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Les malentendus

Josée Boileau
Le Devoir mercredi 15 octobre 2003

Pourquoi donc Jean Charest a-t-il senti le besoin d'écrire aux Québécois? Le détail de ses projets est dans le programme libéral. Quant au fond de la lettre, il n'est pas plus explicite que ce que l'on a entendu lors du discours du trône ou lors de la présentation du budget.

Qu'a accompli le gouvernement Charest en six mois ? Bien peu concrètement, beaucoup psychologiquement. Il a mis tout le Québec en attente de quelque chose de flou : changer l'État, le rénover, le moderniser, le «réingénierer»... Les mots pour le dire sont en fait aussi vagues que l'était hier la lettre ouverte du premier ministre.

Paradoxalement, ces phrases creuses ont des racines : le programme électoral du Parti libéral du Québec, dans lequel on retrouve mot à mot tout ce dont les libéraux ont parlé depuis leur arrivée au pouvoir, du réaménagement du «no fault» à celui des garderies à 5 $, de l'article 45 du Code du travail au grand ménage dans les subventions aux entreprises. Autant de manifestations que «nous sommes arrivés au bout d'un modèle de fonctionnement», comme le disait M. Charest lors du discours inaugural de juin.

Or cette démonstration, d'une grande exigence, reste à faire et le silence des libéraux à ce sujet, flagrant dans la lettre de M. Charest, n'est que le reflet des malentendus qui ont cours depuis l'élection.

Le premier de ces malentendus tient à l'étonnement qu'un premier ministre libéral s'accroche à son programme, en dépit des vents contraires. Toute l'histoire du PLQ fait voir une gouverne au centre, un grand pragmatisme, un souci de paix sociale. Cela tient à l'approche du parti, pas seulement à la personnalité d'un Robert Bourassa. La Révolution tranquille ne s'est-elle pas faite malgré Jean Lesage ?

C'est pourquoi, lorsque l'Action démocratique du Québec était en haut de la vague, le PLQ est peu à peu apparu une valeur-refuge, à laquelle même des militants de gauche songeaient pour contrer le diable adéquiste. Les libéraux peuvent bien causer, posait-on, mais ils ont l'habitude de gouverner et savent les limites des changements radicaux. C'est d'ailleurs dans cet esprit, pour bien se distancer de l'ADQ, que Claude Ryan signera en 2002 le document «Les valeurs libérales et le Québec moderne», devenu une référence au PLQ. On ne peut exclure le fait que même des électeurs libéraux avaient cette analyse en tête en optant pour l'équipe Charest le 14 avril.

Mais à ce malentendu en correspond un autre : celui de Jean Charest lui-même qui, comme Mike Harris avant lui, s'étonne que l'on s'étonne qu'il respecte son programme. Du coup, le voilà sourcilleux devant le «bruit» des «groupes d'intérêt», qu'il isole complètement de l'électorat, comme si ces deux univers ne s'entremêlaient pas.

Drapé dans un mandat électoral dont il ne voit pas les nuances, il ne comprend donc toujours pas qu'on attend de lui des précisions. Non pas dans la nomenclature des multiples détails à changer dans l'État québécois, mais dans la vision qui le gouverne. En quoi au juste le modèle québécois est-il à bout de souffle ? Pourquoi croire que le privé ferait partout un meilleur travail -- logique sous-tendant le questionnaire que les organismes gouvernementaux ont eu à remplir pour la fin septembre ? Et l'approche comptable, prévaut-elle en tout temps ?

En ignorant cet effort pédagogique, la lettre de M. Charest se confine à l'obstination -- mal reçue, à bon droit, par les groupes montrés du doigt pour leur méfiance. Or gagner la confiance de l'électorat -- dont les membres des «groupes d'intérêt» --ne se résume pas au jour du vote. Cela dure tout un mandat. Au premier ministre de faire en sorte que la population le juge, et l'appuie, sur des gestes concrets, encadrés, expliqués, justifiés. Ce n'est qu'après cet exercice que tous pourront se permettre de distinguer ce qui relève des «intérêts corporatistes» des «intérêts historiques du Québec».

jboileau@ledevoir.ca



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En mode offensif

Jean-Marc Salvet
Le Soleil mercredi 15 octobre 2003

Éditorial - Sur le fond, il n'y a rien de neuf dans la "lettre aux Québécois" que Jean Charest a fait parvenir aux journaux. Rien qui n'avait déjà été dit dans le discours que le premier ministre a prononcé le 4 juin à la reprise des travaux parlementaires. Rien qui n'avait été répété par le ministre des Finances, Yves Séguin, ou par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. L'intérêt du message est ailleurs.

Il est, et c'est fondamental en politique, dans le choix des termes utilisés. Il est dans les arguments avancés pour parvenir au "redéploiement" de l'État. L'impression qui s'en dégage tient en deux mots : détermination et gradualisme.

Le but du premier ministre est clair : rassurer certains de ses députés et désamorcer les critiques qui l'accusent de dogmatisme. Notamment ses adversaires péquistes, qui le caricaturent en martelant que les Québécois ont été bernés parce qu'ils pensaient avoir élu un gouvernement libéral et qu'ils se retrouvent aujourd'hui avec un gouvernement conservateur.

Élément phare de la lettre : la réforme de l'État n'est pas une lubie partisane. Pour en convaincre les Québécois, Jean Charest prend à témoin l'ex-ministre Joseph Facal, qui affirmait déjà en 1997 qu'elle était "nécessaire et inéluctable". Joseph Facal n'appréciera pas servir ainsi de caution au chef libéral, mais c'est de bonne guerre puisque de nombreux péquistes lui reconnaissent une solide crédibilité - même s'il n'a jamais fait l'unanimité dans sa famille politique.

Pour mieux convaincre, Jean Charest évite d'employer le mot "réingénierie". Le terme est déjà trop plombé, semble-t-il. Il lui préfère celui de "rénovation". Cette rénovation, écrit-il, vise à assurer la pérennité des services publics et la mission sociale de l'État. Il invoque même le "modèle québécois".

Si le choix des mots veut dire quelque chose, on peut être certain que le message que Jean Charest et son entourage veulent que les Québécois retiennent est exactement celui-là. C'est-à-dire que la sauvegarde des services publics passe par une réorganisation des façons de faire de l'État.

Cela dit, le cabinet du premier ministre a manqué d'habileté en demandant aux centrales syndicales et aux groupes de pression "d'avoir la grandeur de ne pas faire passer des intérêts corporatistes" au-dessus de la tête des Québécois. Ce n'était pas nécessaire. C'était même la meilleure façon de les braquer. Difficile maintenant de croire qu'ils deviendront des partenaires des réorganisations à venir. Mais l'auraient-ils été ?

La lettre de Jean Charest a été écrite, évaluée, soupesée et réécrite avant d'être envoyée aux journaux. Les mots qu'elle contient ont été minutieusement choisis. Ce qu'il faut donc en comprendre, c'est que le premier ministre est passé en mode offensif. Il est passé en mode offensif pour gagner la bataille de l'opinion publique, se dégager un rapport de forces et engager les réformes promises et attendues par une majorité d'électeurs.

JMSalvet@lesoleil.com



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La lettre de Charest déclenche un tollé

Les syndicats crient à la propagande. Le PQ y voit un signe de faiblesse

Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 15 octobre 2003

Québec -- Alors que la lettre ouverte du premier ministre Jean Charest publiée hier dans Le Devoir visait à rassurer les Québécois, elle a plutôt alimenté la colère des groupes de pression. Les syndicats l'accusent de lancer une campagne de propagande à leur sujet pour mieux faire accepter son opération de révision du rôle de l'État.

C'est ce qu'ont affirmé hier les chefs syndicaux dans un concert unanime de contestations. Ils n'ont pas digéré que M. Charest ait osé écrire que les groupes d'intérêts «bénéficient du statu quo» et devraient «ne pas faire passer des intérêts corporatistes au-dessus des intérêts historiques du Québec».

