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La «feuille de route» à la lumière de l'histoire

L'irréparable handicap démocratique d'Israël

Un État qui se réclame d'une confession religieuse ne peut prétendre traiter sur le même pied tous les citoyens du pays, qui n'adhèrent pas tous à la religion d'État

Louis Gill
Professeur retraité de l'Université du Québec à Montréal
LE DEVOIR vendredi 27 juin 2003

Violation de la Déclaration universelle des droits de l'homme, des conventions internationales sur les droits civiques et politiques et sur les droits économiques et sociaux, sur le droit humanitaire en cas de conflit armé. Discrimination systématique à l'endroit des Arabes, non-respect du droit de libre circulation, torture, celle-ci s'exerçant également sur les enfants. Déplacements forcés de populations, implantation de colonies de peuplement dans les territoires occupés, destruction de maisons et de plantations, arrestations arbitraires, assassinats.

Envahissement systématique du territoire qui était destiné à devenir un État palestinien (Gaza, Cisjordanie, Jérusalem-Est). Segmentation de ce territoire en une multitude de cantons déconnectés les uns des autres où règne un véritable régime d'apartheid. Édification d'un «mur de la honte», trois fois plus haut et deux fois plus large que le mur de Berlin, sur les deux tiers de la frontière ouest de la Cisjordanie, dont 95 kilomètres sont déjà construits ou en cours de construction. Etc.

À la lumière de ces faits, universellement connus et dénoncés à travers le monde par tous les organismes voués à la défense des droits de la personne ainsi que par de très nombreux juifs, il faut beaucoup d'audace pour persister à caractériser l'État d'Israël comme un État démocratique. Ceux qui le font fondent leur prétention sur le fait qu'Israël est une «démocratie libérale» de type occidental dans laquelle il y a en particulier un gouvernement, une opposition et des élections libres. Une telle réduction est pour le moins abusive.

L'État religieux

Fondé comme «État juif», c'est-à-dire comme l'État d'une confession religieuse, l'État d'Israël se trouve, dans ses fondements mêmes, grevé d'un irréparable handicap démocratique. Un État qui se réclame d'une confession religieuse, qu'il soit juif, islamiste, catholique ou autre, ne peut prétendre traiter sur le même pied tous les citoyens du pays, qui n'adhèrent pas tous à la religion d'État. C'est pourquoi la séparation de l'Église et de l'État constitue une des réalisations les plus importantes des révolutions démocratiques. Pour être démocratique, l'État doit être laïque.

Même si le premier chef de gouvernement de l'État d'Israël, David Ben Gourion, déclarait en 1948 que le nouvel État assurerait la plus complète égalité sociale et politique à tous ses habitants, sans distinction de religion, de race ou de sexe, cet égalitarisme proclamé ne pouvait qu'entrer en contradiction avec le projet sioniste d'un pays considéré comme la «terre promise» des juifs, dont on voulait qu'il devienne leur «foyer national» et qui soit en conséquence ouvert à l'immigration juive en provenance de tous les pays, dès lors que cette immigration devait confluer vers un territoire déjà habité par une population non juive. L'établissement de l'État juif ne pouvait se réaliser que par l'éviction progressive de cette population non juive.

C'est ainsi qu'après la guerre de 1948, les 700 000 Palestiniens qui s'étaient réfugiés à l'étranger pour fuir les combats se sont fait nier le droit de réintégrer leurs terres et leurs habitations. Alors qu'une «loi du retour» adoptée par l'État d'Israël en 1950 accordait la nationalité israélienne à tout nouvel immigrant à la condition qu'il soit juif, une loi effective du non-retour des réfugiés palestiniens entrait simultanément en vigueur pour subsister jusqu'à aujourd'hui. On comprendra qu'une juste appréciation de la «démocratie libérale» dont Israël serait aujourd'hui un modèle ne peut faire abstraction de développements historiques qui ont eu pour effet d'aménager une majorité incontestable de citoyens de confession juive par l'éviction pure et simple de citoyens de confession non juive. L'exercice d'une authentique démocratie parmi une population majoritairement juive reposait ainsi sur la négation antidémocratique du droit de citoyenneté d'une population non juive, maintenue à l'écart d'un territoire où la judéité de l'État était ainsi préservée et sans cesse renforcée.

L'objectif du Grand Israël

Doté en 1948 de 55 % du territoire de la Palestine même si la population juive ne comptait alors que pour 33 % de la population totale, l'État d'Israël, pour réaliser le projet sioniste d'accueillir les juifs du monde entier, devait nécessairement s'étendre au delà du territoire initial pour englober toute la Palestine, réaliser le «Grand Israël». Cet objectif, souvent identifié à la seule droite israélienne, dont le Likoud d'Ariel Sharon et Benjamin Nétanyahou, a tout autant été poursuivi par la gauche travailliste. Il faisait partie des projets des pères fondateurs, David Ben Gourion et Chaïm Weizmann (premier président d'Israël). Pour Ben Gourion, la partition initiale du territoire de la Palestine n'était acceptable que par souci tactique, à titre provisoire, son objectif étant «toute la Palestine». Pour Weizmann, il s'agissait «d'obtenir un point d'appui sur lequel placer un levier [...], laissant les problèmes de l'expansion et de l'extension aux générations futures».

La victoire totale d'Israël lors de la guerre des Six Jours de 1967 et son occupation militaire de l'ensemble du territoire de la Palestine allait soulever avec une acuité particulière ces problèmes de l'expansion et de l'extension, en lien avec ceux de la démocratie. Israël ne pouvait annexer purement et simplement les territoires occupés sans faire face au problème suivant : en excluant l'hypothèse extrémiste de l'expulsion de tous les Arabes, ou bien il octroyait la citoyenneté israélienne aux habitants des territoires occupés avec tous les droits civiques, auquel cas le caractère juif de l'État était menacé, ou bien il la leur refusait, auquel cas son caractère démocratique l'était.

Le plan élaboré par le vice-premier ministre Yigal Allon, du gouvernement travailliste alors au pouvoir, disposa du problème en octroyant aux territoires palestiniens le statut d'«enclaves», séparées les unes des autres (d'abord deux, puis trois en Cisjordanie, une à Gaza), au sein de nouvelles frontières englobant sous domination israélienne l'ensemble de la Palestine. «Entre un État binational de facto avec davantage de territoire et un État juif avec moins de territoire, j'opte pour la seconde éventualité», déclarait Allon, dont le plan prévoyait par ailleurs «une occupation prolongée et un processus d'annexion par réquisition de terres et création d'implantations, de manière à occuper physiquement le territoire qu'il visait à acquérir définitivement».

Les grandes lignes du plan Allon ont été reprises dans les accords d'Oslo et de Washington de 1993, qui avaient pu être perçus par les optimistes comme ouvrant la voie à la création d'un État palestinien, pourtant incompatible avec le projet du «Grand Israël» même s'il était prévu que cet État demeurerait sous la tutelle militaire de l'État d'Israël. On connaît la suite. Loin de se retirer des territoires palestiniens occupés et d'y démanteler les colonies juives, Israël y a intensifié l'implantation de nouvelles colonies militairement protégées et a procédé à l'expropriation de ses occupants arabes, grignotant sans cesse un territoire qu'il vise à acquérir dans sa totalité par l'écrasement de la résistance palestinienne.

Le tout nouveau plan de paix, connu comme la «feuille de route», élaboré par les États-Unis, l'Union européenne, la Russie et les Nation unies, est-il susceptible de dénouer l'impasse ? Il faudrait être naïf pour le croire. D'autant plus que, dès sa publication, le premier ministre Ariel Sharon y a apporté 14 réserves dites vitales, dont l'obligation pour l'éventuel État palestinien de renoncer au droit de retour des réfugiés palestiniens, la réduction du cadre juridique des négociations aux seules résolutions nos 242 et 338 de l'ONU, qui demandent le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés, et le démantèlement des seules colonies définies comme illégales, qui représentent l'infime minorité des empiétements israéliens, tout aussi illégaux, en Cisjordanie et à Gaza.





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Réplique à Louis Gill :

Le prêt-à-penser d'extrême-gauche sur Israël

Jean-Charles Chebat
Professeur, École des hautes études commerciales
LE DEVOIR mardi 8 juillet 2003

Vos prétendus «faits universellement connus» [énoncés dans une lettre publiée le 27 juin dans Le Devoir] sont des accusations partisanes, et vos arguments l'écho des cris de haine venus de Durban. Décevant de la part d'un professeur d'université, dont on peut attendre une pensée originale et fondée.

Vous avancez qu'Israël est un «État religieux». Voilà qui est d'un ridicule sinistre. La Constitution d'Israël en fait un «État laïque et reconnaît quatorze confessions», le judaïsme, l'islam, la religion bahaïe et les différentes formes de christianisme. Avez-vous jamais visité les écoles d'État israéliennes? Elles sont laïques, comme tout le reste de l'appareil de cet État construit par des juifs socialistes, généralement marxistes, à peu près tous athées. Ils auraient eu bien de la difficulté à respecter eux-mêmes les lois religieuses dont vous dites qu'ils voulaient les imposer comme loi fondatrice. Ce qui contraste quelque peu avec les 22 États arabes, qui font de l'islam la religion officielle, y compris dans la prétendue Algérie socialiste de Boumédiène. Mais cela vous laisse indifférent.

Au moins 70 % de la population juive d'Israël ne pratique pas, ou peu, la religion juive. Ceux qui ont vu ce pays ont aussi vu les transports publics rouler le samedi et les femmes vêtues selon leur gré. Cela contraste avec la police religieuse qui, en Arabie Saoudite par exemple, interdit aux femmes de conduire et vérifie si leurs vêtements sont conformes à la charia, pour ne pas parler des meurtres d'honneur commis contre les femmes soupçonnées de comportements contraires à cette charia. Mais cela n'a jamais atteint votre chatouilleux sens de la justice.

De plus, 20 % des citoyens d'Israël ne sont pas juifs. Ils sont arabes, de confession musulmane, chrétienne, druze ou autre, et sont restés sur leur territoire après la guerre d'indépendance de 1948. Les druzes, les bédouins et les circassiens servent dans l'armée, comme tous les Israéliens. Les conditions matérielles des Arabes israéliens et leurs droits politiques et syndicaux n'ont aucune commune mesure avec ceux des Arabes en général. Ce qui est bien différent du sort des Kabyles d'Algérie, étrangers sur la terre dont ils sont les autochtones, incapables d'y faire reconnaître leur langue, du sort des noirs chrétiens ou animistes du Soudan, écrasés par l'État islamiste, ou du sort des Tchéchènes, laminés par ce qui reste de la machine de guerre soviétique. Vous n'en parlez pas.

Vous discourez sur Allon et vous élaborez une mirifique théorie d'un complot ourdi de longue date par la gauche israélienne. En fait, Ygal Allon est le pur produit de l'éducation des kibboutz marxistes (Achdut Avodah). Il serait le dernier à se préoccuper de questions religieuses, tant pour des raisons idéologiques que stratégiques. Le Plan Allon, conçu après la guerre de 1967, consistait à s'aligner rigoureusement sur les résolutions 242 et 338. Il proposait un échange de territoires contre la paix. Votre bonne foi dans ce dossier serait plus claire si vous rappeliez des «faits universellement connus»: le colonel Gamal Abdel Nasser, dictateur égyptien de 1954 à 1970, avait conclu avec la Syrie et la Jordanie une alliance militaire visant explicitement à la destruction totale d'Israël, alliance à laquelle se joignirent l'Irak, le Maroc et l'Arabie. Israël ne fit pas une guerre de conquête, mais une guerre d'autodéfense. Comme le prévoit le droit international, les territoires perdus par les agresseurs sont acquis par le pays vainqueur. Ainsi, dois-je vous le rappeler, par le Traité d'Helsinki, l'Allemagne post-hitlérienne a définitivement perdu des territoires cédés aux pays qu'elle avait agressés lors de la Deuxième Guerre mondiale. Vous n'en parlez pas non plus.

Le Plan Allon aurait pu instaurer la paix dès 1967. Il fut rejeté, non par les «expansionnistes» juifs mais par la Ligue arabe au sommet de Khartoum en 1968. Ce fut la «doctrine des trois non»: non à la reconnaissance d'Israël, non à la négociation, non à la paix. Mais pour vous, Israël est le fautif. Certes, le ridicule ne tue plus.

Si je suis correctement les arcanes de votre argumentation, vous dites ceci. La preuve de ce qu'Israël est un État ségrégationniste est qu'Allon et Weizmann préféraient un État petit et homogène à un État plus étendu et incluant les Arabes de Judée, Samarie et Gaza. En d'autres termes, «damned if you do and damned if you don't». Voilà un superbe catch 22. Si les Israéliens se retirent, ils ont tort, et ils ont tort aussi, bien sûr, s'ils restent. La casuistique que vous avez sans doute pratiquée avec art dans votre jeunesse est encore bien vivante.

Le problème de fond n'est certes pas là où vous pointez. Le Fatah d'Arafat a été créé en 1964 au Caire, trois ans avant la guerre des Six-Jours et donc la question desdits «territoires occupés». L'objectif d'Arafat était, et sans doute demeure, la destruction d'Israël. Le Fatah vient d'accepter une trêve des attentats, aveu patent s'il en fallait un qu'Arafat a été le complice sinon l'instigateur des attentats suicide qu'il dénonçait devant les caméras. Pire encore, les Martyrs d'Al-Aqsa, branche de ce Fatah d'Arafat, l'ont rejetée. Tout cela, vous le savez et ça ne vous touche pas.

Vous dites que Jérusalem Est était destinée à faire partie de l'État palestinien en 1947. C'est faux. Jérusalem devait faire partie d'un territoire sous mandat international. Cette contre-vérité en dit long sur votre pensée.

Qui du sort des juifs des pays arabes? Ce million de juifs des pays arabes qui, en 20 ans, du Maroc à l'Irak, après de multiples massacres, ont quitté la terre natale et ancestrale où, au mieux, on leur donnait le choix entre la valise et le cercueil. Les juifs de ces pays ont subi, comme ceux d'Europe, le nettoyage ethnique. Israël est le refuge de millions de juifs persécutés non seulement en Europe mais aussi en pays arabes, soit quelque 40 % de la population d'Israël. Vous n'en dites rien.

Dans le même esprit, vous a-t-on entendu protester contre la loi allemande sur le droit au retour des descendants d'Allemands qui, n'importe où dans le monde, peuvent s'établir en Allemagne sans grande formalité? En Allemagne, pas en Pologne ni en Tchécoslovaquie ni en France! Le droit de retour des Palestiniens actuellement au Liban ou en Jordanie consiste logiquement à s'établir en Cisjordanie et à Gaza, pas en Israël! S'il vous semble justifié que les Palestiniens s'établissent en Israël, pourquoi alors ne défendez-vous pas le droit de ceux que vous appelez des colons juifs à s'établir en Cisjordanie et à Gaza?

Toujours par analogie avec l'Allemagne, vous comparez le mur de Berlin à celui que construisent les Israéliens. Celui de Berlin servait à empêcher les Allemands de l'Est de sortir pour rejoindre le monde libre. Celui que construisent les Israéliens vise à les protéger de l'entrée de terroristes palestiniens, qui ont déjà assassiné trois fois plus de citoyens que la guerre des Six-Jours n'a fait de morts parmi eux. À part la quantité de briques, il n'y a pas de lien essentiel entre ces murs et ce n'est pas votre article qui nous éclairera sur cette analogie.

De même, dans cette nouvelle Allemagne dont personne ne remet en question le caractère démocratique et laïque, les contribuables paient, nolens volens, des impôts à l'Église (au passage, ce n'est pas le cas en Israël). Cela vous choque? Nous attendons avec impatience vos écrits indignés sur ces pratiques allemandes.

Votre argument central, à savoir que la démocratie est une condition nécessaire à la paix, est absurde. S'il avait un sens, il faudrait nier le droit à la paix non seulement au Moyen-Orient, mais aux trois quarts de l'humanité qui vit sous l'oppression de dictatures. Bien plus, il vous faudrait approuver d'enthousiasme l'objectif du président George W. Bush d'instaurer de vraies démocraties en Syrie, en Irak et en Iran. Vous étiez sans doute des manifestations qui ont dénoncé ces dictatures, n'est-ce pas?

Si Israël, pays de six millions d'habitants, entouré d'un milliard trois cents millions de musulmans, veut protéger son identité juive, cela vous semble démontrer son caractère d'apartheid. Autre argument ridicule. Qui, au Québec, même parmi les plus fédéralistes, oserait s'opposer aux lois sur l'immigration donnant au seul gouvernement francophone de ce continent anglophone la capacité de choisir ses immigrants? Vous?

Vos analyses sont toutes faites, du prêt-à-penser importé de Durban.



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Le contexte de la «feuille de route» :

Israël: un peuple avant une religion

Après 55 ans de politique du refus, la paix dépend presque exclusivement des Palestiniens. Pour cela, il leur faudra abandonner leur volonté de détruire Israël

Yoram Danan, Informaticien
LE DEVOIR jeudi 17 juillet 2003

Réponse à Louis Gill - Si les élèves du professeur Louis Gill lui avaient remis un essai présentant une telle vision en tunnel, selon le texte qu'il a publié dans Le Devoir du 27 juin dernier, ils auraient mérité un bon zéro à leur travail. Faisons-en donc la correction pour l'éduquer.

L'État d'Israël ne se réclame pas d'une confession religieuse mais d'un peuple, le peuple juif, et il protège les droits religieux de ses citoyens, contrairement à tous les pays qui l'entourent qui ont évacué les juifs, persécutent les chrétiens, les bahaï et les variantes de l'islam qui ne leur conviennent pas.

La part arabe

Des violations des droits humains, oui, il y en a sûrement en Israël comme il y en a au Canada et au Québec, selon Amnistie internationale et certains groupes défenseurs des droits des prisonniers et des autochtones. Mais comme au Québec et au Canada, elles ne sont nullement systématiques, elles sont souvent corrigées par les tribunaux alors que celles qui règnent sous l'Autorité palestinienne et les autres «partenaires» du processus de paix sont systématiques. À preuve, les milliers de victimes du président Assad, les massacres de chrétiens libanais par le PLO et les Syriens, les massacres de Septembre noir qui amenèrent des membres du PLO à traverser le Jourdain et à s'en remettre aux soldats israéliens plutôt que de finir entre les mains de leurs «frères arabes» jordaniens, et j'en passe.

Comment M. Gill peut-il parler d'un envahissement systématique du territoire destiné à devenir un État palestinien, alors que ces territoires ont été sous contrôle arabe depuis la création de l'État d'Israël jusqu'à ce que celui-ci soit obligé de les occuper dans la guerre défensive des Six jours, causée par le blocus militaire de l'Égypte supporté par l'attaque jordanienne et les bombardements syriens et facilité par la démission de l'ONU à la simple demande de Nasser ?

Israël a démontré par l'accord de paix avec l'Égypte qu'il est prêt à renoncer à l'occupation de territoires en échange d'une paix bien froide avec un pays qui laisse sa presse d'État distiller un antisémitisme délirant, jusqu'à recycler les protocoles des sages de Zion.

Ce sont les Arabes qui, à leur Conférence de Khartoum du 1er septembre 1967 (point no 3 de la déclaration finale), ont refusé la paix, la reconnaissance et toute négociation avec Israël et ont ainsi entravé toute possibilité de retour des territoires à leur contrôle. Ils poursuivaient ainsi leur politique de pire par laquelle ils ont empêché la création de l'État palestinien dans des territoires qu'ils ont contrôlés pendant 19 ans, maintenant le problème palestinien comme l'utile prétexte à accepter leurs dictatures souvent sanguinaires.

Contrer les kamikazes

Appeler «mur de la honte», un système de défense contre les kamikazes sanguinaires qui visent les concentrations d'enfants (Dolphinarium et autres) et qui éventuellement permettra la coexistence d'un État palestinien et d'un État israélien indépendants est digne du ministère de la Vérité du 1984 de G. Orwell.

Reconnaître l'existence, en Israël, de mouvements libres de Juifs qui défendent des points de vue similaires au sien et nier le caractère démocratique d'Israël est tout aussi orwellien.

Parler des 700 000 Palestiniens qui ont quitté Israël, la plupart à l'instigation de la propagande arabe, et tous avec l'espoir de retourner dans un Israël vaincu et vidé de ses Juifs en oubliant les 900 000 Juifs réfugiés des pays arabes, parler des pourcentages de territoire sans mentionner que le partage était basé sur les majorités locales comme dans notre système parlementaire au Québec, et ne pas mentionner que sur le territoire israélien, des centaines de milliers d'Arabes se sont sentis en sécurité pour y rester après la guerre d'indépendance alors qu'aucun Juif n'a pu le faire en territoire arabe (ils ont été tous tués ou expulsés), c'est encore oublier un détail clé.

Le refus palestinien

L'aspiration des pères fondateurs de l'État d'Israël à avoir plus de territoire que ce qu'ils ont pu obtenir de la décision de partage, et leur acceptation de ce que la réalité politique d'alors pouvait leur permettre, est tout à leur honneur. Alors que le refus de partage et de compromis des Palestiniens -- forts de l'appui inconditionnel du monde arabe, du monde musulman, des soi-disant non-alliés, du bloc communiste et de nombreux «bien-pensants» tiers-mondistes convaincus comme M. Gill, que les fautes ne peuvent être que du côté des Israéliens «blancs et occidentalisés» et jamais du côté des Arabes ex-colonisés -- est la vraie source de leur malheur.

