Actualité



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Qu’une conclusion claire soit apportée à cette affaire

Yves Michaud
TRIBUNE LIBRE mardi 22 juillet 2003

Montréal, le 22 juillet 2003

Monsieur Michel Bissonnet
Président de l'Assemblée nationale
Hôtel du Parlement
1045, rue des Parlementaires
1er étage, Bureau 1.30
Québec (Québec)
G1A1A4


Monsieur le président,


Le 14 décembre 2000, les 109 députés présents à la séance ordinaire de l’Assemblée nationale du Québec adoptaient à l’unanimité, sans avoir pris connaissance du texte de mes propos et sans m’entendre - violant par le fait même les principes fondamentaux de droit d’équité procédurale (procedural fairness) et la règle audi alteram partem - le texte suivant :

«Que l'Assemblée nationale dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l'égard des communautés ethniques et, en particulier, à l'égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l'occasion des audiences des états généraux sur le français à Montréal le 13 décembre 2000.»

Cette motion ne repose sur aucun élément avéré comme démonte le verbatim de mon allocution devant les états généraux sur le français à Montréal, le 13 décembre 2000.

Au-delà de l’atteinte qui fut alors portée à mon honneur et à ma réputation, en violation des chartes québécoise et canadienne des droits et libertés, la motion ainsi adoptée dépasse de loin la personne du soussigné et soulève pour la première fois, sauf erreur, le problème de la limite des privilèges de l’Assemblée nationale et de la confusion des pouvoirs dans une société démocratique. À cette fin, j’ai l’intention de saisir les tribunaux compétents en leur demandant de se prononcer sur la légalité constitutionnelle de la motion du 14 décembre 2000 pour éviter que l’Assemblée nationale censure des citoyens et des citoyennes dont les propos n’auraient pas l’heur de plaire à l’un, à l’autre, ou à l’ensemble de ses membres.

L’Assemblée nationale et ses membres ont un intérêt primordial de savoir si, le 14 décembre 2000, ils ont agi de façon ultra vires ou non, afin d’être éclairés si des cas similaires devaient de présenter à l’avenir. En outre, il est de l’intérêt public le plus évident qu’une conclusion claire soit apportée à cette affaire qui a défrayé l’actualité pendant plusieurs semaines et plusieurs mois et qui ne cesse de préoccuper bon nombre de citoyens. Seule une autorité impartiale, en l’occurrence le pouvoir judiciaire, est en mesure de dire le droit et d’apporter une réponse claire et définitive à cette affaire.

En conséquence je vous demande instamment par la présenter d’autoriser l’Assemblée nationale à assumer les frais légaux des procédures que je compte entamer dans de courts délais. Il y va de l’intérêt même de l’institution que vous présidez, de l’intérêt des députés et celui de l’ensemble des citoyens et citoyennes du Québec.

Je vous remercie à l’avance de l’attention particulière que vous voudrez bien porter à la présente et vous prie d’agréer l’expression de mon respect pour les éminentes fonctions que vous exercez et celle de mes sentiments distingués.

Yves Michaud
Ancien député à l’Assemblée nationale du Québec

c.c. Députés de l’Assemblée nationale du Québec
Original par courrier recommandé.



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Les «deux côtés» du ministre de la Santé

Marie-Mance Vallée
TRIBUNE LIBRE mardi 22 juillet 2003

En entrevue hier, le ministre Philippe Couillard tentait, tant bien que mal, d'occulter une certaine dualité québécoise, en utilisant l'expression « les deux côtés». Plus la journée avançait, plus il s'enhardissait, au point qu'à la tombée du jour, il osait finalement parler des hôpitaux francophones et anglophones. L'acte était enfin consommé et confimé par la parole.

Cette prudence m'est apparue très significative. En effet, il faudrait être bien aveugle pour ne pas comprendre qu'après trente ans «d'affirmation nationale !!, de souverainisme mou », on hésite encore à dire les choses comme elles sont. Et le nouveau ministre n'est plus ni moins opportuniste que les ministres de la santé du gouvernement péquiste qui ont cautionné, haut et fort, en leur temps, la « séparation de la communauté médicale » et par conséquent la séparation du Québec médical.

Résumons. Mais avant, il faut dire que le Ministre a pris soin, et sur un ton qui supporte peu ou pas de répliques, je dirais un ton dictatorial, de parler de complémentarité, de répartition des spécialités. Voilà de bonnes intentions qui deviendront à l'usage des voeux pieux, si on veut bien se rappeler les méthodes sournoises habituellement utilisées par la communauté anglophone de Montréal.

Bref résumé :

Population des «communautés* anglophones et allophones » : plus ou moins 20%.
Population de la «communauté francophone» : plus ou moins 80%.
Sommes consacrées aux deux projets : 800 millions$ chacun.
Nombre de lits : 1000 pour le 80% et 832 pour le 20%.

La communauté anglophone-allophone devra-t-elle importer des malades pour justifier les 832 lits? Ou bien est-on en train de mettre en place un instrument de bilinguisation et éventuellement d'anglicisation pour les patients francophones qui seront forcés de fréquenter cet hôpital en raison de la complémentarité, sans parler des médecins et chercheurs francophones bien dressés qui se feront les agents de notre douce et tolérante reddition?

Au nom de quel principe, le 80% de Baptistes doit-il payer la presque totalité des sommes accordées à ces deux projets qui consacrent à nouveau, et pour des générations à venir une situation de dominés/dominants? Vous irez ensuite, advenant la souveraineté du Québec, défaire ce système. L'exemple des défusions municipales en est un bel exemple.

