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Québec refile la facture aux régions

Compressions de 20 % au ministère du Développement économique et régional

Tommy Chouinard
Le Devoir samedi 14 et dimanche 15 juin 2003

Québec - Québec refile aux régions la facture de son impasse budgétaire. Et elle est salée. Le Parti libéral, qui se targuait en campagne électorale d'être le parti des régions, ampute de plus de 20 % le budget du ministère du Développement économique et régional: des compressions de plus de 270 millions de dollars lui ont été imposées. Une série de mesures de soutien aux régions subit ainsi une sévère cure d'amaigrissement.

Une autre vision du développement régional anime le gouvernement Charest, a plaidé hier la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. À preuve, a-t-elle ajouté, les régions bénéficieront du partage des revenus que retire l'État de la TVQ au lieu d'être dépendantes de programmes et autres crédits d'impôt. Or les régions devront attendre encore un an avant de profiter de nouveaux moyens financiers puisque la mesure libérale ne sera appliquée au plus tôt qu'en 2004-05, au terme d'âpres négociations. En attendant, au moins une année de vaches maigres est à prévoir.

Seuls les ministères de la Santé et de l'Éducation ont été épargnés par le couperet, comme le gouvernement Charest l'avait promis. Or, si le ministère de la Santé et des Services sociaux voit sans grande surprise son budget augmenter de 7,2 % (1,4 milliard de dollars), celui de l'Éducation n'est rehaussé que de 3,6 % (397 millions), ce qui ne couvre pas les coûts de système dans le réseau collégial et implique des compressions de plus de 20 millions de dollars dans les cégeps. Même le transport scolaire perd le tiers de son budget, c'est-à-dire 130 millions de dollars. Le ministère de l'Environnement bénéficie seulement de 1,8 million de plus alors que les défis qui l'attendent sont énormes. L'enveloppe du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration dispose de 40 millions de moins qu'en 2002-03, une diminution de plus de 16 %.

La moyenne des budgets des ministères autres que la Santé et l'Éducation reste globalement stable, ce qui correspond en fait à des compressions compte tenu de la hausse de 2,7 % de l'inflation, prévue dans le budget Séguin déposé jeudi. Au total, le budget 2003-04 des dépenses des ministères s'élève à 45,8 milliards de dollars, en hausse de 1,7 milliard (3,8 %) comparativement aux dépenses probables des ministères en 2002-03. Ce sont toutefois 800 millions de moins que ce que prévoyait le budget Marois de mars dernier. La réduction de la taille de l'État se traduit donc aujourd'hui en gestes concrets.

Même les démunis sont appelés à faire un effort. Quelque 50 millions de dollars sont en effet demandés aux prestataires de l'aide sociale par le gouvernement Charest. Des mesures d'incitation à l'emploi combinées à des pénalités et des compressions dans les allocations supplémentaires aux prestations de base seront mises en place. De plus, l'engagement du Parti libéral d'indexer le chèque d'aide sociale pourrait attendre l'année prochaine. Au total, le budget des dépenses prévoit une diminution de 241 millions des crédits alloués à l'aide sociale. Le gouvernement libéral calcule même que 25 500 ménages quitteront l'aide sociale au cours de l'année prochaine, soit un nombre quatre fois plus élevé que l'année dernière, ce qui permettrait au gouvernement de récupérer 188 millions de dollars.

Si le budget du ministre des Finances, Yves Séguin, a soulevé l'inquiétude avec l'abolition ou la réduction de crédits d'impôt de plus de 100 millions de dollars, les dépenses des ministères dévoilées par Monique Jérôme-Forget viennent alimenter encore davantage leurs craintes.

Les compressions qui affligent les régions, de l'Abitibi à la Gaspésie, sont multiples : 130 millions de dollars sont retranchés des provisions destinées à la réalisation des projets de développement régional alors que 150 autres millions sont coupés du Fonds pour l'accroissement de l'investissement privé et la relance de l'emploi (FAIRE). Dans ce dernier cas, il s'agit même d'une réduction de 60 % pour un programme qui visait surtout à dynamiser le développement régional.

La Stratégie de développement économique des régions est amputée de 34 millions de dollars; celle pour le développement des marchés, de deux millions; l'assistance aux entreprises, de 44 millions; les mesures de soutien au développement local et régional, de 42 millions. Bref, même l'enveloppe des mesures particulières destinées aux régions et aux MRC dites ressources est réduite de 15 millions de dollars. Les budgets des centres locaux de développement (CLD) et des conseils régionaux de développement (CRD) situés en région (ce qui exclut Montréal et Québec) sont diminués de 10 % et disposent respectivement de 44 millions et 22,9 millions de dollars. Et c'est sans compter le fait qu'Investissement Québec perd 52 millions de dollars et que les sociétés Innovatech, les fonds régionaux de solidarité et Desjardins ne recevront désormais plus un sou de l'État.

Aucune enveloppe n'a été prévue pour la mise en oeuvre de projets économiques connus sous le nom d'ACCORD (Action concertée de coopération régionale de développement). Les comités régionaux disposent toutefois de 1,5 million de dollars pour définir les plans d'affaires à la suite de la signature des ACCORD. Cependant, avant d'assister à la concrétisation des projets, il faudra attendre que le mandat de la Société générale de financement (SGF), l'un des partenaires de ces ACCORD conclus entre Québec et des régions, soit redéfini, comme entend le faire le gouvernement Charest. Bref, les ACCORD sont dans une situation trouble.

En région, le choc est brutal. L'Association des régions du Québec peine à encaisser l'ampleur des compressions. «La stratégie actuelle du gouvernement ne permettra ni de poursuivre ni de consolider les engagements afin de répondre aux enjeux de développement des régions du Québec. Le parti pris favorable du gouvernement envers les régions reste virtuel. C'est l'avenir des régions qui est en péril», estime le vice-président de l'ARQ et maire de Fermont, Robin Bélanger. Ces compressions font même douter de l'efficacité qu'auront désormais les mesures destinées à appuyer le développement régional.

Monique Jérôme-Forget se fait rassurante. «On n'a pas du tout l'intention de transférer nos problèmes aux régions», s'est défendue hier la présidente du Conseil du trésor lors d'un point de presse tenu à la suite du dépôt du budget des dépenses à l'Assemblée nationale. En matière de développement régional, Mme Jérôme-Forget envisage «d'autres façons de faire», notamment le partage de la TVQ avec les régions, qui ne surviendra pas au cours de la prochaine année. Cette mesure sera en effet mise en oeuvre, au dire de la ministre, dans le cadre de la réingénierie de l'État, qui, elle, peut s'échelonner sur plusieurs années. «Il y a d'autres façons de faire pour le gouvernement que d'aller lui-même s'immiscer dans une région, faire centralement les choix pour les régions et, dans le fond, ne pas laisser les gens en place faire leurs propres choix. Nous serons jugés à la fin de notre mandat si on a réussi», a-t-elle affirmé.

Pour les régions, il faut aussi ajouter aux nombreuses compressions énumérées ci-dessus celles effectuées au sein du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, qui s'élèvent à plus de 11 millions de dollars. Le développement des entreprises bioalimentaires et la qualité des aliments (inspection) écopent tout particulièrement. Qui plus est, le ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs voit son budget diminuer de 44 millions de dollars (une réduction de 9 % par rapport au budget de 2002-03), dont dix millions dans le développement énergétique, sept millions dans le développement de la ressource minérale et cinq millions dans les politiques forestières, tous des programmes dédiés aux régions, comme l'Abitibi et ses mines, la Gaspésie et ses projets éoliens ou encore le Saguenay-Lac-Saint-Jean et ses forêts.

La promotion et le développement du tourisme n'échappent pas non plus aux compressions : 15 millions de dollars de moins sont alloués à ce secteur, dont le budget total se chiffre désormais à 127 millions.

