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Ariel Sharon et le mur

Serge Truffaut
LE DEVOIR mardi 29 juillet 2003

Le président Bush partage avec le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas une préoccupation de taille: la construction par Israël d'un mur long de 145 kilomètres. Pour apaiser les craintes que suscite à Washington cette clôture en béton, le gouvernement israélien a annoncé la libération de centaines de prisonniers. Le geste a fait long feu. La préoccupation demeure aussi vive.

Le séjour qu'entreprend aujourd'hui à Washington le premier ministre Sharon s'annonce particulièrement rude pour ce dernier. Des sept rencontres que Sharon a eues avec Bush, aucune n'a été précédée par une mise en garde aussi ferme que celle que le chef de l'exécutif américain vient d'adresser au gouvernement israélien. Au terme de son sommet avec le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, le président Bush a clairement indiqué que la construction du mur l'insupportait. On le comprend : l'énergie accordée à l'articulation de la feuille de route et depuis lors à la concrétisation de celle-ci, risque fort de buter, voire d'échouer sur ce mur. Bref, il y va du crédit de la Maison-Blanche.

Le mur en question a été construit dans le but d'empêcher les kamikazes, au mieux, de commettre des attentats, au pire, de réduire le nombre de ceux-ci. Mais voilà qu'à la faveur de sa mise en place, le gouvernement Sharon a commandé des tours et des détours de manière à ce que certaines colonies se retrouvent bel et bien du côté israélien de la frontière. Grâce à ces zigzags, on a quelque peu modifié la carte géographique. En clair, de l'espace a été grignoté de façon à ce qu'il soit ultérieurement sujet de rapport de forces, objet de négociations.

À Washington et surtout à Ramallah, on craint que, si le gouvernement Sharon observe le modus operandi employé jusqu'à présent, il mette toutes les parties devant un fait accompli qui jusqu'alors n'avait jamais été discuté dans le cadre de la feuille de route. Lors de ses discussions avec le président Bush, le premier ministre palestinien a beaucoup plus évoqué le sujet du mur que tout autre sujet. C'est dire. En fait, l'Autorité palestinienne a modifié la hiérarchie de ses priorités à court terme de sorte que cette histoire de mur est désormais inscrite au premier rang de ses préoccupations devant les colonies de peuplement et le sort des 6000 prisonniers palestiniens.

À Washington, le message de Mahmoud Abbas a été reçu cinq sur cinq. À preuve, le président Bush a martelé «qu'un mur serpentant au travers de la Cisjordanie» freinerait durablement le développement de la confiance entre les parties. Au point d'hypothéquer tous les efforts de paix en cours. C'est pour amadouer l'administration américaine que Sharon a décidé d'augmenter le nombre de personnes devant être libérées dans les jours qui viennent. En fait, on devrait plutôt signaler que les chefs des services de renseignements et de l'état-major israélien ont fait pression pour que ce geste soit annoncé le plus rapidement possible afin de «supporter» Abbas.

Ce soutien s'est accompagné d'une série de mesures susceptibles, pour ceux qui s'en sont faits les militants, de renforcer la position d'Abbas au sein des Palestiniens. C'est ainsi qu'il a été décidé de supprimer les privilèges budgétaires dont bénéficiaient les colonies de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Les crédits alloués à la sécurité de ces colonies ont eux aussi été supprimés. Des barrages ont été levés. En un mot, au cours des deux derniers jours le gouvernement Sharon a versé passablement d'eau dans son vin.

Dans quel but ? Redorer son blason auprès de l'administration Bush ou plus exactement pour conserver en l'état la crédibilité ou la sympathie que celle-ci avait du temps de... Yasser Arafat ! Plus d'un expert a noté en effet que la cause palestinienne n'était plus perçue de la même manière depuis qu'Abbas est en poste. On se rappellera que jamais Bush n'a voulu rencontrer Arafat, qu'il a ordonné un changement à la direction. Il a obtenu satisfaction à plus d'un égard. Jusqu'à présent, Abbas a manoeuvré avec suffisamment de doigté pour contenir ses troupes sans que son leadership ne soit rigoureusement disputé.

