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Une démarche illogique

Michel David

Le Devoir jeudi 12 juin 2003

Il est vrai que le gouvernement Charest a créé un climat d'incertitude malsain en laissant planer la menace de compressions budgétaires dans presque tous les secteurs, mais Bernard Landry est très mal placé pour lui adresser ce reproche: s'il y a un endroit où règne l'incertitude ces temps-ci, c'est bien au PQ.

Le budget que le ministre des Finances, Yves Séguin, présentera cet après-midi à l'Assemblée nationale devrait clarifier bien des choses. Il serait souhaitable que M. Landry profite, lui, du conseil national de samedi pour préciser ses intentions à propos de son avenir politique.

Le problème est qu'il semble maintenant vouloir garder toutes les portes ouvertes le plus longtemps possible, au cas où. Si, dans un an ou deux, les sondages laissent prévoir une victoire du PQ, qui osera montrer la porte au vieux chef, même s'il aura 70 ans bien sonnés aux prochaines élections générales ?

Il n'est pas le seul au PQ à penser que les libéraux vont finir par se mettre la population à dos. En attendant que le temps fasse son oeuvre, cela suppose le report de certaines échéances, à commencer par la tenue d'un congrès, où M. Landry devrait inévitablement se soumettre à un vote de confiance, comme le prévoient les statuts du parti.

Il appartient au conseil national de fixer la date du congrès, mais «un comité directeur» doit être formé au moins 300 jours avant le congrès. En fin de semaine, le conseil national sera saisi d'une proposition de l'association de Westmount-Saint-Louis, qui voudrait que le comité directeur soit nommé «dans les plus brefs délais» de manière à ce que le congrès ait lieu au printemps 2004.

Si, comme on peut le penser, M. Landry confirme dans son discours d'ouverture qu'il entend demeurer en poste pour une période indéterminée, le temps de voir comment les choses tourneront pour Jean Charest, fixer une date pour le congrès ressemblerait à un ultimatum, que les militants péquistes ne semblent pas prêts à lui lancer. Au train où vont les choses, le congrès pourrait bien être reporté aussi loin que 2005.

Un climat un peu surréaliste régnera au Centre des congrès de Québec. Malgré les protestations de loyauté des candidats à sa succession, tout le monde sait que les grandes manoeuvres ont commencé.

À défaut d'oser fixer une échéance aux cogitations de M. Landry, les péquistes ont choisi d'emprunter une voie de contournement. La question est maintenant de savoir si le PQ doit se donner un nouveau programme avant de changer de chef ou après.

Ainsi, l'association de L'Assomption, dont le député, Jean-Claude Saint-André, s'est rangé dans le camp de François Legault, qui a surtout besoin de temps, présentera une proposition demandant qu'un congrès d'orientation ait lieu avant la course au leadership. Comme si ces deux opérations n'avaient aucun lien entre elles !

L'association du comté de Taillon, que représente Pauline Marois, propose d'entreprendre «une réflexion globale sur le programme et les stratégies politiques du Parti québécois» mais se garde bien d'en préciser le cadre. «Il y a une course au leadership ?», demanderait sans doute Mme Marois, qui donne l'impression de marcher sur des oeufs depuis le 14 avril tellement elle craint d'être perçue comme un Brutus féminin. Elle entend bien suggérer quelques pistes de réflexion samedi, mais on peut être assuré qu'elle le fera dans le plus grand respect de la «réflexion» de son chef.

***

Un groupe de militants péquistes, dont Le Devoir publiait le texte mardi, estime que «le temps n'est pas aux luttes fratricides de factions intéressées par les succès de quelques personnes» et invite M. Landry à demeurer en poste jusqu'à la tenue d'un congrès qui permettrait «d'asseoir le parti sur des idées nouvelles et solides».

En tout respect, ce sont plutôt les calculs stratégiques de M. Landry qui condamnent le PQ à une démarche illogique, pour ne pas dire absurde, au terme de laquelle son éventuel successeur n'aurait d'autre choix que d'endosser un programme qui, à la limite, pourrait aller à l'encontre de ses propres convictions. Choisir un chef, c'est aussi choisir les orientations et la démarche qu'il propose. À moins qu'on cherche simplement un fiduciaire.

Dans le texte d'orientation qu'il a fait paraître le mois dernier, François Legault remettait ouvertement en question la pertinence d'un partenariat politique entre un Québec souverain et le reste du Canada. Si les délégués au congrès décidaient, au contraire, de maintenir l'offre de partenariat, M. Legault devrait-il s'engager à faire la promotion d'un concept auquel il ne croit plus ?

M. Landry, lui, a déjà fait son lit en faisant inscrire dans la plate-forme électorale la notion d'«union de type confédéral» qui n'avait été débattue à aucune instance. Supposons un moment que le congrès la rejette mais que M. Landry décide finalement de rester : devra-t-il renoncer à son union confédérale ou seulement faire semblant ? Les mêmes questions se posent au sujet du «modèle québécois».

La démarche dans laquelle le PQ semble vouloir s'engager risque de mener les candidats à la succession de M. Landry à se cantonner dans des lieux communs et des considérations politiquement correctes, en attendant les décisions du congrès, pour ne pas handicaper leurs chances de victoire. Ce ne sont pas là les conditions idéales d'un débat qui permettrait d'asseoir le parti sur des idées nouvelles et solides.

mdavid@ledevoir.com

RÉPLIQUE

La démocratie : absurde ou illogique ?

Par Siegfried L. Mathelet, TRIBUNE LIBRE 13.6.2003

Dans son article du 11 juin 2003, « Une démarche illogique » le chroniqueur Michel David prend à parti l’idée que le PQ tienne un Congrès sur ses orientations avant de se désigner un chef. Comme co-signataire de la lettre « Un programme avant un chef » (Le Devoir 10-6-03), qui proposait cette idée, nous ne pouvons que nous indigner de la facilité avec laquelle monsieur David balaye cette idée.

Nous ne partageons pas cette vision du rapport entre le chef et le parti qui sous-tend qu'il soit illogique, voire absurde, de choisir un programme avant un chef. En fait, l’auteur propose une vision de la démocratie partisane qui se base sur une vision plutôt passive du rôle du militant accompagné d’un messianisme qui frise le culte du chef [1].

Commençons par ce dernier point. Monsieur David se demande ce qu’il adviendrait si le parti adoptait des positions qui heurtent les convictions d’un éventuel candidat. Entre la démocratie-fiduciaire et le césarisme, n’y a-t-il pas de milieu ? Car en fait, si un candidat ne peut se rallier aux positions d’un parti, pourquoi serait-il candidat de ce parti ? Nous faut-il à ce point un messie, pour que le choix d'un chef nous dicte de fermer les yeux et de le suivre ?

Voilà qui relève culte du Chef sinon d’un certain messianisme. L’auteur semble trouver normal que, du simple fait qu'il soit chef, celui-ci ait assez d'ascendant pour imposer ses positions à son parti. En fait, il nous semble que si on cherche l'Élu, celui-ci devrait pouvoir exercer son ascendant naturel lors d'un Congrès. Ce processus tout démocratique permet à ceux qui ont les capacités requises de se démarquer, et de le faire sur la base de leurs idées et de leurs convictions.

Vous comprendrez donc que nous ne désirons pas pour autant avoir un chef châtré de toute initiative. Néanmoins, il doit pouvoir élaborer les positions du parti avec les membres. Selon nous, un bon dirigeant doit être capable à la fois de déléguer une partie des décisions à prendre à son équipe et d'accepter des décisions qui, au départ, n'étaient pas les siennes. Encourager le contraire, c'est encourager un mode de fonctionnement où un chef impose ses dictats. C'est aussi provoquer le genre de relation déchirante qu'il y a toujours eue entre le PQ et ses chefs.

Au fait, si nos propos sont cohérents avec notre conception de la démocratie, il n’est pas si sûr qu’il en aille de même de monsieur David. Si l'on suivait son raisonnement et que le chef puisse imposer ses positions, pourquoi ne pourrait-il pas imposer sa position sur la date de la course et le fait qu'elle ait lieu ou non ?

Peut-être parce que le seul rôle que l’on réserve alors aux militants, c'est de choisir leur chef. Car, en effet, le fonctionnement partisan que propose monsieur David semble limiter le rôle du militant à celui de spectateur. Il n'a d'autre chose à faire que de regarder défiler les choix proposés par d'autres. L’auteur ne semble lui accorder aucun pouvoir de proposition ou d'amendement sur des positions sorties tout droit de la cuisse du Chef. Jusqu'à ce que la soupape explose, et qu'il limoge ce chef.

En fait, il n’y a rien d’absurde à définir d’abord ses positions et, ensuite, désigner la meilleure personne pour les porter. Par contre, selon le modèle proposé par le chroniqueur, ce qui serait absurde, c’est de tenir encore des congrès. À quoi cela servirait-il ? À avaliser les positions du chef ? À traiter des sujets soigneusement circonscrits pour lesquels il n'éprouve aucune susceptibilité ? J'ai trouvé : à faire de la politique-spectacle pour citoyens spectateurs!

Car ce rôle passif du militant est d'autant plus inquiétant que les partis sont à ce jour des moyens d'influencer la scène politique en général, et le gouvernement quand ce parti est au pouvoir. Ils sont des instruments de notre démocratie. Or qu'advient-il de notre démocratie si les partis fonctionnent sur le mode proposé par monsieur David ?

Il advient qu'elle ne changera pas de si tôt ! Pourtant, n'y a-t-il pas eu des États généraux sur la question ? La ligne de parti n'était-elle pas parmi les questions abordées ? Le rôle du chef dans le parti est-il une question si éloignée de notre sujet ? A-t-on entendu ce qu'en pensait la population ?

Pour être franc, cette conception du pouvoir concentré entre les mains d’une seule personne nous semble périmée. « Les jeunes n’accepteraient plus de se faire imposer par un parti ou une association un type d’engagement citoyen construit sur mesure. » [2] Elle est aussi en complet décalage avec les mutations opérées dans la vision contemporaine de la démocratie, tel qu’exprimée par les États généraux [3]

En plus du défi d’intégrer la diversité, les partis politiques, dont le nôtre, doivent aussi s’interroger sur les moyens mis entre les mains du chef pour imposer certaines décisions et le respect. Ils doivent aussi s’assurer que ces positions ne soient pas élaborées en vase clos. Pour ma part, je me rallie au point de vue qu’un parti doit savoir être à l’écoute sans ériger d’élitisme mal placé en obstacle à l’expression des ses militants et sympathisants (dixit J.-P. Charbonneau, La Presse, 9-6-03).

Sans vouloir vous prendre à parti, nous profitons de l’occasion pour conclure sur l’impact des médias traditionnels sur la politique. Nous ne croyons pas que vous vous limitiez à véhiculer l'idéologie d'une démocratie lacunaire. Cependant, autant la teneur de vos propos que l’importance relative accordée aux chefs de partis dans les médias, surtout lors des campagnes électorales, n’est pas sans affecter le fonctionnement de notre démocratie. Jusqu'à influencer la façon dont les partis répondent à ces nouvelles exigences médiatiques. Or, cet impact prend un sens beaucoup plus favorable aux monarques éclairés qu’aux débats citoyens ou même partisans.

[1] Messianisme : « Croyance selon laquelle un messie personnel viendra affranchir les hommes du péché et établir le royaume Dieu sur la Terre ». Petit Robert.

[2] GAUTHIER, Madeleine et Pierre-Luc GRAVEL « Une génération apathique ? » in Les cahiers du 27 juin. Québec, Volume 1, no. 1, février 2003, p. 37

[3] cf Rapport du Secrétariat général de la Commission sur la réforme des institutions démocratiques.

Pour une démarche qui s’inscrit dans une autre logique

Guillaume Ducharme et Ophélie Sylvestre
TRIBUNE LIBRE 13.6.2003
(Les auteurs sont signataires de la lettre du 10 juin «Un programme avant un chef»)

Michel David, dans un texte publié le 12 juin dernier, remet en question la «logique» de la démarche proposée par un groupe de militants dans une lettre publiée par Le Devoir le 10 juin. En effet, M. David croit qu’il n’est pas dans l’ordre des choses d’adopter un programme avant de procéder à l’élection d’un nouveau chef. Cette situation pourrait, selon lui, obliger le nouveau président à soutenir des positions qui vont « à l’encontre de ses propres convictions ». Le chroniqueur va même plus loin en affirmant que «choisir un chef, c’est aussi choisir les orientations et la démarche qu’il propose».

C’est là qu’il fait erreur. Choisir un nouveau chef, c’est choisir la personne qui représentera notre programme et qui incarnera les convictions profondes que, collectivement, les membres du Parti adopteront. Évidemment, choisir un nouveau chef, c’est choisir un artisan de premier plan dans la réalisation de notre projet. Cette personne aura le privilège de modeler en partie notre vision pour l’adapter aux circonstances imprévues et aux vicissitudes de la vie politique. Cependant, le chef ne doit pas jouir du monopole de l’initiative stratégique. Il ne doit pas être en mesure de forcer la main aux militants qui auront décidé de le porter à la tête de notre mouvement. En somme, nous voulons un équilibre entre le principe d’autorité du chef, que nous ne contestons pas, et la volonté d’associer directement les membres à la définition des grandes orientations de notre parti.

Entre un parti dont le pouvoir repose totalement entre les mains des membres et un autre où le pouvoir appartient complètement au chef, il y a une situation intermédiaire où il est possible de se nicher. La démarche proposée tente de rétablir l’équilibre des forces à l’intérieur du Parti Québécois à un moment crucial de son évolution. Cette démarche représente également un pari, que certains jugeront risqué, mais qui est nécessaire. Il faut faire le pari que la défaite du 14 avril amènera les membres du PQ à faire le constat de l’échec de notre stratégie actuelle et de la nécessité d’adopter une nouvelle démarche réaliste et efficace pour nous conduire à la souveraineté. Un tel constat ne pourra pas être imposé par un nouveau chef, il devra provenir de la base militante pour être légitime.

