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Actualité
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Landry part-il ou reste-t-il?
Michel Venne
LE DEVOIR mercredi 4 juin 2003
En avril, Bernard Landry avait été clair: «Dans l'intérêt du parti, je reste [comme chef de l'opposition] et, pour les mêmes raisons, je ne dirigerai pas ce parti à la prochaine campagne électorale. [...] J'ai fait mon temps. J'ai fait ma part. J'ai fait ce que j'avais à faire.»
Lundi soir, au cours d'une entrevue avec Pierre Maisonneuve au Réseau de l'information (RDI), il ne disait plus la même chose. Lorsque le journaliste lui a mentionné que tout le monde avait compris qu'il ne dirigerait pas le Parti québécois lors du prochain scrutin, M. Landry a répondu que cette interprétation était «hâtive» et que toutes les hypothèses sont ouvertes. Le 19 mai, en entrevue à TVA, il avait évoqué la même chose mais sans que cela ne retienne l'attention.
C'est dire qu'il pourrait rester. Et donc que plus rien n'est clair.
M. Landry a tout à fait le droit d'entretenir l'ambition de continuer, si tel est le cas. Mais en dévoilant au public l'objet de sa réflexion personnelle, il se place lui-même et il place son parti dans une situation pour le moins inconfortable : assis entre deux chaises. Il met du coup plusieurs militants dans une situation embarrassante et s'expose à des critiques. En cultivant l'ambiguïté, il ne parvient pas davantage à enrayer, comme il le souhaite peut-être, la course larvée qui s'est amorcée en coulisses entre Pauline Marois et François Legault.
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Le scénario qui commençait à s'accréditer était le suivant : le député de Verchères demeurait chef de l'opposition pour un an; pendant ce temps, le parti mettait en place les conditions pour qu'ait lieu au sein de la famille péquiste une course au leadership, la première depuis 1985, afin de renouveler la direction et la pensée de cette formation politique, avec l'espoir également de recruter de nouveaux membres.
Certains veulent un débat d'orientation au sein du parti avant de choisir son chef. Un débat d'orientation sans connaître l'identité de l'orienteur, qu'il s'agisse de M. Landry ou d'une autre personne, serait une perte de temps. Cette question doit être réglée d'abord.
M. Landry devait s'entendre avec le conseil exécutif du Parti québécois sur une date à laquelle il quitterait ses fonctions. Cela ne le forcerait pas pour autant à mettre un terme à son engagement public, celui de toute une vie, en fait, au service d'une cause, au service du Québec et au service de ses concitoyens. Il y a d'autres façons d'être utile en politique. Le Québec n'a pas trop d'elderstatesmen de qualité, qui peuvent, comme le fait Claude Ryan dans le camp libéral, mettre des pendules à l'heure et agir comme médiateurs.
Pendant que le chef actuel occuperait avec rigueur le poste de chef de l'opposition, les anciens ministres désireux de briguer sa succession pourraient consacrer ouvertement leur temps à cette tâche au lieu de se confondre en manigances. Le débat n'en serait que plus sain. Le délai accordé aurait aussi permis à d'autres militants de recruter un ou des candidats au leadership si ceux déjà en lice ne leur convenaient pas.
Tant que M. Landry laisse planer un doute sur ses intentions, il empêche le parti de mettre en branle ce processus et surtout la clarification des règles du jeu pour tous. Il ne peut pas repousser longtemps le moment de décider, sans quoi le climat risque de se gâter. Soit il reste pour les prochaines élections, soit il annonce bientôt la date de son départ et, du même coup, il sonne le déclenchement de la course à sa succession. Il n'y a pas d'entre-deux possible.
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S'il choisit de rester, la question du renouvellement du parti reste entière. Quel est le processus qui remplacerait une course au leadership pour assurer un nouveau départ au parti fondé par René Lévesque ?
Le PQ ne peut pas sortir de neuf années de pouvoir sans se remettre en question. Il n'a recueilli que 32 % des suffrages exprimés et l'appui de seulement 23 % des électeurs inscrits le 14 avril. En 2003, il a récolté un demi-million de votes de moins qu'en 1998. Ce n'est quand même pas rien.
La réflexion sur le leadership au PQ et le débat qui y sera associé au sujet du programme du parti ont lieu dans un contexte dans lequel l'ADQ refuse de rendre les armes et où la gauche, stimulée par la perspective d'une modification du mode de scrutin, pourrait avoir envie de donner un nouveau souffle à l'UFP et au Parti vert, voire de fonder carrément un autre parti. Autre élément de contexte : le changement de la garde partout ailleurs dans le merveilleux monde de la politique canadienne, y compris et surtout au Parti libéral du Canada, où le départ de Jean Chrétien marque la fin d'une époque.
Enfin, il faut aussi retenir la possibilité que le présent gouvernement soit au pouvoir non pas pour les quatre mais pour les huit prochaines années, comme le veut une sorte de règle non écrite selon laquelle on donne la chance à un gouvernement de faire un second tour de piste après un premier mandat. Évidemment, le PQ agira dans le but de gagner les prochaines élections. Mais son chef et ceux qui le suivent ne peuvent pas ignorer cette déplaisante perspective d'un séjour plus long sur les banquettes de l'opposition et se gouverner en conséquence.
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
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La mélodie du bonheur régional
André Pratte
La Presse mercredi 4 juin 2003
La nouvelle ministre déléguée au Développement régional, Nathalie Normandeau, s'est fixé un objectif on ne peut plus ambitieux: elle souhaite des régions heureuses. "Le succès de nos politiques en développement économique ne se mesure pas au nombre de structures, mais au bonheur des citoyens qui vivent en région", a-t-elle dit la semaine dernière.
Va pour le bonheur des habitants des régions. Mais osons ajouter: pas à n'importe quel prix. Une vaste et fascinante étude sur les régions périphériques, dont un compte rendu vient d'être publié, met en garde les gouvernements contre la tentation de se fixer, en matière de développement régional, des objectifs trop ambitieux. "Les régions périphériques, à part peut-être certains cas exceptionnels, ne sont pas près de croître à nouveau, et toutes promesses ou objectifs de politique allant en ce sens ne mèneront qu'à des déceptions", écrivent Mario Polèse et Richard Shearmur, de l'INRS-Urbanisation, Culture et Société. (1)
Pendant deux ans, une équipe de six chercheurs a fouillé tout ce qui s'était fait dans le domaine au Canada et dans le monde. Ils ont compilé des statistiques, rencontré des experts internationaux et visité les régions périphériques du Québec et des provinces de l'Atlantique. Tenants d'une approche "réaliste", ils ne concluent pas qu'il faille abandonner les régions périphériques à leur sort. Ils recommandent plutôt aux décideurs d'admettre que les tendances jouant contre les régions sont puissantes et ne pourront pas être renversées. Que la population et l'emploi vont continuer de décroître dans la plupart de ces coins de pays au cours des prochaines années, avant de trouver un "nouvel équilibre". Les pouvoirs publics devraient donc consacrer leurs énergies à faciliter la transition vers ce nouvel équilibre, qui assurera la prospérité (et le bonheur!) à une population plus petite.
L'équipe de MM. Polèse et Shearmur démonte certains mythes relatifs au potentiel des régions périphériques. Par exemple, celui voulant qu'avec les nouvelles technologies de l'information, la distance n'ait plus d'importance. Selon cette conception, il suffirait de doter toutes les régions d'un réseau de communication à haute vitesse pour "brancher les régions à l'économie du savoir", comme le propose la plate-forme du Parti libéral. Or, démontrent les chercheurs, la distance a autant d'importance qu'avant, sinon plus. Les régions périphériques qui ont réussi à se développer au cours des dernières années sont celles qui se trouvaient non loin d'une grande ville et qui étaient particulièrement bien dotées en infrastructures de transport.
