, année où le gouvernement du Parti québécois avait lancé la campagne référendaire afin de tenir un référendum sur notre avenir politique. Après la défaite du oui, quelques ténors du PQ avaient avancé l'idée que le résultat du référendum de 1995 devrait être perçu comme une victoire morale par les souverainistes. Cette affirmation aura manqué de jugement si elle a été faite de bonne fois (sic), sinon les ténors du PQ qui ont avancé cette idée ne voulaient aucunement faire un postmortem objectif et lucide de cette défaite. Premier rendez-vous manqué.
En 1998, le PQ avait été reporté au pouvoir avec 77 sièges sur 125. Au lendemain de cette victoire, le premier ministre de l'époque M. Lucien Bouchard avait interprété ce résultat comme une claque au mouvement souverainiste, puisque le PLQ avait eu plus de votes que le PQ. À ce que je sache, notre système parlementaire est loin d'être antidémocratique. Tous les gouvernements qui se sont succédés au Québec se sont faits (sic) élire sur la base de la majorité du nombre de sièges à l'Assemblée nationale. Si ce système parlementaire mérite d'être réformé, c'est un autre débat. Encore une fois le PQ s'est mis lui-même sur la défensive en ayant interprété la victoire de 1998 comme une défaite. Le résultat de cette mauvaise interprétation a forcé le gouvernement à mettre la souveraineté en veilleuse et à donner aux Québécois un bon gouvernement "provincialiste", qui sera par la suite étranglé au niveau de ses finances publiques par le fédéral. Deuxième rendez-vous manqué.
En 2003, le Parti québécois a perdu les élections générales en remportant 45 sièges sur 125. Au lendemain de cette défaite, le chef du parti M. Bernard Landry a annoncé que le résultat des élections du 14 avril dernier était un succès et que jamais dans l'histoire de notre parti, nous n'avons eu autant de sièges dans l'opposition. Oui, il est vrai que nous avons eu 45 sièges et à peu près 33 % du vote (comparer ce pourcentage avec l'appui à la souveraineté), mais nous avons été défaits. On dirait que nous ne sommes pas capables au PQ de nommer les choses par leur nom. Troisième rendez-vous manqué.
J'ai l'impression que nous manquons de lucidité et d'objectivité au sein de notre parti quand nous mélangeons les victoires et les défaites. L'honnêteté intellectuelle est une condition primordiale pour un parti qui aspire au pouvoir et qui veut faire du Québec un pays souverain. (...)
Deux scénarios se présentent devant nous:
Premier scénario. Si le président du parti M. Bernard Landry décide de quitter la vie politique d'ici l'automne prochain, une course à la chefferie devra se tenir en février 2004 suivie d'un congrès national au printemps 2005. Depuis la création du PQ en 1968, il n'y a eu qu'une seule course à la chefferie. Pour la prochaine fois, il serait souhaitable et nécessaire de choisir le nouveau chef du parti après un vrai débat d'idées sur la nouvelle manière de faire adhérer le plus de Québécoises et de Québécois à notre projet de société.
Deuxième scénario. Si M. Landry veut rester à la barre du PQ et mener ses troupes aux prochaines élections générales, il devra l'annoncer immédiatement. Aucun parti politique n'est capable de fonctionner normalement dans l'incertitude. Pour le bien et la cohésion de notre parti, il est nécessaire et urgent que M. Landry annonce son intention à ce sujet, comme il le dit si bien "la patrie avant le parti et le parti avant l'individu". Si M. Landry décide de rester chef du parti; avec l'exécutif national, il doit présenter aux membres du conseil national un échéancier précis déclenchant un congrès national. Pourquoi un congrès national? C'est une occasion pour les militants de faire un vrai brassage d'idées et d'actualiser notre programme politique afin que nous soyons prêts pour le prochain rendez-vous électoral. L'autre raison, le congrès national est une occasion pour M. Landry d'asseoir son leadership sur le parti en subissant un vote de confiance prévu par les statuts après chaque élection générale.
À mon avis une course à la chefferie et/ou un congrès national devraient être des rendez-vous importants qui relanceraient le débat sur la nécessité de la souveraineté et sur le pays que nous voulons offrir à toutes les Québécoises et à tous les Québécois de toutes les origines et de toutes les nations.
Si nous voulons vraiment "Rester forts", nous aurons besoin de rajeunir le parti et de revoir nos façons de faire sur les plans politique et organisationnel.
En conclusion, j'aimerais lancer un message à tous les progressistes du Québec: le Parti québécois n'appartient à personne et sa seule et unique raison d'être, c'est de réaliser la souveraineté politique du Québec.
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Élitiste, le PQ? Le Parti québécois a échoué jusqu'à ce jour parce qu'il n'a pas réussi à associer le peuple à son projet
Jean-Pierre Charbonneau L'auteur est député de Borduas ex- président de l'Assemblée nationale et et ex- ministre des affaires intergouvernement ales et de la réforme des institutions démocratiques.
La Presse mardi 10 juin 2003
À quelques jours du premier conseil national du PQ depuis la défaite électorale du 14 avril dernier nous vous proposons deux textes de militants péquistes de longue date.
DEPUIS DES ANNÉES, les dirigeants du mouvement souverainiste québécois s'interrogent sur les raisons de la stagnation de l'appui à leur cause. Parmi les explications énoncées jusqu'à ce jour, aucune n'a mis en cause la pratique politique utilisée. Au Parti québécois le mot d'ordre a toujours été: sortir, parler et convaincre. Cela s'inspirait d'une approche classique de missionnariat, de propagande élitiste et de mise en marché traditionnelle qui implique qu'une petite cohorte de gens convaincus et motivés cherchent à convaincre et à rallier la masse à leur opinion. Il s'agissait en quelque sorte d'appliquer pour le projet souverainiste la recette utilisée pour mettre en oeuvre les réformes de la Révolution tranquille pensées, conçues et mises en vigueur d'en haut, par une poignée d'élus et de technocrates clairvoyants.
C'est ainsi que depuis 35 ans, le Parti québécois fonctionne. Certes, l'idée de la souveraineté a progressé mais il faut savoir reconnaître que pour l'essentiel, les progrès sont plus attribuables à des conjonctures favorables et à la popularité exceptionnelle de deux de ses chefs, René Lévesque et Lucien Bouchard, qu'au prosélytisme de militants et militantes qui, avec détermination autant que ferveur, sont sortis pour parler et convaincre. Sans compter que les avancées se sont aussi faites sur un fond socioculturel et historique particulier.
