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Actualité
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Difficultés en vue
Bernard Descôteaux
LE DEVOIR jeudi 5 juin 2003
Le discours inaugural prononcé hier par le premier ministre Jean Charest à l'occasion de l'ouverture d'une nouvelle législature à l'Assemblée nationale marque le début d'une nouvelle ère pour le Québec. L'ère Charest sera une ère de changements qui ne seront pas tous faciles à effectuer, loin de là!
Pour les membres du gouvernement Charest, la journée d'hier était historique. D'emblée, le premier ministre a inscrit les projets qu'il entretient comme étant ceux qui doivent marquer le Québec au même titre que la Révolution tranquille. La comparaison est difficile à soutenir.
Le grand projet de Jean Charest, c'est la réingénierie de l'État québécois créé avec la Révolution tranquille. Il faut convenir que l'homme a de la suite dans les idées puisque, depuis cinq ans, il soutient que «nous sommes arrivés au bout d'un modèle de fonctionnement». Il n'a pas tort lorsqu'il affirme qu'il y a longtemps qu'il aurait fallu procéder à des remises en cause périodiques du fonctionnement de l'appareil gouvernemental. L'ampleur qu'il veut donner au processus soulève toutefois de nombreuses questions. Ce n'est pas qu'un simple ménage qu'il envisage mais une reconfiguration d'un «État mal adapté» qu'il prétend faire ainsi accéder à la modernité.
Si les membres du gouvernement Charest sont animés du même enthousiasme qui portait l'«équipe du tonnerre» de Jean Lesage en 1960, il faut souligner que le contexte est bien différent. En 1960, l'État québécois était quasi inexistant. Tout était à faire. On travaillait avec du neuf. Aujourd'hui, il s'agit de refaire, de défaire et de rénover ce qui existe. Les résistances au changement ne seront pas du même ordre. En 1960, les plus vives sont venues de l'extérieur de la société québécoise, alors qu'aujourd'hui, elles viendront de l'intérieur.
La démarche que veut entreprendre Jean Charest exigera en effet des renoncements. S'il faut convenir avec lui que le Québec ne peut vivre dans une bulle alors que nous évoluons dans un monde d'interdépendance, il se trompe cependant s'il croit que les Québécois sont prêts à renoncer à tout pour pouvoir se comparer aux voisins ontariens. Il lui faudra trouver le juste milieu pour mener les partenaires sociaux et économiques du gouvernement à renoncer à certains acquis. Sans cela, ceux-ci se dresseront sur sa route.
L'opération de révision des programmes gouvernementaux qui est confiée à la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, ne pourra être conduite avec succès que si le gouvernement s'appuie sur les grandes valeurs autour desquelles se sont élaborés les consensus sociaux depuis la Révolution tranquille. Parmi celles-là, il y a la solidarité, pierre angulaire sur laquelle l'État québécois s'est construit. Or, de ce discours inaugural, ce mot est en définitive absent. Certes, on parle de compassion, mais ce qui compte avant tout, c'est l'individu. Retenons cette phrase qu'a prononcée le premier ministre hier : «C'est la réussite individuelle qui permettra une meilleure répartition de la richesse et une plus grande justice sociale.»
Le Parti libéral du Québec n'est pas un parti social-démocrate, cela est entendu, mais il nous a habitués à plus de générosité, tout comme d'ailleurs les libéraux de Jean Chrétien, qui sont de la même famille. Dans ce discours, les mesures qui s'inscrivent dans un esprit de solidarité sont rares et bien ciblées, par exemple cet engagement personnel pris par le premier ministre à l'endroit des enfants autistes.
La perspective dans laquelle se place Jean Charest semble se ramener à une affaire de moyens dont la société québécoise dispose. Est-ce trop cher payer que ce 25 % de plus que nous coûte l'État québécois comparativement aux autres provinces ? Le premier ministre ne nous le dit pas, bien qu'on devine qu'il veuille la situer le plus bas possible afin de pouvoir diminuer les impôts de 27 % en cinq ans.
Ce discours inaugural constitue l'ordre du jour du nouveau gouvernement, lequel sera chargé. On sait davantage maintenant ce que voulait dire la formule «Réinventer le Québec» employée par les libéraux l'automne dernier. M. Charest a le mérite d'être transparent en ce qui a trait à ses intentions. Le débat est maintenant ouvert. Il sera vif.
bdescoteaux@ledevoir.ca
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Extraits du discours inaugural de la 37e législature
L'arrivée au bout d'un modèle «Nous allons insuffler un vent d'air frais au Québec»
Jean Charest Premier ministre du Québec
LE DEVOIR jeudi 5 juin 2003
Le Québec est à l'heure des décisions. Nous sommes arrivés au bout d'un modèle de fonctionnement. Ce modèle
a été créé il y a une quarantaine d'années par de grands Québécois. Il nous a
permis d'aller loin. Mais nous devons maintenant le revoir pour continuer à
progresser. Les Québécois en sont conscients et c'est pour cette raison qu'ils
nous ont élus.
Le Québec affiche des réussites remarquables. [...] Toutefois,
la poursuite et l'épanouissement de ces réussites risquent d'être compromis par
un État qui n'est plus adapté à la réalité des années 2000.
[...] L'État
québécois, qui a donné le signal de notre émergence parmi les sociétés les plus
modernes du monde, a vieilli. Il se trouve aujourd'hui en décalage face aux
citoyens. Il ne parvient plus à répondre efficacement à leurs besoins. Et les
Québécois en font les frais tous les jours. Il fait de nous les citoyens les
plus taxés du continent. Il place notre niveau de vie au 52e rang sur 60 États
et provinces du nord du continent. Cet État mal adapté nous coûte 37 % plus cher
qu'en Ontario et 25 % plus cher que dans le reste du Canada.
Il s'en
trouvera peut-être pour dire que c'est là le prix de notre différence. Nous
refusons cette analyse. Notre différence n'est pas une taxe. Je pense plutôt que
c'est le prix payé par les Québécois pour des gouvernements qui ont manqué à
leur devoir; à leur devoir de réviser périodiquement leurs façons de faire,
comme tous les citoyens ont dû le faire, que ce soit dans leur travail, leur
entreprise, dans leur foyer et leur famille.
[...] Pendant combien de
temps l'État québécois peut-il exiger davantage de sacrifices de ses citoyens
que de lui-même ? Pendant combien de temps l'État québécois peut-il continuer à
tout taxer et à se mêler de tout avec, pour résultat, de souvent faire les
choses à moitié ? [...] Si nous voulons soigner nos enfants et nos parents sans
délai, nous devons nous doter d'un État capable de s'y consacrer. Si nous
voulons que nos écoles soient mieux équipées, que les élèves en difficulté
soient mieux accompagnés, nous devons dégager des ressources pour le faire.
Certaines de ces ressources sont à Ottawa. Nous devrons les
récupérer en obtenant le règlement du déséquilibre fiscal. Mais cela ne nous
dispense pas de l'obligation de faire notre propre ménage. Nous devons nous
organiser pour répondre aux besoins des citoyens. Et nous devons le faire en
rejetant la solution facile qui consiste à toujours puiser dans la poche des
citoyens. Nous avons un plan pour y arriver.
[...] Nous vivons dans un monde d'interdépendance et de
concurrence internationale. [...] Le marché intérieur québécois n'est pas
suffisamment important pour nourrir notre croissance. C'est notre réalité
démographique. Pour grandir, il faut vendre aux autres. Nous devons être
pleinement concurrentiels. Ça, ce n'est pas pour nous une question de choix,
c'est une question de survie. Or, dans l'état actuel des choses, l'État
québécois, par le poids qu'il exerce sur notre économie, nuit à la position
concurrentielle du Québec. [...] L'avenir économique du Québec, ce n'est pas
l'interventionnisme, c'est l'entrepreneurship. Il nous faut nous adapter.
La détérioration de la capacité de l'État québécois à bien
servir les citoyens et la préservation de la position économique concurrentielle
du Québec nous imposent donc une révision du fonctionnement de l'État. De
surcroît, la situation financière du Québec fait de cette révision une urgence.
[...] L'avis que nous avons demandé à M. Guy Breton, ex-vérificateur général du
Québec, a révélé une impasse de 4,3 milliards de dollars. [...] La situation des
finances publiques ne compromet pas notre plan mais elle transforme sa nécessité
en urgence. [...]
Dans les mois qui vont suivre, nous allons faire ce
qui ne s'est jamais fait de façon sérieuse et structurée. Nous allons passer en
revue l'ensemble des ministères, sociétés d'État, organismes publics et
parapublics, ainsi que l'ensemble des programmes qu'ils administrent.
Nous allons remettre à jour le fonctionnement de notre État. Nous
procéderons avec méthode et rigueur selon des principes de gestion qui seront
les principes de notre administration.
Premièrement, nous allons
recentrer l'État sur les missions essentielles : santé, savoir, prospérité et
sécurité.
Deuxièmement, dans ces missions essentielles, notre premier
souci sera la qualité des services aux citoyens. Moins de structures, plus de
services. À mon sens, l'État des années 2000 doit se concevoir comme un
instrument au service de la réussite de ses citoyens. Ce n'est pas l'État qui
signera la réussite du Québec, ce sont les Québécois. Nous serons là pour chacun
d'eux. Nous allons favoriser leur initiative individuelle et leur
responsabilisation.
Troisième principe : transparence et efficacité. Les
Québécois ont le droit de savoir ce que fait leur gouvernement de chaque dollar
qu'il perçoit à même le fruit de leur travail. Les Québécois doivent en avoir
pour leur argent. Il faut chasser cette idée que l'État est forcément
inefficace. Parce que c'est faux. Il y a dans l'État québécois des organisations
qui sont des modèles d'efficacité. Nous le reconnaissons et nous les
reconnaîtrons.
Quatrième principe : décentralisation, partenariat et
imputabilité. L'État québécois ne peut pas tout faire tout seul. Il doit
apprendre à faire confiance et à déléguer. Nous ouvrirons l'État québécois aux
partenariats, que ce soit avec les municipalités, avec des organismes
communautaires ou avec des entreprises privées. Chaque partenaire sera imputable
des responsabilités qui lui sont confiées et des ressources afférentes devant
les élus de l'Assemblée nationale.
C'est sur la base de ces principes de
gestion que nous inaugurerons six grands travaux qui seront le coeur de la
réingénierie de l'État québécois.
Ces travaux seront coordonnés par la
présidente du Conseil du trésor, sous mon autorité. Chacun de ces travaux sera
piloté par un ministre qui s'adjoindra la collaboration de collègues députés et,
au besoin, de ressources externes.
Nos six grands travaux sont les
suivants.
- No 1 : révision des structures de l'État et des programmes
gouvernementaux, sous la supervision de la présidente du Conseil du trésor.
- No 2 : revue des modes d'intervention du gouvernement dans l'économie,
sous la responsabilité du ministre du Développement économique et régional, en
collaboration avec le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la
Famille.
- No 3 : réorganisation des services de santé, sous la
responsabilité du ministre de la Santé et des Services sociaux.
- No 4 :
décentralisation et déconcentration, sous la responsabilité du ministre des
Affaires municipales, du Sport et du Loisir, et de la ministre déléguée au
Développement régional et au Tourisme.
- No 5 : recentrage du réseau de
l'éducation sur l'élève et l'étudiant, sous la responsabilité du ministre de
l'Éducation.
- No 6 : simplification et allégement du fardeau fiscal,
sous la responsabilité du ministre des Finances.
[...] Il ne s'agit
nullement ici d'être les tenants d'un courant de gauche ou d'un courant de
droite. Notre formation politique a toujours visé le pragmatisme. Il s'agit de
faire appel à l'innovation et au sens créateur du Québec et de tous les
Québécois.
Je convie les Québécois à envisager ces travaux avec
enthousiasme. C'est un formidable projet que nous avons élaboré avec les
Québécois. Nous allons insuffler un vent d'air frais au Québec. Nous allons
ouvrir les fenêtres de notre grande maison. Nous allons nous donner une société
dans laquelle nous serons plus libres et plus prospères. Le Québec sera plus
stimulant pour chacun de nous.
Nous verrons des changements dans nos
structures et dans nos façons de faire. Il y aura, et c'est normal, il faut s'y
attendre, une résistance toute naturelle au changement. Comme il y a 40 ans,
lorsque des Québécois se sont levés pour faire la Révolution tranquille et nous
faire accéder à la modernité.
Les Québécois de la Révolution tranquille
étaient confiants et enthousiastes. Nous le sommes encore plus aujourd'hui.
[...] Nous allons donner aux Québécois un État plus efficace, moins coûteux,
moins bureaucratisé. Un gouvernement d'aujourd'hui.
Ce gouvernement sera
capable d'assumer pleinement les responsabilités qui sont les siennes et de bien
servir les citoyens du Québec, de bien les soigner, de bien les éduquer.
Nous allons dégager les ressources humaines et financières qui nous sont
nécessaires pour relever les défis nouveaux et pour solidifier les assises de
notre développement et de notre croissance.
Santé et éducation
[...] Nous allons rebâtir le réseau de la santé et des services sociaux.