Il faut inverser notre façon de voir le fonctionnement des formations politiques : il semble plus juste d’adopter nos orientations avant de choisir l’homme qui les incarnera au lieu de choisir l’homme qui nous imposera nos orientations.






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L’illusion du «rouge»

Siegfried L. MATHELET
TRIBUNE LIBRE jeudi 12 juin 2003

Cet article, rédigé dans les 15 jours suivant les élections, propose une analyse du premier geste du Premier ministre élu, la présentation des finances publiques révisées, représentant la première étape d’un agenda caché libéral dont la priorité, avant la santé, est la souveraineté. Non pour réaliser ce projet, bien sûr, mais pour l’étouffer.

À la fin de cette campagne électorale, aucun n’aura été dupe de voir en la politique contemporaine autres choses que l’art de séduire les individus comme les masses, l’art de tourner les phrases les plus alambiquées en de belles paroles et de faire miroiter de belles promesses et d’inaccessibles illusions. Pour autant que nous partagions ce cynisme, il faut reconnaître que les libéraux ont remporté la palme en cette matière. La différence est claire. Nous, souverainistes, avons un grand rêve à partager, fait de souveraineté et d’équité. Les libéraux, eux, n’ont pas vraiment de rêve. Ils n’en sentent pas non plus le besoin. C’en est même le summum de leur art : nous illusionner sans nous faire rêver.

Mais laissons de côté l’illusion électorale en général et voyons la dernière illusion des « rouges » : l’illusion du « rouge ». Nous parlons de la révision des finances du Québec et de sa présentation par monsieur Charest. Nous laisserons à d’autres le soin de discuter des chiffres, de soupeser les méthodes comptables ou de questionner l’alarmisme de madame Jérôme-Forget qui crie au déficit après seulement un mois d’entamé sur l’année financière actuelle. Interrogeons plutôt la signification à donner à l’examen budgétaire d’un ancien Vérificateur général et bien actuel artisan de la stratégie libérale.

En fait, peu avaient clairement compris ce qui avait si habilement été dit. Le réinvestissement libéral dans la santé se fait au détriment de tout le reste. Il s’accompagne d’un plan d’austérité budgétaire. Nous n’assistons qu’à la préparation de sa mise en œuvre. Critique de l’ancien gouvernement ou parjure des promesses électorales ? Nenni, ce ne sont qu’illusions et faux-fuyants !

Le gouvernement libéral a réussi à se faire élire sur un plan d’austérité budgétaire, habilement présenté, dont aucun parti, ni PQ ni UFP, n’aura fait valoir suffisamment le caractère indésirable. Culture, environnement, famille, est-ce que ce ne sont pas des « valeurs libérales » ? Ces considérations se retrouvent en dehors des balises de la normalité dressées par les questionnaires d’experts dont la compilation statistique des réponses nous renvoie le portrait de nos désillusions. Les Québécois veulent du changement, à 60%, dit-on. Une seule priorité : la santé, à 53%, dit-on. Le reste, on coupe. Statistiques et présentations comptables entretiennent l’illusion de l’urgence, de l’insécurité et de la nécessité d’un nouveau temps d’austérité. Monsieur Charest confirme : «nous allons revoir le rôle de l’État», répète-t-il au Point.

Quel que soit l’épithète qu’on lui donne - bourgeoise, néo-libérale, capitaliste, économiciste – l’illusion du « rouge » demeure complète tant qu’on ne la situe que sur le plan social et économique. Mais l’illusion est illusion parce qu’elle maquille. Et ce qui est maquillé par cet alarmisme budgétaire, c’est le véritable agenda du fédéralisme canadien. Ce que nous appellerions, selon le terme qu’il a lui-même consacré, l’agenda caché de monsieur Charest. Ironiquement, la priorité de cet agenda, c’est la souveraineté.

Plusieurs symboles, plus ou moins discrets, reflètent l’orientation du gouvernement. Le poids relatif de la communauté anglophone au sein du Cabinet est révélateur. Ses représentants ne sont pas les moindres et leurs actions passées reflètent bien ce qu’ils sont prêts à faire pour le Québec, faisant peu de cas des règles qui balisent nos consultations populaires. Mais nous ne remettrons pas en cause la présence d’une personne ou deux au sein du gouvernement pour autant.

Le drapeau unifolié en arrière plan d’un discours du trône truffé d’anglais est également un symbole clair et sans précédent. Tous ces symboles lèvent le voile sur la véritable priorité des libéraux : la souveraineté. Pas pour la réaliser, mais bien pour l’étouffer.

Donc, faut-il croire que cette illusion du « rouge » pave la voie à un plan d’austérité d’inspiration néo-libérale ? Un plan visant le retrait de l’État au profit de l’entreprise privée. Sûrement est-ce aussi le cas.

Mais le véritable plan que veulent mettre en œuvre les libéraux de tout acabit, c’est le centralisme fédéral. Charest, Chrétien et Martin, travaillent main dans la main à conforter le statu quo dans sa construction tranquille, mais certaine, de la nation canadienne. Et la révision de l’État québécois n’est pas autre chose que la lente construction du Canada.

Alors qu’Ottawa regorge de surplus, qu’il menace d’occuper les champs de compétence du Québec, que son logo unifolié est placé derrière le Premier ministre du Québec lors de son premier discours, aucun retrait de l’État québécois quant à ses diverses missions sociales ne peut paraître innocent. Surtout s’ils se font dans les domaines de l’environnement, des transports ou des municipalités, là où les velléités fédérales sont avouées. Mais aussi dans le domaine culturel qui fait rayonner le caractère distinct de notre culture, bien mieux que tous les drapeaux de Patrimoine Canada, dont on ne manquera certainement pas de nous abreuver pendant toute cette opération.

L’illusion du «rouge» est, en plus et avant même l’affirmation d’une tendance néolibérale, l’ouverture délibérée des compétences québécoises à l’envahissement d’Ottawa. Cette idée apparaît tellement réfléchie que le gouvernement libéral, s’il obtient un quelconque rééquilibre de la fiscalité, ne compte même pas l’utiliser à maintenir les missions de l’État québécois, autres que la santé et l’éducation, mais bien en profiter pour abaisser les revenus fiscaux du Québec, rapetissant d’autant plus la capacité d’agir collectivement des Québécoises et Québécois.

Une élection de plus donc, ne change rien de fondamental ni à la politique, ni aux enjeux qui animent les acteurs politiques au Québec et au Canada. Le pouvoir tantôt nous illusionne, tantôt nous désillusionne. Au cours de la dernière campagne, les libéraux ont su nous vendre un plan d’austérité sous le couvert d’une priorité à la santé. L’illusion du « rouge », provoquée par l’examen du budget au lendemain de l’élection, apparaît dirigée vers la mise en œuvre d’un plan de coupures généralisées, à l’exception de deux ministères. Voilà l’illusion libérale. Elle consiste à occulter sa véritable priorité, dont jamais le peuple Québécois n’a voulu : la construction d’un fédéralisme canadien envahissant et centralisateur.

Vous avez dit « changement » ?




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À propos de ces souverainistes qui ne croient plus en la question nationale

Le Québec est un pays inachevé

La conscience historique québécoise est portée par l’aspiration jamais reniée à la pleine existence collective

Mathieu Bock-Côté
Étudiant à la maîtrise en sociologie, Université du Québec à Montréal
TRIBUNE LIBRE jeudi 12 juin 2003

S’il est une idée sur le point de devenir un lieu commun au Parti québécois, c’est que le projet de souveraineté doit s’affranchir de la question nationale. Nous entendons par question nationale l’idée que la condition québécoise est problématique, que son histoire est traversée par un vieux désir d’achèvement qui s’y déploie pour s’accomplir dans un statut politique consacrant la pleine existence de la nation. Le Québec est un pays inachevé.

Pourtant, ceux qui se proposent de conduire les affaires du mouvement souverainiste semblent sur le point de poser l’indépendance politique hors de cette compréhension particulière du pays québécois. L’indépendance était un choix politique supposant une certaine idée de l’histoire du Québec. Elle est en passe de devenir la conséquence d’une conception de l’administration gouvernementale.

La dilution de la question nationale

Dans un texte publié il y a quelque temps dans les pages du Devoir (6 mai 2003, A.7), François Legault définissait quelques orientations devant commander la redéfinition de projet souverainiste, en fonction d’un projet social bien défini, sinon détaillé, auquel devraient souscrire les souverainistes. «On doit montrer concrètement aux Québécois(es) que le rapatriement de tous nos pouvoirs et de tous nos impôts nous permettrait d’élaborer un projet porteur d’avenir pour le Québec et de mieux nous occuper de nos priorités. Il faudra mieux expliquer qu’un Québec souverain pourrait fournir de meilleurs soins à nos personnes en perte d’autonomie, mieux soutenir les entrepreneurs de nos régions, venir davantage en aide aux enfants en difficulté d’apprentissage, fournir aux familles défavorisées encore plus de logements à prix abordable. [...]. Pourquoi pas aussi la souveraineté pragmatique, qui expliquerait concrètement où irait l’argent récupéré? Pourquoi pas montrer ce qu’un Québec souverain pourrait faire de différent?».

Passer des raisons fortes aux raisons sonnantes

De l’indépendance politique du peuple québécois, nous passons à la définition d’un programme gouvernemental précis devant être porté par les souverainistes. C’est l’usage exact qu’on se propose de faire de la souveraineté qui est au centre de cette redéfinition. Il ne s’agit plus de dire que la souveraineté permet au Québec d’être le seul auteur des lois qui s’appliqueront sur son territoire, mais de dire quelles lois seront ensuite proposées. Non plus que d’affirmer que la souveraineté permettra au Québec d’être seul maître de sa politique budgétaire, mais de prévoir les choix budgétaires prévisibles d’un Québec souverain.

À travers cela, on constate la dilution de la question nationale dans la question sociale, et l’identification de celle-ci à la lecture qu’en propose la third way, cette «gauche efficace» dont nous parle François Legault. La «souveraineté pragmatique», dénationalisée, se fera parce que les Québécois jugeront qu’un État indépendant leur permettra de se doter de meilleures politiques publiques qu’un simple État provincial dans le cadre canadien.

Les projets collectifs devraient se définir en fonction de ces préoccupations «concrètes». La souveraineté, se réalisera si les citoyens croient qu’elle servira leurs intérêts quotidiens, si les souverainistes illustrent en quoi l’indépendance «aidera les enfants en difficultés d’apprentissage». La promotion de l’option passe par la nouvelle génération d’arguments prosaïques. La question nationale aurait fait son plein de sympathisants. Désormais, il faut chiffrer clairement les avantages de la souveraineté, passer des raisons fortes aux raisons sonnantes. Les citoyens ne s’intéresseraient d’ailleurs aux questions collectives qu’à travers la médiation de leurs intérêts très particuliers. Le peuple québécois s’efface au profit d’une nouvelle figure du citoyen qui définit d’abord son «identité» en fonction de son appartenance à différents réseaux sociaux.

Si les politiciens souverainistes qui se réclament de cette démarche le font au nom d’impératifs soi-disant pragmatiques - par ailleurs éminemment discutables -, on peut toutefois supposer qu’ils ont intériorisé cette vision du politique qui le réduit à être une simple instance de gestion de services publics. Leur complaisance dans la nouvelle approche comptable, le babillage technocratique, ne sont-ils pas révélateurs d’un refus d’articuler le politique à l’histoire pour le conjuguer dorénavant avec les seules préoccupations administratives?

Pourtant, c’est pour des raisons bien particulières qu’il y a une question nationale québécoise. De vieilles questions demeurent sans réponse. Le peuple québécois n’est pas encore un peuple normal. Son avenir politique demeure indéterminé. Nous nous proposons de reprendre certains questionnements pour voir en quoi ils demeurent inévitablement au centre d’une relance du combat pour l’indépendance politique.

Le statut politique du Québec hier et aujourd’hui

La question du statut politique du peuple québécois est identifiée au débat constitutionnel depuis bientôt un demi-siècle. L’indépendance ne peut, dans cette perspective, qu’être associée à une position radicale, puisqu’elle se situe en dehors du continuum des propositions de réforme constitutionnelle ayant pour objectif de réaménager les rapports entre le peuple québécois et la fédération canadienne. D’ailleurs, le projet souverainiste du Parti québécois n’a-t-il pas toujours tangué entre la rupture et la redéfinition du lien canadien?

Il est possible, pourtant, de détacher la question québécoise de la politique constitutionnelle canadienne des dernières décennies. Car la question du statut est indissociable du projet de souveraineté. Politiquement, c’est à elle que réfère le projet souverainiste. Le problème du statut consiste à poser politiquement la question nationale, et non plus seulement économiquement ou socialement. La question du statut, celle de la forme politique à travers laquelle s’institue la nation, doit être dégagée de l’axe canadien. C’est même la condition de son renouvellement.

L’indépendance des peuples est une exigence politique qui prend une nouvelle pertinence dans un ordre du monde qui redécouvre les réalités fondamentales occultées pendant un temps par le discours sur la mondialisation. Les peuples existent et se réalisent encore à travers l’État. L’État n’est pas seulement une agence de livraison de services. C’est la forme politique à travers laquelle une nation parachève la conscience qu’elle a d’avoir un point de vue sur le monde. Que cet État soit interventionniste ou non, faible ou fort, importe peu ici. Car l’État, par-delà la question des services publics, est une forme historique qui incarne politiquement la possibilité pour un peuple d’être à lui-même sa propre référence.

De la survivance à la question des petites nations

Il y a la question du statut, laissée en jachère. Et il y a la singularité de l’expérience historique québécoise. Ce que certains appellent, plus ou moins justement, le problème identitaire, réfère à cette conscience assumée depuis plus de deux siècles de participer en Amérique à un projet particulier d’humanisation du monde qui ne peut être identifié simplement et sans nuances à l’inscription dans la dynamique continentale de la société québécoise. De François-Xavier Garneau à Fernand Dumont, ceux qui ont fait le projet d’interpréter l’histoire québécoise ont été sensibles à la particularité de notre situation historique, à cette précarité qu’on s’est proposé de surmonter par le programme de la survivance. Cette dernière rendait compte d’une conscience vive de notre précarité, comme peuple français d’Amérique dominé et contraint de perpétuer son existence avec des moyens limités.