«Le gouvernement est en train de faire une campagne de propagande : ceux qui ne sont pas tout à fait d'accord avec ce qu'il propose deviennent des "immobilistes". C'est un discours qui nous chagrine, qui nous choque. [...]. Nous sommes prêts à accepter des changements, mais de bons changements», a lancé hier le président de la FTQ, Henri Massé.

Le président de la CSQ, Réjean Parent, renchérit en affirmant que «c'est un leurre que de penser qu'on peut construire une société en tassant les principaux acteurs sociaux, comme les syndicats ou les ONG. C'est une mission périlleuse», a-t-il souligné.

«Si son projet était tant chéri par les Québécois, il serait occupé à mobiliser la population, à mobiliser les organismes, et à travailler de façon concertée. Le courant moderne se trouve dans l'adhésion des ressources alors qu'il travaille contre le monde», a ajouté M. Parent.

Jean Charest tente de «jouer sur les perceptions de la population» pour miner la crédibilité des groupes de pression, croit pour sa part la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. «Je pense que la population ne sera pas dupe», a-t-elle dit au Devoir.

Le président du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), Michel Sawyer, estime que la lettre n'empêchera pas son organisation d'intervenir sur la place publique. «Se faire interpeller comme ça, ça nous donne plus d'adrénaline, plus d'énergie», a-t-il indiqué.

Les syndicats songent même à une «riposte rigoureuse» qui pourrait prendre la forme d'un front commun constitué de plusieurs groupes sociaux du Québec. «On voit la nécessité de resserrer le front, de présenter la résistance la plus unitaire possible. J'ose croire qu'éventuellement, on va avoir le front social le plus large possible au Québec», a affirmé Réjean Parent.

D'autres groupes de pression interrogés par Le Devoir se sont aussi indignés du ton emprunté par Jean Charest dans sa lettre, qu'il s'agisse du Front commun des personnes assistées sociales ou encore du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Claudette Carbonneau observe que le gouvernement Charest applique ni plus ni moins le programme électoral de l'ADQ. «Il ne lui manquait qu'une chose : une invective ouverte à l'égard des groupes de pression. C'est fait. Tout y est», a-t-elle lancé, tout en ajoutant que la lettre n'a rien pour rassurer les Québécois.

Les syndicats ont fait valoir qu'ils ne pensent pas qu'à leurs intérêts corporatistes -- ils ont investi des efforts dans des luttes sociales qui ne concernaient pas directement leurs membres, soulignent-ils -- et qu'ils ne sont pas des promoteurs du statu quo, puisqu'ils se disent ouverts aux débats.

Or, plaident les syndicats, Jean Charest ferme la porte à ces débats. «Si son projet était si grandiose, le gouvernement agirait à découvert plutôt que de le faire dans des comités secrets, dont il est impossible de savoir ce sur quoi ils travaillent précisément», a affirmé Réjean Parent.

Dans sa lettre, Jean Charest défend longuement son opération de révision du rôle de l'État. Les syndicats estiment qu'elle n'augure rien de bon, puisque le premier ministre fait la promotion du recours à la sous-traitance. «Ce n'est pas une cure de rajeunissement que le gouvernement est en train de nous faire vivre. Avec ce qu'il y a sur la planche à dessin, c'est une crise d'anorexie sociale. On ne dit pas juste qu'on veut faire les services autrement. On est en train de dire qu'on va payer du monde beaucoup moins cher pour les faire. Si lutter contre l'appauvrissement des travailleurs c'est du corporatisme, tant mieux. C'est notre job et on va continuer à le faire», a affirmé Henri Massé.

Alors que Jean Charest estime que l'immobilisme peut devenir synonyme de recul, Claudette Carbonneau rappelle au premier ministre qu'«il est possible de reculer tout en bougeant». Les syndicats craignent les actions futures du gouvernement dans la foulée de la publication de cette lettre, que ce soit au sujet des négociations sur le renouvellement des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic et les modifications à l'article 45 du Code du travail pour faciliter la sous-traitance.

Les syndicats dénoncent le bilan des six premiers mois du gouvernement Charest tel que décrit par le premier ministre dans sa lettre. Ils notent que le marché de l'emploi ne s'est pas amélioré, puisque le taux de chômage se situe à 9,6 %, et que le secteur de l'éducation n'a pas bénéficié d'un réinvestissement majeur.

C'est ce que dénoncent d'ailleurs la Fédération étudiante universitaire du Québec et la Fédération étudiante collégiale du Québec. Elles critiquent l'attitude revancharde du premier ministre et se demandent comment il arrive à la conclusion que son gouvernement a «fait le plus important réinvestissement en éducation depuis 10 ans» et que «l'éducation est redevenue une grande priorité de l'État québécois». Les faits démontrent le contraire en raison d'une série de compressions.

Aveu de faiblesse

L'opposition péquiste estime que Jean Charest fait un formidable aveu de faiblesse avec sa lettre. «Quand un premier ministre, six mois après la prise du pouvoir, se sent obligé de s'expliquer, de valoriser l'action de son gouvernement, de dire aux gens de ne pas s'en faire, c'est un peu inquiétant sur la capacité du gouvernement de transmettre son message. Il ne passe tout simplement pas», a affirmé hier au Devoir le député et critique péquiste en matière de réingénierie de l'État, Sylvain Simard.

«Ce que Jean Charest dit, c'est que quels que soient les obstacles sur notre chemin, nous sommes parfaitement justifiés par notre élection pour avancer. Il y a une façon bizarre de gérer le Québec, alors que ça s'est toujours fait dans le dialogue. Là, c'est l'affrontement», a-t-il ajouté.

Selon lui, le premier ministre fait un «récit tronqué» des réalisations de son gouvernement. «En quoi y a-t-il eu un réinvestissement jamais vu en éducation ? Il y a 200 millions de moins que dans le budget Marois [du mois de mars], 2 % de moins que dans le budget de l'an dernier», a-t-il dit.

Sylvain Simard a noté que le «buzzword» du gouvernement, réingénierie, a disparu du discours de Jean Charest. Le député en vient à dire que cette opération manque de sérieux. «On se serait attendu qu'une réforme en profondeur comme celle-là, si elle est vraiment voulue par le gouvernement, soit l'objet de plus de transparence et ne se fasse pas derrière des portes closes», a-t-il affirmé.

«Personne ne s'attendait en votant libéral que ce serait ça, le résultat. Il y a une surprise qu'on a donné un mandat qui est pour Jean Charest un chèque en blanc sur une réforme sans plus de consultation. Ça me semble une conception de la démocratie un peu douteuse», a-t-il ajouté.

Le président du Conseil du patronat du Québec, Gilles Taillon, se réjouit, lui, de la lettre de Jean Charest. «Il y a des gens qui poussent les hauts cris, qui promettent un automne chaud. Je pense que le premier ministre a voulu démontrer qu'il était sérieux. Le premier ministre dit aux gens qui s'énervent de se calmer, que le gouvernement est à réfléchir et à préparer des plans qu'il va nous montrer bientôt», a affirmé M. Taillon, qui attend beaucoup de la promesse du PLQ de faciliter le recours à la sous-traitance en modifiant l'article 45 du Code du travail.



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Les syndicats en colère contre Jean Charest

Cloutier, Mario; Duchesne, André; Lessard, Denis
La Presse mercredi 15 octobre 2003

Québec - Jean Charest voulait calmer le jeu autour de son projet de réingénierie de l'État, mais le premier ministre a plutôt récolté la tempête. Sa lettre ouverte publiée hier a piqué au vif plusieurs syndicats tout en confortant le patronat.

Le président de la FTQ, Henri Massé est monté tôt aux barricades en se disant "en crisse" contre l'expression "corporatiste" utilisée par M. Charest au sujet de groupes qui ont des intérêts différents de ceux du gouvernement libéral.

