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Le Parti québécois, un parti rendu à maturité
Allocution pour le Conseil national du 18 octobre 2003
Jean-Herman Guay
professeur titulaire en Sciences politiques à l'Université de Sherbrooke
site du PQ 17 octobre 2003
René Lévesque écrivait dans son autobiographie
«Les partis appelés à durer vieillissent généralement assez mal. Ils ont tendance à se transformer en Églises laïques hors desquelles point de salut et peuvent se montrer franchement insupportables. À la longue, les idées se sclérosent, et c’est l’opportunisme politicien qui les remplace. Tout parti naissant devrait, à mon avis, inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps. Une génération? Guère davantage, ou sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer. »
On peut s’opposer à l’esprit de cette affirmation de René Lévesque, on peut souhaiter un amendement sur un mot ou sur l’autre, mais on ne peut pas rester insensible à l’esprit qui s’en dégage.
Le 14 octobre 1967, il y a 36 ans presque jour pour jour, René Lévesque quittait le Parti libéral du Québec. Le Parti québécois, vous le savez autant que moi, est né l’année suivante : son congrès de fondation a eu lieu le 11 octobre 1968. Que dire d’un parti qui a 35 ans? Quel regard jeter sur ce qu’il est, ce qu’il a fait de ses rêves, aussi bien dans l’opposition que pendant les années où il fut au pouvoir? Que penser de lui maintenant? Que dire de son programme?
L’élection du 14 avril 2003
Le 14 avril dernier le Parti québécois est allé chercher l’appui du tiers des Québécois, un maigre trois pour cent de plus qu’en 1973. Le pire score en trente ans. Une occasion de réfléchir!
Certains diront que cette dégringolade est conjoncturelle, momentanée. Peu d’éléments militent pour une telle lecture. L’économie se portait bien, même très bien, mieux que jamais. Le chef du Parti était apprécié, plus que son parti et que son programme. Les journalistes ont été durs, mais tout autant qu’ils l’ont été avec les libéraux ou les adéquistes. Se cacher derrière la conjoncture pour éviter un examen de conscience, c’est faire preuve de myopie.
Se cacher derrière les 45 sièges obtenus n’est guère mieux. Ce n’est pourtant que 33% des gens qui ont voté pour le Parti québécois. Et ce n’est pas non plus parce que le vote social-démocrate s’est divisé. Le Parti libéral a affiché ses couleurs en septembre 2002 et l’ADQ ne faisait pas de cachette avec ses positions de droite.
Quant à une division du vote souverainiste, il convient d’être prudent. Si c’est vraiment le cas, il faut à tout le moins reconnaître que ceux qui ont appuyé l’ADQ, n’avaient pas un tonus souverainiste élevé : Mario Dumont ayant clairement affiché ses convictions fédéralistes à Toronto à l’automne 2002. En fait, il faut se souvenir que les choses auraient pu être bien pires!
Mais certains diront que l’option va bien. Les sondages nous montrent un appui de 40, 41, parfois même 44%. «Ne vous inquiétez pas», la main sur l’épaule, «nous sommes à quelque cinq ou six points d’une victoire». Pardonnez-moi; je ne fais pas la même lecture que vous. Livrez-vous à un exercice fort simple dès demain, dimanche. Rendez-vous au presbytère de votre paroisse. Et dites au curé inquiet de l’avenir du catholicisme au Québec qu’il n’a pas à se faire de mauvais sang, que vous avez une bonne nouvelle pour lui. La main réconfortante posée sur l’épaule, dites-lui que le dernier recensement révèle que 5 930 385 personnes se sont déclarées catholiques soit 83% des Québécois. À l’oreille de l’homme inquiet, dites que la foi est assurée, que l’enquête la plus sophistiquée atteste d’une manière incontournable la victoire du catholicisme. Je ne connais pas votre curé… ni le mien d’ailleurs. Mais je sais une chose : ou bien il va rire de vous, ou bien il va prier pour vous, ou bien il va vous envoyer au diable. Vous êtes sceptiques? Quittez le presbytère, allez à l’église et voyez de vos yeux. Les églises sont vides; les séminaires aussi, les curés comme les fidèles ont les cheveux blancs.
Oui, dans les sondages les gens se disent souverainistes dans une proportion encore élevée, mais cet appui n’a plus la ferveur d’autrefois; l’engagement n’est plus au cœur de l’agenda, il ne provoque plus les échanges animés autour de la table. On se dit souverainiste par défaut, par habitude, parce qu’on ne veut pas renier officiellement ses convictions. Elles subsistent dans une mémoire latente, en sourdine, comme une nostalgie, un désir qu’on est sur le point de ranger dans la boite aux souvenirs.
Est-ce le cas de tous? Non bien sûr. Vous en êtes la preuve. Mais c’est peut-être le cas de la moitié, à tout le moins, du tiers de ceux qui se disent souverainistes.
On pourrait choisir un autre mot, mais ce premier constat provoque une inquiétude. Et cette inquiétude est encore plus palpable lorsque vous pensez à l’avenir du «parti frère», le Bloc québécois.
Un parti idéologique au bout de ses énergies
Mais il n’y a pas que l’inquiétude. Examinons les choses avec plus de recul encore.
Le Parti québécois est de toute évidence, et ce depuis sa fondation, un parti d’idées, un parti idéologique. Ce programme de 211 pages est rempli d’idées audacieuses. Celles-ci se déploient sur deux fronts : le rapport avec l’autre nation et le rapport avec l’État. En lisant le programme, il n’y a aucun doute sur la nature du Parti québécois : il est à la fois souverainiste et social-démocrate.
Quant au Parti libéral du Québec, il n’y a pas de doute qu’il est un parti de gestion. Ce n’est pas que son programme ne compte pas d’idées, mais celles-ci sont le plus souvent l’écho des idées qu’on retrouve dans la société. Le Parti libéral du Québec ne prétend pas connaître les intérêts du Québec mieux que les Québécois eux-mêmes. Il suit ceux-ci d’année en année. Il n’a pas de pédagogie pour les convaincre d’un projet puisqu’il n’a pas de projets qui dépassent l’horizon du présent au du mandat en cours. Il modifie, corrige, adapte. Il rénove, mais il ne bâtit pas. Le mot «réingénérie» déplait? On le biffe.
La conséquence est la suivante : le Parti libéral du Québec a traversé le temps. Il est le seul parti qui était là il y a cent ans et il se trouve encore en lice élection après élection. Tous les autres partis, plus ou moins idéologiques, n’ont pas été capables de résister à l’épreuve du temps. Les partis politiques idéologiques sont pendant un certain temps motivés par la diffusion du projet, emballés par ce travail d’éducation incessant et grisant. Rendus à un certain stade de leur développement, un danger les guette : la déception.
La déception de ne pas convaincre. Les énergies s’épuisent alors et les militants rentrent chez eux dans l’espace privé, assommés par la «récapitulation de leurs déceptions».
Néanmoins des victoires
Le problème est cependant plus complexe. Il n’y a pas qu’inquiétude et déception. Je ne veux pas faire de la haute théorie, mais je dois néanmoins rappeler une simple vérité. Les idéologies – le nationalisme, comme le féminisme ou le marxisme - sont riches d’une symbolique, d’un rituel. Ces idéologies se fixent des cibles. Elles jugent de l’avancement du projet en fonction de la distance qui les sépare des cibles choisies au point de départ.
Or, souvent, heureusement ou malheureusement, le projet n’emprunte pas la trajectoire escomptée. Il ne se déploie pas comme on l’avait imaginé. Les symboles ne sont pas au rendez-vous. Le mouvement évolue, mais dans une direction quelque peu différente qui dévie de la cible.
Quand René Lévesque a fondé le Parti québécois, les francophones étaient un peuple de locataires, sous-scolarisés, absents des conseils d’administration, privés d’un réel entrepreneurship. Leur culture n’était pas ou si peu reconnue. Les écarts de revenus entre francophones et anglophones étaient très prononcés et l’arrogance du gagnant, bien que minoritaire, était inscrite dans mille et une attitudes de la vie quotidienne. Relisez Miron, relisez Godin, souvenez-vous de «Speak white».
Au début des années soixante, l’État québécois commençait à peine à ressembler à un État moderne. La charité, privée ou religieuse, faisait encore office de sécurité sociale.
Aujourd’hui qu’en est-il? Les écarts entre francophones et anglophones sont réduits, et certains chiffres présentent les francophones comme les gagnants. Les locataires sont largement devenus propriétaires. La sous-scolarité n’est plus une problématique aussi marquée. Le Québec compte à présent un entrepreneurship actif et redoutable. Le Québec dispose d’un des filets de sécurité sociale les plus forts. L’écart entre les plus riches et les plus pauvres est plus réduit ici qu’en France ou en Allemagne, là où pourtant des traditions socialistes sont en place depuis la fin du XIXe siècle. Quant à la culture québécoise, elle est largement reconnue sur les scènes du monde comme sur les écrans de télévision.
