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Actualité
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Les armes de papier
Serge Truffaut
LE DEVOIR lundi 9 juin 2003
Le dernier rapport déposé par le patron des inspecteurs onusiens Hans Blix confirme encore une fois que la preuve d'armes de destruction massive n'a toujours pas été apportée. Il n'en fallait pas plus pour que, des deux côtés de l'Atlantique, l'exigence de vérité soit plus ferme que jamais.
L'hebdomadaire The Economist est réputé si janséniste qu'il est tout naturellement avare de jeux de mots. Cette semaine il a fait exception. En couverture de son édition européenne, ce magazine qualifié de bible des décideurs a imprimé une photo du premier ministre britannique en inversant son nom de telle manière qu'on lise : liar ou menteur. À ce que l'on sache, c'est la première fois depuis le début de l'affaire irakienne que le leader britannique, aussi prompt à faire la morale qu'il est profondément religieux, est accusé aussi catégoriquement d'avoir trompé l'opinion publique.
À la faveur de la publication du récent rapport Blix des langues se sont déliées qui, ajoutées à celles qui se sont répandues en confidences au cours des quinze derniers jours, permettent d'avancer que le premier ministre britannique et un cercle restreint de collaborateurs ont manipulé les faits à leur guise. Ils ont subverti la vérité. Ils ont donc altéré le degré de crédibilité, l'actif le plus cher aux professionnels du renseignement, à un point tel qu'aujourd'hui les responsables du MI6 et MI5, la CIA anglaise, exigent que Blair s'engage publiquement à ne plus manipuler leurs travaux. À ne plus politiser leurs informations.
À la décharge de Blair, il faut mentionner qu'il disposait de tout un exemple en la matière. Celui-ci trouve son origine dans l'enceinte de la défense américaine. Au lendemain des terribles attentats du 11 septembre, le président Bush a donné son aval à la création du Special Plans Operation (SPO). Cette organisation secrète a ceci de très particulier qu'elle regroupe tous ceux qui depuis 1991 militent pour une intervention militaire en Irak. Autre singularité, et non des moindres, les messieurs qui siègent au sein du SPO sont pratiquement tous des anciens étudiants du philosophe Leo Strauss à commencer par le patron de cet organisme, soit Abram Shulsky. Si ce dernier ainsi que Paul Wolfowitz, le numéro deux du Pentagone qui participe activement au SPO, et Richard Perle, du Defense Policy Board, dissertent avec facilité sur les menus travaux de Strauss, ils ne sont pas pour autant des experts en renseignements.
Mais en quoi tout cela, dira-t-on, a eu valeur d'exemple sur Blair ? En ceci : les militants de la guerre à l'Irak ont fait en sorte d'aller à la cueillette de nouvelles collant à leur objectif. De fait, ils ont consommé et communiqué avec abondance des informations émanant des gens qui composent le Congrès national irakien. Plus précisément, ils ont émaillé leur rapport au président Bush de confidences d'une seule et même personne sans jamais effectuer les vérifications d'usage, sans jamais les confronter à d'autres sources. Pire, ils ont cultivé l'indifférence à l'égard des recherches effectuées par la CIA et la Defense Intelligence Agency du Pentagone parce que celles-ci contrariaient en fait leurs ambitions.
Ce faisant, Blair a donc fait comme eux. Il a, on le répète, politisé sans vergogne les renseignements. Et tous se sont employés, il faut le rappeler, à concevoir des fausses informations sur l'Allemagne et la France, surtout la France, lorsqu'ils ont compris que ni l'une ni l'autre ne participeraient à une guerre en Irak sur la seule base des armes de destruction massive. L'histoire de la pièce électronique allemande nécessaire au nucléaire ? Un mensonge. L'histoire des passeports français refilés à une pléiade de dirigeants irakiens ? Un mensonge. On en passe et on retient deux choses.
La première est toute simple : le souci démocratique de Blair s'est réduit comme une peau de chagrin au cours de la semaine qui vient de s'écouler. À tous les élus, y compris un nombre imposant de travaillistes, qui exigeaient une enquête publique Blair a opposé la tenue d'une commission parlementaire... très particulière ! Les neuf membres de celle-ci sont tous nommés par Blair; leurs délibérations se feront à huis clos. Leur rapport ? Il sera remis d'abord à Blair qui aura toute latitude pour le modifier à sa guise avant de le publier.
Dans le cas des États-Unis, le débat sur le sujet se fera, lui, sur la place publique. La commission du Congrès qui va plancher sur ce dossier complètement tordu ne fermera pas ses portes. Il serait bien que Blair, puisqu'il aime prendre exemple sur les États-Unis, s'en inspire. Cela lui éviterait peut-être que sa place dans l'histoire, puisqu'on le dit obsédé par cela, ne soit pas celle d'un blaireau.
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Les francophones toujours aussi rares à la tête de Bell Montréal est toutefois le lieu de travail et de résidence des hauts dirigeants
Francis Vailles
La Presse lundi 9 juin 2003
La restructuration entrée en vigueur le 1er juin n'y a rien changé: Bell Canada compte toujours aussi peu de francophones au sein de sa direction, selon une analyse de La Presse Affaires.
Parmi les 43 hauts dirigeants de BCE et de ses principales filiales, à peine 10 parlent le français à la maison (23 %). Et encore, si l'on exclut BCE Emergis, fondée à Montréal il y a 15 ans, l'entreprise ne compte que sept cadres francophones sur 38, soit 18 %.
BCE et sa principale filiale Bell Canada ont pourtant leur siège social à Montréal depuis toujours. En outre, le principal dirigeant de BCE a maintes fois été un Canadien-français, qu'on pense à Jean Monty ou à Jean de Grandpré, par exemple.
Au début mai, rappelons-le, le président et chef de la direction de BCE, Michael Sabia, a annoncé une restructuration de sa filiale Bell Canada.
Le gestionnaire a entre autres éliminé les entités Bell Québec et Bell Ontario, les remplaçant par des divisions axées sur le type de client.
On a ainsi créé les groupes Marchés d'affaires et Marchés consommateurs. Seize postes de direction ont disparu dans l'opération, ce qui s'ajoute à la quinzaine de postes de cadres supérieurs coupés entre janvier et mai.
La nouvelle structure de Bell a consacré l'ascension de Pierre Blouin, devenu président de groupe, Marchés consommateurs.
Ce diplômé de HEC Montréal avait précédemment été le principal dirigeant de BCE Emergis et de Bell Mobilité. Autre cadre à monter en grade: Isabelle Courville. L'ex-présidente du Comité des jeunes du Parti québécois est devenue présidente, grandes entreprises, de Bell Canada. Elle était auparavant présidente du fonds de revenus Bell Nordiq. Elle relève de John Sheridan, nouveau président de groupe, Marchés d'affaires.
Les changements entrés en vigueur le 1er juin confirment toutefois le départ à la retraite du président de Bell Québec, Guy Marier. Le gestionnaire quittera le 31 décembre, après la transition vers la nouvelle structure, indique-t-on.
Sans être en régression, la présence des francophones chez Bell est demeurée très faible ces dernières années. Aujourd'hui, le conseil d'administration de 14 membres compte seulement deux francophones: Paul Tellier, PDG de Bombardier, la troisième entreprise en importance au Canada, et André Bérard, l'ex-PDG de la Banque Nationale, première banque du Québec. En comparaison, le conseil comptait cinq francophones en 1999. Outre M. Tellier, l'on retrouvait Guy Saint-Pierre, Jean Monty, Jeannine Guillevin Wood et Micheline Charest.
Parmi les rares francophones qui se sont taillés un poste chez BCE, mentionnons Martine Turcotte, chef principale du service juridique. Mme Turcotte est titulaire d'un MBA de la London Business School et d'un bac en droit de l'Université McGill.
Des résidants de Montréal
Le porte-parole de BCE, Nick Kaminaris, affirme que l'entreprise choisit toujours la personne disponible la plus compétente pour combler ses postes, peu importe la langue. Il fait notamment valoir les nominations de M. Blouin et de Mme Courville.
À l'entendre, le principe d'alternance francophone/anglophone à la tête de l'entreprise est un mythe. Avant l'anglophone Michael Sabia, BCE était dirigé par Jean Monty, qui avait succédé à Lynton Red Wilson. Ce dernier a remplacé Raymond Cyr dans les années 1990.