Il faut ajouter à toutes ces sommes plus de 100 millions de dollars qui ont été coupés en crédits d'impôt par le ministre des Finances, Yves Séguin, dans son budget déposé jeudi. «Je ne pense pas que ça va faire si mal que ça aux régions, au contraire. Nous allons nous assurer que l'argent que nous avons, nous faisons également appel à l'entrepreneurship local. Ce qu'il faut, c'est trouver des entrepreneurs locaux qui vont assumer des risques et assumer la démarche», a expliqué Monique Jérôme-Forget.

Le critique de l'opposition péquiste, Sylvain Simard, considère que le gouvernement Charest n'a pas fait dans la dentelle : selon lui, il s'est servi d'une «hache» et même d'une «tronçonneuse». «Ce parti vient d'abandonner totalement les régions», a-t-il lancé. Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, parle d'un «coup dur pour les régions». «Si on dit : "on change de modèle, on va aller vers une réingénierie", d'accord, mais en attendant, pour le monde dans les régions qui ont des projets de développement économique, on ne peut pas mettre des choses sur la glace pendant une année. Alors, qu'est-ce qui se passe dans les régions ? Ce n'est pas de très bon augure pour la prochaine année», a-t-il souligné.

L'étude de ces crédits, qui se fera entre le 2 et le 17 juillet si rien ne change au programme, s'annonce particulièrement chaude à l'Assemblée nationale.




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Ouste, au travail!

Josée Boileau

Le Devoir samedi 14 et dimanche 15 juin 2003

Selon le budget d'Yves Séguin, 61 000 emplois seront créés cette année au Québec. Selon les prévisions de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, 25 500 ménages quitteront l'aide sociale pour le marché du travail au cours des prochains mois -- une économie de 209 millions de dollars pour l'État. Est-ce à dire que près de la moitié des nouveaux emplois seront occupés par des assistés sociaux?

C'est de la caricature, bien sûr, mais elle démontre à quel point le gouvernement Charest méconnaît la dynamique de la misère.

Il faut dire que le ministre des Finances est optimiste. Il a prévu que le taux de chômage ne bougera pas cette année, en dépit des vents de ralentissement économique qui soufflent au sud de la frontière. La présidente du Conseil du trésor a d'ailleurs patiné hier quand la question lui a été posée : l'économie ne risque-t-elle pas d'aller moins bien que prévu ? Investir dans des projets non viables était aussi un poids pour les contribuables, a-t-elle répondu. Certes. Mais ne plus le faire ne changera rien à la santé économique du Québec, celle qui influence le retour ou non des assistés sociaux au travail.

Qu'à cela ne tienne, le gouvernement a un plan : il remodèlera le programme APPORT (Aide aux parents pour leurs revenus de travail), créé par le gouvernement libéral en... 1988. Si ce programme a tenu le coup, il est toutefois peu utilisé en raison de sa complexité -- un argument qu'a repris hier Mme Jérôme-Forget mais qu'on entend depuis 15 ans ! Le programme -- et c'est une bonne idée -- bonifie les revenus de travail des petits salariés et des gens à l'aide sociale (qui peuvent gagner jusqu'à 300 $ par mois). Mais il a une grande faiblesse : si une personne gagne trop, elle doit rembourser le supplément versé, au prix de bien des complications administratives.

Couper court à ces irritants serait génial, mais il est faux de croire que cela suffira à faire baisser le nombre d'assistés sociaux. D'une part, les contraintes du programme existent depuis les premiers jours. D'autre part, il ne vise que les familles, qui ne peuvent en espérer qu'un gain de 1000 $ par année. Enfin, et c'est le comble, la lecture des crédits nous montre qu'APPORT sera coupé de 1,5 million ! Le programme Action Emploi, destiné aux assistés sociaux de moins de 21 ans qui se trouvent un emploi, sera pour sa part réduit de deux millions. Est-ce ainsi qu'on s'imagine que 25 000 ménages quitteront l'aide sociale ?

Il est vrai qu'Yves Séguin a annoncé mercredi cinq millions pour que de jeunes assistés sociaux vivent une première expérience de travail en entreprise. Sauf que là aussi, l'air est connu : un petit séjour pour la subvention, puis bonjour, nous vous rappellerons. Et le jeune n'est pas plus avancé qu'avant.

Monique Jérôme-Forget a parlé d'un budget de rigueur hier. Mais la rigueur ne doit pas être que comptable : elle doit aussi être intellectuelle. Or la réinsertion au travail, pour qu'elle soit durable, ne peut pas se fonder sur des programmes amputés et strictement financiers.

jboileau@ledevoir.ca




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Le privé contre la dette?

Jean-Robert Sansfaçon

Le Devoir samedi 14 et dimanche 15 juin 2003

Après le ministre Yves Séguin, c'était au tour de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, de présenter les dépenses du gouvernement pour la prochaine année et ses orientations à plus long terme, hier à l'Assemblée nationale. Parmi ces orientations, une retient notre attention à cause de ses conséquences pour l'avenir: la place du privé dans la construction d'infrastructures.

Chaque fois qu'un gouvernement libéral reprend le pouvoir à Québec, il remet à l'ordre du jour l'idée de faire une place plus grande au secteur privé. Le discours évolue mais l'objectif reste le même : réduire les coûts.

On aurait tort de crier au scandale chaque fois qu'un ministre tente de trouver une solution à un problème, et si, trop souvent, le projet paraît d'abord inspiré par un dogme, il arrive aussi que le choix soit judicieux. Dans le secteur de la santé, par exemple, il apparaît de plus en plus évident que le fait de confier certaines interventions mineures aux cliniques privées pourrait profiter aux patients. À la condition qu'il y ait suffisamment de médecins disponibles, évidemment, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle.

De même, on devrait faire davantage de place à la sous-traitance dans les villes pour accroître la productivité du travail. Et pourquoi ne pas confier au privé les quelques rares projets d'infrastructures qui ne devraient être remboursés que par les seuls usagers (certains centres sportifs ou tronçons d'autoroute, par exemple) ?

En revanche, il serait ridicule de reprendre les débats qui ont déjà eu lieu, par exemple dans le cas de la Société des alcools et d'Hydro-Québec, dont la rentabilité exceptionnelle ou l'intérêt stratégique évident justifient leur mode de propriété collectif. De même, il faut éviter de revenir sur la décision de ne pas privatiser des institutions aussi vitales que les hôpitaux, les prisons ou les infrastructures d'approvisionnement en eau potable des municipalités.

Or certains indices laissent entrevoir que le gouvernement Charest serait tenté par des réformes de ce genre. L'un de ces indices, c'est l'analyse avancée par la présidente du Conseil du trésor au sujet de la dette du gouvernement. «Le centre culturel de Boucherville appartient à une entreprise privée qui loue ses locaux à la municipalité», aime-t-elle répéter. L'avantage, selon Mme Jérôme-Forget, c'est qu'on laisse ainsi au secteur privé le poids de l'endettement.

On a récemment compris que la dette du Québec avait poursuivi son ascension sous le gouvernement du Parti québécois malgré la présentation de budgets équilibrés. La raison tient précisément au fait que depuis la réforme de la comptabilité, il y a cinq ans, tous les projets d'immobilisations et toutes les avances de fonds consenties aux sociétés d'État et aux entreprises privées viennent alourdir la dette du gouvernement. Alors qu'Ottawa a réduit la sienne grâce à des excédents faramineux, Québec continue de s'endetter.

Que le nouveau gouvernement veuille ralentir la cadence, cela s'entend. Le danger, c'est que pour ce faire, il choisisse de réduire ses investissements en matière d'infrastructures publiques (ce qu'il vient d'annoncer dans le cas de Montréal) ou encore de céder cette responsabilité au secteur privé.

