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L'indécence

André Pratte
La Presse jeudi 26 juin

"Dès les premières secondes, la chose a tout de la publicité électorale: musique, texture, paysages." Par ces mots commençait notre éditorial du 22 juin 2002, dénonçant la publicité du gouvernement Landry à l'occasion de la Fête nationale des Québécois. Or, voici que le gouvernement Charest a succombé à son tour à la tentation d'exploiter à ses fins la fête du 24 juin.

Dans la publicité télé et imprimée diffusée ces jours derniers, on voit Jean Charest et ses principaux ministres participant à une fête champêtre. "La Fête nationale, c'est notre fête à tous", dit M. Charest, tout sourire. "C'est le moment de partager nos rêves", enchaîne Monique Jérôme-Forget. Quels rêves? La réingénierie de l'État, peut-être? "Nous avons des valeurs et des projets", dit Claude Béchard. Qui ça, "nous"? Les Québécois, ou le gouvernement libéral? "Notre rêve, c'est celui d'un Québec où il fait bon vivre", conclut le premier ministre. Le rêve de qui, du PLQ?

Le caractère ambigu de cette publicité, le message subliminal éminemment partisan ("Voyez, les libéraux, c'est du bien bon monde..."), relève d'une stratégie en tous points pareille à celle du Parti québécois. Les deux publicités, celle de 2002 (PQ) et celle de 2003 (PLQ) se ressemblent d'ailleurs comme deux gouttes d'eau.

Peut-être ne devrait-on pas être surpris. Après tout, au-delà des idéologies, les politiciens adoptent généralement des tactiques similaires. Tout de même: quand on pense au nombre d'occasions où Jean Charest a dénoncé la "propagande" du gouvernement Landry au cours des dernières années, on se serait attendu à plus de retenue de la part de son propre gouvernement.

Au bureau du premier ministre, on souligne que la publicité gouvernementale à l'occasion de la Fête nationale a coûté seulement 245 000 $, 105 000 $ de moins qu'en 2002 sous le régime Landry. Mais ce n'est pas une question d'argent; en 2003 comme en 2002, les sommes en jeu sont minimes. C'est simplement une question de décence.



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La course vers le centre

Michel David
Le Devoir jeudi 26 juin 2003

Le recentrage d'un parti politique n'est pas une opération qu'on peut réaliser dans la précipitation. Mario Dumont est bien placé pour le savoir: les virages en épingle qu'il a dû négocier au cours des six mois qui ont précédé les élections du 14 avril ont coûté très cher à l'ADQ.

Un parti ne peut pas renoncer du jour au lendemain à des éléments de son programme aussi importants que le taux d'imposition uniforme ou l'ouverture des salles d'opération au secteur privé sans perdre beaucoup de crédibilité.

Il serait évidemment ridicule que l'ADQ se transforme soudainement en apôtre de la social-démocratie. Ce subterfuge ne convaincrait personne. Il ne ferait que déconcerter les centaines de milliers d'électeurs qui ont adhéré au «vrai changement» proposé par l'ADQ.

M. Dumont est cependant un homme trop intelligent pour ne pas avoir compris qu'un recentrage du discours adéquiste est une condition essentielle à la survie de son parti. De toute manière, il n'y a plus d'espace politiquement viable au Québec à la droite du PLQ.

Au conseil général de Trois-Rivières, le 14 juin dernier, le chef de l'ADQ a fait la distinction entre le contenu de son programme et la perception que la population en a eue, mais ce serait une grave erreur de tout ramener à un problème de communication.

Il ne suffit pas de nommer Marie Grégoire présidente de la commission politique pour que l'ADQ prenne l'allure d'un parti progressiste, mais il faut y aller graduellement, en profitant des ouvertures qu'offre la croisade néolibérale dans laquelle s'est lancé le gouvernement Charest.

Par exemple, hier, un des proches conseillers de M. Dumont, le fiscaliste Yvon Cyrenne, lançait un cri d'alarme. Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain et faire en sorte que d'autres entreprises comme ICT aillent s'établir au Nouveau-Brunswick, disait-il.

Durant la campagne électorale, le chef de l'ADQ promettait d'en finir avec l'interventionnisme hérité de la Révolution tranquille, que le PQ avait érigé en dogme. Parions que, d'ici les prochaines élections, il aura redécouvert certains mérites au «modèle québécois».

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Le PQ devrait aussi se lancer - en sens inverse - dans la course vers le centre, laissé vacant par les libéraux. Dans son cas, il s'agirait plutôt d'une course à obstacles, dont le plus important se nomme Bernard Landry.

S'il y a un homme au Québec qui est identifié à l'intervention systématique de l'État dans l'économie, c'est bien lui. Même s'il est clair que des projets comme la Cité du multimédia ou la Cité de l'électronique ont valu des avantages excessifs aux entreprises qui ont accepté de s'y installer, il les a toujours défendus bec et ongles. Tant que M. Landry sera en position d'imposer ses vues, il sera pratiquement impossible pour le PQ de déroger à son credo.

À ce chapitre, Pauline Marois est peut-être la mieux placée pour faire changer les choses, ne serait-ce que parce qu'elle en avait ras le bol de devoir suivre les consignes du premier ministre. Si le PQ était réélu, l'ancienne ministre des Finances promettait de faire le ménage dans les subventions aux entreprises. Peut-être pas aussi complet que celui auquel a procédé son successeur libéral, mais néanmoins un sérieux coup de balai. À la condition que le patron y consente, bien entendu.