Contrairement aux prévisions, les nouvelles technologies d'information stimulent la concentration de l'emploi dans les centres urbains. On aurait beau brancher la Gaspésie entière sur l'Internet haute vitesse, y construire une autoroute à six voies et un aéroport international, la Gaspésie restera éloignée des grands centres et des principaux marchés. Un créateur multimédia ambitieux n'a pas davantage intérêt à s'y installer qu'une usine de pièces d'avion. Par conséquent, soulignent Polèse et Shearmur, "les obstacles à la création d'emplois riches en savoir sont nombreux (en région), sinon insurmontables, et il n'y aura pas de miracles".
Dans ses premiers discours, Mme Normandeau s'est engagée à procéder à une véritable décentralisation des pouvoirs vers les régions. Une fois le cadre établi, c'est aux acteurs régionaux qu'il reviendra de proposer au gouvernement les responsabilités dont ils veulent s'acquitter. Ce serait donc la fin du modèle unique. Les avantages de politiques souples, ajustables selon les régions, ressortent d'ailleurs nettement de l'étude de Polèse et Shearmur.
Mais le test de la politique régionale libérale viendra après la mise en place des nouvelles structures. Lorsqu'une usine sera menacée de fermeture; lorsqu'un village exigera de pouvoir garder son école; lorsque les décideurs d'une région réclameront plus d'argent pour leur projet chéri. C'est alors que tous devront faire preuve de réalisme. Rêver, soit, mais en noir et blanc. Les projets grandioses, les grosses subventions peuvent faire illusion à court terme. À la longue, fuites et cataplasmes sont non seulement coûteux pour l'État mais nuisibles pour les régions concernées, ne faisant que retarder une adaptation inévitable et nécessaire.
1) Dans Options politiques, mai 2003. Le rapport final de la recherche est disponible à l'adresse www.inrs-ucs.uquebec.ca
apratte@lapresse.ca
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Mario, maître chanteur
J. -Jacques Samson
Le Soleil mercredi 4 juin 2003
Éditorial - Mario Dumont a volé le spectacle hier en bousillant la première véritable élection d'un président de l'Assemblée nationale. Il ne s'est certainement pas grandi toutefois en sabotant la rentrée parlementaire en guise de représailles parce qu'il n'a pas obtenu la reconnaissance officielle de son parti à l'Assemblée. Il est aussi en négociations sur le budget qui sera octroyé à son parti, 120 000 $ par année au cours du dernier mandat pour son service de recherche, qu'il voudrait faire indexer sur la base des votes additionnels obtenus par l'ADQ.
M. Dumont a d'abord indirectement manqué à sa parole, en faisant refuser le consentement requis pour procéder au scrutin secret pour le choix du président par l'un de ses députés, alors qu'il aurait déjà personnellement donné son accord. Le leader du gouvernement, Jacques Dupuis, en prend à témoin le secrétaire général de l'Assemblée nationale. Entre chefs de parti ou leaders parlementaires, de tels manquements à l'éthique parlementaire sont inacceptables. Le bon fonctionnement de l'Assemblée nécessite un minimum de fair play que M. Dumont n'a pas respecté. Il aura vite à s'en repentir, soyez-en assurés. Surveillez bien le traitement qui lui sera réservé dans les prochaines semaines. Qu'il ne vienne surtout pas poser en martyr alors.
Le chef de l'ADQ a en plus placé ses intérêts partisans au-dessus de l'acquis qu'aurait représenté l'élection d'un président de l'Assemblée nationale au vote secret de tous les élus au Salon bleu. Les directions du Parti libéral et du Parti québécois avaient même déjà indiqué qu'elles préconiseraient un vote tout à fait libre de chacun de leurs députés. L'élection du président avait été préconisée en 1998 par Lucien Bouchard qui s'inspirait du procédé retenu à la Chambre des communes et à l'Assemblée législative de l'Ontario, en remplacement des habituelles tractations entre le bureau du premier ministre et celui du chef de l'opposition pour le choix d'un président acceptable pour les deux caucus.
En 1981, en 1985, en 1994, les députés qui ont finalement hérité de cette prestigieuse fonction, assortie d'un important volet de relations internationales, étaient d'ailleurs des deuxièmes choix du premier ministre. Les premiers noms soumis ont été rejetés par les oppositions libérale ou péquiste, selon le cas. Les présidents désignés au terme de ce cahoteux procédé ont malgré tout souvent vécu de graves problèmes, leur impartialité étant mise en doute. Les libéraux ont notamment menacé de retirer publiquement leur confiance dans l'ex-député de Portneuf, Roger Bertrand. Il a été plus discrètement muté à d'autres fonctions. Le premier ministre, Jean Charest, a été forcé hier soir de revenir à ce ridicule magasinage, après un vote au sein de son caucus pour choisir le candidat numéro un entre les quatre prétendants au trône, Michel Bissonet, dont il a soumis le nom à Bernard Landry. Ce choix devrait être agréé par le caucus péquiste mais le président n'aura pas le lustre que lui aurait conféré son élection solennelle hier.
M. Dumont a justifié son attitude hier par une volonté de se faire plus respecter comme formation politique à l'avenir, en refusant ce premier consentement. Faire reculer l'institution parlementaire, écoeurer les 121 députés des deux grands partis et risquer de provoquer l'atterrissage dans le fauteuil du président d'un aspirant à la fonction qui ne serait pas celui qui aurait recueilli le plus grand nombre de votes dans un scrutin secret, sont de bien curieuses façons de se faire respecter. Sur ce dernier point, il est malheureux que le Parti québécois n'ait pas mené un scrutin parmi ses députés, pendant qu'un tel exercice était mené au PLQ. Il aurait suffi d'additionner les résultats pour court-circuiter Mario Dumont et donner au prochain président la légitimité recherchée par la réforme qui en était au stade expérimental. Seul le caractère secret des résultats aurait été partiellement perdu.
L'ADQ a obtenu 18 % des votes le 14 avril et ne compte que quatre députés. La sous-représentation à l'Assemblée des 697 000 Québécois qui ont appuyé ce parti est criante. Des injustices semblables se sont cependant répétées depuis 1970. Le règlement de l'Assemblée nationale et la Loi sur les conditions de travail des membres de l'Assemblée sont cependant clairs sur les critères de reconnaissance d'un parti. Mario Dumont ne peut contourner à répétition le mode de scrutin, le règlement et la loi, si juste sa cause soit-elle, en exerçant un chantage de bas niveau comme il l'a fait hier. Qu'il travaille plutôt à corriger le problème à sa racine, par l'adoption d'éléments de représentation proportionnelle et l'octroi ensuite de budgets de fonctionnement ajustés sur les votes obtenus par chaque formation. Il trouvera de nombreux appuis partout dans la société.
JJSamson@lesoleil.com
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1,5 MM $ de projets en attente à la SGF
Stéphane Paquet
Le Soleil mercredi 4 juin 2003
Ce que le gouvernement Charest appelle la "période de flottement" dans les engagements gouvernementaux entraîne le report d'investissements de 1,5 milliard $ de la part du secteur privé. La SGF devait investir dans ces projets.
Selon ce qu'a pu obtenir LE SOLEIL, une "estimation prudente" effectuée à la Société générale de financement (SGF) arrive à la conclusion que huit projets d'investissements privés sont actuellement sur la glace, en attendant de voir quel rôle le gouvernement Charest donnera à la SGF. La société d'État devait être partenaire de ces différents projets totalisant un milliard et demi de dollars, en y prenant des participations sous forme d'actions ou de placements privés.
À la SGF, la directrice des communications, Sylvie Brousseau, n'a pas voulu confirmer ni infirmer les chiffres avancés par LE SOLEIL, admettant tout de même que la société d'État "rediscute et réanalyse beaucoup de projets".
À Québec, au bureau du ministre Michel Audet, nouveau responsable de la SGF, l'attaché de presse Michel Rochette a dit que "tant qu'il n'y a pas de budget, tout est revu", sans vouloir lui non plus commenter plus précisément les informations du SOLEIL. Le dépôt du budget est prévu à la mi-juin.
