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La réingénierie fait sa rentrée à Québec
Pascale Breton
La Presse mercredi 22 octobre 2003
Québec - Un seul mot résume la rentrée parlementaire à l'Assemblée nationale: réingénierie. Si, pour les libéraux, il définit le projet ambitieux de moderniser l'État, pour l'opposition et les groupes sociaux, il est plutôt une grande source d'inquiétude.
Le chef de l'opposition, Bernard Landry, a battu la charge dès le début de la période de questions, sommant les libéraux d'expliquer comment leur réorganisation "allait affecter, de façon grosse ou grossière, les classes moyennes, les couples les plus défavorisés". La réingénierie du gouvernement Charest se définit d'ailleurs pour le Parti québécois comme des "coupes sauvages dans les services publics".
Par ses propos, le chef de l'opposition s'est fait le messager de plus de 500 personnes, issues d'une cinquantaine de groupes sociaux et de syndicats, qui sont venues hier midi manifester devant le parlement pour crier leur inquiétude et sonner l'alarme.
"Nous sommes plusieurs à vouloir du changement, mais nous commençons à nous apercevoir que les contours de ce changement sont particulièrement inquiétants", a dénoncé hier midi Lorraine Guay, qui fait partie des porte-parole de ce regroupement d'organismes qui s'est baptisé Réseau vigilance.
"Nous prenons M. Charest au sérieux, mais il doit lui aussi nous prendre au sérieux et surtout, respecter les organisations que nous sommes", a renchéri Serge Roy, autre porte-parole.
"Il devra aussi respecter la vision de société que nous avons parce que ce n'est pas vrai que la sienne fait l'affaire de l'ensemble des Québécois", a-t-il ajouté, en promettant que le Réseau sera présent pour la durée du mandat du gouvernement Charest afin de le rappeler à l'ordre et de mener les luttes.
Réseau vigilance avait une lettre à remettre à chacun des 125 députés, mais, pas plus qu'il ne l'a fait la semaine dernière pour le Collectif de lutte contre la pauvreté, le gouvernement Charest n'a délégué aucun de ses députés pour rencontrer les manifestants hier. Quelques péquistes, la députée de Taillon Pauline Marois en tête, ont de leur côté discuté quelques minutes avec eux.
Face à ce vent d'inquiétude qui a soufflé hier, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur des murs du parlement, le premier ministre Jean Charest est pour sa part demeuré stoïque, réitérant que les intentions du Parti libéral sont connues depuis la publication de son plan d'action, en septembre 2002.
L'État est devenu tentaculaire, trop gros et trop coûteux, a déclaré M. Charest en affirmant que la réorganisation entreprise par son gouvernement vise l'amélioration des services aux citoyens et le recentrage de l'État sur ses missions essentielles. "Là où il n'y avait que des mots au Parti québécois, il y a, dans le gouvernement libéral, de l'action", a-t-il lancé.
Ironique, le premier ministre a d'ailleurs souligné ce qu'il considère être un changement de cap de la part du chef du Parti québécois. M. Landry semblait pourtant intéressé, il y a quelques mois, par le modèle de révision de l'État que proposait alors l'ancien ministre péquiste Joseph Facal, a rappelé M. Charest.
"Il trouvait fascinant les projets de réingénierie de l'État, de changement, de révision du modèle québécois", a-t-il déclaré, demandant à son vis-à-vis: "Pourquoi avez-vous changé d'idée? Est-ce seulement parce que vous avez changé de fauteuil?"
Ces railleries n'ont pas démonté l'opposition qui a tenté de revenir à la charge pour obtenir des éclaircissements sur le projet du gouvernement Charest. Peine perdue. Lorsque le député de Richelieu, Sylvain Simard, a cherché à quantifier l'objectif du gouvernement, la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget a voulu calmer le jeu. "Si nous sommes capables de dégager des sommes d'argent d'un programme qui est inutile, nous allons définitivement le transférer à un programme qui crie parce qu'il manque d'argent", a-t-elle affirmé.
Loin d'être en reste, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a de son côté interpellé le premier ministre au sujet de sa promesse de renflouer le portefeuille de la classe moyenne avec des baisses d'impôts. Le gouvernement Charest fait miroiter des rêves, alors "que la seule certitude de la classe moyenne à ce jour, c'est qu'il va sortir de l'argent de ses poches", a dénoncé M. Dumont en faisant référence aux prévisibles augmentations dans plusieurs secteurs, les tarifs d'électricité, les services de garde ou l'assurance-médicaments.
Du tac au tac, M. Charest a répliqué en rappelant que le programme adéquiste comprenait la formule du taux d'imposition unique, la flat tax, abandonnée avant les élections. "Nous avons pris un engagement de réduire le fardeau fiscal, d'augmenter le revenu disponible des citoyens. Nous allons le faire. C'est le mandat que nous ont donné les citoyens du Québec le 14 avril dernier parce qu'ils ont rejeté votre proposition d'augmentation des taxes de la classe moyenne", a rétorqué le premier ministre.

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Rentrée parlementaire à Québec : Vif débat sur la «réingénierie»
600 manifestants réunis devant le Parlement
Robert Dutrisac et Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 22 octobre 2003
Québec - C'est la «réingénierie», dernier mot à la mode, qui a occupé une bonne partie de la première période de questions de la session d'automne, qui s'est ouverte hier, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, mettant même en doute l'existence de ce terme en français.
Les dictionnaires français les plus récents ont introduit cette traduction du mot américain re-engineering, un terme qui, dans le monde anglophone, a une connotation négative puisqu'il est associé aux suppressions d'emplois massives dans les grandes entreprises américaines au début des années 90.
Alors que M. Landry demandait au premier ministre si le mot «réingénierie» ne voulait pas simplement dire «compressions sauvages dans les services publics», Jean Charest a proposé un équivalent: réinventer le rôle de l'État. Pour le premier ministre, l'État québécois est «lourd, tentaculaire, coûteux». Il est aussi «toujours au maximum dans ses revenus, dans ses dépenses. Il n'y a pas de marge de manoeuvre, alors que normalement il devrait y en avoir.»
L'objectif du gouvernement libéral, c'est de réduire les impôts pour augmenter le revenu disponible des Québécois et, de là, favoriser la croissance économique et augmenter la part des investissements privés canadiens qui sont faits au Québec, une part qui ne s'élève qu'à 17 %, a dit M. Charest.
La réingénierie menée par le gouvernement Charest inquiète par ailleurs une cinquantaine de groupes sociaux et de syndicats, qui sont parvenus à réunir environ 600 manifestants devant l'Assemblée en début d'après-midi, malgré le temps froid.
«Même les bedeaux maintenant sont inquiets», a lancé en chambre Sylvain Simard, député de Richelieu et porte-parole de l'opposition officielle pour la réorganisation de l'État. C'est René Lévesque qui a dit, un jour, de son gouvernement qu'il avait attaqué tous les groupes de la société sauf les bedeaux.
M. Simard a tenté de savoir quel était l'objectif du gouvernement quant à la réduction de la taille de l'État exprimée en pourcentage du produit intérieur brut. La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a répondu que le but de la démarche, c'est de donner des services aux citoyens.
La manifestation était organisée par le Réseau Vigilance, une nouvelle coalition née ces derniers jours. Le réseau regroupe cinquante groupes sociaux (comme le FRAPRU, le Collectif pour un Québec sans pauvreté, l'Union paysanne, D'abord Solidaires, des fédérations étudiantes, etc.) et toutes les grandes centrales syndicales, à l'exception de la FTQ.
«Le nouveau gouvernement nous a annoncé du changement. Et nous étions plusieurs à le vouloir. Mais on commence à s'apercevoir que les contours de ce changement sont particulièrement inquiétants. Alors, on veut sonner l'alarme», a affirmé hier Lorraine Guay, porte-parole du Réseau Vigilance.
«On a bien l'intention de nous rendre audibles et visibles, donc incontournables», a lancé Mme Guay. Le Réseau Vigilance s'inquiète particulièrement de la hausse éventuelle de la contribution parentale aux services de garde, de la modification de l'article 45 du Code du travail pour faciliter le recours à la sous-traitance et de la conclusion de partenariats public-privé. Il souhaite le maintien de services publics de qualité, financés adéquatement et accessibles à tous.
«On n'est pas contre une réévaluation des programmes. C'est normal. Mais en fonction de quels critères? Pour plus de solidarité sociale, pour une meilleure protection de l'environnement, oui. Mais ce n'est pas la direction que l'on voit à l'heure actuelle», a ajouté Mme Guay.
Le Réseau se défend bien de défendre des intérêts purement corporatistes. «Si on est ici, c'est parce qu'on est inquiet. C'est une inquiétude saine, ce n'est pas une paranoïa inventée. Elle est partagée par une large partie de la population», a assuré Lorraine Guay.
Le Réseau s'indigne de l'attitude du gouvernement Charest à l'égard des syndicats et des groupes sociaux. En outre, une lettre énonçant leurs revendications à l'intention des 125 députés a été remise à des agents de sécurité de l'Assemblée, puisque la présidence de l'Assemblée nationale a refusé de déléguer une personne pour la recevoir. La lettre a tout de même été transmise à tous les députés. «Si c'est le genre de rapport que le gouvernement Charest veut établir avec la société, il faut s'attendre à ce que, dans quelques semaines ou mois, il y ait un peu plus de brasse-camarade», a lancé Serge Roy, autre porte-parole du Réseau Vigilance. Les manifestants ont toutefois salué la sortie à l'extérieur de l'Assemblée de quelques députés péquistes, dont Pauline Marois, qui ont assuré que leur message sera entendu par les législateurs, ce que Bernard Landry a fait hier.
Au cours des prochaines semaines, le Réseau Vigilance entend informer la population sur la nature des changements apportés par le gouvernement Charest et organiser d'autres manifestations du genre.