Après 55 ans de politique du refus, la paix dépend presque exclusivement des Palestiniens. Pour cela, il leur faudra abandonner leur jusqu'au-boutisme, leur volonté de détruire Israël (comme c'est spécifié dans la charte du Hamas appuyé à 61 %), l'endoctrinement à la haine pratiquée dans les écoles, et accepter le partage et une paix qui assure la sécurité d'un Israël qui ne représente qu'un infime pourcentage du monde arabo-musulman qui l'entoure.



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Réplique de Louis Gill :

Réplique aux contre-vérités de mes détracteurs
- Israël est un État religieux

Louis Gill
Professeur retraité de l'Université du Québec à Montréal
LE DEVOIR mardi 29 juillet 2003

Dans une réplique parue le 8 juillet dans Le Devoir à mon article du 27 juin intitulé «L'irréparable handicap démocratique d'Israël», Jean-Charles Chebat rejette comme de simples «accusations partisanes» les faits que je rappelle dans cet article et pour lesquels Israël a été dénoncé à travers le monde, y compris par de très nombreux Juifs. Il franchit également sans vergogne le pas devenu classique en cette matière, en proférant à mon égard des accusations de haine dénuées de fondements. Geste des plus regrettables dans un débat qui doit nécessairement se poursuivre dans la sérénité.

Israël : un État laïque ?

À ma description de l'État juif d'Israël comme l'État d'une confession religieuse, gravé dans ses fondements mêmes d'un irréparable handicap démocratique, Chebat réplique en soutenant au contraire que, par sa Constitution, l'État d'Israël est un «État laïque qui reconnaît quatorze confessions». Voilà qui n'est pas banal ! Si le mot «laïque» a un sens, un État qui reconnaîtrait sur le même pied certaines confessions, sans reconnaître les autres, pourrait être défini comme un État religieux multiconfessionnel partial, mais certainement pas comme un État laïque.

Cette laïcité de l'État, selon Chebat, serait pourtant affirmée dans la Constitution d'Israël. Or, il n'y a pas de Constitution en Israël, qui ne s'est jamais doté d'une telle Loi fondamentale constitutive du pays protégeant notamment les droits et libertés, mais qui est régi par un ensemble de lois dites «de base» (basic laws) adoptées au fil des décennies par le Parlement, la Knesset (loi du retour, lois sur la nationalité, sur la propriété de la terre, sur le gouvernement, sur l'économie, sur l'armée, etc.), dont aucune ne fait quelque allusion à une prétendue laïcité de l'État.

On ne peut par ailleurs invoquer la reconnaissance de la liberté de culte proclamée dans la Déclaration d'indépendance de 1948 pour prétendre à la laïcité de l'État, ni même pour soutenir qu'aujourd'hui les citoyens jouiraient d'une pleine liberté en matière religieuse. La reconnaissance des confessions religieuses par l'État, en effet, n'est pas entière, mais limitée à 14 confessions, comme nous le dit Chebat. De plus, quelle que soit leur pratique effective, dont Chebat nous informe qu'elle est faible, les citoyens juifs d'Israël sont tenus de se soumettre à la religion juive, en particulier pour le mariage et le divorce selon la loi juive qui, entre autres, confine les femmes dans une nette position d'infériorité. Aussi, conformément à la loi, chaque Israélien doit appartenir à une communauté religieuse. Belle laïcité !

Chebat souhaite nous convaincre en rappelant que le mouvement sioniste a été porté par un mouvement laïque, voire socialiste, qui en conséquence n'aurait jamais pu accoucher d'un État théocratique. Il omet de dire que ce mouvement a tout autant été porté par de fortes influences religieuses qui exigeaient qu'Israël se dote d'institutions conformes à la Torah, de sorte que la société israélienne est traversée de part en part par la religion. À titre d'exemple, 20 % des sièges de la Knesset sont détenus par des chefs religieux. Si le fondateur du sionisme, Théodore Herzl, proclamait en 1896 dans L'État des Juifs que l'armée et le clergé n'ont pas à s'immiscer dans les affaires de l'État, il affirmait tout autant : «Nous ne reconnaissons notre communauté d'appartenance historique qu'à travers la foi de nos pères.»

La contradiction

Qu'en est-il des incidences démocratiques de cet État religieux ? Mentionnons d'abord qu'il a fallu attendre jusqu'en 1992 pour que soit adoptée une Loi sur la dignité de l'Homme et sa liberté, considérée comme une ébauche d'une éventuelle Déclaration des droits de l'Homme qui n'a toujours pas vu le jour. Mais cette loi ne contient pas de clause d'égalité qui garantirait aux citoyens non juifs d'Israël (20 % de la population) une protection contre la discrimination. La loi énonce au contraire que les Droits de l'Homme doivent être interprétés dans l'esprit des principes de la Déclaration d'indépendance de 1948 qui stipule que «l'État d'Israël sera fondé sur la liberté, la justice et la paix selon l'idéal des prophètes d'Israël», et qu'elle a pour objet d'instituer «les valeurs de l'État d'Israël en tant qu'État juif et démocratique».

Cette contradiction en soi qu'est un «État juif et démocratique» est illustrée en particulier par le fait que le droit des non-Juifs à se présenter comme candidats aux élections à la Knesset est soumis à leur acceptation du caractère juif de l'État, de sa composition comportant une majorité de Juifs et du privilège de «retour» en Israël accordé aux Juifs, selon le principe de la «prééminence du Droit du sang sur le Droit du sol». La loi interdit à tout candidat de se présenter aux élections sur une plate-forme politique qui nierait le «droit à l'existence de l'État d'Israël en tant qu'État du peuple juif». Un registre de la population départage par ailleurs les citoyens entre Juifs et non-Juifs.

On comprendra facilement, en contradiction avec la présentation idyllique dont Chebat voudrait nous convaincre, que les citoyens de la minorité non juive d'Israël puissent être définis comme «des étrangers de l'intérieur» et «des citoyens de seconde zone, du fait de leur non-judaïcité» par la Fédération internationale des Ligues des droits de l'Homme (FIDH) dans un rapport de 2001 d'une mission d'enquête menée par elle avec la collaboration de l'Association for Civil Rights in Israel. Ce rapport établit une liste impressionnante des discriminations économiques et sociales dont est victime la population arabe d'Israël et révèle l'absence de droits élémentaires qui est le lot quotidien de la population bédouine.

«Accusations partisanes», répliquera sans aucun doute Chebat qui y décèlera ici encore l'«écho des cris de haine venus de Durban». Faudrait-il nier ces faits sous prétexte que la négation des droits démocratiques est encore plus grande dans les États arabes ? N'est-on pas plutôt fondé de poser avec la FIDH la question suivante : «Que peut signifier un État moderne et démocratique doté d'une religion nationale où l'appartenance à cette religion nationale est un critère permettant de revendiquer le droit à la citoyenneté ?» Et de répondre avec elle : «Seule une séparation complète entre la religion et l'État [...] permettrait de restaurer au terme "démocratie" la plénitude de son acception.»

Mur de la honte

La loi allemande sur le droit de retour de descendants d'exilés allemands, en sol allemand habité par des Allemands, sur un territoire 17 fois plus grand que celui d'Israël, peut-elle vraiment être mise sur le même pied que la loi israélienne accordant un droit de «retour» aux Juifs du monde entier, sur un minuscule territoire d'où ont été évacués quatre millions d'Arabes auxquels on nie le droit de retour et dont on gruge sans cesse la partie qui est toujours considérée comme territoire palestinien ? Poser la question est y répondre. Pour Chebat, il faudrait plutôt, en plus, défendre le «droit» des colons juifs d'envahir sous protection militaire les territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza !

Peut-on d'autre part condamner l'ancien «mur de la honte» de Berlin, parce qu'il empêchait les Allemands de l'Est de fuir à l'Ouest, mais soutenir en même temps l'édification par Israël de cet autre «mur de la honte» sur la frontière ouest de la Cisjordanie, en justifiant ce dernier par la volonté d'empêcher l'entrée en Israël des terroristes palestiniens ?

Précisons que ce mur de huit mètres de haut et trois mètres de large sur une distance de 350 kilomètres, dont le tiers a déjà été construit au coût de 1,6 million de dollars par kilomètre, confisque par surcroît de nouvelles parties du territoire palestinien et sépare de leurs terres des dizaines de milliers de Palestiniens. Les maisons des 40 000 habitants de la ville de Qalqiya se trouvent en effet d'un côté du mur, alors que les terres qu'ils cultivent se trouvent de l'autre. Ce sera le cas de 300 000 Palestiniens lorsque le mur sera achevé. Fait significatif, la «feuille de route» pour la paix ne fait aucune allusion à cette monstruosité qui semble normale à Chebat, ni à ce que le projet d'un mur semblable du côté est de la Cisjordanie ait d'ores et déjà été approuvé.

Je ne dirai que quelques mots de l'article de Yoram Danan paru dans Le Devoir du 17 juillet, dont la banalisation des exactions d'Israël sous prétexte que des violations des droits de la personne ont aussi lieu ailleurs est devenue un triste lieu commun. Lui aussi justifie le «mur de la honte» comme un «système de défense contre les kamikazes palestiniens». Comme l'explique le professeur israélien Gadi Algazi de l'Université de Tel-Aviv dans le Monde diplomatique de juillet, ce mur est plutôt l'instrument d'un projet politique global : «briser la Cisjordanie pour la transformer en une série d'enclaves et de bantoustans étroitement contrôlés par Israël, et d'empêcher ainsi toute continuité territoriale d'un futur État palestinien», dont la viabilité serait dès lors détruite.

Danan écrit qu'il était tout à l'honneur des pères fondateurs d'Israël d'aspirer à «plus de territoire que ce qu'ils avaient pu obtenir par la décision de partage». Dans la réalisation de ces aspirations, il serait tout autant «à l'honneur» de Sharon et consorts d'édifier aujourd'hui ce mur pour faire barrage à l'État palestinien comme condition de la réalisation de l'objectif du «Grand Israël».

En terminant, je considère comme une grave insulte faite au Québec, l'insoutenable parallèle dressé par Chebat entre la politique d'immigration d'Israël, fondée sur la discrimination et l'exclusion, et la politique de libre ouverture à une immigration de toute provenance, sans considérations de nationalité, de langue, de couleur de la peau, de religion, de sexe ou d'opinons, pratiquée par le Québec.





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LE DÉSIR D’ÊTRE GRAND (1)

Joseph Yvon Thériault
Version du texte paru dans Argument, Vol. 5, No 2, printemps-été 2003, p 8-18.

Dans un texte classique présenté souvent comme le prototype du nationalisme mélancolique québécois, « La fatigue culturelle du Canada français », écrit en 1962, Hubert Aquin se demande « Mais pourquoi faut-il que les Canadiens français soient meilleurs? Pourquoi doivent-ils "percer" pour justifier leur existence? »(2). Cette question, Aquin la pose en réaction à un texte, écrit lui aussi en 1962 et devenu presque aussi célèbre que le sien, « La nouvelle trahison des clercs », texte d’un jeune intellectuel anti-nationaliste, Pierre Elliott Trudeau, qui sera appelé, comme on le sait, à jouer par la suite un rôle politique de premier plan.

Que disait Trudeau ? Que les Canadiens français étaient frileux, qu’ils s’étaient cachés sous la robe de leur clergé pendant plus d’un siècle et qu’ils s’apprêtaient à suivre les incantations de leurs nouveaux clercs séparatistes en rapetissant leur appétit à la province de Québec. Une autre option était pourtant disponible pensait Trudeau, celle d’être « meilleur » :

Si le Québec devenait cette province exemplaire, si les hommes y vivaient sous le signe de la liberté et du progrès, si la culture y occupait une place de choix, si les universités étaient rayonnantes et si l’administration publique était la plus progressive du pays — et rien de tout cela ne présuppose une déclaration d’indépendance! — les Canadiens français n’auraient plus à se battre pour imposer le bilinguisme : la connaissance du français deviendrait pour l’anglophone un Status Symbol, cela deviendrait même un atout pour les affaires et pour l’administration. Ottawa même serait transformé, par la compétence de nos politiques et de nos fonctionnaires (3).

En regard du Canada, disait-il encore, « si l’État canadien a fait si peu de place à la nationalité canadienne-française, c’est surtout parce que nous ne nous sommes pas rendus indispensables à la poursuite de sa destinée » (4).

Une telle option, pensait Aquin, revenait à soumettre le jugement sur la valeur de sa propre culture à la capacité d’être reconnue par l’Autre, en qui repose le vrai universalisme. « Devenir indispensables à la destinée de l’Autre », voilà comment Aquin résumait la proposition de Trudeau. Il ne s’agissait plus de reconnaître dans le Canada français une expérience historique particulière qui méritait d’être continuée, un bien qui aurait une valeur en soi, mais de juger cette expérience historique à l’aune des réussites exogènes qu’elle fait naître. À cet égard, précisait Aquin, les exploits d’un Maurice Richard dans la Ligue nationale de hockey sont plus valables que le travail des politiciens québécois fédéraux qui ne réussissent même pas à se démarquer au Canada anglais.

Que dire alors aujourd’hui de la valeur incommensurable d’une Céline Dion qui signe la réussite du Québec sur le hit parade mondial de la musique ; du Cirque du soleil dans celui de la clownerie international ; de l’exploit des petits gâteaux Vachon dans l’imposition du goût des Jos Louis à l’Amérique entière ; enfin, de Bombardier et sa domination du marché mondial des jets à moyenne portée ? Tout cela ne convainc certes pas tout le monde. Je pense à cette entrevue avec Modercai Richler qui rejetait la prétention des nationalistes québécois à l’indépendance politique au nom justement du fait que le Québec n’aurait pas véritablement fait une contribution significative à la culture mondiale. Alors que les Louisianais, poursuivait-il, ont contribué, notamment à travers le jazz et la cuisine, à créer un nouveau son et un nouveau goût mondial, rien de tel n’a émané de la culture québécoise — Mordercai Richler aimait mieux vraisemblablement la cuisine cajun que les petits gâteaux Vachon.

Peu importe, en fait pour Aquin, le jugement que l’on porte sur la « contribution » universelle de la culture québécoise, une telle logique ne peut fonder une proposition de reconnaissance de cette culture, mais essentiellement celle d’individus porteurs de celle-ci. Ce qui est en jeu n’est pas la reconnaissance par l’Autre mais la reconnaissance en soi de la culture québécoise. Aquin et Trudeau seraient d’accord ici : pas besoin d’une reconnaissance nationale, encore moins de l’indépendance politique, pour produire une Céline Dion. Ce que Aquin appelait dans ce texte la « fatigue culturelle du Canada français » n’était d’ailleurs pas une « fatigue », comme on le laisse entendre aujourd’hui, qui résulterait de l’obligation de continuellement faire valoir cette valeur en soi de la culture à laquelle on appartient, une fatigue autrement dit face à l’exigeant et continuel fardeau de réaliser l’essence de son être collectif. « Les peuples n’ont pas d’essence », ils « sont ontologiquement indéterminés », comme l’indépendance n’est pas « nécessaire historiquement ». Cette fatigue n’est pas non plus l’effet d’une volonté de mettre fin, une fois pour toute, à l’ambivalence séculaire des Canadiens-français. Aquin était trop un homme du doute pour penser qu’un jour son petit peuple en aurait fini avec ses angoisses existentielles.

Non, la fatigue qu’il notait, était ce qu’il appelait la « déglobalisation culturelle du Canada français », c’est-à-dire un « désaxement » du jugement qui fait que tout ce qui est contenu dans cette culture est dorénavant soumise à une réalité Autre, à une réalité X. Sa « globalité devient particularisme selon ce nouvel ordre de grandeur ». C’est ainsi que l’« on peut écraser dialectiquement le Canadien français en lui octroyant comme point de comparaison […] la grande masse américaine (…). « Le Canada français est bien petit face à cette réalité ». Or, par un tel désaxement on refuse la dialectique historique qui nous définit et tout jugement sur sa propre culture se trouve prisonnier d’une dialectique exogène. L’axe canadien français ne refusait pas l’universel, rappelle Aquin, mais inscrivait sa réalisation à partir de la globalité culturelle canadienne française, l’axe trudeauien exige de mesurer le particularisme canadien français à l’aune de l’universel canadiens anglais. C’est dans ce revirement qu’Aquin voit la fatigue culturelle du Canada français, un refus de se penser comme culture globale. Un refus, qui dans sa forme extrême, pourrait conduire à un suicide culturel.

Mais comment un peuple arrive-t-il à se refuser lui-même ? Aquin esquisse une réponse à cette question, mais cette réponse prend bientôt la forme d’une aporie : « Nos penseurs ont déployé un grand appareil logique pour sortir de la dialectique canadienne-française qui demeure, encore aujourd’hui, épuisante, déprimante, infériorisante pour le Canadien français ». Or, c’est justement dans l’effort déployé pour sortir de cet état d’infériorité, de cet univers de la petitesse, de cette identité autodévaluative que la fatigue culturelle a happé le Canada français. Pas seulement d’ailleurs chez les disciples de Trudeau ou politiquement chez les fédéralistes. « L’autodévaluation a fait son œuvre » là où l’on s’y attendait le moins, chez les nationalistes québécois. « S’il fallait n’en citer qu’une preuve, je mentionnerais, dit-il, la surévaluation délirante dans laquelle donne maintenant le Canadien français séparatiste ».

À travers l’exemple canadien-français, Aquin soulève plus largement le problème de toutes les petites cultures. Pour sortir de la dévalorisation dans laquelle l’histoire dominante les maintient, les petites cultures sont appelées à valoriser en leur sein les critères de l’Autre, ce qui conduit ultimement, à la fatigue culturelle, c’est-à-dire à ne plus assumer sa culture comme fait global, l’ouvrant par le fait même à sa déliquescence. La « surévaluation délirante », c’est l’envers de l’« autodévaluation », mais un envers qui fragilise la petite culture, car elle n’est même plus protégée par l’affirmation particularisante qui accompagnait son autodévaluation.

C’est en effet d’être petits que les Canadiens français sont fatigués. Ils sont tannés, essoufflés d’avoir à toujours se justifier face à l’histoire. C’est pour devenir grands qu’il se sont insérés dans un processus de « déglobalisation culturelle ». Ce sévère constat ne fait pas pour autant d’Aquin un partisan des petites cultures. Trop contemporain de la Révolution tranquille — autrement dit trop moderne — pour voir dans le Québec traditionnel une petite culture globale qu’il pourrait assumer comme héritage, il voit dans la « folie » des grandeurs de ses contemporains une démarche suicidaire contre laquelle il n’existe pas d’antidote.

L’américanité comme exacerbation du désir d’être grand

On ne saurait trop insister sur le caractère prémonitoire de la lecture d’Aquin. Elle nous fournit une clé pour comprendre le caractère des interprétations subséquentes du destin québécois. La Révolution tranquille ne se laisse-t-elle pas saisir comme fatigue d’être petit, mais aussi comme surévaluation délirante de sa réussite dans le regard de l’Autre ? Cette fatigue d’être petit ou ce désir d’être grand je les ai trouvés particulièrement exacerbés dans la pensée de l’américanité québécoise, catégorie interprétative dominante du Québec des années 1980 et 1990 (5). C’est en rappelant certains traits de cette américanité que je voudrais démontrer dans quelle mesure la pensée contemporaine sur le Québec en refusant sa petitesse, sa fragilité, s’est en même temps coupée de l’inspiration d’une mémoire qui inscrivait son originalité à la fois comme globalité et comme durée.

Disons immédiatement qu’au Québec le refus d’être petit dépasse largement la pensée de l’américanité. J’aurai pu rappeler comment, chez des penseurs aussi sympathiques à l’affirmation québécoise, tels que les sociologues Marcel Rioux ou Fernand Dumont, est présente l’image d’un Québec moderne qui en aurait fini avec sa petitesses, son « long hiver de la survivance » et, qui serait prêt, comme le disait Rioux pour un dépassement émancipateur. Ou encore, comment dans la critique inverse, d’un Jean Larose, selon laquelle le nationalisme québécois contemporain serait un simple passage d’une « grande noirceur » à une « petite noirceur » rééditant le refus de la grandeur au nom de l’amour du petit, du pauvre, se révèle toujours cette même démarche, sur le mode de l’espérance ici, notée par Aquin : le passage de l’autodévaluation à la surévaluation délirante, le refus d’être petit et le désir d’être grand.

C’est toutefois la thèse de l’américanité qui s’est avérée le paradigme par excellence de cette fatigue d’être petit et de ce désir d’être grand. L’américanité peut sembler au départ un simple changement de perspective : cesser de capter la spécificité québécoise de manière immanente à l’histoire du Québec pour l’étudier de manière comparative à l’échelle continentale. Ce qui a comme effet, diront ses partisans, de dissiper les fausses spécificités imputées à l’histoire du Québec français (taux de natalité élevé, influence de l’Église omniprésente et tardive, conservatisme et anti-industrialisme de ses élites). Lorsque réinscrit dans le contexte géographique continental et étudié à partir des structures sociales profondes — en évacuant la superstructure pourrait-on dire – le Québec apparaît normal, bien peu particulier.

