
»» Référendum de 1995
L'interventionnisme américain ou le brouillage de l'action du Québec
Anne Légaré
Politologue, ancienne déléguée du Québec à Boston et ex-représentante du Québec à New York et à Washington de 1994 à 1996
Le Devoir samedi 25 2003
Extraits du livre Le Québec otage de ses alliés - Les relations du Québec avec la France et les États-Unis, paru cette semaine chez VLB éditeur
Le rôle que s'étaient fixé les États-Unis vis-à-vis de l'option souverainiste pendant la campagne préréférendaire de 1995 se voulait [...] à la fois efficace et imperceptible pour l'opinion publique québécoise. Ne pouvant empêcher directement ni officiellement les activités légitimes d'un gouvernement démocratiquement élu, les États-Unis ont consacré leurs efforts à mettre en place des conditions qui rendraient l'action du Québec de plus en plus difficile, avec l'accord et l'aide de l'ambassade du Canada.
Des actions de dissuasion destinées à l'opinion publique -- américaine, canadienne et québécoise -- ont aussi été savamment orchestrées par le recours à des organismes semi-privés opposés à la souveraineté. Les événements qui se sont déroulés en territoire américain au cours desquels les obstacles au projet souverainiste ont été proclamés furent nombreux, quoiqu'ils n'ont pas tous été rapportés ici.
Brouiller l'action
Après avoir quadrillé la présence du Québec par des filets juridiques et procéduraux, après avoir semé le doute et l'inquiétude autour de questions liées à la sécurité ou au respect de la démocratie, les États-Unis devaient encore agir pour rendre les activités du Québec à Washington inopérables, peu rentables et aussi peu crédibles que possible. C'est ce que j'appelle des interventions de brouillage de l'action. [...]
On le sait, l'idée d'une représentation du Québec à Washington suscitait de l'opposition. Au plus haut niveau, ce projet, naturel en soi pour un gouvernement qui travaillait à construire un État, contrariait les États-Unis. Ceux-ci ne voulaient donner aucune chance au Québec d'expliquer son point de vue de façon indépendante, c'est-à-dire sans le Canada, en s'adressant aux milieux politiques et diplomatiques de Washington. Pourquoi ? D'abord pour ne pas contribuer à «défaire» le Canada, même sur le plan symbolique, en accordant des apparences de légitimation au projet de formation de l'État indépendant du Québec. Aussi, pour ne pas se trouver un jour face à un troisième partenaire au sein de la «cité sur la colline». Enfin, pour ne pas permettre au Québec de s'implanter à Washington et d'y constituer ses propres réseaux. Du côté canadien, les positions étaient claires. Se sachant appuyé par les États-Unis, le Canada avait beau jeu de se montrer intraitable en prétendant représenter lui-même le Québec.
Le seul discours acceptable
La décision du ministre des Relations internationales, Bernard Landry, de déployer l'action du Québec à Washington en période référendaire était pleinement justifiée. Pourtant, elle fut parsemée d'embûches tout au long de sa réalisation. Avant que les conditions d'exercice du poste de conseillère à Washington ne soient arrêtées, un des proches conseillers de l'ancien ministre des Relations internationales, un ancien haut fonctionnaire fédéral rallié à la cause souverainiste, tenta de me convaincre qu'il était inopportun de dépêcher quelqu'un sur place. Ce projet était «voué à l'échec», disait-il. Selon lui, le territoire de la capitale fédérale américaine ne devait pas être le lieu d'une présence, d'un regard et d'une parole souverainistes continus. Seules des visites sporadiques effectuées à partir de Montréal pourraient être tolérées. Le Québec ne devrait pas tenter d'approcher lui-même l'administration américaine. Il devait plutôt faire appel à des experts privés, recruter des gens sur place et y mettre les sommes nécessaires. Le seul discours acceptable était celui d'Ottawa afin de ne pas déplaire aux autorités américaines. [...]
Durant la longue période pendant laquelle Ottawa fit traîner la demande d'accréditation que les États-Unis devaient ensuite officialiser, une méthode facile pour empêcher le démarrage du plan d'action consistait à brandir la menace du refus de la green card... Cette méthode était très efficace. Elle permettait de dissuader Québec d'entreprendre toute initiative trop visible. [...]
Cette méthode de chantage eut aussi ses effets pervers lorsqu'elle fut utilisée après l'obtention du visa. Cette fois, il fallait éviter toute parole, tout geste qui pourrait inciter les États-Unis à retirer le permis de travail, que ce soit ou non à la demande du Canada ! La menace de retrait du précieux document, obtenu en tant qu'«agent étranger» d'une «sous-division du gouvernement du Canada», rendait toute action effective presque impossible, sinon indéfiniment compliquée. [...] Toute initiative était paralysée par des débats sans fin, à moins d'être carrément interdite ou rendue impossible. Des réflexes de méfiance et des conflits ouverts s'installaient au sein des équipes chargées de faire avancer le plan d'action. Les divisions entre des partenaires censément liés par la poursuite d'un objectif commun -- la souveraineté -- laissaient un goût amer. [...]
Brouiller les accès
Devant la ferme volonté du ministre qui soutenait ma détermination, une deuxième arme fut mise à contribution pour brouiller mes chances de réussir. [...] L'autre méthode utilisée [...] consistait [...] à empêcher l'accès direct du Québec à l'administration américaine. Seule Lynne Lambert, du département d'État, «la bonne copine», avait un contact direct avec la représentation québécoise. Même les rencontres du vice-premier ministre, Bernard Landry, lors de sa visite officielle en mai 1996, seraient limitées à des membres du Congrès, à l'exception d'un représentant du commerce et de quelques staffers (membres subalternes) du département d'État. Les interventions de blocage de l'action du Québec, accomplies par de multiples intervenants, visaient deux objectifs. Premièrement, la cause défendue par les souverainistes était mal connue des Américains et cette méconnaissance devait être entretenue, car elle allait dans le sens de la désinformation et simplifiait le travail de ceux qui devaient s'opposer aux souverainistes. L'ambassadeur Blanchard rapporte, dans ses mémoires, que les autorités américaines craignaient, pendant cette période, qu'un membre du Congrès ne fasse une déclaration de véritable neutralité à l'endroit du débat sur la souveraineté ! [...]
Le blocage de la représentation était dans les intérêts américains pour une deuxième raison. Le contact direct crée des liens. [...] C'est ainsi que se constituent les réseaux à long terme. Le Québec était dépourvu à Washington d'un véritable réseau. À peine une dizaine d'Américains, toujours les mêmes depuis des années, pouvaient être abordés «en toute amitié», un cercle que je m'étais d'abord appliquée à fréquenter. Pour les autorités américaines, les choses devaient en rester là. [...]
La ronde des lobbyistes
Sans véritable cabinet politique, sans tradition, sans continuité, le Québec à Washington pouvait difficilement élargir et consolider ses relations, puis faire progresser sa cause. Pour accéder à tout membre du Congrès, il est clair que le démarchage par un intermédiaire s'avère indispensable. [...]
La préparation de la visite de Jacques Parizeau à New York en décembre 1994 fournit la première occasion de mesurer le besoin du Québec pour ce type de service. Le premier ministre souhaitait rencontrer le gouverneur de l'État de New York, George Pataki. Le gouvernement libéral avait supprimé le poste de conseiller politique auprès de la Délégation générale et personne n'avait de contact avec le cabinet de ce gouverneur républicain. L'aide amicale de l'ancien représentant du département d'État, Bob Pines, pourrait-elle être obtenue ? Républicain de la première heure, important souscripteur du parti, Bob Pines, que j'avais connu à Montréal, pourrait peut-être m'introduire auprès du cabinet du gouverneur. Je lui transmis ma demande : obtenir un rendez-vous pour le premier ministre du Québec avec George Pataki. Pines me répondit de sa voix nasillarde, sans aucun scrupule : «Eh bien, Anne, cela va vous coûter quelque chose ["Well, Anne, this might cost you some money... "].» «Quoi ? Le premier ministre du Québec devrait payer pour rencontrer le gouverneur de l'État de New York ? Mais ça ne va pas», avais-je répondu, sans cacher ma surprise et mon indignation. Cette proposition heurtait ma vision des obligations de rencontres entre femmes et hommes publics. Je ne savais pas encore qu'aux États-Unis toute relation politique se monnaye au prix fort. [...]
Ma surprise fit son effet. La rencontre eut bien lieu le 12 décembre, tel que nous l'avions prévu, à 10h30, sans qu'il en coûte un sou aux contribuables du Québec. Mais ce cas ferait exception. L'ancien haut fonctionnaire jouait ses coups à l'avance. Au moment de finaliser le rendez-vous, il fit valoir auprès du gouvernement que, en tant qu'ancien haut responsable du département d'État et financier respectable du Parti républicain, il pourrait mettre à profit pour le Québec ses relations avec les freshmen républicains, c'est-à-dire les nouveaux élus de droite au Congrès. Il enveloppa le tout dans l'offre de service d'une firme de lobbyistes de Washington auprès de laquelle il se déclara consultant. Je compris que ce genre de pratique est fréquent aux États-Unis et qu'il ne fallait pas s'en formaliser.
Rencontres productives
C'est ainsi que, grâce aux interventions, obtenues à gros prix, de plusieurs des lobbyistes, de nombreux représentants et sénateurs des États situés aux frontières du Québec et de l'Ontario ont accepté de me rencontrer pendant les quelques mois où je me suis consacrée à expliquer le projet québécois. [...] Ces rencontres ont été productives. Elles facilitaient pour le Québec une meilleure connaissance de nos voisins, de leurs préoccupations, mais, surtout, elles permettaient de repérer ceux et celles qui se montraient les plus ouverts et de désamorcer bon nombre de préjugés. Mais même ce travail, effectué en toute liberté, allait être entravé.
À quelques reprises, des membres du Congrès me firent part de leur surprise de recevoir les visites synchronisées de Raymond Chrétien. L'ambassadeur du Canada sollicitait à peu près en même temps des rencontres auprès des congressistes avec qui j'obtenais des rendez-vous. En général, il se présentait quelques jours avant moi pour baliser le terrain. Son agenda recoupait le mien. Et il racontait, me révéla un congressiste plutôt surpris, que les prévisions des souverainistes sur les résultats serrés du prochain référendum, contrairement à ce que j'allais exposer, n'avaient rien de fondé ! [...]