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Entre 1200 et 1500 manifestants sur la Colline parlementaire :
Premier coup de semonce du Réseau de vigilance
Gilbert Leduc
Le Soleil mercredi 22 octobre 2003
La résistance organisée à la réingénierie de l'État mise au point par le gouvernement libéral a fait entendre, hier midi, son premier tintamarre sur la Colline parlementaire. Entre 1200 et 1500 manifestants provenant d'une cinquantaine d'organisations syndicales et communautaires regroupées au sein du Réseau de vigilance ont bravé le vent glacial pour se dresser contre la "tornade Charest" qui, craignent-elles, mettra en péril les services publics au Québec.
"On a bien l'intention d'être audible et visible dans l'espace public et de devenir, donc, incontournable", a déclaré Lorraine Guay l'une des porte-parole du nouveau Réseau de vigilance avant de prendre les guides du chapelet de manifestants qui s'est dirigé de la place D'Youville jusqu'à l'Hôtel du parlement en faisant résonner tambours, sifflets, cloches et cris de ralliement.
Il s'agissait, pour ce mouvement né il y a à peine un mois et qui se défend de se battre "pour défendre un carré de sable ou des petits intérêts mesquins", de sonner l'alarme et d'alerter la population contre les dangers de la réingénierie.
Dans cette marche vers la colline parlementaire, des drapeaux et des pancartes des organisations syndicales comme la CSN, la CSQ, la CSD, la FIIQ, le SPGQ, le SPGQ et le Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la Société des alcools du Québec se mêlaient avec ceux du Front d'action populaire et d'action communautaire du Québec (FRAPRU), de l'Union paysanne, de la Fédération des femmes du Québec, de la Fédération étudiante universitaire du Québec et de groupes voués à la protection de l'environnement.
Il ne manquait que la Fédération des travailleurs du Québec qui n'a pas encore joint les rangs du Réseau de vigilance pour des raisons stratégiques.
En cette journée de reprise des travaux parlementaires, le Réseau de vigilance voulait remettre aux 125 députés et ministres une lettre leur demandant d'être "les plus ardents défenseurs d'un État québécois garant de l'intérêt public" dans la démarche de réingénierie.
Lorraine Guay a bien tenté de pénétrer à l'intérieur de l'Hôtel du parlement, mais l'accès lui a été interdit par le service de sécurité. Elle a dû se contenter de remettre le sac contenant les 125 lettres à un messager de l'Assemblée nationale.
La semaine dernière, le Collectif pour un Québec sans pauvreté avait subi le même sort alors qu'il s'était présenté au bureau du premier ministre Charest pour lui remettre une mise en demeure exigeant la mise sur pied du plan d'action découlant de l'adoption de la loi visant à contrer la pauvreté et l'exclusion sociale. C'est une adjointe de l'attachée de presse du chef du gouvernement qui avait pris possession des documents.
Des députés du Parti québécois ont cependant tenu à venir serrer la pince des manifestants. "Ils ont raison de s'inquiéter et j'espère que le gouvernement va être attentif à leur point de vue", a déclaré Pauline Marois.
Jean Charest ne cesse de répéter que les Québécois ont élu le PLQ, le 14 avril, pour réaliser des changements. Lorraine Guay reconnaît le verdict électoral.
"Oui, il a le mandat de faire des changements, mais quels changements le gouvernement mijote-t-il ? À ce que l'on voit depuis six mois, il est clair que ces changements ne vont pas dans l'intérêt public".
L'augmentation des tarifs d'électricité, les atteintes à l'universalité des services de garde, la tarification de l'eau, le recours au privé dans la santé, les compressions dans l'éducation qui mettent en péril la gratuité des études, les pénalités imposées aux démunis qui ne parviennent pas à se trouver un emploi et la volonté gouvernementale de limiter les entraves à la sous-traitance sont autant de changements annonciateurs de jours sombres pour les citoyens, revendique le Réseau de vigilance."On commence à s'apercevoir que les contours des changements qui s'en viennent sont particulièrement inquiétants", a mentionné Lorraine Guay.
Pour Serge Roy, tous les discours sur la déréglementation, la privatisation, la sous-traitance, la réorganisation des services publics et la réévaluation des programmes sociaux ne doit pas occulter le véritable rôle de l'État qui est d'offrir l'accès à la population à des services publics de qualité accessibles à tous et financés adéquatement à partir de la richesse collective.
GLeduc@lesoleil.com

»» à l'Assemblée nationale
Le vacarme de la rentrée
J.-Jacques Samson
Le Soleil mercredi 22 octobre 2003
Éditorial - Le Réseau de vigilance pour la santé démocratique du Québec avait appelé à une manifestation hier devant l'Assemblée nationale, à l'occasion de la rentrée parlementaire. Le prétexte était un avertissement au gouvernement Charest que les reculs sociaux anticipés par la réingénierie de l'État ne passeraient pas comme lettre à la poste. La coalition voit des menaces pour la qualité et l'accessibilité des services publics, le financement des programmes sociaux, la redistribution de la richesse, le développement durable et l'équité de la fiscalité. Cela s'appelle ratisser large !
Les manifestations font partie de la vie politique d'une capitale. Québec vit vraiment quand elle est occupée par les élus, les collaborateurs qui gravitent autour et les groupes de pression qui veulent se faire entendre d'eux et des médias. Entre les sessions parlementaires, la ville devient trop, à mon goût, un décor de théâtre, une carte postale, si magnifique soit-elle.
La cinquantaine d'organisations affiliées au mouvement qui avait organisé un gros vacarme devant l'Assemblée hier constitueront un lobby très bruyant au cours des prochains mois. Il ne s'agit cependant pas d'une véritable "opposition citoyenne" au gouvernement Charest, comme leurs porte-parole veulent toujours le faire croire.
À la tête de ce Réseau, nous retrouvons d'abord de grandes organisations syndicales : CSD, CSQ, CSN, Fédération des infirmières, Syndicat de la fonction publique. Elles forment l'élite corporative de cette opposition de la rue. Les intérêts des syndiqués du secteur public membres de ces centrales, protégés par des conventions collectives blindées et les plus généreux régimes de retraite, ne sont certainement pas les mêmes que ceux des bénéficiaires des banques alimentaires. Les plus pauvres dans la société font par contre de très nobles cautions pour des revendications où ils servent de boucliers humains face à d'éventuelles coupures budgétaires.
Le Réseau de vigilance regroupe ainsi une multitude d'organismes communautaires dits nationaux et d'autres régionaux : associations de personnes assistées sociales, locataires subventionnés, bénéficiaires de banques alimentaires. L'appel à la mobilisation peut vite rallier un large mouvement bien organisé pour exercer une pression politique démesurée. En 2002-2003, le gouvernement du Parti québécois a fourni 16,3 millions $ à 759 organismes du genre, dans le cadre des programmes "soutien à la défense collective des droits" et "soutien aux organismes et regroupements sans port d'attache." Le printemps dernier, le nouveau ministre libéral de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a reconduit les enveloppes budgétaires, distribuant une première tranche de 6,7 millions $ à 312 de ces organismes. La liste des protestataires au sein du Réseau de vigilance qui manifestait hier devant le Parlement et celle des organismes subventionnés par le ministre Béchard se juxtaposent en bonne partie.
Ces groupes revendiquent depuis le 14 avril le statut d'opposition citoyenne au gouvernement Charest. Cette habile usurpation vise à ancrer dans l'opinion publique que le gouvernement libéral poursuit de sombres objectifs au détriment de l'ensemble des simples citoyens. Le Réseau d'une gauche structurée avec des fonds publics et très bruyante cherche en quelque sorte à s'arroger un droit de représentation collectif de la majorité silencieuse, celle qui constitue la classe moyenne. Or rien n'est plus faux.
Le gouvernement Charest n'a jamais mis les efforts requis pour bien circonscrire cette opposition dans l'opinion publique, ou en faire ressortir le caractère corporatif lorsque cela était le cas. La manifestation d'hier devant l'Assemblée nationale avait certes une dimension réduite, quelques centaines d'activistes seulement dont bon nombre de permanents syndicaux. Il devrait toutefois suivre le phénomène de près et y répondre plus fermement. La toile de fond des négociations dans le secteur public, les amendements attendus au Code du travail (article 45), la hausse prochaine des tarifs des garderies et le dépôt d'un plan de lutte à la pauvreté qui contiendra des primes à la participation des assistés sociaux aptes au travail à des mesures de réinsertion en milieu scolaire ou de travail, sont en effet annonciateurs d'un automne très bruyant. Le jeune gouvernement libéral ne doit cependant pas se laisser enterrer en début de mandat par le bruit des sifflets et cloches de quelques groupes de pression patentés. Il risquerait alors de trahir cette classe moyenne dont il réclame sa légitimité.
JJSamson@lesoleil.com