D'où est surgie cette idée de continuer à perpétuer deux systèmes? Il me semble que l'occasion eût été belle de casser une fois pour toute cette mentalité de colonisés. Et ne me parlez pas de démocratie, de justice et autres excuses; les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Autre question. Pourquoi les Québécois d'origines anglophone et allophone refusent-ils de s'intégrer au système francophone? Y aurait-il du racisme à rebours dans cette attitude? Sommes-nous incompétents à ce point? Avons-nous la peste ? Nous méprise-ton? Manquons-nous de classe? Serions-nous de retour aux années cinquante-soixante?

Ce dossier des hôpitaux «pour les deux côtés », malgré la bonne volonté du ministre, nous indique encore une fois, qu'il ne faut pas compter sur notre élite pour faire avancer notre Cause. Même le gouvernement péquiste n'a pas su ou voulu se mettre les deux pieds à terre et ne privilégier qu'un hôpital universitaire québécois, dont la langue d'usage (application de la Loi 101) aurait été la langue française.

Et Baptiste continuera de payer pour les «deux côtés». Il est inclusif et ouvert, Baptiste; il est tolérant; il est généreux. Ne serait-il pas un peu niais à la fin?

* Le Québec est devenu une mosaïque de communautés (cf. le rêve de PET). Diviser pour régner, voilà la règle.



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Le Bloc Québécois à la rescousse de la démocratie canadienne

Patrick Bourgeois
Journal Le Québécois
TRIBUNE LIBRE mardi 22 juillet 2003

Assurément, le chemin que suit inexorablement l’histoire est jonché d’épisodes ironiques. Le fait que, dans la conjoncture politique actuelle, ce soit un parti séparatiste qui se doit d’être perçu comme un efficace rampart face à l’accentuation de la déliquescence de la vie démocratique à Ottawa se veut en soi un paradoxe digne de mention.

Le sondage de la semaine dernière indiquant que le Bloc Québécois aurait connu la pire défaite électorale de son histoire si des élections s’étaient tenues dernièrement (20 % pour le BQ et 65 % pour le PLC) a de quoi inquiéter tous ceux qui se sentent concernés par la démocratie au nord de l’Amérique. Un tel balayage libéral en terre Québec ferait en sorte d’accroître l’emprise de ce parti sur le pouvoir canadien, pouvoir qu’il ne peut plus vraiment perdre dans les circonstances actuelles caractérisées par de forts sentiments régionalistes véhiculés d’un océan à l’autre. Faire passer une vingtaine de sièges présentement aux mains du BQ pour les donner au PLC qui en possède actuellement 36 au Québec n’augurerait rien de bon pour l’opposition qui se doit d’exister et d’être efficace en régime démocratique ni pour la représentation politique des Québécois à Ottawa.

Parallèlement aux questions rattachées à la création future du pays du Québec, c’est sur cette problématique inhérente à la démocratie que devraient se pencher les Québécois qui se rendront vraisemblablement aux urnes fédérales le printemps prochain. Pour ces derniers électeurs, le fait de désirer du changement - ils sont plutôt enclins à le désirer par les temps qui courent- et de repousser ainsi du revers de la main les candidats bloquistes, ne fera qu’assurer le caractère monolithique et donc anti-démocratique du pouvoir canadien. Ce n’est certes pas un service à rendre aux Canadiens, eux qui, un jour ou l’autre, voudront probablement laisser l’histoire évoluer et faire passer le pouvoir fédéral à d’autres mains. Les Québécois ont donc une mission des plus importantes à accomplir dans ce pays que plusieurs d’entre eux aimeraient quitter : celui d’empêcher le pouvoir libéral de se consolider encore un peu plus, avec tous les effets pernicieux que l’on se doit de rattacher à un régime démocratique qui prend de plus en plus les allures d’un despotisme plus ou moins éclairé.

Les exemples ne manquent pas pour illustrer les effets pervers qui surviennent toujours lorsque l’opposition est trop faible pour ébranler un gouvernement. Nous n’avons qu’à penser ici aux scandales du programme des commandites qui sont venus ponctuer la vie des Canadiens, et des Québécois par le fait même : Groupaction, Groupe Everest, Polygone ou encore Communication Coffin. Qui plus est, non satisfait d’avoir englouti pas moins d’un milliard $ dans le programme d’enregistrement des armes à feu, et ce, pour des résultats plus qu’insignifiants, le gouvernement libéral a dernièrement renchéri, trop confiant qu’il est de sa prise sur les rênes du pouvoir canadien, en mettant sur pied un programme tout aussi inefficace que le premier et qui concerne cette fois l’émission de permis pour la conduite d’embarcations de plaisance, programme qui a déjà connu d’importants ratés.

Au-delà des possibles malversations se produisant dans un régime démocratique trop sûr de lui, il faut également souligner le manque de représentativité du Québec au fédéral qui découlerait d’une élection massive de candidats libéraux au Québec. Depuis la première élection du Bloc Québécois (1993), une chose demeure et c’est que c’est ce parti qui s’investit le plus énergiquement - avec plus ou moins de succès malheureusement, la réalité canadienne étant ce qu’elle est- dans la défense des grands consensus sociaux du Québec. Il est donc important que les électeurs québécois réfléchissent au fait que c’est ce dernier parti politique qui revendiqua le maintien du système québécois eu égard aux jeunes contrevenants, système tout imprégné qu’il était d’une philosophie de réhabiliation, et que c’est un ministre libéral québécois (Martin Cauchon) qui imposa au Québec, malgré l’avis de tous les experts concernés, un système pour les jeunes contrevenants marqué par son caractère coercitif.