Les affaires courantes du gouvernement québécois en pleine période référendaire occupaient à temps plein le ministre et le sous-ministre des Relations internationales. Pendant ce temps, les visions opposées qui régnaient entre les différents paliers du ministère paralysaient son action. Cette implosion ouvrait la voie aux intérêts individuels ou politiques de ceux qui n'avaient rien à faire des objectifs gouvernementaux. [...] Les rivalités politiques qui régnaient au sein de l'appareil gouvernemental se répercutaient directement sur l'action du Québec à Washington.
C'est ainsi que l'embauche de [différentes] équipes, par leur nombre, leur concurrence et les intérêts politiques divers qu'elles représentaient, les unes au Congrès, les autres auprès de l'administration, les unes démocrates, les autres républicaines, servit à embrouiller une action dont la cible ne cessait d'être dispersée. [...] Trois firmes revendiquèrent en même temps le mérite de certains rendez-vous fixés à l'agenda. Les unes et les autres rivalisaient pour s'arracher le mandat de rédiger les discours, prétextant mieux connaître la sensibilité des auditoires. [...] Ce méli-mélo servait une fin évidente : la destruction des ambitions politiques du Québec !
La préparation de la visite officielle de Bernard Landry à Washington, en mai 1995, justifiait la tentative d'obtenir des rencontres officielles, par exemple, avec des responsables au plus haut niveau du Conseil national de sécurité. Par l'intermédiaire d'un consultant prétendument compétent en ces matières, des démarches devaient être entreprises à cette fin. Mais il était hors de question, aux yeux de cet intermédiaire américain payé par le Québec, que la représentante du gouvernement ait un accès personnel et direct auprès de cette administration. La véritable fonction de cet intermédiaire était de faire respecter les liens d'État à État, de compliquer et de paralyser le travail de représentation du Québec en prétextant vouloir le faciliter. Les exemples de ce genre ont été innombrables.

»» Référendum de 1995
Présomption de xénophobie
Yves Boisvert
La Presse vendredi 24 octobre 2003
L'armée au Québec? Dans le second tome de sa biographie de Jean Chrétien, Lawrence Martin dit
que l'idée avait fait son chemin au Cabinet fédéral en cas de victoire serrée du OUI. Pour protéger
les propriétés fédérales d'abord. Ensuite? Jean Chrétien dit que c'est faux. Qu'est-ce qui est faux?
Qu'Ottawa s'apprêtait à "envahir" le Québec? Probablement. Mais que la "question de l'armée" n'ait
même jamais été abordée au cabinet, quelque part dans les semaines frénétiques qui ont précédé le
référendum de 1995, c'est impossible. Voyons donc, les amis.
Chacun a ses plans A, B et C, et il faut toujours prévoir le pire, et soyons assurés qu'on l'a fait chez
Jean Chrétien comme chez Jacques Parizeau. Mais revenons un instant à la source de ce débat, le
livre de M. Martin. Il y a quelques lignes qui m'ont irrité encore plus que les vagues propos de l'exministre
de la Défense. C'est la façon dont l'auteur plante le décor. Martin tente de recréer le
contexte du référendum de 1995. Pour bien montrer la tension, une tension qui faisait craindre à
certains jusqu'à une guerre civile dit-il, il relate une anecdote. C'est Liza Frulla, députée de LaSalleÉmard,
qui lui a dit avoir reçu des plaintes de propriétaires de duplex d'origine italienne, nombreux
dans la circonscription. Leurs locataires sécessionnistes, dit Martin, leur ont dit qu'après le
référendum, ils seraient "mieux de retourner dans leur pays".
Elle-même, Liza Frulla, s'est déjà fait dire par un inconnu, au marché Atwater: "Je vous aime
beaucoup mais vous êtes une Italienne et vous allez perdre votre cause au référendum." J'ai appelé
Mme Frulla hier. Elle dit avoir reçu une quinzaine de plaintes d'Italo-Québécois du genre "vous êtes
mieux de retourner chez vous après". Ces gens-là avaient peur. Mais rien qui ressemble à un début
de guerre civile. Ça ne fait rien, Lawrence Martin en conclut que les locataires partisans du OUI
s'apprêtaient à expulser leurs propriétaires "ethniques". "Les séparatistes disaient à leurs
propriétaires qu'ils feraient mieux de se préparer à quitter", dit-il sans autre forme de démonstration.
Je ne suis pas en train de prétendre que la xénophobie n'existe pas à Montréal. J'en ai contre le
procédé qui consiste à rapporter les paroles de celle qui a entendu celui qui s'est fait dire quelque
chose par l'ours pour en conclure que "les séparatistes" menaçaient leurs propriétaires.
Et donc, en additionnant la position de refus de Chrétien et la déclaration unilatérale de Parizeau,
qu'on était sur le bord de la guerre civile. La preuve manque d'étoffe. Mais ce n'est pas grave: quand
il s'agit du nationalisme québécois, une présomption de xénophobie pèse plus ou moins
sournoisement. Il y a un permis de généraliser.
Intimidation et pain artisanal
Au sujet des "collectes de renseignements" faites par la Sûreté du Québec auprès des défusionnistes,
des garderies à 5 $ et de l'Union paysane (à ne pas confondre avec des "enquêtes"!) j'ai reçu
quelques messages de policiers insultés.
"Ça ne vient pas d'initiatives personnelles, ça vient de directives. Avant d'aller rencontrer quelqu'un,
il faut ouvrir un dossier. Et avant d'ouvrir un dossier, il faut l'accord d'un supérieur", dit un policier.
C'est vrai. Soyez assurés que les officiers de haut rangs qui commandent ce genre d'enquêtes de
renseignements ne viendront pas s'en expliquer publiquement.
Ça ne change rien à l'affaire: on se doute bien - sauf, apparemment, le ministre de la Sécurité
publique - que ces enquêtes ne sont pas le fait d'enquêteurs zélés, mais au contraire l'exécution d'un
plan visant à "prévenir des troubles sociaux". Où est-ce que ça peut "brasser" dans les prochains
mois? Allez donc voir l'Union paysanne, ils ont l'air rebelle sur les bords, surtout ce Léandre
Bergeron, le boulanger qui "offre" son pain en échange de dons...
Ce que les policiers font semblant de ne pas comprendre, c'est qu'une "collecte d'informations"
auprès d'un groupe ou d'un organisme parfaitement et totalement légal et légitime, c'est, par
définition, une forme d'intimidation.
Intimider, nous? Jamais!
C'est bizarre, ces groupes sur lesquels on enquête depuis un an (il y en a d'autres, c'est l'évidence)
sont tous des groupes qui s'opposaient, ou s'opposent, ou annoncent qu'ils s'opposeront aux
politiques du gouvernement.
À supposer que cela soit fait en toute naïveté (mon oeil), il serait temps que quelqu'un explique aux
agents de renseignements l'effet de ce genre de manoeuvre policière.
Et à supposer que les policiers aient des motifs de "collecter" l'information dans des endroits comme
les milieux défusionnistes (et ce n'est pas le cas), ça semble en plus être une très mauvaise technique,
puisqu'ils se font renvoyer au poste.
Je suggère humblement aux agents de renseignements, en attendant la prochaine réunion de l'état-major,
la lecture de quelques journaux bien choisis.
Ça leur donnera peut-être des vrais sujets de collectes de renseignements...

»» Référendum de 1995
Soldiers in the streets
The revelation Chrétien would have refused to recognize a narrow Yes vote in 1995 gives us new appreciation for the Clarity Act
DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, October 25, 2003
The French have a word for it - more than one, actually. But since Jean Chrétien couldn't remember "connerie" or "foutaise," Canadian parents must now explain to their children how come it's OK for the prime minister to say "bullshit," even if he was speaking French at the time.
This was to describe the report in Lawrence Martin's forthcoming book Iron Man that Chrétien's government was poised to call out the troops in Quebec after the 1995 referendum if the sovereignists won.
Ministers in the Chrétien government at the time claimed ignorance. Jean Charest, who was then leading the federal Progressive Conservative Party and campaigning for the federalist side in the referendum, expressed skepticism, and so did Bernard Landry, who was deputy-premier in the Parti Québécois government.
Conspicuously missing from this chorus of pooh-poohing was the voice of the politician who, beside the prime minister, was in the best position to know of such a plan. That's David Collenette, who was then minister of defence, and who might have been Martin's source for the story, which Collenette this week would neither confirm nor deny.
The other reactions are not surprising. There was no need for Chrétien's other ministers to be in the loop, much less anybody outside the government.
And sovereignists have an interest in downplaying anything that would make the path to sovereignty appear to be anything but a peaceful stroll in the park. People such as Landry's former leader, Lucien Bouchard, assured Quebecers during the referendum campaign regardless of what anybody else said, even the shakiest Yes vote would have Ottawa and the rest of Canada begging for a quick deal.
How wrong they were. Chrétien confirmed something else Martin reports, which is he had prepared a "concession" speech in case the federalist side lost the referendum. But it wasn't a concession speech at all.
Instead, Chrétien would have interrupted the sovereignists' referendum-night celebrations of a narrow victory for which some had been waiting a lifetime that, as he put it, "you don't break your country because one guy forgets his glasses at home."
Under such circumstances, maybe it wasn't such a bad idea to have the army standing by.
Martin's book tells us again what Jacques Parizeau had already told us a few years ago in a book of his own, which is a bare majority for the Yes side would have settled nothing.
The referendum campaign would have merely entered a new phase, waged in Paris and other foreign capitals over recognition for a sovereign Quebec and in Quebec itself for the fickle hearts and minds of the soft nationalists who would have made the difference in the vote.
And on the latter, the sight of armed soldiers might have had an intimidating effect, or at least a sobering one, as when they were called out by a previous federal government of which Chrétien was a member 33 years ago this month.