Au cours des dernières années, le Parti québécois a officiellement ajouté un mot à son slogan militant: écouter. Malheureusement, il n'y a pas eu de véritable écoute. Notamment, parce qu'on a refusé de s'engager dans l'une des voies qui l'aurait rendue possible en se disant à la fois coincés par le temps et les échéances électorales et trop anxieux devant le risque de recevoir des opinions et des réponses dérangeantes.
Quelle était l'approche écartée? Essentiellement, il s'agissait de reprendre de la bonne façon et avec le temps voulu l'exercice populaire des commissions régionales itinérantes sur l'avenir du Québec tenues dans les mois ayant précédé le référendum de 1995. Reprendre de la bonne façon car, l'exercice n'a pas alors été mené comme il aurait dû l'être, c'est-à-dire de façon à permettre à un très grand nombre de citoyens et de citoyennes, dans tous les coins et recoins du Québec, de s'exprimer adéquatement sur leur vision de l'avenir de la collectivité. (...)
Manque de clairvoyance
À mon avis, l'échec référendaire de 1980 et surtout celui de 1995 sont beaucoup les échecs d'une attitude élitiste qui n'a pas eu la clairvoyance, l'humilité et le courage de faire vraiment participer le peuple et de lui confier la responsabilité citoyenne de s'approprier la définition de son avenir. C'est aussi l'échec de l'utilisation du pouvoir gouvernemental pour faire avancer la cause. On le sait bien, seul un gouvernement a l'autorité morale et politique de convier toute une population à de grandes manoeuvres de réflexion et de changement. Encore faut-il le faire et bien le faire.
Bien sûr, utiliser le pouvoir gouvernemental après des défaites référendaires crève-coeur pour poursuivre la quête de l'indépendance politique n'est pas chose facile. Sans compter le fait que la longévité au pouvoir, dans ce contexte, prête flanc à une perte de crédibilité et de confiance à cause des inévitables décisions impopulaires qui interviennent. Cependant, on doit se demander si les dernières années ont été bien utilisées par les instances du Parti québécois, y compris l'aile parlementaire et le gouvernement, pour poursuivre la marche vers le pays. (...)
Cela dit, comment envisager maintenant la suite des choses en ce qui concerne l'avenir du projet souverainiste alors que l'équipe parlementaire du Parti québécois se retrouve pour quelques années dans l'opposition avec 33 % de l'appui populaire exprimé? Les réponses à trouver et à mettre en oeuvre ne sont pas toutes évidentes à ce moment-ci d'autant que l'opposition ne permet pas d'initier les changements comme le permet le gouvernement. Cependant, si on reprend rapidement et aveuglément la quête du pouvoir pour répéter une fois aux commandes une troisième fois les mêmes scénarios d'action, on peut franchement se demander si cela en vaudra vraiment la peine.
Pour l'heure, je crois donc que la réflexion qui s'amorce au sein du Parti québécois et ailleurs dans les autres groupes souverainistes et nationalistes, doit passer d'abord par un rigoureux et courageux examen de conscience de la pratique politique utilisée jusqu'à aujourd'hui par les instances dirigeantes du Parti québécois.
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Programme de commandite : Le fils de l'ex-ministre Gagliano dans la mire
Isabelle Rodrigue
Le Soleil mardi 10 juin 2003
Ottawa - Il a beau être parti d'Ottawa depuis 18 mois, l'ex-ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, continue d'alimenter les débats à la Chambre des communes. Hier, le gouvernement de Jean Chrétien a dû répondre aux questions des partis d'opposition qui s'appuyaient sur de récentes révélations voulant que le fils de M. Gagliano ait pu tirer des avantages de contrats publicitaires du fédéral.
Vincenzo Gagliano, à l'emploi d'une compagnie d'imprimerie, aurait obtenu le " crédit " pour des contrats fédéraux accordés à son employeur. Ces contrats passaient par des compagnies publicitaires entretenant des liens serrés avec le PLC.
" Est-ce que le premier ministre admettra que le lien est direct: Alfonso Gagliano accorde un contrat à un intermédiaire, l'employeur de son fils obtient un sous-contrat et, en bout de ligne, fiston empoche ? " a lancé Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois.
Dans son édition d'hier, le quotidien Globe&Mail révélait que des documents fédéraux démontrent que le " crédit pour le contrat " d'impression du gouvernement fédéral a parfois été donné à Gagliano fils. En entrevue au quotidien torontois, Vincenzo Gagliano a admis que ces ventes l'ont avantagé, bien qu'il n'ait pas reçu de commissions directes. Mais obtenir le crédit pour des contrats fédéraux permettait aux employés de se démarquer et de se montrer performants. Comme ce fut le cas par le passé, Gagliano fils nie avoir courtisé des ministères, agences ou organismes fédéraux pour obtenir des contrats d'impression lorsque son père était ministre.
Le ministre des Travaux publics, Ralph Goodale, s'est réfugié derrière l'enquête policière en cours pour éviter de répondre aux questions. Il dit aussi être confiant que les vérifications internes du ministère, et l'enquête en cours de la vérificatrice générale puissent faire la lumière dans toute l'affaire du programme des commandites.
" S'il y a quelques malversations que ce soit avec des contrats faits dans le passé, ce sera dévoilé dans toutes les enquêtes, vérifications et investigations en cours ", a affirmé M. Goodale.
Les multiples révélations d'abus et de favoritisme dans le programme de commandites ont placé Ottawa dans l'eau chaude. Son programme de commandites, doté d'un budget annuel de 40 millions $ et mis en place à la suite du référendum de 1995 pour augmenter la visibilité du fédéral, a permis à plusieurs entreprises de publicité d'obtenir des contrats très lucratifs.
Dans le cas de certains contrats, 13 au total, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a estimé qu'une enquête criminelle s'imposait. La vérificatrice générale, Sheila Fraser, mène aussi une enquête sur le programme, et devrait en présenter les résultats cet automne. Entre-temps, M. Goodale a entrepris une vaste réforme du programme, en modifiant de nombreuses règles.
Depuis le début de cette affaire, le Bloc québécois exige la tenue d'une enquête publique. Le chef du Bloc n'a pas lâché prise et est revenu à la charge, hier. " On en rajoute avec ces révélations concernant Vincenzo Gagliano, ça demande plus que jamais une enquête publique ", a argué M. Duceppe.
Il espère que le premier ministre Jean Chrétien n'osera pas nommer, comme le veut la rumeur , Alfonso Gagliano comme ambassadeur au Vatican. " Ça serait une récompense " pour le ministre déchu, a dénoncé le chef du Bloc.