Nous allons décentraliser son administration afin que les directeurs
d'établissement, notamment, puissent pleinement exercer leurs compétences et
trouver des solutions adaptées à leur propre situation. [...] Nous allons revoir
l'organisation du travail avec un objectif très précis : le rendre plus humain,
plus flexible. Notre système a besoin d'une injection de bon sens et de
pragmatisme. Nous allons l'administrer. Le réseau de la santé et des services
sociaux s'ouvrira aux partenariats, avec les cliniques privées, par exemple. On
y fera notamment des opérations mineures sans frais pour les patients. Le réseau
s'ouvrira aussi à la sous-traitance.
Je refuse de voir notre système
public de santé comme une chapelle qui proscrit toute relation avec le secteur
privé, comme s'il s'agissait là d'un sacrilège. Les soins et services doivent
être payés par l'État. Mais l'État peut conclure des ententes de services pour
soigner plus vite ou pour réduire ses coûts de fonctionnement.
[...]
Nous exigerons aussi que le gouvernement fédéral assume sa part de
responsabilité dans le financement du système de santé. La Loi canadienne sur la
santé n'a de sens que si le gouvernement qui la prescrit s'assure que ses
partenaires ont les ressources suffisantes pour la respecter. Nous serons de
toutes les batailles comme nous l'avons été et comme je l'ai été personnellement
par le passé.
[...] Notre gouvernement fera aussi de l'éducation une
priorité de tous les jours. [...] Nous allons favoriser l'autonomie des
différents partenaires au sein du monde de l'éducation, autant chez les
directions d'établissement que dans les commissions scolaires. Nous allons
donner plus de latitude aux enseignants pour qu'ils expriment plus librement
leur passion pour leur métier et pour notre jeunesse.
[...] Nous
investirons dans la formation professionnelle et technique, cela, afin
d'augmenter les débouchés pour nos jeunes et d'aider nos entreprises à faire
face aux pénuries de main-d'oeuvre qualifiée. Nous soutiendrons les cégeps et
les universités, tout spécialement en région.
Nous aurons également dès
cette année, avec tous les partenaires concernés, un grand débat sur la qualité,
l'accessibilité et le financement de l'enseignement universitaire. C'est un
enjeu stratégique de première importance pour le Québec.
Économie et
régions
Les Québécois ne veulent plus se faire dire encore longtemps
qu'ils sont les citoyens les plus taxés du continent. Je les ai entendus et cela
achève. Nos orientations économiques sont claires. Nous allons baisser les
impôts de tous les Québécois dès l'exercice financier 2004-05, comme le stipule
le cadre financier rendu public le 12 septembre 2002. [...]
Dans le
monde concurrentiel dans lequel nous évoluons, la concurrence fiscale est aussi
un enjeu. [...] Nous allons réduire les taxes qui nuisent à l'investissement,
comme la taxe sur le capital, que nous abolirons graduellement au cours de ce
mandat pour les PME. [...] Nous allons également revoir l'ensemble des
programmes d'aide, de crédits d'impôt, de subventions de toutes sortes, qui sont
ruineux, qui compliquent la vie des entreprises et qui ne participent pas à
notre croissance. [...] L'avenir économique du Québec, ce n'est pas le dirigisme
d'État, c'est l'entrepreneurship. Nous le stimulerons.
[...] Les
citoyens des régions du Québec seront parmi les premiers bénéficiaires de la
réingénierie de l'État québécois. [...] Nous allons conclure avec chacune des
régions du Québec des ententes de partenariat. En vertu de ces ententes, les
régions assumeront des pouvoirs et des responsabilités en fonction de leur
volonté et de leur capacité de les assumer. [...] Nous ferons confiance enfin
aux citoyens des régions du Québec. Nous opterons pour le sur-mesure plutôt que
le mur-à-mur.
[...] Nous convions aujourd'hui les Québécois à un grand
renouveau de notre société. [...] Dans cinq ans, le Québec sera plus solide. Il
sera appuyé par un État transparent qui sera parvenu à concentrer ses ressources
dans ses missions essentielles pour répondre efficacement aux besoins des
citoyens.
Cet État croira dans la primauté des libertés individuelles.
Il croira que la réussite du Québec ne réside pas dans ses structures mais en
chacun de nous. C'est cette réussite individuelle qui permettra une meilleure
répartition de la richesse et une plus grande justice sociale. [...]
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Discours inaugural de M. Charest
Un vent d'air frais "Nous allons donner aux Québécois un gouvernement dont ils seront fiers"
Jean Charest
La Presse jeudi 5 juin 2003
DANS QUELQUES JOURS, le ministre des Finances présentera un budget équilibré.
Il permettra de stabiliser la situation des finances publiques. Il s'agit d'une
condition préalable à tout le reste.
Dans les mois qui vont suivre, nous allons faire ce qui ne s'est jamais fait
de façon sérieuse et structurée. Nous allons passer en revue l'ensemble des
ministères, sociétés d'État, organismes publics et parapublics, ainsi que
l'ensemble des programmes qu'ils administrent.
Nous allons remettre à jour le fonctionnement de notre État. Nous procéderons
avec méthode et rigueur selon des principes de gestion qui seront les principes
de notre administration :
Premièrement, nous allons recentrer l'État sur ses missions essentielles :
santé, savoir, prospérité, sécurité.
Deuxièmement, dans ces missions essentielles, notre premier souci sera la
qualité des services aux citoyens. Moins de structures, plus de services. À mon
sens, l'État des années 2000 doit se concevoir comme un instrument au service de
la réussite de ses citoyens. Ce n'est pas l'État qui signera la réussite du
Québec, ce sont les Québécois. Nous serons là pour chacun d'eux dans un esprit
de justice sociale. Nous allons favoriser leur initiative individuelle et leur
responsabilisation.
Troisième principe : transparence et efficacité. Les Québécois ont le droit
de savoir ce que fait leur gouvernement de chaque dollar qu'il perçoit à même le
fruit de leur travail. Les Québécois doivent en avoir pour leur argent. Il faut
chasser cette idée que l'État est forcément inefficace. Parce que c'est faux. Il
y a dans l'État québécois des organisations qui sont des modèles d'efficacité.
Nous le reconnaissons et nous les reconnaîtrons.
Quatrième principe : décentralisation, partenariat et imputabilité. L'État
québécois ne peut pas tout faire seul. Il doit apprendre à faire confiance et à
déléguer. Nous ouvrirons l'État québécois aux partenariats, que ce soit avec les
municipalités, avec des organismes communautaires ou avec des entreprises
privées. Chaque partenaire sera imputable des responsabilités qui lui sont
confiées et des ressources afférentes devant les élus de l'Assemblée
nationale.
Grands travaux
C'est sur la base de ces principes de gestion que nous inaugurerons six
grands travaux qui seront le coeur de la réingénierie de l'État québécois.
Ces travaux seront coordonnés par la présidente du Conseil du Trésor, sous
mon autorité. Chacun de ces travaux sera piloté par un ministre qui s'adjoindra
la collaboration de collègues députés et, au besoin, de ressources externes.
Nos six grands travaux sont les suivants :
Numéro 1 : révision des structures de l'État et des programmes
gouvernementaux, sous la supervision de la présidente du Conseil du Trésor.
Numéro 2 : revue des modes d'intervention du gouvernement dans l'économie,
sous la responsabilité du ministre du Développement économique et régional, en
collaboration avec le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la
Famille.
Numéro 3 : réorganisation des services de santé, sous la responsabilité du
ministre de la Santé et des Services sociaux.
Numéro 4 : examen des perspectives de décentralisation et de déconcentration,
sous la responsabilité du ministre des Affaires municipales, du Sport et du
Loisir, et de la ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme.
Numéro 5 : recentrage du réseau de l'éducation sur l'élève et l'étudiant,
sous la responsabilité du ministre de l'Éducation.
Numéro 6 : simplification et allégement du fardeau fiscal, sous la
responsabilité du ministre des Finances.
Rien d'exceptionnel
Il est important que les Québécois comprennent que ce que nous entreprenons
n'est pas exceptionnel. Ce qui est exceptionnel au Québec, c'est que cela n'ait
pas déjà été fait. Nous pourrons donc nous inspirer des expériences de plusieurs
autres gouvernements.
Nous pourrons nous comparer à plusieurs autres gouvernements. Le Québec doit
supporter la comparaison. Il doit reconnaître ses forces autant que ses
faiblesses pour mieux capitaliser sur les unes et combattre les autres.
Il ne s'agit nullement ici d'être les tenants d'un courant de gauche ou d'un
courant de droite. Notre formation politique a toujours visé le pragmatisme. Il
s'agit de faire appel à l'innovation et au sens créateur du Québec et de tous
les Québécois.
Je convie les Québécois à envisager ces travaux avec enthousiasme.
C'est un formidable projet que nous avons élaboré avec les Québécois. Nous
allons insuffler un vent d'air frais au Québec. Nous allons ouvrir les fenêtres
de notre grande maison. Nous allons nous donner une société dans laquelle nous
serons plus libres et plus prospères. Le Québec sera plus stimulant pour chacun
de nous.
Nous verrons des changements dans nos structures et dans nos façons de faire.
Il y aura, et c'est normal, une résistance toute naturelle au changement. Comme
il y a 40 ans, lorsque des Québécois se sont levés pour faire la Révolution
tranquille et nous faire accéder à la modernité.
Les Québécois de la Révolution tranquille étaient confiants et enthousiastes.
Nous le sommes encore plus aujourd'hui.
Parce que nous savons qu'aucun sommet ne nous est inaccessible.
Nous allons donner aux Québécois un État plus efficace, moins coûteux, moins
bureaucratisé. Un gouvernement d'aujourd'hui.
Ce gouvernement sera capable d'assumer pleinement les responsabilités qui
sont les siennes et de bien servir les citoyens du Québec, de bien les soigner,
de bien les éduquer.
Nous allons dégager les ressources humaines et financières qui nous sont
nécessaires pour relever les défis nouveaux et pour solidifier les assises de
notre développement et de notre croissance.
Nous allons donner aux Québécois un gouvernement dont ils seront fiers.
(...)
Grand revouveau
Nous convions aujourd'hui les Québécois à un grand renouveau de notre
société.
Dans cinq ans, notre système de santé sera redevenu un des meilleurs au monde
; nous aurons gagné des batailles contre le décrochage scolaire. Nos jeunes,
mieux appuyés, se sentiront capables de décrocher leurs rêves.
Notre économie connaîtra une croissance durable. Elle reposera sur les forces
intrinsèques du Québec, et non plus sur des artifices coûteux.
Les Québécois seront plus prospères. Plus libres. Les régions du Québec
connaîtront un dynamisme nouveau. Les citoyens des régions en auront été les
fiers instigateurs.
Dans cinq ans, le Québec sera plus solide. Il sera appuyé par un État
transparent qui sera parvenu à concentrer ses ressources dans ses missions
essentielles pour répondre efficacement aux besoins des citoyens.
Cet État croira dans la primauté des libertés individuelles. Il croira que la
réussite du Québec ne réside pas dans ses structures, mais en chacun de nous.
C'est cette réussite individuelle qui permettra une meilleure répartition de la
richesse et une plus grande justice sociale.
Au coeur de cet État, se trouveront les employés de l'État. Ils auront été
les maîtres d'oeuvre de son renouveau. Ils seront source de fierté pour leurs
concitoyens.
Notre équipe a la compétence, la détermination et la passion du Québec pour
mener son plan à terme. J'en appelle maintenant à l'engagement de tous les
citoyens du Québec. C'est avec eux et pour chacun d'eux que nous allons
renouveler le fonctionnement du Québec. C'est avec eux et pour chacun d'eux que
nous allons prendre des décisions nécessaires. Elles seront tournées vers
l'avenir plutôt qu'inspirées du passé. (...)
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Discours inaugural
Les six travaux de Charest Le modèle québécois hérité de la Révolution tranquille sera
transformé en cinq ans
LE DEVOIR jeudi 5 juin 2003
Québec - Dans son discours inaugural, Jean Charest a lancé son gouvernement
dans la réalisation de six grands travaux, à l'image d'Hercule qui, lui, en
avait toutefois réalisé douze. Le premier ministre se donne cinq ans pour
changer «le modèle de fonctionnement» du Québec issu de la Révolution tranquille
pour donner désormais la primauté aux libertés individuelles.
«Nous sommes arrivés au bout d'un modèle de fonctionnement» créé il y a une
quarantaine d'années, a posé comme constat Jean Charest. «Moins de structures,
plus de services» et un État qui se conçoit comme un instrument au service de la
réussite de ses citoyens, préconise-t-il. «C'est cette réussite individuelle qui
permettra une meilleure répartition de la richesse et une plus grande justice
sociale», a promis le premier ministre.
Plus de services et moins d'impôt aussi. Malgré la situation des finances
publiques et les «six budgets prétendument équilibrés» signés par le
gouvernement péquiste dont il a dénoncé «l'inconséquence, l'insouciance et le
manque de transparence», Jean Charest a réitéré son engagement de baisser les
impôts de cinq milliards en cinq ans, à compter de 2004-05, tout en gardant le
cap sur le déficit zéro. «Notre fardeau fiscal est un obstacle à notre
développement», a-t-il dit, soulignant qu'il incite «nos gens parmi les plus
brillants à gagner leur vie ailleurs» et les étrangers brillants à ne pas venir
travailler au Québec.
Jean Charest veut en finir avec l'interventionnisme «à tout crin» qui est une
stratégie de développement économique, selon lui, non seulement «ruineuse et
inefficace», mais aussi de plus en plus contraire à la libéralisation mondiale
du commerce. «L'avenir du Québec, ce n'est pas l'interventionnisme, c'est
l'entrepreneurship», a fait valoir le premier ministre.