»» CONSEIL DE LA FÉDÉRATION
Pelletier tente de modérer les attentes
Mario Cloutier
La Presse mercredi 22 octobre 2003
Québec - Le conseil de la fédération ne changera pas le Canada du jour au lendemain. Benoît Pelletier, qui en est le promoteur, prévient qu'il s'agit d'un concept appelé à évoluer et qui ne doit pas être "trop ambitieux" au départ.
"J'aime mieux que ça commence plus sobrement que triomphalement parce qu'il faut y aller étape par étape. (...) On a beaucoup plus intérêt à avoir une démarche terre à terre, pragmatique, modeste", d'expliquer le ministre québécois des Affaires intergouvernementales en entrevue à La Presse.
Les premiers ministre provinciaux, sauf ceux de la Saskatchewan et de Terre-Neuve, se retrouveront à Québec dès demain pour faire avancer le projet lancé lors de la conférence annuelle de Charlottetown en juillet dernier et qui ne pourra être adopté qu'en décembre.
Les pourparlers ont avancé de façon satisfaisante, assure M. Pelletier, même si aucun texte n'est "arrêté". Après la ferveur de l'été dernier au sujet du projet québécois, le ministre québécois se montre prudent.
"Le conseil de la fédération n'est pas la panacée à tous les maux. C'est un outil qui va être très utile et précieux, mais il ne faut pas penser que ça va devenir la solution à tous les problèmes canadiens", déclare-t-il.
Le Québec n'a d'ailleurs pas l'intention de mettre tous ses oeufs dans le même panier. Le premier contact Darren McGuinty-Jean Charest cette semaine, qu'il qualifie de "très productif", démontre selon lui que les relations bilatérales restent un moyen plus efficace pour dégager des consensus que des rencontres à 13.
Le Québec compte donc renforcer passablement ses liens avec l'Ontario, fait-il valoir et "ça n'a rien à voir avec l'arrivée d'un nouveau gouvernement".
Face à Ottawa, le Québec continuera de jouer son propre jeu, ajoute M. Pelletier. Et si le premier ministre canadien s'appelle un jour Paul Martin, "il faut que les Québécois sachent qu'on va se tenir debout", dit-il.
Les voies de communication resteront toujours ouvertes avec Ottawa "parce que les gens ne veulent plus de confrontation inutile, mais ça prend deux parties pour danser un tango, il faut que la collaboration se manifeste dans les deux sens", prévient-il.
La bonne entente avec les autres provinces et Ottawa ne sera pas toujours possible, admet-il. "Il y aura des conflits, mais il faut aller au-delà pour chercher une solution, ce que ne faisait pas toujours le gouvernement précédent."
Le conseil de la fédération portera tout de même ses fruits, selon lui, mais il "n'éliminera pas toutes les situations où le Québec se verra obligé de défendre sa spécificité". Dans certains dossiers, les consensus seront impossibles, avertit M. Pelletier, en raison des intérêts supérieurs du Québec.
Depuis six mois, il affirme que le gouvernement libéral a fait progresser le Québec sur les quatre axes de la démarche qu'il préconise: affirmation du Québec au sein du Canada, dans le monde, renforcement de la francophonie canadienne, ainsi que de l'identité québécoise.
"Le Québec n'est pas une province comme les autres, affirme-t-il. L'identité particulière québécoise doit s'épanouir en termes de leadership canadien, sur la scène mondiale mais aussi par la force de son économie."

»» Diversité culturelle
La mémoire courte
Louise Beaudoin
Professeure invitée à l'université Jean-Moulin, Lyon
Le Devoir mercredi 22 octobre 2003
Quelle déception en lisant, avec quelques jours de retard, Le Devoir de mercredi dernier!
Ni Bernard Descôteaux, dans son édito, ni Stéphane Baillargeon, dans son article sur la conférence générale de l'UNESCO, ne reconnaissent le rôle primordial joué par le Québec et par des Québécois dans la promotion de la diversité culturelle (ce qui n'enlève rien aux mérites de Mme Copps). Pis, M. Baillargeon a porté l'insulte à son comble en écrivant au détour d'une phrase que le Québec est, bien sûr, favorable à la diversité culturelle mais que, ne participant pas aux organisations internationales, il ne peut rien faire. Or le Québec est membre de plein droit de la Francophonie depuis 1970 et, d'autre part, les souverainistes expliquent que si nous, Québécois, voulons parler directement au monde dans d'autres enceintes internationales, il nous faut pour cela nous décider collectivement à faire l'indépendance nationale.
J'avais pensé écrire un texte de fond afin de remettre le rôle du Québec en perspective, mais comme mes nombreuses interventions dans vos pages au cours des dernières années n'ont visiblement laissé aucune trace dans la mémoire des journalistes, je me contenterai de rappeler les faits.
En décembre 1998, Lionel Jospin, alors premier ministre de la France, en visite officielle au Québec, signe avec Lucien Bouchard une entente créant un groupe de travail franco-québécois sur la diversité culturelle qui sera coprésidé par Catherine Lalumière, députée socialiste européenne, et Marie Malavoy.
Le rapport de ce groupe est rendu public en juin 2002. Il contient en particulier la première analyse juridique sur «la faisabilité d'un instrument international», analyse cosignée par deux juristes, l'un québécois, l'autre française. Cet axe franco-québécois donnera tous ses fruits lors du sommet de la Francophonie à Beyrouth, en octobre 2002, alors que Bernard Landry et le prince héritier du Maroc introduiront conjointement cette thématique qui deviendra la principale résolution de ce sommet.
La Francophonie, en votant le principe d'un traité sur la diversité culturelle, sera la première organisation internationale à s'engager en ce sens. Avec l'arrivée d'Abdou Diouf, le nouveau secrétaire général, la Francophonie poussera encore plus loin ce dossier. La semaine dernière, ses pays membres ont joué un rôle essentiel à l'UNESCO.
À ma connaissance, dans l'histoire des relations France-Québec, c'est la première fois qu'une entente bilatérale se prolonge ainsi sur le plan international. Ce que reconnaîtra le premier ministre Raffarin dans son discours lors de la remise de la Légion d'honneur à Lucien Bouchard à Paris l'an dernier. Et, divine surprise, d'après ce que j'entends de loin, c'est le seul dossier légué par l'ancien gouvernement que le nouveau gouvernement a repris à son compte. Je l'en félicite.
Il faut aussi féliciter particulièrement Pierre Curzi et Robert Pilon à la tête de la coalition Québec-Canada pour la diversité culturelle. Leur pugnacité est exemplaire puisque, grâce à eux, huit autres coalitions ont vu le jour à travers le monde (notamment en France et au Chili).
En conclusion, la devise du Devoir ne devrait-elle pas être, au lieu de «Fais ce que dois», «J'ai la mémoire qui flanche» ?
P.-S. : pendant ce temps-là, dans une entrevue au Monde du 15 octobre, Mme [Sheila] Copps parle du «cinéma francophone canadien». La culture québécoise n'existe pas...
***
Réponse de Stéphane Baillargeon
Mme Beaudoin,
Le texte du Devoir auquel vous faites référence visait précisément à rappeler le rôle de Sheila Copps, ministre du Patrimoine canadien, dans le combat pour l'adoption par l'UNESCO d'une convention sur la diversité culturelle. Il mentionnait aussi l'importante participation du Québec et surtout des milieux culturels québécois dans ce dossier.

»» la langue de travail
UN COMMENTAIRE QUI NE FAIT PAS LE POIDS
Christian Gagnon
Président régional, Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE mercredi 22 octobre 2003
M. André Pratte,
J'ai lu, moi aussi, attentivement le texte de Pierre Serré sur la langue de travail au Québec au recensement de 2001. Contrairement à ce que vous soutenez dans votre éditorial du 19 octobre, le politologue (et non sociologue) défend une thèse qui apparaît tout à fait appuyée par les données qu'il exploite. La langue anglaise demeure, toutes proportions gardées, non seulement en bonne santé au Québec mais aussi la langue de mobilité sociale ascendante. En comparaison des anglophones des autres provinces, une proportion nettement plus faible de Montréalais francophones travaillent dans sa propre langue. Quant aux anglo-Montréalais, 70 % d’entre eux travaillent dans leur langue, ce qui n'a rien de comparable avec les franco-Ontariens qui ne sont que 24% à travailler en français. D'ailleurs, les pourcentages peuvent être trompeurs : en nombres absolus, on trouve deux fois plus de francophones montréalais qui travaillent principalement ou exclusivement en anglais que d'anglophones travaillant en français. En ce qui concerne la prédominance de l'anglais au travail, M. Serré fait bien ressortir deux choses principales :
1) que les anglophones sont sur-représentés dans le haut de l'échelle sociale (les francophones dans le bas), et ;
2) que l'usage de l'anglais est également plus étendu dans les sphères supérieures, l'inverse pour le français.
Les francophones qui travaillent dans les domaines d'activités les plus payants et dans les professions supérieures utilisent encore plus l'anglais que les autres travailleurs francophones, tandis que le français prédomine dans les secteurs d'activité et les professions subalternes. Cette situation s'accompagne d'une assimilation linguistique correspondante : les anglophones assimilent par le haut, les francophones par le bas. Les allophones le sentent fort bien. Signe de changements récents, les immigrants qui sont arrivés depuis 1991 utilisent moins le français que ne le font les cohortes arrivées au cours des années 1970 et 1980. Les difficultés d'intégration des immigrants unilingues français semblent aller dans le même sens.
Il est par ailleurs faux d’affirmer comme vous le faites, M. Pratte, que les immigrants apprendront massivement le français après quelques années passées au Québec. Au moins deux études majeures ont montré que le plein potentiel de francisation est atteint par le biais de la sélection et de la scolarisation en français obligatoire des enfants d’immigrants (Termote et Gauvreau, 1988; Castonguay, 1994), et non par une quelconque durée de séjour au pays. On peut même considérer le marché du travail montréalais comme très propice à l’apprentissage de l’anglais. Une autre étude, du même auteur (Serré, 2001), montre que près de 40 % des immigrants apprenaient le français ou l’anglais ici, à Montréal, et que ces apprentissages se faisaient à 40 % en direction de l’anglais. D’autres données du recensement de 2001, d’ailleurs citées dans le texte de L’Action nationale, révélaient aussi cet effet anglicisant d’un séjour au Québec parmi les allophones : les travailleurs sont plus nombreux à connaître et à utiliser l’anglais que les non-travailleurs.
D’autre part, on ne peut se satisfaire du fait que le français ne soit parlé qu’entre francophones. Contrairement à ce que vous soutenez, la loi 101 ne visait pas qu’«à s’assurer que les francophones puissent travailler en français» mais plutôt à faire du français la langue commune de tous les Québécois, notamment en milieu de travail. Un quart de siècle l’adoption de la Charte de la langue française, le fait que la moitié des Québécois allophones travaillent en anglais (36%) ou en anglais et en français (14%) plutôt qu’en français (43%) montre bien que l’objectif est encore lointain. Enfin, comme le laisse entendre l'auteur, cette baisse du français semble correspondre au recul de la mainmise des Québécois sur leur propre économie. Voilà qui milite clairement contre un retrait de l'État. Bref, à choisir entre un commentaire alambiqué, truffé d'erreurs et d'omissions et une thèse librement formulée et honnêtement défendue, votre commentaire, M. Pratte, ne fait pas le poids.

