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L'invitation au putsch

Michel David
LE DEVOIR mardi 17 juin 2003

C'est devenu un classique au PQ. Quand le chef souhaite que rien ne change, il annonce un «grand brassage d'idées». Plus déterminé que jamais à s'en tenir à sa stratégie des «conditions gagnantes», c'est donc à ces grands remue-méninges que Lucien Bouchard avait convié les délégués au conseil national de janvier 1999.

«Il ne faudrait pas se livrer à une réflexion transcendantale qui fasse plus de rhétorique qu'autre chose», avait-il lancé. Venant de lui, cette invitation à se méfier des effets de toge ne manquait d'ailleurs pas d'humour.

Comme Bernard Landry l'a fait, au conseil national de samedi dernier, M. Bouchard avait repris la formule de Jacques Parizeau qui, au lendemain du référendum de 1995, avait invité les militants péquistes à «retourner chaque pierre».

Pour donner un semblant de sérieux à l'exercice, M. Bouchard avait annoncé la création d'un «comité de réflexion et d'actions stratégiques sur la souveraineté du Québec», dont la présidence avait, bien entendu, été confiée à Bernard Landry.

Ce comité avait parfaitement joué son rôle. Autrement dit, il ne proposait rien de nouveau. Son rapport, intitulé Le Québec, un nouveau pays pour un nouveau siècle, était un ramassis de lieux communs sur les exactions du gouvernement fédéral, qui rendaient -- ô surprise -- la souveraineté plus nécessaire que jamais.

Au train où vont les choses, M. Landry n'aura qu'à le dépoussiérer sans que personne au PQ trouve quoi que ce soit à redire. Samedi, personne n'a rouspété quand la direction du parti a proposé de reporter le prochain congrès au printemps 2005. Si on fait abstraction du congrès bidon de mars dernier, jamais dans toute l'histoire du PQ il n'y aura eu un tel délai entre deux congrès : cinq ans, alors que les statuts en prévoient un tous les deux ans.

Compte tenu des résultats des élections du 14 avril, où le PQ a recueilli son plus faible pourcentage de voix depuis trente ans, l'ambiance était remarquablement joyeuse. Les militants ne semblaient sous l'effet d'aucun choc. Ça ressemblait plutôt à une anesthésie.

***

Plusieurs m'ont fait reproche d'une récente chronique dans laquelle je contestais la logique d'une démarche consistant à tenir un congrès d'orientation avant de choisir un nouveau chef. Selon eux, c'est le meilleur moyen de s'assurer que les orientations retenues seront conformes aux voeux de la base militante plutôt que d'être imposées par le chef.

Le problème est qu'il y a présentement un chef, qui pèsera de tout son poids pour infléchir les décisions du congrès dans le sens qu'il souhaite. Ceux qui s'imaginent que M. Landry va jouer le rôle d'arbitre impartial rêvent en couleurs. D'autant plus qu'il envisage sérieusement de conduire le PQ à la prochaine élection et, si possible, au prochain référendum.

Au congrès de mai 2000, M. Landry était intervenu personnellement, et avec toute l'énergie dont il est capable, pour s'assurer que le modèle d'union à l'européenne qu'il affectionne tant devienne officiellement l'option du PQ. Ceux qui s'y opposaient ont été littéralement écrasés.

En fin de semaine dernière, M. Landry a clairement indiqué qu'il y tenait mordicus. Pensez-vous qu'il n'utilisera pas tous les moyens à sa disposition, qui sont considérables, pour imposer ses vues ? Il ne faut tout de même pas être naïf.

Il est vrai que M. Landry ne peut pas donner le moindre signe qu'il songe à partir sans perdre instantanément toute son autorité, mais à partir du moment où il existe une sérieuse possibilité qu'il demeure en poste, toute prise de position contraire aux siennes sur une question aussi importante que la définition de l'article un du programme sera immanquablement perçue comme un contestation de son leadership.

Quand il a semoncé ceux qui le pressaient de «se brancher», tout le monde a bien compris qu'il n'entendait pas à rire. On reconnaîtra que ce ne sont pas les conditions idéales d'un débat serein et ouvert.

Au lendemain du 14 avril, M. Landry a déclaré qu'il aurait aimé avoir des adversaires dans la course à la succession de Lucien Bouchard. S'il le pensait vraiment, il est encore temps de mettre son leadership en jeu. Oui, je sais, il ne faut pas être naïf.

***

L'affrontement n'est pas dans la nature de Pauline Marois, mais c'est surtout parce qu'elle savait ce que M. Landry allait dire à l'ouverture du conseil national qu'elle a fait publier un texte aussi vague dans les journaux de samedi.

Dans son entourage, on se bidonnait de la déconvenue de François Legault, dont la prise de position sans nuance contre le «partenariat politique» le place ouvertement en contradiction avec M. Landry.

Il est vrai que M. Legault a une admirable faculté de récupération. Chaque fois qu'il est envoyé au plancher, il semble rebondir plus fort, mais la contradiction a ses limites. Quelle crédibilité aurait-il pour faire la promotion du partenariat maintenant qu'il a déclaré publiquement qu'il n'en voulait pas ?

Tout en réaffirmant que son poste n'est pas vacant, M. Landry continue d'encourager les candidats à sa succession à poursuivre leurs préparatifs, mais on ne peut s'organiser indéfiniment dans l'abstrait.

Par définition, les nouveaux militants que Pauline Marois et François Legault s'emploient à recruter sont des gens qui croient qu'un changement de chef serait bénéfique au PQ. Comment leur expliquera-t-on qu'ils doivent accorder un vote de confiance à M. Landry si, à la dernière minute, il décide de demeurer en poste ?

Une fois qu'un parti politique est engagé dans une dynamique de succession, celle-ci devient rapidement irréversible. Au fond de lui-même, M. Landry est sans doute convaincu d'être le meilleur chef pour le PQ. Il a peut-être raison, mais son attitude équivoque est une véritable invitation au putsch.

mdavid@ledevoir.com



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Réplique à Michel David

Plutôt une invitation à changer

Siegfried Mathelet

TRIBUNE LIBRE mercredi 18 juin 2003

Monsieur Michel David,

Nous ne pouvons que vous remercier de revenir, dans votre chronique du 17 juin, sur la question de la préséance d’un chef ou d’un Congrès au PQ. Vous apportez ainsi au débat et nous permettez d’y apporter également. En effet, nous croyons que tenir un Congrès en premier lieu est « le meilleur moyen de s’assurer que les orientations retenues seront conformes aux vœux de la base militante plutôt que d’être imposées par le chef. » Nous ne pouvons qu’être heureux que vous nuanciez maintenant vos propos en mettant le doigt sur le bobo :

« Le problème est qu’il y a présentement un chef »… « Pensez-vous qu’il n’utilisera pas tous les moyens à sa disposition, qui sont considérables, pour imposer ses vues ? Il ne faut pas être naïf. »

En fait, si nous sommes naïfs, ce n’est pas en pensant que ce phénomène ne se produira pas. C’est en pensant que nous pouvons, tôt ou tard, changer cette situation déplorable.

Nous avons fait déjà un peu de chemin si votre position ne consiste plus à rejeter dans l’absurdité et l’illogisme la démarche que nous proposons. Vous soulevez maintenant des doutes légitimes quant à sa capacité de réussir à dégager les positions de la « base » ou, tout au moins, à faire émerger des positions qui ne sont pas toujours celles du chef. Doutes légitimes, disons-nous, puisqu’ils s’appuient sur des considérations historiques [1] .