Aux investisseurs qui avaient négocié, souvent pendant des mois avec la société d'État, l'attaché de presse leur demande d'attendre. "Je leur dis d'être patients encore quelques jours, d'ici la fin juin maximum." D'ici là, le ministre Audet a demandé à recevoir sur son bureau tous les dossiers d'éventuels investissements que pourrait faire la SGF, comme ceux d'Investissement Québec. Dans ce dernier cas, il ne s'agit pas de prise de participation minoritaire dans une compagnie, mais plutôt de subventions. "C'est normal que chaque projet soit revu. C'est responsable même", dit encore M. Rochette.
Depuis qu'ils ont pris le pouvoir, les libéraux de Jean Charest ont annoncé une importante restructuration de la Société générale de financement. Celle-ci a commencé par le renvoi de l'ancien grand patron, Claude Blanchet, suivie par la nomination de Henri A. Roy au poste de président du conseil et chef de la direction. M. Roy est en poste de façon intérimaire, le temps qu'un comité se penche sur la direction à donner à la SGF.
Selon les calculs de la SGF, ses participations dans des compagnies privées ont permis de faire passer le taux de croissance annuel du produit intérieur brut québécois de 3 % à 3,6 % de 1998 à 2001, ce qui aurait créé 43 000 emplois directs et indirects pendant la même période.
En 2001, la SGF a toutefois encaissé un déficit de 84 millions $, le premier depuis l'arrivée de Claude Blanchet à sa tête. L'encre rouge promet d'être de nouveau au rendez-vous en 2002 en raison, notamment, de pertes de quelque 240 millions $ dans Magnola, un projet piloté avec la minière Noranda. Le rapport annuel de 2002 de la SGF doit être déposé dans les prochaines semaines à l'Assemblée nationale.
Une fois la nouvelle mission trouvée pour la SGF, le gouvernement Charest nommera un remplaçant permanent à Claude Blanchet, vraisemblablement à l'automne.
SPaquet@lesoleil.com
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Du camouflage La campagne électorale est finie et le gouvernement Charest doit assumer ses responsabilités
Jacques Léonard L'auteur est un ancien président du Conseil du Trésor sous Lucien Bouchard. Il est présentement associé-conseil chez Harel Drouin- PKF.
La Presse mercredi 4 juin 2003 (texte publié dans Le Soleil du 4.6.2003 sous le titre «Trou budgétaire de 4,3 milliards $ : La véritable impasse, c'est le déséquilibre fiscal»)
EN MARS 1986 quelques semaines après le retour au pouvoir du Parti libéral le nouveau ministre des Finances du Québec Gérard D. Levesque rendait public un document prébudgétaire intitulé "L'urgence d'un redressement". Ce document faisait état d'une "impasse budgétaire inacceptable de 13 milliards de dollars". On accabla alors le gouvernement précédent en l'accusant d'avoir plongé le Québec dans "la pire crise financière depuis 50 ans". L'exercice servit ensuite de prétexte pour reléguer aux oubliettes la plupart des promesses faites lors de la campagne électorale. En lieu et place le gouvernement libéral haussa les impôts et en imputa la responsabilité à "l'héritage qui nous a été légué par le PQ".
Dix-sept ans plus tard l'histoire se répète: le gouvernement nouvellement élu du Parti libéral prétend découvrir une autre "impasse budgétaire". Le nouveau ministre des Finances parle de la "pire crise financière depuis 1960" et ses collègues annoncent à l'encontre des engagements pris lors de la campagne électorale le début d'une série de compressions dans la plupart des secteurs et le ralentissement des investissements en santé et en éducation.
Des faits différents
Les faits sont différents: dans son mandat de 1981-1986 le gouvernement du Parti québécois avait mis en place une série de mesures qui ont sauvé l'État et même s'il restait un déficit permis par leurs effets à terme au gouvernement du Parti libéral de faire bonne figure dans leur mandat de 1985-1989. Dans le cas présent le gouvernement du Parti québécois poursuivant sa politique d'assainissement des finances publiques a équilibré les budgets de l'État durant cinq ans du 1er avril 1998 au 31 mars 2003 inclusivement. Ce fait demeure même pour l'année 2002-2003 à moins que les fonctionnaires des Finances ne se dédisent sur la dernière année ou que la vérificatrice générale émette quelques réserves sur les états financiers 2002-2003 qui sortiront vers la fin de l'année 2003.
Quant au système comptable lui-même nous avons été "en avant de la parade à ce chapitre au pays" et nous aurons fait "exactement ce que demandait l'Institut des comptables canadiens" tel que le mentionnait Guy Breton à la suite de la réforme comptable de 1998.
Alors de quoi parlons-nous dans le rapport Breton? D'un projet de budget lu à l'Assemblée nationale mais tout sérieux soit-il non encore débattu en commission parlementaire et qui ne sera jamais adopté puisque le gouvernement du Parti libéral présentera le sien.
De quoi s'agit-il plus précisément? Des risques de divers ordres liés à la gestion du gouvernement tels l'incertitude quant au taux de croissance de l'économie qui diffère assez peu de la prévision dans la réalité à moins d'éléments majeurs imprévisibles; l'incertitude quant aux transferts fédéraux qui se règlent après vérification des données de base par la négociation d'une période d'ajustement si l'enjeu est important; la certitude que le système de santé n'arrive pas à respecter certaines règles élémentaires de gestion; la volonté et la capacité de chacun des ministres à respecter les engagements inscrits au budget etc.
Tous les gouvernements doivent composer avec des risques financiers pour boucler le budget. C'est pourquoi en cours d'année le ministère des Finances dépose toujours une synthèse des opérations financières afin de faire le point. Le Conseil du Trésor fait alors ses suggestions les crédits des ministères sont passés en revue certains projets peuvent être retardés et c'est ainsi qu'on ramène les prévisions au déficit zéro comme le précédent gouvernement y est parvenu durant cinq années consécutives. D'ailleurs devant les journalistes l'ancien vérificateur Guy Breton a affirmé que "si nous avions fait l'exercice l'an dernier nous aurions sûrement trouvé un manque à gagner alors qu'en général ils "les gouvernements" sont arrivés à équilibrer le budget. En règle générale les gouvernements réalisent ce qu'ils espéraient faire".
Un attaché politique
Cet ancien vérificateur devenu attaché politique comme c'est son droit a présenté sa liste des risques financiers au nouveau premier ministre qui s'est empressé de traduire "risques financiers" par "trou" relayé par les perroquets libéraux et fédéralistes que nous connaissons bien. Mais il s'agit bien de risques et de rien d'autre sur un projet de budget qui n'existe plus. Rappelons que le vrai rôle d'un vérificateur général est de certifier les états financiers d'un gouvernement et de vérifier si les principes comptables généralement acceptés sont respectés et ce pour la dernière année écoulée et non sur des prévisions budgétaires d'une année à venir.
Donc Guy Breton a établi sa liste à 4366 milliards de dollars. Qu'en est-il?
D'abord M. Breton affirme lui-même que "des prévisions optimistes de 1 milliard de dollars pourraient être résolues sans trop de difficultés". Ensuite il faut retrancher 11 milliard de dollars qui découlent de la coupure sur les transferts de péréquation provenant du fédéral. Les libéraux sur ce sujet ne doivent pas baisser les bras mais se battre comme l'a fait le gouvernement du Parti québécois avec l'erreur de calcul de la péréquation de 489 millions de dollars faite par l'agence des Douanes et du Revenu du Canada l'an dernier. À l'issue de la rencontre entre le ministre des Finances Yves Séguin et son homologue fédéral John Manley ce dernier semblait disposé à trouver une solution d'ici le dépôt du prochain budget du gouvernement Charest.