La pensée de la survivance est dépassée. Elle s’est éteinte avec le Canada français. Mais la réalité qu’elle tentait de traduire dans un programme collectif de consolidation de l’identité nationale n’a pas changé. Le Québec est une petite nation, un de ces peuples sans nécessité qui préservent la diversité authentique du monde. L’expérience québécoise est emblématique du sort qui attend les peuples dans le siècle à venir. S’il est une chose que la nation québécoise peut apporter au patrimoine commun de l’humanité, c’est l’idée que la diversité du monde n’est jamais une évidence, qu’elle ne peut être préservée qu’à partir du moment où une culture se déploie dans un espace public pour fonder un monde commun.

Le mouvement souverainiste doit politiser de nouveau la condition québécoise en déployant l’indépendance jusqu’au siècle des petites nations. S’il est une tradition à poursuivre tout en la dégageant de sa gangue poussiéreuse, c’est celle là. Celle d’un peuple ayant d’abord la mémoire de sa ténacité. La conscience historique québécoise est portée par l’aspiration jamais reniée à la pleine existence collective. C’est par cette capacité à conduire le fil secret de notre mémoire jusqu’au présent que nous pourrons collectivement accoucher du pays québécois que nous avons toujours «porté comme un enfant».

***

On nous invite, encore une fois, à nous dilater dans l’air du temps. S’adapter aux temps nouveaux, mêmes s’ils portent en germe notre dissolution. Renoncer au politique, à l’histoire, n’est-ce pas renoncer finalement à ce qui rend l’indépendance possible et nécessaire? Dans la «souveraineté pragmatique», il y a une rupture avec la tradition du Parti québécois. Tant Jacques Parizeau que Lucien Bouchard, qui pourtant, se rejoignaient sur peu de choses, savaient que la souveraineté était plus que le moyen de mener à terme certaines politiques publiques. Ils savaient que c’est l’avenir d’un peuple qui est en jeu dans la question nationale.

Comment faire la souveraineté d’un peuple dont on a oublié l’existence? La souveraineté pragmatique ne remplace pas l’indépendance nationale. Il y a une vieille quête nationale à achever. Ce n’est certainement pas en reniant l’histoire québécoise qu’on pourra la faire aboutir.




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Une réflexion à faire au PQ et à l'ADQ

La vocation minoritaire

Fernand Dansereau, Cinéaste
Le Devoir jeudi 12 juin 2003

Emportés par cette immense révolution de civilisation qu'on appelle la mondialisation, nous tentons de nous accrocher à nos communautés locales. C'est tout naturel d'y rechercher le minimum d'assurance dont nous avons besoin pour stabiliser les vies mouvementées que la modernité nous convoque à mener.

Dans cette voie, pourtant, nous retrouvons tout de suite une étonnante contradiction : le problème des minorités. Car dans le monde qui vient, chacun finit par découvrir qu'il appartient à la fois à une majorité et à une minorité. Et que cette double appartenance ne fournit guère de réconfort par rapport au gigantisme des institutions qui s'installent. Quel que soit le pouvoir local qu'on croit contrôler !

On a coutume de penser que la démocratie parlementaire libérale représente l'aboutissement final de l'évolution politique de l'humanité. La fin de l'histoire, ont dit certains. Elle représente en fait un progrès considérable par rapport à la royauté, qui était elle-même un progrès considérable sur la dictature du plus fort. Mais il n'est pas sûr que l'évolution politique doive s'arrêter là.

La démocratie fournit l'énorme avantage de permettre le débat des enjeux publics et procure un précieux instrument de résolution des problèmes : le triomphe de la volonté de la majorité. Mais nous pouvons constater chaque semaine que ce triomphe se paie souvent d'un prix élevé. Dans l'impatience de régler un conflit, la majorité écrase la minorité et parfois du même coup la rationalité, quand ce n'est pas la justice.

La force des minorités

L'armée américaine, qui finançait à Bethel, il y a plus de 50 ans, les premiers travaux sur la dynamique des groupes, avait fait une découverte étonnante. On donnait à deux groupes de 12 personnes réunies en laboratoire le mandat de réaliser une même tâche : l'étiquetage et l'expédition de 3000 enveloppes. Un groupe devait fonctionner par le processus du vote majoritaire. L'autre devait s'astreindre au consensus, c'est-à-dire à l'unanimité. Or, à la grande surprise des chercheurs, on s'aperçut que le groupe condamné à cette unanimité finissait presque toujours par faire son travail plus rapidement et avec une plus grande qualité. On en tira la théorie voulant que dans la plupart des cas, la dissidence d'une minorité recouvre, dans un groupe, des renseignements et des énergies qui assurent, lorsqu'on arrive à les canaliser, des résultats plus efficaces et surtout plus harmonieux.

L'histoire ne dit pas que l'armée américaine se soit tellement préoccupée d'étendre cette recherche aux activités des grands groupes comme les villes, les pays ou les communautés internationales ! Le gâchis de l'Irak clame bien haut le contraire. Mais nous allons peut-être devoir le faire désormais tant il est évident que le problème des minorités devient une question criante. Face à l'emprise démesurée que la mondialisation prend sur nos vies, les droits des minorités restent notre meilleure et peut-être notre seule planche de salut. Mais comment instrumenter de façon pratique cette perception ?

Tout reste à faire. Le mouvement de décolonisation des années 50, la lutte des Noirs pour l'égalité aux États-Unis, la prise de conscience et le combat des femmes depuis quelques décennies, l'émergence des épuisantes rectitudes politiques qui tenaillent nos consciences, tout converge pour affirmer l'urgence de l'entreprise. Chaque revendication appelle à modifier et à instrumenter différemment la fameuse dictature de la majorité. Nous n'en sommes pourtant qu'à des balbutiements. L'art et les techniques de gouvernement, dans les temps qui viennent, vont requérir des outils autrement plus efficaces et plus subtils si on veut éviter de se perdre dans la tempête des horreurs et le déluge des inhumanités.

Minoritaire plutôt que souverain

On pourrait proposer au Québec que son avenir réside autant dans le travail qu'il fera pour instrumenter ce droit des minorités que dans la revendication du statut de nation. La souveraineté aurait l'immense avantage de guérir la blessure narcissique de la conquête et de libérer toutes les potentialités d'un peuple qui reste malgré tout astreint aux complaisances d'un autre peuple. Complaisance limitée par le droit, bien sûr, et la Constitution, mais complaisance quand même au bout du compte, comme nous l'ont rappelé il n'y a pas si longtemps la législation sur les jeunes contrevenants ainsi que la loi sur la clarté référendaire.

Il importe cependant de ne pas trop mystifier cette souveraineté dans la mesure où tous les peuples et toutes les nations se retrouvent déjà dépassés et astreints à la complaisance de plus grands ensembles. C'est probablement ce qu'intuitionne l'agaçante ambivalence de l'électorat québécois dont se plaignent les politiques. Il s'agit désormais de survivre dans un jeu dont les règles ont radicalement changé.

Le Québec n'a peut-être pas mesuré encore pleinement à quel point sa situation minoritaire est exemplaire dans le monde et porteuse de fécondité. Et à quel point il pourrait en tirer profit. «Minorités du monde, unissez-vous !» pourrait devenir son puissant cri de ralliement et lui procurer dans les aréopages internationaux une place et une voix plus importantes qu'un énième siège aux Nations unies.

À condition qu'il se tourne vers ce travail difficile, méticuleux, long et ingrat du droit des minorités. Ce travail commence d'abord par chez soi. Les instruments que nous avons entrepris de mettre au point pour définir une société française fondée sur autre chose que le «pure laine», pour traiter équitablement notre minorité anglophone, pour rendre fierté et justice aux nations autochtones, pour renouveler le mode de scrutin majoritaire à un tour, pour baliser la justice intergénérationnelle, etc., sont des outils qui risquent de changer notre devenir par la suite et de se retourner en notre faveur car ils vont exiger de profondes mutations de pensée et modifier notre façon de lire la réalité.

Ouvrir les portes de l'avenir

Ce ne sont jamais des questions simples. Mais elles sont immédiates, à notre portée et susceptibles d'ouvrir de grandes portes vers l'avenir. Ce travail-là va faire boule de neige dans les temps qui viennent. De petit pas en petit pas, on verra peut-être s'élever, avec le temps, un édifice majestueux, une méthode de gouvernement supérieure à la démocratie libérale que nous connaissons maintenant.

L'esprit rompu par deux drames référendaires qui lui ont cassé les reins, le Québec semble s'enfoncer dans le désarroi des peuples sans joie. Les partis aux dernières élections ne savaient plus nous proposer d'autre projet que la bonne gérance comptable. Bertrand Russell disait autrefois que la vitalité chez l'homme se mesure à son intentionnalité. C'est aussi vrai des peuples.

Ne pourrait-on pas aujourd'hui trouver dans la vocation minoritaire l'occasion de contribuer de façon marquante au devenir de l'humanité et d'accéder par là au joyeux accomplissement dont nous avons tant besoin ? Peut-être que le Parti québécois et l'ADQ, qui doivent tous deux entreprendre une révision fondamentale de leur programme respectif dans les mois qui viennent, pourraient trouver là d'utiles pistes de réflexion.

RÉPLIQUE

La bonne conscience à rabais

La Confédération était un euphémisme et un piège

René Marcel Sauvé, géographe
TRIBUNE LIBRE 13 juin 2003
(texte publié dans Le Devoir du 25 juin 2003)

Le Devoir du 12 juin publie en page A-7 un article rédigé par le cinéaste Fernand Danserau ayant pour titre: La vocation minoritaire, avec pour thème central: Le Québec n'a peut-être pas mesuré à quel point sa situation minoritaire est exemplaire dans le monde et porteuse de fécondité.

Je ne vois pas comment être minoritaire est une « vocation ». Dans un ensemble politique donné, le statut de minoritaire est un non-statut. C'était le cas du Canada français. Dans le Québec, les Québécois sont majoritaires chez eux et c'est autre chose.

Le problème est lié au fait que le statut du Québec, foyer national d'un peuple, assise de son État, statut qui existe bel et bien de facto, n'est pas reconnu par le pouvoir central, centralisateur, unitaire et arbitraire d'Ottawa. Comme il n'y a pas de concession en politique, seulement des avancées et des reculs de pouvoirs et de statuts, les quelques « concessions » accordées au Québec, comme le « bilinguisme officiel (sic) » qui n'est qu'une mesure d'apaisement, résultent du fait que le pouvoir du gouvernement fédéral est menacé de s'effriter face à la progression des provinces vers les statuts à reconnaître d'États, de jure comme de facto. Telle devait être l'intention initiale, avec la fondation d'une « Confédération », une Union d'États Souverains, qui devait débuter avec la construction des chemins de fer nécessaires au développement de petites communautés dispersées et éloignées dans un espace continental réel, qu'est le Canada. Mais la Confédération était un euphémisme et un piège.

Un phénomène analogue aux États-Unis porte le nom de « statehood » et en Grande-Bretagne, de « dévolution ». Les grosses Transnationales cherchent à l'exploiter à leur avantage et cette intrusion contribue à retarder la progression de ce processus naturel vers son éclosion et la naissance de nouveaux pouvoirs devant lesquels Ottawa devra céder ou disparaître. Ce phénomène local s'inscrit dans des continuités inscrites dans la géographie et qui remontent avec le développement des communications. On est loin de « l'accrochement à nos communautés locales et à la recherche du minimum d'assurance dont nous avons besoin pour stabiliser les vies mouvementées que la modernité nous convoque à mener ». Encore des clichés qui ont peu à voir avec la radicalité, l'ipséité, la sémelfactivité et la continuité du réel, beaucoup plus exigeants qu'on ne le pense.

Au Canada, la minorisation du Canada français et les tentatives actuelles de maintenir le statu quo des provinces inféodées au pouvoir central unitaire, témoignent d'une volonté obstinée de chercher à garder le pouvoir pour le pouvoir. Monsieur Dansereau, qui ratisse très large, ne s'en rend pas compte ou donne cette impression.

La mondialisation n'est pas une « révolution de civilisation », deux autres clichés commodes et lénifiants face à la progression exponentielle du capitalisme sauvage dans le monde actuel. C'est le chloroforme qui endort les consciences et dont Monsieur Dansereau se fait le propagateur. Le « gigantisme » des entreprises, c'est localement, dans chaque localité du monde, qu'il faut le mettre à sa place, en conformité avec ces principes fondamentaux en stratégie: concentration et économie de l'effort, coordination et coopération. Ce gigantisme et ce mondialisme ne sont pas des phénomènes nouveaux. Les Phéniciens l'avaient pratiqué pendant l'Antiquité, en fondant leur puissance commerciale sur la Méditerranée. Pendant le Moyen Âge, les Ligues Hanséatiques ont constitué le gros du capitalisme de l'Europe du nord, en fondant leur puissance sur les mers, avec armées et flottes de guerre. Les Multinationales et les Transnationales, également avec armées et flottes de guerre, celles des États Unis et de l'Angleterre, font de même et cherchent à inféoder le monde entier à leurs intérêts. Les réponses naïves à ce problème actuel sont plus dangereuses que le danger représenté par le capitalisme international anglo-saxon. Comme toujours au cours de l'histoire, la détermination consciente accomplit davantage que le flottement dans les clichés qui donnent bonne conscience à rabais.

L'exemple cité par Monsieur Dansereau pour expliquer ce qu'il appelle la force des minorités est discutable et hors contexte.