Si tel est le seul choix qui s'offre à ce gouvernement, faute de remporter la bataille du déséquilibre fiscal, rappelons-lui que rien ne le force à diminuer les impôts l'an prochain ni l'année suivante. Car le prix à payer serait vraiment démesuré pour notre patrimoine collectif.

jrsansfacon@ledevoir.ca




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L'essence du fédéralisme

Patrice Boileau

Le Devoir samedi 14 et dimanche 15 juin 2003

Lettres: Carignan, le 2 juin

Le prochain premier ministre du Canada, Paul Martin, ne tarit pas d'idées à propos des façons de mieux faire paraître Ottawa au Québec. Le fait de songer à remettre une partie des revenus provenant de la taxe fédérale sur l'essence directement aux municipalités québécoises trahit clairement l'intention de l'héritier de Jean Chrétien de maintenir la pression sur les finances publiques du Québec. Il ne fait maintenant plus de doute que le carcan fiscal imposé au Québec par Ottawa vise à empêcher les élus québécois de dispenser des services de qualité à la population.

Tout, sauf remettre à Québec les milliards qui lui reviennent ! En effet, la possibilité de voir un éventuel gouvernement souverainiste faire le plein de ses recettes fiscales horripile au plus au point Paul Martin et ses acolytes : ceci mettrait un terme à la panne budgétaire du Québec et, du même coup, à l'image de sauveur que le gouvernement fédéral s'est donnée.

En attendant, faute de courage politique, les fédéralistes de Jean Charest s'apprêtent à instaurer un régime d'austérité au Québec. Nous allons revivre le douloureux épisode où le gouvernement de Lucien Bouchard avait imposé de sévères compressions budgétaires afin d'atteindre le déficit zéro en 1999. Plusieurs avaient alors accusé le Parti québécois d'abandonner la social-démocratie au profit du néolibéralisme. Mais avait-il le choix ? Jean Charest, lui, a aujourd'hui le choix : celui d'exiger les 2,5 milliards que son ministre des Finances, Yves Séguin, a mis en lumière dans son rapport sur le déséquilibre fiscal déposé en 2002 ou celui d'imposer d'inutiles compressions budgétaires à sa population. Celles-ci sont en effet superflues car elles visent uniquement à concurrencer Ottawa dans son rôle de sauveur : Jean Charest veut à tout prix damer le pion au gouvernement fédéral en consentant des baisses d'impôts aux Québécois dès l'an prochain. Au lieu de s'attaquer à la source de nos difficultés financières, qui se trouve à Ottawa, le chef du gouvernement libéral du Québec, dans son entêtement puéril, préfère donc priver les Québécois de services auxquels ils ont droit. À un État québécois qui peut carburer au super, Jean Charest se contente de l'alimenter à l'ordinaire que lui offre Ottawa. C'est ça, l'essence du fédéralisme...




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Le déclin du pluralisme culturel

Jules Hébert
Étudiant en science politique - Université de Montréal
Le Devoir samedi 14 et dimanche 15 juin 2003

Lettres: Le 9 juin 2003

Il est paradoxal, ces jours-ci, de penser que l'on puisse encore parler de diversité culturelle. On peut même dire que ceux qui le font menacent de se faire exécuter par l'exécutif mondial de la morale et du monopole, les États-Unis. Cynisme à part, j'admire beaucoup le courage des acteurs politiques comme Abou Diouf, entre autres, qui milite en faveur du pluralisme culturel.

En tant que Québécois, je vis cette quête au quotidien parce qu'ici, à Montréal, même s'il n'y a pas beaucoup de fric à faire en produisant des «biens culturels», les gens sont conscients de l'importance de la sauvegarde des moyens de diffusion, toutes disciplines confondues. Notre nouveau premier ministre Jean Charest devrait lui aussi en être conscient avant de parler de partenariat avec le secteur privé et en voulant se déresponsabiliser face aux créateurs. M. Charest, le Québec, ce n'est pas qu'un gros hôpital !

Quand un pays comme les États-Unis, par l'entremise de la Commission fédérale des communications (FCC), décide qu'un groupe de médias a le droit de contrôler 45 % du contenu télévisuel, la diversité culturelle, ça n'existe plus. Qu'en serait-il des propriétés croisées de Quebecor dans un tel contexte ? Se sentiraient-ils responsables devant la population québécoise ou en profiteraient-ils pour nous nourrir de Star Académie 24 heures sur 24 ?

Ce qu'il faudrait, c'est une vraie guerre préventive menée contre la marchandisation de la culture. Il faut non seulement rappeler nos gouvernements respectifs à l'ordre sur cette question, il faut aussi sensibiliser l'opinion publique sur la nécessité de conserver notre identité, et ce, par l'entremise de la culture. Les impacts que peuvent avoir les diverses disciplines artistiques (théâtre, musique, danse, lettres) sur un peuple ne sont pas directement quantifiables mais contribuent très certainement à son rayonnement et à son identité. À l'ère de la télévision, il est plus que nécessaire de rappeler que même s'il existe une hégémonie militaire, la culture nous appartient encore à tous.




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Merger arguments are astounding

HENRY AUBIN
The Gazette Saturday, June 14, 2003

An article published Wednesday in The Gazette and La Presse offers remarkable arguments for voting against demergers.

The reasons are fascinating not because they are new - Montrealers have heard variations of them before from Mayor Gérald Tremblay and former mayor Pierre Bourque. Rather, what makes the arguments notable is they have convinced the article's 13 co-authors, who are, for the most part, civic leaders with good educations and sharp minds. They include the heads of the Board of Trade, major unions, the Université de Montréal, the Devencore real-estate firm and leading heritage and environmental groups.

In their article, these influential citizens seek to persuade the public to reject a demerger as well as any "radical decentralization" that Tremblay might propose in the fall. Let's examine these reasons.

S The amalgamation of all municipalities on Montreal Island, say the writers, will allow the megacity to showcase local strengths and compete better for international investments.

Today, the merger is almost 11/2 years old. No one is better placed to evaluate its effect than Jacques Girard, president of Montreal International, the seven-year-old agency in charge of attracting investment to Montreal, Laval and the South Shore. He was appointed by the Parti Québécois government, which imposed the megacity.

I asked Girard if the merger is making it easier to draw business here. His reply: "I have not seen a concrete difference."

-Because of its unprecedented heft, the authors say Montreal can initiate such projects as a new entertainment district near the present site of the Spectrum, new residences for university students and the Société du Havre project (to redevelop the St. Lawrence shore between the Jacques Cartier and Champlain bridges).

The argument is astonishing. The ex-city of Montreal would have been fully as capable of launching each of these. Indeed, it initiated a project that dwarfs them - the Olympics.

-When Montreal Island was fragmented municipally, say the writers, sterile squabbling between mayors - "esprit de clocher" - impeded its economic development. A unified city, they say, can better compete with Boston and San Francisco.

This complaint about detrimental bickering is one that Péquistes and pro-megacity pundits repeat like a mantra - since the megacity idea began gathering force in the late 1990s, I have seen the chicanes-de-clocher rationale in print at least 30 times. Not once, however, has anyone cited a concrete example of this presumably common behaviour.

Perhaps that is because it was so rare.The best example is the space agency, which Montreal had coveted and which the federal government placed in St. Hubert. But that goes back to 1988. (And the mergers would not have prevented it anyway since St. Hubert is not on Montreal Island.)

Even more bewildering is the the article's salute to the two U.S. cities. Both cities rebut the notion that good economic development requires big, unified municipalities: Boston (with a population of 590,000 in a metropolis of 5.8 million) and San Francisco (780,000 people in a metropolis of 7 million) are shrimps next to Montreal (1.8 million people in a metropolis of 3.5 million).

-The writers conclude with what they treat as a clinching argument: a single mayor representing all of the island's people can exercise "exceptional power" in dealings with provincial and federal politicians.

Yet city-hall watchers see no gain in muscle since the merger. Indeed, after Thursday's Quebec budget, Tremblay said: "This budget has nothing for Montreal. The government seems to have forgotten Montreal." That's the most abject confession of mayoral impotence in memory.