En 40 ans, le Québec est devenu l’une des sociétés les plus progressistes de la planète. Tous les Québécois ont mis l’épaule à la roue : entreprises, universités, gens de littérature comme gens du cirque. Toutes les institutions y ont pris part : les centrales syndicales, les groupes communautaires, le Parti libéral du Québec et même le Gouvernement fédéral. Mais, s’il faut trouver une force, un joueur, un parti qui a œuvré dans cette direction; s’il faut trouver le foyer de la «fierté» qui a amené les francophones a se prendre en main, tout le monde reconnaîtra la magnifique contribution du Parti québécois. La contribution des Parizeau, Landry, Bouchard et Johnson ne fait pas de doute. Et la contribution de Lévesque est inscrite au fronton de nos réussites. En ce sens, le programme du Parti québécois a été largement réalisé. Le projet souverainiste n’a pas abouti, mais il a néanmoins provoqué des changements importants dans la structure économique de la société. Cependant, la part non réalisée est une part importante. Le Québec n’a pas de siège aux Nations-Unies. Le Québec n’a pas tous les pouvoirs législatifs… mais ce qui faisait du Parti québécois un mouvement social n’est plus tout à fait là. Les raisins de la colère ont disparu. L’insécurité linguistique n’habite plus le milieu du travail ou celui du commerce et le sentiment d’infériorité est rentré dans les livres d’histoire.
La quête de tous les pouvoirs ou d’un plus grand nombre de pouvoirs revêt à présent un caractère essentiellement administratif; elle n’a plus d’échos dans la vie quotidienne des gens. En réclamant tout du fédéral, les péquistes ont jadis exercé une fascination dans la mesure où la génération des années soixante-dix demandait elle aussi au travail, comme à l’école, dans les universités comme dans les magasins le droit de parler français, le droit de gravir les échelons et le droit d’être respectée.
Il s’est opéré une chimie entre la revendication linguistique, la revendication étatique et la revendication très personnelle de centaines de milliers de personnes. Paradoxalement, si les gens ne parlent plus de souveraineté c’est parce qu’elle ne renvoie pas à leur vie. Et parce qu’elle ne parle plus de la vie réelle, poètes et artistes, cinéastes et romanciers n’en font plus l’objet de leurs tourments.
C’est un peu comme cela que les mouvements se transforment. Leur formulation et leur diffusion ont exercé une influence telle – une menace si grande - que leur réalisation finale a perdu une large part de sa pertinence. La société moderne a cette incroyable capacité d’absorber et de se transformer sans casser.
Ce constat que je vous lance avec des mots trop simples et des paragraphes trop courts, une absence de nuances que vous me reprocherez peut-être, laisse néanmoins dans la bouche un goût aigre-doux, d’accomplissement et d’inachèvement.
Ce triple constat amalgame trois émotions : l’inquiétude, la déception et cette ambivalence dans la réussite des rêves. Tout cela suscite une réflexion sur l’ici et maintenant, sur le présent. Que faire?
Que faire?
Certains disent : comptons sur l’adversaire. Faisons du judo avec ses faiblesses. Certains s’imaginent que Jean Charest va se tirer dans le pied. Rien n’indique de la part des libéraux un dérapage majeur. Ils travaillent sur un programme connu, bien présenté lors de la dernière campagne. Ils ont la légitimité d’agir. C’est un parti d’expérience. Le chef libéral est politicien habile qui maîtrise à présent les dossiers québécois. Comme un chat, il tombe et retrouve son équilibre. À mes yeux, il mérite autant le respect que ses prédécesseurs. Compter sur une quelconque turpitude de sa part, laisser entendre qu’il n’a pas de flair politique me semble un calcul limité. D’autres diront qu’il faut plutôt compter sur le gouvernement fédéral pour provoquer un mouvement de société? On attend l’erreur, celle d’un autre Meech. Je ne suis pas de cet avis. Il y a fort à parier que Paul Martin se montrera plus pragmatique dans le dossier constitutionnel que Jean Chrétien. Il ne faut du reste jamais sous-estimer son adversaire. Profiter des erreurs de l’autre me semble judicieux en politique, mais compter sur elles pour reprendre le pouvoir et réaliser son programme me semble dénoter un manque de contenu.
D’autres posent le problème d’une manière plus stratégique qui mérite plus d’attention. Convaincus que le Parti libéral va tourner à droite, ils estiment que le Parti québécois doit tourner à gauche. Faut-il définir un projet de société dans lequel l’État serait encore plus présent? Si nous étions à mi-chemin entre Bruxelles et Paris, peut-être. Si nous avions les coffres bien garnis? Pourquoi pas! Si nous avions un fardeau fiscal similaire à celui de nos partenaires commerciaux, ce serait possible. Mais aucune de ces conditions n’est remplie. Plus encore, alors qu'au début des années soixante, l’État québécois était le seul levier économique pour nos entreprises, ce n’est plus le cas maintenant. Il existe un capital québécois solide, des institutions importantes. L’État n’exerce plus la même fascination qu’autrefois dans la mesure où il n’a plus le monopole du soutien.
En fait, si le Parti libéral tourne trop à droite, c’est le centre qu’il va laisser à découvert. C’est le centre et ses banlieues de gauche qu’il faut peut-être occuper.
D’autres vivent avec la conviction que le Parti québécois a mal vendu son message, qu’il s’est égaré dans la formulation. Le problème en serait un de vente, de marketing politique ou de pédagogie. Vous avez été au pouvoir presque vingt ans. Vous avez été dirigés par les orateurs les plus charismatiques du Québec. Vous avez longtemps profité du soutien des artistes et des intellectuels. Comment croire qu’il s’agit essentiellement d’un problème de formulation? Je réentends l’aveu de Lucien Bouchard au moment de sa démission : «je reconnais que mes efforts pour relever rapidement le débat sur la question nationale sont restés vains».
Si l’on ne peut compter ni sur l’adversaire, ni sur un nouveau projet de société plus à gauche, ni sur une relance mobilisatrice du projet souverainiste, que faut-il faire?
J’aurais aimé vous offrir sur un plateau d’argent une recette magique, une alternative emballante et stimulante. Ce n’est pas le cas. Mais je dois quand même ajouter ceci avant de conclure : tous les grands projets politiques souffrent d’une fatigue chronique depuis presque vingt ans. Ils évoluent dans une culture où le mépris et le cynisme dominent; ils transigent avec des militants épuisés. Ils parlent d’un «nous», qui n’est plus qu’une collection de «moi». Ils ont des projets globaux qui ne collent plus avec nos modes de vie segmentés, diversifiés et éclatés.
Les partis de gestion, eux, ne s’en tirent pas trop mal – peu d’audace, peu de déception; mais ceux qui veulent davantage, qui véhiculent des projets et des désirs, ont beaucoup de peine à définir des défis convergents. Le XXe siècle a été très politique, trop politique. Le présent siècle est sceptique à l’endroit du discours politique.
Mais quelle est donc la conclusion de mon propos. Le Parti québécois doit faire le deuil de certains rêves ou de certaines cibles précises tout en se félicitant des progrès réalisés.
Il a atteint une maturité certaine. S’il continue de déployer des énergies pour fixer de nouveaux rendez-vous avec l’Histoire, il va s’épuiser dans son rêve et se marginaliser. Le Parti québécois doit assumer son âge – ses trente-cinq ans bien comptés; le Québec a besoin d’un Parti québécois solide, qui ne brulera pas ses énergies dans une jeunesse imaginaire. Son programme doit refléter cette nouvelle attitude.
La situation particulière du Québec en Amérique du Nord oblige – et obligera toujours - l’existence d’un parti nationaliste, conscient des acquis, confiant en l’avenir, mais toujours vigilant à l’endroit des érosions possibles. Le Québec a besoin d’une alternative politique; il a besoin de gens qui seront en mesure d’être là – 125 candidatures solides - parce qu’ils auront résisté à la tentation d’une pureté appréciée uniquement par quelques initiés. Autrement, en s’enfermant dans une évangile trop bien prescrite, les militants du Parti québécois connaîtront les désarrois qui affligent ceux et celles qui n’ont pas reconnu qu’avec le temps rien ne reste intact. Un mot encore.
Devenir un vieux parti? Oui, jusqu’à un certain point. Un parti de gestion? Ce n’est pas déshonorant. Un parti qui sera suffisamment présent pour défendre les acquis. Un parti suffisamment ouvert et éclaté - et horizontal dans sa prise de décisions - pour laisser percer la nouveauté lorsqu’elle exigera de la place, du soutien et l’expérience de ceux et celles qui ont fait un sacré bout de chemin. Un parti suffisamment flexible pour saisir les aléas de l’Histoire et capable d’ouvrir à nouveau le tiroir des souvenirs et brandir à un âge avancé, la voix rauque, mais belle, le besoin d’un pays aux générations qui en sentiront peut-être à nouveau la nécessité.
Réplique de Bernard Landry à
l’intervention de Jean-Herman Guay
Présentation du chantier « Programme »
Conseil national
18 octobre 2003 – Québec
« Monsieur Guay, vous êtes tout à fait dans l’esprit de ce que j’avais souhaité. Un
brassage d’idées extraordinaire, saison des idées, approche critique percutante et
sans complaisance. Par ailleurs, puisque vous avez daigné venir nous faire cet
exposé profond, souffrez que je vous dise qu’il y a quelque chose que je n’ai pas très
bien compris : vous dites qu’il faut abandonner des rêves. J’aimerais savoir lesquels,
parce que le rêve de la souveraineté du Québec, tel que René Lévesque l’a formulé
six mois avant sa mort devant les étudiants de l’Université Laval, de nous donner un
pays complet et reconnu, il ne me quittera jamais, moi personnellement.