On ne peut généraliser à partir d'expérimentations en milieu clos. Toute force collective vient d'une part du nombre, de l'autre, de la concentration dans l'espace et dans le temps et finalement de la pertinence et la compétence de sa dynamique. Le nombre seul est insuffisant et c'est pour faire pencher la loi du nombre du côté loyaliste que l'inféodation de notre peuple à un pouvoir central unitaire a été décidée. C'est au Québec même et nulle part ailleurs que nous pouvons pratiquer la concentration du nombre et de l'effort dans l'espace et dans le temps, et sur le plan dynamique, la mise en pratique des autres principes permanents et universels de la stratégie d'État: simplicité, souplesse, coordination, coopération, administration et logistique. Sans oublier les principes cardinaux de l'appréciation rigoureuse du contexte et de la situation; détermination et maintien d'objectifs praticables et réalisables en termes d'espace et de temps, et, maintien du moral. Toute communication qui éloigne de ces principes tend vers la désinformation.

La bonne conscience à rabais dont Monsieur Dansereau se fait le propagandiste se poursuit particulièrement dans ses derniers paragraphes: l'esprit rompu par deux drames référendaires (sic) qui lui ont cassé les reins (resic). Les Québécois font leur dur apprentissage de la politique d'État. Les résultats référendaires démontrent une volonté progressive d'accéder au statut d'État, mais à la condition expresse de le faire d'une manière compétente, résolue et définitive. Notre peuple n'est pas «agaçant» au point de ne pas se rendre compte que les politiciens qui le dirigent ont manqué de compétence et de détermination. Comme les Australiens avec la Monarchie britannique, dont ils veulent se défaire mais en sachant en partant vers quoi ils vont s'engager. Démolir un ordre de choses est comme démolir une maison. Il faut d'abord que la nouvelle maison soit en place et prête à servir. On ne démolit rien, finalement, on entre seulement dans quelque chose de neuf. Quant au «désarroi des peuples sans joie (resic)» il nous est infligé par la désinformation et la propagande. Autrement, nous avons fait la preuve de notre courage et notre détermination collective à moultes reprises.

Comme «pistes de réflexion», monsieur Dansereau ne s'engage pas outre mesure. Il veut que ce soit le Parti Québécois et l'ADQ qui s'engagent dans la «piste de réflexion» version vocation minoritaire définitive qu'il propose. Serait-ce qu'au fond, Ottawa craint que nous devenions prochainement un État à reconnaître et que les autres provinces décident de s'engager dans la même voie? Voilà la «piste de réflexion» que je propose à monsieur Dansereau.






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"Oubliez les belles surprises"

Le budget de Séguin consacrera le virage que le gouvernement Charest veut imposer aux finances publiques

Mario Cloutier
La Presse jeudi 12 juin 2003

Québec - Le ministre des Finances, Yves Séguin, affirme qu'il fera prendre "un virage important" aux finances publiques en présentant son premier budget aujourd'hui à Québec. Et comme premier changement par rapport au gouvernement péquiste, le ministre libéral a remis à demain la présentation des mauvaises nouvelles, soit les compressions budgétaires.

Un imbroglio serait à la source de ce report de dernière minute. Le gouvernement libéral affirmait hier soir ne pas être certain d'obtenir le consentement de l'opposition péquiste afin de pouvoir présenter à la fois le budget et les crédits aujourd'hui, tandis que les péquistes juraient que le gouvernement libéral n'avait qu'à procéder.

Une réduction de 10 % des budgets de fonctionnement de tous les ministères est escomptée dans les crédits que présentera donc demain la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget. Quant aux budgets de programmes, la Santé pourra toutefois compter sur 240 millions supplémentaires, tandis que les coûts de système à l'Éducation risquent de ne pas être totalement couverts.

Le ministre Yves Séguin a avoué, en recevant hier les journalistes à ses bureaux de la rue Saint-Louis dans le Vieux-Québec, qu'il aurait "certainement souhaité faire un budget autre que celui-là, qui aurait pu gérer simplement une meilleure distribution de belles surprises".

L'objectif libéral de réduire les impôts demeure- et "on va le faire", promet-il- mais ce premier budget l'empêchait de porter la traditionnelle paire de souliers neufs hier. "Je n'ai pas les moyens", a-t-il indiqué avant d'ajouter que, contrairement à ce que prétend l'opposition péquiste, il ne s'agit pas d'un jeu politique. L'impasse budgétaire de 4,3 milliards, dit-il, représente un poids réel sur ses capacités de payer.

"Il (le budget) explique la situation telle qu'elle est. Il va demander un redressement important et redresse une situation qui est difficile. Je dois le faire et j'explique pourquoi on doit faire ce virage", a expliqué le ministre Séguin.

S'il s'entend avec son homologue fédéral John Manley, le ministre québécois sait déjà qu'il pourra prévoir une marge de manoeuvre de quelques centaines de millions de plus que prévu. Au départ, Québec s'attendait à être privé d'un milliard en transferts fédéraux en raison des données préliminaires du recensement.

À la fin avril, le rapport de l'ancien vérificateur général, Guy Breton, concluait à une impasse de 4,3 milliards, incluant le milliard en moins du fédéral. Dans son rapport, M. Breton relevait aussi que l'ex-ministre Pauline Marois avait sous-évalué de 2,1 milliards les revenus et les dépenses du gouvernement dans son budget 2003-2004.

Pour y remédier, selon un document obtenu par le quotidien Le Soleil cette semaine, l'actuel ministre libéral, Yves Séguin, aurait étudié plusieurs scénarios, dont la réduction des crédits d'impôt aux entreprises, la diminution du nombre de fonctionnaires par attrition, ainsi que l'abandon des dernières phases de la Cité du commerce électronique et de la Cité du multimédia à Montréal.

Au chapitre des dépenses, le gouvernement libéral a également évoqué au cours des dernières semaines des changements à prévoir dans certaines mesures mises en place par le gouvernement du Parti québécois.

Depuis plusieurs semaines, les rumeurs vont bon train à Québec, semant l'inquiétude notamment chez les représentants des groupes de l'éducation, du logement social, où l'on exige une remise à niveau de 128 millions de l'aide sociale et du soutien aux familles. Le programme libéral prévoit depuis l'an dernier une contribution financière supplémentaire des familles nanties afin de soutenir les services de garde.

À ce sujet, la guerre entre les garderies privées et les CPE (centres de la petite enfance) s'est poursuivie hier. Plus de 100 000 parents inquiets du gel des places dans les garderies à 5 $ ont demandé le maintien de l'universalité du service ainsi que le développement du réseau des CPE. L'opposition péquiste a déposé leur pétition à l'Assemblée nationale.

La présidente de l'Association des CPE, Hélène Potvin, estime que le gouvernement libéral fait fausse route en misant sur les garderies privées pour développer rapidement 3000 nouvelles places pour les 50 000 enfants en attente.

L'Association des garderies privées déplore le "discours démagogique" des CPE, estimant que les parents s'investissent tout autant dans les garderies privées. "Nous invitons les CPE à cesser d'affoler la population", a déclaré le président de l'Association, Sylvain Lévesque.

La présidente de la CSQ, Monique Richard, s'oppose vivement à ce qu'elle appelle "la privatisation des services de garde", une lutte de 30 ans des femmes et des familles québécoises. Elle reproche au gouvernement de ne parler que de financement, plutôt que des enfants et des CPE, "un fleuron de notre société".

"Ce n'est pas vrai qu'on va laisser le réseau public des services de garde faire les frais de la comptabilité économiste au profit d'entreprises privées", a déclaré la syndicaliste.

Une manifestation est prévue samedi à Montréal pour soutenir le principe de l'universalité des garderies à 5 $ et le développement des places en CPE.




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Yves Séguin: le commissaire devenu ministre

Michel Vastel

Le Soleil jeudi 12 juin 2003

Pauvre famille, celle-là qui doit préparer son budget - le logis, la nourriture, les vêtements, et quelques loisirs - sans savoir si elle disposera, à la fin de l'année, de 40 000 $, ou de 31 000 $ ! Telle est la situation du ministre des Finances du Québec.

Pour le premier budget qu'il va présenter cet après-midi, Yves Séguin escomptera des revenus d'environ 55 milliards $ dont plus de 10 milliards - quelque 18,5 % - viendront d'Ottawa. Ces transferts fédéraux représentent, bon an mal an, de 22 à 23 % de toutes les dépenses de programme du Québec. En termes simples, notre grand argentier dispose de "trois trente sous dans la piastre" !

Quand Yves Séguin soumit le rapport de sa "Commission sur le déséquilibre fiscal" - le 7 mars 2002 - il ne s'était pas gêné pour souligner l'absurde de cette situation : "Il n'est pas rationnel que le gouvernement fédéral prélève des impôts et taxes pour les reverser aux provinces, afin que ces dernières financent les services qu'elles ont le mandat d'assurer."

On ne lui reprochera pas de n'avoir point réglé cette question puisqu'il vient d'arriver aux affaires, et qu'il faut être deux pour danser le tango. Paul Martin, qui nie obstinément le problème, serait plutôt du genre à danser la valse... Des surplus évidemment !

L'absurde de la situation est aussi illustré par une savoureuse coïncidence. Cinq jours avant le dépôt du rapport Séguin, Pauline Marois avait découvert un "trou" de 830 millions $ dans son budget de l'année 2003-2004 : Statistique Canada avait soudainement modifié sa méthode de calcul des impôts fonciers assujettis au calcul de la péréquation ! L'affaire était assez sérieuse pour que le sous-ministre des Finances avertisse Moody's "qu'une mauvaise nouvelle s'en venait !". Séguin, le commissaire, s'était servi de l'incident pour rappeler que "les versements de péréquation varient parfois considérablement dans le temps, pour des changements uniquement techniques, ce qui n'est pas acceptable..."

Eh bien, deux jours avant la présentation de son premier budget de ministre des Finances, voilà que Statistique Canada remet ça ! Un certain Doug Norris l'a averti "qu'il y a une possibilité, c'est pas clair encore, qu'il y ait un problème avec les chiffres... C'est un petit drapeau qu'on a levé pour dire: Attention ! ..." Un vrai "con" ce Norris ! Ne sait-il pas que les seuls drapeaux que l'on aime au Québec, ce sont ceux de Sheila Copps ?

Cette semaine encore, les premiers ministres de l'Ouest ont réclamé que le gouvernement fédéral paie, dès cette année, les deux milliards $ qu'il a promis de verser à même ses surplus de 2003-2004. Après tout, il annoncera bientôt que ses surplus de l'an dernier - 2002-2003 - dépasseront les 10 milliards $. Cela ferait toujours 500 millions $ de trouvés pour Yves Séguin !

Cet après-midi, nous entendrons beaucoup parler des erreurs de calcul ou des approximations du gouvernement du Parti québécois, et de Pauline Marois en particulier. Mais Yves Séguin osera-t-il lui-même admettre que son propre discours est truffé d'approximations, ou d'embarrassantes contorsions. Car, mettons les choses au mieux, ses prévisions de transferts fédéraux, seront probablement de "plus ou moins" un milliard de dollars.

Et il lui manquera toujours deux milliards de dollars restés à Ottawa parce que "le gouvernement fédéral occupe trop d'espace fiscal par rapport à ses compétences." Prochaine illustration de cette constatation de la Commission Séguin : Ottawa va bientôt offrir de gros "bidous" aux municipalités pour réparer leurs infrastructures. Vont-elles refuser, au nom de la séparation des pouvoirs ?

Cher monsieur Séguin, puis-je réitérer une suggestion que j'avais faite à Jacques Parizeau lorsqu'il était aux Finances ? Puisque le Québec prélève la TPS pour le compte du gouvernement fédéral - 6,3 milliards $ par année - , pourquoi ne retenez-vous pas la part qui vous revient ?

Le ton du rapport Séguin confirme quelque chose que l'on savait depuis le séjour du ministre des Finances au cabinet de Robert Bourassa : il appartenait - appartient-il toujours ? - à l'aile nationaliste du PLQ. Le refus du Canada anglais de reconnaître le caractère distinct de la société québécoise en 1990 l'a profondément ébranlé. Fidèle à cette vision, son rapport affirmait que "le Québec, qui a des besoins spécifiques et des préférences collectives liés à sa situation unique en Amérique du Nord, est évidemment très sensible à cette capacité d'effectuer ses propres choix dans des domaines aussi fondamentaux que la santé, l'éducation ou l'aide sociale."

Tout tient dans cette phrase : le Québec n'ayant toujours pas son autonomie fiscale, Yves Séguin ne pourra entièrement présenter son propre budget cet après-midi à l'Assemblée nationale.

Donnons au nouveau gouvernement du Québec le temps qu'il faut. Yves Séguin aura besoin du talent de Benoît Pelletier, ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, et Jean Charest de la solidarité des autres premiers ministres, pour avancer. Mais en attendant... Le président de la Commission sur le déséquilibre fiscal a fait trois recommandations qui s'adressent directement et immédiatement au ministre des Finances du Québec. Vous rappelez-vous, monsieur Séguin ?

Chaque année, la Commission des finances publiques de l'Assemblée nationale devra analyser l'état du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces;

Le ministre des Finances - Yves Séguin donc ! - devra faire, chaque année toujours, le point sur la question;

Le ministre des Finances devra aussi faire le point sur les nouvelles initiatives fédérales dans les domaines de compétence du Québec.

Que de sages obligations le président de la Commission sur le déséquilibre fiscal vous a imposées, monsieur le ministre des Finances. Nous ne vous demandons même pas de réitérer la conclusion à laquelle vous en étiez vous-même arrivé, le 7 mars 2002 : "Le déséquilibre fiscal représente un dysfonctionnement majeur du système fédéral..." Vos rapports annuels à la Commission des finances publiques de l'Assemblée nationale devraient suffire...