Anyone who follows local politics knows mayors of relatively small cities, like Gilles Vaillancourt of Laval and Yvan Deschênes of Rosemère, have outmanoeuvred Montreal for many years thanks to their canniness and to their voters' capacity to deliver swing ridings. Population size is secondary.

If the 13 writers represent a kind of pro-merger intelligentsia, you wouldn't know it from their arguments.

It is not with magic-wand economics, inanities, groundless clichés and political dreaming that they will help the megacity cause.




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Liberals should move on mandate with caution

DON MACPHERSON

The Gazette Saturday, June 14, 2003

First, Premier Jean Charest reminded us in his inaugural address. Then, Finance Minister Yves Séguin did the same in his budget speech.

We have a mandate, Quebec's new Tory - excuse me, Liberal - government keeps telling us, as though to hold us to their election promises.

And they're right. They do have a mandate.

They can scarcely be accused of concealing their agenda before the election. Their intentions to dismantle a good part of the Quebec government, or "re-engineer" it to use Charest's buzzword, were made perfectly clear in the Liberal platform made public last September. The platform was then posted on the Web for all with Internet access to read before the election.

The voters should have known what they would get if they elected a Liberal government. And everything Charest and Séguin have said since the election is consistent with what they said they would do in their platform.

But how solid is their mandate for "re-engineering"? Our electoral system gave the Liberals a comfortable parliamentary majority - 76 of the 125 seats in the National Assembly.

Most of the valid votes in the election, however, were cast against them; they received only 46 per cent of the overall vote. In a general election with the lowest turnout rate in 76 years, the Liberals drew the support of only 32 per cent of eligible voters.

This takes nothing away from either the democratic legitimacy of the Liberal government or its constitutional authority. Thanks again to the vagaries of our electoral system, the previous PQ government didn't even finish first in the popular vote when it was elected. And as they say in French, those who don't show up are always wrong.

But while the Liberals unquestionably have a mandate, the political reality is that the public support for it that was expressed in the election is narrow.

It's been pointed out here that, adding the votes for Mario Dumont's Action Démocratique du Québec to those for the Liberals, 64 per cent of the valid votes in the election were cast for right-of-centre parties advocating smaller, less interventionist government and lower taxes.

But that's not necessarily why those voters supported them. The Liberals see their platform as a package deal, a contract by which the electorate agreed to be bound when it elected them.

The voters, however, aren't required to read the party platforms before they cast their ballots. They vote according to their own priorities, not those of the parties. They can choose a party for a single plank in its platform without being aware of others, or while ignoring or even rejecting them.

After they elected a previous Liberal government in 1985 on a platform containing a commitment to relax restrictions on the language of commercial signs, they forced it to back down from keeping that promise.

This time, it's possible some voters chose the Liberal Party because it's unconditionally federalist, while others preferred the ADQ because they were tired of referendum polarization, not because Quebec is finally catching up to the apparent conservatism of its Ontario neighbours.

Last fall, when the right-wing ADQ was still the most popular party in Quebec, survey results suggested it wasn't because of any shift in attitudes away from interventionism.

They indicated Quebecers still wanted government to promote egalitarianism rather than individualism. They were more likely than other Canadians to want government surpluses spent on social programs or more public spending to help poor regions. They were just as likely to prefer larger government with more services, and less likely to say governments have a negative impact on most people's lives.

The survey was conducted by CROP in Quebec and Environics in the rest of Canada for the Centre for Research and Information on Canada, a branch of the federally funded Canadian Unity Council.

Yes, the Liberals have a mandate, and not only the right but a moral obligation, to those who knowingly voted for it, to proceed with its implementation. But they would be making a political mistake to assume their mandate rests on broad, solid public support. They should proceed with caution.

dmacpher@thegazette.canwest.com




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Lettre aux membres du Parti québécois et aux personnes qui souhaiteront le devenir

À la défense des valeurs qui nous unissent

Pauline Marois
Députée du comté de Taillon
Le Devoir samedi 14 et dimanche 15 juin 2003
(texte publié aussi dans Le Soleil du 14 juin 2003)

C'est le privilège de chaque gouvernement élu d'établir ses priorités. Nous connaissons désormais celles du gouvernement en place. D'évidence, ce ne sont pas les nôtres. Heureusement, la démocratie ne se limite pas à l'exercice du pouvoir. Elle tient également dans la liberté d'expression, notamment le droit d'exprimer son désaccord et de dire pourquoi. C'est ce droit de parole que nous serons appelés à exercer, à l'Assemblée nationale, bien sûr, mais aussi entre nous, dans les prochains mois, au sein de notre parti. Nos statuts prévoient la tenue périodique d'un congrès d'orientation. D'ici là, il faudra avoir multiplié les lieux de rencontres et de débats. Nous avons beaucoup à échanger ensemble mais aussi avec les personnes qui veulent partager leurs réflexions avec nous. Apprendre à cerner les bonnes questions, sachant que chaque question comprend toujours en elle-même une part de choix, une partie de la réponse. Je crois que quatre orientations de base doivent baliser notre réflexion.

À quoi l'État est-il essentiel ?

La première de ces orientations est la plus évidente. Les grands enjeux d'une société moderne ne résident pas d'abord dans le choix des stratégies ou des moyens mais, plus fondamentalement, dans le choix de grandes valeurs partagées. La liberté et la justice sociale, la démocratie et la participation civique et politique, la langue et la culture, le développement durable, bref, l'engagement collectif en faveur d'une vie meilleure pour tous. Ce sont des valeurs que le Parti québécois porte au coeur de son projet politique. Elles nous renvoient à une certaine idée de la société : celle que propose la social-démocratie, à laquelle j'adhère profondément depuis longtemps, mais que nous devons constamment redéfinir à la lumière de l'évolution de notre société.

Cela dit, faut-il faire de tout problème individuel un problème collectif ? Il y a une fine ligne qui passe quelque part entre nos aspirations et nos responsabilités personnelles et ce que nous demandons aux autres : il nous faut y réfléchir ensemble. L'argument souvent invoqué de l'insuffisance des ressources masque-t-il parfois notre incapacité à faire certains choix sociaux ? Que devons-nous faire pour s'assurer qu'un pont se construise peu à peu entre les générations ? Ces questions et bien d'autres restent à poser et méritent une réponse.

La seconde de ces orientations est claire également. Dans notre société, j'ai la conviction que l'État doit continuer à tenir une place importante. Cela est encore plus vrai maintenant, à l'heure de la mondialisation. Il est irresponsable de laisser croire que l'État peut se dégager de ses responsabilités sans que nous en souffrions tous collectivement et individuellement. Il est faux de l'opposer aux citoyens, comme les libéraux le font actuellement. C'est ce qui ressort de 40 ans d'ajustements du modèle québécois, un modèle qui n'a pas cessé d'évoluer depuis que le Québec s'autorise à être lui-même. Un modèle qui s'ouvre maintenant à de multiples formes de partenariats entre l'État et la société civile, comme en témoigne, par exemple, le formidable essor du réseau des centres de la petite enfance. Il nous faut miser sur ces nouvelles formes de démocratie sociale.

Mais toute cette évolution ne met pas fin à nos questionnements. À quoi est-on en droit de s'attendre d'un État moderne en ces temps de mondialisation et de diversité des références ? Plutôt que de standardiser nos actions, ne devrions-nous pas ouvrir encore davantage la porte à la créativité et à l'innovation ? L'État doit, sans l'ombre d'un doute, demeurer un véhicule privilégié de la justice sociale, de l'égalité et de la répartition de la richesse. Il doit également être en mesure de justifier ses actions. Cependant, du citoyen, n'est-il pas souhaitable qu'on s'attende qu'il participe de plein droit et activement à l'amélioration de son environnement et de ses conditions de vie, qu'il s'inscrive dans un rapport de réciprocité avec les autres, qu'il assume une part de responsabilité collective ? À quoi l'État est-il essentiel aujourd'hui ? À quoi est-il nécessaire ? De quoi doit-il se faire le promoteur ? Où et quand doit-il se retirer ?