Tout en reconnaissant que, traditionnellement, un chef peut, par l’utilisation des moyens considérables à sa disposition, imposer ses vues aux militants, nous refusons de nous y résigner. Nous refusons également de palier à cette situation en choisissant le chef qui nous imposera le mieux ce que nous trouvons le moins pire. Nous croyons, naïvement peut-être, qu’il vaut mieux revoir ce type de relation entre dirigeant et militants.

La question qui semble alors titiller la classe journalistique, vous-même ou Mme L. Gagnon, c’est comment un chef peut se rallier à une position qui n’était pas au départ la sienne.

Concrètement, comment M. Landry pourrait-il défendre autre chose qu’un idéal de confédération à l’européenne et M. Legault, quelque forme que ce soit de partenariat? Répondre à cette question est une occasion de revenir sur ce que nous entendons véritablement quand nous soutenons qu’un congrès doit favoriser le débat d’idées.

Pour être honnête, la résolution démocratique de questions fondamentales doit faire place à l’exposé des divers arguments. Celle du partenariat, par exemple, nécessite de choisir entre une analyse statistique de l’opinion publique et sa psychanalyse. Statistiquement, une offre de partenariat augmente les appuis à la souveraineté de +/- 10 % [2] . La psychologie des profondeurs nous dit que les Québécois, Québécoises ont un désir de souveraineté refoulé par des mécanismes de résistance que renforce une offre de partenariat.

Un véritable débat devrait nous permettre de soupeser les arguments de chacun. Même, d’entendre de nouveaux arguments. L’attitude qui consiste à se braquer derrière une idée toute faite nuit à la tenue de débats sains et démocratiques. Par contre, l’attitude franche que des gens sensés puissent encore nous faire changer d’avis, nous semble y contribuer.

Par ailleurs, si nous accédons à cette conception d’un véritable débat, il ne serait pas inusité de voir notre chef se faire le mandataire et le fiduciaire des positions du congrès. Après tout, M. Legault a attendu longtemps avant de rendre publique sa position sur le partenariat et M. Landry a longtemps porté les couleurs d’un parti qui n’avait aucune idée de ce que pouvait représenter une union confédérale. Aucun n’en a fait une question de principe.

Nous maintenons donc que le prochain chef devra se rallier à la position des membres. Mieux, notre conception de la démocratie nous amène à affirmer que, loin d’être pour lui un déshonneur, ce sera une preuve de loyauté et de déférence tout à son honneur.

Nous revenons donc à cette question qui demeure.  Sommes-nous naïfs au point de penser qu’un chef, en l’occurrence M. Landry, ne va pas utiliser tout son pouvoir pour imposer ses positions ? Entendre, va-t-il utiliser indûment son pouvoir et ses prérogatives de chef, une grande partie de ce pouvoir étant certainement légitime après autant d’année de service. Peut-être va-t-il le faire, ce qui va totalement à l’encontre de nos demandes. Pourtant, le demander conserve son sens, pour autant que nous ne nous satisfassions pas d’une théorie de la démocratie, mais que nous entamions une pratique démocratique.

En effet, si nous demeurons dans l’attitude qui consiste à attendre du chef qu’il soit un messie et, qui plus est, que nous encourageons nos chefs à se prendre pour des messies, nous finirons toujours confrontés à des ruptures violentes avec ceux-ci chaque fois que nous réaliserons que ce ne sont que des humains. Une analyse historique, similaire à celle invoquée pour démontrer le rôle traditionnel du chef dans les débats partisans, révèle que c’est bien le cas au PQ.

Nous sommes donc pleinement conscients des défis soulevés par notre demande. Oui, nous demandons à Monsieur Landry de mettre un terme à cette relation, à notre sens fort peu démocratique, entre le chef et les militants réunis en congrès. En théorie, il s’agit de rapprocher notre démocratie partisane de ce que nous croyons être les exigences de la population et de la jeunesse [3] . En pratique, il s’agit aussi pour M. Landry de ne pas confronter les militants auxquels il demandera, ou pas, la confiance au prochain congrès.

Un obstacle donc, mais pas un obstacle insurmontable. Nous conclurons donc en soulignant un autre obstacle, non moins surmontable mais beaucoup plus déplorable. Il a été amené à notre oreille par la remarque désobligeante d’un délégué, rapporté dans le Globe & Mail [4] .. : «"The old fool is staying"» [5] . Oui, M. Landry l’a décidé en demandant aux instances supérieures du PQ.

Nous convenons pleinement que revoir notre démocratie partisane à la faveur des membres, ça nécessite des délégués qu’ils agissent de façon responsable à l’égard du droit de vote qu’ils se voient confier. Ceci veut dire que nous attendons de leur part qu’ils ne s’emprisonnent pas dans l’artifice d’un unanimisme hypocrite, mais qu’ils défendent franchement leurs convictions. Voilà qui nous apparaît une condition essentielle à la démocratie.



[1] C’est pourquoi le terme illogique, bien que vous l’utilisiez encore, ne s’applique pas puisque votre objection est d’ordre empirique plus qu'elle ne concerne le raisonnement soutenant notre démarche.

[2] Nous reprenons les chiffre d’un sondage datant de 2000 pour le compte de Génération Québec

[3] Nous citions (La démocratie : absurde ou illogique, 15-06-03 sur www.vigile.net) GAUTHIER, Madeleine et Pierre-Luc GRAVEL « Une génération apathique ? » in Les cahiers du 27 juin. Québec, Volume 1, no. 1, février 2003, p. 34 à 37 et le Rapport du Secrétariat général de la Commission sur la réforme des institutions démocratiques. Nous ne ferons pas ici le débat.

[4] 16-6-03, rapporté sur www.vigile.net

[5] nous ignorons l’expression de notre coloré vernaculaire qui a été traduite ainsi, nous ne re-traduirons donc pas.





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La passion du Québec - Groulx contre Groulx

Louis Cornellier
Chroniqueur aux essais québécois au Devoir
LE DEVOIR mardi 17 juin 2003

À l'été 1998, quelques jours après avoir signé une défense de la mémoire de Lionel Groulx dans les pages du Devoir, j'eus la surprise de voir apparaître, sur un mur de Montréal, un graffiti qui se lisait comme suit: «Louis Cornellier - encore un "gauchiste" qui se porte à la défense de Lionel Groulx!» En fus-je offusqué? Même pas. «Gauchiste», c'était, disons, exagéré, mais l'ensemble de la formule contenait néanmoins une part de vérité et résumait bien le malaise attaché à la figure de Lionel Groulx dans les rangs progressistes québécois. Comment, quand on se veut à gauche, peut-on chanter les louanges d'un homme de droite comme le petit chanoine? Voilà ce que demandait, pour l'essentiel et en toute légitimité, le graffiti anonyme.