L’Amérique de l’américanité n’est pas tout à fait l’Amérique états-unienne, cet empire qui américanise le Québec et la planète entière. L’américanité c’est l’idéal-type de l’Amérique, tel qu’on peut l’extirper en grossissant ses traits historiques et sociaux les plus caractéristiques pour en faire une matrice vraie pour toutes les sociétés d’Amériques, voire toutes les sociétés neuves. L’Amérique de l’américanité, c’est le culte de la société neuve, sans filiation, surgit de nulle part, c’est l’exaltation de l’errance, du métissage, du renouveau continuel, c’est le mythe de la frontière qui, au contraire de ce que pourrait laisser penser le mot frontière, n’est pas ici une clôture mais un appel au dépassement, au déplacement continuel de la frontière. L’américanité, c’est enfin l’idée d’une société sans limite, où tout est possible, car l’être humain se serait finalement émancipé du poids de la tradition et de la mémoire.

Cet idéal-type de l’américanité est la figure inverse de la petite société, fragile face à l’histoire, toujours hésitante face au nouveau, soucieuse de ménager son passé pour assurer son avenir, plus enclin à clore sa frontière qu’à l’ouvrir. C’est pourquoi la pensée de l’américanité québécoise est une pensée farouchement anti canadienne-française. Le Canada français se concevait comme une petite société, tournant le dos à l’Amérique anglo-saxonne, plus préoccupée d’aménager sa survivance, de fixer ses frontières, que de relater ses exploits en terre d’Amérique. Certes, il eut dans l’idéologie canadienne-française des rêves de grandeur, celui particulièrement associé à sa « vocation providentielle » d’être la conscience spirituelle de l’Amérique matérialiste. Mais ce rêve a toujours été confiné, comme le précisait déjà Étienne Parent, à la fraction marginalisée par la civilisation moderne — soit l’univers du spirituel.

L’américanité refuse un tel confinement dans les interstices de l’Amérique. Elle inverse l’éloge du petit en une exaltation sur l’heureuse réussite des Québécois dans l’immensité continentale. Commentant le film de Jacques Godbout, Alias Will James, produit dans la série l’américanité des Québécois de l’Office national du film, Jean Larose définissait ainsi le désir d’américanité des siens : « Aussi parfois, étouffés de partager un petit espace avec nous-mêmes, sentons-nous la tentation de répondre aux appels qui montent du continent immense, partir, coûte que coûte, et aller prendre nous aussi notre identité chez les géants » (6). C’est le chemin qu’a parcouru, comme on le sait l’historien sociologue Gérard Bouchard. Partie à la recherche savante de l’américanité québécoise, en quoi il voit l’expérience d’une société neuve, c’est-à-dire une société où les habitants ont « le sentiment d’une espèce de temps zéro de la vie sociale » (7) et peuvent, par conséquent, s’imaginer les rêves de grandeur les plus fous, il vient dans un récent roman d’inventer un géant canadien-français à la mesure de son idéal d’américanité : Méo. Voici comment est introduit son personnage : « trop grand pour son berceau, trop grand pour son village, pour sa région, pour son époque. Doué d’une force et animée d’une ferveur peu communes il est porté à se mesurer à tout ce qui l’entoure (…) jusqu’à l’immensité de l’Amérique. Sorte de géant fébrile, Méo incarne les espoirs de ses semblables, leurs rêves les plus grandioses, les plus extravagants. » (4e couverture)

Il faut lire Mistouk, de Gérard Bouchard, comme l’anti Maria Chapedelaine : Maria refuse le rêve américan au nom de la fidélité à ses ancêtres, Méo s’y plonge allégrement car fasciné par tous ce qu’il y a de neufs ; Maria est un personnage de l’intérieur qui entend les voix de son pays lui rappeler la fragilité de son implantation en Amérique et qui affirment que son peuple n’a d’autres raisons de persister que celle de transmettre aux générations futures le « témoignage » de sa présence au monde, Méo est un personnage qui répond aux impulsions de la nature, c’est le continent qui agit en lui comme un torrent, sans lui laisser d’espace de réflexions, ses rêves ne sont rien d’autres que ceux de l’Amérique continentale ; Maria est frêle, menue, comme le Canada français, elle aimerait bien se faire oublier, Méo est un géant, frondeur, quelque peu arrogant, qui croit naïvement que l’Amérique lui appartient. Maria Chapedelaine est le grand roman du Canada français, un éloge de la petitesse, Mistouk le grand roman de l’américanité québécoise – du moins se veut-il ainsi, une réécriture du roman de Louis Hémon où explicitement le personnage de Maria réapparaît pour annoncer l’échec du projet de rester au pays du Québec et son départ annoncé pour les États-Unis. —, un éloge de la grandeur.

Accepter la fragilité des petites sociétés

Qu’est-ce qui distingue une petite société d’une grande? C’est la conscience de sa fragilité rappelle Milan Kundera en parlant de la zone des petites nations de l’Europe centrale. « La petite nation est celle dont l’existence peut être à n’importe quel moment mise en question, qui peut disparaître, et qui le sait. Un Français, un Russe, un Anglais n’ont pas l’habitude de se poser des questions sur la survie de leur nation. Leurs hymnes ne parlent que de grandeur et d’éternité. Or l’hymne polonais commence par le vers : La Pologne n’a pas encore péri… » (8). Cette fragilité donne un caractère particulier à l’imaginaire des petites nations. D’une part le sens tragique d’une possible fin à l’expérience historique à laquelle on appartient. La « survivance » est un thème récurrent chez celles-ci. La petite nation engendre le romantisme, comme la grande l’arrogance universaliste. Essayez en effet d’expliquer à un Français ou à un Américain le sens du combat québécois, il vous soupçonnera tout de suite d’être un intégriste de la tradition.

Cette fragilité, cette angoisse face à la possibilité de périr, produit aussi l’effet contraire : à l’encontre du regard tragique, une certaine désinvolture, une certaine conscience de la futilité de l’expérience humaine. Les constructions humaines sont mortelles, l’intellectuel de la petite nation le sait. Il sait fort bien aussi que l’histoire ne se réalise pas toujours dans le sens du progrès national. C’est pourquoi, pense Kundera, il y chez les petites nations un « "esprit de non-sérieux" qui se moque de la grandeur et de la gloire ». La petite nation n’a pas grand chose à soumettre au panthéon de l’histoire universelle.

La fragilité de la petite nation ne renvoie pas qu’au paradoxe du tragique et du futile. Malgré la conscience de sa fragilité, elle persiste à se définir de façon autoréférentielle. C’est ce qui différencie, dans l’univers des référents identitaires contemporains, les petites nations des ethnies. Ces dernières sont des regroupements dont l’identité se réfère à une mémoire en partie nourrie par le souvenir de l’expérience d’une migration récente. Tout autre est l’expérience des petites nations qui, comme les grandes, ont la prétention de puiser dans leur propre histoire le sens à donner à leur présence au monde. Ce qui différencie la petite nation de l’ethnie n’est pas le nombre, ni la capacité institutionnelle, mais une articulation différente au monde. Ce que nous appelons identité autoréférentielle est ce que Aquin appelait globalisation culturelle, processus de désaxement de la référence canadienne-française. C’est pourquoi il y a, paradoxalement, dans le rejet québécois d’être une petite nation, tous les ingrédients pour « ethniciser » l’expérience culturelle québécoise. Si l’expérience québécoise n’est plus une expérience autoréférentielle mais se mesure à l’aune de son apport à une autre culture globalisée — que ce soit celle de l’américanité ou de l’universalité, peu importe — cette expérience est ramenée à une différence ethnique.

Par identité autoréférentielle l’on veut dire aussi que la petite nation veut faire société, elle veut être une manière particulière d’exprimer l’universel ou encore d’être dans l’histoire. Là encore, toutefois, ce projet se bute à sa petitesse. Le désir d’historicité de la petite nation est à jamais un désir inachevé. Cela est certes vrai de toutes les nations, la française, l’américaine, comme la québécoise, mais, les grandes nations ne le savent pas, car…, nul ne conteste leur droit d’incarner l’universel. La petite nation est toujours ramenée, au contraire, au constat de son insignifiance, de sa futilité. C’est cette situation inconfortable que décrivait André Laurendeau en parlant, dans un petit texte des années 1950 du « retour d’Europe » (9). Laurendeau notait alors la difficulté, voire l’incapacité de l’intellectuel d’ici de s’affirmer pleinement comme être de grande culture, de penser sa société comme réalisant l’universel. Le séjour prolongé dans une grande culture — en l’occurrence ici la française — l’ayant éduqué à une telle suffisance, l’intellectuel subit un choc à son retour à sa petite culture. Laurendeau plaidait pour un retour d’Europe réussi, c’est-à-dire l’exercice périlleux d’assumer la position inconfortable de l’intellectuel de la petite culture toujours tiraillé entre sa volonté de faire comme les grands, d’être un représentant de l’universel sur terre et l’évident provincialiste de sa petite culture.

C’est l’acceptation de cette ambivalence que lui reprochera sévèrement Jean Larose. Ce retour d’Europe dit-il en référence au propos de Laurendeau, « c’était un amour et une reconnaissance de la pauvreté québécoise ; et aussi en cela, parce que chez lui cet amour accompagne, et surveille en quelque sorte le rêve de grandeur, Laurendeau incarne pour moi l’intellectuel québécois par excellence. (10)». Si Larose a raison de faire de Laurendeau l’intellectuel canadien-français par excellence — l’intellectuel qui assume la petitesse de sa culture —, il a tort d’en faire l’intellectuel québécois par excellence. Car, justement ce qui distingue l’intellectuel canadien-français de l’intellectuel québécois, c’est son refus d’assumer la précarité de son existence, le refus de se penser comme membre d’une petite société. Laurendeau par son amour du pauvre est l’un des derniers intellectuels canadiens-français.

Le reproche que Jean Larose adresse à André Laurendeau est typique de la pensée québécoise contemporaine. C’est dans cette optique par exemple que Jocelyn MaClure voit dans le texte d’Aquin un manifeste du nationalisme mélancolique et exalte ses contemporains à déglobaliser leur identité culturelle, comme ci cela n’était pas chose faite depuis plus de quarante ans (11). Jocelyn Létourneau reproche à Serge Cantin cette citation, imputée à Fernand Dumont, qui recommande de « porter son pays comme un en enfant » (12). Porter son pays comme un enfant, se serait selon Létourneau reproduire cette conscience malheureuse et victimisante du Canada français. Ce pays n’est pas un enfant mais un géant entonne en écho la pensée de l’américanité.

Mais ce désir d’en finir avec la petitesse de sa culture, de ne plus vouloir être le chantre et le protecteur de sa particularité, est-il quelque chose d’accessible, de réalisable, de désirable, pour l’intellectuel qui vise à penser sa petite culture ? S’il faut en croire Finkielkraut, à la suite de Kundera, c’est justement cette incapacité à se départir d’une responsabilité particulière envers la fragilité de sa culture qui marque l’intelligentsia des petites cultures.

Voilà pourquoi nos intellectuels (Finkielkraut parle ici de la France) sont issus de la tradition des Lumières, c’est le romantisme qui a formé l’intelligentsia de ces contrées obscures (les petites cultures). L’intellectuel dont la France a fixé le modèle est, selon la formule empathique de Julien Benda, l’officiant de la justice abstraite, la conscience critiquer de la nation, l’avocat des principes universels dans un pays particulier, l’ennemi juré des passions partisanes. La première tâche de l’intelligentsia romantique, en revanche, n’est pas de surveiller la particularité mais de veiller sur elle. Cette intelligentsia témoigne pour son peuple, elle parle simultanément à sa place et à son intention, elle le révèle aux autres tout en lui offrant le miroir dont il a besoin pour se sentir exister. (13)

En cessant d’assumer la petitesse de leur culture, non seulement, comme on l’a vu, les intellectuels d’ici rendent-ils incompréhensibles les conditions sociohistoriques de sa réalisation particulière, mais refusent carrément de penser leur société. Ne plus être capable de se percevoir que dans le regard du grand est un déni de sa culture. Aquin croyait que l’un des symptômes de la fatigue culturelle était d’ailleurs cette tentation du suicide culturel.

1- Joseph Yvon Thériault est professeur de sociologie et directeur du CIRCEM à l’Université d’Ottawa. Ce teste est tiré d’une communication présentée au colloque Petites sociétés et minorités nationales : enjeux et perspectives comparées, Université d’Ottawa-Université du Québec en outaouais, 21-24 août 2002.

2- Hubert Aquin, Bloc erratiques, Les éditions quinze, montréal, 1977, p.91

3- Pierre Elliott Trudeau, « La nouvelle trahison des clercs », Cité libre, vol. 13, no 46, p. 16

4- ibid p. 10.

5- Voir à ce sujet, Joseph Yvon Thériault, Critique de l’américanité, mémoire et démocratie au Québec, Québec-amérique, 2002.

6- Jean Larose, L’amour du pauvre, Montréal, Boréal, 1998, p.88.

7- Bouchard, « Le Québec et le Canada comme collectivités neuves, Esquisse d’étude comparée », Recherches sociographiques, XXXIX, n 2-3, p. 220

8- Milan Kundera, « Un Occident kidnappé ou la tragédie de l'Europe centrale », Le Débat, novembre1983, no 27, 1983, p. 15.

9- André Laurendeau, Ces choses qui nous arrivent aujourd’hui, montréal, HMH, 1970, p.139-149.

10- L’amour du pauvre, op. cit, p.140

11- Jocelyn Maclure, Récits identitaires, Montréal, Québec-Amérique, 2000.

12- Jocelyn Létourneau, Passer à l’Avenir, Montréal, Boréal, 2000.

13- Alain Finkielkraut, L’ingratitude. Conversation sur notre temps, coll. « Débats », Montréal, Québec-amérique 1999.





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PÉRÉQUATION

Les ministres des Finances unanimes

Gilles Normand
La Presse vendredi 27 juin 2003

Québec - La réunion de deux jours des ministres des Finances des provinces et des territoires, à Halifax, s'est conclue par une volonté ferme et unanime de proposer à Ottawa une réforme globale du système de péréquation qui se traduit actuellement par un déséquilibre fiscal que tous dénoncent.

Le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, a déclaré hier que ses homologues et lui-même ont toutes les raisons de croire que le gouvernement fédéral s'apprête à minimiser ses surplus budgétaires, pour renier ses engagements à l'égard des provinces, notamment en ce qui a trait aux deux milliards qu'il devait investir dans la santé.

"On pense qu'il y a des indices sérieux, actuellement, laissant croire que le gouvernement fédéral va annoncer des nouvelles initiatives cet automne, dans les champs de compétence des provinces, justement pour comprimer ses surplus d'une manière qui nous semble un petit peu factice, par rapport à ses engagements de l'an passé à la suite de véritables surplus", a insisté M. Séguin en conférence de presse.

Les ministres des Finances ont aussi réclamé dès hier une rencontre urgente avec leur homologue fédéral, John Manley, pour lui rendre compte de leur décision d'être désormais des acteurs et non des spectateurs dans la réforme déjà entreprise par Ottawa.

Entre-temps, les premiers ministres des provinces seront invités à approuver les conclusions auxquelles en sont arrivés leurs ministres des Finances et qui comportent la constitution d'un secrétariat permanent qui se penchera sur la réforme et le déséquilibre fiscal.

"Il n'est plus suffisant de le dénoncer et de vouloir le réparer. Le gouvernement fédéral a des équipes importantes dédiées à la péréquation, donc on a décidé nous aussi de s'équiper en conséquence", a dit M. Séguin, qui a pris le leadership sur cette question en présentant dès le début une proposition de réforme.

"Je pense que ça été un point tournant", a dit M. Séguin.

Il semble même que le secrétariat ait de bonnes chances d'avoir pignon sur rue au Québec.

Les ministres des Finances ont par ailleurs reconnu que la révision, en septembre, des données démographiques du recensement de 2001 pourrait avoir de fortes répercussions sur les paiements de transfert aux provinces et territoires. En conséquence, ils demandent au gouvernement fédéral de "ne pas appliquer le recensement à la lettre et de fournir une aide juste et suffisante aux provinces et territoires qui verront leurs paiements de transfert actuels chuter en raison de ces variations démographiques".

Le régime d'impôt foncier devra aussi être corrigé. De ces corrections, M. Séguin estime pouvoir tirer entre 300 et 400 millions, et il attend la même somme de modifications proposées au mode de recensement.



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Les provinces s'unissent pour contrer Ottawa

Dans le dossier de la péréquation, «nous croyons que le fédéral agit dans un total arbitraire»

Robert Dutrisac
LE DEVOIR vendredi 27 juin 2003

Québec - Réunis à Halifax, les ministres provinciaux des Finances ont décidé de faire front commun, craignant qu'Ottawa n'impose unilatéralement aux provinces un nouveau programme de péréquation.

C'est ce qu'a indiqué à son retour de la rencontre qui a débuté mercredi après-midi le ministre des Finances, Yves Séguin, au cours d'une conférence de presse. «Le sentiment général autour de la table est à l'effet que le gouvernement fédéral est prêt» à présenter dès septembre sa réforme de la péréquation, qui doit entrer en vigueur le 1er avril 2004. Dans une lettre envoyée hier à l'issue de leur réunion, les ministres ont demandé à rencontrer immédiatement le ministre fédéral des Finances, John Manley.

Les provinces se sont entendues pour présenter une proposition commune de réforme de la péréquation, une première dans l'histoire de ce programme fédéral, a soutenu M. Séguin. Les provinces ont décidé de faire front commun «parce qu'on se rend tous compte [...] qu'on n'avance pas». Cette proposition sera élaborée à partir d'un document soumis par Québec.

Certains de ses collègues ont eu des propos «très durs» à l'endroit du gouvernement fédéral, a relaté M. Séguin. «Ce qui choque tout le monde autour de la table, c'est la relation dans laquelle nous sommes, où nous croyons que le gouvernement fédéral agit unilatéralement, dans un total arbitraire.»

Pour la santé, les ministres provinciaux des Finances demandent à John Manley qu'il s'engage à verser la somme additionnelle de deux milliards conformément à l'arrangement sur le financement fédéral de la santé conclu en février. Ils s'accordent tous pour ne pas prêter foi aux calculs de M. Manley, qui suggèrent qu'Ottawa dégagerait un surplus de seulement trois milliards en 2003-04. «Nous évaluons que les surplus, cette année, varieront entre sept et huit milliards», a indiqué M. Séguin. Depuis plusieurs années, le gouvernement fédéral sous-évalue de 50 % ses surplus, a-t-il fait remarquer.

Lors de cette rencontre, tout baignait dans l'huile pour la délégation du nouveau gouvernement fédéraliste. Non seulement les ministres des Finances des autres provinces ont accepté de travailler à partir du projet de proposition de réforme de la péréquation concocté par les bonzes québécois des Finances, ils ont aussi donné leur aval à la création d'un bureau de négociations sur le déséquilibre fiscal, maintenant appelé Secrétariat d'information et de coopération sur le déséquilibre fiscal. M. Séguin a même laissé entendre que ce secrétariat sera basé à Québec, comme le souhaite le premier ministre Jean Charest. Les premiers ministres en feront l'annonce la semaine prochaine.



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Le cauchemar canadien

Michel David
LE DEVOIR samedi 28 juin 2003

Le Canada n'est pas le seul pays où existe un système de péréquation. Avec diverses modalités, l'Allemagne, la Suisse, l'Australie, la Belgique, l'Espagne et même les États-Unis ont aussi des programmes de transfert basés sur le principe de la redistribution de la richesse entre les États, cantons, communautés et autres «autonomies».

On a pourtant l'impression que la péréquation est la parfaite illustration de la nature du fédéralisme canadien: généreuse dans son principe, cauchemardesque dans son application, inépuisable source de chicanes.

Au cours des dernières années, le débat sur le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces s'est concentré sur la participation du gouvernement fédéral au financement des services de santé, mais la péréquation demeure un sujet de discorde permanent.

Dans le budget qu'il a présenté le 12 juin dernier, Yves Séguin a évalué les revenus de la péréquation à 4,1 milliards en 2003-04, soit exactement le montant qu'il escompte du Transfert canadien en matière de santé et de services sociaux. C'est dire l'importance qu'il revêt pour les provinces bénéficiaires. D'autant plus qu'il s'agit de sommes transférées de façon inconditionnelle, que celles-ci peuvent dépenser comme bon leur semble, sans avoir de comptes à rendre à Ottawa.

Même les experts se perdent dans les dédales d'un système d'une complexité kafkaïenne, dont les révisions périodiques réservent aux provinces des surprises qui peuvent être assez traumatisantes, comme ce rajustement à la baisse de plus de un milliard, imputé à la surévaluation de la population québécoise, que le fédéral avait signifié sans avertissement au gouvernement Landry, au beau milieu de la dernière campagne électorale.

Comme pour ajouter un peu de suspens, il y a huit estimations pour chaque exercice financier, dont les données finales ne sont établies que 30 mois après qu'il ait pris fin. On avouera qu'il y a vraiment de quoi donner des cauchemars à un ministre des Finances, qui ne sait jamais quand le ciel va lui tomber sur la tête.

Le hasard de la vie politique a voulu que M. Séguin réalise enfin son rêve de devenir ministre des Finances précisément au moment où la formule de péréquation doit être revue. Les nouvelles dispositions doivent en principe entrer en vigueur le 1er avril 2004.

À l'issue de la conférence fédérale-provinciale tenue à Halifax cette semaine, M. Séguin n'a pas précisé ce que le Québec allait soumettre aux autres provinces, qui entendent présenter une proposition commune au gouvernement fédéral.

Le rapport du comité qu'il a présidé sur le déséquilibre fiscal, daté de mars 2002, recommandait toutefois une série de modifications substantielles visant à mettre les finances des provinces à l'abri des caprices statistiques et, bien entendu, à augmenter leurs revenus.