"Dans le fond, le gouvernement est en train de faire une campagne de propagande et ceux qui ne sont pas tout à fait d'accord, on devient des immobilistes", déplore-t-il.

La "modernisation" de l'État sauce libérale causera "une crise d'anorexie sociale", prévoit le président de la FTQ. Selon lui, les employés les plus fragiles du secteur public feront les frais des grands travaux du gouvernement Charest.

"Il veut peut-être faire partir une bonne chicane pour faire oublier les autres affaires qui vont tout croche, entre autres les défusions", d'ironiser M. Massé.

La vice-présidente de la CSN, Denise Boucher, ajoute à ce sujet que si M. Charest "appelle à la modernisation de l'État, il faut aussi aller vers la modernité du Québec et elle passe par des grandes agglomérations".

Pour sa part, le critique péquiste, Sylvain Simard, pense que le premier ministre avait besoin de redresser son image tant à l'interne, auprès des élus libéraux, qu'à l'externe.

"Il sent une incompréhension dans ses propres troupes qui n'ont jamais pensé arriver aujourd'hui à appliquer les grands axes du programme de l'ADQ", estime le député de Richelieu.

M. Simard dénonce un grand chambardement étatique qui se prépare sans consultation et derrière les portes closes. "C'est une déclaration de guerre, dit-il. On cherche l'affrontement, j'ai l'impression qu'ils vont l'avoir."

À la Centrale de syndicats du Québec (CSQ), on se demande comment le premier ministre peut affirmer que son gouvernement vient de réaliser le plus important réinvestissement des dernières années en éducation, alors que c'est tout le contraire, affirme son président, Réjean Parent.

"Au lendemain du budget Séguin, la Fédération des commissions scolaires évaluait à 90 millions le manque à gagner dans le secteur de l'éducation, ce qui correspond à nos observations. Le gouvernement Charest a exercé la plus importante compression dans le milieu depuis 1999 avec des réductions dans plusieurs services. Il s'attaque à l'intelligence du monde en affirmant le contraire."

Coloration adéquiste

Tout comme M. Parent, le président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), François Vaudreuil, s'inquiète de la coloration adéquiste que prend le programme de réingénierie du gouvernement Charest.

"On sent une volonté de M. Charest de réduire le rôle de l'État, s'inquiète-t-il. De plus, le fait qu'il se sente obligé d'écrire une lettre ouverte indique un flou sur ses véritables intentions. Il y a une faiblesse dans le dialogue social entre le gouvernement et les syndicats."

Les associations étudiantes sont tout aussi troublées par les propos du premier ministre. L'affirmation de M. Charest sur le réinvestissement en éducation "ne correspond pas à la réalité des actions de son gouvernement", soutient par exemple la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

"Depuis l'arrivée de M. Charest au pouvoir, on constate que l'éducation est moins accessible et de moindre qualité pour la jeunesse québécoise", ajoute la Fédération.

Le premier ministre trouvera un peu de réconfort auprès du patronat et des municipalités qui accueillent favorablement son intention d'assouplir l'article 45 du Code du travail afin de permettre davantage l'utilisation de la sous-traitance.

Le président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, n'est pas surpris du tout de la lettre ouverte de M. Charest qui, selon lui, rappelle l'agenda du gouvernement.

"Il lance un avertissement à ceux qui voudraient se mettre en travers de son chemin. On veut le faire de façon correcte. Attendez, on se prépare. On travaille et on vous consultera en temps opportun", suggère-t-il.

"Il veut procéder à des changements, mais de façon pondérée, ajoute M. Taillon. Il y a des changements qui s'imposent, qui sont obligatoires."

"Ce sont maintenant les secteurs de l'horticulture, de l'entretien des patinoires extérieures et des travaux de réfection des trottoirs que les municipalités semblent vouloir confier à la sous-traitance", écrivait la Fédération québécoises des municipalités (FQM) dans son plus récent numéro de la revue Quorum. Cette position n'a pas changé, indiquait hier une porte-parole de l'organisme.



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Charest letter draws union fire

Employers' group says it's delighted. QFL says it will talk about productivity and jobs but not about 'cheap labour'

KEVIN DOUGHERTY
The Montréal Gazette Wednesday, October 15, 2003

Predictably, labour and management representatives took opposing views yesterday on Premier Jean Charest's open letter to Quebecers, published in The Gazette and other dailies.

Henri Massé, president of 500,000-member Quebec Federation of Labour, said he was "very angry," that the premier had fingered unions as opponents of change.

Labour is willing to sit down to talk about productivity and jobs, Massé said, but not about "cheap labour."

"This is a propaganda campaign that the government has mounted," he added.

But Gilles Taillon, president of the Conseil du patronat, representing Quebec employers, was enthusiastic in his support for Charest.

"We are delighted," he said.

Charest's letter, setting out his intention to redefine the role of government, came six months after his Liberals won the April 14 election.

"We can expect objections from interest groups that benefit from the status quo," Charest wrote.

Both Massé and Taillon presented briefs yesterday on Bill 9, the Charest government's proposal to allow demerger referendums.

The labour leader opposes demergers, saying employees whose jobs have been transferred to megacities could be out of work after demerger. Taillon said his organization has no view on demergers, but wants the cost of municipal services to be lowered, supporting Charest's plan to amend Section 45 of the Quebec Labour Code to allow more contracting out.

Massé said the government wants to contract out not only municipal jobs but also housekeeping and cafeteria jobs in Quebec hospitals. Those jobs pay between $12 and $14 an hour now, he said, but would pay $8 or $9 an hour if they are contracted out.

"It doesn't work for us," Massé said."If they call that corporatism, so much the better."

kdougherty@thegazette.canwest.com



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Lettre ouverte aux Québécois :
L'affrontement est inévitable avec les syndicats, reconnaît Charest

Gilbert Leduc
Le Soleil mercredi 15 octobre 2003

Au lendemain de la publication de sa Lettre ouverte aux Québécois dans les quotidiens, le premier ministre Jean Charest a reconnu, hier, qu'un affrontement avec les syndicats pouvant menacer la paix sociale au Québec se profilait à l'horizon. "Il y a des risques dans tout changement", a-t-il avoué en continuant de se montrer intraitable: la volonté de changement exprimée par l'électorat se réalisera.

"Si l'on veut donner l'occasion aux Québécois de réaliser leur plein potentiel, il faut accepter que ces changements-là puissent se faire. L'immobilisme me semble la pire des alternatives", a déclaré Charest, qui participait, hier, à l'émission Maisonneuve en direct sur les ondes de la radio de Radio-Canada.

À plusieurs occasions durant l'entrevue, le premier ministre a répété que le verdict de l'électorat lors des élections du 14 avril légitimait la grande transformation de l'État promise par les libéraux depuis septembre 2002. "Nos couleurs étaient connues et annoncées. Au Parti libéral, on s'était prononcé longtemps d'avance afin que tous ceux qui sont concernés puissent comprendre le sens du mandat recherché". Il reste donc, pour Jean Charest, "à livrer la marchandise" et ce, "dans l'ordre, mais avec beaucoup de détermination".

La publication de la lettre ouverte a eu l'effet d'attiser les relations déjà passablement tumultueuses entre le nouveau gouvernement et les syndicats représentant les 450 000 employés du secteur public. "Je suis en crisse", a lâché un Henri Massé - le président de la FTQ - visiblement furieux.

Dans sa missive traçant le bilan de ses six premiers mois au pouvoir, Jean Charest interpellait, sans les identifier, les syndicats, ces "groupes d'intérêt qui bénéficient du statu quo", pour leur demander de "faire preuve d'ouverture et d'avoir la grandeur de ne pas faire passer des intérêts corporatistes au-dessus des intérêts historiques du Québec".

Hier, il est revenu à la charge.