À l’évidence, le Québec ne doit pas faire l’erreur de placer sa confiance dans une délégation plus ou moins importante de ministres libéraux du Québec pour défendre ses intérêts. Car, dans pareil cas, il faut bien comprendre que la ligne de parti fera toujours en sorte de véhiculer au premier plan les valeurs du Canada anglais - portion du Canada plus importante au plan démographique - et qu’au moment décisif, les ministres québécois n’auront d’autres choix que de se rallier au reste du gouvernement et de faire fi des volontés du Québec. Ce qui est tout à fait normal après tout, car les gouvernements ont le mandat de diriger en fonction des intérêts supérieurs de la nation, nation qui est formée au premier plan par une majorité ethnique, linguistique ou autre.

Pour illustrer la collision que risque de provoquer une importante déstabilisation du BQ aux prochaines élections, référons aux positions des Québécois en matière de défense et de sécurité internationale en opposition aux positions des Canadiens anglais. Le cas de la dernière offensive américaine en Irak, par exemple, a démontré amplement que le Québec partage un point de vue en la matière qui est diamétralement opposé à celui du reste du continent. À partir d’une telle prémisse, il est facile d’extrapoler et d’entrevoir le jour où le Québec, bien malgré lui, sera plongé, à cause de son appartenance au Canada, dans un conflit militaire auquel il ne souscrit pas. Pire : si les Québécois mettent leur confiance dans des ministres libéraux provenant du Québec, ils risquent fort de ne pas avoir voix au chapitre et de ne pas pouvoir faire connaître leur opposition par le truchement de leurs représentants, représentants qui seront bâillonnés par les dirigeants de leur formation politique. Ce qui serait un déni démocratique comparable à celui survenu au cours de la Deuxième Guerre mondiale alors que le Québec s’opposait à la conscription et avait placé sa confiance dans un ministre libéral du Québec, Ernest Lapointe. Le premier ministre canadien d’alors, Mackenzie King, n’en avait que faire de son ministre québécois lorsqu’il a demandé au reste du Canada de le délier d’une promesse qu’il avait faite aux Québécois à l’effet qu’il n’y aurait pas de conscription. Comme le Québec ayant confiance en Ernest Lapointe fut alors floué, comme le Québec pourrait bien être floué dans le futur s’il suit cette même stratégie, et ce, d’autant plus si l’on considère que le poids démographique du Québec dans la fédération canadienne ne cesse de pérécliter. Évidemment, le BQ ne pourrait pas empêcher le Québec de participer aux guerres canadiennes, mais il pourrait au moins véhiculer beaucoup plus efficacement qu’un ministre libéral québécois l’opposition des Québécois. La seule façon pour les Québécois d’éviter de faire ce qu’ils ne veulent pas étant encore et toujours la pleine possession des pouvoirs...

Ce qui nous renvoit à la question de l’indépendance du Québec. Dans les années à venir, le BQ doit démontrer de façon plus précise, et reprenons ici les propos d’Alexis de Tocqueville, que « sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes [des Canadiens], mais non un corps social [un pays digne de ce nom] ». Ce qui revient à dire que les libéraux auront beau tenter par tous les moyens de faire fonctionner le Canada le plus démocratiquement possible, que le gouvernement canadien aura beau tenter par tous les moyens d’étendre sa politique de « nation building », il n’en demeure pas moins qu’à la base, l’entreprise se veut vouée à l’échec, et ce, tout simplement parce que l’on retrouve au moins deux nations au Canada, nations qui ne partagent pas du tout les mêmes valeurs sociétales. Conséquemment, nous pouvons dire que le député péquiste, Jonathan Valois, avait bien raison la semaine dernière lorsqu’il avançait dans une lettre envoyée au Devoir qu’un courant important du mouvement souverainiste croyait en ce même projet de société parce que la démocratie canadienne empêchait le Québec de se développer selon les désirs de ses propres citoyens. Alors si la démocratie canadienne est bel et bien problématique à cause de son non respect des courants régionalistes que l’on retrouve dans ce pays, il est impératif que les Québécois n’accentuent pas le mal lorsque l’occasion se présentera vraisemblablement le printemps prochain en votant pour le Parti libéral du Canada. En attendant l’indépendance du Québec, réalisation qui se voudra bénéfique pour la démocratie québécoise, certes, mais également pour la démocratie canadienne, les Québécois décidés à voir les valeurs fondamentales du Québec s’épanouir doivent voter pour le Bloc québécois.



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Les appuis au Bloc Québécois s'effondrent

SRC samedi 19 juillet 2003

Un sondage de la maison Ekos démontre que les appuis au Bloc Québécois s'effondrent. L'enquête effectuée pour le compte de Radio-Canada, La Presse et The Toronto Star révèle que, pour la première fois depuis les élections générales de l'automne 2000, les appuis au Bloc au Québec tombent sous la barre des 25%, à 20%, alors que les libéraux fédéraux sont à 65%.

Un score de 65% au Québec, c'est une première pour les libéraux de Jean Chrétien, qui devancent le Bloc Québécois de Gilles Duceppe par 45 points. Le 16 juin dernier, le Bloc Québécois a perdu deux élections complémentaires aux mains des libéraux.

Balayage appréhendé

Si des élections avaient eu lieu la semaine dernière au Canada, les libéraux auraient facilement emporté la victoire avec 54% des intentions de vote à l'échelle nationale. Le sondage de la maison Ekos a été effectué entre le 19 juin et le 9 juillet auprès de 1500 personnes. Sa marge d'erreur est de 2,5%, 19 fois sur 20. Dans les régions, la marge d'erreur s'accroît. Au Québec elle est de 5%.



