Actualité


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L’affaire Berlusconi
et le sens de l’honneur chez les peuples libres

Guy Bouthillier
TRIBUNE LIBRE 10.7.2003

Bien fait pour Berlusconi! Il a eu ce qu’il méritait. La réprobation est générale, presque universelle. Jusques et y compris dans nos quotidiens, sous la plume de nos éditorialistes ou le crayon de nos caricaturistes. La pire injure qui soit, c’est traiter quelqu’un de nazi. Cela ne se fait pas, même sur le mode allusif. Et quand cela se produit, les chancelleries s’en émeuvent, les chefs de gouvernement interviennent, demandent des explications, exigent des excuses. Oui, bien fait pour Berlusconi!

Et ce qui lui arrive aujourd’hui est arrivé à bien d’autres avant lui. Qu’on se rappelle cette députée libérale à Queen’s Park, ou encore cet autre député ontarien à Ottawa, qui ont dû présenter leurs excuses à leurs adversaires pour avoir osé puiser dans les souvenirs nazis les injures dont ils ont tenté de se servir contre eux. Oui, c’est universel. Bien fait pour eux tous!

Mais alors, expliquez-moi comment il se fait qu’ici au Québec, on a pu, impunément, à jet continu et pendant des années, évoquer le Doktor Goebbels à propos du Docteur Laurin, ou caricaturer Louise Beaudoin en louve des SS, sans que personne ne présente d’excuses ni même n’ose en demander? Expliquez-moi comment Madame Terrana, députée libérale de Vancouver à la Chambre des communes, a pu, au vu et au su de tous, assimiler Lucien Bouchard à Adolf Hitler (et le PQ au parti nazi), et que, loin de s’en étonner, son chef, M. Jean Chrétien, s’en est lavé les mains en invoquant le droit de chacun à la liberté d’expression. Expliquez-moi.

Y aurait-il une secrète et implicite hiérarchie entre les peuples ? Ceux chez qui ces choses ne se font pas, et qui ont droit à des excuses quand leurs élus et leurs dirigeants sont ainsi calomniés, et ceux qui n’y ont pas droit? Et si cette hiérarchie était fondée sur le statut politique des peuples?

La souveraineté, c’est peut-être aussi cela. Ceux qui en jouissent, exigent et obtiennent, ceux qui en sont dépourvus, se taisent et laissent passer.

L’indépendance, disait Marcel Chaput, en 1961 déjà, c’est une question de dignité. Il avait bien raison.



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Le sadisme libéral

André Pratte
La Presse jeudi 10 juillet 2003

Faut-il ou non réduire les prestations d'aide sociale des gens qui refusent de participer aux programmes d'insertion à l'emploi? Avant même de plonger dans ce difficile débat, il y a une raison simple et implacable qui rend inadmissible le resserrement de ces "mesures administratives" annoncé ces jours-ci par le gouvernement Charest: depuis deux ans, le Parti libéral a dénoncé ces pénalités sur tous les tons et sur tous les toits.

Lors de son conseil général du Mont-Tremblant, en mai 2001, le Parti libéral s'est engagé à établir un barème plancher à l'aide sociale, niveau sous lequel les prestations ne sauraient être réduites par des pénalités. Il était clair alors, comme depuis, que les libéraux n'envisageaient pas un plancher plus bas que le niveau actuel de la prestation de base, soit 523 $ pour une personne seule apte à l'emploi. "Imposer des pénalités sur un chèque mensuel de 500 $, c'est du sadisme social!" avait lancé le député de Laurier-Dorion, Christos Sirros.

Pas plus tard qu'en décembre dernier, les libéraux ont proposé un amendement en ce sens au projet de loi pour contrer la pauvreté présenté par le gouvernement Landry. Il s'agissait donc d'une position officielle du Parti libéral du Québec, d'une position de principe au même titre que celle sur la démocratie municipale. Et voici qu'à peine en poste, le ministre responsable, Claude Béchard, annonce que les pénalités sont non seulement maintenues, mais seront appliquées "avec plus de rigueur et de façon plus systématique." De plus, tout en confirmant que le gouvernement fixera bel et bien un barème plancher, M. Béchard laisse planer la possibilité que celui-ci soit placé plus bas que la prestation de base. Il y a tout de même des limites à ce qu'on peut mettre sur le dos de l'impasse budgétaire!

Les péquistes font les indignés, bien sûr, mais il y a aussi des limites à prendre les citoyens pour des valises: ces pénalités ont été introduites par le gouvernement du Parti québécois en 1998. On répète que depuis, elles ont été peu appliquées; pourtant, les chiffres du ministère de l'Emploi indiquent que près de 20 000 pénalités ont été imposées- de 75 $ ou de 150 $ par mois- au cours de la dernière année.

Ces pénalités sont-elles efficaces, ou inutilement cruelles? Au ministère, on prétend qu'elles convainquent les prestataires récalcitrants de faire un effort de plus. Les données de Québec laissent croire qu'elles ne sont imposées que pour une courte période, les prestataires se montrant rapidement plus "coopératifs". On comprend pourquoi: qui peut s'imaginer vivre avec 373 $, voire 223 $ par mois?

Cependant, à moyen terme, ces gens qu'on a "convaincus" d'accepter tel emploi ou telle formation sortiront-ils vraiment du cycle de la pauvreté? Les spécialistes en doutent.

Les lobbys favorables aux pauvres, eux, défendent une politique opposée: investissons des sommes massives dans l'aide à l'emploi, rehaussons les prestations de façon substantielle. Encore là, pourtant, rien n'indique que des politiques d'aide plus généreuses sortent les gens de l'aide sociale. En outre, on ne peut pas ne pas tenir compte des moyens à la disposition de l'État; l'assistance-emploi, à une époque où le nombre de prestataires est particulièrement bas, coûte tout de même 2,5 milliards par année.

La seule méthode éprouvée pour réduire le nombre de prestataires de la sécurité du revenu, c'est la croissance économique et la diminution du chômage qui s'ensuit. Le Parti libéral étant convaincu que ses politiques feront du Québec une société plus prospère, ne peut-il pas compter que, de ce simple fait, nombre de prestataires pourront se dénicher un emploi? Pourquoi sent-il l'urgence de renforcer des mesures que ses porte-parole dénonçaient avec la dernière énergie avant d'arriver au pouvoir?

Le resserrement du régime de pénalités à l'aide sociale est probablement inutile et contre-productif. Mais surtout, compte tenu des engagements passés, cette décision est effroyablement cynique. Pour ne pas dire... sadique.

apratte@lapresse.ca



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L'aide de l'État est nécessaire

L'entrepreneurship, seul, ne peut se substituer à l'intervention gouvernementale

Reed Scowen
La Presse jeudi 10 juillet 2003

LE NOUVEAU gouvernement libéral examine en profondeur les subventions et les crédits d'impôts destinés aux entreprises. Il existe toutefois au sein de celui-ci une certaine part de confusion quant à l'orientation à adopter. Le premier ministre souhaiterait "miser sur l'entrepreneurship plutôt que sur l'intervention de l'État" et la présidente du Conseil du trésor affirme qu'il faut mettre fin à l'aide sociale versée aux grandes entreprises. Mais M. Michel Audet, ministre du Développement économique et régional, a déclaré "qu'on ne laissera pas tomber un investissement majeur qui a besoin du soutien de l'État".

La situation est peut-être confuse, mais elle donne également l'assurance qu'une analyse en profondeur des programmes québécois d'aide aux entreprises a été amorcée. Il en existe 347 au dernier compte.

Le gouvernement découvrira rapidement que l'entrepreneurship ne peut se substituer à l'intervention gouvernementale. Les deux sont nécessaires. L'intervention de l'État existe depuis longtemps, pour d'excellentes raisons, et tous les pays du monde, toutes les provinces et tous les États américains ont mis en oeuvre une forme ou une autre de politique industrielle. Une des plus accomplie a été élaborée par un libéral, M. Gérald Tremblay, diplômé de la Harvard Business School, maintenant maire de Montréal et ancien ministre de l'Industrie et du Commerce dans le gouvernement Bourassa. Quant aux subventions et aux crédits d'impôts, il faudrait aller loin pour trouver un gouvernement qui ne les offre pas.

L'industrie de l'automobile s'est installée en Ontario et les industries de l'aérospatiale et pharmaceutiques sont au Québec parce que nos gouvernements fédéral et provinciaux, en concurrence avec d'autres gouvernements, ont réussi à obtenir leur venue en utilisant de l'argent. Le Québec se doit d'avoir une politique industrielle concurrentielle, qui offre des subventions concurrentielles. Voici quatre suggestions pour mettre en oeuvre une telle politique.

Sagesse et courage

La première exigera que le gouvernement fasse preuve de sagesse et de courage politique. Il devra choisir les secteurs de l'économie à soutenir avec les fonds publics- et ceux auxquels il devra dire "non".

Jusqu'à maintenant, le soutien des secteurs choisis a produit des résultats variés. Nous avons connu du succès dans les domaines du matériel de transport, la pharmaceutique et des industries culturelles et des ratés dans le cas de l'acier, de l'amiante, de l'épicerie, de la câblodistribution et de la construction navale, pour ne nommer que ceux-là. Nous avons soutenu les secteurs de l'aluminium, de la forêt, des mines et de l'agroalimentaire, avec des résultats incertains. Récemment, le gouvernement du Parti québécois a investi dans les industries de l'avenir, les technologies de l'information, les biotechnologies et les centres d'appels. Si les méthodes utilisées étaient douteuses, il n'est pas dit que l'objectif lui-même ait été erroné. De toutes façons les entrepreneurs québécois ont droit à un énoncé clair de la politique sectorielle du gouvernement, pour qu'ils ne perdent pas leur temps.

Devenir concurrentiel

La deuxième suggestion consiste à devenir concurrentiel dans les secteurs choisis et à le demeurer. Pour découvrir ce qu'il faut faire, posez la question aux dizaines de démarcheurs employés par le gouvernement et ses agences, qui parlent tous les jours aux investisseurs éventuels. Ils répondront que le Québec a des atouts formidables à titre d'endroit où investir. Ils décriront également les aspects non concurrentiels: les impôts, certaines questions de réglementation, la politique linguistique, les lois régissant les conventions collectives et la perception d'une certaine méfiance de tous les gouvernements du Québec à l'égard des règles du marché et de leurs conséquences. Le gouvernement devra alors apporter les changements nécessaires, exigeant encore ici qu'il fasse preuve de courage politique.

L'organisation

Il serait ensuite utile d'examiner l'ensemble des organismes et les structures mis en place pour administrer et promouvoir la politique de développement économique. Le nombre de personnes qui y participent est trop élevé. Si le ministre du Développement économique et régional fait le compte de tous ceux qui font ce genre de travail dans les ministères, dans les délégations du Québec à l'étranger, chez Investissement Québec, à Montréal international, la SGF, la Caisse de dépôt et de placement et dans certaines autres organisations, il conclura rapidement qu'il peut réduire ce nombre de moitié, entraînant une efficacité accrue. Il existe des modèles internationaux qui peuvent servir d'exemples. La très réputée agence de développement irlandaise compte environ 250 employés, dont 50 à l'étranger, et elle assure sa propre gestion immobilière. Pour sa part, l'agence "Invest in France" verse un salaire à neuf personnes.

Une distinction inutile

Enfin, le gouvernement devrait comprendre que la distinction entre entrepreneurs locaux et investisseurs "étrangers" est tout à fait inutile dans une ère de marchés mondiaux. Soixante-quinze pour cent de tous les investissements étrangers effectués au Québec proviennent d'entreprises qui y exercent déjà leurs activités. Une grande part des investissements "québécois" est réalisé à l'extérieur du Québec. Le meilleur endroit où chercher de nouveaux investissements dans l'industrie pharmaceutique est au siège social montréalais de Merck ou de Pfizer. Cela signifie qu'il devrait y avoir au moins autant de démarcheurs au Québec (et à Toronto) qu'à l'étranger.

Pour que l'entrepreneur québécois soit en mesure de relever avec succès les défis de la concurrence avec ses homologues dans le reste du monde, il faut le munir d'une politique industrielle cohérente, concurrentielle et comprise de tous.

M. Scowen a été délégué générale du Québec à New York Washington et Londres.



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Les francophones du New Hampshire

Ils ont quitté la Beauce et les Cantons de l'Est au siècle dernier pour s'établir à Manchester

Pierre Champagne
Le Soleil samedi 5 juillet 2003

Manchester, New Hampshire - Ils sont partout. Vous ne le savez pas mais c'en sont. Ils se cachent. Ils se camouflent, ils disparaissent mais ils y sont. Ce sont les francophones du New Hampshire. La plupart descendants de Québécois qui, au siècle dernier, ont quitté la Beauce et les Cantons-de-l'Est pour aller s'établir à Manchester. De là, ils ont subrepticement envahi le pays.

Ils ne viennent pas tous du Québec bien sûr, d'autres francophones sont originaires des provinces maritimes, voire des provinces de l'Ouest, mais ils sont tous Canadiens d'origine. Un Canadien, dans cet État de la Nouvelle-Angleterre, c'est nécessairement un francophone.

Ce qui surprend d'abord en pénétrant dans l'État du New Hampshire, c'est un panneau de signalisation souhaitant la bienvenue aux visiteurs dans les deux langues. Enfin, presque ! On a ajouté le mot bienvenue dans le bas du panneau. Il paraît que cette décision politique a fait des éclairs et que le mot bienvenue serait appelé à disparaître prochainement.

Ce qui surprend ensuite, c'est d'en renconter partout, des descendants de francophones, mais ils ne parlent plus le français depuis belle lurette. En ouvrant le récepteur de télévision, par exemple, vous apprendrez que le lecteur des nouvelles des sports s'appelle Steve Berthiaume. L'exécutive director au Centre franco-américain de Manchester, Yvonne Cyr Bresnaham, ne parle pas un traître mot de français, malgré le poste qu'elle occupe. Gloria Bouchard, la responsable du musée de l'American Credit (fier descendant des caisses populaires Desjardins) ne parle pas un seul mot de français elle non plus. Lory "Lily" Harnois, spécialiste en tourisme pour le Department of Ressources and Economic Development of New Hampshire a elle aussi perdu sa langue d'origine. Douglas Waite, le directeur des relations publiques pour le Mount Washington Cog Railway, ne parle pas le français non plus, même si c'est un retraité d'Hydro-Québec. Sa mère, Élisabeth Lahais, est originaire de Batiscan.

Mais Ernest Tanguay, qui travaille comme guide dans le superbe petit musée Currier de Manchester, parle encore sa langue maternelle. C'est vrai qu'il a travaillé comme boulanger puis comme laitier pendant toute sa vie avant de prendre sa retraite. Malheureusement, des francophones qui parlent encore le français, il y en a de moins en moins dans le paysage.

Encore faut-il savoir que sur les 282 chaînes de télévision que l'on peut capter à Manchester, il n'en est pas une seule qui soit francophone. Toute littérature francophone un tant soit peu contemporaine est absente des tablettes. Aucun journal francophone mis en vente dans le paysage. Ni magazine. Tout ce que vous trouverez de littérature francophone, ce sont les vieux livres poussiéreux qui dorment sur les tablettes du Centre franco-canadien depuis des décennies et qui sont aussi inutiles qu'inintéressants à lire. Ni Paris-Match, ni L'actualité, ni rien. Un poste de radio communautaire peut-être ? Cherchez-le !

Pourtant, dans le bottin téléphonique de Manchester, nous avons dénombré 58 inscriptions de Cham pagne, 105 Tremblay, 151 Demers, 22 Duquet et puisque l'on est dans les "Du" il y a aussi des Durant(d), des Dupuis, des Dupré, des Dupont(d), des Duport, des Duplessis, des Dumont, des Dumas, des Dumais, des Dulude, des Dulac, des Duhamel, des Duguay, des Dugal, des Dugrenier, des Dufour, des Ducharme, des Dubec, des Dubreuil et des Dubois, comme le groom qui nous accueillait si bien à notre arrivée au Mountain View Grand Resort & Spa. Au moins, lui, il avait su conserver un minimum de vocabulaire francophone.

Il paraît qu'à Manchester, près de 40 % de la population de la ville était francophone au début du XXe siècle. Combien sont-ils maintenant à parler encore le français ? Personne n'ose le dire. Sûrement moins de 10 %. Une histoire bien regrettable.

Musées

Mais si vous passez par Manchester, et croyez-moi, ça en vaut la peine, vous avez trois beaux musées à visiter. Celui de la "shop" qui raconte toute l'histoire des francophones qui se sont expatriés pour mieux gagner leur vie dans ces usines de filage américaines ; celui des caisses populaires, juste à côté de l'église Sainte-Marie... et le magnifique petit musée des beaux-arts qui a pour nom Cupper Museum of Fine Arts. Quatre étoiles à lui tout seul. On y trouve même un vrai Picasso.

À Manchester, on cherche donc des artistes francophones pour divertir les francophones de la région. Des peintres, des sculpteurs, des musiciens et des chanteurs. On aimerait bien aussi recevoir des livres plus récents, des magazines, des journaux, etc. Et si l'envie vous prend d'aller fonder un poste de télévision communautaire francophone à Manchester, sachez que la communauté francophone vous en sera éternellement reconnaissante.

Le Centre franco-américain de Manchester est situé au 52, Concord Street, Manchester NH, 03 101. Adresse électronique : iciFranAm@aol.com.

PChampagne@Le Soleil.com



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Jusqu'où ira Charest?