Déborder le champ politique

Troisième orientation. Contrairement à ce qu'affirment les porte-parole libéraux, l'État n'est pas seulement un comptoir de services parmi d'autres mais le lieu de nos ambitions partagées. Encore ici se pose une interrogation au coeur de toute action politique : dans quelle société voulons-nous vivre ? Que sommes-nous prêts à faire pour y arriver ? Nous devons imaginer et nous donner un nouveau programme politique fondé sur un nouveau contrat social dont nous aurons convenu ensemble des clauses. Il faut signer entre nous une nouvelle entente, savoir répondre collectivement, entre autres, aux nouvelles formes de l'exclusion sociale. Gagner la confiance des personnes qui croient que notre vie collective donne accès à des possibilités qui débordent nos seules ambitions personnelles. Plus que tout, il faut admettre que beaucoup de nos rêves personnels sont partagés par d'autres et ne peuvent être atteints qu'à la condition d'un effort en commun. Il faut avoir le courage de tirer les conclusions concrètes de nos choix collectifs et de nos orientations politiques.

Enfin, il faut affirmer plus que jamais que le Québec doit devenir notre pays et que la souveraineté est le seul moyen de nous projeter positivement dans l'avenir, de nous affirmer comme contributeurs au mouvement démocratique, comme des centaines d'autres nations. La souveraineté est l'expression politique de notre spécificité collective. Mais dans le contexte de la mondialisation, cette contribution ne vaut-elle pas que dans la mesure de notre apport à la diversité des cultures ? La souveraineté devient alors un projet continu, un horizon exigeant qui suppose de nous un constant dépassement. Elle ne se réduit pas à la quête de compétences constitutionnelles plus étendues. Elle doit déborder le champ politique et retrouver sa signification culturelle et sa portée sociopolitique. Quelle place occuperons-nous dans le débat entre les nations ? La souveraineté ouvre la porte à de nouveaux espaces de choix, à la redéfinition de nos rapports avec l'ensemble des pays des deux Amériques et du reste du monde. Et, bien sûr aussi, avec le Canada, dans le contexte où la situation géographique du Québec ne changera pas après la souveraineté.

Une trame à nos échanges

Mais quels rapports voulons-nous privilégier ? En regard de quelles orientations ? La souveraineté ne doit-elle pas avoir valeur pour tous ? Puisque nous l'envisageons comme un lieu de convergence pour tous les Québécois, nés au Québec ou venus vivre ici une autre vie, quelle vision emballante avons-nous à proposer, et comment la faire partager ?

Ces quelques orientations offrent une trame à nos échanges à venir. Elles débouchent sur un ensemble de questions et de dimensions auxquelles je souhaite que nous réfléchissions. Puissent-elles nous aider à développer ensemble une vision du Québec que nous voulons continuer à bâtir. Car c'est maintenant qu'il faut ouvrir les débats, et j'invite tous les membres du Parti québécois à y apporter leur contribution. Il faudra faire ces débats plus que jamais à l'écoute des jeunes militants qui façonneront l'avenir de notre parti et de notre pays. Mais il nous faudra également être attentifs à ceux qui, sans être membres de notre formation politique, veulent partager avec nous ces réflexions. C'est ainsi que le Parti québécois pourra redevenir un carrefour, un lieu de convergence pour toutes les forces progressistes et souverainistes qui travaillent à faire avancer le Québec.




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Jean-Pierre Charbonneau remet en question la stratégie utilisée par le Parti québécois

VINCENT MARISSAL
La Presse samedi 14 juin 2003

Les fusions municipales ont été faites de façon autoritaire, dans la précipitation et sans consultation de la population par un gouvernement qui a décidé seul ce qui était bon pour le peuple.

Cette très sévère conclusion ne vient pas d'un ministre libéral ou d'un opposant aux fusions municipales, mais bien d'un député péquiste et ancien ministre du gouvernement qui a décrété les fusions municipales.

Le soir du 14 avril, le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, a vu de près la vague de mécontentementi créée par les fusions municipales. Non seulement son parti a-t-il été battu par les libéraux, mais il a vu tomber au combat ses voisins de circonscription, notamment François Beaulne dans Marguerite-D'Youville et Louise Beaudoin dans Chambly.

Cet ancien journaliste, qui a aussi été longtemps président de l'Assemblée nationale avant de devenir ministre, ne remet pas en question le bien-fondé des fusions municipales, mais bien la façon dont elles ont été décidées par son gouvernement. «On ne peut pas penser que l'on va gouverner les gens de façon autoritaire et autocratique sans qu'il y ait une réaction, dit M. Charbonneau à La Presse. Même si le bien commun dictait les fusions, le bien commun veut aussi dire d'écouter les gens.»

Le député Charbonneau, qui avoue dépalire par ses propos à plusieurs collègues du caucus, espère que son parti profitera du conseil national de cette fin de semaine pour se payer une sérieuse autocritique. Pour le moment, il se heurte à un mur au parti et au caucus, déplore-t-il. «On refuse de faire un vrai post-mortem, ajoute M. Charbonneau. Pourtant, les fusions municipales découlent de pratiques auloritaires de notre gouvernement. Nous avons eu des attitudes inacceptables. comme d'être arrogants. Nous avions des pratiques de gens qui disent: voici ce qui est bon pour vous et vous devriez y adhérer. De toute façon, vous n'avez pas grand-chose à dire.»

Selon le député de Borduas, Lucien Bouchard a «clenché» le PQ en rentrant les fusions municipales de force dans la gorge des citoyens. «Le gouvernement a dit : ça fait 30 ans qu'on en parle, il faut en finir. Mais on n'en a jamais parlé dans la campagne électorale (de 1998) et M. Bouchard avait dit non à Pierre Bourque au début. Soudainement, sans que l'on sache pourquoi, c'était devenu urgent de le faire.»

La décision de construire la ligne Hertel-Des Cantons (par décret gouvernemental) relève du même mépris de la population, renchérit M. Charbonneau.

Plus fondamentalement, c'est aussi cette attitude «élitiste et autoritaire» qui a fait perdre le référendum de 1995 et qui fait que les Québécois n'adhèrent pas en plus grand nombre au projet souverainiste, ajoute le député.

Jean-Pierre Charbonneau croit que son parti devrait profiter de son séjour dans l'opposition pour «regarder les erreurs du passé.» «Si on n'est pas capable de le faire maintenant, ce n'est pas vrai qu'on sera capable de le faire à un an des prochaines élections. Est-ce qu'on est dans l'opposition juste en attendant de reprendre le pouvoir sans se poser de questions?»

Au risque d'écorcher beaucoup de monde au caucus et dans les instances supérieures du parti, M Charbonneau insiste: le PQ a besoin d'une grande séance d'autocritique. «Quand tu écoutes Diane Lemieux (députée de Bourget, ancienne ministre de la Culture) aujourd'hui, elle dit encore que nous avions raison de faire les fusions municipales et que ce sont les gens qui n'ont pas compris, dit-il. Donc tous les gens qui nous ont laissé tomber en cours de route sont de imbéciles et nous, nous sommes les seuls à avoir raison.»

L'arrogance du gouvernement péquiste a fini par lui coûter très cher, conclu (sic) Jean-Pierre Charbonneau. «C'est peut-être pour ça que nous n'avons obtenu que 33 % du vote. Beaucoup de nos électeurs sont restés à la maison le jour du vote ou ont décidé de nous punir en votant pour un autre parti. Les Québécois ont une relation amour-haine avec le PQ, mais ils ont déjà aimé le PQ pour ses valeurs et son message.»




