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Entrevue avec Bernard Landry
- Il reste un grand rêve à réaliser...

«Une société unie n'est pas une société unanime»

Réginald Harvey

LE DEVOIR lundi 23 juin 2003

Dorénavant chef de l'opposition à l'Assemblée nationale, Bernard Landry se livre à une réflexion profonde sur le sens de la Fête nationale. Le thème de cette journée du 24 juin, «Rêver bleu», l'interpelle de cette façon: «Une nation, c'est un passé commun, ce sont des bonheurs, des malheurs et aussi des rêves communs. C'est l'inconscient et le conscient collectifs qui se projettent dans l'avenir; voilà en quoi consiste le rêve. Quant au bleu de celui-ci, il évoque nos couleurs nationales, les millions de lacs, la mer. La thématique est une belle rencontre de valeurs immatérielles et d'évocations physiques du Québec.»

À l'occasion de la Fête nationale, les organisateurs ont mis en lumière les rêves de plusieurs personnalités qui ont façonné le Québec chacun à leur manière dans divers domaines. À travers un cheminement politique qui s'étale sur une période de 40 ans dans le temps, M. Landry dégage ses propres rêves et les aspirations qui ont fondé son action : «D'abord, la prise de conscience par notre groupe humain qu'il formait une nation et l'établissement des frontières humaines de celle-ci, qui ne sont pas basées sur l'"ethnicité". La nation québécoise est diversifiée, est ouverte, elle a un tronc culturel commun très majoritaire reposant sur la culture et la langue françaises, mais elle appelle tous les membres de la nation à se joindre à ce tronc commun et à y ajouter des touches différentes de diversité. Voilà un de mes grands rêves qui est pratiquement réalisé; c'est devenu maintenant consensuel.»

Il élabore sur le sujet et parle aussi d'économie : «C'était vrai auparavant que nous formions une nation, mais elle était mal nommée. Premièrement, on l'appelait la nation canadienne-française, ce qui repose sur une base ethnique. Comment un juif né en Pologne peut-il dire je suis canadien-français ? Par contre, il peut facilement affirmer "je suis québécois". C'est une grande chose, qui est à la fois derrière et devant nous, parce que ça sert de base maintenant à la réalisation de tous les aspects de la vie nationale. Dans les belles choses que je relève aussi, même si c'est plus matériel, rien n'empêche qu'on a bâti une économie diversifiée, solide, qui est fondée sur le savoir et la connaissance, sur la science et la technologie; il y a 50 ans, cela aurait été considéré comme un rêve impossible d'en arriver à la situation actuelle à partir d'une économie primaire, assez rétrograde et condamnée à une certaine forme de médiocrité. C'est radicalement changé.»

Pourtant, une de ses aspirations ne s'est toujours pas matérialisée : «Qu'est-ce qui reste à faire selon moi ? En tout respect pour les rêves des autres, c'est que cette nation devienne l'égale des autres nations en accédant à l'indépendance nationale, comme une trentaine l'ont fait au cours des 15 dernières années et comme il y en aura d'autres à venir. Ce rêve-là n'est pas réalisé et il faut le poursuivre, mais on a fait de très belles choses, on a de très beaux acquis sur lesquels il faut se fonder pour aller plus loin.»

Un événement rassembleur

Québécoises et Québécois forment une société plus solidaire capable de se rassembler autour de la fête : «Une société unie n'est pas une société unanime. Mais c'est devenu monnaie courante, et on le voit surtout dans les rues de Montréal parce que c'est là où il y a le plus de diversité culturelle, on voit que le Québec entier est là, quels que soient la couleur de la peau et le lieu de naissance. Ça se voit même physiquement dans les fêtes et dans les défilés par la participation du Québec en entier. Ce n'est plus, encore une fois, une nation ethnique, donc sa fête nationale n'est pas ethnique, elle est nationale.»

Dans ce sens-là, il refuse catégoriquement que la promotion de la langue soit associée à la fête : «La langue française, c'est la langue officielle du Québec et c'est inscrit dans nos lois. C'est notre langue commune de communication, mais la Fête nationale, c'est plus vaste que la langue et tout le projet national. La culture comme l'économie font partie d'une nation, qui est un lieu de solidarité dépassant de beaucoup la langue et la culture et englobant tous les aspects de la vie humaine.»

Cela posé, Bernard Landry exprime ses voeux à l'occasion de la fête : «Je souhaite que les Québécois réalisent que leur patrie est un endroit remarquable. Un des signes distinctifs de celle-ci, c'est qu'elle est un lieu de solidarité, c'est-à-dire que nous pouvons compter les uns sur les autres et que personne n'est une île. Nous devons donner. Être citoyen, c'est recevoir de la collectivité et c'est donner quand il le faut, c'est accepter aussi bien ses droits que ses devoirs.»



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Entrevue avec Gilles Duceppe
- Une nation au plein sens du terme

Mylène Tremblay

LE DEVOIR lundi 23 juin 2003

Pour Gilles Duceppe, la Fête nationale est un moment de retrouvailles des «Québécoises et Québécois qui vivent au Québec». C'est le moment aussi pour eux de réaffirmer leur appartenance au peuple québécois et de se souvenir du chemin parcouru depuis 40 ans. Quant au Bloc québécois, son projet de souveraineté demeure intact malgré le vent de changement qui souffle sur la «nation».

Pour comprendre le présent, rien de tel que de plonger dans les archives. Lorsque le chef du Bloc québécois, parti de l'opposition à Ottawa, cherche à illustrer les avancées de la Belle Province, un détour du côté de l'histoire s'impose. «La Fête nationale est le moment de se rappeler où en est rendu le Québec», affirme Gilles Duceppe, en se rapportant aux années 1960. Depuis ce temps, estime-t-il, le Québec a progressé de façon fulgurante. «Les données du rapport [de la commission] Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme [paru en 1967] montraient qu'on avait en moyenne une neuvième année, ce qui correspond au secondaire 3. Quarante ans plus tard, c'est au Québec, sous toute réserve, qu'il y a le plus de diplômés de premier cycle universitaire.»

Aujourd'hui, dit-il, on vit dans «une société industrialisée qui compte parmi les premières au monde». Mais attention, l'expression «plus meilleur pays du monde» chère au premier ministre Jean Chrétien répugne à Gilles Duceppe. «On a une autre façon de faire les choses, précise-t-il. Je ne juge pas à savoir si c'est meilleur ou moins bon qu'ailleurs. J'ai toujours dit que les gens qui se prenaient pour le meilleur pays au monde, c'est toujours dangereux.» À cet effet, il se souvient s'être insurgé de la vanité des libéraux lors de la visite d'une délégation hongroise. «Le Parti libéral les avait reçus en disant bienvenue dans le meilleur pays au monde ! J'avais pris la parole par la suite pour apporter des excuses au nom du peuple québécois et canadien.»

Si les Québécois ont une façon conviviale de faire les choses qui leur est propre, poursuit le chef, c'est en majeure partie grâce à tous ces festivals -- Grand Prix, Festival international de jazz de Montréal, Juste pour rire, Francofolies, etc. -- qui marquent la scène québécoise. À son avis, ces événements prisés et dépourvus de toute violence témoignent de la volonté de s'adresser à l'universel en partant d'une vision locale. «C'est incroyable de voir le nombre d'artistes et de productions culturelles qui originent du Québec avec une si petite population», observe-t-il.

Sur ce plan, le chef bloquiste se plaît à comparer le Québec à la Suède «qui a fait beaucoup de choses en cinéma avec Bergman et en musique rock'n'roll avec des groupes qui se sont distingués des Américains ou des Britanniques».

Le Québec, une nation

Lorsqu'on lui demande si l'on peut parler du Québec comme d'une nation purement culturelle, il bondit. «C'est une nation au plein sens du terme, insiste-t-il. C'est pour ça qu'il y a une Assemblée nationale.» Une nation que les trois partis à Québec -- les libéraux, les péquistes et les adéquistes -- reconnaissent. Une nation sans pays, comme il le dit lui-même. M. Duceppe garde en tête le défi de la souveraineté malgré le vent de changement qui balaie le Québec depuis l'élection des libéraux de Jean Charest. «La vie politique n'est pas une autoroute en ligne droite, admet-il. Il y a des courbes et des détours. Certains sont utiles, d'autres inutiles. L'idée de la souveraineté demeure toujours partagée par environ 40 à 45 % des Québécoises et des Québécois, quels que soient les sondages.»

Est-ce à dire qu'il considère les quatre prochaines années comme «un détour inutile» ? Bon prince, le chef bloquiste répond qu'il n'y a jamais rien d'inutile en démocratie. «On aurait pu avancer plus vite si, par exemple, on avait gagné le référendum de 1995, mais on doit respecter la démocratie. Lesage a été élu en 1960 et, en peu de mois, le Québec a été complètement transformé.»

Dans sa volonté d'entreprendre la «première réingénierie de l'État depuis la Révolution tranquille», Jean Charest est-il en train de mettre au rancart l'héritage de ses prédécesseurs ? «Il y a une tentation de faire cela, mais on verra bien si on va se rendre au bout de ce projet, dit-il, prudent. [Robert] Bourassa avait pensé un peu la même chose en 1986 avec le rapport Gobeil [qui proposait des réformes administratives susceptibles d'alléger la structure de l'État québécois], il a reculé sur bon nombre de choses.»

Pour appuyer ses dires, Gilles Duceppe prend à nouveau la Suède pour modèle. «La Suède, qui est demeuré un État social-démocrate même quand les conservateurs ont pris le pouvoir, a maintenu, tout en changeant, un certain nombre de valeurs et de présence de l'État.»

Souveraineté et consensus

Loin de renoncer à son désir de doter la nation québécoise d'un pays, le Bloc entend donc «profiter de ces moments de détours pour mieux reprendre la route d'ici quelque temps et peaufiner notre projet». Comment le parti compte-il rallier le pourcentage restant de la population réfractaire à la souveraineté ? Un autre défi que le Bloc assume de façon démocratique dans un contexte de mondialisation, répond Gilles Duceppe. «Dans les années 1960, il y avait 8 % des Québécois qui y croyaient. Maintenant on vit dans une société où la mondialisation n'est plus une vue de l'esprit. Dans un tel contexte, c'est encore plus nécessaire de démontrer [l'importance] du projet souverainiste. Il faut convaincre les jeunes, qui sont bien plus préoccupés par la question internationale que l'on ne l'était.»

Et la défense d'une appartenance à la société québécoise, ajoute M. Duceppe, passe essentiellement par des consensus. «Il y a des choses à défendre collectivement qui dépassent la partisanerie, souligne-t-il, en ce sens qu'il faut que les Québécois se tiennent et disent non à Ottawa. Il y a toujours, de façon ponctuelle, des débats qui réunissent tout le monde, qu'on appelle des consensus.» Il remarque qu'au-delà de leurs divergences socioéconomiques et politiques, la France, les États-Unis ou l'Angleterre ont le consensus d'appartenir à un pays. «Nous, on en a, mais on n'a pas celui-là encore. Les trois partis à Québec s'entendent sur le déséquilibre fiscal, un consensus important qui permet au Québec de mieux se développer. Ils s'entendent aussi sur le fait qu'on a une façon de faire avec la famille en rapatriant l'argent des congés parentaux.»

