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La saison des idées

Bernard Landry
Président du Parti québécois et chef de l'opposition officielle

Le Devoir samedi 18 et dimanche 19 octobre 2003

Le Parti québécois est reconnu comme un parti d'idées. Une idée centrale et déterminante -- l'indépendance nationale -- et une multitude d'autres qui en découlent ou non et qui sont porteuses du progrès de notre nation. Plusieurs ont déjà été appliquées, en près de vingt ans de gouvernement. L'action de notre parti a ainsi profondément transformé divers aspects de notre vie en société. Que l'on pense à la loi 101, à la loi sur le financement des partis politiques, à la protection du territoire agricole, à la loi antibriseurs de grève, à l'assurance automobile, à la loi sur l'équité salariale, à la loi sur les services essentiels, à la création des centres locaux de développement, au virage vers l'économie du savoir, à l'équilibre budgétaire retrouvé, à la création du Fonds de solidarité, à la Paix des braves, et j'en passe.

Ces innovations, qui font la fierté du Québec d'aujourd'hui, ont été portées par les membres du Parti québécois ou se sont imposées à la faveur d'une écoute attentive de la société civile. C'est la CSN qui a fait germer l'assurance automobile; l'UPA, la Financière agricole; Desjardins, les fonds régionaux; la FTQ, les fonds de solidarité; le mouvement des femmes, l'équité salariale; le Chantier de l'économie sociale. les centres de la petite enfance, etc.

Évidemment, il faut souhaiter que la «saison des idées» soit perpétuelle. Il faut aussi reconnaître qu'un séjour dans l'opposition, à l'écart des lourdes responsabilités du pouvoir, est favorable à la réflexion et à la conception innovatrice. Le Parti québécois est entré dans cette phase : déjà les idées fleurissent, la réflexion s'intensifie, les textes se multiplient. Nous n'avons pas perdu nos habitudes créatrices. D'autres débats passionnants s'annoncent. Je suis là pour les susciter et y participer activement.

Les chantiers de la modernisation

Nous sommes au début d'un nouveau cycle politique. C'est l'occasion pour le parti de se ressourcer afin d'être en mesure, lors de la prochaine élection, d'incarner de nouveau le changement et le progrès. C'est vers le Parti québécois que devront converger les idées novatrices et les courants les plus dynamiques de notre société. Aussi, sa modernisation ne se réduira-t-elle pas à quelques opérations de bricolage des statuts ou du programme. Elle sera l'occasion de nous consacrer comme mouvement politique moderne et innovateur.

Cependant, il faudra avoir le courage de remettre en question des habitudes, des réflexes, des orientations qui ont longtemps été les nôtres. Certes, nous devons demeurer fidèles à nos valeurs et à nos idéaux, mais il ne faut pas craindre de revoir les moyens mis de l'avant pour les atteindre. Pour être féconde, la voie de la modernisation du Parti québécois devra nécessairement être dérangeante.

La saison des idées sera donc empreinte de lucidité. Nous devons examiner sans complaisance le fonctionnement de notre parti, la pertinence de pans entiers de notre programme et réactualiser le discours souverainiste pour mieux l'inscrire au coeur des débats politiques et des préoccupations des Québécoises et des Québécois. Tels sont les thèmes des trois chantiers de modernisation qui seront lancés dans les prochains jours. Ces chantiers constitueront le canal par lequel pourra s'exprimer ce profond renouvellement du Parti québécois. Ils participeront au renouveau que le prochain Congrès national, au printemps 2005, le plus important peut-être dans l'histoire de notre parti, va consacrer.

Un parti ouvert et inclusif

C'est en puisant à l'esprit même de sa fondation que le Parti québécois doit se moderniser. Nous célébrons ces jours-ci nos 35 ans d'existence. Dès sa fondation, le Parti québécois se constitua en coalition de souverainistes de toutes tendances et de tous horizons autour d'un programme d'accession à l'indépendance nationale. René Lévesque a su transcender les différences et rallier l'énergie de notre peuple autour d'un projet d'épanouissement collectif dans lequel tous les souverainistes se sont reconnus. Ce rassemblement national, cette vaste coalition souverainiste, voilà ce que nous devons recréer.