De plus il innove en ajoutant au budget de l'État les 700 millions de dollars de déficits accumulés des hôpitaux. Pourtant ces déficits n'ont jamais été inclus dans le périmètre comptable du gouvernement tout comme les surplus des commissions scolaires d'ailleurs. Les membres des conseils d'administration des hôpitaux ont le devoir et la responsabilité de bien gérer les finances de leur établissement. Incidemment le gouvernement a fait adopter la Loi sur l'équilibre budgétaire du réseau public de la santé et des services sociaux en vertu de laquelle les établissements du réseau de la Santé doivent maintenir l'équilibre budgétaire et des plans de résorption des déficits ont été préparés. Le choix d'inclure les 700 millions de dollars au périmètre comptable du gouvernement ne peut se réaliser sans que l'on tienne un débat politique sur la nature le rôle et les responsabilités des conseils d'administration dans nos réseaux.
M. Breton inclut également dans les risques financiers une somme de 400 millions de dollars attendue de la vente d'actifs alors que le budget ne les identifiait pas. Pour des raisons commerciales et parce qu'il s'agit d'objectif à atteindre le gouvernement ne mentionne pas les hypothèses de cessions d'actifs. Voudrait-on que le gouvernement annonce en début d'année les actifs qu'il compte vendre au risque de voir leur prix chuter?
De toute évidence les libéraux camouflent par cet exercice une manoeuvre politique. Il ne faut voir dans toute cette opération qu'une mise en scène soigneusement orchestrée pour sabrer rapidement- et en faisant l'économie d'une consultation- les services offerts à la population pour se dégager de certains de leurs engagements irréalistes et pour dégager une marge de manoeuvre afin de réaliser les autres. La véritable impasse Yves Séguin le disait c'est celle générée par le déséquilibre fiscal. Si les libéraux désirent effectuer d'importantes compressions budgétaires qu'ils aient le courage politique de les présenter de les défendre et ainsi d'en porter le poids ou le crédit. La campagne électorale est finie que le nouveau gouvernement assume ses responsabilités.
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"L'État doit bâtir et non démolir" La CSN dénonce le "détricotage" libéral
Gilbert Leduc
Le Soleil mercredi 4 juin 2003
Pour la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, les premières semaines du régime libéral n'ont été qu'une flopée de rumeurs et de ballons politiques visant à "détricoter" les acquis sociaux. Aujourd'hui, à l'occasion du discours inaugural, Jean Charest doit mettre le holà à ce cirque et cesser d'entretenir l'inquiétude et la confusion au sujet de l'avenir des services publics.
"On souhaite un gouvernement bâtisseur et non pas un gouvernement démolisseur", a affirmé, hier, Mme Carbonneau en rappelant aux 76 députés et ministres libéraux qui n'ont pas été élus par leurs commettants pour appliquer le programme de l'ADQ.
La syndicaliste rencontrait les médias, hier, pour alerter l'opinion publique sur les velléités à saveur idéologique des intentions jusqu'à maintenant exprimées par les dirigeants du nouveau gouvernement. "Il ne se passe pas une journée sans que l'on ne perçoit pas une volonté de remettre en question des pans majeurs de notre société", a exposé la présidente de la CSN en faisant référence, entre autres, à l'abolition de l'universalité du programme des garderies à 5 $, la révision de la notion du no fault et des compressions budgétaires attendues du côté de l'aide sociale et de l'entretien des habitations à loyer modique.
Tout ça, prétendent les ténors du gouvernement, au nom du redressement des finances publiques affligées, soutiennent-ils, d'une impasse budgétaire de 4,3 milliards $. Une ritournelle qui sonne faux aux oreilles de la présidente de la CSN.
"Le Québec a connu une formidable période de croissance économique. On s'en tire mieux que les États-Unis et même très bien par rapport à d'autres provinces. Il n'y a donc pas de raison pour brandir des épouvantails pour justifier des virages extrêmement brutaux".
Pour Claudette Carbonneau, le plan de match des libéraux se dessine peu à peu. Mettre dans les oeufs dans la "réingénierie" de l'État dans un objectif de réaliser des économies pour y aller ensuite de généreuses baisses d'impôt à compter d'avril 2004. Pour la CSN, le financement des services publics ne doit pas céder le pas à la réduction fiscale.
Ce n'est pas qu'une affaire des finances publiques, ajoute la syndicaliste, il y a aussi une "orientation idéologique" derrière les agissements du nouveau gouvernement. Elle cite le cas du recours au secteur privé plutôt qu'aux centres de la petite enfance pour poursuivre le développement des places en garderie. "C'est reconnu qu'il existe une différence importante en termes de qualité de services offerts et de niveau de formation des éducatrices entre le privé et les centres de la petite enfance".
Claudette Carbonneau invite donc le nouveau gouvernement à plancher sur les thèmes de la santé et de l'éducation, comme le PLQ l'avait promis en campagne électorale, plutôt que de s'engager dans une "oeuvre de déconstruction" du Québec.
NOUVELLES "TÊTES À CLAQUES" GOUVERNEMENTALES
C'est fait, Jean Charest et Monique Jérôme-Forget viennent de passer à l'histoire. Depuis hier, le premier ministre et la présidente du Conseil du Trésor sont devenus officiellement les premières "têtes à claques" gouvernementales des syndicats.
En effet, les grosses "têtes" en styromousse de Jean Charest et de Monique Jérôme-Forget ont fait leur première apparition publique, hier, à l'occasion d'une manifestation tenue sur la colline parlementaire à laquelle participaient plus d'un millier de syndiqués du secteur public déterminés à faire bouger le nouveau gouvernement dans le dossier de l'équité salariale.
Il est de tradition, dans les rassemblements syndicaux, de se payer la tête des politiciens en les caricaturant de la sorte. Tous les premiers ministres, de Robert Bourassa de Bernard Landry, ont eu droit à cet honneur tout comme la plupart des présidents du Conseil du Trésor et des ministres de la Santé et de l'Éducation.
Les grosses "têtes" ne se limitent pas à jouer les plantes vertes et à écouter passivement les discours des syndicalistes. Ils participent activement à la manifestation.
Hier, par exemple, les "faux" Jean Charest et Monique Jérôme-Forget comblaient les attentes des syndiqués en distribuant des chèques fictifs sur lesquels il était inscrit "Équité salariale. Nous sommes prêts". Le mouvement syndical ne pouvait rater l'occasion de remettre sous le nez des libéraux leur slogan électoral.
Dossier qui traîne
Évidemment, ce ne sont pas les chèques fictifs qui intéressent les 435 000 employés du secteur public. Les délais invoqués par le gouvernement Charest pour régler, une fois pour toutes, ce dossier qui traîne dans le paysage depuis une bonne quinzaine d'années et qui fait l'objet d'intensifs travaux conjoints depuis le printemps 2001 sont jugés inacceptables par l'intersyndicale composée de la CSN, de la CSQ, de la FTQ, de la FIIQ et du SFPQ.
À tour de rôle, les porte-parole des cinq organisations syndicales ont rappelé au gouvernement qu'il devait cesser de tergiverser et donner, sans plus tarder, le mandat à ses négociateurs d'en arriver à un règlement satisfaisant. Ils ont rappelé que l'ancien gouvernement s'était engagé à tout mettre en oeuvre pour clore le dossier avant la fin du mois de juin.
Vendredi dernier, la présidente du Conseil du Trésor a avisé les dirigeants de l'intersyndicale qu'une "proposition globale" de règlement allait être déposée dans les jours suivants la présentation du budget et que les travaux pourraient se poursuivre durant une bonne partie de l'été. Elle a même évalué à 2 milliards $ les coûts d'une entente sur l'équité salariale.
C'est sous les slogans "L'équité, nous sommes prêts", "Charest, nous sommes prêts", et "Nous voulons notre pognon" que les syndiqués ont mis un terme à la manifestation qui sortait de l'ordinaire puisque des figurants ont simulé une course à obstacles pour illustrer tout le chemin parcouru dans le dossier de l'équité salariale.