À défaut d'apporter des réponses, le texte qu'elle a fait publier dans les journaux, il y a une dizaine de jours, posait la question: «À quoi l'État est-il essentiel aujourd'hui? À quoi est-il nécessaire? De quoi doit-il se faire le promoteur? Où et quand doit-il se retirer?»

Parce que ses états de service au PQ sont récents et qu'il est issu du milieu des affaires, François Legault est condamné à une certaine orthodoxie, qu'il s'agisse de la définition du projet souverainiste ou de la social-démocratie. Ses convictions ne sont sans doute ni plus, ni moins profondes que celles de sa rivale, mais Mme Marois a l'avantage de l'ancienneté.

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À l'approche des élections, il ne faudrait pas se surprendre de voir le PLQ entrer à son tour dans la course vers le centre, qui incarnera le changement dans la tranquillité après quelques années de «réingénierie».

Dans son numéro de lundi, Le Soleil publiait le compte rendu d'une série d'entrevues avec les fameux «experts» qui avaient validé le cadre financier du plan d'action des libéraux, en septembre 2002, comme Jean Charest l'a répété des centaines de fois depuis.

Pierre Lefebvre, de l'UQAM, estime que le gouvernement Charest «va avoir beaucoup de difficultés à faire les baisses d'impôt». Robert Hogan, fiscaliste chez Stikeman Elliott, se dit «moins optimiste» qu'il y a un an. Yves Rabeau, de l'UQAM, prévoit «plus de stress que prévu sur les finances publiques à cause des prévisions conjoncturelles». Philipp Merigan, également de l'UQAM, pense que «ça va être serré au niveau des revenus».

Alors que ces quatre experts avaient trouvé le cadre financier du PLQ «crédible et réaliste», pouvait-on lire dans la plate-forme électorale du PLQ, il y en avait un cinquième dont l'avis n'avait pas été retenu par les communicateurs libéraux. Il prévoyait qu'il pourrait être «difficile pour un gouvernement libéral de respecter ses engagements». Il se nommait Yves Séguin. Lui aussi a changé d'idée depuis.

Si, contrairement à ce que croit aujourd'hui M. Séguin, le ralentissement de l'économie, allié au réalisme politique, empêche les libéraux d'accorder les baisses d'impôt promises, ils invoqueront sans rire, en bons centristes, la nécessité pour l'État de s'acquitter de ses obligations. Après tout, la justice sociale n'est-elle pas une valeur libérale?



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Ottawa peut remplir ses engagements, croit Séguin

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 26 juin 2003

Québec - Le ministre des Finances, Yves Séguin, est convaincu que le gouvernement fédéral dispose de toute la marge de manoeuvre nécessaire pour remplir ses engagements en matière de financement de la santé, y compris les deux milliards de plus que doit verser Ottawa aux provinces si son surplus dépasse les trois milliards.

Comme l'a fait le Bloc québécois hier à Ottawa, Yves Séguin met en doute l'évaluation avancée par le ministre fédéral des Finances, John Manley, qui a prévenu que le surplus fédéral ne pourrait guère excéder trois milliards en 2003-04, soit le niveau de la réserve pour éventualités constituée dans son dernier budget. En vertu de l'accord sur le financement de la santé intervenu en février dernier, il faut que le surplus fédéral s'élève à plus de trois milliards pour que les provinces puissent commencer à toucher la somme conditionnelle de deux milliards.

«Le fédéral va déclarer au moins sept milliards de surplus, ce qui est plus que nécessaire pour confirmer le montant additionnel à la santé», a souligné Yves Séguin avant de se joindre à la réunion du conseil des ministres. «La marge de manoeuvre [du gouvernement fédéral] devrait être suffisante pour honorer les engagements à la santé.»

M. Séguin espère toutefois que le gouvernement fédéral ne se lancera pas dans de nouvelles dépenses qui ne figurent pas au budget, comme il l'avait fait l'an dernier. «On va rappeler au gouvernement fédéral aussi qu'il faudrait qu'il surveille de plus près la progression de ses propres dépenses pour ne pas éteindre accidentellement ses surplus en fin d'année», a-t-il dit.

En après-midi hier, M. Séguin s'est envolé pour Halifax afin de participer à sa première conférence des ministres provinciaux des Finances. Il a indiqué qu'un des tout premiers sujets qu'ils aborderont sera la création d'un bureau de négociation sur le déséquilibre fiscal. «Je dirais qu'il y a un certain accord de principe [parmi mes collègues] à vouloir établir ce bureau sur le déséquilibre fiscal», a-t-il dit. Le premier ministre Jean Charest souhaite que ce bureau soit basé à Québec.

Mais pour le gouvernement québécois, le plat de résistance de cette conférence des ministres des Finances, c'est la réforme du programme de péréquation, qui doit être renouvelé le 1er avril 2004. M. Séguin entend présenter aujourd'hui «une proposition venant du Québec qui va rallier l'ensemble des collègues». Le ministre espère que les provinces s'entendront pour présenter au fédéral une proposition commune de réforme de la péréquation. La proposition que présentera M. Séguin prévoit «un impact budgétaire [pour le gouvernement québécois] certainement entre 500 millions et un milliard», a précisé le ministre.