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Ministre et non samouraï

J -Jacques Samson

Le Soleil jeudi 12 juin 2003

Le 30 avril 1987 demeure l'une des plus folles journées de l'histoire politique récente du Québec. Comme une vingtaine d'autres journalistes de la tribune de la presse, j'accompagnais Robert Bourassa au lac Meech, dans la Gatineau, où Brian Mulroney avait réuni les premiers ministres des provinces pour leur arracher une entente constitutionnelle qui devait assurer la réinsertion du Québec dans le giron canadien après un isolement de six ans. En milieu d'après-midi, à Québec, le reporter Ralph Noseworthy, de CFCF, est entré en communication avec le bureau du ministre Gérard-D. Lévesque pour l'informer que des éléments majeurs de son budget prévu pour le 7 mai seraient dévoilés lors des bulletins d'information de soirée. Deux crises s'entrecroisaient, dans un cirque médiatique inégalé.

Vers 18 h 30, Gérard-D. Lévesque s'est enfin entretenu par téléphone avec son chef. M. Lévesque alla droit au but. Je peux remettre ma démission ou présenter le budget à 21 h ce soir, lui résuma-t-il. J'ai raconté dans le SOLEIL du lendemain comment Robert Bourassa a accueilli la nouvelle avec humour (!) et qu'il ne fut nullement ébranlé. Il ordonna sur-le-champ à son ministre de lire son discours sur le budget le soir même. L'opposition en fut informée à 19 h 15 ; un court huis clos fut tenu en catastrophe pour les médias pendant que les photocopieuses surchauffaient pour sortir des copies de documents. Les députés et hauts fonctionnaires faisaient l'objet d'une battue à l'intérieur du Colisée où Canadiens et Nordiques s'affrontaient le même jour. Après quelques parades des ténors de l'opposition, Pierre Marc Johnson et Jean Garon, qui criaient au coup monté pour créer une diversion de la conférence constitutionnelle du lac Meech, Gérard-D. Lévesque put lire son budget à l'Assemblée nationale tard en soirée.

M. Lévesque et son sous-ministre Robert Normand, deux hommes très respectueux des institutions, et de la tradition britannique, furent profondément humiliés, blessés, par cet incident. La tradition britannique et l'honneur voulaient que les titulaires de postes d'autorité aux Finances démissionnent dans pareilles circonstances. Gérard-D. Lévesque et Robert Normand, deux samouraïs, deux hommes d'honneur, étaient prêts à se faire hara-kiri. Robert Bourassa refusa net. Leurs démissions forcées ne furent même pas considérées et pourtant le journaliste Noseworthy avait en main un véritable document budgétaire.

Le premier ministre nous fit d'abord valoir que M. Lévesque n'était aucunement responsable du "bris de confidentialité" qui était survenu. L'enquête de la Sûreté du Québec n'a pas conduit non plus à des accusations. L'opposition et plusieurs journalistes ont toujours cru à un coup fumant de Robert Bourassa et de ses diaboliques compères, Jean-Claude Rivest et un certain... Ronald Poupart, aujourd'hui conseiller de Jean Charest. Je n'ai jamais adhéré à ce machiavélisme, même si le trio en aurait été bien capable. Mais rien ne permettait de croire à une entente au lac Meech en mi-journée, le 30 avril. L'accord fut conclu au début de la nuit suivante. D'autre part, Noseworthy avait été vu peu avant furetant dans les locaux du ministère des Finances. Les journalistes avaient l'habitude à l'époque de faire les poubelles, dans les jours qui précédaient les budgets. J'avais même déjà vidé une nuit celles d'un atelier de composition de la rue du Roi, dans la basse ville de Québec, Compelec, où se faisait le montage des documents budgétaires.

Sur le fond des choses, le budget Lévesque de 1987 prévoyait des baisses d'impôt et de tarifs, qu'un gouvernement avait intérêt à faire connaître avec tout le battage qui entoure le dépôt solennel d'un budget. Elles furent totalement noyées cette fois-là.

Aucun citoyen n'aurait par ailleurs pu tirer quelque profit ou avantage de la fuite ou de la trouvaille. La tradition britannique du secret total, au prix d'une démission de ministre, visait historiquement à prévenir la spéculation, des ventes ou achats de titres, et des avantages indus pour certaines personnes seulement, en raison des modifications à la taxation de certains biens comme les cigarettes ou l'alcool. La rigueur de la sanction servait à s'assurer que les personnes qui possédaient une connaissance totale ou partielle du budget conservent une parfaite intégrité, laquelle passait par un mutisme hermétique.

Des pratiques désuètes à plusieurs égards demeurent: assermentation des personnes, gardiennage par d'intimidants agents de la SQ. La préparation des budgets est cependant devenue un exercice d'une grande complexité, qui implique des dizaines de personnes, suppose de multiples consultations d'experts externes ou de groupes de pression. Les médias et la population exigent par ailleurs des partis politiques une transparence toujours plus poussée, de sorte que de nombreux choix budgétaires deviennent très faciles à anticiper. Les surprises sont de plus en plus rares le jour J.

Les reporters font et feront toujours en plus leur travail en espérant devancer les concurrents. Des démissions, au nom de la tradition britannique, ont été écartées avec raison en 1987 par Robert Bourassa. Elles ne seront pas davantage exigibles à la suite des informations publiées par LE SOLEIL cette semaine, à moins qu'une responsabilité directe soit établie, à la suite d'avantages dont auraient profité des groupes ou des individus, sur la base de politiques budgétaires très précises qui auraient été connues prématurément par ces seules nouvelles.

JJSamson@lesoleil.com




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Le baptême du feu d'Yves Séguin

Claude Picher

La Presse jeudi 12 juin 2003

Il y a un peu plus d'un an, alors qu'il présidait la Commission sur le déséquilibre fiscal, Yves Séguin, le nouveau ministre des Finances du Québec, a été victime de la bactérie mangeuse de chair. Une attaque vicieuse et pernicieuse qui est passée à un cheveu de lui arracher la vie.

Lui qui, à 51 ans, n'avait jamais été hospitalisé, s'est vu imposer un sévère traitement comportant notamment des doses massives de médicaments assez puissants pour assommer un éléphant.

Pendant son hospitalisation, à chaque matin, il se levait, se rasait, se lavait, s'habillait (veston-cravate s'il vous plaît), puis prenait l'ascenseur pour aller au dépanneur de l'hôpital, où il achetait ses journaux avant de regagner sa chambre. Ces petits gestes quotidiens nous apparaissent banals. Pour un homme soumis à une thérapie extrêmement pénible, les mêmes petits gestes demandent des efforts surhumains, et forcément beaucoup de volonté; en fait, il lui fallait toute la matinée pour faire ce qui ne prend, dans des conditions normales, que quelques minutes.

"Cette routine m'a permis de rester actif, de garder espoir, de passer au travers l'épreuve, de faire confiance à la vie", devait-il me confier, des mois plus tard.

Nombreux sont ceux qui perçoivent le nouveau ministre comme un mélange de loose cannon et de girouette. Au portefeuille stratégique des Finances, certains voyaient davantage Michel Audet, le député de Laporte, économiste de formation, spécialiste des finances publiques, ancien haut fonctionnaire qui maîtrise parfaitement les rouages de l'administration publique.

Entre le moment où il a démissionné avec fracas de son poste de ministre du Travail dans le cabinet de Robert Bourassa, et son récent retour en politique, Yves Séguin n'a jamais cessé d'être, à sa façon, un personnage public, multipliant les articles dans les journaux et les interventions dans les médias électroniques, souvent avec un franc-parler assez éloigné de la rectitude politique. Parallèlement, sa carrière professionnelle a pris toutes sortes de directions. Il a représenté les intérêts d'une multinationale française de gestion des eaux; il a ensuite travaillé pour un grand cabinet d'avocats avant de passer au service d'un petit courtier spécialisé dans la gestion de gros portefeuilles privés; par la suite, il est devenu vice-président de banque avant d'accepter la présidence de la commission qui porte son nom. Un tel parcours, en 10 ans à peine, peut effectivement donner, soyons polis, une impression de volatilité.

Il faut se garder de sauter trop vite aux conclusions.

L'anecdote racontée au début de cette chronique indique une ténacité et un courage supérieurs à la moyenne. Et son parcours cahotique dans le secteur privé ne doit pas faire oublier qu'Yves Séguin, comme personnage public, peut être remarquablement efficace. Le rapport de la Commission sur le déséquilibre fiscal est, de loin, ce qui s'est fait de mieux sur le sujet, et il a servi de base aux travaux des autres provinces. M. Séguin a été le seul ministre du Revenu à avoir réussi à simplifier les formulaires de Revenu Québec (ses réformes datent des années 80 et se sont depuis longtemps évanouies dans la brume).

Le nouveau ministre aura besoin de toutes ces qualités pour faire passer le budget costaud qu'il déposera aujourd'hui. Ce sera un budget difficile à avaler pour bien du monde.

Voyons plutôt.

Seulement six semaines après les élections, il ne faut évidemment pas s'attendre à ce que le gouvernement se lance dans une vaste réorganisation de l'appareil gouvernemental et des sociétés d'État. En revanche, le ministre profitera certainement du dépôt du budget pour enclencher des réformes qui prendront leur rythme de croisière l'an prochain. Il est à peu près certain que les sociétés d'État comme la SAQ et Hydro-Québec seront mises à contribution dès cette année; ce serait tout à fait dans la manière d'Yves Séguin de leur demander de sabrer leurs dépenses plutôt que d'augmenter leurs prix.

Les libéraux ont promis d'augmenter les budgets de la santé et de l'éducation, et de geler tout le reste. C'était même une des orientations fondamentales de leur programme, et il est certain que le ministre ira dans cette voie, particulièrement en ce qui concerne le financement des soins de santé. Dans tous les secteurs touchés par le gel, il faut évidemment s'attendre à une pluie de protestations.

M. Séguin est un farouche ennemi des déficits, et il maintiendra sans aucun doute le cap sur le déficit zéro, en dépit d'une révision à la baisse des projections de croissance économique. Pour y parvenir, le gel des enveloppes des ministères ne sera pas suffisant. Il faudra aussi augmenter les recettes fiscales.

Il tombe sous le sens que les particuliers seront épargnés. Les libéraux se sont engagés à réduire les impôts des particuliers de 15 milliards d'ici 2008-09. Les premières baisses seront annoncées dans le budget de l'an prochain. Dans ces conditions, il serait hautement incohérent de hausser les impôts cette année. Pas de hausses, donc, mais pas de baisses non plus.

Ce sera vraisemblablement du côté des entreprises que le ministre se tournera pour maintenir les finances publiques à flot. Il faut notamment s'attendre à d'importantes réductions des subventions.

Le chef de l'opposition, Bernard Landry, fait grand cas des nouvelles parues dans le journal Le Soleil, et qui contiendraient certains éléments du budget. L'opposition a même tenté de forcer le gouvernement à devancer le dépôt du budget. M.Landry prévient le nouveau ministre qu'il sera dans "de beaux draps" si jamais certaines des informations du Soleil se retrouvent dans les documents budgétaires. Il conviendrait ici de dire deux choses:

1) Les informations publiés par le quotidien québécois sont basées sur des hypothèses de travail, qui n'auront probablement aucun écho dans le budget. M. Séguin a donc de bonnes chances d'éviter les "beaux draps".

2) En mars 1998, mon collègue Denis Lessard annonçait, avant le dépôt du budget du ministre de l'époque (Bernard Landry, justement), que le budget allait annoncer une restructuration de la Société générale de financement, ainsi qu'un train de nouvelles mesures à l'intention des jeunes. Ces informations se sont révélées exactes. En mars 1999, le ministre Landry annonçait qu'une croissance économique supérieure aux prévisions lui fournissait une marge de manoeuvre additionnelle de 1,1 milliard, mais qu'il ne se servirait pas de cet argent pour baisser les impôts; ces deux renseignements avaient été publiés quelques jours plus tôt dans La Presse, toujours sous la signature de Denis Lessard. En 2000, année du dernier budget Landry, la plupart des médias faisaient état, plusieurs jours à l'avance, des baisses d'impôts qui ont été effectivement annoncées dans le budget.




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L'eau du bain

André Pratte

La Presse jeudi 12 juin 2003

Plusieurs Québécois attendent avec appréhension le budget que déposera cet après-midi le ministre des Finances, Yves Séguin. Les déclarations maladroites de certains ministres, le ton du discours inaugural du premier ministre, les fuites publiées par les médias et l'agitation de lobbies ont contribué à susciter des craintes légitimes, mais excessives, parmi les citoyens. Serait-ce la fin du modèle québécois, de la social-démocratie au Québec?

La plupart des Québécois, s'ils veulent une révision du rôle et du fonctionnement du gouvernement (sinon pourquoi auraient-ils élu le Parti libéral?), ne souhaitent pas une "révolution du bon sens" à la Mike Harris. Autrement dit, ils ne veulent pas qu'on jette le bébé avec l'eau du bain. Par contre, la levée de boucliers à laquelle nous assistons ces jours-ci tend à faire croire aux gens que le bébé sera menacé dès que les libéraux toucheront l'eau dudit bain. Cette vision est erronée et abusive.

Dans l'analyse qu'on fera des mesures annoncées aujourd'hui par M. Séguin, il faudra faire bien attention de distinguer l'eau du bébé. C'est-à-dire qu'il faudra faire la différence entre les fondements du modèle québécois, qu'il faut préserver, et ce qui est accessoire ou ruineux.

Contrôler les dépenses de l'État n'équivaut pas à la mise à mort de l'État providence.

Certains défenseurs des programmes sociaux font comme si les ressources financières du gouvernement du Québec, et donc des contribuables, étaient illimitées. Or, s'il est essentiel que le gouvernement assure toute une gamme de services publics, il ne peut et ne doit le faire qu'à l'intérieur des moyens de la société québécoise. Comme le disait Bernard Landry alors qu'il travaillait à atteindre le déficit zéro, lorsque le gouvernement n'a pas de marge de manoeuvre la social-démocratie n'est qu'une "vue de l'esprit".

Ajuster les règles ou la tarification des programmes sociaux n'équivaut pas à leur destruction.