Aujourd'hui et demain, ce sera au tour du premier ministre Sharon de faire preuve de bonne volonté. À terme, il est clair qu'il devra s'engager à stopper la construction du mur. Il reste à savoir s'il parviendra à faire entendre raison aux ultras qui siègent au sein de sa coalition. Si tel n'est pas le cas, alors il y aura encore des élections. Quand ? D'ici à douze mois.



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Bush s'attaque au mur israélien

La colonisation constitue également un obstacle à la paix, selon le président américain

Reuters - LE DEVOIR samedi 26 et dimanche 27 juillet 2003

Jérusalem - Le président américain, George W. Bush, a déclaré hier, après avoir rencontré le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, que la construction par Israël d'un mur de sécurité autour de la Cisjordanie était un problème susceptible d'entraver les efforts entrepris pour la paix.

Mais Bush s'est gardé d'être trop critique envers Israël et a déclaré que la libération des prisonniers palestiniens, réclamée par Abbas, devrait être traitée au cas par cas et que le premier ministre palestinien devait sévir contre les activistes afin d'aider à la mise en place de la «feuille de route» pour la paix.

Bush s'exprimait devant la Maison-Blanche lors d'une conférence de presse commune avec Abbas, dont c'était la première visite à Washington. Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, est attendu pour sa part la semaine prochaine dans la capitale américaine.

Les Israéliens construisent actuellement une barrière autour de plusieurs zones palestiniennes. L'État hébreu estime que ce mur est nécessaire pour se protéger contre les attaques d'activistes, qui ont multiplié les attentats depuis le début, en septembre 2000, de la deuxième intifada. Israël n'a pour l'instant pas tenu compte des nombreux appels à l'arrêt de cette construction.

Les Palestiniens disent se sentir prisonniers et estiment que la construction de ce mur est une décision qui ne va pas dans le sens des concessions nécessaires à la mise en oeuvre de la «feuille de route».

«Je crois que le mur est un problème et j'en ai discuté avec Ariel Sharon, a déclaré Bush. Il est très difficile de développer la confiance entre Israël et les Palestiniens alors qu'un mur serpente à travers la Cisjordanie.»

Abbas, qui a déclaré que son gouvernement risquait de s'effondrer si Israël ne faisait pas davantage de gestes permettant de restaurer la confiance, a réaffirmé hier que l'État hébreu devait faire plus. Il a fait peu de cas de l'engagement pris hier par Israël de retirer ses troupes de deux villes supplémentaires de Cisjordanie et de supprimer plusieurs barrages routiers.

«Quelques mesures ont été prises jusqu'ici par Israël mais ces mesures restent hésitantes. Une nouvelle ère de paix implique la logique courageuse de la paix, pas la logique suspicieuse du conflit», a-t-il déclaré.

La difficile question des prisonniers

Bush a déclaré que ses discussions avec Abbas avaient également porté sur la question de la libération des prisonniers palestiniens. Mais il a exclu de demander à Israël de libérer des prisonniers qui «commettraient ensuite des actes terroristes».

Israël envisage de relâcher des centaines de prisonniers palestiniens, mais apparemment pas avant la visite de Sharon aux États-Unis.

«Nous devrions regarder la question des prisonniers au cas par cas. Bien entendu, personne ne veut laisser sortir de prison un meurtrier sans pitié qui risquerait de faire dérailler le processus. Nous continuerons à discuter de cette question avec les deux parties», a déclaré le président américain.

Bush a également déclaré avoir constamment parlé comme d'une nécessité qu'Israël mette un terme à la colonisation, que les Palestiniens considèrent comme un obstacle majeur à la mise en oeuvre de la «feuille de route».

Selon lui, les Palestiniens doivent également agir contre des mouvements extrémistes comme le Hamas afin d'aider le processus de paix. Les mouvements palestiniens se sont engagés à respecter un cessez-le-feu de trois mois qui expirera fin septembre, mais ils ont refusé de rendre leurs armes.

Abbas a déclaré que les Palestiniens restaient attachés à la «feuille de route» mais qu'ils avaient besoin d'aide de la part d'Israël.