Le 24 juin prochain, Gilles Duceppe compte bien prendre part aux festivités de la Fête nationale pour rappeler aux «Québécoises et Québécois» de toutes allégeances l'intérêt qu'a le Québec à poursuivre son développement. Il insiste enfin sur le fait que cette fête est bel et bien celle de tous les «Québécoises et Québécois» et non des Canadiens-Français, comme le laisse entendre Jean Chrétien. «Si vous vous appelez N'Guyen, Mambara, vous avez la peau de couleur différente, ce n'est pas votre fête ? C'est ridicule. [Yves] Montand était italien de naissance, est-ce que ça n'en faisait pas un véritable Français ? C'est ça, les nations modernes. La vision ethnique, c'est le fédéral qui l'apporte.»



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Une nation

Michel Venne

LE DEVOIR lundi 23 juin 2003

Le 24 juin est désigné comme la Fête «nationale» des Québécois. C'est parce que ceux-ci ont conscience de former une nation. Ni une région ni une tribu encore moins une ethnie. Une nation, c'est-à-dire, comme la définit Alain Touraine, une société qui a suffisamment débattu et réfléchi sur elle-même pour acquérir la conscience de former une communauté politique enracinée dans une histoire et dans une culture.

Cette nation est devenue pluraliste en changeant de vocable. Depuis les années 1960, nous nous désignons comme Québécois, ce qui inclut, bien sûr, la majorité d'ascendance canadienne-française, mais aussi tous les autres, immigrés des quatre coins du monde intégrés à cette communauté politique ouverte à tous les vents.

Au Québec, rares sont ceux qui nient ce caractère national. Le premier ministre Jean Charest a lui-même reconnu, il y a déjà quelques années, que le Québec forme une nation distincte. «Non seulement le Québec est-il une nation mais c'est une des nations qui ont, depuis 40 ans, remarquablement grandi», dit-il (allocution prononcée le 10 avril 2000 lors du lancement du recueil Penser la nation québécoise, publié chez Québec Amérique sous la direction de votre serviteur).

Cette déclaration de Jean Charest en avait surpris plus d'un. À peine trois ans auparavant, alors qu'il était chef du Parti progressiste-conservateur, à Ottawa, il suggérait aux premiers ministres provinciaux de s'atteler à la construction de «notre nation», le Canada. En 1997, il considérait le Québec et chacune des provinces comme des «régions» qui possèdent des «caractéristiques propres», dans notre cas une langue, une culture, le Code civil et des institutions (lettre au premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna, le 8 septembre 1997).

Ce double langage n'est pas fortuit et il n'est pas rare. Le mot nation est un concept vexant, disait Max Weber. Vexant parce que chargé d'émotion. Vexant aussi parce qu'il recoupe plusieurs significations.

Dans le cas du Québec, certains, comme Jean Charest sans doute, et comme Stéphane Dion, vont admettre que les Québécois forment une nation au sens culturel ou social du terme : un groupe d'individus partageant des caractéristiques communes qu'il faut protéger.

Récemment, on a vu quelques paroliers du Québec tentés par un repli sur cette identité socioculturelle. Or, dans la modernité, la nation socioculturelle n'a guère d'avenir, sinon la folklorisation ou l'assimilation.

***

Il y a longtemps, déjà, que la nation a évolué d'un concept essentiellement culturel à un concept foncièrement politique. Le mot nation vient du latin nascere, qui veut dire naître. La nation renvoie donc, dans sa signification originelle, à des peuples ou à des communautés intégrées culturellement par le langage, les moeurs et les traditions. À ce sens classique du mot nation se superpose, à compter des temps modernes, un sens concurrent : nation désigne le peuple devenu souverain au détriment de la monarchie et de l'aristocratie.

À partir du milieu du XVIIIe siècle, les deux acceptions commencent à se recouper. Avec la Révolution française, la nation devient la source de la souveraineté étatique et acquiert le droit à l'autodétermination politique. La communauté fondée sur la volonté démocratique se substitue à celle fondée sur la cohésion ethnique.

Ce transfert a été accentué avec la modernité. Celle-ci n'a nullement nié l'identité socioculturelle des sujets mais elle a forcé ceux-ci à se déterminer non plus en se fiant à la tradition ou aux coutumes qui, jadis, exerçaient sur chacun une pression terrible, mais en exerçant consciemment des choix.

Ces choix sont toujours influencés entre autres par l'identité de chacun. Je suis moi. Mais l'une des choses qui font que je suis ainsi est le fait que je suis Québécois. Mais ils ne sont plus «dictés» par la tradition. La liberté individuelle est trop chère à chacun pour remettre en question ce progrès. Au niveau collectif, les choix sont déterminés par la démocratie. Et donc par des institutions politiques.

La puissance de l'identité socioculturelle ne suffit plus pour unir une communauté. Dans le contexte moderne, la seule voie de sortie pour les groupes minoritaires est de se doter d'une existence collective de nature politique, protégée par des institutions qu'ils contrôlent. La démocratie, en effet, n'a aucun sens pour un groupe minoritaire si les choix collectifs sont faits au sein d'institutions dans lesquelles c'est toujours une majorité étrangère qui exerce le poids le plus déterminant.

Or, au sein de la fédération canadienne, le poids du Québec est en régression pour des raisons démographiques mais aussi parce que le gouvernement fédéral a vu s'étendre ses pouvoirs dans un nombre grandissant de domaines.

Renvoyer les Québécois à leur identité socioculturelle, c'est les renvoyer à une époque révolue où les communautés exerçaient un contrôle étouffant sur les individus, un contrôle dont les Québécois ont justement voulu se débarrasser avec la Révolution tranquille. Cette régression pourrait mener à la folklorisation de notre identité. Mais comme cette voie n'est la préférée de personne, il y aurait un risque élevé qu'elle mène plutôt à une assimilation ou à une soumission tranquille.

La seule manière de sauver la nation québécoise est de protéger et d'étendre ses pouvoirs politiques, et donc la sphère d'influence de ses institutions démocratiques. C'est d'autant plus vrai à l'ère de la mondialisation. Le sens de la Fête nationale ne peut être celui de la régression. Il ne peut être que celui de l'émancipation, de l'élargissement de la portée politique de notre nation.

Bonne Fête nationale !

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca



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Fête nationale - Pour voler de ses propres ailes...

Gérald Larose
Président
Hélène Alarie, Isabelle Beaulieu, Gilles Grondin, Marie Malavoy, Hélène Pedneault, Paul Piché, Myrlande Pierre, Marie-Claude Sarrazin Membres du conseil d'administration du Conseil de la souveraineté du Québec

LE DEVOIR lundi 23 juin 2003

«Réveille-toi! Ce pays, c'est toi, qu'est-ce que tu attends pour t'en apercevoir? C'est toi, c'est moi, ta famille... la mienne! Aussi les milliers d'Indiens qu'on a parqués dans des réserves. Je parle de l'air que tu respires, de la terre qui te porte... des chansons que tu chantes, de la langue que tu parles, d'une certaine façon d'être qui ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde... Je te parle de ce qui est la réalité, je te parle de toi!» -- Françoise Loranger

Pour parler de pays, quoi de mieux que la Fête nationale des Québécoises et des Québécois, le 24 juin, la journée la plus longue de l'année ? Dans ce pays de neige, c'est un symbole porteur d'espoir que d'avoir choisi le solstice d'été comme fête nationale. On dirait que ce jour-là, la lumière de l'été nous fait mieux voir le tracé de nos rêves, les contours précis de ce territoire impressionnant qui disparaît sous la neige six mois par année, en trouvant le moyen de rester chaleureux et accueillant.

Depuis 50 ans, le Québec a changé. Grâce au terreau généreux et imaginatif des gens qui l'ont construit, bien plus riche encore que sa terre, il est devenu meilleur, plus grand. Le Québec a changé parce qu'il a su se créer une identité propre à partir de ses racines françaises, en faisant place à toutes les influences qu'il a accepté de recevoir en lui, à partir de l'influence immense et continue des Amérindiens. Ces multiples empreintes sont devenues la société québécoise d'aujourd'hui. En étant ouvert aux autres, le Québec s'est ouvert à lui-même et a pris de l'envergure. Il en est de même du 24 juin. [..] Les images de mouton et de petit Saint-Jean-Baptiste aux cheveux blonds frisés nous font sourire aujourd'hui. Ces images ont laissé place à une pluralité d'images et ont basculé dans le folklore en même temps que changeait la perception des Québécois sur eux-mêmes, sur les autres et sur leur place dans le monde. Tous les pays libres ont leur fête nationale, du plus petit au plus grand, et portent une parole digne et fière, du Timor oriental, le pays le plus récent de la Terre, jusqu'aux pays qui ont des millénaires à se remémorer, comme l'Égypte, la France et l'Italie. Les Québécoises et les Québécois veulent aussi faire entendre leur voix, leurs idées, leur fierté d'être, leur compassion et leur dignité. [...]

Le 24 juin est aujourd'hui la fête d'une nation qui a une culture originale, une langue riche et ludique, un territoire immense et magnifique et une histoire en constante évolution. Pour continuer d'avancer et de nous épanouir, nous devrons et nous voudrons majoritairement créer notre pays. Tôt ou tard, nous nous emparerons de tous nos pouvoirs et de toutes nos ressources pour participer, debout, libres et actifs, à la marche du monde. C'est une question de temps. [...]

C'est la Fête nationale du Québec et nous sommes en deuil de Pierre Bourgault. Il faut transformer notre peine en lumière et nous brancher au désir inébranlable de cet homme libre de faire du Québec un pays libre, une terre juste et toujours plus accueillante. Bourgault disait que l'indépendance n'est pas une récompense, mais un effort. Les gens meurent, jamais les rêves. Le rêve d'un peuple, c'est du même ordre qu'un héritage. [...] Ce rêve de pays est maintenant inscrit de façon indélébile chez beaucoup de Québécoises et de Québécois, quelle que soit leur origine.

L'oiseau libre Bourgault s'est peut-être envolé hors de notre vue, mais nous n'avons pas fini d'entendre le battement puissant de ses ailes. Il est temps pour le Québec de «voler de ses propres ailes», comme il le disait à Bernard Landry, quelques jours avant son départ. Notre fête nationale est une belle occasion de se rappeler que, bien que le rôle des partis politiques soit important dans le cadre de sa réalisation, c'est le peuple québécois qui fera l'indépendance du Québec, un projet moderne et démocratique, bien plus grand que l'ensemble de toutes les composantes de notre société.