Robert Dutrisac
LE DEVOIR samedi 5 juillet 2003

Il est d'usage que l'étude des crédits du Conseil exécutif en commission parlementaire soit l'occasion d'échanges sur les grandes orientations du gouvernement entre le premier ministre et l'opposition. Personne n'est là pour éplucher les postes budgétaires du Conseil exécutif, le ministère du chef de l'État - des dépenses de 201,4 millions au total. L'exercice qui a réuni Jean Charest, Bernard Landry et Mario Dumont mercredi n'a pas fait exception.

Les journaux ont servi à quelque chose lors de cette commission parlementaire: rarement avait-on entendu autant d'extraits d'articles alimenter les échanges entre parlementaires. Souvent, pour toute réponse aux questions de l'opposition, Jean Charest y est allé d'une citation qui semblait donner raison au gouvernement. Il a allégrement puisé à même les textes des quotidiens pour défendre le dernier budget du ministre des Finances, Yves Séguin. Même les éditoriaux et les chroniques très sévères envers le gouvernement Charest ont été repris par le premier ministre. Aussi durs soient-ils, les textes contenaient toujours une phrase qui disait essentiellement ceci: on ne peut pas accuser le Parti libéral de ne pas être fidèle à ses engagements et à l'esprit de son programme électoral.

Tant Bernard Landry que Mario Dumont ont relevé que le premier ministre se comportait comme un chef de l'opposition. Certes, comme il l'avait fait à l'Assemblée nationale, M. Charest y est allé à trois reprises d'un «premier ministre» à l'endroit de M. Landry. Mais surtout, M. Charest a passé beaucoup de temps à critiquer le bilan de l'ancien gouvernement péquiste et à dresser un portrait sombre du Québec et de son modèle vieilli, conçu à une autre époque, celle de la Révolution tranquille.

L'opposition n'a pas manqué de déplorer l'acharnement du gouvernement Charest à ouvrir la voie aux défusions municipales. Mais la plupart de leurs critiques sont allées aux compressions décrétées dans le budget Séguin: l'économie du savoir, la lutte contre la pauvreté et, surtout, les régions, qui font les frais de ce budget.

À cette autre commission parlementaire qui se penchait sur les crédits du ministère du Développement économique et régional, le ministre Michel Audet a passé la semaine à expliquer que les compressions qui affectent au premier chef son ministère n'empêcheront pas l'État de jouer son rôle pour soutenir la recherche-développement et l'économie des régions. L'État peut encore intervenir malgré la réduction générale des crédits d'impôt aux entreprises. Mais M. Audet n'a pas exposé un programme économique détaillé; il s'en est tenu à des généralités. Le budget Séguin est un budget de transition, a souligné le ministre. Le véritable programme économique du gouvernement Charest est à venir.

Le premier ministre a rencontré le même écueil. Sauf le fait de reprendre la conclusion d'économistes qui placent le Québec au 52e rang des 60 États et provinces d'Amérique du Nord en ce qui concerne le niveau de vie, une donnée que M. Landry conteste, d'affirmer que l'économie du Québec est mal en point, de répéter que les Québécois sont les contribuables les plus taxés du continent et de résumer le rôle de l'État à quatre missions essentielles (santé, éducation, prospérité et sécurité), Jean Charest n'a pas livré un plan d'action précis, sauf pour les baisses d'impôts de un milliard par année. On ne sait d'ailleurs pas quelles compressions seront nécessaires pour qu'elles se matérialisent. Tout au long de la commission parlementaire, le premier ministre est resté vague.

C'est que le véritable plan d'action du gouvernement ne pourra pas être élaboré avant que les «six grands travaux», confiés par le premier ministre à ses ministres lors de son discours inaugural, ne soient réalisés. Et ce ne sera pas avant le printemps prochain. D'ici là, force est de constater que le gouvernement traverse une période de transition et se retrouve dans les limbes.

De son côté, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a voulu briser ce moule. Il a fait preuve d'imagination en transformant les compressions de 210 millions que le ministre des Finances, Yves Séguin, et la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, lui ont imposées en un programme gouvernemental pour mettre 25 500 assistés sociaux au travail. Reste à savoir si ce plan fonctionnera.

Le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, a fait un peu la même chose en lançant l'idée de munir les résidences québécoises de compteurs d'eau. Mais dans ce cas, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Dans les faits, des six travaux désignés par le premier ministre, seulement quatre comptent pour la suite des choses. Deux d'entre eux - la réorganisation des services de santé et le recentrage du réseau de l'éducation sur l'élève - font partie des tâches normales des ministres concernés. En revanche, il en est autrement de la révision des structures de l'État et des programmes gouvernementaux, confiée à la présidente du Conseil du trésor, de la revue des modes d'intervention dans l'économie, de la décentralisation en faveur des régions et de l'allégement du fardeau fiscal.

Quelles structures de l'État seront abolies? Quelles nouvelles structures les remplaceront? Quels sont les organismes publics qui disparaîtront? Quelle place prendra le secteur privé dans la prestation de services publics ou l'exploitation d'infrastructures? Quels programmes gouvernementaux seront abandonnés? Jusqu'où l'État se désengagera-t-il? Combien d'argent le gouvernement cédera-t-il aux maires pour que ceux-ci se chargent du développement économique et social de leur région?

Sans connaître les réponses à ces questions, on ne peut savoir ce que le gouvernement Charest a dans le ventre. Malgré les énoncés de principe contenus dans son programme électoral, malgré les intentions exprimées dans son discours inaugural, Jean Charest n'a toujours pas dit jusqu'où ira le changement qu'il préconise. Les Québécois «saisissent parfaitement la teneur» de ce changement, a-t-il pourtant soutenu en commission parlementaire. Rien n'est plus éloigné de la réalité.



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Taxe sur l'essence :
Pelletier choisit la voie de la négociation avec les autochtones

Le recours collectif pourrait coûter des dizaines de millions au gouvernement du Québec

Tommy Chouinard
LE DEVOIR samedi 5 juillet 2003

Québec - Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier, préfère entamer des négociations avec l'Assemblée des premières nations (APN), qui revendique les revenus de la taxe sur l'essence que Québec perçoit sur les réserves, plutôt que de plaider sa cause devant les tribunaux. Québec entend toutefois évaluer la pertinence réelle de cette revendication des autochtones.

C'est ce qu'a indiqué le ministre Pelletier hier, à la suite du dépôt d'une requête en recours collectif de l'APN, lundi dernier. Les autochtones du Québec entendent récupérer la taxe sur les carburants qu'ils versent au gouvernement du Québec depuis trente ans. La réclamation atteindrait plusieurs dizaines de millions de dollars.

«Ce recours judiciaire ne représente pas un affront, car ça ne remet pas en question la qualité de notre relation avec l'Assemblée des premières nations. Mais je persiste à croire que la négociation est bien meilleure que la judiciarisation. Notre plan de match est de négocier avec les autochtones qui sont en cause, essayer de trouver des voies de règlement», a affirmé le ministre Pelletier, qui n'exige pas le retrait pur et simple de la requête, mais qui estime que des «discussions parallèles» peuvent avoir lieu.

Benoît Pelletier dit vouloir négocier «de bonne foi» avec une «approche constructive». Or le ministre souhaite d'abord «faire une évaluation des droits et des revendications» de l'APN. «Est-ce qu'ils ont des droits? Est-ce qu'ils n'en ont pas? Moi, je ne suis pas en mesure de me prononcer là-dessus. Mais toute négociation va devoir avoir comme prémisse un examen très objectif de la pertinence et du bien-fondé, même en termes juridiques, de leurs revendications», a-t-il souligné.

La Loi fédérale sur les Indiens exempte les autochtones des taxes sur les achats faits dans les réserves. Or les autochtones paient la taxe sur l'essence depuis son instauration par le gouvernement du Québec en 1973. Les lois fédérales sont prépondérantes et Québec agit donc illégalement, plaide l'APN.

Benoît Pelletier a noté que «si, effectivement, les droits existent, il s'agit de les honorer, mais nous n'en sommes pas là. Si on arrive à la conclusion qu'ils ont des revendications pertinentes et fondées sur des droits réels, nous n'hésiterons pas à entamer des négociations».

Aucune discussion n'a encore eu lieu sur le sujet avec le présent gouvernement, a précisé M. Pelletier. Si l'APN a décidé de recourir aux tribunaux, c'est que les négociations avec le gouvernement Landry n'ont jamais abouti. Ghislain Picard, chef régional de l'APN pour le Québec et le Labrador, avait affirmé au Devoir jeudi qu'il est disposé à entamer des négociations avec le nouveau gouvernement plutôt que de passer par la voie judiciaire. Les autochtones avaient jusqu'au 1er juillet pour déposer une requête en recours collectif afin d'obtenir une compensation rétroactive sur une période de 30 ans.

Lors de la commission parlementaire qui étudie les crédits de son ministère, Benoît Pelletier s'est également prononcé sur les prétentions du grand chef mohawk de Kanesatake, James Gabriel, qui revendique les droits de sa communauté sur les 800 acres de terrain mis en vente par les moines de l'abbaye cistercienne d'Oka plus tôt cette semaine. Selon M. Gabriel, ce territoire fait partie des terres revendiquées par son peuple. Or le ministre a démenti hier James Gabriel. Benoît Pelletier a en effet souligné que le conseil de bande n'a jamais inclus ces 800 acres de terrain dans ses revendications territoriales. «Nous allons analyser ça. Mais c'est la première fois que j'entends parler de cette revendication territoriale», a dit le ministre en commission parlementaire.

Dans un autre dossier, Benoît Pelletier a souligné qu'il voulait arriver d'ici deux ans à un traité final avec toutes les communautés innues, même celles qui ne sont pas en processus de négociation avec Québec et Ottawa. Le négociateur du Québec nommé par l'ancien gouvernement péquiste, Louis Bernard, reste en poste jusqu'à nouvel ordre, a-t-il assuré.

Le ministre donnera ses directives d'ici l'automne sur les orientations de son gouvernement quant à l'entente de principe intervenue entre Québec, Ottawa et les Innus afin d'accélérer les négociations actuelles, passablement au ralenti depuis l'élection du 14 avril.

Benoît Pelletier ne souhaite toutefois pas inclure à la table de négociations les populations non autochtones qui sont touchées par l'entente et qui avaient exprimé des réserves quant à son contenu. Le ministre entend mettre en place un processus de consultation pour que leur point de vue soit pris en compte par les négociateurs.

L'entente de principe rendue publique en juin 2002 concerne quatre des neuf communautés innues du Québec, situées au Saguenay-Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord, et reconnaît aux 9000 autochtones qui en font partie des droits de pratiquer leurs activités traditionnelles.



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Le modèle québécois a du plomb dans l'aile!

Carol Néron
Le Quotidien lundi 7 juillet 2003

L'État-providence intervenant à droite et à gauche, toujours prêt à délier les cordons de sa bourse au nom de Quebec inc. ou d'une quelconque politique sociale, sera bientôt chose du passé. Ceux qui doutaient encore de l'intention de Jean Charest de remettre à plus tard l'objectif numéro 1 de son programme électoral ont intérêt à se faire une raison, sinon ils risquent de sombrer dans une longue déprime!

Ainsi, dans un premier temps, le gouvernement libéral se prépare à partir à la chasse aux bénéficiaires de l'assistance-sociale aptes au travail ou ayant la possibilité de s'inscrire à un programme de formation, et qui persistent à rester à la maison. Pas moins de 25 000 ménages pourraient être touchés à partir de l'automne prochain par l'application de cette mesure.

D'autre part, Jean Charest a lancé jeudi le débat sur les frais de scolarité. En septembre, une Commission parlementaire verra le jour avec comme mission d'analyser le financement de l'ensemble du réseau de l'Éducation, de l'école à l'université.

Enfin, toujours à la fin de la semaine dernière, le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, déclarait qu'il étudie présentement la possibilité d'imposer les compteurs d'eau dans toutes les résidences du Québec. Si cette mesure est susceptible de plaire aux environnementalistes, elle promet de faire des vagues (sans jeu de mots) auprès des utilisateurs, c'est-à-dire tous les Québécois, lesquels croient toujours vivre dans un paradis aquatique.

Le pari risqué de l'équipe Charest

Depuis la reprise des travaux à l'Assemblée nationale à la fin du mois de mai et le dépôt du controversé budget de transition du ministre des Finances, Yves Séguin, il ne se passe pas une journée sans que le nouveau gouvernement démontre sa ferme intention de redonner aux citoyens des responsabilités et des obligations qui, peu à peu depuis la Révolution tranquille, et particulièrement pendant la dernière administration péquiste, ont été récupérérés à grands frais par l'État.

L'équipe Charest fait le pari risqué que, après une enfance trop tranquille empreinte de religiosité et une adolescence tumultueuse marquée par son désir d'affirmation nationale, le Québec est prêt à emprunter le chemin de la maturité socio-économique, donc qu'il est capable de faire son chemin dans les méandres de la mondialisation sans exiger d'être tenu continuellement par la main.

Pour plusieurs, déjà nostalgiques de la social-démocratie et de l'interventionnisme de l'État, cette approche-canon, intervenant moins de six mois après la défaite des péquistes, fait une trop grande place aux théories de droite néo-libérales dont la référence principale au Canada se situe du côté de l'Ontario de l'ex-Premier ministre Mike Harris. D'autres par ailleurs, plus discrets parce que faisant partie de la classe moyenne supérieure ils en ont assez de financer avec leurs taxes et leurs impôts des programmes sociaux représentant à certains égards des gouffres sans fond, ne sont pas sans ressentir une grande satisfaction. Et ce, même si eux aussi se demandent si ce n'est pas de jouer avec le feu de vouloir remettre en cause le modèle québécoise de façon aussi rapide et musclée.

Mémoire défectueuse mais rancuniers!

L'État est devenu à ce point omniprésent dans la vie quotidienne des Québécois que toute tentative, même minime, en vue de réduire cette influence, est d'ores et déjà interprétée tel un affront retentissant par les défenseurs de la social-démocratie.

La question est de savoir jusqu'où est prêt à aller le gouvernement libéral avant de devoir se résigner à faire marche-arrière sous la pression des groupes sociaux et des syndicats.

La stratégie de Jean Charest consiste probablement à annoncer les mauvaise nouvelles durant les 18 premiers mois de son mandat quitte, par la suite, à alléger la pression. L'idée n'est pas mauvaise étant donné que les Québécois, comme tout le monde ou à peu près, ont une mémoire collective ne dépassant pas six mois dans le meilleur des cas. Cela dit, ils sont un peu, beaucoup, rancuniers. Jusqu'où? À suivre...



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Aide sociale:
le PLQ revient sur ses principes

Après pénalité, la prestation de base serait abaissée à 373 $

Tommy Chouinard
Le Devoir mardi 8 juillet 2003

Québec - Un prestataire d'aide sociale pourrait se retrouver avec un chèque mensuel d'aussi peu que 373 $ s'il est pénalisé pour avoir refusé un emploi. Aucun barème plancher pour les prestations d'assistance-emploi ne sera en effet considéré par Québec dans sa politique visant à pénaliser les assistés sociaux aptes au travail qui ne déploient pas d'efforts suffisants pour décrocher un emploi. Il en sera ainsi au moins jusqu'à l'automne, lorsque Québec créera un barème au-dessous duquel aucune pénalité ne peut s'appliquer. Ce barème pourrait toutefois être inférieur aux prestations minimales actuelles, contrairement à ce qu'a toujours défendu le Parti libéral.

Le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, renie en effet les positions exprimées par son propre parti lors de l'adoption de la loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. En décembre dernier, le Parti libéral avait déposé une motion visant à amender la loi 112 afin de considérer les prestations minimales actuelles - 523 $ pour une personne seule sans contrainte à l'emploi - comme un barème plancher au-dessous duquel aucune pénalité ne peut amputer un chèque d'aide sociale, sauf en cas de fraude. Cette motion avait été proposée par le député de Laurier-Dorion, Christos Sirros, mais n'avait pas été adoptée.

Les 39 députés libéraux présents à l'Assemblée nationale, dont Claude Béchard, avaient voté en sa faveur, mais les 57 péquistes l'avaient rejetée. L'actuelle loi 112 prévoit ainsi la création d'un barème plancher mais sans en fixer la hauteur, comme le proposait la motion.

«Cet amendement n'a jamais été adopté. Notre engagement, fait en campagne par [le premier ministre Jean] Charest, est qu'on va fixer un barème plancher, et on va le faire à l'automne. Peut-être que le barème va être plus bas [que les prestations minimales actuelles], plus haut, on ne le sait pas», s'est défendu le ministre Béchard hier, à l'entrée de la commission parlementaire qui étudie les crédits budgétaires de son ministère. Or, en campagne électorale, Jean Charest avait affirmé aux journalistes qu'il avait l'intention de créer, une fois au pouvoir, un barème plancher au niveau des prestations minimales actuelles.

En décembre dernier, Christos Sirros avait également affirmé que la création d'un barème plancher inférieur aux prestations minimales actuelles serait inappropriée. «Je suis certain que personne ici ne peut croire qu'avec [523 dollars par mois], c'est possible de couvrir tous les besoins essentiels», avait-il déclaré.

Le député libéral s'était même indigné de l'imposition de pénalités aux assistés sociaux, pour avoir refusé une offre de travail ou un programme de formation proposé par Emploi-Québec, pénalités qui viennent réduire encore davantage les prestations d'assistance-emploi. Ces pénalités sont prévues à la Loi sur le soutien du revenu mais étaient peu appliquées jusqu'à maintenant par Québec.

