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La porte d'entrée

Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 21 octobre 2003

Faut-il abandonner l'idée de la souveraineté? Voilà la question brutale que le politologue Jean-Herman Guay a posée le week-end dernier aux militants du Parti québécois. Et même si le professeur leur a suggéré d'abandonner leur rêve, ceux-ci, étonnamment, l'ont applaudi, convenant de cette façon qu'à défaut de partager ses conclusions, ils étaient néanmoins inquiets.

Le professeur Guay, dont Le Devoir reproduit en partie l'intervention devant le conseil national du PQ dans la page voisine, n'est pas seul à se poser cette question. Nombreux sont les militants de ce parti qui ressentent douloureusement le long passage à vide dans lequel se retrouve le projet souverainiste depuis le référendum de 1995. L'élection provinciale de 1998 et l'élection fédérale de 2000 furent des demi-victoires pour le Parti québécois et le Bloc québécois. Quant à l'élection du 14 avril, les 33 % des suffrages alors recueillis furent le résultat le plus mauvais obtenu par le PQ depuis 1973. Quant à l'avenir, l'arrivée de Paul Martin comme premier ministre fédéral fait craindre le pire pour le Bloc québécois.

Depuis le référendum de 1995, les militants péquistes sont tiraillés. Ils veulent tenir un nouveau référendum, mais ne veulent pas le perdre, ce qui les paralyse. Personne n'a été dupe. Réunir «les conditions gagnantes», cela voulait dire mettre entre parenthèses pour un temps indéfini le projet de souveraineté. Cela a rassuré le milieu des affaires, mais aussi bien des souverainistes qui, dans leur for intérieur, ne sont plus aussi prêts, maintenant qu'ils n'ont plus 30 ans, à mettre en cause leur sécurité matérielle.

Selon le professeur Guay, la magie n'opère plus autour de la souveraineté. L'engagement et la ferveur n'y sont plus. Les causes qui portaient ce mouvement, aussi bien les revendications linguistiques qu'économiques, n'existent plus, si bien que les Québécois voient de moins en moins de pertinence à ce projet. Ses observations à cet égard sont justes. La planète Québec s'est profondément transformée au cours des 35 dernières années, notamment sous l'impulsion du mouvement souverainiste, sans toutefois que celui-ci ait su mesurer ce que cette évolution signifiait pour lui.

Faut-il conclure avec le politologue que le mouvement souverainiste n'a plus d'avenir et que ses militants doivent tourner la page sur ce qui les a animés depuis 35 ans ? Les choses ne sont pas aussi simples que cela. Rien ne permet en effet d'affirmer qu'il n'y aura jamais de renversement de situation. Paul Martin ne sera sans doute pas la merveille politique que l'on promet; les arrangements administratifs qu'il voudra faire avec le Québec de Jean Charest ne seront peut-être pas à l'avantage des Québécois et, surtout, le statut minoritaire du Québec dans la fédération canadienne demeurera une réalité aussi longtemps qu'on ne lui reconnaîtra pas au moins une forme de statut particulier.

Cela dit, s'il n'y a pas lieu d'évacuer l'idée de souveraineté à moyen et long terme, il faut reconnaître qu'à court terme il en est autrement. Tout indique que le degré d'écoute des Québécois est de plus en plus faible sur cette question. À cet égard, les militants péquistes doivent pouvoir porter un regard objectif sur l'attitude de leurs concitoyens et reconnaître que leurs préoccupations vont dans un tout autre sens. Elles portent sur les effets de la déconstruction de l'État québécois qu'entreprend le gouvernement Charest. Le reconnaître n'implique pas de renier leur foi souverainiste.

Il y a quelques années, certains au PQ cherchaient une «sortie de secours». L'élection du 14 avril a réglé cette question. Aujourd'hui, c'est une porte d'entrée vers le pouvoir que ce parti doit trouver. À cet égard, pas besoin de chercher midi à quatorze heures, le gouvernement Charest lui fournit par ses projets la cause dont il a besoin. Revenir au pouvoir est la première étape à franchir avant de redonner la priorité à la cause souverainiste.

bdescoteaux@ledevoir.ca



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Tonton Bernard

Michel David
Le Devoir mardi 21 octobre 2003

Il y a quatre ans, Bernard Landry avait soulevé une (autre) controverse, en reprenant la théorie selon laquelle l'évolution démographique jouait en faveur de la souveraineté. «La fatalité fait que les plus vieux ne votent plus et que les jeunes franchissent le cap des 18 ans», avait-il expliqué.

Il n'en fallait pas davantage pour que Jean Charest y voit l'origine des compressions budgétaires imposées au réseau de la santé. C'était donc ça : le PQ souhaitait la mort des personnes âgées, massivement fédéralistes ! Finalement, M. Landry avait dû présenter des excuses.

Chat échaudé craignant l'eau froide, le chef du PQ a décidé d'aborder la question autrement. Ce n'est plus le remplacement, mais plutôt l'alliance des générations qui permettra de réaliser la souveraineté. «Les jeunes sont puissamment souverainistes et ceux de ma génération le sont devenus. Je pense que le niveau mathématique joue en notre faveur», a-t-il déclaré samedi, à l'ouverture du conseil national de son parti.

Jusqu'à tout récemment, l'opinion générale était plutôt que le temps jouait contre la souveraineté, en raison de la proportion croissante de non-francophones dans la population, mais depuis qu'un sondage -- un seul ! -- a laissé entendre que les «enfants de la loi 101» adoptaient le même comportement politique que les francophones, c'est devenu une vérité indiscutable chez les souverainistes. Les «votes ethniques» de 1995 ne seraient donc plus un problème.

Avant d'inspirer quelque stratégie que ce soit, cette «découverte» devrait faire l'objet de très sérieuses vérifications. Trop souvent dans le passé, les sondages indiquant une percée chez les allophones ont induit le PQ en erreur.

***

Sur un plan plus personnel, cette alliance intergénérationnelle entre ce que M. Landry appelle «la jeunesse et la sagesse du Québec» aurait l'avantage non négligeable de justifier la présence d'un chef qui aura 70 ans bien sonnés à la prochaine élection générale.

De prime abord, l'idée qu'un septuagénaire puisse galvaniser la jeune génération peut sembler d'autant plus saugrenue que M. Landry pourrait presque être le père de Jean Charest, sinon le grand-père de Mario Dumont. Il n'empêche que le souverainiste qui connaît le plus de succès auprès des jeunes demeure Jacques Parizeau.

Pétri de culture politique française, M. Landry doit certainement avoir à l'esprit l'exemple du président François Mitterrand qui, à 71 ans, était devenu le «tonton» dont s'était entichée la jeune génération. Après un premier septennat très difficile, sa réélection en 1988 relevait de l'exploit.

Il est tentant d'établir un parallèle avec la situation québécoise actuelle. À l'époque, les stratèges du Parti socialiste français avaient réussi à présenter M. Mitterrand comme le rempart qui empêcherait le retour en force d'une droite affamée et revancharde.

Il est certain que M. Landry est en mesure de développer une version beaucoup mieux articulée et beaucoup plus percutante de la «réingénierie» entreprise par le gouvernement Charest que Pauline Marois ou François Legault qui, il faut bien le dire, n'ont pas son envergure intellectuelle.

Bien sûr, il faudra polir davantage l'image de «tonton Bernard», qui est encore un peu abrasive, mais le froid et distant François Mitterrand n'avait pas davantage le physique de l'emploi.

***

Dans l'entourage de François Legault, que la perspective de voir M. Landry rester en poste jusqu'à la prochaine élection ne chagrine aucunement, on évoque le souvenir plus familier de Jean Lesage qui, bien qu'âgé de seulement 48 ans en 1960, faisait déjà figure de «mon'oncle», qui s'efforçait de tenir la bride aux jeunes loups comme René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie ou Pierre Laporte.

M. Legault n'a sans doute aucun mal à s'imaginer dans le rôle du premier d'une nouvelle génération de jeunes loups, dont M. Landry tempérerait les ardeurs créatrices. Dans ce scénario, c'est la place réservée à Pauline Marois qui est moins évidente.

Que le chef du PQ prenne exemple sur François Mitterrand ou Jean Lesage, il est indispensable à son succès qu'il jouisse d'une certaine marge de manoeuvre. L'an dernier, à Gatineau, il avait conclu une trêve avec les «purs et durs», mais rien n'est jamais acquis dans ce parti.

Rien ne plairait davantage aux libéraux que de voir le PQ retomber dans ce que M. Parizeau appelait le «gossage de poils de grenouille». M. Landry a déjà pu constater, au conseil national, que les médias entendaient reprendre leur interrogatoire sur la tenue d'un éventuel référendum là où ils l'avaient laissé à la fin de la campagne électorale. On a encore senti une pointe d'exaspération chez tonton Bernard, qui devra puiser dans toutes ses réserves de patience.

mdavid@ledevoir



»» Référendum III

Souveraineté : Le nouvel objectif de Landry :

UN RÉFÉRENDUM DANS CINQ ANS

Mario Cloutier
La Presse dimanche 19 octobre 2003

Québec - Bernard Landry fixe un nouvel objectif de cinq ans pour tenir un référendum sur la souveraineté. Le chef du Parti québécois pense que ces "2000 jours" représentent un délai "court mais réaliste" qui permettra à sa formation de revenir au pouvoir et de tenir un référendum.

"Si René Lévesque a pu affronter bravement un délai d'un quart de siècle, nous sommes prêts à dire oui dans cinq ans", a-t-il affirmé hier à 400 militants péquistes réunis en conseil national à Québec.

S'appuyant sur le texte qu'il a publié hier dans les quotidiens, le chef de l'opposition officielle a lancé un appel aux jeunes. L'héritier des René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard pense que la "clef" d'un référendum se trouve dans la "formidable alliance intergénérationnelle" qui place désormais grands-parents et petits-enfants dans le camp du Oui.

La "saison des idées" péquiste a toutefois vécu sa première bourrasque avec la prestation du politologue Jean-Herman Guay, qui a déclaré que le Parti québécois aurait des "problèmes majeurs" tant qu'il continuerait de se donner des échéanciers pour la souveraineté.

Il s'agit d'un objectif louable, dit-il, mais le projet doit être replacé dans une perspective plus longue dans le temps si le PQ espère reprendre le pouvoir. "Le PQ doit faire le deuil de certains rêves. La souveraineté, il faut garder ça comme un ingrédient, mais pas en faire un échéancier à court ou moyen terme", a-t-il soutenu.

"Ce rêve, je ne l'abandonnerai jamais", a toutefois répliqué un Bernard Landry piqué au vif, qui a rappelé plus tard que la réflexion du PQ portant sur le parti, le programme et le pays ne peut pas remettre en question les principes de base de la souveraineté et de la social-démocratie.

"Dire: une nation qui réussit se condamne par son succès à son statut provincial éternel, si c'est ça qu'il veut dire, cela me révulse totalement", a-t-il expliqué aux journalistes.

À ses militants, M. Landry a cependant voulu démontrer son ouverture en remisant son idée d'union confédérale avec le Canada. "Je ne peux plus présenter les choses de la même façon", a-t-il convenu, tout en disant croire aux principes de libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes.

