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LOI 101 : Le nombre d'entreprises délinquantes décuple

Violaine Ballivy
La Presse lundi 16 juin 2003

LE NOMBRE d'entreprises refusant catégoriquement de franciser leur milieu de travail a explosé depuis trois ans. Trois en 2000, elles sont maintenant plus de 30 sur la liste noire de l'Office québécois de la langue française (OLF).

À l'Office, on préfère parler de la "liste des entreprises récalcitrantes à la francisation", dixit Gérald Paquette, chef des communications. Mais peu importe les termes employés, les sanctions, elles, sont les mêmes: extrêmement dissuasives.

Le gouvernement québécois n'accorde aucun prêt, subvention ni même contrat à une entreprise qui s'est vu retirer son certificat de francisation ou qui rechigne à coopérer avec l'OLF. Certes, elle peut déposer sa candidature lors d'un appel d'offres public, mais ses chances sont quasiment nulles. "Une entreprise n'a jamais signé un contrat avec le gouvernement sans avoir d'abord régularisé sa situation", dit M. Paquette.

La plupart des entreprises hors la loi 101 répertoriées sont de petite taille et sises dans l'ouest de l'île de Montréal. La manufacture de lingerie Château tient le fort depuis trois ans maintenant et fraye cette année avec les cuisines de l'air Sky chefs Canada, le Hard Rock Café de Montréal, les films Timeline et un restaurant Lafleur de LaSalle.

Les grandes sociétés, celles qui doivent préserver leur image de marque, ne font pas long feu sur la liste ou l'évitent comme la peste, constate M. Paquette. "Il y a quelques années, le nom d'une filiale de Vidéotron est apparu, mais il n'est pas resté longtemps."

Pas plus que les grandes entreprises anglophones. Même si elles arborent des patronymes anglophones comme Wal-Mart ou Home Depot et qu'elles sont accusées de polluer l'environnement linguistique du Québec, les géantes américaines sont championnes de la francisation. "Vous ne les retrouverez jamais sur la liste", assure M. Paquette. Elles ont amplement les moyens financiers de faire fi de la Charte de la langue française- les amendes ne dépassent pas 1400 $ pour une première infraction et 7000 $ pour une seconde-, mais elles s'y conforment docilement. "Elles ne sont pas plus francophones que les entreprises québécoises. (...) Mais ce serait trop mauvais pour leur image", dit-il. Il n'est pas rare que ces entreprises soient même félicitées pour leurs efforts.

Home Depot a reçu une mention spéciale en 2001 lors de la remise des prix du Mérite du français de l'Office, catégorie commerce.

Toutes les entreprises de 50 employés ou plus sont tenues par la Charte de la langue française d'obtenir dans les six mois suivant leur constitution au Québec un certificat de francisation attestant que le français est la principale langue d'usage au travail. Une soixantaine d'agents de francisation sillonnent la province pour s'assurer que les factures, les communications, les modes d'emploi, les services et les logiciels sont bel et bien francophones ou bilingues avant de rendre leur verdict.

Lorsque l'utilisation du français est déficiente, l'Office établit un programme de francisation qui peut s'établir sur cinq voire 10 ans, et la validité du certificat est réévaluée tous les trois ans. Cette attestation sera retirée à toute entreprise faisant l'objet de plaintes du public et refusant de collaborer avec l'Office.

La liste de l'OLF a d'abord été élaborée pour les travailleurs de la fonction publique, qui doivent impérativement y jeter un oeil avant d'approuver une demande de prêt ou de subvention. Maintenant, elle est rendue publique dans le site Internet de l'Office et mise à jour tous les deux mois.

La qualité contre la quantité

La nature des plaintes traitées par l'Office de la langue française a changé du tout au tout depuis cinq ans. Aujourd'hui, 60 % des 4000 plaintes traitées bon an mal an ont trait à la langue de travail contre 40 % à l'affichage. Il y a moins de cinq ans, "le rapport était complètement inversé", dit Gérald Paquette.

"La population se plaint surtout maintenant de ne pas pouvoir être servie en français." Ou alors dans un charabia pitoyable. "Parfois, un mode d'emploi est tellement bourré de fautes qu'il est plus facile à comprendre en anglais. Ce n'est pas normal."