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Les petites cachettes

Katia Gagnon
La Presse samedi 14 juin 2003

IL va sans dire que les crédits présentés hier par la nouvelle présidente du Conseil du trésor, qui prévoient des compressions de 793 millions, en feront hurler plusieurs. Remettons, cependant, les choses en perspective: le Parti québécois nous annonçait, lui aussi, des compressions de 400 millions. Une des différences réside dans la façon de faire. Plutôt que d'inscrire, au bas des budgets prévus des ministères, des centaines de millions à récupérer en cours d'année, les libéraux répartissent l'effort budgétaire dès le départ. Mais entre les deux administrations, une chose n'a pas changé: dans certains domaines, comme celui de l'aide sociale, tout indique que les économies prévues ne seront pas au rendez-vous.

Lorsqu'on leur avait demandé où ils iraient chercher ces 400 millions, Pauline Marois et Joseph Facal avaient balayé la question du revers de la main. Les crédits périmés, inutilisés par les ministères, généreraient à eux seuls cette somme, disaient-ils en choeur. Le budget de dépense présenté hier nous montre que l'opération n'aurait pas été aussi simple. Les vrais crédits périmés se chiffrent en moyenne à une centaine de millions par année. Toute réduction supplémentaire de dépenses résulte de... compressions au sein des ministères. Il y aurait donc eu 300 millions de compressions sous le PQ. C'était là l'une des petites cachettes du budget Marois. Les libéraux choisissent de procéder plus ouvertement: ils inscrivent leurs compressions, dès le début de l'année, aux différents postes budgeraires.

Bien sûr, pour rétablir l'équilibre des finances publiques, la nouvelle présidente du Conseil du trésor augmente l'ampleur de ces compressions. Le gros de ces économies provient de l'aide aux entreprises. Les plus affectées seront sûrement les régions, surtout que les mesures d'aide promises, comme le transfert d'une partie de la taxe de vente, seront annoncées seulement l'an prochain. L'éducation aura aussi des budgets nettement plus serrés. C'est dommage, mais c'est probablement le prix à payer pour retrouver des finances publiques équilibrées.

Mais Monique Jérôme-Forget a aussi ses petites cachettes. Le second poste budgétaire le plus touché est celui de la Solidarité sociale et de la Famille. Probablement sensible aux récriminations des parents, le gouvernement Charest a épargné, cette année, le réseau des garderies à 5 $. Mais ce sursis a un prix. Ce sont les budgets de l'aide sociale qu'on ampute de 241 millions. C'est la une somme énorme. Elle suppose que 25 000 ménages quitteront l'aide sociale cette année. L'an dernier, alors que le marché de l'emploi avait été stimulé par une croissance économique solide, 6000 ménages se sont retrouvés sur le marché du travail. Cette année, avec une croissance qui sera peut-être plus anémique, on voudrait quadrupler les départs ? C'est un pari très risqué. Un pari qu'avait aussi pris le Parti québécois, sans que personne ne le note dans la fébrilité préélectorale. Le PQ budgétait lui aussi des économies à l'aide sociale : on prévoyait que 29 000 ménages allaient quitter l'aide sociale. Libérale ou péquiste, cette prévision n'a aucun sens.

À moins, bien sûr, que l'on mette sur pied des programmes d'incitation à l'emploi extrêmement coercitifs. Dieu merci, la présidente du Conseil du trésor a fermement écarté hier toute idée de pénalité financière aux prestataires. L'incitation à l'emploi sera positive, a indiqué Mme Jérôme-Forget, laissant entendre que des programmes d'aide au revenu pour les bas salariés seraient bonifiés. Mais cette incitation, à laquelle les libéraux consacrent à peine une dizaine de millions, devra être diablement efficace pour rencontrer l'objectif. Si le ministre Claude Béchard échoue, où le gouvernement ira-t-il chercher cet argent? Encore une petite cachette.




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«Réingénierie» à la carte

Les libéraux présentent un nouvel épisode de Vendredi 13

Denis Lessard
La Presse samedi 14 juin 2003

«Vendredi 13». C'est la date qu'a choisie la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, pour lancer la série noire des compressions budgétaires avec, entre autres, le spectre de la privatisation. Les prévisions de dépenses pour 2003-2004 laisseront sur leur faim ceux qui attendaient un plan de match précis quant à la « réingénierie » du gouvernement, expression à la mode ces jours-ci à Québec.

Promettant «rigueur sans rigidité» la Dame de fer du gouvernement Charest affirme que le « gouvernement ne s'éparpillera pas et qu'il est prêt à faire des choix lucides et courageux ». D'ici l'autonme, chaque cadre devra s'interroger sur la nécessité de son poste et du programme qu'il gère. « De nouvelles façons de faire devront être instaurées. Le partenariat public-privé en est un bon exemple. II ne s'agit pas de privatisation, mais bien de profiter des opportunités de rapprochement avec le secteur privé pour bénéficier de son expertise et mieux partager les risques», explique Mme Jérôme-Forget. Une formule, souligne-t-elle, utilisée ailleurs dans le monde comme avenue pour renouveler le fonctionnement de l'État ».

Un refrain bien connu. Daniel Johnson, une des éminences grises du gouvernement actuel, écrivait dans la préface de son credo politique, Vivre selon nos moyens, alors qu'il était lui aussi au Conseil du Trésor, en janvier 1993 : « L'ensemble de la collectivité est conviée à ce réalignement nécessaire du rôle de l'État pour le ramener à ses objectifs fondamentaux. » Soit dit en passant, son sous-ministre à l'époque était André Dicaire qui, comme secrétaire général sous Jean Charest, joue un rôle-clé dans les orientations gouvernementales.

« Le dynamisme des entrepreneurs québécois sera le principal élément structurant du développement économique du Québec. La Révolution tranquille a fait son oeuvre, elle nous a légué un secteur privé fort et dynamique. II est temps de tourner la page », écrivait, pour sa part, Pierre Fortier, ancien rninistre «délégué à la privatisation» du gouvernement Bourassa, en 1986.

Quant aux comités pour réévaluer la pertinence des organismes publics, leurs rapports occupent tout un rayon de la bibliothèque de l'Assemblée nationale. Paul Gobeil préconisait en 1986 une longue liste d'abolition d'organismes. Même chose pour le comité présidé par le député libéral, Rémy Poulin, cinq ans plus tard. II s'écoulera encore cinq ans avant qu'un autre comité, dirigé par Joseph Facal, péquiste, réédite le scénario classique des fusions d'organismes.

Quand on insiste un peu, Mme Jérôme-Forget reconnaît que les scénarios de privatisation, en tout ou en partie de société d'État, ne sont pas totalement écartés. « Je ne me prononcerai pas sur la Société des alcools ou Hydro-Québec », précise-t-elle. Le gouvernement Charest n'a pas de projet précis en tête, mais il n'a pas décidé que les sociétés d'État ne seront pas touchées », ajoute-t-elle. On parle davantage de « partenariat privé-public », insiste la ministre. Des exemples? Décontenancée une seconde, elle évoque des expériences à l'étranger, sans toutefois les identifier. Au Québec, on pourrait penser à des pénitenciers construits et gérés par le privé.

L'avenir des mégahôpitaux universitaires de Montréal pourrait-il trouver une solution dans ce partenariat privé-public ? La formule existe déjà ailleurs, en Colombie-Britannique, en Ontario et même en Nouvelle-Zélande.

Ce spectre privé-public existe depuis deux décennies dans le secteur de la santé. Le parti libéral a assuré qu'il n'y aurait plus de médecine à deux vitesses. L'Etat pourrait envoyer les patients dans les cliniques privées, dont il payerait la note. On retrouve le même spectre aux Transports où on avait le projet de bâtir un pont sur l'autoroute 25. A mesure que l'échéance approchait, le privé se désintéressait, les profits étant moins évidents.

Après réflexion, la ministre cite l'exemple du centre cultuiel de l'arrondissement de Boucherville, administré par le privé. « Le gouvernement local et les citoyens y louent des espaces. L'édifice est flambant neuf, moderne, rernarqutable. Et cela se passe chez nous », s'exclame-t-elle.