Démis du cabinet de M. Chrétien en janvier 2002, M. Gagliano avait été nommé ambassadeur du Canada au Danemark. Il doit quitter ce poste sous peu. D'ailleurs, le calendrier de la reine du Danemark, disponible dans Internet, fait état d'une cérémonie marquant le départ de M. Gagliano le 17 juin.
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Un chemin qui ne mène pas à Rome
André Pratte
La Presse mardi 10 juin 2003
La rumeur envoie l'ancien ministre Alfonso Gagliano à Rome, comme ambassadeur auprès du Vatican. Une telle nomination serait proprement scandaleuse. Le premier ministre ne doit pas y procéder, sous peine d'entacher l'héritage qu'il s'affaire à polir depuis quelques mois.
Jusqu'ici, les diverses enquêtes et vérifications faites dans les dossiers controversés auxquels M. Gagliano a été mêlé n'ont pas démontré d'abus flagrants de sa part. Cependant, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il s'est passé bien des choses troublantes au cours de son mandat comme ministre des Travaux publics. Ou bien M. Gagliano avait perdu le contrôle de son ministère. Ou bien il en avait le contrôle, ce qui serait pire.
C'est sous sa gouverne que le programme de commandites du gouvernement fédéral a été géré à la va-comme-je-te-pousse, permettant à des firmes d'empocher des sommes totalement disproportionnées par rapport aux travaux réalisés. La vérificatrice générale a conclu que les fonctionnaires responsables du dossier avaient dans certains cas "contourné à peu près toutes les règles" de bonne gestion. Parmi ces fonctionnaires, on trouve M. Pierre Tremblay, ancien chef de cabinet de M. Gagliano. Et, selon une vérification interne, le choix des agences impliquées dans la gestion des commandites n'a pas été fait selon les règles de l'art.
M. Gagliano a été accusé, par un libéral qui présidait la Société immobilière du Canada, d'être intervenu auprès de la Société pour qu'elle embauche un de ses organisateurs. De plus, deux sociétés d'État dont était responsable M. Gagliano ont donné des contrats à un dénommé Maurizio Creuso, un Italien qui a obtenu sa citoyenneté canadienne bien qu'il fut soupçonné de fraude dans son pays, et qui se présentait comme "un ami" du ministre.
Autre controverse: une proche collaboratrice de M. Gagliano, Michèle Tremblay, a obtenu plusieurs contrats de ministères et d'organismes fédéraux. Enfin, selon ce qu'écrivait hier le Globe and Mail, le fils de M. Gagliano, cadre dans une firme d'impression, aurait tiré profit de sous-contrats reliés à la publicité gouvernementale.
Le brouillard recouvrant les activités de M. Gagliano était devenu tellement épais l'an dernier que le premier ministre a fini par se rendre lui-même à l'évidence: son fidèle lieutenant devait quitter le Cabinet. Il l'a nommé ambassadeur au Danemark. C'était une punition dorée, mais une punition tout de même.
À l'opposé, l'ambassade au Vatican dont il est question aujourd'hui, c'est le fantasme de M. Gagliano. Pour lui, ce serait la récompense ultime. Or, il va de soi qu'on ne devrait pas récompenser un politicien qui a eu si peu d'égard pour l'éthique, qui dans le domaine public relève autant de la réalité que de l'apparence.
En signant un décret envoyant M. Gagliano à Rome, M. Chrétien ferait instantanément oublier les mesures qu'il a prises pour redorer le blason de son gouvernement en matière d'éthique, notamment la réforme du financement des partis politiques. Et bien des Canadiens concluraient que le premier ministre place la loyauté partisane avant les exigences de l'intégrité.
Apratte@lapresse.ca
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Limiter les dégâts
Jean-Marc Salvet
Le Soleil mardi 10 juin 2003
Le Parti libéral du Québec n'aurait jamais dû griffonner une promesse de défusion sur le coin d'une table d'un conseil général d'octobre 2000. C'est notre conviction la plus profonde. Mais même en répétant cette affirmation 1000 fois, on ne réécrira pas l'histoire. Le dossier avance maintenant très vite, comme on l'a vu la semaine dernière avec la présentation du tout premier projet de loi du gouvernement Charest.
Des fusions forcées jusqu'au projet de défusion, en passant par le désir de redonner la voix aux citoyens et celui de susciter un plus grand " sentiment d'adhésion ", il ne fait aucun doute que nous en avons encore pour longtemps avec cette saga.
Depuis vendredi, cependant, les choses se précisent. Nous sommes tous en mesure de constater que la voie choisie par le ministre des Affaires municipales pour réaliser la quadrature du cercle est de baliser le terrain le plus possible. À telle enseigne qu'on peut tout autant considérer le projet de législation de Jean-Marc Fournier comme le premier pas vers les défusions que comme une volonté de limiter les dégâts.
Ce premier projet de loi est avant tout un message politique. En temps et lieu, il permettra au gouvernement de soutenir qu'il a tout fait pour favoriser l'adhésion des citoyens aux villes regroupées. Ce n'est pas pour rien que la législation invite les conseils municipaux à soumettre des propositions susceptibles d'améliorer les nouveaux ensembles.
Le ministre Fournier claironne que les citoyens auront le choix entre des villes améliorées et les défusions - entendu que les municipalités éventuellement recréées n'échapperont pas à la fiscalité d'agglomération. L'inconvénient de la formule est qu'elle donne un trop grand pouvoir de pression aux défusionnistes.
Il est à craindre que certaines administrations municipales aient le réflexe de faire des pieds et des mains pour satisfaire les purs et durs des défusions. Certaines villes iront-elles jusqu'à octroyer un pouvoir de taxation à leurs arrondissements ? Cette hypothèse serait probablement la pire de toutes puisque l'on se retrouverait alors avec deux niveaux de prélèvements municipaux. La réorganisation doit surtout viser l'amélioration des services aux citoyens.
Qu'on le veuille ou non, le train des défusions est en marche. La mécanique des référendums à venir sera dévoilée sous peu. Jean-Paul L'Allier, Jean Garon, Gérald Tremblay et compagnie n'ont plus le choix : ils doivent rapidement plancher sur des scénarios de bonification. Ils doivent s'y atteler sérieusement, même s'ils savent qu'ils ne rallieront pas tous les défusionnistes.
Le PLQ a commis une grave erreur en laissant miroiter un possible retour en arrière. Cela dit, le gouvernement de Jean Charest pouvait difficilement installer plus de balises que celles qu'il a prévues jusqu'ici sans se faire accuser de tourner le dos à son engagement. On peut espérer qu'elles limiteront les dégâts, mais on sait déjà qu'elles ne les empêcheront pas partout.