Malgré cette forte présence anglophone, Nick Kaminaris soutient que BCE n'est pas une réplique de la Banque Royale, dont le siège social est officiellement à Montréal, mais qui dirige en réalité ses activités depuis Toronto. D'abord, dit-il, le PDG Michael Sabia réside dans la région et passe la plus grande partie de son temps à son bureau du 1000 de la Gauchetière, à Montréal. C'est également le cas du chef des affaires financières, Siim Vanaselja. "La presque totalité des officiers de BCE inc. résident et travaillent à Montréal", soutient M. Kaminaris.
Ces dernières années, BCE a tenu son assemblée annuelle dans diverses villes canadiennes. Toronto a accueilli les actionnaires de l'entreprise en 1998 et 2000, Vancouver en 2001 et Montréal en 2002 et 2003. Les réunions du conseil d'administration de l'entreprise se déroulent cependant à Montréal, sauf exception, assure M. Kaminaris.
Au total, la filiale Bell Canada compte 42 729 employés, dont 24 017 travaillent en Ontario et 16 747 au Québec, les deux provinces où l'entreprise a la majeure partie de ses clients. Ces chiffres incluent Bell Mobilité et Bell Nordiq, mais excluent les filiales ExpressVu et Alliant.
7 % en 1976
En 1976, l'ex-directeur de HEC Montréal, Pierre Laurin, avait commandé une étude sur la présence des cadres francophones au sein des grandes entreprises du Québec. À l'époque, les francophones ne représentaient que 7 % de l'ensemble des cadres des entreprises de plus de 500 employés au Québec. M. Laurin avait par la suite fait campagne auprès des présidents d'entreprises pour qu'à compétence égale, on embauche des francophones. "Cette statistique était une bombe à retardement", dit aujourd'hui celui qui a été directeur de HEC Montréal de 1974 à 1982.
Dans le cas de Bell/BCE, deux raisons expliquent la faible présence francophone, selon lui. D'abord, les dirigeants en place, principalement anglophones, ont leur propre réseau de contacts; leurs relations sont mieux développées avec des individus avec qui ils ont une certaine proximité culturelle, déterminée par la langue.
Ensuite, les entreprises anglophones ont un grand pouvoir d'attraction auprès des gestionnaires de langue anglaise, moins auprès de ceux de langue française. Quebecor ou Jean Coutu attirent davantage de francophones, comme BCE ou Alcan intéressent davantage les anglophones. "C'est un problème complexe. Il ne faut pas jeter la pierre...", dit-il.
Pour l'ancien vice-président d'Alcan, la compétence est cependant un principe sacré. En 1976, Pierre Laurin n'exigeait pas nécessairement des entreprises qu'elles embauchent des diplômés des universités francophones, mais "à compétence égale, comme nous étions 80 % de la population, ça devait être un francophone 8 fois sur 10. La plupart du temps, j'ai été extrêmement bien reçu par les gens, notamment par Sam Steinberg, qui avait par la suite créé un comité pour embaucher des francophones".
Un quart de siècle plus tard, il croit que la situation est plus équilibrée et que les francophones représentent vraisemblablement plus de 70 % de l'ensemble des cadres. "Mon expérience démontre que lorsqu'une entreprise est sensible à cette réalité, il se passe des choses", dit-il.
LES FRANCOPHONES CHEZ BELL
Conseil d'administration de BCE : 2 sur 14
Haute direction de BCE : 2 sur 8
Haute direction de Bell Canada : 2 sur 13
Autres (1) : 4 sur 11
Total (2) : 10 sur 43
1-Dans Autres, nous avons regroupé les cadres supérieurs de BCE Emergis, Bell Globemedia et BCE Investissements mentionnés sur le site Internet de BCE.
2-Le total ne correspond pas à la somme des parties, parce que certains cadres font partie des dirigeants de plus d'une entité.
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Aucune fraude relevée à la Caisse
Denis Lessard
La Presse lundi 9 juin 2003
Québec - On ne retrouve aucune fraude ou malversation dans les dossiers controversés de la Caisse de dépôt et placement. La construction somptuaire du bureau de Montréal et l'injection de 30 millions de dollars de fonds publics dans Montréal Mode sont avant tout des questions de jugement.... De mauvais jugement.
C'est ce que retient la vérificatrice générale du Québec, Doris Paradis, dans ses rapports d'enquête sur les décisions de la Caisse dans ces deux dossiers controversés, a appris La Presse de sources qui ont eu accès aux informations qui seront rendues publiques demain. La gestion de l'ancien président Jean-Claude Scraire est passablement écorchée et le gouvernement Charest y trouvera amplement de munitions pour justifier ses réformes de la "gérance" de la Caisse. Le tout récent message inaugural annonçait déjà un projet de loi pour revoir la structure à la tête de la société qui gère les 150 milliards du bas de laine des Québécois. On adjoindra un président du conseil pour épauler le PDG actuel, Henri-Paul Rousseau. Plusieurs noms circulent déjà dans les officines libérales pour ce poste convoité: André Bourbeau, qui a accepté de quitter son siège de Laporte pour faire place à Michel Audet, Paul Gobeil, un ancien ministre proche de Jean Charest et même Raymond Garneau, l'ancien patron de l'Industrielle qui fut responsable du comité de transition du gouvernement libéral.
Pas question de "tirer au bazooka sur la Caisse", assure-t-on au gouvernement; une attaque en règle contre l'institution ne serait pas souhaitable pour les intérêts du Québec, indique-t-on. Le projet de loi sur la "gérance" attendra l'automne.
Les rapports de Mme Paradis doivent être rendus publics demain matin. C'est le ministre des Finances, Yves Séguin, qui n'avait pas encore été informé de leur contenu hier, qui donnera la réplique pour le gouvernement.
Rappelons que ces rapports devaient être déposés à une commission parlementaire spéciale sur la Caisse, prévue le 18 mars. La direction de la Caisse avait fait des démarches pour qu'on reporte ce dépôt qui, à la veille du déclenchement des élections, aurait mis le gouvernement dans l'embarras.
Durant une bonne partie de l'automne, la ministre des Finances, Pauline Marois, s'est retrouvée sur la sellette à l'Assemblée nationale alors qu'elle a dû expliquer les dépassements de coûts énormes pour la construction du bureau principal de la Caisse à Montréal- au lieu des 102 millions prévus, l'édifice du Quartier international coûtera finalement autour de 360 millions.
La Caisse avait décidé aussi de se départir de ses intérêts dans Montréal Mode, une aventure dans laquelle 30 millions de dollars en fonds publics avaient été injectés inutilement. L'automne dernier, la Caisse annonçait qu'elle se retirait tout simplement de ce secteur, sans qu'on sache le prix payé par Chantal Lévesque et son conjoint pour reprendre sa compagnie, les maillots Shan, qui avaient été achetés par la CDP.
Dans son rapport, la vérificatrice n'est pas tendre, dit-on, avec l'administration Scraire. La participation dans Montréal Mode ne fait pas partie du mandat et "des activités normales" de la CDP, indique-t-on. Deux avis juridiques sont venus cautionner la façon dont la Caisse s'est sortie de cette aventure. Sans égard au prix repayé pour les éléments de Montréal Mode, la CDP devait se sortir de ce secteur où elle n'aurait jamais dû mettre les pieds, résume-t-on.
Sur la gestion de Chantal Lévesque, peu de critiques, certains comptes de dépenses n'ont pas toutes les pièces justificatives souhaitées, mais ces constats ne semblent pas centraux dans l'évaluation que fait la vérificatrice de l'aventure Montréal Mode.
Sur les coûts faramineux du bureau principal de la Caisse, l'édifice de verre juste à l'ouest du Palais des congrès, les informations qui filtrent du bureau du vérificateur soulignent la "folie des grandeurs" qui semble avoir mené la direction Scraire dans toutes les décisions touchant la conception et la construction de l'édifice. Des matériaux souvent rares et toujours coûteux étaient retenus pour l'édifice à bureaux, de loin le plus luxueux de la métropole. D'autres sources avaient, à l'époque, révélés à La Presse les problèmes de durabilité des planchers de bois importés a grands frais du Brésil et les difficultés des gestionnaires du projet à s'approvisionner en grandes baies vitrées importées d'Europe.
Le rapport de la vérificatrice relèverait surtout le peu de transparence de l'administration Scraire à l'endroit des membres du conseil d'administration, qui devaient se contenter d'informations passablement vagues, indique-t-on.
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Le courage des députés
André Pratte
La Presse lundi 9 juin 2003
Trente-huit députés libéraux ont fait fi du souhait de leur chef et premier ministre, Jean Chrétien, et ont voté la semaine dernière contre une résolution sur la participation du Canada au bouclier antimissile américain. C'est un exemple parmi d'autres du relâchement de la discipline de parti dans le camp libéral depuis que M. Chrétien a annoncé son départ. Et si les députés prenaient goût à cette nouvelle liberté?