Le Parti québécois a, par ailleurs, longtemps été un modèle de démocratie participative, un parti à l'avant-garde des techniques de recrutement et d'organisation, capable de susciter l'engagement de centaine de milliers de citoyennes et de citoyens et de générer les débats d'idées qui ont marqué l'évolution du Québec. Il faut reconnaître qu'un grand coup de barre s'impose pour que notre parti retrouve sa capacité mobilisatrice, notamment auprès des jeunes, et prenne une nouvelle vitalité démocratique. Notre mouvement politique doit être plus ouvert et davantage inclusif pour les personnes issues de toutes les communautés et de toutes les régions. Il doit en outre s'ouvrir davantage au monde des idées et se placer à l'avant-garde de la révolution des nouvelles technologies de l'information et des communications interactives.

Un programme moderne et progressiste

La conjoncture politique nous offre l'occasion de renouer avec la tradition d'écoute et de proximité avec la population. Ainsi, devant la dérive conservatrice dans laquelle le Parti libéral entraîne présentement le Québec, il est de notre devoir, comme opposition officielle, de dénoncer cette approche, dont les conséquences peuvent marquer la vie des Québécoises et des Québécois pour longtemps. Mais il est non moins impératif d'offrir à la population du Québec un programme renouvelé et rassembleur, reflétant les valeurs progressistes qu'elle partage largement, mais s'appuyant sur le choix de moyens et de politiques résolument modernes et mieux adaptés au contexte du Québec d'aujourd'hui.

Cette approche ouverte et modérée, ancrée dans des valeurs et guidée par le pragmatisme, fondée sur le consensus plutôt que sur la confrontation, me paraît plus susceptible de répondre aux besoins de la population que le dogmatisme de nos adversaires. Pour l'incarner, notre parti devra s'inspirer du courant de renouveau qui anime les partis progressistes, notamment en Europe. Suivant ce mouvement, il devra repenser le rôle de l'État et réexaminer les moyens d'offrir des services publics de qualité. Il devra aussi rechercher, dans la mise en oeuvre de nos pratiques de solidarité, un meilleur équilibre entre les droits et les devoirs des citoyennes et des citoyens.

La modernité de notre approche doit aussi se traduire par une lecture juste et approfondie des enjeux politiques, sociaux et économiques qui marquent actuellement le Québec, au premier rang desquels figure à mon sens le déclin démographique. Au cours des prochaines années, nous serons en effet confrontés à un défi profond et complexe : le vieillissement rapide de notre population. Les conséquences de ce phénomène sont multiples et préoccupantes : pénuries de main-d'oeuvre, pression sur les finances publiques et sur le réseau de la santé, stagnation économique, etc. Aussi, le Parti québécois devra-t-il adopter une vision intégrée sur cette question afin d'offrir un éventail d'actions collectives à entreprendre pour faire face aux effets du vieillissement de la population, mais aussi d'en tirer le meilleur parti possible.

Un pays à parachever

Le Québec est un pays en devenir, un pays à parachever qui doit prendre sa place dans le concert des nations. La souveraineté doit être au coeur de la prochaine élection et son avènement doit survenir le plus rapidement possible après notre prochaine victoire électorale.

Le Parti québécois doit donc baliser dès maintenant la voie qui conduira le Québec à son indépendance nationale. À cette fin, il nous faudra élaborer et déployer dans les meilleurs délais un plan de promotion et de mobilisation en faveur de la souveraineté du Québec. Il faudra aussi recentrer le discours sur la souveraineté en traçant de manière plus concrète les contours du pays du Québec et en montrant que son avènement servirait mieux les intérêts des Québécoises et des Québécois et répondrait davantage à leurs besoins et à leurs préoccupations. Il importe enfin de réévaluer les liens entre un Québec souverain et ses éventuels partenaires, à la lumière des réalités contemporaines de la mondialisation et de la construction de l'Europe et des Amériques.

Un pacte entre les générations

Le processus de modernisation dans lequel s'engage le Parti québécois sera sans lendemain s'il n'est pas soutenu et porté par une nouvelle génération de militantes et de militants. Je m'engage donc à prendre tous les moyens pour ouvrir les rangs du Parti québécois à la jeunesse comme jamais auparavant. J'en appelle à elle pour réinvestir massivement notre parti, le redynamiser et en faire le véhicule privilégié de ses intérêts et de ses aspirations.

Mon appel à la jeunesse se veut inclusif et ne vise nullement à jouer les générations les unes contre les autres. Je veux au contraire inviter la jeunesse et la sagesse du Québec à conclure une alliance intergénérationnelle pour relever les défis du Québec contemporain.