La formule actuelle est basée sur la «norme des cinq», c'est-à-dire la capacité fiscale moyenne des cinq provinces suivantes: le Québec, l'Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique. Les provinces dont la capacité fiscale est inférieure à cette moyenne reçoivent de la péréquation, les autres non.

Dans un monde idéal, toutes les provinces devraient avoir la capacité de percevoir les mêmes revenus par habitant que la plus riche d'entre elles, c'est-à-dire l'Alberta, mais la commission Séguin avait calculé qu'il en coûterait 100 milliards de plus annuellement au gouvernement fédéral, ce qui est évidemment impensable.

La commission recommandait plutôt un retour à la «norme des dix», qui était utilisée jusqu'en 1982. Celle formule aurait assuré aux provinces bénéficiaires des revenus additionnels de 2,9 milliards en 2002-03, dont 1,5 milliard pour le Québec.

Le problème est qu'il ne s'agit pas de véritables négociations entre le gouvernement fédéral et les provinces dans la mesure où les modalités de la péréquation sont fixées par une loi fédérale. On peut discuter, mais au bout du compte, c'est toujours Ottawa qui tranche. «Nous croyons que le gouvernement fédéral agit unilatéralement, dans un total arbitraire», déclarait M. Séguin jeudi. Sans blague, il vient de découvrir ça?

Il y a plus de 20 ans, Jacques Parizeau avait pris, lui aussi, la tête d'un «front commun» des provinces. Lors des rencontres entre ministres fédéral et provinciaux des Finances, il prenait un malin plaisir à saboter les plans de son vis-à-vis fédéral de l'époque, Allan MacEachen, qui était pourtant un vieux renard, en démontrant, chiffres à l'appui, à ses collègues provinciaux que ce dernier tentait de les rouler.

Sous la férule de M. Parizeau, le Québec a développé une remarquable expertise en matière de transferts fédéraux en général, et de péréquation en particulier. Il faut dire que le Québec touche un peu plus de la moitié des sommes versées aux provinces au titre de la péréquation. Cela stimule l'intérêt pour le sujet.

Les fonctionnaires du ministère des Finances, qui ont participé aux travaux de la commission sur le déséquilibre fiscal, ont dû sourire intérieurement en voyant M. Séguin consacré expert par ses homologues provinciaux. Eux-mêmes avaient été nettement moins impressionnés par celui qui est devenu leur patron.

Malgré tous ses efforts, M. Parizeau n'avait pas réussi à empêcher ce qu'il appelait la «tenaille fédérale» de se refermer. Dans son esprit, l'étranglement financier du Québec se voulait en effet le complément de la «nuit des longs couteaux».

À sa décharge, il faut dire que le gouvernement Trudeau accumulait les déficits à un rythme encore plus affolant que les provinces. Le retour de l'abondance a permis du même coup à Ottawa de raffiner ses méthodes en matière constitutionnelle. Plus besoin de coup de force: il suffit au gouvernement fédéral d'utiliser ses surplus budgétaires, réalisés sur le dos des provinces, pour envahir leurs champs de compétence.

Allan MacEachen le disait déjà à l'époque: «Le pouvoir politique d'un gouvernement, dans une fédération, est déterminé par sa situation financière.» Peu importe qui succédera à Jean Chrétien, cette réalité va demeurer. M. Séguin risque à son tour de très mal dormir.

mdavid@ledevoir



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Du rapport à l'action

Jean-Robert Sansfaçon
LE DEVOIR samedi 28 juin 2003

On sait peu de choses de la rencontre des ministres des Finances provinciaux qui s'est tenue cette semaine à Halifax. Mais si on se fie aux propos du ministre Yves Séguin, les provinces seraient de plus en plus convaincues de la nécessité d'un nouveau partage des ressources avec le gouvernement fédéral. La question est maintenant de savoir jusqu'où elles sont prêtes à aller pour obtenir ce dont elles ont besoin.

Le nouveau gouvernement en poste à Québec n'a pas tardé à faire connaître ses couleurs en matière de déséquilibre fiscal. Tel qu'il l'avait promis en campagne électorale, il travaille déjà à la création d'un secrétariat sur la question auquel toutes les provinces du pays seraient associées.

L'idée soumise par le ministre Séguin semble avoir recueilli l'adhésion des autres ministres provinciaux des Finances, mais on ne connaîtra que plus tard leur décision, probablement après qu'ils auront eux-mêmes obtenu l'aval de leur conseil des ministres respectif.

Si un tel secrétariat voyait le jour, cela aurait certainement pour effet de favoriser la cohérence, condition préalable à la formation d'une position politique commune. Cependant, on s'en doute, il en faudra beaucoup plus pour faire plier Ottawa, qui a toujours tenté de jouer les provinces les unes contre les autres.

Un des dossiers prioritaires sur lesquels les provinces doivent plancher rapidement est celui de la «péréquation», le programme de redistribution de la richesse entre régions riches et pauvres du pays, dont le renouvellement est attendu pour le printemps prochain.

En 2003-04, le fédéral distribuera 32 milliards entre les provinces. De cette somme, 21,8 milliards iront de façon particulière au financement de la santé, des programmes sociaux et de l'éducation postsecondaire. Quant à la dizaine de milliards qui reste, elle sera consacrée à la péréquation.

Dans le premier cas, l'argent est calculé au prorata de la population de chaque province et constitue la contribution fédérale au maintien de ces programmes. Mais pour ce qui est de la péréquation, c'est à la suite d'un calcul terriblement complexe, faisant appel à quelque 30 000 variables (démographie, assiette fiscale, richesse foncière, etc.), qu'est déterminé le montant annuel auquel les provinces les moins nanties ont droit pour assurer une qualité minimale de services. La péréquation constitue en quelque sorte la raison d'être de la fédération canadienne sur le plan fiscal.

Revu tous les cinq ans après consultation, le programme n'en reste pas moins sous l'autorité exclusive d'Ottawa qui, selon les époques, ajoute, retranche, plafonne au gré de ses priorités... et du rapport de force que les provinces lui opposent.

Dans le dossier du déséquilibre fiscal, une refonte de la péréquation comme la proposait le rapport Séguin - et maintenant le ministre - donnerait accès à des milliards de plus pour les provinces moins nanties. En revanche, de par sa définition même, le programme réduit les versements attendus lorsque l'économie d'une province se porte mieux. D'où l'importance de mener une bataille beaucoup plus large si on veut rétablir un équilibre fiscal digne de ce nom entre les paliers de gouvernement.

Malheureusement pour les provinces, tout indique que le gouvernement fédéral actuel n'a aucunement l'intention de réduire la marge de manoeuvre dont il dispose au profit des provinces. Pourquoi se priver de quatre milliards par année, montant évalué par la commission Séguin, lorsqu'il est si simple de dire non et de cibler soi-même les programmes où l'on souhaite voir les provinces investir?

Si le Québec et ses alliés veulent faire plier Ottawa, il leur faudra beaucoup plus que l'ouverture d'un secrétariat. Il leur faudra mettre le poing sur la table et, pourquoi pas, menacer de tenir un référendum sur le rapatriement des sommes nécessaires au maintien des services essentiels dont elles ont la responsabilité. Le gouvernement Charest est-il prêt à ce genre de manoeuvres sans lesquelles il n'obtiendra rien du tout?



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Le Québec face à l'ALENA et à la ZLEA
Un gouvernement est-il élu pour gouverner?

Jacques Létourneau
Secrétaire général du Conseil central du Montréal métropolitain (CSN)

LE DEVOIR vendredi 27 juin 2003

«Plutôt que de nous demander ce que l'État peut faire pour nous, demandons-nous ce que nous pouvons faire sans lui.» En détournant le sens de la célèbre déclaration du président Kennedy, lors du discours sur le budget, le ministre Séguin aura finalement posé la bonne question: un gouvernement est-il élu pour gouverner? La question n'est pas sans intérêt car depuis la signature du premier accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, en 1989, les gouvernements provinciaux et fédéral ont considérablement réduit leurs champs d'intervention.

Autant dans la répartition de la richesse, à travers les services publics et les programmes sociaux, que dans le développement des régions, l'action des gouvernements a toujours diminué.

En agissant ainsi, nous constatons que le gouvernement du Québec s'est inscrit dans la mouvance de la mondialisation économique, répondant ainsi aux exigences des multinationales, l'objectif étant de faciliter les investissements et d'élargir les possibilités de commerce en diminuant ce qu'elles considèrent être des entraves à leur quête de profit, comme les normes environnementales ou celles sur le travail.

C'est aussi pour cela que les multinationales exercent des pressions sur les gouvernements afin que ceux-ci leur rendent accessibles les services et la production de biens assumés par les pouvoirs publics. Les entreprises veulent par exemple que les services de santé, la production et la distribution de l'électricité ainsi que les garderies deviennent des activités commerciales afin, bien entendu, d'en tirer profit. En effet, avant toute chose, elles les considèrent comme un gigantesque potentiel de profit.

Les ententes commerciales

Alors que les politiques économiques des Thatcher et Reagan ont propulsé les nations dans une ère résolument libérale où tous les rapports sont régis par le sacro-saint marché, au Canada, c'est le gouvernement conservateur de Brian Mulroney qui, le premier, a appliqué ces principes lorsqu'il a signé la première entente de libre-échange avec nos voisins du Sud.

Un an plus tard, les conservateurs réformaient pour une première fois le régime d'assurance chômage. Aujourd'hui, au terme de plusieurs réformes, notre régime produit sensiblement les mêmes bénéfices pour les chômeurs que celui qui existe aux États-Unis, malgré des surplus de 45 milliards volés par le gouvernement canadien pour éponger la dette.

Ce n'était pas un hasard si les premières réformes fiscales, qui ont diminué la part versée par les entreprises dans les revenus globaux de l'État, ont été mises en place alors que débutait la négociation de cet accord, au milieu des années 80. Nous ne le savions pas encore, mais il était clair que cette entente allait beaucoup plus loin que la libre circulation des marchandises entre nos pays. Se privant de sources de revenus, l'État ne pouvait que moins gouverner.

C'est ce que nous a démontré l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) signé en 1994 par le Canada, les États-Unis et le Mexique. Avec l'ALENA, c'est devenu plus évident, les gouvernements allaient moins gouverner et les entreprises, surtout les plus grandes, prospéreraient davantage.

Le fameux chapitre 11 de cet accord allait diminuer considérablement le pouvoir des États de légiférer et de protéger la qualité de vie des citoyens. Comme on le sait, en vertu de ce chapitre, les entreprises qui ne sont pas canadiennes peuvent poursuivre les gouvernements provinciaux et fédéral si ces derniers votent des lois ou des normes qui limitent, selon l'opinion de ces entreprises, leur capacité de faire du profit. Il y aurait actuellement plus d'une douzaine de poursuites contre le Canada ou les provinces, totalisant pas moins de dix milliards.

De plus, l'ALENA, qui est un processus permanent de négociation, introduit la notion de «traitement national» selon laquelle le gouvernement doit accorder le même traitement aux entreprises étrangères et aux entreprises canadiennes: mêmes lois, mêmes impôts versés, mêmes subventions.

Un pouvoir étatique diminué

La capacité du gouvernement québécois d'appuyer un secteur économique donné pour soutenir le développement d'une région ou d'une entreprise d'ici en difficulté n'est plus du tout la même car les entreprises étrangères peuvent exiger la fin du versement des subventions en prétextant la concurrence déloyale. Les annonces du nouveau gouvernement libéral vont d'ailleurs dans ce sens, soit celui de diminuer le soutien au développement régional.

Dès 1995, un an après la signature de l'ALENA, le gouvernement québécois, dirigé par un autre conservateur, Lucien Bouchard, sabrait dans les programmes sociaux, réduisant l'accès à l'aide sociale, et dans les services publics de santé et d'éducation. Ce faisant, il répondait aux impératifs édictés par cet accord commercial.

En effet, l'ALENA, que l'on veut maintenant étendre aux 34 pays de l'hémisphère (Cuba étant exclu) dans une vaste zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), vise à privatiser et à libéraliser, en établissant le prix du marché à tous les produits et services qui ont été fixés à partir de critères sociaux (services publics, eau, garderie à 5 $ par jour); à déréglementer, par exemple les lois du travail en permettant davantage de sous-traitance; enfin, à assouplir les politiques sociales et les programmes sociaux. Le conflit sur le bois d'oeuvre répond également à ces diktats. [...]

C'est ainsi que les accords commerciaux comme l'ALENA, autant que celui visant à créer une zone de libre-échange des Amériques, remettent en question le rôle de l'État et la mission sociale des gouvernements. C'est bien ce que nous ont annoncé le ministre Séguin ainsi que le premier ministre Charest, un autre ex-conservateur, dans son discours inaugural. Lorsque les porte-parole de l'État du Québec déclarent que le gouvernement gouvernera moins, ils répondent au désir des acteurs de la mondialisation de leur laisser les coudées franches pour brasser leurs affaires.

À Montréal, les derniers conflits de travail, de Vidéotron au Holiday Inn Midtown en passant par Câbles d'acier de Pointe-Claire, ont porté sur la sous-traitance. Voilà maintenant que Bombardier et Labatt exigent plus de souplesse de leurs travailleurs pour faire appel, à leur tour, aux sous-traitants. Quels intérêts le gouvernement Charest sert-il en annonçant une réforme de l'article 45 du Code du travail pour permettre davantage de sous-traitance?

Au Conseil central du Montréal métropolitain (CSN), nous nous opposons aux annonces gouvernementales, non pas seulement parce qu'elles remettent en question un quelconque «modèle québécois». Le gouvernement de Lucien Bouchard l'avait fait bien avant celui de Jean Charest par des coupes draconiennes. Nous sommes inquiets parce que, à 18 mois de la conclusion souhaitée par les chefs d'État des Amériques pour la signature de l'entente créant la ZLEA, les attaques se font plus virulentes que jamais contre le genre d'État que nous voulons: un État capable de bien répondre aux besoins de sa population avec, à sa tête, un gouvernement qui met en oeuvre des politiques qui permettent une véritable redistribution de la richesse et le développement des régions.

Bref, un gouvernement qui gouverne dans le sens des intérêts de sa population et pas seulement de ceux des grandes entreprises.



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THE NEW CANADA'S NATIONALISTS

Bonjour, ethno-sovereigntists

The new Quebeckers aren't pure laine -- but they identify with their province, not Canada, says journalist RIMA ELKOURI

Rima Elkouri

The Globe and Mail Monday, June 30, 2003

Could the so-called "ethnic vote" become separatism's best hope? I couldn't help but smile when I read that observation in The Globe and Mail's New Canada series. Ingrid Peritz writes about a Laotian-born Montrealer, a member of a group that former Quebec premier Jacques Parizeau once called the "ethnic vote" -- except that Chinda Phommarinh in fact voted Yes in the 1995 referendum and is the kind of new Quebecker who "might be separatism's best hope," according to Ingrid Peritz.

Watching Pierre Bourgault's funeral two weeks ago at Montreal's Notre-Dame Basilica, it occurred to me that separatism might not have much hope left. Mr. Bourgault was one of the founders of the independence movement in the 1960s. As I listened to his friends and peers pay their respects, I wondered if the idea of sovereignty brought forward by Mr. Bourgault's generation had not withered away with him.

Yet polls indicate that sovereignty is still most popular amongst the young. Nor is the "ethnic" factor relevant any more. Recent polls show that 40 per cent of under-35 Quebeckers who are children of immigrants, or immigrants themselves, would vote Yes in a referendum.

Does this mean that as pure laine francophones lose their nationalist ardour, new Quebeckers might be separatism's best hope? Mr. Bourgault did not think so. I suspect he was right.

In a column he wrote just before election day in Quebec, he stated that sovereignty wouldn't have "a chance in a thousand" of becoming a reality if the Parti Québécois lost. According to Mr. Bourgault, it would be naive to think that thousands of young people would be willing to continue the battle the old-stock sovereigntists began 40 years ago.

That said, The Globe's article certainly deconstructs a few stereotypes about Quebec and offers a refreshing point of view on an old debate. Ms. Peritz writes about children of sovereigntists who regard Quebec independence as a relic of their parents' past. She meets with an Ottawa-born Montrealer who has a francophone girlfriend and works enthusiastically for his two Québécois bosses. She depicts self-confident twentysomethings who keep defending the French language, but are nonetheless conscious of the importance of opening themselves up to the world.

She writes, "In their own way, these 20s are rebels: rebels against their parents' generation, and their parents' old beliefs -- the ones that kept Canada on the edge of its seat for three decades."

To a large extent, I identify with these under-30 "rebels" of Quebec. But I often wish we could be even more rebellious. I am under 30 and part of the so-called "ethnic vote." I was born in Montreal of parents of Senegalo-Lebanese and Syrian-Armenian background. Unlike my parents, who totally embrace the Canadian dream, I feel more attached to Quebec.

My partner is what we call a pure laine francophone. But he grew up in the West Island, on the anglo side of the Ile de Montreal. It felt like growing up in Ontario, he says. Although French is his mother tongue, I often hear him speak English with his brothers and sisters. That doesn't keep him from being a convinced sovereigntist.

For many people of my generation, the sovereigntist/federalist debate is no longer the main issue. For twentysomethings, these labels are often meaningless. English is not an "enemy language," as it may have been for older generations, but just a way of opening up to the world.

The context has changed. Francophones have stood up for their rights. For younger Montrealers, the old acrimonious refrains dividing anglophones and francophones are completely out of touch with today's reality.

But this does not mean that we are apathetic and depoliticized. It does not mean that we do not care about defending the French language. And it certainly does not mean that we consider Quebec as a paradise where anglophones and francophones walk hand in hand in total harmony. The "two solitudes" metaphor is no myth. It is still a reality in Montreal -- one that struck me a few years ago, when, as a francophone who wanted to learn English, I decided to register at Concordia University. The campus was in downtown Montreal. I felt like I was visiting a foreign city.

Still, I've never felt the tension between anglophones and francophones the media like to focus on. There is a tension, but it's a creative one, one that makes Montreal a bubbling city, a place where nothing stands still. Even though some problems remain, I feel the two communities are getting closer, and that St. Lawrence Boulevard, "The Main", which used to divide Montreal in two, has become more of a gathering place.

Wednesday night, I was at a St. Jean Baptiste Day party on Saint-Viateur Street, in the city's Mile End district, one of its most multicultural communities. Hundreds of young people gathered there to celebrate Quebec's national holiday.

Some were speaking French, others English, or Spanish, or Portuguese, or Greek or Italian. Some were mixing up different languages. Others were dancing the samba.

There were crepes and baklava, pot and mojitos, techno and traditional Québécois music. There were sovereigntists, peace activists and non-activists.

There were Quebec flags all around, but it didn't feel like a patriotic rally. Nor, although people of all origins were mingling, did it seem like one of those bogus Heritage Canada ads. This cozy fête nationale embodied all the changes taking place within Quebec. It was just a strong argument to party with diversity -- and without the political fuss.

Rima Elkouri is a city columnist at La Presse.



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Le Canada fêté dans la controverse

Laura-Julie Perreault
La Presse mercredi 2 juillet 2003

L'arrivée au pouvoir d'un gouvernement fédéraliste au Québec n'a pas empêché la fête du Canada de baigner dans la controverse encore cette année.

Pendant qu'à Québec, Pierre Falardeau ouvrait la polémique en dénonçant les artistes québécois qui participent à la fête du Canada, à Montréal, l'organisateur du traditionnel défilé du 1er juillet se sentait mis de côté par Patrimoine Canada.

La force motrice du défilé montréalais de la fête du Canada, le Dr Roopnarine Singh, trouve inacceptable que son événement, vieux de 26 ans, ne reçoive qu'une infime portion du gâteau de cinq millions accordé par le gouvernement fédéral aux organisateurs des festivités du Vieux-Port.

Depuis 1999, Célébrations Canada, un organisme à but non lucratif, est chargé de coordonner les célébrations entourant le 1er juillet dans toute la province. Présidé par l'ex-hockeyeur Serge Savard, la section québécoise de Célébrations Canada a dépensé cette année quelque deux millions pour animer le Vieux-Port de Montréal pendant cinq jours en plus de superviser des fêtes organisées dans 27 villes. M. Singh a reçu 20 000 $ de l'enveloppe budgétaire accordée à Célébrations Canada par Patrimoine Canada, le ministère de Sheila Copps. Une somme qu'il juge insuffisante.

"Ça fait 26 ans que nous sommes là. Nous avons le plus grand défilé de la fête du Canada de tout le pays. Eux de Célébrations Canada, ça fait seulement quelques années qu'ils organisent des activités dans le Vieux-Port et nous recevons le centième de ce qu'ils reçoivent", a dénoncé hier le Dr Singh. "Cinq millions pour une fête nationale, c'est trop, trop, trop et la disparité entre notre défilé et leur budget est inacceptable", a dit à La Presse, en marge du défilé d'hier matin, le coloré cardiologue.

Mais M. Singh, qui est loin d'avoir la langue dans sa poche lorsqu'il s'agit de parler de fédéralisme canadien, ne s'est pas gêné pour dire à ses invités de marque- le maire Gérald Tremblay, le député Paul Martin et le ministre québécois du Revenu, Lawrence Bergman- qu'il a besoin de plus de soutien pour faire grandir son défilé. Son rêve? Faire un deuxième Rose Bowl à Montréal. Les politiciens sont restés plutôt froids face aux demandes de M. Singh.