"L'indépendance du Québec n'est pas soumise à quelque association que ce soit avec quiconque. Le Québec devient indépendant et, par la suite, vit son indépendance de façon moderne", a-t-il déclaré, au grand plaisir de la foule.

Les éventuels candidats à la succession au chef péquiste, Pauline Marois et François Legault, ont de nouveau appuyé M. Landry hier, mais le second semblait beaucoup plus enthousiaste face aux idées exprimées par le leader souverainiste. "Je suis très content de la lettre de M. Landry parce qu'il faut vendre la souveraineté de façon plus concrète", a-t-il fait valoir, proposant même de préparer le budget de l'an 1 d'un Québec souverain puisque le référendum doit suivre rapidement le retour au pouvoir du PQ.

"C'est le seul objectif qu'on devrait avoir actuellement", a-t-il dit, comme pour souligner la distance qui le sépare de Mme Marois et ce qui le rapproche de M. Landry.

Pauline Marois a dû, quant à elle, expliquer son approche, qui comprend l'idée de référendums sectoriels "pour faire avancer le Québec vers la souveraineté" en attendant le grand jour. "C'est toujours un enjeu central pour le Parti québécois, la souveraineté. Après l'élection, il y aura des stratégies différentes", convient-elle.

À la surprise de tous, Mme Marois a vu sa candidate à un poste au comité exécutif national du PQ, Nicole Léger, perdre aux mains du jeune député de Berthier, Alexandre Bourdeau, partisan de François Legault.

Critiques envers le gouvernement

Par ailleurs, le chef péquiste, Bernard Landry, a aussi longuement critiqué dans son discours le gouvernement libéral. Jean Charest, croit-il, n'a pas reçu de chèque en blanc le 14 avril pour se faire le "chantre des inégalités" en défendant une "doctrine périmée", basée sur le "dogmatisme, l'indifférence et le conservatisme".

Il dénonce autant le "balayage" des CPE que les "inquiétudes causées par les défusions municipales ou la réingénierie de l'État, qui ne servira qu'à augmenter les profits du secteur privé au détriment des salaires des employés", selon lui.

M. Landry accuse enfin le gouvernement libéral de "complaisance" envers Ottawa puisqu'il l'invite "à venir se mêler de notre ressource sacrée", l'hydroélectricité, et à "envahir" les villes en y investissant directement.



»» réingénierie

Une équipe libérale conservatrice

Claude Boucher, député de Johnson
La Voix de l'Est samedi 18 octobre 2003

J'ai lu avec intérêt la lettre du premier ministre du Québec, Jean Charest, aux lectrices et lecteurs de plusieurs journaux. Si vous me le permettez, j'aimerais leur faire connaître les réactions qu'elle a suscitées en moi et me faire ainsi le porte-parole de celles et ceux qui ne voient pas l'évolution du Québec de la même façon que le député de Sherbrooke.

D'entrée de jeu, je constate que la très large majorité des Québécoises et des Québécois ne s'attendait pas à ce que l'équipe ministérielle qui dirige le Québec serait non pas libérale, mais conservatrice.

Depuis le 14 avril, le gouvernement Charest s'est engagé dans une déconstruction planifiée de l'État et, pis encore, il le fait dans une démarche qui, elle, est improvisée et faite derrière des portes closes (exemples: consultations privées sur les services de garde, consultations privées sur la réforme du mode de scrutin, comités de ministres et de consultants sur la réingénierie de l'État, comité privé sur les interventions de l'État en développement économique et régional, etc.).

Monsieur Charest nous convie à faire avancer le Québec. Il affirme que l'immobilisme est un recul, peut-être. Mais il est faux de prétendre que toute action est une avancée.

Par exemple, le projet de loi sur les défusions est sans aucun doute une action concrète mais qui, loin de nous faire avancer, constitue un net recul pour le Québec tant au plan économique qu'aux plans social et culturel.

Le contenu de la lettre est loin d'être nouveau, ce n'est qu'un exercice qui démontre que le message véhiculé par le premier ministre sur la réingénierie ne passe pas.

En effet, il ne fait que répéter les mêmes généralités énoncées lors du discours inaugural, à son conseil général, dans son point de presse de la semaine dernière, dans sa lettre ouverte, dans ses entrevues, etc. Il est surprenant, soit dit en passant, qu'un premier ministre se sente obligé, après six mois au pouvoir, de faire lui-même son propre bilan de gouvernance.

Le gouvernement Charest fait preuve d'une maladresse irresponsable en braquant ses partenaires, dont ses propres employés, pour poursuivre une démarche de réingénierie de l'État québécois. La meilleure façon de faire bouger le Québec et de moderniser davantage l'État québécois, c'est de susciter l'adhésion des partenaires et de la population et non pas d'adopter une attitude permanente de confrontation.

Pour susciter cette adhésion, il faut proposer une démarche claire et transparente. Il ne suffit pas de créer des comités de ministres et d'engager une firme de consultants externes pour procéder à des changements importants, pour "recentrer" les actions de l'État.

Il faut avant tout préserver la qualité des services aux citoyens dans toute formule de réingénierie. N'oublions pas que 80% du budget de l'État québécois est destiné à la Santé, à l'Éducation, à la Famille et à la lutte à la pauvreté et nous n'avons pas encore parlé de soutien aux régions, d'environnement, de sécurité publique, de culture et de bien d'autres missions fondamentales de l'État.

Si le gouvernement Charest décide d'imposer, sous le couvert de la réingénierie, une série de coupures, c'est, entre autres, qu'il a abandonné le combat du déséquilibre fiscal. Rappelons que le Parti libéral avait appuyé le consensus québécois sur le déséquilibre fiscal et que l'actuel ministre des Finances avait été l'un des principaux acteurs de cette revendication.

C'est de plus en plus clair, le mot réingénierie se traduit, pour le Québécois moyen par coupures et réduction de services.

En général, un nouveau gouvernement bénéficie spontanément de la confiance de la population. C'est bien triste de constater que cette dernière vit déjà une grande déception. Voilà pourquoi je veux dire au premier ministre qu'il est encore temps de faire le point et d'accepter que les réalisations du gouvernement du Parti québécois avaient conduit à une sorte d'équilibre entre le développement économique et la solidarité sociale. Des améliorations à l'organisation de l'État québécois: oui; la destruction du patrimoine économique, social et culturel du Québec: non!

Monsieur Charest, de la façon dont vous dirigez le Québec actuellement, la population est déjà à faire le constat suivant: "avec le régime conservateur de Jean Charest, les gros vont grossir en plus petit nombre et les petits vont rapetisser en plus grand nombre"!



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Early chill kills 'season of ideas'

DON MACPHERSON
The Montréal Gazette Tuesday, October 21, 2003

Four months after Bernard Landry announced the Parti Québécois's "season of ideas," the first tender shoots were finally starting to poke from what had been barren ground.

At the party's national council meeting in Quebec City on the weekend, a few delegates bravely raised the question of whether the PQ should continue as a movement advocating sovereignty as well as a party proposing a program of government.

Tentatively, from the mouths of these obscure delegates came the suggestion the promotion of sovereignty might best be entrusted to the Conseil pour la souveraineté, an umbrella group of sovereignist organizations created to work outside the legislative system. The PQ would then become a conventional party, dedicated exclusively to proposing a social-democratic alternative to the conservatism of the Charest government.

It's an idea whose time might very well have come. It would take the sovereignty question out of Quebec elections, end the polarization of which Quebecers are weary and remove an electoral handicap for the party.

And it would free future PQ governments of the need to reconcile the conflicting priorities of party members and the electorate and would break the grip of the hard-line Parizeau-iste rump on the Quebec political agenda.

Also, it was the closest thing to an innovative idea to be proposed in response to Landry's call for renewal, after four months in which old ideas from 30 years ago or more (referendum elections, no partnership with Canada, a make-believe budget for Year 1 after sovereignty) had been dusted off and presented as new.

And then Landry went Ozzy Osbourne and bit the head off a political science professor.

The unfortunate prof was Jean-Herman Guay, from the Université de Sherbrooke. He had been invited to kick off the "season of ideas" (the previous four months presumably having been a Grapefruit League pre-season of ideas). Perhaps naively, being an academic, he decided to tell the delegates what he (and others) think they need to hear, and what their leaders haven't dared to tell them.

And that was a devastating critique of a party that refuses to change with the times and in particular to recognize the success of its own reforms within the Canadian system had made sovereignty irrelevant to Quebecers.

The delegates sat in the stunned silence of a congregation hearing church dogma challenged from the pulpit, perhaps wondering who had invited the speaker. When Guay finished, he was applauded politely by only half the audience, while the other half sat stone-faced with arms folded. In the question period that followed, the first delegate at the microphone sputtered so angrily he had trouble getting out his question.

Then, rousing himself from an apparent grandfatherly afternoon nap, Landry seized one of the wireless microphones being passed around the hall, talk-show style.

It was as though someone had waved a red rag before a bull. Turning crimson himself with apoplexy, spitting out the name of "Professor Jean-Herman Guay" as he gored the guest speaker to cheers from the 400 delegates, Landry vowed he would never give up the dream of sovereignty. The display of tyrannical temper served notice any "weeds" that sprouted during the "season of ideas," as Landry had previously described ideas of which he did not approve, would be stomped back into the ground, along with whoever proposed them, by the raging bull of Verchères.

And so, after this brief disturbance, with the encouragement of its leader, the PQ resumed dreaming, and not just about a sovereignty Quebec. For the PQ has been in a dreamland of denial since the election, as though it were only in a dream the voters made the mistake of preferring a leader so clearly inferior to its own, a dream from which it will awake in four years or so to find itself back in its rightful place in office.

dmacpher@thegazette.canwest.com



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La saison du cheuf

Lysiane Gagnon
La Presse mardi 21 octobre 2003

La saison des idées? Disons plutôt la saison du cheuf! Cette saison fertile en débats que le chef péquiste Bernard Landry promettait à ses troupes aura duré aussi longtemps qu'une feuille d'érable sous la bise de novembre.

Un sympathisant souverainiste - le politologue Jean-Herman Guay en l'occurrence - ose-t-il suggérer que le mouvement souverainiste a fait son temps? M. Landry, rouge de colère, se précipite au micro pour se jeter à bras raccourcis sur le pauvre homme, l'accusant de tenir des propos "défaitistes" et "révulsifs", pour finir par s'auto-proclamer "l'héritier de René Lévesque" comme le pape est le successeur de Pierre.

Et bang! Le chef ayant parlé et l'encyclique ayant été prononcée, le débat fut terminé.

Non mais sérieusement, de qui se moque M. Landry lorsqu'il convie ses troupes à planter dans le grand jardin péquiste des myriades d'idées neuves, "lucides" et au besoin "dérangeantes"?

Il l'a dit souvent: il est interdit de remettre en question la souveraineté et la social-démocratie.

Il le dit et le répète sur tous les tons: tout ce que le gouvernement du Parti québécois a fait durant ses deux derniers mandats est formidable et intouchable.

Il va de soi, enfin, que l'on ne saurait toucher aux réalisations des deux premiers mandats du PQ, puisqu'il s'agit de l'héritage sacré du Saint Patron du PQ René Lévesque.

