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16 octobre 1970 :
proclamation de la Loi sur les mesures de guerre
Les libertés suspendues

Le gouvernement fédéral a parié sur l'oubli quand il a décidé de rebaptiser l'aéroport de Dorval du nom de Pierre Elliott Trudeau

Guy Bouthillier
Robin Philpot
Le Devoir jeudi 16 octobre 2003

Nos libertés suspendues, des policiers partout qui fouillent nos maisons par milliers, nos concitoyens, hommes, femmes, jeunes, enfants, emprisonnés par centaines sans mandat, sans accusation, sans la moindre explication. Oui, tout ça s'est passé chez nous, au Québec, il n'y a pas si longtemps, à la faveur d'une décision de Pierre Elliott Trudeau, devant un parlement médusé, à 4h le matin, le 16 octobre 1970.

Suspendre d'un trait de plume les libertés conquises au long des siècles, cela n'arrive généralement pas dans nos démocraties. Et si cela arrive, c'est que le gouvernement sait de façon claire et irréfutable qu'il n'a pas le choix et qu'il en a convaincu l'opinion de manière tout aussi claire et irréfutable. Et si les preuves ne sont pas là, si on constate que le gouvernement a joué avec la vérité -- et, surtout, avec les mensonges --, il doit s'attendre à la condamnation de l'opinion, comme l'illustre le prix que l'opinion britannique a commencé à faire payer à Tony Blair dans l'histoire des armes de destruction massive.

«Il y a une organisation qui a des milliers de fusils, de "machine guns", de bombes, et à peu près 2000 livres de dynamite, ce qui est suffisant pour faire sauter le coeur de Montréal», s'exclamait, en pleine nuit, Jean Marchand, ministre de Trudeau et son très fidèle compagnon d'armes. Or, de preuves, il n'y eut jamais, ni avant, ni pendant, ni depuis. Certains ne s'étaient pas laissés duper : Tommy Douglas, David Lewis, quelques autres. La plupart ont marché au doigt et à l'oeil parce que le chef le leur demandait. Mais au fond d'eux-mêmes, ils savaient.

Avec le recul, et le remords, certains ont eu l'honnêteté de parler. Déjà, en 1988, on pouvait lire l'éloquent témoignage posthume de Donald Jamieson, ce Terre-Neuvien ministre de Trudeau à l'époque des mesures de guerre. Plus près de nous, à l'automne 2001, un autre ministre de Trudeau, Québécois celui-là, Eric Kierans, a ajouté son témoignage, encore plus éloquent peut-être. Et parce que ce livre, Remembering (Éditions Stoddart, 2001), est passé à peu près inaperçu au Québec, nous en présentons ici quelques passages que nous avons traduits en français, particulièrement éclairants à la lumière de la décision d'Ottawa en ce qui concerne l'aéroport de Dorval.

Les gouvernements aiment bien que leurs gouvernés oublient : cela leur donne carte blanche pour l'avenir. Et c'est justement pour leur enlever cette possibilité que l'opinion -- surtout celle de demain, avis aux plus jeunes -- ne doit pas oublier. Jamais.

«Une terrible erreur»

Voici comment, dans les pages 178 à 184 de son ouvrage, Eric Kierans raconte les mesures de guerre : «Je n'ai pas démissionné du conseil des ministres de Pierre Elliott Trudeau à cause de la Crise d'octobre. Peut-être aurais-je dû, mais je ne l'ai pas fait. Depuis 30 ans, j'ai très peu parlé de cette période lamentable de l'histoire canadienne, et vous verrez que, pendant toute cette période, j'en ai fait très peu dont je puisse m'enorgueillir. L'heure est venue de raconter cette histoire, pour la première fois, de mon point de vue... »

«Jeudi [15 octobre] s'est tenue la réunion régulière du conseil qui fut l'une des séances les plus étranges de ma vie. Comme d'habitude, Trudeau était calme, en plein contrôle. Très impressionnant. Toutefois, il avait très peu d'information à nous communiquer. John Diefenbaker, le chef de l'opposition officielle et, jusque-là, l'infatigable défenseur des droits, venait de demander en Chambre si le gouvernement était prêt à imposer la Loi sur les mesures de guerre, une loi draconienne qu'on avait utilisée, avec abus, pendant la grève générale à Winnipeg et contre les Canadiens d'origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale.

«Il devenait évident qu'on allait la proclamer de nouveau. Mais la justification, même à l'intérieur de la salle du conseil des ministres, était confuse et mal définie, les preuves concrètes étant inexistantes.

«Les membres du conseil se réunissent autour d'un tas de documents fournis par le Conseil privé. Mais nous ne les regardons pas. Nous regardons plutôt une cabine téléphonique dans laquelle Marc Lalonde, qui n'était pas membre du conseil mais secrétaire principal de M. Trudeau, parle au téléphone avec Jérôme Choquette. Chaque fois qu'il revient de la cabine, il nous dit que "les choses vont mal, très mal même". Lorsque les ministres posent des questions, c'est Lalonde qui répond, pas le premier ministre. Il nous dit que le Québec est sur le point d'exploser. Si nous n'agissions pas rapidement et fortement, il y aura, selon les meilleures informations venant des meilleurs experts, émeutes, assassinats politiques et chaos. Aucun doute : Lalonde dominait ce matin-là. [...]

«Le FLQ existait déjà depuis six ans... Je ne le savais pas à l'époque, mais pendant ces années, environ 200 bombes avaient explosé au Québec à la suite d'actes du FLQ ou d'autres groupes criminels. Il y avait également eu des vols à main armée aux fins terroristes. Ces actes avaient entraîné six morts, dont aucun assassinat prémédité.

«Par contraste, dans les 15 mois précédant le 30 avril 1970, 4300 bombes avaient explosé aux États-Unis, faisant 43 morts et 384 blessés. À New York, une bombe sautait un jour sur deux. Dans notre crise, nous avions, jusque-là, deux enlèvements. Personne à New York ne proposait la suppression de toute protection contre les arrestations illégales, mais nous nous apprêtions à faire justement cela. [...]

«Je retournais à la salle du conseil [après la pause du dîner] quand Jean Marchand est venu me demander : "Comment vas-tu voter ? Le premier ministre s'inquiète; il pense que tu as des doutes. Tu n'as pas parlé ce matin." J'ai répondu que je ne le savais pas et que je ne le saurais pas avant la réunion de l'après-midi.

«Lorsque la réunion a repris, j'étais le premier sur la liste et j'ai dit : "J'ai l'intention d'appuyer la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre." Aussitôt, Trudeau a levé sa main, sorte de geste de triomphe, pour ensuite la passer sur sa figure. Ma réaction immédiate a été que je venais de faire une terrible erreur. Son soulagement démontrait que tout n'était pas dans le sac.

«D'autres étaient réticents comme moi. Je pense que si j'avais dit ce que j'aurais dû dire, soit qu'il n'y avait aucune preuve convaincante d'insurrection appréhendée, qui était la justification juridique pour proclamer la loi, Gérard Pelletier, un ardent défenseur des droits, qui était clairement troublé, s'y serait opposé aussi. D'autres, comme Donald Macdonald et Don Jamieson, avaient sûrement des doutes. [...]

«Je ne pense pas que Trudeau aurait pu forcer l'adoption des mesures de guerre. Je pense maintenant que nous avons été emportés par l'hystérie générale, à l'extérieur, et par l'impression de contrôle que donnait Pierre Trudeau, à l'intérieur... Trudeau semblait tellement convaincu que l'action proposée par Lalonde était la bonne que nous avons perdu notre capacité de juger et lui avons donné notre appui dans ce qui allait être une injustice massive -- pas seulement l'occupation militaire de villes canadiennes mais l'arrestation et la détention, sans accusation, de plus de 400 citoyens canadiens (plus précisément citoyens canadiens-français), sans libération sous caution. L'habeas corpus, ce droit anglais arraché du roi d'Angleterre en 1215, ne s'appliquait plus. [...]

«C'est Tommy Douglas, du NPD, qui s'est levé en Chambre, jour après jour, martelant le gouvernement pour avoir suspendu les libertés fondamentales. Si vous me demandiez aujourd'hui pourquoi je n'étais pas à ses côtés, je pourrais seulement dire que je n'en ai aucune idée. Il a manifesté un courage politique de très grande envergure.»



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IMPRESSIONS D’UN MILITAIRE SUR LA CRISE D’OCTOBRE 70

Capitaine(r) René-Marcel Sauvé
Officier d’infanterie et parachutiste

TRIBUNE LIBRE jeudi 16 octobre 2003

Le premier principe de stratégie s’énonce comme suit : appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation. Un principe n’est pas un terme d’idéologie ou de casuistique. Il est l’élément intangible du réel et ne peut être connu qu’en appelant à l’esprit de discernement. De ce premier principe dépendent tous les autres en stratégie d’État : détermination et maintien d’objectifs praticables et réalisables; maintien du moral; concentration et économie de l’effort; simplicité; souplesse; sécurité; coordination; coopération; administration et logistique.

Tout individu impliqué dans les affaires de l’État doit les connaître et savoir les mettre en pratique, en temps normal et particulièrement en temps de crise et en temps de guerre, faute de quoi on ne peut régler aucun problème d’envergure. Comme l’enseigne Sun Tsu dans son classique art de la guerre (Sun Tse Ping Fa), la connaissance des grands principes permet de trouver en toutes circonstances les réponses et les solutions qui conviennent. Autrement, on reste avec ses problèmes. Agir n’est facile pour personne. Essayons donc d’apprécier le contexte à l’intérieur duquel s’est déroulée cette crise, afin d’en tirer quelques conclusions pratiques pour l’avenir.

HÉRITIERS DE CROMWELL CONTRE QUÉBÉCOIS

L’empire britannique est né sous Cromwell, entre 1640 et 1658. C’est bel et bien Oliver Cromwell, puritain féroce, disciple de Jean Calvin, républicain, régicide, meurtrier, incendiaire, génocidaire, visionnaire, qui a fondé la marine de guerre britannique, devenue la Royal Navy, en même temps que l’armée, le commerce et l’oligarchie à partir desquels naîtra un empire sur lequel le soleil ne se coucherait jamais. Comme tous les empires précédents, la flotte de guerre et l’armée sont au service d’une oligarchie et de son commerce. Malheur aux peuples sans défense dont les territoires recèlent des richesses convoitées et de plus, offrent aux communications maritimes les possibilités de transport nécessaires à la stratégie des affaires autant qu’à la stratégie militaire. La seconde appuie la première et il n’existe aucune dichotomie entre l’une et l’autre.

Après la mort de Cromwell, redevenus monarchistes par opportunisme, ses héritiers ont poursuivi l’œuvre entreprise par le Grand Maître, dont ils avaient assimilé les principes et les méthodes. Cromwell a montré la ligne de conduite à suivre pour détruire la concurrence et la résistance.

En Irlande, il a tué, pillé, incendié et dépossédé plus de la moitié du peuple Irlandais, voué par lui au génocide. C’est lui qui a entrepris la destruction des Écossais celtiques des Highlands. Sous son initiative, l’armée britannique et la Royal Navy sont devenues des confréries du meurtre et de la destruction de tout ce qui leur résistait. Malheur aux peuples sans défense. Ce sont les héritiers de Cromwell qui ont déporté les Acadiens, provoqué la guerre de l’indépendance américaine qu’ils étaient sûrs de gagner, avec pendaisons massives des rebelles Yankees et destruction de leurs terres.

Ayant perdu cette guerre, ils sont venus en Amérique Britannique du nord, autrement appelée Canada, bientôt suivis par leurs confrères qui opéraient en Irlande et en Écosse. Ce sont eux qui ont créé l’oligarchie dominante au Canada, en commençant par le Family Compact et la Clique du Château, responsables d’avoir provoqué deux guerres patriotiques au Québec et une guerre civile dans le Haut Canada. Leur envie de pouvoirs et d’argent ne connaît aucune limite, sauf celles que leur dicte la loi naturelle des intérêts et des rapports de forces. Leur esprit a la vie dure, s’est transmis d’une génération à l’autre pendant plus de 350 ans maintenant. Ce sont eux qui ont créé le pouvoir central, centralisateur, unitaire, arbitraire et concentré dans leur capitale artificielle à Ottawa, pour servir les fins d’une même oligarchie qu’on appelle Establishment, dont le centre de gravité principal se trouve à Toronto, au cœur des basses terres des Grands lacs.