C'est une nouvelle mission pour les inspecteurs de l'Office. "Ils doivent non seulement inspecter la quantité du français, mais aussi la qualité, poursuit M. Paquette. Les dirigeants d'entreprises doivent comprendre que leur belle-soeur qui a déjà suivi un cours de français par correspondance n'est pas traductrice..."



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La "can" de vers

Michèle Ouimet
La Presse lundi 16 juin 2003


Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, est prêt à pousser très loin l'exercice de la décentralisation. Il pourrait même céder des pouvoirs de taxation, d'emprunt et d'embauche aux arrondissements.

Le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, en a rajouté. Il encourage les villes à lui soumettre des projets de décentralisation. Il ne leur impose aucune limite: elles peuvent décentraliser à gogo et céder autant de pouvoirs qu'elles le désirent.

Une bien mauvaise idée.

Oui, la décentralisation est importante. Les grandes villes réussiront le pari des fusions seulement si elles laissent les arrondissements respirer en paix pour qu'ils puissent offrir des services de qualité... comme avant les fusions. Il faut donc régler plusieurs irritants et freiner les élans centralisateurs des grandes villes. Pas besoin de tout bazarder pour ça.

Les arrondissements ont le droit d'imposer une taxe de secteur pour bonifier un service, comme ramasser les ordures quatre fois par semaine par temps de canicule. Cette taxe leur permet de conserver une couleur locale, une identité propre.

Bizarrement, aucun arrondissement, du moins à Montréal, n'a utilisé cette fameuse taxe, même pas Westmount qui, pourtant, se meurt de défusionner.

Les outils pour opérer une certaine décentralisation sont là, inscrits dans la loi, et personne ne les utilise. Évidemment, les défusionnistes veulent bien davantage mais plusieurs d'entre eux seraient prêts à rester dans la grande ville s'ils arrachaient le droit de taxer, d'emprunter et d'embaucher.

Si Québec cède ces pouvoirs, il se heurtera à d'importants problèmes. Premièrement, les arrondissements recréeront leurs anciens fiefs et la grande ville ne sera plus qu'une coquille vide. Deuxièmement, les arrondissements souffrent d'un important déficit démocratique. Prenons Montréal. Sur les 27 arrondissements, seulement sept ont une opposition et 15 n'ont que trois conseillers.

Et Québec serait prêt à accorder d'énormes pouvoirs à ces arrondissements gérés par une petite poignée de conseillers? De plus, les journalistes ne couvrent jamais les arrondissements, il y en a beaucoup trop. Qui va mettre les citoyens au courant d'un emprunt contestable, qui va les informer des délibérations du conseil qui se déroulent pratiquement à huis clos et qui réunit, trop souvent, seulement trois conseillers, tous membres du même parti politique?

Si le gouvernement Charest s'engage dans cette voie, il devra redessiner les grandes villes et ajouter des conseillers aux arrondissements, ce qui, évidemment, alourdira l'appareil administratif et politique. Pour un gouvernement qui veut alléger les structures...

Que faire avec les nouvelles villes nées de la défusion, que faire avec les Westmount indépendants? Comment s'intégreront-elles à Montréal? Vont-elles fonctionner en ghetto, complètement coupées de la grande ville?

Jean Charest jure qu'elles devront payer leur part pour les services communs, comme la police et le transport. Fort bien. Mais si Westmount verse 50 millions par année à Montréal, qui va rendre des comptes à ses citoyens? Car on ne peut prendre l'argent des contribuables sans leur accorder un droit de regard. C'est l'a b c de la démocratie, le fameux no taxation without representation. Les Américains ont fait une révolution au nom de ce principe.

Il faudrait donc créer une structure politique où Montréal et les villes de banlieue ressuscitées géreraient les dossiers communs, une sorte de communauté urbaine miniature. Montréal deviendrait un machin bien compliqué avec trop de niveaux.

Morale de cette histoire: on ne peut pas ouvrir une "can" de vers à moitié. Si on autorise les défusions, c'est toute la structure des nouvelles villes qui devra être repensée. Avec les coûts que cette opération implique.



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Montréal abandonné?

Bernard Descôteaux
Le Devoir lundi 16 juin 2003


ÉDITORIAL - L'une des réactions les plus vives au budget présenté jeudi dernier par le ministre des Finances, Yves Séguin, est venue du maire de Montréal. Tandis que Gérald Tremblay a besoin de tous les appuis pour résister à ceux qui veulent démanteler la nouvelle ville, celui qu'il croyait être son principal allié lui a fait défaut. Pas facile ces temps-ci d'être maire de Montréal.