Alors, qu'est-ce qui reste? De quoi les péquistes pourraient-ils bien causer, en attendant la chute du gouvernement Charest et l'avènement du Grand Soir? Du virage à droite? De la couleur de la margarine?

On ne pourra même pas remettre en question la stratégie pré-référendaire. Pauline Marois propose des référendums sectoriels? Impensable, proclame le chef. Un groupe de jeunes péquistes réclame une élection référendaire? "C'est une idée qui ne me plaît d'aucune façon", tranche M. Landry.

Pourra-t-on au moins discuter de cette "union confédérale" chère à ce dernier? Peut-être que oui, à la rigueur, dans la mesure où lui-même a changé d'idée deux fois en deux mois sur cette question. (Lui qui défendait mordicus le modèle européen a fait abruptement volte-face sur cette question au mois d'août... pour finalement revenir récemment à peu près à la case départ.)

En tout cas, les universitaires qui, comme M. Guay, auraient envie d'émettre un son de cloche dissonant feraient bien d'éviter les assemblées du PQ. Son analyse, au demeurant fort sensée, et qui reflète ce que nombre de péquistes murmurent dans les chaumières, n'a fait que servir de faire-valoir au chef. Ce dernier s'avéra d'ailleurs un hôte fort impoli, car c'est à l'invitation de la direction du PQ que M. Guay s'était adressé aux délégués du conseil national!

Deux jours après, M. Landry continuait à taper sur le mouton noir, allant jusqu'à établir un parallèle entre M. Guay et Trudeau- ce qui, dans sa bouche, représente évidemment l'insulte suprême. (Notons que M. Guay, qui se décrit lui-même comme un souverainiste modéré, a déjà été conseiller du Bloc québécois!)

Il est bien évident que le PQ ne peut pas renoncer à la souveraineté. Ce serait suicidaire à tous égards. Mais on aurait pu au moins débattre de la question, examiner les autres options, faire un petit peu d'autocritique! Dans le meilleur des cas, cela aurait permis aux péquistes de mettre leurs convictions à l'épreuve, de trouver de nouvelles raisons d'être souverainistes, bref de renouveler leur acte de foi.

Tout requinqué par le succès du film À hauteur d'homme qui lui a donné une seconde vie politique, Bernard Landry s'agrippe plus que jamais au leadership de son parti, envisageant même de mener ses troupes au prochain combat, alors qu'il aura 70 ans bien sonnés.

Remarquez, il n'a pas tort de se croire plus qualifié que les aspirants au leadership. Il l'est, indéniablement.

M. Landry a infiniment plus d'envergure intellectuelle et d'expérience politique que les Marois, Legault et compagnie. Il n'a pas énormément de charisme, mais les autres en ont encore moins. Et un homme de 70 ans, s'il est en forme, peut être un excellent leader, comme l'ont prouvé d'innombrables hommes politiques à travers le monde.

En attendant, les dauphins n'ont d'autre choix que de "prendre leur trou"- à jamais, semble-t-il, dans le cas de Mme Marois, et temporairement dans le cas de M. Legault, qui a une dizaine d'années de moins que sa collègue.

La saison des idées, terminée avant d'avoir commencé, n'aura finalement donné lieu qu'aux prises de position des deux dauphins. Celle de Mme Marois, vague et laborieuse, et celle de M. Legault, franchement comique celle-là... mais on en reparlera un autre jour.



»» PLQ et les syndicats

"Casser" les syndicats

Vincent Marissal
La Presse samedi 18 octobre 2003

Le premier mai, deux jours après que Jean Charest eut prêté serment comme premier ministre, les chefs des grandes centrales syndicales se sont rendus à Québec pour leur traditionnelle rencontre de la Fête des travailleurs avec le premier ministre. Ils ont rapidement compris à quel point leurs relations avec le gouvernement venaient de changer quand ils ont dû insister pour convaincre M. Charest de se présenter avec eux devant les médias qui attendaient dans le lobby du bunker.

"Il ne voulait pas descendre avec nous, on a dû lui dire qu'il envoyait un curieux message aux Québécois le jour de la Fête des travailleurs", raconte une source syndicale.

Anecdotique en apparence, la petite histoire de cette première rencontre entre le nouveau gouvernement et le pouvoir syndical en dit long sur ce qui s'en venait.

Cette semaine, les leaders syndicaux ont eu une autre bonne indication de ce qui les attend avec le gouvernement libéral en lisant la lettre ouverte de Jean Charest aux quotidiens de la province.

Le plus cocasse de cette lettre, c'est que le premier ministre ne nomme pas les grandes centrales. Il dit simplement: "Sans surprise, les groupes d'intérêt qui bénéficient du statu quo, et devant qui le gouvernement précédent a reculé, font du bruit. Je leur demande aujourd'hui de faire preuve d'ouverture et d'avoir la grandeur de ne pas faire passer des intérêts corporatistes au-dessus des intérêts historiques du Québec et de tous les Québécois". Les centrales se sont senties visées et personne au gouvernement ne leur a dit qu'elles se trompaient. Sans surprise, le Conseil du patronat s'est empressé d'applaudir la détermination du premier ministre.

Depuis avril, le premier ministre n'a rencontré le président de la FTQ, Henri Massé, que deux ou trois fois, et une seule fois la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. On ne peut donc pas dire que les chefs syndicaux aient abusé de la patience du premier ministre. Ils lui ont d'ailleurs fait savoir qu'ils sont disponibles pour de nouvelles rencontres, mais cet empressement n'est pas réciproque.

De toute évidence, M. Charest se souvient que les grandes centrales ont puissamment contribué à torpiller sa campagne électorale en 1998 et il a décidé, maintenant qu'il est au pouvoir, de foncer, avec ou sans les syndicats.

Si le premier ministre voulait calmer le jeu et rassurer les Québécois avec sa lettre, on ose à peine imaginer ce que ce sera s'il décide un jour de partir en guerre contre les syndicats!

On savait que ce n'est pas l'amour entre M. Charest et le mouvement syndical, mais est-il vraiment nécessaire de braquer les grandes centrales après seulement six mois de pouvoir, au moment où de longues et difficiles négociations se poursuivent sur le renouvellement des conventions collectives, sur l'équité salariale, sur la réforme du code du travail, etc.? Ça promet pour les prochains mois.

À ce chapitre, ce qui s'est passé en Ontario au cours des huit dernières années a de quoi faire réfléchir ici. Le gouvernement conservateur de Mike Harris, comme aujourd'hui celui de Jean Charest au Québec, avait décidé de "casser" les syndicats pour implanter sa grande réforme de l'État. Avec le résultat que l'on sait: après huit ans d'affrontements entre le gouvernement et la fonction publique, de grèves dans les écoles, de pénurie et de crises dans les hôpitaux, les Ontariens en ont eu marre et ont mis les conservateurs dehors. Le climat est à ce point pourri en Ontario que le soir de son élection, le nouveau premier ministre, Dalton McGuinty, a senti le besoin de tendre la main aux fonctionnaires. "On vous respecte, on respecte votre travail et l'époque de la confrontation est terminée", a-t-il lancé dans son discours de la victoire.

À en juger par la réaction épidermique des centrales et de leurs affiliés à la lettre de Jean Charest, ça ne prendra pas huit ans pour que le climat se détériore sérieusement au Québec.

Déjà, les syndicats organisent de deux à trois manifestations par semaine devant le bureau de Jean Charest à Sherbrooke. Au moins, les restaurants et les hôtels de la circonscription du premier ministre font de bonnes affaires.



»» Reprise des travaux parlementaires

La session de tous les affrontements

L'opposition et les groupes de pression promettent une rentrée animée

Michel Corbeil
Le Soleil mardi 21 octobre 2003

C'est à deux projets de loi pilotés par le ministre de la Santé Philippe Couillard que devrait revenir l'honneur de lancer la session parlementaire qui s'ouvre, aujourd'hui, à Québec. Une session qui sera marquée par des affrontements, promettent l'opposition officielle et les groupes de pression.

Hier, le leader du gouvernement en Chambre, Jacques Dupuis, a indiqué au SOLEIL que les propositions législatives les plus susceptibles d'atterrir en premier sur le parquet de l'Assemblée nationale proviennent du ministère de la Santé et des Services sociaux.

La première devrait porter sur les agences promises par les libéraux, en campagne électorale, pour remplacer les régies régionales de la santé. La seconde devrait permettre le regroupement des accréditations syndicales dans le milieu hospitalier et la décentralisation des négociations.

En entrevue, le ministre Dupuis a insisté pour faire valoir qu'il ne faut pas attacher une symbolique particulière au fait que les propositions sont parrainées par le ministre de la Santé. "Le symbole que je voudrais qu'on reconnaisse, c'est que le gouvernement libéral a pris des engagements et que nous les remplissons."

Jacques Dupuis a précisé que l'agenda gouvernemental reflétera le mouvement de "réingénierie" que Jean Charest se propose d'imprimer à l'État. En font partie la loi destinée à rendre possible la scission des grandes villes, créées en 2000 par le gouvernement de Lucien Bouchard, et celle devant faciliter le recours à la sous-traitance, en modifiant la Loi sur les normes du travail.

En soirée, avant de participer à une rencontre avec sa députation, le premier ministre a souhaité que les législations sur "la démocratie municipale et l'organisation du travail dans le secteur de la santé" soient adoptées avant Noël.

Jean Charest s'est voulu rassurant. "Les syndicats n'ont pas raison d'avoir peur. Ce gouvernement n'est pas antisyndical", a-t-il tenu à dire. Par contre, il a réaffirmé sa volonté de procéder à de profonds changements. "Je trouve inacceptable que l'État soit toujours avec un budget étiré au coton (...) sans que les services ne soient" donnés.

L'artillerie lourde

Le leader de l'opposition officielle, André Boisclair, a fait savoir que le Parti québécois attend les libéraux "sur quatre terrains". Le premier théâtre d'affrontement a peu défrayé les manchettes, à ce jour. Il s'agit de la loi protégeant les renseignements personnels.

André Boisclair a fait référence à un rapport, déposé en septembre, rédigé par des hauts fonctionnaires. "Il propose de faire sauter les cloisons (sur l'échange d'informations à propos des citoyens) entre les ministères. Ce n'est pas une mince chose. C'est une perte de droits fondamentaux."

Selon M. Boisclair, les élus péquistes sonneront aussi la charge contre ce qu'ils perçoivent comme un recul dans la défense des compétences du Québec face à Ottawa. Le développement régional sous Jean Charest reflète une "canadianisation" des institutions, a-t-il soutenu.

L'adoption d'un code d'éthique par le gouvernement libéral sera aussi un cheval de bataille. Ce code doit être rendu public et il est d'autant plus nécessaire que l'équipe de Jean Charest ne jure que par les partenariats avec le privé, a-t-il dit. Il a ajouté que la session sera aussi l'occasion d'exiger la tenue de consultations sur "la réorganisation du travail dans le monde de la santé".