Les médias, qui ont tellement décrié la discipline de parti, s'inquiètent beaucoup ces temps-ci du désordre qui règne à Ottawa. Le gouvernement fédéral ne fonctionne plus, dit-on. Pourtant, des décisions importantes ont été prises, en matière de politique étrangère notamment. Les Communes adopteront, d'ici quelques jours, la plus importante réforme du financement des partis politiques de l'histoire canadienne. Un projet de loi sur la décriminalisation de la marijuana, sujet controversé s'il en est, vient d'être déposé.
Ce qui est vrai, c'est que le gouvernement travaille de façon plus confuse que d'habitude. Il y a plus de déchirements au sein du parti au pouvoir, et surtout, les chicanes sont apparentes. Les députés osent dire ouvertement ce qu'ils gardent généralement pour le huis clos du caucus.
Le fait que le gouvernement fonctionne tout de même, dans ce contexte vraiment exceptionnel, constitue une démonstration éclatante du fait que la discipline de parti, telle qu'elle a évolué au cours des dernières années, est inutile. Qu'on impose aux députés de voter avec le gouvernement lors de votes qui mettent en jeu sa survie, cela va de soi. Mais il est nuisible à la démocratie parlementaire que les élus soient toujours tenus d'appuyer les projets de loi et motions présentés par le gouvernement, et surtout que leur droit de parole soit circonscrit au point d'en faire de simples porte-voix.
Cette camisole de force n'a rien à voir avec la nécessaire stabilité gouvernementale. C'est plutôt une question d'image: les médias font leur beurre des dissensions, et les partis craignent cela comme la peste. C'est aussi une question d'orgueil: les chefs se comportent désormais comme des monarques.
"La loyauté partisane est essentielle dans tout régime parlementaire où le gouvernement doit affronter une opposition. Mais une loyauté aveugle n'a pas sa place dans une société libre et démocratique, ni dans un parti qui se veut évolué. L'appel à la fidélité au parti est souvent un moyen commode d'éviter le débat sur la valeur d'une politique", écrit le sénateur Serge Joyal dans un ouvrage récent (1)
Qu'arrivera-t-il quand Paul Martin deviendra premier ministre? Les députés prendront-ils leur trou? Ceux qui contestent Jean Chrétien aujourd'hui ne font preuve d'aucun courage; ils ne risquent aucune sanction d'un premier ministre affaibli, et courent au contraire la chance de plaire à son successeur. Le député libéral courageux, de nos jours, serait celui qui oserait critiquer M. Martin. Combien y en a-t-il? Et s'il faisait l'affaire des députés, finalement, d'être inféodés au chef?
M. Martin s'est engagé à assouplir la discipline de parti en adoptant un système similaire à celui qui a cours à Westminster, où l'obligation partisane est graduée selon l'importance que le gouvernement attache au vote. "Cette façon de faire accroîtra l'influence de tous les députés", a soutenu l'ancien ministre des Finances.
Une telle réforme est essentielle pour la crédibilité du Parlement et pour celle des députés. On sait maintenant, on le voit tous les jours, qu'un cabinet peut gouverner sans bâillonner les députés. Reste à savoir si M. Martin aura l'humilité de faire les changements promis. Et si ses députés auront le courage d'en profiter.
(1) "Protéger la démocratie canadienne", McGill-Queen's University Press, 2003.
Apratte@lapresse.ca
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Quebec's business policies must be competitive Balanced approach needed. The state must become an entrepreneur competing in the world economy for jobs
REED SCOWEN
The Montréal Gazette Monday, June 09, 2003
Quebec's new Liberal government has not put the economy at the top of its list of priorities, and some members of the business community applaud that decision. It's time, they say, to get the state out of the boardrooms of the nation. "Emphasize entrepreneurship rather than government intervention" is the mandate that has been given to Michel Audet, minister of the economy.
The treasury board president , Monique Jérôme-Forget, has traveled even farther down this road. In a recent interview with Le Devoir, she declared war on government subsidies and tax credits for businesses, and particularly for the "wealthiest companies of this world," a recent grant to IBM being cited as an especially glaring example of excess.
Reducing government intervention in the Quebec economy presents a daunting challenge to Premier Jean Charest as he surveys the top-heavy structures that have been constructed over the past 40 years. However, I'd like to suggest that in this necessary process, the focus should not be on the demands of the Quebec entrepreneur - or of IBM - but on the competitiveness of the Quebec state as a place in which to invest and do business, compared with our neighbours.
More than 50 per cent of Quebec's GDP is represented by exports to other provinces or countries, and most of these goods and services can be produced just as well in Ontario, New Brunswick or Utah. Companies worldwide are making decisions on new investments every day of the week, and the industrial development offices of all the provinces, states and major cities in Canada, the U.S., Mexico, Europe and Asia are attempting to bring them to their own home towns. They work with sophisticated site-selection firms that highlight each region's comparative advantages. These might include pools of low-cost, skilled manpower, a simple regulatory structure, favourable collective bargaining rules, accessible and economical land and buildings, political stability, low taxes, easy access to markets, low cost capital, a modern infrastructure, a favourable currency exchange rate and such intangibles as living conditions for key employees and the selling skills of the people in the investment- promotion agencies. And, in every region, there are subsidies (direct and indirect), tax credits and other financial benefits. These are particularly important in places where other elements of the economic climate are not particularly competitive.
The Liberal Party program deplores the fact that Quebec gets only 17 per cent of all Canadian investments. At the same time, Charest points out that Quebec spends four times as much on subsidies to industry as Ontario does. It is not immediately obvious how a reduction in these subsidies will bring about an increase in investment until a number of other problems are solved, and are perceived to have been solved. This will take some time. There is not even a consensus, at this stage, on which problems, specifically, must be addressed.
There are plenty of entrepreneurs in Quebec, and just as many in Ontario and New York. But in pursuit of a modern economy with full employment, the state itself must become an entrepreneur, competing fiercely in the world economy for new job opportunities.
Like it or not, the government of Quebec is going to require a coherent and highly competitive industrial policy, organized around sectors. In this context, the issue of whether or not to give a subsidy to IBM, Bombardier, Daimler-Chrysler or a local enterprise should not be evaluated by ideological standards; it should be a rational decision, made on the basis of a calculation of the anticipated costs and benefits to the economy of Quebec, including the cost of losing the investment to another jurisdiction, and on the alternatives that are available.
The state as entrepreneur in a competitive global market for investment and jobs - this idea might make the Liberal government uneasy. But with the vast array of tools at its disposal to determine the health of our economy, there is no choice to be made between entrepreneurship and government intervention. Both are required. Otherwise, jobs will quickly replace health care at the top of the premier's priority list - back to the position that they have held for most of the last 25 years.
Reed Scowen is a former delegate-general for Quebec in London, New York and Washington.
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Adrienne Clarkson demandera des excuses à la reine au nom des Acadiens
La Presse lundi 9 juin 2003
Moncton - La représentante de la reine au pays, la gouverneure générale, Adrienne Clarkson, va relancer le dossier des excuses officielles au peuple acadien pour la déportation de 1755 auprès d'Élisabeth II.
Le président de la Société nationale de l'Acadie, Euclide Chiasson, a fait cette révélation surprenante au terme de la 122e assemblée générale annuelle de l'organisme samedi.
"J'ai récemment eu cette confirmation de Mme Clarkson", a précisé M. Chiasson. Il a ajouté qu'elle avait envoyé une lettre en ce sens en juin 2002 et qu'elle n'a jamais reçu d'accusé de réception.
"Durant une discussion que nous avons eue, il y a quelques jours, elle m'a affirmé qu'elle allait relancer la question auprès de la reine."
Pour la Société nationale de l'Acadie, il n'y aurait pas de meilleur moment pour obtenir des réparations officielles de la part de la couronne britannique, puisque les célébrations du 400e anniversaire de l'Acadie commenceront dans 151 jours.
Plusieurs représentants des Acadiens demandent depuis des années des excuses officielles au monarque britannique pour la déportation dont leurs ancêtres ont été victimes en 1755.
M. Chiasson est toutefois d'avis que, tant qu'Ottawa n'en fera pas la demande à la reine, les chances de voir un dénouement positif dans cette requête sont minimes. Le député du Bloc québécois Stéphane Bergeron a été l'un des défenseurs de cette cause à la Chambre des communes, mais la majorité libérale, d'Acadie ou d'ailleurs, s'y est toujours opposée.