Ce pacte, le Parti québécois doit en donner l'exemple dans son fonctionnement et sa vie démocratique. Il doit aussi l'actualiser dans les orientations mises de l'avant dans son programme. Car c'est l'alliance des générations qui permettra de faire face au déclin démographique. Jeunes et moins jeunes doivent bâtir ensemble une politique de conciliation entre la famille et le travail qui fera du Québec le meilleur endroit au monde non seulement pour élever une famille, mais aussi pour mener une vie de famille pleinement satisfaisante. Ils devront ensemble faire en sorte que la politique de l'éducation soit conçue de manière à épouser les besoins de formation tout au long du cycle de la vie. La bataille du développement durable doit aussi devenir un symbole de la solidarité entre les générations dans leur commun désir de léguer aux enfants de demain un environnement de qualité.

Mais surtout, pour que le Québec devienne souverain, il faudra un engagement ferme de la part des jeunes. Ce sont eux qui tiennent la clé pour un dénouement heureux de la question nationale. En 1980, le projet souverainiste a surtout été porté par les moins de 35 ans. En 1995, les moins de 55 ans ont très majoritairement appuyé le «oui». Au tournant de la prochaine décennie, une nouvelle génération d'électeurs joindra sa voix au débat national. Et j'ai la conviction que cette alliance entre la jeunesse et les militantes et les militants de la première heure, entre les souverainistes de 1980 qui sont maintenant grands-parents, leurs enfants qui ont voté «oui» en 1995 et leurs petits-enfants qui le feront dans quelques années, permettra au Québec de terminer sa marche patiente et sereine vers le Pays.



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Bernard Landry: un référendum dans cinq ans

SRC dimanche 19 octobre 2003

L'ancien premier ministre du Québec choisit la même méthode que son successeur pour communiquer directement avec les citoyens du Québec et avec la base de son parti. Dans une lettre publiée par les grands journaux samedi, le chef péquiste Bernard Landry invite ses membres, et tout particulièrement les jeunes, à réfléchir sur le renouvellement du discours souverainiste.

Dans le texte, qui est divisé en plusieurs sections et se nomme La saison des idées, Bernard Landry avoue que son parti a besoin d'une bonne cure de rajeunissement. Il souligne l'importance de rendre plus concret, pour les Québécois, le projet numéro un du PQ. Il ajoute que la souveraineté doit absolument être mise de l'avant lors des prochaines élections. Le chef du PQ veut moderniser le programme de son parti, attirer davantage de jeunes, et se rapprocher des préoccupations de la population. Il compte mettre en branle ce qu'il désigne sous le nom de «chantiers de la modernisation», processus par lequel pourra s'exprimer le renouvellement du Parti québécois, selon lui.

«La conjoncture politique nous offre l'occasion de renouer avec la tradition d'écoute et de proximité avec la population», écrit Bernard Landry. Il évoque la «dérive conservatrice dans laquelle le Parti libéral entraîne le Québec» et voit comme son devoir et celui de ses troupes de dénoncer cette approche.

Cinq ans pour faire la souveraineté

Cette missive paraît alors que les 400 membres du Conseil national du Parti québécois sont réunis en fin de semaine à Québec. Bernard Landry a annoncé qu'il se donnait cinq ans pour faire la souveraineté, soit dans la première année d'un éventuel nouveau mandat.

Plusieurs des résolutions qui seront étudiées invitent les députés à critiquer sévèrement les actions du gouvernement Charest. Les militants comptent réclamer le rétablissement du programme d'appui de 15 millions de dollars qui était destiné aux parents des enfants défavorisés pour les aider à faire face aux coûts de la rentrée scolaire. Les membres du Parti québécois entendent aussi dénoncer le projet de réingénierie de l'État de Jean Charest. Ce projet risque, selon eux, de détériorer l'activité économique et de faire chuter le nombre d'emplois.

Par ailleurs, les militants péquistes critiqueront l'idée des libéraux de faire davantage appel à la sous-traitance. Ils jugent que cette pratique menace les acquis des travailleurs syndiqués du Québec en plus de compromettre la paix sociale.



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Landry rabroue un prof qui suggérait de mettre la souveraineté de côté

NORMAN DELISLE
PC dimanche 19 octobre 2003

QUEBEC (PC) - L'universitaire Jean-Hermann Guay a incité samedi le Parti québécois à mettre la souveraineté du Québec en veilleuse, afin de reprendre le pouvoir aux prochaines élections.

Les choses ont tellement évolué au Québec depuis 25 ans, notamment grâce aux souverainistes, que la souveraineté semble moins nécessaire, a plaidé le professeur Guay devant les membres du Conseil national du Parti québécois.