JMSalvet@lesoleil.com
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Le piège
Michèle Ouimet
La Presse mardi 10 juin 2003
Le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, a lancé un pari risqué: si les villes fusionnées s'améliorent, elles réussiront à amadouer les défusionnistes et à éviter les référendums qui leur pendent au bout du nez.
M. Fournier a déposé son projet de loi sur la "réorganisation administrative de certaines municipalités" vendredi. En gros, il suggère aux villes fusionnées de se doter d'un plan de décentralisation. Le but est simple: les nouvelles villes abandonnent certains de leurs pouvoirs au profit des arrondissements afin de séduire les citoyens qui les boudent.
Les villes ont jusqu'au 1er octobre pour mener à bien l'opération charme. Aucune limite n'est imposée: elles peuvent céder des pouvoirs de taxation, d'emprunt et d'embauche. Erreur. Si elles vont aussi loin, elles ne seront plus que des coquilles vides. Les arrondissements retrouveront leurs vieux réflexes de petites municipalités allergiques au partage.
Pour Montréal, ce serait un grand bond en arrière: munis de ces pouvoirs, les 27 arrondissements redeviendraient des villes, mais sans le nom, et retomberaient vite dans leurs interminables guerres de clocher. Ces divisions paralysent le développement économique. Montréal a besoin, comme n'importe quelle métropole qui se respecte, de parler d'une seule voix. Pas d'une cacophonie de 27 arrondissements déguisés en villes.
L'exercice de décentralisation demandé par M. Fournier est un piège. D'ailleurs, tout le dossier des défusions est un piège. Depuis deux ans, Jean Charest promet aux citoyens qu'il enclenchera le processus de défusion dès qu'il prendra le pouvoir même si cet engagement est irresponsable et met en danger l'avenir des villes.
Aujourd'hui, il ne peut plus reculer mais il essaie de protéger les villes de l'éclatement en les embarquant dans une opération vaine et bâclée de chirurgie esthétique qui sent le "sauvons les meubles" à plein nez.
Avec le projet de loi déposé vendredi, Québec établit un rapport de force malsain. Les villes doivent plaire à tout prix aux défusionnistes qui ne souhaitent qu'une chose, recréer le plus vite possible leur petite oasis. La bataille est inégale: les défusionnistes manient l'arme du référendum, alors que les villes, elles, n'ont qu'un vague projet de loi qui les encourage à soumettre un plan de décentralisation à toute vapeur.
On se retrouve dans la situation absurde où c'est la minorité défusionniste qui décide du sort de la majorité. Et les grandes villes, coincées dans cette dynamique infernale, risquent de céder des grands pans de pouvoir pour convaincre les défusionnistes et, du même coup, éviter l'éclatement. La majorité, impuissante, attend le verdict et n'a pas un mot à dire. Assez malsain, merci.
Oui, les grandes villes ne sont pas parfaites; oui, elles ont des tendances centralisatrices; oui, leur réussite repose sur leur capacité de laisser les arrondissements respirer en paix et prendre des décisions sans avoir à cogner à la porte de la grande ville chaque fois qu'ils veulent planter un clou; oui, les doléances des citoyens des anciennes municipalités sont légitimes et leurs craintes compréhensibles, surtout lorsqu'ils voient des gros syndicats faire la pluie et le beau temps et bloquer une opération aussi banale que planter des fleurs dans un parc.
Mais ce n'est pas une raison pour tout bazarder et jeter le bébé avec l'eau du bain. Il faut du temps pour construire une ville et ce n'est pas en lui mettant l'arme des défusions sur la tempe et en la coinçant dans des délais irréalistes qu'elle va prendre intelligemment le virage de la décentralisation.
Michele.ouimet@lapresse.ca
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Budget Séguin : Des promesses menacées
Stéphane Paquet
Le Soleil mardi 10 juin 2003
Critiquant la performance budgétaire du dernier gouvernement, les libéraux ont mis le dernier budget Marois à la poubelle. Du même souffle, ils seraient tentés de " reporter l'échéance de certains volets " de leur programme électoral.
" Nous faisons maintenant face à un déficit de 2 milliards $ tant cette année que l'an prochain ", lit-on dans un document du ministère des Finances, préparé pour le ministre Yves Séguin en prévision de son premier budget, prévu dans deux jours. " Nous ne laisserons certainement pas le Québec replonger dans la spirale déficitaire. Le budget Marois a donc pris la direction qui lui revenait, soit la poubelle. "
Le document qualifie la situation budgétaire laissée par les péquistes de " désastreuse ". " Ainsi, nous annulons les mesures de dépenses et les mesures fiscales annoncées dans le dernier budget Marois. "
Et le ministre Séguin, qui promettait qu'il allait révéler d'autres squelettes dans le placard dans le cadre de son premier budget, s'est fait offrir des munitions :
- Les bénéfices des sociétés d'État, en particulier Hydro-Québec, ont été " gonflés artificiellement de 374 millions $ ";
- Les déboires de la Caisse de dépôt, lit-on encore dans le document, entraînent " une perte récurrente de plus de 400 millions $ par année en raison des placements des divers organismes gouvernementaux " ;
- La prévision de croissance économique a aussi été, déplore-t-on maintenant aux Finances, " trop optimiste. Cela nous oblige aujourd'hui à revoir à la baisse les prévisions de revenus ". La note ne mentionne pas de combien.
La Proposition de trame pour un nouveau budget (c'est le nom du document) souligne également que les transferts fédéraux ont été surévalués de 1,1 milliard $, sans faire mention que Statistique Canada s'était quelque peu amendée depuis le 29 mai. Le document serait donc antérieur à cette date. On mentionne également que les recettes du Transfert canadien pour la santé et les programmes sociaux ont été surestimées de 180 autres millions de dollars.
Des promesses... plus tard
Vis-à-vis du cadre financier " tronqué " des péquistes, les libéraux songeaient au moment où la note a été écrite à remettre dans le temps certaines de leurs promesses électorales. " Comme notre plan d'action avait été élaboré en fonction du contexte financier qui nous avait été exposé en mars 2002, nous devons le réviser en tenant compte des vrais chiffres et reporter l'échéance de certains volets ", lit-on dans le document soumis au ministre Séguin.
Le document mentionne du même souffle qu'il " n'est absolument pas question de remettre en cause les divers volets de notre plan d'action à long terme ".
SPaquet@lesoleil.com
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Le « trou » de 4,3 milliards : un mythe à déboulonner
Site internet du PQ 29 mai 2003
Qu’est-ce que le Rapport Breton et cette histoire de « trou »?