»» référendum de 1995
»» souveraineté et violence
Le MSQ demande une enquête publique sur le comportement d’Ottawa en 1995
TRIBUNE LIBRE Le 21 octobre 2003
Mouvement souverainiste du Québec
59006-6595, rue Saint-Hubert Montréal H2S 3P5 (514) 271-3638
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
«Les révélations contenues dans le dernier livre de Lawrence Martin, consacré à Jean Chrétien, viennent conforter, selon le Président du MSQ, Gilles Rhéaume, certaines autres informations selon lesquelles le Canada, en 1995, était disposé à contrecarrer la volonté démocratique des Québécois y compris en envahissant le Québec avec son armée. Ces données graves, troublantes et choquantes ne peuvent demeurer lettres mortes. Il est essentiel qu’une enquête publique indépendante se penche sur ce dossier qui déshonore le Canada. Le MSQ a déjà déposé à l’ONU, à Genève, en septembre 2000, un mémoire intitulé «Les violations par le Canada des droits politiques des Québécois», que l’on peut lire en se rendant, sur Internet, au www.membres.lycos.fr/quebecunpays/A-LA-UNE.html
«Nous demandons, continue Gilles Rhéaume, la mise sur pied, par le gouvernement du Québec, d’une Commission d’enquête dont le mandat consistera à faire la lumière sur l’attitude du Canada , du gouvernement canadien et du Premier ministre Jean Chrétien pendant la campagne référendaire de 1995. Qu’il s’agisse de la prise en otages des nouveaux Canadiens par Citoyenneté Canada qui a distribué massivement des certificats de citoyenneté dans des conditions irrégulières, du gonflement artificiel des listes électorales ou de subventions financières tout aussi irrégulières à divers groupes voués à contrer les force du OUI au pays du Québec; tout cela doit être examiné avec ordre et méthode»
«Le MSQ entend bien informer de nouveau la communauté internationale des dernières révélations quant au comportement erratique qui fut celui du Canada au moment où le peuple du Québec était appelé à se prononcer sur son avenir politique. Les éléments et les commencements de preuve, achève le Président du MSQ, sont suffisamment nombreux et inquiétants pour que Jean Charest, le Premier ministre de tous les Québécois, assume pleinement ses responsabilités de Chef d’État et qu’il prenne les décisions qui s’imposent quand la démocratie québécoise a été, apparemment, si grandement violée. De plus le Bloc québécois à Ottawa doit utiliser tous les moyens que le règlement de la Chambre des Communes met à sa disposition pour que le public connaisse le comportement du Canada durant cette période référendaire. Une enquête publique doit faire le point. »

»» référendum de 1995
»» souveraineté et violence
Les limites d'un non
Manon Cornellier
Le Devoir mercredi 22 octobre 2003
Ainsi, Jean Chrétien savait, avant même le vote du 30 octobre 1995, qu'il ne reconnaîtrait pas une victoire serrée des souverainistes. Jamais, pourtant, il n'avait cru bon de le dire clairement et sans détour aux Québécois, lui qui accusait sans arrêt le camp du «oui» de cacher son jeu.
Cette révélation est contenue dans le livre Iron Man, de Lawrence Martin, qui paraît cette semaine. Elle étonne moins, huit ans plus tard, après le renvoi à la Cour suprême et l'adoption de la loi sur la clarté, mais elle choque toujours.
Si les Québécois avaient droit à une question sans ambiguïté, aux dires d'Ottawa, ils avaient aussi droit à un exposé honnête des intentions fédérales. Le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, a affirmé hier que le gouvernement fédéral a toujours eu pour position, et ce, depuis Pierre Elliott Trudeau, de ne pas négocier la sécession du Québec si celle-ci n'avait pas fait l'objet d'une question claire et n'avait pas reçu un appui clair de la population québécoise.
M. Dion a effectivement toujours défendu cette thèse, mais il ne peut pas en dire autant de M. Chrétien. Durant la campagne référendaire de 1995, il n'a jamais voulu dire clairement ce qu'il ferait au lendemain d'un «oui». À preuve, de multiples articles ont été écrits pour tenter de cerner les choix à la disposition d'Ottawa.
Le premier ministre avait même causé une certaine surprise, le 1er novembre 1995, lorsqu'il avait déclaré aux Communes : «J'ai la responsabilité, dans ce pays, de faire respecter la Constitution canadienne. Cependant, je n'ai pas eu besoin de me servir de tous les pouvoirs qui nous sont confiés parce que le peuple du Québec a parlé, a décidé de rester au Canada». C'était la première fois qu'il laissait entendre qu'il avait les moyens, même en cas de défaite, de barrer la route aux souverainistes au lendemain d'un «oui». Le livre de M. Martin vient seulement confirmer qu'il avait réellement l'intention, à l'époque, d'y avoir recours.
Pour justifier sa position, Jean Chrétien a toujours soutenu qu'entre 30 et 40 % des Québécois ayant voté «oui» ne savaient pas ce qu'ils faisaient. L'enjeu était pourtant clair pour tout le monde, lui compris. «C'est une décision sérieuse et irréversible, aux conséquences imprévisibles et incalculables», avait-il dit à la nation, le soir du 25 octobre. Et d'ajouter, comme la veille à Verdun : «Rester ou partir, voilà l'enjeu du référendum.» Nulle mention d'une sortie d'urgence.
Et quand les résultats sont tombés, il a dit que, «en démocratie, le peuple a toujours raison». Il n'était pas question de petite ou de grosse majorité. Même que, deux jours plus tard, il rigolait devant les libéraux ontariens. «Quand vous allez au hockey et qu'après deux périodes supplémentaires, quelqu'un compte soudainement un but, personne ne dit qu'il aurait mieux fallu gagner 10 à zéro. Ils disent qu'ils ont gagné.»
Maintenant qu'on connaît ses véritables intentions, on en conclut, comme le chef bloquiste Gilles Duceppe l'a fait hier, que, pour Jean Chrétien, le peuple a raison lorsqu'il vote du bon bord. Un vote serré, une victoire à l'arraché, la règle des 50 % plus une voix sont suffisants seulement quand ils l'avantagent.
Mais une chose a changé depuis le référendum de 1995. Contrairement à ce que soutient l'ancien ministre Herb Gray dans le livre de M. Martin, un référendum ne pourra plus être considéré comme un exercice strictement consultatif.
Le renvoi à la Cour suprême, malgré les embûches qu'il a fait surgir sur la voie des souverainistes, a mis fin à cette fiction. En 1995, il était fréquent au Canada anglais de dire qu'Ottawa devrait refuser de négocier en toutes circonstances. Lorsque le fédéral s'est adressé à la Cour suprême, on espérait, dans ces quartiers, voir ce diktat confirmé. Quand l'avis est tombé, ce fut un choc pour plusieurs.
On était heureux de voir la Cour établir qu'une sécession ne pourrait se produire sans un amendement constitutionnel et sans l'obtention préalable d'une majorité claire à la suite d'une question claire, la clarté devant être définie par les autorités politiques. Mais la Cour a ajouté que, si un référendum n'avait pas force de loi, il imposait aux partenaires l'obligation de négocier. Plus question de lever le nez sur un exercice démocratique.
Ottawa a ainsi gagné le corset de l'amendement constitutionnel obligatoire et s'est empressé, avec la loi sur la clarté, d'établir ses conditions pour resserrer davantage les cordons. La Chambre des communes déterminera, dans chaque cas, si la question est claire et si le résultat l'est à son tour, deux processus teintés d'arbitraire. Le procédé fédéral, qui traite la position de l'Assemblée nationale sur la question et le résultat comme un des critères à considérer, équivaut à dire que le jugement de cette dernière reste douteux. On impose des normes aléatoires et on donne au reste du Canada un mot à dire sur l'avenir du Québec, peu importe l'avis des Québécois.
La règle de la majorité simple devrait être la norme juridique, tous les partis au Québec le disent. C'est loin d'être le seuil idéal pour se lancer dans un processus aussi complexe et aussi exigeant que l'accession à la souveraineté, mais ce seuil a l'avantage d'être clair et dénué d'arbitraire.
Il y a une chose cependant qu'Ottawa ne pourra plus faire : c'est refuser de négocier. La conclusion des pourparlers ne serait pas garantie, car les autres provinces devraient approuver l'amendement constitutionnel exigé, mais même la Cour a souligné que la mauvaise foi d'un partenaire pourrait lui nuire aux yeux de la communauté internationale. Or, en cas d'impasse, ce serait vers elle que se tourneraient fort probablement les souverainistes pour faire reconnaître leur nouvel État.
mcornellier@ledevoir.com