This week's confirmation the prime minister would have announced on referendum night he was refusing to recognize a narrow majority Yes vote in the referendum gives one a grudging new appreciation for the Clarity Act his government subsequently adopted.
The flaws in the act previously noted here remain. First, it allows a majority government in Ottawa to negotiate a province's secession without either a mandate from the people or the support of any other party. And it does not require Ottawa to bring in the other provinces before it presents them with a constitutional proposal containing the terms it has negotiated.
But, as also noted here, it is legitimate for the rest of Canada to set prior conditions for negotiating a province's secession. At least the Clarity Act requires the House of Commons to say before a provincial secession referendum whether it considers the question sufficiently clear. And even if it is, everybody would be on notice the government could still refuse to negotiate after a vote for secession if it did not consider the majority sufficiently clear as well.
That's fairer to sovereignists than waiting until after they've won a referendum to tell them the other side is playing by different rules. It might even eliminate the need to have the army standing by.
dmacpher@thegazette.canwest.com

»» Référendum de 1995
Gut-churning memories flood back
NORMAN WEBSTER
The Gazette Saturday, October 25, 2003
My friend Lawrence Martin is from the bombshell school of journalism. He breaks into print periodically by lobbing grenades that go bang in the night.
As a young reporter at the Globe and Mail years ago, he upset the world of sport by recording the boorish in-flight antics of the sacred Maple Leafs. More recently, his book about Lucien Bouchard included a controversial psychiatric analysis of the man with the burning eyes.
His first book on Jean Chrétien reported the most astounding, and perhaps most revealing, anecdote ever published about our prime minister. Martin discovered Chrétien had, as a youth, invented a story about a diseased appendix to get out of school - then gone ahead with the operation, which removed a perfectly healthy organ, when his bluff was called.
Martin is at it again this week in his second volume on the prime minister, appropriately titled Iron Man; the Defiant Reign of Jean Chrétien. He reports Chrétien was not about to accept a separatist victory in the dramatic referendum vote of Oct. 30, 1995. Moreover, former defence minister David Collenette was ready to call in the Canadian armed forces to protect federal property and assets in Quebec in the wake of a Yes vote.
Another Martin bombshell goes boom. Ottawa is in uproar. Chrétien furiously denies the army tale (though Martin, as usual, has evidence to support it). Quebecers are bemused.
Once again, a journalist willing to dig has told us something we need to know about our history - not to mention demonstrating yet again Canada, at least in its politics, is a million miles from the dull, conformist place of contemporary myth. (Quick now, name a democratic country with leaders more weird or exciting than William Lyon Mackenzie King, John Diefenbaker and Pierre Trudeau.)
But back to Lawrence Martin. Reading the stories about his latest discovery brought back that night eight years ago when our country's existence hung in the balance. We really could have lost it, with enormous, almost ruinous consequences.
What strange, upsetting days they were. Remember how the Yes campaign, which had been going nowhere, ignited when Jacques Parizeau said Lucien Bouchard would be his chief negotiator in independence talks with the feds?
Without any change at all in substance, the campaign took on a new magic. Suddenly, it became a made-for-TV crusade led by the sovereignist saint, with people literally clutching at his garments as he passed.
And it almost worked. The Yes forces clearly won the campaign. The No forces, led by Quebec Liberal leader Daniel Johnson, put on a lamentable performance, hugely underselling their excellent product, Canada. Ironically, it was the separatists who best played the Canada card, promising Canadian passports, Canadian economic association, the Canadian dollar, even new Canadian political institutions.
Right up to voting day, polls showed an astonishing number of Quebecers thought a sovereign Quebec would still send members to Parliament in Ottawa and remain a province of Canada. Parizeau and Bouchard did not rush to correct them.
Everyone in Quebec could sense the vote would be desperately close. Huge numbers, including francophones, had a Plan B involving the movement of money, offices and often themselves out of an independent Quebec. Montrealers discussed the attractions of Halifax, Toronto and Calgary (one radio caller even promoted Sudbury, which did seem a bit of a stretch).
On referendum night, we watched the numbers roll across our television screens, our hearts in our mouths. A friend living in Europe phoned hourly for news. During one conversation, the No side edged ahead for the first time.
"Jake! Jake!" I shrieked. "We're ahead by eight votes!"
In the end, we didn't win by much more. The margin would have been wider had Parti Quebecois scrutineers not thrown out tens, maybe hundreds of thousands of perfectly valid No votes in what could have been the most monumental political scandal in Canadian history. This blatant vote theft remains, to this day, firmly buttoned-down and hardly investigated except by The Gazette. Amazing.
Metaphorically, we dodged a bullet that night. Did we dodge one literally, too?
Could the sending in of the army, plus a unilateral declaration of independence by the erratic Parizeau, have provoked civil strife? Perhaps that is too strong, but there's no doubt the aftermath of a Yes vote would have been bitter, confused and deeply sad as Canada, the land that had it all and blew it, lost its joy and civility.
It seems a century ago. Let's never go there again.
Norman Webster is a former editor of The Gazette

»» Québec - USA
Radio-Canada n'est pas un outil de propagande
Marie-Philippe Bouchard
Rédactrice en chef, actualités et affaires publiques, information télévision à Radio-Canada
Le Devoir samedi 25 2003
Lettres: Montréal, le 22 octobre 2003
Je me permets d'écrire afin de protester vivement quant au traitement que votre journaliste Jean-François Nadeau a accordé à notre collègue Julie Miville-Dechêne dans un article publié dans le Devoir du 18 octobre dernier.
Voulant résumer le livre à paraître d'Anne Légaré portant sur les relations canado-américaines, M. Nadeau se fait le porte-parole de propos pour le moins emportés de l'auteure sur le travail de Mme Miville-Dechêne.
En substance, l'ex-représentante du Québec à Washington prétend que notre journaliste est à la solde du gouvernement fédéral dans sa façon de couvrir des événements qui concernaient le Québec à Washington. Non seulement ces propos ne tiennent qu'à des procès d'intention ne reposant que sur des perceptions bien subjectives de l'auteure, ils démontrent en outre une profonde méconnaissance du métier de journaliste, des politiques et de l'éthique de notre information.
Les allégations de Mme Légaré sont sans fondement. Elles reposent sur un raccourci intellectuel selon lequel Radio-Canada, en tant que télévision publique canadienne, serait un outil de propagande pour le gouvernement fédéral. Le travail distingué de notre journaliste à l'étranger ne peut donner ouverture à ce genre de spéculation. Nos correspondants agissent en toute indépendance par rapport aux activités diplomatiques canadiennes à l'étranger.
Votre journaliste, quant à lui, a manqué de rigueur en ne se donnant même pas la peine de communiquer avec Julie Miville-Dechêne ou Radio-Canada avant de répéter les allégations graves de l'auteure à l'endroit d'une journaliste dont la pratique professionnelle est irréprochable. Sans compter que votre journal, à l'aide d'un titre de paragraphe accrocheur, a mis en exergue cet aspect du livre, qui n'y occupe pas dans les faits une place aussi prépondérante.
Compte rendu et citations
Il s'agissait, faut-il le préciser, du simple compte rendu d'un livre touchant à l'actualité. Or faudrait-il, chaque fois qu'il est question de quelqu'un dans un livre, téléphoner à cette personne pour connaître son point de vue ? Poser la question, c'est déjà y répondre. Je n'ai fait, dans cet article, que citer les propos de l'auteure, comme il est d'usage de le faire.
Jean-François Nadeau

»» ingérence canadian
Chaires de recherche du Canada
- Opération réussie !
Au total, 23 % des nouvelles chaires ont été octroyées à des chercheurs provenant d'universités étrangères
Pierre Vallée
Le Devoir samedi 25 2003
À ce jour, on dénombre 1035 chaires de recherche du Canada acceptées dans l'ensemble des universités canadiennes. Annoncé lors du budget de l'an 2000, le Programme des chaires de recherche du Canada a pour but la création de 2000 chaires de recherche d'ici 2005. On peut avancer qu'à mi-parcours, le programme est donc sur la bonne voie.
«Au rythme où nous progressons, nous n'aurons pas de difficulté à atteindre notre cible de 2000 chaires d'ici 2005», explique René Durocher, directeur exécutif du Secrétariat des chaires de recherche du Canada. Mais ce qui compte davantage à ses yeux, c'est que les deux objectifs principaux des chaires du Canada, soit retenir les chercheurs au Canada et recruter des chercheurs d'ailleurs, ont à présent été atteints.
Les chiffres fournis par le secrétariat en font foi. Du nombre total des chaires du Canada accordées aux universités canadiennes, on estime que 61 % sont allées à des chercheurs déjà en poste dans leur propre université, 11 % à des chercheurs provenant d'autres universités canadiennes et 1 % à des chercheurs issus d'autres milieux qu'universitaires. De plus, 23 % des chaires du Canada ont été octroyées à des chercheurs provenant d'universités étrangères, et 4 % à des chercheurs étrangers provenant de milieux autres qu'universitaires.
«Ces chiffres démontrent que nous avons réussi à la fois à retenir nos chercheurs et à en recruter à l'étranger, souligne M. Durocher. De plus, la moitié des 27 % de chercheurs recrutés à l'étranger sont des chercheurs canadiens que nous avons réussi à rapatrier grâce à ce programme.» À son avis, il s'agit là d'un autre avantage des chaires du Canada puisqu'elles permettent d'offrir aux chercheurs canadiens expatriés des conditions de recherche similaires à celles dont ils jouissent dans les grandes universités étrangères.
Fonctionnement
Le Programme des chaires de recherche du Canada est doté d'un budget de 900 millions de dollars pour une période de cinq ans se terminant en 2005. Au-delà de cette date, le maintien des 2000 chaires de recherche du Canada, selon M. Durocher, exigera des déboursés annuels d'environ 300 millions de dollars.
Le gouvernement canadien a choisi de répartir le nombre total des chaires du Canada en trois secteurs, selon les trois organismes qui subventionnent la recherche universitaire au Canada, soit le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), l'Institut de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH). Ainsi, 45 % des chaires iront au secteur géré par le CRNSG, 35 % à l'IRSC et 20 % au CRSH.