La «réingénierie» de l'État québécois passera donc par six grands travaux
coordonnés par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, sous
l'autorité du premier ministre. Mme Forget se chargera du premier des six
travaux, une sorte de nettoyage des écuries d'Augias: la révision des structures
de l'État et des programmes gouvernementaux.
Le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, avec le
ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard,
reverront les modes d'intervention de l'État dans l'économie.
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard,
s'occupera de la réorganisation du système de santé. À cet égard, M. Charest a
indiqué que le nombre d'unités d'accréditation syndicale dans le réseau sera
réduit. Le premier ministre a, par ailleurs, confirmé que le gouvernement ira de
l'avant avec la modification de l'article 45 du Code du travail afin de
faciliter la sous-traitance.
Le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc
Fournier, et la ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme,
Nathalie Normandeau, feront l'examen des «perspectives de décentralisation et de
déconcentration» en faveur des régions.
Le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, est chargé de recentrer le réseau de
l'éducation sur l'élève et l'étudiant. Parallèlement, M. Charest a dit qu'il
lancera cette année un grand débat sur la qualité et le financement de
l'enseignement universitaire, ce qui ne peut que déboucher sur une remise en
question du gel des frais de scolarité.
Enfin, le sixième des travaux Charest est confié au ministre des Finances,
Yves Séguin, qui devra simplifier et alléger le fardeau fiscal. Trop exigeante
peut-être, la correction du déséquilibre fiscal ne fait pas partie de ces
travaux herculéens. M. Charest a toutefois mentionné qu'il proposera à «nos
partenaires canadiens» d'établir un bureau de négociations sur le déséquilibre
fiscal ainsi qu'un conseil de la fédération.
Sur la question des services de garde, le premier ministre a confirmé que
l'universalité ne tient plus et que des parents paieront davantage que le tarif
quotidien uniforme de 5 $. «Nous protégerons les garderies à 5 $ par jour pour
le plus de gens possible», a-t-il dit. Les bases de financement seront revues et
l'offre de service sera variée. «Nous voulons d'abord que tous les parents aient
une place pour leurs enfants», a dit M. Charest, en rappelant qu'il manque 33
000 places dans le réseau à l'heure actuelle.
Quant au projet de loi sur les défusions, M. Charest a confirmé qu'il
comprendra le principe de «fiscalité d'agglomération», un principe qui ne
manquera pas de gonfler le compte de taxes des citoyens des villes défusionnées.
Rappelant les motifs démocratiques que poursuit son gouvernement dans le dossier
des défusions, M. Charest a lancé cette métaphore de vendeurs d'automobiles: «La
démocratie n'est pas une option de notre véhicule collectif. Ce n'est pas un
toit ouvrant dont on se sert lorsqu'il fait beau et que l'on ferme lorsqu'il
pleut.»
Dans cet esprit démocratique, le premier ministre a indiqué qu'il présentera
au printemps de 2004 un projet de loi pour modifier le mode de scrutin afin
d'introduire un élément de la proportionnelle dans le système électoral, comme
l'a rapporté Le Devoir dans son édition d'hier.
Le seul élément vraiment nouveau que contient le discours inaugural prononcé
hier par Jean Charest touche la politique d'immigration. Reniant un pan
important de la politique d'intégration des gouvernements précédents, tant
péquistes que libéraux, le premier ministre a annoncé qu'il confiera aux
organismes communautaires issus des différentes communautés culturelles la
responsabilité de l'accueil des nouveaux arrivants. Ce sera donc à la communauté
culturelle dont est issue le nouvel arrivant de se charger de son intégration à
la société québécoise.
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"Moderniser l'État"
Pascale Breton
La Presse jeudi 5 juin 2003
Québec - Le premier ministre, Jean Charest, ne se contente pas de donner un
coup de balai. C'est un véritable grand ménage qu'il souhaite entreprendre pour
moderniser l'État québécois.Quarante ans après la Révolution tranquille, le "
Québec est sous pression " et se trouve à un carrefour de son histoire, affirme
le premier ministre qui a procédé hier à la lecture du discours inaugural de la
37e législature à l'Assemblée nationale.
Le Québec, il faut le dire, est à l'heure des décisions. Nous sommes arrivés
au bout d'un modèle de fonctionnement. Ce modèle a été créé il y a une
quarantaine d'années par de grands Québécois. Il nous a permis d'aller plus
loin. Nous devons maintenant le revoir pour continuer de progresser ", a déclaré
M. Charest.
Pour parvenir à son but, le premier ministre cible quatre principes qui
seront au coeur de l'action gouvernementale. Il veut recentrer l'État sur ses
missions essentielles - la santé, l'éducation, la prospérité et la sécurité - ,
donner plus de services aux citoyens tout en allégeant les structures, offrir
plus de transparence et d'efficacité, et onstruire un tat décentralisé en misant
sur les partenariats et l'imputabilité.
M. Charest identifie également six grands travaux qui seront dirigés par les
ministres responsables des différents secteurs, sous la supervision de la
présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme- Forget. Un programme
ambitieux.
Ces chantiers au coeur de la " réingénierie " de l'État québécois sont la
réorganisation des services de santé et des services sociaux, le recentrage du
réseau de l'éducation autour de l'élève, la évision des structures de l'État et
des programmes gouvernementaux, la décentralisation vers les régions, la
simplification et l'allégement du fardeau fiscal ainsi que la révision des modes
d'intervention en matière d'économie.
Dans l'ensemble, le discours inaugural s'inscrit dans la foulée de la
plateforme électorale sur laquelle le Parti libéral s'est fait élire. Pour le
chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, il s'agit toutefois d'une
importante dérive vers la droite.
"C'est la continuation de ce qu'on a vu depuis l'élection: la destruction de
la société, le désinvestissement social, la dérive très nette vers le programme
de l'ADQ", a commenté Bernard Landry, marquant sa déception et sa
désapprobation,hier.
Repenser l'État
Le premier ministre donne cinq ans à son gouvernement, soit la durée du
mandat, pour apporter des changements concrets au mode de fonctionnement de
l'État. Les citoyens de la province sont les plus taxés de l'Amérique du Nord et
il est temps que ça change, a-t-il indiqué.
"La détérioration de la capacité de l'État québécois à bien servir les
citoyens et la préservation de la position économique concurrentielle du Québec
nous imposent une révision du fonctionnement de l'État", a déclaré M.
Charest.
Seul véritable engagement clair de son discours inaugural, le premier
ministre promet le dépôt, au cours des prochains jours, du projet de loi-cadre
ouvrant la porte à de possibles défusions.
En tête de liste des priorités, il y a, bien sûr, la santé. Dans cinq ans, le
réseau comptera 1500 infirmières de plus et 750 médecins supplémentaires seront
en formation, promet M. Charest. Il veut aussi laisser plus de place aux
partenariats public-privé, abolir les régies régionales et nommer un commissaire
à la santé.
En matière de finances publiques, le gouvernement Charest veut baisser les
impôts des contribuables, en moyenne de 27 % sur cinq ans, tout en visant
particulièrement les familles de la classe moyenne avec de jeunes enfants.
À mots couverts, M. Charest prévient cependant les parents que certains vont
devoir sortir plus d'argent de leurs poches pour faire garder leurs enfants,
parlant "de revoir les bases de financement" et disant vouloir "protéger les
garderies à 5 $ par jour pour le plus de gens possible".
En éducation, le gouvernement ajoutera 90 minutes d'enseignement par semaine
au primaire, en plus d'introduire les cours d'anglais dès la première année. Il
veut aussi combattre le décrochage dès l'enfance et mener un débat sur la
qualité, l'accessibilité et surtout, le financement des universités.
Pour les entreprises, M. Charest rappelle sa promesse d'abolir graduellement
d'ici cinq ans la taxe sur le capital et promet de réviser l'article 45 du Code
du travail pour faciliter le recours à la sous-traitance.
En ce qui a trait aux relations avec le reste du Canada, M. Charest réitère
sa volonté de régler la question du déséquilibre fiscal et de mettre sur pied un
conseil de la fédération pour faire front commun avec les autres provinces
contre Ottawa.
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Charest outlines vision of ideological shiftInaugural Speech. Pledge to cut taxes and government; Landry calls plan
'ultra' neoliberal Charest plans to change state's role.
ALLISON HANES
The Montréal Gazette Thursday, June 05, 2003
Quebec is on
the verge of an earth-shaking ideological shift the scale of which has not been
felt since the Quiet Revolution 40 years ago, Premier Jean Charest said
yesterday in his inaugural speech to the National Assembly.
But instead of ushering in a modern society, the revolution Charest is
proposing will bring Quebec a modern government.
The vision he outlined for the next five years of Liberal rule describes a
Quebec with smaller government, lower taxes, more private sector involvement in
public services, less state intervention in the economy, less red tape for
business and a decentralization of power to the regions.
That the province is leaving behind the era of the Quiet Revolution and
embarking on what could be characterized as a made-in-Quebec version of
Ontario's Common Sense Revolution is readily admitted by Charest.
"It is important for Quebecers to understand that what we're embarking on is
not exceptional," he said. "What is exceptional is that in Quebec this hasn't
already been done. We can be inspired by the experiences of many other
governments."
But the shift is perhaps best illustrated by the reactions of the two
opposition leaders.
While Action Démocratique du Québéc leader Mario Dumont, representing the new
right, called Charest's vision overly ambitious, Parti Québécois opposition
leader Bernard Landry, fresh out of the premier's office, called it "ultra"
neoliberal and destructive.
"There's a vision, but it's a neoliberal ideological one," he said.
Though a $4.3-billion hole in provincial coffers has been "discovered" since
the Liberals took office in April and the new government has gone about
scrutinizing the importance of every single government program, the contents of
yesterday's speech could have been ripped from the pages of the party's
platform.
True to his election promise, Charest said health care and education will be
his top priorities.
But the re-examination of the role of the state looks more likely to be his
legacy.
Charest wants to put an end to Quebecers' status as the most taxed citizens
on the continent, vowing to reduce income taxes for all in the 2004-05 fiscal
year, with emphasis on the middle class and families with children.
His government, he promised, will gradually reduce taxes on investment and
eventually eliminate the capital gains tax - efforts intended to favour small
and medium-sized businesses.
All Quebec's financial institutions - from the Société Générale de
Financement, to Investissement Québec and the Caisse de Dépôt et Placement -
will see their missions reoriented.
"The economic future of Quebec is not state management, it's
entrepreneurship," Charest said.
PQ leader Landry lamented that Quebec will lose all its essential tools for
ensuring prosperity under Charest's plan.
"It can't work. If there's a drama in the Gaspé, the doctrine the Liberals
put forward would be not to do anything," Landry said. "What we did was
intelligent interventionism. ... If it's not broken, why do we fix it?"
Charest said Quebecers should expect to see a smaller state - with cuts to
the bureaucracy to be made through attrition - but one that offers better
service thanks to online government made accessible by high-speed Internet,
which he vowed to bring to all corners of Quebec.
In fact, all his government's plans - from reinvigorating the health system
to helping out families - adhere to that goal.
Charest said the private sector will be called upon to provide some health
care services, but the state will continue to pay.
Regional health boards will be eliminated, health-professionals' union
contracts will be simplified, services in English will be guaranteed and a new
health care ombuds position will be created to keep tabs on things.
For families, Charest said he encouraged all employers to adopt policies that
are flexible enough to meet working parents' needs, but he stopped short of
promising anything concrete.
Charest also said creating 33,000 needed day-care spots takes precedence over
the universality of the $5 price tag.
Touching on what promises to be the most controversial issue facing his
government, Charest said a law to enshrine the municipal demerger process will
be tabled in the coming days and will be based on the Liberal Party's longtime
position to allow demerger referendums where enough residents express a desire
after a consultation to lay bare the true costs.
But in the same breath, he said that the law will ensure "all citizens pay
their fair share."
"I will say it again in front of all of you that I hope for the success of
the new cities," he said. "But I will also say again that citizens who want to
express themselves on the organization of their communities can do so."
ADQ leader Dumont, who opposes opening the demerger can of worms, said
yesterday that if the Liberals are going to go down that road, they ought to do
it fast.
"My hope is if it's going to happen - and we don't really want it to happen -
but if it's going to happen, it should happen as quickly as possible so it's
over and we can start to build our cities," Dumont said.
Montreal Mayor Gérald Tremblay said he had hoped to hear a more ringing
endorsement of the big cities. And he'd hoped Charest would pledge his support
for the five-year, $587-million contract Montreal signed with the Landry
government.
"I'm a little disappointed," Tremblay said.
"I thought that after all the conversations we had with the premier and his
cabinet ministers, he'd be more specific on the city contract."
CLARE DEMERSE of the gazette contributed to this report
ahanes@ thegazette.canwest.com
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Charest outlines plans for conservative agenda in Quebec
RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Thursday, June 5, 2003
Quebec PQ - Quebec's Liberal government promises an ideological turn to the
right, with less government intervention in the economy and radical changes in
the way elections are run.
In his address yesterday marking the opening of the 37th legislature, Premier
Jean Charest outlined a conservative agenda that will steer the province away
from its social-democratic past, calling it a "moment of truth".
"Interventionism at all cost is not only a ruinous and inefficient economic
development strategy, but it is also a strategy that goes against the rules of
the game.