"Vous avez tellement réglé de problèmes quand vous étiez au pouvoir qu'il n'y a plus les raisins de la colère pour apporter l'appui des Québécois à la souveraineté", a soutenu M. Guay, qui enseigne à l'Université de Sherbrooke.

La réplique lui est venue immédiatement du président du Parti lui-même, Bernard Landry.

"C'est inacceptable, a rétorqué le chef de l'opposition. Un peuple qui a réussi comme le Québec ne doit pas être pénalisé pour cela, en étant condamné au statut de province. La souveraineté est une affaire de tête et de coeur."

M. Landry a admis que le Québec avait progressé beaucoup depuis les années 1970. Cela pourrait inciter certains Québécois à croire que l'indépendance n'est plus nécessaire.

Mais ce n'est pas l'opinion de Bernard Landry et des 400 militants qui l'ont ovationné. "Notre parti est souverainiste et nous n'allons pas tourner le dos à cette option. La souveraineté doit se faire, et le plus vite possible", croit-il.

Le Parti québécois lance un vaste chantier de modernisation de son programme. Mais dans le cadre de ce brassage d'idées, "deux balises sont intouchables, a noté le leader péquiste: nous allons demeurer souverainistes et progressistes".

Selon M. Landry, il est vrai que le discours des souverainistes est devenu "plus décontracté que du temps de René Lévesque".

"Mais c'est parce qu'on n'a plus à faire la preuve qu'on est capable", estime M. Landry.

Il a rappelé que du temps de René Lévesque, les péquistes devaient faire constamment la preuve que la souveraineté était économiquement viable pour le Québec. Ce n'est plus le cas, et actuellement, tout adversaire de la souveraineté qui invoquerait des motifs économiques pour contrer cet idéal s'attirerait des moqueries.

"On n'a plus de rancoeur et de complexes. Notre devoir est de siéger aux Nations unies, comme l'ont fait une trentaine de nouveaux pays depuis 15 ans", a conclu M. Landry.

Le professeur Jean-Hermann Guay avait été invité par le Conseil national dans le cadre du grand débat d'idées que le parti veut tenir au cours de la prochaine année.



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Landry choisit le centre

Le chef péquiste propose de réexaminer des pans entiers du programme et de rendre le discours souverainiste plus pragmatique

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 18 et dimanche 19 octobre 2003

Dans sa volonté «d'incarner de nouveau le changement et le progrès», le Parti québécois doit offrir un programme renouvelé empreint de pragmatisme, croit Bernard Landry. Et avec le gouvernement libéral qui tangue à droite, le chef péquiste installe résolument son parti au centre du spectre politique.

Si Bernard Landry assure que le Parti québécois restera fidèle à ses valeurs, comme il le souligne dans un texte publié aujourd'hui dans Le Devoir, il est aussi nécessaire de revoir les moyens pour atteindre ses idéaux. Loin d'être idéologique, sa participation à la saison des idées qu'il a réclamée de ses militants s'inspire plutôt de la nécessité d'écouter les Québécois.

«Il faudra avoir le courage de remettre en question des habitudes, des réflexes, des orientations qui ont été les nôtres durant longtemps. [...] Pour être féconde, la voie de la modernisation du Parti québécois devra nécessairement être dérangeante», prévient M. Landry.

Celui qui, avant même la fin de la campagne électorale, comme l'a révélé le film À hauteur d'homme, avait prévu de quitter la présidence du Parti québécois, démontre six mois plus tard qu'il est bien en selle. Il établit les balises d'une réflexion qu'il souhaite fructueuse et «empreinte de lucidité». Au sein même du PQ dont les militants sont réunis aujourd'hui en conseil général à Québec, M. Landry propose un grand dépoussiérage du fonctionnement, un examen de «la pertinence de pans entiers» du programme et une énième actualisation du discours souverainiste.

Mais plus largement, Bernard Landry souhaite que le Parti québécois réfléchisse à des dossiers concrets, proches des préoccupations de la population. Il rejette ainsi ce qu'il identifie comme le «dogmatisme de ses adversaires».

«Face à la dérive conservatrice dans laquelle le Parti libéral entraîne présentement le Québec, il est de notre devoir, comme opposition officielle, de dénoncer cette approche dont les conséquences peuvent marquer la vie des Québécois pour longtemps. Mais il est non moins impératif d'offrir à la population du Québec un programme renouvelé et rassembleur, reflétant les valeurs progressistes qu'elle partage largement, mais s'appuyant sur des choix de moyens et de politiques résolument modernes et mieux adaptés au contexte du Québec d'aujourd'hui», écrit M. Landry avant d'ajouter qu'il veut «cette approche ouverte et modérée, ancrée dans des valeurs et guidée par le pragmatisme».