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Un choix logique

Jean-Marc Salvet
Le Soleil mardi 22 juillet 2003

Nous avons assisté ces dernières semaines à la conjugaison d'éléments qui nous permettent de croire que le Sommet de la Francophonie prévu en 2008 aura lieu à Québec. Ce serait un choix logique et souhaitable, puisque la cité de Champlain célébrera alors son 400e anniversaire de fondation. Mais comment expliquer que cette perspective soulève si peu d'enthousiasme ?

Un Sommet de la Francophonie réunissant une cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement à Québec en 2008 ? L'idée germe depuis plusieurs mois déjà. Elle a ressurgi à l'occasion d'un entretien qu'ont eu Jean Charest et le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, à la fin du mois de mai. Le maire Jean-Paul L'Allier l'a ensuite évoquée à Paris devant le président de la République, Jacques Chirac. Fin juin, c'est le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, Abdou Diouf, qui l'a appuyée.

Le doute n'est donc plus vraiment permis... Au milieu des festivités, des inaugurations et des commémorations de toutes sortes, un événement politique d'envergure internationale se déroulera à Québec dans cinq ans.

En dehors des initiés, cet événement semble toutefois susciter bien peu d'enthousiasme. Peut-être est-ce dû au fait que la planète francophone n'a jamais pu concrétiser les espoirs placés en elle. Plus largement, il faut ajouter que les grandes rencontres internationales de ce type engendrent de plus en plus de perturbations dans la vie quotidienne des citoyens.

Personne aujourd'hui n'a vraiment envie de voir sa ville être prise en otage par des dignitaires étrangers et les incroyables mesures de sécurité qui les accompagnent. Personne n'a envie non plus de voir sa cité être prise d'assaut par les casseurs se faufilant au milieu des manifestants pacifiques. À Québec, on se rappelle trop bien du Sommet des Amériques.

En même temps, bien des gens sont toujours prêts à accepter l'idée qu'un grand sommet comme celui de la Francophonie ne va pas sans inconvénients. En outre, le cercle de citoyens prêts à supporter un certain niveau de désagrément s'élargirait probablement si nous avions la conviction que ces rencontres servent vraiment à quelque chose - et à quelque chose de positif. L'adhésion de la population passe par là.

L'espace francophone a deux principaux mérites. D'abord, celui de favoriser le dialogue Nord-Sud. Ensuite, celui de porter à bout de bras l'idée selon laquelle la richesse du monde se fonde sur sa diversité et que les produits culturels doivent pouvoir faire l'objet de mesures particulières de protection. C'est bien, mais c'est insuffisant.

Ce que nous sommes tous maintenant en droit de souhaiter, c'est que la Francophonie retrouve son inspiration fondatrice. C'est qu'elle permette de jeter plus de ponts entre les nations qui la composent. C'est aussi, et c'est urgent, qu'elle oeuvre beaucoup plus fortement à l'instauration de la démocratie partout où des peuples en sont privés.

Nul doute que Québec est la ville idéale pour accueillir le Sommet de la Francophonie en 2008. Mais pour que le passage de la caravane francophone ne soit pas uniquement vu comme une nuisance dans la vie des citoyens, il faut que la Francophonie poursuive et accélère son renouveau. En d'autres mots, il faut que le jeu en vaille la chandelle.

Le rendez-vous de Québec marquera la petite et la grande histoire s'il parvient à sceller la renaissance de cet ensemble hétéroclite.

JMSalvet@lesoleil.com



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Matthew Coon Come a frappé le mur

La trajectoire de Matthew Coon Come mérite qu'on s'y attarde.
Robin Philpot
TRIBUNE LIBRE 22 juillet 2003

Homme convaincu et convaincant s’il en est, l’ancien grand chef des Cris du Québec a su profiter, au début des années 1990, d’un filon politique canadien anti-québécois et d’une conjoncture américaine favorable, conjugués à une certaine insensibilité de Robert Bourassa, pour faire avorter après plusieurs années d’étude et d’investissement, le projet hydroélectrique de Grande Baleine. Reçu comme un roi dans des grands salons de New York et de Washington, en passant par Ottawa, Toronto, la Californie, Londres et Amsterdam, et honoré par politiciens et bien-pensants dans tous ces endroits (un Ordre du Canada çi, Grand prix écologique Condé Nast là), il a vilipendé le Québec, ses politiques et ses dirigeants d’une façon peu commune. Les mots massues comme « racisme » et « génocide » se trouvaient régulièrement dans ses discours. Même l’ancien ambassadeur du Canada à Washington, Raymond Chrétien, aurait approuvé l’allocution prononcée, en 1994, dans la capitale américaine, dans laquelle il accusait le nouveau gouvernement de Jacques Parizeau de pratiquer un deux poids deux mesures raciste (racist double standard). Peu après, le premier ministre Parizeau, par (crainte) de voir dérailler le débat référendaire, a mis fin au projet Grande Baleine.

Retiré de la politique des Cris du Québec après la victoire sur Grande Baleine, Matthew Coon Come est revenu tenter sa chance à la tête de l’Assemblée des Premières nations du Canada en 2000. Pouvait-il réussir la « magie » au Canada comme il l’avait fait au Québec : c’est-à-dire mettre à genoux un État et ses dirigeants au nom des droits des premiers occupants de l’Amérique? Réussirait-il à internationaliser la situation lamentable des Autochtones au Canada, comme il l’avait fait avec succès pour celle bien moins lamentable des Cris du Québec?