Durant la dernière campagne, le Parti Québécois a proposé une approche responsable en matière de finances publiques. Il s’en est tenu à un discours rigoureux, faisant valoir l’impossibilité de réduire massivement les impôts tout en réinvestissant tout aussi massivement en santé, en éducation et en assurant un meilleur soutien aux familles.
De son côté, le Parti libéral a fait des promesses irréalistes en s’engageant à réduire les impôts et à augmenter les dépenses sans créer de déficit. Il a fait campagne en promettant à tout vent sans avoir le courage et l’honnêteté de dire qu’il ne pourrait remplir ses engagements sans faire des compressions majeures. Élu sur la base de cette ambiguïté, il tente maintenant d’accabler le gouvernement précédent en exploitant de façon partisane une étude de l’ancien vérificateur Guy Breton sur les finances publiques. Cette étude ne montre nullement l’existence d’un « trou de 4 milliards » dans les finances du Québec. Elle suggère au contraire que le Parti Québécois, s’il avait été réélu, aurait été en mesure de maintenir le déficit zéro sans réduire les services à la population.
Il faut que la population du Québec sache que les compressions qu’elle va subir résultent des promesses irresponsables des libéraux durant la campagne. On peut alors affirmer que le PLQ, qui n’a pas présenté clairement et franchement les conséquences de ses engagements électoraux, s’est fait élire sous de fausses représentations.
Questions et réponses sur le rapport Breton
Y a-t-il une impasse budgétaire, un « trou » de 4,3 milliards dans les finances publiques du Québec?
Non. Le Rapport Breton ne conclut pas à l’existence d’un « trou » de 4 milliards. Cette expression est un slogan, une formule partisane inventée de toute pièce par les libéraux pour se défiler des engagements irréalistes pris lors de la dernière campagne et pour justifier des compressions massives et en faire porter l’odieux au Parti Québécois.
D’où vient le chiffre de 4,3 milliards dans ce cas?
C’est le scénario du pire, c’est-à-dire une évaluation très pessimiste des difficultés budgétaires auxquelles le gouvernement du Québec pourrait faire face au cours de la prochaine année. On arrive aussi à ce chiffre en tripotant certaines règles comptables, par exemple en intégrant aux états financiers du gouvernement les déficits des hôpitaux.
En réalité, on parle de difficultés budgétaires d’environ 1,2 milliard de dollars, ce qui en soi n’a rien de scandaleux et confirme simplement que les gouvernements ont souvent à combler un écart entre les prévisions et les résultats souhaités.
Est-ce qu’on doit alors conclure que le Parti Québécois a « caché » un déficit dans son budget du 11 mars dernier?
Non. D’ailleurs, Guy Breton le reconnaît lui-même. Après avoir chiffré les difficultés budgétaires du gouvernement, il en arrive à la conclusion qu’un gouvernement du Parti Québécois, s’il avait été réélu, aurait maintenu le déficit zéro : « Si nous avions fait l’exercice l’an dernier, nous aurions sûrement trouvé un manque à gagner, alors qu’en bout de ligne, ils sont arrivés à équilibrer le budget. En règle générale, les gouvernements réalisent ce qu’ils espéraient faire », a expliqué Guy Breton le jour de la présentation de son rapport.
En général, que pense Guy Breton des règles comptables utilisées par les gouvernements du Parti Québécois?
Il les estime très rigoureuses. Suivant la dernière réforme comptable du gouvernement en 1998, M. Breton a déclaré que le Québec est maintenant « en avant de la parade à ce chapitre au pays. Cela va assez loin. Québec fait exactement ce que demandait l’Institut des comptables canadiens ». Le gouvernement du Parti Québécois est donc au-dessus de tout soupçon pour ce qui est de sa gestion des finances publiques.
Et que pensent les observateurs plus objectifs de la situation des finances sous les gouvernements du Parti Québécois?
Les juges les plus objectifs (et en même temps les plus critiques) sont les firmes de courtage comme Moody’s et Standard and Poor’s. Elles ont souligné la gestion rigoureuse et compétente du Parti Québécois au cours des dernières années et rehaussé la cote du Québec. Elles avaient au contraire porté un jugement très négatif sur la gestion du Parti libéral quand il était au pouvoir en lui faisant subir six décotes consécutives!
Le Rapport Breton présente-t-il des lacunes?
Oui et plusieurs! Il repose sur des choix très discutables. Il brosse un portrait noir et alarmiste de la situation. Il a été produit en sept jours par trois comptables, ce qui n’est pas très sérieux, s’agissant de vérifier le travail des économistes du ministère des Finances. Il confond l’étude des états financiers du gouvernement avec des prévisions faites par les économistes du ministère des Finances. C’est donc un exercice mené très rapidement, qui présente des limites sérieuses et qui, surtout, s’inscrit dans une opération partisane.
Qu’aurait fait le Parti Québécois s’il avait été réélu?
Il aurait fait ce qu’il a fait depuis plusieurs années, c’est-à-dire gardé résolument le cap sur le déficit zéro sans procéder, comme le Parti libéral s’apprête à le faire, à des compressions budgétaires majeures et réduire les services publics.
Que vise le Parti libéral avec le Rapport Breton et en créant le mythe du « trou » de 4,3 milliards?
Le Parti libéral a fait des promesses irréalistes durant la campagne pour se faire élire. Il a promis de réduire les impôts, de réinvestir en santé et en éducation et de maintenir, sinon dans bien des cas d’augmenter le budget des autres ministères, le tout sans créer de déficit. Il est évident que ces promesses ne tiennent pas debout. Pour s’en sortir, les libéraux n’ont pas le choix : ils doivent procéder à des compressions budgétaires massives. Pour les justifier et en faire porter la responsabilité au Parti Québécois, ils ont inventé un déficit virtuel. Cette stratégie était prévisible. Elle a été menée dans une optique partisane et ses conséquences sont très préoccupantes, notamment en regard à la crédibilité du Québec auprès des agences de cotation.
Comment pourrait-on comparer les positions du Parti Québécois et du Parti libéral sur les finances publiques durant la dernière campagne?
Le Parti Québécois a joué la carte de la rigueur, de l’honnêteté et de la transparence. Il a expliqué à la population qu’en raison notamment du déséquilibre fiscal, il n’est pas possible au cours des deux prochaines années de réduire les impôts et de maintenir la qualité des services.
Le Parti libéral, pour sa part, a tout promis à tout le monde : baisses d’impôts pour les personnes et les entreprises, hausses des dépenses en santé, en éducation, en environnement, pour la culture, etc.