Il est rare de voir Gérald Tremblay, l'homme au «leadership tranquille», se choquer. La remise en cause par le gouvernement Charest du contrat de ville signé avec Québec en janvier dernier après de longues négociations ne pouvait que lui apparaître comme un recommencement inutile et décourageant. Pour lui, l'urgence est de faire fonctionner le mieux possible la nouvelle ville au moment où s'amorce le débat sur les défusions.

Le maire de Montréal avait trois bonnes raisons d'être choqué et inquiet. La première tient au fait qu'il lui faut faire la preuve à ses concitoyens que la nouvelle ville est un pari gagnant. Lui qui s'est fait élire en disant «ça va marcher» doit prouver en cette deuxième année après la création du nouveau Montréal que, de fait, «ça marche», que les services municipaux sont meilleurs et qu'ils ne coûtent pas plus cher qu'avant. Il n'avait surtout pas prévu que Québec manquerait à sa parole.

Le contrat de ville est l'instrument que M. Tremblay avait réclamé et obtenu pour réaliser le «Plan d'affaires sur le partage de la richesse nouvelle» qu'il avait défendu en campagne électorale. Québec ne lui avait pas octroyé les trois milliards réclamés pour son premier mandat, mais il avait obtenu le moyen de résoudre, en partie du moins, le sous-financement chronique de Montréal. Alors que les impasses budgétaires s'accumulent pour la prochaine année, le maire se retrouve avec moins d'argent que prévu et face à beaucoup d'incertitudes. Que valent en effet les promesses verbales de dernière minute quand ceux qui les font n'ont même pas été capables de respecter un contrat écrit!

Ce qui est de nature à inquiéter encore plus le maire et des organismes comme la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, c'est qu'en plus, le budget Séguin comprend une série de mesures susceptibles d'affecter négativement la croissance de l'économie montréalaise. Ainsi, l'effet de l'abolition des programmes associés au multimédia et au commerce électronique et la diminution du niveau des crédits d'impôt pour la recherche- développement et pour les productions cinématographiques se fera sentir d'abord à Montréal. Inévitablement, une réduction du taux de croissance économique se répercutera sur les revenus de la ville.

Le troisième motif d'inquiétude du maire a trait à ce silence presque total qu'observe le gouvernement Charest sur l'avenir de la nouvelle ville. Depuis qu'il a dit en campagne électorale qu'il souhaitait la réussite des nouvelles villes, Jean Charest n'a jamais rien ajouté qui puisse nous indiquer comment il voyait l'avenir de Montréal. Il aurait pu préciser sa pensée lors du discours inaugural de la nouvelle session de l'Assemblée nationale le 4 juin, mais pas une fois le premier ministre n'aura prononcé le mot Montréal. Jamais l'un de ses ministres ne s'aventure à donner quelque signe que ce soit qui pourrait être interprété comme un appui ferme aux nouvelles villes.

L'attitude de la nouvelle équipe gouvernementale à l'égard de Montréal est on ne peut plus équivoque. Sa seule préoccupation semble être de vouloir corriger les effets pervers des fusions à l'égard de la démocratie municipale. On est resté accroché à ce cheval de bataille qui lui avait permis pendant ses années d'opposition de marquer des points. Oublie-t-on l'essentiel, à savoir que la création d'une grande métropole répondait à des impératifs bien précis dont le plus important est de doter Montréal d'une structure gouvernementale moderne et efficace lui permettant d'être un moteur économique de création de richesses?

Ces jours-ci, le leadership de M. Tremblay est critiqué. Si on peut regretter parfois que le maire de Montréal ne soit pas plus actif pour défendre Montréal face aux défusionnistes, il faut déplorer encore plus le silence des libéraux. Le rôle de Montréal comme pôle administratif, économique et culturel est trop important pour que se prolonge le silence. À cet égard, celui qui doit lever les équivoques est le premier ministre Charest lui-même. Il est le seul qui puisse donner un message fort. Il peut certes vouloir rétablir dans certains quartiers la démocratie municipale, mais il lui appartient d'être aux côtés du maire Tremblay pour défendre Montréal. Celui-ci a bien plus besoin d'être appuyé que d'être critiqué. Il a besoin de connaître clairement les intentions du gouvernement à l'égard de sa ville. Il a besoin de savoir sur quel soutien financier et politique il peut compter. Pour l'instant, il se sent ignoré, sinon abandonné par ceux qui devraient être ses amis.