Le critique du PQ a affirmé que le Parti québécois déploiera "l'artillerie lourde" dès le début de la session. Mercredi, une motion visera à faire comparaître Jean Charest pour qu'il "explique la place qu'il réserve dans son projet de réingénierie à la protection des droits fondamentaux, à la défense des intérêts du Québec et de ses compétences, à la consultation et aux standards éthiques. Une autre motion "dénoncera les politiques conservatrices du gouvernement Charest", dont la Loi sur les défusions.

La contestation hors des murs du parlement débutera aussi pendant la journée. Une coalition, comprenant une cinquantaine d'organismes syndicaux et communautaires, marchera devant l'Assemblée nationale.

Moins de un millier de personnes sont attendues. "C'est un premier coup de semonce, a répondu Christian Dubois, porte-parole du regroupement. C'est modeste, cette fois. Mais le message est clair : les gens sont inquiets" des intentions gouvernementales.

MCorbeil@lesoleil.com



»» Session Automne 2003

Automne difficile en vue à Québec

Denis Lessard
La Presse samedi 18 octobre 2003

Québec - Cela tourne moins rond au gouvernement Charest. La lune de miel est terminée, déjà. Juste six mois après les dernières élections générales, le gouvernement Charest entame mardi la prochaine session parlementaire avec plusieurs écueils devant lui.

Les fusions municipales, les modifications à l'article 45 du Code du travail, la hausse inévitable des tarifs pour les places en garderie, la décision attendue sur la question de lutte contre la pauvreté, l'abolition du no-fault dans l'assurance automobile, autant de terrains minés, autant de fronts ouverts par le gouvernement libéral au cours des derniers mois et avec lesquels il devra maintenant composer.

Sans compter les pièges du hasard. Jean Charest ne pouvait par exemple prévoir que le jour même de la publication de sa lettre ouverte qui se voulait rassurante sur l'implantation des réformes à venir, Henri Massé, le président de la FTQ, se trouverait en commission parlementaire, à portée de micro pour signifier son désaccord. "Je suis en crisse...". Toute une réplique à une lettre qui visait à "dédramatiser" la réingienérie, pardon la "modernisation", de l'État.

Autre malchance, le Conseil de la fédération, une structure permanente proposée par le chef libéral, ne pourra être créé la semaine prochaine à Québec. L'absence de deux provinces, en campagne électorale, ne permettra pas à Jean Charest de réaliser le coup médiatique souhaité par ses stratèges pour aiguillonner les troupes de retour à l'Assemblée nationale.

Les jours qui viennent seront difficiles pour l'équipe libérale. Un sondage CROP publié par La Presse montrait il y a quelques jours que la satisfaction à l'endroit du gouvernement n'est que de 41 % chez les francophones. Globalement, on trouve autant de Québécois mécontents que de gens satisfaits du travail des nouveaux maîtres à Québec- une mauvaise nouvelle pour un gouvernement au pouvoir depuis tout juste six mois.

Si le gouvernement n'a pu préserver sa cote auprès des électeurs au terme d'une période où l'opposition était reléguée au second rang, il y a fort à parier que le retour des affrontements quotidiens avec Bernard Landry à la période des questions n'aidera pas la cause des libéraux.

À cela s'ajouteront les négociations avec le secteur public. On entend partout que Québec ne pourra qu'offrir un gel salarial pour la première année de la convention, mais cet affrontement ne surviendra qu'au printemps prochain, au moment du dépôt des offres patronales aux 400 000 syndiqués du secteur public.

Débordé à gauche

Conséquence bien prévisible du virage à droite du gouvernement, l'aile sociale du PLQ se rebiffe. Une poignée de députés, Christos Sirros, Nicole Loiselle, Russel Copeman et Henri-François Gautrin ont donné, dans une réunion privée mercredi, un ultimatum bien senti au chef de cabinet de Jean Charest, Stéphane Bertrand.

La pression pour que le PLQ revienne à des valeurs de compassion vient même du comité exécutif du parti où le président, Me Marc André Blanchard, a fait en sorte que le prochain conseil général du PLQ, au début du mois de février, porte sur la pauvreté.

Les députés estiment que M. Charest les a carrément utilisés, en décembre 2002, quand il leur a donné le feu vert pour adopter une résolution à l'Assemblée nationale assurant que le PLQ garantirait que tous les Québécois puissent compter sur un "barême plancher" de 513 $, le niveau d'un chèque mensuel d'aide sociale, pour subsister.

Le titulaire de l'Emploi, Claude Béchard dira bientôt qu'il accepte le principe d'un barème, mais ne s'engagera pas sur un montant. La "réciprocité" sera au coeur de la politique du gouvernement Charest en matière d'aide sociale, et tous ont compris que les sanctions, les chèques réduits pour ceux qui ne participent pas à des mesures de formation, seront maintenues.

Les dernières semaines n'ont pas été faciles. Les déboires de Marc Bellemare en collision frontale avec ses hauts fonctionnaires, la gaffe d'une Monique Jérôme-Forget alarmiste quant à la qualité de l'eau à Montréal, les dérives embarrassantes de la Sûreté du Québec. Et l'avenir proche semble tout aussi chaotique, avec notamment le dossier des défusions municipales.

Jean Charest était ouvert à l'idée de rebrousser chemin, d'admettre que la promesse de référendums susceptibles de démanteler Montréal était une mauvaise décision. Mais son jeune ministre Jean-Marc Fournier voyait les choses d'un autre oeil. Au terme d'une commission parlementaire où il fut quotidiennement fusillé par les maires et les syndicats, M. Fournier doit se rabattre sur la formule préconisée il y a bien longtemps par l'un des principaux conseillers de Louise Harel.

Lapsus ou prémonition, Jean Charest souhaitait la bienvenue cette semaine aux députés venus à un caucus "pré-sécessionnel", au lieu de l'habituelle rencontre "pré-sessionnelle". Le gouvernement devra jongler avec plusieurs balles, mais ses engagements quant à l'avenir de Montréal ont, de plus en plus, l'allure d'un boulet.



»» la rentrée parlementaire

Menu corsé pour la rentrée parlementaire

Réjean Pelletier
L'auteur est professeur titulaire au département de science politique de l'Université Laval

Le Soleil mardi 21 octobre 2003

Si l'on se fie au dernier sondage CROP publié dans le journal La Presse, la lune de miel des libéraux provinciaux aura été de courte durée. En effet, six mois après leur élection, les Québécois insatisfaits du nouveau gouvernement sont aussi nombreux que ceux qui se disent satisfaits, alors que le taux de satisfaction était beaucoup plus élevé au lendemain de l'élection.

Qui plus est, chez les francophones du Québec, on retrouve autant de gens insatisfaits que de gens satisfaits du travail du premier ministre Charest lui-même, alors que le taux de satisfaction à l'égard du travail de Bernard Landry atteint tout de même 55 %. En outre, un plus grand nombre de francophones se disaient prêts à appuyer le PQ plutôt que le PLQ s'il y avait eu une élection.

Quel bilan global peut-on tirer de ces 180 jours de pouvoir ? Beaucoup de déclarations, certaines ayant réussi à mettre le ou la ministre sur la sellette, mais peu de réalisations concrètes, compte tenu surtout des attentes élevées suscitées par l'élection des libéraux. Que ce soit la réduction des listes d'attente dans les hôpitaux, le réinvestissement important en éducation, la lutte contre la pauvreté, l'amélioration des infrastructures municipales et du réseau routier, la liste est longue des secteurs où le nouveau gouvernement libéral promettait des changements rapides en accord avec son slogan de la campagne électorale "Nous sommes prêts".

Il est vrai qu'il faudra attendre la session d'automne, qui s'ouvrira aujourd'hui, pour mieux connaître les premières grandes intentions législatives du gouvernement libéral, celle du printemps dernier ayant été surtout consacrée au budget.

Objectif réingénierie

Si l'on se fie à la récente lettre aux journaux du premier ministre Charest, la réingénierie de l'État devrait occuper une place importante durant les prochains mois. Cette lettre réaffirme la volonté du gouvernement de mener à terme la réorganisation ou la "modernisation" de l'État, ciblant les syndicats et les groupes sociaux qui pourraient s'y opposer, de même que certains membres et députés du Parti libéral qui craignent que la mission sociale de l'État écope le plus au cours de cette réingénierie.

Quoi qu'en pense le premier ministre dans sa lettre, cette réingénierie ne peut se faire uniquement d'une façon pragmatique : elle épouse également une vision idéologique qui vient colorer les réponses que chacun peut apporter aux cinq grandes questions posées par le premier ministre. Affirmer qu'un programme ou un organisme répond toujours ou ne répond plus à une mission de l'État est en relation étroite avec la vision que l'on se fait de l'État. Souhaite-t-on un État plus interventionniste ou moins interventionniste, une diminution de la taille de l'État ou son maintien, un recours plus fréquent ou non au secteur privé en remplacement de l'État ?

Les réponses à toutes ces questions ne peuvent être uniquement "pragmatiques", elles sont forcément idéologiques, comme en témoignent les réponses différentes qu'apporteraient les dirigeants du Conseil du patronat et les dirigeants syndicaux.

Cette réingénierie de l'État poursuit un double objectif : réduire la taille de l'État en confiant à d'autres (municipalités, organismes communautaires, entreprises privées) des tâches qu'il accomplit déjà et récupérer les montants nécessaires pour, à la fois, réduire les impôts et réinvestir en santé et en éducation. Sinon, le plan financier élaboré à l'automne 2002 ne peut tenir la route. À moins de compenser la baisse des impôts par une augmentation de certaines taxes ou de certains tarifs, comme ceux de l'électricité, permettant ainsi aux grandes sociétés d'État de fournir des dividendes supplémentaires à son seul et unique actionnaire. Le gouvernement peut aussi compter sur des transferts fédéraux qui ne seront probablement pas aussi élevés que ce que le gouvernement aurait souhaité ou prévu.

Par ailleurs, le gouvernement Charest s'est engagé résolument sur la voie des défusions municipales, même si le ministre Fournier songe parfois à mettre la barre plus haute pour décourager les "défusionnistes". C'est au cours de l'automne que la version révisée du projet de loi sera discutée à l'Assemblée nationale. Quelle qu'en soit la version finale, elle risque de mécontenter un grand nombre de personnes. Si le ministre place la barre trop haute et multiplie les obstacles aux défusions, il sera accusé de trahison par tous les défusionnistes mécontents. S'il ne réussit pas à endiguer le mouvement actuel de défusion, il y a fort à parier que les nouvelles villes seront remplies de trous de gruyère, sinon amputées à leurs extrémités : c'est du moins ce que montrent les sondages à Québec, Lévis, Longueuil, Montréal, Gatineau et Saguenay. Quelles que soient les conditions posées, les villes les plus riches du Montréal anglophone vont réussir à quitter la ville unifiée, accentuant ainsi les divisions linguistiques.

Santé et éducation

Il reste donc à espérer que les investissements promis en santé et en éducation vont produire des effets bénéfiques. Pour le moment, l'augmentation du budget de la santé de 1,3 milliard de dollars ne semblent pas avoir produit de profonds changements : les listes d'attente donnent l'impression d'être toujours aussi longues, le déficit des hôpitaux toujours aussi élevé, et le secteur de la santé apparaît toujours comme un gouffre sans fond.