Comme l’Irlande, l’Écosse, l’Acadie et la Nouvelle Angleterre, le Québec est pour les héritiers de Cromwell une source d’embarras dont ils voudraient bien se défaire. Mais le Québec n’est ni l’Irlande, ni l’Écosse, ni l’Acadie, ni la Nouvelle Angleterre, ni l’Afrique du sud et l’Australie, deux autres sources d’embarras pour les héritiers de Cromwell. Une différence majeure à noter : Le Canada ne s’est pas fondé sur le pouvoir maritime mais sur les chemins de fer. Seul le Québec possède un axe maritime sur son territoire, parallèle aux communications terrestres, facteur majeur de développement d’une nation et d’un État.

Le Québec est le siège d’un État naturel neuf. Son histoire géopolitique débute sous Richelieu, homme d’État d’envergure, instigateur d’une politique de développement continu sur le territoire de la vallée-noyau du Saint-Laurent. En imposant la langue française, langue d’État s’il en est une, Richelieu assurait la cohésion de la société à venir et sa progression possible vers le statut d’État. Lorsque la France s’est retirée pour concentrer toutes ses forces à venir en aide aux Yankees, les Québécois ont entrepris de faire le reste : mise en valeur du territoire, développement des infrastructures, défrichements, constitution d’un capital collectif, fondation des institutions d’un État, achats successifs de terres, terroirs et domaines appartenant aux ressortissants britanniques. Tous ces actes d’envergure se sont accomplis en même temps que l’expansion de l’Empire britannique partout dans le monde, avec tentatives de reprendre les États Unis. Ce contexte historique, la géographie, le sens de l’État, la langue d’État et la cohésion religieuse de la société québécoise, tous ces facteurs sont à l’origine du Québec parti de rien et devenu un État naturel neuf.

CROMWELL ET LE POUVOIR ABSOLU

Tous les pouvoirs du monde sont nés de l’organisation ou l’exploitation des nécessités qui n’ont ni loi ni morale. L’alimentation, le vêtement, le gîte, le confort et la protection, la sécurité face à l’avenir, les soins médicaux, l’instruction, les relations avec l’entourage et le monde extérieur, le besoin de présence, placent individus et sociétés en état de dépendance critique les uns par rapport aux autres. Personne ne peut agir seul. Chacun ne peut agir que dans et par les autres et inversement. D’où nécessité d’organiser les nécessités qui n’ont pas de loi et par conséquent, nécessité des États, dont c’est la fonction majeure et qui ont pour mission de pourvoir au bien général. Que les peuples soient extrêmement vulnérables à toutes ces dépendances, c’est l’évidence même.

Que l’indépendance, qui est l’aptitude et la capacité de choisir ses dépendances, ne puisse se réaliser que dans et par l’État national libre de toute oligarchie, c’est également l’évidence. Cromwell et ses héritiers le savaient et partout dans l’Empire, se sont acharnés à briser toute tentative des nations dominées de se donner un État. Dans ces conditions, le pouvoir absolu est possible même s’il ne dure qu’un temps. On voit maintenant comment Ottawa cherche le pouvoir absolu en supprimant les provinces, toutes appelées à devenir des États naturels comme le Québec. Dans cette perspective, le Front de Libération du Québec n’a été qu’une excuse pour intervenir militairement et briser l’État québécois naissant. Il est significatif de constater que le FLQ a été doublé par Ottawa, afin de justifier une répression plus brutale et définitive de la société québécoise.

Tous les empires de l’histoire du monde sont des pouvoirs politiques et primitifs, contrôlés par une oligarchie. Tous ont exploité et exploitent la dépendance extrême des peuples envers les nécessités les plus primitives. Tous savent que l’indépendance, qui suppose l’aptitude et la capacité de choisir ses dépendances, est possible, souhaitable, moralement bienfaisante et réalisable, à la condition que chaque nation du monde possède les assises de son propre État. L’État moderne, avec priorité à l’intérêt général et les partages de pouvoirs qu’il suppose, est un phénomène récent dans le monde. De plus en plus, les peuples créent leur propre État, dont ils assurent la défense. Au Canada, c’est le contraire qui se produit, Le pouvoir post-impérial d’Ottawa et son oligarchie cromwellienne sont déterminés à maintenir le statu quo à tout prix, peu importe que les provinces soient devenues en fait de nouveaux États à reconnaître et peu importe les conséquences.

TERRORISME POLITIQUE

Le gouvernement unitaire, centralisateur et arbitraire d’Ottawa, par l’entremise des média sur lesquels il exerce un contrôle quasi absolu, a associé le « terrorisme politique » avec le Front de Libération du Québec. Le véritable terrorisme politique a pour objet de briser les populations et de les soumettre, non de s’attaquer aux gouvernements et aux oligarchies en place. D’où les tentatives pendant la crise d’octobre de faire croire au peuple québécois que l’armée a été envoyée « protéger la population » alors qu’elle ne courait aucun danger de la part du FLQ. Ce mensonge fait partie du véritable terrorisme politique.

La forme la plus scabreuse du terrorisme politique a été pratiquée par Cromwell en Irlande et en Écosse et perpétuée dans les colonies de l’Empire, notamment dans les Treize colonies, en Acadie, en Amérique Britannique du nord, autrement appelée Canada, en Afrique du sud contre les Boers et aussi contre les Australiens, sans omettre les peuples d’Afrique et du Proche Orient qui ont eut à subir les foudres de l’Empire.

Dès sa première intervention armée en Irlande, Cromwell a montré comment il faut agir pour briser et soumettre définitivement un peuple. D’abord l’armée, qui tue, massacre et dépossède militants et non militants, femmes et enfants compris, avec pour excuse de « faire un exemple et prévenir d’autres pertes de vies(sic) ». Terrorisé, intimidé, réduit à l’impuissance, un peuple devient facile à manipuler, jusqu’à faire « amende honorable » pour ses « manquements et ses crimes » envers de « si bons maîtres ». Une tentative de génocide comme celle qu’a entreprise Cromwell en Irlande exige jusqu’à douze générations pour récupérer et beaucoup de peuples ne s’en sont jamais remis (entre autres les Prussiens Baltes de la plaine germano-polonaise).

Lorsqu’un peuple est matériellement et moralement brisé, le pouvoir peut agir tranquillement pour des générations à venir, décider ce que bon lui semble, quitte à nier le passé et à montrer à la face du monde combien il a été « bon et généreux » envers ces pauvres bougres qui ne méritaient pas de vivre. On est scandalisé de voir ce qui est arrivé aux Acadiens mais on oublie que les Irlandais ont subi pire longtemps avant eux et que l’armée britannique tentera de faire subir le même sort aux Yankees de Nouvelle Angleterre, qui battront les Anglais avec l’aide d’une armée et d’une flotte française.

L’armée britannique n’est pas l’armée du peuple anglais mais l’armée de l’oligarchie et du Parlement qui la supporte. Elle peut servir contre tous les peuples inféodés à l’Empire et qui entretiennent la moindre velléité d’indépendance. De même au Canada, où les Canadian Armed Forces, la Royal Canadian Mounted Police (créée pour protéger la Hudson Bay Company, Canadian Pacific et autres entreprises de l’oligarchie cromwellienne du Canada), sans oublier les services « secrets », qui poursuivent les mêmes buts que les prédécesseurs britanniques. Quant au Parlement, il est, comme le Parlement anglais, facile à manipuler par le cabinet, lequel travaille pour les intérêts oligarques et déclare effrontément travailler pour « tous les Canadiens ». Pourquoi le Québec n’a pas subi le sort de l’Irlande, l’Écosse et l’Acadie est expliqué dans Géopolitique et avenir du Québec (Guérin. Montréal 1994).

Le terrorisme politique se maintient en place par une propagande effrénée, obtenue grâce à un contrôle quasi absolu sur les communications organisées. En géopolitique, on affirme que le pouvoir est complètement dans ses communications. Au Québec et au Canada, les communications ont été saisies à la faveur de la deuxième guerre mondiale, sous prétexte de «sécurité nationale ». Qui contrôle les communications contrôle le langage officiel de la pensée unique, composé de demi-vérités, d’euphémismes, de métaphores, de clichés réductifs et simplistes, slogans, propos chargés d’émotions primaires pour faire pleurer les peuples comme des enfants, kétaineries, propos intimidants, toutes choses qui dégradent le jugement critique des populations inféodées et les rendent inaptes à raisonner à froid, prendre conscience de leur véritable statut de nation et d’État et agir en conséquence. La méthode a été mise au point en Irlande, en Écosse et au Pays de Galles sous Cromwell, qui se prétendait envoyé par Dieu pour redresser le monde et faire justice. Les talibans ne sont pas nés d’hier.

Au Québec, nous nous sommes presque retrouvés avec un premier ministre qui se déclarait « guidé par la main de Dieu ». Le discours simplifiant, lénifiant et réductif est couramment utilisé par Ottawa pour conditionner et intimider le peuple du Québec, notamment par RDI, qui, entre autres, utilise à répétition l’expression « au pays » en parlant du Canada, et « province de Québec » en articulant le mot province, pour signifier au peuple québécois qu’il n’a aucun statut, ni celui de peuple et encore moins celui de nation et d’État, pas même de facto, alors que la preuve du contraire est faite.

Une autre forme de terrorisme politique consiste à multiplier lois, règlements et ordonnances au point que plus personne ne s’y retrouve. Le pouvoir et les intérêts qu’il défend peut alors décider ce qu’il veut sans consulter personne, avec un risque minimum de critiques potentiellement efficaces. Comme l’ambiguïté fait porter par les autres ses démons intérieurs, le peuple se sent mal dans sa peau, puisqu’il est incapable et incompétent à comprendre et interpréter les lois existantes. D’où l’inquiétude et même la terreur de constater qu’on est « hors la loi », à cause de quelque règlement obscur et mal rédigé, dont l’ambivalence peut être interprétée de diverses manières, selon sa position en face du pouvoir. Cromwell, maître de l’ambiguïté, a enseigné à ses héritiers comment faire pour semer le doute et la confusion dans l’esprit d’un peuple.

TOUJOURS PRÊTS POUR LA GUERRE

Depuis 1966, des mesures avaient été ordonnées par le gouvernement fédéral pour exercer un meilleur contrôle sur les forces armées dans le Québec, on pourrait presque dire, désarmer le Québec. Cela se voyait de l’intérieur de l’armée mais à l’extérieur, les apparences de la normalité étaient maintenues. Entre autres, il fut décidé que toutes les munitions stockées au Québec seraient transférées ailleurs. Le camp Bouchard, au nord de Montréal, était un important dépôt de munitions, de même que le camp Valcartier. La presque totalité des stocks de bombes de mortiers, d’obus de canons de campagne, de grenades et de balles de mitrailleuses ont été transportés, soit vers Angus, près de Borden, en Ontario, soit vers Meaford, champ de tir et d’exercices pour les troupes à l’entraînement au camp Borden, soit Gagetown au Nouveau Brunswick. Il ne resta au Québec que l’essentiel pour conduire quelques exercices de tir et permettre aux militaires québécois d’avoir quelques occasions de s’exercer aux armes vives. En cas d’insurrection, l’armée au Québec manquerait de munitions, de sorte que les militaires québécois ne seront en position ni d’intervenir et encore moins de se soulever en bloc contre Ottawa, dans l’éventualité où le gouvernement fédéral ordonnerait une intervention militaire majeure pour en finir avec le Québec.

La possibilité d’une telle intervention n’est ni une invention de l’esprit ni de la paranoïa. Commissionné officier dès le 1er décembre 1948, des collègues m’ont conseillé de tenir l’œil ouvert sur les décisions d’Ottawa concernant le Québec et m’ont informé que l’année même, un pasteur orangiste avait présenté à Ottawa un plan d’intervention armée inspiré sur l’intervention militaire de l’armée britannique en Irlande sous Cromwell entre 1644 et 1648, alors qu’un demi-million d’Irlandais ont été tués, leurs terres confisquées et données aux soldats anglais comme récompense pour leurs services. C’était un siècle avant la déportation des Acadiens, que les Anglais appellent resettlement (un relogement), car jamais ils n’admettent leurs torts et leur langue est surchargée d’euphémismes qui transforment le crime en vertu. Certes, on est surpris de constater que des décisions prises il y a tellement longtemps puissent influencer les générations actuelles mais les Anglais décident à partir de précédents. Le comportement de Cromwell en Irlande, en Écosse et au Pays de Galles a indiqué aux Anglais la voie à suivre pour des siècles à venir.