«Nous continuons à négocier avec Israël [...] Des progrès ont été faits, mais des gestes sont nécessaires en ce qui concerne la libération de prisonniers, la levée du siège imposé au président Arafat, le retrait israélien de zones palestiniennes et l'amélioration de la liberté de mouvement des Palestiniens», a déclaré Abbas.

George Bush a par ailleurs dévoilé un projet destiné à accroître la coopération économique entre les États-Unis et l'Autorité palestinienne.

«Je suis heureux d'annoncer aujourd'hui que les États-Unis et l'Autorité palestinienne vont établir un groupe de développement économique palestinien [...] chargé de générer emplois, croissance et investissement au profit de l'économie palestinienne», a-t-il déclaré.



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Gilles Duceppe est-il encore l’homme de la situation?

Coll. souverainiste
TRIBUNE LIBRE 29.7.2003

Contrairement aux élections précédentes, le Bloc Québécois ne pourra miser sur l’impopularité de Jean Chrétien auprès des Québécois francophones. Paul Martin semble pour l’instant populaire. L’opposition au Canada est divisée et semble incapable de monter une attaque crédible contre celui-ci.

Le contexte est très difficile pour tous les chefs d’opposition. Cela étant dit, nous ne comprenons pas tout de même l‘effritement du vote allant au Bloc Québécois. Pourquoi? Parce que rien n’a vraiment changé. Bien sûr nous sommes conscients que la défaite du Parti Québécois y est pour quelque chose. Mais cette situation de fait n’explique pas tout.

Le blâme ne doit pas revenir uniquement à M. Gilles Ducheppe mais à l’ensemble du mouvement souverainiste. Oui nous savons tout comme vous, que tout a été fait pour déstabiliser le Gouvernement du Québec. Toutefois cela n’est pas une raison pour justifier de votre part et des différents leaders nationalistes un certain manque d’inspiration. Dans le contexte actuel nous ne comprenons pas l’espèce de malaise, et d’incapacité de nos chefs, à capitaliser sur le support de sympathie qui existe encore dans la population québécoise face à la question nationale. Pourquoi les électeurs de 2003 éprouvent-ils tant d’indifférence et d’ennui envers la politique? Il n’est pas normal d’avoir si peu de mobilisation face aux enjeux politiques de notre nation.

Lorsque des personnalités aussi ennuyantes et insipides que Paul Martin ou Mario Dumont ont une bonne cote de popularité, nous savons qu’il y a un problème ailleurs. L’argent ou la grosseur de la machine politique n’expliquent pas tout. Le travail de base, autant à Québec avec le PQ, comme au Bloc, pour politiser les Québécois, n’a été fait que très partiellement.

Pour qu’une opposition québécoise indépendantiste québécoise soit vigoureuse et qu’une démocratie soit saine, il faut un leadership d’opposition batailleur, possédant un esprit de combat et de lutte sans faille, un sens inné de spectacle, de l’attirance et du magnétisme. Contrairement aux autres partis nous n’aspirons qu’à une chose, défendre bec et ongles, les intérêts nationaux du Québec et des souverainistes qui paient toujours des impôts à Ottawa.

Le but de Bloc Québécois a toujours été d’expliquer et prouver aux Québécois comment les dés sont pipés contre nous, et que rien ne sera vraiment réglé, avec ou sans Paul Martin.

Nous devons donner un sérieux coup de barre au Bloc pour remobiliser les gens et leur faire prendre goût à l’action politique. Il faut tout envisager: un nouveau leadership, un nouveau plan d’attaque, une nouvelle stratégie de communication, des actions originales, osées, et audacieuses.

Dans ce contexte, M. Gilles Duceppe est-il l’homme de la situation ? Regrettablement, nous en doutons. Nous invitons M. Duceppe à réfléchir sérieusement à quitter la tête du Bloc Québécois et faire place à quelqu’un qui pourra donner un vent de vigueur au Bloc, mais aussi une solide garantie d’une vraie démocratie au Québec. Le Québec mérite beaucoup mieux que Paul Martin. Il mérite un vrai pays et le Bloc a encore un avenir, malgré tout.