La semaine dernière, le ministre Claude Béchard a néanmoins décidé de faire appliquer ces pénalités dès maintenant et plus rigoureusement, alors qu'aucun barème plancher n'existe à l'aide sociale. Sa nouvelle politique, Place à l'emploi, prévoit d'amputer de 75 à 300 dollars le chèque mensuel d'aide sociale des prestataires aptes au travail qui refusent un emploi ou un programme de formation que propose Emploi-Québec. «Je ne fais qu'appliquer la loi», a dit le ministre. En l'absence d'un barème plancher, un assisté social seul et sans contrainte sévère à l'emploi pourrait se retrouver avec un chèque de seulement 373 $ par mois s'il est pénalisé une première fois pour avoir rejeté une offre d'emploi.

«Le gouvernement fait exactement le contraire de ce qu'il a dit. On est dans une situation où le gouvernement revient sur la parole donnée», a affirmé hier en conférence de presse Vivian Labrie, du Collectif pour un Québec sans pauvreté. Le regroupement demande à Jean Charest d'appliquer la motion que son parti avait proposée en décembre dernier.

Selon le Collectif, Place à l'emploi entre en contradiction avec l'esprit de la loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. «Quand le ministre nous annonce qu'il va resserrer l'application des coupures, ça démontre que son analyse repose sur un préjugé selon lequel les gens à l'aide sociale ne font pas d'efforts pour s'en sortir», a indiqué Jean-Yves Desgagnés, du Front commun des personnes assistées sociales du Québec. Quelque 32 000 ménages prestataires de l'aide sociale participent déjà, chaque mois, aux programmes de recherche de travail d'Emploi-Québec et 115 000 autres ménages sont sortis de l'aide sociale entre 1996 et 2002, alors qu'il y avait croissance économique et création d'emplois. «Ça démontre que, quand la croissance économique est au rendez-vous, les gens à l'aide sociale occupent les emplois», a affirmé Jean-Yves Desgagnés.

Selon lui, l'imposition de pénalités ne donne aucun résultat. «Tout ce que ça fait, une approche comme celle mise de l'avant par M. Béchard, c'est que ça permet de faire des économies au sein de son ministère, le vrai objectif de son annonce», a affirmé M. Desgagnés. Les sommes attribuées à l'aide sociale ont été réduites de 188 millions de dollars avec le budget Séguin.

Afin de sortir 25 500 ménages de l'aide sociale cette année, soit quatre fois plus que l'an dernier, la politique Place à l'emploi prévoit qu'Emploi-Québec répondra désormais dans les 24 heures aux nouveaux assistés sociaux qui s'inscrivent à la sécurité du revenu. Ils bénéficieront d'un accompagnement personnalisé et se feront proposer un emploi ou une formation. Aucune nouvelle somme n'a toutefois été injectée pour appliquer cette politique. Emploi-Québec fait même face à des compressions de 27 millions cette année, des compressions qui ont déjà provoqué la suppression de postes occupés par des travailleurs surnuméraires.

«Je pense que le ministre aurait avantage à aller vérifier sur le terrain comment ça fonctionne. C'est un bel objectif de répondre en 24 heures, mais en pratique il faut des effectifs pour faire ça», a affirmé Michel Sawyer, président du Syndicat de la fonction publique du Québec, qui prenait part à la conférence de presse du Collectif, comme son homologue de la CSN, Claudette Carbonneau. M. Desgagnés estime qu'Emploi-Québec ne suffit même pas à répondre à la demande actuellement.

En commission parlementaire, l'opposition péquiste a dénoncé le fait qu'aucune somme supplémentaire n'a été prévue pour Emploi-Québec afin de soutenir la recherche d'emploi des assistés sociaux. «On coupe dans Emploi-Québec alors qu'on lui demande plus de travail. Il va y avoir des problématiques qui vont surgir», a lancé le député péquiste Maxime Arseneau.



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Un mensonge nommé Charest

Yves Samson
La Tribune mardi 8 juillet 2003

Depuis l'élection du 14 avril dernier, la vraie nature de Jean Charest refait surface. Que de mensonges, de demi-vérités, de reniements, de contorsions, caractérisent déjà le premier mandat de ce premier sinistre du Québec. Vous avez bien lu: Jean Charest mérite le titre désolant de premier sinistre du Québec et rien de moins.

Il ne se présente à pas à la fête des Patriotes pour des raisons qui n'ont finalement convaincu personne, pas même Michel Vastel. Il propose un plan sur les défusions municipales mais se dit en faveur de la réussite des nouvelles grandes villes: y a-t-il un interprète dans la salle ?

Quant à l'impasse budgétaire si souvent évoquée avant le dépôt du budget Séguin, c'est de la foutaise. Le budget Marois n'a pas fait l'objet d'un débat et les crédits n'ont jamais été votés. Pis après? Il a fallu payer un ``chum'' du parti, Guy Breton (ex-vérificateur général), 24 900 $ pour éviter d'aller en appel d'offres et ne pas nuire à sa rente d'ancien employé de l'État. Breton a simplement mis la table au carnage annoncé.

Corrigez moi si je me trompe: n'ai-je pas déjà entendu Charest critiquer Loto-Québec pour sa publicité dans laquelle on nous disait à quoi servait l'argent engrangé par la Société d'État? Ne l'ai-je pas entendu s'en prendre au gouvernement du Parti québécois après la nomination de Gaétan Frigon à la tête de Loto-Québec, argumentant que cela était de mauvaise augure pour les gens qui ont des problèmes de jeux? C'est ce même Charest qui demande à Loto-Québec d'augmenter sa contribution au revenu de l'État à hauteur de 75 millions de dollars?

Enfin, quelle surprise de voir qu'un gouvernement du Parti libéral qui a toujours déchiré sa chemise pour nous faire croire qu'il était lui un parti inclusif - les reproches de Charest à Parizeau en sont un bel exemple - n'ait pas offert un seul poste de ministre aux représentants des communautés culturelles du Québec! Et à la fête nationale, celui qui se dit le premier ministre de tous les Québécois, peu importe l'origine ethnique, raciale ou religieuse, apparaît dans une publicité télé entouré uniquement de ce qu'on appelle des Québécois de souche!

S'il a déjà fait changer son nom, de John Charest à Jean Charest, il devrait dès maintenant adresser au directeur de l'état civil une requête en changement de nom: de Jean Charest à Jean Chârrie!



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Réforme du mode de scrutin, le ministre Dupuis agira-t-il bientôt?

Paul Cliche
Auteur du livre Pour réduire le déficit démocratique: le scrutin proportionnel
LE DEVOIR mardi 8 juillet 2003

Lettres: Lors du discours inaugural de la session, le 5 juin, le premier ministre Charest a confirmé que son gouvernement entendait donner suite à l'engagement libéral «d'apporter des modifications au mode de scrutin actuel afin que la distribution des sièges parlementaires respecte davantage les votes exprimés», en plus d'annoncer la présentation, au printemps 2004, d'un projet global de réforme des institutions démocratiques.

On attend, depuis, que le ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques, Jacques Dupuis, précise les intentions du gouvernement en rendant public, par exemple, un échéancier comportant les diverses étapes qui mèneront à la réalisation de la réforme du mode de scrutin. Car même si on est en début de mandat, le temps presse. Des informations en provenance du bureau du Directeur général des élections indiquent, en effet, que la réforme devra être adoptée par l'Assemblée nationale d'ici deux ans afin que cette dernière puisse apporter les changements nécessaires, à la carte électorale notamment, pour que le nouveau système puisse s'appliquer lors des prochaines élections générales.

Il ne faudrait pas que se répète le cafouillage du début des années quatre-vingt. Le premier ministre Lévesque, au début de son second mandat, avait alors fait la même annonce que M. Charest lors du discours inaugural de la session de 1981. Mais aucune décision n'avait été prise lors de la dissolution du Parlement quatre ans plus tard, malgré de nombreux palabres parlementaires et une consultation populaire qui s'était montrée favorable à un scrutin de type proportionnel.

Le ministre Dupuis faisant ses premières armes comme leader parlementaire du gouvernement, on comprend qu'il n'a pu consacrer de temps à ce dossier au cours d'un début de session mouvementé. Mais la suspension des travaux de l'Assemblée lui permet maintenant d'agir avec célérité, d'autant plus qu'il a su s'entourer de conseillers compétents. M. Charest avait lui-même noté durant la campagne électorale que «le début d'un nouveau mandat est la période la plus propice pour discuter, consulter et implanter une telle réforme».

D'ailleurs, ce dossier est probablement devenu un des mieux documentés de toute l'administration gouvernementale au fil d'une saga de 30 ans marquée par d'innombrables études et commissions. Le Parti libéral en est bien au fait, ayant lui-même pris position et présenté un mémoire sur la question au cours des derniers mois. Le gouvernement possède donc toutes les données nécessaires pour faire son lit. Il peut, s'il le veut, présenter un projet pour consultation publique d'ici quelques semaines. Quant aux autres éléments de la réforme des institutions, tous s'entendent pour dire qu'ils ne revêtent pas la même urgence. Ils peuvent facilement attendre au printemps prochain, selon l'annonce faite par le premier ministre le 29 juin 2003.



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Le fardeau de la dette

Gilbert Lavoie
Le Soleil mardi 8 juillet 2003

La dette totale du gouvernement du Québec atteindra 112 milliards $ à la fin de l'actuelle année financière, le 31 mars prochain. Une hausse de près de 15 milliards $ en six ans, malgré l'atteinte du déficit zéro. Un désastre, selon les libéraux de Jean Charest, qui ont harcelé le gouvernement Landry quand ils étaient dans l'opposition.

La question a été soulevée à plusieurs reprises depuis le 14 avril, mais on attend toujours les éléments de solution du nouveau gouvernement. Visiblement, les libéraux ne savent pas trop sous quel angle attaquer le problème. Mais un échec à ce chapitre serait catastrophique pour les finances du Québec, et pourrait faire la différence entre la réélection ou la défaite du gouvernement Charest aux prochaines élections.

Selon le ministre des Finances, M. Yves Séguin, la moitié des impôts des contribuables iront à payer les intérêts sur la dette à compter de l'an prochain. C'est 8 milliards $ sur des revenus de 16,9 milliard $ ! Presque la moitié du budget de la santé !

Même s'ils ont souvent décrié l'augmentation de la dette, les libéraux n'ont jamais promis de la diminuer. Le Plan d'action du prochain gouvernement libéral, dévoilé en septembre dernier, promettait simplement de présenter " un plan de réduction du taux de l'endettement public ". Le taux de l'endettement, c'est le ratio de la dette par rapport au produit intérieur brut. Or, même si la dette a augmenté depuis 1997, la croissance économique, donc du PIB, a réduit le taux d'endettement de 7 %. Il était à 44,7 % du PIB l'an dernier, comparativement à 51,9 % il y a six ans.

Pour Bernard Landry, il n'y a pas de problème : c'est le ratio entre la dette et le PIB qui compte. Marc Lalonde disait la même chose au début des années 80 à Ottawa, mais la récession économique du début des années 80 lui a donné tort et a plongé le fédéral dans une situation de déficits chroniques monstrueux. C'est précisément le danger qui guette le Québec.

Après 10 ans de croissance économique exceptionnelle, notre taux d'endettement tourne donc autour de 44 %. Il était de 40 % en 1993. Le service de la dette, c'est-à-dire les intérêts versés à nos créanciers, représente 13,5 % des revenus budgétaires du gouvernement, à peu près le même qu'en 1993.

Ce que ces chiffres indiquent, c'est que le Québec n'a pas profité de la croissance économique exceptionnelle et des faibles taux d'intérêts de la dernière décennie pour réduire sa dette. Pire encore, le gouvernement du Québec a pris prétexte d'une réforme comptable, en 1997-1998, pour passer aux immobilisations certaines dépenses auparavant payées comptant. Ces immobilisations étaient de 217 millions $ par année au départ ; elles ont dépassé le cap du milliard $ sous Bernard Landry. Et pour en remettre, le gouvernement fait des emprunts chaque année sur la portion des profits d'Hydro-Québec qui sont réinvestis dans l'entreprise au lieu d'être versés dans les coffres de l'État. C'est ainsi que la dette s'accroît d'année en année, même si, en principe, le gouvernement ne fait plus de déficit.

Les libéraux ont promis de s'attaquer à ce problème. Mais si la croissance économique tombe à 2 % et que les taux d'intérêt repartent à la hausse dans un an ou deux, il faudra des coupes massives dans les dépenses du gouvernement pour stabiliser la dette. Et tout cela au moment où s'enclencheront les baisses d'impôt de 10 milliards $ en quatre ans promises par Jean Charest.

Le Québec est la province canadienne la plus endettée et la plus taxée, ont scandé les libéraux en campagne électorale. Ils avaient raison. Ils ont maintenant l'obligation politique et budgétaire de corriger la situation.

GLavoie@lesoleil.com



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ADM: Bush a accusé l'Irak en se basant sur de faux documents, reconnaît Washington

Le Devoir mercredi 9 juillet 2003

Reuters; AFP Washington - La crédibilité de l'administration Bush sur la présence en Irak d'armes de destruction massive avancée pour justifier l'intervention américaine contre Saddam Hussein est sérieusement ébranlée par un constat d'erreur formulé par la Maison-Blanche.

La présidence a en effet formellement admis hier pour la première fois que George W. Bush n'aurait pas dû affirmer dans son discours sur l'état de l'union de janvier dernier que l'Irak avait tenté de se procurer en Afrique de l'uranium pour reconstituer un programme nucléaire militaire.

Cet aveu survient au moment où le premier ministre britannique Tony Blair, fidèle allié des États-Unis, défend sa propre crédibilité à la Chambre des communes après la publication d'un rapport très mitigé sur la qualité des renseignements ayant servi à justifier la guerre en Irak.

Selon un porte-parole de la Maison-Blanche chargé de la sécurité nationale, Michael Anton, ces informations «n'étaient pas assez détaillées ou spécifiques pour que l'on soit certain que de telles tentatives avaient eu lieu».

«En raison de ce manque de spécificité, ces informations seules n'auraient pas dû être incluses dans le discours présidentiel», a-t-il estimé.

Cette reconnaissance ébranle sérieusement les précédentes affirmations des responsables de l'administration pour justifier la guerre lancée contre le régime de Saddam Hussein en mars.

«Le gouvernement britannique a appris que Saddam Hussein avait récemment cherché à acquérir des quantités significatives d'uranium en Afrique», avait affirmé M. Bush dans son discours du 28 janvier, un texte systématiquement revu par de hauts responsables du renseignement américain.

Les accusations formulées par Bush étaient fondées sur de faux documents, a annoncé, plus précisément, hier, le Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche.

«À ce moment-là, les estimations du renseignement national quant aux armes de destruction massive en Irak faisaient référence à des tentatives irakiennes pour acquérir de l'uranium dans plusieurs pays d'Afrique», a dit un porte-parole du Conseil. «Nous savons désormais que les documents évoquant une transaction entre l'Irak et le Niger étaient faux», a-t-il ajouté.

Le Parti démocrate ne s'y est pas trompé, qui fustigeait hier l'équipe dirigeante et remet sévèrement en question sa crédibilité.

«Cela pourrait bien être la première fois dans l'histoire qu'un président trompe sciemment le peuple américain dans le discours sur l'état de l'union», a estimé le président du Parti démocrate, Terry McAuliffe, dans un communiqué.

«Ou le président Bush a utilisé en connaissance de cause une fausse information dans son discours sur l'état de l'union ou bien des hauts responsables de l'administration ont autorisé l'utilisation de cette information. Ce n'était donc pas une erreur», a-t-il insisté.

Pour le sénateur démocrate de la Floride, Bob Graham, «les collaborateurs du président ont enfin reconnu la vérité: il n'y avait pas de preuve crédible que l'Irak tentait d'acquérir du matériel nucléaire qui aurait nécessité de passer de la guerre contre le terrorisme au lancement d'une attaque immédiate contre l'Irak». «La crédibilité du président est de plus en plus mise en doute [...] Monsieur le président, que nous cachez-vous d'autre?», s'est-il interrogé.

La question de ces tentatives d'acquisition d'uranium par l'Irak en Afrique avait été mise sur le tapis lors du point de presse du porte-parole de M. Bush, Ari Fleischer, lundi, peu avant le départ du président pour sa tournée africaine.

Elle avait été suscitée par une tribune publiée dimanche dans le New York Times par un ancien ambassadeur américain, Joseph Wilson, qui avait été dépêché par la CIA au Niger, en 2002, avec pour mission de vérifier le bien-fondé d'informations sur l'achat d'uranium dans ce pays.

À son retour, il avait accusé Washington d'avoir déformé des renseignements afin de monter en épingle la menace irakienne et avait mis en garde la Maison-Blanche sur les informations des services de renseignement britanniques. Selon le New York Times, la Maison-Blanche n'a pas tenu compte des avertissements du diplomate.

Le quotidien cite en outre des responsables américains et britanniques selon lesquels la Grande-Bretagne se fondait elle-même sur des informations fournies par la CIA, la centrale américaine du renseignement.

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait confirmé en mars dernier que les documents à l'origine de ces affirmations étaient des faux.

De son côté, Tony Blair a fermement défendu hier le bien-fondé de la guerre en Irak, qui a entraîné la chute d'un «État fasciste», répliquant vivement à un rapport parlementaire très critique sur la présentation par son gouvernement de la menace représentée par Bagdad avant le conflit.

Le premier ministre britannique n'a pas cédé devant le feu roulant de questions des membres du comité de liaison de la Chambre des communes, qui rassemble les présidents des différentes commissions.

«Je pense que les services de renseignement nous ont donné des informations correctes à l'époque [...] et je réfute totalement la suggestion selon laquelle nous aurions trompé le Parlement ou le peuple», a répété le premier ministre.