La Loi des mesures de guerre, la suspension des libertés civiles, l’obligation pour les militaires de ne pas quitter l’armée sous aucune considération, l’envoi de troupes au Québec et le recours à la délation comme moyen de piéger les suspects de terrorisme, ont pris tous les militaires québécois par surprise. Personne ne s’y attendait. Personne ou presque dans l’armée ne voyait d’insurrection, de rébellion d’envergure, de coup d’État ou de guerre de guérilla nulle part au Québec. Comme en Irlande, le peuple québécois a été brutalement dompté à la soumission servile et il lui faudra encore du temps pour se prendre en charge et surtout se convaincre de pourvoir à sa propre défense territoriale, souhaitable et réalisable, compte tenu de la défendabilité naturelle du territoire du Québec.

Le Front de Libération du Québec n’avait ni les moyens de l’insurrection, ni de la rébellion d’envergure, ni même du coup d’État et encore moins de la guérilla organisée. Cela se voit maintenant et cela se voyait à cette époque. La surenchère, l’incompétence et sans doute la mauvaise foi des journaux et reportages télévisés, la paranoïa à chaque palier du gouvernement ou presque, l’ignorance crasse des principes élémentaires qui gouvernent la vie des États, le piégeage et l’abus des mots, tout a contribué à créer un climat de crise alors qu’il n’en était rien ou presque rien. La Loi des mesures de guerre ne pouvait viser que d’autres buts, inavoués parce qu’inavouables.

L’INSURRECTION EST L’ACTE DE GUERRE D’UN ÉTAT CONTRE UN AUTRE ÉTAT

Une insurrection même appréhendée, avec Loi des mesures de guerre, ne peut être que le fait d’un État en guerre contre un autre État. On ne déclare pas officiellement la guerre à un groupuscule, une association, un groupe de pression ou un parti politique. Il n’y a ni guerre ni diplomatie entre tribus et clans, même lorsqu’on emploie ces termes pour qualifier leurs hostilités et leurs réconciliations. Il ne peut y avoir de guerre et de diplomatie qu’entre États seulement, sociétés architectoniques dotées de pouvoirs d’envergure que ne possèdent ni les tribus, les clans, ou les nations sans État. L’insurrection suppose l’existence d’un État, existant naturellement et réellement (de facto) et capable de remettre en question l’existence même d’un État dominant.

L’insurrection appréhendée, la Loi des mesures de guerre et l’envoi de l’armée au Québec sont des actes de guerre, actes d’envergure géopolitique qui ne peuvent concerner que des États, non un État central, arbitraire et post-impérial, comme celui d’Ottawa contre une province qui lui est encore inféodée comme c’est le cas du Québec. D’ailleurs, comme le chef d’État au Canada demeure Sa Majesté Élisabeth Deux, reine d’Angleterre et du Commonwealth, et par extension reine du Canada, on peut se demander si tout le Canada au fond, Québec compris, n’est pas toujours une colonie? Alors pourquoi prendre des décisions d’État?

La citoyenneté canadienne n’existe que depuis très récemment mais tous les Canadians et Québécois demeurent des sujets de Sa Majesté britannique et par conséquent, des coloniaux puisqu’ils ne sont pas des métropolitains. Tant mieux pour ceux et celles qui s’accommodent d’un tel non-statut, mais ils deviennent de plus en plus nombreux au Québec et maintenant ailleurs au Canada ceux et celles qui se rendent compte que l’inféodation et la subordination servile qui en résulte sont des ignominies chez les peuples aptes et capables de se prendre en charge et se gouverner eux-mêmes, en particulier ceux qui, comme le Québec, possèdent déjà les assises de leur propre État. Le gouvernement fédéral de Sa Majesté ne peut plus l’ignorer puisqu’il a décidé la Loi des mesures de guerre sur fond « d’insurrection appréhendée ».

Par sa Loi des mesures de guerre, Ottawa reconnaissait le Québec comme l’assise d’un État lourd de promesses et de menaces pour le pouvoir centralisateur, unitaire et arbitraire constitué par l’oligarchie cromwellienne, pour le maintien de ses intérêts partout dans l’espace continental canadien. Le gouvernement fédéral de l’époque, sous le collaborateur P.E. Trudeau, ne pouvait pas ne pas le savoir, même s’il prétend le contraire et se lance en campagne sous la piètre excuse de vouloir détruire le « séparatisme », alors que la réalité était ailleurs. Les collaborateurs sont souvent pires que les héritiers de Cromwell. Habitués à mentir, même s’ils essayaient de dire la vérité, ils en seraient incapables. Jean Chrétien, Marc Lalonde et tutti quanti nous en fournissent la preuve.

Selon les temps et les lieux, les soulèvements contre les pouvoirs en place prennent différentes formes : coups d’État, rébellions de grande envergure, guérillas et insurrections. Elles peuvent surgir toutes en même temps dans un pays où règne le chaos le plus total. Afin d’apprécier chaque contexte et chaque situation à son mérite et d’en tirer quelques conclusions valables pour évaluer la crise d’octobre 70 au Québec, il importe de les discerner et d’en déceler les principales caractéristiques.

Commençons par la guérilla parce qu’elle intéresse l’armée, directement visée par les guérilleros, qui évitent de heurter les populations civiles, mais n’hésitent pas à frapper les forces armées et autres moyens et symboles du pouvoir en place. La guérilla n’est pas nécessairement armée, mais elle est violente en ce sens qu’elle vise à renverser un pouvoir et un ordre de choses qui arrangent une oligarchie au détriment de l’intérêt général. La violence physique ne commence pas avec la guérilla, qui a, comme l’expérience le démontre, pris les armes longtemps après que le régime en place se fut servi de l’armée pour briser la volonté populaire.

La guérilla s’oppose au terrorisme politique des pouvoirs en place et de leurs armées. La guérilla ne date pas d’hier. On la retrouve dans la plus haute antiquité, comme unique moyen d’abattre des armées puissantes au service d’oligarchies, qui exploitent des populations inféodées et sans défense. La meilleure défensive a toujours été l’offensive, ce dont sont incapables la presque totalité des peuples inféodés et brisés à la soumission servile au comportement moutonnier. Manquant du savoir et de la détermination nécessaires pour abattre la partie dominante et exploitante, les peuples se réfugient derrière les barricades, erreur majeure en stratégie comme en tactique.

La défensive est fonction de l’offensive et vise à frapper les forces de l’adversaire et à les détruire dans les lieux et moments où elles seront les plus vulnérables. Une compétence militaire exceptionnelle est nécessaire pour réussir la défensive, qui doit atteindre ses objectifs avec une économie maximale de moyens. La défensive ne consiste pas à défendre un terrain jugé plus stratégique qu’un autre mais à exploiter le terrain pour surprendre l’adversaire où il subira les pertes les plus lourdes contre les feux de la défense. L’attaquant est plus vulnérable que le défendant et pour réussir ses attaques, il doit mobiliser des moyens jusqu’à vingt fois plus considérables que le défendant. La guérilla a pour objet d’exploiter les possibilités de la guerre défensive avec une économie de moyens, sauf que les guérilleros ont besoin de l’appui de la population pour réussir.

Au Québec, on croit encore que la défensive consiste à jouer au martyr et mourir sur les barricades. Cette manière de voir vient de l’expérience malheureuse des deux guerres patriotiques, celle de 1837-38 et de 1838-39, alors que les patriotes n’avaient aucune idée de la procédure à suivre pour mener une guerre défensive. S’ils l’avaient su, ils auraient écrasé l’armée britannique, plutôt que finir sur l’échafaud et en prison. La véritable défensive consiste à rejoindre et frapper l’armée adverse avec agressivité dans ses lieux et moments les plus faibles, et, multiplier les coups jusqu’à l’abattre et la détruire. Jamais l’ennemi ne doit prévoir où, quand et comment viendront les coups. C’est la seule manière de garder l’initiative, de le surprendre et de réussir. Pour réussir, il faut du savoir, de l’école en somme, de la doctrine, de l’entraînement, de la discipline et de la logistique. L’armement vient en dernier.

Les points les plus vulnérables d’une armée sont les communications et la logistique. Les Anglais le savent lorsqu’ils détruisent les moyens de communications et les sources d’alimentation des populations qu’ils entendent briser et soumettre, comme ils l’ont fait en Acadie, en Gaspésie, le long du Saint-Laurent jusque dans la région de Montréal, et ailleurs, en Irlande, en Écosse et chez les Boers d’Afrique du sud. Les guérilleros aussi le savent. Les pertes peuvent être très lourdes d’un côté comme de l’autre, mais la libération d’un occupant est possible par la guérilla et la preuve en a été faite à maintes reprises.

Pour réussir, la guérilla a besoin de l’appui de la population, pas sa sympathie mais son appui, ce qui n’est pas la même chose. En pratique, cet appui se traduit par la recherche et la transmission des renseignements fiables concernant tout sur l’adversaire et son armée, par des contributions en argent, en nourriture, en armes et équipements, par des caches et des abris, en pourvoyant au transport et des services médicaux efficaces et discrets. La guérilla a besoin d’entraînement, sur des terrains propices, avec surveillance et protection locale, pour éviter les attaques surprises.

Elle a besoin de l’appui et du silence de la police et des fonctionnaires. Le secret absolu doit devenir une manière de vivre. Le langage de la guerre est sobre à l’extrême. Personne ne peut se permettre la moindre allusion, ironie ou farce suggestive et chacun doit exécuter rigoureusement en sans attirer l’attention les tâches qui lui sont confiées. La discipline doit être totale et impitoyable. Or, le Front de Libération du Québec ne jouissait d’aucun de ces avantages essentiels. Les jeunes gens qui en faisaient partie avait reçu un peu d’instruction ailleurs, très insuffisante. Ils avaient lu des livres impressionnants qui enseignent tout sauf l’essentiel.

Le Front de Libération du Québec avait certainement la sympathie d’une bonne partie de la population québécoise, mais il n’en recevait aucun appui. La vingtaine de jeunes gens qui constituaient cette organisation naïve prétendait libérer le Québec de la domination coloniale et de son inféodation à l’oligarchie locale et torontoise et au pouvoir centralisateur, unitaire et arbitraire d’Ottawa, alors qu’ils n’en avaient nullement les moyens. Ils étaient connus de tout le monde et la police les fichaient depuis 1963 au moins. Jamais le Front de Libération du Québec n’était comparable en nombre, en moyens et en force aux organisations de motards criminels qui font le commerce de la drogue et qui en passant, sont très respectés par la police. En fait, la police de Montréal seule était amplement suffisante pour venir à bout du FLQ, avec un minimum d’efforts, sans temps supplémentaire. La Sûreté du Québec était de trop et encore davantage la GRC de Sa Majesté, commandée d’Ottawa.

Sans doute, Ottawa a toujours besoin d’augmenter sa crédibilité afin de prendre des décisions extrémistes et en finir avec le Québec devenu un État à reconnaître et dont il fallait taire le nom. Comme l’a enseigné Cromwell, tous les moyens sont bons pour en finir. Même le mensonge et l’hypocrisie sont des vertus à la condition de réussir.

« Il n’y avait pas non plus la moindre possibilité pour le FLQ de prendre le pouvoir par le moyen d’un coup d’État et de le mener à bonne fin. Un coup d’État est technique et consiste à saisir les communications de l’État qu’on veut renverser pour en substituer d’autres vouées à la cause à défendre. En effet, le pouvoir est complètement dans ses communications, toutes ses communications, depuis les moyens techniques jusqu'aux relations entre individus impliqués. Cet axiome est central en géopolitique et en stratégie de guerre interne. Pendant les journées d’octobre 1917 à Saint Pétersbourg, Léon Trotsky l’a bien compris. De nos jours, le principe reste le même mais comme les communications ont changé, alors les coups d’États ne pourront réussir qu’en tenant compte des conditions actuelles. Pour réussir, il faut au moins saisir tous les journaux à grands tirages d’abord, les autres ensuite, toutes les stations radio, toutes les stations de télévision, le téléphone, les réseaux du web et de l’internet, contrôler les aéroports, les gares de chemin de fer, les carrefours routiers, l’électricité, le gaz, l’eau et les frontières.