Et nous signons,

Ivano Vellone, Ex-président du Mouvement Souverainiste du Québec (1990-1998)
François Saint-Louis et Jean Saint-Louis, Membres fondateurs du Bloc Québécois
Jean Rémillard, Membre du Bloc Québécois d’Ahuntsic
Josée Sévigny, Militante souverainiste
Marcel Pelletier, Ex-attaché politique
Maximilien Authier
Hélène Authier
Marc Gauthier
Chantal Aubin
Sylvain Laforce
Jean-Marc Gagné



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L'inquiétant Paul Martin

Laurent Laplante
LAPLANTE DIXIT - Québec, le 28 juillet 2003

Le temps file et le jour du couronnement de Paul Martin comme premier ministre du Canada approche, mais strictement rien n'est encore venu justifier l'engouement dont l'homme bénéficie ni révéler en lui autre chose qu'un immense carriérisme. Pareille situation n'aurait guère d'importance si Paul Martin n'était que l'une des figures politiques canadiennes entre lesquelles choisir. Ce n'est pas le cas, car il n'a aucun vrai rival ni à l'intérieur du Parti libéral du Canada (PLC) ni dans les autres formations politiques. Cela n'est pas seulement frustrant, mais inquiétant.

***

Non seulement le PLC n'a pas à redouter de rivaux de poids, mais l'accession prochaine de M. Martin à sa direction promet à sa formation politique des résultats électoraux encore plus plantureux. Les partis de droite que sont l'Alliance canadienne et le Parti conservateur stagnent. Le Nouveau Parti Démocratique (NPD) traverse une crise interminable qui l'écartèle entre un credo modérément socialiste et la tentation d'un virage vers le centre. Quant au Bloc québécois, il est, par définition, confiné à des prétentions régionales qu'il ne réussira même pas à défendre contre M. Martin. Le PLC est donc en selle pour quelque temps encore.

À l'intérieur de cette monarchie, le calme règne également. L'actuel ministre des Finances, John Manley, vient de jeter la serviette et de se rallier à M. Martin. Ne reste, pour contredire parfois M. Martin, que la ministre Sheila Copps; elle ne s'illusionne pas sur ses chances de succès. À l'intérieur de sa formation politique, M. Martin est assurément le seul et unique dauphin. De quoi donner le goût au PLC de battre le record de longévité du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) du Mexique : 70 ans...

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Les mérites de l'homme sont-ils donc si convaincants? Pas du tout. Bien au contraire. Certes, il a redoré le blason du Canada aux yeux des agences d'évaluation financière en amenant les budgets du pays au point d'équilibre. Il l'a fait, cependant, par des moyens qui n'honoreraient personne, c'est-à-dire en s'appropriant les fonds de l'assurance-chômage, en accroissant l'insécurité des moins protégés et en surchargeant les provinces. Qu'on le reçoive bien à Davos ou qu'on lui confie l'animation (?) d'une quelconque table ronde de docteurs ès compressions, cela se conçoit; que le public canadien lui tresse des couronnes, c'est un mystère à confier à la psychanalyse.

Une part au moins de la popularité de Paul Martin découle cyniquement des rancunes et même du mépris que l'actuel premier ministre Jean Chrétien a accumulés sur sa tête au fil des ans. Nombreux sont, en effet, les Canadiens qui éprouvent de la gêne sinon de la honte quand leur premier ministre verse dans le simplisme le plus démagogique et bredouille lamentablement ce qui mériterait d'être articulé. Ils ont hâte de substituer la terne pondération de M. Martin au ton rageur et désinvolte de Jean Chrétien. Avec candeur, ils croient peut-être que M. Martin ne se permettra jamais de traiter le courant souverainiste québécois en ennemi personnel comme l'a toujours fait M. Chrétien et que la collectivité connaîtra grâce à lui sinon une période de calme constitutionnel, du moins des échanges plus civilisés. Prévisions mal fondées.

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M. Martin, malheureusement pour les cohortes de naïfs et d'impatients, ne mérite pas de bénéficier autant des crispations provoquées par M. Chrétien. Son ton plus acceptable ne rend pas ses idées plus attrayantes. Il combattra l'autonomie des provinces, a fortiori l'indépendantisme québécois, avec la détermination qu'il a longuement manifestée en sacrifiant toutes choses à son culte de l'équilibre budgétaire. De cela ne doutons pas.