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a rappelé que la Ville fournit déjà des services gratuits au défilé du 1er juillet. Le travail des policiers pendant le défilé, tout comme l'utilisation du parc dans lequel a lieu la cérémonie du partage du gâteau, font partie de la contribution de la Ville, notait le maire. "Montréal offre même une belle température chaque année pour la fête du Canada", a ajouté M. Tremblay, à la blague.

Le nouveau ministre du Revenu du gouvernement Charest, Lawrence Bergman, croit que l'événement annuel se porte bien et n'a pas besoin de l'intervention de l'État. "Depuis des années, c'est un défilé fait par des bénévoles et c'est ça la beauté des choses", remarquait le député de D'Arcy-McGee.

Le président de Célébrations Canada, Serge Savard, qui tient les cordons de la bourse des subventions, affirme que son organisation fait de son mieux pour satisfaire le Dr Singh. "Pour nous, c'est un des nombreux événements locaux que nous finançons. Nous donnons plus d'argent année après année", affirme M. Savard.

Si MM. Savard et Singh ne s'entendaient pas hier sur les partages de subventions, tous deux répondaient à l'unisson aux propos de Pierre Falardeau, le réalisateur d'Elvis Gratton, qui a pourfendu lundi les artistes québécois qui montent sur scène le 1er juillet "pour de l'argent".

Le cinéaste s'explique mal comment un artiste comme Plume Latraverse peut accepter de se produire en spectacle pour célébrer la fête du Canada. M. Falardeau soutient que M. Latraverse, qui parle des pauvres dans ses chansons, touche 40 000 $ pour un spectacle d'une heure.

Le polémiste n'a pas été plus tendre à l'endroit de La Bottine Souriante et de Kevin Parent, les traitant de trous du cul.

"On ne demande pas aux artistes de prêter allégeance au Canada. Jean-Pierre Ferland a dit en entrevue qu'il est souverainiste, après son spectacle à Ottawa, et nous n'avons aucun problème avec ça", a répliqué hier M. Savard.

"La diversité du Canada est un atout et non pas un obstacle. Les artistes qui participent à la fête du Canada font partie de ceux qui ont compris cela", commentait le Dr Singh.

À Sherbrooke, Plume Latraverse a refusé de rencontrer les journalistes pour commenter les propos du cinéaste. Devant quelques milliers de personnes rassemblées au parc Jacques-Cartier, le chanteur n'a fait qu'une brève allusion à Pierre Falardeau. En présentant ses musiciens, il a souligné, à la blague qu'en vieillissant "on se trouve toujours des raisons pour bougonner".

Les controverses qui ont secoué la fête du Canada cette année n'ont cependant pas empêché des milliers de Québécois de participer aux activités qui leur étaient offertes. Les organisateurs du défilé évaluaient hier que plus de 100 000 personnes se sont massées le long de la rue Sainte-Catherine pour saluer les chars allégoriques et les 3000 figurants. Dans le Vieux-Port, le beau temps a attiré plus de 750 000 personnes à la Célafête, entre le 27 juin et hier.



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From coast to coast, happy 136th, Canada! Flags duel in Quebec ; Extremists chant 'Go home'

KEVIN DOUGHERTY
The Montréal Gazette Wednesday, July 02, 2003

QUEBEC - There was a clash of colours at Canada Day celebrations in Quebec City.

As troops in the red tunics and black bearskin hats of Royal 22nd Régiment marched away from a noon flag-raising ceremony, led by their woolly white goat mascot "Batisse," their brass band played Vive la Canadienne!

On the other end of the Dufferin Terrace, facing the St. Lawrence, chants of, "Canadians go home!" rose from a knot of about 75 demonstrators from Raymond Villeneuve's extremist Mouvement de libération nationale du Québec.

Villeneuve's supporters waved green, white and red tricolore flags of the Front de Libération du Québec and the Quebec flag.

Stéphane Dion, Ottawa's intergovernmental affairs minister, and Sam Hamad, Quebec's natural resources minister, spoke after the flag was raised, as the army band played O Canada, originally composed for the Société St. Jean Baptiste and first played on June 24, 1880.

The ministers and other dignitaries did not come into contact with the demonstrators.

Gaëtan Jacques, who said he is a former Parti Québécois member, was more bemused than outraged when a young MLNQ demonstrator ripped a tiny paper Canadian flag from his hand. Police intervened, asking the demonstrator to apologize, which he did, saying "I'm sorry I ripped your horrible flag."

Jacques, noting most of the demonstrators were from Montreal, wondered what message they were sending with their, "go home!" chant.

"Today, I am celebrating our Canadian union. I am celebrating Confederation," Jacques said.

"Maybe in 10, 15, 30 years, I will vote for independence.

"But in the meantime, we have to respect other people."

kdougherty@thegazette.canwest.com



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Separatist blasts artists who play for Canada Day

André Picard
The Globe and Mail Wednesday, July 2, 2003

One of Quebec's most outspoken separatists has lashed out at Quebec musicians who deigned to play Canada Day shows, calling them money-grubbing sellouts and federalist propagandists.

Filmmaker Pierre Falardeau, well-known for his incendiary comments, this time turned his blazing verbal guns on some of Quebec's most revered artists, including Plume Latraverse, Jean-Pierre Ferland and La Bottine Souriante.

"It depresses me terribly to see artists who will drink at any trough and who will do anything for a buck," Mr. Falardeau said.

"They are assholes, bums, cowards, doorstops," he added, rhyming off a long list of insults.

Régent Archambault, bassist and singer with La Bottine Souriante, a popular folk group with sovereigntist leanings, said this kind of attack was anticipated.

"We feared this kind of controversy when we took the gig," he said of the group's decision to appear at Canada Day festivities on Parliament Hill last night.

But Mr. Archambault said that Mr. Falardeau's criticism is unjustified and misplaced and that suggesting playing a show in Ottawa makes a musician a federalist is ridiculous.

"La Bottine Souriante is not a constitutional option. We're not in Ottawa to celebrate federalism, or to laud the federal government, we're there to celebrate Quebec culture. To suggest that we've sold our soul is nonsense," he said.

Mr. Archambault added that the group refused to participate in the traditional singing of O Canada because "we didn't want to be used as a political tool."

Jean-Pierre Ferland, a Quebec crooner, also refused to sing O Canada at an afternoon show on Parliament Hill.

The avowed separatist dismissed charges that he is a sellout. "We've got to stop harassing Quebec artists who appear in Ottawa . . . I'm here to sing for the people, not the government."

Mr. Ferland noted wryly that his appearance at Canada Day celebrations -- a single song -- paid "super-well" and gave him a rare opportunity to "get something back for all the taxes I pay to Ottawa."

Mr. Falardeau also singled out Plume Latraverse, an iconic Quebec musician, saying he was paid $40,000 to play at Canada Day festivities at the Port of Montreal.

Mr. Falardeau has a reputation for well-timed and merciless outbursts at cultural celebrations funded by the federal government.

In the past, he has called on Quebec artists to boycott the Genie Awards, which honour Canadian filmmakers, and the Governor-General's Performing Arts Awards, and he has had frequent run-ins with Telefilm Canada and the National Film Board.

Mr. Falardeau spent yesterday in Quebec City, participating in a small demonstration by hard-line separatists who heckled and shouted insults at people participating in the city's modest Canada Day celebrations.

Last year, he demanded that the Canada Day holiday be abolished, saying it is a "celebration of Canadian colonialism and the enslavement of the Québécois people by a foreign state."



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Pierre Falardeau le Palestinien

Yves Boisvert

La Presse jeudi 3 juillet 2003

Pierre Falardeau se prend pour un Palestinien. Je lui trouve plutôt des accents serbes, tendance Milosevic.

Il ne lui suffit pas d'être un Vrai. Il lui faut faire la leçon aux faux patriotes, ceux qui ont "trahi" la cause et la patrie, ceux qui pactisent avec l'Ennemi.

Un Palestinien qui irait chanter pour Sharon serait un "trou de cul", dit le cinéaste. Donc, un Québécois qui va chanter à la fête du Canada, c'est la même chose, vu que le Québec, comme la Palestine, est "occupé".

Convaincant, pas vrai? Ils ont dû applaudir fort, fort, dans les camps de réfugiés palestiniens, en lisant ça. Je les entends d'ici: lâche pas mon Pierre, on est derrière toi.

Lui, Falardeau, peut en toute bonne conscience cracher sur les chanteurs qui acceptent un cachet d'Ottawa tandis qu'il fait financer ses films à coups de millions par un organisme fédéral. Des films "engagés", soit dit en passant, et généralement engagés contre "les Anglais" et tous les "complices", c'est-à-dire les pauvres d'esprit (au mieux) et les trous du cul qui ne sont pas indépendantistes, enfin le genre de films que devrait financer Téléfilm Israël, je suppose.

Mais oui, il peut recevoir cet argent, lui, Falardeau. D'abord, à cause de sa supériorité morale. De cela, il ne parle pas, il lui suffit de la donner en spectacle. Lui, il l'a l'affaire. Ça donne le goût, d'ailleurs, de faire un nouveau pays, quand on l'entend vomir sur tous ceux qui ne sont pas dans le droit chemin, vous ne trouvez pas?

S'il peut recevoir l'argent d'Ottawa, c'est aussi et surtout parce que lui... Lui, ce n'est pas la même chose, bon! Lui, quand il reçoit de l'argent de Téléfilm, c'est un retour des impôts payés par les Québécois à Ottawa.

Tandis que les chanteurs, eux...

C'est quoi? Sont-ils payés en livres sterling par des agents secrets britanniques dans des comptes en Suisse?

Eh non. Ils sont payés avec les mêmes impôts, dans les mêmes proportions, vu qu'eux aussi, les pauvres opprimés, souffrent de vivre dans le même Canada. Le problème, alors, c'est le symbole, c'est ça?

Un petit merci à Téléfilm Canada, à la fin d'un film de Falardeau, c'est un prix acceptable à payer. Mais chanter sur une scène le jour de la fête du Canada, ça, c'est inacceptable. Chanter le 9 septembre, mettons, dans un festival subventionné par Patrimoine Canada, donc une journée moins symbolique, ce serait correct, ça? Pourquoi?

Parce que depuis longtemps, on a pris un pli. La Saint-Jean est censée être "la fête nationale des Québécois". Beau projet. En fait, c'est beaucoup la chose de la Société Saint-Jean Baptiste. Avec le discours pour le pays pour ouvrir le bal.

Et la fête du Canada, c'était, à Montréal, celle de tous ceux qui ne se sentent pas concernés par la première, témoin le défilé multiethnique du bon docteur Singh. Lui aussi, notez-le bien, se plaint amèrement de voir l'argent du fédéral aller aux chanteurs et aux autres et pas à lui. Il a été seul ou presque pendant 25 ans, Ottawa commence à mettre un peu d'argent, et lui reste sur le carreau.

Du 24 juin au 1er juillet, c'est donc le festival annuel de la Constitution, la semaine référendaire silencieuse: la Saint-Jean c'est la fête du Oui, et le 1er juillet c'est la fête du Non. Quiconque ose violer cette loi non écrite est un salaud.

Pierre Falardeau est expert là-dedans, la démonisation, l'excommunication, le discours haineux contre l'Ennemi. Vous êtes avec lui ou contre lui.

Cette fois, c'est Plume Latraverse, Kevin Parent et la Bottine Souriante qui y passent. Des "complices". Complices d'un régime criminel, bien entendu, c'est-à-dire le fédéralisme canadien!

Parce que les Québécois sont des "opprimés" comme le sont les Palestiniens, un peuple sans État et sans territoire!

Vu que Falardeau est un superbe cabotin intellectuel, les médias (qu'il s'apprête d'ailleurs à dénoncer férocement dans Elvis Gratton III, Dieu que j'ai hâte qu'il ait sa foutue subvention fédérale), les médias, donc, boivent ses paroles comme du petit lait. Falardeau fait donc la "une" du Journal de Montréal comme de La Presse, sans compter les innombrables bulletins d'information. Voilà une belle petite controverse cheap à se mettre sous la dent molle des actualités d'été.

Il ne dit pas: je ne suis pas d'accord. Il dit: ceux qui font ça sont des traîtres. Ils font ça "pour l'argent". Ce n'est pas une fête, on vous le répète, c'est un référendum. On ne chante pas pour le public, on chante pour la Reine!

Lui, Falardeau, quand il fait un film, c'est pour la Cause, bien sûr. Il est bénévole, je suppose. Plume, s'il chante sur un terrain appartenant au fédéral le 1er juillet en gagnant sa croûte, il est "complice".

La meilleure réplique est venue de la Bottine Souriante: "Nous ne sommes pas une option constitutionnelle."

Nous ne sommes pas non plus la Palestine, comme le savent tous les souverainistes sauf Pierre Falardeau et deux ou trois autres. Si ce n'est pas par souci de dire la vérité sur le Canada (ça, il ne faudrait surtout pas!), qu'on se le dise au moins par souci de décence envers les peuples "occupés".

yboisver@lapresse.ca





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Réplique à Yves boisvert

Les artistes et la Fête du Canada

Claude Boulay

TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2003

M. Yves Boisvert,

Votre chronique de ce matin (03-07-03), concernant les propos de Pierre Falardeau, est truffée de faux raisonnements. Vous avez le droit d'être en désaccord avec Falardeau, et ce n'est pas moi qui vous reprocherai de ne pas apprécier son langage, mais vous torturez la logique en multipliant les sophismes.

Tout ceux qui ont un jour accepté un contrat, une subvention ou un retour d'impôt du gouvernement fédéral n'ont pas posé le même geste que les artistes qui acceptent de se produire à une fête en l'honneur du Canada. Dans ce dernier cas, les artistes mettent leur talent au service d'un régime politique.

Il est exact que chanter le premier juillet n'est pas différent de chanter le 9 septembre. Les artistes qui ont participé, le premier juillet, au Festival de l'art vocal de Trois-Rivières ou au Festival de jazz de Montréal n'ont pas posé un geste politique. Ceux qui ont chanté le même jour à la célébration du Canada ont servi une cause politique.

C'est de l'hypocrisie que de laisser entendre que Plume Latraverse a simplement chanté sur un terrain qui s'adonnait à appartenir au fédéral. Et la déclaration du porte-parole de la Bottine Souriante, "Nous ne sommes pas une option constitutionnelle", n'est qu'une pirouette verbale.

Si ces artistes croient à ce que représente le Canada, qu'ils aient le courage de le dire. S'ils ne le font que pour l'argent, ils pratiquent le plus vieux métier du monde. Comme les journalistes qui acceptent de faire la propagande du régime fédéral, parce que leurs patrons les paient pour ça.





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Falardeau's insults fall flat

The Montréal Gazette Thursday, July 03, 2003

Filmmaker Pierre Falardeau cut quite a pitiful figure this week as he hurled insults at the Quebec artists who dared to participate in Canada Day concerts. He called them sell-outs, bums, cowards and some other less printable names.

Falardeau even had the gall to use the word "insignificant" to describe such well-established Quebec stars as Jean-Pierre Ferland, Plume Latraverse and the group La Bottine Souriante.

Just who is insignificant in this story? With his ravings against fellow Quebecers, Falardeau succeeds only in moving his version of the separatist cause from the political fringe to a whole other planet.

Along the way, he has apparently thrown in his lot with another inhabitant of the separatist twilight zone - Raymond Villeneuve, the convicted FLQ terrorist who advocates the use of political intimidation and violence. Falardeau was among a rag-tag band of fewer than 100 hard-line separatists, led by Villeneuve, who heckled participants at Canada Day festivities in Quebec City.

How galling it must be for these dinosaurs, anchored firmly in their hatred, to see the Quebec mainstream shift away from the old rhetoric toward linguistic harmony and political civility.

We believe no one needs to choose between Quebec and Canada, and that's why we liked the rebuttal several artists offered to Falardeau: They said, in essence, that they were performing for the people (and a good paycheque), not to promote a political option.

"We've got to stop harassing Quebec artists who appear in Ottawa," Ferland said. "I'm here to sing for the people, not the government." That is the kind of modern, clear-eyed thinking all Quebecers can celebrate.



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L'unifolié, au gré du temps

Les Montréalais suivent-ils le soleil ou le drapeau rouge et blanc?

Laura-Julie Perreault
La Presse mercredi 2 juillet 2003

ILS ÉTAIENT plus de 350 000 sur le site montréalais de la fête du Canada hier après-midi, sous un soleil de plomb, et plus de 100 000 autres, sous les rayons de midi, pour voir passer le traditionnel défilé. Mais un orage en début de soirée a réussi à faire fondre l'ardeur des Montréalais pour les célébrations du 1er juillet.

Lorsque le grand spectacle mettant en vedette un quatuor de voix féminines composé de Natasha St-Pier, Luce Dufault, Ima et Marie-Pier Perreault a laissé entendre ses premières notes, hier, vers 20 h, ils n'étaient plus que quelques milliers, agglutinés devant la scène principale des festivités, à agiter de petits drapeaux de papier rouges et blancs.

Contrairement au spectacle de la fête nationale des Québécois qui baignait dans une mer fleurdelisée, ce n'est que discrètement que l'unifolié s'est pointé le nez hier soir. La grande scène du Vieux-Port n'arborait d'ailleurs aucune feuille d'érable.

Les quatre chanteuses se sont permises quelques petits commentaires discrets sur la fête nationale canadienne. Luce Dufault, québécoise d'adoption, a rappelé que ses racines sont franco-ontariennes. Natasha St-Pier, récemment rentrée de France, a lancé un confiant "Bonne fête Canada" auquel la foule a répondu chaleureusement.

Pour plaire à un public bilingue, les deux dames de la chanson n'ont pas hésité à agrémenter leur propre répertoire de grands succès anglophones. Simon et Garfunkel et James Taylor ont fait plutôt bon ménage avec les Soirs de scotch de Mme Dufault.

Vers 21 h 30, les dames ont cédé la scène à la vedette montante de la soul, le manitobain Remy Shand, en lançant un dernier Quand les hommes vivront d'amour à quatre voix, qui a recueilli les applaudissements frénétiques de l'assistance.

Le spectacle, suivi d'un feu d'artifice, est venu clore cinq jours de spectacles, activités familiales et cérémonies regroupés sous le titre de Célafête. Selon les organisateurs, plus de 750 000 personnes ont participé au marathon d'événements soulignant le 136e anniversaire du Canada à Montréal.

Défilé rouge, rouge, rouge

Si Célafête se voulait apolitique, le défilé montréalais de la fête du Canada, lui, a porté bien haut la bannière de l'unité canadienne et du multiculturalisme hier matin. Les politiciens présents y ont plaidé la cause d'un Canada uni, avant de couper un immense gâteau couronné d'un unifolié.

Paul Martin, député de Lasalle et prétendant à la tête du parti libéral, était le plus attendu des élus présents. Ses supporters étaient nombreux à le suivre pendant le défilé et à l'acclamer après sa brève intervention sur scène.

Daniel Stewart, le maire de Plattsburgh, a assisté au défilé pour la deuxième fois en deux ans. Il se disait confiant hier que les relations canado-américaines "très tendues pour le moment", soient rétablies avant le 1er juillet prochain "si M. Martin accède au pouvoir".

Le 26e défilé- le plus long de l'histoire au dire de son coloré organisateur, le Dr Roopnarine Singh - a une fois de plus laissé la diversité de Montréal s'exprimer par la participation de maintes communautés culturelles.

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a souligné le 1er juillet en assistant à une cérémonie de citoyenneté dans sa circonscription de Sherbrooke.



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Fêter... sans déraper

André Pratte
La Presse samedi 28 juin 2003

Les fêtes nationales sont l'occasion de beaucoup de réjouissances. Aussi de quelques excès. D'alcool, pour certaines gens. De mots, pour certains orateurs.

Les éloges du pays (qu'il s'agisse du Canada ou du Québec, selon l'orientation idéologique de ceux qui parlent) sont souvent dithyrambiques. Comment peut-on prétendre que le Canada est le "meilleur pays au monde"? Est-ce seulement démontrable? Comment peut-on soutenir, comme on le fait souvent, que les Québécois ont un sens unique de la solidarité? Quand survient une catastrophe naturelle, les Albertains ou les Suédois refusent-ils d'aider leurs prochains?

L'amour du pays verse souvent dans le chauvinisme. Une tendance normale, sans doute, mais néanmoins déplorable. Le chauvinisme fausse le jugement, fait dévier la fête de son sens réel, ouvre la voie aux dérapages.

Le chauvinisme se nourrit de héros. Les nationalistes québécois ont les leurs, les nationalistes canadiens aussi. Les héros sont hissés si haut qu'on perd de vue l'être réel. Toute critique, toute nuance est interdite. Ainsi, il y a encore quelques jours, on a porté aux nues Pierre Bourgault. Un tribun exceptionnel, qui a marqué l'histoire du mouvement souverainiste. Mais un homme, pas un saint, comme l'a bien rappelé son amie Marie-France Bazzo.

De même, à un autre niveau, pour Pierre Elliott Trudeau. À la fin de son dernier mandat, M. Trudeau était littéralement détesté dans bien des recoins du Canada anglais. Le politologue Kenneth McRoberts a relevé l'ironie de la chose: "Pierre Trudeau, antinationaliste déclaré, a été adopté par une grande partie du Canada anglais comme le sauveur de la nation canadienne, pour ultimement émerger comme le champion du nationalisme canadien."

Le nationalisme canadien, comme le québécois, embellit l'histoire et la peuple de mythes. Ceux-ci suscitent l'adoration de la foule, le délire parfois, mais nuisent à la compréhension mutuelle et à la juste perception de soi.