Sans prendre la place d'aucun groupe, sans être non plus une fédération, le Conseil de la souveraineté du Québec veut servir «d'accumulateur d'énergies», de carrefour de toutes les sensibilités du mouvement souverainiste. Créé en janvier, il se construit patiemment et solidement. Il se déploiera à partir de l'automne en interpellant toutes les volontés et les énergies disponibles pour qu'un jour très prochain, la Fête nationale des Québécoises et des Québécois devienne la Fête de l'Indépendance du Québec. Alors seulement, nous pourrons nous dire égaux, en responsabilités et en droits, dans la conduite de nos affaires et de celles du monde. Alors seulement, nous pourrons nous célébrer pleinement comme nation mature et épanouie.



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Leaders syndicaux - Des millions de travailleurs en fête ensemble

«On ne rêve pas dans l’abstrait, mais à partir de nos racines et de notre histoire collective»

Réginald Harvey

LE DEVOIR lundi 23 juin 2003

Ils sont à la tête des trois grandes centrales syndicales québécoises et, à ce titre, représentent près d’un million de travailleurs de la FTQ, de la CSN et de la CSQ. À l’occasion de la Fête nationale, les leaders syndicaux Henri Massé, Claudette Carbonneau et Monique Richard saluent cet événement en leurs mots.

La présidente de la Centrale des syndicats du Québec est inspirée par le thème de cette année, «Rêver bleu» : «Avec les images proposées, on voit déjà la présence de la mer, des fleurs et du relief géographique. C’est intéressant, ça témoigne de ce qu’est la nature québécoise. Quand je vois tout cela, je me réfère à la musique qu’on appelle le blues; c’est la détente et, en même temps, je trouve que c’est une sorte d’envoûtement. Le ciel est lui aussi bleu; c’est la douceur et la plénitude. Même si le vert est la couleur de l’espoir, j’ai l’impression que le bleu nous donne un message de continuité, d’espérance.»

Comment Monique Richard envisage-t-elle la Fête nationale pour les travailleurs du monde de l’éducation que la CSQ représente en majeure partie ? «C’est l’expression des valeurs, de ce que nous sommes comme peuple. Ça réfère à notre histoire, à notre culture et à notre langue. Je pense que, dans le monde de l’éducation, on est appelé — et on en a la responsabilité avec les jeunes et les enfants — à transmettre en partie l’héritage du passé, à dire ce que nous avons été. Si on veut savoir où on va, il faut savoir un peu d’où on vient. Il nous appartient de faire connaître les valeurs de notre société et du peuple québécois. Il faut montrer sa culture et son histoire aussi pour que ces jeunes-là s’imprègnent de ce que nous sommes. Il y a dans ce sens une connotation particulière pour le milieu de l’éducation.»

Les gens de l’éducation, ce sont des gens de langue et de parole : «Ils sont aussi soucieux de protéger les valeurs et une certaine tradition, tout cela dans le contexte pluriethnique que nous vivons. Ils font face au défi de faire en sorte que, dans le milieu scolaire, peu importe le niveau d’âge sur lequel on intervient, les gens de toutes les nationalités se sentent imprégnés de cette réalité québécoise; sans remettre en cause leurs propres cultures, ceux-ci ont à connaître celle du Québec, et l’histoire des Québécoises et des Québécois, pour ainsi développer un intérêt pour la langue française et pour vivre ici avec ce que nous sommes.»

Monique Richard espère que la Fête nationale sera joyeuse pour les travailleurs de l’éducation et toute la population : «Je leur souhaite une très belle fête. C’est le moment de réaliser la richesse québécoise, celle des personnes, de nos valeurs et de notre diversité. Québécoises et Québécois sont des bons vivants, des gens de parole, des gens de terrain. Je le dis souvent, ce sont des personnes “servies nature” [sic]. Il est important de faire valoir ces valeurs et ce que nous sommes pour que ce soit reconnu le plus possible. Il faut être dans les rues et au cœur des fêtes pour exprimer que nous sommes bien ensemble et que ces valeurs, on les partage.»

Un meilleur tissu social

Pour le président de la Fédération des travailleurs du Québec, Henri Massé, la Fête nationale est celle de toute la population québécoise : «Traditionnellement, c’était perçu beaucoup plus comme la fête des Québécois francophones de souche, mais au cours des dernières années, la direction de la Fête nationale s’est occupée d’en faire vraiment un événement qui touche l’ensemble des Québécois et des Québécoises, ce avec quoi nous sommes fort à l’aise. Dans certains milieux de travail, des changements se produisent; dans le grand Montréal, il y a des endroits où le caractère multiethnique des gens prend beaucoup d’importance. Le défi, c’est de faire en sorte que tout le monde se reconnaisse dans la Fête nationale.»

Il espère que les travailleurs s’identifieront toujours davantage au Québec : «Sans verser dans la démagogie et le chauvinisme, je pense qu’on vit dans une société qui est tissée un peu plus serré, qui est un peu plus solidaire que ce que l’on peut voir dans le reste de l’Amérique du Nord. Au nom de cette solidarité-là, je souhaite qu’on continue de bâtir un Québec de plus en plus égalitaire.» Il précise sa pensée : «Je le dis souvent à titre d’exemple : je demeure dans le quartier Côte-des-Neiges et je me promène en ville sans qu’il y ait de barrières. On passe librement de secteurs pauvres à des endroits complètement riches comme Westmount, Côte-Saint-Luc ou Hampstead. Je trouve qu’on a une belle ville et qu’il en est ainsi pour tout le Québec. Ça veut dire que nous avons mis en place un meilleur tissu social que celui que l’on retrouve dans la plupart des grandes villes nord-américaines. Ça signifie qu’il y a des organismes comme Centraide qui subventionnent plusieurs groupes communautaires travaillant de façon très importante à l’intégration et au respect des droits des travailleuses et travailleurs immigrants. Il y a un travail important qui se fait dans ce sens-là au Québec et on devrait continuer.»

Le goût de bâtir

Pour Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux, le thème de cette année, «Rêver bleu», est particulièrement bien choisi : «Je l’aime beaucoup. D’abord en raison du recours au rêve, qui représente pour moi l’espoir et l’ouverture sur l’avenir. Le rêve, bien sûr, c’est aussi des références au passé : on se remémore des choses qu’on a connues. On ne rêve pas dans l’abstrait, mais à partir de nos racines et de notre histoire collective. Pour ce qui est du bleu, cette couleur n’a rien à voir avec la nostalgie. Celle-ci évoque davantage les grands éléments de la nature que sont les eaux, la mer et le ciel. J’espère que toutes les composantes de la société québécoise vont se retrouver dans cette thématique et y puiser une certaine sérénité et le goût de bâtir ensemble.»

La présidente se félicite du fait que la CSN soit une sorte de microcosme de la société québécoise : «C’est vrai en termes de variété de métiers et de secteurs industriels ainsi que de la composition pluriethnique de nos membres.» Elle souhaite que la fête soit d’abord un événement festif : «J’espère que ce sera l’occasion de tirer une certaine fierté de ce que nous sommes, à savoir une nation originale en Amérique du Nord. J’espère que ça donnera à nos membres, comme à l’ensemble des Québécoises et des Québécois, le goût de se découvrir et de s’apprécier, que ce sera aussi le bon moment pour mieux se connaître dans toute la diversité que possède le peuple québécois.» Mme Carbonneau insiste sur le goût de réaliser des choses : «Je souhaite qu’on retrouve en toute sérénité le goût de bâtir, de construire ensemble, pour nous et pour les générations à venir, quelque chose de moderne et de très ouvert sur l’ensemble de l’humanité, sur toutes les nations.»



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Baisses d'impôt : Les experts de Charest pessimistes

Le cadre financier des libéraux sera plus difficile à mettre en place que prévu, jugent-ils

Stéphane Paquet
Le Soleil lundi 23 juin 2003

Ceux qui ont servi de caution morale au cadre financier de Jean Charest pendant la dernière campagne électorale mettent aujourd'hui des bémols aux promesses de baisses d'impôt de 5 milliards $ des libéraux. Les contribuables pourraient devoir attendre.

" Je pense qu'il va avoir beaucoup de difficulté à faire les baisses d'impôt ", soutient Pierre Lefebvre, professeur en économie à l'UQAM. M. Lefebvre reflète le sentiment général de quatre experts joints par LE SOLEIL, les mêmes que Jean Charest citait presque quotidiennement en avril pour justifier la crédibilité de son cadre financier.

" Je suis moins optimiste que je ne l'étais quand j'ai analysé le document ", souligne dans le même ordre d'idée Robert Hogan, fiscaliste chez Stikeman Elliott, un autre des experts moult fois cités par le chef libéral. " À court terme, (les promesses libérales) pourraient amener plus de stress que prévu sur les finances publiques à cause des prévisions conjoncturelles ", rajoute le troisième du groupe, Yves Rabeau, de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM.

" Ça va être serré au niveau des revenus ", dit enfin Philipp Merigan, de l'UQAM. " Ces experts estiment que le présent cadre financier est crédible et réaliste ", avaient pris soin d'écrire les libéraux dans leur plate-forme électorale.

Sans rejeter leurs calculs de l'automne dernier, les quatre experts croient aujourd'hui que le cadre financier des libéraux sera plus difficile à mettre en place que prévu. Deux facteurs expliquent essentiellement leur changement de position: la faiblesse de la croissance économique et les réactions syndicales qui, croient-ils, seront fortes.

L'automne dernier, quand les libéraux ont dévoilé leur programme électoral, l'économie roulait plutôt bien. Une croissance annuelle de 2,5 % du produit intérieur brut apparaissait plutôt conservatrice. À preuve, Pauline Marois tablait sur 3,5 % en mars.

Davantage de coupes ?

Or, c'est moins clair aujourd'hui. " Deux et demi pour cent, je disais que c'était raisonnable. Quand on regarde la conjoncture actuelle, on peut peut-être se dire que c'est optimiste ", souligne M. Merigan. " Moi, je pense qu'il va falloir être chanceux à moins d'un changement de la politique monétaire ", renchérit Robert Hogan.

Si la croissance n'est pas au rendez-vous, les libéraux devront couper davantage dans leurs dépenses s'ils veulent respecter leurs promesses de baisses d'impôt de 5 milliards $ sur cinq ans.

Le hic, c'est que les experts des libéraux voient déjà que les premières compressions effectuées par le ministre Séguin dans son budget soulèvent l'ire de différents groupes. " C'est la partie la plus difficile du cadre financier. On touche des groupes d'intérêts ", soutient M. Rabeau.

La dette

Cette semaine, le ministre Séguin révélait que les intérêts sur la dette allaient atteindre 8 milliards $ l'hiver prochain. Dans leur cadre financier de l'automne dernier, les libéraux en prévoyaient 7,7 milliards $, un montant qu'ils avaient jugé bon maintenir au beau fixe pour les cinq prochaines années. Le gouvernement a donc un manque à gagner de 300 millions $ dès cette année par rapport aux prévisions libérales.

" C'est un petit peu plus élevé, parce qu'on ne connaissait pas l'endettement supplémentaire qui apparaît maintenant, disait Yves Séguin au SOLEIL cette semaine. D'ailleurs, j'ai été un de ceux, en campagne, à pressentir qu'il y aurait une hausse de la dette ", prend soin de préciser celui qui s'était dissocié du programme libéral avant d'être recruté par Jean Charest.