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L'invitation au changement
Michel Venne
LE DEVOIR lundi 9 juin 2003
Le discours inaugural prononcé, mercredi, par le premier ministre Jean Charest, n'annonce pas l'Apocalypse évoquée par certaines réactions entendues depuis lors. Il comporte certes quelques phrases dignes d'un idéologue mal dégrossi. La foi dans l'individu, qui est exprimée à certains endroits du discours, est presque risible au regard de la longue liste de missions que M. Charest réserve à son gouvernement pour les prochaines années.
Ce discours inaugural est avant tout une invitation au changement. Or le changement était le leitmotiv de tous les partis politiques en lice lors des dernières élections. M. Charest «convie les Québécois à envisager ces travaux avec enthousiasme». Et il prend certains engagements qu'il sera utile de lui rappeler tout au long de ce processus de «réingénierie de l'État».
Il affirme d'abord qu'il sera «à l'écoute des citoyens». Il déclare son «attachement à la démocratie». Il rejette le «dirigisme». Il se dit «pragmatique». Il réitère sa confiance dans les services publics dont certains sont «des modèles d'efficacité». Il veut travailler avec «tous les Québécois». Et promet d'honorer la «responsabilité historique» de promouvoir la langue française et l'identité québécoise.
M. Charest a tellement reproché au Parti québécois ses fusions forcées, il ne peut pas unilatéralement défaire ce que des Québécois ont bâti et qui répond à des besoins, le réseau des centres de la petite enfance en est le meilleur exemple. De même, puisqu'il se dit «pragmatique», il ne conviendrait pas qu'il fasse du recours au secteur privé un dogme, comme le laisse parfois entendre son discours. Dans le domaine de la santé, par exemple, son objectif est de «soigner plus vite et à meilleur coût». Or ailleurs dans le monde, le recours au privé est rarement synonyme de réduction des listes d'attente mais toujours un gage d'augmentation des coûts.
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Le gouvernement Charest ne dispose pas, de toute façon, du mandat pour défaire tout ce qui a été fait. Certains commentateurs additionnent les voix obtenues par le PLQ à celles récoltées par l'ADQ pour conclure que près de 60 % des électeurs ont souhaité un virage radical vers la droite. Cette interprétation est totalement erronée.
Ce qui est apparu, au cours de la dernière année, c'est au contraire un rejet des politiques néolibérales incarnées par Mario Dumont. L'ADQ a recueilli jusqu'à plus de 40 % d'appui dans les sondages. Dès que l'électorat a pris connaissance de son programme, la chute a été vertigineuse. L'ADQ n'a reçu que 18 % des suffrages.
Dans ce jeu entre la droite adéquiste et un PQ victime de l'usure du pouvoir, le PLQ représentait, aux yeux des électeurs, un refuge rassurant vers le centre du spectre politique. En rendant public son programme, à l'automne 2002, le Parti libéral avait bien pris soin de se démarquer de l'ADQ, un parti que Jean Charest assimilait à la droite américaine. L'ancien chef libéral Claude Ryan fut mis à contribution pour rappeler, dans un document largement diffusé, les «valeurs libérales», en particulier la justice sociale.
Et puis le PLQ avait voté en faveur de la loi sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, pour la bonification de la loi sur les normes du travail, en faveur de la lutte contre le déséquilibre fiscal, pour la Paix des braves et l'approche commune avec les Innus. En bref, le programme libéral n'annonçait pas de rupture radicale. S'il est attaché à la démocratie autant qu'il le dit, M. Charest est obligé de gouverner dans la continuité. Après tout, il doit son élection au rejet de l'ADQ.
Pour avoir l'air différent du gouvernement précédent, M. Charest est d'ailleurs obligé de noircir le tableau. Parler de dirigisme d'État pour qualifier le PQ (par ailleurs accusé de néo-libéralisme à sa gauche) est une insulte à l'intelligence. La réingénierie était déjà commencée sous le PQ et Joseph Facal avait un plan dont Monique Jérôme-Forget pourra s'inspirer.
M. Charest induit les Québécois en erreur lorsqu'il dit que «nous sommes arrivés au bout d'un modèle de fonctionnement créé il y a une quarantaine d'années». Ce modèle, il y a au moins 20 ans qu'il n'existe plus. Il a été modifié sans cesse, par les gouvernements successifs, libéraux ou péquistes. Le premier ministre nuit à sa propre crédibilité lorsqu'il parle ainsi.
Il reste que ce gouvernement veut changer des choses. Cela tombe bien, il y a encore beaucoup de problèmes à régler au Québec. M. Charest a lancé six grands travaux qui sont en réalité le quotidien d'un gouvernement. S'il prend du temps pour étudier les solutions, c'est qu'il n'a pas encore tiré de conclusions. Il appartient maintenant à ceux et celles qui ont des idées pour le Québec de s'engager dans un dialogue avec le gouvernement, de lui soumettre leurs objections à certains changements, leurs idées pour des améliorations, de s'inscrire dans une négociation avec lui, de prendre les devants, d'accepter l'idée du changement et, au lieu de se braquer, chercher par tous les moyens à l'influencer.
C'est en somme l'appel lancé par M. Charest mercredi dernier.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca
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Ouvrir à tous temples et églises
Fatima Houda-Pepin
LE DEVOIR lundi 9 juin 2003
Libre opinion: Extrait d'une communication présentée par Fatima Houda-Pepin, députée de La Pinière et présidente d'honneur du Forum sur la diversité culturelle et religieuse
«La diversité cultuelle et religieuse: est-ce une menace ou une chance pour la cité?», voilà le thème que le Centre spiritualités et religions a eu l'audace de proposer pour son Forum qui a réuni en mai, à Montréal, plusieurs intervenants sociaux et communautaires ainsi que des universitaires et des représentants institutionnels.
De l'audace, il en fallait, pour rassembler autant de personnes-ressources de différentes traditions religieuses et de différents horizons culturels pour débattre d'un enjeu aussi crucial que celui du dialogue interreligieux et la gestion de la diversité. [...] Pour avoir travaillé à bâtir des ponts entre les différentes communautés et la société majoritaire, pour avoir touché aux résistances psychologiques qui entravent le dialogue des cultures, je constate que de toutes les opérations de rapprochement qui sont menées par les organismes institutionnels et communautaires, la diversité religieuse est de loin l'entreprise la plus sensible, la plus complexe et la plus ardue. C'est en quelque sorte la dernière frontière qui nous reste à traverser pour aller vers l'autre. Dans une société qui se dit laïque, tout débat touchant à la religion est nécessairement teinté par nos préjugés. Il suscite parfois malaise et tensions.
J'ai participé à l'automne 1999 aux travaux de la Commission parlementaire sur la place de la religion à l'école. Le moins que l'on puisse dire c'est que sur l'ensemble des 250 mémoires présentés, et exception faite du thème de la déconfessionnalisation des structures scolaires, il était difficile de dégager des consensus sur des stratégies d'intervention communes. [...] Force est de constater que nous souffrons d'un déficit de connaissances qui ne facilite pas le rapprochement entre les communautés. [...] Les lieux de réflexion demeurent une «affaire de famille» et de quelques spécialistes.
Dans la vraie vie, dans la vie de nos enseignantes et nos enseignants, dans la vie de notre personnel soignant dans les hôpitaux et les centres d'hébergement, dans la vie de nos gestionnaires publics et privés, dans tous les secteurs des services aux citoyens, nous sommes constamment appelés à côtoyer la diversité culturelle et religieuse. Pourtant, on ne peut pas dire que les milieux institutionnels soient réellement équipés pour gérer cette diversité, et ce n'est pas nécessairement par manque de volonté mais par manque de ressources et d'outils pédagogiques adéquats.
Ceci est particulièrement vrai dans le cas de la diversité religieuse qui, en plus de nous exposer à des chocs culturels, nous confronte avec des conflits de valeurs qui nous impliquent émotionnellement et collectivement. Dans certains cas, cela donne lieu à des confrontations qui débordent sur la place publique. Il arrive aussi que ces conflits de valeurs donnent lieu à des appels aux tribunaux et font les manchettes des médias qui viennent chercher le meilleur et le pire en nous. [...]
Certes, nous avons au Québec et au Canada des chartes et des commissions des droits de la personne qui font l'envie du monde, mais cette culture juridique n'est pas encore rendue au niveau de la société, faute d'éducation aux droits dans nos écoles et dans nos institutions publiques.
Par ailleurs, l'approche purement juridique ne suffit pas à elle seule à colmater les fractures psychologiques creusées par ce genre d'incidents. [...] Un malaise subsiste, celui d'un bon nombre d'intervenants ou de simples citoyens qui se demandent «pourquoi devons-nous, comme majorité, effacer les symboles de notre propre religion des espaces publics, quand on nous exige de faire de la place aux autres religions ?».