Se référant à d'autres partis politiques européens -- les travaillistes de Tony Blair qui inspirent également Mario Dumont -- qui ont osé sans complaisance questionner leurs façons de faire, M. Landry suit le mouvement et assure qu'il faut repenser le rôle de l'État. Selon lui, le PQ «devra rechercher dans la mise en oeuvre de nos pratiques de solidarité un meilleur équilibre entre les droits et les devoirs des citoyennes et des citoyens».

M. Landry associe cette révision de l'État à une vision progressiste qui devra se traduire par une préoccupation pour le déclin démographique et le vieillissement rapide de la population. Il s'agit d'un problème complexe qui aura des effets tant sur la pénurie de main-d'oeuvre et les finances publiques que sur le réseau de la santé, par exemple.

Pour ce qui est de la question souverainiste, Bernard Landry l'aborde sans mentionner son idée de souveraineté de type confédéral à l'européenne. Il souligne que le PQ doit recentrer son discours sur le concret. En comparaison, ses deux successeurs potentiels, Pauline Marois et François Legault, ont surtout jonglé jusque-là avec des concepts. Aussi, M. Landry estime important de «réévaluer les liens entre un Québec souverain et ses éventuels partenaires à la lumière des réalités contemporaines de la mondialisation et de la construction de l'Europe et des Amériques».

Mais pour que le projet souverainiste prenne forme, le PQ devra recréer une vaste coalition. Un plan de promotion et de mobilisation devra être mis en place dans les «meilleurs délais» à cette fin. Du coup, Bernard Landry fait un appel à la jeunesse qui est la clé, estime-t-il, d'un dénouement de cette question.

«Je m'engage donc à prendre tous les moyens pour ouvrir les rangs du Parti québécois à la jeunesse comme jamais auparavant. J'en appelle à elle pour réinvestir notre parti, le redynamiser et en faire le véhicule privilégié de ses intérêts et de ses aspirations», explique le chef péquiste qui souhaite ainsi sceller un pacte avec la génération qui a mis au monde le PQ et dont il est issu.

«Il faut reconnaître qu'un grand coup de barre s'impose pour que notre parti retrouve sa capacité mobilisatrice, notamment auprès des jeunes, et prenne une nouvelle vitalité démocratique. Notre mouvement politique doit être plus ouvert et davantage inclusif des personnes issues de toutes les communautés et de toutes les régions», soutient M. Landry.

Ce dernier rappelle que le PQ doit profiter de son séjour dans l'opposition, «à l'écart des lourdes responsabilités du pouvoir», pour prendre le virage de l'innovation. La modernisation du PQ ne doit pas se réduire à «quelques opérations de bricolage des statuts ou du programme».

Cette volonté de renouveau conduira le PQ à son congrès prévu pour le printemps 2005.



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Un vieux parti?

Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 18 et dimanche 19 octobre 2003

Le Parti québécois aura bientôt 35 ans. Ses militants ont toujours refusé de le voir, malgré son âge, comme un vieux parti, niant même qu'il ait besoin de se remettre sérieusement en question. Au lendemain de la défaite électorale du 14 avril, il fallait bien finir par reconnaître que tel était le cas. Que ce soit Bernard Landry lui-même qui en fasse le premier le constat est un bon signe.

Ayant décidé de demeurer à la barre du Parti québécois pour au moins deux autres années, M. Landry se devait de faire preuve de leadership, ce dont est empreinte cette lettre ouverte que nous publions dans la page voisine sous le titre «La saison des idées». Dans ce texte, le leader péquiste fait une lecture d'une rare lucidité de l'état de son parti.

Les problèmes auxquels fait face le PQ, l'ancien premier ministre les identifie clairement. Il faut que celui-ci redevienne le parti rassembleur créé par René Lévesque. Il doit retrouver sa capacité de mobilisation et se donner une nouvelle vitalité démocratique. Il doit renouer avec la tradition d'écoute et de proximité avec la population, souligne-t-il, avant d'ajouter qu'il doit surtout ouvrir ses rangs à la jeunesse, reprenant à cet égard le constat de Pierre Bourgault qui, pendant la campagne électorale, avait souligné que les jeunes ne sont plus là pour prendre la relève.