Ce sont les universités elles-mêmes qui proposent leurs candidatures pour l'obtention d'une chaire du Canada auprès du Secrétariat des chaires de recherche du Canada qui, après examen, approuve ou non la chaire. Le nombre de chaires allouées à une université est établi selon le montant total de subventions de recherche qu'obtient déjà l'université auprès des trois organismes subventionneurs. On tient compte aussi des secteurs d'activité des universités. Ainsi, une université qui obtient davantage de subventions dans le domaine de la santé, par exemple, pourra obtenir davantage de chaires dans ce même secteur.
Jusqu'à 1 400 000 $
Il existe deux types de chaires du Canada. Les chaires de niveau 1 sont attribuées à des chercheurs de haut calibre reconnus comme chefs de file mondiaux dans leur domaine. Elles ont une durée de sept ans, sont dotées d'un montant de 200 000 $ par an et sont renouvelables. Les chaires de niveau 2 s'adressent à des chercheurs qui pourraient éventuellement rayonner sur le plan international. Ces chaires ont une durée de cinq ans, une valeur de 100 000 $ par an, et sont renouvelables une seule fois.
De plus, la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) investit pour la même période de cinq ans la somme de 250 millions de dollars dans les infrastructures reliées à la création des chaires du Canada. Cette somme représente environ 40 % des sommes totales requises en infrastructures, le reste devant être assumé par les gouvernements provinciaux, les universités et leurs partenaires privés. À cet égard, M. Durocher tient à souligner l'excellente collaboration du gouvernement du Québec.
Sur le terrain
À l'intérieur des paramètres ci-haut mentionnés, les universités jouissent d'une certaine marge de manoeuvre et chacune d'entre elles s'est donc dotée d'un plan stratégique quant aux chaires du Canada.
Par exemple, dès le départ, l'université McGill a choisi de n'attribuer aucune chaire du Canada à ses propres chercheurs et professeurs. «Nous avons plutôt choisi d'utiliser les chaires du Canada comme outil de recrutement dans le cadre du renouvellement de notre corps professoral, explique Luc Vinet, vice-recteur exécutif de l'université McGill, car il s'agissait là selon nous d'un bel incitatif pour attirer de nouveaux chercheurs.»
Par contre, en agissant de la sorte, l'université prêtait le flanc au maraudage puisque les autres universités pouvaient venir solliciter les professeurs de McGill pour une chaire du Canada. «Afin de contrer ce problème, nous avons créé à l'interne les programmes James-McGill et William-Dawson à l'intention de nos chercheurs et qui correspondent en tout point, même en nombre, aux chaires du Canada.»
L'approche à l'Université de Montréal a été différente puisque l'université a consenti 30 % des chaires du Canada à ses propres chercheurs. «L'octroi des chaires à nos chercheurs constituait la première phase de notre plan et elle est à peu près complétée, explique Alain Caillé, vice-recteur à la recherche à l'Université de Montréal. Les autres chaires sont octroyées à des chercheurs qu'on veut attirer dans nos murs.»
Le fait d'attirer de nouveaux chercheurs apparaît comme une priorité pour plusieurs universités et les chaires du Canada représentent un outil précieux à cet effet, selon MM. Caillé et Vinet. «Le Programme des chaires du Canada est déjà bien perçu sur le plan international», dit M. Vinet.
De plus, les chaires du Canada ont permis aux universités canadiennes de mettre sur pied des créneaux ou grappes d'excellence, en particulier dans les secteurs en émergence tels les nanosciences, les neurosciences et la bio-informatique, en créant une masse critique de chercheurs dans un même domaine. «Il ne s'agit pas de faire une plus grosse université, avance André Caillé. Mais les chaires du Canada nous permettent de rééquilibrer et de retailler la topographie scientifique de notre université.»

»» Le Conseil de la fédération
Le Conseil de la fédération ne modifiera pas le rapport de forces, selon Dion
JOCELYNE RICHER
PC samedi 25 2003
QUEBEC (PC) - Le Conseil de la fédération, la formule chère au premier ministre Jean Charest pour accroître le pouvoir des provinces, ne semble pas être perçu à Ottawa comme une initiative bien menaçante.
Aux yeux du ministre fédéral des Affaires intergouvernementales canadiennes, Stéphane Dion, le conseil ne visera pas à accroître le rapport de forces entre les provinces et le gouvernement fédéral, mais plutôt, plus modestement, à régler les différends entre les provinces.
"Nous avons besoin de relations fortes entre les provinces. Le lien le plus faible (de la fédération canadienne) est la relation entre les provinces", a-t-il soutenu, lors d'une conférence de presse, vendredi, convoquée alors que se tenait, à deux pas de là, la rencontre des premiers ministres des provinces en vue de créer cette nouvelle structure proposée par le Québec.
Il fait valoir que le Canada devrait suivre l'exemple d'autres pays, comme la Suisse où, a-t-il souligné, les cantons ont des "relations suivies" pour régler leurs problèmes.
Questionné à savoir dans quelle mesure le Québec trouverait davantage son compte au sein du Conseil de la fédération que dans une traditionnelle relation bilatérale avec Ottawa, M. Dion a dit et répété qu'il associait cet organisme à un lieu de rencontre pour régler des problèmes interprovinciaux, comme les barrières commerciales. Si le Conseil de la fédération réussit à apporter des solutions à ce type de différends, "ce sera une grande réalisation".
"Si, lorsqu'ils se rencontrent, les premiers ministres des provinces pouvaient être un peu moins des premiers ministres qui se rencontrent pour jouer au ministre fédéral des Finances et plus des premiers ministres qui se rencontrent pour discuter de leurs propres compétences", les choses iraient bien mieux au pays, selon lui.
Malgré l'insistance des journalistes, il s'est donc refusé mordicus à voir ce conseil - qui doit prochainement regrouper toutes les provinces et territoires en vue de présenter un front commun devant Ottawa - comme une initiative ayant pour but de rééquilibrer les rapports entre le gouvernement fédéral et les provinces.
"C'est voir les choses par le petit bout de la lorgnette que de penser que notre fédération est un rapport de forces uniquement. Notre fédération est une collaboration entre des gouvernements qui ont à apprendre des uns des autres et à s'entraider. C'est en ce sens-là que ce conseil a beaucoup de potentiel", selon lui.
Il s'en est pris aux médias, qui mettent l'accent, selon lui, sur les échecs des relations fédérales-provinciales, au lieu de parler des succès. "Je sais que vous, les gens des médias, vous aimez parler d'un rapport de forces, comme une lutte, cela donne de la bonne copie. Mais dans les faits, tous les mois nous signons des ententes avec les provinces, mais vous n'en parlez pas", a déploré le ministre.
M. Dion, qui avait dit la veille avoir l'intention de demeurer en politique aux prochaines élections, a indiqué par ailleurs, vendredi, qu'il espérait faire partie du cabinet que devrait former, selon toute vraisemblance, Paul Martin, quand il aura succédé à Jean Chrétien, dans quelques mois. "Tous les députés veulent devenir ministres", a dit M. Dion, un proche de M. Chrétien.
Officiellement, le ministre Dion était de passage à Québec pour annoncer, au nom de la ministre du Développement des ressources humaines, Jane Stewart, une subvention de 300 000 $ aux huitièmes Olympiades québécoises de la formation professionnelle et technique.

»» Immigration
La chance à tous?
Josée Boileau
Le Devoir samedi 25 2003
Un organisme communautaire recrutera des candidats immigrants en Amérique latine grâce à une entente avec le gouvernement libéral, révélait Le Devoir jeudi. La ministre de l'Immigration a beau protester, c'est une dérive.
Ce n'est pas de la sous-traitance, s'est vivement défendue la nouvelle ministre de l'Immigration, Michelle Courchesne, au sujet de l'entente sur le point d'être signée avec la Fédération CJA, un organisme de la communauté juive, pour recruter en Amérique latine. Du côté péquiste, on se tient coi puisque de telles ententes ont déjà été signées par le passé.
Pourtant, le sous-ministre associé à l'Immigration disait au Devoir que l'entente sur la table relève d'une nouvelle façon de faire. Et CJA elle-même (qui a naguère signé deux ententes ciblant alors les pays Baltes et la Géorgie, l'une en 1994 avec le ministre libéral John Ciaccia, l'autre en 1996 avec le ministre péquiste André Boisclair) dit que cette fois, on va plus loin. D'ailleurs, l'an dernier, dans un article du quotidien The Gazette, un porte-parole de CJA précisait que l'organisme faisait la promotion du Québec auprès des juifs d'Argentine ou des anciennes républiques soviétiques, mais pas du recrutement actif.
Aujourd'hui, c'est ce dont il est question. En effet, les ententes signées par le passé (quatre entre 1992 et 1999 : outre les deux avec CJA, l'une a été conclue avec la communauté chinoise, l'autre avec la fondation de l'Aga Khan pour aider les personnes en détresse) avaient pour titre : «Entente-cadre concernant l'accueil au Québec [c'est nous qui soulignons] d'immigrants», suivi du nom de la communauté ciblée.
Cette fois-ci, le protocole d'entente cible «la recherche et la préparation des candidats à l'immigration dans leur pays d'origine» (c'est nous qui soulignons). S'agit-il d'une différence de nature du partenariat recherché ou d'un simple changement de vocabulaire puisque les ententes passées faisaient par ailleurs allusion au recrutement ? Dit autrement, le Québec est-il sur le point, en dépit des protestations de la ministre, de passer son recrutement en sous-traitance ou le fait-il déjà depuis dix ans ? Dans l'un et l'autre cas, c'est inquiétant.
La question démographique est fondamentale pour une société aussi fragile que le Québec. La seule manière d'éviter la décroissance prévue, c'est de miser sur l'immigration. Du coup, le choix des immigrants doit être fondé tant sur une vision (la survie du français, par exemple) que sur l'équité. Il n'est donc pas anodin qu'un organisme issu d'une communauté précise, qui dit vouloir en doubler la taille en dix ans, reçoive le mandat de recruter pour le gouvernement, de commencer à franciser les candidats sur place, alors qu'en retour le ministère offre notamment une formation au représentant de l'organisme pour qu'il évalue des diplômes, comme le prévoit le protocole d'entente.