Comment, en effet ? Mais en étant nationaliste, bien sûr ! Et en s'accrochant, pour le reste, aux multiples passages, dans l'oeuvre de Groulx, qui prennent le parti des humbles, de notre petit peuple, et aux autres qui dénoncent les mange-Canayens, les lamineurs de notre culture, les colonisés et les défaitistes en tout genre. C'était là le Groulx que je défendais contre la monstrueuse caricature qu'en faisaient ceux qui le dépeignaient comme un fasciste enragé, héraut d'un Canada français arriéré dont les relents parasitaient encore, selon eux, le nationalisme québécois d'aujourd'hui. On attaquait notre nationalisme par Groulx ? Je défendrais donc Groulx pour défendre notre nationalisme.

Deux personnages

Un malaise, néanmoins, persistait, que le graffiti pointait et qui me tarabustait. Je savais que mon Groulx en cachait un autre et que cet autre, que je refusais volontairement d'extirper du passé, n'allait pas sans jeter du trouble dans mon portrait bienveillant du chanoine. Était-il correct d'opposer un Groulx présentable -- mieux encore, inspirant -- au Groulx plus gênant de mes adversaires idéologiques ? Comment surmonter ce malaise ?

Les Deux Chanoines, le livre essentiel que vient de faire paraître Gérard Bouchard au sujet de la pensée de Groulx, apporte une réponse douloureuse et quasi irréfutable à cette question. Non, conclut-il après enquête, ce malaise ne se surmonte pas; il travaille le coeur même de l'oeuvre, et sa permanence discrédite toute interprétation unilatérale de la pensée de Groulx. L'homme, écrit Bouchard, fut réellement conservateur et moderne, libéral et réactionnaire, humaniste et intolérant, fidèle à la France et autonomiste, indépendantiste et fédéraliste, contradictoire, donc, et profondément ambivalent, à un point tel que sa pensée ne peut qu'apparaître inopérante aux yeux du commentateur honnête. [...]

Comment expliquer, alors, la tendresse que je continue de ressentir à l'égard de la figure du chanoine ? Mon collègue Jean-François Nadeau a déjà partiellement répondu à cette interrogation : «On sent en effet toujours dans sa prose l'homme libre, l'indépendance de caractère, qui ne cède à rien d'autre chose que sa vérité du moment. Groulx n'a jamais plié devant les partis, pas même devant le sien. Et eût-il volontairement semé dans son oeuvre les germes d'une pensée contradictoire qu'il faudrait conclure à l'échec de cette visée improbable : car qui donc aujourd'hui conçoit Groulx autrement que comme un nationaliste canadien-français appartenant à un autre temps ?»

Il y a cela, oui, l'homme libre, l'intellectuel qui, bien sûr, s'est souvent trompé et s'est sali les mains parce que, lui, il en avait. Mais il y a plus encore, que résume, une fois n'est pas coutume, un vieux proverbe éculé : qui aime bien châtie bien. Groulx, en effet, et c'est plus rare qu'on ne le pense, entretenait une réelle passion pour le Québec. Contre les pédants de l'extérieur qui gagnaient à ce que l'on nous tienne pour quantité négligeable, contre les colonisés de l'intérieur prêts à toutes les lâchetés et à tous les reniements pour s'élever dans le regard de l'autre, il a martelé notre dignité et s'est acharné à construite une haute idée du Québec. Cette obsession lui a fait écrire de belles et stimulantes choses mais l'a aussi amené -- Bouchard a raison -- à proférer d'inacceptables âneries et accusations. Tel un amoureux morfondu, blessé par l'indifférence ou les faiblesses de l'objet magnifié de son désir, le chanoine déçu s'est trop souvent transformé en triste contempteur hargneux capable du pire.

Aimer le Québec

Au risque de choquer, je dirai que, sans le justifier parce qu'il fut parfois injustifiable, je le comprends et que c'est cela même, c'est-à-dire cette passion mal contenue pour un petit peuple qui le décevait souvent, qui me le rend pleinement humain et, surtout, indispensable, malgré le caractère profondément dépassé du plus gros, de l'essentiel même, de son oeuvre.

Aimer le Québec, au Québec, n'a jamais été une évidence. Ce serait, s'il faut en croire une rumeur qui court toujours, ou dangereux, ou réducteur, ou innocent, ou coupable, toujours, en tout cas, dès lors que la passion entre dans ce mouvement, vaguement soupçonnable de quelque désir inavouable. Groulx, lui -- et c'est la raison pour laquelle je ne me résous pas à l'oublier --, même trop, même mal, l'a aimé. Au prix, il est vrai, de violentes contradictions qui, selon Gérard Bouchard, soulèvent une question fondamentale au sujet du nationalisme d'hier et, ajouterais-je, de celui, dans une certaine mesure, d'aujourd'hui : «L'ensemble de cet itinéraire tourmenté, brisé, met en relief la grande difficulté, pour un nationaliste, de penser le Québec et le Canada français de cette époque : dès lors qu'on écarte les solutions radicales, comment représenter d'une façon cohérente une société aussi déchirée, aussi désemparée ? En ce sens, on dira donc : Groulx, un homme morcelé, dressé contre lui-même, tout comme la société qu'il a voulu prendre en charge.»

Aimer le Québec aussi profondément que Groulx l'a aimé, mais en moderne et en évitant les dérapages idéologiques, ce qu'il n'a pas toujours su faire : telle est la mission, pourrait-on dire, du nationaliste québécois d'aujourd'hui. Groulx contre Groulx, donc, en ajoutant toutes les nuances qu'une telle formule lapidaire impose. Pour cela, la lettre de l'oeuvre du chanoine ne saurait nous être d'un quelconque secours, mais son esprit -- ici pour s'en inspirer, là pour s'en préserver -- doit continuer de nous interpeller. Contradictoire ? Exigeant, dirai-je.



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Un nouveau regroupement veut donner plus de couleur à notre démocratie

Guy Taillefer Le Devoir mardi 17 juin 2003

Un nouveau regroupement voit le jour à Montréal dans l'espoir de faire échec à l'extrême sous-représentation des communautés culturelles dans la vie politique québécoise.

Baptisée Regroupement pour la représentation politique des communautés culturelles (RRPCC), l'organisation encore embryonnaire juge urgent de «donner plus de couleur à notre démocratie», affirme l'un de ses fondateurs, Fo Niemi, qui est également directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales. Sa stratégie consistera à faire pression sur les partis traditionnels afin qu'ils s'ouvrent autrement qu'en simple façade à la diversité culturelle, mais aussi sur les communautés culturelles elles-mêmes, qui sont coupables de «passivité politique».

Par exemple, sur les 664 candidats aux élections québécoises d'avril dernier, une quinzaine seulement provenait des minorités visibles -- et, la plupart du temps, constituaient en fait des candidatures «kamikaze», affirme M. Niemi. «Les partis politiques, à quelque niveau que ce soit, présentent trop souvent des candidats là où ils n'ont aucune chance d'être élus. Cela encourage le cynisme au sein des minorités.» Cela traduit aussi, dit-il, un déficit démocratique au sein d'un appareil d'État comme celui du Québec. «La sous-représentation des communautés culturelles affecte la qualité des services, leur accessibilité, la façon dont les ressources sont distribuées... » Le regroupement souligne que les minorités visibles représentent 12 % de la population, alors qu'elles occupent seulement 2 % des emplois au sein de la fonction publique québécoise.

