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VILLAGE GLOBAL - LE MÉDIA EST LE MESSAGE

René-Marcel Sauvé

TRIBUNE LIBRE lundi 2 juin 2003


Le village global indique une absence de différenciation et d'individuation dans un monde dominé par l'image réductive et sur-simplifiante des média. Devenu le message, et par conséquent une fin plutôt qu'un moyen, le média se caractérise par l'absence de contenu substantiel et propre à favoriser chez les peuples le développement de l'esprit de discernement, fondement de l'intelligence.

Les média de masse persistent à subjuguer l'imagination populaire, à réduire le réel au virtuel, à transmettre un langage stéréotypé, suivant la volonté des propriétaires, à uniformiser l'âge mental du monde en fonction de dénominateurs communs discutables. La question qui se pose est celle-ci: parviennent-ils pour autant à introduire et répandre des universaux reconnus et propres à améliorer la communication et la compréhension mutuelle des peuples, des nations, des États, aussi des tribus, clans et régions aux mentalités fortement ancrées dans les préoccupations, couleurs, préjugés et affects des populations locales?

Le média que MacLuhan envisage comme une fin en soi n'est qu'un moyen, pourtant. Malgré les apparences, il comporte des limites dans le temps et l'espace. Entre autres, le décalage horaire lui interdit de livrer le même message partout à la fois et même lorsque les systèmes internationaux s'ajustent en conséquence, les nouvelles ne sont plus des nouvelles lorsqu'elles parviennent à atteindre ce qui est perçu par les uns comme le bout du monde.

Néanmoins, ils parviennent cependant à créer l'impression que le monde entier vit la même heure, la Vingt-cinquième heure de l'humanité, dont le concept a été introduit par Virgil Giorghiu dans un ouvrage fort connu sur les effets pervers du communisme international, cette idéologie aux prétentions universelles.

En imposant le globalisme comme un concept universel et l'absence de substance comme substitution de contenu, les média, selon MacLuhan, jouent un rôle analogue aux idéologies totalitaires.

Suspendant la pensée et le jugement critique, ils y substituent, hors contexte, une gamme de perceptions et d'émotions plus proches du lavage de cerveau que d'une pensée réfléchie et enracinée dans le réel.

Au Québec, on s'en rend compte et on s'en plaint. On le constate par la difficulté que nous vivons continuellement de transmettre à notre peuple une communication rigoureuse au sujet de notre statut collectif. Les média se chargent de réduire la question à quelques clichés populistes: « On veut pas se sépârer du Canada; non, la constitution, pas de problème; le Québec n'est pas un pays », phrases qui font appel au fatalisme. Lorsque les nouvelles télévisées disent « qu'au pays », il se passe tel ou tel événement, il s'agit bien sûr du Canada et non de la PROVINCE DE QUÉBEC et mettez-vous bien dans la tête que le Québec n'est qu'une province. « On veut pas briser un pays et l'unité canadienne ». L'effet de ce dernier sophisme est particulièrement culpabilisant et capable de suspendre toute discussion. Il s'agit, non pas de la « place du Québec au sein du Canada », mais du statut du Québec et du pouvoir centralisateur, unitaire et arbitraire d'Ottawa, dont personne ne semble se rendre compte. Il n'est pas question dans les média d'aborder les problèmes suivant cette perspective identitaire et statutaire.

Les média insistent pour dire « au pays » lorsqu'il est question du Canada et la PROVINCE lorsqu'il est question du Québec, "au sein du grand et beau Canada".

Dans les provinces du Canada anglais, le mot « province » est littéralement banni. En Ontario, Nouvelle Écosse, Alberta, Saskatchewan, Manitoba, où semble prévaloir un « fédéralisme » imposé par Ottawa, on ne dit pas pourtant « the province of Ontario », « the province of Manitoba », même lorsque ce statut demeure un sous-entendu. Pourquoi Ottawa joue ce jeu? Les provinces existaient avant le gouvernement central. Son rôle initial consistait à soutenir les provinces vers leur maturation naturelle. Tôt ou tard Ottawa devait disparaître.

Au Québec, le message réductif pénètre insidieusement les esprits au point de ne plus permettre d'aborder la question et d'en discuter avec pertinence. Le conditionnement par les média est efficace au point d'embrigader des gens formés et apparemment instruits, souvent jusqu'au niveau du doctorat. Comme dans les pays totalitaires, leur esprit est piégé dans un langage sans dimension ni profondeur. Aucune police de la pensée n'est nécessaire pour effectuer ce lavage de cerveau. La possession et le contrôle des média suffisent.

Le monde réduit à une dimension, MacLuhan l'a vu venir. Le refus d'instruire est évident dans le globalisme et la prolifération des média sans message. Il nous appartient à nous, patriotes des temps actuels, de combattre cette arme de guerre de nos adversaires qu'est l'ignorance.

La dernière question qui se pose est maintenant celle-ci: est-ce que l'Internet ne vient pas bousculer les propagateurs de la pensée unique et sur-simplifiée pour la remplacer par une réflexion hors du commun? Cela, MacLuhan ne l'a pas vu venir. Il avait constaté que les nouvelles découvertes de l’électronique allaient favoriser les grosses entreprises et les grands États. Il ne voyait pas que l’Internet mettrait à la disposition de tout le monde de vastes moyens d’information et communications à bon marché, aptes à créer des conditions nouvelles, c’est-à-dire un déplacement des pouvoirs vers la base et par conséquent plus proches d’authentiques démocraties.




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Médias: Vote crucial sur la concentration des médias

Paul Cauchon
LE DEVOIR lundi 2 juin 2003

La mine patibulaire de Rupert Murdoch, patron du réseau Fox et d'un empire média tentaculaire, était reproduite en pleine page du New York Times la semaine dernière. Avec un gros titre: «Cet homme veut contrôler les nouvelles. Et la FCC veut l'aider.»

L'annonce avait été payée par différents organismes qui s'opposent à la remise en question de la réglementation du FCC, la Federal Communications Commission, l'équivalent américain de notre CRTC. Le débat fait rage depuis plusieurs semaines et, vu du Québec, il est assez surprenant. Par exemple, ces derniers jours, des manifestations se sont tenues dans quelques villes contre la concentration des médias. Environ 150 personnes à New York, un nombre minuscule à l'échelle de cette métropole. Mais, quand même : avez-vous déjà vu à Montréal une manifestation contre la concentration des médias ?

Des dizaines d'articles dans les médias, des centaines de milliers de lettres et de courriels envoyés au FCC : toute cette agitation en prévision d'un vote crucial qui doit être tenu aujourd'hui même par la FCC, qui réglemente les ondes électroniques comme le fait notre CRTC.

Encore plus étonnant : au pays du capitalisme triomphant, la FCC avait pourtant mis en place depuis 30 ans une série de règles afin d'empêcher la concentration des médias, des règles plus strictes qu'au Canada.

Ainsi, une compagnie propriétaire d'un journal ne peut pas posséder une station de télé dans un même marché local (comme c'est le cas chez nous avec Quebecor/Le Journal de Montréal/TVA). Une compagnie ne peut pas posséder plus de huit stations de radio dans un marché important ou plus de quatre dans un petit marché. Une compagnie ne peut pas contrôler plus de 35 % de l'audience télé dans un même marché. Un câblodistributeur unique ne peut pas desservir plus de 30 % des foyers. Dans les petits marchés, une compagnie ne peut pas posséder plus d'une station de télé et plus de deux dans les gros marchés. Et ainsi de suite.

En 1996, la FCC libéralisait les règles qui limitaient la propriété des radios. Résultat : une compagnie comme Clear Channel, qui possédait à l'époque 50 stations aux États-Unis, en possède maintenant 1200 ! Et les critiques se font maintenant entendre concernant l'uniformisation des stations (signalons en passant que Clear Channel a mené une campagne dans toutes ces stations pour soutenir la guerre du président Bush en Irak).

En septembre, la FCC entreprenait une révision de l'ensemble de ses règles et le processus aboutit, aujourd'hui le 2 juin, par le vote des commissaires. Contrairement à notre CRTC, les commissaires du FCC sont très marqués politiquement. Ils sont quatre, plus le président : deux démocrates, deux républicains et le président Michael Powell, qui est le fils de l'actuel secrétaire d'État, Colin Powell. Les deux commissaires démocrates font carrément campagne contre leur propre organisme alors qu'on s'attend à ce que la FCC vote aujourd'hui à trois contre deux pour l'abandon de plusieurs règles (par exemple, une compagnie pourrait maintenant posséder des stations de télé qui rejoindraient 45 % du marché au lieu de 35 %, ou, encore, elle pourrait maintenant posséder trois stations dans les gros marchés au lieu de deux et ainsi de suite).