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Le fin mot de l'histoire

«Quand tous les arbres se devraient changer en autant d'Iroquois»
- Paul de Chomedey de Maisonneuve


Pierre Rousseau

LE DEVOIR lundi 23 juin 2003

L'histoire, la grande, retient souvent quelques phrases qui traversent le temps mais dont le contexte s'efface des mémoires. Le Devoir publiera, tous les lundis de l'été, des textes de Pierre Rousseau qui rappellent où, quand, comment, pourquoi des paroles qui deviendront célèbres ont été prononcées.

Au début du XVIe siècle, l'Église catholique ressent le besoin de se réformer. La popularité de la réforme protestante accélère ce mouvement dont le concile de Trente (1545-1563) sera l'élément clé. Ce concile redonne confiance aux catholiques en réaffirmant l'autorité de l'Église de Rome et le bien-fondé de sa doctrine. On voit alors un peu partout en Europe la création d'ordres religieux, la réforme des monastères et la moralisation du clergé qui, il faut bien l'avouer, était alors bien peu digne de sa mission spirituelle.

Les fruits de cette réforme catholique, qui se veut également une réponse à la réforme protestante, se traduiront au début du XVIIe siècle par un renouveau religieux et même une vague de mysticisme. C'est dans une telle atmosphère que se situe la volonté de fonder une ville missionnaire en Amérique. Le but de cette oeuvre spirituelle sera de créer une société chrétienne où cohabiteront Français et Indiens.

Dans les années 1630, Jérôme Le Royer de La Dauversière est convaincu qu'il doit promouvoir la colonisation de l'île de Montréal et l'évangélisation des Indiens de la Nouvelle-France. Il se rend donc à Paris où il fait la connaissance de l'abbé Jean-Jacques Olier. Les deux hommes se «reconnaissent spirituellement» et s'entretiennent de leur commun désir d'évangéliser en Nouvelle-France. En 1639, ils fondent la «Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France».

Cette société permet à monsieur de La Dauversière et à l'abbé Olier d'acquérir, l'année suivante, l'île de Montréal sur laquelle ils comptent établir la nouvelle ville missionnaire. Mais pour mener à bien un tel projet, ils ont besoin de gens hors du commun. La providence met alors sur leur chemin deux jeunes gens, Paul de Chomedey de Maisonneuve, un militaire de 28 ans, et Jeanne Mance, une infirmière de 34 ans. Désireux de participer à une si grande oeuvre, Maisonneuve et Jeanne Mance acceptent l'offre qui leur est faite d'aller fonder un établissement français et catholique dans le Nouveau Monde.

Le 9 mai 1641, deux navires quittent le port de La Rochelle en direction de la Nouvelle-France avec à leur bord Maisonneuve, Jeanne Mance et une bonne partie des premiers Montréalistes, comme on les appelait à l'époque. Trois mois plus tard, après une traversée sans graves problèmes, le navire de Jeanne Mance atteint Québec. De son côté, Maisonneuve est moins chanceux. De violentes tempêtes l'obligent à retourner trois fois en France. Lorsqu'il arrive enfin à Québec, la saison est à ce point avancée que la fondation de la future ville est remise à l'année suivante.

Mais à Paris, la Société de Notre-Dame de Montréal travaille toujours assidûment à recruter des membres. D'ailleurs, le 27 février 1642, ceux-ci se réunissent à Notre-Dame de Paris où ils consacrent la nouvelle ville à la Sainte-Famille. Ils décident, à cette occasion, que l'établissement portera le nom de Ville-Marie.

Pour leur part, les futurs Montréalistes sont retenus à Québec pendant le dur hiver canadien. Le gouverneur de la Nouvelle-France, Charles Huault de Montmagny, ainsi que des notables de la ville profitent de l'occasion pour tenter de convaincre Maisonneuve que fonder une ville sur l'île de Montréal n'est que «folle entreprise». On lui offre même l'île d'Orléans en échange de l'île de Montréal. C'est à cette occasion, alors qu'il est pressé de toutes parts d'abandonner un projet à ce point dangereux, que Paul de Chomedey de Maisonneuve, que l'on dit peu loquace, réplique avec dignité au gouverneur de Montmagny : «Monsieur, ce que vous me dites serait bon si on m'avait envoyé pour délibérer et choisir un poste; mais ayant été déterminé par la Compagnie qui m'envoie que j'irais au Montréal, il est de mon honneur et vous trouverez bon que j'y monte pour y commencer une colonie, quand tous les arbres de cette île se devraient changer en autant d'Iroquois.»

Face à une telle détermination, le gouverneur et les notables abdiquent. Si bien qu'au printemps suivant ils accompagnent la cinquantaine de nouveaux colons jusqu'à leur futur établissement. Ainsi, le 17 mai 1642, après neuf jours de navigation sur le majestueux fleuve Saint-Laurent, le gouverneur donne officiellement possession de l'île de Montréal à Maisonneuve. Une messe est célébrée sur l'île par le père Barthélemy Vimont. Immédiatement après, les hommes construisent une palissade pour se protéger de l'ennemi et Maisonneuve insiste pour abattre lui-même le premier arbre.

Ville-Marie est désormais une réalité. Toutefois, le nouvel établissement est bien fragile. Ainsi, quelques mois plus tard, les eaux du Saint-Laurent se gonflent et menacent d'inonder la ville. Maisonneuve promet alors que, si les eaux se retirent sans causer de dommages à Ville-Marie, il portera une croix sur ses épaules et ira la planter sur le mont Royal en guise de remerciement à Dieu. Le niveau du fleuve baisse et Maisonneuve tient sa promesse. Là se trouve l'origine de cette croix qui domine encore aujourd'hui le sommet du mont Royal.

Mais d'autres difficultés guettent la petite colonie. Au bout d'environ un an, les Iroquois se rendent compte de l'existence de Ville-Marie. À partir de ce moment, ils harcèlent sans cesse le petit groupe de colons dans le but avoué de les décourager et de les amener à abandonner leur ville. En fait, pendant tout près de 25 ans, les Montréalistes ne pourront quitter leurs demeures sans porter d'armes. Ainsi, les travaux des champs se feront toujours sous la garde de colons armés. Plusieurs Montréalistes perdront la vie au cours de ces années. Il faudra l'arrivée du fameux régiment de Carignan-Salières, en 1665, pour que prenne fin cet état de danger constant et que s'installe une paix relative.



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The dirt on Canadian heroes

Schools seldom teach their students about the juicy stuff of history, like d'Iberville's weakness for the ladies (and a slick deal), or that de la Vérendrye once got bloodied trying to rescue his sister from her bad-tempered husband

ALFRED Van PETEGHEM

The Gazette Sunday, June 22, 2003

Professional historians, history buffs, archivists, librarians and collectors of all forms of nostalgia would probably all plead guilty to being "suckers for a good yarn.''

Strangely enough, many of the same people will admit history was one of the dreariest subjects they studied in school, that it liked the yarn-like qualities of Mom's bedtime stories. And that's because most of us learn history (below the academic level) as a sequence of dates coupled with more or less important events.

Thus, we know Christopher Columbus was born to discover America in 1492, and if we are lucky we also know sometime before that he cracked an egg to make it stand on its end. The latter must be an apocryphal story used to spruce up a tedious history class.

The purpose of Jacques Cartier's passing on this Earth was to discover Canada in 1534. That the Norsemen, and undoubtedly, many others, had periodically visited this continent centuries earlier, was never mentioned; if we were curious enough, we could eventually find that out for ourselves. Similarly, de Maisonneuve had been born only to carry a cross up Mount Royal.

We were never taught about interesting incidents in the lives of these people. Everybody remembers the names of Columbus's ships were the Niña, the Pinta and the Santa Maria, for example, but few know that before the church censored the names, his rotting caravels were called the Niña (the girl, or rather, the "working" girl); the Pintada (or the "painted" one; i.e. the girl wearing make-up, in other words, the prostitute) and the María Galante (the surname of another "lady of leisure").

In other words, we never really learned historical characters were just that - characters, and very colourful ones at that. We might learn of their greatness as an edifying example, but we almost never learned of their faults, foibles and oddities.

It's only mentioned in passing, for example, that when Champlain married Hélène Boullé (after whom St. Helen's Island is named), she was 11 years old and he was over 50.

And you'd never know from high-school history books ''the first truly Canadian hero,'' Pierre Le Moyne d'Iberville, was first and foremost a man who believed "the end justified the means." His career as a fighting man began just as the guardians of one Jeanne-Geneviève Picoté de Belestre brought a paternity suit against him, indicating his heroics were not confined to the battlefield. When he died suddenly in Havana in 1706, he'd been trying to dispose of iron ore he'd taken from France for the purpose of illicit trade with the Spaniards. What better proof of this great man's belief in the spirit of free enterprise?

Madeleine de Verchères is well known for fighting off Indian attacks. Not so well known, however, is that she spent far more time fighting her neighbours in court. Archivist André Vachon wrote she and her husband had bad tempers and that they threatened their tenants and even beat them up.

In 1730, their parish priest took the couple to court, claiming Madeleine had accused him of having composed burlesque litanies full of impious, obscene and defamatory terms.

The priest lost his case, but appealed to the Superior Council and won. In 1732, Madeleine went to France to plead her case before the King's Council, but was rejected. Finally, the matter was settled amicably in 1733; both parties were ordered to pay their costs and to refrain from talking about the matter.

One of my favourite heroes was Martine Messier, who had the odd nickname of ''Parmanda'' - or ''I swear'' in her dialect. She earned it in 1652 for something she said after she'd fought off three Iroquois who attacked her about 100 yards outside Montreal's city walls.

''The woman defended herself like a lioness,'' wrote Montreal's parish priest and first historian, Dollier de Casson, ''but as she had no weapons but hands and feet, at the third or fourth blow they felled her as if dead. Immediately one of the Iroquois flung himself upon her to scalp her and escape with this shameful trophy. But as our amazon felt herself so seized, she at once recovered her senses, raised herself and, more fierce than ever, caught hold of this monster so forcibly by a place which modesty forbids us to mention that he could not free himself. He beat her with his hatchet over the head, but she maintained her hold steadily until once again she fell unconscious to the earth, and so allowed this Iroquois to flee as fast as he could, that being all he thought of at the moment, for he was nearly caught by our Frenchmen, who were racing to the spot from all directions.

''In addition this episode was followed by a most amusing thing. When these Frenchmen who came to her help had lifted up this woman, one of them embraced her in token of compassion and affection. But she, coming round, and feeling herself embraced, delivered a heavy blow to this warm-hearted helper, which made the others say to her: 'What are you doing? This man but wished to show his friendly feeling for you with no thought of evil, why do you hit him?'

'Parmanda,' she answered, 'I thought he wanted to kiss me.'" (The French text reads: ''Je croyois qu'il me vouloit baiser,'' which is not entirely covered, in my opinion, by Ralph Flenley's translation.)