Le RRPCC est conscient du risque que sa promotion de l'intégration politique des minorités ne réduise les débats à d'étroites questions d'appartenance ethnique. Ce qu'il veut éviter à tout prix. C'est d'ailleurs pour cette raison, dit M. Niemi, que certains de ses «sympathisants» préfèrent pour le moment rester discrets. «Le défi, dit-il, c'est d'éviter cet écueil tout en faisant en sorte que les programmes politiques reflètent mieux la diversité de la population.»

Ce dernier rapproche la lutte pour l'accès des minorités à l'espace politique de celle menée par les femmes à l'époque où elles en étaient complètement absentes. Le regroupement, qui se dit sans le moindre penchant partisan, possède pour l'instant un noyau d'une quinzaine de personnes de différents partis politiques, dont Amir Khadir, candidat défait de l'Union des forces progressistes aux dernières élections provinciales dans Mercier. Il se propose d'intervenir dans les campagnes électorales à tous les niveaux de gouvernement. Prochaine échéance : les élections scolaires de novembre prochain.



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DÉFUSIONS :
Québec n'exigera pas la "participation" de 50% des citoyens

Denis Lessard
La Presse mardi 17 juin 2003

Québec - Cédant aux pressions de ses députés, le gouvernement Charest a laissé tomber une demande faite sous le manteau par le maire de Montréal, Gérald Tremblay. Déposé aujourd'hui, le projet de loi-cadre sur les défusions municipales ne précise plus que, pour être valide, un référendum doit atteindre une participation d'au-delà de 50 % des citoyens ayant droit de vote.

Lors de leur caucus précédant l'ouverture de la session à la fin mai, les députés libéraux de l'ouest de Montréal et de la région de Québec ont rivé le clou aux intentions du ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, ont indiqué hier à La Presse des sources sûres. Pour contrebalancer la disparition de cet obstacle aux défusions, M. Fournier a donné plus de muscle aux dispositions sur la "fiscalité d'agglomération" que contiendra son projet de loi.

Les municipalités qui se dissocieraient des grandes villes auraient tout de même à payer leur partie de la note pour une longue liste de responsabilités, similaires à celles qu'elles devaient assumer dans l'ancien régime des communautés urbaines. Ainsi, une ville qui tournerait le dos au Grand Montréal devra payer sa quote-part pour la police, les transports en commun, l'assainissement des eaux et l'évaluation foncière comme elle le faisait avant les fusions. On ajouterait même la facture des services d'incendie.

Dans l'entourage de Jean Charest, on ne s'inquiète pas des risques de défusions. "On reviendrait à ce qui fonctionnait avant, ce ne doit pas être exactement l'enfer", résume-t-on.

Satisfaire les députés

Il est clair depuis deux semaines dans la machine administrative que le plancher d'une participation à 50 % est mis de côté. Mais l'information sur le changement de cap du ministre Fournier circulait beaucoup moins largement. La question de cette "double majorité", une participation de plus de 50 % associée à une victoire à 50 plus une voix, était un irritant profond pour plusieurs députés libéraux de l'ouest de Montréal.

Avec plusieurs appuis d'élus de Québec qui ont relevé que la question des défusions avait puissament aidé les libéraux dans la région de la Vieille Capitale, les députés de l'Ouest-de-l'Île ont martelé leur opposition au projet que leur avait expliqué M. Fournier lors de leur réunion extraordinaire précédant la session parlementaire, tenue à l'hôtel Concorde à la fin de mai.

À l'hôtel de ville de Montréal, on a constaté le recul hier après quelques jours d'hésitation. Secret il y a quelques jours, le ministre Fournier avait promis aux députés opposés à son projet initial qu'ils "seraient satisfaits" des changement apportés.

Un député montréalais a expliqué sous le couvert de l'anonymat à La Presse que les élus, quelle que soit leur opinion sur les défusions, étaient réticents à tout ce qui ressemblait à des obstacles artificiels pour contrer les défusions. M. Fournier maintiendra cependant la nécessité que 10 % des gens ayant droit de vote se présentent au registre pour qu'un référendum ait lieu, indique-t-on.

Les élus ont surtout fait valoir que fixer un seuil de participation obligatoire à 50 % aurait comme effet pervers de dissuader les gens favorables aux fusions d'aller voter. Les partisans du Grand Montréal seraient déchirés entre la nécessité d'inscrire leur voix en faveur des fusions et la conséquence d'accroître la participation, donc d'augmenter la possibilité que la défusion se réalise. Le comité antidéfusion serait incité à ne rien faire. On enverrait un drôle de message aux partisans des fusions: restez à la maison, résume-t-on.

Au caucus, on a fait valoir qu'avec l'importance prise par les banlieues, on devait considérer les problèmes de Montréal comme un ensemble. Le slogan "une île, une ville" correspond davantage à l'époque de Jean Drapeau, explique-t-on.

Lors du caucus, un député a fourni un exemple percutant. Si on imagine une ville de 100 000 personnes, 49 000 personnes opposées aux fusions, sans un seul adversaire, perdraient leur référendum. À l'inverse, si on retrouvait dans la même ville 25 001 voix pour les défusions et 25 000 voix contre, les défusionnistes l'emporteraient. Ce genre d'exemple a rapidement eu raison des propositions de M. Fournier. Certains élus ont compris que le ministre faisait essentiellement cette proposition d'un plancher de 50 % pour la forme, parce qu'il s'y était engagé auprès de l'administration de Montréal.

Informé par La Presse de la tournure des événements, le maire d'une ville fusionnée a été fort irrité. "Cela veut dire que les anglophones du caucus de M. Charest ont gagné, car on avait l'assurance de gens dans l'entourage du premier ministre que cette disposition serait dans le projet de loi."

Garde en milieu familial

Par ailleurs, aujourd'hui, le gouvernement Charest ouvrira également d'autres fronts, avec les centrales syndicales cette fois. Les ministres de la Santé, Philippe Couillard, et de la Famille, Claude Béchard, déposeront chacun un projet de loi pour assimiler à des "travailleurs autonomes" les 10 000 salariés qui font de la garde en milieu familial, et les 5000 "ressources de type familial" qui gardent des personnes âgées ou des déficients mentaux chez eux.

Ce faisant, ces salariés perdront la possibilité de se syndiquer.



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Les libéraux prennent deux comtés au Bloc
Le PLC est maintenant numéro un au Québec

Hélène Buzzetti
Le Devoir mardi 17 juin 2003

Ottawa - Ça y est: en remportant les deux élections partielles d'hier dans Témiscamingue et Lévis-et-Chutes-de-la-Chaudière, le Parti libéral du Canada a reconquis une pluralité des sièges au Québec, ce qu'il n'avait jamais réussi à faire depuis le rapatriement de la Constitution en 1982.

Christian Jobin a raflé pour le parti de Jean Chrétien la circonscription au sud de Québec avec 55,5 % des voix (contre 35,2 % pour le candidat bloquiste Maxime Fréchette) tandis que son collègue Gilbert Barrette a remporté Témiscamingue avec 56,9 % des voix (contre 35,2 % pour le bloquiste Sylvain Sauvageau).

Il restait encore quatre boîtes de scrutin à dépouiller (sur 200 et plus) dans chaque circonscription au moment de mettre sous presse.

Le Bloc québécois a ainsi perdu deux châteaux forts qu'il détenait depuis 1993. Auparavant, ce sont les conservateurs de Brian Mulroney qui trônaient dans les deux comtés. Les libéraux n'y avaient pas fait de gains depuis près de 20 ans.