"Il y a des gens pour lesquels ça va déranger parce qu'il y avait des anciennes façons de faire avec lesquelles ils étaient devenus confortables. Ça ne reflète pas ce que l'on a pour vision de l'avenir", a affirmé M. Charest en ajoutant que de mettre au panier la réingénierie de l'État constituerait un "recul" pour le Québec.

S'il se montre favorable à une discussion "ouverte et très franche" avec les syndicats, notamment sur la question du recours accru à la sous-traitance et aux partenariats public-privé, le premier ministre a rappelé que, finalement, ça sera le "mandat démocratique" de changer les choses qui dictera la conduite du gouvernement. "Le mandat est clairement donné depuis le 14 avril et on va procéder à des changements. Il s'agit maintenant de discuter du comment", a précisé M. Charest en tentant d'étouffer les rumeurs voulant que le discours de la réingénierie commencerait à susciter des inquiétudes chez des ministres et des députés libéraux. "C'est faux", a répliqué le premier ministre. "Il y a des discussions à l'interne et c'est normal."

Par ailleurs, plutôt que d'accorder de longues entrevues éditoriales aux journaux pour faire le bilan de ses six premiers mois aux commandes du Québec, le premier ministre a innové en demandant à ces derniers de publier son message. Évidemment, LE SOLEIL, La Presse et Le Devoir ont fait leur manchette, hier matin, avec un compte-rendu de cette lettre aux Québécois.

"On a tenté de trouver un moyen qui nous permettrait de rejoindre le plus grand nombre de personnes. J'ai aimé la formule. On inscrira ça dans la colonne des nouvelles façons de faire de l'État québécois !" a commenté M. Charest qui doit accorder, cette semaine, d'autres entrevues aux médias électroniques.

GLeduc@lesoleil.com



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La FTQ rage, le CPQ jubile

Michel Corbeil
Le Soleil mercredi 15 octobre 2003

La Fédération des travailleurs du Québec et le Conseil du patronat du Québec ont réservé un accueil diamétralement opposé à la missive de Jean Charest.

De passage à l'Assemblée nationale, où ils participaient à la commission parlementaire sur les défusions, le président de la FTQ, Henri Massé, fulminait pendant que le président du CPQ, Gilles Taillon, s'est montré ravi. "C'est toujours aussi plaisant d'entendre" de tels propos, a fait savoir le leader patronal avec un sourire entendu.

"C'est un avertissement que M. Charest est déterminé. Il dit à ceux qui veulent se mettre en travers de sa route qu'il juge qu'ils font régresser le Québec."

Selon Gilles Taillon, M. Charest a "voulu rappeler qu'il a un programme électoral. Quand on se braque à défendre le statu quo, rien n'avance. Le premier ministre souhaite que les choses changent, qu'il y ait des modifications à la législation du travail", soit à l'article 45 sur la sous-traitance. Il est de mise de souligner que ce sont des changements nécessaires pour le développement économique."

Mais pour M. Taillon, "il n'y a aucune annonce qui laisse présager le pire à nos collègues syndicaux. Il s'agit d'amender l'article 45, pas de le faire disparaître."

Henri Massé, lui, craint le pire. "Ce n'est pas une cure de rajeunissement que le gouvernement veut nous faire vivre. Avec ce qu'il a sur la planche à dessin, c'est une vraie crise d'anorexie sociale.

"On n'est pas seulement prêt à dire qu'on va faire les services autrement. On dit qu'on va payer les gens beaucoup moins cher pour les faire." Le meneur syndical a soutenu que ce sont les petits salariés, comme les responsables de l'entretien ménager dans les hôpitaux, qui feront les frais de cette offensive.

"C'est là qu'on marche pas, si c'est pour appauvrir la société québécoise. S'ils appellent ça du corporatisme, tant mieux. On va continuer de faire notre job."

Que les syndicats soient perçus comme le principal frein à l'avancement du Québec, "ça me chagrine. Ça me choque. Et là, a-t-il ajouté après une pause, je fais attention. Je suis pas pour passer mon temps à la télé à sacrer."

L'attaque contre les organisations syndicales a peut-être pour but aussi de faire diversion, selon lui. "Il veut peut-être partir de bonnes chicanes pour faire oublier d'autres affaires qui vont tout croche, comme les défusions."

MCorbeil@lesoleil.com



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Charest letter about bias stings labour

Quebec union leaders furious at Premier when he charges they favour status quo

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Wednesday, October 15, 2003

Quebec PQ - Quebec labour appears on a collision course with the Liberal government after Premier Jean Charest said in a letter published yesterday in the province's major newspapers that unions have a corporate bias and "benefit from the status quo."

"I'm pissed off," Quebec Federation of Labour president Henri Massé said yesterday. "It doesn't make sense to accuse us of corporate bias and protecting the status quo. Unions have done more for Quebec society than some politicians."

The Premier's letter appeared as a pre-emptive strike to prepare Quebeckers for a battle against labour unions. Quebec's powerful labour organizations are furious that Mr. Charest has promised a more pro-business agenda than that of the recently defeated administration of the Parti Québécois.

The government will adopt legislation this fall to allow municipalities, hospitals and other public-sector agencies to contract out work to non-unionized companies. As public-sector contract negotiations begin to heat up during the fall, labour expects the government to limit wage increases and reduce services to pave the way for next year's $1-billion cut in income tax while maintaining a balanced budget.

This is not the type of change labour leaders say Quebeckers voted for in last April's election. "We can accept some change in society. But we want good change for the people, for the working people, not just for the rich," Mr. Massé said. "If they want to break the working class and break our working conditions, it will get a lot tougher later."

Despite the mounting opposition to his proposed changes, Mr. Charest gave no signs of backing off.

"Change will not take place overnight but we are determined," the Premier wrote in his letter. "Gradually, the Quebec government . . . will delegate to others -- municipalities, community organizations or private enterprise -- tasks they can accomplish at a lower cost."

Then came a thinly veiled warning to Quebec labour leaders and social activists who have opposed most of the Liberal government's promised initiatives. "We can expect objections from interest groups that benefit from the status quo. . . . I hope these groups will show a spirit of open-mindedness and maturity, choosing the historic interest of all Quebeckers rather than corporate bias or exclusive self-interest."

Rarely has a Quebec premier used an open letter to explain the government's plan of action. However, recent public-opinion polls indicate that Quebeckers are growing increasingly dissatisfied with the Liberal government's agenda. The poll indicated that Quebeckers don't buy Mr. Charest's argument that the sole objective in his so-called re-engineering of the Quebec government was to offer more effective services.

"I wanted to speak as directly as possible to the population of Quebec," Mr. Charest said in an interview yesterday on Radio Canada's current-affairs program Maisonneuve l'Ecirc;coute." But he has triggered an outcry that has pitted labour leaders and other social activists against the business community, which defended Mr. Charest's agenda.

"I believe the Premier has called to order some groups and showed he was serious in undertaking his reforms," Gilles Taillon, head of the Conseil du patronat, representing Quebec's largest business organizations, said yesterday.



»» péréquation

Le chèque de monsieur Séguin

Patrice Boileau
Carignan

TRIBUNE LIBRE 15.10.2003

C'est qu'il était content, notre ministre des Finances, vendredi dernier, au sortir de la rencontre réunissant ses homologues des autres provinces. L'envoyé d'Ottawa présent sur place, John Manley, a assuré que les provinces se partageront probablement les deux milliards de dollars promis pour financer un secteur de la santé bien mal en point. Le ministre fédéral des Finances, après avoir donné l'impression qu'il pourrait ne pas respecter sa promesse de février dernier, a finalement affirmé qu'il puisera, au besoin, dans sa réserve évaluée à trois milliards pour consentir la somme. Était-ce une astuce afin de donner l'impression que le gouvernement fédéral n'a plus de marge de manoeuvre? John Manley souhaite-t-il ainsi tuer dans l'oeuf d'éventuelles demandes similaires de la part des provinces? Chose certaine, chaque fois que Québec a tenté de revoir la couleur de l'argent qu'il envoie à Ottawa sous forme d'impôt, il lui a fallu se débattre ardemment.