Certains osaient y croire. D’autres, dont moi, en doutaient, prévoyant qu’il se heurterait au mur de l’indifférence, voire de l’hostilité profonde, du Canada anglais -- pour la constater, on n’a qu’à faire un tour à Kenora, à Saskatoon ou à Vancouver. Ce qui devait arriver, arriva. Peu après son accession au pouvoir, les subventions fédérales accordées à l’APN ont fondu comme neige au soleil (21 millions $ à 9 millions $). Les portes se sont vite fermées, sur la scène internationale, à Ottawa et dans les médias canadiens. Pour ce qui est de la scène internationale, M. Coon Come n’était plus en phase avec la sensibilité américaine : The Economist note, cyniquement, que les Américains redécouvrent les Indiens tous les 20 ou 25 ans, soit 1924, 1946, 1970, 1991 (Il danse avec les loups).

Quant à Ottawa et aux médias anglais du Canada, le constat est plus que désolant. Lorsque M. Coon Come a sorti les gros mots du « racisme » et du « génocide », comme il l’avait fait pour le Québec - les réformes du projet de loi C-7 modifiant la Loi sur les Indiens constitueraient un « génocide culturel » - la classe politique canadienne s’est indignée comme une vierge offensée. Et tous ont sorti l’unifolié dès que M. Coon Come montait sur une tribune internationale pour critiquer le Canada. La question autochtone n'était plus à l'ordre du jour. Le chef de l'APN allait d'échec en échec : Burnt Church, Colombie-Britannique et ailleurs, tandis que, sans lui, le Cris du Québec ont réussi à signer la Paix des Braves.

Il est à espérer que, maintenant, retiré sur ses terres, au Québec, lieu de la Paix des Braves, Matthew Coon Come se rendra compte d'abord que le Canada n'a d'yeux pour les autochtones que s'ils sont dociles ou s'ils attaquent le Québec et, deuxièmement, que les meilleurs alliés des autochtones se trouvent, et se sont toujours trouvés, chez lui, au Québec.



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De la démocratie et de son usage en Israël

Quand la théocratie affronte la démocratie, le scepticisme n'est pas le bienvenu

Denis Gaumond
Ex-professeur et chargé de cours, École nationale d'administration publique et Université de Montréal. Directeur de service à l'Université du Québec à Montréal
LE DEVOIR mardi 22 juillet 2003

Il est un peu facile pour M. Jean-Charles Chebat d'accuser M. Louis Gill (auteur du texte «L'irréparable handicap démocratique d'Israël» publié dans Le Devoir du 27 juin dernier) de ne présenter que du «Prêt-à-penser d'extrême gauche sur Israël» (Le Devoir, mardi 8 juillet). L'expression, blessante, méprisante et provocante, semble sortir directement d'une «war room» de va-t'en-guerre prêt à tirer sur tout ce qui ose exprimer un point de vue différent sur la droite sioniste présentement au pouvoir en Israël.

C'est ainsi que M. Gill est vertement rabroué. La correction qu'il reçoit porte hélas davantage sur sa personne que sur ses arguments. C'est là un aveu de faiblesse, il me semble, de la part de son répliquant. Pourtant les réflexions apportées par ce professeur de l'UQAM à la retraite, méritaient un meilleur accueil. Elles offraient la possibilité d'un dialogue franc et honnête qui «aurait pu servir» dans l'inégal combat opposant les Juifs d'Israël aux Palestiniens des territoires occupés et des camps de concentration du Moyen-Orient où survivent des dizaines de milliers de personnes dans des conditions inhumaines et réduites au statut de réfugié.

M. Chebat a préféré une rhétorique tordue de détournement de propos, accusatrice et agressive, à un échange constructif, concentrant son antithèse sur des corrections d'ordre cosmétique discutables à leur tour, et menant dans un tourbillon sans fin où tout le monde a raison et tort à la fois. Pourtant, certains de ses propos, une fois épurés de leur arrogance, pourraient eux aussi meubler intelligemment une bonne discussion de fond. Laquelle à son tour pourrait aussi «faire avancer les choses». Il semble que nous soyons en face de deux solitudes qui regardent dans des directions opposées. Pourtant, ces positions n'en sont pas moins les deux faces d'une même médaille. Mais la médaille semble pour l'instant pipée militairement, tant et si bien qu'elle tombe toujours du même côté.

Il m'apparaît cependant stérile de reprendre les arguments de l'un et de l'autre. Qu'on me permette plutôt d'exprimer librement des opinions et des émotions que m'inspirent ces textes. Je suis bien conscient qu'on m'accusera de prendre partie, de ne pas avoir dit ceci ou cela. D'excuser tel crime et tel autre, etc. Il n'en n'est rien. Je ne peux tout couvrir dans un seul texte. Je tiens cependant à préciser que je suis pour l'existence paisible de l'état d'Israël. Mais dans la mesure où existera à ses côtés un État palestinien autonome et libre, couvrant les territoires hors frontaliers délimitant l'Israël d'avant 1967, doublé d'un partage équitable d'une Jérusalem non «berlinisée» pour revenir à l'esprit réel d'une saine démocratie. À cet égard, pour moi, le crime d'Israël est double.