Le maire de Longueuil, Jacques Olivier, est moins enthousiaste. Le centre a été construit en vitesse à même les surplus de la Ville, à la veille de la fusion. L'édifice a été confié à une organisation sans but lucratif qui n'a pas à embaucher des syndiqués. Longueuil paie chaque année 600 000$ à cet organisme pour y tenir des activités culturelles.




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UN MODÈLE À REVOIR ?

Le gouvernement Charest entend revoir en profondeur le modèle québécois. Est-ce un projet qu'il faut poursuivre?
La Presse samedi 14 juin 2003

OUI : 2003 n'est plus 1960

MARCEL CÔTÉ
L'auteur est économiste

IL FAUT SE méfier des mythes, surtout ceux qui prennent de l'âge. Nous avons déjà subi, il y a cinquante ans, le mythe de la race canadienne-française, qui nous fit glisser dans la grande noirceur. II en est ainsi aujourd'hui du mythe du modèle québécois qui nous fige dans une conception passéiste de la société québécoise.

Né dans la foulée de la Révolution tranquille, le modèle québécois codifie différents moyens mis en oeuvre par la génération de nos pères pour moderniser le Québec. Rappelons-nous qu'en 1960, nous craignions autant pour la survie de la langue, nous étions absents du monde des affaires et les professions libérales étaient au pinacle de la réussite sociale.

La Révolution tranquille s'appuya donc sur le gouvernement pour édifier des structures modernes, adaptées aux défis de l'époque. C'est ainsi que furent créés un ministère de l'Éducation, la SGF, notre code du travail moderne, des lois linguistiques, le réseau d'hôpitaux, les CLSC, etc. Et en filigrane, une ouverture beaucoup plus forte sur le monde, le lot des sociétés bien tassées et liées par une langue commune, amenées à s'internationaliser pour s'épanouir.

La modernisation du Québec n'est pas uniquement l'effet de ces institutions. Mais il est vrai qu'avec le recul de l'Église, il n'y avait dans les années soixante, que le gouvernement comme instrument d'intervention collectif. Le modèle québécois facilita l'adaptation de la société québécoise aux changements de son environnement.

Le monde a bien changé

Mais 2003 n'est plus 1960. L'âge moyen du Québécois frise maintenant la quarantaine. Le taux d'activité de la population active est de 66%, 20 % de plus qu'il y a quarante ans. Notre culture est dynamique, et rayonne à travers le monde. L'assimilation linguistique a changé de direction. Les francophones sont aux commandes de l'économie québécoise.

Le modèle québécois a joué son rôle. II faut le faire évoluer. En l'élevant au rang de mythe, nous rendons plus difficile son adaptation. Quelques exemples.

- Nos services de santé ont dégénéré sur le plan de l'accessibilité au point d'en faire l'enjeu numéro un du débat politique. Pourquoi ne pouvons-nous, par exemple, y rencontrer l'accessibilité et la qualité de service que l'un rencontre en France ? Oser critiquer le monopole étatique, sa syndicalisation mur-à-mur, l'exclusion de tout rôle significatif au privé, serait remettre en cause le modèle québécois? Foutaise! Ce qui est remis en cause est un modèle bureaucratique rigide, peu adapté à un service de qualité.

- Offrir près de 2 milliards $ à une multinationale pour créer 1500 emplois est l'apothéose de l'aplaventrisme d'une société affamée de jobs industrielles, ce que nous étions peut-être en 1963, mais ne sommes plus aujourd'hui. Le mythe du modèle québécois est si fort que le premier ministre Landry avait choisi d'annoncer lui-même, fanfare à l'appui, cette « bonne» nouvelle.

- Stimuler la création d'emploi high tech en s'associant à des promoteurs immobiliers pour construire des murs où sont offerts, presque à prix usuriers pour les PME, des loyers donnant accès à des crédits fiscaux. (Pendant ce temps, nos universités se plaignent de coupures dans leurs budgets).

- Les garderies à 5 $, une excellente idée de marketing embellissant un réseau public relativement rigide, mais fiscalement régressive et fermant la route à l'initiative privée.

- Tolérer des services publics de qualité moyenne, qui coûtent toutefois 30% de plus qu'en Ontario.

Société frileuse

Le Québec n'est plus une société frileuse. Les moyens qui étaient valables il y a vingt ans sont aujourd'hui dépassés. Refuser de changer le modèle québécois, c'est de ne pas reconnaître qu'il a joué son rôle et que la situation est changée, au Québec et ailleurs. Ce «ne touchez pas à...» sonne faux: il sert surtout à protéger des intérêts des privilégiées(sic) du système.

On peut par ailleurs identifier trois grands chantiers où le statu quo du modèle québécois est devenu intolérable.

En matière de développement économique, il reconnaître (sic) la présence au Québec d'une classe entrepreneuriale dynamique et d'une industrie du financement bien enracinée et confiante. Nous devons progressivement démanteler les coûteux mécanismes publics de stimulation artificielle de création d'emplois hérités de la Révolution tranquille, alors que la situation était différente.

En matière de santé, il faut transformer profondément le système pour en améliorer substantiellement l'accessibilité et la qualité. Nous devons aussi apprendre à y intégrer plus de services privés, qui offrent plus de flexibilité et d'autofinancement.

Nous devons enfin normaliser le fardeau fiscal des Québécois. C'est quoi, ce championnat des taxes en Amérique du Nord ! Pourquoi ne pouvons-nous pas nous organiser pour obtenir de notre gouvernement la même efficacité que les autres juridictions d'Amérique du Nord ?

Le débat sur le modèle québécois a une grande part de rhétorique, destinée à masquer un débat plus profond sur le changement. Ce n'est pas tant le modèle québécois qui est en cause que notre capacité à faire évoluer nos structures.




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UN MODÈLE À REVOIR ?

Le gouvernement Charest entend revoir en profondeur le modèle québécois. Est-ce un projet qu'il faut poursuivre?
La Presse samedi 14 juin 2003

NON: Un projet qui nous fait «terriblement régresser»

Henri Lamoureux
Écrivain, ethicien et enseignant universitaire en éthique sociale à l'UQÀM et à l'université de Montréal, l'auteur de ce texte a publié plusieurs essais et romans, notamment Le citoyen responsable (1996) et Les dérives de la démocratie (1999) chez VLB éditeur.

L'ÉLECTION DU gouvernement libéral de Jean Charest et sa promesse de transformer le « modèle québécois » de fond en comble «jusqu'à ce que l'on ne le reconnaisse plus», ramène au premier rang de l'actualité le débat sur la fonction de l'État. D'autant que le discours inaugural et le premier budget du nouveau gouvernement amorcent la phase de déconstruction annoncée.

La question de savoir si ce modèle a fait ou non son temps revient périodiquement depuis au moins cinq ans. Elle a été l'objet de colloques et a fait des vagues lors des Conseils nationaux du Parti québécois. Quant aux libéraux, ils affirment depuis un certain temps, notamment avec l'arrivée du très conservateur Jean Charest à leur tête, que ce modèle est périmé. Élu en présentant un programme nettement d'inspiration néolibérale, le nouveau gouvernement a confirmé ses intentions de réduire la taille de l'État lors du dernier discours inaugural, intentions qui se concrétisent dans un exercice budgétaire ennuyant, essentiellement voué à recentrer les priorités gouvernementales autour du projet de société du Parti libéral. Or, ce projet me paraît terriblement inquiétant dans la mesure où, dans les faits, il nous fait terriblement régresser sur plusieurs plans.

Deux idées fortes

Le modèle québécois s'est constitué autour de deux idées fortes : Ia construction d'un Québec moderne et prospère qui soit le plus cohérent possible avec ses prétentions éthiques telles que formuées notamment dans la Charte québécoise des droits et libertés et le rappel constant du caractère distinct d'une collectivité qui se définit et s'affirme comme un peuple.