Reste maintenant le dossier de la péréquation. Plutôt humiliante cette séance de "quémandage" où les provinces les moins riches tentent de recevoir le maximum de cette enveloppe budgétaire. Le ministre Séguin ainsi que ses partenaires qui se partageront l'argent provenant des revenus des provinces les plus riches, essaient de modifier le mécanisme qui détermine le montant alloué aux provinces dans le besoin. Avouons que ces ministres sont plutôt culottés de chercher un moyen de soutirer davantage d'argent des recettes fiscales de l'Alberta et de l'Ontario.

Il faut dire cependant qu'Ottawa a tellement diminué ses paiements de transfert aux provinces qu'il devient presque légitime de chercher à compenser ailleurs. Rajoutons que le gouvernement central, de par ses décisions politiques, a soutenu arbitrairement les orientations économiques des provinces. Certes, les combustibles fossiles albertains n'ont pas été installés là-bas par le gouvernement fédéral. Mais l'adoption d'un Kyoto tronqué aide les choses... Plus près de nous, la concentration de l'industrie secondaire en Ontario n'est pas le fruit du hasard: elle est au contraire le résultat de l'appui minutieux d'Ottawa échelonné sur plus d'un siècle. Les dollars dynamiques, créateurs d'emplois, ont plus souvent qu'autrement abouti dans la région des Grands-Lacs pendant que les dollars morts versés en prestations d'assurances-emplois prenaient la direction du Québec.

Jusqu'à tout récemment, le Québec a surpris tout le monde par la vigueur de son économie. L'interventionnisme ciblé aidé par des crédits d'impôts lui a permis de s'approcher de l'Ontario grâce à une création d'emplois irrésistible. Sa consommation intérieure s'en est vue bonifiée. En s'attribuant le créneau de la nouvelle économie ainsi que le secteur des nouvelles technologies, le Québec s'est doté d'une économie du XXIe siècle. Cette réorientation rapide de son économie a surpris tout le monde: il ne sera pas facile de la lui retirer.

Il faudra demeurer toutefois vigilant car certains tenteront sûrement de ralentir notre avancée dans ce domaine lorsque la vieille industrie automobile en Ontario aura atteint son point de saturation. Il ne fait pas de doute que celui-ci approche: il n'y a qu'à voir les manufacturiers automobiles offrir des taux de financement à 0% sur 72 mois et d'autres cibler sans retenue la clientèle adolescente pour comprendre que les surplus s'accumulent dangereusement. Il ne sera pas surprenant de voir le gouvernement fédéral venir à la rescousse de l'Ontario pour relancer alors son économie. Comme il ne faudra pas se surprendre de l'observer secourir bientôt cette province afin de l'aider à moderniser son réseau électrique désuet.

C'est lors d'occasions semblables que tous peuvent apprécier la puissance d'un État qui dispose de tous ses moyens pour agir promptement. On est bien loin du petit chèque que monsieur Séguin touchera prochainement afin d'éponger partiellement les déficits budgétaires des hôpitaux québécois. Ce n'est pas non plus le montant issu de la péréquation qu'il empochera sous peu qui guérira l'handicap dont souffre l'appareil étatique québécois. On ne peut espérer développer le Québec à sa pleine mesure en ayant un ministre des Finances qui se complaît dans un rôle de mendiant au Métro Berri.



»» l'État et la police

La SQ a aussi enquêté sur le milieu des garderies

Nicolas Bérubé
La Presse mercredi 15 octobre 2003

La liste des groupes de citoyens interrogés de façon "préventive" par la SQ s'allonge. Après les défusionnistes et un groupe en faveur du tracé nord de l'autoroute 30, c'est maintenant la Coalition pour le maintien de l'universalité des services de garde qui soutient avoir été jointe par la Sûreté du Québec.

Selon Jean Robitaille, porte-parole de la Coalition, la SQ a pris contact avec l'organisme à trois reprises par la SQ depuis un mois. Les enquêteurs voulaient savoir si le groupe prévoyait tenir une manifestation et si des moyens de pression étaient envisagés. Les policiers ont aussi demandé quelle serait la réaction du groupe si le gouvernement devait dire non aux revendications.

"Les appels étaient très courtois, les enquêteurs étaient polis, mais j'étais surpris d'être contacté par la SQ, explique M. Robitaille. Ça fait quatre ans que j'occupe mon poste, et c'est la première fois que je suis contacté par la police."

La Coalition revendique le maintien des garderies à 5 $ et sa campagne de sensibilisation consiste à faire parvenir aux élus des photos d'enfants accompagnées de courts témoignages rédigés par ceux-ci.

Des propos surprenants Le premier appel a eu lieu le 12 septembre, la veille de la tenue du conseil général du Parti libéral. La rencontre des libéraux était organisée au Sheraton de Laval et la coalition se préparait à y tenir une manifestation.

"J'ai reçu un appel de l'enquêteuse Madeleine Martel, qui voulait savoir quel genre de manifestation nous allions faire, explique M. Robitaille. Je lui ai dit que nous allions être 150, que nous voulions remettre une lettre ouverte aux délégués et que notre objectif ultime serait d'avoir une rencontre avec le premier ministre."

À la surprise de M. Robitaille, l'enquêteuse de la SQ lui a alors proposé d'organiser une rencontre avec Jean Charest. "Elle m'a dit: On va voir ce qu'on peut faire pour vous."

Finalement, l'horaire du premier ministre étant trop chargé, les responsables de la coalition se sont entretenus avec deux conseillers politiques libéraux. "Tout a été fait de façon très sympathique. Mais j'ai quand même trouvé ça drôle que la SQ s'occupe de boucler des rendez-vous avec le premier ministre", explique M. Robitaille, soulignant que la coalition n'a jamais eu de difficulté à rencontrer des ministres, tant sous des gouvernements péquistes que libéraux.

Le regroupement a été à nouveau joint par la même enquêteuse, qui voulait prendre des nouvelles et s'informer des futurs moyens de pression. "Elle voulait savoir si des manifestations étaient prévues. Je lui ai répondu que toutes nos actions sont annoncées par des communiqués. Nous n'avons rien à cacher."



»» révision du rôle de l'État

Un réseau de vigilance promet du bruit pour la rentrée parlementaire

Valérie Gaudreau
Le Soleil mercredi 15 octobre 2003

Le premier ministre Jean Charest n'aurait pu mieux dire en écrivant, dans sa Lettre aux Québécois publiée hier, que les "groupes d'intérêt font du bruit". Du bruit, c'est justement ce qu'a l'intention de faire un nouveau réseau de groupes sociaux dont le premier rassemblement est prévu à Québec le 21 octobre.

Composé pour l'instant d'une vingtaine de groupes communautaires, étudiants, syndicaux ou autres, le nouveau réseau de vigilance a une portée nationale. Son objectif : "alerter" la population face aux politiques "inquiétantes" du gouvernement Charest et son projet de "réingénierie".

La première activité du réseau aura d'ailleurs lieu dès mardi. Pour souligner la rentrée parlementaire, ses représentants seront présents devant l'Assemblée nationale lors d'un rassemblement symbolique avec casseroles, cloches et sifflets. Bref, des instruments d'alarme qui font du bruit.

"Il faut qu'il se passe quelque chose", lance Serge Roy, du Forum social Québec-Chaudière-Appalaches, l'un des deux porte-parole du réseau. Selon lui, le besoin d'unir les groupes aux champs d'activités très variés vient "d'une prise de conscience de ce qui nous attend". "Le gouvernement s'attaque à des acquis et propose une voie qui n'est pas celle de l'intérêt général", poursuit M. Roy. Il dénonce le discours actuel du Parti libéral, qu'il juge "en harmonie" avec celui de la mondialisation et du néolibéralisme.