Les partisans d'une libéralisation, dont Rupert Murdoch et Michael Powell lui-même, font valoir que ces règles ont été conçues il y a 30 ans alors qu'il n'y avait que trois grands réseaux, et que l'explosion du nombre de chaînes sur le câble et par satellite ainsi que l'arrivée d'Internet augmentent la diversité des points de vue et rendent caduque l'ancienne réglementation.

Les opposants (qui curieusement ratissent autant à gauche chez les groupes de défense des consommateurs qu'à droite avec la National Rifle Association) évoquent l'arrivée des compressions dans les salles de nouvelles, une couverture plus limitée et plus superficielle des enjeux locaux et communautaires, une hausse de la facture de câble et, globalement, une augmentation de la concentration qui limitera la diversité des points de vue.

Le marché de l'information s'est-il beaucoup plus diversifié ? À ce sujet le magazine Wired publiait récemment sur Internet des données fort intéressantes. Ainsi, cinq compagnies contrôlent 75 % de l'audience de la télévision américaine. Cinq compagnies contrôlent aussi la même part de marché en télévision que les trois réseaux dans les années 1970, malgré qu'on en soit maintenant à 500 chaînes. Et sur Internet, ce sont les sites des gros médias connus, propriétés des empires, qui attirent les plus grosses audiences. Les cinq plus importants sites de nouvelles sur Internet sont tous propriétaires de grands empires.

Quel que soit le résultat du vote d'aujourd'hui les analystes prévoient déjà que le Congrès américain devra s'en mêler si la FCC pousse le bouchon trop loin.

pcauchon@ledevoir.com




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Une victoire pour les grands groupes
- La FCC autorise plus de concentration dans les médias aux États-Unis

LE DEVOIR mardi 3 juin 2003

AFP - Washington -- Les grands groupes de médias américains, les plus puissants du monde, ont obtenu hier de leurs autorités fédérales une série de mesures ouvrant la voie à davantage de concentration, malgré les critiques s'inquiétant notamment de possibles atteintes au pluralisme et à la démocratie.

La commission américaine des communications (FCC), l'autorité de régulation des médias réunie à Washington, a adopté par trois voix contre deux ces mesures très controversées présentées par son président Michael Powell.

L'adoption du projet permet qu'un seul groupe de médias puisse contrôler jusqu'à 45 % de l'audience télévisée nationale -- contre 35 % actuellement --, et fait tomber des barrières qui empêchaient jusqu'ici des chaînes de télévision et des journaux couvrant les mêmes marchés de tomber sous la coupe d'un seul consortium.

Les deux commissaires républicains de la FCC ont voté dans le même sens que leur président, lui-même républicain, alors que les deux démocrates, qui avaient fortement contribué à alerter l'opinion sur les risques induits, ont voté contre le projet.

Une dizaine de militantes féministes ont perturbé l'allocution de M. Powell en criant des slogans hostiles à un projet «anti-démocratique». Le concert de protestations, amplifié la semaine dernière dans la dernière ligne droite, ne s'est pas tu avec l'annonce de l'adoption du projet. «La décision prise aujourd'hui par la FCC d'affaiblir les garde-fous existants sur la propriété des médias constitue une atteinte dévastatrice au pluralisme et à la concurrence, à la fois sur le marché des médias et sur le marché des idées», a commenté Jeff Chester, porte-parole du Centre pour la démocratie numérique (Center for Digital Democracy).

De son côté l'association des producteurs de films et de vidéos indépendants a estimé que plus les chaînes de télévision -- les acheteurs de leurs programmes -- seraient concentrées sous la coupe d'un petit nombre de conglomérats (News Corp., Viacom, AOL Time Warner, Disney), plus il leur serait difficile d'exister.

Démocrates, écologistes, défenseurs des minorités et du débat d'idées, les nombreux opposants ont aussi compté des soutiens inattendus. Outre le fondateur de CNN Ted Turner, gros actionnaire d'AOL Time Warner, les patrons de USA Interactive, Barry Diller, et de Liberty Media, John Malone, se sont largement exprimés sur les dangers du projet.

«Nous avons besoin de plus de régulation, pas de moins», a notamment dit Barry Diller. Il a souligné que dans la télévision cinq groupes réalisent déjà 70 % de l'audience de prime time, tandis que dans la radio le géant Clear Channel Communications attire 25 % des auditeurs américains.

Pour sa part Michael Powell a justifié la dérégulation au nom de la viabilité économique des grands groupes, confrontés à un risque d'éparpillement des recettes publicitaires avec l'émergence des chaînes câblées. «De nombreux médias souhaitent accroître leurs capacités par la concentration, de manière à mobiliser un plus grand nombre de téléspectateurs pour rester économiquement viables sur le marché de la publicité», avait-il expliqué dimanche dans un entretien à la chaîne de télévision ABC, qui appartient à Disney.




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Hey Tories, what about the elephant?

WILLIAM JOHNSON
Globe and Mail 2.6.2003

Since 1967, the Progressive Conservative Party has been shackled to an elephant. That elephant, in the just-ended Tory leadership contest, was the embarrassing presence none of the contenders chose to notice.

No wonder: When the Tories overthrew John Diefenbaker and voted for Robert Stanfield in Canada's centennial year, they committed themselves to a new openness toward Quebec nationalism that has haunted them ever since.

Until that time, the Tories had been viewed — especially in Quebec — as the party that was pro-empire, pro-monarchy, pro-conscription, pro-English and pro-Protestant. As a result, the Tories were rarely in power.

Mr. Diefenbaker sealed the breach with Quebec when he battled against a flag to replace the Red Ensign. Seven of the 10 Quebec Tory MPs broke with their leader to vote for the Maple Leaf. Léon Balcer, the Chief's Quebec lieutenant, said he he was quitting politics because, "There is no place for a French Canadian in the party of Mr. Diefenbaker."

The Tories, just before the 1967 convention that chose Mr. Stanfield, held a policy conference at Montmorency Falls to mend the rupture with Quebec. The year before, Daniel Johnson Sr.'s Union Nationale — really a renamed Conservative party — had been elected. His manifesto, égalité ou indépendance, demanded that Canada be reconstituted as two equal nations, failing which Quebec should separate.

So the thinkers' conference adopted a resolution, later adopted by the Tory policy committee, and enshrined in the Tory campaign policy handbook for the 1968 elections: "Canada is composed of two founding peoples (deux nations), with historic rights, who have been joined by people from many lands; the constitution should be such as to permit and encourage their full and harmonious growth and development in equality throughout Canada."

The Liberals, meanwhile, chose Pierre Trudeau. He ran against the deux nations policy that Mr. Stanfield's Quebec lieutenant, Marcel Faribault, was trumpeting across the province and across Canada, with the support of the Quebec premier.

The Tories' national campaign director, Eddie Goodman, flew to Montreal to demand that Mr. Faribault be kept from travelling outside Quebec and that he tone down his message. Mr. Goodman complained, "Trudeau, a francophone, speaks the language of the anglophones, while we play up to the separatists."

That set the pattern. Mr. Stanfield's Quebec representative, Brian Mulroney, rebuilt the party in Quebec around ultranationalists and separatists. When Joe Clark became became prime minister, he adopted as his constitutional adviser Arthur Tremblay, an ultranationalist who later voted Yes in the referendum on secession. While Mr. Trudeau said he would never negotiate secession regardless of the result of a referendum, Mr. Clark promised: "Whether it's Yes or No, I will be there to negotiate."

Mr. Mulroney had criticized his leader, Mr. Clark, for being soft on separatism and urged him to support Mr. Trudeau's efforts to patriate the Constitution. On becoming leader himself, Mr. Mulroney denounced the patriation as an infamy. During the 1984 election campaign, he uttered the words of his speechwriter Lucien Bouchard, promising to gain Quebec's assent to the 1982 Constitution Act. He was elected with the active support of the Parti Québécois machine and a roster of candidates packed with separatists.