Qui peut offrir de tels services ? Les communautés les plus riches, à même d'ouvrir des bureaux à l'étranger. Que deviendra alors le candidat qui ne peut pas passer par ce premier filtre ? Ici, la question de la religion se pose puisque CJA ne recrute que dans la communauté juive. Ailleurs, on pourra craindre des lobbys politiques.
Québec répond qu'il garde la main haute sur la sélection finale. Mais outre qu'il s'engage à traiter les demandes référées par l'organisme, il est clair que celui-ci est tout à fait en position de l'inonder de candidats, forcément de bonne tenue puisqu'ils auront fait l'objet d'une présélection. Bien sûr, des conseillers en immigration offrent depuis longtemps de tels services contre rémunération; des organismes de charité l'ont fait aussi, notamment auprès de réfugiés. Mais le gouvernement n'a aucune obligation à leur égard. En signant une entente, on entre dans une autre dynamique aux effets pervers non négligeables.
jboileau@ledevoir.ca

»» La «réingénierie libérale»
Et si tout cela n'était qu'une vaste mascarade?
Avec sa manie de faire entrer le privé partout, Jean Charest arrive une guerre en retard
Pierre Godin
Écrivain et biographe
Le Devoir samedi 25 2003
Où va le Québec, maintenant que les libéraux, après dix ans de jeûne, ont mis la main sur le budget de l'État québécois?
Pardonnez mon lapsus. J'ai parlé de «l'État» québécois. Un terme qui risque de devenir sans objet, si on se fie au grand dessein libéral de réingénierie gouvernementale.
Car, à écouter Jean Charest, qui parle comme un président d'entreprise plutôt que comme un premier ministre, on a l'impression de revenir aux années duplessistes, alors que l'État ne devait que s'occuper de routes et de ponts, de béton et d'asphalte, faire respecter la loi et réprimer les abus trop criants. «Aide-toi et le ciel t'aidera», serinait Maurice Duplessis aux partisans de l'État-providence en devenir des années 50 qui lui faisaient remarquer qu'il était aussi du devoir de l'État de voir à l'éducation et à la bonne santé de ses citoyens, de répartir le butin de la nation d'une façon plus juste et plus égalitaire.
Néoconservateur avant son temps, Maurice Duplessis ne jurait, comme Jean Charest aujourd'hui, que par l'entreprise privée pour apporter justice et progrès. «C'est le système par excellence», disait-il, malgré toutes les évidences du contraire. Or il suffit de regarder autour de soi pour détecter de nouvelles tendances qui contredisent ce vieil évangile du laisser-faire étatique, servi à la moderne par les libéraux sous le vocable séduisant de «réingénierie».
Ne nous payons pas de mots. Cette présumée réingénierie n'est rien d'autre, en bon français, qu'un vulgaire dégraissage de l'État. Personne ne conteste la nécessité d'adapter les rouages gouvernementaux au temps présent, mais de là à jeter le bébé avec l'eau du bain, il y a une marge. Avec sa manie de faire entrer le privé partout, dans la santé comme dans l'éducation, de s'en remettre même aux entreprises privées pour concocter sa stratégie de dilution de la puissance publique, ce qui est à la fois risible et scandaleux, Jean Charest arrive une guerre en retard. L'évolution actuelle des États-Unis est éloquente à ce sujet. L'État n'y a jamais été aussi busy que sous Bush II, pourtant néocon.
Devenons machiavéliques pour un instant. Et si tout ce bla-bla-bla sur la réingénierie, avec laquelle on nous casse les oreilles depuis la victoire du PLQ, n'était autre qu'une vaste mascarade ? Que le détournement, sous un vocable à la mode, du budget de l'État vers le consortium des amis libéraux de l'entreprise privée ?
À voir le nombre des têtes de la haute fonction publique qui tombent sous la guillotine libérale, à voir la méfiance de Jean Charest pour tout ce qui a un petit air public, à voir la multiplication des contrats de sous-traitance qui filent vers le privé sous le nez des sociétés d'État édifiées depuis 40 ans avec la sueur du peuple, on a l'impression de retourner au bon vieux patronage duplessiste. De renouer avec le fameux système des dépouilles qui présidait à chaque changement de gouvernement avant la mise en place d'une bureaucratie compétente et stable par l'ancien premier ministre Jean Lesage. Un bon libéral, soit dit en passant.
Les nouveaux profiteurs
Dès lors, la question qui se pose est celle-ci : qui seront les nouveaux profiteurs ? Il ne faut jamais oublier la bonne vieille règle politique selon laquelle le parti élu sert avant tout sa clientèle. Or qui est le PLQ ? Qui sont ses amis ? Quels intérêts défend-il ? On a tout dit quand on rappelle que le Parti libéral du Québec est (a toujours été) une coalition entre les milieux financiers, la minorité anglophone et la bourgeoisie francophone, petite et grande.
Nul besoin d'être devin. On peut, sans se tromper, faire le pari que la réingénierie libérale servira avant tout, si ce n'est exclusivement, les intérêts de cette clientèle, comme le PQ au pouvoir a servi les intérêts de la sienne : institutions publiques, agriculteurs, intellectuels, travailleurs syndiqués, le petit peuple des démunis de la société, etc.
Le «recentrage» des missions de l'État dont nous parlent les libéraux, cela signifie nourrir ces grandes firmes privées dont l'éthique paraît si vacillante, comme l'a montré l'avalanche récente de scandales financiers. Cela signifie servir d'abord son monde, comme l'indique de manière spectaculaire le chaos indescriptible des défusions réclamées à grands cris par les municipalités séparatistes du West Island. «C'est à notre tour maintenant !», a lancé un maire défusionniste de cet «arrondissement», peu après la victoire de Jean Charest.
En politique, il n'y a jamais rien de nouveau que la répétition du même modèle sous des appellations différentes. Alors, bon voyage à vous tous, amis québécois, qui avez voté libéral parce que vous vouliez du changement. Vous en aurez certainement, mais pas nécessairement celui qui vous auriez souhaité.
Vous êtes les dignes descendants de ces naïfs électeurs qui ont voté NON au premier référendum de mai 1980 pour obtenir le «changement» constitutionnel promis par Pierre Trudeau. Ces électeurs se sont retrouvés avec une Constitution si «changée», si inacceptable pour le Québec, qu'aucun gouvernement québécois ne s'est risqué depuis à la parapher. Tiens, voilà un beau défi pour Jean Charest ! Ramasser les pots cassés par Pierre Trudeau, comme a tenté de le faire sans succès son mentor politique, Brian Mulroney.

»» Le «modèle québécois»
Séguin ordonne une enquête
Les crédits d'impôt accordés par le PQ aux "cités" fiscales coûteront 3 milliards
Denis Lessard
La Presse vendredi 24 octobre 2003
Québec - Les crédits d'impôt accordés sous le Parti québécois aux entreprises qui s'établissaient dans
des zones désignées comme la Cité du multimédia et celle du commerce électronique, coûteront trois
milliards aux Québécois d'ici 2010.
Cette stratégie représente un boulet budgétaire de 250 millions en 2003; c'est une mesure aux coûts
prohibitifs qui, deux fois sur trois, n'a que déplacé des emplois existants. La facture associée à ces
créatures est si faramineuse que le ministre des Finances, Yves Séguin, a mandaté le contrôleur des
finances pour qu'il pousse plus loin l'enquête, a confié hier le ministre à La Presse. "C'est pour cela
que j'ai demandé au contrôleur d'aller vérifier si tout se passait correctement", a-t-il soutenu. Avant
la fin de l'année, M. Séguin compte présenter un mémoire au Conseil des ministres pour que le
contrôleur - le vérificateur qui relève du Ministère - ait accès aux bilans financiers d'une centaine
d'organismes supplémentaires. Cette manoeuvre est susceptible de déclencher une levée de boucliers
dans de nombreux ministères.
Hier, armé d'une étude terminée au cours des derniers jours par ses fonctionnaires, M. Séguin a
sévèrement critiqué le programme d'abattement fiscal pour les entreprises qui décidaient de s'établir
dans des secteurs donnés.
Le bilan accablant de M. Séguin a eu des échos à l'Assemblée nationale. "On a supposément donné
des crédits d'impôt pour 17 000 jobs; il y en avait 12 000 existantes; on en a créé 5000", a soutenu
M. Séguin dans un échange avec le critique du PQ aux finances, l'ancien ministre François Legault.
"Cela coûte actuellement, et ça va coûter d'ici 2010, trois milliards, selon les dernières évaluations
qui sont disponibles depuis une semaine", a lancé le ministre Séguin. "On va dépenser trois milliards
à créer des jobs qui étaient existants et qui se sont déplacés dans les zones désignées,
particulièrement à Montréal", a-t-il ajouté.
Si on évalue les coûts totaux de l'aventure depuis trois ans jusqu'en 2010, on parle d'un total global
de 4,5 milliards, "faites les calculs que vous pouvez imaginer, si vous trouvez une équation positive,
je vous prie de m'en informer", a ironisé M. Séguin qui avoue ne pas comprendre qu'on ait pu
prendre des décisions aussi coûteuses pour si peu de retombées.
Dans un tableau faisant le bilan des coûts des carrefours de la nouvelle économie, de la Cité du
multimédia, de la Cité du commerce électronique, du Centre national des nouvelles technologies de
Québec et des centres de développement des technologies de l'information, on constate que des 17
500 emplois "créés", 12 181 étaient en fait des déplacements d'emplois existants. Les emplois
véritablement "créés", payés en moyenne 28 000 $ par année, ont coûté, en moyenne, 46 927 $ au
gouvernement du Québec.
Dans le cas des centres de développement de la nouvelle technologie, le coup par emploi est
prohibitif: 121 739 $. Pour la Cité du multimédia, qui a créé 2200 emplois et en a déplacé 2600, le
coût par emploi "créé" fut de 25 000 $. La Cité du commerce électronique représente une lourde
facture de 76 millions en 2003, chaque emploi ayant coûté 75 000 $ aux contribuables. Pour le
Centre de développement des technologies, Québec déboursera 42 millions cette année. Faire de
Mirabel une zone franche pour les investisseurs a coûté 89 millions au gouvernement en 2003, a
relevé le ministre, ajoutant que d'ici 2013 cette mesure aura coûté 778 millions aux contribuables.