Il ne quittera jamais le cœur et l’esprit de millions de Québécois et de Québécoises
dont de plus en plus de jeunes qui sont présents à notre Conseil national. Je veux
bien que grâce au Parti Québécois d’ailleurs, le Québec ait fait des progrès fabuleux
et que certains vocabulaires ne s’appliquent plus. Nous ne sommes plus des
colonisés. Mais si nous ne sommes plus des colonisés, nous devons être aux Nations-unies
avec les peuples libres et le plus rapidement possible. Oui nous sommes libres.
Nous sommes libres de payer deux tiers de nos impôts à Ottawa, au gouvernement
dominé par une autre nation. Nous sommes libres de perdre 50 millions de dollars
par semaine, deux milliards et demi par année. Nous sommes libres quand Louise
Beaudoin et Marie Malavoy font un combat extraordinaire pour que l’UNESCO
s’occupe de la diversité culturelle, d’entendre dire que c’est Sheila Copps qui l’a fait.
Nous sommes libres de se faire nommer un aéroport par un des hommes politiques
qui a eu le rôle le plus funeste de l’histoire du Québec, Pierre Elliott Trudeau.
Alors monsieur le professeur Jean-Herman Guay, si vous êtes venu par votre
puissant apport intellectuel nous aider à réaliser ce rêve de liberté véritable le plus
tôt possible, je vous en remercie profondément. Mais si vous nous demandez
d’abandonner ce rêve, je vous dis non merci! »

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»» La Souveraineté et les générations
Landry mise sur une alliance entre générations pour réaliser la souveraineté
Robert Dutrisac
Le Devoir lundi 20 octobre 2003
Québec - Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, compte sur une «formidable alliance intergénérationnelle» pour réaliser la souveraineté dans cinq ans ou 2000 jours.
«Quand je suis devenu membre du Parti québécois, seule une minorité qui était plus âgée que moi avait les mêmes idées. Aujourd'hui les choses sont complètement inversées. Les jeunes sont puissamment souverainistes et ceux de ma génération le sont devenus. Je pense que le niveau mathématique joue en notre faveur», a avancé Bernard Landry dans son discours ouvrant le conseil national du PQ samedi. «La population, dans sa sagesse, nous a donné 2000 jours, le double», a dit M. Landry, en faisant référence à l'objectif de 1000 jours qu'il avait fixé, il y a un an lors du conseil national de Gatineau, pour réaliser la souveraineté.
Répondant aux questions insistantes d'un journaliste en conférence de presse, M. Landry s'est toutefois gardé de s'enfermer dans un échéancier précis menant à la tenue d'un référendum dans la première année d'un prochain mandat si le PQ ravit le pouvoir aux libéraux dans quatre ans. À cet égard, le chef péquiste ne partage pas les vues de François Legault qui souhaite la tenue d'un référendum sur la souveraineté dans les mois qui suivent la prise de pouvoir du PQ. M. Landry s'en tient à la position qu'il a réitérée à satiété: un référendum le plus rapidement possible, mais seulement s'il est assuré qu'il ne sera pas perdu.
Dans son discours, M. Landry a parlé «d'un nouveau cycle» qui s'amorce pour le PQ qui fête ses 35 ans. Il a convié les militants à cette «saison des idées» qui vise la modernisation du parti, un exercice décliné en trois chantiers, les trois «P»: le parti, le programme et le pays. Évoquant la lettre qu'il vient d'envoyer aux journaux, M. Landry a dit vouloir lancer «une invitation à la floraison. Moi, je suis pour que tous les végétaux poussent, y compris ce que je considère personnellement comme de la mauvaise herbe. On ne va pas se mettre à répandre de l'herbicide sélectif d'avance».
Un parti victime de ses succès
Cette apparente ouverture fut mise à rude épreuve par la thèse iconoclaste du professeur de science politique à l'Université de Sherbrooke, Jean-Herman Guay, invité par la direction du parti à apporter sa contribution au débat d'idées péquiste. Dans son exposé devant des militants qui ont oscillé entre les applaudissements et la consternation, M. Guay, un ancien conseiller du Bloc québécois, a livré un constat sévère sur le PQ.
L'universitaire a commencé par citer le fondateur du PQ, René Lévesque, qui écrivait dans son autobiographie que tout parti devrait disparaître au bout d'une génération, ou guère davantage, sinon il «ne sera plus un jour qu'une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l'avenir de percer». M. Guay a exhorté les péquistes à «faire le deuil de certains rêves ou de certaines cibles précises».
Selon le politologue, le PQ est un parti générationnel qui s'éteindra s'il persiste à promouvoir l'accession du Québec à la souveraineté dans un avenir prévisible. Le PQ est victime de ses succès, les Québécois ne sont plus des colonisés, la société québécoise est une des plus progressistes au monde, «les raisins de la colère ont disparu». Le projet souverainiste n'a plus de prise sur le réel des gens. En martelant l'idée de la souveraineté, le PQ risque de «s'épuiser et de se marginaliser».
C'en était trop pour Bernard Landry. Fulminant, le chef péquiste, qui a eu peine à contenir son indignation, a saisi le micro dans la salle pour répliquer. «Ce rêve de René Lévesque de nous donner un pays complet et reconnu, il ne me quittera jamais», a-t-il dit. La saison des idées, d'accord, mais avec deux balises qu'il ne faut en aucun cas enfreindre: le PQ est souverainiste et il est progressiste, a-t-il répété en conférence de presse.
«Je trouve que c'est le défaitisme à l'état pur», a-t-il dit. «Dire: une nation réussit, elle se condamne pas son succès à son statut provincial éternel. Si c'est ça qu'il veut dire, ses idées me révulsent totalement.»
C'est le député de Mercier, Daniel Turp, qui a été désigné coordonnateur des trois chantiers de réflexion. Faisant le saut dans le militantisme politique, le politologue de l'Université Concordia, Guy Lachapelle, est devenu président du Comité des relations internationales du PQ. D'ici un an, le comité produira un rapport exhaustif sur la transition entre le statut provincial du Québec et celui d'un pays souverain. Le PQ doit également créer sous peu un comité qui décrira l'état des finances publiques d'un Québec souverain. François Legault est déjà en lice pour y prendre part.
Samedi, quelques nouvelles idées circulaient. Pour le chantier du parti, des péquistes comme M. Turp et le député de Gouin, André Boisclair, estiment que le PQ doit envisager de créer des ailes ou des courants, à l'instar du Parti socialiste français, notamment, afin d'accueillir en son sein les souverainistes séduits par l'Union des forces progressistes (UFP) à gauche et, à droite, les souverainistes qui sympathisent avec l'Action démocratique du Québec.
De leur côté, des jeunes péquistes préconisent que le parti abandonne son engagement de tenir un référendum avant de réaliser la souveraineté. Une élection référendaire devrait suffire pour qu'un gouvernement péquiste puisse faire une déclaration unilatérale d'indépendance. «Ce n'est pas une idée qui me plaît d'aucune espèce de façon», a cependant indiqué M. Landry.
Lors des élections dans les instances du PQ, plusieurs jeunes ont été élus. À la surprise générale, l'ancienne ministre et députée de Pointe-aux Trembles, Nicole Léger, qui fait partie du camp de Pauline Marois, a mordu la poussière pour le poste de conseiller-député. Les militants lui ont préféré le député de Berthier, âgé de 25 ans, Alexandre Bourdeau.

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Le prophète de malheur
Michel David
Le Devoir lundi 20 octobre 2003
Il faut une bonne dose de courage pour annoncer brutalement à 400 personnes que, peu importe l'ardeur qu'elles mettront à le réaliser, le rêve de leur vie demeurera précisément un rêve, comme l'a fait le politologue Jean-Herman Guay au conseil national du PQ.
Je ne me souvenais pas avoir été témoin d'une pareille audace depuis la fois où Stéphane Dion, qui était encore officiellement professeur à l'Université de Montréal, avait causé une véritable commotion au conseil général du PLQ, en janvier 1995, en enjoignant aux délégués d'en finir avec leurs états d'âme sur le renouvellement du fédéralisme et d'accepter le Canada tel qu'il était.
Si, après un moment de stupeur, l'analyse pessimiste mais lucide de M. Guay a provoqué d'aussi vives réactions, à commencer par celle de Bernard Landry, qui a crié au défaitisme, c'est qu'elle faisait brillamment écho à la grande crainte que de nombreux militants péquistes entretiennent au fond d'eux-mêmes depuis longtemps: et si le PQ avait simplement été le parti d'une génération?
Bien sûr, il y a encore des jeunes au PQ, et il risque d'y en avoir d'autant plus que le PQ est présentement le seul parti d'envergure qu'on puisse qualifier de progressiste. Il faut pourtant reconnaître avec M. Guay que «les raisins de la colère ont disparu», sans qu'un moteur aussi puissant n'ait pris le relais.