Combien d’individus aptes, compétents, froids, durs, résolus, prêts à tout, sont capables de le faire? Certes, il n’en faut pas beaucoup de cette espèce pour réussir mais il en faut au moins quelques milliers. De plus, il faut préparer d’avance la relève par un nouveau pouvoir prêt à entrer en fonction immédiatement sitôt les communications saisies. Il faut aussi de l’argent, afin de permettre aux individus de préparer leur action par des reconnaissances sur place, en très petits groupes, répétées, sans bruit, afin de ne pas attirer l’attention et d’habituer les victimes à la présence d’individus nouveaux parmi eux, afin de tout voir et tout prévoir. Rien ne s’improvise en stratégie ni en tactique ».

Le Front de Libération du Québec n’avait aucun moyen pour entreprendre un coup d’État. Les communications au Canada et au Québec ont déjà été saisies depuis longtemps par un seul parti politique, celui qui détenait le pouvoir pendant la seconde guerre mondiale et qui en a profité pour préparer l’après-guerre en sa faveur. Le coup d’État du parti libéral fédéral partout au Canada et au Québec est permanent depuis plus de 60 ans maintenant et personne n’a pris l’initiative de le renverser par un autre. Contrôler toutes les communications veut dire s’assurer la pérennité du pouvoir même dans l’opposition. De cette manière, on peut désinformer et conditionner la population à perpétuité, comme dans les pays totalitaires, lui servir du vide et des kétaineries en quantité, la dégrader intellectuellement et mentalement jusqu’à l’insignifiance. Non seulement le Québec mais tout le Reste du Canada s’accommoderaient bien d’un coup d’État qui changerait les perspectives et inciterait à une plus grande maturité politique. Le FLQ en était incapable et le gouvernement fédéral de l’époque ne pouvait manquer de le savoir puisque c’était l’évidence même. Alors pourquoi insister sur une Loi des mesures de guerre avec l’envoi de l’armée au Québec, comme si le Québec possédait la clef du renversement du pouvoir d’Ottawa?

À cet effet, on peut penser que les syndicats et le Parti Québécois auraient été capables d’organiser et de mener une rébellion de grande envergure. Cette impression se dégage du fait que les listes qui ont été envoyées à l’armée contenaient les noms de syndiqués et de membres du Parti Québécois qu’il fallait arrêter et jeter en prison sans procès ni habeas corpus.

Jamais dans l’armée nous n’avons pris le Front de Libération du Québec comme une menace sérieuse au pouvoir et à l’oligarchie d’Ottawa, de Toronto et de Montréal. Déclarer en public que l’armée avait reçu pour tâche de « protéger la population » est un autre mensonge cromwellien.

Si le Québec veut réellement se faire reconnaître comme État de jure comme de facto, il devra pourvoir à sa propre diplomatie dans ce sens et entreprendre en même temps les préparatifs de sa propre défense. La dissuasion est plus exigeante que la défense proprement dite mais dans la mesure où elle est compétente et déterminée, elle garantit la paix. Cette paix n’est jamais assurée, tant et aussi longtemps qu’Ottawa est disposé à recourir à la force pour maintenir son pouvoir politique et protéger son oligarchie à tout prix. D’où propension comme en octobre 1970 à exploiter un incident mineur pour tenter de briser l’État naissant du Québec.

Militaire de carrière, officier d’infanterie, parachutiste, avec 28 années de service au Québec, au Canada, en Europe, en Afrique Équatoriale et au Proche Orient, géographe, auteur d’un ouvrage sur la Géopolitique et l’avenir du Québec (Guérin 1994), il était en service à la base militaire de Saint Jean sur Richelieu pendant la crise d’Octobre 1970.

Capitaine(r) René-Marcel Sauvé



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Faire oeuvre de pédagogie

Le premier ministre ne croit pas que l'affrontement avec certains groupes aboutira à des "troubles sociaux"

Norman Delisle
Le Soleil jeudi 16 octobre 2003

PC - C'était pour faire oeuvre de "pédagogie" que le premier ministre Jean Charest s'est adressé aux Québécois mardi par le biais d'une lettre publiée dans les quotidiens.

"La politique commande que périodiquement, on fasse de la pédagogie et qu'on rappelle les positions qu'on défend. Je ne tiens pas pour acquis que l'exercice démocratique se terminait le 14 avril dernier. Je veux que les gens sachent qu'on suit le mandat qu'ils nous ont donné, et qu'on est en train de le mettre en oeuvre", a déclaré hier M. Charest, au moment où il se présentait à une réunion du groupe parlementaire libéral.

M. Charest a publié mardi une lettre reprise dans les quotidiens québécois, où il décrit le type de changements qu'il veut apporter à la gestion de l'Etat. Le premier ministre s'en prend aux "groupes d'intérêts qui bénéficient du statu quo (et qui) font du bruit". Il les invite "à ne pas faire passer des intérêts corporatistes au-dessus des intérêts historiques du Québec".

Les centrales syndicales ont immédiatement réagi avec force aux propos du premier ministre. Les leaders syndicaux ont unanimement soutenu qu'il s'agissait de "propagande" destinée à faire accepter l'opération de révision du rôle de l'État.

M. Charest a invoqué à plusieurs reprises le mandat qu'il a reçu le 14 avril dernier pour justifier les gestes de son gouvernement.

"Il y a là le sens du mandat qu'on a reçu le 14 avril dernier. Il faut dire à la population ce qu'on va faire. On prend acte de ce mandat", a dit M. Charest.

Le chef du gouvernement n'a manifesté aucune surprise face aux réactions déclenchées par son épître. "Des gens expriment leur position. Il n'y a aucune surprise. Pour certains, le 14 avril 2003 n'a pas eu lieu. Il ne faut pas s'étonner des réactions", a soutenu M. Charest.

Selon le chef libéral, "l'élection (du 14 avril) exprimait une volonté de changement. Dans la lettre, on a dit le sens qu'on donnait à cela. Maintenant que les gens se sont prononcés, on avance, dans un esprit d'ouverture."

M. Charest ne croit pas que les possibles affrontements qui pourraient survenir avec certains groupes pourraient donner lieu à des "troubles sociaux".

"Personne n'a évoqué cela. Personne ne fait allusion à un trouble quelconque", a-t-il dit.

Pour le premier ministre, le Parti libéral avait annoncé le 12 septembre 2002 ce qu'il entendait faire une fois au pouvoir. "Y a-t-il une personne qui peut se dire surprise de notre politique municipale ? Nous sommes déterminés à remplir le mandat de changement qu'on nous a confié."

Les maires des différentes municipalités du Québec ont eux aussi exprimé des objections aux politiques du gouvernement. Leurs doléances ont été écoutées "dans un esprit d'ouverture", et le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, va soumettre sous peu ses conclusions au gouvernement, a expliqué le premier ministre.

Bref, le gouvernement se dit assuré de bien remplir le mandat pour lequel il a été élu le 14 avril dernier. Rien dans les propos tenus hier par M. Charest n'indique que le gouvernement va dévier de la voie qu'il s'est tracé.



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Réingénierie?

Louis-P. Perreault
Cyberpresse jeudi 16 octobre 2003

Est-ce que quelqu'un pourrait dire à Monsieur Charest qu'il n'a pas reçu un mandat clair, contrairement à ce qu'il prétend, pour entreprendre un démantèlement aussi drastique de l'État, surtout sans consultation.

Si je me rappelle bien de la campagne, Jean Charest n'a jamais voulu détailler son programme de coupures (ou réingenierie si vous préférez). Il s'est contenté de répondre que les Québécois étaient assez intelligents pour savoir que son gouvernement ferait les bons choix.

Maintenant que les électeurs lui ont signé un chèque en blanc, juste pour le fun de changer de gouvernement, il n'arrête pas de prétendre qu'on lui a donné un mandat clair.

Est-ce que je me trompe, ou la majorité des Québécois a vraiment voté pour ce qui est en train de se passer... Est-que la population sera au moins sondée sur la question ???

Ce grand défenseur de la démocratie risque de foutre un bordel irréparable dans toutes les villes fusionnées, au nom du principe que les gens ont le droit de s'exprimer. Il s'apprête en revanche à prendre des décisions impliquant des acquis qui appartiennent à toute la collectivité, sans demander l'avis à personne. Il dit aux syndicats : Taisez-vous.

Il me semble que cette question est drôlement plus importante que la satisfaction de quelques défusionnistes éméchés, et mériterait donc un débat public. Je note aussi que les défusionnistes sont pour la plupart des gens très à l'aise, bien à l'abri de l'appauvrissement de certaines couches de la société, qui pourrait résulter d'une réingénierie à tendance un peu trop néo-libérale.

Un citoyen déçu et inquiet.



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L'homme de plume

Michel David
Le Devoir jeudi 16 octobre 2003

Il est très rare que le premier ministre du Québec s'adresse directement à la population en faisant publier une lettre dans les journaux. En deux ans, Bernard Landry n'en a jamais ressenti la nécessité. Pas même au lendemain des terribles événements du 11 septembre 2001, alors que les Québécois s'inquiétaient au moins autant de la menace terroriste que des dangers de la «réingénierie».

Lors du rejet de l'accord du Lac-Meech, Robert Bourassa avait réagi par une déclaration solennelle à l'Assemblée nationale. Jean Charest était-il si anxieux de «faire le point» sur ses six premiers mois au gouvernement qu'il était incapable de patienter jusqu'à la reprise de la session parlementaire, la semaine prochaine ? S'il s'agissait de calmer les appréhensions de ses députés, le mieux aurait encore été de les informer de ses intentions.

Lucien Bouchard avait un goût certain pour l'écriture, Jacques Parizeau rédigeait lui-même ses discours sur le budget, enfermé dans son sous-sol d'Outremont, mais personne n'a jamais soupçonné le premier ministre actuel d'être un homme de plume.

S'il n'en pouvait plus d'attendre avant de communiquer le résultat de ses réflexions, la procédure normale aurait été de convoquer une conférence de presse. Évidemment, cela comporte certains inconvénients. Par exemple, devoir répondre à des questions ou trouver une façon de les éluder. M. Charest écrit aux journaux, mais il ne leur a pas accordé la moindre entrevue depuis qu'il est devenu premier ministre.

On a beau relire sa lettre, rien ne semble justifier le recours à un moyen aussi exceptionnel. D'ailleurs, c'est peut-être là l'explication : jamais il n'aurait eu droit à une telle couverture s'il s'en était tenu à ces généralités dans un cadre plus habituel.

N'eût été la vive réaction du secrétaire général de la FTQ, Henri Massé, piqué par l'attaque du premier ministre contre ceux qui placent leurs «intérêts corporatistes» au-dessus des «intérêts historiques» du Québec, auxquels M. Charest associe abusivement la «réingénierie», sa lettre serait tombée complètement à plat.

On peut toujours se consoler à l'idée que le premier ministre n'ait pas suivi le coûteux exemple du maire Tremblay en confiant la rédaction de sa lettre à un sous-traitant. Il n'y a pas à s'y tromper : elle est certainement de la même plume que tous ses discours depuis un an.

M. Tremblay s'est félicité que cet investissement de 6000 $ lui ait valu trois minutes d'applaudissements après son discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, mais on voit mal comment le Conseil du patronat pourrait applaudir plus qu'il ne le fait déjà à la moindre déclaration de M. Charest.

Il est tout de même curieux que sa lettre ait été publiée le jour même où la FTQ comparaissait devant la commission parlementaire qui étudie le projet de loi sur les défusions. On aurait voulu jeter M. Massé en pâture aux journalistes qu'on n'aurait pas agi autrement. Simple coïncidence, a assuré M. Charest.