Faut-il plutôt se tourner du côté de l'éducation pour percevoir les plus grands changements ? Pour le moment, rien ne nous permet de conclure que le gouvernement a fait "le plus important réinvestissement en éducation depuis 10 ans". C'est du moins l'opinion des dirigeants des commissions scolaires, comme ceux des cégeps. Du côté universitaire, ce sont plutôt les étudiants qui s'activent. Bref, c'est un secteur en attente des projets gouvernementaux.

Pour meubler les temps morts de la vie politique, certains ministres en ont profité pour prendre la parole et lancer quelques idées. La palme revient sans aucun doute au ministre de la Justice, Marc Bellemare, qui s'est retrouvé dans l'eau chaude à quelques reprises.

Pour cet automne, les météorologues nous ont annoncé un deuxième été des Indiens après celui que l'on vient de connaître. Il est possible que l'automne soit plus chaud que prévu... du moins sur le plan politique.



»» Réingénierie

Les pendules à l'heure

Jean-Marc Salvet
Le Soleil mardi 21 octobre 2003

Éditorial - Quelle est la nature du mandat obtenu par le gouvernement de Jean Charest ? Depuis plusieurs semaines, la question agite le microcosme politique et, par-delà, tout ce qui bouge au Québec. La question n'est pas scandaleuse. Ce qui l'est, c'est de voir tout le monde interpréter à sa façon le mandat décroché par les libéraux le 14 avril. Surtout qu'il n'échappe à personne que chacune de ces interprétations vise à faire pression sur l'équipe au pouvoir. Ce n'est jamais par altruisme que les adversaires d'un gouvernement, tout comme ses alliés d'ailleurs, tirent la couverture de leur côté...

Les corps constitués et les lobbies de toutes sortes cherchent toujours à influencer la donne politique en martelant leur propre interprétation d'un résultat électoral. C'est ainsi à chaque élection. Mais rarement a-t-on vu des polémiques atteindre une telle ampleur en si peu de temps.

Ces interprétations en forme de mises en demeure ont commencé tôt. Dès le 15 avril, par exemple, les leaders défusionnistes ont clamé que la victoire libérale était celle des défusions. Ce n'était pas entièrement faux. Mais ils ont préféré oublier que Jean Charest a tout fait pour éviter que cette question soit à l'avant-scène de la campagne électorale. Et que lorsqu'il l'a abordée, au débat des chefs, c'était pour dire qu'il souhaitait la réussite des nouvelles villes. Voilà un exemple d'alliés qui ont voulu ne voir qu'un côté de la médaille et qui pourraient se sentir trahis par le projet de loi du ministre des Affaires municipales.

Les grands syndicats et le Parti québécois tirent aussi très fortement la couverture de leur côté en affirmant que le gouvernement libéral n'a pas reçu le mandat de mettre le Québec sens dessus dessous. Dit comme ça, ils ont évidemment raison. Mais personne ne peut nier que le PLQ a eu le mandat de revoir la place de l'État dans la société.

De toute façon, ne soyons pas naïfs : c'est aussi ce qu'aurait fait le PQ s'il avait été réélu. N'est-ce pas d'ailleurs ce qu'a proposé Bernard Landry, samedi, dans la lettre qu'il a envoyée aux quotidiens ? Jean Charest pourrait très bien faire siens ses propos lorsqu'il écrit que son parti "devra repenser le rôle de l'État et réexaminer les moyens permettant d'offrir des services publics de qualité". Ou encore lorsque le chef péquiste affirme qu'il faudra trouver un meilleur équilibre "entre les droits et les devoirs" des citoyens.

Les principales formations politiques du Québec sont d'accord pour revoir le rôle de l'État. La vraie question est de savoir jusqu'à quel degré et comment y parvenir. Là-dessus, tout le monde s'en donne à coeur joie, supputant ou diabolisant les intentions du gouvernement Charest.

À quelques heures de la rentrée parlementaire, il n'est pas inutile de répéter que le gouvernement a bel et bien un mandat de changement en poche. Il a été élu par une majorité d'électeurs avec le mandat de revoir le rôle et la place de l'État. Le lui nier, c'est remettre en cause le résultat du 14 avril. C'est indécent et c'est un jeu dangereux en démocratie.

Cela dit, si le gouvernement libéral ne souffre d'aucun déficit de légitimité, il souffre par contre d'un très sérieux déficit de dialogue et de communication. Son chef écrit une lettre pour rassurer et dire que les changements à venir ne visent pas à démanteler mais au contraire à sauvegarder les services publics ? Son message se perd dans les limbes en raison d'un paragraphe inutile sur les syndicats...

Au gouvernement, ils sont nombreux à estimer que le décalage va grandissant entre la perception publique et la réalité. Si c'est le cas, l'équipe au pouvoir doit profiter de la reprise des travaux à l'Assemblée nationale pour remettre les pendules à l'heure. Elle doit préciser les directions et les moyens qu'elle entend prendre pour remplir son mandat. Elle doit mettre de la chair autour de l'os. Les débats ne se feront plus alors sur des bruits, mais sur des faits.

JMSalvet@lesoleil.com



»» Réingénierie

L'analyse de Monique Jérôme-Forget

L'État en fait trop et il le fait bien mal

Kathleen Lévesque
Le Devoir mardi 21 octobre 2003

L'opération de rapprochement des secteurs public et privé s'accélère. La présidente du Conseil du trésor multiplie les présentations de son projet de révision du rôle et de la taille de l'État et 44 entreprises privées se bousculent au portillon pour faire partie de la banque de consultants devant éclairer la ministre sur la stratégie à suivre.

Mu par une vision des années 1960, l'État québécois embrasse trop d'activités et démontre, du coup, son incapacité à les exécuter correctement.

Cette analyse tranchante est celle de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, qui pilote la réingénierie de l'État et qui en fera une présentation le 31 octobre prochain lors d'un dîner-causerie au Club Saint-James de Montréal. Dans une courte présentation qui chapeaute le formulaire de réservation pour cet événement organisé par l'Institut d'administration publique du Grand Montréal, on peut lire un extrait du discours que Mme Jérôme-Forget prononcera.

«À vouloir s'occuper de tout, l'État québécois n'arrive pas à bien s'occuper de quoi que ce soit. C'est pourquoi nous voulons réorganiser l'appareil public pour le recentrer sur l'essentiel et en accroître l'efficacité. Dorénavant, l'État sera présent là où ça compte, offrant de meilleurs services à meilleur coût», juge celle que le premier ministre Jean Charest a présentée comme l'architecte du renouvellement de l'État québécois.

Vraisemblablement inspirée par le proverbe «qui trop embrasse, mal étreint», la présidente du Conseil du trésor soutient sur le même ton qu'en agissant autrement, les Québécois n'en seront pas moins fidèles à leurs valeurs et à leur héritage; ils seront «plus riches, plus libres, mieux gouvernés». «Le Québec doit cesser de chercher ses repères dans les années 1960. Nous devons, lucidement, prendre acte de notre démographie et de notre géographie», écrit-elle.

Cette dernière fera également une présentation du projet de révision de l'État devant le Conseil du patronat du Québec (CPQ) vendredi prochain. Jusqu'à maintenant, le CPQ s'est révélé un allié dans l'opération de rapprochement du gouvernement et des entreprises privées.

D'ailleurs, le Conseil du trésor a ouvert les soumissions reçues à la suite de l'appel d'offres public lancé au début du mois pour l'aider à gérer le changement et à établir la vision stratégique de la réingénierie.

Au total, 44 entreprises ont démontré leur intérêt. Toutes n'ont toutefois pas déposé une soumission. D'autres, qui ne respecteraient pas les critères établis par le gouvernement, seront également rejetées d'emblée.

Parmi les compagnies qui ont franchi la première étape, on retrouve entre autres les firmes comptables PriceWaterhouse Coopers, Ernst & Young, Samson Bélair Deloitte & Touche ainsi que Raymond Chabot Grant Thornton. Il y a également des ingénieurs (Roche), des firmes-conseils (SECOR, KPMG) et des entreprises d'informatique (IBM, CGI).

La sélection des entreprises se fera au cours des prochains jours. Une évaluation qualitative de l'expérience des consultants en matière de partenariat public-privé, par exemple, sera faite. Le taux horaire ne comptera que pour 2 points sur 20. Les entreprises retenues formeront une banque de consultants à laquelle se référera la présidente du Conseil du trésor pour être éclairée sur l'opération en cours.

Mme Jérôme-Forget n'entend toutefois pas être éclairée par les différents syndicats du gouvernement. Lors d'une rencontre mercredi dernier avec les membres du comité sectoriel sur l'organisation du travail où siègent les différents syndicats de la fonction publique, l'Association des cadres du gouvernement et des sous-ministres, la présidente du Conseil du trésor a indiqué qu'elle entendait consulter directement ses employés.

Pour le président du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), Michel Sawyer, et la présidente du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, Carole Roberge, il s'agit d'une attitude inacceptable qui démontre que Mme Jérôme-Forget choisit la confrontation plutôt que la concertation. Les deux leaders rappellent que la réingénierie doit se faire dans le cadre officiel des relations de travail.

«Il n'est pas question qu'on soit contournés», a affirmé Mme Roberge. «Ce n'est pas une déclaration de guerre, mais ça n'a rien pour viser l'harmonie. Elle remet en question notre légitimité et notre représentativité», a ajouté M. Sawyer. Pour ce dernier, il est clair que si les syndicats ont des membres à défendre, ils ont également une vision de l'État à proposer. Ils rejettent donc le qualificatif de «corporatistes» que leur a accolé la semaine dernière le premier ministre Jean Charest



»» Rentrée parlementaire

Charest fera face à l'artillerie lourde :
D'entrée de jeu, une motion de censure du PQ

Robert Dutrisac
Le Devoir mardi 21 octobre 2003

Québec - L'opposition officielle sortira l'artillerie lourde dès la rentrée parlementaire en déposant une motion de censure envers le gouvernement Charest.

Cette motion de censure, qui sera déposée dans la première semaine de la session parlementaire qui s'ouvre aujourd'hui, sera accompagnée de la publication d'un texte, écrit à l'initiative du député de Vachon et porte-parole de l'opposition officielle pour la lutte contre la pauvreté et pour la solidarité sociale, Camil Bouchard, dans lequel «on précisera où nous logeons sur les questions sociales», a indiqué, hier, le député de Gouin et leader parlementaire, André Boisclair. Ce texte sera signé par Bernard Landry, Pauline Marois, François Legault et André Boisclair ainsi que d'autres députés responsables des questions économiques et sociales, a-t-il précisé.

En outre, l'opposition officielle usera de la motion du mercredi qui lui est réservée pour convoquer le premier ministre Jean Charest à la Commission des institutions pour qu'il vienne s'expliquer sur la réingénierie «parce qu'on perçoit des atteintes aux valeurs fondamentales qui unissent les Québécois», a dit M. Boisclair.

L'opposition souhaite profiter des débats à l'Assemblée nationale pour établir «un plancher au-delà duquel on ne devrait pas aller», a-t-il ajouté.