La «grosse maudite Anglaise de chez Eaton», pour reprendre la célèbre image de l'ancien ministre Pierre MacDonald, appartient désormais au passé. Le sentiment d'infériorité dont souffraient bon nombre de Québécois a largement disparu, tout comme l'insécurité linguistique. «Si les gens ne parlent plus de souveraineté, c'est parce qu'elle ne renvoie pas à leur vie.»
C'est le constat de son incapacité à rétablir ce lien qui avait si profondément découragé Lucien Bouchard. Plus que tout autre chef dans l'histoire du PQ, y compris René Lévesque, M. Bouchard s'adressait aux tripes des Québécois. Leur indifférence grandissante à ce discours, comme aux exactions du gouvernement fédéral, lui était devenue tout simplement insupportable. Il a été victime de ce que Jean-Herman Guay appelle «la déception de pas convaincre», qui guette tous les partis idéologiques.
Bernard Landry s'est dit totalement révulsé par les idées de M. Guay, mais il a compris depuis longtemps qu'il fallait jouer sur un autre registre. La nécessaire «réactualisation du discours souverainiste» est devenue une véritable litanie au PQ. C'est d'ailleurs un des trois «chantiers de modernisation» auxquels M. Landry a convié les militants péquistes.
Après la malheureuse déclaration de Jacques Parizeau sur «l'argent et les votes ethniques», qui discréditait pratiquement le discours identitaire, on avait misé sur la mondialisation. À ce jour, force est toutefois de constater que le lien, pourtant essentiel, entre souveraineté et mondialisation demeure totalement abstrait pour la grande majorité des Québécois.
***
Au conseil général de janvier 1995, Liza Frulla avait été une des plus outrées de l'admonestation de Stéphane Dion, préférant quitter les lieux plutôt que de se faire faire la leçon par ce blanc-bec. Mme Frulla faisait partie de l'aile nationaliste du PLQ à l'époque. Elle siège aujourd'hui à la Chambre des communes aux côtés de M. Dion.
À l'époque, le porte-parole du PLQ en matière constitutionnelle était Jean-Marc Fournier. Il avait bien tenté de défendre les positions prises par son parti dans le passé, mais il s'était fait rabrouer comme un étudiant qui avait mal appris sa leçon. Lui aussi a évolué avec les années. Devenu ministre des Affaires municipales, il va aujourd'hui au-devant des désirs de M. Dion, en invitant le gouvernement fédéral à envahir les champs de compétence du Québec.
C'est évidemment le grand avantage d'un parti de gestion comme le PLQ, qui peut changer de programme comme de chef, selon le goût du jour, auquel il ne fait que s'adapter, sans jamais prétendre l'imposer.
Le PQ, lui, ne peut songer un seul instant à suivre le conseil du professeur Guay et «faire le deuil de certains rêves ou de certaines cibles tout en se félicitant des progrès réalisés». Il est même étonnant qu'un observateur aussi averti de la scène politique québécoise puisse imaginer un seul instant que le PQ survivrait à l'abandon de son projet.
C'était peut-être là le plus insupportable dans son exposé au conseil national: même si les militants péquistes étaient persuadés au fond d'eux-mêmes que la souveraineté est une voie sans issue, ils seraient condamnés à continuer.
mdavid@ledevoir.com

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Au tour de l'opposition
Gilbert Lavoie
Le Soleil lundi 20 octobre 2003
Éditorial - Lettre ouverte dans les journaux, entrevues radio et télé, deux conférences de presse en ligne, Jean Charest a été omniprésent dans l'actualité, la semaine dernière. À l'approche du conseil national du PQ et de la reprise des travaux de l'Assemblée nationale, ses conseillers en communication ont sorti le premier ministre pour mobiliser les troupes et convaincre les Québécois que le gouvernement sait où il s'en va.
Ce n'est pas par bonté d'âme que Jean Charest se fait tout à coup disponible. C'est qu'il aura sous peu à rendre des comptes à l'Assemblée nationale. Ce retour à la transparence, après six mois de travail dans l'ombre, illustre bien l'importance de la tâche qui attend le Parti québécois et l'Action démocratique au cours des prochains mois. Une opposition intelligente et articulée peut avoir une influence considérable sur le gouvernement. Encore faut-il que cette opposition fasse ses devoirs et qu'elle aille plus loin que les dénonciations faciles auxquelles on nous a trop souvent habitués, autant chez les libéraux qu'au Parti québécois.
Il n'est pas facile de briller dans l'opposition. Une revue de presse des derniers mois permet de constater que les seuls enjeux sur lesquels le PQ a véritablement retenu l'attention, depuis le 14 avril, sont la course à la succession de Bernard Landry et le débat sur la souveraineté. Ces deux sujets continueront d'attirer l'attention, mais le PQ manquera une belle occasion si son questionnement sur la souveraineté relègue à l'arrière-plan sa critique des politiques gouvernementales. On l'a vu samedi au conseil national, le débat sur la souveraineté peut devenir un véritable carcan si le parti ou le chef tente de préciser, comme l'a fait M. Landry, quelle sera la stratégie ou l'échéancier référendaire dans cinq ans ou 10 ans. Quant à la course à la direction du parti, elle devra attendre 2005. D'ici là, c'est dans leur efficacité à l'opposition que les aspirants au leadership devraient consacrer leurs efforts s'ils désirent asseoir leur crédibilité sur autre chose que du rêve et des slogans.
Le Parti québécois a fait élire 45 députés aux dernières élections. La plupart des membres du cabinet ont été réélus et disposent d'une connaissance intime des grands dossiers auxquels sera confronté le gouvernement. Le bureau de recherche de l'aile parlementaire compte une douzaine de personnes. Si tout ce monde donne la pleine mesure de ses énergies, les critiques du PQ seront en mesure de faire autre chose que d'interpeller le gouvernement à partir des articles de journaux comme le faisaient souvent les libéraux.
Le même défi attend l'ADQ. Après la grande déprime qui a suivi la défaite, Mario Dumont a démontré jeudi, en entrevue au SOLEIL, qu'il était de retour en mode offensif. Le chef adéquiste a perdu des collaborateurs précieux comme Marie Grégoire et François Corriveau le 14 avril dernier. Mais il entreprend tout de même une nouvelle session avec un caucus de quatre personnes, un budget de recherche plus substantiel qu'en 1998, et une base militante beaucoup plus importante.
Le gouvernement Charest devra prendre des décisions lourdes de conséquences au cours des prochains mois. La révision du rôle de l'État est un exercice éminemment complexe. La préparation du prochain budget demandera des compressions budgétaires importantes. La révision des tarifs d'organismes gouvernementaux comme Hydro-Québec ou la Société de l'assurance automobile du Québec ne passera pas comme une lettre à la poste. Et les négociations avec les employés de l'État se feront en terrain hostile.
Ce n'est pas le temps de... perdre notre temps avec des scénarios référendaires plus hypothétiques les uns que les autres.
GLavoie@lesoleil.com

»» PQ - Course à la chefferie
Le grand prêtre
J.-Jacques Samson
Le Soleil lundi 20 octobre 2003
Éditorial - Bernard Landry devait d'abord livrer un triptyque aux grands quotidiens en prévision du conseil national de son parti à Québec, samedi. La contribution du chef du Parti québécois à la " saison des idées " qu'il a lui-même lancée en juin dernier, un exercice de réflexion sur les orientations du PQ, a par la suite été ramenée à deux, puis à un seul texte. Le chef a choisi à cette étape de s'en tenir à un exposé très sobre, sans argumentaires, rassembleur, tout en posant avec circonspection les enjeux intellectuels des différents débats devenus nécessaires au Parti québécois.
M. Landry intervient à la suite des Pauline Marois et François Legault. La première a déjà suggéré de rayer de l'article un du programme du PQ sur l'accession à la souveraineté, la référence au modèle d'union à l'européenne introduite par M. Landry. Elle préconise aussi des référendums sectoriels dans une nouvelle démarche étapiste vers la souveraineté globale. La députée de Taillon se prononçait par ailleurs en faveur d'un partenariat d'un Québec souverain avec le Canada mais sans jamais subordonner la souveraineté à la conclusion d'un tel accord.
Son collègue François Legault, aussi candidat pressenti à la succession de Bernard Landry, a pour sa part publié un texte dans lequel il suggérait qu'un éventuel partenariat politique avec le Canada n'était plus nécessaire. M. Legault courtisait de la sorte l'aile gauche du PQ, toujours plus influente pendant les années d'opposition, alors que de nombreux modérés mettent leur militantisme entre parenthèses. M. Legault a en plus proposé en septembre de refaire un budget de l'an 1 d'un Québec souverain, ce qui permettrait d'opposer concrètement les choix de société des péquistes à ceux des libéraux de Jean Charest.
Après ces deux premières parades d'une course larvée à la direction du parti, les militants, un peu désorientés, attendaient la voix du gourou.