Les tribunaux, dans leur grande sagesse, ont trouvé la solution de l'«accommodement raisonnable». Mais le sentiment d'insécurité, de deuil et de dépossession demeure. Il faut donc travailler sur le plan affectif et symbolique pour éviter que le sentiment d'aliénation et de frustration ne se transforme en réaction de rejet des autres religions. Cela démontre également l'importance d'avoir des lieux et des mécanismes de médiation et de dialogue afin de pousser un peu plus loin les frontières de l'ignorance et de l'indifférence, et faire du Québec un exemple d'harmonie et une inspiration pour toutes les sociétés en mal de gestion de leur diversité.
J'ai eu la chance de vivre durant mon enfance et ma jeunesse au Maroc, un pays ouvert et tolérant. Mes célébrations religieuses, je les partageais avec des amies juives et chrétiennes qui attendaient leurs cadeaux avec impatience, tout comme j'attendais les miens à Noël et au jour de l'An. Je réalise aujourd'hui que plus que tout enseignement que j'aurai eu du primaire jusqu'à l'université, plus que tout ouvrage que j'aurai lu, plus que tout documentaire que j'aurai vu, c'est par le contact direct avec la diversité religieuse que j'ai appris à connaître, à respecter et à apprécier le patrimoine religieux de l'humanité et en faire mien.
Si dans ma vie personnelle et dans mon travail de députée, je suis aussi à l'aise dans une église que dans une synagogue, une mosquée, un temple bouddhiste, hindou ou sikh, si je prends plaisir à «donner le bain à Bouddha», à procéder à l'inauguration d'une pagode vietnamienne de Montréal, à fêter le diwali et le Holi, et à prendre part à différentes célébrations autochtones, c'est parce que j'ai été exposée très tôt à cette richesse inestimable que nous offrent les différentes traditions religieuses et spirituelles. [...]
Pourquoi, dans une société multiconfessionnelle comme la nôtre, les temples qui sont des lieux de prière et de recueillement n'ouvriraient-ils pas leurs portes pour les autres traditions religieuses, afin de les accueillir et dialoguer avec elles. Pourquoi les églises et les lieux de culte ne serviraient-ils pas de lieux de sensibilisation, d'interprétation et d'information sur notre patrimoine religieux ? Il ne s'agit pas ici de faire de l'endoctrinement ou du prosélytisme, mais de faire connaître des pans de notre histoire, de notre culture et de notre patrimoine commun.
Montréal est une métropole cosmopolite qui abrite pratiquement toutes les traditions religieuses du monde, en plus des spiritualités autochtones. C'est là un capital patrimonial considérable qu'il faut mettre au service du rapprochement interculturel et de l'harmonie sociale.
[...] Pour plusieurs groupes minoritaires et pour un large segment des Québécois francophones, la religion est plus qu'une tradition en perte de vitesse, c'est aussi une composante de l'identité. [...] D'où l'importance de regarder le phénomène religieux dans une perspective plus globale, celle de la relation de l'individu avec la religion. Ce rapport peut se traduire par une pratique régulière, sélective ou simplement festive ou par un sentiment d'appartenance sans aucun lien avec l'institution religieuse comme telle.
Plaider pour l'ouverture aux religions et aux traditions spirituelles commande aussi que l'on exerce la plus grande vigilance à l'égard de l'utilisation des religions à des fins idéologiques et politiques. La violence, le fanatisme et la discrimination ne peuvent être tolérées sous quelque prétexte que ce soit et encore moins être légitimées par des textes sacrés. Notre défi comme société démocratique et pluraliste est de protéger et faire respecter les droits individuels contre tout arbitraire politique ou religieux. [...]
Nous avons le devoir, comme citoyens et comme démocrates, de ne pas baisser les bras face aux manifestations de haine et d'intolérance, d'où l'importance de débattre des phénomènes religieux avec toute l'ouverture d'esprit que ce genre de réflexion commande, car dans ce domaine, comme dans celui de la gestion de la diversité culturelle en général, il n' y a pas de modèle unique, ni de solution parfaite. Nous taillons presque dans le vif, tout en étant conscients que le plus grand défi de l'humanité est le changement des mentalités.
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Hubert Aquin, best-seller au Canada anglais!
Robert Richard
LE DEVOIR lundi 9 juin 2003
Littérature - Hubert Aquin est un best-seller au Canada anglais. On s'en réjouit, on bat des mains -- à la une du Devoir, à l'émission de Marie-France Bazzo et jusque dans nos humbles chaumières de littéraires. Ne boudons pas ce petit plaisir, même s'il est passager. Car bien sûr, étant médiatique, ce succès durera le temps des roses. Grâce à cette impulsion donnée par l'émission de la CBC, Canada Reads, nos amis canadiens-anglais achètent en grand nombre ces jours-ci le roman primé, Prochain épisode, qui est de 1965. La plupart de ces lecteurs en liront trois pages, ils n'y verront que du bleu et laisseront tomber -- jusqu'à la prochaine montée d'émotion collective de Canada Reads, qui portera sur une autre coqueluche de l'heure, qu'on oubliera tout aussi vite, et ainsi de suite.
Ah ! que tout cela est superficiel et tellement fugace ! Entendons-nous, les Québécois ne feraient pas de meilleurs lecteurs en l'occasion. Un professeur d'université d'ici, pourtant féru d'Aquin, me confiait qu'elle n'enseigne plus cet écrivain car les étudiants trouvent cette littérature aquinienne vraiment, mais vraiment, trop difficile. Il semble que, dans une société -- la nôtre, en tout cas --, plus le taux d'alphabétisation frôle les 100 %, moins on sait lire. Mystère !
Effectivement, qu'avons-nous compris d'Hubert Aquin, au Québec ? Peu de choses. Voici trois éléments sur lesquels nous continuons de buter et de trébucher, au Québec, en lisant Aquin : le pays, la religion, l'histoire.
Un Québec altériphore
Nous avons tenu pour acquis qu'Hubert Aquin partageait avec ses contemporains felquistes et autres une même notion du pays indépendant à venir. Cela est faux. Les indépendantistes des années 1960 pensaient en termes d'identité collective. Un Québec indépendant devait, dans ces circonstances, être le reflet d'un «nous collectif». Les autonomistes d'aujourd'hui (il en reste trois ou quatre) voient les choses encore ainsi d'ailleurs.
Chez Aquin, cela se pense et se passe autrement : le pays à venir doit plutôt être le reflet de l'autre. Plus exactement, le Québec doit devenir altériphore, c'est-à-dire puissance infinie d'altérité. Nous devons, tous ensemble, devenir autres. Ainsi, au lieu de se replier sur le nombril national, le texte d'Aquin est-il ouvert sur l'extérieur, sur le «grand large». D'où le refus, chez Aquin, de toute forme d'identité figée.
L'intertexte biblique
Dans l'introduction à l'édition critique du Journal 1948-1971 d'Hubert Aquin, Bernard Beugnot parle de «l'amuïssement ou le reflux de l'intertexte religieux qui était dominant dans Les Rédempteurs ou l'Invention de la mort [romans de jeunesse d'Aquin]». Or, cela aussi est faux. S'il y a amuïssement de quelque chose chez Aquin, c'est de l'intertexte autonomiste. L'indépendance du Québec est un motif très présent dans les deux premiers romans d'Aquin (Prochain épisode, Trou de mémoire, 1968), mais ce motif disparaît presque totalement dans les deux derniers romans (L'Antiphonaire, 1969, et Neige noire, 1974).
Ce qui, en revanche, acquiert plus d'importance, c'est l'intertexte biblique. Par exemple, Neige noire (1974) se termine sur un dialogue extatique entre deux femmes qui se livrent à un rapport lesbien et où il est question, pendant cinq ou six pages, du «Verbe [qui] entre en moi», et de la vie dans «le Christ de la Révélation», etc. Plus on avance dans les romans d'Aquin, plus l'intertexte autonomiste se trouve absorbé par l'intertexte biblique ou catholique. Si bien que, à la fin, c'est ce deuxième intertexte qui fournit au premier intertexte tout son sens -- et par la même occasion une portée universelle que le projet autonomiste n'aurait pas eu autrement.
Ainsi, dans les derniers romans d'Aquin, le pays indépendant dont on rêve tant ne s'exprime plus dans les termes propres à la décolonisation des années 1960. Il s'exprime plutôt en des termes relevant du corps mystique du Christ. «Enfuyons-nous vers notre seule patrie [...] que l'on n'atteint [...] qu'en perdant toute identité» -- c'est ce qu'on peut lire au tout dernier paragraphe de Neige noire.