Hier soir, au cours d'un point de presse tenu avant la réunion du caucus des députés libéraux, Jean Charest a indiqué qu'il n'écartait pas la possibilité que des commissions parlementaires se tiennent pour se pencher sur l'un ou l'autre des aspects de la réingénierie. Mais ce n'est pas pour maintenant, puisque le processus de réingénierie en est encore à ses débuts et doit s'étendre sur une bonne partie du mandat du gouvernement. Ce sera avant tout aux ministres responsables de comparaître devant les commissions, a-t-il dit.

L'ouverture de la session sera marquée par une manifestation organisée par la CSN aux abords du parlement. Cette manifestation dite «symbolique», qui est mise sur pied par le «réseau vigilance» issu de la centrale syndicale, doit réunir 500 personnes, selon la CSN.

M. Charest estime que les syndiqués «n'ont pas raison d'avoir peur. Ils savent très bien qu'au Québec, ce gouvernement-là n'est pas antisyndical et ne l'a jamais été». Il entend toutefois procéder aux changements pour lesquels il estime avoir reçu un mandat le 14 avril. «Quand arrivent finalement les décisions du gouvernement, c'est l'intérêt des citoyens du Québec qui doit primer, entre autres [l'intérêt] de cette classe moyenne qui est au centre de nos préoccupations», a fait valoir le premier ministre.

De son côté, le député de Saint-Laurent et leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, dit ne pas avoir «peur» des réactions négatives que suscitent certains projets de loi libéraux comme le projet de loi modifiant l'article 45 du Code du travail pour faciliter le recours à la sous-traitance. «Il ne faut pas se surprendre. C'est normal que, lorsque le gouvernement décide d'aller de l'avant avec un certain nombre d'engagements électoraux, il y ait des gens qui ne soient pas d'accord, a dit M. Dupuis. On va écouter leurs représentations. Mais on a été élus pour gouverner; on va gouverner.»

Le projet de loi modifiant l'article 45 sera déposé au plus tard le 13 novembre pour être adopté avant la fin de la session automnale en décembre. Le 13 novembre est la date butoir pour qu'un projet de loi soit soumis au vote de l'Assemblée nationale lors de la présente session, sans que l'assentiment de l'opposition officielle ne soit nécessaire. Le projet de loi fera l'objet d'une consultation publique en commission parlementaire, a confirmé le ministre.

Le projet de loi abolissant l'indemnisation sans égard à la responsabilité (le no-fault) en assurance automobile pour les conducteurs tenus criminellement responsables d'un accident sera déposé après le 13 novembre et fera l'objet d'une consultation publique avant la reprise des travaux en mars.

Déjà inscrits au feuilleton, les trois projets de loi pilotés par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, doivent être déposés avant le 13 novembre pour adoption. Rappelons qu'ils s'agit des projets de loi abolissant les régies régionales de la santé et des services sociaux, réduisant le nombre d'accréditations syndicales dans le réseau de la santé et créant le poste de commissaire à la santé.

Déjà déposé en juin, le projet de loi 9 sur les défusions fera l'objet d'amendements majeurs que déposera le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, pour qu'il soit promptement adopté.

Le gouvernement entend également adopter au cours de la présente session un projet de loi sur les coopératives et un autre sur la forêt. Ce dernier projet de loi vise à reporter d'un an le dépôt des plans d'aménagement forestier que doit présenter l'industrie. En outre, il décentralisera la mise en valeur des milieux forestiers pour les activités autres que l'exploitation forestière.



»» Québec - USA

Publication d'un essai de l'ex-représentante du Québec à Washington :

Washington et Ottawa alliés contre la souveraineté

Jean-François Nadeau
Le Devoir samedi 18 octobre 2003

Dans un essai à paraître le 27 octobre, Le Québec otage de ses alliés (VLB éditeur), la politicologue Anne Légaré, ancienne déléguée du Québec à Boston et ex-représentante du Québec à Washington, avance que le gouvernement canadien et le gouvernement américain ont tenté, dans la perspective du référendum de 1995, «d'empêcher la représentation du Québec» dans la capitale américaine. L'objectif final de cette action conjointe était de contrer les visées du gouvernement du Parti québécois.

Au coeur de cette opération, Anne Légaré affirme que se trouvait, entre autres, le Center for Strategic and International Studies, un organisme prestigieux utilisé aux États-Unis pour former l'opinion grâce à la «diffusion de la pensée canadienne».

Ex-marxiste, politicologue à l'UQAM et liée à la chaire d'études stratégiques Raoul-Dandurand, Anne Légaré soutient dans son livre qu'une véritable campagne anti-Québec aux États-Unis fut orchestrée dès le lendemain de l'élection du Parti québécois.

À son avis, la question autochtone fut largement utilisée à l'époque en vue de faire paraître le gouvernement du Québec comme ethniciste, voire raciste. «Ne pouvant empêcher directement ni officiellement les activités légitimes d'un gouvernement démocratiquement élu, les États-Unis ont consacré leurs efforts à mettre en place des conditions qui rendraient l'action du Québec de plus en plus difficile, avec l'accord et l'aide de l'ambassade du Canada.»

Une journaliste accusée

Au passage, l'auteure accuse de façon spécifique une journaliste de Radio-Canada en poste à Washington à cette époque, Julie Miville-Dechêne, d'avoir présenté un point de vue tendancieux dans ses reportages produits depuis Washington. Mme Légaré soutient que la journaliste sympathisait avec l'ambassadeur canadien Raymond Chrétien pendant que celui-ci tentait, au même moment, d'obliger le Québec à se retirer de Washington. «Aucun de ses reportages sur la présence du Québec à Washington, diffusés aux nouvelles du soir, n'échappait à la grille tendancieuse qui brouillait ses propos.»

Anne Légaré explique que la mission diplomatique du Québec aux États-Unis fut contrecarrée par des formalités administratives. Elle affirme en effet qu'elle dût «éviter toute parole, tout geste qui pourraient inciter les États-Unis» à lui retirer son permis de travail (green card), c'est-à-dire à l'empêcher de jouer un rôle politique. On l'empêcha aussi, toujours selon la politicologue, d'établir tout «accès direct du Québec à l'administration américaine».

Même un appui diplomatique de la France ne changea rien à l'affaire: tout ce qui émanait du Québec était tenu à distance à la suite d'une politique claire dont le journaliste Pierre Nadeau, devenu délégué du Québec, témoigne d'ailleurs dans ses mémoires.

L'essai d'Anne Légaré cherche notamment à démontrer que les Américains n'ont jamais été neutres à l'égard du projet indépendantiste et que le fait de croire le contraire confine soit à la naïveté, soit à l'amateurisme politique.



»» loi 101

101 vagues à l'Assemblée nationale...

La loi 101 a 25 ans. Voici, pour la première fois, l'histoire douloureuse de sa naissance, telle que racontée par le biographe de son auteur, Camille Laurin.

Jean-Claude Picard
L'Actualité, n° Vol: 28 No: 17 - 1 novembre 2003, p. 88

Si Montréal montre aujourd'hui sa personnalité francophone, on le doit beaucoup à Camille Laurin. C'est lui qui a piloté, en 1977, l'adoption de la Charte de la langue française - la fameuse loi 101. René Lévesque avait demandé à son ministre du Développement culturel d'apporter des correctifs à la controversée loi 22, héritée des libéraux.

Dans cet extrait d'une biographie consacrée à Camille Laurin (Camille Laurin: L'homme debout, Éd. du Boréal, en librairie le 29 octobre prochain), Jean-Claude Picard rapporte les débats houleux soulevés par la loi 101 parmi les ministres de René Lévesque. Malgré les réticences des uns et des autres, la Charte de la langue française sera finalement adoptée par l'Assemblée nationale le 29 août 1977 et deviendra une des réalisations essentielles du premier gouvernement péquiste, de 1976 à 1981.

Dès son dépôt, tous les ministres restent saisis par l'ampleur et la fermeté du texte soumis par leur collègue. Camille Laurin fait flèche de tout bois et propose une politique linguistique qui dépasse tout ce qu'ils avaient pu imaginer; le ministre a non seulement rempli son mandat, mais il est allé bien au-delà de ce qu'on lui demandait. Sa proposition n'a finalement rien à voir avec une révision, même en profondeur, de la loi 22. Alors que cette dernière avait un caractère largement incitatif, le projet de Laurin est nettement plus coercitif. C'est une politique complètement nouvelle et originale, voulant que l'usage du français devienne obligatoirement la règle dans tous les secteurs d'activité et que l'anglais ne soit toléré que lorsque les droits acquis de la minorité ne permettent pas de faire autrement.

Fidèle à l'habitude qu'il a prise depuis quelques mois qu'il dirige le gouvernement, René Lévesque se garde bien de donner immédiatement son opinion. Il préside plutôt les débats en invitant chacun des ministres à réfléchir aux grands enjeux que ce projet soulève et à examiner avec attention l'ensemble des textes parce que, prévient-il dès le départ, "l'avenir du gouvernement y est directement lié".

Aussitôt, les camps se forment. D'un côté, beaucoup de ministres, principalement en provenance de Montréal, approuvent sans grandes réserves la proposition de Camille Laurin. C'est le cas, par exemple, de Jacques Couture, qui se déclare "très satisfait", même s'il craint un "violent débat" avec les anglophones. C'est également le point de vue de Jacques-Yvan Morin, de Robert Burns et de Claude Charron, qui met cependant ses collègues en garde contre une possible intervention d'Ottawa dans ce dossier.

Les ministres du secteur de l'économie - Jacques Parizeau, Bernard Landry et Guy Joron - sont aussi d'accord. Le premier s'inquiète toutefois des dispositions en matière de langue d'enseignement et de langue de travail pour les cadres des grandes entreprises, tandis que les deux autres préviennent que cette loi créera énormément de turbulence. Même s'il demeurera jusqu'à la fin un farouche défenseur de ce projet de loi, Guy Joron, qui est bien branché sur les milieux financiers de la métropole, va jusqu'à prédire une fuite des capitaux et des sièges sociaux. "Il y aura plus de remous que pour une éventuelle déclaration d'indépendance", affirme-t-il.

Jacques Parizeau est l'un des plus fidèles partisans de Camille Laurin, s'alignant à tous coups sur les positions défendues par son collègue. De plus, le ministre des Finances est un homme qui se plaît à assurer une direction de qualité; aussi, bien avant que le texte de loi soit rendu public, il prend les dispositions nécessaires pour parer à d'éventuelles mésaventures sur les marchés financiers. "Je me suis dit qu'il ne serait pas mauvais de constituer une ligne de crédit de trois à quatre milliards de dollars au cas où la loi aurait un effet négatif sur les marchés, rappellera-t-il. Alors, j'ai demandé une quinzaine de jours au docteur et, quelques semaines avant le dépôt du livre blanc, je lui ai dit: Vous pouvez y aller, j'ai le pognon."

Denis Lazure, l'autre psychiatre du gouvernement, ainsi que Guy Tardif et Lise Payette se disent aussi d'accord avec la proposition Laurin, mais tous trois souhaitent des éclaircissements en matière de langue d'enseignement. Quelques ministres de l'extérieur de Montréal sont également favorables au projet, dont Jean Garon, Denis de Belleval, Louis O'Neill et Yves Bérubé, lequel suggère cependant d'éliminer certaines dispositions particulièrement agressives, comme celle qui oblige les commissions scolaires anglophones à communiquer en français avec les universités anglophones de Montréal. Yves Bérubé partage en outre les craintes de son collègue Guy Joron en ce qui concerne un éventuel exode des sièges sociaux.