On peut avoir beaucoup fait pour son pays sans être parfait. Un grand homme peut avoir commis de graves erreurs. On peut célébrer son pays sans s'imaginer qu'il s'agisse du meilleur au monde, ou du plus solidaire, ou du plus pacifiste, ou du plus tolérant...

De fait, que fêtons-nous? La médaille d'or de tel athlète? La voix exceptionnelle de telle chanteuse? Ces succès individuels n'ont rien à voir avec un quelconque effort collectif.

Ce que nous fêtons, c'est une histoire que nos ancêtres ont bâtie, et à laquelle nous-mêmes sommes appelés à apporter notre petite pierre. Un voisinage géographique et culturel que nous aimons parce qu'il nous est familier, parce que nous y sommes confortables, parce qu'ils nous ressemble et nous rassemble, et parce qu'il contribue à l'extraordinaire diversité du monde.

Cela ne fait pas de notre pays le meilleur. C'est le nôtre, tout simplement, avec ses beautés considérables, mais aussi ses laideurs, qu'il faut chercher à corriger plutôt qu'à maquiller.

Il y a amplement de quoi célébrer... sans perdre la tête.

Apratte@lapresse.ca



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Le marathon des fêtes nationales se poursuit

Laura-Julie Perreault
La Presse dimanche 29 juin 2003

RANGEZ vos drapeaux bleus, sortez vos drapeaux rouges! Après le marathon de festivités de la Saint-Jean, la semaine dernière, c'est sous le signe de l'unifolié que les Montréalais peuvent fêter jusqu'à mardi soir prochain, dans le Vieux-Port de Montréal.

Impossible de louper l'emplacement de Célafête, la célébration montréalaise de la fête du Canada financée par le ministère de Sheila Copps, Patrimoine Canada. Il suffit de suivre les drapeaux rouge et blanc qui entourent le site, entre le quai de l'Horloge et le marché Bonsecours.

À l'entrée, les visiteurs croiseront les jeunes employés du Vieux-Port, en lock-out depuis le 25 avril dernier. Les 360 jeunes syndiqués de l'Alliance de la fonction publique du Canada dénoncent l'embauche de briseurs de grève sur les lieux mais notent que la fête du Canada a peu à voir avec leur piquetage.

Hier, des milliers de familles ont pris d'assaut le site de Célafête, où des dizaines de jeux pour les enfants, sur le thème de Jeux du monde, ont été installés. Un carrousel, une exposition de sculptures, de photos et de peintures ainsi qu'une exposition équine font aussi partie des attractions offertes gratuitement à toute la famille jusqu'à mardi.

Multiculturalisme

Cette année, les festivités de la fête du Canada ont pris leur envol une journée plus tôt que dans les années précédente afin de souligner, pour la toute première fois, la Journée nationale du multiculturalisme. Un spectacle en plein air a marqué le coup de manière discrète vendredi soir.

"La fête a été décrétée en décembre dernier. Elle devrait prendre de l'ampleur avec les années", notait hier après-midi le directeur général des célébrations québécoises de la fête du Canada, Jean Langlais.

Il était fier de souligner qu'avec un budget fixe de 5 millions de dollars, dont quelque 2 millions consacrés à Montréal, les festivités québécoises, présidées par l'ancienne vedette des Canadiens de Montréal Serge Savard, gagnent aussi en importance année après année.

"Il faut rappeler que 2 millions du budget de 5 millions sont destinés au cachet des artistes", souligne M. Langlais. Cette année, à Montréal seulement, 25 concerts font partie de la programmation de Célafête.

Les invités sont aussi variés que les groupes d'âge auxquels s'adresse Célafête. Aujourd'hui, c'est Madame Croque-Cerise qui montera sur scène la première, à 13 h, pour la joie des plus petits. Paolo Ramos, Pierre Lalonde et Dawn Tyler enchaîneront dans l'après-midi. Gabrielle Destroismaisons offrira le 5 à 7 et Les Respectables rivaliseront avec le Festival international de jazz de Montréal, à partir de 20 h 30.

Les deux spectacles-événements de Célafête auront lieu lundi et mardi soir. Le 30 juin, le très québécois Plume Latraverse donnera la réplique à David Usher, leader de la formation Moist, dans un concert intitulé Soirée Dualité.

Le grand concert du 1er juillet rassemblera sur scène Remy Shand, Natasha St-Pier, Luce Dufault, Marie-Pier Perreault et Ima.

Le défilé des francophones

C'est aussi mardi, à partir de 11 h, que se mettra en branle le traditionnel défilé de la fête du Canada, à l'angle des rues du Fort et Sainte-Catherine. Le défilé se dirigera vers l'est jusqu'à la rue Peel avant de remonter vers la place du Canada et le square Dominion.

Organisateur du défilé depuis 26 ans, le Dr Roopnarine Singh espère que les francophones seront au rendez-vous cette année. "Montréal est la capitale culturelle du Canada. Aucun autre endroit ne peut imiter ce point de rencontre entre francophones, anglophones et nouveaux Canadiens. Nous voulons que les francophones sachent que c'est aussi leur défilé", plaidait hier M. Singh.

Après le défilé, les Montréalais auront l'embarras du choix. À la place du Canada, le défilé sera suivi du traditionnel partage du gâteau, d'une cérémonie et d'un concert multiculturel. Dans le Vieux-Port, dès midi, les visiteurs pourront aussi déguster un gâteau avant la tenue d'une cérémonie de citoyenneté pour les nouveaux immigrants.



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Le déséquilibriste

André Pratte
La Presse dimanche 29 juin 2003

L'arrivée d'Yves Séguin à la table des ministres des Finances des provinces semble avoir créé une nouvelle dynamique dans le débat sur le déséquilibre fiscal. Tant mieux si M. Séguin apporte au dossier la même approche rigoureuse qui fut celle de sa Commission sur le déséquilibre fiscal.

Sous l'impulsion du nouveau ministre, devenu par la force des choses un expert de la question, les provinces aborderont désormais ce dossier avec méthode et cohésion. Mais cela ne garantit pas la fin de la querelle avec Ottawa.

Le problème est excessivement complexe. D'une part, il y a évidemment une question d'argent. La santé relevant de la compétence des provinces, celles-ci subissent une énorme pression sur leurs dépenses. En vertu des ententes de 2000 et de 2003, Ottawa leur a donné un gros coup de pouce.

Mais la part du fédéral est encore moindre que sa contribution passée. Et, de toutes façons, les provinces sont insatiables. Et elles ont tout à gagner à faire passer le fédéral pour un Séraphin, en faisant oublier qu'elles aussi ont fait des choix budgétaires contestables.

Jusqu'ici, il était plus simple d'affirmer que "les besoins sont à Québec, l'argent est à Ottawa". Sauf qu'avec le ralentissement économique, avec les crises du SRAS et de la vache folle, et avec les dépenses engagées par le fédéral dans d'autres domaines, les surplus d'Ottawa seront moins plantureux que prévu.

La semaine dernière, M. Manley s'est tout au plus engagé à "maintenir l'équilibre budgétaire" en 2003-2004. Cela a fait frémir ses homologues provinciaux, et pour cause. Dans la dernière entente sur le financement de la santé, Ottawa s'était engagé à verser jusqu'à deux milliards supplémentaires cette année "si le surplus au-delà de la réserve normale pour éventualités permet un tel investissement". La "réserve normale pour éventualités" étant de 3 milliards, il faudrait que le surplus de 2003-2004 atteigne 5 milliards pour que les provinces reçoivent la totalité de la somme annoncée. Comptant là-dessus, M. Séguin a déjà prévu 472 millions à ce titre dans son budget.

Compte tenu du contexte, on aurait souhaité que M. Manley prenne un engagement ferme au sujet de cette somme, plutôt que de laisser poindre la possibilité qu'elle ne soit pas versée. En effet, rien dans l'état des finances du fédéral ne justifie une telle menace.

L'autre aspect du déséquilibre fiscal, c'est la dépendance absolue des provinces à l'égard de décisions arbitraires du gouvernement fédéral. On en a eu encore un exemple ce printemps, alors qu'une erreur de calcul de Statistique Canada a mis sens dessus dessous la préparation des budgets des provinces.

Ottawa convient que ce système bancal doit être revu. Mais les négociations n'en seront pas moins serrées, tant les enjeux financiers et politiques sont grands. L'intérêt des contribuables canadiens exige que les parties fassent preuve d'une bonne foi exemplaire dans ce dossier crucial. Qu'il soit vrai ou non que "l'argent est à Ottawa et les besoins dans les provinces", la responsabilité de régler ce dossier incombe, elle, aux deux ordres de gouvernement.

Apratte@lapresse.ca



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La question oubliée
Qu'est-ce que le Canada?

Guy Laforest

LE DEVOIR samedi 28 juin 2003

Depuis une dizaine d'années, les intellectuels d'ici ont fait couler beaucoup d'encre dans une série de réflexions sur la nature de l'identité québécoise: peuple, nation, société distincte, communauté politique, nation d'essence sociopolitique, française, américaine, interculturelle, ancrée dans le passé ou projetée vers l'avenir selon que l'on interroge les Beauchemin, Bouchard, Létourneau, Seymour, Venne et autres radiologistes de notre être profond. À tant disserter de la sorte sur le Québec, on en oublie presque que ce dernier continue de vivre son existence politique dans le Canada. Qu'en est-il de l'identité politique du Canada? Voici donc quelques méditations estivales sur la nature du Canada pour les lecteurs qui voudront partir en vacances en gardant les pieds bien plantés dans la réalité politique.

Nain et géant Le Canada, c'est d'abord un monstre de la géographie, opinait jadis le regretté politologue Gérard Bergeron dans Le Canada français après deux siècles de patience, un essai rédigé pour l'opinion française en 1967, dans les temps tumultueux de la visite du général de Gaulle. Monstre, certes, ajouterai-je, mais aussi un colosse aux pieds d'argile, obnubilé par sa fragilité et son insignifiance face aux États-Unis d'Amérique, la plus grande puissance militaire, économique et culturelle de l'histoire de l'humanité.

En 2003, la guerre en Irak aura rappelé le principe de cette perception de vulnérabilité et la force du désir canadien de camper une différence face aux États-Unis. Ce désir est la passion fondamentale qui anime Ottawa et Toronto, ces deux capitales de l'establishment politique et intellectuel du Canada anglophone.

Le Canada, c'est donc un géant qui se perçoit comme un nain.

Le Canada est un État indépendant, fier de proclamer sa normalité dans le système stato-national issu du traité de Westphalie de 1648. Toutes les élucubrations proférées sur la mondialisation et les technologies de communication n'ont pas réussi à remettre en cause le rôle de l'État comme acteur premier de la vie internationale. Depuis le référendum d'octobre 1995, ayant vacillé dans son existence même, l'État canadien fait de l'hyperactivisme dans tous les réseaux multilatéraux. Le Canada ne s'est jamais autant assumé comme État indépendant qu'au cours de la dernière décennie. Il s'agissait de montrer que se profilait, derrière cet État, un vrai pays, et parfois même le meilleur des pays. Que ne ferait-on pas pour une épithète?

Le paradis de la nation

Concédons l'État et le pays. Qu'en est-il de la nation? Nous voici parvenus à l'un de ces carrefours où le débat sur l'identité du Québec rejoint celui sur la nature du Canada. Il serait facile de s'emballer et de ne parler que de cela. Mais résistons, résistons, car selon moi, l'essentiel est ailleurs. La majorité des Canadiens pense que le Canada est une nation. La majorité des Québécois croit que le Québec est une nation. À propos du nombre de nations sur le territoire canadien, le débat est vif: aux partisans du monisme et à ceux de la dualité s'ajoutent les gens qui rappellent que le Canada compte aussi 653 nations autochtones. Proposons une autre figure identitaire en guise de compromis: le Canada est un paradis, celui des cogitations sur la nation...

Nos diplomates partent à l'étranger avec le portrait officiel de l'État canadien, propageant l'identité bilingue et multiculturelle du pays. On doit à André Laurendeau, mort en juin - comme Pierre Bourgault - il y a 35 ans, le combat spirituel qui a mené à l'avènement du bilinguisme sous la gouverne de Pierre Trudeau.

L'histoire peut parfois être résumée à grands traits: pas de multiculturalisme sans le bilinguisme, et ni l'un ni l'autre sans le rôle historique du Québec en général et de Montréal en particulier. Bergeron, toujours lui, y revenait inlassablement dans l'ouvrage cité: le Québec est le centre de gravité géographique et historique du Canada. Telle est la beauté de l'affaire et le coeur du problème.

L'identité politique du Canada passe aussi par le système parlementaire de Westminster, lequel nous rattache au droit public britannique, à la Révolution glorieuse de 1689 et à plusieurs traditions médiévales anglaises. Je dis souvent à mes étudiants que Locke, Burke, Durham, Acton et Mill sont leurs ancêtres. Qui dit parlementarisme britannique s'empresse d'y adjoindre la monarchie constitutionnelle. Depuis les premières heures du régime britannique en 1763, la vie politique ici se décline à l'ombre de la monarchie. Et cela ne changera pas de sitôt, car le principe monarchique appartient depuis 1982 aux catégories constitutionnelles dont l'amendement requiert l'unanimité. Sujets de Sa Majesté, nous le sommes et nous le resterons. À moins que...

Depuis 1867, le Canada est une fédération, un regroupement extensible de territoires britanniques en Amérique du Nord. Nous avons tous appris cela à l'école: au coeur de la doctrine fédérale se trouve le principe de la souveraineté partagée, et l'article 92 de la Loi constitutionnelle de 1867 représente la charte des droits et compétences des provinces. Nos maîtres négligeaient souvent, à tort, l'article 91, qui précisait les pouvoirs de l'État central... Notons au passage que l'étude du fédéralisme est l'un des parents pauvres de notre vie intellectuelle, paradoxe supplémentaire au pays des deux solitudes.

Le Canada est aussi une démocratie libérale. À défaut d'y exercer sa souveraineté, quoi qu'en pensent les chantres du trudeauisme, le peuple y jouit de droits et de protections démocratiques qui ont notamment trait au droit de vote et à la régularité des élections représentatives. La nature libérale du régime, propre au pragmatisme britannique, a été consolidée et altérée depuis 1982 par l'entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés. Ce document propose un équilibre original entre droits individuels et droits collectifs, permettant au Canada d'être une «société distincte» dans le monde des démocraties libérales. Toutefois, cet équilibre doit s'appliquer de manière symétrique à la grandeur du Canada, y compris au Québec. C'est le pendant rigide et doctrinaire de la noblesse de la Charte.

La décolonisation

Jadis, ne l'oublions pas, le Canada fut aussi une colonie. En fait, toute l'histoire du Canada au XXe siècle se résume à un processus lent, graduel et systématique de décolonisation. Les principales étapes furent les suivantes: les conférences de 1897 et 1901 à Londres, où Wilfrid Laurier s'opposa à la reconfiguration centralisée de l'empire; le statut de Westminster en 1931, lequel octroya à l'État canadien la pleine souveraineté pour la politique étrangère et la défense du territoire; l'abolition en 1949 de la procédure d'appel au comité judiciaire du Conseil privé à Londres, faisant ainsi de notre Cour suprême un véritable tribunal de dernière instance; enfin, la réforme de 1982, qui ramena au Canada le plein contrôle sur la formule d'amendement de la Constitution. La boucle était bouclée. Les chapitres impériaux ou coloniaux de notre histoire, selon la perspective, étaient terminés. L'étaient-ils vraiment? Cette lancinante question m'accompagne depuis quelques années, et je voudrais clore cette réflexion sur la nature du Canada en en faisant voir les contours généraux.

Au temps des débats sur la fondation fédérale du Canada, en 1865, John A. Macdonald avait précisé la nature des rapports entre l'empire, le dominion canadien et les provinces de la fédération. Plus libre que les colonies ne l'avaient été antérieurement, le dominion n'en demeurait pas moins, sur certaines questions essentielles (l'initiative et la prépondérance dans la coordination politique, la politique extérieure et la défense, les tribunaux, les pouvoirs d'urgence et la suprématie juridique), assujetti à l'autorité de l'empire. Selon lui, les provinces se trouvaient sur les mêmes questions, face au dominion, dans la même position que celui-ci face à l'empire. En 2003, le dominion du Canada n'est plus assujetti au principe impérial dans ses relations avec Londres. J'estime toutefois qu'à maints égards, les provinces canadiennes restent dépendantes de ce principe dans leurs rapports avec Ottawa. C'est cette dimension essentielle de notre vie politique qui me semble avoir été négligée par nos paroliers de l'identité depuis une dizaine d'années. Étayons l'argument avec quelques exemples.

Quel principe régit l'organisation du pouvoir judiciaire au Canada? C'est Ottawa, à l'initiative du seul premier ministre fédéral, qui nomme les juges des cours supérieures et d'appel de toutes les provinces, sans oublier les magistrats de la Cour suprême. En la matière, les provinces sont totalement assujetties à l'autorité d'Ottawa. La logique opérationnelle du pouvoir judiciaire est impériale.

Comment fonctionne la coordination fédérale-provinciale au Canada? Le premier ministre de l'État central convoque, sur une base ad hoc, des conférences fédérales-provinciales qu'il est le seul à présider et dont il a la responsabilité de préparer l'ordre du jour. La récente conférence sur la santé est la dernière illustration du genre. Cette coordination est assurée selon des règles empruntées à la Conférence impériale de la fin du XIXe siècle. Sa logique opérationnelle ne saurait être autre qu'impériale.

De tels résidus impériaux, et il y en a d'autres blottis dans notre droit, ont créé une culture politique, un esprit objectif dans les moeurs bureaucratiques au pays: le gouvernement «senior» se trouve à Ottawa; ses partenaires «junior», autant de succursales, sont les provinces et les territoires. André Laurendeau avait trouvé une fort jolie expression pour décrire les bureaucrates professant une telle idée: les «Outaouais supérieurs»...

On l'aura compris, l'identité politique du Canada est fort complexe. Je ne prétends d'ailleurs pas avoir épuisé le sujet. Mais en ces jours de canicule où l'on glisse sans trop s'en rendre compte de l'esprit du 24 juin à celui du 1er juillet, j'estimais utile de rappeler cette complexité tout en déplorant l'oubli de certaines de ces composantes. En effet, pour changer le Canada, voire pour en sortir, il faut commencer par en comprendre la nature.

Professeur de science politique à l'Université Laval et président de l'Action démocratique du Québec



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Le Québec entre deux fêtes ?

Alain Dubuc

Le Soleil samedi 28 juin 2003

On a pris l'habitude, au fil des ans, d'opposer les deux fêtes qui, au Québec, marquent l'arrivée de l'été. La Saint-Jean et la Fête du Canada, une semaine plus tard, sont devenues les moments symboliques des deux options qui opposent entre eux les Québécois depuis plus d'un quart de siècle. Le rouge contre le bleu, le Canada contre le Québec, le Non contre le Oui.

Cette opposition, encouragée par des politiciens des deux camps qui ont voulu faire de ces fêtes des outils de propagande, est devenue parfaitement artificielle. D'abord parce qu'il n'y a pas, comme certains le croient encore, deux fêtes, l'une pour les souverainistes ou les nationalistes ardents le 24 juin, et une autre pour les fédéralistes le 1er juillet.

Cette idée procède d'une vision simpliste de la société et de l'identité québécoise qui ne correspond d'ailleurs plus à la réalité politique contemporaine. Au Québec, dans les faits, il n'y a qu'une seule grande fête patriotique, et c'est la Saint-Jean. Elle occupe, dans le coeur des Québécois, une place à laquelle la Fête du Canada ne peut pas prétendre.

Ensuite, parce qu'il n'y a pas deux sortes de Québécois, ceux du 24 juin et ceux du 1er juillet. Une fête nationale a pour but de rassembler les citoyens et non pas de les diviser en fonction de clivages politiques. La Saint-Jean doit être la fête de tous les Québécois. Malgré des efforts d'ouverture depuis quelques années, ce n'est pas encore le cas. Elle deviendra vraiment la fête rassembleuse qu'elle doit être quand elle se sera débarrassée de ses connotations politiques et qu'elle ne sera plus perçue, en certains milieux, comme la célébration du projet souverainiste. Tant qu'il en sera ainsi, une partie importante de la population, en fait une majorité, ne s'y sentira pas pleinement chez elle.

Cette fête, il faut le noter, a suivi toute une trajectoire. D'abord fête de saint Jean-Baptiste, le patron des Canadiens français, fêtée par les francophones de toutes les provinces, elle est devenue, avec la Révolution tranquille, une fête nationale, celle des Québécois francophones, pour progressivement devenir celle de tous les citoyens du Québec, au-delà de leurs origines. Un processus qui épouse l'évolution de la société québécoise.

Par définition, cette fête est nationaliste, dans le sens large du terme, c'est-à-dire qu'elle repose sur l'idée que les Québécois forment une nation et que la fête sert à célébrer ce sentiment d'appartenance et la fierté d'être québécois.

L'existence de la nation québécoise a autrefois été l'objet d'un combat. Mais cela a cessé d'être un enjeu politique parce que la très grande majorité des Québécois, peu importe leurs opinions politiques ou leurs origines, reconnaît et accepte l'existence de cette nation. Ce qui fait l'objet d'un débat politique, c'est quel est le meilleur chemin que doit suivre la nation québécoise pour poursuivre son épanouissement.