The rest is history. As prime minister, Mr. Mulroney's partiality toward Quebec — giving the contract for CF-18 aircraft maintenance to a Quebec firm over a lower, better bid from Manitoba — alienated Western Canada and helped provoke the birth and progress of the Reform Party, especially when the Meech Lake accord would have ended any hopes of the West to obtain a Triple-E Senate. The Charlottetown accord would have granted Quebec 25 per cent of all Commons seats in perpetuity, another outrage. Mr. Mulroney's legacy was a dangerously polarized country and a shattered party.

Mr. Clark, regaining the leadership in 1998, ensured there'd be no healing of the schism in the conservative family or the country. He opposed the reference on secession to the Supreme Court of Canada, and then opposed the Clarity Act, which he promised to rescind.

The country utterly lost faith in the PC party and its trustworthiness in dealing with Quebec.

Now, Jean Charest, a former Tory leader, is Premier of Quebec. Though he changed his party label, he's still fundamentally a Tory, believing firmly in special status for Quebec. He will shortly be renewing, from his provincial perch, the campaign to wrest power, jurisdiction and tax room from Ottawa.

What is the new Tory leader's stance, the new direction of the Tory Party? We just don't know. The subject is too sensitive.




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Denys Arcand's barbarians

LYSIANE GAGNON
Chroniqueuse politique, The Gazette
G&M Monday, June 2, 2003

Denys Arcand, Quebec's brightest filmmaker, resurfaced this year with Les Invasions barbares (The Barbarian Invasions), a movie that just won two major awards at the Cannes International Film Festival.

The title is appropriate since the film is a sequel to his 1986 hit, Decline of the American Empire. Now the Empire is besieged by Barbarians, just like the Roman Empire fell to the wild hordes from the north. Who are Mr. Arcand's Barbarians?

This is difficult to say, for Mr. Arcand offers many possibilities without choosing one. Is it the cancer invading his main character's body? The terrorists bent on destroying Western civilization? The uncultured, money-obsessed younger generation? Capitalism and globalization? The age of computers and video games that is taking over from the civilization of the book?

What is certain is that, among the Barbarians, are those who will give a first-degree interpretation of this complex work of art, a film that is both a wicked satire about the contemporary world and a tragic reflection on life and death.

The film's characters are those of Decline and their children. The hedonistic academics have reached their mid-50s and one of them, Rémy, is dying. Enter his son Sébastien, who "has never read a book in his life" but is making money hand over fist as a trader on the London stock exchange. When he discovers his father in an overcrowded ward in a Montreal hospital, he buys him decent care and a peaceful death. Everything and everyone is for sale, Mr. Arcand tells us, even the hospital's director, the union leaders and Rémy's former students, who are paid to visit him at his bedside.

The hospital is a metaphor for a Quebec that has lost its set of values with the sudden collapse of the Roman Catholic Church in the mid-1960s. For a time, the huge gap was filled by various ideologies, from Marxism to nationalism to countless other "isms." But the ideologies that once were so dear to the film's baby boomers are gone. What's left?

There are many other sides to this story, one of which is the uneasy relationship between Catholic culture and money. Mr. Arcand is both outraged and fascinated with the power of money. This is why Sébastien is such an ambivalent character -- the cold and unscrupulous young man ends up as a selfless, devoted son. Thanks to Sébastien, who even hires a junkie to provide heroin to his father, Rémy will chose the time of his death.

Mr. Arcand still has a dark, cynical view of life, and he is still haunted by the great tragedies of the 20th century -- the Holocaust, the Gulag, Mao's Cultural Revolution. This time around, though, a deep tenderness permeates his work -- thanks, perhaps, to Mingxiao, the Chinese girl Mr. Arcand and his producer-wife, Denise Robert, adopted and to whom the movie is dedicated.

Even as Rémy says he never could find a "sense" to life, the viewer is already given a few modest answers. If life has any meaning, it is in friendship and family. Most characters have failed marriages (among the baby boomers, the only happy couple is gay), but what saves them is the undying love that links them to their children and friends.

As for the younger generation -- all of them children of divorce -- their fate is less clear. The one who inherits Rémy's books is the (now reformed) heroin addict, who also happens to be the only one who cares about literature. But the character is deeply troubled, so we are left with many questions.

lgagnon@lapresse.ca




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Le confort et l'indifférence, prise deux

Josée Legault
Chroniqueuse politique, The Gazette
LE DEVOIR lundi 2 juin 2003

Libre opinion: À la une du Devoir du 26 mai, l'auteur et professeur de littérature Jean Larose braque ses projecteurs sur Les Invasions barbares. Au-delà de l'unanime critique qui porte ce film aux nues, d'ici jusqu'à Cannes, il souligne la nonchalance avec laquelle le cinéaste Denys Arcand y aborde la mort. «C'est un film sur la mort, mais qui ne prend pas la mort au sérieux.» Comment donc expliquer l'émotion qu'il soulève alors qu'on y assiste à la représentation de la mort idéalisée de Rémy-le-baby-boomer-gâté-pourri, une mort spectacle, douce, confortable, sans douleur, achetée grassement et livrée sur commande, hypercontrôlée?

Ah, nous a-t-on répondu, c'est ainsi que Denys Arcand y dénonce les caprices et les attentes démesurées des baby-boomers. C'est une «caricature» voyez-vous. On aura donc beaucoup discouru sur le portrait dénonciateur que dresserait Arcand de ses cogénérationnaires du baby-boom, tout en s'attendrissant sur son personnage mourant. Pourtant, comme le souligne Jean Larose, il n'y a ici aucune réelle dénonciation. Le portrait est plutôt compatissant, pour ne pas dire complaisant.

C'est que Rémy, digne représentant d'une génération bien repue de l'abondance post-guerre et des largesses du même État-providence québécois que le cinéaste ridiculise en noircissant à outrance le système de santé, mérite la plus belle des morts. Et il l'aura grâce aux liasses de dollars que son fils fait pleuvoir sur des hauts fonctionnaires et des syndiqués corrompus jusqu'à l'os ainsi que sur des junkies revendeurs qui lui fournissent cette précieuse héroïne tueuse de douleurs. «Money is no object.»

Ayant accompagné des êtres aimés dans leurs derniers mois et semaines de vie et ayant accompagné comme bénévole des personnes atteintes de vrais cancers en vraie phase terminale, je n'ai pu, à l'instar de Jean Larose, verser une seule larme. Je suis restée bouche bée devant cette mort surréaliste d'un homme toujours bien en chair, au teint presque rosé, se lovant dans sa chaise longue sur le balcon d'un chalet cossu du lac Memphrémagog -- lieu de villégiature prisé par les plus nantis d'entre nous --, entouré de ses amis qui assistent au spectacle d'une euthanasie tout aussi cossue. [...]

Mais le confort ne s'arrête pas là. Sur l'aspect plus politique du film, il rejoint l'indifférence, pour reprendre le titre du merveilleux documentaire du même Denys Arcand sur le référendum de 1980. Dans une chronique récente (The Gazette, 16 mai), j'ai soulevé la difficulté que semblent avoir les personnages des Invasions à s'identifier au Québec. Cette indifférence identitaire, voire ce rejet, participe du confort grandissant d'une partie de ces baby-boomers face à l'identité canadienne. «If you can't beat them, join them.»

Ainsi, des personnages s'identifient comme «Canadiens français» plutôt que Québécois. Un va même jusqu'à lancer qu'il vient de «Chicoutimi, Canada» ! Mais c'est dans la fameuse scène des «ismes» que les masques tombent avec fracas. Attroupés devant le même chalet cossu, nos boomers se rappellent leurs folies de jeunesse, leurs «galères idéologiques», comme les qualifiait un éditorialiste de La Presse. Et d'enfiler, entre autres, le marxisme-léninisme, le communisme, le maoïsme, le trotskisme et... le souverainisme. Voilà que ce dernier fait maintenant partie du passé des personnages, de ces moult conneries de jeunes universitaires encore verts. Léon Trotski et André d'Allemagne, même combat ?

Le Canada, lui, est bon et généreux. On ne compte plus les millions qui affluent d'Ottawa pour nos universitaires et chaires en tous genres. Le personnage joué par Yves Jacques se la coule douce et confortable (encore ce foutu confort !) à Rome, dans un Institut «canadien» généreusement subventionné par le fédéral et qui étudie les «Canadiens» vivant à l'étranger. Une caricature ? Vous croyez vraiment ?