Quant au délai de 45 minutes qui aurait suffi à l'Irak pour déployer ses armes de destruction massive (ADM), délai révélé en septembre dans le premier dossier du gouvernement britannique sur l'Irak, c'est «une information des services de renseignement et je n'ai absolument aucun doute, c'était une information bien fondée», a plaidé Tony Blair.

Il a tout de même reconnu une erreur: «ne pas avoir correctement identifié la source» du dossier de février 2003, largement plagié sur une thèse étudiante.

Le ministre de la Défense, Geoff Hoon, a pour sa part appelé à la patience hier dans un entretien à la BBC-radio. «Si Saddam Hussein a eu six ou sept mois au moins pour cacher ses ADM, nous devrions avoir au moins le même temps, sinon plus, pour les chercher dans un pays que nous connaissons moins bien que lui», a-t-il argué.

Enfin, le directeur général de la BBC, Greg Dyke, a estimé hier que la chaîne publique et Downing Street devaient désormais tourner la page du conflit ouvert qui les oppose depuis deux semaines au sujet d'un dossier sur les armes irakiennes.

La controverse opposant la BBC à Downing Street concernait le dossier, publié en septembre dernier, et dans lequel Londres affirmait notamment que le régime de Saddam Hussein pouvait mobiliser ses ADM dans un délai de 45 minutes.

Fin mai, un journaliste de la BBC, citant un haut responsable des services secrets, avait affirmé que la mention des 45 minutes avait été mise en avant à la demande du chef des communications du gouvernement, Alastair Campbell, alors que cette information était jugée peu crédible par les services de renseignement.

M. Campbell avait accusé la BBC de mensonge et exigé des excuses, que la chaîne publique s'est toujours refusée à présenter, défendant les informations de son journaliste.

Le rapport parlementaire publié lundi a estimé que M. Campbell n'avait exercé aucune «influence indue» dans la rédaction du dossier de septembre.



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Garderies à 5 $ par jour

Des services éducatifs devenus indispensables

Malgré une augmentation annuelle de 16 000 places par an depuis 1997, près du tiers des parents avaient encore, en 2002, un enfant sur une liste d'attente

Renée Dandurand
Professeure honoraire à l'Institut national de la recherche scientifique
LE DEVOIR mercredi 9 juillet 2003

La dénomination, «garderies à 5 $» ou «à contribution réduite», a pu laisser croire que la caractéristique principale de la formule de garde mise en place au Québec depuis 1997 était son accessibilité financière. Sans doute est-ce là l'un des objectifs importants de la mesure, mais celui-ci est loin d'en définir toute la signification et la portée. À l'heure où la garderie à 5 $ par jour est remise en cause, il importe de se rappeler l'historique de son implantation et les objectifs multiples qui lui ont été attribués, de mettre en évidence la popularité du programme et de souligner les inquiétudes que fait naître l'annonce d'une privatisation accrue et de l'abolition de l'universalité du système.

Bref historique

Dans le Québec moderne, l'une des premières revendications pour la création de «garderies publiques et gratuites» date de 1965, lors de la célébration du 25e anniversaire du droit de vote des femmes. Si, par la suite, une telle revendication est constamment reprise par le mouvement des femmes, la mise en place des premières garderies des années 70 -- à part quelques projets-pilotes -- se fait à l'initiative de groupes de parents, sur le mode de sociétés qui sont presque toutes sans but lucratif. L'État y a une présence restreinte, même après la création de l'Office des services de garde à l'enfance, en 1980.

Ces garderies sont surtout fréquentées par deux catégories d'enfants : ceux dont les parents sont plutôt nantis, le plus souvent des professionnels, et ceux dont les parents vivent sous les seuils de pauvreté, en particulier les mères seules, qui bénéficient de subventions, notamment celle du Régime d'assistance publique du Canada. Il faudra attendre vers le milieu de la décennie 90 pour que la tarification du système de garde soit modifiée avec les garderies à 5 $ par jour. Ce n'est pas une soudaine prospérité de l'État québécois qui explique cette nouvelle politique mais plutôt l'aboutissement d'un changement important des mentalités en ce qui a trait à l'éducation de la petite enfance.

Inaugurée avec la Convention de l'ONU relative aux droits de l'enfant, entérinée par le Canada en 1991, la décennie 1990 est en effet marquée au Québec par plusieurs actions publiques en faveur de l'enfance. Pour donner quelques exemples, mentionnons les interventions portant sur la pauvreté des enfants (le document Un Québec fou de ses enfants en 1991), l'insuccès et le décrochage scolaires (le Plan d'action sur la réussite éducative du ministère de l'Éducation en 1992) et les soins aux petits enfants (la Politique de la périnatalité du ministère de la Santé et des Services sociaux en 1993).

Ces préoccupations se traduiront dans les recommandations de deux groupes de travail en 1996 : ils se penchent soit sur la pauvreté des enfants qu'on cherche à «sortir de l'aide sociale» (Comité sur la réforme de la sécurité du revenu), soit sur un développement intégré des services éducatifs à la petite enfance (Conseil supérieur de l'éducation). De façon explicite, ce conseil réclame des «services [de garde] universels et gratuits [...] [qui devraient] s'inscrire à l'enseigne de la prévention primaire et de l'égalisation des chances». Cette nouvelle mobilisation autour de l'enfance désigne une représentation de plus en plus répandue : en tant que personne en devenir, l'enfant n'est pas sous la seule responsabilité de ses parents mais aussi de sa collectivité, dont il est un futur membre actif. Il importe donc de s'occuper de son développement.

Des objectifs multiples

C'est en 1996, à l'occasion du Sommet sur l'économie et l'emploi, qu'est communiqué pour la première fois le projet de mettre en place des services de garde à contribution réduite. Les objectifs alors attribués à cette mesure font écho aux préoccupations précédentes sur la petite enfance tout en en soulignant les implications économiques pour les familles les plus défavorisées, en particulier celles des mères seules : «Faciliter la conciliation entre famille et emploi; offrir à prix accessibles de meilleurs services à la petite enfance en prévision de leur séjour dans le système scolaire; inciter au travail les prestataires d'aide sociale avec enfants et les travailleurs à faible revenu; favoriser la croissance de l'économie sociale dans un secteur d'activité très important; réduire le travail au noir dans un secteur d'activité [la garde] ou il est très présent.»

L'annonce des Nouvelles dispositions de politique familiale par le Comité des priorités du Conseil exécutif en janvier 1997 reformule en partie les objectifs du système de garde dont les bénéficiaires sont les parents (pour la conciliation famille-emploi) et les jeunes enfants (pour le développement des enfants et l'égalisation des chances). Il est plus clair que jamais, dès lors, que les garderies ne font pas que du «gardiennage» pour dépanner les parents travailleurs mais offrent aussi des services éducatifs qui sont régis (donc soumis à inspection et évaluation) et qui viendront soutenir la réussite scolaire des enfants en plus d'être accessibles financièrement. Les centres de la petite enfance (CPE) deviennent ainsi un rouage indispensable, avec la famille et l'école, dans la socialisation des enfants. Le Comité des priorités laisse également entendre que pour remplacer les primes à la naissance, abolies la même année, des services de garde accessibles à tous sont envisagés comme une autre façon d'encourager la natalité.

Une popularité certaine

Il n'y a pas de doute qu'au Québec, les garderies à 5 $ soient devenues l'une des mesures parmi les plus populaires des dernières années. Populaire auprès des parents (en 2001-02, 55 % des parents d'enfants de moins de cinq ans confiaient ceux-ci à un service de garde à contribution réduite), cette mesure est aussi applaudie par ceux qui entourent les jeunes familles (grands-parents, amis, voisins ou collègues de travail) qui sont à même d'observer à quel point la vie de ces jeunes parents est austère et difficile, en particulier pour les mères, ce que plusieurs études ont déjà bien démontré. Il n'est donc pas étonnant que les focus groups consultés par le Parti québécois avant les élections d'avril dernier aient signalé la nécessité de soutenir davantage la conciliation famille-emploi. Ainsi ce parti a-t-il proposé la «semaine de quatre jours» pour les parents de jeunes enfants, une mesure qu'avait déjà proposée, l'année précédente, la Jeune Chambre de commerce.

Si une majorité de parents de jeunes enfants appuient les garderies à 5 $ par jour, ce n'est pas seulement parce qu'il s'agit d'un programme peu coûteux mais aussi, très largement, parce qu'il s'agit d'un programme éducatif. Nombre d'études ont jusqu'à maintenant démontré les effets positifs de la fréquentation d'un programme de garde éducatif sur le développement des enfants. Au Canada, le rapport de la Commission royale de l'éducation de l'Ontario, publié en 1994, plaçait déjà l'éducation de la petite enfance parmi «les quatre éléments moteurs qui ont le pouvoir de changer en profondeur l'école [car] les enfants ayant suivi un processus bien planifié d'enseignement préscolaire développent de façon notable des compétences, une facilité d'adaptation et [...] une attitude positive envers l'apprentissage». Une ombre à la popularité des garderies à 5 $ par jour a été le manque de places, une difficulté souvent reprise par les médias et constamment rappelée par le Parti libéral depuis qu'il est au pouvoir.

Avantageux pour les parents, ces services ont ainsi dû faire face à une demande grandissante de places, demande qu'il n'était pas possible de satisfaire instantanément. Malgré une augmentation annuelle de 16 000 places par an depuis 1997 (quatre fois plus que la moyenne annuelle des années précédentes), près du tiers des parents avaient encore, en 2002, un enfant sur une liste d'attente. Il faut savoir cependant que plus de la moitié de ces parents inscrivent leur enfant sur plusieurs listes d'attente (entre deux et neuf listes).

Est-il nécessaire d'ajouter que notre système de garde, destiné dans quelques années à être accessible à tous, est une mesure largement enviée dans les autres provinces canadiennes et dans certains États américains ? Là-dessus, le Québec jouit d'une avance indéniable, même par rapport à une province aussi riche que l'Ontario. On sait qu'avec le gouvernement Harris et la «révolution du bon sens», les garderies ont perdu beaucoup de terrain depuis 1995. Faut-il rappeler que la principale promesse électorale du gouvernement Harris était de réduire les impôts, tout comme le gouvernement Charest nouvellement élu ?

Universalité et privatisation

Les propositions du ministre Claude Béchard, responsable de la Famille dans le gouvernement libéral, portent sur l'annonce de la fin de l'universalité des garderies à 5 $ par jour et de l'ouverture à un développement accru des garderies privées. Sans prétendre discuter à fond de propositions qui ne sont pas encore formulées de façon claire et définitive, il importe de s'interroger sur la signification des orientations ainsi prévues et sur leur impact possible sur le système de garde régi par les CPE.

Au Québec, ces débats ne sont pas nouveaux : autour de la santé, les discussions qui accompagnent une privatisation accrue et des brèches à l'universalité pointent toujours le même risque, celui d'un système à deux vitesses. Peut-on estimer que les enjeux soient les mêmes pour les services de garde ? Plusieurs le pensent. Nos voisins du Sud, qui n'ont jamais accédé à des mesures universelles pour ce qui est de la garde des jeunes enfants, ont effectivement un système à deux vitesses. Sheila Kamerman, la spécialiste américaine des politiques destinées aux familles, l'exprime très clairement : les services accessibles aux populations aisées sont à visée éducative et à coûts élevés alors que ceux qui desservent les milieux moins favorisés se limitent souvent à des visées de surveillance des enfants, dans des conditions parfois tout à fait inacceptables. Nous n'en sommes pas là, bien sûr. Mais la menace d'une érosion de notre système de garde doit être examinée.

En plus d'offrir des services plus ou moins distincts à différentes catégories de la population, on peut ainsi penser qu'un système de garde à deux vitesses aurait pour effet d'éroder des droits qui sont actuellement mieux acquis avec l'universalité : les droits de tous les enfants à une éducation préscolaire de qualité, qui favorise la réussite scolaire et l'égalisation des chances; le droit de toutes les femmes au travail rémunéré.

D'autre part, la privatisation accrue du système de garde aura pour effet de priver les parents du droit de regard qu'ils ont sur la gestion des services de garde quand leurs enfants fréquentent un CPE. Et comment favoriser les garderies privées tout en prétendant faire des économies quand on sait que le fonctionnement de ces garderies est subventionné à 80 % par l'État ?

Dès lors, deux questions se posent de façon immédiate. Afin d'alléger le fardeau fiscal des Québécois, faut-il mettre en péril l'accessibilité des services de garde éducatifs et, dans la même foulée, les promesses qu'ils portent pour l'avenir des enfants et pour l'autonomie financière des femmes ? Et si les pouvoirs publics décident tout de même de procéder aux compressions annoncées, faut-il en faire payer le prix aux parents par une tarification plus élevée des services de garde ? Ou faut-il considérer que les services de garde éducatifs sont une responsabilité collective qui doit être assumée par le système fiscal applicable à tous ? Voilà pourquoi, dans différents milieux, les citoyens québécois s'inquiètent des récentes annonces de modification au système de garde éducatif à contribution réduite dont nous bénéficions depuis quelques années.



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De quelle universalité parle-t-on?

Les garderies à 5 $ par jour au service de l'appareil et des privilégiés

Réjean Breton
Faculté de droit, Université Laval
Michel Boucher
École nationale d'administration publique
Jean-Luc Migué
Institut Fraser

LE DEVOIR vendredi 4 juillet 2003

Le réflexe des défenseurs du modèle québécois est devenu familier: se camoufler derrière les pauvres, monter aux barricades ou descendre dans la rue quand des manières de faire différentes sont proposées aux Québécois.

La remise en question du financement des garderies, prétendent-ils, met en péril des valeurs -- on ne précise pas lesquelles -- que les Québécois tiendraient pour acquises, comme l'accès universel aux services de l'État. L'affaire des garderies nous est présentée comme un complot des forces du mal, le secteur privé, contre les forces du bien qui s'exercent évidemment du côté de ceux qui veulent toujours plus d'État, le plus haut niveau de fiscalité possible et le maximum d'employés du secteur public. La fiscalité alourdie comme frein à la prospérité générale n'apparaît nulle part dans le schéma des étatistes irraisonnés. Dans une perspective de croissance et de progrès, pourtant, la prospérité générale reste la seule garantie à long terme de l'accès aux services et de la liberté de choix.

Le monopole d'État et syndical dans les services publics, et particulièrement dans les garderies à 5 $ par jour, serait la seule façon d'aider les pauvres, d'où l'absolue nécessité de maintenir l'accès universel et le rejet inconditionnel des garderies privées, avec ou sans but lucratif. Selon les apôtres du bien commun, qualité des services et recherche du profit seraient incompatibles.

L'indispensable universalité

Serait-il encore permis de se livrer à un peu d'analyse et d'exprimer notre opposition à l'universalité, même si la démarche devait nous faire basculer dans le camp du mal ?

L'universalité est la solution facile; dommage qu'elle soit la pire. D'abord, elle coûte et coûtera inutilement cher. La grosse machine étatique va progressivement se mettre en place, insidieusement, avec sa panoplie d'administrateurs plus soucieux du respect des procédures que d'efficacité; avec ses cohortes d'éducatrices certifiées conformes, avec sa kyrielle de cols bleus, blancs et, pourquoi pas, rouges pour syndiqués; avec sa convention collective «nationale», toute en permanence, en ancienneté et en rigidités. Bref, une grosse machine génératrice de coûts fixes monstrueux qui deviendront d'autres droits acquis intouchables, inscrits au coeur du fameux modèle québécois.

Cette exigence d'universalité et d'étatisme posée par les âmes généreuses n'est donc pas innocente : elle cache des intentions politiques précises. Il faut garder à l'esprit qu'à l'opposé de la main-d'oeuvre privée, les employés de l'État sont automatiquement syndiqués. L'universalité et l'étatisme, c'est d'abord chez nous une formule syndicale, une pièce indispensable du modèle québécois de national-syndicalisme, un rouage de la machine à taxer et à redistribuer, qui suscite au passage une classe politique de bureaucrates syndiqués, d'autant plus puissante qu'elle sera plus nombreuse à taxer et à redistribuer.

Au profit des privilégiés

Les adeptes de la garderie socialisée aiment se définir comme inspirés par le souci des pauvres. Le fait est que l'une des meilleures façons d'aider les pauvres est de concentrer l'aide, toute l'aide sur les seuls pauvres.

La réalité observable est que les garderies actuelles se font au service des classes privilégiées et, donc, au détriment des moins favorisés. Observons d'abord que ce sont les parents les plus à l'aise et les plus scolarisés qui sont les plus susceptibles de placer leurs enfants en garderie. À titre d'illustration, notons que les mères titulaires d'un diplôme universitaire sont quatre fois plus susceptibles de faire appel aux garderies que les mères qui ont décroché à l'école. Prétendre assister les pauvres en les englobant dans un régime universel, c'est les ramener à leur condition de pauvres. Les places étant limitées, c'est vouloir les faire passer après tout le monde parce qu'ils ont moins accès à l'information et, surtout, moins de relations et d'initiative. Prétendra-t-on que les universitaires, les professionnels, ne passeront pas dans les faits avant ces exclus de l'égalitarisme et de l'universalité ?