Bernard Landry a bien posé en maître spirituel samedi. Il a réussi à s'élever au-dessus de la mêlée des Marois et Legault. Il a montré, si besoin était, qu'il est toujours d'un calibre supérieur. Le doyen, membre de la première heure du Parti québécois et compagnon de René Lévesque, devenu le gardien des missions que le Parti québécois s'était donné lors de sa fondation, a fourni les grands axes de la réflexion à laquelle les militants sont invités jusqu'en 2005. M. Landry a du même coup dressé une liste des devoirs à remplir sur la réactualisation du discours souverainiste, le ralliement de la coalition souverainiste et son ouverture. Les souverainistes doivent recentrer leur discours mais aussi le rendre plus concret, et réévaluer les partenariats qu'ils souhaitent. Le renouvellement du discours social-démocrate s'impose tout autant, sur le modèle des partis progressistes européens, dans la recherche d'un nouvel équilibre entre les droits et les devoirs des citoyens, tel que le soumettait Joseph Facal. Il invite aussi à développer une vision intégrée des défis que pose la démographie et à jeter de nouveaux ponts entre les générations, par une politique familiale entre autres.
Sur chacun de ces pôles de réflexion, Bernard Landry se garde bien toutefois de bulles papales. Ses choix personnels transpirent certes parfois, mais en filigranes seulement, à travers les balises qu'il a jetées aux discussions sur la souveraineté. Aucun penseur ne se sentira étouffé par le poids de l'autorité du chef, à moins de souffrir de paranoïa. L'intellectuel a pris la relève du politicien tranchant. Certains ont voulu décoder de quelques phrases un parti pris pour les idées de François Legault mais il ne faut pas y voir plus qu'une convergence circonstancielle d'opinions.
Cette attitude dénote de la noblesse de la part de Bernard Landry et une forme d'humilité dans les circonstances. Le chef s'efface en quelque sorte devant l'impératif pour le parti d'une importante revitalisation intellectuelle. Rares sont les partis politiques au Canada dans l'histoire récente qui ont pu compter sur des leaders capables, à la suite d'une défaite électorale, de préparer leurs lendemains avec semblable abnégation. Dans les faits, il n'y en a pas véritablement. La patrie avant le parti, a déjà dit Bernard Landry ; nous pouvons ajouter, le parti avant lui, à la suite de sa présentation de samedi. S'il devait décider de demeurer à la tête du Parti québécois, il sera toujours temps de ferrailler avec ceux qui voudraient le pousser à la retraite.
JJSamson@lesoleil.com

»» PLQ - réingénierie
Faut se parler!
Josée Boileau
Le Devoir lundi 20 octobre 2003
Pourquoi le gouvernement libéral contourne-t-il tant le dialogue, la concertation? C'est pourtant l'un des aspects les plus valables du modèle québécois, et il existe plus d'une manière de l'appliquer.
Le modèle québécois tient en quelques mots : «un certain volontarisme concerté et des institutions de solidarité sociale», comme le résume l'historien Éric Bédard. Ou encore, «un régime d'économie mixte qui fait une large place à l'intervention de l'État et à la concertation entre les acteurs», selon les mots employés en mars par l'ancien ministre péquiste Joseph Facal.
Admettons, aux fins de la discussion, que ce modèle n'est que boursouflure bureaucratique, que le Québec n'a plus les moyens de ses solidarités sociales, que l'économie souffre parce que l'État est trop présent... Admettons même, pour simplifier les choses, que le gouvernement Charest a été élu spécifiquement pour mettre un point final à ces maux.
Il reste néanmoins un élément du modèle québécois qui n'a aucune raison de disparaître du paysage : la concertation. Au contraire, il s'agit là d'un atout majeur pour le Québec à l'heure où les théories contemporaines en sciences humaines, toutes mouvances politiques confondues, misent sur la participation citoyenne. C'est aussi le reflet d'un constat : comment croire que des individus de plus en plus formés et forts de leurs choix resteront sans réactions -- favorables ou non -- devant les changements apportés à leur vie en commun.
Or c'est ce dialogue qui, depuis six mois, a disparu. La semaine dernière, par exemple, les grands syndicats ont dénoncé le décret gouvernemental réduisant le champ d'application de la «loi du 1 %» sur la formation de la main-d'oeuvre. Ils en avaient tant sur le fond que sur la forme : le gouvernement a ignoré l'expertise existant sur le sujet.
C'est frustrant pour eux et néfaste pour la population, car les questions laissées en suspens sont nombreuses. Peut-être fallait-il changer la loi, mais pourquoi faire grimper de 250 000 $ à un million la barre de la masse salariale nécessaire pour y être assujetti ? Pourquoi pas 500 000 $ ou 750 000 $ ? Et pourquoi réduire des deux tiers le nombre d'entreprises dorénavant soumises à la loi du 1 % alors que seulement 25 % d'entre elles n'arrivaient pas à respecter leur obligation ? L'absence de débats ne permet pas de comprendre la logique à l'oeuvre et de mesurer si l'opposition syndicale est valable. Elle laisse simplement croire que le gouvernement a bêtement cédé au lobby des PME.
Peut-être le gouvernement Charest craint-il de se faire prendre au piège s'il se plie à tous les mécanismes de concertation qui se sont développés au fil des ans, notamment sous l'égide du Parti québécois : des grands sommets aux comités sectoriels, en passant par les «partenaires» et les «tables». Ces formules, toutes de compromis, apparaissent peut-être comme une abdication de responsabilités, ou un chipotage de virgules, à un gouvernement naissant qui croit tenir entre ses mains la deuxième Révolution du Québec.
Mais d'autres outils, moins engageants, sont disponibles pour qu'un gouvernement puisse échanger des idées. Non, il ne s'agit pas de tenir des consultations privées comme le ministre responsable de la Famille, Claude Béchard, avait décidé de le faire fin août sur les garderies -- avant que le tollé suscité par sa décision ne l'oblige à ouvrir les audiences au public à la veille de leur ouverture. Il ne s'agit pas non plus de rencontres au sein des «comités de pilotage» qui, chapeautés d'un ministre et composés seulement d'élus de la majorité et de sous-ministres, doivent diriger la réingénierie de l'État de l'équipe Charest.
Il faudrait plutôt revenir à l'idée même que véhiculait M. Charest lors de la présentation de son programme électoral en septembre 2002 : confier à une commission parlementaire l'examen en profondeur de la mission des ministères et des organismes d'État. Jean Charest s'en était alors ouvert au quotidien Le Soleil puis au Journal de Québec. Est-ce encore un objectif ?
De façon plus précise, les ministres libéraux pourraient aussi demander à des comités de députés de tous les partis d'examiner certaines réformes, comme cela se fait à Ottawa. Le ministre fédéral de la Citoyenneté et de l'Immigration Denis Coderre n'a pas procédé autrement au sujet de la création d'une carte d'identité nationale, même si ce projet auquel il tient mordicus suscite la controverse chez les députés comme dans la population.
Le risque d'une consultation faite dans les formes, c'est toutefois d'amener le gouvernement à corriger le tir. On le voit avec la longue commission parlementaire qui, depuis le début septembre et jusqu'à jeudi, étudie le mécanisme des défusions municipales. Les critiques ont tellement fait réfléchir le ministre Jean-Marc Fournier qu'il prévoit maintenant un réaménagement complet de son projet de loi.
Et c'est peut-être ce qui fait le plus peur au gouvernement libéral : qu'un examen sérieux de ses réformes, non pas l'empêche d'agir, mais l'oblige à reconnaître que la réalité existe et que certains dossiers ne se règlent pas à coups de principes, que ceux-ci favorisent le privé ou le tout-à-l'État.
jboileau@ledevoir.ca

»» PLQ - réingénierie
Learning by example
The Gazette Sunday, October 19, 2003
In his open letter to Quebecers last Tuesday, Premier Jean Charest said his government won't back down from its promise to reform the role of the state. Without naming labour unions specifically, he said he expects a fight from "interest groups" that have a "self-interest" in the "status quo." Predictably, union leaders put their dukes up, and we don't see how that will help the government's reform agenda in the long run. Rather than provoke a confrontation with unions, Charest should be exploring more diplomatic ways to win their co-operation.
Experience elsewhere suggests major reforms to the way public services are delivered are easier to accomplish when the union rank-and-file can be brought on side. Here that will be difficult, though not impossible. A good example of what can be accomplished is the experience of Indianapolis, Ind., the 12th-largest city in the U.S. The Indianapolis case is well worth a look, or so the Quebec government thinks: News reports last week suggested that what happened in that city is being studied by the Quebec labour department and by the treasury board as a possible template for redefining the role of government in Quebec, both on a provincial and municipal level.
When Stephen Goldsmith ran for mayor of Indianapolis in 1991, he campaigned on a promise to privatize all municipal services other than police and fire protection. Once in office, however, Goldsmith encountered strong forces of inertia, including legal obstacles, and realized he was going to have to come to terms with city unions. He made the unions a proposition: If the city were to agree to back off on outright privatization and assure the unions a level playing field, would the unions be prepared to participate in a competitive bidding process with the private sector for a wide range of municipal work? Given that the unions were facing membership losses on the order of 50 per cent if Goldsmith were to force straight privatization, they agreed to his proposal. And since then, they have taught the private sector a few lessons in productivity.
The city provided union members with job training, where requested, and bid-preparation help. It gave unions more control over personnel issues and released them from bureaucratic systems that had inhibited their productivity. As a result, the unions, which still operate as unions rather than companies, have managed to retain most of their work and even win work away from longstanding sub-contractors. Taxpayers, meanwhile, won significant cost savings - 20 per cent on garbage collection, 25 per cent on pothole repairs, and so on. A decade after the reforms began, tendering has been discarded in instances where the unions or private sector have demonstrated a clear competitive superiority. And some privately delivered services have been brought into the public fold, notably water supply.