"Construire une société, ça passe bien plus par des services publics bien financés et bien outillés que par le fait de voir les baisses d'impôt comme une religion", explique cet ancien président du Syndicat de la fonction publique du Québec.

Parmi les secteurs où le réseau craint des "reculs" avec la "réingénierie" du gouvernement Charest, on trouve la qualité et l'accessibilité des services publics, le financement des programmes sociaux, la redistribution de la richesse ou encore l'équité de la fiscalité.

Des thèmes larges qui touchent tous les secteurs, donc, pour ce groupe initié par le collectif D'abord solidaires, le Collectif pour un Québec sans pauvreté et le Forum social Québec-Chaudière-Appalaches. Le réseau compte d'ailleurs des organisations aux préoccupations très variées allant de l'écologie aux groupes de femmes en passant par le logement ou la santé et les services sociaux. Une diversité dont Serge Roy est bien conscient. "Nous avons convenu d'un certain nombre de choses, mais chaque organisation garde son indépendance, on ne veut pas s'imposer", explique-t-il.

Entité non partisane

Celui qui partage le titre de porte-parole du réseau avec Lorraine Guay, de l'organisme CAP-Monde, souligne aussi que la nouvelle entité est non partisane. "Nos objectifs sont la solidarité, la liberté, l'égalité, l'équité et la démocratie, poursuit-il. Tout ce qu'on vise est la vigilance, le partage d'information et des interventions unitaires."

Des interventions qui, selon M. Roy, auront lieu chaque fois qu'il y aura des occasions de montrer à la population les "dangers" des orientations du gouvernement.

Il ajoute qu'il est encore trop tôt pour parler de futures actions qu'entreprendra le réseau après le rassemblement du 21 octobre prévu à 11 h 45 à place D'Youville et pour lequel aucun objectif de participation n'a été avancé. Chose certaine, pas question que "chacun retourne dans son coin". "Notre voeu le plus fort est que la population sache ce qui se prépare", conclut M. Roy.

VGaudreau@lesoleil.com



»» public/privé

Québec est très actif :
Des experts sont consultés, dont ceux de la firme Ernst & Young

Laurier Cloutier
La Presse mercredi 15 octobre 2003

Dans son programme de réingénierie de l'État, le gouvernement de Jean Charest consulte des experts sur des partenariats avec le secteur privé, pour la construction et la gestion de routes, de pénitenciers, d'écoles et même pour les deux super-hôpitaux de 800 millions de dollars chacun à Montréal, selon de nouvelles sources.

À la demande du gouvernement et à plusieurs reprises depuis la mi-août, Tim Philpotts et Sylvain Vincent, du cabinet de comptables Ernst & Young, ont rencontré des responsables gouvernementaux, dont Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du Trésor et ministre chargée de la réingénierie, et Yves Séguin, ministre des Finances. Il s'agit de "bien cerner ce qu'ils veulent", explique M. Vincent, et de leur suggérer des pistes de solutions, résumées dans un document que La Presse Affaires a obtenu.

"La ministre a rencontré beaucoup de monde", dit sa porte-parole, Véronique Mercier, qui ne veut pas dévoiler de noms. "Aucun contrat n'a été accordé encore", ajoute-t-elle. D'ici lundi, Québec invite d'ailleurs les professionnels à répondre à un appel d'offres sur la réingénierie.

"Le ministre Séguin participe à la consultation", confirme son porte-parole, Serge Privé, qui renvoie toutefois La Presse Affaires à la ministre responsable.

Les rares autres spécialistes canadiens dans les partenariats public privé (P3) comprennent les comptables Pricewaterhousecoopers et Deloitte & Touche (Samson Bélair), estime Sylvain Vincent, associé responsable du conseil en financement pour le Québec chez Ernst & Young, société qui a rapatrié d'Angleterre un expert des P3, Tim Philpotts. En plus de "cinq à 10 autres spécialistes mondiaux", Ernst & Young a une expertise reconnue dans "les P3, l'amélioration de la performance, la vision stratégique et la gestion du changement" dans les ministères touchés, soutient M. Vincent. Ces comptables dénombrent 150 experts dans le monde ayant conseillé des gouvernements sur plus de 200 projets P3 terminés, souligne-t-il.

Dans un P3, le gouvernement demeure partenaire de la prestation de services. C'est lui qui décide des normes et des conditions et sanctionne le partenaire privé s'il ne les respecte pas. En cas d'échec, durant le contrat de 25 ou 30 ans, Québec peut remplacer le partenaire.

Québec a dons le défi de choisir de bons partenaires aux reins solides. Pour des projets d'hôpitaux d'envergure, ils ne courent pas les rues, mais on peut penser à SNC, à Bechtel ou à Siemens.

SNC est un des partenaires du secteur privé dans la gestion de l'autoroute 407, une route à péage dans la région de Toronto. Le projet est financé en partie par la Banque de Montréal.

Décisions en février

"Québec a beaucoup regardé ce qui se fait ailleurs, en Angleterre et en Colombie-Britannique, car le gouvernement veut faire les choses correctement", dit M.Vincent. Les besoins de Québec sont énormes mais sa dette est élevée. L'équilibre budgétaire du gouvernement est fragile et il a promis des baisses d'impôts de 1 milliard de dollars en 2004. Québec n'a pas le choix, mais il est possible d'arriver progressivement à combler les besoins, estime Sylvain Vincent.

Les ministères doivent soumettre leurs recommandations au Conseil du Trésor ces jours-ci, poursuit celui qui voit aussi des P3 pour les immeubles détenus par la Société immobilière du Québec. "En décembre, Québec déterminera les grandes orientations et, en février, il prendra les décisions finales."

L'ex-gouvernement Landry a aussi étudié des P3, mais n'en a concrétisé presque aucun. Au Canada, Ernst & Young a conseillé jusqu'ici des gouvernements de l'Ouest canadien et de l'Ontario sur 23 projets P3 terminés, dont l'autoroute 407, à Toronto, et travaille sur d'autres projets évalués à 3,2 milliards. L'expert Tim Philpotts fut le conseiller sur 30 projets P3 européens totalisant 20 milliards, dont 20 des 515 réalisés au Royaume-Uni, précise M. Vincent.

"La bataille n'est pas gagnée d'avance", souligne le document d'Ernst & Young remis à Québec. "La planification des gros P3 va nécessiter 18 mois", dit Sylvain Vincent.

"Dans le secteur hospitalier, il faudra peut-être toucher aux conventions collectives et revoir des définitions de tâches. Les syndicats se préparent à la guerre. Les parties devront cependant réfléchir car la situation ne peut durer 20 ans", lance le représentant de Ernst & Young.

"L'idéal, dit-il, serait de commencer par des petits projets, avec des succès."

Les deux super-hôpitaux prévus à Montréal font cependant partie des P3 envisagés, soit pour leur construction et leur gestion à long terme, de même que pour certains services comme l'informatique, les approvisionnements, la cafétéria, la buanderie et l'entretien.

Pour éviter des pièges, Sylvain Vincent souhaite que "Québec prenne le temps de bien expliquer les projets envisagés. Le public manque d'information mais encore faut-il que Québec prenne ses décisions finales. Il ne peut pas lancer de campagne d'information avant."

À son avis, les critiques contre des projets mis de l'avant par d'autres gouvernements ont concerné très souvent des privatisations de services, ce qui n'est pas l'objectif des P3.



»» public/privé

L'exemple d'Indianapolis tente Québec :
Le secteur public pourra concurrencer le secteur privé

Denis Lessard
La Presse mercredi 15 octobre 2003

Québec - Le gouvernement Charest ne se contentera pas d'amender l'article 45 du Code du travail pour favoriser la sous-traitance. Québec donnera une directive claire à ses ministères et organismes pour assurer que toutes les activités qui peuvent être privatisées fassent l'objet d'appels de soumissions publiques.

Et, les yeux rivés sur des expériences aux États-Unis, à Indianapolis notamment, Québec prévoit que les syndiqués regroupés en compagnies ou en coopératives l'emportent presque à tout coup quand ils se retrouvent en concurrence avec le secteur privé.