Comme les ressources financières de la société québécoise sont limitées, la générosité des programmes sociaux doit l'être aussi. Lorsque le gouvernement du Parti québécois a conçu les Centres de la petite enfance, pourquoi n'a-t-il pas opté pour la gratuité des services de garde? Parce qu'il n'en n'avait pas les moyens. Si les libéraux constatent que l'État ne peut plus se permettre d'offrir les garderies à 5 $, pourquoi serait-ce un scandale? L'essentiel, ce n'est pas le tarif de 5 $; des garderies à 10 $ représenteraient déjà un investissement social colossal. L'essentiel, c'est que l'État aide les parents, en particulier les moins riches, à obtenir des services de garde de qualité (publics ou privés) à un tarif raisonnable.

Revoir les mandats des sociétés d'État ne signifie pas qu'on démantèle le modèle québécois.

Tous les États disposent d'outils pour appuyer le développement économique. Cependant, parce que ces instruments utilisent de l'argent public, ils doivent être gérés avec une extrême prudence, et leur mission doit être clairement définie.

Comme l'indiquent les rapports publiés hier par la vérificatrice générale, la prudence a fait défaut à la Caisse de dépôt, et ses anciens dirigeants ont interprété abusivement le mandat de l'organisme. Le rapport annuel publié la veille par la SGF laisse croire que le même diagnostic s'applique à cette société.

Nous verrons aujourd'hui quels sont les premiers gestes du gouvernement libéral pour réaliser son programme et assurer l'équilibre budgétaire. Les groupes de pression ont le devoir de réagir avec mesure et intelligence, plutôt que de mousser la panique.

Pour sa part le premier ministre devra ajuster son discours s'il veut assurer le succès de ces réformes. M. Charest doit convaincre les Québécois que les changements qu'il veut apporter conduiront à une société plus prospère et à des services publics de meilleure qualité. Il doit aussi démontrer que, comme il l'a dit dans son discours inaugural, le gouvernement libéral sera vraiment "un gouvernement de compassion".

apratte@lapresse.ca




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Jean Charest doit garder le cap sur la réingénierie de l'État

Jean-Paul Gagné
Les Affaires samedi 14 juin 2003

Éditorial - Le discours inaugural du premier ministre Jean Charest est conforme aux engagements pris au cours de la campagne électorale.

Le chef libéral garde le cap sur la réingénierie du gouvernement et la relance de l'entrepreneurship, de l'investissement et du développement économique grâce à un meilleur climat (fardeau fiscal moindre pour les entreprises et les individus, déréglementation, sous-traitance accrue grâce à l'assouplissement de l'article 45 du Code du travail, etc.). Sur le plan social, le nouveau gouvernement affirme ses engagements dans la santé et l'éducation et s'engage à accroître le logement social, à aider les enfants autistes, à appuyer les maisons d'hébergement pour les femmes victimes de violence et à ajouter des places en garderie.

Ceux et celles qui parlent de "dérive ultralibérale", de "déconstruction", de "gouvernement démolisseur", de détricotage des acquis sociaux", de "démantèlement de l'État" font de la rhétorique. À trop exagérer, ils risquent de perdre leur crédibilité.

M. Charest, comme bien d'autres observateurs, y compris des péquistes, croit que le moment est venu de s'attaquer à l'interventionnisme excessif de l'État, au lourd fardeau fiscal des contribuables, à l'envahissement de la réglementation, à l'enflure de certaines sociétés d'État (notamment de la Société générale de financement) et à l'effet paralysant d'un trop grand collectivisme. Avec raison, le nouveau gouvernement entend miser sur l'entrepreneurship et l'investissement pour créer la prospérité et l'emploi.

Le chef libéral ne renie pas la Révolution tranquille. Ce serait d'ailleurs bien périlleux de la rejeter. Plusieurs initiatives du gouvernement de Jean Lesage (1960-1966) et des autres qui ont suivi (création du ministère de l'Éducation, accès à l'éducation supérieure pour tous, institution des régimes d'assurance hospitalisation et maladie, étatisation de l'électricité, création du Régime de rentes du Québec, de la Caisse de dépôt et placement, de la Société générale de financement et de quelques autres sociétés) ont permis à la collectivité québécoise de prendre en mains son développement et de s'outiller pour accroître sa prospérité et distribuer la richesse.

En parallèle, on a instauré plusieurs programmes sociaux, réduit les taxes et les impôts des plus démunis, accru ceux des riches et voté des lois pour faciliter la syndicalisation, interdire les briseurs de grève et encadrer la sous-traitance.

Malheureusement, certains planificateurs, technocrates et bureaucrates ont entraîné l'État dans un bon nombre d'aventures coûteuses et de débordements : la fabrication automobile (la SGF avait pris tous les risques de l'aventure, Renault aucun), l'entrée dans la construction navale avec l'achat de Marine Industrie, l'achat de plusieurs sociétés en difficulté (telles Forano et Volcano), la création d'une sidérurgie, la nationalisation de l'amiante (alors que ce minerai était condamné par plusieurs utilisateurs), l'achat de Québecair (pour mettre la fleur de lys dans les airs) et les aventures de la Caisse de dépôt dans Brascade, Steinberg, Provigo, Vidéotron, etc.).

Ce n'est pas parce que la Révolution tranquille s'est appuyée sur l'État pour stimuler le développement que l'interventionnisme étatique reste un incontournable du développement économique. Non seulement l'État occupe maintenant beaucoup de place dans l'économie, mais, à la différence des années 60, le Québec peut maintenant compter sur plusieurs entreprises et sur des entrepreneurs dynamiques n'ayant pas toujours besoin de l'État pour investir et créer de l'emploi. Ce qui ne veut pas dire que certains projets ne doivent pas être appuyés occasionnellement par l'État.

Notre secteur social est hyperdéveloppé si on le compare à ceux de nos voisins. Non seulement, on ne peut pas en ajouter, mais il faut plutôt en enlever pour maintenir notre compétitivité relative. Le Québec a un taux de syndicalisation de 40 %, par rapport à 28 % en Ontario et à 15 % aux États-Unis. Il est la seule juridiction nord-américaine à avoir des décrets de conventions collectives, un monopole syndical dans la construction et l'obligation de reconduire la convention collective dans la nouvelle entreprise lors de la sous-traitance d'une activité syndiquée. Un assouplissement s'impose pour atténuer les principaux irritants.

Le 14 avril dernier, les deux tiers des électeurs ont voté pour du changement, alors que le tiers ont voté pour un mélange de souveraineté, de social-démocratie et de statu quo. Il est primordial que les engagements pris par le chef libéral se traduisent par des réformes substantielles. Notre prospérité en dépend.

jean-paul.gagne@transcontinental.ca




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Mergers not a language issue

The Montréal Gazette Thursday, June 12, 2003

In Quebec City, on the South Shore, in Gatineau and elsewhere, many citizens of Quebec's newly merged megacities resent the way the deal was done in 2001. They believe very firmly that the new arrangements will serve them badly. They voted Liberal on April 14 in the hope that the mergers might be undone. In all those places, the megacity skeptics are, in great majority, francophone.

Montreal Island, too, has defusion advocates and activists. Here, many of them are anglophone (although others, such as former Ville St. Laurent mayor Bernard Paquet, are not). Take it all together, and it's clear that you don't have to be anglophone to be anti-merger in Quebec.

On the opposite page you'll find the translation of an editorial that appeared yesterday in La Presse. With the greatest respect to our colleagues there, we have to disagree with the opinion expressed. In fact, that editorial is itself just about the first appearance of the language issue in this debate; we hope it'll also be the last. This debate simply is not about language.

Last month, somebody did float the idea of carving out a West Island city, covering six or seven traditionally anglophone suburbs. That idea sank without a trace, and that's fine with us, because it was a very bad idea. The West Island is simply not, in the year 2003, a nest of Rhodesian elitists. Many boroughs once strongly anglophone are now home to vibrant demographic mixtures of francophones, allophones from all parts of the world, and anglophones - who these days can generally speak at least some French. That's the sort of Montreal we all want, isn't it?

In truth, we have not heard any anglo revanchisme in the loud and persistent chorus of voices critical of the megacity. The angry-phones, that dwindling minority within a minority, have had little to say. The voices we do hear complaining about the new city are talking about delivery of services and about local democracy, not about language.

In fact, the new city's first election gave the suburban merger opponents a sort of poisoned gift: Gérald Tremblay swept to power with a city-council majority including quite a list of former suburban mayors and councillors, many of them anglophone. Some of those politicos began to temper their criticism of the new order as soon as they saw that they could be players at the new island-wide level. Anglos are decently represented at city hall these days, and they know it.

The island city will stand or fall, we hope, on how well it delivers services and responds to citizens' needs, not on the basis of language politics or anything else. We take this opportunity to say again what we have said before: Before you sign anybody's de-merger petition, wait. Wait to see if Premier Jean Charest gives the megacity what it needs to succeed - in stable financing, in labour law and in other ways. Wait to see what Mayor Tremblay comes up with in his proposals to decentralize. Wait to see if Tremblay has the nerve - and the support from Quebec City - to stand up to our rapacious and overly forceful blue-collar union.

The jury is still out on the megacity. Like Charest, we hope it succeeds. But success does not come from stifling dissent. Success comes from serving all the citizens well and making them feel that this is their city.




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Hans Blix s'en prend violemment aux "salauds" de Washington


La Presse jeudi 12 juin 2003

AP - Londres - Le chef sortant des inspecteurs en désarmement de l'ONU, le Suédois Hans Blix, ne mâche pas ses mots. Alors qu'il s'apprête à quitter ses fonctions à la fin du mois, Blix dénonce, dans une interview publiée hier à Londres, les "salauds" qui, à Washington, ont orchestré une campagne de dénigrement contre lui avant la guerre en Irak.

Dans les colonnes du Guardian, Blix souligne par ailleurs avoir subi des pressions de la part des responsables américains pour qu'il durcisse le langage des rapports portant sur les programmes présumés d'armement irakiens.

Blix, qui a dirigé pendant trois mois et demi une recherche infructueuse sur la présence d'armes illicites en Irak, affirme notamment qu'à "un niveau subalterne", il a probablement été la cible d'une campagne de dénigrement conduite par des responsables américains pour le discréditer.

"J'ai mes détracteurs à Washington. Ce sont des salauds qui répandent des faux bruits, et bien entendu, de choses ignobles dans les médias", souligne-t-il avant d'ajouter: "Non pas que je m'en souciais. C'était un peu comme une piqûre de moustique du soir et que l'on retrouve au petit matin. Cela irrite."

Blix, qui fêtera ses 75 ans à la fin juin, ne donne aucune précision sur ces "choses ignobles" colportées à son propos. Toutefois, dans une interview précédente, il avait affirmé que des responsables américains tentaient de saper son autorité au sein de son équipe en racontant aux médias qu'il avait caché au Conseil de sécurité des informations sur un drone (avion sans pilote) irakien. Une accusation qu'il avait rejetée en bloc.

Mais le régime de Saddam Hussein ne semble pas avoir été en reste. Ainsi Hans Blix raconte au Guardian que des responsables irakiens avaient également répandu des rumeurs affirmant notamment que Blix, marié et père de deux enfants, était en réalité "un homosexuel qui se rendait à Washington toutes les deux semaines pour y prendre ses instructions".

À propos des inspections elles-mêmes et bien qu'aucune arme de destruction massive n'ait encore été découverte en Irak, Hans Blix répond qu'il est resté "agnostique" sur le fait de savoir si Saddam Hussein possédait effectivement ces armes peu avant la guerre en Irak.

"Nous ne pouvons exclure qu'ils puissent trouver quelque chose", dit-il à propos des forces américano-britanniques qui recherchent des armes interdites en Irak. Toutefois, il ajoute: "C'est vrai que les Irakiens se sont mal comportés et n'avaient aucune crédibilité, mais cela ne signifie pas nécessairement qu'ils étaient coupables."

Mardi, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a nommé le Grec Dimitri Perricos à la tête de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations unies (COCOVINU). Perricos a été l'adjoint de Hans Blix pendant trois ans au sein de cette commission.

Le secrétaire d'État américain Colin Powell a assuré hier "ne pas être au courant" d'une campagne de calomnies de la part de certains responsables américains, dont s'est plaint le chef des inspecteurs du désarmement irakien Hans Blix.

"Je ne suis pas au courant d'une campagne de calomnies. J'ai la plus haute estime pour M. Blix", a déclaré le chef de la diplomatie américaine devant la presse après un entretien avec le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan à Washington.

"J'ai travaillé très étroitement avec M. Blix au cours des huit ou neuf derniers mois, et je sais que le président (George W. Bush) a lui aussi confiance en lui", a-t-il ajouté.

M. Annan a pris la défense du chef des inspecteurs de l'ONU, affirmant que c'était "un personne très professionnelle et très honnête", qui a "fait un très bon travail" et jouit "d'un respect universel pour son professionnalisme et ses efforts". Il a également estimé que le diplomate suédois avait été victime de "certains articles de presse que je considère comme injustes, compte tenu du travail qu'il a fait", sans en dire plus sur ce point.




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Kevin Parent, La Bottine souriante, MixMania et compagnie feront la fête au Canada

Valérie Lessard
Le Droit jeudi 12 juin 2003

Kevin Parent, The Guess Who, La Bottine souriante et Leahy feront la fête au Canada, le 1er juillet, sur la colline du Parlement. Sur l'heure du midi, Amanda Marshall, Jean-Pierre Ferland, MixMania et compagnie animeront quant à eux la pause du lunch, avec la collaboration des parachutistes de SkyHawks et des pilotes des Snowbirds.

Cette 136e édition de la fête du Canada, qui se clôturera par les feux d'artifice sur la colline (vers 22 h 05), aura préalablement débuté à 9 h 15 par le tout premier défilé de la fête du Canada, réunissant fanfares, porteurs de drapeaux et majorettes, la traditionnelle cérémonie de lever du drapeau et la relève de la garde. C'est sans oublier les spectacles qui seront également présentés sur les trois autres sites de festivités.