Sans minimiser l'importance de la récente élection d'un gouvernement libéral provincial dans ces deux victoires, le ministre de la Justice et lieutenant libéral du Québec, Martin Cauchon, n'a pas voulu voir dans les résultats d'hier un «effet Charest» ou encore un «effet Paul Martin». Il y voit plutôt un effet Jean Chrétien.

«C'est l'effet du premier ministre, a-t-il déclaré hier soir. Regardez ce qui a été fait au cours des derniers mois, les projets de loi qui ont été déposés, l'accord de Kyoto, C-24 [sur le financement des partis politiques] ratifié, un gouvernement très dynamique, progressiste.» Il a fait référence au projet de loi sur la décriminalisation du cannabis et à celui contre la pornographie juvénile. «En bout de ligne, pour moi, c'est un super beau témoignage de confiance envers le premier ministre», a-t-il ajouté.

Les deux circonscriptions fédérales étaient devenues vacantes à la suite de la tentative -- manquée -- des députés bloquistes Pierre Brien et Antoine Dubé en politique provinciale. Le départ de M. Brien avait d'ailleurs créé quelques remous dans Témiscamingue puisqu'il avait endossé les couleurs de l'ADQ au provincial. Les organisateurs bloquistes s'étaient divisés à l'élection du 14 avril, certains travaillant pour l'ex-bloquiste, d'autres pour le candidat péquiste, Rémy Trudel. La décision du chef bloquiste Gilles Duceppe de visiter la circonscription et d'offrir son appui inconditionnel à M. Trudel plutôt qu'à son ancien poulain avait avivé les tensions.

Le Bloc québécois réagira aux résultats aujourd'hui seulement. M. Cauchon n'a pas attendu, lui, pour décocher ses flèches. La population, croit-il, a voulu lancer un message de changement. «Ils voyaient les gens du Bloc qui étaient élus et qui venaient ici à Ottawa simplement pour s'assoier de façon non permanente en attendant autre chose, en l'occurrence de s'en aller à Québec. Les gens étaient tannés de cela. Ils veulent avoir des représentants qui vont à Ottawa pour aller à Ottawa, pour s'occuper des juridictions du gouvernement canadien.»

Libéral ou bloquiste, mais rien d'autre

Les deux élections partielles d'hier confirment l'insignifiance des autres partis politiques au Québec. Les autres candidats de la course d'hier ont joué les figurants, aucun n'atteignant la barre des 5 %. Par exemple, à Lévis-Chutes-de-la-Chaudière, un comté où, aux élections générales de 2000, l'Alliance canadienne avait réussi à décrocher 14,5 % du vote et se classer troisième, l'allianciste Philippe Bouchard s'est complètement écrasé, n'obtenant que 0,9 %. Il est arrivé en sixième place, derrière le Parti vert et tout juste devant le Parti marijuana (0,8 %). La rive sud de Québec est l'un des endroits où, sur la scène provinciale, l'ADQ a fait bonne figure.

Dans l'autre circonscription, l'Alliance canadienne a fermé la marche avec 0,5 % des voix. C'est la candidate du Parti progressiste-conservateur Rachel Lord, qui avait travaillé avec Pierre Brien à l'ADQ, qui est arrivée en troisième place (4,1 %).

Le NPD a quant à lui terminé troisième dans Lévis-et-Chutes-de-la-Chaudière avec 4,2 % des voix, et quatrième dans Témiscamingue (3,4 %). Le nouveau chef Jack Layton y voit quand même une raison de se réjouir. «Nous avons augmenté nos appuis. [Ils n'étaient] pas très importants, mais ils ont doublé et presque triplé, alors nous sommes dans la bonne direction», a-t-il déclaré au Devoir. «Nous avons un an pour travailler», a-t-il ajouté.

Tous les sièges fédéraux du Québec sont maintenant comblés, avec 37 députés libéraux, 34 bloquistes, un conservateur (André Bachand) et trois indépendants (les ex-bloquistes Pierrette Venne et Ghislain Lebel, et l'ex-libéral Guy Carignan). Au total, le Parti libéral a maintenant 171 sièges à la Chambre des communes contre 63 pour l'Alliance canadienne, 15 pour le Parti progressiste-conservateur, 14 pour le NPD et quatre indépendants.

Le taux de participation a été très faible hier soir, moins de 28 % des gens ayant exercé leur droit de vote.



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Loi 101: les délinquants surpris

Simon Chabot
La Presse mardi 17 juin 2003

Parmi les 31 entreprises dénoncées par l'Office de la langue française (OLF) pour avoir tardé à franciser leur milieu de travail, plusieurs ont fait part de leur surprise, hier.

C'est ce qui ressort d'un petit tour d'horizon montréalais auprès des entreprises montrées du doigt à la suite de la publication d'un article paru dans La Presse d'hier.

Au Sir Winston Churchill Pub, rue Crescent, le gérant Vincent Thomas a soutenu que tous ses outils de travail étaient bilingues. Étonné de voir son entreprise ciblée, il a reconnu que ses employés étaient invités à accueillir les clients en anglais, "parce qu'ils sont à 95 % anglophones", a-t-il expliqué. "Il y a même un noyau dur de clientèle qui n'aime pas entendre le français, des habitués pour la plupart", a déclaré M. Thomas.

En face, le Hard Rock Café dit ne pas savoir davantage pourquoi son attestation a été suspendue. La société prétend respecter la Charte de la langue française et n'avoir reçu aucun avis de l'OLF. "Nous ne pouvons corriger une situation dont nous ne savons rien", a déclaré Chris Tomassu, joint au siège social, en Floride. Hard Rock Café possède 120 établissements dans 42 pays. Selon M. Tomassu, la situation à Montréal est "unique", la société n'ayant à faire face à aucune exigence linguistique ailleurs dans le monde.

Visiblement irrité, le directeur de l'exploitation de l'hôtel Novotel, rue de la Montagne, a refusé de commenter la situation. Après un entretien de quelques secondes à peine, Tom Deegan a demandé à la police d'expulser le représentant de La Presse.

Les restaurants Lafleur et le magazin Le Château ont admis de leur côté avoir manqué à leurs obligations, mais entendent corriger le tir rapidement. Les restaurants Jack Astor's de Dorval et Greenfield Park s'en remettent quant à eux à la maison mère de Toronto, qui examine le dossier.

Depuis 1996, Québec n'accorde aucun contrat, subvention ou avantage aux entreprises dont le nom apparaît sur la liste de l'OLF. Il s'agit de la seule "sanction" dont sont passibles les employeurs récalcitrants. Une politique qu'entend maintenir le gouvernement libéral.

Le président d'Alliance Québec, Me Brent Tyler, aurait souhaité des changements. "Si Jean Charest veut des PME plus compétitives, propose l'avocat, ça serait une bonne idée de commencer par assouplir la loi." Le groupe de pression invite d'ailleurs les commerçants à contester la loi. M. Tyler attribue au zèle des fonctionnaires la hausse du nombre d'entreprises dénoncées par l'OLF.

"On ne peut pas dire que la situation a empiré", nuance la présidente de l'OLF, Nicole René. Depuis 2000, l'OLF inscrit sur sa liste en moyenne 20 noms par année, sur un total de 4800 entreprises, dit-elle. "Si chaque Québécois, francophone ou anglophone, défendait son droit de travailler dans sa langue, l'OLF n'aurait plus à intervenir", ajoute-t-elle.