D'autres ministres hésitent et surveillent du coin de l'oeil l'attitude de leur chef. C'est le cas, par exemple, de Pierre Marois, qui insiste sur la nécessité d'une loi claire et juste, et qui affirme que le gouvernement doit prendre son temps. C'est également l'attitude du prudent Yves Duhaime; selon lui, le gouvernement va trop vite et la population risque de ne pas suivre. Même raisonnement chez Marcel Léger, qui croit que la loi ne doit pas être trop radicale si le Parti québécois veut gagner le référendum sur la souveraineté. Quant à Rodrigue Tremblay, ses hésitations sont encore plus prononcées. Il considère qu'il faut respecter davantage les droits acquis des anglophones plutôt que de donner l'impression d'agir avec "rancoeur et hostilité" à leur endroit. Selon lui, le gouvernement ne doit pas se comporter "comme s'il prenait le contrôle politique du territoire et assimilait les anglophones".

De tous les ministres, c'est cependant Claude Morin qui est l'opposant le plus ouvertement déclaré à ce projet de loi. Dans une charge passablement violente, il affirme que le texte soumis par Camille Laurin bafoue les droits acquis de la minorité anglophone et qu'il est inutilement provocateur et agressif. "Ce projet constitue en fait une éviction des anglophones du Québec", soutient-il. Pour l'essentiel, le ministre des Affaires intergouvernementales estime que le gouvernement va trop vite, que la Charte de la langue française suscitera la colère du Canada anglais et provoquera de nouvelles querelles fédérales-provinciales. Il ajoute que la population est fatiguée de ce genre de chicanes et que le gouvernement péquiste devrait s'en tenir à l'administration courante au cours de son premier mandat, en remettant les réformes fondamentales à plus tard. Toutes ces imprécations laissent Camille Laurin de glace. Il n'a jamais cru que son collègue de Louis-Hébert était un véritable indépendantiste et il n'est pas très étonné de son intervention.

À une séance subséquente du Conseil des ministres, alors qu'il est vraiment exaspéré par l'accumulation des dispositions coercitives du projet de loi, Claude Morin décide de faire image et de se servir de la vaisselle qui traîne sur la table du conseil. Il empile du papier sur une tasse et une soucoupe, et se met à frapper dessus avec une cuillère en criant: "Tiens, voilà un Anglais, boum, je l'élimine. Tiens, je viens d'en découvrir un autre, et boum encore. Et boum une troisième fois, il en restait un caché juste là." Sa mise en scène provoque l'hilarité générale. Les ministres sont tordus de rire et René Lévesque s'en essuie les yeux tellement il rigole. Seul Camille Laurin ne la trouve pas drôle et garde un air stoïque pendant que ses collègues se tiennent les côtes. Cette fois, il aura bien de la difficulté à pardonner à Morin d'avoir ridiculisé sa proposition et de s'être ainsi moqué de lui.

Vingt-cinq ans plus tard, Claude Morin, que la divulgation de ses rapports pour le moins troubles avec les services secrets de la Gendarmerie royale du Canada continue de hanter et qui semble très préoccupé du sort que l'histoire va finalement lui réserver, affirmera qu'il n'était pas vraiment opposé à la Charte de la langue française, mais qu'il estimait que le projet de Laurin allait trop loin. "La version originale de la loi était outrancière. J'avais peur qu'on se casse la gueule et qu'on se fasse retrousser par les tribunaux. Je n'ai jamais été un partisan de la politique du pire", expliquera-t-il.

Au surplus, Morin prétendra s'être fait l'avocat du diable au nom de René Lévesque lui-même, qui ne pouvait pas intervenir trop directement compte tenu de sa fonction de premier ministre. Cette affirmation est corroborée par Louis Bernard et Jean-Roch Boivin; ils confirmeront que les objections exprimées par le ministre correspondaient à bien des égards aux propres réserves de leur chef. "Les interventions de Morin faisaient l'affaire du premier ministre, qui ne pouvait pas toujours intervenir lui-même", indique Louis Bernard.

Originaire de New Carlisle, élevé dans un milieu autant anglophone que francophone, René Lévesque est pour le moins indisposé par les questions linguistiques. Il a joué avec des anglophones quand il était enfant, il a travaillé en anglais pour l'armée américaine au cours de la Deuxième Guerre mondiale et, pendant ses années de journalisme à Radio-Canada, la langue de Shakespeare lui était aussi familière que celle de Molière. Alors que Camille Laurin est un amoureux de la France, René Lévesque se sent plus d'affinités avec les milieux anglophones et, en particulier, avec les États-Unis, où il passe presque toutes ses vacances d'été.

En somme, l'anglais lui est aussi naturel que le français et il accepte mal qu'il faille établir des règles sur ce genre de questions. Aussi reçoit-il avec une certaine fraîcheur le projet de Camille Laurin. Même s'il a commandé à ce dernier une révision de la loi 22 et qu'il est prêt à accepter certains changements, il est surpris par le caractère grandiose et la sévérité du texte que lui soumet son ministre. "M. Lévesque a d'abord eu une réaction d'étonnement. Il ne s'attendait pas à un projet aussi radical et aussi exhaustif. Ma première impression fut qu'il n'en voyait pas la nécessité. Je ne vous en demandais pas tant , m'a-t-il d'abord lancé", se rappellera plus tard Camille Laurin. [...]

René Lévesque sait par contre très bien que son gouvernement doit absolument légiférer sur cette question. La loi 22 a été décriée dans tous les milieux et son parti a promis formellement de la modifier. De plus, il se rend compte qu'en dépit de quelques réserves une majorité de ses ministres adhèrent à l'essentiel du projet de Camille Laurin et qu'il court le risque d'être mis en minorité s'il commet l'imprudence de réclamer le vote. Il constate enfin que ce projet reprend les principales propositions du Parti québécois en matière de politique linguistique et que, là encore, il ne saurait s'y opposer sans provoquer une crise majeure au sein de ses propres troupes. Bref, René Lévesque est loin de déborder d'enthousiasme devant le grand oeuvre de son ministre, mais son réalisme politique lui indique qu'il n'a pas d'autre choix que d'aller de l'avant.

Il décide alors de gagner du temps, dans l'espoir d'adoucir le texte et de le rendre plus conforme à sa propre vision des choses. À la séance du Conseil des ministres du 17 février [1997], il souligne que le consensus est loin d'être atteint et annonce que le projet de Charte de la langue française ne pourra pas être rendu public au début du mois de mars, tel que prévu initialement. Il demande également à quelques ministres de former, avec lui, un comité ministériel spécial pour en examiner tous les aspects litigieux. [...]

Durant toute cette période de flottement, qui s'étend sur plusieurs semaines, Camille Laurin fait le gros dos et reste absolument inébranlable. Séance après séance, il se présente au Conseil des ministres avec ses dossiers sous le bras et reprend ad nauseam les mêmes démonstrations. Tantôt il dépose de nouvelles études démographiques démontrant que le français est en grave péril, tantôt il invoque le programme du parti, tantôt il se livre à un exposé psycho-politique sur le devenir de la société québécoise. Penché au-dessus de ses papiers étalés sur la table du conseil, ses lunettes sur le bout du nez, enveloppé par la fumée des Buckingham qu'il grille à la chaîne, il est en tout temps imperturbable, faisant preuve d'un calme et d'une sérénité qui en agacent beaucoup, mais que tous lui envient.

Lorsque certains lui objectent que plusieurs articles du projet de loi sont trop coercitifs, il se fait rassurant et promet une réglementation qui arrondira les angles. Si d'autres souhaitent tel ou tel amendement, il leur assure qu'il fera le nécessaire. Si d'autres enfin s'inquiètent de l'effet de sa charte sur l'opinion publique, il se dit prêt à prendre tous les coups. Mais, comme il l'a toujours fait dans le passé, Camille Laurin ne cède rien sur les articulations majeures de sa loi. S'il se montre accommodant à l'égard de ce qu'il considère comme des détails, il est totalement inflexible quant aux principes fondamentaux de sa charte, présentant chaque semaine les mêmes textes, les mêmes explications et les mêmes justifications. "Je serai têtu comme un boeuf dans un champ", confie-t-il à Denyse Malouin, sa fidèle collaboratrice des années d'opposition, lorsqu'en plein milieu des discussions il la croise au bureau du premier ministre.

La plus belle illustration de cet entêtement réside très certainement dans sa détermination à faire du français la langue officielle de l'Assemblée nationale et des tribunaux, même après que tous les juristes consultés par le gouvernement lui eurent expliqué que cette disposition contrevenait à l'article 133 de la Constitution canadienne et qu'elle serait à coup sûr invalidée par la Cour suprême. [...]

Vingt ans plus tard, Camille Laurin reconnaîtra qu'il savait très bien que ces dispositions étaient anticonstitutionnelles. "On a fait exprès pour mettre ces articles, dira-t-il. Ça nous a donné l'occasion de déchirer nos chemises en public, de démontrer aux Québécois qu'ils constituent un peuple dominé et d'affirmer que seule l'accession à la souveraineté permettra de rétablir la loi dans son intégralité."

"Il était absolument inusable. Je n'aurais jamais cru que Laurin puisse être aussi ferme", se rappelle Louis O'Neill, qui n'est pas loin de penser que le ministre a eu René Lévesque et ses collègues à l'usure, comme par un phénomène d'érosion lente mais inexorable. Claude Charron a également été fortement impressionné par le comportement de Laurin au Conseil des ministres. "Les séances étaient très longues. Camille écoutait patiemment en mâchouillant ses lunettes. Il essayait tout le temps de temporiser et de calmer les craintes. Et par-dessus tout, on sentait qu'il essayait de trouver ce qui serait acceptable pour René Lévesque", raconte-t-il. "Camille Laurin était imperturbable, ajoutera Denis de Belleval, alors ministre de la Fonction publique. Sa souplesse apparente cachait une volonté inébranlable. Il voulait corriger les effets psychologiques de la Conquête, élever l'esclave au niveau du maître et le faire agir en majoritaire dans sa propre maison. Je dois dire que Lévesque n'aimait pas beaucoup ce genre de discours."

Mais si Camille Laurin croit aux vertus du temps, il n'est pas non plus complètement candide. Il est tout à fait capable de stratégie et il sait que la personne à convaincre, c'est René Lévesque. Aussi profite-t-il de la proximité de leurs bureaux pour le rencontrer quotidiennement et faire valoir son point de vue. "Camille arrivait tous les matins au Cabinet avec sa pile de journaux sous le bras, se souvient Denyse Malouin. Il venait discuter de l'actualité politique avec M. Lévesque. Celui-ci le recevait, lui offrait un café et ils passaient toujours plusieurs minutes ensemble."