Ce que les militants péquistes se refusaient de voir, les électeurs l'avaient vu. Ce n'est pas sans raison qu'ils ont renvoyé le Parti québécois dans l'opposition pour qu'il ait l'occasion de se renouveler. On comprend des propos de M. Landry qu'il a bien saisi le message lorsqu'il dit que la modernisation du parti ne pourra se réduire «à quelques opérations de bricolage des statuts et du programme».

Ce propos pourra surprendre puisque le chef péquiste, lorsqu'il était ministre ou premier ministre, n'était pas de ceux qui étaient disposés à changer les choses. Certains, comme Joseph Facal, l'ont appris à leurs dépens lorsqu'ils ont voulu remettre en cause le rôle de l'État. Il faut que les militants prennent maintenant leur chef au mot et ne craignent pas de sortir des voies de l'orthodoxie péquiste.

L'exercice de modernisation que M. Landry propose sera difficile en raison de l'homogénéité de la classe dirigeante du PQ. La génération des militants des années 1970 est toujours au pouvoir dans ce parti. Elle est mue par ses idéaux d'origine auxquels elle s'accroche par fidélité au passé. Cette forme de nostalgie empêche parfois de prendre la vraie mesure de l'évolution de la société et conduit à un refus du changement. Le NPD a été paralysé par ce syndrome durant les années 1990, avec le résultat que l'on sait.

Bernard Landry voit juste lorsqu'il dit que la modernisation du Parti québécois sera sans lendemain si elle n'est pas portée par une nouvelle génération. Le chef péquiste fait toutefois face à un dilemme qui est malheureusement sans solution immédiate. Les jeunes n'investiront pas spontanément un parti dominé par la génération des 45-65 ans. Ils ne seront donc pas là pour influencer le renouvellement du programme, à moins qu'on ne prenne des mesures pour leur donner un poids plus grand que leur nombre dans les instances du parti, comme on le fait depuis longtemps au Parti libéral. Mais c'est une façon de faire qu'on a toujours refusée au PQ, tout comme on a toujours refusé de réserver des comtés pour certains candidats. Comme cela arrive lorsqu'un parti se retrouve dans l'opposition, on peut s'attendre à ce que bientôt quelques députés retournent à la vie privée. Le cas échéant, leurs comtés devraient être réservés à des candidats jeunes.

***

De nombreuses spéculations ont lieu sur les intentions réelles de Bernard Landry de diriger le PQ lors des prochaines élections. Ainsi, il lancerait ce vaste mouvement de réflexion pour s'assurer que le programme du parti lui convienne, ce qui frustre certains candidats à sa succession éventuelle qui auraient préféré qu'il laisse ceux qui seront là demain procéder à la remise à jour du programme.

Quoi qu'il en soit, l'attitude adoptée par le chef péquiste paraît sage. Le Parti québécois étant ce qu'il est, faire précéder la révision du programme par une course au leadership pourrait être dangereux pour l'unité du parti. Dans une telle course, il se formera inévitablement des clans qui continueront à s'affronter lorsque le nouveau chef voudra s'attaquer à la mise à jour du programme. On a vu ce à quoi cela a conduit lorsqu'en 1987 Pierre-Marc Johnson a voulu actualiser l'article premier du programme péquiste sur la souveraineté. En moins de quelques mois, il était forcé de démissionner. En procédant à l'inverse, M. Landry laissera à son éventuel successeur un programme autour duquel les diverses tendances au sein du parti auront fait consensus. Il lui épargnera de difficiles débats. Cela est pour le mieux.

bdescoteaux@ledevoir.ca



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La réingénérie du PQ

Michel David
Le Devoir samedi 18 et dimanche 19 octobre 2003

À lire certains passages de la lettre de Bernard Landry publiée aujourd'hui dans nos pages, on se surprend à penser qu'ils auraient très bien pu être tirés de celle du premier ministre Charest, si ce n'est que M. Landry parle de la modernisation du PQ plutôt que de celle du Québec.

Lisez plutôt : «Il faudra avoir le courage de remettre en question des habitudes, des réflexes, des orientations qui ont été les nôtres depuis longtemps. Certes, nous devons demeurer fidèles à nos valeurs et à nos idéaux, mais il ne faut pas craindre de revoir les moyens mis de l'avant pour les atteindre. Pour être féconde, la voie de la modernisation devra nécessairement être dérangeante.»

Il aurait été un peu gênant pour M. Landry d'intituler sa lettre «La nécessaire réingénierie du PQ», mais c'est exactement ce qu'il propose, incluant les plans et devis des trois «chantiers de modernisation» auxquels les militants sont conviés en préparation du congrès de 2005 : réorganisation du parti, révision du programme, réactualisation du discours souverainiste.