GLeduc@lesoleil.com
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L'importance de l'anglais dès la première année est un mythe
François Roberge
Le Devoir mercredi 4 juin 2003
Libre opinion: Sitôt que le Parti libéral gagne le pouvoir à Québec, je me repose systématiquement la question: notre langue française ainsi que la charte censée la défendre vont-elles être encore revisitées? Alors que je crois la paix linguistique solide, voici que le nouveau gouvernement décide de la remettre en question. En effet, Pierre Reid, ministre de l'Éducation, souhaite que les élèves en première année du primaire apprennent l'anglais. Si le gouvernement adopte son projet, les problèmes d'apprentissage du français s'accroîtront. En outre, ce «changement», expression si chère à Jean Charest, est inutile!
J'enseigne la littérature au cégep. J'accorde une place importante à la qualité de la langue au moyen d'exercices d'écriture occasionnels dans l'espoir de recevoir de bons travaux de la part de mes élèves. Certains me disent que par rapport au français, l'anglais est, règle générale, plus simple à maîtriser, donc plus facile à écrire. Ils ont raison. Dès lors, je n'ose imaginer les réactions de mes camarades du niveau primaire lorsqu'ils entendront pareil constat de leurs élèves de cinq ou six ans. D'où l'importance d'oublier l'enseignement de l'anglais dès les premières années d'école primaire.
Si notre syntaxe et notre système de conjugaison sont complexes à appréhender, mieux vaut s'y mettre lorsque nous sommes jeunes. L'enfant qui reviendra de son cours d'anglais pour ensuite se rendre au cours de français s'y perdra; la confusion entre le système simple de l'anglais et celui -- force est de le reconnaître -- difficile (mais ô combien fascinant!) du français s'accentuera. La conséquence est prévisible: le cours d'anglais deviendra plus agréable à suivre, et la culture anglaise à laquelle il donne accès commencera plus tôt chez nos enfants son travail d'éviction de la culture française et des autres cultures. Ensuite, bonne chance au personnel enseignant du secondaire dans son mandat de parfaire le bon usage du français dans les travaux écrits des élèves!
Qui plus est, quel message envoyons-nous aux nouveaux citoyens et aux nouveaux citoyens du Québec? Celui-ci: vous pourrez vivre au Québec dans la langue de la majorité canadienne. La Charte de la langue française (la loi 101), instaurée afin d'harmoniser le dialogue des diverses cultures québécoises, n'aura pratiquement plus force de loi. L'enfant qui parle arabe, portugais, mandarin ou hindi à la maison doit d'une certaine manière faire un effort pour «oublier» sa langue lorsqu'il rentre à l'école le matin, du moins s'il veut plus facilement s'imprégner du français. L'effort est difficile mais certes essentiel pour quiconque désire apprendre une nouvelle langue. Après tout, comment bien maîtriser une langue sinon en s'entourant d'individus qui s'en servent? D'autre part, si un groupe d'élèves réussit mieux son cours d'anglais, c'est cette langue qu'il préférera et qu'il finira par utiliser. Le français restera désormais une langue seconde.
Par conséquent, attendons encore à la quatrième année du primaire avant d'enseigner l'anglais. Assurons-nous que nos élèves acquièrent le minimum de connaissances du français avant l'apprentissage de toute autre langue seconde. Tôt au tard, la maîtrise de l'anglais viendra d'elle-même. La diffusion de la langue de nos voisins du Sud par la radio, la télévision ou le cinéma finira toujours par rentrer chez nous. Bien des Québécois affirment qu'ils ont appris l'anglais surtout en dehors des réseaux scolaires (amitiés, amours, relations professionnelles, lecture, voyages, etc.), lesquels en retour leur ont permis d'optimiser son usage. Les libéraux de Pierre Reid et de Jean Charest prétendent que la signature éventuelle de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) multipliera les échanges transnationaux et, partant, nécessitera une meilleure connaissance de l'anglais. Ne vous en faites pas, MM. Reid et Charest, et ne sous-estimez pas nos aptitudes! La langue anglaise est déjà parfaitement bien maîtrisée par plus de la moitié des Québécois entre 20 et 29 ans. Notre position nous empêche et nous empêchera toujours de faire fi de l'apprentissage de la première langue de communication au monde.
Bref, si nous désirons que le français reste la langue d'usage au Québec, autant au travail que dans nos échanges commerciaux, culturels et interpersonnels, mettons plutôt l'accent, MM. Reid et Charest, sur l'aide à l'apprentissage du français, et pas seulement aux premières années du primaire mais également au secondaire et au cégep. D'ailleurs, puisqu'on parle d'intégration continentale, pourquoi ne pas également intéresser nos jeunes enfants à ses langues? Véritables réseaux de diffusion, celles-ci les conduiraient vers d'autres univers culturels, les attireraient vers d'autres littératures, d'autres univers musicaux, d'autres oeuvres cinématographiques, bref, d'autres manières d'appréhender la société. Autrement, l'oncle Sam ouvrira plus rapidement le chemin à l'éviction des cultures des Amériques, la nôtre en premier.
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FÊTE DU Canada : Le Québec rafle 60% des subventions
Karim Benessaieh
La Presse mercredi 4 juin 2003
À EN CROIRE les subventions de Patrimoine Canada, c'est au Québec qu'on a célébré avec la plus grande ferveur la fête du Canada en 2002.
La province a en effet eu droit à 60 % des 8,3 millions distribués par le ministère de Sheila Copps à l'échelle du pays. Et, fait inusité, ces subventions ont été accordées en vertu du programme "Le Canada en fête" qui finance quatre fêtes... dont la Saint-Jean Baptiste.
Avec ses 5,15 millions en 2002, le Québec est nettement le chouchou canadien et dépasse de loin l'Ontario, qui a reçu la maigrelette somme de 853 900 $. La Colombie-Britannique (473 700 $) et l'Alberta (353 500 $) ont été encore plus négligés, selon ces données obtenues en vertu de la loi d'accès à l'information par le Ottawa Citizen.
Les budgets 2003 ne sont pas encore disponibles, indique-t-on à Patrimoine Canada.
Cette générosité d'Ottawa a été vertement dénoncée par les organismes indépendantistes qui y ont vu une propagande éhontée. "Si le fédéral a besoin de mettre autant d'argent dans la fête du Canada, c'est que ça ne se fêterait pas beaucoup au Québec", estime Chantale Turcot, présidente du Mouvement national des Québécois.
À propos des subventions accordées à l'organisation de la Saint-Jean, que l'on destine essentiellement aux francophones hors Québec, Mme Turcot croit qu'elles visent à modifier la perception à l'égard de cette fête. "On veut faire passer l'idée qu'au lieu d'être la fête nationale des Québécois, la Saint-Jean est la fête des Canadiens français."
À la Société Saint-Jean Baptiste, le président, Jean Dorion, affirme que cette pluie de subventions a déjà des effets notables dans la société québécoise. "Les artistes se déclaraient auparavant indépendantistes, ils se disent maintenant apolitiques. C'est clairement une stratégie du gouvernement canadien, qui sait qu'on obtient plus avec de l'argent qu'avec des matraques."
Les deux organismes sont cependant formels: aucun des 800 fêtes locales ou des trois grands rassemblements organisés pour la Saint-Jean au Québec n'ont reçu un sou du fédéral. "Nous n'avons jamais rien demandé, rien reçu et nous ne l'accepterions pas si c'était proposé", assure M. Dorion.
Depuis 1996, la fête du Canada au Québec est confiée à Célébrations Canada, un organisme anciennement présidé par l'ex-joueur du Canadien, Serge Savard. Le budget de cinq millions, dont près de la moitié est consacrée au spectacle du 1er juillet, a été renouvelé chaque année depuis ce temps.