Dire que le Québec est une nation n'est plus un slogan depuis longtemps dans l'esprit des gens, mais un état de fait, une réalité historique, sociologique et culturelle qui fait partie du bagage commun. Voilà pourquoi cette fête, qui célèbre le sentiment national, se situe au-delà du débat politique. Voilà aussi pourquoi cette fête doit clairement appartenir à tout le monde parce qu'aucun courant ne peut prétendre avoir un monopole sur le sentiment national.

Au Québec, on ne retrouve pas en général un sentiment d'appartenance au Canada comparable à celui qui s'exprime envers le Québec. Le Québec, c'est la nation, la patrie, le lieu d'attachement et de définition de l'identité. Les liens avec le Canada sont d'un autre ordre, parce que ceux qui souhaitent le maintien du lien avec le Canada le font pour des raisons qui ne sont pas liées à l'identité et qui ne suscitent en général pas d'élan patriotique. On peut vouloir faire partie du Canada, être fiers d'être canadiens, tenir aux valeurs communes, mais cela ne mènera pas aux élans et au sentiment d'appartenance que l'on associe à la patrie.

L'idée du gouvernement fédéral d'organiser des fêtes du Canada qui pourraient rivaliser en passion avec celle du Québec, avec drapeaux, rassemblements, spectacles, était vouée à l'échec, du moins au Québec. Cela a toutefois permis d'exporter dans les autres provinces une façon plus intense d'exprimer le sentiment national.

Cela étant dit, cette surenchère canadienne dans l'organisation des fêtes du Canada a été en bonne partie une réponse à l'investissement massif que les gouvernements du Québec ont fait dans les fêtes de la Saint-Jean, surtout dans les périodes où le Parti québécois était au pouvoir. Il est clair que les gouvernements souverainistes ont vu dans cette expression de la fierté nationale un tremplin pour promouvoir l'idée de la souveraineté.

Et les fêtes, la publicité, les thèmes, les spectacles, les discours ont alimenté une vaste machine de propagande pour la souveraineté, assez pour que ceux qui ne partagent pas cette vision ne se sentent pas vraiment bienvenus dans des célébrations qui ne les incluent pas.

Comme si le courant souverainiste avait une sorte de monopole sur la nation. C'est un sentiment répandu. Même LE SOLEIL est tombé dans le panneau cette semaine en réservant sa page d'opinions, lundi, veille de la Fête nationale, au Conseil de la souveraineté, qui parlait bien sûr de souveraineté. Le 24 juin n'est pas la fête du "Oui", ni celle du "Non", mais celle de tous les Québécois.

La Fête nationale s'est heureusement ouverte et ses organisateurs ont adopté une approche pluraliste dont il faut les féliciter. Le fait que Luck Merville en ait été cette année le porte-parole officiel témoigne de ce changement. Mais le jupon dépasse encore. Ne serait-ce que le slogan de la fête de cette année : "Rêver bleu" !

Le fait que les fêtes soient encore organisées par le Mouvement national des Québécois n'aide pas, un organisme fort respectable mais dont la mission est "de défendre et promouvoir la langue française, la souveraineté du Québec et la fierté nationale".

Est-il normal qu'un organisme voué à la promotion de la souveraineté, un projet éminemment politique et auquel n'adhère qu'une partie de la population, organise une fête qui se veut rassembleuse pour l'ensemble des Québécois ? Évidemment pas. On réglerait bien des problèmes en confiant l'organisation de la Saint-Jean à un organisme moins marqué politiquement et qui reflète mieux la complexité et les consensus de la société québécoise.

ADubuc@lesoleil.com

La Saint-Jean deviendra vraiment la fête rassembleuse qu'elle doit être quand elle se sera débarrassée de ses connotations politiques et qu'elle ne sera plus perçue, en certains milieux, comme la célébration du projet souverainiste.

Au Québec, dans les faits, il n'y a qu'une seule grande fête patriotique, et c'est la Saint-Jean. Elle occupe, dans le coeur des Québécois, une place à laquelle la Fête du Canada ne peut pas prétendre.



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The joys of having 2 national holidays

DON MACPHERSON
The Gazette June 28, 2003

Here's one difference between the big, official celebrations of the Fete Nationale and Canada Day in Quebec: At the Fete show, you hear Quebec songs that were popular in the 1970s. And at the Canada show, you hear Quebec singers who were popular in the 1970s.To nationalist anthem composer Gilles Vigneault, the June 24 holiday should be known as Annual Royalty Cheque Day. And who knew Plume Latraverse, another singer-songwriter, was a closet Rocky-Mountain-hugger until his name appeared on posters advertising this year's fedfest in Montreal?

Ever since Ottawa started imitating the big Fete shows in Quebec, it has denied it's trying to compete. But the two festivals a week apart, one controlled by sovereignists and financed by Quebec, the other run by federalists and funded by Ottawa, look like the referendum campaign continued by other means. And comparison between the two is to Ottawa's disadvantage.

The Fete shows always seem to land Quebec artists who are young, hip and currently hot, while the Canada shows have to settle for has-beens, aren't-yets and never-will-bes. The Fete show in Montreal is hosted by Daniel Boucher, while Canada Day will bring back Pierre Lalonde, whose audience demographic is about 40 years older than Boucher's. The Fete draws from the A-list, Canada Day is lucky to get anybody from the B-list, and has to pad out its lineup from the other letters of the alphabet (all the way down to Z, for Zarzuella, a vocal group last seen providing entertainment at a Parti Quebecois election rally).

These shows tell Quebecers that Quebec is cool and Canada is not. Performers play the Fete because they're nationalists, as are their audience, and it's a good career move. You get the impression most of the Quebec artists on the Canada Day stage are there because they can't afford to pass up either the exposure or the cheque.

At least the public benefits by getting two free shows in the space of a week. And that's not the only advantage of having two "national" holidays only seven days apart.

For workers, the week between the two statutory holidays is often a light work week, exactly halfway between Christmas-New Year's weeks. It's almost like having an extra week of summer vacation. So keeping two national holidays is one more argument against Quebec's secession from Canada.

Most other, less fortunate Canadians have to wait a month after Canada Day for their respective provincial holidays. And what good is a single day off so close to summer vacation?

Even if they envy our mid-year holiday week, the idea of having two national holidays might be confusing to newcomers or outsiders, and even some Quebecers think it's one national holiday too many.

PQ leader Bernard Landry, for one, likes to say Quebec and Canada are separate nations. But while Landry claims the support of a Quebec consensus, in fact there is ample evidence most Quebecers consider themselves Canadian as well.

Even after the increase of support for sovereignty in the early 1990s, political scientist Matthew Mendelsohn of Queen's University found "multiple identities remain the consensus choice for Quebecers with the largest cluster of francophone Quebecers defining themselves as 'Quebecer first but also Canadian. ... Quebecers do not exclusively see themselves as members of a Quebecois nation, but rather as members of both the tangles and overlapping Canadian and Quebecois nations."

But then, we also have more versions of our history than most people, as shown by an entertaining and revealing documentary titled A Licence to Remember: Je Me Souviens shown on CBC Newsworld this week to mark the Fete.

Filmmaker Thierry Le Brun travelled the province asking Quebecers to explain the provincial motto on our licence plates, which translates as I Remember. There was no agreement. It was as if motto's use of the first person singular invited each to choose what to remember, to write his or her version of Quebec's history.

In the same way, we are free to celebrate or ignore one national holiday or the other, or even both. Quebecers are comfortable with this kind of ambiguity, because it allows us to get along.

dmacpher@thegazette.canwest.com



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Programme canadien de péréquation

Une honte pour les péquistes, une vertu pour les libéraux

Robert Dutrisac
LE DEVOIR samedi 28 juin 2003

À l'automne 1998, le ministre fédéral des Finances, Paul Martin, avait rencontré à Winnipeg ses homologues des provinces afin de discuter du renouvellement du programme de péréquation, un exercice qu'il faut refaire tous les cinq ans. Chacun des ministres provinciaux des Finances avait présenté les demandes de sa province afin de bonifier le régime. Paul Martin avait recueilli ces demandes qui, mises bout à bout, ajoutaient plusieurs milliards à la somme qu'Ottawa verse en péréquation aux provinces moins nanties. La réunion n'avait guère duré plus de quatre heures: Paul Martin avait mis fin à la discussion en soulignant que son gouvernement ne pouvait accéder à toutes les demandes des provinces. Par la suite, le gouvernement fédéral avait tout simplement fait à sa tête et modifié le programme de péréquation comme bon lui semblait.

Cinq ans plus tard, les ministres provinciaux des Finances se sont juré de ne plus se faire prendre à ce jeu. Les pourparlers doivent avoir lieu cet automne pour que les nouvelles règles entrent en vigueur le 1er avril 2004. D'ici septembre, les ministres entendent présenter au ministre fédéral des Finances John Manley une proposition commune de réforme de la péréquation, une première depuis la mise en place de la péréquation en 1957. Plus question pour Ottawa de se servir de l'arbitrage nécessaire entre les demandes disparates des provinces pour imposer un programme renouvelé de péréquation défini par les seuls mandarins de la capitale canadienne. Du moins, c'est ce que les provinces espèrent.

Il est vrai que la péréquation, qui représente une somme de dix milliards par année que se répartissent toutes les provinces sauf l'Ontario et l'Alberta, est régie par une loi fédérale. C'est à Ottawa de décider et les provinces n'ont en principe rien à dire. Mais comme le programme est d'une complexité byzantine, il est sujet à interprétation. Surtout, les sommes versées peuvent varier beaucoup d'une année à l'autre, ce qui déstabilise les finances publiques des provinces.

Une proposition commune

À Halifax jeudi, les ministres provinciaux des Finances se sont montrés fermes. Certains ont eu des mots «très durs» envers Ottawa, a signalé le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin. Il faut dire qu'ils n'ont guère apprécié que John Manley, à la veille de leur rencontre, viennent leur dire que les deux milliards supplémentaires que devait verser le fédéral aux provinces pour la santé, si son surplus était suffisamment élevé, ne seraient pas au rendez-vous. Plusieurs provinces ont déjà intégré cet apport dans leur budget. «Ce qui choque tout le monde autour de la table, c'est la relation dans laquelle nous sommes, où nous croyons que le gouvernement fédéral agit unilatéralement, dans un total arbitraire», a résumé M. Séguin cette semaine.

On veut surtout rencontrer John Manley avant de se faire imposer une réforme pensée à Ottawa. À la rencontre d'Halifax, Yves Séguin a présenté à ses collègues cinq principes qui devraient guider l'élaboration d'une proposition commune des provinces. Sur ces grands principes, les provinces se sont entendues. Les ministres croient que John Manley annoncera dès la fin septembre les changements qu'ils comptent apporter à la péréquation. On souligne que ce candidat à la direction de son parti aura sans doute d'autres chats à fouetter à l'automne - le congrès libéral a lieu à la mi-novembre. Les modifications à la péréquation doivent faire l'objet d'un projet de loi qui doit être déposé avant la fin de l'année.

En premier lieu, les provinces veulent que la gestion du programme soit clarifiée afin d'éviter les dérapages qui assènent des durs coups aux provinces touchées. Par exemple, l'effet du recensement de 2001 sur les sommes versées - un écart de un milliard en 2003-04 pour le Québec -, l'erreur de Statistique Canada en ce qui concerne l'évaluation des données du recensement et les modifications ad hoc des méthodes de calcul. De ce premier principe en découle un deuxième: il faut réduire la volatilité des paiements de péréquation d'année en année. Souvent, les provinces - et pas seulement le Québec - sont informées très peu de temps avant la fin de leur année financière qu'elles devront absorber d'importantes diminutions du montant versé. Cet élément est capital pour les ministres des Finances.

Le troisième principe - il n'est pas nouveau - a trait au calcul de la moyenne des capacités fiscales des provinces. La péréquation repose sur une comparaison de la capacité respective des provinces de lever des revenus de tout ordre; on compare pas moins de 33 assiettes fiscales différentes (impôt sur le revenu des particuliers et des entreprises, taxes de vente, impôt foncier, redevances, etc.). À l'heure actuelle, on compare la capacité fiscale de cinq provinces - le Québec, l'Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique. Les provinces voudraient inclure dans le calcul l'ensemble des provinces, y compris la riche Alberta, ce qui ferait monter la note de trois milliards.

Quatrièmement, chacune des provinces voudrait que les calculs de certaines assiettes fiscales soient revues. Pour le Québec, c'est le calcul de l'impôt foncier, pour la Saskatchewan, c'est celui des redevances minières. C'est à ce chapitre que les divergences entre provinces peuvent apparaître. Enfin, les provinces voudraient contrer la volonté du fédéral de ne pas tenir compte de certains éléments des assiettes fiscales. On le voit: tout cela peut s'avérer extrêmement technique.

Une dimension politique

Mais il y a une dimension politique: quel avenir Ottawa voit-il dans la péréquation, un principe d'ailleurs inscrit dans la Constitution de 1982? Quel rôle jouera-t-elle? Contrairement aux prévisions du fédéral d'il y a cinq ans, les paiements en péréquation ont tendance à s'amoindrir puisque les disparités fiscales entre les provinces ont tendance à diminuer. Ottawa ne consacre plus que 6 % de ses revenus à la péréquation, alors que ce pourcentage atteignait 7 % il y a quelques années et qu'il a déjà atteint 8 %. Ce phénomène fait en sorte que le fédéral conserve davantage d'argent dans ses coffres, ce qui accentue le déséquilibre fiscal.

De son côté, le Québec, qui touchait six milliards en péréquation il y a quelques années, n'en obtiendra que 4,1 milliards en 2003-04, soit un peu plus de 7 % de ses revenus. Contrairement au gouvernement du Parti québécois, le gouvernement Charest n'a pas honte de parler de péréquation, note-t-on chez les fonctionnaires.

Pour un gouvernement souverainiste, la péréquation est un concept vicié pour deux raisons: il semble confirmer que le Québec a besoin financièrement du régime fédéral. Il confirme aussi que le Québec ne fait pas partie du club sélect des provinces riches du Canada. La péréquation apparaît comme la manifestation de la pauvreté atavique des Québécois, qui ne peuvent se passer du fédéral. Pour le gouvernement Charest, la péréquation n'est qu'une autre vertu du fédéralisme dont le Québec profite, un des atouts du régime fédéral canadien.



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Au Québec - La Fête du Canada, mais pour qui ?


LE DEVOIR lundi 30 juin 2003

PC - Au Québec, le 1er juillet, jour de la Fête du Canada, est aussi la journée officielle du déménagement. Pour plusieurs, c'est l'occasion d'assister à un défilé ou de jouir d'une journée de congé, mais certains estiment que ce n'est pas une véritable fête nationale. Pour eux, c'est une manifestation artificielle, sans véritables racines. D'aucuns y voient un événement politique, une occasion de polémique entre fédéralistes et souverainistes.

Tous ne sont pas aussi ambivalents. «Je pense que ça grossit, affirme Serge Savard, l'ex-défenseur du Canadien de Montréal qui préside le Comité des célébrations du Canada pour le Québec. Nous dépensons une plus grande partie du budget chaque année à travers la province, nous avons des activités importantes dans 28 agglomérations et 250 projets plus petits. Au cours des cinq ou six dernières années, nous avons réussi à faire en sorte que trois millions de personnes participent aux festivités du jour du Canada.»

Aux yeux de Jean Dorion, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, le jour du Canada n'est rien de plus qu'une stratégie de marketing pour promouvoir l'unité canadienne. Comptant 23 % de la population du Canada, le Québec reçoit environ 60 % des fonds publics alloués aux différentes célébrations, souligne-t-il. «Il semble que le Canada trouve que le jour du Canada est un bon moyen de susciter de l'intérêt envers le Canada au Québec, un intérêt qui n'existerait pas dans la même mesure sans cela.»

M. Savard maintient qu'on a tort de croire que les 5 millions de dollars dépensés au Québec constituent la plus grosse portion du budget fédéral déboursé dans une province. Selon lui, de 2 à 3 millions dépensés à Ottawa ne sont pas habituellement inclus dans le total du budget de 8,9 millions alloué à la fête du 1er juillet.

Quant au premier ministre du Québec, Jean Charest, il ne sera pas des événements de la Fête du Canada à Montréal. Il assistera plutôt à une cérémonie organisée à l'intention de nouveaux citoyens canadiens dans sa circonscription de Sherbrooke, en Estrie.



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Le drapeau canadien ne fait pas l'unanimité

Laura-Julie Perreault
La Presse lundi 30 juin 2003

LE DRAPEAU CANADIEN, qui sera agité d'un océan à l'autre demain à l'occasion de la fête du Canada, est loin de faire l'unanimité. Selon un récent sondage, près de 80 % des nouveaux arrivants au pays l'adoptent avec empressement, alors que seulement 37 % de la population francophone (qui compose 23 % du Canada) considère l'unifolié comme un symbole très important.

Parmi les immigrants qui proviennent de pays non européens, 85 % accordent une très grande importance au drapeau. L'attachement de ces nouveaux venus dépasse même celui de la population anglophone en général, qui, à 77 %, croit que le drapeau canadien est un symbole majeur de l'identité canadienne.

Selon Jack Jedwab, directeur général de l'Association d'études canadiennes, qui a commandé à la firme Environics ce sondage sur l'identité canadienne et le multiculturalisme, les chiffres obtenus déboulonnent de nombreux clichés.

Premièrement, note-t-il, si les francophones s'identifient moins au drapeau canadien que les anglophones et les immigrants, seulement 29 % des répondants jugent que le drapeau canadien a peu ou n'a pas d'importance. La Belle Province est donc loin d'oublier complètement l'unifolié au profit du fleurdelisé. "Le sondage montre qu'il y a un attachement aux grands symboles canadiens partout dans le pays", souligne le politologue.

Deuxième cliché mis à la poubelle: l'appui au multiculturalisme ne semble pas réduire l'attachement aux emblèmes pancanadiens. Les arguments présentés par l'écrivain Neil Bissoondath dans Le Marché aux illusions, un essai critiquant les effets pervers du multiculturalisme, ne tiennent donc plus, expose M. Jedwab. Les données, note-t-il, démontrent que les mêmes immigrants qui tiennent le drapeau canadien en haute estime croient à 90 % que le multiculturalisme a contribué positivement à l'identité canadienne. "Le multiculturalisme, en faisant la promotion des différences culturelles et des groupes ethniques, n'amoindrit donc en rien le sentiment de fierté par rapport aux grands symboles", conclut M. Jedwab.

Une fête du Canada plus québécoise?

La publication du sondage, auquel ont répondu 2002 Canadiens de plus de 18 ans entre le 15 et le 23 mars dernier, coïncide avec la première célébration de la Journée nationale du multiculturalisme, le 27 juin, et avec la fête du Canada, qui aura lieu demain aux quatre coins du pays.

Le Québec aura droit à de grandes fêtes populaires dans plus de 28 villes. Les organisateurs des fêtes du 1er juillet bénéficient d'un budget de plus de 5 millions de dollars pour le Québec seulement.

Selon eux, la fête gagne en popularité dans la province d'année en année. "Je pense que ça grossit. Au cours des cinq dernières années, nous avons réussi à faire en sorte que trois millions de personnes participent aux festivités du jour du Canada", a dit fièrement en entrevue Serge Savard, ex-vedette du Canadien, qui préside depuis six ans le Comité des célébrations du Canada pour le Québec.

Responsable depuis 26 ans du défilé montréalais du 1er juillet, le Dr Roopnarine Singh espère voir plus de francophones assister au défilé demain, dès 11h: "Cette année, il y a trois sections du défilé consacrées aux francophones. C'est aussi leur parade." Il rêve même de voir un jour les festivités nationales s'étendre sur plus d'une semaine, "comme un festival qui commencerait à la Saint-Jean-Baptiste et qui se terminerait avec la fête du Canada".

Fêtes nationales, version Patrimoine Canada

Le rêve de M. Singh semble être déjà devenu réalité pour le ministère de Sheila Copps, Patrimoine Canada. Sur le site Internet du Ministère, qui finance les festivités du 1er juillet, on explique que les célébrations pancanadiennes s'étendent sur 11 jours: elles débutent avec la Journée nationale des autochtones, le 21 juin, se continuent avec la Saint-Jean-Baptiste, "fête des Canadiens d'expression française", le 24, embrassent la nouvelle Journée nationale du multiculturalisme, le 27 juin, et connaissent "leur point culminant" le 1er juillet.

Jean Dorion, président de la Société Saint-Jean-Baptiste et organisateur en chef des événements entourant la Fête nationale des Québécois, nom officiel donné au 24 juin, est loin d'apprécier la récupération de la fête dont il a la responsabilité par Patrimoine Canada.

"C'est complètement absurde de penser que les deux dates peuvent être mises dans le même bateau. C'est fantaisiste, tonne M. Dorion. Le gouvernement fédéral sait que la fête du Canada est loin de faire consensus au Québec! Pour certaines personnes, c'est une insulte."



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Profonde transformation

La réticence à l'égard de la diversité culturelle, manifeste parmi les générations plus âgées, est absente chez les jeunes Québécois

Andrew Parkin
La Presse lundi 30 juin 2003

LA SOCIÉTÉ québécoise est actuellement le théâtre d'une profonde transformation. Dans toutes les régions du Canada on remarque à l'égard du pluralisme culturel une ouverture plus nette chez les jeunes que chez leurs aînés. Mais c'est au Québec que l'écart générationnel est le plus marqué ce qui tend à indiquer que la situation y a évolué plus rapidement qu'ailleurs au pays.