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Québec veut sa juste part des surplus fédéraux

Mario Cloutier
La Presse jeudi 26 juin 2003

Québec - Le Québec s'attend à recevoir sa juste part des surplus fédéraux l'an prochain, mais aussi tous les ans par la suite. Pour s'en assurer, le ministre québécois des Finances, Yves Séguin, propose à ses homologues provinciaux de présenter un front commun devant Ottawa pour combler le déséquilibre fiscal.

"On pense être en mesure de faire une proposition de réforme globale de la péréquation qui devrait satisfaire l'ensemble des provinces", a déclaré M. Séguin à Québec avant de s'envoler vers Halifax pour une rencontre des ministres provinciaux des Finances.

En réponse à l'énoncé économique du ministre fédéral John Manley hier à Toronto, M. Séguin dit espérer recevoir 1,6 milliard en transferts du gouvernement fédéral pour les soins de santé l'an prochain. Il s'attend à voir Ottawa amasser un surplus de sept milliards à la fin de l'année financière, c'est-à-dire les trois milliards annoncés en plus de la réserve de quatre milliards. "C'est plus que nécessaire, pense M. Séguin, pour confirmer le montant additionnel à la santé. À partir de ce matin, on est confirmés dans cette idée de recevoir ce montant réservé à la santé."

En février dernier, le Québec avait obtenu 800 millions supplémentaires d'Ottawa pour son réseau de la santé, même si le gouvernement du Parti québécois en attendait le double. Le ministre libéral place la barre à la même hauteur cette année. "Avec les coussins relativement très confortables que le gouvernement fédéral s'est donnés, plus de trois ou quatre milliards par année, explique le ministre libéral, la marge de manoeuvre devrait être suffisante pour respecter les engagements à la santé."

Pour aider son homologue fédéral à livrer les 1,6 milliard de dollars demandés par le Québec, M. Séguin y est même allé d'une suggestion. Il croit que John Manley devrait surveiller "la progression de ses propres dépenses pour ne pas éteindre accidentellement ses surplus avant la fin de l'année".

D'ici l'automne, le Québec compte également assumer le leadership d'une proposition de réforme globale de la péréquation. Yves Séguin comptait en discuter hier et aujourd'hui avec ses homologues des autres provinces à Halifax. Le gouvernement fédéral doit revoir le système de péréquation en 2004 et M. Séguin estime que les changements qu'il propose entraîneraient une augmentation des transferts fédéraux de 500 millions à un milliard par année au Québec seulement. Pour y parvenir, il propose de revoir "trois assiettes fiscales": le recensement, les impôts fonciers et les revenus des particuliers.

"On ne s'entend pas encore aujourd'hui sur le nombre d'habitants dans une province, s'étonne l'ancien président de la Commission sur le déséquilibre fiscal. C'est quand même assez incroyable en 2003 que nos chiffres diffèrent beaucoup."

Le ministre québécois des Finances souligne que les changements souhaités par toutes les provinces ne représentent pas qu'une question d'argent. L'enjeu, selon lui, reste plus globalement de réformer le système de péréquation canadien. Il tentera aussi de convaincre ses collègues des autres provinces de mettre sur pied un Bureau de négociation du déséquilibre fiscal qui serait installé à Québec. "Nous avons une grande expertise dans le domaine de la péréquation. J'espère que mes collègues vont se rallier à cette proposition", a-t-il déclaré.

M. Séguin dit avoir déjà eu des discussions informelles avec ses homologues provinciaux à ce sujet depuis quelques semaines. Il répète vouloir surtout "fabriquer une position commune" face à Ottawa qui doit accoucher d'une réforme de la péréquation d'ici un an.

Le sujet sera également au menu de la conférence des premiers ministres provinciaux qui aura lieu dans deux semaines à Charlottetown. Le premier ministre Jean Charest a déjà indiqué qu'il souhaitait aussi échanger avec ses homologues des autres provinces sur cette idée de Bureau du déséquilibre fiscal, un engagement libéral lors des dernières élections au Québec.



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Ce qui fait le dynamisme économique : Le mythe de l'entrepreneurship contre l'État

Pierre-André Julien
Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières
Le Devoir jeudi 26 juin 2003

Dans son discours inaugural à l'Assemblée nationale, le premier ministre Jean Charest affirmait qu'il fallait que le Québec mette maintenant l'accent sur l'entrepreneurship privé plutôt que de se fier à l'État, comme la Révolution tranquille nous y avait habitués dans la défense des intérêts du Québec et des Québécois. Même si ce mot serait plus français en parlant d'entrepreneuriat, acceptons-le momentanément pour rappeler que dans ce cas, il faut aller au-delà des idées simplistes de l'Institut économique de Montréal, qui répète que tout entrepreneurship est bon alors que tout ce qui vient de l'État est mauvais. L'entrepreneurship, qu'on le veuille ou non, est un phénomène collectif qui ne peut pas se passer de l'État.