Tilling the soil and having Madeleine de Verchères for a neighbour or worse, a landlady, were not the only hazards of living in New France. Pierre Raimbault's varied career made him many enemies. He was in turn (and sometimes simultaneously) a cabinetmaker, clerk of the court, notary, surveyor, king's counsellor, king's attorney, acting lieutenant of police, sub-delegate of the intendant and judge in the court of Montreal.

All lucrative, no doubt, those he offended accused him of not taking the sacrament at Easter then a serious civil offence, and of "entertaining scandalous relations with the widow of an officer." However, the intendant Hocquart, not without tongue-in-cheek, pointed out "the sieur Raimbault's age, together with his infirmities and the ugliness of the widow in question, do not authorize such a presumption.''

Already during the French Regime, there were Irish in Canada. In 1720, a surgeon named Timothy Sullivan, but known as Timothée Silvain married Marie-Renée Gaultier de Varennes, daughter of the late governor of Trois-Rivières and sister of the explorer Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye (better known under the latter name).

After some time in the colony, Sullivan succeeded in passing himself off as belonging to the nobility, with the right to carry a sword. Apparently, being armed did not go well with his temperament; on three occasions between 1724 and 1731, he was accused of assault.

After Christmas Eve mass in 1737, he gave his wife such a violent beating she feared for her life. In January, de la Vérendrye and one of his cousins tried to take Marie-Renée away; Sullivan held them at bay with a sword and a poker, slapped his wife and shouted insults at all three. After he cut de la Vérendrye's finger with his sword, Sullivan dressed the wound, before picking up his sword to resume the fight.

Subsequently, Marie-Renée requested a legal separation, but Sullivan succeeded in talking her into a reconciliation. A month later, our happy couple was visited by a bailiff; Sullivan gave him a thrashing, then dressed his wounds. He then forced his bleeding victim to drink with him, and embraced the man before he left.

When the same bailiff returned to serve Sullivan with yet another writ, he was armed. Drawing his gun to protect himself, however, the hapless bailiff was attacked by Marie-Renée.

Later, the happy couple rebuilt Marie-Renée's ancestral home and appears to have lived happily ever after.

The Seven Years' War, which culminated in the British conquest of Canada, was an often cruel and bloody conflict. But it also demonstrates that before the Geneva Convention, there were plenty of other conventions.

After a disastrous harvest in Canada in 1753, the French, in full knowledge war was coming, went to Boston to buy flour for the winter. The Bostonians, beyond any doubt anticipating they would not have enough supplies when invading Canada, gladly supplied the French with all they needed.

It gets better: After the fall of Quebec in 1759, the French army, holed up in Montreal, suffered an even more serious shortage: they ran low on booze.

There was a near revolt when the officers' daily wine ration was reduced to a bottle per day! So off they went under a flag of truce to Quebec, and procured, apparently at an exorbitant price, the desperately needed "victuals.''

Somehow this does not strike me as very logical on behalf of the British command. Had they refused the transaction, I suspect the French army would have signed their unconditional surrender on the spot.

Alfred Van Peteghem is a member of the Antiquarian and Numismatic Society of Montreal and a sucker for a good yarn.



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Un arc-en-ciel pour le OUI

J -Jacques Samson

Le Soleil lundi 23 juin 2003

L'actuelle crise politique et sociale autour des défusions municipales découle directement des méthodes autocratiques de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard et de sa ministre Louise Harel, bien avant les projets de loi du ministre Jean-Marc Fournier pour redonner la parole aux citoyens. Ce sont ces façons de faire que le député péquiste Jean-Pierre Charbonneau a lui-même dénoncées sur un ton cinglant dans une entrevue à La Presse. Pour le député de Borduas, le Parti québécois a eu des attitudes inacceptables, arrogantes, autoritaires. " Voici ce qui est bon pour vous et vous devriez y adhérer. De toute façon, vous n'avez pas grand-chose à dire ", résumait Jean-Pierre Charbonneau pour décrire l'approche du précédent gouvernement dans ce dossier, comme dans celui de la construction par Hydro-Québec de la ligne Hertel-Des Cantons, à travers des terres agricoles parmi les meilleures au Québec.

Le gouvernement péquiste, appuyé par les administrations Bourque à Montréal et L'Allier à Québec, a balayé du revers de la main les consultations populaires réclamées par les opposants aux fusions et plusieurs médias. La décision a été rentrée dans la gorge des citoyens. Si des référendums avaient alors été accordés, nous n'en serions pas là.

Maintenant que le gouvernement Charest donne suite à son engagement de réparer ce court-circuit démocratique, tout en prônant le maintien des nouvelles grandes villes, Bernard Landry voudrait plutôt qu'il passe l'éponge sur les méthodes dictatoriales du PQ que seul Jean-Pierre Charbonneau est prêt semble-t-il à reconnaître publiquement, et qu'il renie son propre programme reposant sur le principe fondamental du libre choix des citoyens.

Il faut un sacré culot tout de même. La première chose que les résultats du 14 avril devraient dicter à Bernard Landry est un humble mea culpa sur les méthodes du tandem Bouchard-Harel (personne ne lui demande de renier le bien-fondé des fusions). Il doit ensuite ranger sa défense aveugle du passé et se rallier à Jean Charest dans une coalition arc-en-ciel pour le OUI aux grandes villes, qui animera un large débat public, selon les règles prévues aux projets de loi Fournier, qu'il sera toujours possible de bonifier en commission parlementaire.

Mais Jean-Pierre Charbonneau, lone wolf pour certains, loose cannon pour d'autres au PQ, n'a malheureusement pas réussi à ébranler encore la béate attitude de la possession de la vérité de ses collègues de banquettes à l'Assemblée. L'ancien journaliste s'est plutôt attiré des réprimandes et il devait se compter chanceux d'avoir en poche des billets pour le Maroc, pendant que Jean Charest récupérait à outrance au Salon bleu son cri du coeur de samedi dernier. Toujours chauds pour célébrer les mérites des libres-penseurs à la Pierre Bourgault, les dirigeants péquistes - comme ceux des autres partis - ne peuvent jamais les tolérer dans leurs rangs. Louise Harel, par exemple, a répliqué à Jean-Pierre Charbonneau (déjà baptisé Colombo par ses collègues journalistes au début des années 70) qu'il ne faisait pas la différence entre le droit à l'autodétermination des peuples et les pouvoirs limités dévolus à des entités administratives qui sont de simples créatures de l'Assemblée nationale. Elle n'avait rien compris ou ne veut rien comprendre des critiques de Charbonneau sur la forme. Elle lui a servi le même argument légal mais bête et brutal qu'elle utilisait face aux opposants aux fusions il y a trois ans.

Le duo Landry-Harel refuse toute admission d'erreur. Nous avions raison sur la création des grandes villes, disent-ils en somme ; leur imposition unilatérale était en conséquence justifiée, peu importe le niveau d'opposition. L'objectif dispensait de convaincre et de s'en remettre ensuite aux citoyens. Enfermés dans cette logique, il reviendrait maintenant aux libéraux de leur donner l'absolution et non à eux de faire un acte de contrition.

Sans renier de quelque façon leur paternité sur les nouvelles villes, les péquistes ont le devoir, au nom du même bien commun qu'ils invoquaient, de s'associer à la campagne du OUI. Les libéraux ne seront pas des adversaires lors de ces référendums mais plutôt des partenaires.

JJSamson@lesoleil.com



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Le déconsensus

Vincent Marissal

La Presse samedi 21 juin 2003

Compression, coupe, "réingénierie", rationalisation, réduction, dégraissage, diminution, défusion... ouf! il était temps que la session parlementaire prenne fin.

Le portrait du Québec brossé par les libéraux au cours de leurs deux premiers mois au pouvoir est plutôt sombre. Même le très strict Lucien Bouchard, dans les pires années de la lutte contre le déficit, gardait toujours un peu de couleur sur la palette de ses discours pour mettre une petite touche d'espoir dans ses grandes toiles de mauvaises nouvelles.

Le rôle d'un gouvernement est de gérer, certes, mais il a aussi le devoir d'entraîner avec lui le peuple à aller plus loin, et non pas de le déprimer sans cesse. À force de répéter à quel point ça va mal, les libéraux vont finir par en convaincre les Québécois.

"Au gouvernement, on n'est pas des administrateurs, on doit travailler avec le peuple, c'est le rôle du gouvernement de donner une vision", résumait Paul Martin en entrevue à La Presse la semaine dernière. On verra bien comment M. Martin se débrouillera dans son gouvernement, mais, en attendant, celui de M. Charest devrait s'inspirer de ses propos.

On a l'impression ces jours-ci que le Québec vient de basculer dans un nouveau monde effrayant, menacé par les pires calamités et au bord du précipice. On dirait un remake grandeur nature du film The Matrix. Les Québécois, comme Neo (le héros du film) ont avalé une pilule rouge qui les a expulsés du monde irréel dans lequel ils vivaient pour les propulser dans la sordide réalité peuplée de monstres et de méchants.

Le deuxième film de la série, comme la première session du gouvernement Charest, se termine dans la confusion la plus totale et, surtout, sur la promesse d'une suite tout aussi noire.

Les gouvernements péquistes avaient bien des défauts, on l'a constaté pendant neuf ans. Celui d'écrire des budgets à l'encre rose, par exemple, ou de déchirer sa chemise à la moindre contrariété avec Ottawa. Mais, rendons-leur ce qui leur revient, ils avaient peaufiné- encore Lucien Bouchard- l'art du consensus.

En ce début de règne, le gouvernement Charest pratique plutôt le déconsensus.

Que les grandes centrales syndicales attendent Jean Charest avec une brique et un fanal, c'était à prévoir, mais ce n'est pas une raison pour les braquer davantage. Vrai, les centrales avaient parfois des relations incestueuses avec l'ancien gouvernement en raison de leur allégeance souverainiste, mais le fait est qu'elles représentent des millions de travailleurs du Québec. Il est du devoir du premier ministre de maintenir les ponts entre l'État et les grandes organisations syndicales. L'autre option, c'est l'affrontement, et le Québec n'a rien à y gagner.

Les premiers pas du nouveau gouvernement dans le domaine des garderies, notamment, et envers les travailleuses en garderie laissent déjà craindre des jours difficiles à la rentrée.

Le monde de l'éducation aussi est sur le pied de guerre. Si le milieu de la santé semble pour le moment prêt à donner sa chance au ministre Philippe Couillard, les choses vont beaucoup moins bien pour son collègue de l'Éducation, Pierre Reid. À peine assis dans son fauteuil de ministre, M. Reid a provoqué un tollé en annonçant ses grands projets sans consulter au préalable le milieu. Il en a remis hier en affirmant que les commissions scolaires sont responsables de leurs malheurs financiers.