»» référendum de 1995
»» souveraineté et violence
Chrétien aurait rejeté un OUI victorieux
L'armée était prête à protéger les édifices fédéraux, révèle le livre de Lawrence Martin
Manon Cornellier
Le Devoir mercredi 22 octobre 2003
Ottawa -- Le premier ministre Jean Chrétien ne comptait pas reconnaître une victoire serrée des souverainistes lors du référendum de 1995 et avait fait préparer un discours pour en informer les Québécois le soir du vote, révèle le deuxième tome d'une biographie de M. Chrétien qui doit paraître cette semaine.
Le ministre de la Défense de l'époque, David Collenette, était prêt aussi, indique l'auteur, à assurer, si nécessaire, la protection militaire des institutions fédérales au Québec, une information qu'a catégoriquement niée le premier ministre hier.
«Pour les soldats, je ne sais pas comment on pourrait dire ça en français, mais c'est de la "bullshit". Je n'ai jamais pensé à ça», a-t-il dit depuis Bangkok où il se trouvait pour participer à la réunion de l'APEC.
M. Chrétien n'a pas commenté les passages du livre de M. Martin faisant état de son intention, en 1995, de ne pas reconnaître une victoire serrée du OUI et de le faire savoir aux Québécois le soir du vote, le 30 octobre 1995. Ç'aurait été une première, car jusqu'à cette date et durant toute la campagne référendaire, il avait esquivé la question.
Sa décision semblait pourtant prise puisque son conseiller de toujours, Eddie Goldenberg, avait préparé un discours, en cas de défaite. M. Goldenberg a confié à Lawrence Martin que M. Chrétien aurait alors dit : «Nous avons compris le message de la population, mais ce n'est pas de briser le pays. Nous avons du travail à faire, mais ce n'est pas de briser le pays. [...] Nous avons des problèmes à résoudre et nous allons travailler ensemble».
Le solliciteur général de l'époque, Herb Gray, qui dit être, comme la plupart des ministres, un tenant de la ligne dure, va plus loin. «Le référendum était un exercice consultatif et rien dans notre constitution ne permet de changer quoi que ce soit au moyen d'un référendum. [...] Le résultat n'allait pas être ignoré, mais ça n'allait pas changer quelque chose non plus», a-t-il dit à l'auteur de Iron Man : The Defiant Reign of Jean Chretien.
Selon M. Martin, tous ses échanges avec les acteurs du temps tournaient autour d'un résultat serré. Il n'a jamais exploré quelle aurait été leur réaction advenant une victoire importante des souverainistes.
Le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, soutient aujourd'hui que la position d'Ottawa a toujours été de négocier, mais seulement si la question et la majorité étaient claires, une approche reprise dans la Loi sur la clarté adoptée depuis. M. Dion n'était toutefois pas à Ottawa à l'époque. Parmi ceux qui y étaient, aucun n'avait été aussi limpide sur les intentions d'Ottawa. De plus, le commentaire de M. Gray sur le caractère strictement consultatif d'un référendum tend à confirmer que la négociation n'était pas dans les cartes.
Les arguments que comptaient utiliser M. Chrétien sont connus : question ambiguë, résultats trop serrés. «À 50 % plus un, je n'étais pas pour laisser aller le pays», de dire le premier ministre à l'auteur. Le camp du NON a remporté le référendum de 1995 avec un maigre 50,6 % des voix comparativement à 49,4 % pour le OUI.
Ce possible refus de négocier et le scénario d'une intervention militaire, même limitée, ont fait bondir le Bloc québécois. «Les deux sont inquiétants», a réagi le chef Gilles Duceppe. Il a rappelé que M. Chrétien avait pourtant dit, quelques jours avant le référendum, qu'il s'agissait d'un choix irréversible et, une fois le vote terminé, que le peuple a toujours raison. «Dans la mesure où il gagnait. [...] C'est inquiétant comme concept de démocratie.»
M. Duceppe était tout aussi indigné qu'on ait pu penser faire appel à l'armée. Ses députés et lui étaient d'ailleurs furieux devant le refus de M. Collenette de répondre aux questions sur le sujet aux Communes. «Les Québécois ont le droit de savoir», a lancé M. Duceppe.
Il faut noter qu'aucune citation de M. Collenette ne vient soutenir la thèse d'une intervention militaire au lendemain du vote. Le livre parle de protection des propriétés fédérales contre «une mainmise souverainiste», mais les commentaires cités sont assez vagues. «J'étais dans une position difficile. J'étais ministre de la Défense. Il y avait des choses qui se passaient pour lesquelles il fallait se préparer et dont je n'ai même pas l'intention de parler», a confié le ministre à M. Martin.
Il lui a aussi fait part des sentiments qu'il avait à l'époque à l'égard des souverainistes. «Ceci est mon pays. Je me fiche des chiffres. C'est une chose de dire que vous voulez vous séparer, mais maintenant on commence à jouer dur parce ce nous n'allons pas abandonner tous ces gens qui veulent rester au sein du Canada.»
Le ministre Collenette, aujourd'hui responsable des Transports, a reconnu hier l'exactitude de la première citation, mais n'a jamais voulu dire s'il avait ou non un plan pour intervenir au Québec. Il a dit vouloir lire le livre avant de commenter. Ses collègues Allan Rock et John Manley ont pour leur part dit qu'ils n'avaient jamais eu connaissance d'un plan du genre.
Lawrence Martin a convenu, en point de presse, que M. Collenette ne lui a pas parlé des détails de ses préparatifs et que lui-même ne s'y est pas attardé parce que ce n'était pas l'objet de son livre.
Avec la Presse canadienne

»» référendum de 1995
»» souveraineté et violence
Advenant un oui, Chrétien aurait déployé l'armée en 1995, selon un biographe
ISABELLE RODRIGUE
PC 22 octobre 2003
OTTAWA (PC) - Jean Chrétien et tous ses ministres ont vivement nié, mardi, les révélations d'un nouvel ouvrage qui affirme qu'Ottawa était prêt à déployer l'armée au Québec, dans le cas d'une victoire du Oui au référendum de 1995.
Ces révélations se retrouvent dans une biographie à paraître sur Jean Chrétien, écrite par le journaliste Lawrence Martin. Dans un chapitre portant uniquement sur la campagne référendaire de 1995, l'auteur affirme que le gouvernement Chrétien n'avait pas l'intention de reconnaître une victoire du Oui et aurait dépêché l'armée au Québec pour protéger les propriétés fédérales.
Interrogé sur ce scénario, le premier ministre Chrétien a nié avoir eu cette intention, ajoutant que l'affirmation n'est que de la foutaise. "Pour les soldats, je ne sais pas comment on pourrait dire ça en français, mais c'est de la 'bullshit'. Je n'ai jamais pensé à ça", a-t-il déclaré d'un ton catégorique, lors d'un point de presse, à Bangkok, où il se trouvait pour participer à la réunion de l'APEC.
A leur sortie du conseil des ministres, mardi, les ministres fédéraux ont eux aussi nié toute l'affaire. Le ministre des Transports et à l'époque ministre de la Défense, David Collenette, a pour sa part refusé de commenter.
Pourtant, la biographie cite M. Collenette qui admet qu'il se trouvait devant des décisions difficiles. "J'étais dans une position délicate. J'étais ministre de la Défense. Il y a des choses qui se passaient pour lesquelles nous devions être préparés et dont je ne veux même pas parler", peut-on lire à la page 134.

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Jean Chrétien n'avait pas l'intention
d'envoyer l'armée au Québec
LCN 22.10.2003
Le premier ministre Jean Chrétien se défend d'avoir voulu envoyer l'armée au Québec en cas de victoire du «oui» au référendum de 1995.
M. Chrétien a qualifié de «farfelus» les propos rapportés par Lawrence Martin dans une nouvelle biographie du premier ministre.
Dans son livre, l'ancien journaliste du Globe and Mail affirme que le chef du gouvernement aurait refusé de reconnaître la souveraineté du Québec en raison des résultats trop serrés du scrutin.
Selon lui, le premier ministre aurait expliqué que l'exercice n'était que consultatif et que rien dans la constitution ne permettait qu'un référendum puisse séparer le pays. Il aurait alors envisagé l'envoi de soldats au Québec.
En voyage en Asie, le premier ministre a nié ces propos. Il a seulement confirmé avoir préparé un discours en cas de défaite.