Maintenant, c’est le monde à l’envers. Le parti qui a caché ses intentions à la population est aujourd’hui celui qui accuse l’autre d’avoir laissé un déficit. Or, il faut juger l’arbre à ses fruits. Le Parti libéral n’a pas joué franc-jeu avec la population du Québec ni avant ni après l’élection. S’ils avaient été vraiment honnêtes, les libéraux auraient présenté franchement leurs positions, expliqué pourquoi des compressions étaient nécessaires et convié la société civile à tenir un débat sur les compressions à faire une fois élu. Au lieu de cela, ils ont préféré tenir un double langage durant la campagne. Et maintenant, ils s’apprêtent — heurtant ainsi toutes les valeurs québécoises de concertation et de dialogue — à imposer des compressions budgétaires en en faisant porter la responsabilité aux autres.
Quelles sont les conséquences de la stratégie des libéraux?
Elles sont nombreuses et néfastes. La stratégie des libéraux va entraîner une baisse de la qualité des services publics, notamment pour les régions, les familles et la protection de l’environnement. Elle va placer le gouvernement du Québec en position de faiblesse dans le débat sur le déséquilibre fiscal. En effet, comment le gouvernement Charest pourra-t-il faire valoir auprès d’Ottawa que le Québec n’a pas tous les moyens de financer ses programmes sociaux s’il compte en même temps accorder de généreuses baisses d’impôt? Enfin — et on le sent déjà — la stratégie des libéraux provoque des tensions importantes dans la société et crée de l’incertitude.
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Transferts fédéraux :
Le trou de 1 milliard $, une erreur... Statistique Canada reprend ses calculs
Stéphane Paquet
Le Soleil mardi 10 juin 2003
Statistique Canada a mal fait ses calculs. Les données préliminaires sur le recensement, qui concluaient que Québec aurait un milliard de dollars de moins que prévu de la part d'Ottawa cette année, étaient le fruit d'" une erreur ", admet l'agence fédérale.
Dans une note envoyée aux gouvernements provinciaux, le directeur général de la statistique démographique et du recensement à Statistique Canada, Doug Norris, admet que l'agence a découvert " une erreur de dépouillement " dans les données du dernier recensement. Cette " erreur " est importante, puisque que le gouvernement fédéral se base sur ces données pour établir quels montants les provinces recevront dans le cadre des transferts fédéraux.
Tout de suite après l'arrivée au pouvoir des libéraux, l'ex-vérificateur général Guy Breton avait conclu que le dernier budget de Pauline Marois avait surestimé les entrées de fonds venant d'Ottawa. Les données reçues d'Ottawa en pleine campagne avaient fait grimper encore davantage la " surévaluation des transferts fédéraux ". Au total, c'est plus de un milliard de dollars qui manquaient en raison des données de Statistique Canada.
Dans sa note envoyée par courriel aux provinces, M. Norris écrit que " Statistique Canada vous prie de recevoir ses excuses pour tout inconvénient que la situation pourrait entraîner ". En fait, les répercussions ne sont pas encore claires, aux yeux d'Ottawa.
" Il y a une possibilité, c'est pas clair encore, qu'il y ait un problème avec les chiffres ", avançait M. Norris hier, prudent au bout du fil. " C'est un petit drapeau qu'on a levé pour dire : " Attention ! " "
Ce n'est qu'au cours des prochaines semaines que les nouvelles données sur le recensement seront disponibles et qu'on saura quel impact celles-ci auront sur les finances du gouvernement québécois. Au-delà des débats méthodologiques, cela laisse, à court terme du moins, une plus grande marge de manoeuvre au ministre des Finances Yves Séguin, lui qui déplore " l'impasse budgétaire de 4,3 milliards $ " que son gouvernement attribue aux péquistes.
Pressions de Québec
La note aux provinces, même si elle a potentiellement un important impact budgétaire, a été envoyée à l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), qui l'a reçue avec un sourire évident. " On avait mentionné à Statistique Canada qu'il y avait certaines parties de la méthodologie avec lesquelles on n'était pas tout à fait d'accord ", mentionne Normand Thibault, coordonnateur à la démographie à l'ISQ.
Ce qui pose problème, dit-il, c'est la répartition entre les provinces des non-répondants, ceux qui n'ont pas rempli le questionnaire lors du dernier recensement. " Les non-répondants sont saupoudrés un peu partout ", déplore-t-il.
" Ça fait 10 ans, poursuit-il, que l'on n'est pas d'accord. En 1996, Statistique Canada avait fait des changements ", ajoute M. Thibault, qui note tout de même que l'agence fédérale a toujours été ouverte aux suggestions du Québec.
Réponse en septembre
Selon Statistique Canada, les provinces, parce que Québec n'est pas la seule touchée, devraient être fixées en septembre sur la véritable taille de leur population. Par le fait même, elles pourront calculer l'importance du chèque qui viendra du fédéral.
Hier, un porte-parole du ministère des Finances à Ottawa rappelait d'ailleurs que le gouvernement fédéral et les provinces veulent mettre fin à ce " choc de données-là ". Bref, les gouvernements fédéral et provinciaux tentent de trouver une nouvelle formule de calcul qui stabiliserait les paiements de transferts et permettrait aux provinces d'avoir des montants plus prévisibles.
Spaquet@lesoleil.com
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Déséquilibre fiscal :
Legault accuse Séguin de se priver d'outils de négociation avec Ottawa
Clairandrée Cauchy
Le Devoir mardi 10 juin 2003
«Yves Séguin s'écrase devant Ottawa!», lance le critique de l'opposition en matière de Finances, François Legault. Il accuse le nouveau ministre des Finances, «qui est supposé être l'auteur du rapport Séguin [sur le déséquilibre fiscal]», de ne pas être assez combatif face au fédéral et de s'apprêter à absorber la note de 1,1 milliard de réduction des paiements de transferts fédéraux dans son premier budget.
«En n'étant pas plus exigeant que cela avec Ottawa avant le dépôt du budget, Yves Séguin préfère refiler la facture aux citoyens et couper dans les services essentiels, plutôt que de la renvoyer au fédéral et de dire "je ne tiens pas compte de cet ajustement-là dans mon budget"», dénonce François Legault en entrevue au Devoir.
Lors d'une visite au Québec à la mi-mai, le ministre des Finances fédéral, John Manley, s'était dit ouvert à trouver une solution au manque à gagner de 1,1 milliard dans les paiements de transfert, dû à la chute démographique du Québec, constatée dans le dernier recensement. Yves Séguin et John Manley avaient alors convenu de se rencontrer à Ottawa avant le dépôt du budget québécois. Au cabinet de M. Séguin, on précisait hier que la rencontre n'avait pu avoir lieu, mais que des discussions étaient en cours entre les deux ministères, sans toutefois donner de délai sur le moment où elles pourraient aboutir.