Son confrère Claude Béchard, quant à lui, a fait preuve d'un manque de jugement certain, sinon d'un certain manque de compassion, en disant, à propos des 500 emplois perdus chez Imperial Tobacco: "Peut-être que les Québécois fumaient plus à l'époque du PQ." Pas mal, pour le ministre de la Solidarité...

Mais ces quelques faux pas sont mineurs à côté du dossier des défusions municipales. Là encore, le déconsensus est à l'honneur. Le plus étonnant dans ce dossier, c'est que le gouvernement Charest travaille contre des maires libéraux. Gérald Tremblay est un ancien ministre libéral. Le responsable du transport en commun, Claude Dauphin, un ancien député libéral. À Longueuil, Jacques Olivier est organisateur libéral depuis toujours. Même le maire de Sherbrooke, Jean Perrault, est en fusil contre son vieil ami Jean Charest.

Si le gouvernement Charest n'arrive même pas à maintenir un consensus avec ses alliés naturels, imaginez les batailles à venir avec ses opposants.

vincent.marissal@lapresse.ca



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Les minorités veulent être mieux représentées

Marie-France Léger
La Presse samedi 21 juin 2003

AU QUÉBEC, un demi-million de personnes ont déclaré faire partie des minorités visibles. Un tiers d'entre elles sont nées ici. Mais elles sont encore bien peu présentes dans les institutions démocratiques québécoises. Ainsi, il n'y a pas un seul élu noir ou latino-américain à l'Assemblée nationale.

Le regroupement ethnoculturel pour l'action politique (REAP) vise justement à promouvoir une meilleure représentation des différentes composantes de la population québécoise. "Les communautés culturelles sont repliées sur elles-mêmes pour diverses raisons. Notre objectif, c'est d'agir en vue de lever cette passivité politique des communautés culturelles", souligne Mme Aoua Bocar Ly, sociologue et porte-parole du regroupement.

Les représentants du REAP veulent encourager les communautés culturelles à trouver des leaders politiques, les inciter à poser leur candidature aux élections provinciales, fédérales, municipales, scolaires. Et leur offrir des moyens logistiques pour leur assurer le maximum de chance d'être élus.

La part des gens nés à l'étranger et vivant au Québec représente 9,9 % de la population totale, selon le recensement 2001. Pour la grande région de Montréal, la proportion passe à 18,4 %. Or, quand est venu le temps des états généraux sur la réforme démocratique, l'hiver dernier, les communautés culturelles ont pu constater à quel point on les avait encore oubliées.

"Il n'y avait pas un mot sur les communautés culturelles. Ça nous a choqués", souligne Mme Ly. Dès ce printemps, avant les élections, le REAP a écrit à Jean Charest, Bernard Landry et Mario Dumont pour leur demander de favoriser les candidatures de membres de minorités visibles dans des circonscriptions "prenables". Par ailleurs, la grogne des communautés culturelles s'est aussi fait sentir après la composition du cabinet Charest. Des cinq élus nés à l'étranger, seul Sam Hamad a été retenu par le premier ministre.

L'automne prochain, le regroupement promet de s'attaquer au secteur de la représentation scolaire.



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Stéphane Dion précise son Plan sur les langues officielles

Des négos seront lancées avec les provinces pour la création de deux fonds

Le Soleil dimanche 22 juin 2003

Ottawa - Le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales et responsable des langues officielles, Stéphane Dion, a annoncé hier les mesures qui seront mises en place pour appliquer le Plan d'action sur les langues officielles lancé au printemps.

Il prenait la parole lors de la 28e Assemblée annuelle de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, à Ottawa.

M. Dion a souligné que la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, entreprendra des négociations avec les provinces à propos de deux nouveaux fonds ciblés : l'un de 209 millions $ pour l'enseignement dans la langue de la minorité, l'autre de 137 millions $ pour l'enseignement de la langue seconde. Les négociations devraient se terminer l'hiver prochain.

Totalisant 119 millions $, le volet santé du Plan d'action devrait être en place " d'ici à un an ", a précisé le ministre. Il vise la formation, le recrutement et la rétention des professionnels de la santé dans les communautés en situation minoritaire, de même que les soins de santé primaires.

Rappelons que les francophones hors Québec avaient souligné le manque de services de santé dans leur langue devant la Commission Romanow sur les soins de santé au Canada, en 2002.

Stéphane Dion a aussi fait part des nouveaux programmes du ministère du Développement des ressources humaines dans le domaine de l'alphabétisation familiale en français et de la recherche sur les services de garde.

Le ministre a par ailleurs indiqué que des négociations se poursuivaient avec les provinces à propos des ententes sur la remise des contraventions dans la langue de la minorité et la traduction des textes de loi.

Également, l'interlocuteur fédéral des communautés francophones a signalé qu'en matière de développement économique, les efforts du Plan d'action porteront notamment sur l'économie du savoir (13 millions $), les stages pour jeunes en entreprises et un meilleur accès à la formation en ligne (10 millions $ sur cinq ans).

Le ministre a ajouté qu'une consultation aurait lieu cet automne avec les communautés francophones sur l'an 1 du Plan.

Par ailleurs, dans une lettre publiée entre autres dans La Presse hier, Stéphane Dion a donné son appui à Paul Martin dans la course à la direction du Parti libéral du Canada.



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Sauver Montréal

Michèle Ouimet

La Presse samedi 21 juin 2003

Pendant que la province vit au rythme des défusions, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, planche sur son projet de décentralisation. Question: comment convaincre les défusionnistes de rester dans la grande Ville sans la transformer en une coquille vide qui sera menée par le bout du nez par des arrondissements quasi indépendants?

Dans toute cette histoire de défusion, il ne faut jamais perdre de vue que Montréal est la métropole du Québec. Elle n'est pas un gros Sherbrooke, comme semble le penser le premier ministre Jean Charest. À ce titre, elle ne peut pas se permettre de revenir à la situation qui prévalait avant les fusions, c'est-à-dire une île divisée en 28 municipalités qui ne pensaient qu'à tirer la couverture de leur bord, le tout chapeauté par une communauté urbaine qui gérait les services communs.

Revenons au maire Tremblay. Lundi, il a déposé un document au conseil municipal qui balise le chantier de la décentralisation. Mais, dans les faits, le document ne balise pas grand-chose car il ouvre toutes grandes les vannes de la décentralisation.

Le document explore plusieurs scénarios. En août, le maire Tremblay fera son lit et décidera s'il donne beaucoup- trop?- de corde aux arrondissements ou s'il opte plutôt pour une décentralisation prudente mais réelle.

Il y a quelques éléments intéressants dans le document de trois pages qui, pour une fois, est écrit dans un langage à peu près compréhensible même s'il cultive avec art l'ambiguïté, une spécialité du maire Tremblay. Ce document a d'ailleurs fait l'objet de discussions passionnées au comité exécutif qui compte plusieurs défusionnistes acharnés.

Premièrement, le document stipule que seule Montréal aura une personnalité juridique et un maire. À notre avis, cette condition est essentielle.

Il propose aussi de décentraliser la main-d'oeuvre. Chaque arrondissement choisirait ses employés et gérerait son personnel. Il y aurait une convention collective avec des clauses communes pour l'île et des clauses sectorielles pour chaque arrondissement, un peu comme dans les écoles. Une bonne façon de renforcer le sentiment d'appartenance.

C'est après que la sauce se gâte. L'administration Tremblay serait prête à céder des pouvoirs de taxation. Les arrondissements pourraient prélever une taxe et fixer le taux. Un cauchemar pour les contribuables qui paient déjà des impôts au fédéral, au provincial et au scolaire.

Montréal pourrait aussi permettre aux arrondissements de faire des emprunts et de planifier leurs investissements à long terme. Chacun selon ses moyens, évidemment.

Dans un tel scénario, Montréal ne serait plus une ville centrale forte mais plutôt une grosse communauté urbaine réduite à gérer les services communs. Le vrai pouvoir serait entre les mains des arrondissements qui, dans les faits, seraient des villes mais sans le nom. On se retrouverait exactement comme avant les fusions: une île divisée avec 28 arrondissements-villes forts qui feraient chacun à leur tête. Un scénario à jeter à la poubelle.

Pendant que Gérald Tremblay essaie de sauver sa Ville en brassant des idées, son équipe s'effrite: les défusionnistes jubilent et militent ouvertement pour recréer leurs anciens fiefs. Le maire n'a jamais osé les mettre au pas. Aujourd'hui, il paie pour ce manque de courage.

Gérald Tremblay a promis qu'il ferait le ménage en août: ceux qui militeront pour la défusion devront démissionner, a-t-il dit. Mais il se retrouvera minoritaire au conseil municipal. C'est donc un maire faible qui défendra la ville menacée de démantèlement.

De plus, Gérald Tremblay s'est brouillé Pierre Bourque. Montréal ne présentera pas de front uni pour défendre sa peau. Une aberration. Si le maire veut faire preuve de leadership, il doit se réconcilier avec Pierre Bourque.

Gérald Tremblay ne peut lever le nez sur aucun allié. Il a davantage besoin de Pierre Bourque que de tous ces conseillers à deux faces qui empochent leur généreux salaire de la Ville tout en militant ouvertement pour son démantèlement.

michele.ouimet@lapresse.ca



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Joli gâchis à l'horizon

Lysiane Gagnon

La Presse samedi 21 juin 2003

C'est un joli gâchis qu'annonce le projet de loi sur les défusions que vient de déposer le gouvernement Charest. Qui sait où nous mènera cette feuille de route vague et confuse ?

Déjà tout le monde est mécontent, les défusionnistes aussi bien que les partisans des grandes villes. Et la boîte de Pandore est ouverte.

Le texte soulève nombre de questions sans réponse.

Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas imposé un moratoire sur les négociations avec les syndicats jusqu'à la fin de la période prévue pour les référendums ?

Pourquoi l'évaluation des coûts d'une défusion sera-t-elle faite après l'ouverture du registre demandant un référendum ? N'aurait-il pas été plus logique que les citoyens aient ces renseignements en mains avant de requérir un référendum ? Sans doute le gouvernement a-t-il voulu limiter les coûts occasionnés par ces évaluations, mais le processus reste bancal.

Pourquoi ne pas avoir imposé un taux de participation minimum aux référendums ? Le ministre des Affaires municipales se justifie par le fait qu'on ne l'a pas exigé pour les référendums sur la souveraineté. En surface, il a raison : la sécession du Québec serait en effet autrement plus lourde de conséquences que celle de Baie-d'Urfé de Montréal.

Mais dans les faits, la comparaison ne tient pas, car le taux de participation aux référendums sur la souveraineté ont toujours été extrêmement élevés (plus de 90 % en 1995), alors que les élections municipales mobilisent rarement plus de 50 % des électeurs.

Plutôt que d'inscrire un seuil de participation dans la loi, le gouvernement a préféré se réserver le pouvoir discrétionnaire d'évaluer les résultats.

Il ne donnera pas suite à un référendum, même si une majorité de votes appuyait la défusion, si l'appui n'est pas " significatif " expression vague s'il en est une. C'est l'entrée en masse de la subjectivité et de l'arbitraire politique dans un domaine où les règles du jeu devraient être claires et explicites.