Clearly, this model merits serious consideration in Quebec. Goldsmith, now a Harvard University professor, introduced the notion of a "yellow-pages test" for public services. If the phone book contains the names of three or more companies offering a service now provided by government, it is reasonable to ask whether government should be providing that service at all, or at least providing it in a monopolistic manner.
In the municipal sphere, union monopolies have certainly not proven to be in taxpayers' best interests. The provincial municipal affairs ministry's own tracking system shows total remuneration to be 25-per-cent higher than in the private sector. Unions dispute this figure and insist their municipal workers are just as good as private-sector workers. Charest needs to find a diplomatic way to invite the unions to walk their talk.
It's shouldn't be overlooked that rank-and-file public-sector employees are often the source of excellent ideas about how the work can be done more efficiently. Indianapolis city workers have shown what can be accomplished when they're released from suffocating bureaucratic oversight. The fact that there are 6,000 outstanding grievances involving employees of the former city of Montreal suggests widespread worker frustration here with the status quo.
Change is urgently needed. Charest can best deliver it by explaining the benefits of competition while making sure he doesn't demonize unions.

»» PLQ - réingénierie
Une "réingénierie" inscrite dans les valeurs de la société
Des syndicats répliquent à la lettre de Jean Charest aux Québécois
Michel Sawyer et un collectif d'auteurs*
Porte-parole de la Coalition des syndicats de la fonction publique
Le Soleil lundi 20 octobre 2003
(Extraits) Le 14 octobre dernier, six mois après son accession au pouvoir et devant faire face à l'inquiétude grandissante de la population concernant ses politiques et, surtout, son projet de " réingénierie " de l'État, le premier ministre Jean Charest s'est adressé aux Québécois.
Nous comprenons mal que le premier ministre se montre agressif envers ceux qui questionnent les fondements, le processus et les conséquences potentielles de son projet de " réingénierie " de l'État sur les citoyens. Nous lui rappelons que la mission des organisations syndicales consiste non seulement à défendre les droits et les intérêts des travailleurs, mais également à promouvoir le développement d'une société progressiste, fondée sur la liberté, la solidarité et la justice sociale. À notre avis, c'est à cette vision de la société que le projet de " réingénierie " porte atteinte.
Ainsi, pendant que le premier ministre critique vigoureusement ceux qui réclament une plus grande transparence et un débat ouvert sur des questions cruciales pour l'avenir du Québec, il omet d'expliquer à la population en quoi son projet de réingénierie répond mieux aux besoins de la société québécoise. Sur quelle base fonde-t-il son préjugé favorable au secteur privé ? Il doit indiquer clairement à la population quelles sont ses intentions quant au maintien des services publics et quelles seront les conséquences réelles de sa " réingénierie ".
Bien camouflé sous les nombreux termes de " redéploiement ", de " remise à jour ", de " modernisation " ou de " rénovation " de l'État, ce que le gouvernement libéral désire faire passer pour une simple révision des structures et des " façons de faire ", implique pourtant bien plus. La vraie nature de la " réingénierie " du gouvernement n'est-elle pas une remise en question des valeurs fondamentales de la société québécoise ? Il s'agit de valeurs qui se matérialisent par les missions dévolues à notre plus important outil collectif : l'État.
Selon le gouvernement Charest, la diminution des impôts constitue un moyen pour assurer le développement du Québec et la réalisation de " sept millions d'ambitions qu'il porte ". Or, rien n'est moins certain d'autant plus que cette diminution s'accompagnera de hausses de tarifs notamment au chapitre des services de garde. De plus, cela implique des réductions draconiennes des dépenses publiques et la remise en question d'un grand nombre de missions de l'État et même l'accessibilité et la gratuité des services dispensés par l'État. Cela signifie donc de faire un choix sur les valeurs portées par notre société. (...)
Depuis longtemps, le personnel gouvernemental et nos organisations syndicales travaillent de concert avec les autorités pour moderniser l'État et assurer à la population des services de qualité qui répondent à de réels besoins. À titre d'exemple, des comités permanents sur l'organisation du travail existent dans chaque ministère et organisme afin d'améliorer les façons de faire. L'entente entre le gouvernement et les organisations syndicales à cet effet est d'ailleurs en voie d'être renouvelée.
Par ailleurs, réclamer un débat transparent sur le projet de " réingénierie ", c'est de la démocratie. Exiger que les citoyens soient bien informés des conséquences réelles de l'abandon de certaines missions de l'État c'est de la transparence. Réitérer notre adhésion aux grandes valeurs de la population québécoise, à l'aube du XXIe siècle, c'est confirmer un choix de société.
La grande majorité des Québécois sont fiers du Québec. C'est une société qui, entre autres, assure le respect des droits et des libertés de ses citoyens, favorise la répartition équitable de la richesse, protège sa faune et son environnement, défend sa culture, éduque ses jeunes, protège sa population et fournit routes et infrastructures.
M. Charest, au-delà du bien-être individuel auquel ils aspirent - et ont raison d'aspirer - , les Québécois sont aussi fiers des valeurs de solidarité, de justice et d'égalité qu'ils partagent. Ils souhaitent que vos projets s'inscrivent dans ces valeurs.
* Michel Sawyer
Porte-parole de la Coalition et président général du Syndicat de la fonction publique du Québec
Carole Roberge
Porte-parole de la Coalition et présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec
Gaétan Roberge
Président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec
Michel Gagnon, ing.
Président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec
Luc Perron
Président du Syndicat des professeurs de l'État du Québec
Graham-D. Hay
Avocat et président de l'Association des juristes de l'État
Paul Legault
Président du Syndicat des agents de conservation de la faune du Québec
Pierre Boucher
Président du Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec
Raynald Leduc
Président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec
Christine Gagné, m.d.
Présidente du Syndicat professionnel des médecins du gouvernement

»» le français - langue de travail
Le français, langue seconde?
André Pratte
La Presse lundi 20 octobre 2003
"Portrait d'une langue seconde - le français comme langue de travail au Québec au recensement de 2001". Tel est le titre, provocateur, d'une étude publiée dans le dernier numéro de l'Action nationale. Cet article risquant d'être longtemps cité comme preuve d'un supposé recul du français au Québec, il faut tout de suite dire qu'il est bourré d'interprétations fausses et subjectives.
L'auteur, le sociologue Pierre Serré, a étudié de près les données du dernier recensement. Mais le fait que la thèse soit étayée par de nombreux chiffres et tableaux ne change rien au fait que les conclusions ne tiennent pas debout.
Quelques exemples. M. Serré soutient que "la progression importante des francophones pendant 40 ans n'a toujours pas abouti à la prédominance du français dans l'économie québécoise", et que "la langue française semble même battre en retraite".
Parmi les faits qu'il porte à l'attention du lecteur, il y a celui-ci: "Chez les francophones du Québec, une proportion sensible affirme utiliser le plus souvent l'anglais au travail." Or, qu'est-ce qu'une "proportion sensible"? Dans l'ensemble du Québec, 4 %. Dans la région de Montréal: 6 %. Au total, 92 % des Québécois de langue maternelle française utilisent surtout le français au travail. Qu'y a-t-il là d'inquiétant?
"Le recensement de 2001 confirme le fait que l'anglais demeure la langue de mobilité sociale ascendante", affirme le sociologue. Il en veut pour preuve, notamment, que "la très grande majorité des anglophones montréalais (70 %) et québécois (67 %) travaillent d'abord dans leur langue". Et alors? La loi 101 ne visait pas à forcer les anglophones à travailler en français, mais bien à s'assurer que les francophones puissent travailler en français. Autre donnée: parmi les personnes qui ont immigré au Québec entre 1996 et 2001, 48 % travaillent surtout en français, tandis qu'un substantiel 36 % travaillent en anglais. Il y a, certainement, motif à préoccupation dans le fait que pour une part importante d'immigrants, le premier contact avec le marché du travail se fait encore en anglais.
Par contre, rien ne permet de conclure, comme le fait Pierre Serré, à un "net effondrement du statut du français comme langue de travail dans les 10 dernières années". Le chercheur compare la proportion des personnes ayant immigré au Québec entre 1996 et 2001 et qui travaillent en français (48 %) avec ce que l'on constate au sein des cohortes qui ont immigré entre 1971 et 1980 (53 % travaillent aujourd'hui en français) et entre 1981 et 1990 (52 %). Mais ici, on compare des pommes et des concombres: les gens qui viennent d'immigrer sont évidemment moins bien intégrés à la société québécoise que ceux qui sont ici depuis 20 ou 30 ans.
M. Serré souligne à juste titre que la croissance des échanges avec les États-Unis présente de nouveaux défis pour le maintien du français au Québec. La société québécoise doit certes promouvoir avec plus de dynamisme sa langue officielle sur les lieux du travail. Mais on n'arrivera à rien en exagérant grossièrement la situation.
apratte@lapresse.ca

»» le français - qualité de la langue
Les universités s'attaquent au piètre français des enseignants
L'accès à l'enseignement sera conditionnel à la réussite d'un nouvel examen uniforme
Marie-Andrée Chouinard
Le Devoir lundi 20 octobre 2003
L'état lamentable du français des futurs enseignants incite le ministère de l'Éducation à exiger, dès l'an prochain, une épreuve uniforme. La réussite à cet examen, que les étudiants passeront en milieu de formation, sera une condition pour l'obtention du diplôme de fin d'études.