Avouons que tout cela est plutôt capiteux -- et un peu gênant aussi pour nos modernes et laïcs défenseurs de l'indépendance du Québec...
Unifier l'histoire
Enfin, l'oeuvre d'Aquin unifie l'histoire du peuple québécois. Comme le disait Jean-Louis Major, dans une conférence prononcée à Harvard, en 1999, la modernité n'a jamais réussi à s'implanter pour de bon au Québec. Elle s'est contentée de nous rendre visite, de temps à autre. Par exemple, les patriotes de 1837-1838 se sont battus pour des idées républicaines; la revue Le Nigog, de 1918, s'est battue, elle, pour l'autonomie de l'art; le roman La Scouine d'Albert Laberge, également de 1918, a fait la critique acerbe de l'idéologie «terroiriste» québécois, etc.
Chaque fois, ces flammes se sont éteintes, et ce fut le retour de ce motif de fond qu'on a fini par appeler la Grande Noirceur. Si bien que l'histoire du peuple québécois aura oscillé, pendant un peu plus de 200 ans (depuis que l'imprimeur Fleury Mesplet publiait du Voltaire à Montréal, dans les années 1780), entre les pôles opposés de la modernité et de l'anti-modernité.
Or Aquin fera cette chose quelque peu étonnante d'unifier ces deux pôles opposés de notre histoire. D'une part, les romans d'Hubert Aquin incarnent la modernité, voire la post-modernité en littérature. Ses romans regorgent de sexe, de violence et de propos blasphématoires («Tabernacle fourré de pus !», peut-on lire, entre autres blasphèmes, dans Trou de mémoire). Il y a donc là une preuve de laïcité et de modernité par le «sacre». D'autre part, ses romans utilisent, en la recyclant, la vieille rhétorique catholique -- quel paradoxe ! -- pour exprimer l'avenir politique du peuple québécois.
Hegel parlerait peut-être d'Aufhebung, ici, qui est l'acte de concilier des oppositions non pas en les supprimant, mais en les intégrant/dépassant. C'est peut-être ça, le «prochain épisode» -- et donc le dépassement -- dont rêvait Hubert Aquin pour le Québec. Dans un tel «épisode à venir», il nous faudrait donc emporter notre histoire, toute notre histoire, dans un cheminement conduisant vers des horizons toujours autres.
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Réforme du mode de scrutin
Les gouvernements ont rarement des mandats clairs
André Larocque Professeur associé à l'ENAP, sous-ministre à la réforme des institutions démocratiques, 1977-85, 2002-03
LE DEVOIR lundi 9 juin 2003
Il ne manque pas de raisons pour abandonner notre présent système électoral, le scrutin «majoritaire» uninominal. Mais il y en a une qu'on néglige généralement et qui est pourtant fondamentale: retrouver le sens même de notre histoire.
Trop souvent les analyses superficielles de nos médias -- et même de nos milieux académiques ! -- s'attardent à tirer des leçons historiques à partir de la distribution faussée des sièges que produit le scrutin majoritaire au lieu d'examiner la portée du vote populaire exprimée. On a toujours l'impression de gouvernements solidement installés sur des mandats clairs alors que c'est rarement vrai. En voici deux grands exemples, puis quelques réflexions sur l'élection du 14 avril 2003.
On a beaucoup dit chez nous, et pendant longtemps, que les Québécois avaient certaines difficultés avec la démocratie à cause d'une propension innée pour les leaders autoritaires, modèle Maurice Duplessis. Pierre Elliot Trudeau et les gens de «Cité libre» de son temps étaient de fervents défenseurs de cette approche. Or, ce n'est pas le peuple qui a élu Duplessis en 1944 mais bien le système électoral. Le peuple a donné à peine 35,8 % de son vote à l'Union nationale (UN). Il a accordé 39,5 % à Adélard Godbout, que l'histoire a pourtant stigmatisé comme rejeté par le peuple. On a même dit de Godbout qu'il avait commis une erreur stratégique en accordant le vote aux femmes ce qui avait hâté sa chute; ce n'est pas ce qu'indiquent les résultats électoraux.
Le mode de scrutin s'est chargé d'accorder 52,7 % des sièges à l'UN et 40,7 % au PLQ. À partir de là, Maurice Duplessis, supposément adulé par un peuple, n'a eu qu'à conserver le système électoral bien axé sur le milieu rural alors que le Québec, à la suite de la guerre 39-45, s'urbanisait massivement. Mais même là, de toute sa carrière politique, Maurice Duplessis n'est jamais arrivé à remporter une seule fois la majorité populaire : 38,3 % en 1948; 45,8 % en 1952; 45,5 % en 1956. (Au niveau fédéral, on recourt au même système électoral, avec les mêmes résultats. Ainsi ce sont les médias qui ont créé la «trudeaumanie» alors que Pierre Elliott Trudeau n'a même jamais approché une majorité populaire tandis que Brian Mulroney, ce supposé mal aimé, l'a obtenue en 1984.)
Distribution des sièges
On a aussi beaucoup dit chez nous que le peuple possède un seuil de tolérance à la réforme : «Voyez ce qui est arrivé à Jean Lesage en 1966 : trop de réformes a hâté sa chute...» Or Jean Lesage n'a pas été battu par le peuple mais par le mode de scrutin. La victoire est allée à l'Union nationale avec 40,8 % du vote populaire et il n'y a pas eu affluence populaire vers le parti de Daniel Johnson (père) : au contraire, il reculait sur son score de 1962 qui était de 42,1 %. Le parti de Jean Lesage était aussi en recul, passant de 56,4 % en 1962 (l'élection de la nationalisation de l'électricité) à 47,3 % en 1966, pourtant bien devant l'Union nationale. Mais où était donc passé le vote perdu par les deux principaux partis ? Au Rassemblement pour l'indépendance nationale. Or le vote du R.I.N. représentait tout sauf une exigence de ralentir les réformes politiques. Le vote populaire à l'élection de 1966 allait bien plus vers une accélération des réformes que leur ralentissement.
C'est en s'arrêtant à la distribution des sièges que produit le mode de scrutin plutôt qu'au vote populaire, qu'on s'est attribué comme peuple un penchant pour l'autoritarisme et le conservatisme. Il n'y a que l'expérience référendaire qui nous ramène sur le vrai terrain. Ainsi, en 1995, le camp du OUI a remporté 49,4 % des votes et celui du NON 50,6 %. Voilà enfin qu'on reconnaît un vote populaire. Bien peu, Dieu merci !, ont retenu que le référendum, s'étant déroulé dans le cadre de l'application de notre système électoral actuel, avait pourtant donné 80 circonscriptions au OUI et 45 au NON. Si on avait «lu» les résultats de 1995 comme on lit ceux des élections, on aurait dû conclure que la victoire du OUI était énorme, presque du deux contre un !
Volonté populaire
C'est pourtant ainsi qu'on interprète chaque élection sans exception et que le «si la tendance se maintient» de Bernard Derome passe totalement à côté du fondement même d'une élection, l'expression de la volonté populaire. C'est ce qu'on fait encore aujourd'hui à la suite de l'élection du 14 avril 2003. On dira que Jean Charest, à force de travail, a finalement réussi à être accepté dans le coeur de l'électorat francophone. Son parti a pourtant reculé dans le vote populaire, il a lui-même reculé dans le pourcentage de vote obtenu dans la circonscription de Sherbrooke, et le taux de participation générale est au plus bas depuis 1927.
On se félicitera que le Parti québécois s'en tire avec un glorieux 45 sièges pour 33,2 % du vote (la troisième plus faible performance de son histoire) alors qu'un score semblable de 30,2 % en 1973 lui avait valu six sièges ! On a déjà commencé à dire que l'Action démocratique du Québec (ADQ) est condamnée à la marginalité alors qu'il a obtenu près d'un vote sur cinq (tout près d'un vote francophone sur quatre) et que, dans le cadre d'une proportionnelle, ce parti aurait obtenu au moins un député dans 14 des 17 régions du Québec, pour un total de 18. (Au fait Mario Dumont a demandé aux Québécois qu'ils lui donnent la balance du pouvoir : c'est ce qu'ils ont fait; c'est notre mode de scrutin qui l'en a privé). Face à l'ADQ qu'on dit marginale avec ses 700 000 supporters, on continuera à dire que l'Union des forces progressistes, avec ses 40 000 votes (1,06 %) ouvre le chemin de l'avenir ! Ironie totale, les sept circonscriptions du centre-sud de Montréal qui devraient constituer le bastion de la gauche ont accordé 10 690 votes à l'UFP et... 23 139 à l'ADQ !