Même arbitraire lorsqu'il est question de l'hypothèse que des arrondissements " défusionnés " se regroupent pour former une " ville anglophone " à l'ouest de Montréal.

Le ministre affirme que le gouvernement bloquera la création de cette ville, faisant preuve du même autoritarisme qui avait poussé le gouvernement Bouchard à imposer des fusions qui n'avaient jamais été inscrites à son programme électoral.

Il y a une forme de duplicité dans la démarche louvoyante de ce gouvernement qui prétendait vouloir redonner le libre-choix aux citoyens, mais qui, du même souffle, multiplie les embûches sur la route des défusionnistes.

Les villes " défusionnées " seront méconnaissables. Celles qui n'auraient pas une majorité de citoyens de langue maternelle anglaise ne retrouveront pas leur statut bilingue. Leurs citoyens devront payer cher leur liberté retrouvée, et leur compte de taxes s'alourdira sous l'effet des exigences de la péréquation et d'une participation accrue aux dépenses de la ville centrale.

Ce souci d'équité fiscale est louable, mais on ne voit pas comment l'on peut taxer des gens sans leur permettre d'avoir un mot à dire dans la gestion de la ville centrale. Cela va contre le principe élémentaire du " no taxation without representation ".

Autre problème, les nouvelles règles s'appliquent " mur à mur " à des situations différentes.

Par exemple, s'il est normal que les ex-futurs banlieusards de l'île de Montréal paient cher le privilège de vivre près d'une métropole qui est lieu de travail et de distraction, pourquoi imposer la même obligation aux habitants de Saint-Lambert ou de Saint-Bruno par rapport à Longueuil ? C'est Montréal qui attire les citoyens de la rive sud, Longueuil n'ayant rien d'un pôle régional.

En fait, si le gouvernement avait voulu revoir sérieusement la carte des municipalités, il aurait pu tenir compte de cette réalité-là et élargir l'assiette fiscale montréalaise à la rive sud et à Laval, dont les citoyens sont au moins autant tributaires de la métropole que ceux de Pointe-Claire et Dorval.

On ne peut certes pas s'opposer au principe de la péréquation, mais elle aura, dans certains cas, des effets pervers. Ainsi, d'ex-municipalités relativement peu nanties comme Montréal-Nord ou Charlebourg pourraient avoir intérêt à se défusionner, le retour à leurs anciennes frontières leur garantissant un transfert de fonds substantiel de la part de leurs voisines plus riches.

Évidemment, tout ce gâchis de même que les millions de dollars qui seront engloutis dans cette opération nous auraient été épargnés si le PLQ ne s'était pas bêtement enfermé dans cette promesse d'ouvrir la porte aux défusions.

Nul ne peut reprocher à un gouvernement de tenir ses promesses, mais nul ne peut s'empêcher de frémir à la perspective de l'incertitude et des déchirements qu'entraînera cet absurde entêtement, sans même parler des risques liés aux projets de décentralisation que les grandes villes sont invitées à présenter pour tenter de convaincre les défusionnistes de conserver le statut d'arrondissement.



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L'heure juste sur l'erreur de Statistique Canada

Claude Picher

La Presse samedi 21 juin 2003

S'il faut en croire une idée assez répandue dans les médias, Statistique Canada serait en bonne partie responsable du mauvais état des finances publiques québécoises.

Le problème proviendrait d'une erreur de calcul dans le recensement de 2001. Les transferts aux provinces, comme la péréquation et la contribution fédérale au financement de la santé, de l'éducation et de l'aide sociale, sont calculées par habitant. Plus la population augmente rapidement, plus les transferts sont importants. Dans ces conditions, si le recensement sous-évalue la population d'une province, celle-ci ne touche pas la totalité des transferts auxquels elle a droit. De là à accuser l'agence fédérale de statistique d'avoir mal compté la population québécoise, il n'y a qu'un pas que certains ont franchi trop rapidement.

Les sommes en cause sont énormes. Cela vaut donc la peine de jeter un coup d'oeil sur le dossier.

Lorsqu'ils déposent leurs budgets, les ministres provinciaux des Finances tiennent évidemment compte des transferts fédéraux. Pour le Québec, ces transferts devaient se situer, pour l'exercice 2003-2004, à 9,6 milliards, chiffre qui représente à lui seul 17,4 % de l'ensemble des recettes budgétaires. Ces chiffres reflètent les projections du budget Séguin, déposé la semaine dernière.

Les prévisions des provinces sont basées sur leurs propres estimations démographiques. C'est ainsi que dans son budget du 11 mars dernier, la ministre Pauline Marois prévoyait une hausse de 788 millions dans les transferts fédéraux.

Au moment où elle a déposé son budget, Mme Marois ne connaissait pas encore les résultats de l'enquête de Statistique Canada sur le sous-dénombrement. Cet aspect du dossier mérite quelques explications techniques.

À chaque recensement, il y a des gens qui ne sont pas comptés. Le cas le plus fréquent est celui d'immigrantrs récents qui refusent de participer au recensement parce qu'ils craignent tout ce qui vient du gouvernement. Les premiers résultats du recensement ont donc tendance à sous-évaluer la taille réelle de la population, particulièrement dans les provinces qui reçoivent plus d'immigrants. C'est ce qu'on appelle le sous-dénombrement. Après chaque recensement, Statistique Canada mène donc une vaste enquête pour mesurer ce sous-dénombrement et fournir ainsi un portrait plus juste de la réalité. Cette pratique a été introduite il y a plus de 40 ans, et est également suivie par le U.S. Census Bureau et toutes les agences de statistique des pays industrialisés. En 1996, la méthode a été perfectionnée avec l'introduction d'estimations provisoires, ce qui dégage une période d'examen et de consultation de six mois. Pendant cette période, les provinces ont tout le loisir d'examiner les chiffres en profondeur et de rapporter les imprécisions, erreurs ou autres anomalies qu'elles peuvent déceler. Une fois l'exercice terminé, Statistique Canada publie les estimations définitives.

Les premiers résultats du recensement de 2001 ont été publiés en mars 2002. Six mois plus tard, Statistique Canada informait les provinces que les estimations provisoires du sous-dénombrement seraient publiées en mars 2003. De fait, elles l'ont été le 27 mars et c'est pour cela que Mme Marois, comme nous venons de le voir, ne pouvait pas les connaître lors du budget.

Sitôt le budget déposé, le Québec a été plongé dans le tourbillon de la campagne électorale, et plus personne ne s'est intéressé aux prévisions de Mme Marois. Sauf dans les milieux spécialisés, où on a assez rapidement remarqué que la ministre faisait preuve d'un optimisme imprudent (l'expression est polie) en anticipant une hausse de 788 millions des transferts fédéraux. L'économiste Pierre Fortin a été un des premiers à signaler, bien avant que Jean Charest ne confie l'examen du dossier à l'ex-vérificateur Guy Breton, que le budget Marois ne tiendrait pas la route, notamment à cause du calcul des transferts fédéraux.

Et en effet, les chiffres provisoires publiés par Statistique Canada, le 27 mars, confirment que le Québec ne recevra pas 788 millions de plus, mais 294 millions de moins. L'écart dépasse le milliard, et c'est sans doute ce qui a permis à certains de conclure abusivement que le gouvernement québécois serait privé de cette somme parce que Statistique Canada ne sait pas compter.

En réalité, jusque-là, il n'y a aucune erreur de la part de Statistique Canada, qui a mené son recensement et son enquête sur le sous-dénombrement avec sa rigueur habituelle, et qui a publié les chiffres comme convenu.

On a vu que les chiffres du 27 mars étaient provisoires. C'est au cours de la dernière semaine de septembre que les chiffres définitifs seront connus. Toutes les provinces ont été informées de ce calendrier.

Mais pourquoi, dans ces conditions, parle-t-on autant de l'"erreur" de Statistique Canada? Parce que, effectivement, il y a eu erreur, mais que la portée de cette erreur sera infiniment moins dramatique qu'on pourrait le penser.

C'est dans le cadre de son programme d'assurance de la qualité que les spécialistes de l'agence fédérale ont trouvé, après le 27 mars, une erreur de programmation qui risque de fausser les estimations provisoires. Statistique Canada a immédiatement avisé les provinces de ne pas utiliser les chiffres provisoires, et d'attendre la publication des résultats définitifs, en septembre.

Jusqu'à maintenant, selon Statistique Canada, tout laisse croire que l'incidence de cette erreur sur les estimations de la population sera statistiquement minime pour les estimations provinciales. Enfin, il est important de rappeler que l'incidence des estimations de la population sur les transferts aux provinces ne relève aucunement de Statistique Canada (dont le rôle est de fournir les chiffres), mais du ministère des Finances.

De tout cela, il faut retenir qu'il a suffi d'une erreur technique, décelée par l'agence elle-même et dûment communiquée aux provinces, erreur dont l'impact sera vraisemblablement mineur de surcroît, pour déclencher une pluie de faussetés. Si jamais le Québec ne reçoit pas les hausses de transferts prévues par le budget Marois, ce qui est d'ores et déjà une évidence, ce sera d'une part parce que ce budget avançait des prévisions trop optimistes, et d'autre part parce que le Québec est victime de sa faible croissance démographique.

cpicher@lapresse.ca



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Concern growing over Charest's agenda

Social activists, some business groups worried about effects of turn to right

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Saturday, June 21, 2003

Quebec PQ - Increasingly, concern is being voiced throughout Quebec society over Premier Jean Charest's new social and economic agenda.

Teachers, school boards, mayors, daycare workers and low-income families are just a few of the more recent opponents who have joined unions, social activists and even some business groups troubled by the impact of policies to limit state intervention.

Even former Liberal leader Claude Ryan, the guardian of party values, told the Quebec City daily Le Soleil that he was worried about the consequences of some of the new government's actions.

Among them are abolition of universal $5-a-day daycare, a bill to allow recently merged cities to be dismantled, cutbacks in regional development funding and the abolition of business tax credits.

Mr. Charest is determined to proceed as planned on the controversial policies, convinced that when lower income taxes are introduced as promised next year, the majority of Quebeckers will side with his government.

"What we have undertaken is not easy, and Quebeckers know that we are not at the beck and call of any lobby group; nobody received special treatment," Mr. Charest said in a news conference yesterday marking the end of a brief but stormy spring session at the Quebec National Assembly.

"We are doing exactly what we said we would do. What we have done is in perfect harmony with the program that we delivered, whether it is cleaning up tax credits or whether it is on daycare."

The Liberals' aggressive attacks on many of the former Parti Québécois government's social-democratic policies have given PQ Leader Bernard Landry a second lease on life.

Mr. Landry has no intention of stepping down as leader and relishes the prospect of exploiting an agenda that he is convinced will leave voters bitter and angry.

"Many of the protesters are coming from the Liberal ranks, surprised to see this kind of chainsaw attack," Mr. Landry said yesterday.

"They are not behaving like liberals; they are behaving like conservatives."