Natif de Hull, l'auteur-compositeur-interprète Daniel Lanois (qui s'est surtout fait connaître de par le monde en produisant les albums de U2, notamment) reviendra faire une saucette dans la région, après plus d'une dizaine d'années d'absence. Il montera, en soirée, sur la scène du parc Major's Hill, après les groupes à tendance dixie La Bande à Magoo et pop One Ton et le guitariste de blues Harry Manx.

Le site du parc de la Confédération sera à nouveau l'endroit par excellence pour vibrer aux rythmes du multiculturalisme canadien, avec entre autres des prestations des groupes Jeszcze Raz, et leur musique gitane, et La Chango Family, qui donne dans le reggae et le latino-américain. Quant au parc Jacques-Cartier, il conserve sa vocation familiale, avec le conteur Fred Pellerin (médaillé d'argent aux derniers Jeux de la Francophonie), les énergiques danseurs "gumboots" de Chantier et la musique de Grand Portage et Deux Saisons, qui feront également taper du pied les spectateurs qui s'y déplaceront.

Une foule d'activités se greffent à tous ces spectacles, sur les quatre sites de festivités, du maquillage pour les enfants aux ateliers de danse, en passant par le super barbecue de poulet canadien, les démonstrations de l'homme fort gatinois Hugo Girard, les ateliers de didgeridoo (un intrigant instrument à vent australien) et les performances de nombreux amuseurs publics, pour n'en nommer que quelques-unes.

Par ailleurs, les musées, plages et parcs de la région de la capitale nationale seront accessibles tout à fait gratuitement (du moins pour les frais d'accès), toute la journée, le 1er juillet.

Pour obtenir tous les renseignements sur la programmation complète de la fête du Canada, vous pouvez composer le 1-800-465-1867, le (613) 239-5000 ou consulter le site Internet : www.capitaleducanada.gc.ca/feteducanada

vlessard@ledroit.com




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Nouvelles statistiques sur la situation du français au Canada
Chinois, langue seconde?

Claude Giguère
Voir, n° Vol: 17 NO: 23 jeudi 12 juin 2003

Si l'on se fie aux résultats du dernier recensement canadien, rien ne semble pouvoir arrêter l'anglicisation et l'assimilation des francophones du Canada. Il n'en faut pas plus pour que fusent, d'un côté, les prédictions à l'effet que le bilinguisme canadien pourrait un jour n'être plus qu'un souvenir folklorique supplanté par d'autres langues, tandis que de l'autre, on se félicite des efforts consacrés à la préservation du français. Positions divergentes sur des statistiques ambiguës.

Se basant sur l'évolution de sa carte linguistique, certains observateurs craignent que le glas n'ait sonné pour le bilinguisme dont se réclame sur la scène internationale le Canada. Pas au point de prédire l'avènement d'un pays anglophone coast to coast certains parlent plutôt de trilinguisme et de la reconnaissance de nouvelles langues officielles mais au point de douter de l'avenir des communautés francophones hors Québec (980 000 personnes), dont le poids relatif dans la fédération ne cesse de décroître. Avec 20 % des Canadiens qui sont nés à l'étranger et le seul groupe d'origine chinoise (900 000 personnes) en voie de dépasser en nombre ces Franco-Canadiens, la question peut se poser.

Au Québec, dans le cas plus spécifique de Montréal, le dernier recensement fait état d'un premier essoufflement en 30 ans de l'anglicisation de la métropole, environ 56 % des habitants y parlant encore français, soit à peu près la même proportion que lors du recensement de 1996. Pourtant, en 2000, un groupe de travail mandaté par Lucien Bouchard avertissait que "l'accroissement naturel des francophones sur l'île de Montréal est insuffisant pour assurer au moins une croissance égale à celle de l'ensemble des autres groupes linguistiques". Malin qui peut dire, donc, si l'on assiste aujourd'hui aux premières manifestations d'un renversement de tendance ou à une simple pause dans un processus irréversible.

Points de vue

Jacques Godbout, cinéaste, écrivain et éditeur chez Boréal, s'étonne d'abord lors d'un entretien des difficultés des francophones hors Québec à préserver leur langue maternelle. "Pourtant, esquisse-t-il, j'ai fait plusieurs films aux États-Unis, j'y ai rencontré des Français immigrés là-bas depuis 30 ans qui étaient toujours capables de bien parler leur langue. Dans notre cas, il semble que la structure du français des francophones hors Québec ne soit pas suffisamment solide pour résister."

L'homme, montréalais, trouve quand même de quoi se réjouir en ce qui concerne le Québec. "La qualité du français, en général, s'est améliorée au cours des dernières années, et je crois que nous possédons les outils nécessaires pour en préserver l'avenir", estime celui qui se dit d'autre part irrité de voir le mot "allophone" sur-utilisé. "C'est un manque de respect envers la multitude de langues étrangères qui se cache derrière ce terme uniforme."

D'autres tiennent un discours plus tranchant. C'est le cas de Jean-Pierre Perreault, président d'Impératif français. "Il est tout à fait décevant que le Canada, qui se présente à l'international comme un pays bilingue, ait des politiques qui favorisent l'assimilation des francophones. Des recherches élaborées démontrent que les faits sont différents de ceux présentés à la population par Statistique Canada et les politiciens, soutient-il lorsque joint à Aylmer. Les mesures du fédéral contribuent par leur inefficacité à la diminution du poids relatif du Québec et des francophones dans le Canada", ajoute-t-il.

Marc Lalonde, ancien ministre fédéral sous Pierre Elliott Trudeau et aujourd'hui avocat à Montréal au sein du cabinet Stikeman, se rassure pour sa part du fait que la proportion de francophones, et non leur nombre total, est en baisse hors du Québec. Et il accorde peu de crédibilité à la possible disparition du français à l'ouest de Gatineau, tout en parlant d'une nécessaire volonté de survie. "Dans le cas de petites minorités dans certains coins isolés, il s'agit en partie de décisions individuelles. On aura beau passer des lois, on ne peut forcer les gens à parler une langue en particulier. Mais les commentaires pessimistes sont trop faciles et irresponsables, on les entend souvent depuis 100 ans."

D'autre part, le juriste se réjouit de la pérennité du français au Québec et il soutient que les autorités fédérales ont autant de mérite que celles de la province. Affirmant aussi observer une amélioration du français écrit et parlé à Montréal et en région, il dit croire que "le creux est passé dans les années 70 et 80, alors que la mode était que si on se respectait, on devait parler joual. J'ai vu un paquet de gens sortir de l'université et ne pas être capables d'écrire sans fautes. Les produits actuels des universités sont bien meilleurs".

Le président du nouveau Conseil de la souveraineté du Québec, Gérald Larose, considère que la défense du français au Québec sera un combat permanent, puisque nous baignons dans une mer de quelques centaines de millions d'anglophones. "En 25 ans, nous avons renversé le déclin inexorable que l'on connaît depuis la Conquête. N'eût été de la loi 101, nous serions relégués au folklore", dit-il, tout en soulignant les réticences qui persistent face à cette façon de faire. "La confusion canadienne n'est pas réglée dans la tête des Québécois, ajoute Larose depuis son bureau de l'UQAM. Il est évident que nous n'en faisons pas assez (pour la sauvegarde du français au Québec). Si l'on veut s'assurer que le français demeure la langue commune, on doit passer en mode offensif, plutôt que de réagir au cas par cas, par secteurs. Il faut agir globalement." Selon le nouveau dirigeant de l'organe maintenant chargé de promouvoir l'accession du Québec au statut de pays, l'outil idéal manquant est la souveraineté. "Sinon, nous n'avons pas tous les équipements, nous sommes seulement outillés pour résister."

Bilinguisme versus multiculturalisme

Pour ce qui est des effets sur la survie des langues officielles de ce multiculturalisme de plus en plus représentatif du Canada, divers points de vue sont exposés. Marc Lalonde croit que "ce n'est pas grave, car les immigrants sont souvent trilingues". Mais si la population d'une province devenait un jour majoritairement formée de personnes qui n'ont ni le français ni l'anglais comme langue maternelle? "Si ça arrivait dans 40 ans en Colombie-Britannique, il n'est pas impossible que le gouvernement passe une loi concrétisant le bilinguisme anglais-chinois", estime-t-il. Jean-Pierre Perreault se montre pour sa part craintif. "La hausse du nombre d'immigrants allophones au Canada, dont plusieurs choisiront l'anglais, participe à l'assimilation des francophones."

Ottawa sort les millions pour les langues officielles


Le bruit courait depuis longtemps, mais Ottawa a récemment officialisé son réengagement envers la défense et la promotion des deux langues officielles canadiennes. Ainsi, 751 millions $ seront investis en cinq ans dans trois grands axes prioritaires, soit l'éducation, le développement des communautés et la fonction publique, ce qui ramènera le budget de ce portefeuille à son niveau d'il y a 10 ans, en plus d'ajouter un principe d'imputabilité applicable aux divers ministères concernés.

Conscient qu'il s'agit de rattrapage, le ministre fédéral responsable des Affaires intergouvernementales et des langues officielles, Stéphane Dion, a expliqué lors d'une entrevue accordée au Hilton de Québec qu'il connaissait l'importance du phénomène d'anglicisation. "Avec ce plan, nous voulons renforcer la capacité des communautés francophones minoritaires à être vibrantes et permettre aux familles exogames, constituées de conjoints de langues différentes, de connaître les richesses du bilinguisme. Maintenant que la barrière des religions est tombée, il y a beaucoup plus de mariages entre francophones et anglophones, c'est une réalité partout au pays."

"Les chasseurs de têtes du pays s'attendent à trouver des gens bilingues autant au Québec qu'au Canada", ajoute le ministre Dion. Cependant, il reconnaît que son plan d'action et la pluie de millions qui l'accompagne ne seront peut-être pas suffisants pour renverser à eux seuls le processus d'anglicisation du Canada. "Ce n'est pas ça l'objectif, mais plutôt de donner des bases fortes aux communautés linguistiques minoritaires", précise-t-il, rappelant que l'un des buts avoués du plan est de faire doubler le nombre de jeunes diplômés canadiens bilingues en le faisant passer de 24 % à 50 %, afin de "consolider le fait français au Canada". Stéphane Dion indique que le plan d'action rendu public concerne également les anglophones du Québec, sans préciser à quelle hauteur. "Ils ont aussi des besoins et des droits constitutionnels", dit-il, citant l'exemple des communautés anglophones qui vivent en Outaouais.

D'autre part, la possibilité que de nouvelles langues soient enchâssées dans la Constitution canadienne ou les lois de certaines provinces trouve peu d'écho auprès du ministre. "Ça ne m'inquiète pas car bilinguisme et multiculturalisme vont de pair. Beaucoup de personnes parlent le mandarin en Colombie-Britannique mais les écoles d'immersion y fonctionnent bien", dit-il, ajoutant qu'il ne voit pas le jour où il sera nécessaire de reconnaître de nouvelles langues officielles. "On fait déjà des choses pour aider les diverses communautés culturelles, on a un engagement envers le multiculturalisme qui est l'une de nos valeurs fondamentales et qui n'est pas contraire à l'idée que le Canada demeure bilingue", tranche-t-il.

Réactions

Le nouveau Plan d'action fédéral sur les langues officielles a semblé plaire aux groupes représentant les minorités francophones et acadiennes du Canada, lesquelles réclamaient à hauts cris qu'Ottawa s'intéresse à nouveau, et avec des moyens conséquents, à leur situation difficile. Le Bloc Québécois a cependant critiqué le fait que peu d'objectifs clairs soient identifiés dans le plan. Dans celui-ci, à la section où il est question d'améliorer le bilinguisme dans l'appareil d'État, il est dit que "si le plan réussit, la fonction publique fédérale sera exemplaire du point de vue du respect de notre dualité linguistique".

Benoît Pelletier, député provincial libéral de Chapleau, en Outaouais, et responsable du dossier des affaires intergouvernementales canadiennes, relate pour sa part lors d'un entretien que l'anglicisation du Canada est un phénomène sociologique et démographique qui ne peut être stoppé par un plan fédéral. "J'ai trouvé le fédéral passif au cours des dernières années dans ce dossier, mais j'accueille positivement ce nouveau plan, c'est un pas dans la bonne direction." Au Québec, Benoît Pelletier se dit satisfait "de la façon dont la province contrôle la situation du français", ajoutant que le PLQ "n'a pas l'intention de se faire du capital politique avec ce dossier". Finalement, il a exposé les engagements de son parti en la matière. "Nous voulons améliorer l'enseignement du français à l'école et préserver la paix linguistique en faisant une utilisation judicieuse de la loi 101. Nous ne remettrons pas en question le corpus législatif en matière de langue au Québec."

Benoît Sauvageau, député du Bloc québécois et porte-parole en matière de langues officielles, se fait plus critique envers le Plan Dion. "Le problème, c'est qu'il n'y a pas d'objectifs clairs et de délais précis. C'est une série de voeux et de souhaits. (...) Il me semble que, le passé étant garant de l'avenir, on aurait dû prévoir une évaluation des résultats obtenus à chaque deux ans. Là, je crains que dans 10 ans, si l'on ressort le Plan Dion des tablettes, on soit devant un constat d'échec, lequel est prévisible."

Pour l'instant, le député bloquiste dresse un portait sombre de la situation des communautés francophones canadiennes en situation minoritaire. "Elles sont confrontées à un taux d'assimilation qui frôle les 70 %, on ne peut pas être optimiste. Mais on constate un réflexe de bête acculée au mur et une volonté forte de s'en sortir." La partie serait donc loin d'être finie. "En se basant sur le Plan Dion comme exemple de quoi ne pas faire, et en s'associant de près aux communautés touchées tout en s'assurant que les sommes investies ne soient pas dilapidées en frais d'administration, ça peut marcher", estime Sauvageau.