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Des semeurs de morosité

Michel Venne
Le Devoir lundi 16 juin 2003


Quel drôle de début de mandat pour un gouvernement qui devait «réinventer le Québec» (sic!). Il plonge les entrepreneurs dans l'expectative. Il enlève aux régions, sorties gonflées d'optimisme du Sommet de l'automne dernier, des moyens considérables. Il plonge le maire de Montréal, un ancien ministre libéral, dans une colère noire. Après avoir voté en faveur de la loi contre la pauvreté et l'exclusion sociale, il annonce de nouvelles privations pour les pauvres. L'avenir des centres de la petite enfance, une réussite sociale, est en ballottage. Et le reste à l'avenant. Il n'y a guère que les acteurs du système de santé à n'avoir rien à redire. Question de temps.

Le premier budget Charest-Séguin achève de semer la morosité. Ce budget, comprenant les prévisions de dépenses déposées vendredi par la dame de fer du nouveau gouvernement, Monique Jérôme-Forget, transmet aux Québécois de mauvais signaux. Certes, il faut sans cesse se demander ce qu'on peut faire sans l'État. La liberté et l'initiative individuelles sont le fondement de la vie en société. La sentence d'Yves Séguin passera à l'histoire. Puis, il ne faut pas refuser le changement, nécessaire et salutaire. L'État est une grosse machine et les grosses machines s'enrayent facilement. Un bon huilage ne lui ferait pas de tort.

Mais l'opération budgétaire des derniers jours est un échec sur le plan de la mobilisation des Québécois. Au lieu de susciter l'initiative, Jean Charest est en train de créer un climat de crispation. Comme si le Québec perdait ses moyens. Au lieu d'instiller la confiance, ce gouvernement entretient l'incertitude.

***

Le gouvernement Charest s'appuie sur la philosophie du laisser-faire. Il obéit de même aux ténors du lobby patronal et met la hache dans une série de programmes et d'avantages fiscaux dont jouissent les entreprises qui créent de l'emploi. En principe, ce virage idéologique était «de la musique aux oreilles» du patronat. Mais la pratique en a fait déchanter plusieurs, que l'on entend depuis trois jours, sur toutes les ondes radiophoniques et télévisuelles, montrer par a + b que l'affaire n'est pas si simple.

On découvre tout à coup que, même aux États-Unis, les entreprises jouissent de crédits d'impôt et de soutien étatique de tout ordre. Un spécialiste de la prospection des investissements étrangers disait samedi que les compressions exercées par Yves Séguin réduisent la capacité concurrentielle du Québec qui devient, dès lors, moins attrayant pour des entreprises étrangères. Celles-ci, souvent les maisons mères de compagnies installées au Québec, pourraient fort bien détourner leurs investissements vers des cieux fiscalement plus cléments. Le capital, comme on sait, est volatil.

Un entrepreneur dans le domaine des nouvelles technologies disait l'autre jour que le retrait de l'État québécois survient en plus à un mauvais moment. Les taux d'intérêt vont peut-être augmenter et les marchés boursiers sont frileux depuis l'éclatement de la bulle des valeurs technologiques. En somme, c'est au moment où le financement privé et boursier est plus difficile que Québec ferme à son tour le robinet.

Drôle de signal, d'ailleurs, pour un gouvernement qui fait du savoir l'une de ses quatre priorités (voir le discours inaugural). Il coupe de moitié les crédits pour la recherche-développement. Celle-là, Gilles Taillon l'a trouvée moins douce à ses oreilles. Et avec raison. Un autre commentateur faisait valoir que le discours sur le budget ne contenait pas une seule fois le mot innovation. En somme, l'avenir du Québec repose sur le savoir mais la nouvelle politique économique du gouvernement n'encourage ni la recherche ni l'innovation.

Autre signal incohérent, cette décision de délester les entreprises ayant moins d'un million de masse salariale (soit la grande majorité) de l'obligation d'en consacrer à peine 1 % à la formation de la main-d'oeuvre. Tous les experts et les entrepreneurs sérieux vous le diront: la formation est la clé de l'innovation et de la compétitivité et donc la clé de l'avenir. Le gouvernement veut confier à l'entreprise privée l'avenir de notre économie et l'un de ses premiers gestes est de la délester de l'une des responsabilités les plus importantes à cet égard. Si les entreprises ne financent pas la formation, une chose essentielle pour les travailleurs dans une économie du savoir et d'apprentissage continu, qui va la financer? Pensez-y une seconde... Devinez qui paiera? Ce sera l'État, évidemment!