»» référendum de 1995
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Army poised for Yes vote
Collenette ready. PM was prepared to dismiss a loss of 1995 referendum, new biography says
ELIZABETH THOMPSON
The Gazette Wednesday, October 22, 2003
Former Defence Minister David Collenette was prepared to call in the Canadian armed forces to protect federal property and assets in Quebec in the event of a referendum victory by sovereignist forces in 1995, according to a new biography of Prime Minister Jean Chrétien.
In Iron Man: the Defiant Reign of Jean Chrétien, author Lawrence Martin reveals that the federal government was prepared to take a much harder line with Quebec than it publicly admitted, should sovereignist forces have won the agonizingly close referendum.
One of the strongest advocates of adopting a hard line with Quebec was Collenette.
"Defence Minister Collenette was ready, in the event of a loss, to make the federal presence felt," Martin writes in his book just published by Viking Canada. "For starters, the army was to protect federal property and federal assets from a sovereignist takeover. 'I was in a tough position,' he recalled years later. 'I was minister of defence. There were things that went on that we had to prepare for that I don't even want to talk about.' "
Earlier in the chapter, Martin suggests Collenette was also prepared to come to the aid of federalists still in Quebec.
" 'My view,' Collenette would explain in a later interview, 'was that these guys aren't going to get away with this. This is my country. I don't care what the numbers are. It's one thing to say you want to separate. But now we start playing hardball. Because we're not going to abandon all those people who want to stay in Canada.' "
Martin is the author of The Will to Win, a biography of Chrétien's earlier years, as a well as The Antagonist, a controversial biography of ex-Quebec premier Lucien Bouchard.
In the Iron Man, Martin reveals that Chrétien adviser Eddie Goldenberg had prepared two speeches for the PM to deliver on referendum night - one in the event of a federalist win and the other in the event that sovereignist forces were victorious.
"A negation of the verdict in front of tens of thousands of celebrating Quebecers would have risked a bloody backlash. But in fact that is what Chrétien planned to do," Martin wrote. "Goldenberg recalled the speech he prepared for Chrétien that night. 'He wasn't about to let the country break up,' he said. Chrétien's speech would say, 'We are getting a message from the people. But this is not the breakup of the country.' "
Former solicitor-general Herb Gray said he and most cabinet ministers agreed with a hard-line approach. Gray said Chrétien was to say that "the referendum was a consultative exercise and that nothing in our constitution allows anything to be changed by a referendum."
In an interview for the book, Chrétien admitted he would not have recognized a close vote.
"You know, at 50 (per cent) plus one, I was not about to let go the country. You don't break your country because one guy forgets his glasses at home."
Jacques Parizeau, then the premier of Quebec, revealed in his book Pour un Québec Souverain that he was prepared to declare unilateral separation if Ottawa refused to accept the referendum result. Throw in Chrétien's stance and Collenette's willingness to call in the troops, Martin speculates, and you have the elements for a possible civil war.
In his book, Martin paints a picture of a cabinet lured into a sense of complacency by Chrétien lieutenant Alfonso Gagliano, only to suddenly wake up and realize the country was on the brink of disaster.
Sheila Copps was one of the few federal ministers who made forays into Quebec to campaign and was one of the few to sense trouble, Martin writes. "Copps, who normally had deep faith in the instincts of Jean Chrétien, couldn't believe the attitude."
It was only near the end of the referendum campaign that the feds woke up, he writes, recounting how Chrétien broke into tears at a caucus meeting only a few days before the vote.
All the while, federal and provincial federalists were barely on speaking terms, said Liza Frulla, a key organizer of the No forces. Frulla and other Italian Canadians in her riding were being warned they would "have to go back to your own country," when the sovereignist side won.
ethompson@thegazette.canwest.com

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»» souveraineté et violence
Democratic progress, Canadian-style
Lewis MacKenzie
National Post Tuesday, October 21, 2003
Oct. 30, 1995 -- the day of the last Quebec referendum -- culminated in the worst night of my life bar none. Glued to my television, I had glared unblinkingly at that sadistic bar graph at the bottom of the screen. I held my breath as it tantalizingly moved to the right indicating a 1% majority for "Non" and for Canada, only to be followed by a jerk to the left into "Oui" territory, which would ultimately have meant the end of my country as I knew it. If I ever meet the SOB who thought up the idea of representing the survival, or otherwise, of our country with that bar graph, the results won't be pretty.
When the 1997 federal election rolled around, I decided I would share my experiences witnessing anglophone and francophone soldiers working together with as many Canadians as possible. No Canadian institution represents the synergy of the two groups working ensemble for a common purpose better than the Canadian Armed Forces. I had seen members of each group willingly risk life and limb for the other, which always seemed to me to be the ultimate confirmation that we had created a nation that was more than just the sum of its parts.
I decided that Jean Charest had, by far, demonstrated the most effective leadership on behalf of Canada during the lead-up to the referendum -- and so I returned his call. In Jean I found a kindred spirit dedicated to the preservation of Canada and that's why I entered the political fray and ran for him in the '97 election.
During the campaign I went from Victoria to Sydney, Cape Breton, trying to convince Canadians to cherish what we have and what we take for granted lest it be taken from us while we sleep.
Trust me, I didn't become a political expert in one short campaign, but I did develop some personal theories that might well have some relevance considering the current drama on both sides of the Canadian political spectrum. I can assure you of only one thing and that is the majority of political junkies and "experts" will disagree with me. So be it.
First of all, party ideology, platforms, constitutions, promises, etc., are really not all that important in Canada. Whichever party is elected checks them all at Ottawa's city limits on its way to Parliament. Day-to-day crisis combined with external international financial and security challenges pretty well dictate what a government does while its in power. The idea of a political "vision" is a joke. The half-life of any vision is usually measured in days.
All this is so because good, well-intentioned people make up parties and decent people run for election. Compare that to the majority of countries where I spent a good deal of my life, where the "opposition" usually gained power by killing the country's leader or overthrowing the governing party by weight of arms. At one stage during the '97 campaign one of my campaign volunteers said to me, "This is just like a war!" I was a bit taken aback and replied, "Not really, we are merely debating fellow Canadians, our neighbours and our friends, regarding how we would like to see this country governed. You have probably noticed that we don't disagree on anything that is really all that important, and when it's all over the winner will be congratulated, not killed."
In the absence of serious dividing ideological issues once the Ottawa city limit is crossed, Canadians have substituted the personalities of the key figures within the various parties as the defining factor when trying to define political differences. Canadians as a rule vote leaders out -- their party just happens to go with them.
If I'm correct, the maximum lifespan of a Canadian prime minister under normal conditions is/should be two terms. After that, it's time to "throw the bastards out" in favour of some new faces. The brilliance of the Liberal party -- weighted down by an increasingly unpopular leader, and absent a viable government-in-waiting on the other side of the House -- is clearly on display as it prepares to introduce a bevy of new faces thereby satisfying the Canadian need for "change."
And so my friends, my point. What Stephen Harper and Peter MacKay have achieved is a good thing for Canada. Forget the ideological differences, no one pays them much attention except the political "junkies" whose votes don't make the difference on Election Day. This is the beginning of a process that will see a new and larger set of faces facing down a "new" government. In due course the parties will change places, and the new party will govern based on the challenges of the day and no one will get hurt or murdered along the way.
You have to admit, it's a wonderful privilege to live in a country where sweating the small stuff is a national pastime. There are more than a hundred countries out there that would kill for our problems.
Maj.-Gen. Lewis MacKenzie, now retired, commanded UN troops during the Bosnian civil war of 1992.