Si un bras-de-fer avec les syndicats paraît inévitable, il est toutefois permis de s'interroger sur l'à-propos de jeter de l'huile sur le feu à ce stade-ci du débat. En 1989, Robert Bourassa avait réussi à changer le cours de la campagne électorale en demandant à la population de choisir entre l'intérêt général et ceux des syndicats. La grève illégale des infirmières avait cependant créé une situation d'urgence qui pouvait justifier qu'on pointe vers celles-ci un doigt accusateur.

Encore une fois, le poids de l'opinion publique sera déterminant dans l'épreuve de force qui s'annonce, mais pourquoi sortir l'artillerie lourde dès maintenant alors que la partie ne fait que commencer et qu'on ne sait presque rien des projets du gouvernement ?

À moins qu'il ne s'agisse d'éviter le débat sur les modalités concrètes de la «réingénierie» en le transformant en procès des syndicats. Ceux-ci ne sont certainement pas sans taches, mais leurs «intérêts corporatistes» ne les avaient pas empêchés de s'associer à la quête du déficit zéro. Faut-il rappeler à M. Charest qu'à l'époque, c'est lui qui avait demandé au gouvernement Bouchard d'y renoncer, au grand désarroi de ses amis du Conseil du patronat ?

Sur une question comme la modification de l'article 45 du Code du travail, devenu un véritable symbole de la lutte syndicale, on voit mal comment une entente serait possible, mais un principe de base en matière de négociations est de régler ce qui peut l'être avant de s'attaquer aux questions les plus litigieuses.

Dans sa lettre, M. Charest parle d'un processus qui s'accomplira patiemment. Pour un homme qui n'entend rien bousculer, il semble étonnamment pressé de provoquer une escalade. La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, est pourtant la personne rêvée pour se charger de ce travail. Le premier ministre devrait plutôt se réserver pour le moment où il faudra bien trouver un moyen de sortir de l'impasse.

M. Charest n'a pas à faire la preuve de sa détermination à réaliser ses projets. Si quelque chose est de nature à inquiéter la population, ce n'est certainement pas un manque de volonté de la part du gouvernement mais plutôt la désinvolture avec laquelle il semble anticiper, pour ne pas dire souhaiter, un affrontement avec le monde syndical.

mdavid@ledevoir.com



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Lettre ouverte de Jean Charest aux Québécois pour justifier la «réingénierie» de l'État:

Une salve idéologique au bord de la démagogie

Union des forces progressistes
TRIBUNE LIBRE jeudi 16 octobre 2003

Montréal et Saguenay, le 16 octobre 2003. Le PM «conservateur» Jean Charest a tenté de justifier son projet de «réingénierie» par une lettre ouverte adressée il y a deux jours aux québécois et aux québécoises qui s'inquiètent de voir déferler sur le Québec un vent de droite de nature à compromettre les quelques acquis sociaux qui subsistent encore en cette province sans pays. Se référant au «bien commun» pour défendre les coupures budgétaires amorcées et à venir, il a prétendu se faire ainsi le défenseur «des intérêts historiques du Québec» tandis que les syndicats et les groupes de pression qui s'opposent au «changement» sont traités «d'immobilistes à la défense d'intérêts corporatistes». Le gardien du poulailler tient la porte ouverte pour le loup et se permet par-dessus le marché d'engueuler le propriétaire!

Frapper le premier

Le gouvernement Charest a cru bon de faire cette sortie juste six mois après son arrivée au pouvoir et juste avant l'ouverture de la session parlementaire la semaine prochaine en cet automne que l'on prévoit «chaud». On sent la colère qui gronde dans les milieux syndicaux et populaires depuis que le gouvernement attaque sur tous les fronts : augmentation des tarifs de garde, des tarifs d'électricité, remise en question de l'équité salariale, refus de la syndicalisation des travailleuses des agences de services de garde et des familles d'accueil malgré un jugement de la cour qui leur est favorable, annonce des modifications à l'article 45 du code du travail de façon à favoriser encore davantage la sous-traitance (donc le «cheap-labor» et les contrats au privé), annonce de fusion des accréditations syndicales dans le secteur public et para-public, pénalités à l'aide sociale pour qui refusera les mesures qui sont loin d'être de véritables parcours d'emploi, menaces d'augmenter les frais de scolarité, etc. Alors qu'on sait qu'il se fait déjà de la sous-traitance et que ce n'est pas rentable pour l'État; que lorsqu'il y a des emplois, ce sont par milliers que les gens soumettent leur candidature, car ils veulent travailler; alors que le train de la défusion roule à grande vitesse (dans l'intérêt commun?), que les entreprises, qui contribuaient déjà fort peu aux recettes fiscales ont reçu des congés de taxes sur la capital et une augmentation de l'exemption à la formation professionnelle (dans l'intérêt commun?). Alors que les baisses d'impôt massives qui sont annoncées ne profiteront qu'aux riches et ne contribueront qu'à accroître l'écart entre ceux-ci et les pauvres (dans l'intérêt général?).

Démagogie

Le gouvernement a beau tenter de masquer son projet de réingénierie, il craint la résistance populaire et c'est pourquoi il a voulu frapper encore une fois avec cette lettre ouverte qui en réalité n'est qu'un alignement de phrases creuses de propagande idéologique, pour ne pas dire démagogique. C'est Jean Charest qui a, de l'avis de la plupart des experts, rompu avec la tradition historique tenue par tous les Premiers ministres québécois depuis 40 ans, en acceptant de faire rentrer le Québec dans les rangs du «Conseil de la fédération» (qu'il a proposé lui-même), faisant du Québec «une province comme les autres». Ce Québec, que le Canada ne reconnaît pas comme nation et qui a refusé unanimement par un vote à l'Assemblée nationale la Constitution canadienne de 1982. C'est cet homme qui aujourd'hui appelle à la sauvegarde des intérêts historiques du Québec! Cette opération a un nom : cela s'appelle de la démagogie!

M. Charest nous prévient : si nous refusons le «changement» comme de vulgaires réactionnaires, «le modèle québécois ne sera plus qu'une relique». N'est-ce pas rassurant (nous ne sommes quand même pas dupes) de constater que le gouvernement libéral (sic) défend le «modèle québécois». N'est-ce pas ironique de voir que d'entrée de jeu, le PM Charest cite l'introduction du Rapport Facal, du nom de celui qui, alors ministre péquiste, prévoyait déjà l'abolition de nombreux organismes gouvernementaux et même de plusieurs ministères. Un rapport qui, redisons-le, avait tant «ébloui» selon sa propre expression, le PM Landry d'alors.

Le PQ mal placé pour critiquer

Il y a donc une certaine continuité sur le plan des politiques néolibérales avec le précédent gouvernement. Le PQ peut bien jouer les vierges offencées sur les banquettes de l'opposition mais il est en réalité bien mal placé pour critiquer le gouvernement Charest. Ce gouvernement qui se permet de renier certaines de ses promesses électorales (loi sur la pauvreté, réforme du mode de scrutin, gratuité des médicaments aux démunis, etc.) d'un côté tout en se prétendant mandaté pour réaliser la complète restructuration de l'État québécois et du contrat social qu'il a de plus entrepris unilatéralement. Ce Jean Charest qui, durant la campagne électorale, donnait l'impression de se faire le gardien du bien commun face aux politiques de la droite radicale de Mario Dumont, lequel aujourd'hui doit bien se demander si son parti a encore une raison d'être!

Les intérêts historiques du Québec

L'automne, l'hiver et le printemps seront chauds. Oui monsieur Charest le bien commun est grandement menacé, tout comme l'est la paix sociale, tout comme le sont les intérêts historiques du Québec. La riposte du peuple québécois sera unitaire sur tous les fronts. La défense du bien commun et des intérêts historiques du Québec l'exigent. L'UFP appuiera toute démarche d'unité menant à un large mouvement d'opposition aux politiques de ce gouvernement insensible et rétrograde, tout dévoué à protection d'intérêts particuliers.



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La lettre ouverte aux Québécois

Charest fait fi de la grogne syndicale

Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 16 octobre 2003

Québec - Le premier ministre Jean Charest persiste et signe. Les groupes d'intérêt, tels les syndicats, auront beau pousser les hauts cris, rien ne lui fera «peur» ni ne le fera déroger du «mandat de changement» qu'il dit avoir reçu le 14 avril. Aucun «trouble» social n'éclatera en raison de son opération de révision du rôle de l'État, assure-t-il aux Québécois, en dépit de la grogne qui monte de plus en plus.

À la suite de la publication, mardi, de sa lettre ouverte par Le Devoir, le chef libéral estime avoir atteint son objectif : démontrer aux Québécois, noir sur blanc, sa détermination à aller de l'avant.

Jean Charest dit ne pas être «étonné» outre mesure par la réaction des syndicats, qui ont affirmé mardi ne pas digérer que le premier ministre ait osé écrire qu'ils «bénéficient du statu quo» et devraient «ne pas faire passer des intérêts corporatistes au-dessus des intérêts historiques du Québec». Le premier ministre ne regrette aucunement les termes employés et n'a même pas tenté hier de rassurer les chefs syndicaux.

«Il ne faut pas avoir peur de dire que c'est ça qui est la réalité. Il ne faut pas être intimidé par [les commentaires des syndicats]. Des gens vont exprimer des points de vue, c'est normal, on va vivre avec ça. Il ne faut pas en être étonné», a souligné le premier ministre hier, lors d'une conférence précédant le début du caucus présessionnel des députés libéraux, à Québec.

D'après Jean Charest, «il ne faut pas craindre, ce serait le pire des scénarios, de remplir le mandat qu'on a obtenu. L'alternative serait le statu quo, continuer comme avant. Et à ça, les Québécois ont dit non, le 14 avril. Il n'y a aucune espèce d'équivoque», a-t-il ajouté.

Jean Charest garde donc le cap. Le premier ministre a répété sans arrêt hier qu'il ne fait que respecter son programme électoral, «pour lequel on a été interrogé longuement» et qui est connu depuis septembre 2002. «On prend acte de ce mandat qu'on a obtenu, comme on prend acte de ceux qui ont des commentaires à formuler. Et on va procéder», a-t-il ajouté.

À ceux qui prétendent que le programme libéral n'incluait pas l'opération de «réingénérie» de l'État qu'il a annoncée dès son arrivée au pouvoir, Jean Charest répond qu'il n'est «pas surpris d'entendre ça, car, pour certains, le 14 avril 2003 n'a pas eu lieu. Pour moi, ç'a eu lieu».

Même si des critiques sévères ont été exprimées par des groupes d'intérêt tels les syndicats, Jean Charest entend tout de même travailler avec eux à l'avenir. «On va continuer à travailler en concertation avec tous ceux qui sont concernés», a-t-il noté.

Le premier ministre a voulu dédramatiser les attaques des syndicats. D'après Jean Charest, la «réingénérie» de l'État ne déclenchera pas de troubles sociaux. «Personne ne fait allusion à un trouble quelconque. Au contraire, ce que j'entends, ce sont des gens qui disent : "On ne veut pas le changement que les Québécois ont exprimé le 14 avril dernier". Je regrette : moi, j'ai été investi d'un mandat. J'ai l'intention de le porter», a-t-il lancé.

Jean Charest a voulu se faire rassurant. Alors que des critiques se font entendre de toutes parts, le premier ministre pense que «personne n'a peur de quoi que ce soit», notamment pour ce qui est de la révision du rôle de l'État qu'entreprend son gouvernement.

Le premier ministre estime qu'il se devait d'écrire aux Québécois pour poursuivre l'«exercice démocratique» du 14 avril. «La politique commande que, périodiquement, on fasse de la pédagogie, rappeler les positions qu'on défend, ce qu'on fait», a-t-il expliqué.

Avec sa lettre ouverte, écrite pour fin de publication dans les quotidiens (une pratique inhabituelle de la part d'un premier ministre), Jean Charest se félicite d'avoir pu expliquer à la population l'état des travaux de son gouvernement. «J'ai atteint l'objectif que je m'étais fixé : dire aux Québécois que nous sommes déterminés à remplir le mandat de changement qu'ils nous ont confié, qu'on est en train de le faire, que tout cela va amener des bémols et des discussions, qu'il faut être ouvert à ça», a-t-il expliqué.