François Legault s'attend à ce que le prochain budget québécois comporte des compressions dans les services publics de l'ordre d'un peu plus d'un milliard, selon les échos qu'il dit avoir des rencontres de différents «partenaires» avec leurs ministres respectifs. Le gouvernement se préparerait notamment à ne pas assumer entièrement les coûts de système en éducation et en santé, «ce qui équivaut à des coupures dans des réseaux critiques», estime le péquiste qui a occupé dernièrement les postes de ministre de la Santé et de l'Éducation.
«Yves Séguin fait passer les baisses d'impôts avant les services. Alors qu'en campagne, ils [les libéraux] avaient promis de faire les deux», affirme-t-il.
En annonçant jeudi prochain des baisses d'impôt pour 2004-2005, les libéraux se priveront, selon lui, de leur principal argument pour réclamer une correction du déséquilibre fiscal. «Cela lance le message que nous ne manquons pas de revenus pour assurer les services essentiels à la population.»
En tenant compte des compressions dans le prochain budget, le gouvernement libéral fait en sorte de creuser le déséquilibre fiscal, qui passerait de 1,7 à 2,8 milliards. Rappelons que la Commission Séguin, présidée par l'actuel ministre des Finances, avait évalué le déséquilibre fiscal à 2,5 milliards, auquel il faut cependant soustraire les 800 millions obtenus au début de l'année pour la santé.
«Comment Yves Séguin peut-il avoir écrit noir sur blanc dans son rapport qu'il manque de revenus pour donner les services de base et accepter par la suite les diminutions de transferts fédéraux dans son budget, en jouant le jeu de donner un milliard de moins de services. C'est un message très mou qu'il envoie à Ottawa, qui va lui permettre de continuer à nier le déséquilibre fiscal», déclare M. Legault.
Course à la chefferie
Les orientations prises par le PLQ depuis son arrivée au pouvoir pourrait faire le jeu des péquistes, qui se réuniront en fin de semaine prochaine en conseil national à Québec. «Cela devient même une façon de mobiliser nos militants, lorsqu'on voit ce que M. Charest a réussi à faire en quelques semaines pour démolir ce qui a été fait depuis la Révolution tranquille.»
Le député de Rousseau, qui figure parmi les deux principaux aspirants à la chefferie, pense que la réunion de la fin de semaine sera l'occasion de faire le point sur les résultats électoraux: «Même si les résultats de l'ADQ ont pu être moins bons que ce qu'on aurait pu penser il y a six mois, il reste que les 18 % de l'ADQ, c'est souvent un appui de nationalistes et même de souverainistes. On doit se demander comment faire pour aller chercher ce vote.»
Il n'y aura pas de vacances pour le candidat à la chefferie, qui entreprendra cet été une tournée des 125 circonscriptions électorales du Québec. Les récentes déclarations de Bernard Landry, laissant entendre qu'il pourrait retarder le moment de son départ, ne lui déplaisent pas. «Cela facilite les discussions sur le contenu et permet de se concentrer pour offrir une opposition efficace.» Cela laisse probablement aussi un peu plus de temps pour recruter de nouveaux membres...
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Une transition risquée
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mardi 10 juin 2003
ÉDITORIAL - C'est jeudi prochain que le ministre des Finances du Québec, M. Yves Séguin, présentera le premier budget du nouveau gouvernement libéral. Depuis la publication du rapport de l'ex-vérificateur, Guy Breton, évaluant à plus de quatre milliards l'impasse budgétaire possible, la province entière retient son souffle. Sans succomber à la panique, avouons qu'il y a de quoi s'inquiéter d'un gouvernement qui tient d'abord à faire table rase du passé avant de jouer ses propres billes.
Seuls ceux qui n'ont pas suivi la campagne électorale seront surpris d'apprendre que le PLQ entend faire de la santé sa priorité tout en réduisant les impôts d'un milliard par année dès l'an prochain, mais que, pour y parvenir, il envisage de geler les dépenses des autres missions de l'État à l'exception de l'éducation.
Or, depuis la publication du rapport de l'ex-vérificateur Guy Breton, rapport commandé par M. Charest lui-même, la barre a été haussée d'un cran. En effet, alors que le gouvernement aurait pu partir des résultats tels qu'ils étaient rédigés dans le dernier budget Marois, il a choisi d'ajouter des obstacles à sa course en acceptant les conclusions de M. Breton. Ainsi, loin de partir d'un déficit nul, le rapport Breton suggère d'inclure bien des éléments d'incertitude reliés à la conjoncture économique ou au manque de transparence du précédent gouvernement. Au total, le «risque» de dépassement budgétaire auquel ferait face le nouveau gouvernement par rapport au dernier budget péquiste serait plutôt de 4,3 milliards pour l'année en cours, ce qui n'inclut même pas les centaines de millions de déficits des hôpitaux. Certains des éléments pris en compte sont compressibles, telles les nouvelles dépenses du budget Marois qui n'a jamais été adopté, mais d'autres seront plus difficiles à faire disparaître du livre des comptes. Une chose est certaine, c'est que le gouvernement profitera de l'occasion pour vider tous les tiroirs des factures qui traînent dans le but de faire place nette pour l'an prochain, premier vrai budget libéral.
Les libéraux ont beau jeu de mettre en évidence les faiblesses les plus frappantes de leurs prédécesseurs. Le gouvernement du Parti québécois n'a pas toujours fait preuve de la plus grande transparence dans sa façon de gérer les finances ou, du moins, d'en faire la promotion auprès du grand public. À titre d'exemple, il a fallu attendre cette année avant de comprendre pourquoi la dette du Québec continuait d'augmenter rapidement (11 milliards en cinq ans) malgré le déficit nul. L'explication tient à la nouvelle façon de comptabiliser les investissements dont le coût est désormais réparti sur toute la durée de vie utile du bien au lieu d'être ajouté aux dépenses courantes pendant les années où l'argent sort des coffres de l'État. La méthode est tout à fait conforme aux normes comptables en vigueur, mais, ce faisant, elle permet de dégager l'impression d'un déficit nul alors que l'endettement de l'État s'accentue et, avec lui, le coût du service de la dette dont le montant dépasse présentement les sept milliards annuellement.
Depuis quatre ans, on a ainsi pu annoncer des projets d'immobilisations, de construction de routes, stations de métro et autres sans inscrire de déficit et tout en laissant croître les dépenses courantes. À plus long terme cependant, c'est un héritage empoisonné que nous laissons aux générations futures.