Au même moment, la facture de la Cité du commerce électronique aura atteint le demi-milliard, dont
76 millions cette année.
En point de presse, le ministre Séguin a expliqué que ces données tenaient compte des crédits
d'impôt remboursables payés aux compagnies impliquées qui souvent ne payaient pas d'impôt, mais
aussi des subventions de toutes sortes versées par exemple pour la construction, les infrastructures,
la formation. Lors de leur création en 2000, ces sites désignés assuraient aux entreprises des
abattements d'impôt atteignant 40 % du salaire versé aux nouveaux employés.
"Ces mesures coûtent très cher à l'État qui paie plus cher que les employeurs pour maintenir ces
emplois", observe M. Séguin, pour qui la "lourde facture est difficile à digérer".
En réaction, le critique financier du PQ, François Legault, a relevé que les données divulguées au
cours de l'été par le même ministre Séguin étaient bien différentes, mais plus exactes. Ces
programmes ont été mis en place au moment où la bulle technologique a éclaté et que 600 000 de ces
emplois convoités ont disparu aux États-Unis. Au lieu de parler d'emploi "déplacés", il serait plus
approprié de parler d'emplois préservés, soutient-on au PQ. Sur la base de l'ensemble des emplois, la
subvention par salarié de toutes les zones désignées passe à 14 358 $, une somme acceptable, estime
M. Legault, en partie compensée par les impôts versés par ces employés. Pour les centres de
développement de technologie de l'information, la subvention par emploi était de 31 600 $. Les
coûts annuels de cette initiative, 250 millions environ, doivent aussi être mis en perspective. Dans
son cadre financier, le gouvernement Charest promet une disparition de la taxe sur le capital pour les
sociétés, ce qui représente une facture annuelle du même ordre, a fait remarquer François Legault.
Le ministre Séguin a rappelé hier que son budget de juin mettait fin à toute nouvelle reconnaissance
d'entreprises qui voudraient s'installer dans ces zones désignées. Pour les engagements déjà pris
toutefois, il était difficile au nouveau gouvernement de renier la signature donnée. "Ce n'était peutêtre
pas impossible, mais les avocats nous disaient qu'il y aurait des problèmes", a expliqué le
ministre.
Refusant de désigner des entreprises - le géant québécois de l'informatique CGI notamment en a
largement profité -, M. Séguin s'est interrogé tout haut sur l'opportunité d'aider des sociétés dont la
rentabilité était assurée. Selon lui, il faut se garder de voir dans ces coûts fiscaux un simple manque
à gagner en impôt pour le gouvernement. "Il y a des chèques que l'on fait tous les mois, ce sont des
paiements qu'on fait aux entreprises qui équivalent à des subventions. Comme ce sont des crédits
remboursables à des entreprises qui, dans bien des cas, n'ont pas d'impôt à payer, au net, c'est de
l'argent déboursé", a fait valoir le ministre fiscaliste.

»» Camille Laurin
Camille Laurin ou le Québec sur le divan
Tommy Chouinard
Le Devoir samedi 25 2003
Quelle coïncidence que la clé pour comprendre l'oeuvre du psychiatre et psychanalyste Camille Laurin, mais aussi pour voir le politicien sous un autre jour, soit, justement, un peu de psychanalyse. Ce qui l'a mené à ériger le monument de sa vie, la Charte de la langue française, c'est en effet un traumatisme qui remonte à l'enfance.
«Lévesque a bâti toute sa carrière politique pour dire que nous sommes des gens normaux, matures, que nous allions vers la souveraineté. Laurin dit: “Non, nous ne sommes pas matures et normaux.” Il faut la langue pour arriver à cette maturité, selon lui. C’est ça qui les opposait foncièrement.»
Jacques Grenier
Dans les années 1920, le petit Camille Laurin, né d'une famille modeste, voit la vie économique de son village natal, Charlemagne, tourner autour d'une scierie dont les employés vivaient à la merci de ses dirigeants anglophones. Avec l'adoption de la loi 101 en 1977, Camille Laurin a voulu réparer les injustices subies par les siens et redonner aux francophones le contrôle de leur économie.
L'histoire n'a rien d'une anecdote : elle révèle plutôt un nouveau Camille Laurin, constate Jean-Claude Picard, dans la biographie intitulée L'Homme debout et consacrée à «Tête dure», le surnom donné à Laurin.
Plus qu'une législation culturelle, la loi 101 revêt un caractère économique jusqu'ici insoupçonné, soulève le professeur de journalisme de l'Université Laval. Et, plus que le père de la loi 101, poursuit-il, Laurin est le précurseur du Québec inc., l'élément déclencheur de l'émergence de l'entrepreneuriat québécois dans les années 80. Avant même les efforts des Parizeau et Landry, les économistes de l'équipe péquiste.
«C'est un côté qui a été peu exploité au sujet de Camille Laurin. Ce que j'ai découvert, c'est que la loi 101 a une profonde portée économique, qui visait la reconquête économique par les Québécois de leur pays. La philosophie du Québec inc. est contenue dans la Charte de la langue française. Cela en est même l'élément le plus important», lance M. Picard, qui a été courriériste parlementaire au Soleil (1970-1974) et au Devoir (1976-1982). Il avoue lui-même que les années passées à l'Assemblée au moment de l'adoption de la loi 101 ne lui avaient jamais permis de distinguer cette facette de l'oeuvre de Camille Laurin. «J'ai fait une relecture de sa loi et de sa vie», souligne Jean-Luc Picard, en ajoutant que ce majeur de l'histoire du Québec l'a toujours fasciné.
Cinq années de recherche sur Camille Laurin auront permis à Jean-Claude Picard de conclure que ce psychiatre renommé a, ni plus ni moins, couché le Québec francophone sur le divan pour lui faire subir une thérapie-choc, la loi 101, qui lui a permis de s'extirper d'un profond complexe d'infériorité datant de la Conquête et de prendre les commandes de son économie, jusque-là dominée par les anglophones.
«Bien au-delà de l'intégration des immigrants à l'école en français ou de la question largement symbolique de l'affichage en français, il est avant tout préoccupé par la place des francophones dans le monde des affaires et de l'industrie. C'est là qu'il veut principalement agir», explique Jean-Claude Picard dans sa biographie.
À 76 ans, Camille Laurin expliquait que «le but ultime de la Charte de la langue française, c'était que de plus en plus de francophones prennent le pouvoir dans les entreprises, qu'ils en deviennent les cadres et les dirigeants et que l'économie québécoise soit enfin contrôlée par eux». L'«homme debout» de Jean-Claude Picard, c'est donc Camille Laurin lui-même, le politicien déterminé, mais aussi le Québécois à qui le père de la loi 101 a permis de se relever.
Bien que le débat linguistique n'ait ni commencé ni fini avec Camille Laurin, il reste qu'il est parvenu à assurer une meilleure protection à la langue française. À un point tel que plusieurs en viennent à dire qu'il a contribué à faire disparaître les «raisins de la colère», à démontrer aux Québécois qu'il est possible de protéger le français sans pour autant réaliser l'indépendance. Cette thèse est on ne peut plus d'actualité. «L'insécurité linguistique n'habite plus le milieu du travail ou celui du commerce, et le sentiment d'infériorité est rentré dans les livres d'histoire», a affirmé Jean-Herman Guay, professeur de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke, lors du conseil national du PQ, le 18 octobre dernier.
Jean-Claude Picard estime que Camille Laurin n'a jamais cru à la thèse selon laquelle la loi 101 a pu miner le discours souverainiste. «S'il avait pensé ça, il aurait choisi la politique du pire, laissé se détériorer la langue en se disant que les Québécois vont se réveiller un jour et accéder à la souveraineté, ce qu'il n'a jamais voulu faire. La langue était le premier électrochoc pour la souveraineté, un préalable, selon Laurin. Mais que cela ait pu contribuer à sécuriser les Québécois, c'est possible», affirme M. Picard.
Lévesque et la langue
René Lévesque ne croyait pas vraiment qu'une législation sur la langue était un préalable nécessaire à la souveraineté. Il ne s'attendait pas, par ailleurs, à ce que Laurin lui soumette une pièce aussi audacieuse que la loi 101 lorsqu'il l'a nommé en 1976 ministre du Développement culturel et responsable du dossier linguistique, afin de «corriger» les erreurs de la loi 22 des libéraux.
«Pour Lévesque, ça le gênait, les questions de la langue. Il était à l'aise dans les deux langues et venait de New Carlisle, mi-anglophone et mi-francophone. Il trouvait que la loi 101 était trop raide, trop coercitive. Il se disait qu'on est un peuple normal, qui n'a pas besoin d'imposer sa langue. Lévesque a bâti toute sa carrière politique pour dire que nous sommes des gens normaux, matures, que nous allions vers la souveraineté. Laurin dit : "Non, nous ne sommes pas matures et normaux." Il faut la langue pour arriver à cette maturité, selon lui. C'est ça qui les opposait foncièrement», explique Jean-Claude Picard. Cependant, note-t-il, Laurin a pu bénéficier de l'appui de Lévesque, un fait trop souvent oublié, selon lui. «Autant la loi 101 n'aurait pas été ce qu'elle a été dans son adoption originelle [des jugements des tribunaux l'ont quelque peu édulcorée au fil des ans] sans l'acharnement et l'entêtement de Camille Laurin, autant elle n'aurait pas pu être ce qu'elle est si Lévesque ne l'avait pas appuyée en définitive», affirme-t-il.