Il existe toutes sortes d'entrepreneurships. Celui-ci relève d'abord de la création d'entreprises mais aussi du changement régulier dans les entreprises existantes. Une entreprise créée il y a plusieurs années et qui n'a pas introduit de nouveaux produits et de nouvelles façons de faire maintient peut-être des emplois mais ne participe pas au mouvement entrepreneurial qui permet à la société d'évoluer. Cependant, même parmi les entreprises qui innovent, la plupart le font en réaction, après que d'autres les ont systématiquement précédées pour se distinguer et répondre ainsi à la concurrence nationale et internationale.

Si on enlève les 50 % de nouvelles firmes qui disparaissent dans leurs cinq premières années d'existence ou les 70 % qui ferment après dix ans et si on ne tient pas compte de ces entreprises conservatrices qui changent peu, il ne reste qu'environ 10 à 15 % de firmes qu'on peut réellement appeler entrepreneuriales. Ce sont ces entreprises qui constituent le fer de lance de l'entrepreneuriat; elles sont responsables de la plupart des nouveaux emplois permanents et de la transformation des régions qui les abritent, tout en profitant du dynamisme du milieu régional. Pour être plus clair, dans une région, on peut multiplier les dépanneurs, les salons de coiffure, les petits ateliers d'usinage, les imprimeries de faire-part ou de cartes professionnelles, etc., sans que ces entreprises se développent rapidement, se transforment et puissent ainsi être considérées comme porteuses d'entrepreneuriat.

Et la taille et la région n'ont rien à y faire. On trouve de grandes entreprises dans plusieurs régions du Québec qui disposent encore d'équipements mis en place dans la première moitié du XXe siècle et dont le niveau de bureaucratie n'a rien à envier aux services gouvernementaux les plus conservateurs. Les grandes chaînes de restauration minute nous imposent encore à peu près le même mauvais menu d'il y a 30 ou 40 ans. On trouve aussi un peu partout des entreprises de toutes les tailles qui en sont encore au taylorisme de la première moitié du dernier siècle, par lequel les patrons continuent à considérer les employés comme de simples exécutants interchangeables. Par contre, nous travaillons, à la chaire Bombardier, avec des PME qui renouvellent systématiquement leurs équipements, qui innovent régulièrement avec l'aide de leurs employés et qui, finalement, doublent le nombre de ces derniers tous les cinq ou dix ans.

Les gazelles

Comme l'a montré l'étude internationale de l'OCDE à laquelle nous avons participé, on trouve une forte relation entre la présence d'entreprises à forte croissance et le dynamisme régional. Les régions les plus dynamiques du Québec comptent entre 10 et 15 % de leurs entreprises qu'on peut considérer comme des gazelles alors que celles les régions les plus à la traîne en ont moins de 5 %. Or, si ces entreprises sont la force motrice des régions, elles profitent du milieu régional, notamment des réseaux qui génèrent systématiquement de l'information riche stimulatrice d'innovation.

En effet, l'entrepreneur est une personne sociale. Il provient d'une famille (parents, oncles, tantes, grand-père, etc.) qui, au cours de son enfance, lui a fourni, avec l'école, ses repères pour appréhender la réalité et qui lui a donné des modèles sur la façon de créer son entreprise et d'agir pour trouver les ressources nécessaires à cette création. Il est aidé par l'organisation qu'il met sur pied et qui le complète grâce au savoir et au savoir-faire des employés. Cette organisation provient des ressources fournies, souvent à faible coût, par la région, par exemple un entrepôt, de la main-d'oeuvre spécialisée, du capital de proximité (avant tout à base de réputation), des renseignements sur les fournisseurs et les distributeurs potentiels, etc.

C'est ce qu'on appelle le capital social d'un milieu régional, qui est aussi, sinon plus important que le capital financier, en exigence de réciprocité, d'intérêts, au même titre que ce même capital financier, c'est-à-dire de l'implication dans la région. Le milieu régional favorise le développement des réseaux personnels et d'affaires qui permettent de conforter les entrepreneurs dans leur développement (et de diminuer l'incertitude inhérente à toute action économique). Le milieu permet surtout d'obtenir de l'information sur la façon de mieux réussir ce développement. Il fournit aussi des liens avec des sources d'information nouvelle (par exemple avec les collèges et les universités) et l'évaluation de cette information qui constitue la base même de l'innovation systématique.

Le milieu régional ou le capital social peuvent toutefois être porteurs de conformisme, de conservatisme. Par exemple, dans mon village d'adoption, j'ai entendu des citoyens critiquer le fait qu'un jeune veuille aller à l'université en l'accusant «de vouloir leur passer par-dessus la tête». Même dans une région relativement dynamique, une étude a montré que les commerçants, les petits industriels et les professionnels ont tout fait en leur pouvoir pour empêcher l'arrivée d'une firme étrangère, de peur que celle-ci change les normes ou les conventions tacites qui leur permettent de bien contrôler leur milieu. Cette région a ralenti au cours des dernières années à cause de cette fermeture aux nouvelles idées et aux nouvelles façons de faire.

Autrement dit, le dynamisme des entrepreneurs est fonction du dynamisme régional et réciproquement. Dans les régions où le milieu est peu dynamique, on trouvera toujours des entrepreneurs qui ne sont finalement que des gestionnaires sans capacité de changement important. C'est la qualité de la région et de ses réseaux qui facilite le développement des gazelles et soutient leur dynamisme en fournissant idées nouvelles, ressources complémentaires et enthousiasme pour innover.