Dans la foulée du rapport Larose sur la langue et des recommandations du Comité d'agrément des programmes de formation à l'enseignement (CAPFE), le ministère de l'Éducation (MEQ) a enclenché le processus qui devrait mener à une amélioration de la qualité du français chez les futurs maîtres, actuellement dans un piteux état.
Le Devoir a appris que les facultés d'éducation du Québec s'affairaient actuellement à la composition d'un examen de français qui sera imposé à la fin de la deuxième année du baccalauréat en enseignement. Loin d'être un test diagnostique, cette épreuve aura donc lieu avant la troisième année du baccalauréat (sur quatre ans de parcours), un moment qui consacre généralement le passage aux stages en classe avec prise en charge réelle d'un groupe d'élèves.
«Ce sera un mécanisme de sanction qui aura un caractère réellement exigeant et éliminatoire», confirme Marc Turgeon, doyen de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), également porte-parole de l'association qui regroupe toutes ces facultés au Québec. L'étudiant qui ne réussirait pas cette épreuve serait «suspendu ou temporairement exclu du programme», le temps qu'il réussisse les mesures de rattrapage vers lesquelles l'université le guiderait.
«Nous avons demandé aux universités de se concerter pour préparer ce nouveau test de français, qui sera sans doute utilisé dès l'an prochain», explique Sylvie Turcotte, directrice de la formation et de la titularisation du personnel scolaire au MEQ.
La qualité de la langue dans le réseau scolaire, quel que soit le niveau, a souvent fait les manchettes. Mais c'est le sombre constat mis en lumière en 2001 par la Commission des états généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec, présidée par Gérald Larose, qui a donné le coup d'envoi à cette mesure; une recommandation très précise émise par le CAPFE la même année sur le niveau de maîtrise attendu à la fin de la formation des maîtres devait accélérer les choses.
Le rapport Larose a souligné que «plus de la moitié des futurs enseignants ont une connaissance nettement insuffisante de la langue française». Le tableau qu'il brosse est éloquent: à l'Université de Montréal, une vérification des compétences linguistiques des étudiants inscrits en sciences de l'éducation révélait, en 2000, que seuls 15 % d'entre eux étaient «très bons» en français, contre 30 % «bons», 15 % «moyens» et les 40 % restants «nettement médiocres».
Pas trop loin de là, à l'UQAM, les statistiques sont du même ordre: au printemps 2000, 46 % des étudiants inscrits au baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire ont échoué au test de français, tout comme... 80 % des futurs enseignants de mathématiques.
Devant cette troublante réalité, le rapport Larose tranche: «Un examen national uniforme devrait sanctionner la connaissance du français de tous les futurs enseignants du réseau de langue française. Cet examen permettrait d'évaluer les connaissances générales, la maîtrise de la langue d'enseignement, orale et écrite, y compris la connaissance du code de la langue chez tous les futurs enseignants, et faire de sa réussite une condition d'obtention d'un permis d'enseigner», stipule la 17e recommandation du document.
Les universités, qui s'affairent actuellement à rédiger des politiques linguistiques dont les modalités toucheront tous les étudiants, ont de tout temps évalué la maîtrise du français des candidats qu'ils reçoivent en enseignement - sans toutefois en faire une condition d'admission. Aucune norme ne dicte une conduite uniforme: elles ont des examens différents, les font passer à divers moments et n'ont pas toutes les mêmes seuils de réussite.
«On nous demande d'harmoniser nos pratiques, d'élever le niveau, de rendre l'ensemble plus cohérent», confirme Marc Turgeon, qui explique que les universités ont toujours été disposées à s'attaquer à ce problème, mais dans la mesure où les épreuves se lient à une certaine valorisation plutôt qu'à «une sanction pure et bête».
Si le principe fait l'unanimité, on ne s'entend pas toutefois sur certaines modalités, et non les moindres: à quel moment exact doit-on passer cette épreuve? Et quel est le test idéal qui pourra mesurer à un niveau adéquat les compétences des futurs enseignants en français écrit et oral? «On ne sait pas encore quel test sera choisi», explique Marc Turgeon.
Pas question d'en concevoir un de toutes pièces - l'opération coûterait quelque 300 000 $ -, l'idée étant plutôt de choisir un de ceux qui circulent déjà dans certaines universités, quitte à l'accompagner d'«activités supplémentaires» pour en rehausser le niveau.
Divers tests circulent actuellement: le TFLM (test de français Laval-Montréal, des universités de Montréal et Laval), le Turbo (test universitaire de bonne orthographe, utilisé à l'Université de Sherbrooke), en plus de l'épreuve propre au réseau de l'Université du Québec. De façon générale, on affirme que ces épreuves vérifient les connaissances de base en français, et qu'elles ne sont pas éliminatoires. Les universités offrent des cours de rattrapage pour les étudiants qui échouent.
Tout droit venus du collégial, les étudiants ont pourtant tous réussi une épreuve uniforme en français, nécessaire depuis 1998 pour obtenir un diplôme d'études collégiales. Après avoir passé un nouveau test diagnostique de français au baccalauréat en enseignement, les futurs maîtres sont parfois évalués à nouveau en cours d'études sur la maîtrise de la langue. «Certaines universités font même de ce test une condition de diplomation», explique Marc Turgeon.
Tout de même insatisfaits des résultats en français des nouveaux enseignants, plusieurs commissions scolaires ont ajouté à leur processus de sélection un examen de français que les candidats doivent réussir pour être embauchés. Devant la pénurie de personnel qui touche certaines régions du Québec, certaines ont toutefois récemment abaissé les seuils de réussite - de 80 % à 60 % - dudit examen pour augmenter le nombre de recrues...

»» le français au Québec
Le Québec me pue
Une nation tabou ou une nation debout ?
Étienne LaHire
Opinion sur le site Impératif français octobre 2003
Bien que j’aime ma capitale nationale (je réside en Montérégie), je n’avais pas mis les pieds dans le Vieux-Québec depuis certainement sept ou huit ans ; et ce, essentiellement parce qu’à l’occasion de ma dernière visite je fus éberlué, sinon consterné (à vrai dire : presque dégoûté) de constater combien je me retrouvais moins dans l’ombilic, littéralement, de la francité d’Amérique que dans n’importe quelle ville du Canada ou des États-Unis. Rien n’a changé, bien au contraire. L’effondrement se poursuit.
À toutes fins utiles, on s’attend à pénétrer dans le temple de la nation québécoise. Or voilà qu’on nous reçoit partout avec de la musique anglo-étatsunienne, des unifoliés bien rouges (souvent même accolés – sans blagues ! – au US Stars and Stripes), des english babioles de toutes natures qu’on retrouverait aussi bien à New York que Toronto (il est vrai que le quartier Petit-Champlain [quoique…] fait moins pitoyable, si on le compare à la rue Saint-Jean intra muros), et où, en outre, il est presque impossible de dénicher quelque chose identifié « Québec » (ou qui soit fleurdelysé en quelque manière) sans qu’on y voit associé de facto : ou « Canada », ou un symbole emblématique de celui-ci… Comme si, sur le site propre de la fondation de la grande Cité française par Samuel de Champlain, en 1608, la lexie Québec était devenue rien moins que tabou, ou – dans le meilleur des cas !? – tout à fait incapable de se tenir debout, toute seule, en l'absence du soutien du Federal State of Canada.
Le Vieux-Québec, désormais site privilégié de l’expression de la propagande canadienne… ?
Comme si… – d’Osaka, Los Angeles ou Madrid – les étrangers parcouraient des cinq, huit ou douze mille kilomètres pour se voir assommés d’angloaméricanités à pleines vitrines au cœur du seul État français du continent… Il ne me vient qu’un mot à l’esprit : RÉPUGNANT. Répugnant et servile, en effet, que de se « déliquescer » soi-même de la sorte. Quarante ans après la Révolution tranquille, plus d’un quart de siècle suivant l’adoption de la Charte de la Langue française, ultérieurement enfin à un référendum sur l’Indépendance à trois poussières du pays-pas-encore, eh bien il faut (r)établir ce constat, net : nous sommes aussi colonisés – Nous, Québécois – que nous pouvions l’être il y a cinquante ans. Et plus…
Le drame de notre temps, voire la tragédie, c’est qu’à l’époque nous en étions conscients.
Une fois de plus, hélas ! Gilles Vigneault n’a pas tort : « Les humains étant les animaux les plus aptes à s’adapter à tout, il n’est pas étonnant de les voir trouver parfois leur bonheur dans leurs chaînes… Et les convaincre alors de liberté représente une tâche ardue qui peut aller jusqu’à sembler absurde. » (in livret du coffret audio-numérique double – et magnifique : « Au doux milieu de vous »). Presque deux cents ans plus tard, nous restons toujours, et notablement, en deça des nobles imprécations du grand Hegel (Encyclopédie, § 442, rem.) : « Sich zu sich selbst zu befreien » (se libérer pour être soi-même).