Mr. Landry predicts growing social tension and economic chaos created by the Liberals and contributing to create a climate that in the long term can only help the sovereignty movement as it begins what he calls a "new cycle" in opposition.

"At the end of the present cycle we will make Quebec an independent nation," Mr. Landry said.

"We are no longer in a position to create dissatisfaction, and the Liberals are."

Opposition parties contend the Liberals tricked voters into believing that more money would be made available for education, for outlying regions and for public services.

Instead, they argue, less is being invested in education, which was a Liberal priority during this spring's campaign.

Regional development has been all but placed on the back burner.

"The Liberal party was supposed to be the party of the regions," Action Démocratique du Québec Leader Mario Dumont said. "If you ask people in the regions what they think . . . people are disappointed."

The PQ Opposition has its eyes set on how the government will handle a bill that would open the door to dismantling recently merged cities if voters approve.

In the western part of Montreal Island, a movement to create a new city is thriving, promoted by former mayors of predominantly anglophone communities. Fear is growing that community leaders may split along linguistic lines.

The bill states that if 10 per cent of eligible voters in a community sign a registry calling for a merger to be undone, a process begins that could lead to a plebiscite after impact studies on the costs of reversing the amalgamations.

Mr. Charest lives in the former town of Westmount, which has opposed its amalgamation with Montreal.

He said yesterday that he will not sign the registry and has ordered his caucus members to follow suit.



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Landry's successor must wait

Lysiane Gagnon

The Globe and Mail Monday, June 23, 2003

It is common in politics for an aging leader to cling to power, while his would-be successor impatiently waits in the wings.

This age-old story recently unfolded in Ottawa and now it's beginning in Quebec, where Opposition Leader Bernard Landry, 66, intends to stay on as Parti Québécois leader -- maybe even to lead the party in the next election in four or five years.

Pauline Marois, the former finance minister who would be a shoe-in if there were a leadership vote today, will just have to wait. The problem is that, at 54, she can't afford too long a wait, since some younger "dauphins" are also vying for the leadership.

As for Mr. Landry, he seems to be considering another decade as party leader. If this were to be the case, the PQ would fight the next election with a leader in his early seventies.

Needless to say, old age -- which sometimes is synonymous with wisdom and experience -- is not a deterrent to good government. But the least one can say is that this wouldn't exactly reflect an image of renewal.

One is tempted to see a parallel between Jean Chrétien, who ferociously held on to his job as long as he could, and Mr. Landry. The comparison doesn't wash, though.

The Prime Minister was perfectly justified to feel aggrieved by the countless attempts of Paul Martin's followers to topple him. After all, Mr. Chrétien had handsomely won his third election, and he was right in arguing that he had been elected for a full mandate. Mr. Landry, having lost the last election campaign, should be more vulnerable.

But the veteran politician, who has actually spent practically all his adult life in politics, has an iron grip on the party militants. He managed to delay the vote of confidence in his leadership for as long as possible: Last week, the conseil national of the PQ, which is formed by the ridings' executives, decided to delay the convention, which should be held this year, until the spring of 2005.

The official pretext is that PQ members should have serious discussions about the party's orientation before choosing a leader. But Mr. Landry made it clear that there wouldn't be much room for debate: For instance, he still insists on his idea of a "confederal union" with Canada, a confusing project in which most sovereigntists do not believe.

The paradox is that Mr. Landry, whose position as party leader should be weaker than Mr. Chrétien's, is more solidly in place than the Prime Minister. Unlike the latter, the PQ leader will not face a strong internal adversary. Pauline Marois is not Paul Martin.

Although she is respected within the party ranks, her standing is much lower than Mr. Landry's in the population. And even though she hardly hides her ambitions, she's not the kind of person who would resort to the crude, tough tactics used by the Martin camp to undermine Mr. Chrétien's leadership.

Another paradox is that all things considered, Mr. Landry is more indispensable to the PQ than Mr. Chrétien was to the Liberal party.

In a party that hasn't been able to attract new interesting figures, Mr. Landry is still, by far, the best man to lead the Official Opposition. He is more experienced, more cultured and more articulate, with more leadership qualities, than all the would-be candidates. As for charisma, Mr. Landry doesn't have much, but the others have even less.

This is why clinging to his job won't be difficult -- as least for a while.

lgagnon@lapresse.ca



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Lettre à Mario Dumont

Yves Presseau

Le Devoir lundi 23 juin 2003

Montréal, le 14 juin 2003

Les dernières semaines vous ont vu passablement morose. Qui ne le serait pas?

Je n'ai pas voté pour vous. Depuis toujours indépendantiste, je suis aussi partisan d'un État qui intervient, pour inlassablement redistribuer pouvoir et richesse.

J'éprouve quand même quelque sympathie pour vous. Surtout, j'ai honte. Un peuple ne joue pas avec ses représentants politiques, comme le nôtre l'a fait cette dernière année, sans se révéler instable et volage. S'il existait en politique une cote comparable à celles qui sévissent en économie, émanant de Wall Street, le Québec aurait vu en avril son crédit politique dégringoler. En quelques mois seulement, sans qu'aucun événement le justifie, le Québec vous a sorti du placard, projeté sur le trône, puis remis sèchement à votre place, faisant la preuve de son immaturité. Mais comment en serait-il autrement ?

J'ai toujours pensé que l'accession à l'indépendance, c'est-à-dire à la responsabilité, était nécessaire à la maturité du Québécois. C'est pour moi une évidence, à laquelle la dernière année, avec ses tristes méandres, donne plus de force. Vous qui avez autrefois flirté avec l'indépendance, sinon avec leurs tenants, ne seriez-vous pas tenté, à la lumière de ce que vous venez d'observer et de vivre, de revoir vos positions sur la question ?



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Francophonie : Abou Diouf veillera au respect des droits


Le Soleil lundi 23 juin 2003

Montréal - Le nouveau secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abou Diouf, a promis de garder un oeil sur les États membres qui ne respectent par les droits humains et de recommander leur expulsion de l'OIF si nécessaire. Abou Diouf, qui terminait sa visite officielle au Canada hier, ne veut pas que le consensus qui s'est dégagé en avril, à Brazzaville, sur la nécessité de faire respecter les droits de la personne dans la francophonie reste lettre morte.

Interrogé par La Presse après un discours prononcé à Montréal plus tôt cette semaine, l'ancien président du Sénégal, élu à la tête de l'OIF en octobre dernier, a avoué que plusieurs des 51 pays membres de l'OIF violent les conventions internationales sur les droits de la personne.

" Vous suivez l'actualité comme moi, vous savez autant que moi qui ils sont ", a répondu le diplomate, à qui les membres de l'OIF ont donné le mandat de s'assurer que les pays qui bafouent les droits individuels seront rappelés dans le droit chemin.

" La méthode privilégiée est d'intervenir pour aider les pays à respecter leurs engagements. Nous avons des mécanismes et des procédures qui permettent de le faire. Nous pouvons aller jusqu'à suspendre un État de notre organisation ", a-t-il noté.

Dans les dernières semaines, le Togo, la Mauritanie et le Congo, où un conflit fait rage, ont fait l'objet d'énoncés publics de M. Diouf. Dans des mots toujours pesés, celui qui a été à la tête du Sénégal pendant près de 20 ans dénonce la violence ainsi que les irrégularités électorales et offre l'aide de l'OIF.

Son approche a maintes fois été jugée trop douce par les grandes organisations non gouvernementales de défense des droits de l'homme. Amnistie internationale a dénoncé le fait que M. Diouf a accepté que la grande conférence de la francophonie sur les droits de l'homme ait eu lieu au Congo, pays connu pour son usage de la torture.

À Montréal, M. Diouf a concédé qu'il n'était pas simple de donner des dents à une politique des droits de la personne dans le contexte de la souveraineté des États.

Le successeur de Boutros Boutros-Ghali s'est d'ailleurs entretenu avec le secrétaire d'État à la Francophonie, Denis Paradis, au sujet de la responsabilité de la communauté internationale à l'égard des populations civiles lorsque leurs gouvernements locaux sont incapables de veiller sur leurs droits ou sont eux-mêmes responsables d'actes condamnables.



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Francophonie: priorité aux droits de la personne

Laura-Julie Perreault
La Presse lundi 23 juin 2003

LE NOUVEAU secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, ne veut pas que le consensus qui s'est dégagé en avril, à Brazzaville, sur la nécessité de faire respecter les droits de la personne dans la francophonie reste lettre morte. À Montréal, cette semaine, il a promis de garder un oeil sur les États récalcitrants et de recommander leur expulsion de l'OIF si nécessaire.

Interrogé par La Presse lors d'un discours qu'il a prononcé au restaurant Hélène de Champlain de l'île Sainte-Hélène plus tôt cette semaine, l'ancien président du Sénégal, élu à la tête de l'OIF en octobre dernier, a avoué que plusieurs des 51 pays membres de l'OIF violent les conventions internationales sur les droits de la personne.

"Vous suivez l'actualité comme moi, vous savez autant que moi qui ils sont", a répondu à la représentante de La Presse le diplomate, à qui les membres de l'OIF ont donné le mandat de s'assurer que les pays qui bafouent les droits individuels seront rappelés dans le droit chemin.

"La méthode privilégiée est d'intervenir pour aider les pays à respecter leurs engagements. Nous avons des mécanismes et des procédures qui permettent de le faire. Nous pouvons aller jusqu'à suspendre un État de notre organisation", a-t-il noté, en ajoutant qu'il préfère de loin la méthode pédagogique à l'exclusion pure et simple des États.

Dans les dernières semaines, le Togo, la Mauritanie et le Congo, où un conflit fait rage, ont fait l'objet d'énoncés publics de M. Diouf. Dans des mots toujours pesés, celui qui a été à la tête du Sénégal pendant près de 20 ans dénonce la violence ainsi que les irrégularités électorales et offre l'aide de l'OIF.

Son approche a maintes fois été jugée trop douce par les grandes organisations non gouvernementales de défense des droits de l'homme. Amnistie internationale a dénoncé le fait que M. Diouf ait accepté que la grande conférence de la francophonie sur les droits de l'homme ait eu lieu au Congo, pays connu pour son usage de la torture.

À Montréal, M. Diouf a concédé qu'il n'était pas simple de donner des dents à une politique des droits de la personne dans le contexte de la souveraineté des États, mais il estime que la francophonie est sur la bonne voie.

Le successeur de Boutros Boutros-Ghali s'est d'ailleurs entretenu avec le secrétaire d'État à la Francophonie, Denis Paradis, au sujet de la responsabilité de la communauté internationale vis-à-vis des populations civiles lorsque leurs gouvernements locaux sont incapables de veiller sur leurs droits ou sont eux-mêmes responsables d'actes condamnables.

M. Diouf, qui est arrivé au Canada mardi dernier pour sa première visite officielle, a visité Ottawa et Montréal avant de se rendre au Nouveau-Brunswick. Il fera un dernier arrêt à Québec, où il rencontrera le premier ministre Jean Charest.