Il serait intéressant de reconstituer l'histoire électorale du Québec à partir de la volonté populaire exprimée au lieu de partir des sièges gagnés. Mais cela n'aurait pas de sens puisque chaque élection, avec ses faux résultats, influence justement l'élection suivante si bien que la volonté populaire est chaque fois un coup d'épée dans l'eau. Par contre, on pourrait commencer à le faire pour l'avenir. Il suffit de faire comme pour le référendum de 1995 : dégager le résultat à partir du vote populaire. Or un référendum, cela se gagne à la proportionnelle. Quand on entreprendra la réforme du mode de scrutin, peut-être pourrait-on donner priorité à la vraie priorité : la volonté du peuple. Ce faisant, non seulement on restituera au peuple son droit politique fondamental, mais on lui permettra de commencer à écrire lui-même son histoire politique.
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When ritual soothes
LYSIANE GAGNON
G&M Monday, June 9, 2003
At first glance, it's a paradox. According to the 2001 census, Quebeckers should be the most religious people in Canada, since 83.2 per cent identify themselves as Roman Catholics.
Moreover, no more than one Quebecker in 18 is "without religion"; the rate for all of Canada is three times that. Only Newfoundland and Labrador, the only other predominantly Catholic province, has a smaller percentage of people who define themselves as non-religious.
Yet, on most days, the churches that dominate Quebec's landscape are empty.
While 32 per cent of Canadians have attended at least one religious service a month between 1999 and 2001, only 25 per cent of Quebeckers have done so. And Quebec is the province where the drop in religious practice has been the sharpest -- a 13-per-cent decline between 1989 and 2001. In other words, Quebec is a province of Catholics who won't set foot in a church, except for the occasional wedding or funeral.
Before searching for an explanation, note that the census didn't ask about personal beliefs but rather about which religion the respondent "belongs" to. So the contradiction is not as strong as it seems, since one can have a sense of belonging to the Catholic Church without believing in what it stands for.
This is not unlike non-religious or atheistic Jews who still consider themselves Jewish. Being Jewish is more than a religion; it is a history and a culture.
So it is, on a more modest scale, with Catholicism in Quebec. Religion weighed so heavily on Quebec's history and left such deep cultural marks that it's quite normal that most French Canadians spontaneously identify themselves as Catholics even though they do many things the church forbids.
They don't attend Sunday mass or receive the compulsory sacraments. As for contraception, abortion, divorce and homosexuality -- behaviours repeatedly condemned by the Pope -- all surveys show that Quebec is the most tolerant province on these issues; it actually was at the forefront of the fight for abortion and it holds the Canadian record for the number of divorces.
I see no contradiction between this rejection of the precepts and the rituals, and the sense of belonging to the Catholic Church. Like other French Canadians over 20, I've been baptized -- which technically makes me a Catholic. And even though I come from a non-religious family, Catholicism is part of my culture.
My father was fiercely anticlerical. He wouldn't even attend the Easter mass -- a cardinal sin. My mother would go through the motions (she felt obliged to offer her children a countermodel), but she stopped going to church as soon as her youngest child declared herself a non-believer.
Still, both my parents had Catholic funerals. And so will I. Leaving this world as a non-identified object would be unthinkable. Death is too important to be marked by those trivial "lay ceremonies" where people tearfully babble about the deceased before rushing to the buffet. The solemn and beautiful rituals of the old, established religions are the most dignified surroundings for the cruel absurdity of death, even for those who can't find answers or lasting solace in religion.
For similar reasons, many non-religious young people marry in a church. They want a ceremony, something more romantic and memorable than a quick stop at the courthouse. And where else could you find a more ceremonial setting than in a historical Catholic church?
lgagnon@lapresse.ca
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Birth of a new ethnicity The Canadian identity has undergone a remarkable transformation in the past half a century, says MATTHEW MENDELSOHN
MATTHEW MENDELSOHN
G&M Monday, June 9, 2003
Social change is sometimes difficult to see. It's like looking at yourself in the mirror every day and not noticing that you're aging. Once in a while, it's useful to pull out the high school yearbook and take note of the transformation.
The survey we conducted for The Globe and Mail's New Canada series asked people what makes them proud of Canada. Over all, things such as the beauty of the land, the country's high ranking by the United Nations and our role in peacekeeping came out at the top of the list. Among young Canadians, those in their 20s, other factors made them proud: multiculturalism, the Charter of Rights and Freedoms, bilingualism, having people from different cultural backgrounds living in peace.
Perhaps it is not surprising that these are sources of pride. After all, these are elements of the new Canadian mythology, one created in the period between the late 1960s and the early 1980s -- the only Canada that young people have known and one quite different from that of their grandparents.
Take immigration: In 1946, almost half of all Canadians (46 per cent) said that our immigration policy should ensure that Jews do not come to Canada. In 1961, 40 per cent of Canadians said that we should prevent the immigration of non-whites. Today, almost no one holds such views.
Although many of us still consider our ethnic background important to us, virtually no one under the age of 30 thinks that a similar ethnic background is important when choosing a spouse or friends. As the articles in Saturday's Globe and Mail show, Canadians date, marry, work and hang out with people from all kinds of different backgrounds. For most Canadians, their ethnicity is a mark of personal identity, but in no way grounds for exclusion.
Compare that to other countries. In the United States, about one in three Americans says blacks and whites should not marry each other. In Canada, fewer than one in 10 hold that belief, and almost no one under 30 does. Surveys in France, Britain, Italy and other countries indicate that between 30 per cent and 50 per cent of people say that relations between different ethnic and racial groups are a big problem. In Canada, only 12 per cent of us think so.
The introduction of the Charter of Rights and Freedoms was explicitly designed to unite all citizens in a pan-Canadian community, and it worked. At least outside Quebec, the result has been the emergence over the past 20 years of a new ethnicity -- simply Canadian.
As more young people consider themselves ethnically fractioned -- a quarter this and half that -- fewer will have a stronger connection to an ethnic group than to other Canadians. In the 2001 census, when asked about the ethnic origins of ancestors, fully 39 per cent of us said "just Canadian." This grows higher every year. The very term "ethnicity" is awkward, but it fits: We are creating a new multiracial, multicultural boundary-free ethnic group called Canadian.
That's the good news: Canada integrates immigrants better than any other country in the world today. You might think we would rejoice in this, but instead some among us still choose to worry about multiculturalism, about "ethnic ghettos," and about whether immigrants retain too much attachment to their country of origin. Some -- the Fraser Institute in its recent report Canada's Immigration Policy: The Need For Major Reform, for example -- search for an anti-immigrant backlash that never materializes. They refuse to acknowledge the reality of the country: People from different backgrounds are getting along better every year, not worse. While some remain uncomfortable with the changing face of Canada, and project their own insecurities onto the country, young Canadians are simply not concerned.
Indeed, among young Canadians and in large urban centres, where there is the most contact between different groups, ethnic relations are even better. In fact, 81 per cent of Canadians under 30 say immigrants are having a positive effect on our country, which is a significantly higher number than found among older Canadians, and significantly higher than young people in other countries.
What is equally comforting is that immigrants take pride in Canada for the same reasons as non-immigrant Canadians, and relatively quickly come to share the same values. Our survey showed that within a generation, children of immigrants have virtually identical values as other young Canadians.
Although Canadians' attitudes toward diversity have changed, that does not mean that we live in a colour-blind society. In particular, new immigrants are not doing as well economically as they used to. In 1980, after being in Canada for 10 years, immigrants were earning as much as native-born Canadians. Today, those who have been here 10 years earn only about 83 per cent as much as native-born Canadians. This is even more disturbing because immigrants to Canada tend to be highly educated and their lower earning power cannot be explained by their lack of training. In our survey, 61 per cent of Canadians agreed that success depends more on who you know than on how hard you work. This sense that many opportunities may be closed to new immigrants is a potential source of tension in the New Canada.
There is another concern. One of the most important changes in Canada over the past decade has been Canadians' embrace of trade and globalization. Canadians are more engaged with the world than ever before, more prepared to work abroad, and see this international engagement as key to Canadian prosperity. Internationalism has now been incorporated into Canadians' identity. Consistent with our multicultural nature, Canadians believe we have a moral obligation to other countries, we would like to encourage the adoption of Canadian values abroad and we believe these can be furthered by trade and engagement with the world.
Holding these beliefs, however, does not mean that we always practise them. One of the most disturbing features of the New Canada is a symbol-reality gap of enormous proportions. Canadians talk about humanitarian internationalism and it has become an important part of our identity, but we don't actually do that much of it anymore.