Le pire, c'est que M. Martin agira selon une éthique encore plus poreuse que celle de M. Chrétien. À la veille de son couronnement, M. Martin n'a pas encore nettoyé la situation scandaleuse qui est la sienne : il gère encore l'empire maritime développé par son père et, qui pis est, il le gère sans détester suffisamment les pavillons de complaisance et le recours aux équipages apatrides. Dans la préparation du déboulonnage qu'il concocte depuis des années contre M. Chrétien, M. Martin a constamment réduit à rien les règles modérément démocratiques d'une course à la direction. Il a demandé à sa machine électorale l'efficacité, pas le franc jeu. Que sa liberté soit déjà handicapée par le financement obtenu d'intérêts peu transparents ne le tracasse guère. Depuis qu'il a été expulsé du cabinet, il poursuit son travail de sape contre M. Chrétien en s'abouchant avec des ministres bavards et ambitieux pour infléchir ou paralyser les débats censément secrets du conseil des ministres. « Ce sont des amis », dit-il pour expliquer la déloyauté que ces ministres pratiquent ainsi pour se concilier les faveurs de leur futur patron. M. Martin, qui prétend respecter le cadre défini par M. Chrétien, est en fait l'âme d'un coup d'État. Que le coup s'étale sur plusieurs mois ne change rien à son inélégance.

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L'ironie du sort veut que M. Chrétien se découvre en fin de carrière des velléités de chef d'État. « Le diable se faisant vieux se fit moine », dit le proverbe. La volte face est tardive, mais appréciable. M. Chrétien a orienté le pays vers le respect du protocole de Kyoto. Il a aidé le pays à jouer son rôle dans la mise au point de protocoles mondiaux dont, par exemple, les mines antipersonnel. Il a résisté aux pressions américaines qui voulaient entraîner le Canada dans l'agression contre l'Irak. Il a osé dire tout haut ce que beaucoup de Canadiens pensent discrètement de l'actuel locataire de la Maison blanche. Il a clairement signifié à l'Iran que le Canada préférait les enquêtes policières qui se concluent dans la transparence. Cela ne peut occulter le fait que le régime Chrétien a vécu de prébendes et d'infects renvois d'ascenseur. Surtout, cela ne saurait faire oublier que M. Chrétien a tant tardé à faire ses adieux que ce pays fait du surplace au lieu de se situer clairement dans les débats sociaux et politiques qui traversent ou devraient traverser la politique intérieure et internationale.

On jugerait peut-être M. Martin moins sévèrèment si, tout en paralysant M. Chrétien par ses manoeuvres souterraines, il approfondissait et répandait des idées politiques dignes de ce nom. Ce n'est pas le cas. Où le Canada devrait-il se situer quand, au sein de l'OTAN, les États-Unis sèment la discorde? Que pense le Canada des innombrables plaintes qui dénoncent, un peu partout dans le monde, le recul des droits fondamentaux? Le Canada, qui s'inquiétait comme tant d'autres pays lorsque l'extrémiste Georg Haider est entré au gouvernement autrichien, a-t-il quelque chose à dire à propos de la présence et de l'influence d'extrémistes au sein du gouvernement d'Ariel Sharon? De quelle manière le Canada souhaite-t-il rétablir le prestige de l'ONU? À toutes ces questions, M. Martin oppose un silence qui trahit tantôt le désir de ne mécontenter personne, tantôt l'ignorance du dossier. M. Martin est-il plus précis dans les divers domaines de la gouvernance intérieure? Certes pas. Le seul secteur où il ait adopté une position rassurante et éclairée, c'est celui des regroupements bancaires. Dans tout le reste, qu'il s'agisse de financement de la santé, des intrusions du gouvernement central en éducation, de la concentration de la presse, de la réforme des institutions démocratiques, du dialogue avec les provinces et les territoires, M. Martin, selon une expression cruelle mais qui semble juste « ne dit mot et n'en pense pas davantage ».