Les rôles multiples de l'État

L'État central joue un rôle dans ce dynamisme, par exemple en soutenant l'innovation par divers programmes d'aide et en développant les collèges et une université pour une meilleure formation des employés et des dirigeants d'entreprise mais aussi en aidant les chercheurs à travailler avec les industriels dans des réseaux complexes. L'État local, les autorités municipales mais aussi les regroupements de citoyens dans les CLD ont pour première tâche de développer et de soutenir un capital social dynamique. Il le fait en aidant à la création de petites firmes à fort potentiel de développement, en multipliant les réseaux innovateurs et en développant ainsi ce qu'Alfred Marshall appelait déjà en 1919 une «atmosphère industrielle» appartenant à tous et diminuant les obstacles avant tout «dans la tête» des entrepreneurs, futurs ou actuels.

Évidemment, l'État a un autre rôle, celui d'assurer l'équité, le respect des normes environnementales, les activités sociales et culturelles, etc. L'entrepreneurship, ce n'est pas uniquement des usines et des machines, c'est aussi des loisirs, de la verdure, de la culture, soit, au bout du compte, une atmosphère propice à la création et au développement de savoirs. Témoin, les études récentes montrent qu'offrir de l'emploi ne suffit pas à retenir les jeunes dans les régions; il faut aussi une diversité de services et des activités socioculturelles pour des jeunes généralement hautement scolarisés.

Opposer ainsi l'État à l'entrepreneurship, c'est croire à une théorie néolibérale du chacun pour soi héritée du XVIIIe siècle et basée sur une éthique protestante qui n'a probablement jamais existé. C'est surtout ne pas comprendre comment fonctionnent les entreprises, notamment les plus dynamiques, qui ont besoin de cette main-d'oeuvre spécialisée, de services de transport et de distribution complexes ainsi que de liens avec les centres de recherche et de formation avancés. C'est oublier que les États national et local sont des acteurs essentiels dans le développement du savoir et du savoir-faire à la base du dynamisme entrepreneurial et, finalement, du développement de tout le Québec.



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Mascarade ou mensonge ?

Gilbert Lavoie
Le Soleil jeudi 26 juin 2003

Éditorial - "Mascarade" ! C'est le terme qu'utilisaient encore Bernard Landry et François Legault, la semaine dernière, pour qualifier le budget déposé le 12 juin par le ministre québécois des Finances, M. Yves Séguin. Mais un document "entièrement confidentiel", dévoilé la semaine dernière par le réseau TVA, porte à croire que c'est d'un mensonge dont il faudrait parler. Un mensonge... du gouvernement Landry !

Voyons les faits : la semaine dernière, le journaliste Paul Larocque, de TVA, a dévoilé un document présenté au cabinet par la ministre des Finances, Pauline Marois, le 6 novembre 2002. Le document annonçait une impasse budgétaire de 2,6 milliards $ pour l'année budgétaire 2003-2004, et suggérait la tenue d'une consultation publique pour informer la population et corriger le tir. Seule nouvelle positive au tableau, on évaluait alors à 400 millions $ les gains supplémentaires attendus de la péréquation en raison des chiffres du dernier recensement. Le recensement est l'un des facteurs importants dans le calcul à la hausse ou à la baisse des paiements de péréquation versés par le gouvernement canadien.

Mais quatre mois plus tard, ce n'est plus 400 mais plutôt 800 millions $ de revenus supplémentaires que la ministre Pauline Marois a inscrit dans son budget du 11 mars à cause du recensement. Rien de moins que le double du montant prévu en novembre ! Que s'est-il passé pour justifier un tel optimisme ? Absolument rien. Le gouvernement Landry a tout simplement demandé à ses fonctionnaires de gonfler les chiffres afin de présenter un budget alléchant et "équilibré" à la veille du déclenchement des élections.

Cette affaire soulève de sérieux doutes sur l'intégrité de l'administration gouvernementale. Les citoyens tolèrent jusqu'à un certain point que les politiciens jouent avec les faits pour "vendre leur salade", mais ils tiennent pour acquis que les données brutes préparées par les fonctionnaires sont conformes à la réalité. Quand un gouvernement en fin de mandat ordonne à ses fonctionnaires de gonfler des prévisions de revenus, il leur demande de se faire les complices d'un mensonge partisan.

À leur crédit, les fonctionnaires québécois ne sont pas les seuls à avoir été placés dans une telle situation. Pendant des années, les fonctionnaires fédéraux des Finances ont délibérément sous-estimé les revenus du gouvernement canadien. Paul Martin mettait de l'ordre dans les finances publiques à Ottawa, et il ne voulait pas trop montrer ses revenus afin de les soustraire à l'appétit des provinces ou de ses collègues du Conseil des ministres.

Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, on commence à peine à deviner à quel point les gouvernements Bush et Blair ont mis de la pression sur les employés de l'État ou des agences de renseignement pour exagérer la menace militaire de l'Irak. La petite histoire des gouvernements démocratiques est sans aucun doute très riche de cas similaires.

Les employés de l'État ont l'obligation de s'en tenir aux faits. Les politiciens n'ont pas le droit de leur demander de déformer la réalité.