Pendant ce temps, des trois enfants adultes du film, deux vivent heureux et... à l'aise à l'étranger, alors que la seule qui n'a pas encore été foutue de quitter cette «province de ticounes» est une junkie -- sympathique, généreuse et intelligente -- mais une junkie néanmoins. Ce bonheur dans la fuite s'explique peut-être par les services de santé, les syndicats et la fonction publique de merde que nous dépeint le film.

Heureusement que tous les baby-boomers du Québec ne ressemblent pas à ceux et celles de Denys Arcand. Il existe certes des exceptions notoires, mais elles tendent, en effet, à confirmer une certaine règle. De plus en plus à l'aise et indifférents, plusieurs d'entre eux n'en ont que faire d'un système de santé public qui risque de ne pas leur procurer les soins et, surtout, la mort ouatée qu'ils convoitent. Alors, vivement les «partenariats privé-public» pour nos boomers aux portefeuilles bien garnis. Le gouvernement précédent y allait gaiement, et le tout nouveau s'y précipitera avec délice.

Surtout, plusieurs de nos boomers n'en ont que faire de ces «folies de jeunesse» comme un Québec indépendant. Tout cela est dépassé, non ? Alors, vivement les subventions du fédéral et la réhabilitation de plus en plus audible et visible des mots «province» et «canadien» dans les conversations de tous les jours et dans tous nos médias, sans exception, électroniques et écrits.

Mais soyons optimistes face à l'avenir. Peut-être les générations qui suivent celle du baby-boom verront-elles un jour ce film comme le reflet d'un bien mauvais coton que le Québec aura filé après deux référendums perdus, dont un de justesse -- un Québec encore prisonnier d'une «élite» devenue trop à l'aise et trop indifférente pour veiller sur ce bien collectif si peu intéressant en regard du bien individuel.

Et peut-être que ces générations post-boom sauront échapper aux chants si charmeurs de la sirène «provinciale» du confort et de l'indifférence.




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Bouclier antimissile : Une version réduite pour le Canada

PC Le Soleil lundi 2 juin 2003

Ottawa - Des experts canadiens en matière de défense recommandent au gouvernement fédéral d'envisager la mise en place d'une version réduite d'un bouclier antimissile, a rapporté le quotidien Ottawa Citizen, hier.

En plus de faire partie d'un système de défense étendu à la grandeur de l'Amérique du Nord, le bouclier pourrait aussi être utilisé afin de protéger les soldats canadiens en mission à l'étranger.

Les navires militaires canadiens postés au large pourraient, par exemple, être armés de missiles intercepteurs et positionnés en formation parapluie de manière à pouvoir contrecarrer les tirs de missiles balistiques ennemis dirigés contre l'Amérique du Nord.

Au moment où le Canada amorce des pourparlers avec les Américains pour déterminer si le pays participera ou non à l'élaboration d'un système de défense antimissile, les conseillers militaires canadiens soutiennent que le Canada possède la technologie requise pour construire une version réduite du bouclier antimissile.

En août dernier, le Conseil scientifique de la défense a recommandé au gouvernement de développer un système de défense antimissile de moindre envergure que celui proposé par les Américains, selon le Citizen.

" Ce serait une mesure prudente compte tenu des menaces actuelles et cette stratégie permettrait au Canada de renforcer sa capacité à contrer les attaques ennemies ", conclut le rapport du Conseil obtenu en vertu de la loi sur l'accès à l'information.

La version plus large du bouclier antimissile proposée par l'administration Bush prévoit, entre autres, le lancement de roquettes à partir de silos en Alaska et en Californie.

Ces roquettes serviraient à détruire les missiles dans l'espace avant qu'ils n'atteignent l'Amérique du Nord.

Le capitaine John Price, porte-parole du ministère canadien de la Défense, souligne que la marine canadienne se penche actuellement sur le rôle qu'elle pourrait jouer dans un système de défense antimissile.

Le rapport du Conseil révèle toutefois que les risques d'attaques sont plutôt faibles. " À court terme, nous croyons que les attaques de missiles balistiques ne représentent pas une menace pour l'Amérique du Nord ", peut-on lire dans le rapport.




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Premières Nations et Juifs unis contre le racisme

PC-Le Soleil lundi 2 juin 2003

Montréal - Réunis à Montréal hier après-midi, des représentants du Congrès juif canadien et des Premières Nations ont dénoncé la haine et l'oppression dont ils ont été victimes au fil des siècles, appelant à la prudence face à la résurgence d'actes dirigés à l'encontre de leurs communautés respectives.

" Une partie de l'expérience commune des autochtones et les juifs, c'est une histoire faite d'oppression, de marginalisation et de lutte pour conserver nos identités (...) dans des sociétés (...) souvent hostiles et haineuses ", a déclaré le grand chef des Cris du nord-est du Québec, Ted Moses, invité à venir s'exprimer par la section montréalaise du Congrès juif canadien.

Plusieurs personnalités des médias, du monde politique, ou encore des spécialistes des droits de la personne ont également répondu à l'appel.

Dans un discours émouvant, Judea Pearl, père de Daniel Pearl, ce journaliste du Wall Street Journal sauvagement assassiné au Pakistan, a mis en garde contre la résurgence de l'antisémitisme, qui a conduit à la mort de son fils.

" Danny n'a pas été tué pour ce qu'il savait, pour ce qu'il avait écrit ou ce qu'il projetait d'écrire ", a témoigné M. Pearl, dont le fils avait clamé haut et fort à ses ravisseurs qu'il était juif. " Il a été tué pour ce qu'il représentait, et ce qu'il représentait, c'était chacun de nous. "

" Nous entrons dans un nouvel antisémitisme grandissant, virulent, global et même mortel ", a estimé quant à lui Irwin Cotler, professeur des droits de la personne et député libéral, pour qui les événements du 11 septembre ont précipité les choses.

Ted Moses, qui représentait le chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Matthew Coon Come, a appelé au rapprochement des deux communautés, après les propos dévastateurs prononcés l'année dernière par un ancien chef en Saskatchewan. David Ahenakew, ancien chef des Premières Nations, avait déclaré que Hitler avait essayé de " nettoyer le monde " en " faisant frire " six millions de juifs durant l'Holocauste.

Moses accuse

Ted Moses a également dénoncé les politiques " paternalistes " du gouvernement à l'encontre des Premières Nations, qui selon lui perpétuent " le plus long racisme du Canada ".

Pour le ministre de l'Immigration, Denis Coderre, l'intolérance et l'antisémitisme doivent être constamment combattus. Mais il s'oppose à la vision du chef cri, et a notamment défendu les 600 millions $ rajoutés l'année dernière dans le budget fédéral en faveur du système de santé des peuples autochtones.




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Last place for Quebec

The Montréal Gazette Monday, June 02, 2003

The biggest challenge facing the new Charest government is putting the province's health-care system in order. Over nine Parti Québécois years, the system was downsized, its personnel bought out at vast expense or laid off. Hospitals were closed, operating rooms shut down, medical-school enrollments curtailed. One of the least surprising but most upsetting results was the growth of waiting lists for many kinds of surgery.

The hostility that developed between government officials and health-care practitioners and administrators choked off any meaningful dialogue. The PQ health ministry's autocratic approach led to the passing of an anti-deficit law for hospitals - whose only way of achieving a balanced budget was to provide less care.

Jean Charest's Liberals promise to put health first. Last week they - and all of us - got a detailed indication of just how far there is to go: The Canadian Institute for Health Information published a country-wide comparison of health-care spending and results. Key findings: Quebec spends less per capita on health than any other province or territory. Our government's 2002 spending per person amounted to $3,182, nearly $400 per person below the Canadian average of $3,572. It's a measure of the growing demand for care that we're in last place even though Quebec has increased total expenditures by 50 per cent over the past five years.

Another worrying sign is that in spite of having the highest number of general practitioners per capita, Quebec has the lowest number of people who are registered with a family doctor. Only one in four Quebecers has a family doctor, compared with 95 per cent of British Columbians, for example. This mismatch tends to mean that the medical care of Quebecers lacks continuity and follow-up. A person without a regular doctor is also less likely to take preventive measures. Among older Quebecers, for instance, only 57 per cent had a flu shot in 2002, compared with 69 per cent of the elderly in Ontario.