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Leadership: à plus tard

Lysiane Gagnon
La Presse mardi 17 juin 2003

Ainsi donc, il n'y aura pas de course au leadership au Parti québécois d'ici au printemps 2005, alors que Bernard Landry devra se soumettre à un vote de confiance.

Lors du conseil national du week-end, le chef péquiste n'y est pas allé par quatre chemins pour annoncer son intention de rester en poste. Non seulement compte-t-il diriger l'opposition pendant les deux prochaines années, il a également laissé entendre qu'il pourrait bien mener le parti aux prochaines élections, dans quatre ou cinq ans.

Le PQ s'en irait alors en campagne avec à sa tête un chef de 70 ans bien sonnés. Certes, on peut gouverner à tout âge, comme l'ont démontré nombre de grands hommes d'État, de de Gaulle à Roosevelt en passant par Churchill.

Mais enfin, disons que cela ne dégagerait pas exactement une image de renouveau.

Il est tentant d'établir un parallèle avec la situation qui a prévalu pendant des mois à Ottawa, alors que Jean Chrétien s'accrochait mordicus au pouvoir, résistant aux assauts de plus en plus agressifs de Paul Martin.

Mais la comparaison ne tient pas la route.

Primo, M. Chrétien a remporté la dernière élection, alors que M. Landry l'a perdue. En principe, un chef d'opposition se déloge plus facilement qu'un premier ministre. Il était normal que M. Chrétien juge injustifiées les tentatives de putsch (finalement réussies) de Paul Martin. Il est un peu moins normal qu'un chef défait aux urnes se considère intouchable.

Secundo, il y avait, face à M. Chrétien, un candidat d'envergure, qui faisait à peu près l'unanimité dans le parti et la population. Or, personne au PQ n'a la stature d'un Paul Martin. Et Pauline Marois, qui gagnerait haut la main le leadership si la course était ouverte aujourd'hui, n'a pas l'ambition aussi féroce que celle d'un Martin. On l'imagine mal multiplier les coups fourrés que ce dernier a portés au leadership de Jean Chrétien.

Tertio, Bernard Landry est probablement plus indispensable au PQ que M. Chrétien aux libéraux.

Pour l'instant en tout cas, on voit mal ce que le PQ gagnerait à le remplacer par une Pauline Marois ou un François Legault. Ni l'un ni l'autre n'a les qualités intellectuelles de M. Landry, sans pour autant avoir plus de charisme que le chef actuel.

C'est quand même à M. Legault que pourrait profiter la décision de M. Landry, dans la mesure où l'ancien ministre de la Santé, néophyte en politique et au PQ, a besoin de temps pour recueillir des appuis chez les péquistes.

Sa dernière sortie, par laquelle il s'affirmait contre le concept d'association, n'était pas dénuée de bon sens. Effectivement, un référendum sérieux ne peut porter sur autre chose que la souveraineté, point à la ligne. C'est après seulement que le Québec pourrait négocier telle ou telle forme d'association avec le Canada.

Toutefois, cette position tranchée, que d'aucuns jugent radicale, marquait un étrange virage. M. Legault n'avait jamais abordé la question précédemment et passait plutôt pour un " modéré ". De là à croire que cette soudaine conversion à l'indépendantisme n'avait pour but que de séduire le militant péquiste de base, il n'y avait qu'un pas. La démarche avait en tout cas quelque chose d'assez cru et de naïf.

Seul le temps dira si d'autres candidats intéressants émergeront des rangs. Tout se jouera également, bien sûr, sur les sondages...

Il reste que la feuille de route proposée au PQ par M. Landry ne tient guère debout.

Il réclame " un brassage d'idées sans précédent " d'ici au congrès de 2005, tout étant " sur la table ", dit-il, sauf le caractère souverainiste et " progressiste " du parti. Mais du même souffle, il se dit attaché à son concept d'" union confédérale ", et l'on voit mal comment les péquistes pourraient adopter des positions qui iraient à l'encontre des idées fixes de leur chef.

Normalement, c'est à la faveur d'une course au leadership que se font les débats d'idées. Normalement, le chef, ancien ou nouveau, incarne à un certain degré les consensus du parti.

Mais en mettant la charrue avant les boeufs, le PQ risque de se placer en position incongrue. Si, par exemple, les militants laissaient tomber le concept d'association mais préféraient quand même garder M. Landry comme chef, cela veut-il dire que ce dernier devrait défendre une position à laquelle il ne croit pas ?

On peut cependant prévoir que cette montagne de débat accouchera d'une souris, et que le PQ, au terme d'incessantes discussions sur les virgules, ne changera guère, ni sur la forme, ni sur le fond.

On sait bien, aussi, d'où venait cette insistance sur la nécessité de procéder au " débat d'idées " avant d'ouvrir le leadership. C'est le camp de Bernard Landry qui pilotait cette démarche. Il s'agissait tout simplement de lui permettre de rester en fonction tout en donnant aux péquistes de quoi s'occuper.



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Licking their wounds

Opposition parties in the National Assembly both discuss leadership in the wake of their election losses

DON MACPHERSON
The Gazette Tuesday, June 17, 2003

It wasn't votes for the Liberals that decided April's Quebec election. In fact, the Liberals received slightly fewer votes in winning that election than they had in losing the previous one.

Rather, the Liberals won by default, because enough voters rejected the other main parties.

The Parti Québécois lost nearly half a million votes from the 1998 election. And support for Mario Dumont's Action Démocratique fell in six months from above 40 per cent in the polls to 18 per cent of the valid votes in the election.

So both opposition parties in the National Assembly need to address serious problems. On the weekend, the respective councils of each party held their first meetings since the election. And of the two parties, the one that seemed more willing to face its problems was the ADQ.

At least 200 party members attended the ADQ general council meeting in Trois-Rivières, a strong turnout, considering how demoralizing the election results could have been for the party.

Besides Dumont, only three ADQ candidates were elected, all of them unknowns with no previous parliamentary experience. The party's star candidates, and its incumbent MNAs who had been closest to Dumont, were all defeated. And the campaign left the party deep in debt.

It also exposed weaknesses in the party's organization, which is non-existent in about 75 of the 125 ridings. ADQ officials concede that the party grew too big too fast last year and wasn't ready to campaign as a serious contender for power. And at the meeting, members tactfully complained that in a party that until last year was a one-man show, too much power is concentrated in a small, closed group around the leader.

But without its current leader, the ADQ, which also officially calls itself Équipe Mario Dumont, would soon fall apart. So the most promising sign for the party at the meeting is that Dumont appears to have recovered from what one associate called "the first major disappointment of his life" in the election. He promised to visit each of the 125 ridings by Christmas 2004, to listen to voters and especially to ADQ supporters.

At the other meeting on the weekend, held by the PQ national council, the mood seems to have been one of denial.

Bernard Landry ignored calls from within the party, mainly from supporters of aspiring successor Pauline Marois, to say whether he intends to lead the party into the next election.

Officially, he will stay on until at least the next party convention, which might not be held until 2005 and at which he must face a leadership review. But nobody seriously expects Landry, a 66-year-old grandfather, to lead the PQ into the next election.

So the campaign for his succession is already under way. All that remains to be decided is how long it will last before Landry's successor is chosen.