Il y avait sans doute un peu de mascarade dans le spectacle qu'a donné le gouvernement Charest sur les finances publiques à son arrivée au pouvoir. Mais le mensonge du gouvernement précédent était tout aussi condamnable. Il faudra peut-être, un jour, qu'un vérificateur général audacieux se mette le nez dans ce genre de comportement. Il outrepasserait sans doute son mandat, mais les contribuables ont droit à la vérité.



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Non-francophone MNAs get consolation

DON MACPHERSON
The Gazette Thursday, June 26, 2003

When Premier Jean Charest presented his cabinet in April, non-francophones were far from over-represented at the highest level of the government.

Non-francophone voters make up about 18 per cent of the Quebec electorate. And the Liberals received about 40 per cent of their votes across the province from non-francophones.

But of the 25 original members of the Charest cabinet (one has since resigned), only three were non-francophones. There was no minister representing Montreal allophones (people with mother tongues other than French or English) or West Island anglophones.

Liberal MNAs Christos Sirros, Russ Williams, Geoff Kelley and Russell Copeman all had at least two terms of experience, and all were considered cabinet material. But all were passed over, in some cases in favour of first-term members whose only apparent qualification was that they happened to represent the right regions.

Sirros's absence from the cabinet was especially glaring since he also had previous ministerial experience. A member of the Assembly since 1981, he held several, mostly junior cabinet positions from 1989 to 1994. To add insult to injury, Sirros then ran for president, or speaker, of the Assembly, but the Liberal caucus elected Michel Bissonnet.

As consolation prizes, the disappointed non-francophone MNAs received appointments to less prestigious (and less well-paying) legislative positions.

Sirros had to settle for first vice-president of the Assembly. Kelley and Copeman were appointed chairpersons of the Assembly's standing committees on education and social affairs, respectively. Williams was named parliamentary assistant to the minister of health and social services, Philippe Couillard.

Kelley and Copeman's committees might be able to raise public awareness of issues by initiating hearings on them. But for the English-speaking community in particular, the most interesting appointment could turn out to be Williams's.

Sometimes, the only thing a parliamentary assistant needs to know to do his job is how the minister takes his or her coffee.

But immediately after Williams's appointment, Couillard assigned him the file on access to health and social services in English.

That's probably the priority issue for anglophones in relation to the Quebec government, along with minority representation in the provincial civil service, which is also of interest to other minority groups.

Although it received little attention at the time, Charest addressed both those issues in his speech at the opening of the first session of the new legislature.

Speaking in English, he promised that his government "will assure that the letter and the spirit of Bill 142, which guarantees access to health care and social services to the English-speaking population in their language, is respected."

Bill 142, which provides for regional plans for French-language institutions to provide English services where necessary, became law under the previous Liberal government. But the former Parti Québécois administration reduced the guarantees, giving precedence to the right of francophone service providers to work in French.

Charest's assurance was a rare case of a government promising more after it was elected than before since the Liberal platform didn't mention the English services issue.

He also wanted the civil service to be "the most accurate reflection possible of the diversity of our society," and the retirement of 44 per cent of government employees over the next 10 years presents an opportunity to achieve that objective. "The cultural communities, the aboriginals as well as the anglophones of Quebec must be represented at all levels of the Quebec government. All the components of society must be reflected."

That promise is a hardy perennial for all Quebec governments, however, and Charest did not mention the concrete measures that would be necessary to increase minority hiring.

But Williams is working on the English-services issue. Among his first tasks will be to form a new anglophone provincial advisory committee to replace the one that resigned more than a year and a half ago to protest the PQ's reductions of services.



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In Montreal, Cirque Du Soleil Builds On A Dream That Began On The Streets

FRANK RIZZO
The Hartford Courant (Connecticut, USA)
June 22, 2003 Sunday

To step inside the world headquarters of Cirque du Soleil, on the bleak industrial outskirts of Montreal, is to enter into a factory for the imagination.

Among the glass and concrete hallways are artistic touches of color, light and design. A sculpture of an acrobatic figure hangs upside down over the information desk. An art exhibit is arranged outside the cafeteria. A display of masks brighten the long industrial corridors that lead to giant rehearsal halls, costume shops, set design spaces, gymnasiums, physical therapy centers, corporate offices and huge rooms filled with masks, sequins and fanciful creations.

It's low-tech mixed with high style, the blending of the funky and functional, the street meeting the suites.

This is where Cirque du Soleil (pronounced "sirk doo so-lay"), or "Circus of the Sun," calls home. It's where new shows are developed, replacement artists rehearse and prospective performers train for productions still to be created.

What began nearly 20 years ago as a couple of street performers has grown into a global business with more than 500 performers, nine epic shows, a TV series and a sprawling complex, all adding up to a billion-dollar industry.

The location of the headquarters is a reminder of the humility as well as the shrewdness of Cirque's leaders. The complex is set not in the prime real estate market of the center city but in a no-man's land near a recycling plant, a landfill site and a quarry. The land was cheap in 1997 and allowed Cirque space to build and expand in 1999, again in 2001 and again this year. The $40 million headquarters was built with no city, state or federal loans, grants or bonding, says Lyn Heward, president and chief operating officer of the creative content division.

"This is a private enterprise," she says of the for-profit, non-unionized company, which is solely owned and run by Cirque's founder, Guy Laliberte, 44, making him one of the wealthiest businessmen in Canada.