Sa contribution à la «saison des idées» a le mérite d'aborder les débats de fond. Le qualificatif «social-démocrate», que M. Landry se proposait pourtant de réintroduire dans le programme péquiste, n'apparaît nulle part dans sa lettre. Dans son esprit, le PQ doit plutôt profiter de la «dérive conservatrice» des libéraux pour recentrer son propre programme.

Ce genre d'opération est toujours délicat au PQ. Aux yeux de plusieurs, ce «pragmatisme» rassembleur auquel les invite maintenant leur chef réfère plutôt à l'opportunisme coupable d'un Robert Bourassa ou, pire encore, d'un Lucien Bouchard, qui n'avait même pas l'excuse d'être libéral. D'ailleurs, si c'était pour mieux revenir à l'esprit du rapport de Joseph Facal, pourquoi l'avoir tabletté à la veille des élections ?

***

Dans la lettre qu'il a lui-même fait paraître dans les journaux le mois dernier, François Legault proposait la confection d'un nouveau budget de l'an 1 d'un Québec souverain, dont les priorités illustreraient le caractère résolument social-démocrate du projet souverainiste.

M. Landry veut lui aussi démontrer de manière plus concrète les avantages de la souveraineté, mais on voit mal comment concilier la proposition de M. Legault avec son souci que le PQ demeure «une coalition de souverainistes de toutes tendances et de tous horizons autour d'un programme d'accession à l'indépendance nationale». Faire les comptes de ce qu'on envoie à Ottawa et de ce qu'on en reçoit est une chose, expliquer maintenant comment on dépenserait l'argent en est une autre.

M. Landry refuse également de se laisser enfermer dans un quelconque échéancier référendaire. Tout au plus concède-t-il que «la souveraineté doit être au coeur de la prochaine élection et son avènement doit survenir le plus rapidement possible après notre victoire électorale». Autrement dit, il en est toujours aux «conditions gagnantes». Ou à «l'assurance morale». C'est seulement sur la question du partenariat que M. Landry semble ouvert à une certaine réévaluation, mais sans le renier pour autant.

Clairement, M. Landry s'opposera à toute tentative de radicalisation du PQ, qu'il s'agisse de son «projet de société» ou de la souveraineté. Sa lettre n'est surtout pas celle d'un homme qui envisage de prendre sa retraite.

***

Le chef du PQ a toujours été un admirable bagarreur. Au lendemain de la démission surprise de Lucien Bouchard, il avait été assez impressionnant de le voir mettre ses rivaux potentiels hors de combat avant même qu'ils ne réalisent ce qui leur arrivait. Il est vrai que M. Bouchard lui avait pavé la voie en le laissant se constituer un petit empire au sein du gouvernement et du PQ. De toute manière, il était l'héritier naturel. Personne n'aurait pu l'arrêter.

C'était différent cette fois-ci. Très rares sont ceux qui auraient parié sur ses chances de survivre à la défaite du 14 avril. Le PQ a peut-être réussi à sauver les meubles, en faisant élire 45 députés, mais les 33 % de voix recueillies n'en représentaient pas moins le pire résultat obtenu par le PQ depuis 1973. Et Bernard Landry n'était pas René Lévesque. On était d'autant plus disposé à le laisser choisir son heure que son départ ne semblait faire aucun doute.

Dans les circonstances, la confirmation de son leadership serait un exploit encore plus remarquable que son couronnement de 2001. Soit, la conjoncture le sert bien, dans la mesure où il est très rare qu'un nouveau gouvernement réussisse à inquiéter autant de gens en si peu de temps, mais la politique est précisément l'art de profiter au mieux de la conjoncture.

Même l'image personnelle de M. Landry n'a jamais été aussi bonne. Jean-Claude Labrecque pensait immortaliser un héros avec son film. Il lui a rendu un bien plus grand service en le transformant en martyr. L'ovation que lui réserveront ce matin les délégués au conseil national ne sera pas simplement une façade.

Le message qu'il a envoyé la semaine dernière, en signifiant clairement son intention de solliciter un vote de confiance lors du prochain congrès, a eu son effet. Jusqu'à présent, Pauline Marois s'était toujours contentée de dire qu'elle respecterait sa volonté de demeurer en poste jusqu'en 2005, même si elle aurait préféré que le congrès ait lieu plus tôt.