Contre la démocratie

Ce crime n'est pas que contre les Palestiniens, leur Terre et leurs biens. Il est aussi contre la démocratie et dans sa forme et dans ses symboles les plus profonds. En se servant d'elle pour se venger des actes de résistance qu'il a lui-même provoqués, pour assassiner, torturer, spolier, détruire des maisons, déporter et diviser des familles et tutti quanti, Israël a entaché sévèrement le plus grand acte de civilisation créé par l'humain : la démocratie libérale et parlementaire. Ce n'est pas être antisémite que de dénoncer ce viol des consciences. C'est être contre une pratique dévoyée, abusive et intolérable de la démocratie humaine.

Beaucoup de Juifs d'Israël et de partout dans le monde soutiennent mon discours. Je peux lister quelques milliers de noms au besoin ! Mais la propagande du gouvernement Sharon et de ses groupes d'extrême droite, enrôlés également dans une guerre médiatique en action là-bas comme partout sur la planète, musellent cette option en criant aussitôt et systématiquement au «prêt-à-penser» et autres insultes, quand ce n'est pas à l'antisémitisme comme on me l'a déjà servi ( Le Devoir du 18 août 2002).

Alors quand M. Chebat, dans sa réplique à M. Gill, compare la démocratie d'Israël à celles, absentes ou quasi absentes, de l'Algérie, de l'Arabie, du Soudan et des autres pays islamistes, même s'il a cent fois raison, il détourne encore la question et cherche à noyer le poisson en entraînant le lecteur sur d'autres débats étrangers aux propos tenus. Nous sommes tous d'accord avec lui sur le fait que ces pays ne sont pas démocratiques. Prétendent-ils l'être ? D'autres pays encore ne font-ils pas un usage inacceptable de la démocratie, comme c'est le cas effectivement en Tchétchénie de la part des Russes ? Le professeur Chebat devrait reconnaître que ce n'est pas en se comparant à d'aussi pire ou encore à pire que soit que l'on se dédouane face à notre propre pratique démocratique. Je ne suis pas non plus certain que les modèles de démocratie offerts, comme solution de rechange, par nos démocraties libérales, surtout par les temps qui courent, soient si alléchants pour ces pays de dictature.

Dans sa «mise au point sur Israël» publiée dans Le Devoir des 5 et 6 juillet 2003, Michael Davis du Jewish General Hospital, voulant répondre à son tour au professeur Gill, pousse le bouchon encore plus loin, au point d'assurer la valeur de la démocratie d'Israël en la comparant à celle vécue «au Québec [où nombreuses ont été les élections où le parti élu a obtenu moins de suffrages que le parti relégué dans l'opposition] et aux États-Unis [où les Portoricains n'ont pas le droit de vote]». En réalité, il y a eu trois élections où ce fut le cas dans toute l'histoire du Québec. Et on peut très bien expliquer ces situations. Quant à Porto Rico, la pratique en place est celle proposée par les Portoricains eux-mêmes. Ces derniers ont même refusé, il y a à peine quelques années, par vote démocratique, de devenir un État américain. Les Palestiniens auraient sans doute apprécié qu'Israël leur offre cette même possibilité démocratique... À force d'errer de cette façon, ne se rapproche-t-on pas de la désinformation structurée ?

J'ajouterai, dans le même ordre d'idées, que même ailleurs, en pays dits démocratiques -- y compris en Grande-Bretagne et aux États-Unis --, la pratique démocratique est parfois douteuse. L'intervention en Irak, que plusieurs dans ces pays mêmes qualifient de plus en plus comme frauduleuse, n'en est-elle pas un exemple de plus ? De nombreux politiciens trompent la population. Ils se servent de leur mandat démocratiquement obtenu pour agir malicieusement. N'était-ce pas le cas d'un dénommé Adolf Hitler élu le 19 août 1934 avec plus de 38 millions de voix sur 47 millions ?

Ce n'est pas non plus parce qu'un gouvernement a derrière lui la majorité de sa population qu'il obtient le droit de tuer, de détruire ou de spolier un autre peuple de ses ressources naturelles ou de ses terres. La démocratie c'est bien plus que cela. Mais elle porte en elle sa propre fragilité. Ainsi, lorsque tout un peuple se retrouve psychologiquement conditionné, détourné des vraies valeurs, abusé par des faussetés, déstabilisé dans ses émotions comme on l'a vu après le 11 septembre 2001 aux États-Unis, aveuglé par la propagande, blessé par un adversaire mille fois grossi et déformé, il ne peut qu'appuyer ses représentants politiques. Imaginez maintenant quand les politiciens chargés de préserver la démocratie sont eux-mêmes des arsouilles ? C'est pour cela qu'il faut protéger et défendre la démocratie partout et tous les jours. Je crois que c'était-là l'objectif premier de la thèse du professeur Gill.

Dénoncer les politiciens

Je prétends pour ma part que ce n'est pas la démocratie qu'il faut mettre en cause en pareille situation. Ce sont plutôt les politiciens qui la transforment et la pervertissent ainsi qu'il faut dénoncer. En ce sens, en confondant la démocratie à sa simple pratique, M. Gill a peut-être erré. Mais M. Chebat a fait de même. Tous les deux ont confondu l'objet démocratique et son utilisation. Le premier pour nous mettre en garde, le second pour nous confondre davantage. Je laisse au lecteur le soin de choisir son camp.

Pendant ce temps au Moyen-Orient, la feuille de route, «ce plan de paix ambitieux, fruit d'une longue et intensive coopération entre les États-Unis d'Amérique, la Fédération de Russie, l'Union européenne et l'Organisation des Nations unies», qu'on appelle le Quatuor, continue son petit, bien petit bonhomme de chemin. Mais je crains que cette feuille d'espoir ne tombe comme feuille d'automne. Elle s'envolera dans le vent de la haine entretenue et nourrie par les extrémistes des deux camps, car l'un d'eux, l'État d'Israël, sioniste avoué, dirigé par celui-là même qui a rejeté toutes les propositions de paix possibles à date et depuis le tout début, a à lui seul tous les pouvoirs, toutes les armes et tout le soutien aveugle des Américains. Le déséquilibre des forces militaires est si considérable qu'il facilite le jeu hypocrite du gouvernement Sharon.