Outre la Saint-Jean et la fête du Canada, le programme "Le Canada en fête!" subventionne les festivités de la Journée nationale des autochtones (21 juin) et la Journée canadienne du multiculturalisme (27 juin). On ignore la répartition du budget entre ces quatre événements. Il a été impossible hier de parler aux porte-parole de Patrimoine Canada.
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La Presse à Londres
Tony Blair dans la tourmente La polémique autour de la manipulation de l'information sur les ADM en Irak rebondit aux Communes
Isabelle Hachey
La Presse mercredi 4 juin 2003
Londres - TONY Blair a-t-il menti? Depuis des jours, la question obsède la Grande-Bretagne. De retour au pays après une courte tournée internationale assombrie par la controverse, le premier ministre britannique a été plongé, hier, en plein dans la tourmente.
Sa crédibilité, voire son avenir politique, dépend maintenant de sa capacité à convaincre ses concitoyens que l'Irak cachait bel et bien un arsenal assez menaçant pour justifier la guerre.
M. Blair a choisi de défier ses détracteurs. À peine avait-il posé le pied en sol britannique qu'il rejetait les appels croissants en faveur d'une enquête publique indépendante sur la question des armes de destruction massive (ADM) en Irak.
Mais pour tenter de calmer le jeu, deux commissions parlementaires se pencheront sur les allégations selon lesquelles le gouvernement aurait exagéré la menace posée par l'arsenal de Saddam Hussein, a-t-on appris hier soir. Downing Street favorise une enquête menée par la commission du Renseignement et de la Sécurité, qui doit faire rapport au premier ministre et non au Parlement, contrairement à la commission des Affaires étrangères. Cette dernière a annoncé hier soir qu'elle tiendra vraisemblablement des audiences publiques en juin et publiera son rapport en juillet.
Cela ne sera sans doute pas suffisant pour faire taire les critiques. Déjà, 70 députés ont signé une motion réclamant une enquête indépendante. Aux États-Unis, où le débat est moins virulent qu'en Grande-Bretagne, Washington a annoncé lundi la tenue d'une enquête sénatoriale sur la façon dont l'administration Bush a utilisé les informations des services de renseignements pour justifier l'intervention militaire en Irak. Des responsables civils du Pentagone et le directeur de la CIA, George Tenet, seront interrogés en direct à la télévision.
Les débats risquent d'être chauds aujourd'hui aux Communes, où M. Blair devra faire face non seulement aux attaques des nombreux députés travaillistes qui craignent d'avoir été induits en erreur par leur propre chef, mais aussi de ses opposants conservateurs, qui ont toujours été en faveur de la guerre, mais qui pourraient ne pas résister à la tentation d'embarrasser un peu plus le premier ministre.
Lundi, à Évian, M. Blair a interrompu ses discussions avec les leaders du G8 pour tenir une conférence de presse, au cours de laquelle il a demandé aux Britanniques de faire preuve d'"un peu de patience". Il a qualifié de "totalement fausses" les allégations selon lesquelles Downing Street aurait manipulé les informations des services de renseignements du pays dans l'espoir de renforcer ses arguments en faveur de la guerre.
Les députés travaillistes qui s'étaient montrés hostiles à la guerre sont de plus en plus frustrés par l'échec des forces de la coalition à trouver des ADM en sol irakien. S'il s'avère que le Parlement a été délibérément trompé, l'affaire sera "plus sérieuse que le Watergate", a dit l'un d'entre eux. La ministre démissionnaire Clare Short a déjà tranché: M. Blair a "dupé" les Britanniques, a-t-elle déclaré. Le chef libéral démocrate, Charles Kennedy, juge pour sa part que seule une enquête publique pourra faire la lumière sur ce qui est devenu, selon lui, "l'enjeu le plus important depuis presque une génération".
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BOUCLIER ANTIMISSILE : 38 députés libéraux défient Chrétien
Joël-Denis Bellavance
La Presse mercredi 4 juin 2003
Ottawa - Près du quart des députés libéraux s'opposent à ce que le gouvernement Chrétien entame des discussions avec les États-Unis sur le controversé bouclier antimissile, un projet militaire qui pourrait voir le jour dès l'automne 2004.
Même si le premier ministre Jean Chrétien a demandé à ses troupes d'appuyer une motion de l'Alliance canadienne invitant le Canada à participer à une telle initiative, au moins 38 députés libéraux ont fait un pied de nez à leur patron en votant contre cette résolution. Mais les deux ministres qui ont manifesté leur vive opposition à toute participation canadienne au bouclier antimissile, la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, et le ministre des Ressources naturelles, Herb Dhaliwal, brillaient hier par leur absence lorsque cette résolution.
Mme Copps poursuivait sa campagne au leadership en Ontario tandis que M. Dhaliwal, qui était pourtant présent lors de la période de questions qui a précédé le vote, a préféré disparaître de la Chambre des communes avant la tenue du vote.
L'ex-ministre des Finances, Paul Martin, le meneur incontesté dans la course à la direction du Parti libéral, n'a pas fait entendre sa voix lors du vote même s'il a été le premier dans les rangs libéraux à se prononcer en faveur du projet. M. Martin se trouvait pourtant dans la salle des députés libéraux, qui jouxte la Chambre des communes au moment du vote, selon nos informations.
La résolution de l'Alliance canadienne a finalement été adoptée par un vote de 156 à 73. Le Bloc québécois et le NPD ont joint leurs voix à celles de la quarantaine de députés libéraux pour s'opposer à la résolution.
Cette résolution stipule que le Canada "accorde son ferme appui au NORAD en tant qu'organisation de défense capable de contrer les menaces qui pourraient peser sur l'Amérique du Nord, y compris la menace d'une attaque aux missiles balistiques, et accepte de lui confier la responsabilité du commandement de tout système conçu pour défendre l'Amérique du Nord contre les missiles balistiques".
Devant les journalistes, hier, le ministre de la Défense, John McCallum, qui a annoncé la semaine dernière la décision du gouvernement Chrétien, a minimisé l'importance des frictions au sein des troupes libérales sur cette épineuse question.
"Je ne suis pas particulièrement surpris (de voir autant de députés libéraux voter contre la motion). (...) Plusieurs de mes collègues ont accroché sur le mot "tout système" parce que cela pouvait dire à leurs yeux que nous acceptions la militarisation de l'espace, ce qui n'est pas la position du gouvernement", a expliqué le ministre. Depuis quelques semaines, plusieurs députés libéraux ont exprimé leur objection à ce que le Canada travaille de près ou de loin à réaliser ce projet, qui vise à intercepter des missiles venant de pays qualifiés de "voyous" par les États-Unis, tels l'Iran et la Corée du Nord, avant qu'ils ne frappent le territoire nord-américain.
Ces députés ont dit craindre qu'un tel projet, autrefois connu sous le nom de Guerre des étoiles, provoque une nouvelle course aux armements et entraîne la militarisation de l'espace.
Le président du caucus libéral, Stan Keyes, a aussi voté contre la résolution, estimant qu'il s'agissait d'un "cheval de Troie" destiné aussi à donner carte blanche aux Américains.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s'est félicité de voir que des députés se sont "tenus debout" en votant contre la résolution malgré la demande de M. Chrétien.
Le chef du NPD, Jack Layton, a quant à lui dénoncé "l'hypocrisie des libéraux" qui cherchent, selon lui, à amadouer les Américains après des mois de frictions entre les deux pays la question irakienne.
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Ottawa - Plusieurs libéraux fédéraux manifestent leur opposition au bouclier antimissile
Manon Cornellier
LE DEVOIR mercredi 4 juin 2003
Le gouvernement Chrétien a pris la mesure hier de l'opposition qui existe dans ses propres rangs à l'endroit du projet de bouclier antimissile américain. Trente-huit députés libéraux ont voté contre une motion allianciste suggérant de confier à NORAD, auquel le Canada appartient, le «commandement de tout système développé pour défendre l'Amérique du Nord contre les missiles balistiques».