Une étude de Claude Laferrière, de l'Université du Québec à Montréal, fournit la preuve du contraire. Les parents qui gagnent 100 000 $ ou plus réalisent un gain net de 1500 $ par année tandis que les familles ou les parents seuls qui font moins de 40 000 $ y perdent plusieurs centaines de dollars. Comment est-ce possible ? Si une famille de ce dernier groupe déboursait la valeur réelle d'une garderie pour chacun de ses enfants, elle obtiendrait des gouvernements un crédit d'impôt pour la garde des enfants, crédit qui lui rembourserait de 1300 à 1800 $ par année, sans compter le crédit pour la TPS. En plus des familles à l'aise, un autre gagnant de l'aménagement en place n'est nul autre que le trésor fédéral, qui réalise un gonflement de ses rentrées fiscales de quelque 225 millions de dollars par année, du fait que l'assujettissement fiscal des parents s'alourdit.

Discrimination

Sur le plan moral, la mécanique qui refile aux ménages sans enfants le coût des enfants des autres ne manque pas de susciter le malaise. Ce n'est pas l'unique détour par lequel les fervents de la charité avec l'argent des autres s'arrogent des vertus d'altruisme. Le régime en place postule que la gratuité au consommateur et le transfert du fardeau à la fiscalité générale sont l'expression de la volonté populaire, le symbole de la justice sociale et l'expression du sens de la compassion qui animent l'âme québécoise, en opposition à l'individualisme cruel des Américains.

Le fait est que les fonds publics qui servent à financer les garderies dans leur forme actuelle ont supplanté les autres programmes publics en faveur des familles (allocations familiales, assistance aux mères célibataires, etc.). Cette évolution s'est donc faite au détriment de certains groupes, dont les parents d'enfants de plus de cinq ans, les familles monoparentales, les parents qui choisissent de rester à la maison ou d'opter pour le travail temporaire pour assurer la garde de l'enfant, sans oublier, bien entendu, les ménages sans enfants. Il s'agit donc d'une forme manifeste de discrimination contre le choix de certains parents au profit d'autres.

Les sondages révèlent que les trois quarts des familles canadiennes préféreraient qu'un parent reste à la maison pour prendre soin des enfants. Cette préférence n'est pas que sentimentale. Une méta-analyse (intégration des résultats obtenus par toutes les études existantes) publiée par la National Foundation for Family Research and Education et portant sur 32 000 enfants qui fréquentent des garderies indiquerait qu'en ce qui concerne la garde parentale, la garderie exerce un impact négatif, faible mais réel, sur le développement intellectuel, émotif et social de l'enfant qui y passe 25 heures ou plus par semaine. Nous n'en faisons pas une condamnation : nous soulignons seulement que le choix des parents en faveur d'une autre formule repose moins sur le préjugé que l'option des fanatiques de la garderie universelle et sans restrictions.

Et, déjà, le régime fiscal favorise l'option en faveur du travail des deux parents par le mécanisme de l'income splitting. Le privilège associé aux garderies gratuites s'ajoute donc à la pénalité fiscale des maris qui choisissent d'augmenter leurs heures de travail pour laisser à leur épouse la latitude de s'occuper de leurs enfants à la maison.

Vision collectiviste

Dans la perspective collectiviste de la société, qui inspire les concepteurs des grands projets de société, l'État incarne une volonté sociale abstraite, supérieure au jugement des individus qui la composent. Puisque c'est la société, non les individus, qui possède une finalité, l'État devient le gardien, le garant, l'incarnation de la culture et du bien-être. Le redistributionnisme au service de l'ordre juste dicté par l'élite politico-bureaucratique s'impose puisque les individus ignorent ce qui est bon et mauvais pour eux. En sciences sociales, on range cette approche dans la catégorie des pseudo-sciences, au même titre que l'astrologie, la parapsychologie et les autres sciences occultes.

Les fanatiques du lobby étatiste ne conçoivent qu'une solution au problème des parents modernes : la garderie publique universelle. Pour ces idéologues, l'option de favoriser la croissance du revenu familial pour permettre à un parent de travailler de moins longues heures à l'extérieur ou de payer sur demande un voisin, un ami ou un parent pour assurer la garde est un sacrilège contre la religion collectiviste. Il existe pourtant une voie alternative évidente au régime actuel pour favoriser la croissance du revenu et la liberté des parents de choisir l'aménagement qui convienne à leurs valeurs et à leur disponibilité : l'octroi d'allocations aux parents moins à l'aise qui leur laissent, comme aux plus fortunés, toute latitude de retenir l'aménagement adapté à leurs besoins. La formule servirait à abaisser le fardeau des moins nantis qui opteraient pour la garderie, publique ou privée, ou à remplacer le revenu sacrifié de ceux qui choisiraient de rester à la maison. Les enfants des parents défavorisés seraient les plus susceptibles d'y gagner. La formule sacrifie même à l'idole collectiviste en reportant sur les ménages sans enfants une partie du fardeau des parents.



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Incompétence ou aveuglement?

François Aubry, Économiste
LE DEVOIR mercredi 9 juillet 2003

Lettres: Montréal, le 4 juillet 2003

Il est renversant de constater que messieurs les professeurs d'université Réjean Breton, Michel Boucher, Richard Marceau et Jean-Luc Migué («De quelle universalité parle-t-on?», Le Devoir du 4 juillet 2003) ignorent que les centres de la petite enfance sont des organismes privés sans but lucratif dont les conseils d'administration sont composés en majorité de parents.

Un étudiant de premier cycle qui commettrait une pareille erreur dans un travail sur les services de garde au Québec serait sévèrement sanctionné.

En tant que citoyen et contribuable, je donne à nos quatre professeurs une note de 2 sur 20 pour leur effort collectif. Deux points pour le contenu scientifique et zéro pour l'aveuglement idéologique.





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Garderies et idéologie

Michel Venne
LE DEVOIR lundi 7 juillet 2003

Le réflexe des défenseurs de la pensée ultraconservatrice est devenu familier : accuser de fanatisme ceux qui s'opposent à eux. Ce discours est très présent dans le débat sur les services de garde. Nous avons eu droit à un exemple de ce délire idéologique primaire dans cette page, vendredi dernier. Un texte signé Breton, Boucher, Marceau et Migué truffé de faussetés et de raccourcis, mais qui avait le mérite de faire apparaître clairement les préjugés des auteurs. Ceux-ci propagent par exemple une conception de la vie en société dans laquelle le coût relié aux enfants ne devrait incomber qu'aux parents.

L'idéologie rend confuses certaines personnes qui favorisent le développement des places en garderie commerciale plutôt qu'au sein des centres de la petite enfance parce que ceux-ci seraient des garderies publiques. Or les CPE sont des sociétés privées administrées par les parents. Il n'y a pas de garderies publiques au Québec ni de monopole d'État.

L'idéologie fait oublier aux critiques quelques faits pourtant faciles à vérifier. Les quatre chevaliers de l'ultraconservatisme mentionnés plus haut affirment que le budget consacré aux CPE a supplanté ceux d'autres formes d'aide à la famille. C'est faux. En 2002, Québec a consacré 1231 millions de dollars en subventions aux CPE contre 1731 millions à diverses formes d'aide (crédits d'impôt à l'égard des enfants à charge, prestations familiales, programme Apport, réduction d'impôt à l'égard des familles et crédits d'impôt remboursables pour les autres services de garde). C'est sans compter la prestation fédérale pour enfants et le coût des congés de maternité.

Pour combattre les CPE, on invoque parfois l'idée -- lumineuse ! -- d'offrir aux parents des services variés, non seulement en installation mais aussi en milieu familial. Or justement, cela fait partie du mandat des CPE d'offrir des services en milieu familial. En 2000-2001, les CPE offraient autant de places (environ 50 000) en milieu familial qu'en installation.

L'idéologie amène les critiques des CPE à s'en prendre à la syndicalisation des éducatrices. Préfère-t-on revenir à l'époque honteuse où celles à qui on confiait nos enfants, et donc notre avenir, gagnaient moins qu'un gardien de zoo ?

Enfin, l'idéologie incite à évaluer la politique actuelle des services de garde en fonction uniquement de la valeur qu'elle comporte pour le parent utilisateur. On oublie l'effet de la disponibilité à faible coût du service partout sur le territoire, et pas seulement là où ce serait rentable pour une garderie commerciale, sur l'insertion sociale et économique des personnes pauvres (notamment les mères monoparentales). On néglige la possibilité qu'offrent les CPE aux parents de prendre une responsabilité au sein de leur communauté ainsi que la contribution de ce programme à la lutte contre le travail au noir. Et puis, les éducatrices qui y travaillent gagnent un salaire, paient des impôts, consomment et épargnent et contribuent à la croissance de la prospérité collective. Les garderies ne sont pas un coût net pour la société. Elles y contribuent aussi de façon magistrale.

***

Si, au moins, les parents étaient insatisfaits des CPE. Or c'est le contraire qui saute aux yeux. Plus de 100 000 ont signé une pétition en leur faveur. Des milliers ont marché dans la rue. Et les chiffres rendus publics jeudi dernier montrent leur supériorité. Même si elles ne représentent que 16 % des places, les garderies commerciales font l'objet de 54 % des plaintes à l'Office des services de garde à l'enfance. Pour offrir leurs services à moindre coût et augmenter les bénéfices, les garderies commerciales rognent sur la qualité. Or la qualité du service est aussi importante que le nombre de places disponibles.

Contrairement à ce qu'écrivent Breton, Boucher, Marceau et Migué, 22 études internationales recensées par Guy Bellemare, Anne-Renée Gravel et Louise Briand, de l'Université du Québec en Outaouais, confirment qu'un service de garde de qualité influence positivement les résultats académiques des enfants lors de leur entrée à l'école primaire, aide à leur développement social et cognitif et favorise la réduction des comportements problématiques. Au contraire, un service de garde de mauvaise qualité a, selon ces études, des effets préjuciables pour tous les enfants qui les fréquentent.

Les principaux facteurs qui favorisent la qualité du service sont le degré de formation des éducatrices, des ratios adulte-enfants plus faibles, le plus grand nombre d'années d'expérience des directrices, des conditions de travail et salariales avantageuses et un faible taux de roulement du personnel, toutes choses que favorisent les CPE. Les études internationales montrent aussi que, partout où le phénomène a été étudié, les services offerts par les garderies commerciales sont de moindre qualité que ceux offerts par des garderies à but non lucratif comme nos CPE. Les garderies commerciales ont tendance à combiner des groupes d'âge, à fournir moins d'activités favorisant le développement, à offrir des salaires moins élevés aux éducatrices qui s'occupent de groupes d'enfants plus nombreux, et elles obtiennent moins de participation des parents.

Les garderies commerciales favorisent davantage l'accroissement du taux de profit et de la valeur des actifs immobiliers. Les faits parlent. Avant d'augmenter le nombre de places dans les garderies commerciales, d'augmenter le coût pour les usagers ou d'atténuer le caractère universel du programme, le gouvernement du Québec devrait considérer les effets négatifs que cette orientation pourrait avoir pour nos enfants et la société. Dans son discours inaugural, Jean Charest se disait pragmatique et non pas dogmatique. S'il a dit vrai, il ne laissera pas l'idéologie ultraconservatrice ici à l'oeuvre dicter la politique de son gouvernement.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca



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Une journée noire dans l'histoire de Québec

Jacques Noël
LE DEVOIR jeudi 10 juillet 2003

Lettres: Québec, le 4 juillet 2003

Ce qui devait arriver arriva. Les Jeux d'hiver de 2010, «nos jeux», se retrouvent à Vancouver, ville sans neige où il pleut tout l'hiver, alternance continentale oblige. À qui la faute pour ce vol inqualifiable?

D'abord à André Arthur qui, des mois durant, a monté ses auditeurs (30 % de la population de Québec à l'époque) contre les Jeux de 2002. Arthur n'acceptait pas qu'une petite élite de Québec flambe six millions de dollars de ses taxes dans des «orgies olympiques». Qu'importe si nos taxes vont maintenant servir à construire une nouvelle route de un demi-milliard à Vancouver, que dale si la gang d'Ottawa a flambé 400 millions pour un party de 30 heures du G8 dans ses Rocheuses, voire 1,3 milliard uniquement pour enregistrer des guns, et peu importe aussi les 810 beaux millions $US que NBC Sport va verser pour les Jeux de 2010 : les six millions olympiques ne passaient pas dans le palais royal.

À Andrée Boucher, la mairesse de Sainte-Foy, qui avait ouvert ses grands livres aux 30 000 citoyens «crinqués» à mort par l'Arthur. La mairesse a toujours préféré les splendeurs du Tal Mahal (son hôtel de ville, qui pourtant avait eu droit à un véritable non référendaire, mais que dale le peuple... ) à celles de l'Olympe.

Aux organisateurs de 2002 qui, tannés de se faire écoeurer quotidiennement par Arthur, ont plié l'échine et laissé tomber la candidature de 2006. Une erreur impardonnable qui aurait assuré la victoire en 2010, les yeux fermés. (Au contraire de Vancouver, Québec est en plein dans le prime time de NBC. Mieux placé que ça, tu meurs !)

À Michel Déprès, qui travaillait à l'époque dans le cabinet de Sheila Copps et dont le rôle obscur dans le report de la divulgation du vote de 1998 n'a jamais été précisé. (Il serait à peu près temps que quelqu'un l'interroge, non ?)

À Lucien Bouchard (aussi sportif que la mairesse... ) qui s'en était complètement lavé les mains, au point de virer en blague la remise de la divulgation du vote après les élections ! Une manoeuvre humiliante, une vacherie répugnante, qui aurait pourtant dû être du bonbon électoral pour le PQ !

Mais surtout à la petitesse, à l'inqualifiable hypocrisie des responsables des Jeux de Vancouver qui, dans les couloirs d'hôtel, ont convaincu les représentants des fédérations sportives (presque tous anglophones et à la tradition antifrancophone marquée) des dangers de la séparation, des risques de laisser la candidature canadienne dans les mains de la province séparatiste même si, 22 ans après la première élection du PQ, le Québec était toujours une fidèle et très docile province canadienne !

Plus de un milliard de dollars en droits de télé perdus, des infrastructures de niveau international qui auraient servi pendant des générations, des milliers de jobs, un vent d'optimisme dans la région, Québec sur la carte internationale pendant les sept prochaines années : tout cela perdu à jamais. Un désastre. Une honte malheureusement irréparable, à moins que le Québec ne devienne un jour indépendant et que l'on puisse faire une demande tout seuls, comme des grands, sans demander la permission au Canada.

2 juillet 2003 : la journée où on s'est fait baiser royalement ! L'une des journées les plus tristes de l'histoire de Québec depuis le 13 septembre 1759.



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M. Charest, vous n'avez pas le droit!

Hervé Fischer
Président du regroupement Science pour tous*
Gilles Provost
Président de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec
LE DEVOIR jeudi 10 juillet 2003

Libre opinion: Monsieur le premier ministre, vous voulez une économie du savoir, mais votre gouvernement coupe dans le savoir. Votre gouvernement n'a pas le droit de sabrer comme il le fait dans le financement de la culture scientifique québécoise. Tout cela pour faire économiser combien à l'État? À peu près rien! Une «pinotte» de 1,3 million sur un budget global de ...53 milliards! M. le premier ministre, le Québec n'a pas les moyens de faire ce genre d'«économies».

Savez-vous pourquoi les citoyens du Québec parviennent à faire vivre plusieurs magazines scientifiques (Québec Science, Les Débrouillards, Découvrir et Les Explorateurs) alors qu'il n'y en a aucun dans le reste du Canada ? Savez-vous pourquoi nous sommes la seule région du monde où 10 % de la population se rassemble chaque semaine devant son téléviseur pour écouter une émission scientifique comme Découverte ? C'est parce que nous n'avons pas le choix ! Nous vivons maintenant, à ce qu'on dit, dans la «société du savoir» et surtout dans l'«économie du savoir». Mais comme la science et la technologie se conjuguent en anglais à la grandeur de la planète, notre société francophone doit s'approprier le savoir scientifique dans sa langue.

Nos entrepreneurs ont donc créé une multitude d'outils qui permettent à nos citoyens de garder contact pendant toute leur vie avec les progrès scientifiques et techniques. Le Québec s'est aussi donné bon nombre d'organismes qui viennent plutôt en appui à l'école, comme les Scientifines en quartier défavorisé, le théâtre Le Petit Chaplin au Jardin Botanique de Montréal, les Expo-sciences, Les Scientifiques à l'école ou les clubs de Débrouillards. Autant d'organismes qui survivaient de peine et de misère à coups de bénévolat et de dévouement, surtout depuis qu'Ottawa a mis fin à son programme d'aide Science-Culture Canada, il y a cinq ans.

Or voilà maintenant que votre dernier budget ampute des deux tiers le financement du petit programme «Étalez votre science» qui maintenait en vie quelques centaines de ces organismes en finançant à la pièce des projets ponctuels, surtout dans les régions éloignées. Votre budget réduit aussi d'un tiers le financement de l'«aide à la relève en science et en technologie», l'autre programme d'aide ponctuel qui permettait à ces organismes de faire aussi la promotion des carrières scientifiques auprès des jeunes en milieu scolaire.

Résultat : vous allez priver les régions de leurs organismes de culture scientifique et perdre du coup tous les bénéfices de l'immense quantité de travail bénévole qui s'y développe. Plusieurs de ces organismes ignorent même encore leur disparition imminente parce qu'ils n'ont pas eu le temps de décoder vos prévisions budgétaires ni de pourchasser les fonctionnaires qui pourraient les interpréter en pleine période estivale. Nous connaissons même des militants bénévoles qui se voient maintenant acculés à la faillite. Dans leur naïveté, ils ont eu le tort d'engager leur crédit personnel pour payer des collaborateurs en attendant le versement des subventions promises... qui, on l'apprend maintenant, ne viendront jamais.