En ce qui concerne l'aide du Québec aux francophones du Canada, notons que la province consacrait en 2002-2003 un budget d'environ 2 millions $ à sa Politique à l'égard des communautés francophones et acadiennes du Canada. Cette somme est répartie au profit de quelques dizaines de projets de coopération avec les gouvernements de diverses provinces dans les domaines de la culture et des communications, de l'éducation et de l'économie, chacun d'entre eux se voyant allouer des montants variant de 2000 $ à 50 000 $.

Des statistiques révélatrices francophones: en baisse à 23 % au Canada

Les données du volet linguistique du dernier recensement canadien indiquent que les citoyens n'ayant ni le français ni l'anglais comme langue maternelle (5,3 millions) sont en voie de rattraper les francophones (6,7 millions) au pays. Hors Québec, le groupe d'origine chinoise, avec près de 900 000 personnes, rattrapera sous peu les francophones, ces derniers représentant moins d'un million de personnes réparties dans diverses provinces, dont plusieurs Acadiens dans l'Est.

À l'échelle du Canada, la proportion de personnes déclarant le français comme langue maternelle poursuit sa chute et ne représente plus que 22,9 % de la population du pays, contre 59 % d'anglophones et 18 % d'allophones utilisant une centaine de langues différentes. Au Québec, 10 % de la population a une langue maternelle étrangère alors que la proportion d'anglophones, 8 %, continue de diminuer. Plus de 80 % des Québécois ont donc toujours le français comme langue maternelle. À Montréal, 56 % des gens parlent français, contre 25 % pour l'anglais et 19 % pour les langues étrangères.

Canada: les langues de chez nous?

L'accroissement de la population canadienne est largement le fait de l'immigration, d'où la centaine de langues maternelles comptabilisées lors du dernier recensement. Plusieurs intervenants soulignent cependant l'aisance avec laquelle s'intègrent les immigrants, même si, dans le cas du Québec, on tente encore de freiner l'attrait qu'exerce sur eux l'anglais.

May Chiu, avocate de formation et directrice du Service d'aide à la famille chinoise du grand Montréal, nous informe que plus de 200 étudiants sont inscrits aux cours de français offerts par son organisme. De plus, elle assure qu'ils ne rechignent pas à apprendre la langue de Molière. "Quand on commence avec presque aucune expérience, ce n'est pas plus difficile que l'anglais", dit celle qui immigra à Trois-Rivières avec ses parents à l'âge de six ans.

Quelques dizaines de milliers de citoyens montréalais sont d'origine chinoise, lesquels ont dû se plier à des critères assez sévères pour être reçus. À ce sujet, madame Chiu a accepté de résumer les différents critères qui permettent aux aspirants québécois d'amasser des "points". "Être éduqué, avoir une base de français, une expérience d'emploi, des épargnes, un ou des enfants de moins de deux ans, car il sera plus facile de les diriger vers le français, avoir déjà visité le Québec ou y avoir de la famille: ce sont tous des atouts à avoir en poche." Mais il peut y avoir des passe-droits. "Pour les gens d'affaires, il suffit d'être riche et d'avoir une expérience de gestion d'entreprise."

Finalement, notons que la seule gagnante québécoise de la récente Dictée des Amériques (groupe A, environnement francophone), Alexandra Lao, 16 ans, de Montréal, est d'origine... chinoise!




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Try harder on bilingualism

The Montréal Gazette Thursday, June 12, 2003

The history of official bilingualism in Canada is about progress falling short of good intentions. We've been reminded of that twice this week. On Tuesday, Defence Minister John McCallum told a Commons committee of the continued bilingualism deficit in the Canadian Forces, and yesterday, Dyane Adam, the official languages commissioner, reported on deficiencies within Sport Canada.

The armed forces situation is particularly disturbing. If any federal organization should be leading the way on official bilingualism, it should be the Forces - and not for mere symbolic reasons. Effective communication in a crisis can literally mean the difference between life and death. Yet, as McCallum admitted, only 43 per cent of uniformed positions designated as requiring a person who can communicate in both English and French are occupied by people who are bilingual.

Gen. Ray Henault, chief of the defence staff, says he has a new strategic plan to fix the problem. Fine, but we must have more than good intentions. Affirmative action and formal quotas bring with them serious problems, and we don't advocate that. But everybody involved - in the Forces, in Sport Canada, across our government - needs to try harder.




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Pitoyable situation du français dans les Forces armées

Sylvain Larocque
La Presse mercredi 11 juin 2003

Ottawa - Les Forces armées canadiennes n'arrivent toujours pas à faire respecter la Loi sur les langues officielles dans leurs rangs, a admis hier le ministre de la Défense, John McCallum.

Tout juste 43 % des postes militaires bilingues sont actuellement occupés par des soldats qui peuvent s'exprimer en français et en anglais, a-t-il dit aux membres du comité des Communes sur les langues officielles.

"Ce n'est manifestement pas acceptable", a-t-il déclaré.

"On n'a pas fait de progrès au cours des cinq dernières années."

C'était la première fois depuis 1994 qu'un ministre de la Défense comparaissait devant ce comité. Chez les colonels et les généraux, la situation n'est guère plus reluisante: seulement 44 % d'entre eux répondent aux exigences de bilinguisme de leur poste.

Mais les choses vont mieux du côté des cadres civils du ministère de la Défense: sur 111 postes, 100 sont occupés par du personnel bilingue.

Le député Benoît Sauvageau, critique du Bloc québécois en matière de langues officielles, ne s'est pas montré surpris du diagnostic établi par M. McCallum.

"Partout, du quartier général jusqu'à la réserve, le problème du manque de bilinguisme est généralisé, et c'est ça qui est dramatique", a-t-il commenté.

Plan d'action

Dans une énième tentative d'améliorer la situation, le ministre McCallum a annoncé l'adoption d'un plan d'action sur les langues officielles, qui n'a été entériné que quelques heures avant sa comparution devant le comité parlementaire.

"Vous avez raison (de dire) que dans le passé, ces plans n'ont pas toujours réussi, a reconnu John McCallum. Mais on espère que cette fois-ci, ça va aller."

Le plan, qui n'a pas encore été rendu public, fixe des objectifs précis et prévoit des pénalités pour les militaires et le personnel civil qui ne s'y conformeraient pas. Les officiers qui refuseront de devenir bilingues pourraient donc rater des promotions et perdre leur prime de rendement.

"Ça pourra influencer leur salaires", a confirmé McCallum.

Le ministre s'est notamment engagé à faire passer de 43 à 58 % en trois ans- une hausse de 15 %- la proportion des militaires respectant les exigences de bilinguisme de leur poste.

M. McCallum a aussi promis d'accroître de 44 à 70 %, pendant la même période, le pourcentage des colonels et des généraux bilingues, sans dire toutefois comment il comptait y parvenir concrètement.

La clé du succès, croit le ministre, est d'institutionnaliser la volonté de faire respecter les exigences linguistiques. Le plan d'action a d'ailleurs été approuvé par la sous-ministre de la Défense, Margaret Bloodworth, et le chef d'état-major, Raymond Hénault. Ce sera donc aux dirigeants de l'armée de faire preuve de leadership en matière de bilinguisme, a insisté John McCallum, en rappelant que les ministres sont facilement éjectables.

"Les objectifs sont clairs, tout le monde peut voir si on a réussi ou non, c'est transparent, et donc j'espère que cette fois-ci ce sera différent et qu'on fera un progrès réel", a-t-il indiqué.

"Comme les libéraux sont des gens qui recherchent l'équilibre, il serait irréaliste d'établir un objectif de bilinguisme de 100 % pour les haut gradés de l'armée", a soutenu le ministre.




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Le français toujours malmené dans le système sportif canadien

Sophie Allard
La Pressejeudi 12 juin 2003

MALGRÉ CERTAINS progrès réalisés depuis trois ans, le français traîne la patte dans le système sportif canadien et les athlètes d'élite francophones sont toujours sous-représentés. Voilà le constat que fait la commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, dans un rapport publié hier.

"Sport Canada n'a pas gagné de médaille, il est même assez loin du podium", a dit hier Mme Adam, qui croit que les barrières linguistiques nuisent au développement des athlètes.

En 2000, le Commissariat aux langues officielles a publié un rapport accablant sur l'état du bilinguisme à Sport Canada et a émis 15 recommandations- à respecter dès le 1er avril 2001- "visant à éliminer les obstacles à la participation des francophones dans le sport de haut niveau". À ce jour, seulement trois recommandations ont été mises en oeuvre, neuf le sont partiellement et trois autres n'ont pas été considérées.

"L'athlète francophone, déjà déraciné de son patelin, n'a pas droit à une gamme de services complets dans sa langue, a dit à La Presse Mme Adam. Parfois, il doit même demander à ses pairs de traduire."

C'est ce qu'a vécu l'ancien champion olympique, Jean-Luc Brassard, en début de carrière. "Je ne parlais que le français et, parfois, je devais me fier davantage à mon talent qu'aux conseils des entraîneurs que je ne comprenais pas toujours. Et comme j'avais de la difficulté à traduire mes pensées en anglais, je me suis longtemps privé des services d'un psychologue", dit-il, néanmoins content de son immersion.

Les sportifs d'élite dont la langue de préférence est le français ne compteraient que pour 17,3 % de l'ensemble des disciplines sportives. En 2000, c'était 18 % et en 1996, 24,6 %.

Andréanne Morin, membre de l'équipe nationale d'aviron, avance que l'anglais domine nettement sa discipline. "Je suis choyée parce que je suis bilingue. En aviron, un sport surtout populaire chez les anglophones, on n'a d'autre choix que de parler anglais", a dit l'athlète jointe à London, en Ontario, où elle s'entraîne.

Dyane Adam est catégorique: le français doit être plus présent. "Ce rapport de suivi vise à sonner l'alarme, dit-elle. La situation ne s'améliore pas et Sport Canada doit faire son examen de conscience".

C'est aussi ce que croit Yannick Lupien, de l'équipe nationale de natation. "La langue fait obstacle à la progression d'athlètes québécois qui, souvent, doivent s'expatrier et étudier en anglais pour avoir accès à des bourses. Plusieurs en sont incapables", dit le nageur de 23 ans, qui s'entraîne au Québec.

Le secrétaire d'État au sport amateur, Paul DeVillers, tente de minimiser l'impact du rapport publié hier. "Il nous reste du chemin à faire, mais nous avons démontré notre volonté d'intégrer la dualité linguistique au sein du système sportif canadien, a-t-il dit lors d'un entretien téléphonique avec La Presse. Nous nous sommes engagés, dans un plan d'action présenté mardi, à respecter toutes les recommandations d'ici un an, la plupart d'ici la fin de l'année."

Au nombre des lacunes inscrites dans le rapport, on note: le non-respect des exigences linguistiques des postes de la direction générale de Sport Canada, l'absence de bilinguisme de certains organismes nationaux de sport et l'unilinguisme des services offerts aux équipes nationales, de l'entraîneur au médecin, dans les centres nationaux de sport de Winnipeg et Calgary.

"Je ne crois pas qu'il y ait sous-représentation d'athlètes francophones, ajoute néanmoins M. DeVillers. Les chiffres doivent être révisés."

Dyane Adam n'en attend pas moins et demande à Sport Canada de réaliser, d'ici le 30 juin 2004, une étude indépendante sur la participation francophone dans l'ensemble des sports.

Si la commissaire aux langues officielles déplore "la lenteur excessive à mettre en oeuvre les recommandations et à respecter les dates d'échéance", elle félicite Sport Canada des efforts faits jusqu'à maintenant. Elle cite la Politique canadienne du sport de mars 2002, qui garantit aux athlètes des services dans les deux langues officielles. "Il faut donner la chance au coureur. On ne devient pas champion du premier coup", conclut Mme Adam.

En ski acrobatique, le problème du bilinguisme ne se pose plus, soutient Stéphane Rochon, spécialiste des bosses, qui a terminé sa carrière en mars en remportant la Coupe du monde de bosses parallèles de Voss, en Norvège. "Des ajustements ont été faits il y a quelques années et, maintenant, le français est tout aussi présent que l'anglais au sein de l'équipe nationale, dit-il. Mais, comme sur la montagne on ne parle que l'anglais, aussi bien s'y mettre!"




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3,3 millions en contrats à TNC Multicom

La firme a empoché près de 400 000 $ en commission de gestion
Joël-Denis Bellavance
Cyberpresse jeudi 12 juin 2003

Même si elle se spécialise dans la traduction de documents dans des langues étrangères et qu'elle ne compte que quatre employés, la firme TNC Multicom, dont le propriétaire, Nino Colavecchio, est une vieille connaissance de l'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, a décroché sa large part des contrats dans le cadre du controversé programme de commandites.

En tout, cette firme de Montréal a décroché 86 contrats totalisant 3,3 millions de dollars durant les exercices financiers 2001-2002 et 2002-2003 et elle a ainsi empoché une commission de 12 % pour la gestion de ces commandites, soit 396 000 $. Le nombre de contrats et leur valeur sont donc nettement supérieurs à ce que les fonctionnaires du ministère des Travaux publics ont dévoilés à La Presse à la suite d'une demande formulée en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

À la suite de cette demande, qui réclamait tous les contrats accordés à la firme TNC Multicom et/ou Nino Colavecchio entre le 31 mars et le 28 mai 2002, seulement 11 contrats de commandites valant 115 000 $ ont été remis à La Presse en septembre dernier.

Or, d'autres documents obtenus par La Presse hier démontrent que TNC Multicom avait en fait obtenu, durant le seul exercice financier qui commence le 1er avril 2001 et prend fin le 31 mars 2002, 54 contrats de commandites totalisant 1,73 million de dollars. Durant l'exercice financier suivant, l'entreprise montréalaise a obtenu 32 contrats valant 1,58 million de dollars.




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CAISSE DE DÉPÔT :
La gestion de Scraire digne du musée des horreurs

Denis Lessard
La Presse jeudi 12 juin 2003

Québec - Gaspillage de centaines de millions de dollars en fonds publics, déboires de Montréal Mode et du somptueux édifice devant abriter les nouveaux bureaux au centre-ville de Montréal, la fa