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Charest throws down gauntlet to unions

Charest went out of his way to provoke the unions and make the PQ look like their political hostage.

DON MACPHERSON
The Gazette Thursday, October 16, 2003

If the pretext for Premier Jean Charest's "open letter to Quebecers" in Tuesday's Gazette and other newspapers was to make a progress report six months after his government was elected, there wasn't much progress to report.

So far, the government's biggest accomplishment has simply been to maintain a balanced budget for the current fiscal year by closing a hidden $4.3-billion gap in the pre-election projections of the former Parti Québécois regime.

But if there's been a lot more talk than action from the government on its agenda, that's not necessarily a bad thing.

After nine years of blindfolded bungee-jumping with a Parti Québécois government that plunged us into one poorly prepared reform after another (pharmacare and $5-a-day day care leap immediately to mind), it makes a nice change to have a government that at least pauses to look before it leaps.

That's especially true when Charest, as he again spelled out in the newspapers, is about to dive into the biggest change in the role of government in Quebec since the Quiet Revolution.

Considering the Herculean task at hand, the government is not taking an excessively long time to decide which programs and services to farm out to other governments, community groups or the private sector, or simply to abolish.

Charest said the first reports of the working groups identifying what's to be dismantled in what he used to call the "re-engineering" of government, a term conspicuously absent from his letter, are due in December.

That's barely seven months after his ministers, many with no experience in government, took over responsibility for the programs and services whose efficiency and effectiveness they're supposed to be already assessing.

If this reassures you, then Charest's letter had the calming effect his spin doctors say it was intended to have. But it might also have had another purpose they can't admit.

That would be to discredit critics of Charest's plan as the defenders of special interests, either their own or, in the case of the PQ opposition, those of their political allies, as opposed to the general public interest.

If the letter was supposed to reassure people, the unions and other groups with an interest in preserving either government jobs or government programs obviously were excluded.

Instead, Charest went out of his way to provoke them, make the PQ, his opposition on the left, look like their political hostage and impugn their motives. He also reminded Quebecers of the interest-group politics that was part of the PQ style they rejected in the last election.

He quoted former PQ minister Joseph Facal on the need to overcome resistance to the modernization of government on the part of "interest groups."

Then, in the letter's most noteworthy passage (worded more bluntly in French than in the version provided to The Gazette), he said: "Not surprisingly, the interest groups that benefit from the status quo, and before which the former government backed down, are making noise. I ask them today to show openness and to be magnanimous enough not to place self-interest above the historic interests of Quebec and all Quebecers."

So, then, he reduced the objections to his plan to nothing but "noise" from narrowly selfish interest groups used to getting their way with their friends in the PQ. The unions, already psyching up for a fight with the government in the approaching public-sector contract negotiations, sputtered with fury at the premier's taunting trash talk.

As Charest said yesterday, the loud response of the unions, in particular, to his open letter was to be expected. In fact, it was so loud it drowned out that of the opposition parties.

For the past couple of days, it appeared as though the real opposition to the government was led by Henri Massé, the president of the Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, not the leader of the PQ. And if Charest could choose his opponent, labour leaders elected only by union members rather than the electorate as a whole might be the choice he would make.

But this fight is only beginning. And the public might not be spoiling for it as much as Charest is.

dmacpher@thegazette.canwest.com



»» diversité culturelle

La longue marche

Bernard Descôteaux
Le Devoir jeudi 16 octobre 2003

On n'osait pas trop y croire, mais, depuis cette semaine, on peut enfin penser que l'adoption d'une convention sur la diversité culturelle est chose réalisable. Unanimement, la 32e Conférence générale de l'UNESCO a donné le feu vert à la rédaction d'une telle convention qui, si tout va bien, pourrait être adoptée en 2005.

De la coupe aux lèvres, il pourrait en effet y avoir loin. Si un important pas vient d'être franchi vers la reconnaissance juridique de la diversité culturelle, le dernier bout de route à parcourir pourrait être le plus ardu. L'opposition des États-Unis à toute mesure visant à restreindre le libre accès de leur puissante industrie audiovisuelle aux marchés étrangers subsiste même si, à l'UNESCO, ce pays est resté silencieux lorsque la résolution autorisant la rédaction d'un projet de convention a été présentée. Cette non-opposition ne constitue pas un ralliement.

Plusieurs s'attendaient à ce que les États-Unis manifestent leur désaccord à donner une valeur juridique aux principes de la diversité. Sachant qu'ils seraient mis en minorité, ils ne l'ont pas fait. La campagne menée par le Canada et la France ne pouvait plus être arrêtée. Trop de pays s'y étaient joints, y compris certains qui, comme l'Allemagne, avaient longtemps rejeté l'idée d'un mécanisme de protection de la diversité culturelle.

Dans ce débat, les Américains, depuis le début, ont le rôle du gros méchant qui ne pense qu'à ses intérêts économiques. Ceux-ci ne sont pas négligeables. Il faut souligner que les films sont le premier produit d'exportation des États-Unis, ayant récolté en 2002 des recettes de 9,6 milliards de dollars à l'étranger. Les films américains représentent 80 % du marché au Québec, 98 % dans le reste du Canada et 70 % en Europe. Par contre, les films étrangers représentent à peine 5 % du marché américain.

La politique de Washington a toujours consisté à prétendre que les biens culturels devaient circuler librement, comme tout autre produit. L'argument serait valable si une telle disproportion dans les échanges n'existait pas et si la domination des marchés mondiaux par l'industrie audiovisuelle américaine ne risquait pas d'affaiblir et de mettre en péril les industries culturelles, voire les cultures de plusieurs pays.

Que feront les États-Unis maintenant que la rédaction de la convention est enclenchée ? On pourrait penser qu'ils tenteront de freiner, sinon d'enrayer le processus d'élaboration de la convention, ce qui leur sera d'autant plus facile que, ayant réintégré l'UNESCO, ils pourront le faire de l'intérieur. Ultimement, ils pourront bien sûr refuser d'adhérer à la convention. Par ailleurs, Washington continuera à privilégier la négociation d'accords bilatéraux. Dans ce cadre, les États-Unis, en s'appuyant sur leur pouvoir économique, cherchent à obtenir une libéralisation partielle ou totale en faveur de leur industrie audiovisuelle. Ce fut récemment le cas avec le Chili. Des négociations sont en cours avec la Corée du Sud et l'Australie, où les opinions publiques sont toutefois sur leurs gardes. Il est peu probable que Washington puisse désormais faire de grandes avancées de ce côté.

La mobilisation de l'opinion publique autour de la diversité culturelle est ce qui a fait la différence. Le Canada défendait depuis longtemps ce qu'on a d'abord appelé l'exception culturelle, mais ce n'est que lorsque le projet d'Accord multilatéral sur les investissements (AMI) a été révélé que les enjeux sont devenus manifestes pour le public. Dès lors, il est apparu que, pour qu'elle ait un sens, la libéralisation des échanges devait respecter la personnalité de ceux qui participent aux échanges.

La percée réalisée à l'UNESCO montre qu'il est possible de résister au courant de la libéralisation tous azimuts. Il ne s'agit pas de dire non à la libéralisation, mais de lui trouver les points d'équilibre nécessaires. La démonstration vient d'en être faite, notamment grâce à la ténacité de la ministre canadienne du Patrimoine, Sheila Copps, dont le mérite doit être reconnu.

bdescoteaux@ledevoir.ca



»» déficit

Impasse budgétaire : tous les chemins mènent à Ottawa

Joseph Facal
Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec
Les Affaires samedi 18 octobre 2003

Le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, évoque régulièrement l'impasse budgétaire qui guette le gouvernement du Québec l'an prochain si rien n'est fait. Il estime celle-ci à trois milliards de dollars, sans y inclure le coussin de un milliard dont il aura besoin pour baisser les impôts, comme il s'y est engagé.

Les impasses budgétaires surgissent lorsque les revenus sont moins élevés que prévu et les dépenses, plus élevées. Côté revenus, la croissance économique n'a pas encore la vigueur escomptée, et les transferts fédéraux sont en forte baisse. Côté dépenses, le budget de la santé continue à croître deux fois plus vite que les revenus. Celui de l'assurance médicaments, en particulier, augmente de 15 % en moyenne par année. À l'aide sociale, la croissance économique n'entame plus un noyau dur de prestataires qui a de sérieux problèmes d'employabilité. Un dollar sur sept sert à payer les intérêts sur notre dette. Plusieurs ministères - surtout ceux de la Justice, de la Sécurité publique et des Transports - ont des problèmes chroniques à respecter leurs budgets.

D'autres risques importants pèsent aussi sur les dépenses publiques : pensons à l'équité salariale, au renouvellement des conventions collectives dans le secteur public, aux deux méga-hôpitaux, au litige sur le bois d'oeuvre et aux défusions municipales.

Si des solutions simples et sans douleur existaient, on les aurait trouvées depuis longtemps. "Désassurer" des services médicaux est toujours pénible, de nouveaux resserrements à l'aide sociale sont irréalistes et le gel de l'embauche dans la fonction publique ne génère pas les économies que l'on imaginait. La révision du soutien aux entreprises est déjà en cours. Une très douloureuse ronde de compressions est donc inévitable. S'obstiner cependant à exclure de l'exercice le portefeuille de la Santé, qui accapare 42 % du budget de l'État et qui a crû de 7 % cette année, met une pression tout simplement intenable sur les autres ministères.

Les options sont aussi très limitées du côté des revenus. Vendre des actifs gouvernementaux ? Lesquels ? Une hausse des impôts étant écartée, on augmentera des taxes indirectes comme les droits d'immatriculation, les droits de scolarité ou les tarifs des garderies. Relever les objectifs de rendement des sociétés d'État revient aussi à refiler la facture aux consommateurs.

Chose certaine, retomber en déficit doit être catégoriquement exclu. L'impact psychologique serait dévastateur. Les agences de crédit qui prêtent de l'argent au gouvernement du Québec nous le feraient aussi payer très cher. Paul Martin ne sera pas non plus d'un grand secours tant qu'il s'obstinera à nier un déséquilibre fiscal qui prive le Québec, selon les calculs de M. Séguin lui-même, de deux milliards de dollars par année. À l'heure où le gouvernement central continue à engranger les surplus, qui se souvient encore que 79 % de l'effort fédéral de réduction de son déficit s'est fait en coupant unilatéralement les vivres aux provinces ?

Malgré des années de croissance, toutes les provinces, à l'exception de l'Alberta, sont aujourd'hui sur le point de renouer avec les déficits, quand ce n'est pas déjà fait. Peut-on sérieusement soutenir qu'elles ont toutes été mal gérées en même temps ? Toutes les solutions budgétaires doivent désormais passer par Ottawa.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca



»» Justice

Après les défusionnistes et les garderies
- La SQ a dans sa mire les groupes de défense du droit au logement

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 16 octobre 2003

Québec - Après les défusionnistes et le milieu des garderies, la Sûreté du Québec a dans sa mire des groupes de défense du droit au logement comme le Regroupement des comités logement et des associations de locataires du Québec (RCLALQ) et le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Au cours de la dernière année, le RCLALQ a fait l'objet de demandes de renseignements de la part de la Sûreté du Québec au sujet de deux manifestations que le regroupement préparait, a indiqué André Trépanier, responsable des dossiers politiques du RCLALQ.

Le sergent Pierre Beauchemin, de la SQ, a posé à l'organisme une série de questions par téléphone à propos de la manifestation en faveur du contrôle des loyers qui a eu lieu à Québec le 10 mars 2003, a indiqué hier le RCLALQ. En juin, quelques jours avant un autre événement organisé par le regroupement, le même sergent a voulu obtenir des renseignements sur cette manifestation, qui s'est déroulée pacifiquement le 11 juin devant les bureaux du ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, situés dans la tour de la Bourse.

Dans le premier cas, M. Beauchemin a invoqué la sécurité de l'Assemblée nationale, et, à la deuxième occasion, il a dit agir pour la sécurité du ministre, a relaté M. Trépanier. Or la sécurité de l'Assemblée nationale relève de la Direction de la sécurité de l'Assemblée nationale, où, renseignements pris, M. Beauchemin est inconnu. Quant à la sécurité des ministres, elle est assurée par la Direction des services de sécurité et de protection du ministère de la Sécurité publique.