Comment votre gouvernement peut-il prendre de telles décisions, qui sont contraires à sa propre plate-forme électorale ? Il n'y a même pas 100 jours, votre parti promettait encore de «former une main-d'oeuvre prête à l'innovation» [...]. À propos de «l'innovation au service du citoyen», le document libéral disait aussi : «À cet effet, les médiateurs qui font profession de vulgariser pour le grand public les avancées scientifiques ou techniques, que ce soit par le journal, la radio, la télévision ou même par l'Internet, ont un rôle particulièrement important à jouer dans le développement de cette culture de l'innovation. Un gouvernement du Parti libéral du Québec saura le reconnaître.»

M. le premier ministre, le temps est venu de reconnaître concrètement l'importance d'une culture scientifique populaire au Québec et la responsabilité particulière de l'État québécois dans ce domaine critique pour l'épanouissement d'une société francophone moderne en Amérique du Nord.

Au nom de tous les organismes québécois de culture scientifique et de tous les communicateurs scientifiques du Québec, nous demandons à vous rencontrer sans délai pour corriger cette situation déplorable.

* Science pour tous est le regroupement des organismes québécois de culture scientifique et technique et compte parmi ses membres l'Agence Science-Presse, l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), l'Association des professeurs de sciences du Québec, Aster Station scientifique, l'Astrolab du Parc du Mont-Mégantic, le Biodôme de Montréal, le Bioparc de la Gaspésie, la Boîte à science, le Centre de démonstration en sciences physiques, le Centre des sciences de Montréal, le Conseil de développement du loisir scientifique, le Cosmodôme - Centre des sciences de l'espace, l'Insectarium de Montréal, Interscience inc., le Jardin botanique de Montréal, la Biosphère, la Cité de l'énergie, Les Scientifines, le Musée de la nature et des sciences, le Musée national des sciences et de la technologie, le Muséobus, l'Observatoire des sciences et des technologies, le Planétarium de Montréal, le Service des équipements scientifiques de la Ville de Montréal, la Société pour la promotion de la science et de la technologie, le théâtre Le Petit Chaplin et l'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN).



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Les moines d'Oka veulent déménager

Jeanne Corriveau
LE DEVOIR mercredi 2 juillet 2003

Les moines de l'abbaye cistercienne d'Oka se cherchent un nouveau toit. Leur monastère, situé à Notre-Dame-du-Lac dans la région des Laurentides, est devenu trop vaste pour cette communauté qui ne compte plus que 31 moines, dont la moitié ont plus de 70 ans.

La Trappe d'Oka est à vendre et les moines espèrent trouver, au cours des prochains mois, un endroit mieux adapté à la taille de leur communauté. Les coûts d'entretien du monastère, qui a abrité plus de 175 moines à une autre époque, sont devenus trop élevés pour permettre à la communauté d'y demeurer.

Comme les novices ne sont pas légion, la communauté s'est finalement résignée à opter pour un site aux dimensions plus modestes.

Il n'y a pas que la taille de leur domaine qui incite les trappistes à déménager. L'urbanisation de la région et la circulation sans cesse croissante sur le chemin d'Oka compromettent la quiétude des lieux, qui n'offrent plus un environnement propice au silence et à la solitude comme le veut la vie monastique.

«Nous voulons ainsi investir le meilleur de nous-mêmes et de notre énergie dans ce qui est au coeur de notre engagement chrétien et monastique, plutôt que de maintenir un patrimoine qui a sa beauté et sa valeur au plan historique», évoquait-on en mai dernier pour expliquer cette décision. «Ce n'est pas sans un pincement de coeur que nous faisons le choix de quitter le lieu de notre enracinement, après plus de 120 ans de présence à Oka.»

Fondée en 1881 par des moines venus de l'abbaye de Notre-Dame-de-Bellefontaine, en France, l'abbaye d'Oka comporte plusieurs bâtiments, des boisés, un verger de 3000 pommiers, un potager, un rucher ainsi qu'un magasin où les visiteurs peuvent s'approvisionner en gelée de pommes, cidre, confiseries, chocolat et fromage d'Oka.

La vie à l'abbaye est réglée autour de trois activités principales : la prière, la lecture de textes religieux et le travail manuel. Les moines sont conviés sept fois par jour à l'église afin d'assister aux offices religieux. Plusieurs d'entre eux assurent les services de la communauté comme la lessive, la plomberie et l'électricité ainsi que l'entretien des lieux, alors que d'autres travaillent à la fabrication des produits vendus au magasin de l'abbaye.

Les moines ont toutefois abandonné la production du fromage qui faisait leur renommée depuis 1893. La fromagerie, qui a été vendue en 1974, a changé de mains à plusieurs reprises avant d'être cédée à Agropur, qui assure la production du fameux fromage depuis 1981.

Le monastère accueille également les visiteurs désireux de séjourner dans un environnement propice au recueillement. L'hôtellerie comporte une trentaine de chambres destinées à ces résidents de passage, qui doivent se plier à la consigne du silence qui est de rigueur dans les murs du monastère.

L'Ordre des Cisterciens de la stricte observance, auquel appartient l'abbaye d'Oka, compte six monastères au Canada.



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Oka - Les Mohawks veulent l'aide d'Ottawa pour acheter l'abbaye

Geneviève Otis-Dionne
LE DEVOIR vendredi 4 juillet 2003

Le grand chef mohawk de Kanesatake, James Gabriel, revendique les droits de sa communauté sur les 800 acres de terrain mis en vente par les moines de l'abbaye cistercienne d'Oka. M. Gabriel rappelle que l'ancienne seigneurie du lac des Deux-Montagnes, qui comprend le territoire occupé par la Trappe d'Oka, fait partie des revendications territoriales de son peuple.

Le chef mohawk mentionne qu'une mission amérindienne a été établie sur ce terrain par les Sulpiciens au début des années 1700. «Le terrain a été remis aux Sulpiciens pour qu'ils répondent aux besoins des Mohawks.» Mais en 1880, les Sulpiciens ont cédé les 800 acres aux frères trappistes. «Ils [les Sulpiciens] n'auraient pas dû donner les terres aux frères trappistes parce que le terrain appartenait en fait aux Mohawks de Kanesatake», affirme M. Gabriel.

Au début des années 1990, il avait déjà été question pour les moines de déménager. Ceux-ci avaient finalement décidé de rester et de rénover les lieux. Le gouvernement du Québec avait alors montré un certain intérêt pour le terrain. «À l'époque, le gouvernement du Québec nous a signalé qu'il voulait être informé le premier si nous voulions quitter les lieux», a expliqué au Devoir en entretien téléphonique le frère Sylvain Mailhot, porte-parole de l'abbaye.

«Nous avons donc aujourd'hui honoré cette demande en informant le gouvernement du Québec en priorité que nous voulions déménager.» Le frère Mailhot précise cependant que ce geste «ne veut pas nécessairement dire que nous allons vendre le terrain au gouvernement du Québec. Nous allons prendre le temps de considérer toutes les offres qui vont nous être faites et nous ne voulons pas prendre de décisions hâtives.»

James Gabriel conteste «la compétence du gouvernement du Québec sur notre territoire. Si le gouvernement du Québec achète ce terrain qui se trouve sur des terres que nous revendiquons, ça va nous causer un sérieux problème».

Le rôle du fédéral

M. Gabriel souhaite demander l'aide du gouvernement fédéral pour racheter le terrain qui «revient de droit au peuple mohawk». Le gouvernement fédéral et le Conseil mohawk de Kanesatake ont en effet une entente en ce qui concerne la résolution des griefs relatifs aux questions territoriales. Cette entente précise que toute nouvelle acquisition de terres par le gouvernement du Canada doit être effectuée en consultation avec le Conseil.

Par contre, le Conseil de Kanesatake se trouve actuellement dans une impasse et n'a pas de négociateur en chef. Devant cette situation, le gouvernement du Canada a décidé de mettre les négociations en veilleuse. «Les négociations sont en veilleuse pour permettre au Conseil de consacrer ses efforts à la résolution de ses questions de gouvernance», explique la gestionnaire des communications du ministère des Affaires indiennes et du Nord du Canada au bureau régional de Québec, Hélène Philippe.

Selon M. Gabriel, cette impasse va être résolue lors des élections partielles du 5 juillet. «À partir de ce moment-là, nous allons sérieusement commencer les démarches avec le gouvernement fédéral concernant la propriété.» Le chef mohawk n'a pas encore de projet précis pour le terrain, mais il veut se mettre au travail le plus tôt possible pour présenter au fédéral des idées intéressantes et l'inciter à acheter le terrain.

Depuis 1991, le Canada a fait l'acquisition de plus de 170 propriétés privées pour consolider l'assise territoriale de Kanesatake.



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Taxe sur l'essence - Les autochtones réclament des millions du gouvernement du Québec

Jeanne Corriveau
LE DEVOIR vendredi 4 juillet 2003

Les autochtones du Québec ont déposé lundi une requête en recours collectif afin de récupérer la taxe sur les carburants qu'ils versent au gouvernement du Québec depuis des décennies. Ils n'auraient pas dû payer ces sommes, disent-ils, puisque la Loi fédérale sur les Indiens les exempte de taxes sur les achats faits dans les réserves. Les sommes en jeu sont importantes, mais l'Assemblée des premières nations (APN) est encore incapable d'en évaluer l'ampleur. L'on peut présumer que la réclamation sera de plusieurs millions, voire de dizaines de millions de dollars.

Faute d'avoir pu s'entendre avec Québec, l'APN a décidé d'avoir recours aux tribunaux pour obtenir le remboursement de la taxe sur les carburants. Au nom de tous les membres des communautés autochtones à travers le Québec, Ghislain Picard, chef régional de l'APN pour le Québec et le Labrador, a déposé une requête en recours collectif en Cour supérieure.

Même si les autochtones bénéficient au Canada d'une exemption fiscale sur les biens qu'ils achètent dans les réserves, cela ne les empêche pas de payer la taxe sur les carburants instaurée par le gouvernement du Québec en 1973 lorsqu'ils font le plein d'essence. Or les lois fédérales sont prépondérantes, fait valoir l'APN, et Québec agit illégalement en percevant ces sommes.

Remboursement

En 1987, l'Assemblée nationale a modifié la Loi concernant la taxe sur les carburants en offrant aux autochtones la possibilité d'obtenir un remboursement. Mais les modalités de remboursement sont «tatillonnes» et difficiles à appliquer, indique la requête déposée par l'APN, et peu d'autochtones se prévalent de ce droit.

Ghislain Picard ne peut chiffrer les montants que l'APN pourrait obtenir de Québec. Trop de facteurs entrent en jeu, dit-il. À titre d'exemple, l'APN n'a pas encore répertorié le nombre de stations-service dans les réserves québécoises ni à quel moment celles-ci ont été établies. La poursuite en recours collectif, si elle est autorisée, pourrait bénéficier aux 48 000 autochtones de plus de 15 ans que compte le Québec, indique-t-on à l'APN.

Les autochtones du Québec ne sont pas les seuls à avoir fait appel aux tribunaux pour régler ce litige. En Nouvelle-Écosse, la communauté d'Eskasoni avait réussi l'an dernier à s'entendre avec le gouvernement provincial qui a consenti à verser une somme de 16 millions aux 3500 résidants de la réserve en guise de remboursement de la taxe sur les carburants. Mais cette réserve comptait une station-service depuis 1948, ce qui a contribué à augmenter la somme accordée aux résidants. Au Québec, deux Abénaquis ont porté leur cause devant les tribunaux au cours des dernières années, mais avant même que les causes puissent être plaidées, le gouvernement a accordé les remboursements exigés.

Question de principe

Pour Ghislain Picard, c'est davantage le principe que la somme en jeu qui importe. «C'est très clair qu'il s'agit d'un dossier politique. Ce qui est important, c'est de connaître la position du gouvernement du Québec par rapport à cette question.»

L'APN avait tenté de trouver un terrain d'entente avec le gouvernement Landry, ajoute-t-il, mais en vain. Conscient que les procédures juridiques pourraient être longues et complexes, M. Picard se dit prêt à engager des négociations avec le nouveau gouvernement. «Si le gouvernement du Québec veut procéder autrement, on peut peut-être s'asseoir à une table et essayer de regarder ça. D'un point de vue politique, ça peut facilement se régler rapidement. Du point de vue juridique, ça peut aussi se régler, mais ça risque de prendre un peu plus de temps», résume-t-il.

L'APN avait jusqu'au 1er juillet pour déposer une requête en recours collectif si elle désirait obtenir une rétroactivité sur une période de 30 ans. «Le recours collectif, c'est le dernier recours qu'on a pour régler les choses, indique M. Picard. Si on n'allait pas devant le tribunal, on risquait de se retrouver avec une seule option, celle de la négociation, qui est toujours incertaine.»



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Les autochtones et les droits de la personne - Le danger d'une société fondée sur des bases ethniques

Guy Durand
Éthicien, auteur du livre Le Pays dont je rêve (Fides, 2003)
LE DEVOIR mardi 8 juillet 2003

On parle beaucoup des autochtones du Québec. On parle, d'une part, de protection culturelle, de développement économique, d'autonomie administrative et, d'autre part, d'ententes de nation à nation, de respect mutuel. Je suis parfaitement d'accord avec ces objectifs. Mais dans le discours sur les autochtones et dans les discussions avec eux, il me semble que l'on ne souligne pas assez la question des droits de la personne. Or il me semble que nous ne pouvons pas bâtir des ententes modernes sans le respect de ces droits.

Dans cette perspective, on ne peut accepter une société fondée sur des bases ethniques, voire un territoire réservé à une nation autochtone où seuls les membres de cette dernière auraient des droits. Le régime de l'apartheid en Afrique du Sud a été dénoncé universellement. On critique l'existence plus ou moins officielle de deux classes de citoyens dans certains pays arabes. On a suffisamment reproché aux Canadiens français du Québec leur prétendue ethnicitude pour ne pas y revenir ici. Les Québécois francophones le voudraient-ils qu'on les dénoncerait sur toutes les tribunes nationales et internationales. Comment justifier pareille organisation pour les autochtones ?

Dans la même veine, une certaine façon d'évoquer les droits ancestraux n'a pas de sens : on ne peut refaire l'histoire. Pas plus que les Acadiens ne peuvent exiger le retour sur leurs terres d'origine. Ni les Canadiens français, le rétablissement du territoire de l'ancienne colonie française. Ni les juifs, revendiquer le territoire qui va de la Méditerranée au Jourdain. Les guerres et les spoliations, même injustes, ont fait l'histoire. À cet égard, je ne comprends pas vraiment l'article 35 de la Constitution de 1982, qui reconnaît ces droits aux autochtones sans aucune limitation. Compte tenu de ce fait, je trouve cependant assez astucieuse la façon dont le projet d'entente avec une partie des Innus à l'été 2002 reconnaît ces droits ancestraux, à savoir sous la condition que seront suspendus les droits qui ne seront pas explicitement définis dans le futur traité prévu d'ici deux ans.

De même faut-il être très attentif aux privilèges octroyés sur une base ethnique, comme dans l'entente de principe signée par le gouvernement du Québec avec la bande micmac de Gespeg, dans la région de Gaspé. Selon Louis-Gilles Francoeur, qui rapporte cette entente, il est difficile de comprendre comment l'origine ethnique d'un Québécois peut lui valoir en 2001 des privilèges de cette sorte, une prémisse aussi dépassée socialement que potentiellement dangereuse. La chasse et la pêche d'alimentation méritent un débat courageux. Mais au filet et aux fusils ? Les blancs des régions éloignées ont des besoins égaux d'accès aux ressources fauniques, parfois plus criants encore parce qu'ils ne peuvent s'en remettre au soutien d'une bande. Vraiment, conclut Francoeur, cela constitue une abdication inacceptable de la part du gouvernement.

Enfin, toujours au niveau des principes, on doit bannir toute forme de discrimination. La Charte des droits de la personne, le cas échéant la charte québécoise, doit s'appliquer intégralement pour garantir l'égalité entre les hommes et les femmes, comme le demande ardemment depuis longtemps l'Association des femmes autochtones du Canada, et pour assurer des recours contre toute autre forme de discrimination. Les chartes, en effet, malgré leurs imperfections, reposent sur les principes universels d'égalité, de justice, d'équité reconnus à tout être humain au nom de sa dignité même d'humain. On ne peut accepter aucun compromis à ce niveau, aujourd'hui. Cet objectif demande, d'une part, un amendement à la loi de 1978 qui instaure la Charte fédérale et qui déclare ne pas s'appliquer aux Amérindiens. Il demande, d'autre part, l'abandon de certaines règles traditionnelles autochtones.

Ainsi est-il tout à fait inacceptable que la femme autochtone qui épouse un blanc perde son statut d'Amérindienne, alors que la réciproque n'existe pas pour l'Amérindien qui épouse une blanche. De même est-il inacceptable que l'on ne puisse poursuivre un autochtone devant les cours de justice régulières pour discrimination, pour non-paiement de biens achetés dans un magasin tenu par un blanc ou pour vacarme fait dans un bar de la ville, comme les tribunaux l'ont reconnu.



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Enfants de la loi 101

Patrice Boileau
LE DEVOIR mardi 8 juillet 2003

Lettres: Carignan, le 25 juin 2003

Plutôt étrange que d'avoir choisi la veille de la Fête nationale pour présenter cet article.