***

Résultat, des entreprises qui s'apprêtaient à embaucher en se fiant aux crédits d'impôt vont réviser leurs plans. Des emplois ne seront pas créés, d'autres seront abolis. Des investisseurs privés vont se détourner du Québec. Partout, on va réduire les attentes, recalibrer à la baisse les projets, resserrer les dépenses, ralentir la machine et voir venir. Ce sera terrible dans les régions, où non seulement le gouvernement charcute les programmes mais où il laisse planer des changements radicaux dans la distribution du pouvoir entre les élus et la société civile.

Une incertitude plane désormais. Et ce d'autant plus que le gouvernement nous annonce que l'austérité ne fait que commencer. Ce sera pire avec la fameuse «réingénierie». On promet une nouvelle stratégie. Mais dans l'attente, les entrepreneurs et les organismes voués au développement risquent de s'abstenir ou de jouer de prudence en s'en tenant à des projets de moindre envergure, à des projets à court terme, moins porteurs. C'est le développement du Québec qui va en souffrir.

Allons-nous perdre une précieuse année? En avons-nous les moyens?



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Conseil national du PQ

Landry restera le chef...
au moins jusqu'au printemps 2005

Robert Dutrisac
Le Devoir lundi 16 juin 2003


Québec - Le président du Parti québécois, Bernard Landry, a convié les militants péquistes à «un brassage d'idées sans précédent». Mais le chef péquiste s'est bien assuré qu'il sera le druide qui maniera la louche dans cette grande marmite en restant à son poste au moins jusqu'au printemps 2005.

Samedi, lors du premier Conseil national du PQ depuis la défaite électorale, Bernard Landry a mis fin aux espoirs des militants surtout associés au clan de Pauline Marois qui souhaitaient que le brassage d'idées visant le renouvellement du programme du PQ se fasse lors d'une course au leadership. «Le poste de président du Parti québécois n'est pas vacant», a déclaré M. Landry dans son discours d'ouverture du Conseil national en matinée. Plus tard en après-midi, les militants péquistes ont voté une proposition lui demandant de rester à la présidence au moins jusqu'au prochain congrès national, qui doit se tenir d'ici le printemps 2005. À ceux qui le sommaient de se brancher, comme la députée de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger, l'a fait, le chef péquiste a répondu qu'il n'avait jamais été «débranché».

En conférence de presse, Bernard Landry est allé encore plus loin en indiquant qu'il pourrait bien être celui qui dirigera le PQ lors des prochaines élections: «Si j'ai la conviction d'être la meilleure personne pour mener le Parti québécois au pouvoir et le Québec à l'indépendance, je le ferai volontiers.»

Marois n'est pas démontée

Pauline Marois ne semblait pas du tout démontée par l'annonce de son chef, dont elle connaissait d'ailleurs la teneur depuis quelques jours. Opiniâtre et patiente, «c'est ce que je suis essentiellement», a livré Mme Marois au Devoir. «Des fois, je me dis: comment ça se fait que je suis encore là? J'ai le goût de la bataille. Je pense qu'on a des choses à apporter quand je regarde du côté libéral.» Dans son camp, non sans une certaine amertume, on indiquait que la course au leadership était devenue un «marathon».

François Legault était aux anges, hier, lui qui a besoin de «sortir, parler, convaincre» pour rallier des militants à son éventuelle candidature. «M. Landry est l'homme de la situation», a-t-il affirmé.

À ses militants, M. Landry a souligné que le PQ amorçait avec lui «un nouveau cycle qui va nous conduire à la réélection le plus rapidement possible et à l'indépendance du Québec comme conséquence immédiate». Ce dernier qualificatif ne signifie toutefois pas que l'élection d'un gouvernement péquiste conduirait à une proclamation unilatérale de l'indépendance, comme le souhaitent certains jeunes militants péquistes qui faisaient circuler une lettre en ce sens hier. «On a le droit de proposer cela. Je ne veux pas écraser une jeune militante de 25 ans qui parle d'une élection référendaire», a-t-il dit. Mais lui, il ne changera pas d'idée là-dessus: pour réaliser la souveraineté, un référendum gagnant demeure incontournable.