"Quebec's economic future is not interventionism; it is entrepreneurship," he
said.
Mr. Charest signalled clearly that the role of major state-run financial
institutions such as the Caisse de dépôt et de placement du Québec, which
manages provincial pension funds, will change radically. The new government says
it will no longer tolerate major financial losses such as those incurred by the
Caisse last year, largely because of higher-than-average exposure to the
troubled telecommunications and technology sectors.
"We will evaluate the mission, the mandate and the governance of the Caisse
so that we never again relive the losses and discrepancies that we have seen in
the past few years," Mr. Charest said.
The role of other government-run financial institutions such as the Société
générale de financement and Investissement Québec is also under review.
Mr. Charest argued that the Quiet Revolution of the 1960s was now dead. And
he said the economy would be best served if it was left in the hands of the
private sector.
He also insisted that Quebec will build alliances with other provinces to
fight for federal funding needed to meet his objectives for more efficient and
reliable health care and education systems.
Perhaps the most important change will take place next spring as the
government introduces major revisions to the Election Act to allow for
proportional representation in the National Assembly. The plan would allow some
MNAs to be elected based on their percentage of popular vote.
While all parties support the change, some sovereigntists warned that it
would encourage the emergence of new sovereignty parties and split the Parti
Québécois' support.
Over the next five years, Mr. Charest said, the private sector will play a
greater role in delivering public services such as health care and will help
define educational needs and regional development strategies.
As expected, Quebec's $5-a-day public daycare system will be partly replaced
by private centres that will charge higher rates.
As the government spends less on services, it will be able to offer greater
tax cuts, averaging 27 per cent over five years, Mr. Charest said. The aim is to
ensure that at the end of that time Quebeckers are no longer the highest taxed
in the country.
Capital gains taxes on business will be abolished, Mr. Charest said, as will
tax credits and government subsidies to business.
"Quebec provides four times more business subsidies than Ontario, more than
all Canadian provinces put together.
"Yet we receive only 17.7 per cent of private investments, less than our
share of the Canadian economy.
"We believe that investors are not looking for government handouts. They want
a profitable and growth-oriented place to invest. Our job is to create an
environment in Quebec that encourages business."
Finally, the Liberals will move in the coming months to change the Labour
Code, which they see as too generous to unions, making it easier to contract out
work.
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Le grand ménage de Jean Charest
Une cure de cinq ans pour la santé
Pascale Breton
La Presse jeudi 5 juin 2003
Québec - Chose promise, chose due. Le premier ministre Jean Charest fait de
la santé sa priorité et compte accroître la place du privé pour résoudre les
problèmes d'un réseau qui craque de partout.
M. Charest se donne cinq ans pour remettre sur pied le système de santé. "Si
le gouvernement d'hier n'est pas parvenu à dominer les pressions qui s'exercent
sur le réseau, je vous soumettrai respectueusement que c'est parce qu'il a voulu
s'attaquer à des défis des années 2000 avec des solutions des années 60", a-t-il
affirmé dans son discours inaugural. Selon lui, ces solutions du XXIe siècle
résident notamment dans le développement de partenariats avec des cliniques
privées pour des chirurgies mineures, sans frais pour les patients, ainsi qu'à
un recours plus grand à la sous-traitance. "Je refuse de voir notre système
public de santé comme une chapelle qui proscrit toute relation avec le secteur
privé, comme s'il s'agissait d'un sacrilège", a dit M. Charest, précisant avec
fermeté que l'État continuera d'assumer le coût des soins et des services aux
patients.
D'ici cinq ans, il promet d'enrayer la pénurie de personnel et de réduire les
listes d'attente: le réseau pourra compter sur 1500 infirmières de plus tandis
que 750 médecins supplémentaires seront en formation. Comme les libéraux
s'étaient engagés à le faire pendant la campagne électorale, le premier ministre
confirme qu'il abolira les régies régionales de la santé et des services sociaux
pour les remplacer par des organisations moins lourdes qui s'occuperont de la
coordination des services. Un poste de commissaire à la santé sera également
créé.
"Dans cinq ans, notre système de santé sera en forme", a soutenu M. Charest
sous les applaudissements de ses collègues. Il s'engage aussi à réinvestir dans
le réseau afin d'augmenter les effectifs et les services, en plus de renouveler
les équipements.
Dans son discours inaugural, le premier ministre a été avare de détails sur
les sommes en jeu. Il faudra attendre le dépôt du budget, dans une dizaine de
jours, pour connaître la teneur des investissements en santé.
M. Charest entend également revoir l'organisation du travail dans le réseau,
notamment le nombre d'unités d'accréditations syndicales, en plus d'exiger
d'Ottawa qu'il respecte sa part de responsabilité quant au financement du
système de santé, comme le prévoit la loi fédérale. "Nous serons de toutes les
batailles sur cette question", a-t-il affirmé.
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Le patronat est aux anges
Le Devoir jeudi 5 juin 2003
Le discours inaugural du premier ministre Jean Charest sème beaucoup d'espoir dans le monde patronal, qui suivra néanmoins de près ce nouveau gouvernement afin de vérifier si les réalisations seront conformes au discours.
Pour l'instant, les réactions sont unanimes. «Nous sommes très très heureux. C'est un discours qui colle beaucoup aux attentes et qui va dans le sens que nous souhaitions», dit Gilles Taillon, président du Conseil du patronat du Québec. Louise Marchand, porte-parole de la Chambre de commerce du Québec, affirme que ce discours sème beaucoup d'espoir et contient des engagements qui correspondent aux attentes exprimées son organisation dans un mémoire présenté au gouvernement. On peut d'ailleurs rappeler que Michel Audet, devenu un ministre influent sur le plan économique dans ce nouveau gouvernement, était le président de la Chambre de commerce du Québec avant de devenir candidat
libéral.
Mme Marchand n'en pense pas moins que la Chambre de commerce jugera l'arbre à ses fruits, une opinion entièrement partagée par Paul-Arthur Huot, président de l'Association des manufacturiers et exportateurs du Québec, qui, pour le moment, a l'impression que le discours de M. Charest contient à peu près tous les éléments importants soulevés par le monde patronal ces dernières années.
Fidèle aux engagements
Richard Fahey, vice-président de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, constate pour sa part que ce discours est tout à fait en ligne avec le programme politique mis en avant pendant la campagne électorale. «Ça risque de rechigner à certains endroits, mais c'est ce que le peuple veut», ajoute-t-il en faisant allusion aux réactions négatives qui pourraient survenir dans les milieux syndicaux, lesquels auront certainement le gouvernement à l'oeil eux aussi.
Par ailleurs, M. Taillon, du CPQ, ne cache pas que le programme annoncé par le gouvernement libéral risque de toucher certains droits acquis, mais il pense qu'il y aura moyen de trouver des voies de passage qui ne remettront pas complètement en cause le bon climat des relations de travail au Québec, notamment en ce qui concerne l'article 45 du Code du travail, qui porte sur la sous-traitance. Il cite à cet égard le cas de la Nouvelle-Écosse, qui aurait trouvé un compromis acceptable de part et d'autre. M. Fahey considère que cette question est le principal défi du gouvernement dans le secteur de l'économie mais il mentionne aussi qu'il faut demeurer calme à ce propos, citant une étude menée aux HEC qui démontre que c'est seulement dans 4 % des cas qu'il y a perte d'emplois lorsqu'un mandat est donné à un sous-traitant.
Sous-traitance
Les porte-parole de toutes les associations patronales rappellent que les patrons demandent depuis des années des amendements au Code du travail pour permettre la sous-traitance sans devoir obligatoirement faire suivre l'accréditation syndicale. Ils s'entendent également tous sur l'objectif de valoriser l'entrepreneurship afin d'aider les PME à croître, notamment en réduisant les taxes et les impôts et en faisant le ménage dans les crédits d'impôt. L'élimination du dirigisme sonne comme de la musique à leurs oreilles, tout comme des solutions sur mesure qui pourraient devenir la norme dans l'économie et le tourisme régional.
Les grandes associations patronales québécoises se réjouissent également d'un allégement de la paperasse dans la réglementation et de l'élimination des effets pervers, comme elles le disent, dans la loi du 1 % destiné à la formation. À cet égard, M. Huot s'attend à ce que le plancher d'une masse salariale de 250 000 $ pour obliger une PME à contribuer 1 % soit porté à au moins un million. Il faut, insiste-t-il, mettre l'accent sur la motivation personnelle des employés plutôt que sur l'obligation des petites entreprises à verser l'argent.
Dans ce grand concert d'éloges, il n'y a eu qu'un seul bémol, émis par M. Huot, qui aurait aimé entendre M. Charest annoncer la révision du décret sur la machinerie de production, un sujet pour lequel le mouvement syndical a vivement réagi l'an passé.
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Le grand ménage de Jean Charest
Un programme d'une ambition inusitée
Denis Lessard
La Presse jeudi 5 juin 2003
Québec - On pourra peut-être un jour accuser Jean Charest de ne pas avoir répondu aux attentes. On ne pourra jamais dire toutefois qu'il a louvoyé, revu son plan pour l'ajuster à la "saveur du mois". Le "grand ménage" promis hier s'inscrit, clairement, dans la continuité des engagements pris non seulement en campagne électorale, mais depuis son saut en politique provinciale, en 1998.
Avec cette mise en jeu, Jean Charest tenait à promettre un coup de balai dans tous les coins. Peu de surprises dans ce message où ont été repris un à un les engagements libéraux. Six "grands travaux" notamment: revue des programmes, "réorganisation" de la santé, décentralisation, réduction de 27 % des impôts et réévaluation du rôle de l'État dans le développement économique; l'essentiel du discours d'hier se trouvait déjà dans le projet de Réinventer le Québec de septembre 2002.
Dans des circonstances similaires, ses prédécesseurs avaient choisi de sortir des lapins du chapeau. Bernard Landry promettait une "commission sur le déséquilibre fiscal", Lucien Bouchard avait annoncé une ronde sans précédent de compressions budgétaires et amorcé le "compte à rebours" vers le déficit zéro.
Mais, même prévisible, le programme d'hier reste d'une ambition inusitée.
Surtout, il survient à l'aube d'une session parlementaire qui sera mouvementée. Avec ses 45 députés, Bernard Landry sera un adversaire coriace: jamais dans le passé le PQ n'aura eu autant de ressources sur les banquettes de l'opposition. Et, dès mardi, il a paru évident que MM. Charest et Landry devront composer avec l'ADQ, forte de l'appui d'un électeur sur cinq.
"L'avenir économique du Québec, ce n'est pas de l'interventionnisme, c'est de l'entrepreneurship", a tonné M. Charest. Ce leitmotiv, "de la musique aux oreilles" du patronat, est à lui seul toute une commande, rappelant la première campagne de M. Charest, en 1998, quand il promettait de "tourner la page" de la Révolution tranquille. Sa sortie alors avait soulevé un tollé. Il dut vite corriger le tir. Mais, depuis, les succès de l'Action démocratique et la sortie de Joseph Facal sur la nécessité de revoir le corporatisme du modèle québécois portent à croire que le constat de l'époque, répété hier, dépassait les lignes partisanes.
Le fameux "coup de barre", la sempiternelle "urgence" de "revoir les façons de faire": formules qui ont des airs de déjà vu. Jacques Parizeau promettait son "autre façon de gouverner" au nouveau Parlement de l'automne 1994. Lucien Bouchard aussi s'engageait, selon la formule du jour, à procurer "de l'oxygène au secteur privé" et à mener à terme un allégement réglementaire.
On peut même remonter à 1985, quand le gouvernement Bourassa avait annoncé le lancement d'une vaste opération de coupes, de rationalisation, de fusions d'organismes: un Rapport Gobeil resté lettre morte. L'État québécois "a vieilli" et ne parvient plus à répondre efficacement aux besoins de la population. Le gouvernement ne pourra plus longtemps se permettre de "se mêler de tout" en "faisant les choses à moitié"... Des engagements aussi solennels que vagues, et bien malin celui qui pourrait faire la différence entre les formules utilisées par MM. Bourassa, Parizeau, Bouchard, Landry ou... Charest.
Une différence toutefois, les listes d'épicerie des gouvernements précédents étaient rarement aussi contraignantes quant aux projets de loi importants. Le menu du Parlement, en juin, mais surtout à l'automne, paraît d'entrée de jeu chargé. La fin du no-fault pour les accidentés de la route, la réorganisation des accréditations syndicales en santé, l'abolition des régies régionales, la participation du privé pour fournir les soins, l'augmentation de 90 minutes d'enseignement à la semaine de classe au primaire: à lui seul, le programme "social" du gouvernement Charest est déjà ambitieux. La revue du rôle de la SGF et d'Investissement Québec nécessiteront des lois, tout comme la volonté de revoir la "gérance" de la Caisse de dépôt.
Par ailleurs, le projet de permettre aux villes fusionnées de se prononcer sur "l'organisation" municipale, la revue de l'article 45 du Code du travail pour faciliter la sous-traitance, sont parmi les décisions controversées qui ne manqueront pas dans les prochains mois. Bien des manifestations sont à prévoir et l'imminence des négociations dans le secteur public n'a même pas été évoquée hier.
"C'est la continuité dans la déconstruction de la société québécoise", a attaqué hier Bernard Landry, accusant M. Charest d'avoir carrément piqué le programme de Mario Dumont. Comme si l'Action démocratique avait breveté l'idée de la réduction de l'intervention de l'État.