M. Beauchemin s'est même «offert pour servir d'intermédiaire entre nous et le ministre, à qui nous voulions remettre un dazibao confectionné par des membres du comité logement», indique le RCLALQ.

À la SQ, on n'a pas voulu confirmer si le sergent Beauchemin était véritablement au service de la SQ. Sur ces questions, la SQ se réfugie dans le mutisme en raison des directives du ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon. «Pour tout ce qui touche de près ou de loin aux gens du renseignement de sécurité -- le ministre a été assez clair --, il n'y aurait aucune autre communication chez nous», a dit hier l'agent Gilles Mitchell, du service des communications de la SQ.

Nouvelles normes

Au cabinet du ministre, on réitère que M. Chagnon vient de demander à la SQ de revoir ses normes relatives au déclenchement d'une enquête touchant les groupes de citoyens pour qu'une telle enquête s'amorce seulement s'il y a «signalement, menace ou infraction».

François Saillant, porte-parole du FRAPRU, a signalé hier que le sergent Beauchemin surveillait l'organisme depuis environ un an. «Il est entré en contact avec nous au moins dix fois», a dit M. Saillant. Il a même participé à des manifestations du FRAPRU. Il s'est d'ailleurs mêlé aux manifestants lors de l'occupation de Guindonville à Val-David, au début juillet. «C'est un policier très curieux. Il a plutôt l'air d'un manifestant. Si tu ne le connaissais pas, tu le prendrais pour un itinérant», a fait observer le porte-parole du FRAPRU. «Il a l'air de Plume Latraverse», estime pour sa part André Trépanier.

Le sergent Beauchemin s'intéresse aussi à des manifestations qui ne visent pas le gouvernement québécois. La semaine dernière, il a communiqué avec M. Saillant pour s'informer de la manifestation du FRAPRU qui a eu lieu le 8 octobre devant des bureaux du gouvernement fédéral à Montréal et qui visait à inciter Paul Martin à prendre des engagements en matière de logement social.

«Il m'a même dit qu'il n'y aura pas d'accusations portées contre les gens qui ont été arrêtés à Guindonville», a indiqué M. Saillant. Au terme de l'occupation de Guindonville, en juillet, une dizaine de personnes avaient été arrêtées.



»» conflit israélo-palestinien

Anti-Israel list dead wrong: Jews

e-mail called for business boycott. Regular customers 'know (the message) is stupid and ridiculous ... some were upset'

ANN CARROLL
The Gazette Thursday, October 16, 2003

An anonymous e-mail calling on Jewish Montrealers to boycott a list of allegedly anti-Israel businesses is not only irresponsible, but the information is dead wrong, a Jewish community leader says.

"This is an individual with misplaced zeal who hasn't thought through the implications of such an irresponsible act," said Joseph Gabay, president of the Canadian Jewish Congress, Quebec region.

The e-mail writer incites Montrealers to "act first" in a battle with pro-Palestinian groups that boycott Israeli exports and businesses.

The message popped up on Gabay's computer this week.

"I know some of those organizations mentioned, and they support Israel," Gabay said.

Elie Cheaib, co-owner of Marché Adonis, one of the two dozen businesses on the boycott list, said: "It's not fair. You try to do your job, but someone tries to hurt you."

Cheaib said his lawyer has contacted one of the people whose names appears on the e-mail chain, and demanded an apology. "But the damage is already done."

Federation CJA, a Jewish fundraising agency, sent a warning letter as soon as the boycott message appeared in members' e-mails, a spokesperson says.

"We sent everyone an e-mail to denounce it and tell them to delete it," said Phillipe Elharrar, of the Quebec-Israel committee. "We would never be involved in these kind of things."

A west-end business owner, who spoke on condition of anonymity, claimed to have been victim of a similar word-of-mouth campaign two years ago.

That was troublesome, said the merchant, who is Muslim, but "the shock is even greater this time because it was spread via the Internet."

"The (e-mail) message travels faster, and it is more powerful."

Regular customers ignored the boycott call, the businessman said. "They know it is stupid and ridiculous, and some were really upset. The problem is that it could reach people who have never come here before, and discourage new business."

Other businesses on the list were unaware of the boycott.

"It's business as usual," said Gamal Mohammad, manager of the Basha restaurant on Ste. Catherine St. W.

"We have many Jewish customers, and none has complained," he said. "We don't get involved in politics - we are a restaurant."

Two other Basha restaurants made the boycott list, as did the Adonis grocery chain, a pharmacy, and car dealerships in Montreal and on the South Shore.

The Canadian Jewish Congress is trying to trace the original e-mail writer to demand a retraction, Gabay said. But others don't hold out much hope of locating the instigator.

"It's almost counter-productive to try to find the source. It's like a chain letter," Elharrar said.

Once identified, the e-mail writer could face lawsuits but not criminal charges, a Montreal police spokesperson said.

"There is nothing criminal there," said Constable Yannick Ouimet. "It could harm a business's reputation, but that is a civil matter."

acarroll@thegazette.canwest.com



»» Louise Beaudoin

Federalism with a separatist twist

The Gazette Thursday, October 16, 2003

Éditorial - A Canadian Press dispatch from Paris this week brought us welcome news of the latest career twist for Louise Beaudoin, former Quebec language minister and poster girl for Quebec's language police in the late 1990s. A longtime sovereignist who first gave Canadian federalism the thumbs down a generation ago, when sovereignists were less regally known as separatists, Beaudoin will now be a visiting professor at the Université Jean-Moulin de Lyon. She's been hired to lecture on topics including cultural diversity, North American francophonie and ... yikes!, Canadian federalism.

This strikes us as rather like hiring a fox to teach a course on constructing chicken coops. No doubt Beaudoin will bring a contrarian perspective to the topic, along with her undeniable charm. She says she'll offer a "critical approach" to Canadian federalism and explain why sovereignty remains an option for Quebec. Actually, the very existence of this option might well surprise her students: Article One of France's own constitution says "La France est une république indivisible ..."

In fact, few countries acknowledge a right of secession at all, and some treat secessionists very badly, indeed. We trust Beaudoin will at least, in fairness, point out to impressionable young French minds that Canada is, for all its faults, a truly democratic country.



»» immigration

Bilan de la mission de recrutement en Bulgarie et en Roumanie :
Plus de 1000 immigrants intéressés à venir vivre à Québec

Éric Moreault
Le Soleil jeudi 16 octobre 2003

Ce n'est pas tous les jours qu'une conseillère et un fonctionnaire peuvent se vanter de faire salle comble. Mais quand vous êtes en Roumanie et en Bulgarie pour attirer des immigrants à Québec, ça marche ! À tel point d'ailleurs que certains finissent par flairer l'arnaque : "Oui, mais pourquoi ?"

Parce que le plus grand défi que doit relever la capitale au cours des prochaines années est celui de la démographie et de l'immigration. Et ça, les gens d'affaires et les politiciens d'ici s'en inquiètent de plus en plus ouvertement.

Ann Bourget revient d'une mission de recrutement dans ces deux pays d'Europe de l'Est. Elle répondait invariablement aux 1100 aux néo-Québécois potentiels - ils détiennent leur certificat d'immigration du Québec et sont en attente de leur visa canadien : "La population vieillit et il faut, pour maintenir notre croissance, de nouveaux arrivants."

Car il y aura dans la région, d'ici 2006, 23 000 emplois créés par l'expansion économique, et 30 000 libérés pour le renouvellement de la main-d'oeuvre : 53 000 en tout, donc. On manque autant de professionnels - comptables, ingénieurs, dans le domaine de la santé - que d'employés qualifiés - bouchers, boulangers, soudeurs, etc.

Or, non seulement la population ne se renouvelle-t-elle pas suffisamment, mais Québec peine à attirer des immigrants. "Sur un objectif de 2500 en 2003, si on en a 1300, c'est bon, constate Mme Bourget. On a le choix de dire qu'on n'est pas bon ou de mettre le pied sur l'accélérateur. Il faut un objectif et le maintenir". C'est la seule façon, croit-elle, d'arriver à des résultats probants.

D'où l'idée de la grande séduction sur place, à laquelle vient de se livrer Québec, et qui pourrait être la première d'une série à l'étranger. La Ville sera en mesure, d'ici 8 à 10 mois, d'évaluer les résultats de cette mission conjointe avec le ministère de l'immigration du Québec.

Elle le sera un peu moins en ce qui concerne les retombées indirectes. Car, même très ciblées aux seuls immigrants reçus, ces visites peuvent avoir un effet d'entraînement, estime Ann Bourget. Parce que les immigrants ne perdent pas le contact avec leur pays d'origine, ce qui favorise les échanges économiques, mais aussi parce que l'occasion est belle "de faire de la promotion auprès des représentants des bureaux du Québec à l'étranger", qui seront mieux "outillés" pour vendre Québec - pas seulement Montréal.

Bref, "on met Québec sur la carte de plusieurs pays".

Mélange des cultures intéressant

Difficile d'évaluer toutes les retombées, surtout que les bénéfices ne sont pas qu'économiques. Ces immigrants emmènent dans leur bagage des traditions culturelles, culinaires, vestimentaires et compagnie qui enrichissent les Québécois.

Ils n'ont beau représenter que 3 % des citoyens dans la capitale, nul ne peut nier l'impact positif de leur présence jusque dans nos habitudes quotidiennes - maintenant devenues parties intégrantes de notre mode de vie. "S'il y a un avantage à la mondialisation, c'est bien celui de la mobilité et du mélange des cultures", soutient Mme Bourget.

Loin du cliché des bons à rien, ces francophiles bulgares et roumains, qui maîtrisent souvent au moins une autre langue (l'anglais), sont "en majorité (à 70 %) des professionnels très éduqués", dans la jeune trentaine, mariés ou en couple deux fois sur trois.

Pour les préparer à notre réalité, la mission québécoise a insisté sur les mises aux normes professionnelles et linguistiques nécessaires avant l'immigration, de façon à favoriser leur intégration au travail, la clé pour les attirer d'abord, puis pour les garder ensuite.

Mme Bourget ne croit pas qu'à l'inverse on doit sensibiliser outre mesure les employeurs à ne pas faire de discrimination, consciente ou pas, envers les étrangers.

"La sensibilisation se fait par le nombre. Mais ça ne se met pas en place tout d'un coup, la transition d'ouverture sur le monde. Ça prend un peu de temps avant d'atteindre la masse critique."

La conseillère associée au conseil exécutif, et responsable du dossier de l'immigration à la Ville de Québec, ne s'inquiète pas outre mesure. "Plus les gens voyagent, plus ils s'ouvrent sur le monde."

Et n'oublions pas qu'à la base, "Québec est formée d'immigrants. Et on s'en est plutôt bien sortis..."

EMoreault@lesoleil.com



»» « brassage d'idées »

Pour une souveraineté plus pragmatique

Ils sont toujours nombreux les Québécois à attendre des démonstrations plus rigoureuses des avantages concrets que la souveraineté pourrait apporter au quotidien dans leur vie, celle de leur famille ou de leur communauté.

Pascal Bérubé
L'auteur a été membre de l'exécutif national du Parti Québécois et président de son Comité national des Jeunes (2001-2003)

TRIBUNE LIBRE jeudi 16 octobre 2003

Lors du dernier Conseil national du Parti Québécois, Bernard Landry conviait l'ensemble des militants à un « brassage d'idées » sans précédent s'inscrivant dans le nouveau rôle d'opposition officielle du PQ. Une invitation qui se veut à la fois salutaire et indispensable afin d’assurer la vitalité du Parti Québécois et l'avenir du projet de faire du Québec un pays. Les défis importants que les souverainistes auront à relever au cours des prochaines années doivent les inciter à ne rien négliger ni précipiter pour que cette réflexion devienne un véritable succès. Ainsi, avant de plonger tête première dans la "saison des idées", il serait impératif d'ajouter deux conditions essentielles à celles déjà proposées par notre chef : d'abord, un bilan réaliste et complet de l'action du Parti Québécois, tant au point de vue gouvernemental que de la promotion de la souveraineté et deuxièmement, de s'assurer de la pleine possibilité pour les membres, sympathisants actuels et potentiels du Parti Québécois, de pouvoir pleinement s'investir dans sa relance.