Un article qui, avouons-le franchement, ne nous apprend rien de neuf quant au taux de rétention que la langue française exerce sur les nouveaux arrivants. L'ensemble des études qui touchent le sujet abordé par Clairandrée Cauchy débouchent toutes à peu près sur le même constat : le passage obligé dans les maisons d'enseignement francophones du Québec représente pour une large majorité des immigrants une visite chez le dentiste. À preuve : plusieurs d'entre eux font des pieds et des mains afin d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise, au risque d'aller jusqu'à acquitter les coûts importants exigés par des écoles privées non subventionnées. S'ils ne peuvent y parvenir, le calvaire durera jusqu'à la fin du secondaire. Car, de par le nombre de ces enfants qui fuient par la suite en direction des collèges anglophones, cela ne fait pas de doute qu'ils sont légion à pester contre la loi 101.

Revoilà donc la sempiternelle question à poser : que faire pour corriger le tir ? Parce que, actuellement, près de 80 % de ces étudiants grossissent les rangs des Anglo-Québécois, alors que, pourtant, la loi 101 est censée favoriser l'inverse. Devrions-nous prolonger jusqu'au cégep le séjour de ceux-ci dans le réseau francophone de l'éducation ? Cette mesure risque-t-elle cependant de provoquer davantage la grogne chez les nouveaux arrivants ? Parviendrait-elle alors à renverser la lourde tendance que nous observons actuellement ? Je ne crois pas.

C'est le Canada qui accueille les immigrants. Son titre de pays bilingue (surtout grâce au Québec, ne soyons pas dupes !) autorise le libre choix de la langue à ces derniers. Dans ce contexte, quel quidam désire s'assimiler à un groupe minoritaire ? Les francophones disparaissent lentement partout au Canada; alors, pourquoi participer aussi à ce génocide culturel ? Nous sommes donc tout au plus une curiosité culturelle, un groupe courageux dont le combat rappelle celui de Don Quichotte. Baragouiner quelques mots de français, sans pour autant en épouser l'histoire, constitue donc pour l'instant un choix logique pour bon nombre d'immigrants du Québec.

Les gens en quête d'une terre d'accueil préfèrent naturellement une nation forte, dynamique, capable de s'affirmer sur la scène internationale. Le statut politique actuel du Québec l'empêche d'offrir tout cela : les chiffres désastreux quant à l'attrait du français chez les communautés culturelles québécoises l'attestent. Seule l'adhésion de ces gens à une majorité déclarée peut renverser la situation. Un État du Québec, dont le tissu social est francophone à plus de 80 %, règlerait le problème une fois pour toutes. Le fait de pouvoir entièrement gérer l'immigration et d'affirmer sa francité sans retenue donnerait l'heure juste à ceux qui désirent s'installer dans notre maison. Choisir le Québec comme pays d'adoption doit susciter l'enthousiasme à l'idée d'y vivre en français. Ce qui est loin d'être le cas en ce moment...



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Les deux chanoines Groulx de Gérard Bouchard

Roger Drouin
LE DEVOIR mercredi 16 avril 2003

Lettres: Le 6 avril 2003

Il me semble que pour bien comprendre les contradictions dans l'oeuvre de Lionel Groulx, il faille faire appel à ses ascendances ou allégeances. On pourrait parler, chez Groulx, d'ascendances religieuse, intellectuelle et linguistique, cette dernière pouvant se diviser en deux: la France et la langue française. Les enseignements de l'Église catholique avaient la priorité. Dans les champs laissés libres par l'Église, Groulx défendait la langue et la civilisation françaises, par ricochet la France. Si l'État devenait trop laïque, son ascendance religieuse l'obligeait à le combattre. Évidemment, il défendait la foi et la langue française au Québec.

Il me semble donc que pour bien comprendre Groulx, il faille connaître les prises de position de l'Église catholique dans la majeure partie du XXe siècle, les grandes batailles intellectuelles de la même époque et aussi l'histoire de la langue française au Québec combinée à la culture catholique (enseignements des évêques).

Un peu d'histoire au sujet du chanoine. J'ai entendu dire qu'un groupe élabore un film sur Groulx à partir de la thèse d'Esther Delisle. En anglais à part ça. Mais Bouchard, chercheur on ne peut plus sérieux, a été contraint de dévoiler, sans le rechercher directement, les nombreuses erreurs dans la thèse dite doctorale de Delisle : sur 57 renvois de Delisle, 28 sont inexacts et 23 sont factices. Les thèses de doctorat deviennent-elles des farces ?

Je pense que Gérard Bouchard prend une place de plus en plus importante dans notre univers intellectuel au Québec. Une belle famille que ces Bouchard.



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À propos de Lionel Groulx et des Deux Chanoines
Des conclusions injustes à rectifier

Dr Jacques Genest
Institut de recherches cliniques de Montréal. L'auteur est l'ancien médecin de Lionel Groulx.
LE DEVOIR lundi 7 juillet 2003

Gérard Bouchard, bien connu au Québec, vient de publier un livre qui résume son évaluation de l'oeuvre de Lionel Groulx et qui est le fruit d'une lecture quasi totale des oeuvres publiées par ce dernier jusqu'à sa mort, en 1967. Il s'agit d'un travail énorme provenant d'un sociologue et intellectuel issu du Québec moderne.

Il semble que M. Bouchard, comme certains sociologues du Québec, ait voulu -- pour se donner un air détaché et, à leurs yeux, objectif et plus «scientifique» -- s'élever au niveau des nuages pour contempler d'un oeil perçant toutes les facettes de la société. [...] Toute la thèse de Bouchard reposera sur des «contradictions» de la pensée de Groulx qui seraient «non pas marginales, mais centrales et structurelles».

Gérard Bouchard fait de nombreux et sévères reproches à Groulx :

1. «directives conflictuelles» [...] quant à l'avenir du Québec;

2. avoir versé dans l'admiration des chefs fascistes;

3. propos durs et même violents [...] qui seraient allés jusqu'au mépris du peuple canadien-français;

4. son antisémitisme;

5. ne pas s'être occupé des aspects sociaux de la vie canadienne-française;

6. nombreux silences et omissions en ne parlant pas de Charles de Gaulle, du concile Vatican II, de l'Holocauste, etc.;

7. ne pas avoir versé dans le radicalisme pour un Québec fort dans la Confédération versus un Québec souverain;

8. quelques envolées lyriques quant au rôle de la Providence pour le peuple canadien-français et à la vocation apostolique de ce peuple en Amérique [...];

9. une certaine vanité, l'utilisation excessive de pseudonymes;

10. son «incapacité à gagner l'appui du milieu des affaires et des politiciens»;

11. finalement, Lionel Groulx serait «l'homme de l'échec» !

Il y a dans ces jugements de M. Bouchard quelque chose de nettement excessif et injuste. Comment rester silencieux ? Pour ma part, toute autre est ma perception de Lionel Groulx. Je la propose. J'avoue ne pas avoir lu la totalité des ouvrages de Groulx, mais j'en ai lu une large partie. Il me semble que je peux me permettre une évaluation «raisonnable», d'autant plus que j'ai eu l'avantage et le privilège de le connaître intimement, ayant été son médecin depuis la fin de mes études en 1942 jusqu'à son décès en 1967. De plus, je fus pour lui un jeune ami à qui il se confiait librement, et ce pendant 25 ans. De nombreuses soirées d'échanges et de discussions très ouvertes. J'ai été aussi l'un des cinq premiers directeurs de la Fondation Lionel-Groulx et en ai été le président pendant près de 17 ans. Bien que j'aie une profonde admiration pour Groulx, je ne suis pas cependant un disciple inconditionnel de toutes ses idées.

Provoquer

La plupart des reproches de Gérard Bouchard ne tiennent pas debout pour quiconque a personnellement connu Groulx.

Que Groulx ait eu des moments de vanité; qu'il ait eu des dérapages quant à la violence de certains termes qu'il a utilisés pour fouetter un peuple soumis, sans fierté, résigné et avec un énorme complexe d'infériorité; qu'il ait eu certains élans lyrico-mystiques et grandiloquents, cela est certain. Qu'il ait employé des pseudonymes, à l'occasion, pour vanter ses livres... Et puis après ! Peu de ses amis s'en formalisaient outre mesure et savaient faire la part des choses. Car il s'agissait le plus souvent d'explosions provenant d'une frustration intense de voir si peu de résultats immédiats, de se sentir bloqué et incompris par tant de ses compatriotes -- politiciens, monde des affaires, universitaires et même clercs qui préféraient «rester sur la clôture» et «naviguer» selon les circonstances ! L'utilisation de termes forts et même violents n'avait pour autre but que de provoquer des réactions. Mais de là à dire que Groulx «méprisait» le peuple canadien-français, c'est de la pure fantaisie.

Que l'on reproche à Groulx de ne pas avoir versé dans le radicalisme est un peu fort lorsqu'on connaît sa foi profonde et sa soumission aux autorités ecclésiastiques. Que Groulx ne se soit pas aventuré dans l'analyse des aspects sociaux de la vie canadienne-française [...], cela était en dehors des objectifs qu'il s'était fixés depuis le début de sa carrière et qu'il a maintenus sans dévier tout au long de sa vie.

Groulx n'était pas porté aux discussions alors si souvent oiseuses durant les années 1950-1960. [...] Il était en désaccord avec le socialisme de l'époque, laïque de pensée ou athée (ce qui heurtait ses convictions profondes) et qui était marqué par une négligence des idéaux nationaux d'un peuple, par le dogmatisme [...] et surtout par la création d'une immense bureaucratie, souvent sans humanité ni compétence appropriée (comme on le voit actuellement dans le système de santé au Québec). Mais Groulx ne manquait pas de préoccupations sociales, tel qu'en témoigne Fernand Dumont : «[...] les politiciens du Québec faisaient une qualité de la docilité des ouvriers de ce pays. Quelle main-d'oeuvre admirable ! Groulx n'usait pas de cette rhétorique». [...]

Groulx était conscient des déficiences de l'enseignement dans les écoles catholiques, surtout dans les collèges fonctionnant alors à budget «minimaliste», de l'insuffisance de la préparation des maîtres (quoique toujours disponibles et d'un dévouement extraordinaire), dont le salaire de l'ordre de 50 à 100 $ par année ne permettait pas d'aller en Europe pour y étudier sur place les trésors des civilisations romaine et grec, dont ils devaient enseigner les langues et les valeurs humanistes. [...]

Groulx constatait aussi bien, sinon mieux que bien d'autres, les déficiences du système d'éducation du Québec et réclamait des réformes importantes de ce côté. Mais celles proposées par les auteurs du Rapport Parent, que Groulx qualifiait «d'esprits de deuxième et de troisième ordre», avaient été faites de façon précipitée, sans vision globale. Il était profondément perturbé par les accents anticléricaux et laïcisants qui dominaient ce rapport. Il n'avait pas tout à fait tort, car à part des aspects très positifs, surtout sur le plan des investissements et du rattrapage, on ne peut s'empêcher de constater les résultats néfastes qu'a eus cette réforme précipitée [...].

Antisémitisme de surface

Sous le couvert de termes généraux comme «politiciens», «Anglais», «Juifs», Groulx, en réalité, visait des personnes précises ou des groupes bien particuliers. En ce qui a trait aux politiciens, les archives de la Fondation Groulx contiennent de nombreux témoignages d'admiration extraordinaires [de Jean Lesage, de Daniel Johnson, de René Lévesque, de Claude Ryan]. [...]

Je n'ai pas l'intention d'entrer dans l'aspect déformé de façon si grossière et, semble-t-il, intentionnelle du supposé antisémitisme de Groulx. [...] On trouve dans ce débat trop d'esprits primaires, de déformations de la vérité et d'acharnement à détruire un homme qui incarnait une volonté de fierté et d'épanouissement des Canadiens français. [...] En fait, les rares propos dits «antisémites» de Lionel Groulx faisaient partie d'un «antisémitisme de surface» chez de nombreux Canadiens français, que le Dr Heinz Lehman, psychiatre réputé, avait décrit comme bénin «en contraste avec celui des Européens qui, lui, était de nature violente et exacerbée comme en France, en Russie, en Allemagne». [...]

Ayant eu l'occasion de côtoyer Groulx de très près durant de si nombreuses années, je puis dire formellement qu'il n'avait aucun sentiment antisémite sérieux, mais que, au contraire, il vantait souvent ce groupe pour son esprit de solidarité, de défense mutuelle, de promotion de ses intérêts, toutes qualités qu'il enviait pour son «petit peuple». Il faut avouer que le Canadien français avait cette malheureuse habitude -- insultante, le mot serait plus juste -- de qualifier une personne qui ne lui plaisait pas au premier abord de «maudit Français», «maudit Anglais», «maudit Juif», sans y attacher plus d'importance. C'était une habitude grossière, mais qui persiste encore malheureusement ! Je me permettrai de rappeler un point qui avait choqué Groulx et qui avait trait à la disparition des épiciers-bouchers de quartier, qui faisaient partie de la structure de la petite économie canadienne-française et qui, par individualisme, n'avaient pas su s'unir pour concurrencer la formule des commerces «à plus grande surface», à ce moment les magasins Steinberg. La disparition de ce «petit entrepreneurship» et de ces entreprises était perçue comme un choc, comme une régression pour Groulx. Par ailleurs, Groulx admirait les pauvres émigrés juifs d'Europe des années 30 qui, pour vivre, achetaient à vil prix les «guenilles» des Canadiens français en faisant le tour des ruelles du centre-ville et de l'Est de Montréal. [...]

De Dieu et de fierté

Deux constantes sont frappantes chez Groulx. D'abord et en tout premier lieu, Dieu était le point central de sa vie -- qui était complètement orientée vers la religion catholique de type ultramontain et vers les valeurs spirituelles. Groulx était un saint prêtre qui célébrait la messe tous les matins dans son oratoire privé et rendait visite chaque après-midi à l'église Saint-Viateur après avoir cueilli ses journaux sur la rue Laurier. C'est la composante-clé de sa vie. En deuxième lieu, voyant l'infériorité et les déficiences des Canadiens français sur presque tous les plans, et cela est bien décrit par Bouchard, il s'était fixé comme objectif de consacrer sa vie à redonner la fierté aux Canadiens français -- héritiers d'une histoire riche en labeur, en courage et en petites réalisations progressives (écoles, collèges, universités, hôpitaux...) à partir de rien et sans aide, ni de la France, ni des compatriotes anglo-saxons. Il a voulu sortir les Canadiens français de leur complexe d'infériorité, de leur esprit de résignation et de leur manque de vision et d'envergure et les pousser à prendre le contrôle de leur société. Les accents qu'il a pris ont pu être, à l'occasion, excessifs, mais toujours sans incitation à la violence.

Groulx a consacré une bonne partie de son énergie à combattre «l'esprit de parti» qui a si longtemps primé chez les politiciens canadiens-français, toujours minoritaires dans les partis «bleu» ou «rouge» et presque toujours perdants dans la défense et la promotion des droits et des intérêts des Canadiens français. Il a fait de cet esprit de parti un cheval de bataille qu'il a maintenu pendant des décennies.

L'homme tiraillé

Groulx rêvait d'un chef «laïque», capable de continuer son action et dont les qualités et les orientations auraient été celles qu'on retrouvait chez Groulx lui-même. Car Groulx avait la trempe d'un leader avec toutes les qualités d'expression orale et écrite, de caractère, d'idéal et de détermination. Mais comme prêtre, il était sévèrement limité dans son action.[...]

Fondamentalement, la préoccupation majeure de Groulx était la création d'un Québec fort, conscient de ses richesses et de ses talents. Pour Groulx, la religion avait préséance sur toutes les autres activités humaines. Dans la zone floue qui sépare le spirituel du temporel (surtout sur le plan de la politique), Groulx se sentait sur un terrain miné, écartelé entre son rêve d'un peuple politiquement respecté, maître de ses richesses, et son allégeance romaine totale. Le port d'une soutane était un carcan et une grande gêne lorsqu'il s'aventurait dans le domaine politique. C'est cela que je ne puis accepter de la part de M. Bouchard, qui parle de «contradictions» et d'«incohérences». Ses hésitations sur l'avenir politique du Québec proviennent de sa crainte de mêler Église et religion à la politique.

Groulx obéissait à l'épiscopat, que par ailleurs, en privé, il critiquait pour ne pas être à la hauteur sur les plans intellectuel et théologique et pour être trop timoré et prêt à bien des compromis pour préserver son autorité et son influence auprès des chefs temporels de l'époque. Groulx a toujours été déchiré dans son action publique entre la primauté du spirituel et ses activités séculières ou temporelles.

Il était perturbé par la progression des sciences ( ?) sociales, surtout à l'université Laval à Québec, parce qu'on y reléguait au deuxième plan toute la question nationale. Il sentait l'importance de prêcher «fort» pour sortir son «peuple» de son esprit de soumission, de résignation, et pour l'inciter à s'épanouir sur tous les plans, surtout religieux, mais aussi économique, politique, industriel. À devenir «maître chez nous», selon l'expression de Groulx en 1920, reprise en 1960 par Jean Lesage. [...]

Il est totalement incorrect d'écrire qu'il y a eu deux chanoines et de dire que la vie de Groulx a été un échec. Cela est pour le moins inéquitable ! Échec : oui sur le plan religieux et de la foi, car l'idéal catholique de Groulx pour son peuple a été balayé par les forces anticléricales depuis les années 1950-1960 et par celles plus récentes de la laïcité de la société moderne.

C'est cela qu'il a décrit comme la «faillite» de sa vie. Mais, échec : non quant aux autres aspects. Succès extraordinaire sur les plans patriotique, politique, économique, culturel, universitaire, linguistique. Succès plus modeste sur le plan de l'éducation. Mais dans l'ensemble et au cours des 50 dernières années, quel progrès dans l'épanouissement du «petit peuple» canadien-français !