"Déconstruction", démolition ou... rénovation, d'autres jugeront. Le débat fera rage pendant cinq ans. Cependant, personne ne contestera que le discours d'hier est dans la "continuité" des engagements passés.
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Charest wants to live up to the deal
DON Mac PHERSON
The Montréal Gazette Thursday, June 05, 2003
Early in his speech at the opening of the first session of the 37th legislature yesterday, Premier Jean Charest sent a subtle message. High taxes, he said, are the price Quebecers pay "for governments that have failed in their duty to revise periodically their ways of doing things."
Not "the previous government," or "Parti Québécois governments." Simply "governments." The words he chose to express his criticism implicitly included the governments formed by his own party before he joined it five years ago.
It was one way Charest announced yesterday that Quebec not only has a new government, but what for it is a new kind of government.
The new premier may still pay lip service to Quebec nationalism, referring to French as "our common language," to "le peuple du Québec," and to Quebec City as "la capitale nationale."
Otherwise, however, his government will be very much like the ones that have been in office for some time in other provinces. It will spend, tax and intervene less than what Quebecers are used to - and perhaps what they are prepared for. It will do less to them, but it will also do less for them.
When Charest came to Quebec politics from Ottawa, he brought the ideology of his former party with him, though he had to hide it for awhile until Mario Dumont, who had more nationalist street cred, made it respectable here. And now the former leader of the oxymoronically named Progressive Conservative party is head of a conservative Liberal government.
He made sure to refer to the history, achievements and values of his new party yesterday. But the past Liberal government with which he identified was not the more recent ones of Robert Bourassa and Daniel Johnson, but the earlier one of Jean Lesage that also had to play catch-up with the other provinces.
That was the one that brought the Quiet Revolution into politics, the first big-spending, big-borrowing, damn-the-deficit-full-speed-ahead Quebec government.
Now Charest wants to start a new Quiet Revolution, only in reverse. Some might call it the Quiet Counter-Revolution.
His opening speech did not present a detailed legislative agenda for the new session, as does the corresponding speech from the throne in other British-style parliaments. Instead, it was for the most part a re-iteration of the platform on which his government was elected, with a few new promises thrown in, such as a sort of auditor-general of health services and Internet voting on government policies.
It sounded much like a campaign speech. In a way, it was, for the benefit of everybody who hadn't bothered to read the platform the Liberals so carefully put in writing and posted on the Web, or those who had and didn't take it seriously. Caveat elector; let the voter beware.
For the head of a government elected by 32 per cent of the eligible voters and 46 per cent of those who bothered to cast valid votes, Charest talked so tough you'd have thought his middle initial was W.
He stood up to the interest groups who couldn't even wait for his speech to start trying to make Jean Charest's Quebec look like Mike Harris's Ontario, at least in terms of protest rallies.
And he defied everybody in the political class who has been sagely advising him to renege on some of his campaign commitments - especially the one, namely demergers, that's being framed as a sop to les Anglais.
Not only is he not using the Breton committee's discovery of a $4.3-billion budget shortfall in the time-honoured way, namely as an excuse to weasel out of his commitments, he's using it as a justification for the spending cuts he wanted to make all along. He's letting Breton push him where he's always wanted to go.
The poor guy, he actually talked yesterday as if he thinks he has a mandate. As far as Charest is concerned, he offered the electorate a contract, and it accepted it by electing his government.
Now he intends to live up to the deal, and he expects the rest of us to live up to it, too. After all, that's the way it's supposed to work in a democracy, even if it often doesn't.
dmacpher@thegazette.canwest.com
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Enfin un plan!
André Pratte
La Presse jeudi 5 juin 2003
Éditorial - Après des semaines d'improvisation, Jean Charest a enfin mis de l'ordre dans le message, et souhaitons-le dans l'action de son gouvernement. Le discours inaugural qu'il a lu hier énonce un plan d'action clair, en tous points fidèle à la plate-forme électorale du Parti libéral, et qui s'appuie sur une vision juste et cohérente de l'avenir du Québec.
Pour ce qui est de la forme, ce discours ne passera pas à l'histoire. Nous aurions souhaité une éloquence à la mesure du "formidable projet" auquel sont conviés les Québécois. Le premier ministre a lu son texte sans spontanéité, hésitant souvent, trébuchant parfois. Il faut dire que le texte en question était d'une pauvreté déconcertante. Une phrase bancale parmi d'autres: "La démocratie n'est pas une option de notre véhicule collectif. Ce n'est pas un toit ouvrant dont on se sert lorsqu'il fait beau et que l'on ferme lorsqu'il pleut." Bureau de premier ministre cherche rédacteur de talent. Besoin urgent!
À défaut de bien convaincre, le chef libéral a bien expliqué les fondements de la "réingénierie" qu'il prépare. La révision du modèle québécois n'est pas nécessaire pour satisfaire une quelconque idéologie. Elle est nécessaire parce que, à plusieurs égards, ce modèle répond mal aux exigences d'une économie moderne et aux besoins des Québécois d'aujourd'hui.
Toute l'attention ces jours-ci est concentrée sur les compressions du premier budget Séguin. Ce qui importe davantage, ce sont les six "travaux" qu'a annoncés le premier ministre, des chantiers qui doivent mener à un recentrage de l'action gouvernementale. Ce recentrage est inévitable pour deux raisons. D'abord, parce que des ressources doivent être dégagées pour être investies dans les missions essentielles, notamment la santé. Ensuite, parce que le fardeau fiscal des Québécois est trop lourd compte tenu de l'inefficacité de l'action gouvernementale et des exigences de compétitivité qu'impose le libre-échange. Le Québec peut, bien sûr, faire des choix sociaux différents. Mais ces choix doivent-ils toujours se traduire par des dépenses gouvernementales supplémentaires?
Même si ces changements sont faits intelligemment- ce qui n'est évidemment pas acquis- ils provoqueront de vives résistances. M. Charest pourra à juste titre rappeler qu'il a bel et bien obtenu le mandat de "faire le ménage."
D'ailleurs, la révision du modèle québécois n'équivaut pas au démantèlement de l'État providence. Par exemple, la remise en question de l'universalité des garderies à 5 $ ne signifie pas que celles-ci deviendront de "vastes parkings pour enfants", comme l'a prétendu la présidente de la CSN. Ce qui compte, ce n'est pas le 5 $ pour tous et pour toujours. Ce qui compte c'est qu'à l'intérieur des moyens financiers de l'État québécois, les parents aient accès à un service de garde de qualité, selon des modalités qui leur convient, à un prix raisonnable.
Le discours inaugural fixe au gouvernement des objectifs très ambitieux, voire irréalistes: "Dans cinq ans, a promis le premier ministre, notre système de santé sera en forme." "Dans cinq ans, a-t-il dit aussi, le taux de décrochage scolaire aura diminué."
Le défi de M. Charest sera d'autant plus difficile à relever. Si sa réforme est trop radicale, "le vent d'air frais" annoncé se transformera en tornade. Si les résultats sont moins spectaculaires que promis, les électeurs concluront assez tôt que la nouvelle révolution promise n'était... que du vent.
Apratte@lapresse.ca
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De Kennedy à Hercule
Michel Vastel
Le Soleil jeudi 5 juin 2003
Il est des phrases qui passent à l'Histoire. Celle de John Kennedy, dans son discours inaugural du 20 janvier 1961, est de celles-là. "Ask not what America will do for you, but what together we can do for the freedom of man."
Je ne sais pourquoi j'ai pensé à Kennedy lorsque Jean Charest s'est demandé, au début de son discours : " Pendant combien de temps l'État québécois peut-il exiger davantage de sacrifices de ses citoyens que de lui-même ? " C'est presque un appel à la mobilisation générale de la même nature que celui du jeune président des États-Unis. L'un et l'autre impliquent cependant la coopération des citoyens. Et là est le défi...
Ceux qui avaient des doutes sur la capacité d'élévation de pensée du député de Sherbrooke ont eu leur réponse hier. Bien écrit, le discours inaugural a pris, à l'occasion, des allures de manifeste politique. Pour la petite histoire, on notera aussi qu'il compte plus de mots, sans en dévier d'un iota, que Le Plan d'action du prochain gouvernement libéral de l'automne 2002. Jean Charest était prêt, quoi !
L'évocation des " six grands travaux " du nouveau gouvernement - le vocabulaire péquiste évoquait plutôt des " chantiers " - a tout de suite fait penser aux travaux d'Hercule. En plus modeste puisqu'il n'y en a que 6 au lieu de 12 ! Inévitablement, on se demandera comment Jean Charest terrassera l'Hydre de Lernes - les centrales syndicales - , le Cerbère - cette " société civile " chère au PQ qui réunissait les trois têtes de l'État, du mouvement syndical et du secteur coopératif - et comment il nettoiera les écuries d'Augias, si tant est que les gouvernements du Parti québécois aient oublié quelques cadavres dans les placards de l'État.
Au-delà des allégories, on sait au moins quels sont, en plus de Jean Charest bien sûr, les piliers de ce gouvernement - et l'ordre dans lequel il les a nommés n'est peut-être pas fortuit :
Monique Jérôme-Forget, qui en a pour l'été et peut-être une partie de l'automne à faire le ménage dans tous les programmes de dépenses du gouvernement, avec le " pragmatisme " cher aux libéraux ;
Michel Audet, qui devra " recibler " toute l'intervention de l'État et de ses SGF, Investissement Québec et autres Innovatech - bientôt privatisées ? - vers la petite et moyenne entreprise. Fini les grands projets dont Bernard Landry aimait tant couper les rubans ;
Philippe Couillard, qui s'est fait rappeler que les réformes prendront du temps. Dans cinq ans, par exemple, il y aura peut-être 1500 infirmières de plus dans le réseau mais les 750 médecins dont le Québec a besoin seront encore " en formation ". Réalisme, quand tu nous tiens !
Jean-Marc Fournier qui, en plus de rétablir la démocratie dans les nouvelles villes, devra piloter " la décentralisation et la déconcentration " des fonctions de l'État vers les régions et les municipalités... Un refrain connu.
Pierre Reid, qui aura la double tâche - " herculéenne ", justement ! - de réduire le décrochage scolaire au secondaire et d'améliorer le financement des universités en mettant fin au gel des frais de scolarité... " Bonne chance ", serait-on tenté d'ajouter.
Yves Séguin enfin qui, quand les cinq autres ministres sauront davantage où ils s'en vont, pourra préparer son premier vrai budget, celui du printemps 2004. Pour mémoire, le PLQ s'est engagé, dans la première année de son premier mandat, à des baisses d'impôt de un milliard de dollars et à " des actions prioritaires spécifiques " de 421 millions $. Tout compte fait, c'est modeste et à la portée de ses moyens...
Traditionnellement, un Discours inaugural est négocié, paragraphe par paragraphe, voire ligne par ligne, au Cabinet. Et la moindre phrase, aussi générale soit-elle, témoigne souvent d'une victoire personnelle pour chacun des ministres.
Ce premier discours inaugural de Jean Charest ressemble plutôt à un memorandum du " Comité des priorités " du gouvernement du Québec. Les autres ministres, comme ceux du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, des Transports ou des Ressources naturelles - pour n'en citer que quelques-uns - ont certainement pris note : Charest gouvernera avec un petit directoire de six personnes qui déterminera toute l'action du gouvernement. C'est la technique du hands on management. La main du prince sera lourde ! Et on imagine que les fameuses Lettres de mandat - les instructions du premier ministre à ses ministres - étaient précises...
Quand le chef du Parti libéral avait parlé de " réinventer le Québec ", certains s'étaient bien moqués de lui. Eh bien ! cette fois, nous y sommes ! C'est tout juste si Jean Charest n'a pas évoqué une sorte de " printemps de Prague " en parlant de ces quelques semaines qui nous ont amenés à l'élection du 14 avril. Évoquant " le printemps des contrastes ", il a rassemblé dans un même paragraphe la marche des Québécois pour la paix et leur visite aux urnes pour la démocratie. C'est osé mais il y a peut-être du vrai là-dedans.
moins de mythologie...
Qu'on se rappelle seulement combien souvent les sondeurs nous ont dit que la guerre en Irak favoriserait les grands leaders aux urnes. On a même accusé Bernard Landry d'avoir attendu le déclenchement de la guerre pour lancer la campagne électorale. Eh bien, si les sondeurs avaient raison - pour une fois ! - , c'est Jean Charest qui a remporté les élections. Il faut croire que les Québécois lui ont prêté les qualités d'un chef qui les aiderait à passer à travers une guerre !
Tout compte fait, il y a sans doute davantage de Kennedy que d'Hercule dans ce premier ministre. Moins de mythologie et plus de leadership...
MVastel@lesoleil.com
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Vingt minutes auraient suffi
Michel David
Le Devoir jeudi 5 juin 2003
Commentaire - Un proche collaborateur du premier ministre Charest l'avait reconnu avant même que celui-ci ne prononce son discours inaugural: une demi-heure aurait amplement suffi. L'autre heure ne serait que du remplissage. Il avait tort: M. Charest aurait eu bien assez de 20 minutes.
Il est vrai qu'il ne nous a pas habitués à beaucoup d'originalité, mais il aurait tout de même pu nous épargner la multiplication des formules creuses, du genre: «Moins de structures, plus de services», ou encore: «Les Québécois doivent en avoir pour leur argent.» Jean-François Lisée avait sans doute ses défauts, mais il avait du style.