Dans un entretien à La Presse, le président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, constate que le gouvernement Charest ne se contentera pas d'un simple amendement au Code du travail. "On sent que le gouvernement souhaite que cette réforme de l'article 45 soit complétée par une ouverture du côté du secteur public, par la mise en concurrence du secteur public avec le privé", a-t-il résumé au sortir d'une rencontre, hier matin, avec le ministre du Travail, Michel Després. "L'article 45 est un pas qui devra être accompagné d'autres avancées", a dit M. Taillon. Selon lui, le gouvernement Charest va prolonger son amendement au Code pour pousser le secteur public à proposer au secteur privé les activités qui sont actuellement assumées par des employés de l'État. Et les salariés du secteur public, les mieux placés pour savoir où peuvent être réalisés les gains de productivité, pourront, regroupés en compagnies, participer aux processus d'appels d'offres.

Au cabinet du ministre Després, le porte-parole, André Ménard, a d'abord souligné que ces idées avaient été lancées par des ténors syndicaux dans un débat public la semaine dernière.

Il s'est ensuite ravisé, mis devant l'évidence que son patron venait lui-même de lever le voile sur des intentions de Québec. " Cela fait partie des scénarios examinés ", a dit M. Ménard.

Plusieurs sources proches du Conseil du Trésor ont indiqué à La Presse que cette idée se trouve déjà dans les cartons de la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget. On veut permettre à des coopératives créées par les employés de soumissionner pour les activités qu'ils assumaient auparavant comme salariés de l'État.

" Dans 80 ou 85% des cas, ce sont ces regroupements d'employés qui l'emportent ", précise M. Taillon, relevant les expériences en Grande-Bretagne, mais surtout à Indianapolis, où, depuis 10 ans, plusieurs activités municipales ont été imparties au secteur public.

" Cela a toujours amélioré la productivité ", a souligné le porte-parole des patrons. Au Trésor, on corroborait les chiffres évoqués devant M. Taillon au ministère du Travail: les anciens employés sont souvent les plus à même de savoir où les économies peuvent être réalisées.

Selon M. Taillon, le gouvernement compte légiférer pour forcer les organismes qui dépendent de lui à proposer, lors de soumissions, les activités dont l'État devrait se départir. Dans les officines ministérielles toutefois, on indique que le gouvernement pourrait se contenter d'une simple directive, produire un nouveau " cadre de gestion ", pour insuffler cette orientation à l'ensemble de la machine.

Ce geste, qui devra venir du Conseil du Trésor et des ministres titulaires des grands réseaux, éducation et santé, fera que le ministre du Travail, Michel Després, ne sera pas le seul à monter aux barricades pour faire face aux centrales syndicales cet automne.

Ce qui est sûr, c'est que les expériences mises en place dans la capitale de l'Indiana depuis 10 ans ont passablement d'écho dans le groupe de travail formé autour de Louise Pagé, sous-ministre mandatée pour mener à bien la réingénierie du gouvernement du Québec. Ce " modèle américain " a la particularité d'assurer à la grande majorité des anciens employés du secteur public de poursuivre leur travail et souvent de façon plus efficace.

Élu maire d'Indianapolis en 1991, Stephen Goldsmith est devenu la coqueluche de groupes néolibéraux, comme l'Institut Fraser, à cause de ses projets novateurs. Les cols bleus de la ville ont pu former une compagnie qui a fait concurrence au secteur privé. Le public a économisé en moyenne 25% des coûts. Le projet de loi pour amender l'article 45 du Code du travail sera déposé avant l'échéance du 13 novembre de façon à ce que son adoption avant les Fêtes n'exige pas l'approbation de l'opposition à l'Assemblée nationale.



»» Louise Beaudoin

Louise Beaudoin devient prof et altermondialiste

Michel Dolbec
La Tribune mercredi 15 octobre 2003

Paris - Devenue universitaire et militante altermondialiste, Louise Beaudouin fait son retour en France, qui a été sa chasse gardée politique pendant 25 ans.

Déjà "professeure associée" à l'UQAM, l'ancienne ministre péquiste vient d'accepter un poste de professeur invité a l'université Jean-Moulin de Lyon, où elle donnera son premier cours le 6 novembre. D'ici décembre, Mme Beaudoin dispensera 25 heures d'enseignement à l'Institut pour l'Étude de la Francophonie et de la Mondialisation et aux facultés de Sciences politiques et de Droit. Au programme: diversité culturelle, francophonie nord-américaine et... fédéralisme canadien.

"Le fédéralisme européen, dont on parle, et le fédéralisme canadien, que nous vivons, sont deux modes d'intégration différents, a expliqué la future professeure à la Presse Canadienne. Je vais proposer un regard critique sur un fédéralisme que je connais. Ce ne sera pas un truc partisan ni un discours de ministre. Mais la conclusion restera la même: elle débouche sur la souveraineté, qui est elle aussi un type d'intégration."

La venue de Louise Beaudoin à Lyon marque aussi son retour sur la scène publique française. Dès le week-end prochain, l'ancienne ministre des Relations internationales, renouant avec ses amitiés socialistes, prendra ainsi la parole lors d'un colloque du PS parisien.

Après avoir connu "neuf vies et 36 métiers", Louise Beaudoin, retraitée de la politique, réapparaît aujourd'hui dans la peau d'une militante altermondialiste. On la savait très sensible à ce dossier, elle qui avait pris part au Forum social mondial de Porto Alegre. Aujourd'hui, elle le dit haut et fort: "Je suis altermondialiste."



»» AÉROPET

Ground this Trudeau plan

Don't rename an airport to honour a man who lied about national security trampled our civil liberties, say GUY BOUTHILLIER ROBIN PHILPOT

Guy Bouthillier
Robin Philpot
The Globe and Mail Wednesday, October 15, 2003

Thirty-three years ago today, Pierre Elliott Trudeau pushed the War Measures Act through cabinet. The result, according to his cabinet minister Eric Kierans, was "a massive injustice -- not merely the military occupation of Canadian cities, but the arrest and detention, without charge, of more than 400 Canadian citizens (or to be exact, French Canadian citizens), who were held without bail. They were beyond the reach of habeas corpus, a right wrenched out of King John at Runnymede, in 1215."

The recent renaming of Dorval Airport after Pierre Trudeau has been poorly received in Quebec, to put it mildly. A fundamental reason why so many of us repudiate his name is the decision made at that cabinet meeting on Oct. 15, 1970.

The "general hysteria," as Mr. Kierans has put it, has long died down, the call by then-Ontario premier John Robarts for "all-out war" no longer echoes, and we can revisit that decision unemotionally.

In his 2001 memoir, Remembering, Mr. Kierans recalls that immediately after supporting the War Measures Act, his reaction was, "I have just made a terrible mistake. . . . Our common sense went out the window." Had he said what he ought to have said -- namely, that there was no convincing evidence of an "apprehended insurrection" -- prime minister Trudeau would have been unable to push War Measures through cabinet, because other cabinet members would also have bolted.

Mr. Kierans is scathing about his former colleagues who, along with Mr. Trudeau, tried to justify the War Measures Act and fuelled the hysteria. Then-justice minister John Turner declared that if Canadians "knew what we know," they would surely support the government, and added that he hoped one day the "intelligence upon which the government acted could be made public." Another minister, Jean Marchand, claimed that "these people [the FLQ] have infiltrated every strategic place in the province of Quebec, every place where important decisions were taken . . . this is an organization which has thousands of guns, rifles, machine guns, bombs, more than enough [dynamite] to blow up the core of downtown Montreal."

To Mr. Turner, Mr. Kierans replies: "There was no secret knowledge. . . . The case for imposition was, even within the cabinet room, fuzzy, ill-defined, and supported by almost no concrete evidence."