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Le fin mot de l'histoire:
«Par la bouche de mes canons» -- Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau

Pierre Rousseau
Historien et archiviste
LE DEVOIR lundi 7 juillet 2003

L'histoire, la grande, retient souvent quelques phrases qui traversent le temps mais dont le contexte s'efface des mémoires. Le Devoir publie, tous les lundis de l'été, des textes qui rappellent où, quand, comment, pourquoi des paroles qui deviendront célèbres ont été prononcées.

Au cours des années 1680, Français et Anglais se disputent le contrôle du commerce des fourrures sur le continent nord-américain. De part et d'autre, on ne se gêne pas pour se faire la guerre par tribus amérindiennes interposées. Les colonies britanniques arment ainsi les Iroquois en les encourageant fortement à attaquer par tous les moyens les établissements français. La situation s'envenime encore davantage lorsque, au début de l'année 1689, la France et l'Angleterre se déclarent officiellement la guerre en Europe. C'est cette même année, dans la nuit du 4 au 5 août, que le village de Lachine est attaqué et que plusieurs de ses habitants sont tués ou enlevés. Au cours des mois suivants, d'autres coups de main ont lieu, notamment à Lachenaie et à l'île Jésus.

En Nouvelle-France, les autorités et la population savent très bien que ce sont les Anglais de la colonie voisine qui constituent la vraie menace et que ce sont eux qui sont derrière ces incursions meurtrières perpétrées par les Iroquois. Le moral des habitants est alors à son plus bas. C'est à ce moment que le gouverneur Frontenac décide de riposter.

Au début de 1690, trois expéditions formées de Canadiens et d'Amérindiens sont mises sur pied dans le but de frapper sévèrement la Nouvelle-Angleterre. Toutes les trois sont de francs succès. Ces raids, en plus de faire des merveilles pour le moral de la population, sèment la panique dans les colonies anglaises. Pour les autorités britanniques, c'en est trop. La Nouvelle-France doit payer, et payer cher, son audace.

Le 16 octobre 1690, William Phips, à la tête de 32 navires britanniques et de 2000 miliciens, prend solidement position devant la ville de Québec. Il y a à peine cinq mois, avec seulement sept navires et 450 hommes, il réclamait et obtenait, sans coup férir, la reddition de Port-Royal en Acadie. Malgré cela, Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau, gouverneur de la Nouvelle-France, observe calmement cette armada venue de Boston.

En ce jour d'octobre 1690, l'amiral Phips, sûr de lui, envoie le major Thomas Savage auprès de Frontenac. Dès que l'émissaire anglais débarque sur la côte, on lui bande les yeux. On ne tient pas à ce qu'il voit la faiblesse des défenses de la ville. De plus, dans l'espoir de lui faire croire que le chemin qui mène au fort est infranchissable, deux sergents lui font emprunter des sentiers impraticables. Puis, pour le convaincre que Québec regorge de défenseurs, de surcroît nullement impressionnés par la présence de tous ces navires ennemis sur les eaux du Saint-Laurent, quelques habitants rient, courent autour de l'émissaire et se rangent comme si une foule compacte fermait le passage. Enfin, pour s'assurer que l'effet désiré soit bien obtenu, une douzaine d'hommes, passant et repassant autour de lui, le pressent et le bousculent tout au long du trajet.

Après toutes ces péripéties, le major Savage arrive enfin devant Frontenac. Au nom du commandant Phips, il lui intime l'ordre de rendre la ville de Québec immédiatement et sans condition. Le gouverneur a une heure pour réfléchir et rendre sa décision. Le comte de Frontenac est bien le dernier homme de France et de Québec à céder à un ultimatum. Il n'a nullement besoin de tout ce temps, loin s'en faut, pour donner sa réponse. C'est vêtu en grand uniforme et entouré de son état-major que Louis de Buade, comte de Frontenac, lance sur un ton martial à l'émissaire de l'amiral Phips : «Je ne vous ferai pas tant attendre. Non, je n'ai point de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons et à coups de fusil; qu'il apprenne que ce n'est pas de la sorte qu'on envoie sommer un homme comme moi; qu'il fasse du mieux qu'il pourra de son côté, comme je ferai du mien.» Il y aura donc bataille.

Les officiers anglais s'entendent alors sur un plan d'attaque. Les troupes devront débarquer sur la côte de Beauport, traverser la rivière Saint-Charles et attaquer Québec par voie de terre. Au même moment, les navires canonneront la ville. Le 18 octobre, 1400 hommes débarquent et sont aussitôt accueillis par les tirs nourris de miliciens embusqués venus de Trois-Rivières et de Montréal. Les troupes anglaises reculent devant la guérilla canadienne. Dans l'après-midi, les Anglais tirent environ 500 volées de canon qui ne font toutefois que très peu de dommages.

Pendant deux jours encore, la canonnade se poursuit. Mais le 21 octobre, les Anglais rembarquent après avoir subi une défaite à Beauport. Puis la température s'en mêle. Il fait de plus en plus froid et Phips ne veut pas hiverner sur le Saint-Laurent. Les 23 et 24, des négociations ont lieu. Anglais et Français s'échangent des prisonniers, puis la flotte de l'amiral Phips reprend le chemin de Boston. Québec est sauvé.

Tout cela ne met toutefois pas un terme à la rivalité commerciale qui demeure, au contraire, très violente entre Français et Anglais. La baie d'Hudson, haut lieu de la traite des fourrures, sera d'ailleurs le théâtre de certains des grands faits d'armes du fameux militaire canadien Pierre Le Moyne d'Iberville. C'est là qu'à bord du Pélican, seul devant trois navires anglais, il mettra, un jour de septembre 1697, l'ennemi en déroute.

La guerre se poursuit également en Europe. Ce n'est qu'en 1697 qu'elle prendra fin avec la signature du traité de Ryswick. Par ce traité, les possessions américaines de la France et de l'Angleterre sont rétablies telles qu'elles étaient avant la guerre. Tous ces combats n'auront servi à rien si ce n'est qu'à s'échanger, pour un temps et jusqu'au prochain conflit, la propriété de certains établissements d'Amérique.

Une paix durable ressortira toutefois de toutes ces hostilités. Ce sera la Grande Paix de Montréal que les Français et les Amérindiens, notamment les Iroquois, signeront le 4 août 1701.



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Le fin mot de l'histoire:
«Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens.» - Arnaud Amaury

Pierre Rousseau
Historien et archiviste
LE DEVOIR lundi 30 juin 2003

L'histoire, la grande, retient souvent quelques phrases qui traversent le temps mais dont le contexte s'efface des mémoires. Le Devoir publiera, tous les lundis de l'été, des textes qui rappellent où, quand, comment, pourquoi des paroles qui deviendront célèbres ont été prononcées.

La décadence morale qui frappe l'Occident autour de l'an mil encourage l'apparition de mouvements religieux réformateurs. De la même manière, la déchéance du clergé, dont les moeurs sont loin d'être exemplaires, augmente l'ampleur des critiques contre l'Église et favorise un retour à la pureté religieuse des premiers chrétiens. Ainsi, le détachement envers les richesses matérielles et l'imitation du Christ que prônent les hérétiques attirent à eux une partie de la population.

Pour combattre la popularité des mouvements hérétiques, l'Église propose une oeuvre de restauration spirituelle qui, à la fin du XIe siècle, se traduira par la réforme grégorienne, qui luttera notamment contre le relâchement des moeurs du clergé et contre l'achat et la vente de choses spirituelles telles que les sacrements.

Malgré les succès de cette réforme, dont le pape Grégoire VII est l'un des principaux artisans (d'où le nom de réforme grégorienne), les hérésies continuent de se développer et sont présentes dès le début du XIIe siècle dans un certain nombre de régions. Si bien qu'une cinquantaine d'années plus tard, le catharisme est déjà solidement implanté dans le Languedoc.

La doctrine cathare, contrairement au catholicisme selon lequel Dieu est le créateur de toutes choses, impute au diable la création du monde matériel. Rejetant ainsi tout ce qui vient du monde visible, les cathares professent que Jésus n'a eu qu'une apparence humaine. Puisqu'il ne s'est pas incarné, Jésus ne peut être présent lors de l'eucharistie, c'est-à-dire que le pain et le vin ne se transforment pas en corps et en sang. La transsubstantiation, si chère au catholicisme, est ainsi niée.

Il est bien évident que l'Église catholique ne peut accepter la propagation d'une telle doctrine, qui ne fait que corrompre et éloigner du vrai salut l'âme des fidèles. Mais il lui est impossible de vaincre par la seule prédication une doctrine soutenue et protégée par les élites locales. Comme la persuasion ne suffit pas, il faut trouver autre chose. Ce sera la croisade contre les Albigeois, nom donné aux cathares du sud de la France.

Au début de juillet 1209, les croisés quittent Lyon en direction du sud. La première grande cité à s'ériger devant eux est Béziers. Le 21 juillet, l'armée croisée dispose ses tentes en vue d'un siège. Dans l'espoir de négocier, l'évêque de la ville rejoint le camp ennemi. Il revient avec la proposition suivante : Béziers sera épargnée si les catholiques consentent à livrer leurs concitoyens reconnus pour leurs croyances hérétiques. Le marché est rejeté avec indignation. En plus d'un soutien total envers ses concitoyens cathares, il faut voir dans ce refus de la population catholique la ferme volonté de préserver les libertés de sa ville. Les habitants de Béziers sont bien conscients qu'il s'agit de conserver leur indépendance face aux grands seigneurs du nord. Les croisés doivent bien comprendre que les catholiques du sud feront passer leurs intérêts nationaux avant tous les autres. Dès le départ, cette guerre religieuse prend un caractère de résistance nationale qu'elle gardera jusqu'au bout.

Le lendemain, 22 juillet, une tranquillité relative règne dans les deux camps. Les croisés ne sont pas prêts à attaquer et les assiégés, bien à l'abri derrière leurs murailles, ne semblent guère effrayés. Mais soudain se produit un étrange événement que les chroniqueurs catholiques qualifieront plus tard de faveur de la divine providence. Quelques assiégés effectuent une sortie afin de ridiculiser l'ennemi. Trop sûrs d'eux-mêmes, ils en viennent aux coups avec quelques adversaires installés près des murailles. Voyant cela, un des chefs croisés crie le signal de l'attaque. La force de la charge oblige les habitants de Béziers à fuir.

C'est alors que le drame se joue. Les croisés arrivent aux portes de la ville en même temps que les fuyards et réussissent à y pénétrer, suivis de peu par toute l'armée alertée par le bruit de l'échauffourée. C'est à ce moment, alors qu'ils envahissent la ville, que des croisés demandent à Arnaud Amaury, légat du pape, comment distinguer les hérétiques des catholiques. Sa réponse est expéditive et sans appel : «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens.» Partout dans la ville règnent alors tueries et massacres. Des milliers de personnes périssent. Après quelques heures, la riche ville de Béziers n'est plus qu'une ville pillée, ruinée et jonchée de cadavres. Inspirés par une telle victoire, les croisés poursuivront la lutte dans tout le Languedoc.

Il est malheureusement impossible d'affirmer qu'Arnaud Amaury a bel et bien prononcé cette parole devenue célèbre. Elle traduit bien, par contre, l'état d'esprit de ces croisés qui combattirent l'hérésie cathare. Ainsi, pour les grands seigneurs du nord, il était convenu de passer par l'épée tous ceux qui leur résisteraient. Arnaud Amaury, de son côté, sut également se montrer digne d'une telle déclaration lorsqu'il écrivit au pape Innocent III : «Les nôtres, n'épargnant ni le sang, ni le sexe, ni l'âge, ont fait périr par l'épée environ 20 000 personnes et, après un énorme massacre des ennemis, toute la cité a été pillée et brûlée. La vengeance divine a fait merveille.»

Malgré sa violence, la croisade contre les Albigeois (1209-1229) sera, du point de vue religieux, un échec. Le catharisme se maintiendra, en effet, encore longtemps dans le midi de la France. Il faudra attendre la prise de la fameuse forteresse de Montségur en 1244, où périront sur le bûcher plus de 200 hérétiques, pour que le mouvement cathare décline de plus en plus jusqu'à sa disparition totale au début du XIVe siècle.

Le grand gagnant de cette croisade sera finalement le royaume de France qui, par le traité de Meaux-Paris signé en 1229, mettra en place le mécanisme infaillible qui mènera au rattachement du Languedoc à la couronne française.



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Rumsfeld contredit l'administration Bush sur les preuves d'ADM en Irak

Londres fait volte-face sur l'éventuelle découverte d'armes irakiennes de destruction massive, selon la BBC

Jooneed Khan
La Presse jeudi 10 juillet 2003

AFP; AP; Google News - Attaqué hier au Sénat sur la fiabilité des renseignements américains ayant servi à justifier l'invasion de l'Irak, le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a contredit la thèse initiale de l'administration Bush en affirmant que la guerre n'a pas été lancée à cause de nouvelles preuves sur les armes irakiennes de destruction massive (ADM).

"La coalition n'a pas agi en Irak parce que nous avions découvert de nouvelles preuves dramatiques sur l'acquisition par l'Irak d'armes de destruction massive", a dit Rumsfeld lors d'une audition devant la commission des Forces armées du Sénat.

"Nous avons agi parce que nous voyions les preuves qui existaient sous une nouvelle lumière, à travers le prisme de l'expérience vécue le 11 septembre" 2001, a-t-il poursuivi en évoquant les attentats contre New York et Washington, qui firent 3000 victimes.

"Cette expérience a changé l'appréciation que nous avions de la vulnérabilité des États-Unis face aux États et réseaux terroristes dotés d'armes puissantes", a dit Rumsfeld.

Peu après, la BBC annonçait avoir appris, en citant "des sources très haut placées" au sein du gouvernement britannique (Whitehall) mais non identifiées, qu'elles ne pensent plus que des ADM seront découvertes en Irak. Ce développement "revêt une importante signification politique", souligne Andrew Marr, éditeur politique de la chaîne nationale.

La Maison-Blanche a formellement admis mardi, pour la première fois, que le président George W. Bush n'aurait pas dû affirmer dans son discours sur l'état de l'Union en janvier que l'Irak avait tenté de se procurer au Niger de l'uranium pour son programme nucléaire.

Le gouvernement britannique défendait hier ce dossier en assurant que son information était distincte des documents falsifiés utilisés par Washington sur le sujet.

À Pretoria où il poursuivait hier sa tournée africaine, Bush a évité de répondre à une question sur ce dossier, se contentant de réaffirmer qu'il avait pris la "bonne décision" en déclarant la guerre contre l'Irak. Il a ajouté qu'il demeurait "certain que Saddam Hussein disposait d'armes de destruction massive".

Le révérend noir Al Sharpton, candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2004, a accusé hier Bush d'avoir trompé les Américains au sujet de l'Irak et réclamait une enquête indépendante.

La cote du président américain a baissé en raison des inquiétudes sur l'occupation de l'Irak, et la situation économique des États-Unis, selon un sondage de l'institut Pew.

Le taux d'opinions favorables a baissé de 14 points depuis la fin de guerre, pour s'établir aujourd'hui à 60 %, indique cette enquête publiée mardi. Pour 62 % des répondants, Bush ne fait pas assez pour relancer l'économie (contre 53 % en mai).

Poursuivant sa déposition au Sénat, Rumsfeld s'est dit favorable à l'envoi en Irak de troupes françaises et allemandes dans le cadre de la reconstruction de ce pays. Les États-Unis ont formulé des demandes en ce sens à "quelque 70, 80 ou 90 pays", a-t-il dit.

Il a précisé que l'engagement américain en Irak coûtait près de quatre milliards de dollars par mois, et en Afghanistan quelque 950 millions US par mois, aux États-Unis.

La guerre en Irak a fait 212 tués parmi les soldats américains, dont 143 sont morts au combat, selon un dernier bilan communiqué hier par le secrétariat à la Défense. Sur ce total, 74 soldats ont été tués depuis le 1er mai, date à laquelle Bush a déclaré la fin des hostilités majeures en Irak.

Dans une interview paraissant aujourd'hui dans le quotidien Le Figaro, le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, affirme que toute présence militaire de la France en Irak "ne pourrait être éventuellement envisagée que dans le cadre d'une force de paix des Nations unies".

Sur le terrain, les attaques contre les troupes américaines se multiplient, et des civils irakiens sont aussi pris pour cible par des hommes armés. Le gouverneur de la Banque centrale, Faleh Daoud Salmane, est sorti indemne après des tirs visant sa voiture à Bagdad.

Des attaques au lance-roquettes RPG ont pris pour cible dans la nuit de mardi le QG des troupes américaines dans le centre de Falloujah, provoquant un incendie.

L'administrateur en chef américain pour l'Irak, Paul Bremer, a évité hier de rencontrer des dignitaires religieux chiites, lors d'une visite dans la ville sainte de Najaf.

Dans une tribune libre publiée hier dans le New York Times, les chefs des deux partis kurdes qui contrôlent le nord de l'Irak, Jalal Talabani et Massoud Barzani, déplorent que le projet politique américain de l'Irak reste "vague",

Le mouvement antiguerre qui avait manifesté dans le monde entier contre l'invasion de l'Irak le 20 mars s'organise maintenant en mouvement antioccupation en créant, hier à Bagdad, un "Centre de surveillance international".

"C'est une réorganisation du mouvement qui a drainé des millions de personnes dans le monde pour dire non à l'occupation", dit Medea Benjamin, de United for Peace and Justice qui regroupe 600 ONG et mouvements américains anti-guerre.

Ce centre enquêtera sur les violations des droits de l'Homme, mais aussi sur les moyens et les méthodes de la reconstruction, en contact avec des organisations comme Amnistie internationale et Human Rights Watch.