On ne peut certainement pas accuser M. Charest d'avoir changé de discours depuis les élections du 14 avril. C'est même là le problème. Le discours inaugural ne nous a pratiquement rien appris sur les intentions concrètes des libéraux, en particulier sur les sacrifices qui permettront ces merveilleuses baisses d'impôts. À entendre M. Charest, le Québec sera la-plus-meilleure-province dans cinq ans, mais d'ici là...
Soit, il y aura un budget d'ici deux semaines, mais un discours inaugural est une bonne occasion d'affirmer certains principes. Qu'en est-il de l'universalité du programme de garderies à 5 $ par jour? M. Charest n'en a pas davantage parlé que pendant la campagne électorale. «Nous protégerons les garderies à 5 $ par jour pour le plus de gens possible», a-t-il simplement dit.
Remarquez, certaines phrases ne sont pas très difficiles à décoder. Par exemple, en ce qui concerne les bénéficiaires de l'aide sociale: «Nous allons attendre des efforts de ceux qui sont en mesure d'en fournir, et nous allons valoriser leurs efforts.» Cela ressemble beaucoup aux propos lourds de menaces tenus par Bob Gainey en parlant des joueurs du Canadien: «On va tout faire pour les aider à mieux jouer, que les moyens à prendre leur plaisent ou non.»
D'autres passages soulèvent plus de questions qu'ils n'apportent de réponses. Ainsi, le premier ministre a déclaré: «Nous aurons, également, dès cette année, avec tous les partenaires concernés, un grand débat sur la qualité, l'accessibilité et le financement de l'enseignement universitaire.» Doit-on comprendre qu'après s'être rallié à l'idée d'un gel des frais de scolarité, M. Charest est revenu à sa position de janvier 2002, alors qu'il proposait de faire examiner la question par une commission parlementaire? Pour mémoire, il avait déclaré: «Il n'est vraiment pas question de renier notre engagement avant que les élus ne se soient penchés sur la question... »
***
Il ne faut pas voir les choses en termes de droite ou de gauche, il s'agit de faire preuve de pragmatisme, a expliqué M. Charest. On croyait entendre Mario Dumont quand il parlait de la médecine à deux vitesses. En tout cas, le président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, qui n'a jamais eu de prétentions de gauche, a bien aimé ce qu'il a entendu. «De la musique à mes oreilles», a-t-il dit. Et il ne parlait pas de musique funèbre.
De leur côté, les représentants du monde syndical ne cachaient pas leur inquiétude. Il est vrai que le discours inaugural est demeuré totalement muet sur l'équité salariale. En revanche, il a été très explicite sur la révision de l'article 45 du Code du travail afin de faciliter le recours à la sous-traitance. Simple question de pragmatisme, je suppose.
Il est vrai que le 14 avril dernier, les libéraux ont reçu le mandat de revoir le «modèle québécois», mais puisque M. Charest promet d'agir dans la transparence, il faut dire les choses comme elles sont. Se réclamer du PLQ de Jean Lesage, comme il l'a fait hier, tient de la supercherie intellectuelle.
Une phrase de son discours illustrait bien la différence. «Pendant combien de temps l'État québécois peut-il exiger davantage de sacrifices de ses citoyens que de lui-même?» Opposer l'État et ses citoyens aurait sans doute paru incongru aux libéraux des années 60, qui considéraient plutôt l'État comme une émanation des citoyens.
Sur la question de l'identité, M. Charest a promis de s'inscrire dans la continuité des gouvernements précédents, mais un autre passage de son discours suggère un changement significatif. On voit mal comment l'idée de confier l'accueil des immigrants à des organismes issus des communautés culturelles pourrait s'inscrire dans la politique d'intégration que tous les gouvernements, y compris celui de Robert Bourassa, ont suivie depuis plus d'un quart de siècle.
À en juger par l'accueil favorable que Mario Dumont a réservé au discours, Bernard Landry n'avait pas tort de crier à une «dérive vers l'ADQ». Cela risque même de constituer un sérieux problème pour le parti de M. Dumont au cours des prochaines années. Si le gouvernement Charest maintient le cap annoncé, on voit mal quel espace il restera encore à sa droite.
mdavid@ledevoir.com
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Travaux pratiques
Jean-Marc Salvet
Le Soleil jeudi 5 juin 2003
Si des gens pensaient que l'allocution de Jean Charest lèverait les incertitudes nées des remises en question tous azimuts du nouveau gouvernement libéral, ils doivent déchanter ce matin. Le premier ministre a le mérite d'avoir clairement énoncé les objectifs poursuivis par son équipe. Mais il faudra repasser - ou patienter encore - pour avoir des réponses au " comment ". Or, c'est le " comment " qui permet de mettre de la chair autour du squelette.
Après le sabotage de l'élection à la présidence de l'Assemblée nationale orchestré par Mario Dumont, la routine a repris ses droits, hier, au Salon bleu. Mais cette routine ne sera qu'apparente, tant les changements réitérés dans ce discours inaugural sont nombreux et participeront - s'ils sont menés à terme - à une transformation significative de l'État, de ses façons de faire et des relations qu'il entretient avec les citoyens, les entreprises et les groupes de toutes sortes.
Les " six grands travaux " lancés par Jean Charest sont incontournables. Ils sont d'ailleurs conformes au choix effectué par une majorité d'électeurs le 14 avril. Ils le sont tellement que personne ne peut honnêtement se surprendre d'entendre les libéraux vouloir réviser, simplifier ou réorganiser les services de santé, le système d'éducation, les modes d'intervention de l'État et le fardeau fiscal des Québécois.
Cela dit, il faut croire que l'on se trompe toujours en pensant que le discours lançant une nouvelle législature dépassera le cadre des grands principes généraux. Le discours d'hier reprend, et c'est normal, les engagements électoraux du PLQ, engagements maintes fois réitérés.
Il est vrai que certaines tonalités entendues étaient plutôt adéquistes, mais Bernard Landry a tiré beaucoup trop fort et surtout par réflexe en parlant de " dérive néo-libérale ". Transformer l'État, ce n'est pas nécessairement le " déconstruire ". Le changement peut aussi assurer sa sauvegarde. N'est-ce pas d'ailleurs ce que disait le gouvernement du Parti québécois lorsqu'il luttait pour atteindre le déficit zéro ?
Qu'on le veuille ou non, c'est le détail des objectifs énoncés ainsi que la manière d'y parvenir qui révéleront la vraie nature des choix du gouvernement libéral et sa capacité à aller de l'avant. C'est là qu'on passera de la théorie aux travaux pratiques. Le projet de loi sur les défusions, les décisions à venir à propos des garderies à 5 $ et, plus généralement, le budget d'Yves Séguin nous en apprendront davantage que tous les discours.
***
Le chef de l'ADQ n'a (heureusement) pas usé de son " pouvoir de nuisance ", hier. Sa volonté d'obtenir un meilleur temps de parole et de meilleurs budgets a déjà recueilli notre appui parce que la voix des électeurs doit être représentée le plus fidèlement possible à l'Assemblée nationale. Mais le moyen qu'il a utilisé pour se faire entendre avant-hier est totalement illégitime. Mario Dumont se discrédite en négociant de cette façon.
Les débats autour du " repositionnement " de l'État sont suffisamment importants pour mettre la politicaillerie de côté.
JMSalvet@lesoleil.com
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Le grand ménage de Jean Charest
RÉACTIONS AU DISCOURS INAUGURAL
Nette dérive vers le programme de l'ADQ, déplore Landry Les patrons sont aux anges, les syndicats sont inquiets
Mario Cloutier, Gilles Normand, François Cardinal
La Presse jeudi 5 juin 2003
Québec - Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, voit dans le
discours inaugural du premier ministre Jean Charest "une dérive très nette vers
le programme de l'ADQ".
"Nous pensions que ce serait le jour de l'espoir, du projet de société, de la
vision, mais ça a été simplement la continuation, avec beaucoup de paragraphes
et de mots creux, mais la continuation de ce qu'on a vu depuis les élections, la
déconstruction de la société, le désinvestissement social", a commenté le chef
péquiste.
M. Landry a comparé le discours de M. Charest aux rapports Scowen, Fortier et
Gobeil, produits en 1985 et 1986 sur la façon d'orienter l'économie pour alléger
le fardeau fiscal. Ainsi, "1985 a inauguré pour le Québec une période pauvre
économiquement, budgétairement et socialement. Le dépôt des trois fameux
rapports nous a conduit à six milliards de déficit par année, quelques années
plus tard, et à 14 % de chômage. C'est l'apologie du libéralisme et de
l'individu", a déclaré le chef péquiste en ajoutant qu'en ce qui a trait au
développement régional, le libéralisme joue contre les régions.
De son côté, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, voit d'un bon
oeil le fait que "le premier ministre a quand même ramené les choses à son
programme électoral, a redonné une direction aux affaires de l'État". Mais il
estime que "la barre a été placée très très haut" dans les domaines de
l'éducation et de la santé. L'élimination de l'attente dans les hôpitaux ne lui
paraît pas très réaliste.
"Les constats sont justes, tout le monde les faisait, mais la barre est
haute", s'inquiète-t-il.
M. Dumont déplore surtout une vision ne dépassant pas la durée d'un mandat
électoral. Il aurait aimé que le discours d'ouverture aborde le problème du
vieillissement de la population. Il regrette aussi que le discours de M. Charest
"ne compte pas de vision quant au remboursement de la dette".
Patrons et syndicats
En réaction au discours inaugural, les patrons étaient aux anges et les
syndicats inquiets. Le président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, a
qualifié les propos du premier ministre Charest de "musique à nos oreilles",
notamment en ce qui a trait à la réduction du rôle de l'État et à la baisse des
impôts.
"Le discours inaugural, dit-il, répond aux changements attendus par les
entreprises du Québec. Nous sommes très heureux. Le premier ministre met en
place les engagements électoraux qu'il a pris."
La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, était beaucoup moins
souriante. Le discours de M. Charest est, selon elle, "ultralibéral, voire
néolibéral". Elle se dit d'accord avec la modernisation de l'État québécois,
mais pas à la sauce libérale.
"Tout semble orienté vers "je veux diminuer, ratatiner" et le progrès social
passe par les baisses d'impôt. C'est une première ligne dangereuse pour l'avenir
du Québec", a-t-elle prévenu.
Même son de cloche de sa collègue de la CSQ, Monique Richard, qui exprime une
"inquiétude majeure au niveau de ce discours qui prône la sous-traitance et la
privatisation". Mme Richard ne croit pas que tous les problèmes du Québec seront
ainsi réglés dans cinq ans. Elle souhaite une participation réelle aux débats
nombreux que ne manqueront pas de susciter les engagements du gouvernement
puisque, dit-elle, "le partenariat ça ne veut pas dire se parler des choses
quand elles sont décidées".
Inquiète également, la porte-parole des centres de la petite enfance, Nicole
Potvin, se demandait encore hier si le développement des nouvelles places se
ferait dans les garderies à 5 $ ou dans les institutions privées.
Et Montréal
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, n'était pas non plus particulièrement
heureux de la tournure des choses à Québec. Il n'y a pas retrouvé l'objet de ses
discussions récentes avec des ministres libéraux.
"Je ne sens pas une volonté clairement affirmée du gouvernement du Québec de
donner suite au contrat de ville et de donner suite aux conditions essentielles
qui vont nous permettre de réussir la métropole."
Le maire Tremblay s'est dit inquiet et il attend maintenant impatiemment le
budget Séguin d'ici deux semaines.
"J'aurais aimé lire un engagement ferme du gouvernement de donner suite à un
engagement du gouvernement précédent. Il y a une question à poser: est-ce qu'on
va respecter les signatures de l'ancien gouvernement dans un contrat de ville
qui permet à la métropole de réaliser ses ambitions?"
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Quebec should study demerger precedents
HENRY AUBIN
The Montréal Gazette Thursday, June 05, 2003
Before he finishes writing his bill to allow referendums on municipal demergers, Quebec Municipal Affairs Minister Jean-Marc Fournier needs to consider the precedents for such legislation. These past cases, few though they are, establish important democratic standards.
The Fournier bill won't be made public until later this month, but there have been leaks that the legislation might set a threshold for voter turnout. Under this rule, at least 50 per cent of an ex-municipality's eligible voters might have to cast ballots in order for the province to accept the legitimacy of a referendum result in favour of a demerger.
Such a rule might foil majority opinion.
Let's say that a thumping majority of people - 65 per cent, for example - in a given locale favoured a demerger. If 65 per cent of those same people actually voted, they would account for only 42 per cent (.65 x .65) of all registered voters. To prevent the demerger side from winning, supporters of the megacity could boycott the election, thus preventing a 50-per-cent voter turnout. Non-voters would then impose their view on voters - a basic democratic principle turned upside down.
Fournier should be asking whether other provincial governments have ever used such a rule in dealing with municipalities.
The precedents for demerger referendums that I've found all happen to involve small rural municipalities. That, however, does not lessen their relevance to Fournier's bill. Basic ground rules of local democracy apply to all populations regardless of size. Indeed, Fournier's legislation will itself honour this principle of uniformity since it will set referendum rules for municipalities ranging from Montreal to little Val d'Or.
The latest precedent in Canada is so new that the referendum has not even been held yet.