Au sens fort du terme, miser sur M. Martin, c'est plonger dans le vide.

Laurent Laplante

P.S. (ajouté à 17 h 10) Un lecteur nous demande de vérifier ce que furent les débuts de Canada Steamship Lines. Nous le faisons et nous apprécierons les informations qu'on voudra nous transmettre.

RÉFÉRENCES :





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Paul Martin: Democracy's champion

Andrew Coyne
National Post Saturday, July 26, 2003

Perhaps you have been reading one of those moaning minnies who go on about how democracy is in crisis in Canada, how politics has ceased to have any relevance in the grips of what looks increasingly like a one-party state, yadda, yadda. Possibly you have even read something to that effect in these pages, maybe even in this column.

Well, you can relax. Everything is fine. Couldn't be better. I ask you: If things are so bad, if politics is dead, how is it that more than 530,000 Canadians have, according to the latest figures, become card-carrying members of the Liberal Party? True, nearly half -- 230,000 -- of those were, by some miracle, in two provinces, Newfoundland and New Brunswick, but still: 300,000 Liberals in the rest of Canada, more than all the opposition parties combined. One adult Canadian in 50 is a registered Liberal, a fully paid-up member of the ruling party. I ask you: Does that look like a one-party state?

It's easy to see why all these good folks have been lining up to join the Liberal party. It's because of the scintillating, closely fought leadership race, as potential supporters race to enlist in order to vote for their favourite candidate, knowing that every vote -- what's that? Oh. Never mind.

No, it's obviously because they are so excited by the party's ideas. The Liberal party; the party of ideas. They go together like night and day. How do we know this? Because the candidates tell us so.

Take Paul Martin, the PM-in-waiting. Mr. Martin is, according to his spokespeople, very much an ideas man. Why, when he is not talking with Cabinet ministers or denying he is already PM ("there is only one government in Ottawa, and that is the government that is in place," he announced the other day, which somehow seemed to confirm the opposite), he spends hours, yes hours, as recently reported, "developing policy ideas by reading and meeting policy advisors."

What are those ideas? Well, er, let me get back to you on that, but meantime let me leave you with one: democracy. Mr. Martin, as is well known, is very keen on reforming Canadian democracy. The notion that a duly elected prime minister could be forced out of office for no reason other than to suit another man's lust for power, or that a minister of the Crown who desired the leadership could maintain a permanent campaign team on the public dime, or that a candidate could effectively be elected leader without ever having to disclose who had provided him with the millions of dollars with which to scare every other candidate out of the race -- well, the very suggestion would offend him.

Indeed, so deep is the Martin team's commitment to democracy that they took pains to ensure they controlled every provincial organization, every riding association, right down to the number of membership forms available to prospective recruiters. After all, when you're campaigning to open up the party to the grassroots, you can't afford to take any chances.

But such is the strength of the Liberal party that Mr. Martin is not the only candidate of ideas to have entered the race -- or to have left. There was Brian Tobin, whose best idea was to spend more time with his family. There was Allan Rock, a true ideas man if ever there was one, even if most of them blow up in his face.

There was, of course, John Manley. Mr. Manley was expected to run a campaign of ideas and did not disappoint. Among his ideas, propounded in a series of debates this spring: that Mr. Martin was disloyal, that he was arrogant, that he dodged an important vote in the Commons, and that he used too many cheat notes in debate.

But, alas, Mr. Manley is no longer with us, and so it falls to Sheila Copps to carry on the fight, as the "candidate of ideas" -- that is, the other candidate of ideas, next to Mr. Martin. Is she up to it? Need you ask? "There is only one time every decade that a party has a chance to establish its vision and its direction and I intend to be there," she declared, after Mr. Manley called it quits. "I have a vision for the country, a vision for the country that is different from the other candidate and it's a vision that I want to explore in the context of this race."

However, as our Bob Fife reported, "a close advisor to Ms. Copps said it is possible she could still pull out of the race, providing Mr. Martin guaranteed her a senior Cabinet job. If she does not get an offer of a Cabinet job, the source said she will stay in the race."

I have a vision -- what's it worth to you? And people say our politics is cynical?