When your kids get hold of the old yearbook, they no doubt laugh at your funny hair and strange clothes. In much the same way, the beliefs of Old Canada are equally anachronistic. It is not so long ago in Canada that aboriginals on reserves couldn't vote, non-whites could not immigrate and there were quotas to make sure there weren't too many Jews at Canadian universities. Today, such ideas would be from Neptune. The New Canada survey allows us to peer into the future and see which of the ideas we hold today will be as strange to our children as witch burning is to us today. We see that what today appear to be hot-button issues, such as same-sex marriage, are in fact the dying gasp of the old Canada raging at the new.
The New Canada is the Canada that we hoped to create in the 1970s. The values in the Charter of 1982 may not have reflected who we were as a country then, but it is those values that have created who we are as a country today. That is exactly what we'd hoped for.
Matthew Mendelsohn, director of the Canadian Opinion Research Archive and associate professor in the political studies department at Queen's University, was a consultant on the CRIC/Globe Survey on the New Canada.
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Armes de destruction massive en Irak : Powell et Rice rejettent toute idée de manipulation
Reuters - LE DEVOIR lundi 9 juin 2003
Washington - Colin Powell et Condoleezza Rice ont vertement répliqué hier aux accusations de manipulation visant Washington et Londres à propos de la présence d'armes de destruction massive en Irak.
Le secrétaire d'État américain et la conseillère à la sécurité nationale du président George W. Bush sont montés au créneau sur CNN et ABC, Powell dénonçant des allégations «scandaleuses», Rice fustigeant même les tenants d'une «histoire révisionniste».
Deux mois après la chute du président Saddam Hussein, et en l'absence de toute découverte d'arme prohibée qui avait pourtant été l'argument officiel justifiant l'intervention militaire en Irak, de nombreux responsables américains ou britanniques mettent en cause l'attitude de leur gouvernement, qu'ils accusent d'avoir exagéré voire créé de toutes pièces des éléments de preuve fournis par leurs services de renseignement. Mais pour Colin Powell comme pour Condoleezza Rice, il y avait un large consensus au sein des agences d'espionnage sur la présence en Irak d'armes de destruction massive. «Nous n'avons aucun doute sur le fait que, dans les dernières années, ils [les Irakiens] ont conservé de telles armes ou conservé les capacités d'entreprendre la production de telles armes», a déclaré Colin Powell.
«Nous savons aussi qu'ils sont des maîtres en matière de duplicité et de dissimulation. Une certaine patience est nécessaire», a ajouté le chef de la diplomatie américaine.
Les dénonciateurs d'une manipulation au plus haut niveau évoquent notamment un rapport de la Defense Intelligence Agency, les services de renseignement militaires américains, en date de septembre 2002 où il était écrit que l'agence ne disposait pas de suffisamment «d'informations fiables» sur le potentiel chimique présumé de l'Irak.
Powell et Rice ont répondu que la phrase avait été sortie de son contexte. Une phrase «parle de l'absence de preuve d'installations et de stockage actuellement. La phrase suivante dit qu'il y a des informations selon lesquelles les armes ont été disséminées en unités», a déclaré Powell. Rice a déclaré que les estimations des services de renseignement en octobre dernier -- signées par la DIA -- évaluaient à entre 100 et 500 tonnes la quantité d'agents chimiques probable en Irak.
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Mince risque de virage à droite en épingle croit le sénateur libéral Jean-Claude Rivest
Mario Cloutier
La PRESSE 7 juin 2003
QUÉBEC - Adéquiste, Jean Charest ? Néolibéral ? Suppôt de Mike Harris ? Rien de tout cela ne guette le Québec avec le grand ménage libéral, pense le sénateur Jean-Claude Rivest. Les risques de virage trop raide à droite sont minces, selon lui, en raison d'une équipe qui fait penser à celles des René Lévesque et Jean Lesage.
Les acteurs de la Révolution tranquille, les Lévesque et Lesage, mais aussi Claude Morin et Jacques Parizeau, trouvent leur équivalent aujourd'hui, pense celui qui fut longtemps conseiller de Robert Bourassa.
«Ils ont une conscience, une culture de fonction publique, explique M. Rivest. C'est un peu comme le PQ des Morin et Parizeau. Ce ne sont pas des verts comme Gobeil et McDonald qui arrivaient du secteur privé et qui voulaient mener ça comme un dépanneur. Gobeil a vite compris que les étagères revenaient plus vite sur le nez que dans un magasin.
Ce n'est donc pas l'État Provigo et les hommes d'affaires de Robert Bourassa deuxième époque que Jean Charest propose aux Québécois pour sa « réingénierie », pense aussi le politicologue de l'ENAP, Christian Dufour.
« Bourassa, quand il est revenu au pouvoir en 1985 avec Gobeil, avait eu une amorce de changement important, mais il avait retraité. Ce n'est pas vrai que le PLQ n'est plus un parti social-démocrate. Historiquement, ce l'est toujours», estime M. Dufour.
Jean-Claude Rivest ajoute que la tradition libérale est respectée et Claude Ryan reste dans les parages pour la rappeler. il pense même que les compressions budgétaires prévues, que ces gels seront «printaniers».
«La facilité c'est de décrire ça comme la révolution du bon sens de Harris», dit-il. II n'y a pas de danger de dérive. La ligne du discours est claire, c'est l'éducation et la santé. Le moyen: les structures gouvernementales. L'objectif manifeste, la finalité, c'est la réduction d'impôts.
Mais pourquoi cette réaction si négative au centre et à gauche du spectre politique québécois devant le discours inaugural de Jean Charest ?
«Il y a une vision, un changement de cap, ce n'est pas étonnant qu'il y ait des réactions très négatives de tous ceux qui sont plus attachés à une certaine idée du modèle québécois, pense Christian Dufour. L'influence de l'ADQ est évidente. L'ADQ a accrédité que des changements importants étaient nécessaires. »
Le politologue de l'Université Laval et président de l'ADQ, Guy Laforest, souligne que le discours de Jean Charest se rapproche de celui de l'ADQ seulement à moitié. Le gouvernement libéral reprend les valeurs adéquistes de libertés individuelles et de responsabilisation du citoyen et l'idée de cure minceur de l'État. Côté jardin, toutefois, que ce soit pour les questions identitaires et autonomistes, Jean Charest, se démarque de Mario Dumont, selon lui.
«Ils sont très à la remorque de la bonne volonté de l'interlocuteur fédéral, dit le politicologue. Nous, un a quand même l'idée d'une Charte du Québec et de Constitution interne, C'est notre manière de nous donner un rapport de force avec le Canada.»
N'empêche qu'au Québec, ajoute Jean-Claude Rivest, le gouvernement Charest risque de déranger les habitudes prises sous la houlette péquiste. II pense qu'il faut s'attendre à «moins de beaux cousensusx où tout le monde est d'accord. Je pense bien que le gouvernement va gouverner. Ça va ranimer la baraque.»
Le modèle québécois est arrivé en bout de route, convient Christian Dufour, mais les Québécois ne veulent pas d'un gouvernement
comme dans l'Ouest. Jean Charest devra bien jauger l'électorat, prévient-il. II sera très difficile d'aller loin à droite puisque la population est conservatrice - dans le sens qu'elle craint les changements radicaux - et vieillissante.
Et l'ADQ ?
Quelle place reste-t-il pour l'ADQ dans ce paysage politique modifié? Si Jean Charest échoue, Jean-Claude Rivent ne donne pas cher de la peau de Mario Dumont.
« Si le gouvernement manque son pari, soutient-il, le swing de la prochaine élection ne sera pas plus à droite. Les gens diront qu'ils sont allés trop loin et qu'il faut revenir vers le centre gauche et le PQ.»
Par contre, si les libéraux mettent de l'avant la plupart de leurs engagements avec succès, la période de vulnérabilité de l'ADQ pourrait cesser avec l'instauration d'une forme de scrutin proportionnel au Québec.
«La proportionnelle va suspendre l'alternance au Québec, pense Christian Dufour. Pour les libéraux, c'est le jackpot. Ils vont valoriser leur clientèle et fragmenter l'opposition. Cela va affecter plus le PQ, poussé â la marge. On va se retrouver avec un parti naturel de gouvernement, le PLQ, moins idéologue, puis il y aura peut-être un parti vert et un autre indépendantiste.
Dans ce contexte, ajoute-t-il, l'ADQ devrait résolument reprendre son discours nationaliste.
« Mario Dumont n'est plus perçu comme leader nationaliste et il a perdu un peu de son territoire de droite. Mais je n'enterrerais pas l'ADQ trop vite parce qu'il peut retrouver son capital nationaliste», déclare le politicologue de l'ENAP.
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