***

Pierre Bourgault, who died yesterday, was the last of more than one breed.

He was a master of the lost art of political oratory, able to bring an audience to its feet - and then, sometimes, to send it into the streets.

And it was in meeting halls and the streets that he led the Quebec independence movement in the 1960s, before his rival, René Lévesque, took over from him and led the movement into the parliamentary system and eventually into government.

Bourgault is most widely remembered for playing the foil to Pierre Trudeau and unwittingly helping him win his first majority: The prime minister defied the missiles thrown at him by Bourgault's rioting supporters to remain on the reviewing stand at the 1968 St. Jean Baptiste Day parade in Montreal, just before a federal election.

Inevitably, however, Bourgault mellowed with age, writing a column for The Gazette and joining former Liberal premier Robert Bourassa for a campus debating tour during the 1980 sovereignty referendum campaign.

He taught communications at the Université du Québec à Montréal, once remarking that "if people knew how easy university professors have it, they'd march on the campuses." He wrote the lyrics for a pop song by Robert Charlebois titled Entre deux joints. He also wrote a column for Le Journal de Montréal.

By the time of his death yesterday, Bourgault had long been as respectable as is the movement he once led.

dmacpher@thegazette.canwest.com



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Le PQ demande la tête de Yeomans

FRANÇOIS CARDINAL
La Presse mardi 17 juin 2003

Le Parti québécois de Montréal-Centre, qui regroupe 16 associations de circonscription, a demandé la démission de Peter Yeomans, membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, hier soir à la réunion du conseil municipal.

Rappelant les récents propos de cet élu de l'ouest de l'île de Montréal-contre le PQ ainsi que l'achat, dans des circonstances douteuses, de L'Île-Dorval, le président du PQ de Montréal-Centre, Christian Gagnon, a exhorté le maire Tremblay à faire montre de plus de leaadership.

« M. Yeomans a manifesté son plus grand mépris pour ses concitoyens lorsqu'il a qualifié le gouvernement sortant du Parti québécois de «raciste » et d'« extrêmement oppressif », a-t-il lancé devant l'ensemble des élus municipaux. M. Yeomans ne s'est pas excusé pour avoir ainsi insulté des centaines de milliers de Montréalais. Il n'a pas non plus retiré ses paroles, mais s'est contenté de publier un communiqué exprimant ses regrets. Pour la réussite de la nouvelle ville, qu'attendez-vous pour exercer le leadership qu'on attend du maire de la métropole du Québec en exigeant et en obtenant la démission de Peter Yeomans ? »

Une salve d'applaudissements a aussitôt été entendue dans les gradins. Puis le maire s'est levé, répondant par la négative à la demande du représentant péquiste. «Les propos (de M. Yeomans) étaient incorrects et malheureux, at-il dit. M. Yeomans s'est excusé et a reconnu que ses propos avaient dépassé sa pensée. Je ne ferai pas d'autres commentaires. »

Insatisfait de cette réponse, M. Gagnon a réitéré sa demande, rappelant cette fois que le sous-ministre des Affaires municipales, Denys Jean, a demandé il y a quelques jours à un fonctionnaire de vérifier si le président de l'arrondissement de Dorval-L'Île-Dorval s'est placé en conflit d'intérêts lors de l'octroi d'un contrat pour approvisionner L'Île-Dorval en eau potable.

« Ne croyez-vous pas, M. Tremblay, vous qui êtes un homme de principe, qui croyez à l'harmonie entre les citoyens et les élus, qu'en attendant de connaître les conclusions de l'enquête instituée par le ministère des Affaires municipales, M. Yeomans devrait quitter ses fonctions au comité exécutif de Montréal ? »

« La réponse est non », a simplement répondu le maire.

En outre, M. Gagnon a souligné que M. Yeomans fait partie des 74 personnes qui ont acheté les infrastructures de l'île, sans l'approbation du ministère des Affaires municipales, peu de temps avant la fusion municipale. Cette affaire est toujours devant les tribunaux.



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Ce qu'on peut faire sans l'État...

Laurent Laplante

DIXIT LAURENT LAPLANTE - Québec, le 16 juin 2003

Dans une formule d'un simplisme navrant, le nouveau ministre québécois des Finances, Yves Séguin, a estimé le temps venu non plus de s'interroger sur ce que l'État peut faire pour nous, mais de s'intéresser à ce qu'on peut faire sans lui. En déshumanisant et en dénaturant ainsi de manière radicale la formule de John Kennedy, M. Séguin interprète de manière inquiétante son mandat technique et entre de plain-pied en terrain idéologique. C'est son droit. Le nôtre, c'est de noter et de dire qu'il a choisi son camp. Ce n'est pas de lui qu'on peut attendre l'édification d'une société fondée sur l'équité, la solidarité et la compassion. Ce n'est même pas de lui qu'il faut attendre une lecture correcte des besoins québécois.

À bien des égards, l'État mérite et reçoit le même verdict désabusé que la démocratie : c'est la pire institution à part toutes les autres. On confond d'ailleurs État et gouvernement, ce qui facilite le dénigrement des deux. Le gouvernement, reconnaissons-le, a si tôt fait de transformer en norme figée un besoin fugitif ou de remédier au moindre abus par une interdiction tatillonne qu'on en fait volontiers le symbole de la stérilité, du soupçon, de la paperasse. M. Séguin reprendrait-il, comme l'ont fait avant lui bien des ministres issus du secteur privé comme un Guy Joron ou un Rodrigue Biron, le couplet sur l'urgence de mettre la bureaucratie gouvernementale au régime minceur qu'on lui donnerait raison. En lui demandant toutefois de garder à l'esprit qu'il faut « en toutes choses savoir raison garder ». Mais ce n'est pas ce que dit M. Séguin. Le nouveau ministre des Finances ne s'en prend pas aux excès de la bureaucratie, mais à l'État lui-même. Il ne parle pas en pragmatique soucieux d'efficacité, mais en idéologue. Après des péquistes qui ont tellement adoré la gestion qu'ils en ont oublié leur projet, voici donc un doctrinaire qui, d'avance, accroche son char à des formules qu'il considère comme nécessairement les meilleures. Cet homme penche de toute son âme du côté de ceux qui entendent se passer de l'État. On l'aurait aimé plus nuancé.

L'État, en effet, qui ne détient pas le remède à tous les problèmes, n'est pas non plus le responsable de toutes les difficultés. En matière de santé, par exemple, c'est à l'État que la société québécoise doit un système de santé qui coûte moins cher et donne de meilleurs résultats que les formules offertes aux États-Unis par l'entreprise privée. Les coûts du système de santé québécois posent quand même problème? C'est vrai, mais d'où proviennent les principales difficultés? Des médicaments et de la rémunération à l'acte appliquée aux médecins. Dans les deux cas, il s'agit d'un recours à l'entreprise privée, compagnies pharmaceutiques, d'une part, et professionnels autonomes, d'autre part.