Une des questions qui se posent à quelques jours du budget Séguin est donc de savoir si le nouveau gouvernement maintiendra le rythme soutenu de ses prédécesseurs en matière d'investissements, ce qui n'est pas un mal en soi, au contraire, dans la mesure où nous acceptons d'en payer le prix dès à présent en les intégrant au calcul du déficit annuel.
Par ailleurs, on comprend le cri d'alarme des acteurs de secteurs aussi sensibles que la culture et l'éducation, l'environnement ou la famille qui craignent fort de subir les contrecoups de la transition en cours. M. Charest doit comprendre que l'argent dépensé par l'État chaque année est aussi le gagne-pain de dizaines de milliers de familles. Il doit prendre en compte le fait que neuf années de pouvoir d'un gouvernement différent ont créé des attentes qui peuvent se transformer en drames humains si le changement de cap est trop rapide et radical. L'atteinte du déficit nul des dépenses courantes, mais aussi des dépenses d'immobilisations, reste un objectif souhaitable, mais pas au point d'avoir à revivre l'épisode dramatique des années de compressions en santé et en éducation. Surtout si le but de l'exercice est de mettre la table pour des réductions d'impôt, l'an prochain.
jrsansfacon@ledevoir.ca
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Le vrai ministre de la Culture
Gil Courtemanche
Le Devoir mardi 10 juin 2003
Nos lecteurs auront remarqué que la chronique de Gil Courtemanche de samedi dernier avait un air de déjà vu... et de décalage quant à l'actualité. Ils n'ont pas rêvé: des problèmes informatiques ont fait en sorte que c'est une ancienne chronique qui a été publiée. Voici donc la chronique prévue, avec toutes nos excuses à l'auteur.
Mardi soir dernier, comme le veut le cliché, le Tout-Montréal culturel célébrait le 40e anniversaire des Éditions du Boréal. Vous me pardonnerez le conflit d'intérêts, mais il faut quand même admettre objectivement que ces quarante ans de labeur intellectuel ont pesé lourd dans la mise en place de cette nouvelle culture québécoise qui prit un envol déterminant durant les années 1960.
Quand je dis le Tout-Montréal culturel, je n'exagère pas. Il y avait même Pierre-Karl Péladeau et Julie Snyder qui, il faut le souligner, avaient eu la décence de laisser le gentil Wilfred à la maison et l'autobus de Star Académie au garage. Seule absence remarquée, celle de la ministre de la Culture, Mme Line Beauchamp, qui avait cru plus important de participer à la comédie de l'élection «démocratique» du président de l'Assemblée nationale. Je me dis que c'était un mauvais signe, mais n'en fis pas trop de cas.
Le lendemain, je me penchai sérieusement sur le discours du chef de Mme Beauchamp. Je fus renversé par le dogmatisme sous-jacent qui animait ce texte d'une platitude qu'on ne retrouve que dans le rapport annuel d'une PME. Cet homme de toute évidence confondait changement et retour en arrière. Ce conservateur parlait comme ses maîtres, Ronald Reagan, Mike Harris et tutti quanti, proposant des formules et des recettes éculées qui, mises en application aux États-Unis et en Ontario, se sont soldées par des faillites gigantesques et, particulièrement en Ontario, par une fracture sociale et une détérioration de la qualité des services publics. Faut-il rappeler que la tragédie de l'eau contaminée de Walkerton a été reliée directement aux compressions sauvages que le gouvernement Harris avait effectuées dans les services de contrôle de la qualité des eaux? J'eus un petit frisson en pensant au champagne qu'on sablait au Conseil du patronat et dans toutes ces entreprises qui veulent briser les syndicats en utilisant la sous-traitance.
Hier matin, j'eus la confirmation que toutes mes craintes étaient justifiées. Dans un entrefilet, on annonçait la création en septembre prochain de 3000 nouvelles places en garderie. Mais ce ne serait pas dans le réseau des Centres de la petite enfance, exemple efficace et original d'économie sociale et de participation parentale, non, ce serait dans le système privé. Parce que cela coûte moins cher, parce que la qualité des services est supérieure? Absolument pas. Tout simplement parce que c'est dans l'entreprise privée. Pas pour des raisons économiques ou d'efficacité, pour des raisons politiques et idéologiques.
Puis je fus pris d'un tremblement d'horreur, car se formait dans mon esprit une vision cauchemardesque. Il fallait prendre au sérieux cet éloge du profit, ces promesses de désengagement de l'État, ce discours sur la rentabilité. Non seulement fallait-il les prendre au sérieux, mais on pouvait craindre qu'ils ne soient appliqués comme avec un rouleau compresseur à tous les secteurs de l'activité gouvernementale (sauf bien sûr (?) aux hôpitaux et aux écoles) et dans tous les domaines y compris dans celui de la culture. Car il faut comprendre que, pour ces idéologues du néo-libéralisme, les produits culturels ne sont que des bien commerciaux qui doivent répondre aux mêmes critères de rentabilité que tous les autres biens de consommation. Dans les États où on a appliqué ces principes, les gouvernements se sont délestés de plus en plus de la tâche du soutien aux activités culturelles pour la transférer au mécénat. Aux États-Unis, ce fut une catastrophe.
Je compris alors que j'avais peut-être vu, à la fête du Boréal, le véritable ministre de la Culture, celui qui incarne parfaitement la conception libérale de l'industrie culturelle. Pierre-Karl Péladeau, ministre de la Culture et Julie Snyder, chef de cabinet. L'absence de Line Beauchamp n'était pas innocente. Si nous appliquons les principes énoncés dans le discours de Jean Charest, nous obtenons Quebecor. Des produits culturels qui rapportent, des entreprises qui sous-traitent, qui convergent, qui recyclent. Dans cet univers, les livres qui n'enseignent pas le maquillage aux jeunes filles sont interdits, les chansons que ne peut chanter Wilfred ne tournent pas, le théâtre qui ne peut gagner un Olivier doit se débrouiller tout seul. Cauchemar!
Je sais bien qu'il faut assurer le financement de la santé et de l'éducation, mais une coupe de 10 % dans le budget de la Culture qui, comme le souligne Pierre Curzi, est parvenu tant bien que mal à revenir au niveau de financement qui existait il y a cinq ou six ans, c'est une coupe dans le vif. Ce ne sont pas des fonctionnaires de moins, des équipements dont on retarde l'achat, des édifices dont on se départ; ce sont des livres qui ne sont pas publiés, des films qui ne sont pas tournés, ce sont des peintres qu'on prive de couleurs.
Jean Charest dit avec justesse qu'on ne peut jouer avec la santé et l'éducation d'une société. Il aurait pu ajouter qu'on ne peut jouer avec son âme et son identité.
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