L'indépendance et rien d'autre

Dans son discours, M. Landry a pris soin d'énoncer deux «bornes» que le brassage d'idées qu'il propose aux péquistes ne peut pas transgresser: le PQ est «un parti qui veut l'indépendance et rien d'autre» et il est un parti progressiste. Ce sont des «balises naturelles» sans lesquelles le PQ n'existerait plus, estime M. Landry.

L'indépendance et rien d'autre, mais une indépendance toujours assortie d'une union confédérale. «Je crois toujours qu'il faut un régime associatif entre le Québec et le Canada», a-t-il dit. Sur ce point, M. Landry rencontrera l'opposition de certains péquistes, comme François Legault, qui, pour des raisons purement pratiques, croit que la présence de l'association dans la proposition souverainiste rend la souveraineté «plus difficilement vendable», expliquait-on dans son camp. Le député de Mercier et constitutionnaliste Daniel Turp estime, pour sa part, que l'idée d'une union confédérale comme M. Landry l'entrevoit est minée, notamment parce qu'un Québec indépendant devrait renoncer à une part trop grande de sa souveraineté.

En plus des deux bornes plantées par M. Landry, le chef péquiste a défini six chantiers pour la réflexion du parti, dont le renouvellement du modèle québécois, qui «n'est ni sacré ni saint», a-t-il dit. Il a invité les péquistes à concevoir «le meilleur modèle économique et social d'Occident», rien de moins, et à élaborer un programme «d'une modernité fulgurante».



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Landry wins right to remain as PQ Leader

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Monday, June 16, 2003


Quebec PQ - Parti Québécois Leader Bernard Landry crushed all bids to unseat him as party leader until the spring of 2005, saying he is willing to stay on and fight the next election campaign.

"If I have the conviction of being the best person to lead the Parti Québécois to power and achieve Quebec independence, I will do so willingly," Mr. Landry said during a weekend news conference following a party meeting.

PQ delegates adopted a motion postponing a leadership race indefinitely and instead called for a policy convention to be held at the latest in the spring of 2005.

Party statutes require Mr. Landry, who turned 66 last March, to face a vote of confidence by delegates at the next convention. After leading his party in the April 14 election to its worst showing in 30 years -- attracting 33 per cent of the popular vote -- Mr. Landry now has two years to rebuild confidence in his leadership.

By remaining leader, Mr. Landry was in a position to exercise full control over the party's direction and halt any major strategy shift.

He continues to hesitate in committing his party to holding a referendum on sovereignty if the PQ is re-elected. He also argued for the need to maintain political ties with the rest of Canada in defending a vaguely conceived formula Mr. Landry refers to as "a European-type confederation" between Canada and a sovereign Quebec.

Mr. Landry also rejected a bold new strategy initiated by a group of young PQ members calling for a "referendum-election," which proposes that should the PQ form a majority government it would hold a vote in the Quebec National Assembly to unilaterally declare sovereignty rather than proceed with a referendum.

"Quebec will be independent when a majority of Quebeckers will have chosen independence in a referendum," Mr. Landry said, shutting the door to any major changes to the party's step-by-step strategy to achieving sovereignty.

Resorting to his usual pro-sovereignty rhetoric, Mr. Landry called on PQ members to work with him in rebuilding the party in its quest for political independence.

"Therefore, my job as president of the Parti Québécois is not vacant," Mr. Landry told delegates who gave him a standing ovation.

But not all members joined in the ovation. Some remained seated, refusing to applaud Mr. Landry's decision to remain as leader, while others expressed anger. "The old fool is staying," one delegate said.

Some sovereigntists were frustrated by Mr. Landry's refusal to adopt a strategy promoting sovereignty when he was premier. Others contend Mr. Landry made a serious mistake in the last election campaign by refusing to state clearly that if re-elected he would hold a referendum on sovereignty, a position that might have irritated supporters who stayed home on election day.

Voter turnout in the April 14 election was the lowest in Quebec since the 1920s.

The result was so disappointing that immediately following the after the election, Mr. Landry announced he would not lead the PQ in the next campaign, immediately triggering a race among the leading contenders.