Si le premier axe s'est concrétisé par la naissance et la montée rapide d'une puissante technostructure et d'une bourgeoisie d'affaire providentiellement soutenue par les impôts de tous les contribuables ; (sic) il s'est aussi traduit par des mesures politiques qui ont notamment conduit à la mise en place de systèmes d'éducation et de santé originaux sous bien des aspects et qui, malgré le discours démagogique à la mode, nous ont bien servis, permettant à tous les citoyens de ne pas se ruiner pour s'instruire ou se faire soigner.

L'affirmation de notre réalité nationale a pris différentes formes dont au moins une, le soutien à la culture, pourrait être réduit (sic) dramatiquement par le nouveau gouvernement. Or, les créateurs et les interprètes québécois sont l'expression de cette culture. Les appauvrir davantage, c'est affaiblir toute la société.

Le modèle québécois est, enfin, la constitution d'une société civile forte qui, dans tous les secteurs d'activités, a conquis son indépendance, ce qui lui permet d'affirmer notre différence en solidarité avec les autres sociétés, au premier chef la société canadienne. Cette réalité politique d'une société civile souveraine, issue d'une nation qui ne l'est pas encore, a été grandement facilitée par l'État qui y a éventuellement trouvé un soutien souvent très critique, mais toujours fidèle quand le bien commun l'exigeait.

Cette alliance de la société civile et de l'État a très souvent été le ferment d'importantes politiques ou innovations sociales comme l'assurance automobile sans égard à la faute, le réseau public de garderies, les CLSC, les entreprises de l'économie sociale, le développement coopératif, etc. Cette alliance a également été le vecteur d'une vie démocratique qui n'a de leçon à recevoir de personne et qui se traduit notamment par des mécanismes de consultation, voire de gestion, qui encouragent la participation citoyenne. Les régies régionales, les centres locaux de développements (CLD), les conseils régionaux de développement, les conseils de la culture sont de cet ordre.

Le modèle québécois, c'est tout ça. Même si on a souvent l'impression que c'est une « patente » de fonctionnaires, de capitaines d'industries et de bureaucrates de la société civile, c'est une façon de faire les choses inspirée, malgré les tracasseries et les bavures, d'une éthique fondée non sur une douteuse compassion politicienne, mais sur la solidarité la plus active possible. Ce modèle est dynamique et évolutif. Il correspond à nos besoins.

Le projet très conservateur d'un parti qui n'a plus de libéral que le nom, consiste à transformer de fond en comble la façon québécoise de faire les choses. C'est le projet idéologique rétrograde d'un «establishment» affairiste qui oublie de qui il tire ses privilèges. C'est un projet qui nous fait reculer au plan de la solidarité sociale et du développement économique. (...)

Le règne de ce gouvernement débute bien mal et annonce des temps difficiles. Il faudra rapidement faire comprendre à Jean Charest que nous sommes très nombreux et nombreuses à ne pas souhaiter voir sacrifier sur l'autel de son idéologie des pans entiers de ce que des générations ont contribué à construire.




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Brassage d'idées (et de camarades) en vue au PQ

VINCENT MARISSAL
La Presse samedi 14 juin 2003

Il y a quelques années, un groupe de députés péquistes avait formé une équipe de balle molle pour affronter la très redoutable équipe des journalistes de la tribune parlementaire à Québec.

«Ne vous en faites pas, si ce sont vraiment des péquistes, la chicane va pogner entre eux autres avant la troisième manche et ils vont se battre tout seuls», avait raillé un collègue, juste assez fort pour être entendu sur le terrain.

Sur le coup, Guy Chevrette, le bouillant lanceur du PQ, avait failli atteindre le collègue en question avec une balle rapide.

La troupe péquiste était restée unie durant tout le match (de mémoire, elle l'avait même remporté), mais on avait bien ri après coup, autour d'une bière comme il se doit, de cette légendaire habitude du PQ de s'autoflageller jusqu'au sang.

Débats sur la langue, débats sur la stratégie référendaire et même sur la question référendaire, débats sur le chef, vote de confiance dramatique, débats sur la social-démocratie, sur le déficit zéro, sur le partenariat avec le reste du Canada, débats sur la représentation (en fait, la sous-représentation) des femmes ou des jeunes en politique et, immanquablement, débat sur les débats eux-mêmes... On ne s'ennuie jamais dans les grands rassemblements péquistes. « II n'y aura jamais personne de plus efficace qu'un péquiste pour chercher des poux à un autre péquiste, mais si on n'aimait pas ça, on militerait tous au Parti libéral», résumait un jeune péquiste de Montréal au cours de la dernière campagne électorale.

Le conseil national du PQ, le premier depuis les élections, ouvre cette fin de semaine un nouveau chapitre de débats, chapitre qui s'annonce vigoureux si on en juge par les sorties publiques de quelques péquistes eu vue au cours des derniers jours.

II faut dire que, en plus des discussions sur les orientations politiques, une course à la direction couve entre deux principaux candidats : Pauline Marois et François Legault. La question est délicate puisque, contrairement à ce que l'on pouvait croire au lendemain des élections, Bernard Landry semble apprécier de plus en plus son rôle de chef de l'opposition. Celui dont le départ paraissait imminent il y a deux mois n'est plus pressé de faire ses valises. D'autant que, personne ne devrait s'en étonner, M. Landry «performe» plutôt bien sur les banquettes d'en face.

Connaissant la personnalité de Bernard Landry, on peut croire qu'il n'a pas beaucoup apprécié se faire pousser dans les orties par son ex-ministre des Finances. En fait, selon certains péquistes, la tactique a plutôt eu l'effet contraire. Quelques jours après la défatre électorale, Mme Marois a invité sans détour M. Landry à quitter la direction pour le bien du PQ, ajoutant que les gens du parti n'osaient pas le lui dire aussi clairement parce qu'ils l'aimaient trop.

Mme Marois et M. Landry, par contre, ne s'aiment pas beaucoup. Et encore un peu moins depuis ce jour-là.

***

Mais Pauline Marois n'est pas du genre à abandonner aussi facilement. Le fait est que, s'il y avait une course à la direction à l'automne, elle la gagnerait haut la main. Elle n'a donc aucun intérêt à ce que le chef s'incruste.

Dans les rangs péquistes, on a bien noté cette semaine la «contre-attaque» de Mme Marois par l'intermédiaire de l'un de ses fidèles alliés, Maxime Barakat, ancien président régional du PQ.

Dans une lettre publiée dans La Presse, M. Barakat somme Bernard Landry de faire connaître sa décision quant à son avenir : ou il part à l'automne, ce qui ouvre la porte à un congrès à la direction en février 2004, ou il doit se soumettre à un vote de confiance en 2005. « Selon M. Barakat. M. Landry a donc le choix entre le suicide et le peloton d'exécution», résume un péquiste influent.

Contrairement a Mme Marois, François Legault n'est pas du tout pressé de voir M. Landry prendre sa retraite. Chaque mois qiu passe permet à l'ex-ministre de la Santé de voyager au Québec, d'étendre son réseau et de récolter des appuis.

C'est donc dans ce triangle infernal que se joue l'avenir du Parti québécois pour le moment. Et pour épicer un peu plus cette ambiance de fin de règne, certains rêvent d'une profonde remise en question du parti. Jean-Pierre Charbonneau, notamment, reproche au PQ d'être élitiste et débranché de la population et de sa base militante. Selon l'ex-ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, le PQ, surtout son caucus, refuse de faire un vrai bilan de ses années au pouvoir.

François Legault, quant à lui, propose au PQ un virage vers une «gauche responsable». Le PQ n'a récolté que 33% des votes aux dernières élections ; il est temps de regarder la réalité en face, même si cela risque de déplaire à plusieurs, dit-il substance.

De bons débats en perspective. Et nous n'en sommes qu'à la première manche postélectorale...