Une oeuvre protéiforme
Réduire le parcours politique de Camille Laurin à cette seule oeuvre est réducteur, prévient Jean-Claude Picard. Camille Laurin, fort de ses atouts en psychanalyse, a joué un rôle de conciliateur au Parti québécois, qui a permis à la jeune formation politique d'acquérir une certaine cohésion dès sa naissance en 1968. Comme membre du conseil exécutif, il a réconcilié les tendances hétéroclites du parti : les anciens libéraux, les indépendantistes de droite et les gauchistes des mouvements sociaux de Montréal. «Tout le monde convient qu'entre 1968 [naissance du PQ], où il est devenu membre de l'exécutif, et 1976, le moment où le PQ a pris le pouvoir, il a joué un rôle majeur dans la construction du parti», affirme M. Picard. En outre, Laurin a participé activement à implanter le parti en région, à bâtir sa crédibilité auprès de l'opinion publique et à convaincre René Lévesque de rester en poste dans ses moments de découragement (même si, ultimement, il a démissionné en 1984 pour contester les positions de Lévesque à la suite du référendum).
Cette capacité d'écoute, propre aux psychanalystes, s'est également manifestée dans son comté de Bourget, à Montréal, où il a été relativement absent, cependant. Les électeurs entraient en colère dans son bureau, pour en sortir quelques minutes plus tard tout sourire. «Et leur problème n'était pas nécessairement réglé. La force de Laurin était l'écoute», note M. Picard.
Si Camille Laurin a aussi apporté une importante politique de développement culturel, dont on connaît encore aujourd'hui les manifestations, avec la SODEC, il a également eu des moments moins glorieux, notamment lors de son passage à la tête du ministère de l'Éducation. Dans un registre plus léger, Laurin était connu à Québec pour ses célèbres moments de distraction. Sortir de l'Assemblée sans son manteau en plein hiver lui arrivait fréquemment. Et les témoins de l'époque se souviennent aussi de «Camomille» et ses longs -- parfois endormants -- discours «politicopsychiatriques».
Car la politique et la psychiatrie font toutes deux partie du personnage. S'il a marqué la politique québécoise, il a carrément bousculé le monde psychiatrique. On lui reconnaît d'ailleurs la paternité de la psychiatrie moderne au Québec. «Quand Laurin décide de devenir psychiatre dans les années 1950, il n'y a rien au Québec. Ça n'existe pas, la psychiatrie. Il n'y a pas de lieu de formation, pas de lieu de développement», raconte Jean-Claude Picard. Comme bon nombre avant lui, Camille Laurin, étudiant brillant, a dû s'exiler à Boston et à Paris pour obtenir une formation en psychiatrie et en psychanalyse.
C'est la première chose à laquelle s'attaque sa réforme, qui a débuté à l'Université de Montréal et à l'Institut Albert-Prévost, où il occupait des postes clés à la fin des années 1950. En outre, il a créé un programme de formation au Québec pour les médecins francophones qui veulent devenir psychiatres.
À une époque où les hôpitaux psychiatriques prennent davantage la forme de prisons surpeuplées, Laurin a écrit une postface marquante pour le livre d'un ex-psychiatrisé intitulé Les Fous crient au secours (1961). Dans les années 60, il a joué un grand rôle dans le débat sociopolitique qui a suivi au sujet de la réforme du traitement de la maladie mentale au Québec. «C'était aussi un champion de la réinsertion sociale des malades mentaux. Il en parlait dans les années 1960, et c'est encore un débat aujourd'hui. C'était un visionnaire», note Jean-Claude Picard. Un visionnaire, certes, mais un visionnaire dérangeant. Laurin a en effet payé le prix de son audace en se faisant peu à peu mettre de côté, ce qui l'a par la suite mené à la politique.
Derrière le psychiatre doué se cache toutefois un cordonnier mal chaussé. Jean-Claude Picard dépeint un père et un mari relativement absent pour ses deux filles, qui ont connu des parcours difficiles, et sa première femme, Rollande Lefebvre, décédée d'une surconsommation d'alcool et de médicaments tout juste avant le référendum de 1980. L'auteur lui-même avoue ne pas être parvenu à trouver les explications «satisfaisantes» au sujet de la vie familiale si difficile d'un homme qui, pourtant, était reconnu pour sa grande écoute et ses qualités de psychanalyste.
«C'est un paradoxe de mon livre, conclut Jean-Claude Picard. Comment un homme qui a pu réaliser des choses si importantes et majeures pour la collectivité a pu avoir tant de difficultés dans sa vie personnelle. Chose certaine, il a décidé de faire passer le bien de la collectivité avant le bien de sa famille. Il pensait être capable de conjuguer les deux, l'histoire démontre qu'il ne l'a pas été.»

»» Histoire
Bougainville l'Iroquois
Michel Lapierre
Le Devoir samedi 25 2003
Que Grand-Ciel-en-Courroux, Iroquois de Kahnawake, membre de la famille de la Tortue, tente, après la défaite des plaines d'Abraham en 1759, de refonder le Canada aux Malouines, près de l'Argentine actuelle, et, en faisant par la suite le tour du monde, de réinventer le mythe du bon sauvage à Tahiti, cela n'est pas du délire.
Louis-Antoine de Bougainville, aide de camp de Montcalm et plus tard explorateur des mers du Sud, déclare avoir été «naturalisé» Iroquois par les Amérindiens de Sault-Saint-Louis, au sud-ouest de Montréal. «Il m'a fallu pleurer, gémir, fumer dans le calumet des enterrements», avoue-t-il après les funérailles de ses frères de la famille de la Tortue, tués dans une attaque menée contre les Anglais en 1758.
Tardive, la contribution de Bougainville à l'élaboration du mythe du bon sauvage n'a pas eu l'écho de celle de ses devanciers : Lahontan, Lafitau et bien d'autres. Rédigés entre 1756 et 1763, ses Écrits sur le Canada n'ont été publiés qu'au XXe siècle. La plus célèbre exaltation de l'homme naturel, celle que nous trouvons dans le Discours sur l'origine de l'inégalité que Rousseau avait déjà publié en 1755, ne leur doit rien du tout. Constitués de mémoires, d'un journal d'expédition et de lettres, les Écrits sur le Canada, qu'on vient de rééditer, n'ont pu influencer, au XVIIIe siècle, que des cercles restreints. Cela n'empêche pas Bougainville d'occuper une place considérable parmi les précurseurs de l'ethnographie grâce à ses fines observations sur les Amérindiens et leurs «frères», les «Canadiens».
Au XVIIe siècle, les Amérindiens avaient la réputation de ne pas redouter la mort. Fondée de toute apparence sur leur croyance primitive en l'au-delà, leur attitude avait bouleversé les jésuites au point de remettre secrètement en cause le lien nécessaire que ces missionnaires établissaient entre le christianisme et la supériorité de la civilisation européenne. Au siècle suivant, Bougainville, quant à lui, estime que les Amérindiens craignent la mort et, s'il leur reconnaît une grande bravoure impulsive comme à leurs frères canadiens, il refuse d'attribuer aux uns et aux autres le «courage de constance» dans l'infortune. Ce qui ne lui permet pas de croire à une dégénérescence du bon sauvage, causée par une lente européanisation. «Les sauvages sont, à peu de choses près, les Grecs d'Homère», écrit-il avec enthousiasme.
Et les Canadiens, eux, qui sont-ils donc ? Des sauvages blancs, «admirables dans les bois», qui ont l'orgueil de se dire habitants et qui forment «le peuple le plus indocile et le plus indépendant», nous répond Bougainville. Selon lui, les Canadiens «seraient scandalisés d'être appelés paysans». Ils sont, juge-t-il, «d'une meilleure étoffe» que les paysans français. N'ont-ils pas la singularité de parler français, ce qui, dans la France patoisante d'avant la Révolution, était loin d'être la règle ?
Bougainville estime que les Canadiens respirent, comme les Amérindiens, l'air de l'indépendance. En Amérique, il reconnaît presque «le cri de la nature», «la véritable jeunesse du monde» et «la plus orageuse liberté» que Rousseau percevait chez le bon sauvage. Pour Bougainville, les Canadiens et les Français forment deux nations distinctes. «Quand le Canada sera bien établi, écrit le militaire, il essuiera bien des révolutions, n'est-il pas naturel qu'il s'y forme des royaumes et des républiques qui se sépareront de la France ?» Mais comme cette évolution naturelle se trouve rompue, en 1760, par la conquête anglaise, il déplore que, en devenant maîtresse des mers, l'Angleterre se targue d'être, au mépris de la liberté, la «monarchie universelle faussement imputée à Louis XIV».
Bougainville soutient que nos alliances avec les Amérindiens ont retardé la prise de Québec. Son contemporain Pierre Pouchot accorde lui aussi de l'importance à ces alliances dans d'intéressants Mémoires sur la dernière guerre de l'Amérique septentrionale, publiés en 1781 et réédités aujourd'hui. Cependant, à la différence de Bougainville, Pouchot, qui n'a pas la perspicacité de ce dernier, rejette le mythe du bon sauvage en reprochant à Rousseau d'avoir émis «des idées aussi fausses qu'étranges». Il insiste trop sur la véracité des détails au sujet des Amérindiens pour mieux négliger la portée philosophique et politique de la découverte émerveillée de l'homme primitif.
Rousseau a fait spontanément le lien entre les indigènes des terres lointaines et les classes populaires de l'Europe pour définir l'égalité et la liberté. Son bon sauvage engendre le citoyen. En déposant au Panthéon, dès 1794, les restes de Rousseau, père de la Révolution et de la République, les Français y ensevelissent, sans trop s'en douter, l'Amérindien libre et universel que Bougainville comparait à Ulysse.
ÉCRITS SUR LE CANADA
Louis-Antoine de Bougainville
Septentrion Sillery, 2003, 432 pages
MÉMOIRES SUR LA DERNIÈRE GUERRE DE L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE
Pierre Pouchot
Septentrion Sillery, 2003, 324 pages

»» constitution québécoise
Les flottements de Marc Brière
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 25 2003
Titre VO : Le PQ, un parti en sursis
Description : Marc Brière - Éditions Varia - Montréal, 2003, 150 pages
Le Parti québécois est-il, comme le suggère le titre du plus récent essai de Marc Brière, un parti en sursis? En tout cas, ce n'est pas en lisant cet ouvrage, qui ne remplit pas ses promesses, que nous pourrons nous faire une meilleure idée à ce sujet. Redondante et très peu convaincante, compte tenu du flou théorique sur lequel elle se fonde, cette énième contribution de l'ex-juge Brière au débat sur la question nationale n'apporte en effet strictement rien de neuf aux propositions déjà formulées par celui qui se définit comme un «souverainiste-fédéraliste ou confédéraliste».