But if we have the doctors - and we do - why wouldn't we have the care? Part of the answer lies in the CLSC system, which might not be as useful as once thought. If a system of family-medicine clinics, with a rotation of doctors always available, works more effectively, then it might be time to jettison the walk-in clinic concept of the CLSC. The PQ government, it's fair to note, was working toward family clinics.

Certain gaps in the CIHI data pose problems for Quebec's health-care planners. The institute has gathered statistics on the number of hip replacements and the stroke mortality rate, but is not yet able to explain regional differences in mortality, readmissions and survival. It does not know what strategies are most effective in reducing rates of death and unplanned readmissions. This is critical information not just for Quebec, but for all provinces. Its research does show, however, that something as technically simple as prescribing drugs online could save as many as 700 lives a year in Canada. That is the number of deaths caused by preventable drug errors every year, mostly due to doctors' bad handwriting.

If something as easy as correcting bad handwriting can save lives, it means that money is not the only answer to Quebec's medical problems. While increased funding might well be the largest part of the solution, the Liberal government must make sure that additional funds are spent with a view to improving these poor results. It is inexcusable that Quebecers should find themselves faring so poorly in a comparison with other provinces.

To consult the full CIHI report, see: http://secure.cihi.ca/healthreport/




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Le verre à demi-plein

Katia Gagnon
La Presse lundi 2 juin 2003

Éditorial - Les statistiques rendues publiques cette semaine nous montrent que la lutte à la pauvreté est loin d'être terminée, mais, contre toute attente, elles ont tout de même quelque chose d'encourageant. D'abord, le Québec affiche l'un des taux de pauvreté les plus faibles au pays. Et surtout, si on décortique les chiffres, on réalise que la lutte à la pauvreté a connu des succès chez certaines catégories de clientèles. Il y a là des leçons pour l'avenir.

En vertu de la nouvelle mesure du panier de consommation (MPC), le revenu jugé minimal se situe en moyenne au Québec à 22 300 $ pour une famille de deux enfants, et à 11 150 $ pour une personne seule. Bien sûr, c'est loin d'être le luxe. Ces ménages travailleront dur pour une maigre pitance. Les fins de mois seront difficiles. Mais enfin, selon les normes somme toute assez réalistes que le Canada se fixe avec la MPC, ces ménages pourraient subvenir à leurs besoins essentiels. Ils ne seraient certainement pas riches, mais pas pauvres non plus.

Les groupes antipauvreté ont réagi en soulignant l'écart entre ces revenus considérés minimaux et les prestations d'aide sociale offertes par les provinces. Au Québec, un assisté social apte au travail reçoit 6636 $ par an. À cela, il peut ajouter des gains de travail annuels de 2400 $. Ajoutez des paiements en regard de la TVQ équivalent à 264 $ par an et vous obtenez un revenu maximal de 9300 $. Un assisté social inapte au travail (handicapé, affligé de maladie mentale) reçoit, lui, 9456 $ par an.

Première constatation: on est effectivement loin du compte. Les assistés sociaux vivent bien en-dessous du seuil jugé minimal par le gouvernement fédéral.

C'est vrai. Le verre est à demi-vide.

Mais l'autre moitié est pleine. On a réussi à hisser certaines clientèles au-dessus de ce seuil critique. Premier exemple: les familles dont les deux parents travaillent. Même au salaire minimum (7,30 $ l'heure), si les deux parents travaillent à temps plein, en ajoutant les allocations familiales, leur revenu, après impôts et frais de garde, tourne autour de 28 000 $. En haussant le salaire minimum, en y ajoutant des allocations familiales et dans certains cas des programmes de soutien au revenu, on a réussi à améliorer le sort de ces ménages.

Autre exemple: les personnes âgées. Une personne âgée pauvre, avec la pension de vieillesse maximale, reçoit autour de 12 000 $ par an. C'est ce qui explique les taux de pauvreté très bas chez les aînés: à peine 11 % des personnes âgées qui vivent seules tombent sous le seuil minimal.

La comparaison est frappante avec les personnes seules qui ne sont pas des aînés. Sans les revenus de la pension de vieillesse et sans les programmes d'aide destinés aux familles, le tiers d'entre elles sont pauvres.

Quelles leçons faut-il tirer de ces chiffres pour la suite des choses? D'abord, qu'en ces temps de compressions budgétaires, il est impensable d'aller chercher quelque somme que ce soit à la Sécurité du revenu. Au contraire, à moyen terme, une fois que Québec aura assaini les finances publiques, le gouvernement pourrait commencer à poser certains gestes mesurés en regard des budgets de l'aide sociale. Avec grande prudence, pour préserver l'incitatif au travail, ainsi, bien sûr, que le nécessaire équilibre budgétaire.

Deux mesures pourraient être mises en place. D'abord, une indexation des chèques. Les prestations d'aide sociale n'ont pas augmenté depuis près de dix ans, alors que le coût de la vie a grimpé. Les loyers en particulier. Amorçons le mouvement. Chaque pourcentage d'augmentation coûterait une trentaine de millions. Cette indexation devrait être plus marquée dans le cas des prestataires inaptes au travail. Ces gens ne peuvent pas accéder au marché du travail et c'est une clientèle particulièrement démunie. L'objectif ultime devrait être de les sortir de la pauvreté. Enfin, Québec devrait éviter de déduire le montant des pensions alimentaires du chèque d'aide sociale des mères monoparentales. Cette mesure, qui coûterait 33 millions, contribuerait directement à améliorer le sort des enfants qui vivent dans des familles pauvres.

D'aucuns trouveront que ces initiatives, dont le coût est modéré, sont trop timides. Mais il faut réaliser qu'à cause de la bonne performance de l'économie, le nombre d'assistés sociaux a rarement été si bas au Québec, à 500 000 bénéficiaires. Ces sommes deviendraient nettement plus lourdes si ces chiffres remontaient, comme au milieu des années 90, à 800 000 prestataires.

En agissant ainsi, on poursuivrait la lutte à la pauvreté en ciblant les deux clientèles les plus mal prises: les personnes seules et les familles monoparentales. Ces clientèles ne sont pas pauvres, elles sont très pauvres. En moyenne 40 % sous le seuil jugé acceptable par le Canada. Peut-être faudrait-il songer à ouvrir le robinet pour que le verre continue, tout doucement, à se remplir.




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Brouillard libéral

J.-Jacques Samson
Le Soleil lundi 2 juin 2003

Éditorial - Les Québécois passent par une période de double flottement, l'un consécutif à tout changement de gouvernement et le second, précédant chaque budget. Le climat politique est en conséquence doublement perturbé. Les choses devraient se tasser à compter de mercredi. Le premier ministre Jean Charest a cependant besoin de livrer un discours inaugural très consistant à l'Assemblée nationale, dans lequel il rappellera les orientations fondamentales du Parti libéral du Québec et sa philosophie (ce sera bien utile) ; donnera son interprétation des résultats de l'élection du 14 avril quant à la volonté de changement qui a été exprimée ; tracera de façon assez précise le programme de son gouvernement pour au moins les deux prochaines années. Le budget du ministre Yves Séguin, à la mi-juin, doit par ailleurs permettre de dissiper l'incertitude paralysante dans laquelle nous sommes plongés depuis un mois.

Le président du caucus des députés libéraux, Norm McMillan, a d'ailleurs bien résumé jeudi les états d'âme qui affectaient même ses collègues à leur arrivée à Québec la semaine dernière. Les députés sont un peu inquiets ; ils craignent que les engagements pris ne puissent être respectés et ils sont déjà les cibles de critiques dans leurs comtés pour les premières décisions qui ont filtré, comme la révision du programme des garderies à 5 $. La défaite de leur candidat à l'élection partielle dans Champlain fut aussi une douche froide. Depuis vendredi, il faut ajouter la démission forcée de la ministre Julie Boulet. La lune de miel aura été très brève !