To Mr. Marchand, he replies: "Nonsense. None of the sudden, secret police raids turned up the guns, rifles, machine guns, bombs or dynamite, although they did sweep up Pauline Julien, who sang separatist songs."

Don Jamieson's personal record of events, published posthumously in 1988, is equally damning. Describing a special meeting with police held a few days after the War Measures were proclaimed, he noted: "The officer in charge of intelligence . . . read excerpts from a paper that was more than a year old. . . . The commissioner of the RCMP conceded that the dragnet thrown out following the proclamation of the War Measures Act had produced nothing of any consequence. . . . The commissioner of the RCMP was asked if what he had been able to uncover both before and after the proclamation of the War Measures Act would be enough to support a claim that an insurrection was being planned. The commissioner shook all of us very badly when he replied that if he was asked that question he would have to say that, up to that point at least, he had no such evidence."

Eric Kierans contrasts this behaviour to the defiance of the NDP's Tommy Douglas, who "stood in the House, day after day, and hammered the government for suspending civil liberties, and if you ask me today why I wasn't up there beside him, I can only say, 'damned if I know.' He showed political courage of the highest order."

In a democracy, politicians are expected to tell the truth about why they do things. When they don't, they normally suffer the consequences. Tony Blair and George W. Bush are learning this lesson the hard way; heads are rolling in England and the United States because both appear to have lied to their people to justify war in Iraq.

There is no doubt today that Pierre Elliott Trudeau imposed the War Measures Act on Canada, and justified it with false information. The result was that Quebec poets, singers, trade unionists, journalists and complete riding associations of democratic political parties were rounded up and held incommunicado for weeks, sometimes months. Thousands of homes were illegally entered and searched. Tanks patrolled the streets of Montreal.

Does a man who brazenly lied to the people about the situation in Quebec and then violated the most fundamental civil liberties in a time of peace deserve to have an important airport, in Quebec of all places, named after him?

We say no and we are convinced that people in Quebec and in Canada will agree.

Guy Bouthillier is former president of the Société Saint-Jean-Baptiste. Robin Philpot is a Montreal writer.



»» défusions et langue

An independent Pointe Claire in a united Montreal?

In search of a third way. Perhaps there is some asymmetrical arrangement to keep Montreal intact

JACK JEDWAB
The Montréal Gazette Wednesday, October 15, 2003

In previous referendum campaigns, those of us supporting Canadian unity have been reluctant to speak about what might occur were our option defeated. To do so gave credibility to those advocating Quebec sovereignty. It was deemed enough to declare any such breakup would entail significant economic costs for the separate state. For their part, sovereignists made the questionable claim the rest of Canada would accept a political and economic partnership with an independent Quebec on mutually favourable terms and urged Quebecers to ignore any claims to the contrary.

Gazette columnist Henry Aubin has recently urged Montrealers to think about the aftermath of municipal demergers. It's sound advice. He is legitimately concerned no one seems to be considering how the residents of reconstituted suburbs could exercise some kind of influence on their region's policies.

In the case of a few municipalities breaking off, Aubin suggests bilateral arrangements could be struck with the reconstituted Montreal authority. However, it's not that simple. It would be wrong to assume such negotiations would be easy and that the cost to the departing municipality would be minimal. As Aubin points out, the mayors of some megacities are insisting they will not negotiate any arrangements with municipalities that want to leave.

In the case of Montreal, much of the current municipal leadership has had previous experience in Quebec referendum campaigns. Not surprisingly, therefore, those favourable to the municipal mergers have issued plans for fostering island-wide unity that resemble the strategies pursued by federalists to persuade Quebecers to reject the sovereignty option.

No stranger to national-unity debates, Mayor Gérald Tremblay proposes greater decentralization of powers to Montreal boroughs and more recognition of their local identities. His approach might be described as the municipal equivalent of the federal government's Plan A.

Still, those citizens that are determined to see the municipalities return to their previous incarnation will be interested in nothing less than sovereignty. Recent polls released by Léger Marketing confirm few Montrealers have changed their views about the mergers since the creation of the megacity.

In the end, Aubin says several municipalities will choose to break away from the megacity, and he suggests a "light supermunicipal organization" will be needed somewhat akin to the Montreal Urban Community. Merger proponents counter the former MUC lacked democratic legitimacy in that its leaders were appointed and not elected. Moreover, the provincial government is proposing any future municipal superstructure assume more responsibilities than it did before the mergers. If, therefore, municipalities legitimately pursue their sovereignty, it remains unclear what the cost of the economic and political partnership will be with the ROC (that is, the Rest of the City).

During Quebec referendums, these were matters about which many agreed the population was insufficiently aware to make an informed decision over their political and constitutional future. Those who believe they have already paid a heavy price with the creation of the megacity will surely protest it's unfair to impose more burdens upon them in the event they choose to break up. Nonetheless, it is widely understood it costs less to bring jurisdictions together than it does for them to secede.

Referendum campaigns can give rise to tension between groups, and in Quebec's case there is a particular readiness to exploit divisions over language. This has occurred in referendums on national unity and is currently the case in the debate over Montreal's municipal mergers. Ironically, some Quebec nationalists have attempted to cast the Montreal demerger movement as an anglo-centred initiative. The very same individuals have vehemently rejected the description of the province's national project as being ethnocentric. The fact is the language composition of Montreal demerger proponents is far more diverse than that of supporters of Quebec's sovereignty.

Is there a third option that might satisfy the protagonists in this acrimonious debate over our municipal political future? Is there a middle ground between outright independence and municipal decentralization that people on both sides of the debate can agree upon?

For now, it appears unlikely. Still, perhaps some consensus can be achieved that would allow all Montrealers to vote for the island-wide leadership even if they are independent. Are there asymmetrical arrangements that can permit certain municipalities to reacquire their sovereignty while participating in an island-wide election, thereby leaving the megacity political entity intact? Is it possible to have an independent Pointe Claire in a united Montreal Island? The debate in the months ahead will reveal whether leadership can identify solutions to our collective municipal dilemmas that can best reflect the shared interests and concerns of Montrealers.

Jack Jedwab is executive director of the Montreal-based Association for Canadian Studies.



»» l'État et la religion

Qui gouverne: Dieu ou la Constitution?

Le Devoir mercredi 15 octobre 2003

AFP Washington -- Les millions d'écoliers américains qui prêtent quotidiennement serment devant Dieu vont-ils à l'encontre du principe constitutionnel de la séparation de l'Église et de l'État? La Cour suprême a accepté hier de se saisir de ce dossier sensible.

Pour les neuf juges de la haute cour, il va s'agir de déterminer si le passage du serment proclamant «une nation sous Dieu» est conforme au premier amendement de la Constitution des États-Unis, qui stipule que «le Congrès ne fera aucune loi relative à l'établissement d'une religion ou en interdisant le libre exercice».

Des millions d'élèves des écoles primaires récitent à leur arrivée en classe, chaque matin, le serment d'allégeance, au pied de la bannière étoilée, la main sur le coeur. Chacun déclare à haute voix : «Je prête allégeance au drapeau des États-Unis d'Amérique et à la République qu'il représente, une nation sous Dieu, indivisible, avec la liberté et la justice pour tous».

La tempête a été déclenchée l'an dernier par un Californien, Mickael Newdow, 49 ans à l'époque, un libre-penseur qui refusait que sa fille, une écolière de neuf ans, prononce ce serment ni même l'entende tous les matins. Les critiques avaient redoublé d'intensité après la décision de la Cour d'appel à San Francisco lui donnant raison et jugeant donc inconstitutionnelle la référence à Dieu dans ce serment.

Le président George W. Bush, un méthodiste qui affiche souvent sa ferveur chrétienne, avait jugé «ridicule» la décision de cette Cour d'appel, tandis que des parlementaires la qualifiaient de «folle» et «honteuse».

La Cour suprême, généralement conservatrice, devrait rendre sa décision au cours de l'année prochaine.