»» les affaires
M. Chrétien doit répondre
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mercredi 22 octobre 2003
Une fuite comme il s'en produit si souvent à Ottawa permet de croire que le prochain rapport de la vérificatrice générale sera accablant pour le premier ministre et son entourage. Malheureusement, ce rapport pourrait n'être rendu public qu'après le départ de Jean Chrétien. Quel que soit le cas, le premier ministre laissera derrière lui un héritage entaché par le favoritisme, dont le prochain chef, Paul Martin, aura du mal à se défaire.
Les fuites de renseignements dont le Globe and Mail s'est récemment fait le messager viennent confirmer les révélations accablantes de favoritisme et de gaspillage de fonds publics à l'endroit du gouvernement Chrétien, dans le dossier de l'achat de deux avions Bombardier et du scandale des commandites qui impliquait des agences de publicité amies du gouvernement.
Le rapport de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, doit normalement être remis à la Chambre des communes le 25 novembre prochain. Or, compte tenu du congrès libéral qui doit avoir lieu à la mi-novembre, on s'attend à ce que M. Chrétien suspende les travaux de la Chambre jusqu'à son départ, prévu en février. À moins d'une mesure spéciale adoptée à la demande de l'opposition, mais qui exigerait l'appui de quelques députés du clan Martin, le rapport pourrait n'être rendu public qu'après le départ de M. Chrétien, à quelques semaines seulement des prochaines élections prévues au printemps. Si tel était le cas, il va sans dire que l'équipe de Paul Martin en subirait le contrecoup. Car, même si le premier ministre est le principal responsable des gestes faits pendant son mandat, c'est toute l'équipe libérale qui est pointée du doigt pour cette mauvaise administration des fonds publics.
Ce fut le cas dans le dossier des commandites, grâce auxquelles des amis du parti ont empoché des millions de dollars pour faire la promotion du fédéralisme au Québec et pour rédiger des rapports bidons qui n'étaient que prétextes à faire de l'argent. Pour avoir servilement rempli la mission qui lui avait été confiée par le premier ministre Chrétien, l'ex-ministre Alfonso Gagliano s'est même vu honoré du titre d'ambassadeur du Canada, un comble pour un politicien qui a dilapidé l'argent des contribuables avec autant de désinvolture.
Ce fut aussi le cas dans le dossier des deux avions à réaction Bombardier achetés en 2002 à la demande du premier ministre, contre l'avis des hauts fonctionnaires. M. Chrétien savait très bien qu'un gouvernement ne peut pas procéder à une transaction d'une telle importance sans lancer un appel d'offres ouvert à toutes les entreprises des pays membres de l'ALENA.
En réponse aux questions des journalistes lorsqu'il était en visite à l'étranger, plus tôt cette semaine, M. Chrétien a justifié sa décision en rappelant que le gouvernement avait besoin de ces avions, qu'il tenait à ce qu'ils soient fabriqués au pays et que, si tout s'était passé si rapidement, c'est qu'il avait voulu profiter des excédents budgétaires de fin d'année. Mais, ce faisant, le premier ministre a enfreint plusieurs règles de conduite, ce que soulignerait le rapport si attendu de la vérificatrice générale.
Tant dans le dossier des commandites que dans celui des avions, le gouvernement Chrétien a abusé de son pouvoir aux dépens des Canadiens. Avant de partir, le premier ministre doit donc répondre de ses actes devant l'opinion publique, sinon devant la Chambre des communes. Pour cela, il est de son devoir de faire en sorte que le rapport de la vérificatrice générale soit rendu public le plus rapidement possible, que la Chambre des communes siège ou non.
jrsansfacon@ledevoir.ca

»» Yves Duhaime vs Thomas Mulcair
Les frais judiciaires de 50 000 $ de Mulcair
assumés par les fonds publics
NORMAN DELISLE
PC 22 octobre 2003
Le député libéral de Chomedey, Thomas Mulcair, vient de se faire octroyer 35 000 $ additionnels par l'Assemblée nationale pour payer ses frais judiciaires devant les tribunaux.
Cette somme porte à 50 000 $ la somme provenant des fonds publics pour assurer la défense du député. M. Mulcair avait déjà obtenu 15 000 $ en septembre 2002 à cette fin.
M. Mulcair, qui est devenu ministre de l'Environnement dans le présent gouvernement dirigé par Jean Charest, est devant les tribunaux à la suite d'un échange verbal musclé survenu en mai 2002 avec l'ancien ministre péquiste et avocat Yves Duhaime, au sujet du lobbying. L'échange avait eu lieu dans un studio de télévision, à la suite d'un débat télévisé.
Selon le témoignage de l'animateur de TQS Jean Lapierre, tel que rapporté dans les journaux de l'époque, M. Mulcair aurait lancé à l'endroit de Me Duhaime: "j'ai hâte de te voir en prison, vieille p...".
Le député avait admis à l'Assemblée nationale avoir tenu des propos "peu édifiants", qu'il avait attribués à son "caractère irlandais".
Quoi qu'il en soit, les deux hommes sont devant la Cour supérieure pour vider la question.
La décision d'augmenter le budget pour les frais judiciaires du député de Chomedey a été prise par le Bureau de l'Assemblée nationale.
La demande du député Mulcair était accompagnée du détail des frais judiciaires payés jusqu'à maintenant, des comptes en souffrance et de l'estimé du travail qu'il restait à faire par ses avocats.
Le jurisconsulte de l'Assemblée nationale, Me Claude Bisson, a donné son avis sur l'aide additionnelle qui devait être consentie au député pour sa défense, mais le texte de son avis n'accompagnait pas la décision du Bureau.
Notons que le Bureau de l'Assemblée nationale siège à huis clos. Il comprend cinq députés libéraux, trois péquistes et un adéquiste, en plus du président de la Chambre.
Les décisions que prend le Bureau sont déposées à l'Assemblée nationale.
Yves Duhaime a déposé une requête en diffamation contre un quotidien et contre le député libéral Thomas Mulcair, après s'être fait accuser d'avoir obtenu des avantages indus du gouvernement et surtout de profiter de son amitié avec Bernard Landry pour recruter des clients à titre de lobbyiste.

»» monarchie canadian
Vice-regal costs soar to $35M
Rideau Hall spending has tripled since 1995. MPs express astonishment and dismay
Kathryn May
The Ottawa Citizen Tuesday, October 21, 2003
The cost of maintaining the office of Gov. Gen. Adrienne Clarkson grew to $35 million last year, a Commons committee learned yesterday, when it was revealed that other government departments kicked in $15 million to cover expenses last year. The Governor General's budget was thrust into the spotlight after reports of Madame Clarkson's $1-million circumpolar trip to Russia, Finland and Iceland.
A Commons committee was astonished to learn yesterday that Canadians' cost of maintaining the office of Gov. Gen. Adrienne Clarkson grew to $35 million last year, including more than $7 million spent on repairs and renovations to Rideau Hall.
The documents show that the Governor General's own budget jumped from about $10 million to $20 million between 1995 and 2003, while the expenses picked up by other departments grew from $307,000 to $15 million over the same period. Not all the costs covered by other departments were available.
Madame Clarkson was appointed Governor General in November 1999.
The documents, prepared for the government operations and estimates committee, give MPs the first glimpse into how much the governor general's office costs Canadians, including millions of dollars that are covered every year by other departments, such as the National Capital Commission, Canadian Heritage, the RCMP and security services, Foreign Affairs and International Trade and Treasury Board.
Until now, the committee has only had access to information on the Governor General's budget, which reached about $20 million last year.
However, the documents show that other departments -- led by the National Capital Commission (NCC) -- also kicked in another $15 million to cover expenses last year. An additional $10 million came from the NCC; $3.8 million from the RCMP and $1.1 million from Public Works and Government Services.
The committee is still waiting for a tally on how much the Citadelle, the Governor General's residence in Quebec City costs, as well as how much the Department of National Defence contributes to Madame Clarkson's budget.
NDP MP Pat Martin said he was shocked that such "explosive" growth has been hidden from Canadians for years by being buried in the budgets of other departments, and vowed to press for the committee to conduct a further review of the Governor General's expenses and the office's role in Canada.
Mr. Martin proposed the committee send a strong message of its "displeasure" and reduce Madame Clarkson's budget by the token $1 she asked for in her latest supplementary estimates.
"It would be a great opportunity to send a profound message about our concern and would show the public that we will not give one more cent ... until we have a full examination of what we want that office to do."
"Budgets are not supposed to explode that exponentially," said Mr. Martin.
But Liberal and Canadian Alliance MPs rejected Mr. Martin's motion, and instead approved a proposal ordering Madame Clarkson's officials to provide a full accounting of all the money it receives from other departments when it tables its next budget in the spring.
Canadian Alliance MP Paul Forseth said it wasn't the extra $1 the governor general's office is seeking in the latest supplementary estimates that worries them, but rather the overall growth in spending, which has been hidden from Canadians in the spending plans of other departments.
"I think the overall rise in costs is a huge concern to us all and the biggest question is whether it's going to continue," said Mr. Forseth.
Mr. Forseth said MPs from all parties are worried about the ballooning costs, but said they are running out of time to conduct a review before Parliament prorogues.
Mr. Martin, however, worries Liberal MPs on the committee will shy away from a further examination for fear of embarrassing Madame Clarkson.
"If we are serious about the estimates process, then we failed the first test because we didn't make the point that we are not satisfied with the spending estimates and some of us are horrified," said Mr. Martin. "But instead of voting against it and sending a strong message, we endorse her estimates."
The Governor General's budget has escaped the scrutiny of parliamentary committees for years and no officials have been called to explain their spending since the 1980s.
The biggest unanswered question for MPs is what the additional money was spent on.
Mr. Forseth said he has no idea whether the $30 million the NCC spent on Rideau Hall and its grounds over the past four years was for long overdue repairs or renovations to suit the taste of a new governor general. About $9 million was spent on operating and $17.2 million on capital costs.
In the same four years, the NCC spent $1.2 million in operating and capital costs on the prime minister's residence at 24 Sussex Drive.
Madame Clarkson's officials earlier told the committee the NCC, which maintains the governor general's residence, footed the bill for a major renovation of a historic stable to accommodate offices. It also told MPs the office's operations have grown dramatically, from awards to tours, and more than 45 people have been hired in recent years, bringing the office's staff to about 180 people.
The Governor General's budget was thrust into the spotlight after reports of Madame Clarkson's $1-million circumpolar trip to Russia, Finland and Iceland to explore the "northern identity" of other countries, sparking complaints from citizens and groups and negative editorials across Canada.
The trip began in Russia and included an all-expense-paid trip for 60 members of Canada's political, cultural artistic and intellectual elite. At that time, many of the committee members were concerned about the increase in the Governor General's own spending plans, and had no idea how much came from other departments.
The committee has gone out of its way to distance its review from the controversial circumpolar trip, arguing that its review was a routine examination of the office's budgetary estimates.
Coming on the heels of the Radwanski affair, the committee didn't want the review into the Governor General's expenses to be tarred with the same brush. The excuse for a review came when Madame Clarkson sought an extra $1 in its supplementary estimates.
A department seeking an additional $1 usually means it is shuffling or transferring money from one pot of money -- that has already been approved -- to another. In this case, the Governor General transferred grant money that was previously approved to the Hnatyshyn Foundation for the Arts.