Les députés et les militants libéraux ont " souffert " pendant neuf ans dans l'opposition. Or à peine viennent-ils de toucher enfin au pouvoir qu'ils apprennent jour après jour par les médias une nouvelle menace de coupure budgétaire ou la modification à la baisse d'un programme. Ils sont les cibles de critiques des électeurs ou des groupes d'intérêt touchés et ils doivent se conditionner à l'idée que leur gouvernement ne se lancera pas dans de glorieuses réalisations pour réinventer la Révolution tranquille des années 1960. La priorité sera un aride et très ingrat travail d'épuration des finances publiques. Des professionnels, entrepreneurs, consultants de toutes sortes, d'allégeance libérale, qui ont supporté leur parti pendant toutes ces années de vaches maigres dans l'opposition, alors que leurs concurrents collés au régime péquiste ramassaient la manne, déchantent aussi.

Toutes ces nouvelles diffusées sur l'état catastrophique des finances publiques, d'éventuelles coupures draconiennes de dépenses, le report ou l'annulation de projets qui en étaient aux étapes préliminaires, déstabilisent au premier chef dans les rangs libéraux. Le PLQ est historiquement le parti des gens d'affaires. Ces derniers voient présentement filer les possibilités de lucratifs contrats ; ils entendent en plus le ministre Michel Audet qui veut revoir tous les programmes de subventions et son collègue des Finances, Yves Séguin, qui épluche tous les crédits d'impôt et les abris fiscaux. Des députés libéraux anticipent bien qu'ils auront des comptes à rendre à certains de leurs plus chauds partisans, ce qui ajoute à leurs présentes inquiétudes. Les élus sont toujours très perméables à ces questions qui peuvent sembler à certains très... triviales, disons.

La période de transition avant la reprise des travaux parlementaires demain ne permettait pas d'avoir une vision horizontale des actions que le nouveau gouvernement compte entreprendre. Par exemple la modification du programme des garderies à 5 $ ne devrait pas être une surprise pour personne puisque les libéraux en ont dénoncé les travers depuis sa création. La décision a toutefois été confirmée sans que les Québécois - dont les députés libéraux - sachent si elle se situait dans le cadre d'une politique familiale. Il en va de même pour plusieurs décisions lancées à la pièce. Pensons au report de la réforme scolaire au secondaire.

Les citoyens ne pouvaient départager toujours au cours du dernier mois, ce qui relevait d'orientations idéologiques différentes, comme les garderies à 5 $ - ou alors c'est qu'ils refusaient de prendre acte des résultats des élections - et des décisions, comme le moratoire sur des travaux routiers, qui découlent de stricts exercices comptables. Le brouillard se dissipera enfin.

JJSamson@lesoleil.com




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La religion du privé

Michel Venne
LE DEVOIR lundi 2 juin 2003

Deux questions sont en jeu concernant les garderies à cinq dollars par jour. Une polémique a éclaté au sujet de l'universalité. Mais il ne faut pas négliger l'autre débat, tout aussi crucial, le débat privé-public que nous verrons réapparaître aussi dans les domaines de la santé, de l'éducation, de la voirie et dans combien d'autres.

Le gouvernement est tenté de développer les nouvelles places au sein de garderies dites privées qui se sont empressées de montrer leur intérêt pour le gros argent qui est en jeu. Moi qui croyais que ce gouvernement voulait abolir les subventions aux entreprises.

Le débat est mal posé au départ. Car il n'existe pas de garderies publiques au Québec. Les centres de la petite enfance sont des sociétés constituées en vertu de la troisième partie de la loi des compagnies. Ce sont des organisations privées, elles aussi. Il ne s'agit pas de choisir entre le privé et le public mais entre deux formes d'organisation privée : les CPE à but non lucratif régis par un conseil formé de parents; ou les garderies commerciales qui visent à faire des profits et sont dirigées par des propriétaires qui n'ont de comptes à rendre qu'à leur comptable.

Il y a des avantages à ce que soit privilégié le développement des nouvelles places au sein des centres de la petite enfance plutôt que par des garderies à but lucratif.

Le plus important, c'est la transparence. Les parents détiennent un pouvoir réel de contrôle par l'entremise du conseil d'administration. J'ai été administrateur de la garderie fréquentée par mes enfants. J'ai pu influencer les politiques d'embauche, l'organisation du travail, les horaires, le programme d'activités, même le menu des dîners. Mes rapports avec les éducatrices étaient directs. J'aurais facilement décelé un employé malveillant ou susceptible d'infliger des sévices physiques aux enfants. Peut-être existe-t-il des garderies commerciales qui laissent les parents jouer un rôle. Mais jamais en leur accordant le pouvoir que je détenais dans la mienne, y compris celui de congédier la directrice.

Pour l'État, ces milliers de bénévoles sont une bénédiction. Ils exercent un contrôle infiniment plus serré sur la qualité des services et sur la gestion que ne peuvent le faire de simples clients de garderies à but lucratif ou des inspecteurs du ministère. En outre, ces CPE contribuent à renforcer le tissu social, à rehausser le sens des responsabilités des parents qui s'y engagent. Toute chose bonne pour l'avenir d'une société qui se bâtit avec des citoyens, non avec des consommateurs.

De plus, la formule des CPE assure une continuité de services. Le propriétaire d'une garderie à but lucratif peut décider de fermer ses portes du jour au lendemain laissant la communauté le bec dans l'eau. Un propriétaire peut aussi décider de vendre son commerce. Il pourrait d'ailleurs le vendre à une chaîne spécialisée, comme il en existe aux États-Unis. Si le réseau à but lucratif devient important, il pourrait intéresser l'une de ces chaînes. Faut-il vraiment créer les conditions pour susciter ce genre de transaction ?

D'ailleurs, la question se pose : voulons-nous favoriser la transformation des services à la petite enfance en secteur commercial lucratif ? S'agit-il d'un objectif de notre société ? Je doute que la majorité des gens le souhaitent. En quoi y gagnerions-nous, d'ailleurs ? La satisfaction à l'endroit des CPE est très grande. Et puis l'État couvre 80 % des coûts des garderies commerciales par une subvention. Un vrai BS pour des entreprises.

***

Cela ne règle pas la question du financement. L'universalité n'est plus un dogme en politiques sociales. Avant les garderies à cinq dollars, le crédit d'impôt remboursable pour les services de garde était déjà calculé en fonction du revenu des parents. C'est d'ailleurs toujours le cas lorsque ce crédit s'applique. Plus le revenu est élevé, plus le taux de crédit d'impôt est bas. Un ménage qui gagne 28 000 $ par année, reçoit le remboursement de 75 % des frais de garde, 54 % s'il gagne 50 000 $ et 25 % s'il gagne 78 000 $.

L'imposition d'un tarif unique, à 5 $ par jour pour tous, vient contredire cette politique. Le retour à la progressivité ne serait pas en soi une hérésie. Mais est-ce là ce que nous voulons ? Les centres de la petite enfance se développent non seulement comme des services de garde mais comme un réseau de préparation des enfants à leur entrée dans le système scolaire.

Au lieu de faire comme en Ontario ou comme c'est le cas en France depuis longtemps et abaisser l'âge obligatoire de fréquentation préscolaire, le Québec a choisi de mettre sur pied ce réseau de CPE, respectant ainsi davantage le choix des parents. Ne faut-il pas, si on considère ce réseau comme lié au système d'éducation, le traiter comme s'il en faisait partie ? Si tel est le cas, et c'est le cas, il serait alors préférable de financer l'expansion du réseau par la fiscalité générale.

Tous les citoyens du Québec paient pour l'école, même lorsqu'ils n'ont pas d'enfants. Pourquoi la même logique ne devrait-elle pas s'appliquer ici ? Il est bon pour la société que les enfants soient préparés convenablement à entrer à l'école. Des études montrent que cela favorise la réussite. Alors faisons payer les riches, certes, mais tous les riches, par l'impôt conventionnel, au lieu de pénaliser ceux qui ont des enfants.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca


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Sommet du G8

La crise de la «gouvernance» mondiale

Zaki Laïdi
Centre d'études et de recherches internationales, Paris. Auteur des ouvrages Le Sacre du présent (Flammarion, 2000), La Gauche à venir - Politique et mondialisation (Éditions de l'Aube, 2001) et Penser la mondialisation (Flammarion, à paraître)

LE DEVOIR lundi 2 juin 2003

Ne nous y trompons pas. Même s'il conduit à un consensus apparent, le sommet d'Évian ne réglera rien. Rien parce que ce n'est pas la vocation d'une scène théâtralisée comme le G8 d'être une instance de décision. Rien, parce que jamais les perspectives de «gouvernance» mondiale n'ont été aussi sombres. Le cycle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est bloqué, la réforme du Fonds monétaire international (FMI) est reportée, l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto menacée, le financement des pandémies non assuré. À cela, il y a une raison simple. Le système mondial est caractérisé par un retour en force du souverainisme et par une défiance profonde au regard de toute idée de «gouvernance» mondiale.