Indirectly, the Cirque complex has helped others grow. L'Ecole Nationale de Cirque, the national circus school of Montreal -- which is unaffiliated with Cirque -- is making its new headquarters across the street, creating an area that is known as Cite des Arts du Cirque.

But Cirque du Soleil is doing more than change the landscape of a Canadian city, or even the way people look at the circus arts. It has created a global entertainment and business phenomenon the likes of which few have seen before.

To Hartford

Cirque's arrival today in Hartford with its show "Dralion" is part of its strategy of breaking into so-called "secondary" markets." Cirque has repeatedly played New York, and more recently Boston; this tour is an attempt to expand its reach into Southern New England.

Hartford was chosen a year-and-a-half ago, says Marco Lenzi, Cirque'sdirector of sales and public services, because the city and especially its surrounding communities within a one-hour drive has a population that skews high in terms of income, education and arts awareness. It coincides with its own audience demographic research of people willing to pay $65 -- or more -- for a prime ticket.

New Haven was considered but rejected because no adequate outdoor site could be found. Hartford came up with a loan of $100,000 from its Economic Development Commission to prepare a downtown site for Cirque, and the deal was done.

Cirque is expected to give Hartford an economic as well as a morale boost during the summer. It also brings back a big circus tent show to Hartford. With the exception of a small circus in the '90s at the former jai alai fronton and the Big Apple Circus in Bushnell Park in 1984, Cirque is the first big tent show to play Hartford since the historic circus fire of July 1944 at the Barbour Street Grounds in the city's North End, which resulted in 168 deaths. Because of the size and scope of the production -- 150 performers and support personnel travel with the show -- Cirque needs to stay in a city for three to four weeks to make it profitable.

Still, with 30 Hartford performances over three weeks, the 2,500-seat tent with $65 top tickets (not including the 200 $165 "Tapis Rouge" tickets that provide the best seats as well as private pre-show entertainment and treats at an exclusive adjacent tent), the initial Hartford run could be quite profitable. If the shows sell out and attracts 75,000 people, Cirque could gross $4 million -- or more -- during its Hartford stay, not including income from its extensive line of concessions.

The long-term goal is for other Cirque shows to return to the new touring cities such as Hartford every two years or so, according to Lenzi.

Cirque has discovered that the touring market is a lucrative one, and with many of its existing productions in multiweek (or month) runs, the shows already exists to supply that demand.

Besides "Dralion," there's "Saltimbanco" which is more than 10 years old and still going strong, currently touring in Europe. Other touring shows still performing are "Quidam" (currently in Japan), "Alegria" and "Varekai" (both in North America) with "O" and "Mystere" at permanent sites in Las Vegas and "La Nouba at Walt Disney World Resort in Orlando, Fla. The adults-only "Zumanity", which opens in August, is its third permanent placement in Las Vegas and its 15th show since Cirque began. (Don't look for any of Cirque's casino shows to come to Connecticut; Cirque has an exclusive North American agreement at casino-resorts with MGM-Mirage. It also has an exclusive theme park arrangement with Disney.)

Because Cirque attracts a more upscale audience -- a theatergoing crowd more comfortable paying the $45 to $65 ticket price -- it is also attractive to other national business partners as well as a long list of local corporate sponsors.

Cirque's marketing is also savvy, getting a leg up on a new city with its own internet membership, giving advance sales to American Express customers and building some relationships with local arts groups. (In Hartford, the Bushnell Center for the Performing Arts has been the principal beneficiary, handling the engagement's group sales.)

'The Show Is The Star'

Though in recent years Cirque has achieved a higher profile (at the Oscar telecast, the Bravo network series, the provocative Vegas shows), it has yet to cross over into widespread American awareness. That may change with the new tour throughout America, which will make it a familiar presence on a regular basis for years to come.

But Cirque is also sensitive to its own success. One of the biggest questions leaders of Cirque ask themselves is about overexposure and the perils of going from Cirque du Soleil to Cirque du So What?

"It's an ongoing conversation," says Lenzi. "The rarity factor is a big part of the attraction to Cirque. The idea that you've got to get it while it's there because it probably won't be back for two or three years. Broadway shows replicate themselves. We won't. When you're seeing 'Dralion' it is the only place in the world where 'Dralion' is playing."

Cirque's reputation is rooted in the general mystique of its artful blending of circus arts (minus the animal acts) with sophisticated theatrical, dance and music elements and the latest in performance technology. But what exactly Cirque is selling is a bit harder to pin down.

Cirque sells "a mood, an ambience, not a particular show, act or person" says Lenzi. Although all the shows feature gasp-inducing performers, none achieve an importance larger than the entertainment itself.

"The show is the star," says Murielle Cantin, a casting director for Cirque.

"What makes Cirque so successful is that it's completely accessible and there's meaning on any level that you chose to find," says Colin Gee, one of three clowns of "Dralion."

Cirque's populist appeal is rooted in the circus arts tradition that goes back centuries. But Ringling Bros. it ain't. Cirque has a one-ring focus, eschews the tacky and garish and sees its shows as a seamless integrated theatrical whole. It also takes a global approach, not just in finding the best acts in the world but in presenting them in a harmonious blend, combining the cultures in a Cirque whole woven together with music, dance and costumes from many cultures and themes that range from the evocative to the contemplative. Even the invented names of the shows are both foreign and familiar, creating their own other-worldly language.