Mr. Landry's change of heart has undermined Pauline Marois's bid for the leadership. Clearly disappointed, Ms. Marois, considered the leading candidate, said she would now work at influencing the party's direction during the debate leading up to the policy convention.



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L'ADQ à gauche du PLQ : Un exercice de recentrage s'amorce dans le parti de Mario Dumont

Tommy Chouinard
Le Devoir lundi 16 juin 2003


Québec - Face à un Parti libéral au pouvoir qui monopolise la droite, l'Action démocratique du Québec se redéfinit. Le parti de Mario Dumont opère en effet un recentrage pour se positionner autrement sur l'échiquier politique et modifier la perception des Québécois à son égard, sans toutefois renier ses valeurs fondatrices.

Une tournée de consultation accompagne cette opération de recentrage afin de rapprocher le parti de sa base militante et de mettre fin aux tiraillements qui assaillent son organisation depuis la défaite amère du 14 avril. L'ADQ se donne 18 mois pour accoucher d'un plan d'action visant à renforcer son organisation et raffiner son message.

«Il y a deux éléments dans le recentrage. Il y a des éléments de contenu et de réflexion qu'on pourra amener vers un recentrage. Il y a aussi des éléments de perception. Pour moi, avant même de penser à ce qu'on pourrait faire évoluer dans notre programme, il faut ramener dans nos communications avec les Québécois ce qu'est vraiment l'ADQ», a affirmé Mario Dumont lors d'une entrevue accordée samedi au Devoir dans le cadre du conseil général de son parti qui a réuni quelque 300 adéquistes à Trois-Rivières.

L'ADQ souhaite ainsi retourner vers ses racines. «Le recentrage, c'est revenir aux valeurs de base sur lesquelles les gens nous ont connus, par rapport à la relation de l'État avec ses citoyens, la vision nationaliste [mais pas indépendantiste] d'affirmation du Québec, la justice entre les générations, la famille, la préparation de l'avenir à long terme. Ce sont nos éléments de base», a souligné Mario Dumont, tout en rappelant qu'il s'agit là des deux premières pages du programme adéquiste. Pour le reste, les dizaines d'autres pages, ce sont des mesures qui, elles, peuvent changer, évoluer. «Dans certains cas, le recentrage, c'est revenir à ce qu'on veut vraiment faire», a-t-il ajouté.

Des actions concrètes traduisent déjà cette volonté de recentrage, puisque l'aile plus progressiste du parti prend du galon. Judy Fay, directrice exécutive pour le groupe communautaire Groupe action nouvelle, a été élue vice-présidente du comité exécutif de l'ADQ. Candidate défaite dans la circonscription de Laporte, sur la rive sud de Montréal, elle avait été décrite en campagne électorale comme une des figures les plus à gauche au sein du parti de Mario Dumont. Ensuite, Marie Grégoire, ex-députée de Berthier, a été nommée présidente de la commission politique, qui est responsable de la définition du programme. Elle est également reconnue pour sa vision humaniste. Le recentrage est donc déjà en cours. «Regardez ce qu'elles font dans la vie, ça vous donne une idée. Ça parle de soi que ces deux personnes mettent de l'oxygène dans le parti», a affirmé au Devoir le président de l'ADQ, Guy Laforest.

La nécessité d'un recentrage de l'ADQ est partagée par bon nombre de ses membres et principaux porte-parole. «Je crois que l'ADQ est allée à droite car, dans les dernières années, on était allé trop à gauche. Mais je ne serais pas à l'aise si l'ADQ va plus à droite. Je pense que, comme société, il faudra revenir plus au centre que les libéraux. Le Parti libéral s'en va occuper toute la droite actuellement», a souligné Joëlle Lescop, porte-parole du parti en matière de santé et candidate défaite dans Vachon. Partenariats public-privé, révision du modèle québécois, décentralisation: autrefois associées à l'ADQ, ces orientations sont maintenant reprises par le gouvernement Charest, ce qui laisse bien peu de place à droite pour l'ADQ. Mario Dumont reconnaît un certain «emprunt de vocabulaire», mais il estime que le PLQ, lui, n'a pas de vision.

Joëlle Lescop estime que ce recentrage ne trahit en rien les idées de l'ADQ, puisque c'est dans leur mise en application que des changements doivent s'opérer. «On a fait peur aux gens. Les infirmières au porte à porte nous disaient: si on vote pour vous, on va perdre nos jobs. Mais voyons, on manque d'infirmières! La même chose a été dite par des enseignantes», a affirmé Mme Lescop, qui croit que l'ADQ doit mieux faire passer son message.