En effet, depuis le 11 septembre 2001, la mondialisation a pris un cours nouveau. Parce qu'ils mesurent que la mondialisation pouvait se retourner contre eux, les États-Unis ont fait le choix de soumettre toutes leurs décisions aux contraintes de leur sécurité. Cela implique un ralentissement du processus de mondialisation en raison de l'accroissement des contrôles sur les personnes et les biens, le relèvement des primes d'assurance, la réduction des voyages, la persistance d'un climat d'incertitude. Mais cela révèle quelque chose de plus profond encore : la volonté de la plupart des États de voir la globalisation plus comme un processus d'agrandissement de leur puissance nationale que comme une dynamique de dilution de celle-ci. Cette réalité nous a été révélée par le 11 septembre 2001.

Mais ce schéma n'a rien d'inédit. C'est celui qui a prévalu au XIXe siècle quand Londres dominait le monde. D'une certaine manière, c'est le pari des États-Unis : ils veulent bâtir une puissance classique avec les ressources et les technologies du XXIe siècle. Ce collage politique baroque de l'ancien et du moderne s'appuie sur plusieurs règles qui vont influencer le schéma politique de la globalisation. La première consiste à dire qu'aucun principe n'est opposable à la souveraineté de l'État américain en dehors des règles générales du commerce mondial. C'est la raison pour laquelle les États-Unis ne toucheront pas à l'OMC. Ils ont à promouvoir au sein de cette institution un agenda offensif en matière de libéralisation des services financiers, éducatifs, de santé et audiovisuels.

Ils ont également besoin de l'OMC pour défendre les règles de la propriété intellectuelle, qui est une source considérable de revenus pour l'industrie et les services américains. Mais si les États-Unis ne cherchent pas à détruire l'OMC, ils tenteront d'infléchir sa place pour en faire non pas un lieu où l'on développe un ensemble de règles multilatérales contraignantes pour tous, mais un forum où l'on se livrera à un jeu de concessions politiques avec d'autres grands pays comme la Chine, la Russie ou l'Inde.

Sortir du jeu

Le corollaire de cela est que les États-Unis ont moins que jamais d'appétence pour l'idée de «gouvernance» mondiale, d'architecture internationale ou de développement durable. Ils veulent au contraire détruire toute architecture collective susceptible de brider leur souveraineté politique. Certes, les États-Unis ont naturellement intérêt à stabiliser le monde. Mais ils ont perdu la conviction de parvenir à cet objectif en le dotant de règles stables et de disciplines collectives trop contraignants. L'administration Clinton s'était déjà nettement engagée dans cette voie en sortant du jeu l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour tenter de régler la crise coréenne.

Mais à la différence de l'administration Clinton qui voulait disposer de moyens de sortie du jeu multilatéral (exit option), l'administration Bush veut clairement sortir du jeu. Quelles sont les nouvelles règles ? En réalité elles ne sont pas forcément très claires. Car si, aujourd'hui, les États-Unis ont une vision claire de leurs intérêts et de leur sécurité, ils n'ont pas de véritable schéma mondial. Ils ont abandonné toute référence à l'ordre mondial. Fondamentalement, ils envisagent le monde comme une compétition dure entre États sur fond de mondialisation économique mais aussi terroriste. Et d'une certaine manière ce sont eux qui raisonnent le plus en termes de multipolarité même s'ils cherchent à empêcher son émergence.

Le fait nouveau est que leur souverainisme ne se réduit pas à un choix entre multilatéralisme et isolationnisme. Leur souverainisme est impérial. Cela signifie qu'ils vont plus que jamais s'impliquer dans les affaires du monde mais sans avoir à répondre des conditions ou des contreparties de leur implication. Ils ne casseront pas l'OTAN mais n'hésiteront pas à s'en dispenser. Ils ne détruiront pas l'OMC mais n'hésiteront pas à recourir à des arrangements bilatéraux si le multilatéralisme ne leur procure pas les avantages qu'ils en attendent. Ils ne peuvent pas s'opposer à la Cour pénale internationale, mais ils peuvent faire en sorte de la dévitaliser par des traités bilatéraux d'exception. Ils ne parviendront peut être pas à empêcher l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto, mais leur non-participation constituera une incitation profonde à ne pas le respecter. Il est donc plus que probable que les États-Unis s'opposeront à toute création de nouvelles institutions multilatérales comme l'Organisation mondiale de l'environnement.

Le silence de la Chine

Ce qu'il faut cependant voir, c'est que ce retour au souverainisme est très contagieux et très attractif pour de nombreux États inquiétés par la mondialisation, même s'ils ne sont par ailleurs opposés aux choix américains sur de nombreux dossiers. C'est notamment le cas de la Chine. Certes, la vigueur de la puissance américaine l'inquiète. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle va se faire le chantre du multilatéralisme. La Chine, surtout depuis son adhésion à l'OMC, ne voit la mondialisation que comme un processus d'agrandissement de sa puissance nationale à travers son intégration à l'économie mondiale. Ce calcul de puissance est un calcul de long terme que partage également l'Inde. La Chine veut naturellement affaiblir les États-Unis. Mais elle veut le faire sans être prise en défaut. Personne n'a parlé d'elle pendant la crise irakienne. Elle était opposée aux États-Unis, mais sa discrétion fut telle que celle-ci n'a pu être interprétée à Washington que comme un signe de neutralité bienveillante. En échange, Pékin attend des compensations sur Taïwan, la Corée, le Tibet, les Ouïgours et les droits de l'homme.

La Russie est dans un état d'esprit comparable. Elle joue plus que jamais la carte de l'État-nation soucieux d'acquérir un statut et une reconnaissance perdue. Mais, à la différence de la Chine, elle est moins sereine car elle n'est pas sûre que le temps joue nécessairement pour elle, précisément parce qu'elle sera un jour déclassée par cette même Chine qui colonise humainement déjà une partie de ses terres inhabitées. La Russie est d'ailleurs bien plus à l'aise pour parler de puissance que de «gouvernance». C'est la raison pour laquelle l'idée d'un axe Paris-Berlin-Moscou n'est pas nécessairement la bonne. D'une part parce que la Russie cherche avant tout à avoir un jeu propre. D'autre part parce que l'axe Paris-Berlin-Moscou signifierait que la France organise un pan essentiel de sa politique extérieure en dehors de l'Union européenne.

Dans les pays du Sud, les choses sont moins claires. Ces pays ont toujours vu dans le multilatéralisme un moyen de contenir la puissance des Grands. Mais encore faut-il que celui-ci leur procure de réels avantages. Or, de ce point de vue, le blocage à l'OMC n'est pas de bon augure. Alors que la plupart des pays du Sud ont fait le pari d'une politique de plus grande ouverture commerciale, ils se trouvent confrontés soit à la fermeture de certains marchés, soit à un durcissement des règles du jeu en matière de propriété intellectuelle. Or ce sont les deux domaines où ils peuvent trouver des marges de développement. Vis-à-vis des PMA (pays les moins avancés), l'initiative «Tout sauf les armes» de la Commission européenne, destinée à exempter de droits d'entrée tous les produits en provenance de ces pays, a été émasculée par les lobbys agricoles européens qui ont obtenu un report de son application à 2006 pour les bananes et à 2009 pour le riz et le sucre. Certes, tout le monde sait que la libéralisation des échanges agricoles n'est pas synonyme de développement, d'autant que ce sont les plus avancés parmi les pays en développement qui bénéficieront de l'aubaine. Mais le discours libéral est aujourd'hui confronté à un énorme problème de crédibilité politique. Ceux qui le prônent ne le pratiquent pas toujours. Cette crise de légitimité de la mondialisation s'aggravera encore plus si les États-Unis continuent à être le seul État défavorable à un accord sur le recours aux produits génériques dans les situations d'urgence sanitaire.

De cette situation certains pourront se réjouir en disant que l'impasse politique de la mondialisation ne pourra que conduire au recul du néolibéralisme et à la réhabilitation de l'autonomie politique des États. Mais ce calcul est franchement erroné. Le déficit de «gouvernance» mondiale ne conduit pas à une sorte de Thermidor néolibéral. Bien au contraire, il libère les logiques libérales sans créer de cadre politique susceptible de les encadrer.