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Blocking Al-Jazeera is clearly censorship

JEFFREY SIMPSON
THE GLOBE AND MAIL Tuesday, July 29, 2003

Seven years ago, the Emir of Qatar authorized the creation of Al-Jazeera, the first Arabic-language, all-news channel.

Al-Jazeera, with journalists throughout the Middle East, quickly became a sensation. It offered viewers an alternative to the state-sponsored broadcasters of Arab countries and coverage of the Middle East by Western media outlets.

Al-Jazeera predictably got everybody angry. Some of the Arab governments accustomed to controlling the press found it far too independent. U.S. authorities oscillated between condemning it for bias and encouraging top officials to be interviewed on Al-Jazeera because the network reached so many people. Some Western media condemned it for shoddy journalism, while using Al-Jazeera material that they did not have, including tapes from Osama bin Laden.

Love it or hate it, Al-Jazeera found a large audience among Arabic-speakers in the Middle East, and now proposes to expand that audience to Arabic-speakers in other countries, including Canada.

Rogers Cable and Vidéotron would like to offer Al-Jazeera as a digital station. The prospect has the Canadian Jewish Congress and B'nai Brith Canada up in arms, claiming that Al-Jazeera reports anti-Semitic material and is systemically hostile to Israel.

The interested cable companies want to expand foreign-language programming on digital. Although Al-Jazeera is drawing all the fire, the applications before the Canadian Radio-television and Telecommunications Commission involve 15 channels. They include Latin American channels broadcasting in Spanish, German TV (a consortium of two German broadcasters), TV Chile, Romanian TV, and RAI International, an Italian channel.

Al-Jazeera's opponents are making themselves heard. Almost 1,500 submissions have already been received by the CRTC, although two weeks remain before the deadline for public communications. (In fairness, some submissions are part of a write-in campaign from Italian-Canadians in favour of RAI.)

Critics should calm down a bit. These proposed new stations will be shown on digital. All digital channels combined capture barely 2 per cent of television viewers in Canada. Most of them attract risible numbers. Some went out of business soon after being licensed; many others are teetering on the brink. Digital may be the wave of the future, but so far, it's barely a ripple.

So it's not as if Al-Jazeera, or any other of the proposed new stations, will be competing with the CBC or CTV. In fact, CNN, which has its own built-in biases -- as we saw during the Iraq war -- outdraws CBC's Newsworld, and will continue to enjoy a Canadian audience many, many times greater than Al-Jazeera.

The case against Al-Jazeera isn't so much about audience size, but bias of the hate-inspiring kind. Not speaking or understanding Arabic makes judgment difficult, so all one can say is that the case is "not proven."

There have apparently been anti-Semitic statements made on Al-Jazeera, but these were by a few people being interviewed rather than by Al-Jazeera reporters. Distressing as such attitudes are, they do form part of the political and cultural landscape of the Arab world that Al-Jazeera is supposed to report. Moreover, it would be strange if Al-Jazeera was anything but skeptical about, or hostile to, Israeli policies, given that country's general reputation in the Arab world.

Hate-speech laws in Canada could be used, if necessary, against cable operators who show Al-Jazeera. So it's not as if Canada is defenseless, should Al-Jazeera go off the rails.

Given the charges against Al-Jazeera in Canada, it's ironic the network is sometimes accused of being too pro-American and pro-Western in the Middle East. Many Al-Jazeera staff worked at the BBC and other Western media outlets before landing at the Arabic network. Al-Jazeera is often used by Mideast liberals as an example of how to get the media away from the propaganda and censorship of state-run Arab networks.

Preliminary interventions must be received by the CRTC by Aug. 11, and replies to those interventions by Sept. 15. The commission doesn't have to hold hearings; it can rest a decision strictly on written submissions.

It could give the green light to the cable operators to package all the new foreign-language digital channels together, so that a subscriber would have to pay for all 15. Or, it could isolate Al-Jazeera and insist that subscribers pay for it alone.