It involves the municipality of Kawartha Lakes, located in Ontario cottage country near Peterborough.
The Conservative privincialgovernment imposed the merger on Jan. 1, 2001 - the same date as the Parti Québécois begat such megacities as Montreal and Longueuil. Kawartha Lakes, with a population of about 70,000, is bizarre amalgam of 16 former municipalities. Twenty-minute drives can separate settlements. Last January, bowing to grassroots resentment over rising taxes, Ontario's municipal affairs minister, Chris Hodgson, agreed to allow a referendum.
The Ontario government has set no voter-turnout threshold of any kind. Fifty per cent of the vote plus one wins the day.
Fournier might profitably note something else about this exercise in democracy - it's speed. It is to be held Nov. 10. That's about a year before his bill will reportedly permit similar exercises in this province.
In Quebec, the Liberals have not always required a referendum before allowing a demerger. This was the case in 1988 after the 6,000 Outaouais residents of the Cantley showed displeasure with annexation by Gatineau. Some blocked roads. The Bourassa government only waited for the Quebec Municipal Commission's recommendation before allowing Cantley's independence.
When Quebec has insisted on a referendum, it has set no voter-turnout requirement. Thus in the case of Buckingham, another Outaouais hotbed of resentment over a forced merger, the Parti Québécois government in 1978 allowed the town's fragmentation even though a mere 34 per cent of eligible voters cast ballots. (Two-thirds favoured the break-up.)
The municipal affairs minister of the day, Guy Tardif, told pro-merger advocates that this turnout, low though it was, was infinitely superior to the absence of consultation that existed when the previous government had imposed the merger.
It's amazing how megacity enthusiasts, so oblivious to public opinion in the past, have become purists on the matter of consultation, asking for an unreasonably high level of public assent before undoing the mergers. Tardif's stinging riposte is still relevant today.
In demerger referendums in other places and times, the rules have not discriminated against one party or another. Fournier should not set a precedent for flouting fair play.
Henry Aubin is The Gazette's regional-affairs columnist. haubin@thegazette.canwest.com
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Les défusionnistes ne lâchent pas
Ils demandent un moratoire sur tout ce qui pourrait nuire à la défusion
Éric Moreault
Le Soleil jeudi 5 juin 2003
Les défusionnistes demandent au gouvernement libéral d'imposer aux municipalités un moratoire sur tout ce qui pourrait nuire au retour en arrière, notamment les emprunts majeurs, certaines infrastructures et les conventions collectives. Ils exigent également qu'on ouvre les registres au plus sacrant, sans condition spéciale : une " loi claire et sans piège ".
" Plus le référendum tarde, plus il devient impératif qu'on impose des moratoires sur tout engagement ou emprunt ", a fait valoir Simon Wilson, porte-parole du Comité des citoyens de la banlieue de Québec (CCBQ). Une façon comme une autre de paralyser les villes nouvelles et de prétendre ensuite que ça ne fonctionne pas.
L'idée d'arrêter les négociations des conventions collectives et de conserver le statu quo ne plaît pas du tout aux différents présidents de syndicats contactés par LE SOLEIL, au contraire.
" Je ne vois pas pourquoi on arrêterait ", soutient Carmen Richard. Chez les cols blancs, on jongle avec 16 conventions, 217 échelles de salaire et 530 titres d'emploi différents, des irritants majeurs. Le souhait le plus cher est d'harmoniser, pas de recommencer à vivre à rebours les bouleversements des deux dernières années.
On se refuse toutefois à prendre position sur la question des défusions tant que le gouvernement n'aura pas déposé sa loi-cadre.
En ce qui concerne cette dernière, le Comité a fait savoir au chef de cabinet du ministre des Affaires municipales - une rencontre est aussi prévue avec Jean-Marc Fournier le 16 juin - , qu'il était hors de question qu'on exige plus de 2,5 % de la population à la signature des registres et un taux de minimum de participation de 50 % au référendum qui suivrait. " Il n'existe aucun taux de participation pour une élection ou un référendum " au Québec.
Le comité exige aussi qu'on publie les études sur les fusions du gouvernement péquiste et celles qu'on réaliserait sur les défusions, au frais du gouvernement, avant la signature des registres " pour que les gens puissent faire un choix éclairé ".
" Nous sommes des démocrates ", clame Christian Plamondon. Si leur projet ne dépasse pas l'étape des registres, " on sera obligé d'accepter le résultat ". Mais à leurs conditions. Sinon " leurs alliés élus avec des promesses claires ", vont se faire montrer la porte de sortie : " Ça nous a pris trois ans à mettre le PQ dehors, c'est pas plus long attendre quatre ans - cela dit sans menace. "
Les propositions du CCBQ n'apparaissent " pas très sérieuses " au maire de Québec, Jean-Paul L'Allier. Il y voit la quête d'une démocratie taillée sur mesure pour les défusionnistes et qui exclut ceux qui souhaitent la réussite des grandes villes. " Je n'ai pas envie de faire de débat avec ces gens-là, a déclaré M. L'Allier. Leur discours part de la présomption que c'est eux autres qui doivent avoir tous les outils de leur bord. Leur but, ce n'est pas la démocratie, c'est de revenir en arrière. Je ne partage aucune de leurs façons de voir. "
Leur mouvement est-il réellement représentatif des sentiments de la population ? Pour l'instant, les membres du CCBQ se refusent à le quantifier avant la loi-cadre " qui aura un effet d'entraînement " bien que, prétendent-ils, ils comptent sur des exécutifs dans la banlieue " riche " de Québec (Sainte-Foy, Sillery, Cap-Rouge et Saint-Augustin), qui a dû composer avec des hausses de taxes, à L'Ancienne-Lorette et à Val-Bélair.
Ils en ont profité d'ailleurs pour saluer " l'émergence d'un vent de défusion sur la Rive-Sud " où la population a pu compter sur des maires des ex-villes " qui ne les ont pas laissés tomber ".
De l'avis du maire de Lévis, Jean Garon, ce mouvement défusionniste est le fait des médias qui préfèrent mettre en vedette cet " épiphénomène " plutôt que de mettre en lumière le développement mis en branle par son administration.
Ceux du CCBQ se refusent à envisager autre chose qu'une défusion, même pas des arrondissements avec plus de pouvoir. Pour reprendre l'analogie du gâteau cuit dont on ne peut plus séparer les ingrédients, les défusionnistes n'en veulent même pas une pointe, ils veulent carrément qu'on le jette à la poubelle - " il n'a pas levé " - et qu'on reprenne la recette au début. Tout est sur la table.
Et ils sont prêts à payer la facture, dans le respect de la fiscalité d'agglomération, pour avoir des villes " à dimension humaine et contrôlable " où il n'y a pas de " projets ridicules " comme " l'agrandissement d'ExpoCité, les promenades Samuel-de-Champlain et un tramway ". (En passant, il s'agit de projets présentés respectivement par: une société paramunicipale, la Commission de la capitale nationale et le RTC).
Ils soulignent d'ailleurs qu'avec la fusion, " on n'a rien gagné comme citoyens: les beaux projets sont pour le centre, il n'y a rien pour l'ouest, ni pour l'est " dans les cartons de Jean-Paul L'Allier.
En plus, l'arrogance du maire de Québec " nous fait plus de bien que de tort ".
EMoreault@lesoleil.com
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La mutation probable de Gagliano au Vatican indigne des députés du Québec
Joël-Denis Bellavance
La Presse jeudi 5 juin 2003
Ottawa - Des députés libéraux du Québec s'indignent que le premier ministre Jean Chrétien songe à récompenser à nouveau l'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, en le nommant ambassadeur du Canada au Vatican.
Ces députés libéraux jugent carrément inacceptable que M. Gagliano, qui est actuellement ambassadeur du Canada au Danemark, obtienne un poste aussi prestigieux malgré les allégations de conflit d'intérêts et de favoritisme qui ont provoqué son départ du cabinet il y a 18 mois.
L'ex-ministre des Finances, Paul Martin, meneur incontesté dans la course à la direction du Parti libéral, est aussi fort mal à l'aise de la mutation probable de M. Gagliano.
"Cela n'a absolument aucun bon sens", a laissé tomber une députée libérale, sous le couvert de l'anonymat, qui a discuté de cette délicate question avec certains de ses collègues au cours des derniers jours.
"Il y a plusieurs de mes collègues qui s'opposent à cette nomination. Mais il n'y pas grand-chose que l'on puisse faire puisque c'est la prérogative du premier ministre de faire ces nominations."
Interrogé pour savoir ce que M. Martin compte faire de cet épineux problème s'il devient le premier ministre, un stratège de l'ex-ministre des Finances a déclaré: "Pas de commentaire."
Des sources diplomatiques ont confirmé à La Presse, la semaine dernière, que M. Gagliano, qui a été lieutenant politique de Jean Chrétien au Québec, sera nommé représentant du Canada au Vatican ce mois-ci ou en juillet.
Un vieux rêve
M. Gagliano, qui a représenté la circonscription de Saint-Léonard de septembre 1984 à janvier 2002, a souvent exprimé le souhait en privé d'être nommé au poste d'ambassadeur au Vatican. Au cours des dernières semaines, il a aussi fait savoir à certains de ses amis qu'il trouvait le temps long à Copenhague. L'actuel ambassadeur du Canada au Vatican est Wilfrid-Guy Licari.
Même si on affirme au bureau du premier ministre, ainsi qu'au ministère des Affaires étrangères, qu'aucune décision n'a été prise, M. Gagliano a obtenu l'assurance qu'il obtiendra le poste qu'il convoitait déjà alors qu'il était ministre des Travaux publics.
M. Gagliano, qui est né en 1942 à Siculiana, en Sicile, et a immigré au Canada en 1958, a été écarté du cabinet par M. Chrétien en janvier 2002 après avoir dû se défendre d'allégations de favoritisme dans l'attribution de contrats. Il a aussi été accusé d'avoir fait pression sur l'ancien président de la Société immobilière du Canada, Jon Grant, pour que deux de ses amis soient embauchés.
M. Gagliano était responsable à l'époque du controversé programme de commandites mis sur pied par le gouvernement Chrétien au lendemain du référendum de 1995 au Québec afin d'augmenter la visibilité du fédéral dans la province. Au moins 13 contrats attribués dans le cadre de ce programme, au moment où M. Gagliano était aux commandes, font l'objet d'une enquête policière et mettent en cause des firmes de publicité de Montréal qui ont contribué généreusement à la caisse électorale du Parti libéral du Canada.
En privé, des députés libéraux attendent avec nervosité les résultats de l'enquête de la GRC portant sur trois contrats attribués à la firme Groupaction entre 1996 et 1999. Même si les mandats des trois contrats étaient différents, Groupaction a produit trois rapports quasi identiques pour un coût total de 1,6 million de dollars.
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Oui ou non?
Gabriel Racle
LE DEVOIR jeudi 5 juin 2003
Lettres: Le 3 mai 2003
Le Canada doit-il oui ou non participer au bouclier antimissiles qu'édifient les États-Unis? La réponse relève davantage de la stratégie politique que de la stratégie militaire. En effet, les menaces qui pèsent ou qui peuvent peser sur les États-Unis -- et, par ricochet, sur le Canada -- ne sont pas actuellement des missiles, comme au temps de la guerre froide et de l'Union soviétique. Les menaces actuelles sont des menaces terroristes, comme l'ont montré les attentats du 11 septembre 2001 à New York, les attentats qui les ont précédés en Afrique ainsi que les attentats récents en Indonésie, en Arabie Saoudite et au Maroc. Contre des kamikazes portant des ceintures d'explosifs, conduisant des véhicules bourrés d'explosifs ou pilotant des avions détournés, le bouclier antimissiles ne peut rien. Et la valise atomique, comme son nom l'indique, ne voyage pas à bord d'un missile.
Et on ne peut désormais plus se fier aux déclarations de l'administration américaine sur des menaces potentielles ou imminentes. On se rappelle que le président Bush avait déclaré que l'Irak de Saddam Hussein «menaçait directement les États-Unis» par ses armes de destruction massive. Les récentes déclarations du numéro deux du Pentagone, le secrétaire d'État adjoint Paul Wolfowitz, parues dans Vanity Fair, où il affirmait que l'administration Bush avait décidé de faire des ADM la justification principale d'une guerre «pour des raisons bureaucratiques» et «parce que c'était la seule raison sur laquelle tout le monde pouvait tomber d'accord» (Le Devoir, 31 mai 2003), incitent à la méfiance. Le Canada a eu raison de ne pas participer à la guerre déclarée unilatéralement et illicitement par les États-Unis. Ainsi, désormais, il devrait prendre garde aux affirmations de l'administration de ce pays. Il ne faut pas tomber dans le piège du lobby de l'armement américain, dont le président Eisenhower, à la fin de son mandat, disait qu'il représentait la plus grande menace pour les États-Unis.
La participation canadienne à l'édification de ce bouclier ne se justifierait donc pas par des motifs de protection du Canada. Les principaux pays du monde (Europe, Russie, Chine, etc.) ont condamné cette «reprise de la course aux armements». Il ne faut pas oublier que pour ce faire, George W. Bush a dénoncé le traité SALT conclu entre les États-Unis et la Russie sur la réduction réciproque des armements. Cette tendance militariste, encore confirmée par la non-reconnaissance de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel et du traité d'Ottawa qui en découle, signé par plus de 120 pays, ne correspond nullement à la politique canadienne, plutôt axée sur la paix et le maintien de la paix. C'est cette politique qui vaut à notre pays une reconnaissance internationale, qui suscite sa participation et qui le tient à l'abri de la menace terroriste. Le Canada devrait-il être le seul pays à s'associer à l'édification du bouclier américain et à s'attirer ainsi une réprobation internationale avec des conséquences négatives possibles ?