The made-up word "Dralion" itself is a combination of "dragon" -- which represents the dreamy Eastern elements of the show -- with "lion," representing its more puckish Western sensibility of the production. Still, because of the majority of its cast members -- 37 of the 55 performers are Chinese acrobats -- "Dralion" has a more specific identity compared to most of the other Cirque shows.

But what makes the show, created in 1999, different from being just another tour of the Peking Acrobats with better production values?

"It's about the East meeting the West," says Lyn Heward, president and chief operating officer of the creative content division, about a Chinese acrobatic tradition merging with Western theatrical traditions and making it new."

They must be doing something right. "Dralion" has become Cirque's biggest-selling show in North America, she says.

"It's not simply about being able to do a double somersault for its own sake," says Patrice Aubertin, director of training at the Montreal complex. "We help them transform that athletic vocabulary and help them to say something new and artistic with it."

Work And Play

That dichotomy is also reflected in the business and creative growth of Cirque.

"It's a strange beast," says Aubertin. "It's quite a challenge to harmonize the notion of business and art. It's getting extremely difficult to protect the culture of Cirque because it's getting so big, and it's going faster. We need to be extremely vigilant about what's coming from the outside and the impact it has on the creative process. Fortunately, it's an open conversation. I don't think there's been a week here there hasn't been such a discussion so keeping that question alive guards us from falling into something that is too easy. Besides, there's enough rebels here so when things get too corporate you get a strong reaction from the rebels saying, 'What are we doing?"'

"We don't use focus groups," says Sylvie Galarneau, artistic director of "Dralion." "If you start doing things from other people's perimeters and not your own imagination, then you get into trouble."

"I'm still surprised and pleased that the chaos of the beginning is still here," says casting director Cantin. "Guy started as a street performer, that he reminds us that Cirque was born in the streets -- it's something that he's never forgotten. He understands that beginning when we had to catch the attention of the person walking by on the street by something you could do that was just too interesting, something they just wouldn't see in their daily life, and make it a changing, magical, emotional experience for them. Yes, we now have a beautiful building but Guy is still challenging us to do better than last time. This is a big place about humbleness."

"We don't have an imperialistic vision of the world," says Heward. "We're not out to conquer people. We're out to touch people. But we're not going to do it at any cost. We only do the projects that we want to do. We get a lot of offers. But we don't take many of them up. We're very protective of the creation and that's because it's still owned by its founding artist."

Quite A Guy

All conversations about Cirque's galloping success in art and business -- and its future -- inevitably leads to its creative founder, Guy Laliberte.

One searches for comparisons: Disney, of course, comes immediately to mind. Not the modern global monolithic corporation, but when the younger company under Walt's guiding hand of the '30s, '40s and '50s. Or maybe Jim Henson when his Muppet enterprises were becoming a major part of the pop culture. Or Steve Jobs at Apple, who bucked established computer development to do his own thing. Or even Martha Stewart, when she was the outsider visionary tastemaker, not the alleged inside trader. These are people who had a unique creative vision but wanted to do it their own way.

"He calls himself The Guide," says Kris Burley, assistant artistic coordinator. "He's a powerful personality in terms of his impact, his direction and expectations. He maintains the freshness so it keeps developing in new ways that even surprise him."

"This is the man who took street performing and made it into one of the most creative and successful entertainment companies in the world," says Aubertin. "Maybe he's a little bit nuts in some ways but he's a very strong driving force, certainly not the corporate suit or the corporate whip.

It's through his force of personality and the way he focuses on the artist and the shows. There is a direct line down from guy to the creative process.

"He's a man who has created the dream and he inhabits the dream," says Gee. "But there are practical and pragmatic considerations as well. Guy is fascinating to watch because his life is about this construction around a dream."

"Dralion" has previews today at 1 and 5 p.m. and opens Tuesday on Market Street, near the junction of I-91 and I-84. It continues through July 13. Performances are Tuesdays and Wednesdays, 8 p.m.; Thursdays through Saturdays, 4 and 8 p.m.; and Sundays, 1 and 5 p.m. (There is just one performance June 26 at 8 p.m., and July 5 there will be performances at 1 and 5 p.m.) Tickets: $45 to $65 for adults; $31.50 to $45.50 for children; $40.50 to $58.50 for students 13 to 17 and seniors 65 and older on Tuesdays to Thursday nights and Fridays at 4 p.m. VIP "Tapas Rouge" tickets cost $165 for adults, $115 for children. Tickets are available at 1-800-678- 5440 or through the website www.cirquedusoleil. com.

GRAPHIC: PHOTO: 1 (color); SEVY / IMAGES DISTRIBUTION
PHOTOS: 2 (color); AL SEIB
PHOTO: 1 (color); FRANK RIZZO / THE HARTFORD COURANT
; CLOCKWISE from bottom left: Aerialists meeting in flight, a juggler's balancing act and a sparkling performer from "Dralion," the latest show from Cirque du Soleil, coming to Hartford today.
ASA SOKOL-KUBIAK and Jerome Le Baut practice in Montreal for one of Cirque du Soleil's touring shows, "Quidam," now in Japan.