Quel autre modèle ?

Dans ce schéma, le grand perdant provisoire est l'Europe car elle se trouve dans une période historique charnière où elle ne veut ni ne peut se penser sur le mode classique de la puissance nationale ni dissoudre ses souverainetés nationales résiduelles dans une logique de puissance fédérale. Pour sortir de cette contradiction, l'Europe a choisi un modèle de «gouvernance» par les normes qui est par ailleurs le modèle qu'elle cherche à promouvoir dans l'ensemble du monde. Ce modèle consiste à dépasser la contradiction politique inhérente à un ensemble d'États-nations hétérogènes en créant un modèle de comportement collectif stable, prévisible et accepté de tous. La norme est alors implicitement sensée se substituer à la décision régalienne. Elle est censée rationaliser des comportements politiques nationaux passionnels et erratiques.

Le problème est que ce modèle est en crise. À force de contourner la contrainte politique, il finit par évacuer le politique. C'est tout le problème que pose aujourd'hui le pilotage de l'euro. L'Europe a peut-être cru trop vite que la dynamique d'interdépendance mondiale ne laissait pas d'autre choix au monde que le recours à la «gouvernance» mondiale. La faiblesse de l'Europe n'est pas tant de faire ce pari que de ne pas avoir les moyens de le faire réussir.




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Un discours attendu

Bernard Descôteaux
LE DEVOIR lundi 2 juin 2003

Vivement mercredi. Nous saurons alors dans quelles voies le gouvernement de Jean Charest veut amener le Québec. Depuis son élection, conjectures et informations incomplètes ont alimenté la machine à rumeurs. Il faut que le premier ministre, à l'occasion du Discours inaugural, parle clairement à ses concitoyens.

Il n'est pas anormal que, pendant qu'il s'installait au pouvoir, le nouveau gouvernement ait donné l'impression de ne pas toujours savoir où il allait. Parfois, les nouveaux ministres n'avaient d'autres choix que de répondre aux questions sans disposer de toutes les réponses. À d'autres moments, il leur fallait lancer quelques ballons d'essai, question de connaître le sens du vent. De ce flottement sont nées des inquiétudes, sinon des craintes, à propos de ce que nous réservent les libéraux.

Le Parti libéral a été au pouvoir pendant 20 des 42 dernières années. Les gouvernements Lesage et Bourassa, première manière, ont été porteurs de grandes réformes. Celui de Robert Bourassa deuxième manière a davantage été gestionnaire, le premier ministre se révélant habile à préserver les équilibres sociaux à l'occasion des grandes crises qui ont marqué cette période. En votant libéral le 14 avril, beaucoup d'électeurs imaginaient volontiers que Jean Charest s'inscrirait dans cette tradition.

Des premiers pas du gouvernement Charest, transparaît une ferme volonté de réaliser ses engagements électoraux. Déjà les remises en cause abondent. Cela va des défusions à la révision du régime d'assurance automobile comme du système public de garderies. Des projets qui soulèvent tous de fortes oppositions dans les milieux touchés.

Des remises en cause sont nécessaires au Québec et il ne faut pas craindre de s'attaquer à certaines torpeurs. Va en principe pour la réingénierie de l'État québécois. Le nouveau gouvernement a toute la légitimité pour engager un tel débat. Ce qu'il faut savoir toutefois, c'est dans quel sens doit se réaliser cette réingénierie. Les signaux donnés jusqu'ici sur ce sujet, comme sur d'autres, sont imprécis. Tout particulièrement on voudrait être convaincu que ce gouvernement sera attentif aux méfaits de ses décisions sur le plan social.

Pour une bonne compréhension des orientations de son gouvernement, il faudra que M. Charest, mercredi, ne manque pas l'occasion qui lui est donnée de les exposer clairement. Il lui faudra démontrer qu'il n'est pas un révisionniste qui cherche à refaire à sa manière ce que le gouvernement précédent a fait, mais qu'il a aussi ses propres projets. Il lui appartient de corriger l'impression de dogmatisme qui a commencé à se dégager.

***

Le contexte budgétaire, tel que défini par le gouvernement, est pour l'instant ce qui semble orienter fondamentalement ses actions. Tout paraît se ramener à des questions d'argent. L'obsession d'un redressement des finances pourra devenir paralysante, si elle se double d'une volonté inébranlable de réduire les impôts au rythme promis.

L'histoire récente devrait à ce sujet inspirer quelques leçons à l'équipe de M. Charest. Elle doit se rappeler que, si le gouvernement Bouchard a pu ramener le déficit budgétaire à zéro en à peine quelques années, ce fut cependant au prix de difficultés dont le Québec continue à porter le poids. L'étalement de cet effort collectif sur une période un peu plus longue aurait atténué l'impact négatif qu'ont eu, par exemple, les compressions budgétaires dans le secteur de la santé. Faut-il répéter les mêmes erreurs ? Certes, il faut reconnaître au nouveau gouvernement le droit à l'erreur, mais pas à n'importe quelles erreurs.

Les engagements électoraux pris par le Parti libéral ne peuvent et ne doivent être considérés comme préceptes imprescriptibles. Si Jean Charest peut prétendre avoir reçu un mandat clair des électeurs, il doit aussi se souvenir qu'il est le premier ministre de tous les Québécois. Il en a pris l'engagement le soir du 14 avril. Ce doit être la seule promesse à laquelle il n'a pas le droit de manquer.

bdescoteaux@ledevoir.ca




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In Canada's defence

Canadians are reluctant converts to missile defence.

THE TORONTO STAR Jun. 2, 2003

Editorial: Surrounding North America with an anti-missile shield is a peculiarly American dream. We tend to be skeptical about its cost, its feasibility and the scope of the threat.

But Prime Minister Jean Chrétien made the best of a difficult situation last week when his government announced it will open talks on joining the scheme.

U.S. President George Bush has boxed us into a corner by deciding to install 10 interceptor missiles in California and Alaska next year, 10 more in 2005, and 20 aboard warships.

If Canada refuses to join we will put our own sovereignty at risk by letting the Americans make every decision relative to shaping the new defence. We'll also scupper a close partnership that stretches back to 1940 when the Nazis were a threat.

While Canadians and Americans have often differed over matters of war and peace in the decades since, "never have we parted company . . . in co-defending our continent," Defence Minister John McCallum said last week, launching the talks. "We are not about to do that today."

McCallum regards the system as an "insurance policy" against Canada being hit by missiles fired at the U.S. by design or accident.

"A sovereign government would not wash its hands of the protection of the lives of its own citizens and leave it up to another government to do as it wishes," he told Parliament last week.

Our North Atlantic Treaty Organization allies are climbing aboard, too. In Prague, NATO recently agreed to "examine options for protecting alliance territory, forces and population centres against the full range of missile threats." Our Japanese and Russian partners in the Group of Eight industrial club also are exploring such defences.

And Paul Martin, Chrétien's likeliest successor, supports these talks.

They will stretch through the summer and cabinet intends to decide in the fall whether to lend the program political and practical support.

But not, we hope, before Parliament debates the matter.

Chrétien proposes that co-operation on missile defence be put under the North American Aerospace Defence Command (NORAD) treaty. That makes sense. NORAD provides for shared command at the top (with a permanent Canadian deputy commander). It is routinely renegotiated, the last time for a five-year term that ends May 12, 2006. And it can be terminated on a year's notice.

When NORAD was created in 1957 Parliament was a key player. The treaty "was warmly debated in the House of Commons and posed some thorny questions" for former Tory prime minister John Diefenbaker, records note. Let's hope Parliament remains as relevant today. This is not a matter to be handled by cabinet, with scant public input.

Bush's scheme is a far cry from Ronald Reagan's Star Wars fantasy of putting nuclear-bomb-pumped X-ray lasers into orbit. Current plans involve ground- and sea-based rockets. Still, serious questions linger.

Will NORAD be in charge? What will the scheme cost us? Will missiles or radars be located on our territory? What, if any, assurance will Bush provide that the U.S. will refrain from placing weapons in space?

Given the skepticism in this country, Ottawa must reassure the public that missile defence makes political, military and economic sense, before signing on.