Le président du comité des Affaires étrangères, Bernard Patry, et le président du caucus Stan Keyes figuraient parmi les opposants. «J'ai regardé la motion et elle parle de "tout système". Je ne peux approuver une motion qui laisse ouverte la possibilité de déployer des missiles nucléaires, un système à la Star Wars ou je ne sais quoi», a expliqué M. Keyes à sa sortie.
M. Patry a invoqué la même raison à la sortie du vote libre. «Je ne suis pas contre le fait que le gouvernement discute [...] mais contre le fait de donner carte blanche au gouvernement.» À son avis, c'est ce que fait la résolution et, a-t-il confié, «ça [l]'inquiète».
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique se sont aussi opposés au projet de loi alors que les conservateurs et 89 libéraux se sont joints à l'Alliance pour l'approuver. Le vote final : 156 voix en faveur et 73 contre.
Le ministre de la Défense, John McCallum, a profité du débat autour de la motion allianciste, jeudi dernier, pour annoncer en catimini la décision du gouvernement d'entreprendre des discussions avec Washington sur l'éventuelle participation canadienne au système de défense antimissile. Il a rappelé hier qu'Ottawa s'en tenait toujours à la tenue de discussions. Il a répété que le Canada s'opposait toujours à l'arsenalisation de l'espace et le ferait valoir durant les négociations. La décision finale sera prise une fois ces pourparlers terminés.
La plupart des députés qui se sont opposés à la résolution hier approuvent la tenue de ces discussions mais jugent que la résolution va plus loin. En l'approuvant, le gouvernement affiche sa préférence. Le chef bloquiste Gilles Duceppe, qui a été surpris de l'ampleur de l'opposition libérale, croit que la résolution démontre qu'en entreprenant des discussions, le gouvernement a donné son accord de principe au projet, qu'il est pris dans un engrenage et ne peut plus reculer.
M. McCallum a rejeté cette interprétation. «Le gouvernement était de manière générale d'accord avec le thème de la motion allianciste, mais plusieurs de mes collègues ont accroché sur le mot "tout" car ils craignent l'arsenalisation de l'espace. [...] Je n'étais donc pas surpris par le résultat mais ça ne change rien à la position gouvernementale sur le système de défense antimissile», a-t-il dit.
Tous les membres du conseil des ministres qui étaient en Chambre ont appuyé la résolution, mais il y avait des absences notoires. Candidate au leadership, la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, s'oppose au projet de bouclier. Elle était cependant à l'extérieur de la capitale, ce dont elle avait avisé son parti.
Son collègue des Ressources naturelles, Herb Dhaliwal, n'avait pas cette excuse. Critique à l'égard du projet américain, il était aux Communes quelques minutes avant la tenue du vote mais s'est éclipsé avant le moment crucial.
Partisan du bouclier, Paul Martin a préféré, quant à lui, rester dans l'antichambre des Communes plutôt que de participer au vote. On n'a pu savoir pourquoi puisqu'il a évité les médias en sortant par la porte arrière. Son geste lui a toutefois permis de ménager la susceptibilité de ses supporteurs puisqu'ils sont divisés sur la question.
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Fusions ou défusions, des valeurs en jeu
Michel Lebel
LE DEVOIR mercredi 4 juin 2003
Lettres: Entrelacs, le 18 mai 2003
La première question que le nouveau gouvernement du Québec doit se poser au sujet des défusions est celle de déterminer si la décision de l'ancien gouvernement de faire des fusions forcées était une bonne décision pour l'intérêt des populations directement concernées et de la population québécoise en général. S'il arrive à la conclusion que c'était une mauvaise décision tant au plan de l'aménagement urbain que de l'équité, il doit lui-même ordonner les défusions ou permettre aux citoyens d'y procéder par voie référendaire. S'il arrive toutefois à la conclusion que cette décision était bonne, qu'il agisse rapidement et mette fin au débat.
Le gouvernement doit surtout ne pas écouter les voix de ceux qui prévoient la catastrophe ou la fin du monde si, par hypothèse, des défusions ont lieu. Mieux vaut corriger le tir lorsqu'il est encore temps, plutôt que de vivre pendant des années avec des mauvais choix. Évitons de revivre les erreurs du genre écoles polyvalentes, CLSC, Régies régionales de la santé, etc.
Une deuxième question se greffe à la question de la bonne décision, soit celle concernant la notion de démocratie. Personne ne peut sérieusement contester l'autorité constitutionnelle de l'Assemblée nationale de faire ce qu'elle veut de ses créatures que sont les municipalités, mais ce qui ne veut pas dire qu'elle exerce un monopole sur la démocratie et que ses décisions sont toujours un modèle du genre. En Occident, la démocratie est quelque chose de fort subtil et complexe. Le pouvoir démocratique y est fort diffus, se rencontrant dans plusieurs instances et se manifestant de diverses façons, notamment sur le plan municipal. À moins de penser que les démocraties et les identités locales, souvent fort vieilles, sont de peu d'importance et rayables par un simple trait de plume, il faut reconnaître l'absolue nécessité pour tout gouvernement d'y aller avec respect et prudence dans ce domaine. À cet égard, l'attitude cavalière et hautaine de l'ancien gouvernement péquiste ne doit pas servir de modèle. La question des défusions sera sans aucun doute le grand test pour juger de la qualité du gouvernement Charest. De grands principes y sont manifestement en jeu.
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Rapport Poitras - Le cul-de-sac du «défusionnisme»
Luc-Normand Tellier Département d'études urbaines et touristiques de l'Université du Québec à Montréal
LE DEVOIR mercredi 4 juin 2003
Trois universitaires seulement, Pierre Delorme, Marie-Claude Prémont et moi-même, ayant jadis appuyé publiquement la réforme Harel sur la création des nouvelles villes fusionnées, je me sens tenu, en ma qualité d'économiste urbain, de répliquer à mon collègue François Des Rosiers (pour lequel je garde toute mon estime) qui, la semaine dernière dans Le Devoir, a pris le parti des défusions en prenant appui sur la théorie économique.
Je commencerai par l'argument le plus simple. Supposons que MM. Poitras et Des Rosiers aient raison, que «les municipalités se doivent de se comporter comme des entreprises sans but lucratif qui, dans l'intérêt même de leurs résidants qui en sont aussi les actionnaires, doit chercher à leur offrir les meilleurs services possibles, et ce, au moindre coût possible». Supposons aussi que la meilleure approche soit, comme ils le prétendent, celle du «"bottom-up", qui repose sur une délégation des pouvoirs à un niveau qui favorise la responsabilisation, tant des citoyens que de leurs élus et administrateurs locaux, ainsi qu'une certaine émulation intermunicipale». N'y aurait-il alors pas lieu d'accorder à tous les arrondissements, à tous les quartiers et à tous les quadrilatères de la nouvelle Ville de Montréal le droit à la défusion ? Pourquoi se limiter aux villes qui existaient avant la réforme Harel ?
Si les principes de MM. Poitras et Des Rosiers sont valables, appliquons-les intelligemment, de façon cohérente et systématique. Généralisons le droit à la défusion. Abolissons la Communauté métropolitaine de Montréal (CUM) et laissons la myriade de municipalités résultant d'une défusion tous azimuts procéder elle-même à «une délégation des pouvoirs» à des instances métropolitaines issues de la base et non pas imposées par Québec comme dans le cas de l'ancienne CUM et de l'actuelle Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Laissons se produire ce scénario psychédélique dont toute notre histoire municipale démontre l'irréalisme...
Le problème avec MM. Poitras et Des Rosiers, c'est qu'ils n'ont pas le courage d'aller jusqu'au bout de leur logique. Ils ne croient pas suffisamment à la valeur de leurs principes pour oser en préconiser l'application systématique et universelle. Appliquer leur logique à tous les Westmount de la Terre est la chose la plus simple du monde, mais l'appliquer à Pointe-Saint-Charles, à Hochelaga-Maisonneuve, à Côte-des-Neiges ou même à l'arrondissement Ville-Marie (qui aurait sans doute plus intérêt à défusionner que Westmount elle-même !) pose suffisamment problème pour qu'ils n'osent l'envisager et le préconiser.