Si, en matière de justice, le régime québécois d'aide juridique n'est accessible qu'à une portion toujours plus réduite de la population, c'est, d'une part, parce le libre choix de l'avocat inscrit dans la loi sur l'aide juridique depuis Jérôme Choquette accroît sensiblement les coûts du système public et, d'autre part, parce que le Barreau, ardent défenseur de la confrérie, ne s'inquiète pas suffisamment de ce que la justice soit aujourd'hui un luxe réservé aux entreprises et aux nantis. Quand on songe que Shiran Shiran, assassin de Robert Kennedy, fut défendu par un public defender de la Californie, on éprouve une certaine gêne en voyant les avocats des Hell's Angels s'enrichir à même notre schizophrénique système d'aide juridique. Là aussi, une action énergique de l'État, n'en déplaise à M. Séguin, rendrait à la population le souhaitable accès à la justice.

M. Séguin n'aurait pas davantage raison si, par malheur, il poussait son antipathie envers l'État jusqu'à confier au secteur privé l'exploitation de Loto-Québec. Les petits astucieux qui, à Las Vegas ou ailleurs, n'ont pas su voir la différence radicale entre la socialisation du jeu et sa légalisation, ont découvert trop tard que le crime organisé, lui, connaissait la différence.

Plus pragmatique et moins doctrinaire, le nouveau ministre des Finances saurait déjà qu'il y a État et État, comme il y a nationalisme et nationalisme. Dans le cas d'une collectivité de faible gabarit, l'État est souvent la seule force sur laquelle la collectivité puisse compter. Sans les institutions créées par l'État au cours de la révolution tranquille, l'épargne et les caisses de retraite québécoises seraient gérées hors du territoire et, comme d'habitude, au bénéfice d'autres collectivités. Sans l'amnésie dont souffrent nos caïds de la gestion privée, on saurait que c'est grâce à l'État québécois si les Garneau, Bélanger, Tellier, Lortie, Tessier et cie ont appris à jouer dans les grandes ligues. Ces hommes et les entreprises qu'ils dirigent aujourd'hui doivent une part de leur réussite à l'État qui leur a fourni le noviciat et leur a mis le pied à l'étrier. Qu'ils ne s'en souviennent pas n'excuse pas M. Séguin de décrire l'État comme une marotte dont il faut assurer le dépérissement.

Chose certaine, même si M. Séguin a beaucoup flirté autrefois avec la radio privée, il devra reconnaître que la radio publique, malgré son arbitraire et le nombrilisme de ses vedettes, conserve une longueur d'avance en matière d'affaires publiques. S'il fallait, comme semble le souhaiter M. Séguin, se passer de l'État en matière de radio, nous serions, comme peuple, encore moins capables de nous exprimer et encore plus profondément immergés dans la démagogie et la grossièreté.

Je déforme la pensée de M. Séguin? Oui, mais moins qu'il n'a déformé la pensée de Kennedy. M. Séguin aurait raison de me rappeler qu'il n'a pas demandé la suppression de l'État. Il n'en demeure pas moins qu'il a oublié au moins deux aspects de la question. D'une part, le fait que le bilan de l'État est nettement moins méprisable que ne l'affirme le libéralisme simpliste dont M. Séguin chante les louanges; d'autre part, le fait que beaucoup d'humains sont condamnés à vivre dans des conditions honteuses si l'État ne leur vient pas en aide. Certes, il est bon que chacun d'entre nous aille au bout de son potentiel sans toujours recourir à l'État comme à une béquille. Nous serions cependant bien myopes et bien égocentristes si nous ne demandions pas à l'État de corriger les disparités créées par le libéralisme sauvage et si, comme le souhaitait Kenndy, nous n'aidions pas l'État à devenir plus compatissant en même temps que plus efficace.



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Pour l'UFP, l'"utopie ne désarme pas"...

Pierre Dostie,
Union des forces progressistes (UFP)
Le Quotidien mardi 17 juin 2003

M. Sylvain Gaudreault

Dans une récente chronique vous affirmez que notre candidat dans Roberval, M. Francis Breton, aurait causé, avec ses 453 votes, la défaite du candidat péquiste qui a perdu avec 244 votes.

Voilà une analyse à bien courte vue!

D'abord, il faut tenir compte dans l'analyse, de la présence du candidat de l'ADQ, M. Bernard Généreux, un ex-péquiste qui a drainé des milliers de votes, ce qui a probablement nui au PQ, tout comme ce fut le cas dans de nombreuses circonscriptions au Québec. À cet effet je vous ferai remarquer que l'abstention de dizaines de milliers de souverainistes qui appuyaient traditionnellement le PQ, de même que les nombreuses désaffections de péquistes en faveur de l'ADQ ont bien davantage nui au PQ que l'UFP ne l'aurait fait.

De plus, je peux vous affirmer que la modeste base électorale de l'UFP se serait sans doute en bonne partie abstenue ou aurait annulé son vote en l'absence d'un candidat de l'UFP. De nombreux électeurs nous ont en effet confirmé qu'ils avaient pris soin de s'inscrire afin de pouvoir voter pour l'UFP, ce qu'ils n'auraient pas fait à défaut d'une telle candidature.

Les pieds sur terre

Vous trouvez que de parler des répercussions de l'invasion US en Irak sur les relations internationales (notamment l'établissement d'un empire unique capitaliste au mépris de la démocratie et du droit international) n'est pas un sujet pertinent dans les circonstances. Tout comme l'Approche commune, qui est portée par une reconnaissance de nation à nation et un esprit démocratique et de partage. "Sur quelle planète vit l'UFP?" vous êtes-vous demandé. Pour vous, la course au leadership du PQ et la décision de Françoise David quant à son avenir politique sont les deux pôles majeurs autour desquels vont se bâtir une alternative au gouvernement Charest.

Je respecte ce point de vue péquiste. Pour l'UFP, le PQ ne fait pas partie de l'alternative au gouvernement Charest. Pour l'UFP, le PQ a pavé la voie pour que le PLQ applique le programme de l'ADQ.

Références

Vous comprendrez que nos références soient ailleurs, notamment du côté d'une alternative à la mondialisation néolibérale, ce qui ne nous empêche pas d'apprécier les enjeux locaux, régionaux et nationaux. Samedi, ma co-porte parole Molly Alexander était dans la rue à Montréal avec la coalition pour l'universalité des services à la petite enfance pour réclamer l'universalité que le gouvernement du PQ n'a pas eu le courage d'établir. En créant les garderies à 5 $ avec un nombre insuffisant de places, la table était mise pour le démantèlement du régime ou sa privatisation. La même logique s'applique en matière d'assurance-médicament où on retrouve un régime pour les pauvres qui est déficitaire et un autre qui fait faire des profits aux assureurs.

De plus, les libéraux vont abolir les Régies régionales de la santé que les péquistes avaient anesthésiées. Ils vont faire entrer le privé dans la santé, ce que la Commission Clair du gouvernement PQ a préparé avec ses questions orientées d'avance lors de la pseudo-consultation. Nous appelons cela de la continuité.

Dans le dossier des rivières patrimoniales, je vous rappellerai que c'est le gouvernement du PQ qui a lancé cette opération à laquelle il a dû renoncer suite aux pressions populaires. Si vous avez vu la photo de notre assemblée reproduite dans le Progrès-Dimanche, vous avez remarqué une majorité de jeunes ne ressemblant en rien aux "intellos de gauche caviar" que vous dénoncez. Vous dites qu'il serait dommage de sacrifier cette belle énergie sur l'autel de l'utopie. De notre côté, pour paraphraser Amir Kadhir, candidat défait de l'UFP dans Mercier, je répondrai que l'"utopie ne désarme pas".