Le principal cheval de bataille de Marc Brière, on commence à le savoir, est cette constitution québécoise qu'il appelle de tous ses voeux, parce qu'elle seule serait à même de donner une assise solide à la nation civique québécoise qui n'existe pas encore. Multinationale en ce qu'elle est composée de Franco-Québécois, d'Anglo-Québécois et d'autochto-Québécois, la société québécoise doit procéder, pour sortir de l'impasse, à «l'acte fondateur» qui en fera «cette nation civique québécoise tant désirée». Pour l'heure, toute revendication à la souveraineté ou à une autonomie accrue manque de légitimité puisque, sous le couvert d'être représentative des désirs de l'ensemble de la nation, cette démarche ne serait l'affaire que du groupe franco-québécois.
Pour Brière, il importe donc d'abord «de faire la maison commune, la nation civique : on pourra toujours décider après s'il est préférable que la maison commune continue de faire partie du complexe canadien ou qu'elle en soit à demi détachée ou entièrement séparée». Henry Milner, son préfacier, résume ainsi : «Avant de tout mettre en oeuvre pour chercher une illusoire reconnaissance de la part des autres, les Québécois doivent d'abord se reconnaître entre eux.»
Brière, dans son ouvrage précédent, Pour sortir de l'impasse : un Québec républicain !, publié il y a tout juste un an, développait exactement la même thèse. Qu'y ajoute-t-il aujourd'hui ? Simplement ceci : le PQ, parce qu'il rechigne à embarquer dans ce bateau en prétextant que la nation civique québécoise existe déjà et qu'elle a toute la légitimité nécessaire pour revendiquer sa souveraineté à l'intérieur d'une démarche référendaire, serait un parti «en sursis». À qui incombe la responsabilité de l'impasse actuelle ? Aux «purzédurs» des trois camps (francophone, anglophone et autochtone), mais particulièrement à ceux du PQ, écrit Brière.
Les choses, pourtant, ne sont pas si simples. Bien beau projet, en effet, que celui d'une «maison commune» fondée sur la reconnaissance mutuelle, mais on voit mal qui, au Québec, à part le PQ justement, s'est montré intéressé à y participer. Toute la difficulté de sa réalisation, en fait, tient à l'existence bien concrète d'un projet national concurrent qui emporte l'adhésion de ceux que Brière souhaite inclure dans le projet québécois et qui s'y refusent parce que la nation, pour eux, ne saurait avoir d'autres contours que canadiens.
D'un côté, Brière accuse les indépendantistes qu'il dit radicaux de nuire à son projet de patriotisme constitutionnel à la québécoise en manquant d'ouverture d'esprit; de l'autre, il reconnaît que les Anglo-Québécois refusent d'y participer : «Ils ne veulent pas d'une nation québécoise distincte de la grande nation canadienne, d'une nation majoritairement francophone dans laquelle ils deviendraient minoritaires. [...] C'est pourquoi il faut qu'advienne ce Québec nouveau, français, mais faisant une bonne place à l'anglais, ce Québec fort de l'intégration harmonieuse de ses populations. Ce Québec, il faudra sans doute le faire sans eux, mais pour eux aussi bien que pour nous, francophones, car eux font partie de nous, que cela leur ou nous plaise ou non.» En d'autres termes, Brière, quand il accepte l'épreuve de la réalité, en arrive exactement à la même conclusion que la plupart des souverainistes qu'il accuse de sauter des étapes !
Ce n'est d'ailleurs pas là la seule inconséquence de cet ouvrage à la pensée trop souvent déconcertante. Drôle de confédéraliste, en effet, que celui qui multiplie les appels à la souveraineté sous prétexte «que le fédéralisme canadien n'a pas su ou pu faire au Québec une place qui lui convienne», mais qui ajoute, quelques pages plus loin, que «le PQ devrait [...] s'employer dès maintenant à faire grandir cette souveraineté à l'intérieur du cadre fédéral par des arrangements ponctuels» et qui conclut en affirmant : «Si l'impasse actuelle dans les relations Québec-Canada devait se prolonger, la sécession serait la seule option». Vous saisissez ? Il faut faire la souveraineté parce que le fédéralisme n'a pas rempli ses promesses, mais il faut la faire à petits pas, par des arrangements ponctuels avec le fédéral, et si ce qui a déjà échoué échoue, il faut faire la souveraineté ! En d'autres termes : on ne veut pas vraiment la faire, mais il va falloir la faire si la dernière tentative de la faire sans la faire ne fonctionne pas. «Pour moi, écrit Brière, ni la souveraineté du Québec ni le fédéralisme ne sont des absolus.» On veut bien, mais pas au prix de la confusion démobilisatrice.
C'est pour «assumer toutes nos responsabilités sociales et nationales» qu'il faut faire la souveraineté, écrit encore Brière. Cela étant, attention, ajoute-t-il : le Québec est déjà un pays ! Et le summum de l'inconséquence est atteint quand il conclut : «On ne peut à la fois être et vouloir être.» Quelle est donc, alors, cette souveraineté à faire (vouloir être) si elle s'applique à une réalité nationale déjà constituée en pays (être) ? Sa conclusion, qui est juste, détruit ses prémisses. Pour appuyer sa tortueuse proposition, Brière cite de Gaulle, qui aurait dit «que nous étions un pays libre». Gaston Laurion, dans sa postface très critique, relève cette errance de l'essayiste : «Il s'agit là d'une interprétation tendancieuse des mots de de Gaulle qui, eux, allaient dans le sens de nos aspirations au lieu de traduire une réalité déjà existante.»
On ne saurait reprocher à Marc Brière son engagement intense et sincère dans la recherche de solutions nuancées et constructives à l'impasse qui caractérise notre situation nationale. On ne peut toutefois que souhaiter qu'il fasse de l'ordre dans ses idées. En l'état, sa parole ajoute plus à la confusion qu'elle ne stimule.
louiscornellier@parroinfo.net

»» francophobie
100 000 dollars pour avoir été comparés à Hitler
SRC samedi 25 octobre 2003
La Cour d'appel du Québec accorde des dommages de 100 000 dollars (chacun) aux anciens premiers ministres du Québec Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, parce qu'ils ont été comparés à Hitler. Dans un jugement majoritaire, le plus haut tribunal de la province confirme ainsi celui de la Cour supérieure rendu au printemps 2000, qui condamnait la firme de conseillers en investissements Lafferty, Harwood et associés, et son président Richard Lafferty, pour propos diffamatoires.
Dans un bulletin confidentiel destiné à ses 275 clients, en 1993, Richard Lafferty comparait les deux hommes politiques au dictateur allemand. Il prétendait notamment que les tactiques des souverainistes étaient basées sur la peur, selon le modèle du régime hitlérien.
Lors du premier jugement en leur faveur, MM. Parizeau et Bouchard s'étaient engagés à verser les sommes reçues à des organismes de charité.

»» francophobie
Judges hike Lafferty libel award
$100,000 to parizeau and bouchard. Even in death, financial analyst continues to pay for comparing politicians to Hitler
ALAN HUSTAK
The Gazette Saturday, October 25, 2003
The Quebec Court of Appeal yesterday ordered a dead man's estate to pay five times the amount in damages that a lower court had earlier awarded to two former Quebec premiers in a libel case.
Lucien Bouchard and Jacques Parizeau had sued Richard Lafferty, a Montreal financial analyst, for defamation and won their case in 2000.
Lafferty, who died Oct. 9, had compared Bouchard and Parizeau to Adolf Hitler in a confidential newsletter sent to 275 clients in January 1993.
In a 2-1 decision, the appeal court increased the $20,000 awarded to Bouchard and Parizeau three years ago to $100,000 - $75,000 for moral damages and $25,000 for punitive damages.
In his written opinion, Judge René Letarte said the increase was justified because the initial $20,000 awarded by Quebec Superior Court was too insignificant - "almost an invitation for others to repeat the accusations if they thought they could get away with it."
Parizeau and Bouchard, Lafferty wrote in part, "aim their appeal entirely at nationalism. It is a classic form of demagoguery, and is no different from what Hitler did, although Hitler at the time was operating in a greater political vacuum than that which prevails in Quebec or Canada. ... There are no organized patriots in Quebec with the concepts of liberty, equality and paternity (sic). ... The same situation prevailed with Hitler."
After Le Devoir made the newsletter's contents public, Bouchard and Parizeau sued Lafferty for defamation.
At the time, Bouchard was leader of the Bloc Québécois and Parizeau was head of the Parti Québécois opposition in the National Assembly.
After they won their suit, Lafferty appealed, as did Bouchard and Parizeau.
Appeals Court Judge Joseph Nuss, who also supported an increase in the damage award, wrote when Lafferty "pushed the Hitler button, so to speak ... he triggered a comparison which could not be confined in isolation to two or three attributes of Hitler, like nationalism or demagoguery ... and placed (Bouchard and Parizeau) in the same league as an infamous and despised embodiment of evil."
Dissenting Judge François Pelletier wrote Lafferty's name-calling did nothing to damage Bouchard's or Parizeau's reputations.
"Several months after the incident, Lucien Bouchard was elected to Parliament with a majority of Quebec MPs and went on to become leader of the official opposition. For his part, in 1994, Jacques Parizeau was elected Quebec premier," Pelletier notes.
Bouchard, now with the Montreal law firm Davies Ward Phillips & Vineberg, wouldn't talk with reporters yesterday. An assistant told The Gazette that Bouchard would have nothing to say to the media.
Parizeau could not be reached for comment.
Both plaintiffs have said if their suit was successful, the money would be donated to charity.
Lafferty's lawyer, Mark Bantey, said: "This is a victory for political correctness over freedom of expression.
"I know Mr. Lafferty was prepared to take the case all the way to the Supreme Court, but now that he is dead, it will be up to the estate to decide where we go from here. Obviously, the estate hasn't made a decision."
ahustak@thegazette.canwest.com