Laurin ne se gêne pas non plus pour écrire au premier ministre et tenter de raffermir ses convictions. Ainsi, alors que le débat fait toujours rage au sein du Conseil des ministres et que les intentions du gouvernement ont commencé à filtrer dans les médias, il prend prétexte d'une déclaration de son chef à une émission d'affaires publiques de Radio-Canada pour le semoncer poliment et lui dire de tenir bon malgré l'adversité. "Vous avez dit qu'il était peut-être prématuré de s'attaquer immédiatement et globalement au problème de la langue, lui écrit-il. Ce n'est pas mon opinion. Et j'estime qu'il ne faut pas regretter les actes déjà posés. Il fallait assainir au plus tôt le climat empoisonné qu'ont créé les lois 63 et 22... Il y a nécessité d'agir dès le début en ces matières où les ambivalences, résistances et mauvaises habitudes ne peuvent que s'aiguiser ou se renforcer avec le temps. Il y a utilité de montrer aux Québécois ce qu'un vrai pouvoir peut accomplir et de créer chez eux une confiance, une fierté dont nous bénéficierons au moment du référendum."

Lorsqu'il se présente à la séance du 23 mars 1977 du Conseil des ministres, Camille Laurin sait qu'il a largement gagné la partie et qu'il a vaincu la résistance de ses collègues, y compris celle de René Lévesque. Certes, au cours des semaines précédentes, il a fait quelques accommodements çà et là, mais l'essentiel de son projet initial est demeuré intact. Ainsi, il a consenti à biffer le mot "seule" dans l'article 1 du projet, qui stipulait que "le français est la seule langue officielle du Québec". Mais pour le reste, il a globalement obtenu tout ce qu'il souhaitait. Le français sera la langue officielle de la législation et des tribunaux; l'affichage public et les raisons sociales seront uniquement en français et les entreprises devront obligatoirement adopter un vigoureux programme de francisation. "J'ai eu beaucoup de difficultés à convaincre M. Lévesque, qui estimait que plusieurs éléments du projet étaient excessifs, comme l'affichage unilingue. J'ai dû argumenter pendant très longtemps, mais j'ai finalement réussi", se souviendra le ministre à la fin de sa vie. [...]

Fin mars, le Cabinet autorise Camille Laurin à rendre public le livre blanc sur la politique linguistique et à déposer le projet de Charte de la langue française à l'Assemblée nationale. En clair, le gouvernement vient de permettre à son ministre de se jeter à l'eau et de tenter de rallier la population à son projet. Une toute nouvelle aventure commence.



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Le beau risque de The Gazette

Son bassin de lecteurs rétrécit comme peau de chagrin? Qu'à cela ne tienne, le journal des anglos se lance à la conquête des francophones.

Benoît Aubin
L'Actualité, n° Vol: 28 No: 17 - 1 novembre 2003, p. 88

Le doyen des quotidiens du Canada et, à 225 ans cette année, l'un des plus vieux journaux du monde est en train de faire la démonstration que ce n'est pas parce qu'on vieillit qu'on devient un dinosaure. The Montreal Gazette - la "Gâzette" de nos aïeux, la "maudite Gazette" de la génération péquiste - fignole une métamorphose culturelle spectaculaire et s'est lancée à la conquête d'un tout nouveau marché.

Équipée de nouvelles presses à haut rendement, d'une nouvelle grille graphique à la mode, et installée depuis le 1er septembre au coeur du centre-ville de Montréal, à l'angle des rues Peel et Sainte-Catherine, The Gazette se lance dans une guerre de tirage sans précédent dans les annales du journalisme canadien. Une offensive interculturelle. Elle a maintenant La Presse - son ancienne voisine de la rue Saint-Jacques - dans le collimateur et veut lui voler ses meilleurs lecteurs, les francophones instruits, aisés et bilingues de Montréal.

"The Gazette a inauguré sa période moderne en venant à bout du Montreal Star, pourtant plus gros qu'elle, en 1979, dit Peter Stockland, rédacteur en chef. C'est notre business de voler des lecteurs aux autres."

Jusqu'à tout récemment propriété du magnat de la presse Conrad Black, un Anglo-Québécois, le journal se présentait comme "The English language, daily", un jeu de mots qu'on pouvait aussi traduire ainsi: "La langue anglaise au quotidien". Slogan qui rendait bien la détermination teintée de rancoeur qui animait une partie de la communauté anglophone du Québec.

Le nouveau slogan, "The Gazette is Montreal", est tout à l'opposé. "En clair, quiconque est capable de lire un peu d'anglais dans cette ville fait partie de notre clientèle cible, peu importe sa culture d'origine ou sa langue maternelle", dit l'éditeur Larry Smith - ancien quart-arrière et directeur général vedette des Alouettes de Montréal.

C'est René Lévesque qui doit se retourner dans sa tombe, lui qui, il y a une trentaine d'années à peine, vilipendait les "Rhodésiens" de Westmount. The Gazette a toujours été une pierre angulaire de l'establishment wasp de Montréal. Elle était fédéraliste bien avant la Confédération, en 1867, et une ardente partisane du Parti conservateur bien avant sir John A. Macdonald. Elle a fait beaucoup de chemin depuis peu. Je le sais, j'y ai été embauché en 1984...

À l'époque, The Gazette se métamorphosait, difficilement, de journal canadien publié au Québec en journal québécois publié en anglais. J'avais été engagé comme journaliste éclaireur, pour expliquer la société québécoise aux anglophones. Ils en avaient bien besoin, en effet. Passer du Montréal français au Montréal anglais, à l'époque, c'était comme émigrer sans déménager, ou comme visiter la face cachée de la Lune, tant les deux mondes étaient imperméables l'un à l'autre. Mes patrons étaient pour la plupart des Ontariens, et pour la plupart unilingues. Très peu de mes collègues avaient déjà visité le Québec de Charlevoix ou des Bois-Francs. Ou même fréquenté les cafés du Quartier latin, le secteur branché de l'époque. Du jour au lendemain, autour de moi, les "bons" (le Parti québécois au pouvoir, le Rassemblement des citoyens de Montréal à l'hôtel de ville) étaient devenus les "méchants" et les vedettes (Diane Dufresne, le groupe rock Offenbach), de parfaits inconnus. Je n'avais jamais quitté ma ville, mais je me retrouvais en terre inconnue, privé de mes repères habituels, comme un insecte sans antennes, obligé de lire sur les lèvres pour comprendre ce qui se disait, rue Crescent, rue Bishop. Ce n'était guère mieux de l'autre côté de la ville: beaucoup de mes collègues francophones me regardaient de travers, me traitant de pute ou de vendu. Le Québec, à l'époque, était encore très polarisé entre les "eux autres" et les "nous autres".

Que s'est-il passé? Très simple: les anglophones qui ne voulaient rien entendre ont quitté le Québec; la plupart de ceux qui sont restés sont devenus bilingues. The Gazette a fait comme eux. Les téléphonistes vous répondent dans les deux langues, bien des journalistes en parlent maintenant trois plutôt que deux. Trois des six cadres supérieurs de la boîte ont des noms français. Et dans la salle des nouvelles, les téléviseurs sont plus souvent branchés sur LCN que sur Global, station soeur de The Gazette dans l'empire de CanWest Global Communications, de Winnipeg. Les lecteurs ont pu, ce printemps, suivre d'aussi près que ceux de La Presse les aspirants vedettes de Star Académie. Une grande enquête de The Gazette sur les projets de superhôpitaux à Montréal a fait l'objet d'un cahier spécial publié dans les deux langues. Chaque samedi, un Québécois connu est invité à écrire une chronique, en français. Le jour de la clôture des FrancoFolies de Montréal, cet été, le journal titrait en première page: "Le party is over." Le quotidien couvre aujourd'hui la télévision et la musique francophones aussi bien qu'il a toujours suivi la politique et les sports. Et il "scoope" souvent La Presse pour ce qui est de la vie montréalaise.

Que The Gazette courtise le lectorat francophone n'est qu'un ironique retour à la case départ. En 1778, La Gazette du commerce et littéraire pour la ville et district de Montréal, lancée par l'imprimeur d'origine lyonnaise Fleury Mesplet, était rédigée en français seulement. Mais pas pour longtemps: Mesplet fut vite jeté en prison. Le clergé catholique et les autorités britanniques avaient une commune aversion pour ce libre penseur voltairien doté de l'équipement nécessaire pour propager des idées révolutionnaires sur la démocratie et le libre arbitre. Sorti de prison, Mesplet relança sa Gazette, mais en journal bilingue cette fois, en 1785. Ce n'est qu'en 1822 que le journal devint unilingue anglais.

Deux cent vingt-cinq ans de nouvelles, c'est long. "Nous avons couvert la bataille de Trafalgar, en 1804, la rébellion des Patriotes, en 1837, comme des nouvelles quotidiennes, pas comme des événements historiques", dit John Kalbfleisch, historien du journal et chroniqueur. Quand le Canada est devenu la Confédération, en 1867, The Gazette avait déjà 89 ans.

"If you can't beat them, join them" (Si vous ne pouvez les dominer, mêlez-vous à eux). La raison qui pousse The Gazette à s'intéresser maintenant aux lecteurs allophones et francophones, c'est que son bassin de lecteurs anglophones rétrécit comme peau de chagrin. En 1991, le journal tirait à 211 000 exemplaires par jour, contre 143 500 aujourd'hui (moyenne du lundi au vendredi). Cela en fait le troisième quotidien de Montréal, derrière La Presse (188 700) et Le Journal de Montréal (267 200).

Il y a plus, dit Lucinda Chodan, responsable de l'élargissement du lectorat: les vieilles chicanes, les tensions linguistiques se sont résorbées. "Les éléments les plus jeunes de la population sont tous bilingues ou polyglottes et n'entretiennent pas les mêmes rancoeurs que leurs aînés; la ville est beaucoup plus ouverte et nous offre des occasions nouvelles."

Il y a cependant une grande ombre qui plane sur le moral des troupes. Dans la salle des nouvelles, la révolte gronde depuis que la boîte a changé de mains, en juillet 2000, à l'occasion d'une mégatransaction qui a vu tous les journaux de la chaîne Southam passer sous le contrôle de la famille Asper, de Winnipeg, moyennant 3,2 milliards de dollars.

Les Asper, qui ont gagné leur argent par la télévision et qui ne font pas dans la dentelle, ont provoqué une crise majeure quand ils ont commencé à imposer des éditoriaux à tous leurs journaux - pratique abandonnée depuis. Ensuite, ils se sont mis à supprimer des postes - 16 à la seule Gazette cet été - et à créer un service de nouvelles qui distribue la même copie à tous les journaux. Pour la première fois de mémoire de journaliste, The Gazette n'a pas dépêché ses propres reporters, fin mai, à Toronto, pour suivre le congrès à la direction du Parti conservateur; c'est la chaîne qui s'en est chargée. "Nous avons toujours tenu pour acquis que The Gazette était un journal à part, qui avait sa propre voix, sa propre vision du monde, dit un journaliste d'expérience. Mais pour les Asper, nous ne sommes qu'une pièce dans un casse-tête, un autre centre de profits et de pertes."

Tiens, tiens. Très québécois, ça, de se prendre pour une société distincte et d'en vouloir au Canada de ne pas l'admettre...