Canadian broadcasting is based on free speech and widespread access to information within the laws of defamation and hate. Provided Al-Jazeera stays within those limits, there's no theoretical or policy reason to deny those who wish to pay for the service the right to watch it. Anything else would be political censorship.

jsimpson@globeandmail.ca



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EI is not a piggy bank for the government

The Gazette Tuesday, July 29, 2003

Éditorial - Canada's Employment Insurance program and the federal government's attack on its $530-billion accumulated debt should not have anything to do one with the other. EI should be a separate, dedicated program whose premiums cover its payouts and obligations and nothing else. The federal government should use general tax revenue to pay down the debt.

Of course, without looting the EI fund every year, Ottawa would not have any surplus to pay down the debt, or perhaps even enough money for current spending. Fine. Then we come to the usual choices open to a responsible, transparent government: cut spending or raise taxes. What Ottawa should not be doing is using the surplus from a dedicated program to avoid facing the judgment of taxpayers.

But that is precisely what Ottawa has been doing. Now a coalition of employers, labour federations and others have gone to court, alleging the federal government has used $45 billion from the EI surpluses to put toward the debt. That sum is only $2 billion less than the total of $47 billion Ottawa has knocked off the debt in recent years

These groups are ready to argue in Quebec Superior Court that Ottawa's spending of the EI surpluses violates the Canadian constitution and the EI Act. They want the federal government to repay the $45 billion. A decision is expected by September.

The Quebec Federation of Labour has criticized the Chrétien government for first reforming the insurance program to make EI more difficult to obtain, and then diverting the fund's increased surplus to pay down the debt.

The idea of an EI fund is to provide income to tide over people who lose their jobs. It is not clear it is even doing that, according to labour critics. The percentage of the unemployed who draw EI dropped from 87 per cent in 1990 to 46 per cent today. EI benefit payments dropped from $18 billion to $13.5 billion over that period.

In November, Canada's auditor-general, Sheila Fraser, also criticized the federal government for using EI surplus to pay down the debt. "I cannot conclude that the spirit of the Employment Insurance Act has been observed with respect to the establishment of premiums," she said.

For Ottawa to divert funds from a dedicated program into its general-revenue stream is profoundly dishonest. If premium revenue generates such huge surpluses, it means the premiums are too high, or perhaps that eligibility requirements are too high, or both.

The Quebec Federation of Labour is proposing an independent employment-insurance program be run jointly by workers and employers. We're not so enthusiastic about that. Government supervision, and even operation, of the EI system seem reasonable: this is a nationwide program in a country with some - not enough - labour mobility.

But EI should be a revenue-neutral insurance program, with decisions made on the basis of labour market efficiency and sound administration. EI is not a piggy-bank Ottawa can raid at will. If Ottawa wants more money to spend, let them have the courage to ask us for it, by raising taxes. No more sneaking it out of our wallets.



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Une plainte pour "crimes de guerre" en Irak
déposées contre la Grande-Bretagne

AP 29.7.2003

ATHENES (AP ) - Un groupe d'avocats grecs a déposé lundi une plainte auprès de la nouvelle Cour pénale internationale (CPI) contre des hauts responsables britanniques pour le rôle dans la mort de civils irakiens.

L'association du barreau d'Athènes a déposé symboliquement cette demande devant le tribunal à La Haye.

Elle a qualifié les attaques menées par les forces américaines et britanniques en mars et avril de "crimes contre l'humanité et de crimes de guerre", et de violation de la légalité internationale.

Dimitris Paxinos, le président du barreau, a présenté un dossier contenant 74 clips vidéos et 13 cassettes vidéos contenant des nouveaux reportages sur la guerre en Irak au procureur de la cour Luis Moreno-Ocampo.

Les bureaux du procureur ont confirmé avoir reçu le dossier et ont expliqué qu'ils allaient examiner ces documents ainsi que les 22 charges d'accusations présentes dans la plainte, qui se réfère à des incidents précis.

Les Britanniques mentionnés dans les plaintes sont des hauts responsables politiques et militaires. Ces plaintes excluent les Etats-Unis, qui ne reconnaissent pas la prédominance juridique de la CPI.

Dimitris Vervesos, le secrétaire général de l'association qui a porté plainte, s'est dit optimiste quant aux suites d'une action légale et a expliqué que les documents faisaient référence au Premier ministre britannique Tony Blair.