On se bat à armes inégales. On ne peut alors maintenir la salvatrice paix par la peur, comme à l'époque de la guerre froide entre les États-Unis et l'ex-URSS. Il ne peut qu'en résulter abus et domination de la part du plus fort qui feindra ouvertures et compromis pour mieux berner et poursuivre, par en arrière, subtilement, sournoisement, son projet sioniste. Après tout, en ajoutant les colonies implantées hors frontières depuis 1967 à l'État créé en mai 1948, Israël n'habite-t-il pas déjà plus de 85 % de ces territoires ?

Il n'y a pas en Israël de volonté politique solide de faire justice. La justice exige un compromis d'abord avec soi. Puis avec les autres. Sans justice politique et sociale, la paix est impossible aux Palestiniens. Nous sommes dans une culture de spoliation et d'agenda caché depuis 1948, à la suite de l'auto-proclamation de l'État d'Israël. Cette culture de domination est devenue acte de colonisation après la guerre des six jours de 1967, guerre brillamment remportée par le seul État qui a le droit à toutes les armes possibles dans ce coin de la planète. Et c'est ainsi que se poursuit le rêve égoïste des sionistes colonisateurs, religieux ou civils, qui contrôlent le peuple israélien et son gouvernement en ce début de millénaire. Ce faisant, ces sionistes ont provoqué la création d'une opposition propalestinienne à son tour extrémiste qui les nourrit en retour. Ils se donnent ainsi une légitimité qu'ils prétendent ensuite démocratique !

Conjugué à la guerre actuelle des Américains contre le terrorisme qu'ils ont en très grande partie eux-mêmes mis au monde, Israël tire profit de la situation pour aller encore plus loin dans son projet et s'arroger le droit à toutes les exactions, allant même jusqu'à l'assassinat dit... préventif. C'est le cercle vicieux entretenu par un État tout puissant, «peuple élu» qui sait posséder toutes les cartes de son côté.

La plus importante de ces cartes demeure un armement démesurément considérable, contraignant et astreignant, acquis et utilisé librement. L'autre carte c'est le temps qui traîne, qui mine, qui blesse et qui tue tout espoir d'avenir pour les Palestiniens, résistants affaiblis, qui voient le tapis leur glisser sous les pieds depuis tant d'années, tous catégorisés et présentés injustement comme des terroristes, par aveuglement politique et culpabilité internationale entretenue. Sans pétrole à offrir, leurs cris se perdent dans la nuit.

Depuis Oslo, dix fois plus de civils palestiniens ont été tués que de civils israéliens, et ce, y compris tous les suicidés désespérés de la dernière Intifada ! Mais qui donc sait cela ? Qui donc s'y intéresse ? Israël, qui sait se faire entendre, crie plutôt au terrorisme. Bien sûr tous ces actes de kamikazes sont condamnables, comme ceux encore plus meurtriers de la Tsahal israélienne. Mais l'Histoire nous apprend aussi que la puissance du plus fort transforme l'héroïsme du plus faible en actes accablants et déshumains. C'est là le sort du perdant. Et le temps fait son oeuvre et donne raison à Chaïm Weizman qui disait «laisser les problèmes de l'expansion et de l'extension aux générations futures». Il semble que ces dernières ont bien répondu à l'appel du premier président de l'état auto-proclamé d'Israël.

***

Voyez-vous chers lecteurs, il nous est impossible à nous ici, dans le confort d'une Amérique du Nord riche et en paix et si loin des lieux de cette sale guerre, de nous entendre entre nous et même de faire preuve de bonne foi les deux côtés en même temps. Comment voulez-vous que ceux-là, là-bas, dont chaque famille a été touchée si injustement par le sang versé, le puissent ? Pourtant ces populations, les vrais perdantes des deux côtés, n'ont-elles pas désespérément besoin de notre recours, de notre secours pour trouver justice et paix ? J'en appelle aux hommes de bonne volonté. Puissent nos prochains textes critiquer nos propres positions et considérer davantage celles de l'autre. Ce sera là vraiment le début d'une nouvelle civilité essentielle à l'ouverture à autrui. N'attendons pas «d'être mort mon frère».



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Mise au point sur Israël

Michael Laughrea, Scientifique au Lady Davis Institute for Medical Research,
Sir Mortimer B. Davis, Jewish General Hospital
LE DEVOIR samedi 5 et dimanche 6 juillet 2003

Lettres: Dans Le Devoir du 27 juin, Louis Gill opinait qu'il «faut beaucoup d'audace pour persister à caractériser l'État d'Israël comme un État démocratique». Au contraire, il n'en faut guère plus pour accorder la mention «démocratique» au Québec (où nombreuses ont été les élections où le parti élu a obtenu moins de suffrages que le parti relégué dans l'opposition) et aux États-Unis (où les Portoricains n'ont pas le droit de vote).

J'attends fébrilement une audacieuse séquelle sur le «handicap démocratique irréparable des États-Unis et du Québec», séquelle qui remettra sans doute bien des pendules à l'heure en Irak, à moins qu'elle ne soit acceptée au Festival Juste pour rire. À lire M. Gill, on croirait qu'Israël n'a jamais été attaqué au cours des 56 dernières années et que les mots «son» et «sens» sont synonymes.