Le Parti Québécois a comme objectif politique premier de convaincre les Québécoises et Québécois de la nécessité pour le Québec de devenir un pays. Il a eu au cours des huit dernières années, sa gouvernance comme moyen de promotion le plus puissant. Ce moyen, ayant substitué auprès de la population en majeure partie le prosélytisme de ses militants, aura eu des répercussions négatives tant pour sa réélection comme gouvernement que sur la mobilisation envers la souveraineté. L'art de gouverner impliquant des choix, à plus forte raison lorsque ces choix doivent se faire dans un contexte de ressources limitées, entraîne inévitablement le mécontentement des citoyens n'obtenant pas pleine satisfaction de leurs attentes face à l'État. C'est ce qui s'est passé lors du dernier scrutin. C'est d'abord sur les questions d'intendances provinciales que le PQ a été battu; la question nationale ne constituant plus pour bon nombre de Québécois et Québécoises une question qui devrait conditionner en priorité leur comportement électoral. Nous pouvons bien déplorer, chez certains de nos compatriotes souverainistes, l'existence de ce rapport malsain d'usagers face à l'État, les corporatismes variés et cette volonté de faire des baisses d'impôts un engagement électoral. Surtout, prenons acte de cette grande leçon: les partisans du fédéralisme ne se divisent pas et manifestent une discipline supérieure à défendre le régime actuel que les souverainistes à réaliser leur projet.

D'abord un véritable bilan

Lors du dernier scrutin, les électeurs ont jugé que notre gestion des affaires du Québec n'était pas suffisamment efficace pour permettre au PQ de continuer à diriger pour les prochaines années. Un changement s'imposait. Pour un gouvernement qui aspire à créer un nouveau pays, ce jugement populaire démontre, entre autres, notre incapacité à répondre de façon satisfaisante aux attentes des Québécois avec les moyens dont on dispose dans le cadre canadien. Nous ne pouvons, comme souverainistes, qu'être d'accord avec cela même nous nous en tirons très bien dans les circonstances ! Si le gouvernement péquiste n’a pu répondre à toutes les demandes de groupes et de citoyens, ce n'est pas par manque de considération ou de compassion envers leurs attentes, mais bien de moyens. Les libéraux n’échapperont évidemment pas à cette logique à la différence qu’ils s’accommodent bien de ce provincialisme.

D'autre part, certains choix gouvernementaux ont pesé dans la balance électorale. À titre d'exemple, une seule mesure adoptée lors du dernier mandat : la réorganisation municipale, aura, à elle seule, contribué aux défaites électorales d'une dizaine de candidats du Parti Québécois. Qui pouvait soupçonner, également, que de nécessaires mesures environnementales auraient entraîné davantage de pertes d'appuis en milieu agricole que de gains chez les écologistes ? Que malgré notre volonté politique manifeste, face aux régions, les attentes étaient tellement élevées qu'elles devaient entraîner des pertes de circonscriptions inattendues. L'intégrité et le courage sont des vertus dont a fait preuve le PQ, mais il y a eu un coût à payer. Un devoir d'inventaire est donc nécessaire et doit s'effectuer sans complaisance quant à la nécessité, les modes d'applications et l'impact des mesures gouvernementales mises en place lors de notre dernier mandat.

Entendons-nous bien : la gouvernance du Parti Québécois est indiscutablement de grande qualité. La population du Québec pourra le constater avec davantage de recul. Elle aura permis de faire de grandes avancées notamment au plan social et économique, à tel point qu'on pourrait imaginer que même sans son projet souverainiste, les Québécois sauraient apprécié ses qualités et reporté au pouvoir le PQ dans quatre ans. Ce n'est pourtant pas son karma. Le message fort à passer devrait être le suivant : nous avons fait beaucoup, nous pouvons aller encore plus loin ensemble. Mais pour cela il faut changer le statut constitutionnel du Québec. Parce qu'il y a urgence compte tenu du déclin auquel semble inexorablement se diriger le Québec du point de vue des ressources financières disponibles et de la possibilité de faire des choix de société en fonction de nos valeurs collectives.

Que faire maintenant ?

Le défi du Parti Québécois n'est sûrement pas de céder à la tentation de se radicaliser. Une détermination et une combativité lucides m'apparaissent plus porteuses d’avancement. La défi réside plutôt à susciter l’adhésion à notre projet chez ceux qui sont encore à convaincre au lieu de sans cesse réconforter les impatients. C'est d'abord pour la réalisation d'un projet, qui est au coeur de leur engagement politique que des milliers de personnes ont choisi le Parti Québécois comme famille politique. Ce qu'ils souhaitent plus que tout ce n'est pas tant un « brassage d'idées » qu'une « idée qui brasse ». Cependant tous ces efforts consacrés au cours des 40 dernières années demeureront qu'incantatoires si cette famille ne s'agrandit pas. N'étant qu'un véhicule à la disposition d'un projet et non une église, le PQ doit maintenant faire en sorte de créer à nouveau les conditions nécessaires à une véritable coalition qui aura davantage les caractéristiques d'un mouvement populaire d'intérêt national que de celui d'un parti protégeant jalousement son héritage et ses pratiques. Cela ne signifie pas de changer nos convictions de base mais d'aider tous ces nationalistes, qui ont une fidélité première envers le Québec et qui se sentent Québécois d'abord, à cheminer avec nous vers notre projet de souveraineté; de les inviter à contribuer au changement du statut du Québec dans un avenir rapproché, au lieu de séparer les véritables forces du changement sur des bases idéologiques servant bien les partisans fédéralistes du statu quo.

Une pédagogie concrète

Malgré une idée si forte et reconnue universellement, celle de la souveraineté d’un peuple, pourquoi une majorité de Québécois hésitent-ils encore à adhérer à un projet qui est fondé sur la pleine responsabilité politique ? Il y a bien sûr des question d'identité qui ont souvent peu à voir avec la raison et qui répartissent d'emblée les Québécois dans deux camps. Mais il y a encore nombre de Québécoises et Québécois qui sont à convaincre de l’amélioration de leur conditions de vie, de celle de leur famille ou de leur communauté avant de s'engager dans ce projet. Ils sont toujours nombreux à attendre des démonstrations plus rigoureuses des avantages concrets que la souveraineté pourrait apporter à leur quotidien à une époque où l'individualisme prend de l'ampleur en Occident. Ils craignent toujours l'inconnu et l'improvisation sur une question de cette importance. Doit-on les blâmer dans une société nord-américaine où ils sont constamment confrontés à des choix plutôt que de pouvoir adhérer à un projet en pleine connaissance de cause ?

C'est donc à cette tâche qu'il faut s'attaquer, à la représentation du pays réel dans nos vies. Pour y arriver, il faut changer notre discours en commençant par ajouter davantage de pragmatisme et de simplicité. Il faut démontrer à la population que ce projet en plus populaire que bureaucratique ou diplomatique. Qu'il existe d'abord pour améliorer les conditions de vie des citoyens du Québec dans leur vie quotidienne. Qu'il permettra de choisir nos priorités collectives avec plus de moyens et de rapprocher les décisions des citoyens. Que c'est le fédéralisme qui menace nos services publics; notre projet en est un de défense de nos acquis sociaux et de promotion de l’égalité des chances. Que nous avons notre propre plan de réduction de l’État en éliminant les services fédéraux afin d’obtenir une plus grande efficacité de notre administration et moins de gaspillage.

Nous serions donc avisés de mettre à jour nos connaissances sur ce que pourrait représenter la souveraineté de façon concrète. Pour ce faire, la confection d’un exercice budgétaire d’un Québec souverain serait plus que désignée. En décembre 2002, je proposais, dans les pages du Soleil, de faire un exercice comparé d’un budget québécois dans le système actuel et d’un autre avec les ressources d’un Québec souverain. Nous pourrions ainsi avoir un débat sur les choix budgétaires et envisager des projets à la hauteur des ambitions québécoises. Ce fantastique outil pédagogique obligerait les Québécois à se questionner sur leur appartenance à un système fédéral qui ne cesse de s’éloigner du bien commun. Le Conseil de la Souveraineté, en autant qu'il puisse incarner un lieu où les différentes tendances souverainistes pourraient se fédérer, serait d'une grande utilité afin de mettre à jour des études et plancher sur cet exercice budgétaire d'un Québec souverain. Pour certains de nos compatriotes, la rupture avec le lien canadien n’est pas une sinécure, et nous aurions tort de ne pas bien la préparer.

L'alternative au Parti libéral pour le prochain scrutin ne doit donc pas être une meilleure gestion courante de l'État mais plutôt le projet souverainiste pour ce qu'il est : le création d'un pays avec la plénitude des pouvoirs, des ressources nécessaires aux ambitions sociales et économiques des Québécois et des choix politiques. Les libéraux font déjà et feront davantage acte de pédagogie dans les prochaines années en démontrant de façon éloquente les limites de développement du Québec dans le cadre fédéral. Ce que les parlementaires du PQ doivent surtout faire sera de démontrer dans chacune des sphères d'activités comment un Québec souverain pourra répondre mieux aux attentes des citoyens. Ce n'est pas tant d’opposer la social-démocratie en alternative au néo-libéralisme économique et au conservatisme social des libéraux qui importe mais plutôt l'ambition à la capitulation libérale en unissant tous ceux qui souhaitent que le Québec progresse au lieu de régresser chaque jour.

De nouvelles réponses à apporter

Il faudra également réaffirmer et moderniser les raisons fortes nécessitant de remettre l'avenir du Québec à l'avant-plan. Ces raisons sont identitaires, sociales, culturelles et démocratiques, soit le fond de commerce de notre parti, mais s'inscrivent dorénavant dans un contexte où il faut apporter de nouvelles réponses à la mondialisation des échanges, au pluralisme de notre société, à la décroissance démographique et à l'occupation du territoire. Quant aux débats au sein du parti sur le partenariat et les mécanismes d'accession à la souveraineté, il est à souhaiter que nous puissions, une fois pour toutes, nous entendre afin de promouvoir notre option pour ses avantages au lieu de s'empêtrer sur la mécanique. L'unité d'un parti est une condition importante de considération pour la population. Retournons ensuite, sans tarder, sur le terrain en priorité dans les milieux populaires et les régions incarner cet idéal de proximité, d'audace et de spontanéité qui caractérisait les origines de notre parti.

Je me permets également de proposer d'envisager sérieusement un plan pour faire avancer les juridictions du Québec en attendant la souveraineté, conquérir de nouveaux champs d'activités et remporter des victoires. Il faut mettre le Québec en mouvement, à l'offensive, en luttant chaque jour pour obtenir davantage de souveraineté comme, par exemple, la création d'un régime de congé parental québécois adapté aux attentes des familles modernes. À terme, l'objectif demeurera la souveraineté pleine et entière mais la logique du tout ou rien empruntée actuellement est démobilisatrice en suscitant l'attente. S'appuyer sur la volonté populaire est également un atout important en démocratie : ainsi la proposition d’instauration d’un référendum d'initiative populaire, adoptée sous ma présidence du Comité national des jeunes du PQ, mérite examen.

Les dirigeants de notre parti ne doivent pas agir comme des élites éclairées auprès de ceux qui n'auraient pas encore compris la justesse de notre discours mais plutôt procéder aux ajustements majeurs qui permettront de créer un mouvement populaire qui triomphera. Les membres du Parti Québécois doivent maintenant, dans l'opposition, reprendre le contrôle de ce parti dont les années de pouvoir les avaient éloignés des prises de décisions importantes, servant trop souvent de caution morale au lieu d’être de véritables partenaires politiques. La population du Québec s'attend à cet exercice courageux de la part du Parti Québécois. Il ne faut pas se surprendre que cette dernière soit davantage exigeante face à un parti qui doit représenter un idéal. Pour ceux qui, comme moi, ont fait la dernière bataille électorale sur le terrain, l'objectif de ce brassage d'idées est de présenter à la population, dans quelques années, une formation politique qui aura su se renouveler et tirer les conclusions nécessaires. Un contrat exigeant qui nécessitera le meilleur de nous-mêmes. C'est à cette tâche que le Parti Québécois doit se consacrer avec comme credo la lucidité, l'ouverture et le courage.