Il faut reconnaître que les Québécois accusaient en ce domaine un certain retard sur leurs compatriotes. Le sondage CRIC-Globe and Mail sur "le nouveau Canada" réalisé ce printemps révélait en effet que les Québécois d'un certain âge se sentent moins à l'aise vis-à-vis des autres groupes ethniques que les autres Canadiens de leur génération. Or ce malaise est quasiment absent chez les jeunes.

Relations raciales

Considérons la question des relations raciales. Au Québec les plus de 30 ans se montrent un peu moins tolérants que dans les autres provinces. Ainsi ils ont plus de réserves à l'égard des mariages entre personnes de races différentes et ils s'opposent en moins grand nombre à l'idée que les non-Blancs devraient s'abstenir de s'immiscer dans les milieux où l'on ne veut pas d'eux. En revanche sous la barrière des 30 ans on réfute les propositions "xénophobes" avec la même énergie au Québec qu'ailleurs.

Une tendance analogue apparaît lorsqu'on demande aux répondants s'ils seraient à l'aise de voir un proche parent épouser une personne d'origine juive asiatique ou encore de race noire. Les Québécois qui ont dépassé 30 ans s'avèrent moins à l'aise avec chacune de ces trois perspectives que les habitants des autres provinces. En bas de 30 ans le clivage disparaît; sur cette question les jeunes du Québec ne se distinguent en rien des autres jeunes Canadiens chez qui la diversité ne suscite pratiquement aucun malaise.

Les résultats de sondage les plus révélateurs concernent les amis proches. Lorsqu'on demande aux Québécois de plus de 30 ans s'ils comptent parmi leurs amis intimes des gens d'origine ethnique ou raciale différente ou pratiquant une autre religion ils sont nettement moins nombreux à répondre par l'affirmative que les autres Canadiens de leur tranche d'âge. C'est-à-dire que passé 30 ans le cercle d'amis au Québec est plus homogène que dans l'ensemble du pays. Mais parmi les générations plus jeunes cet écart n'existe pas: la plupart des jeunes Canadiens Québécois inclus évoluent dans des milieux où la diversité est la règle. En fait sept jeunes sur dix affirment avoir des amis d'une origine ethnique différente de la leur.

Charte de la langue française

Ces dernières données renvoient à l'une des causes principales de la transformation qui s'opère au Québec. Le fait que les jeunes du Québec ont plus tendance que leurs aînés à fraterniser avec des gens d'origines diverses est attribuable notamment au contexte créé par l'adoption de la Charte de la langue française à la fin des années 70: depuis les enfants d'immigrants sont tenus de s'inscrire à l'école française. Du coup le milieu scolaire est devenu moins homogène et cette mixité a façonné le point de vue des jeunes particulièrement des jeunes francophones. La nouvelle loi conçue pour protéger la langue et le caractère distinct du Québec s'est avérée efficace mais elle a produit une génération de jeunes Québécois dont les vues en bien des matières sont désormais plus proches qu'elles n'étaient de celles des autres Canadiens.

On ne doit pas en conclure que toutes les différences entre les jeunes du Québec et ceux des autres provinces canadiennes seront bientôt gommées. Les premiers par exemple affirment beaucoup plus volontiers que la langue est un élément essentiel de leur sentiment d'identité et sont plus nombreux à voir dans la politique canadienne de bilinguisme une raison d'être fiers de leur nationalité canadienne. D'autres différences subsistent par ailleurs: au Québec les jeunes sont plus nombreux à appuyer les efforts de l'État pour éliminer la pauvreté et à approuver la décision du gouvernement fédéral de ne pas s'engager dans la guerre en Irak.

Ce que le sondage souligne clairement cependant c'est que sous un rapport crucial le Québec a changé. La réticence plus accentuée à l'égard de la diversité culturelle manifeste parmi les générations plus âgées est absente chez les jeunes. Comme les autres Canadiens de leur âge les jeunes Québécois se sont forgé un sentiment d'identité qui se nourrit de la diversité. Voilà qui est tout simplement remarquable.

L'auteur est codirecteur du Centre de recherche et d'information sur le Canada (CRIC) une division du Conseil de l'unité canadienne. Pour de plus amples renseignements concernant le sondage CRIC-Globe and Mail sur "le nouveau Canada" voir le site Web du CRIC www.cric.ca.



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Bon débarras!

Michel Venne
LE DEVOIR lundi 30 juin 2003

Jean Chrétien en est rendu aux bilans. Il donnait samedi une entrevue à La Presse dans laquelle est exprimé l'essentiel de sa politique: «J'ai survécu», dit-il. Durer, cela semble avoir été le principal objectif de 41 années de vie publique. À renier les siens, à les mépriser, à les mettre à genoux, à les trahir, à diviser pour régner, à surfer sur les politiques de ses prédécesseurs et à corrompre la vie politique au Canada.

Lorsque Jean Chrétien quittera ses fonctions en janvier 2004 (encore six longs mois à l'endurer), il n'y aura qu'une chose à dire: «Bon débarras!»

Maintenant qu'il est sur son départ, beaucoup de gens seront tentés par l'indulgence. On va s'apitoyer sur le sort du «p'tit gars de Shawinigan», devenu depuis longtemps un gros gars de Bay Street, logé à nos frais au 24 Sussex Drive depuis dix ans, qui nomme au Sénat ses amis millionnaires et collecteurs de fonds pour le Parti libéral du Canada et tient des cocktails à 10 000 $ le billet pour permettre à des riches de lui serrer la pince dans une résidence cossue de Westmount.

D'autres vont se féliciter du virage «éthique» qu'il vient de prendre en faisant adopter une loi sur le financement des partis politiques inspirée vaguement des intentions de René Lévesque. C'est oublier que cette décision vient au terme de 41 années de pratique durant lesquelles Chrétien a tiré profit des règles qu'il vient de changer, liant le financement des partis politiques aux intérêts de la grande entreprise et des grands syndicats.

Il a redoré son blason en refusant de participer à la guerre en Irak, anomalie peu coûteuse dans un parcours d'alignement du Canada sur les positions du géant américain.

Il vient de reprendre la pluralité des sièges au Québec avec deux victoires aux élections partielles? Oui, mais avec un taux de participation de 25 %. C'est oublier que, en décembre, le Bloc québécois a gagné les deux élections partielles précédentes haut la main. Oublier aussi que, si le fédéralisme regagne en popularité, c'est peut-être justement parce que Jean Chrétien s'en va.

Il voit comme l'une de ses principales réalisations l'adoption de la loi C-20 sur la clarté: c'est sûrement pour mieux oublier qu'il a failli perdre le Canada en 1995 et mieux masquer la popularité intacte de la souveraineté, qui reçoit l'appui de quatre Québécois sur dix encore aujourd'hui, malgré l'activisme fédéral et le désarroi des souverainistes. C'est oublier aussi que, en adoptant cette loi, la Chambre des communes et le Sénat ont déclaré solennellement que la sécession d'une province est légale au Canada, que le combat des Québécois souverainistes est légitime et que le Canada va accepter de négocier avec le Québec sitôt qu'une majorité se sera prononcée en faveur de la souveraineté lors d'un référendum.

M. Chrétien parle encore des Québécois en utilisant le vocable de Canadiens français. Jamais il n'a été capable de comprendre la volonté d'autonomie des siens. Il faut dire qu'il nous a toujours un peu méprisés. J'ai relu récemment cette citation de lui, qui date d'avril 1982: «La grande ambition de nos bourgeois québécois, celle d'avoir des ambassadeurs du Québec dans des Cadillac à l'étranger avec un drapeau de la province sur le capot, ce n'est pas l'ambition des Québécois. C'est bon pour les gars de la Grande-Allée à Québec. Mais ce n'est pas l'ambition du Québécois moyen qui va se baigner dans le Maine l'été, qui va en Floride en hiver et qui mange des hot-dogs au base-ball».

Mangeur de hot-dogs, ça vous rappelle quelqu'un?

Ce mépris pour ses concitoyens, Chrétien l'a entretenu dans sa façon de faire de la politique, de souiller la politique, en pratiquant les manières dépassées: «Votez du bon bord si vous voulez obtenir les faveurs du fédéral». Politique des annonces et des rubans, des largesses et des achats de complaisance, des bourses du millénaire et des chèques à feuille d'érable, des drapeaux à Sheila Copps et le reste à l'avenant.

Un milliard de dollars ont été égarés dans le scandale de Développement des ressources humaines Canada. Près d'un quart de milliard gaspillé dans le scandale des commandites pour augmenter la visibilité d'Ottawa au Québec. Au passage, neuf firmes de relations publiques, dont celles qui prêtent leur concours au Parti libéral, ont empoché des commissions s'élevant à 31 millions sur l'un des plus importants détournements de fonds perpétrés par un élu au Canada depuis la Confédération. Il y eut aussi le scandale de l'Auberge Grand-Mère, en 2000, dans lequel Jean Chrétien, qui était intervenu pour favoriser un ami, a été exonéré par un commissaire à l'éthique bidon.

Jean Chrétien n'a jamais été à court de mensonges et de faux-fuyants. Il fut élu en promettant de réformer l'accord de libre-échange, ce qu'il n'a jamais fait. Il avait promis d'abolir la TPS, qui est toujours en vigueur.

Sous son règne, la médecine à deux vitesses est apparue au Canada et l'écart entre les riches et les pauvres s'est accentué. Sous sa gouverne, l'assimilation des francophones minoritaires s'est poursuivie au galop. Et en réduisant de manière draconienne les transferts aux provinces pour la santé, il a contribué à la détérioration des services et à l'insatisfaction du public.

Jean Chrétien a éloigné les citoyens de la politique. Le taux de participation est tombé à son plus bas en 75 ans, soit à 63 %, aux élections de 2000. Lors de ces élections, les forces centrifuges qui divisent le pays ont continué de se manifester, le Bloc québécois obtenant le même nombre de votes (à 18 000 près) qu'en 1997 et l'Alliance canadienne faisant élire dans l'Ouest quatre députés de plus qu'aux élections précédentes. M. Chrétien peut bien se consoler en consultant le palmarès des Nations unies, sa gouverne a été pitoyable. Il a détérioré la qualité de la vie politique au Canada. Il a été un mauvais premier ministre. Vivement son départ.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca



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Et le Bloc?

Bernard Descôteaux

LE DEVOIR lundi 30 juin 2003

Personne ne contestera que les prochaines élections fédérales puissent, une autre fois encore, être remportées par le Parti libéral, favorisé qu'il est par le morcellement de l'opposition en quatre partis. Ce qui est plus incertain, c'est le sort que les électeurs du Québec réserveront à cette occasion au Bloc québécois.

Depuis la victoire des libéraux de Jean Charest le 14 avril, les spéculations sur l'avenir de ce parti ont repris. Se sont ensuite ajoutées les défaites des candidats bloquistes aux élections complémentaires dans les circonscriptions de Témiscamingue et de Lévis-Chutes-de-la-Chaudière, si bien que certains, y compris dans ce parti, voient dans ces deux événements des signes avant-coureurs des difficultés qui attendent la formation de Gilles Duceppe.

Dans sa courte histoire, jamais le Bloc québécois n'aura de fait été confronté à une situation aussi défavorable. Face au Parti libéral qui vient de lui enlever le titre de premier parti au Québec, il est désormais sur la défensive. L'arrivée de Paul Martin à la tête des libéraux ajoutera à la pression. On ne peut toutefois en conclure pour autant que le Bloc est dans une situation désespérée. Tout comme le Parti québécois a réussi à le faire le 14 avril, il peut arriver à protéger l'essentiel de ses acquis. Tout n'est pas négatif.

Quoi qu'il en soit des autres partis d'opposition, le Bloc demeure la seule solution de rechange pour les Québécois qui ne veulent pas voter pour les libéraux. Il devrait d'ailleurs pouvoir compter sur les 33 % des voix obtenues par le Parti québécois le 14 avril, ce qui n'est pas négligeable. Et, cette fois, il aura les moyens de mener une campagne vigoureuse grâce à la nouvelle loi sur le financement des partis politiques, qui multipliera par quatre ses ressources financières.

La popularité de Paul Martin ne doit par ailleurs pas être prise comme un facteur déterminant. Aujourd'hui à son faîte, elle pourrait s'atténuer lorsqu'il sera devenu premier ministre. Il lui faudra alors s'exposer, former un gouvernement, adopter un budget, dire non aux revendications des provinces sur le déséquilibre fiscal. Il devra affronter les partis d'opposition qui l'attendent de pied ferme aux Communes. Quant à l'effet Charest, il pourrait s'inverser. Alors que les réactions négatives aux fusions municipales mises de l'avant par le gouvernement péquiste avaient nui au Bloc québécois lors de l'élection de 2000, celui-ci pourrait bénéficier cette fois de l'opposition que susciteront les réformes multiples envisagées par le gouvernement de Jean Charest.

***

Il ne suffira pas que la conjoncture électorale s'améliore pour que le Bloc réussisse à se maintenir en relative égalité avec le Parti libéral. Il lui faudra aussi pouvoir justifier de façon convaincante son rôle à Ottawa. Si son chef peut arguer avec raison que les députés bloquistes ont constitué une opposition efficace et ont bien défendu les intérêts du Québec, il lui faudra démontrer qu'il peut continuer à le faire maintenant que le Québec est dirigé par un gouvernement libéral.

Tant que le Parti québécois était au pouvoir à Québec, il était facile pour le Bloc de se faire le relais à Ottawa du gouvernement québécois. Entre partis souverainistes, les choses allaient de soi. Ce ne sera plus le cas. S'il veut continuer à justifier sa présence à Ottawa par ce rôle de relais, il devra se distancer du Parti québécois pour pouvoir affirmer de façon crédible qu'il est ouvert à tous.

Par définition, le Bloc québécois sera toujours en porte-à-faux. Il est obligé de tenir un double discours qui rend mal à l'aise certains souverainistes qui voudraient qu'il se consacre en premier lieu à se servir de la tribune des Communes pour faire la preuve de l'inutilité du régime fédéral pour le Québec, bref, qu'il défende la cause souverainiste plutôt que jouer son rôle de parti d'opposition. Cela va même jusqu'à demander la tête de Gilles Duceppe, que l'on voit comme le responsable d'une stratégie qui conduirait le Bloc à un cul-de-sac.

Ce débat au sein du Bloc québécois est récurrent. Il est le fait de souverainistes impatients qui sont incapables d'assumer certaines contradictions. Pas plus qu'on ne peut demander au Parti québécois de ne pas assumer la responsabilité d'être un bon gouvernement lorsqu'il est au pouvoir, on ne peut demander au Bloc de ne pas être une bonne opposition aux Communes. À ce titre, il a le devoir de représenter le plus largement possible les Québécois. Lui demander de se consacrer prioritairement à la promotion de la souveraineté le limiterait dans son action et le marginaliserait. Un tel choix profiterait d'emblée d'abord aux libéraux de Paul Martin, les seuls capables d'occuper la place que libérerait ainsi le Bloc. Survivrait-il à une telle stratégie? Ce n'est pas en vain que, au départ, le Bloc fut un rassemblement de personnes issues d'horizons très divers, mais ayant comme souci commun la défense des intérêts du Québec. C'est cela qu'il doit continuer à être s'il veut continuer à exister.

bdescoteaux@ledevoir.ca



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Pour un système de services de garde universel

Michelle Cumyn
Lettre appuyée par un regroupement d'universitaires*
LE DEVOIR mercredi 2 juillet 2003

La remise en question du système québécois de services de garde à 5 $ annoncée récemment par Claude Béchard, ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, suscite partout l'incrédulité et le désarroi. Suivant l'idée selon laquelle seules les familles à faible revenu ont besoin de l'aide de l'État, le ministre étudie la possibilité de n'offrir des places à 5 $ par jour qu'aux enfants issus des familles les plus pauvres; par ailleurs, il se propose de privilégier dorénavant le développement des garderies privées, plutôt que de continuer à appuyer celui des centres de la petite enfance (CPE).

Ce projet, s'il devait se réaliser, mettrait en péril des valeurs que les Québécoises et les Québécois tiennent pourtant pour acquises, soit le soutien aux jeunes familles, l'égalité des chances pour tous les enfants, quel que soit leur milieu d'origine, la conciliation travail-famille et l'accès universel aux services de l'État. Il est nécessaire, de toute urgence, de réaffirmer l'importance de ces valeurs et de prendre conscience des conséquences dévastatrices des mesures annoncées.

L'abandon de l'accès universel aux services de garde à 5 $ attirerait le système dans un engrenage qui conduirait à la ségrégation sociale des enfants et à la dégradation des services offerts au plus grand nombre. En effet, en contrepartie de l'abandon de l'accès universel aux services de garde à 5 $, le gouvernement s'engage à réduire les impôts, une mesure qui profiterait surtout aux classes moyenne et aisée, avec ou sans enfants. Or les familles à faible revenu, même si elles continuaient de bénéficier de services de garde au coût de 5 $, n'auraient plus, à elles seules, un poids politique suffisant pour pouvoir exiger le maintien intégral et la qualité des services à leur niveau actuel. Au fur et à mesure que les lacunes du réseau public iraient en s'aggravant, au gré des coupures imposées par le gouvernement pour financer les réductions d'impôts, les classes moyenne et aisée déserteraient le réseau public en faveur d'un réseau privé conçu pour répondre aux attentes de différentes clientèles, à la hauteur de leurs moyens. Cela ne ferait qu'accentuer la dégradation du réseau public et la ségrégation sociale des enfants. Un réseau public universel, au contraire, favorise la mixité et le maintien de services de qualité, au bénéfice de tous les utilisateurs.

Prétendre que les régimes universels favorisent indûment les «riches» n'est que pure démagogie. En contrepartie d'un accès universel, les classes moyenne et aisée paient davantage d'impôts, ce qui permet le financement de services de qualité qui sont les mêmes pour tous, quels que soient leurs revenus.

Il faut bien convenir également que très peu de jeunes familles méritent véritablement d'être qualifiées de riches. Même les parents les plus scolarisés sont généralement en début de carrière. Souvent, ils ont des dettes d'études à rembourser. Le fait d'avoir des enfants occasionne des coûts importants. Dans ce contexte, l'accès à des services de garde à 5 $ facilite le choix d'avoir ses enfants plus tôt ou encore, d'avoir un deuxième ou un troisième enfant. Il incite également les jeunes à s'établir au Québec plutôt que dans une autre province ou à l'étranger. Étant donné les problèmes démographiques auxquels fait face le Québec, il est bien sûr dans l'intérêt de l'ensemble de la société québécoise que le gouvernement continue à soutenir les familles.

Alors qu'il semblait acquis au Québec que les coûts du système d'éducation doivent être partagés par l'ensemble des citoyens, le gouvernement se préparerait à faire financer une diminution éventuelle des impôts par une augmentation des charges pour les parents qui utilisent les services de garde. Suivant la même logique, les parents devraient-ils, à eux seuls, assumer le budget du ministère de l'Éducation? Devraient-ils être les seuls à payer des taxes scolaires? En sera-t-il bientôt de même pour les utilisateurs du système de santé?

Il serait enfin regrettable que le gouvernement cesse d'appuyer le développement des CPE au profit des garderies privées. Le CPE est une corporation sans but lucratif administrée par les parents. La participation bénévole des parents permet la mise en commun d'expertises diverses au profit du CPE. La vigilance de ces parents garantit le maintien de la qualité des services offerts à l'ensemble des enfants. La construction du réseau des CPE a également permis de reconnaître à sa juste valeur le travail des éducatrices, qui sont de mieux en mieux formées. Pour toutes ces raisons, la qualité des services offerts en CPE est généralement supérieure à celle des services en garderie privée.

Les universitaires signataires de cette lettre reconnaissent que le système actuel n'est pas en tout point parfait. Mais il ne faut pas perdre de vue le chemin parcouru ces dernières années, ainsi que le dynamisme remarquable du milieu de la petite enfance, lesquels nous permettaient, jusqu'à tout récemment, d'espérer le meilleur pour toutes les familles. Maintenant, nous craignons le pire, et c'est pourquoi nous appuyons le mouvement de mobilisation qui s'amorce pour défendre le maintien d'un système de services de garde universel au Québec.

* Georges Azzaria, faculté de droit, Université Laval; André Bélanger, faculté de droit, Université Laval; Véronique Bélanger, faculté de droit, université McGill; Marie-Claire Belleau, faculté de droit, Université Laval; François Blais, département de science politique, Université Laval; François Brochu, faculté de droit, Université Laval; Eugénie Brouillet, faculté de droit, Université Laval; Charlaine Bouchard, faculté de droit, Université Laval; François Crépeau, faculté de droit, Université de Montréal; Annabelle Cumyn, faculté de médecine, université McGill; Julie Desrosiers, faculté de droit, Université Laval; Mathieu Devinat, faculté de droit, université McGill; Daniel Gardner, faculté de droit, Université Laval; Andrée-Laure Herr, faculté de médecine, université McGill; France Houle, faculté de droit, Université de Montréal; Pierre Issalys, faculté de droit, Université Laval; Lucie Laflamme, faculté de droit, Université de Sherbrooke; Andrée Lajoie, faculté de droit, Université de Montréal; Judith Lavoie, département de linguistique et de traduction, Université de Montréal; Sébastien Lebel-Grenier, faculté de droit, Université de Sherbrooke; Marina Klein, faculté de médecine, université McGill; Louise Langevin, faculté de droit, Université Laval; Richard Ouellet, faculté de droit, Université Laval; Marie-Claude Prémont, faculté de droit, université McGill; Pierre Rainville, faculté de droit, Université Laval; Jean Setrakian, faculté de médecine, université McGill.

Faculté de droit, Université Laval