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La source

Josée Boileau
LE DEVOIR mardi 22 juillet 2003

Plus le scandale est grand, plus la rigueur s'impose. Dont l'obligation de ne pas faire porter par un seul homme le poids de la recherche de la vérité. La BBC a-t-elle fauté en s'appuyant à ce point sur David Kelly?

L'automne dernier, au congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, un atelier était consacré au journalisme d'enquête. Isabelle Richer, reporter judiciaire à la télévision de Radio-Canada, y avait alors raconté les dessous du scoop qui lui était attribué : le blâme du Conseil canadien de la magistrature à l'endroit du juge Jean-Guy Boilard, ce qui avait entraîné son spectaculaire désistement du procès des Hells Angels qu'il présidait à l'époque.

Or la journaliste soulignait que son reportage n'avait jamais été diffusé, le juge ayant démissionné quelques heures auparavant. Elle détenait pourtant le document du Conseil de la magistrature depuis quelques jours et aurait pu aller en ondes dès le premier soir. Mais à Radio-Canada, la règle est ferme : tout reportage doit s'appuyer sur deux sources, même si un document a l'air bien officiel. Qui dit qu'il n'a pas été fabriqué ? La prudence est de mise quand la divulgation de l'information risque d'avoir d'importantes répercussions. Encore aujourd'hui, Mme Richer raconte que cette quête de la deuxième source l'agaçait a priori -- sa première source, qui lui avait remis le document, étant vraiment fiable. Mais elle a par la suite dû constater que cela l'avait obligée à réfléchir au reportage qu'elle préparait et à ses conséquences.

La même retenue marque une autre célèbre enquête, l'affaire Claude Morin. Dans son ouvrage Enquêtes sur les services secrets, le journaliste Normand Lester raconte à quel point, depuis longtemps, plusieurs journalistes avaient des sources quant aux liens unissant l'ancien ministre péquiste et la Gendarmerie royale du Canada. Mais à Radio-Canada (où M. Lester travaillait alors), on ne sortirait pas une histoire aussi explosive sur la seule foi de témoignages. Il faudrait des preuves indubitables, à confronter ensuite avec le principal intéressé. Normand Lester trouvera donc d'autres sources, rassemblera de meilleures informations et pourra, avec assurance, rencontrer M. Morin puis mettre son reportage en ondes.

Ce qui étonne dans l'affaire David Kelly, qui ébranle toute la Grande-Bretagne, c'est à quel point cette sagesse journalistique, pourtant inspirée de grandes institutions comme la BBC, semble avoir manqué. Dans un geste surprenant, la BBC a admis que M. Kelly, expert gouvernemental en armement, était la source du journaliste Andrew Gilligan pour un reportage révélant, fin mai, que le gouvernement avait exagéré des informations afin d'entraîner le pays dans la guerre contre l'Irak. La nouvelle était majeure, venait d'une source crédible -- M. Kelly étant un homme qui parlait régulièrement aux journalistes, non pour être cité mais afin de leur clarifier des dossiers complexes -- mais il n'y avait pas de deuxième source pour corroborer ses propos. D'ailleurs, dès la mi-juin, le journaliste Gilligan indiquait à la commission des Affaires étrangères des Communes qu'il n'avait qu'une source pour ce fameux reportage.

Le code de déontologie de la BBC souligne pourtant en toutes lettres que les reportages doivent éviter de s'appuyer sur une seule source. Aujourd'hui, la direction de la BBC dit que M. Kelly était un personnage d'un niveau tel qu'on pouvait se dispenser d'une vérification. Mais plusieurs font valoir que David Kelly, au-delà de sa compétence, n'était pas en mesure d'affirmer à un journaliste ce qui s'était vraiment passé lors de la rédaction du rapport sur l'Irak en septembre 2002. Et au sein même de la BBC, racontait hier The Guardian, les journalistes en ont gros sur le coeur contre leur audacieux collègue Gilligan, spécialiste des scoops mais qui, cette fois, s'est peut-être emballé, même si le témoignage rapporté repose probablement sur un grand fond de vérité.

Dans la partie de bras de fer qui oppose la BBC au gouvernement au sujet de l'Irak, il est clair aussi que le fait qu'il n'y ait eu qu'une seule source a facilité la méchante chasse à la «taupe» qui a suivi. Le 8 juillet, M. Kelly a en effet rencontré ses patrons du ministère de la Défense, sous couvert de l'anonymat, pour indiquer qu'il avait parlé à M. Gilligan. Dès le lendemain, le ministère lâchait sa proie auprès de trois journalistes : on ne vous dira pas qui s'est confessé mais si, à l'aide des quelques indices que nous vous donnons, vous trouvez de qui il s'agit, on vous le confirmera. Deux journalistes du Guardian se sont donc mis au travail, ont recoupé plusieurs informations puis ont rappelé le ministère avec trois noms. Le troisième, David Kelly, était le bon, a obligeamment certifié le ministère, marquant là l'entrée en enfer d'un homme jugé intègre, mais qui était soudain pris au piège d'une affaire qui le dépassait et sur qui le gouvernement pouvait se défausser.

Il serait simpliste de réduire le dramatique suicide de David Kelly à une bourde de la BBC. Et s'en servir pour détourner l'attention du vrai problème -- celui des faussetés qui ont conduit à une guerre -- serait tragique. Mais dans le contexte actuel, chaque examen de conscience doit être fait et la BBC, grand modèle journalistique, ne peut s'y dérober.

jboileau@ledevoir.ca