»» conflit israélo-palestinien
L'ONU exige le démantèlement du "mur" de sécurité d'Israël
AP; AFP
Le Soleil mercredi 22 octobre 2003
Nations Unies - L'Assemblée générale des Nations unies a très largement approuvé une résolution demandant l'arrêt par Israël de la construction du mur en Cisjordanie et la destruction de la partie déjà construite.
La vote a eu lieu tard hier soir et a été accepté par 144 voix pour, quatre contre et 12 abstentions.Un accord sur le texte final a été atteint après des négociations spéciales entre l'Union européenne et les Palestiniens ainsi que les pays arabes et islamiques. Il n'a rien de contraignant.
Les États-Unis, qui avaient fait jouer leur veto la semaine dernière au Conseil de sécurité de l'ONU à l'encontre d'une résolution déclarant le mur illégal, ont voté contre celle de l'Assemblée générale. En retour du soutien de l'UE, les Palestiniens et les pays arabes ont accepté d'annuler une seconde résolution qui aurait demandé à la Cour internationale de justice de La Haye d'émettre un avis sur la légalité d'une telle barrière. Ils ont accepté d'ajouter une condamnation des attentats suicides palestiniens.
Entre-temps, des dizaines de milliers de Palestiniens ont crié vengeance, hier, au cours des funérailles de sept personnes tuées dans le camp de réfugiés de Nousseirat, lors du plus meur- trier des cinq raids aériens menés la veille par l'armée israélienne dans la bande de Gaza. Ces frappes ont fait au total 10 morts et une centaine de blessés.

»» «MUR» AU PROCHE-ORIENT
Israël rejette l'avertissement de l'ONU
AFP
La Presse mercredi 22 octobre 2003
Agence France-Presse Jérusalem - Deux Palestiniens ont été tués dans la nuit de mardi à mercredi en Cisjordanie, avant qu'Israël ne rejette sans ménagement la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU - applaudie par les Palestiniens - lui enjoignant de cesser la construction de sa ligne de défense.
«La clôture de sécurité continuera d'être construite», a affirmé le ministre israélien du Commerce et de l'Industrie Ehud Olmert, quelques heures après l'adoption d'une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU demandant à Israël de renoncer à son projet de ligne de défense en Cisjordanie et de détruire la partie de l'ouvrage déjà édifiée.
«Nous ne tiendrons pas compte de la majorité automatique à l'ONU qui nous est systématiquement hostile. Le monde entier est contre nous et les États-Unis, et je suis fier d'être aux côtés des Américains (...) De toute façon, la résolution de l'ONU n'est pas contraignante», a ajouté M. Olmert, numéro deux du gouvernement.
«Nous accueillons favorablement la résolution de l'Assemblée générale. C'est une résolution très importante dans sa substance politique, juridique et morale», a en revanche affirmé à l'AFP Saëb Erakat, négociateur en chef palestinien.
Par ailleurs, selon une source militaire israélienne, un chef local des Brigades d'Abou Ali Moustapha, branche armée du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) armé d'un pistolet a été tué à Hébron (sud de la Cisjordanie) alors qu'il tentait de s'enfuir après que des soldats lui eurent intimé l'ordre de s'arrêter. De même source, un autre Palestinien recherché, lié au Fatah (le mouvement de Yasser Arafat), a péri dans des circonstances analogues à Kalkiliya (nord de la Cisjordanie).

»» Mahathir
Contre les juifs - Mahathir récidive
AFP
Le Devoir mercredi 22 octobre 2003
AFP Bangkok -- Le premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, a réaffirmé hier que les juifs «contrôlaient le monde» et étaient «arrogants», malgré une pluie de critiques sur ses précédentes déclarations antisémites.
M. Mahathir a déclaré au quotidien Bangkok Post que ses déclarations faites la semaine dernière en Malaisie avaient été «sorties de leur contexte» par les médias occidentaux, mais il en a réitéré la teneur.
Le leader malaisien, 77 ans, participe à Bangkok au sommet du Forum de coopération économique en Asie-Pacifique (APEC).
De nouvelles déclarations de M. Mahathir ont fait la une, hier matin, du Bangkok Post, au moment où les dirigeants de l'APEC se sont retrouvés pour la seconde journée de leur sommet.
«Dans mon discours [en Malaisie], j'ai condamné toutes les violences, même les attaques suicide, et j'ai dit aux musulmans qu'il était temps d'arrêter tout cela, de prendre le temps de réfléchir et d'entreprendre quelque chose de plus productif, a dit M. Mahathir au Bangkok Post. C'était le ton général de mon discours, mais ils [les médias] ont repris juste une phrase où je disais que les juifs contrôlent le monde. Eh bien, la réaction du monde montre qu'ils [les juifs] contrôlent le monde», a déclaré M. Mahathir.
«Israël est un petit pays. Il n'y a pas beaucoup de juifs dans le monde, a-t-il soutenu. Mais ils sont si arrogants qu'ils défient le monde entier. Même si les Nations unies disent non, ils continuent. Pourquoi ? Parce qu'ils ont le soutien de tous ces gens», a déclaré le dirigeant malaisien.
Le président George W. Bush a pris à part M. Mahathir, lundi, pour lui dire que ce qu'il avait déclaré lors du sommet de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) en Malaisie était «faux et semait la discorde», selon un porte-parole américain. M. Bush a jugé ces propos «haineux».
Le premier ministre malaisien avait déclaré, la semaine dernière, devant les délégués de l'OCI : «Les Européens ont tué six millions de juifs sur douze. Mais aujourd'hui, les juifs dirigent le monde par procuration.» Il avait ajouté que les juifs avaient «maintenant pris le contrôle des pays les plus puissants et [...] étaient devenus une puissance mondiale», lors d'un discours qui avait été applaudi par l'ensemble des délégués.
Le premier ministre israélien Ariel Sharon a jugé «diffamatoires», lundi, ces propos de M. Mahathir.
M. Mahathir, qui quittera le pouvoir à la fin du mois, est un habitué des déclarations controversées et des sorties provocantes faites lors des grands sommets où il veut faire contrepoids aux États-Unis, comme en Malaisie, un pays à majorité musulmane qu'il a dirigé d'une poigne de fer et dont il a favorisé l'essor économique.
Il y a trente ans, déjà, alors politicien débutant, il avait écrit un livre intitulé Le Dilemme malais, où il critiquait les Malais en les qualifiant de paresseux, et les Malaisiens d'origines chinoise ou indienne en les traitant d'exploiteurs.

»» Mahathir
Mahathir's racist words
Not all Muslims support the anti-Semitic remarks made by Malaysia's prime minister and his words will backfire against Islam
YAHYA ABDUL RAHMAN
National Post Wednesday, October 22, 2003
Although Muslim leaders closed ranks around Malaysian Prime Minister Mahathir Mohamad on Friday in support of his otherwise internationally condemned comments on Jews at the 57-member Organization of the Islamic Conference, I am one Muslim who will not be offering him words of support.
Mahathir's provocative declaration "Jews rule this world by proxy" is anti-Semitic, racist to the core, outrageous and simply untrue. The world is simply too complex to say one small ethnic groups rules it.
This is what he said: "The Europeans killed 6 million Jews out of 12 million. But today, the Jews rule this world by proxy. They get others to fight and die for them."
I agree with Israel's ambassador to Singapore, Itzhak Shoham, who compared Mahathir's remarks to those made by Adolf Hitler. Such race-baiting statements ultimately lead to hatred and acts of violence against innocent people. This should not be tolerated.
I am the first person to condemn what the state of Israel is doing to the Palestinian people, but I am not going to say "those Jews are to blame." That kind of talk is vile, inflammatory and racist and distorts the fact there are many Jews of conscience who are also in opposition to the policies of the state of Israel. Mahathir said it himself in his speech: "Even among the Jews, there are many who do not approve of what the Israelis are doing," he stated.
I have absolutely nothing against Jewish people as Jews. What I am against is the policies of the state of Israel in relation to the Palestinian people and its other neighbours in the region, and its consistent disregard of world opinion when it violates international law.
As a Muslim who believes all forms of racist intolerance are a grievous sin against God and humanity, I repudiate and distance myself from Mahathir's statements. He does not speak for me, but sadly enough, his words will be used to embolden anti-Semites everywhere and be used as a farther pretext to further malign Islam and Muslims.
Our leaders should be more careful when they speak, as what they say reflects on the whole Muslim community. Mahathir's remarks make all Muslims look like a pack of anti-Semite bigots. Just read the editorial in Saturday's New York Times titled "Islamic anti-Semitism," and you will know what I am talking about.
Mahathir stated in his speech "the whole world is looking at us," which is exactly why he should have weighed his words more carefully.
Muslims and people of conscience everywhere must resist the urge to participate in racist scapegoating. In the long run, we harm both ourselves and our victims. Muslims don't want this kind of behaviour directed at them, and they should not wish it on anyone else.
Yahya Abdul Rahman is editor of the online Montreal Muslim News Network (www.montrealmuslimnews.net), where a version of this article first appeared.