Les stratégies de communication de l'ADQ sont d'ailleurs au coeur du recentrage. Le chef adéquiste estime que son message a été «déformé» par ses adversaires. Par exemple, le taux d'imposition unique, mesure prise isolément, peut être considéré comme radical, a-t-il noté. «Mais nous, on n'a jamais parlé de notre taux d'imposition unique sans parler de revenu minimum du citoyen», a ajouté M. Dumont. Par ailleurs, l'ADQ fera davantage valoir les causes qu'elle a défendues au cours des dernières années, comme la lutte aux clauses discriminatoires et l'amélioration des conditions des travailleurs autonomes, qui n'ont rien à voir avec le radicalisme qui a été véhiculé à son sujet.

Pour le chef adéquiste, il n'est cependant pas question de dénaturer le parti. «L'ADQ va rester l'ADQ. On ne sera pas le parti qui va prôner l'interventionnisme de l'État ou un parti qui va proposer la création de plus de structures», a tenu à préciser Mario Dumont.

Ce sont les militants qui sont appelés à définir largement ce recentrage. Une vaste tournée de consultation des membres a été lancée samedi afin de rapprocher le parti de sa base militante, ce qui n'est pas sans rappeler la démarche entreprise par Jean Charest à la suite de sa défaite en 1998. Mario Dumont entend d'ailleurs se rendre dans les 125 circonscriptions du Québec d'ici Noël 2004. Cette tournée débouchera sur un plan d'action dont une première version devrait être produite pour l'automne.

Les consultations ont pour objectif non seulement de recueillir des idées et des suggestions sur le programme mais aussi de renforcer l'organisation du parti. «Le vécu de la dernière année, de la campagne électorale, vous a fait suffisamment mal, nous a fait suffisamment mal pour que ce qu'on entreprenne comme démarche soit en vue d'implanter des changements dans notre parti, notre fonctionnement, notre organisation», a lancé Mario Dumont aux 300 adéquistes réunis à Trois-Rivières.

Le chef estime qu'il est temps que le parti «retourne vers la base pour voir ce que les membres attendent de leur parti». Le conseil général a notamment voté en faveur de la création de tables de concertation régionales. Les commissions du parti seront élargis, des sous-comités seront créés, des associations locales (qui manquent dans quelque 70 circonscriptions) seront constituées dans tous les comtés, le nombre de militants qui travaillent activement au sein des instances du parti sera quadruplé, a assuré Mario Dumont. «Il faut revoir nos façons de faire. Il faut faire sentir que le parti est un lieu d'accueil et d'ouverture», a-t-il noté. Ces mesures viennent répondre aux problèmes diagnostiqués par les membres réunis en conseil général sur l'organisation du parti lors de la campagne électorale, comme le manque de communication entre les instances locales et le comité national. Guy Laforest a d'ailleurs noté que des «changements substantiels», qui ne se feront pas «sans grincements», sont à prévoir.

Cette volonté n'est pas étrangère aux tiraillements que connaît l'ADQ. À ceux qui réclament la tête de personnalités dans son entourage, Mario Dumont répond: «Je pense que ce n'est pas une façon de fonctionner. Les gens qui veulent des changements voient que c'est ce qui va se produire. On n'a pas fait l'exercice d'aujourd'hui [samedi] pour des raisons cosmétiques. On l'a fait parce qu'on veut implanter des changements à tous les niveaux.»

Néanmoins, les dissensions au sein du parti ont éclaté au grand jour samedi alors que les membres ont procédé à un débat relevé sur l'exclusion ou non des médias de la séance plénière afin de «laver le linge sale en famille», comme l'a lancé le candidat défait dans Champlain, Roch Laviolette.

Par ailleurs, l'aile parlementaire de l'ADQ devrait connaître son sort aujourd'hui, mercredi au plus tard, sur décision du bureau de l'Assemblée nationale. Mario Dumont a noté que les discussions, autant avec le cabinet du premier ministre Jean Charest qu'au sein du bureau de l'Assemblée nationale, se déroulent bien. L'ADQ ne sera toutefois pas reconnue comme groupe parlementaire, mais un temps de parole en Chambre et un budget de recherche au moins équivalent aux résultats obtenus le 14 avril devraient lui être accordés.