Cette semaine, au Point, elle a déclaré sans ambiguïté qu'elle participerait à la prochaine campagne électorale aux côtés de M. Landry. Voilà qui commence à ressembler à un ralliement. Il faut dire que M. Landry peut être très explicite quand il s'agit de faire comprendre à un adversaire les risques de s'opposer à lui. Entre Mme Marois et M. Legault, ce sera bientôt à qui le suppliera le plus fort de rester !

mdavid@ledevoir.com



»» Affaire Michaud

La «Saison des idées» ne peut se fonder sur l’amnésie


Louis La Rochelle, président substitut du Parti Québécois de Saint-Louis-Westmount
TRIBUNE LIBRE 18 octobre 2003

Proposition No. 22 au Conseil National du Parti Québécois du 18 octobre 2003
par le Parti Québécois de Saint-Louis-Westmount

Il est proposé que le Conseil national demande à l’aile parlementaire de saisir l’Assemblée nationale du Québec d’une motion rescindant la motion sans préavis du 14 décembre 2000 à l’égard du citoyen et militant Yves Michaud.

Le 2 février 2003, le Conseil national de Trois-Rivières a adopté une proposition appuyant la déclaration de notre président à l’effet que l’aile parlementaire du Parti québécois appuie la modification des règlements de l’Assemblée nationale dans la perspective du respect des règles de la justice naturelle, de la séparation des pouvoirs et de la libre expression des citoyens. Depuis le 14 avril dernier, cette obligation de justice politique tombe sur les épaules du gouvernement libéral de Jean Charest, mais les engagements de notre parti à cet égard ne disparaissent pas pour autant.

Le débat porte sur la légalité de la « motion sans préavis » du 14 décembre 2000.

La « motion sans préavis » du 14 décembre 2000 était de toute évidence illégale, car elle a passé outre aux droits fondamentaux protégés dans la Charte québécoise des droits, soit :

  • le droit d’expression d’un citoyen;
  • le droit de connaître précisément la faute commise ;
  • le droit à être entendu et à se défendre. (« Audi alteram partem »)

    L’article 324 du Règlement de l’Assemblée nationale donne une indication claire du droit en cette matière, même s’il s’applique spécifiquement à l’« Intégrité du parlement et de ses membres » : une motion à l’encontre d’une personne autre qu’un député présuppose que cette personne a « porté atteinte aux droits ou aux privilèges de l’Assemblée ou de l’un de ses membres », ce qui n’était pas le cas à l’égard de Monsieur Michaud. L’article 327 du Règlement de l’Assemblée nationale établit que « les règles relatives à l’examen de la conduite d’un député s’appliquent »… aussi à la conduite d’une autre personne qu’un député. Les règles qui s’appliquent dans les motions de blâme visant l’intégrité du parlement devraient aussi s’appliquer lorsque le simple comportement d’un citoyen est mis en cause par l’Assemblée nationale, même dans une « motion sans préavis ».

    L’immunité de l’Assemblée nationale est limitée par la constitution et les droits fondamentaux. Une motion de l’Assemblée nationale qui outrepasse les limites de ces droits pourrait être judiciable, c’est-à-dire être l’objet d’une décision judiciaire.

    En tant que militants du Parti québécois, notre responsabilité dépasse les technicalités juridiques de cette question. Nous avons l’obligation de défendre et de promouvoir les valeurs fondamentales des droits et devoirs aussi bien des citoyens que de notre parlement.

    Maintenant que le Parti Libéral détient la majorité parlementaire il a l’obligation politique d’assumer cet « héritage sombre » de la précédente législature, dont il a été le complice et le principal bénéficiaire politique. Qu’il le fasse ou non, c’est maintenant sa responsabilité. Nous devrons l’aider en ce sens et le juger en conséquence.

    En adoptant cette proposition au prochain Conseil national, le Parti Québécois démontrera qu’il a approfondi sa maturité politique, qu’il défend les principes démocratiques et qu’il assume ses responsabilités historiques.

    À l’appel de notre président, Monsieur Bernard Landry, nous entrons dans la « Saison des idées » qui ne peut se fonder sur l’amnésie de notre passé récent. En appuyant cette proposition, nous avancerons vers la clarté et la franchise. En nous y opposant, nous reculerons vers la dissimulation et l’obscurité. Pour conclure, en portant le projet historique de la souveraineté du Québec, le Parti Québécois porte aussi une responsabilité historique de veiller à ce que l’Assemblée Nationale du Québec respecte les fondements de la démocratie vis-à-vis des citoyens. C’est ce que nous demandons dans cette proposition.

    Louis La Rochelle, président substitut du Parti Québécois de Saint-Louis-Westmount, le 18 octobre 2003