Le plus grand drame dans la situation créée par le gouvernement actuel, c'est que le débat sur la base de principes universels, logiques et globaux est devenu impossible. Le sort de la Ville de Montréal repose actuellement entre les mains de défenseurs des intérêts particuliers des habitants de Westmount, d'Outremont, de Baie-d'Urfé et des autres riches de l'agglomération, sans qu'aient prise sur l'évolution des choses ceux qui ont à coeur l'intérêt général d'une ville réelle dont le tout est supérieur à la somme des parties, de cette ville qui n'est pas le puzzle de municipalités que François Des Rosiers a en tête mais qui constitue un organisme vivant ayant un centre, une tête, un coeur, des membres, un réseau sanguin et un système nerveux.
Le chef d'orchestre se défile
Le gouvernement québécois a, en vertu même de la Constitution canadienne, un rôle de chef d'orchestre à jouer en matière municipale. Aujourd'hui, le chef d'orchestre se défile et dit à tous les musiciens de choisir la partition qui leur convient et de jouer à leur guise. Cela, le gouvernement du Québec n'a pas le droit de le faire. Il n'a pas le droit d'abdiquer ses responsabilités. Il n'a pas le droit de se défiler et de laisser les intérêts particuliers tuer la démocratie métropolitaine.
La démocratie ne consiste pas à laisser à n'importe quel sous-groupe de la société le droit de poursuivre ses intérêts égoïstes au détriment de ceux de ses voisins. Elle consiste à permettre à l'intérêt général de prévaloir. Or cet intérêt général existe au niveau de l'île de Montréal et il existe aussi au niveau de la grande région de Montréal. Il appartient au gouvernement québécois de permettre à tous ceux que cet intérêt général concerne de se prononcer.
Le jour où MM. Poitras et Des Rosiers nous feront la démonstration qu'une politique de défusions tous azimuts serait dans l'intérêt des quartiers les plus pauvres de notre ville et non pas seulement dans celui des quartiers les plus riches, le jour où ils nous auront démontré que la délégation des pouvoirs à des niveaux métropolitains peut se faire spontanément dans une approche de bottom-up (sans que Québec n'ait à l'imposer d'en haut), nous pourrons nous laisser convaincre, mais pas avant.
Pour le moment, du simple point de vue de la théorie économique, l'argumentation de François Des Rosiers est contestable. Elle ignore la nature systémique des agglomérations métropolitaines (qui ne sont pas que de simples puzzles de municipalités interchangeables). Elle néglige la logique économique des acteurs municipaux qui les poussent très souvent à s'opposer sur la base d'avantages monopolistiques plutôt qu'à collaborer. Elle manque de rigueur en proclamant louable la «redistribution intramunicipale de la richesse en faveur des ménages moins nantis» à l'intérieur de municipalités «relativement homogènes» du point de vue des revenus mais elle est «aberrante» à l'intérieur de municipalités «peu homogènes» (celles où il y a à la fois de vrais riches et de vrais pauvres !). Elle porte des jugements contestables en laissant entendre que la négociation de négociations collectives raisonnables est improbable au sein d'une grande ville. M. Des Rosiers sait pourtant que les salaires existants dans le monde municipal atomisé actuel sont en moyenne supérieurs à ceux qui sont négociés aux niveaux centralisés des gouvernements provinciaux et fédéral. Comment explique-t-il cela ?
Ces manquements ne sont cependant que vétilles à côté du chaos intellectuel que le gouvernement actuel a créé en nous invitant à renoncer à l'idée même d'un débat éclairé sur un schéma général d'organisation de nos grandes villes. Le gouvernement québécois doit se rendre compte qu'il ne peut abdiquer son rôle en cette matière et que le fait d'organiser des référendums sur des défusions unilatérales à l'intérieur des frontières de municipalités qui n'existent plus est inacceptable, suicidaire et aberrant.
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La victoire des géants
Serge Truffaut
LE DEVOIR mercredi 4 juin 2003
Éditorial - Les membres de la Federal Communications Commission (FCC), l'équivalent américain de notre CRTC, ont créé tout un émoi. Leur projet de déréglementation des ondes radio et télé suscite d'autant plus d'opposition que ses adversaires craignent le pire pour tout ce qui a trait à la libre circulation de l'information.
La FCC est présidé par Michael Powell, le fils du secrétaire d'État Colin Powell. Il y a deux jours de cela, trois des cinq commissaires de cet organisme de contrôle ont voté l'adoption d'une série de mesures qui vont bouleverser l'horizon médiatique des États-Unis dans les semaines et les mois qui viennent. Signe de la dimension très politique du projet, les trois militants de cette vaste réforme sont membres du Parti républicain; les deux opposants, on l'aura deviné, défendent les couleurs des démocrates. Au Congrès, un nombre imposant d'élus ont promis que le tout se traduirait par une foire d'empoigne musclée. Le président Bush s'est empressé d'accorder son imprimatur au projet.
Si l'on en croit les concepteurs de la réforme, le bien-fondé de celle-ci est d'ordre économique. Pour Powell et ses collaborateurs, le paysage médiatique est si éclaté qu'il y avait lieu de favoriser ce qu'on nomme toujours en usant du mot consolidation et non concentration. Les grosses entreprises qui sont si grosses qu'en langue économique on les désigne en parlant de nébuleuses sont grandement favorisées par la décision du FCC. Elles voulaient que toutes les entraves à leur expansion soient levées, elles ont obtenu satisfaction malgré les atermoiements justifiés de toutes les organisations de citoyens, toutes les associations de consommateurs.
En effet, le grand vainqueur de cette réforme c'est tout d'abord News Corporation, la compagnie de Ruper Murdoch, qui est propriétaire, entre autres entreprises, de la chaîne Fox News. Grâce à la levée des écrous décidée par Powell et les siens, Fox pourra faire l'acquisition de Direct TV et ainsi accorder au discours de Bush toute la place que ce dernier souhaite disposer en vue des prochaines élections. En clair, la caisse de résonance de l'idéologie néoconservatrice chère à Murdoch et Bush sera plus volumineuse que jamais. C'est d'ailleurs à se demander si l'aval accordé à Murdoch n'est pas la récompense attendue pour les grands services rendus par Fox durant la guerre en Irak.
L'autre grand gagnant de la loi Powell est sans aucun doute le géant aux pieds d'argile qu'est AOL-Time Warner. Les nouvelles dispositions arrêtées par le FCC vont lui permettre de proposer à General Electrics l'acquisition du réseau NBC. Si tel est le cas, alors Time Warner aura à sa disposition le véhicule parfait pour diffuser les produits culturels que ce conglomérat fabrique. Avec Time Warner, on a le prototype d'entreprise qui va articuler toute la programmation en fonction de ses films, de ses artistes, de ses intérêts et non pas ceux des auditeurs. Dans le cas présent, bien des bruits ont alimenté les débats du Congrès à l'effet que CNN, filiale de Time Warner, avait rangé la distance critique à l'endroit de Bush dans les placards dans l'espoir qu'on lui permette de faire ce que, aujourd'hui, on lui permet de faire.
Tous modèles confondus, un fait ressort qui devrait, espérons-le, favoriser une vive opposition : l'information est appelée à être prise en otage. Cela ne relève pas de l'opinion mais bien des convictions de ceux qui ont en l'occurrence un pouvoir décisionnel. La masse des intérêts financiers d'un News Corporation ou d'un Time Warner est si ample, si importante, qu'elle constitue une garantie pour Bush et les siens. Quel conglomérat osera s'aliéner l'autorité réglementaire, soit Bush ? Aucun.
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