Bien entendu, on pourrait faire valoir que la participation canadienne au projet américain maintiendrait de bonnes relations entre les deux pays et aurait des retombées économiques. C'est un argument fallacieux. Cette association ne ferait qu'accentuer la dépendance du Canada qui, de toute façon, n'a plus rien à dire sur la nature et le contenu de ce projet, au sujet duquel toutes les décisions importantes ont été prises. Le Canada ne pourrait apporter qu'une caution «morale» et une contribution financière qui ne lui vaudraient aucune reconnaissance. Au nom de retombées économiques, on pourrait justifier n'importe quelle action ou activité délictueuse. La guerre contre l'Irak nous en donne un exemple récent. Le Canada aurait pu s'y associer pour obtenir quelques avantages pétroliers ou d'autres concessions économiques de la part des États-Unis.
Fort heureusement, le Canada s'en est tenu à sa position. Il doit continuer de le faire. L'amitié véritable ne consiste pas à dire oui à tout ce que l'autre propose. Il faut savoir garder sa dignité et ne pas se compromettre, même et surtout pour des considérations économiques, dans des activités contraires à l'intérêt général du pays. Si le Canada doit investir dans quelque chose, c'est dans la paix qu'il doit le faire. Le terrorisme s'enracine dans le sous-développement, la pauvreté, l'injustice sociale, et c'est sur ce terrain qu'il faut le combattre, en contribuant à changer ces situations. C'est un moyen beaucoup plus efficace de lutter contre les menaces que de créer un bouclier antimissiles ou de participer à sa construction.
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Tony Blair se défend d'avoir manipulé l'opinion publique Il rejette les appels à une enquête indépendante sur la menace posée par l'arsenal irakien
Isabelle Hachey
La Presse jeudi 5 juin 2003
AFP Londres - LE PREMIER ministre Tony Blair a rejeté les appels à une enquête judiciaire indépendante sur les méthodes employées par le gouvernement pour persuader la nation que les troupes britanniques devaient prendre part à la guerre, au cours d'une session houleuse, hier, à la Chambre des communes.
"Plus personne ne croit un mot, maintenant, de ce que dit le premier ministre", a lancé le chef de l'opposition officielle, Iain Duncan Smith, sous les huées des députés travaillistes loyaux à M. Blair. "La crédibilité de son gouvernement repose sur sa capacité à répondre aux accusations" d'avoir induit le Parlement en erreur au sujet des armes de destruction massive (ADM) en Irak, a ajouté le leader conservateur.
M. Blair fait face à des pressions croissantes, en partie des membres de son propre parti, depuis qu'un agent secret a révélé que le gouvernement avait exagéré les informations fournies par les services de renseignements britanniques pour convaincre le public de la menace posée par l'arsenal du régime irakien. La controverse sévit aussi aux États-Unis, mais l'enjeu est particulièrement chaud en Grande-Bretagne, où M. Blair a toujours fait des ADM son casus belli contre l'Irak.
M. Blair a promis sa pleine collaboration à une enquête de la commission du renseignement et de la sécurité, et a assuré que les résultats seront rendus publics. Ça n'a pas été suffisant pour calmer les critiques, qui soulignent que cette commission, dont les membres sont nommés par M. Blair, travaille à huis clos et doit faire rapport au premier ministre, et non au Parlement.
M. Blair n'a pas caché son exaspération, accusant ses détracteurs d'agir par intérêt politique. "On a prétendu beaucoup de choses sur l'Irak, que des centaines de milliers de personnes allaient mourir, que ce serait mon Vietnam, que le Moyen-Orient descendrait en flammes et maintenant, que les ADM sont une invention du gouvernement britannique", a-t-il dit.
"La vérité est que certaines personnes sont contrariées du fait qu'il était juste d'aller en guerre. Nous avons gagné ce conflit grâce à la contribution magnifique des troupes britanniques. L'Irak est maintenant libre et nous devrions en être fiers", a poursuivi le premier ministre, qui a qualifié de "totalement et complètement fausses" les allégations selon lesquelles Downing Street avait modifié un dossier de preuves, publié en septembre, afin de lui donner plus de mordant.
Cela n'a "absolument pas" convaincu le député travailliste Peter Kilfoyle, un ancien ministre de la Défense opposé à la guerre. "Je connais M. Blair depuis très longtemps, et je connais tous ses trucs oratoires. Moi, c'est la substance qui m'intéresse: le Parlement a-t-il été induit en erreur? Je crois que si", a-t-il dit à La Presse. Même une seconde enquête, annoncée mardi par la commission des affaires étrangères, ne trouve pas grâce à ses yeux. "Cette commission n'a pas de dents. Nous avons besoin d'une enquête impartiale présidée par un juge."
Mais la plupart de ses collègues ne sont pas du même avis: au terme d'une journée complète de débats sur la question, 301 députés contre 203, dont 11 rebelles travaillistes, ont rejeté une motion réclamant une enquête indépendante.
À Washington, où un comité sénatorial enquêtera aussi sur cet enjeu, le sous-secrétaire à la Défense, Doug Feith, a nié hier les reportages selon lesquels des informations des services de renseignements sur les liens de l'Irak avec des réseaux terroristes avaient été exagérées pour justifier la guerre.
Par ailleurs, un rapport utilisé pour décider du conflit est en train d'être examiné par la Centrale américaine du renseignement (CIA) afin d'établir s'il a exagéré la menace des ADM irakiennes, affirmait le New York Times dans son édition d'hier. Ce rapport confidentiel, daté d'octobre 2002, somme des informations de tous les services du renseignement américain sur les programmes militaires irakiens, a été utilisé par la Maison-Blanche pour décider de la guerre, ont affirmé au journal des responsables du renseignement proches du dossier.
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Francophone Quebecers see Israel in negative light: poll
DAVID LAZARUS
THE CANADIAN JEWISH NEWS 5.6.2003
A newly released Gallup Poll indicates that francophone Quebecers think less favourably of Israel than they do of North Korea and Saudi Arabia.
The same poll also shows that francophone Quebecers’ attitudes toward Israel are more negative than those of other Canadians.
The poll was conducted by the Gallup Organization to gauge Canadians’ and Britons’ ratings of a variety of countries, including their own, the United States, some European and Asian nations, and several in the Middle East. Countries were rated using a 10-point scale ranging from -5 (least favourite) to +5 (most favourite).
The results were released March 11, days before the start of the U.S.-led war against Iraq, as part of a Gallup briefing on the Internet for special subscribers. The Association for Canadian Studies (ACS) recently received permission from Gallup to release the findings.
The poll surveyed 1,000 Canadians including 350 francophones in Quebec, and found that Canadians in general gave a marginally negative (-0.06) average rating to Israel.
However, when broken down by language, the findings show that English Canadians gave Israel a marginally positive average rating of +0.31, while francophone Quebecers gave Israel a -1.29 average rating.
By comparison, francophone Quebecers gave North Korea a -1.23 average rating and Saudi Arabia a -1.12, both slightly higher than Israel.
According to ACS executive director Jack Jedwab, the disparity between Israel’s ratings in francophone Quebec and the rest of Canada lies in the “much stronger leftist outlook” of Quebecers.
Jedwab said francophone Quebecers’ attitudes towards Israel and international issues are influenced by the left-wing Quebec labour movement and French-language media.
“People might think that the English language media [are] biased against Israel, citing, for example, the CBC. But actually, one is much more likely to see debate and divergences of opinion on Israel among English-language media than French-language media.”
The latter “is much more uniform in Quebec,” Jedwab said.
He said the same principle applies to issues such as the Iraq war, noting there was far more debate in English-language media than French-language media about the pros and cons of going to war.
“The French-language media, both print and broadcast, uniformly opposed it.”
Another element contributing to francophone Quebecers’ more negative rating of Israel, Jedwab suggested, could be their identification with the Palestinians as a “small, vulnerable group with a small, vulnerable population.”
Jedwab noted, however, that francophone Quebecers’ negative image of Israel does not translate into a correspondingly positive image of the Palestinian Authority (PA), which is widely perceived in Quebec as a corrupt entity ruling over the Palestinians.
Francophone Quebecers gave the PA an average rating of -1.73, even worse than it received in English Canada (-1.64). For Canada as a whole, the PA’s rating was -1.66.
Francophone Quebecers gave the most most positive average rating to France (+3.06), and the most negative to Iraq (-2.99), which was similar to Iraq’s rating in English Canada (-2.92).
For Quebecers attitudes toward Israel to improve, Jedwab said, there must be more intensive “outreach strategies” by the Jewish community. This means more people meeting with organized labour, French-language media, social and community groups, and academia.
Jedwab said the effort will entail a considerable level of dialogue with groups that are fairly entrenched in their points of view. Yet it has to be done.
“There’s a lot of catching up to do,” he said. “[Francophone Quebecers] have been far more exposed to certain points of view on this issue.
“Lobbying is usually done from the top down, but this will have to be done from the bottom up. And you will need a lot of people.”
For Canada as a whole, the poll’s margin of error is plus or minus 3.5 per cent, 19 times out of 20. The margin among francophone Quebecers is plus or minus 5.5 per cent.
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Manipulation à l'anglaise
Serge Truffaut
LE DEVOIR jeudi 5 juin 2003
Le premier ministre britannique Tony Blair est sur la sellette. La raison? L'Irak. Depuis une semaine, il ne passe guère une journée sans qu'un ou deux agents de Sa Majesté britannique répandent, par médias interposés, leur malaise. Au chef du gouvernement, ils reprochent une utilisation tronquée des renseignements compilés par les spécialistes en cette matière. Pour ces personnes qui, profession oblige, cultivent le souci de la précision, le premier ministre et son chef des communications ont monté en épingle les inventaires d'armes de destruction massive de Saddam Hussein. Les inventaires en question, si on en croit les informations divulguées aux quotidiens, indiquaient qu'il n'y avait vraiment pas péril en la demeure.
Lors de son retour devant les membres du Parlement, Blair a subi le feu nourri des députés de l'opposition -- on s'en doute -- mais également de son caucus. À cet égard, il n'est pas inutile de souligner que l'ex-chef de la diplomatie britannique Robin Cook s'est montré particulièrement virulent. D'autant plus que le 10 Downing Street aurait inséré dans les rapports des services britanniques une information qu'un exilé irakien leur avait fournie et qui n'a jamais pu être corroborée. Laquelle ? Saddam Hussein aurait été en mesure de rendre son arsenal opérationnel en 45 minutes.
C'est sur cette distorsion des faits, cet ajout de son cru, que Blair a articulé toute la stratégie déployée pour torpiller la mission des inspecteurs onusiens et surtout pour éviter cette deuxième résolution que demandaient avec insistance les Allemands et les Français. En cette histoire, il faut comprendre que les services de renseignements de ces derniers détenaient de l'information qui divergeait quelque peu de celle déclinée par Blair sur la place publique.
L'autre argument sur lequel le gouvernement de Blair a constitué son dossier a trait aux liens entre l'Irak et l'Afrique du Sud. L'accusation selon laquelle ce dernier pays avait vendu de l'uranium à l'Irak est un tel mensonge qu'il a convaincu Robin Cook d'exiger des excuses publiques de Blair. Sur le même registre, l'autre ministre ayant démissionné du cabinet Blair pour des causes irakiennes, soit Clare Short, a elle aussi exigé que le premier ministre formule des excuses à l'égard du président Chirac et de tous les citoyens britanniques.
Pour l'instant, il a été décidé de demander à une commission parlementaire de faire enquête sur toute cette histoire. Celle-ci se fera à huis clos. C'est bien dommage. En effet, ainsi que l'a constaté un député travailliste, ce dossier est plus scandaleux que le Watergate.
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Une langue de pauvres?
Henri Bélanger
LE DEVOIR jeudi 5 juin 2003
Lettres: Ottawa, le 24 mai 2003
Il est choquant que chaque année, à Cannes ou ailleurs, des Québécois se sentent obligés de se confondre en excuses à propos de leur langue parlée. Cette situation résulte de l'épithète scabreuse qui se perpétue, ce par quoi des intellectuels accablent gratuitement les Québécois depuis longtemps. Tant de niaiseux, d'idéologues, de perfectionnistes et de pseudos s'acharnent depuis un demi-siècle à en asperger le commun des mortels que les gens ordinaires, qui ne savent pas se défendre, en deviennent complexés.
Je ne critique pas M. Émond et je comprends sa réaction. Il a dû se replier sur une idéologie perverse de la «pauvreté» qu'un critique dingue a récemment lancée à dessein de noircir le «pauvre» parler d'ici pour mieux faire valoir son idée des écrits d'ailleurs. Saussure a spécifiquement prévenu ses élèves contre la tendance de l'écrit à s'arroger la primauté par rapport au parler. Le parler et l'écrit fonctionnant différemment, les deux ne se comparent pas selon les termes de l'écrit. De là la distinction fondamentale qu'il a faite entre les deux. Il y a sûrement une erreur de fond à accuser les péchés des grands-parents |