Bref, devant pareille démission collective (le bilinguisme de moins en moins larvé au sein de la société québécoise – entendons : de plus en plus explicite, arrogant et sans gêne – en témoigne déjà largement), j’hésite entre le felquisme revisité et les larmes courroucées des Cowboys fringants :
« Si c’est ça le Québec moderne
Moi j’mets mon drapeau en berne. »

»» immigration
L'aide sociale pour les immigrants :
L'intégration à l'emploi de plus en plus difficile
Marie-France Léger
Le Soleil lundi 20 octobre 2003
Montréal - L'intégration à l'emploi des nouveaux arrivants est plus ardue que prévu au Québec. Les immigrés ont de plus en plus souvent recours à l'aide de l'État, alors que le nombre de prestataires dans les autres catégories de la population diminue constamment, selon les dernières statistiques du ministère de l'Emploi et de la Solidarité, qui datent de juin 2003.
Les données, obtenues par La Presse, montrent une augmentation de 2,1% du nombre d'immigrants recevant des prestations du Québec par rapport à l'an dernier. Le Rapport statistique sur les prestataires du programme d'assistance-emploi indique que 73 881 adultes nés hors Canada bénéficient de l'aide sociale, soit une hausse de 1488 personnes. La proportion qu'ils représentent parmi l'ensemble des adultes prestataires du programme d'assistance-emploi a aussi augmenté en un an, passant de 17,8 % à 18,5 %.
En fait, il s'agit d'une progression continue puisque, l'an dernier déjà, le nombre de prestataires nés hors du Canada était en augmentation. Ainsi, entre juin 2001 et juin 2002, 72 393 adultes nés hors du Canada étaient bénéficiaires de l'aide sociale, une augmentation de 5% par rapport à l'année précédente.
Pour Hassan Jamali, éditeur d'un guide des études et des carrières pour immigrants intitulé Réussir au Québec, cette augmentation est loin d'être une surprise, étant donné que les nouveaux arrivants, même qualifiés, ont beaucoup de mal à trouver un bon emploi depuis quelques années.
" Je pense que cette statistique doit alerter le gouvernement. Ça veut dire que les immigrants ne trouvent pas de travail ou qu'ils ne sont pas prêts à être sous-employés ", affirme M. Jamali, également professeur d'électronique au collège Ahuntsic.
Les données du ministère de l'Emploi et de la Solidarité viennent en quelque sorte appuyer les chiffres de Statistique Canada du mois d'août dernier, qui font état d'une augmentation importante du chômage chez les immigrants cinq ans après leur arrivée: 12,5% d'entre eux sont en chômage, comparativement à 7,4% pour les travailleurs nés au Canada.
On observe toutefois une baisse générale du nombre de ménages prestataires du programme d'assistance emploi. En juin 2003, 355 635 ménages recevaient des prestations, ce qui représentait 4819 ménages de moins que l'année précédente (soit une baisse de 1,3%). Cette baisse est comparable à celle observée en juin 2002.
En juin 2003, on dénombrait 537 898 prestataires, soit 14 229 de moins qu'à pareille date l'an dernier. La baisse est observée dans toutes les catégories de prestataires: les hommes (0,8%), les femmes (-2,4%), les adultes de moins de 30 ans (-2,2%), les jeunes de moins de 25 ans (-2,2%) et les familles monoparentales (-6,1%).
Seuls les immigrants sont plus nombreux à recevoir un chèque d'aide sociale, avec une augmentation de 2,1%. La conseillère en emploi Marie-José Sabatier constate pour sa part que les immigrants sont de plus en plus souvent confinés à des emplois précaires et n'ont souvent pas d'autre issue que de se tourner vers l'aide sociale. " Chez les immigrants que je rencontre, il y a soit l'aide sociale et la recherche d'emploi, soit les emplois sous-qualifiés mal payés et très précaires ", souligne Mme Sabatier, conseillère au Centre social pour immigrants.
Enfin, il y a une distinction importante à faire entre la situation d'aujourd'hui et celle qui prévalait au Québec il y a quelques années. Dans les années 80 ou 90, l'aide sociale était fournie principalement aux réfugiés qui n'avaient, la plupart du temps, aucune formation pouvant être reconnue en territoire québécois. Or, aujourd'hui, ce sont tous les types d'immigrants, qualifiés ou non, qui ont recours à l'aide sociale. Dans leur lexique, les statisticiens du ministère de l'Emploi précisent que le terme " adultes nés hors Canada " s'applique à " toute personne qui n'est pas née au Canada ".

»» conflit israélo-palestinien
Jacques Chirac accusé en Israël de cautionner l'antisémitisme
LE MONDE | 20.10.03
Lancée par le quotidien "Maariv", la polémique sur la pseudo-non-condamnation par la France des propos antisémites de Mahathir Mohamad a été reprise par le gouvernement israélien. Dimanche, Jérusalem évoquait un possible "malentendu".
Jérusalem de notre correspondant
Le président de la République, Jacques Chirac, s'est retrouvé en fort mauvaise compagnie, dimanche 19 octobre, sous la plume violente du rédacteur en chef du quotidien israélien Maariv, Amnon Dankner. Selon le journal israélien, M. Chirac avait en effet montré "le visage de l'antisémitisme français", en s'opposant deux jours plus tôt à la mention de la condamnation des propos du premier ministre de Malaisie, Mahathir Mohamad, dans le communiqué final du Conseil européen, le 17 octobre.
Devant l'Organisation de la conférence islamique, ce dernier avait tenu des propos ouvertement antisémites en assurant notamment que "les juifs règnent sur le monde par procuration". Sous un titre explicite "le collaborateur", illustrée d'une photo à charge inspirée des tabloïds britanniques, le président de la République a donc été rangé aux côtés des antidreyfusards, des comploteurs des Ligues et "de la majorité des Français qui collaborèrent avec les nazis pendant l'occupation de leur pays", aux côtés du "maréchal Pétain" et "des centaines de milliers de Français qui pourchassèrent les juifs de France", aux côtés enfin "de ceux qui aidèrent des dizaines de milliers de collaborateurs à échapper au châtiment et même à continuer de servir à des postes importants pendant des décennies". "Il est exact qu'il existe des antisémites plus grands, plus brutaux et plus virulents", a conclu Amnon Dankner, dressant un tableau alarmant de la situation des juifs de France, "mais aujourd'hui, l'antisémitisme ne dispose pas dans le monde de collaborateur actif occupant une position aussi élevée".
Les affirmations du Maariv ont placé l'Elysée dans une posture inconfortable. Sur la foi du contenu de ce journal, le ministre israélien des affaires étrangères, Silvan Shalom, a poursuivi dans une veine similaire en estimant que "c'est une honte qu'un pays comme la France, un pays important fasse preuve de la moindre compréhension ou acceptation des remarques antisémites" du premier ministre de Malaisie. D'autant que Mahathir Mohamad, dont les propos avaient suscité de vives critiques, y compris de l'Union européenne et donc de la France, s'est aussitôt empressé de remercier M. Chirac pour sa "compréhension" et de lui témoigner sa "gratitude" pour l'intervention qui lui avait été prêtée.
"INACCEPTABLE"
Alors que la présidence française multipliait de farouches dénégations, le rédacteur en chef du Maariv a reçu en milieu d'après-midi une missive courroucée émanant de l'ambassade de France à Tel-Aviv. "Il est faux, mensonger, et par là même odieux et inacceptable de prétendre que le président de la République française se serait opposé à la mise en cause des propos de M. Mahatir", a indiqué le chargé d'affaires, Michel Miraillet, "votre conscience professionnelle aurait dû vous conduite à vérifier les faits et à considérer avec plus d'attention la mise au point que cette ambassade avait fournie à votre quotidien dès vendredi soir". "Vos insultes (...) salissent l'image de la presse israélienne en France mais -elles- ne parviendront pas à ternir la relation entre la France et Israël", a conclu le diplomate qui a demandé par ailleurs un droit de réponse. Cela n'a pas dissuadé le Maariv. Ce journal à grand tirage a cru bon d'annoncer en "une", dans son édition de lundi, sous une photo cependant plus avenante du chef de l'Etat français, que c'est sous sa pression que M. Chirac avait finalement "cédé".
Toutefois, dimanche soir, un porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères, Jonathan Peled, déclarait que "de notre point de vue l'incident est clos", se félicitant de la lettre envoyée par M. Chirac à Mahathir Mohamad, dans laquelle il souligne que les propos antisémites de ce dernier "ne peuvent qu'être condamnés par tous ceux qui gardent la mémoire de l'Holocauste".
Par le plus grand des hasards, ce nouvel accès de fièvre est survenu le jour même de l'arrivée à Tel-Aviv du nouvel ambassadeur de France, Gérard Araud. Ce dernier avait été épinglé à la fin d'août par la presse israélienne pour avoir, lors d'une réception à Paris, qualifié Israël de pays "paranoïaque" et Ariel Sharon de "voyou". M. Araud avait par la suite nié avoir tenu ces propos.
Le 16 septembre, les diplomaties israélienne et française s'étaient pourtant félicitées de la signature du relevé de conclusions d'un haut comité ad hoc chargé de relancer les relations entre les deux pays. Il reste manifestement du travail à accomplir.
Gilles Paris
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.10.03