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»» Référendum de 1995

Chrétien, le OUI et l'armée

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 27 octobre 2003

Dans les jours qui ont précédé le référendum de 1995, le chaos s'était installé aux plus hauts niveaux du gouvernement du Canada. Devant des sondages qui accréditaient la victoire du OUI, la complaisance avait tardivement cédé la place à une certaine panique. Pendant que Jean Chrétien s'activait sur le terrain, des stratèges, à tous les niveaux du gouvernement canadien, commençaient à envisager l'hypothèse jusqu'alors inimaginable pour eux d'une victoire souverainiste.

Ils étaient devant une page blanche. Jean Chrétien n'avait jamais eu de plan pour le lendemain d'un OUI dans ses cartons. Au contraire, il avait plutôt préparé son monde à une répétition du scénario référendaire de 1980, en plus tranquille. Expérience faite, ceux qui disaient autrement étaient, ou bien des «séparatistes», ou bien des alarmistes, selon qu'ils étaient francophones ou anglophones.

C'est dans un état de fragilité politique appréhendée que le premier ministre s'est retrouvé à quelques jours du vote à griffonner deux discours: celui qu'il a finalement prononcé et l'autre qu'il a réussi à garder secret jusqu'à aujourd'hui. Comme le confirme le journaliste Lawrence Martin dans Iron Man, le deuxième tome de sa chronique de la vie de Jean Chrétien, le premier ministre n'aurait pas reconnu la victoire aux souverainistes s'ils avaient remporté le référendum.

***

On peut se demander sur quelle planète vivaient depuis le référendum ceux qui, la semaine dernière, déchiraient avec tant d'ardeur leur chemise à l'idée que Jean Chrétien n'allait pas mettre l'engrenage du démantèlement de la fédération canadienne en marche sur la foi d'un résultat référendaire serré.

Les intentions de M. Chrétien à cet égard sont connues depuis longtemps. Elles correspondent aux prévisions de l'époque de Jacques Parizeau, lequel voyait, selon ses propres conseillers, la victoire référendaire comme seulement la première d'une série d'étapes destinées à forcer le Canada à relâcher son emprise politique sur le Québec.

À cet égard, le discours prononcé à Verdun par M. Chrétien, à quelques jours du référendum, selon lequel les Québécois allaient faire un choix irréversible à l'occasion du vote, ne l'engageait ni plus ni moins pour la suite des choses que les promesses solennelles du camp du OUI de prendre le temps de tenter de négocier un partenariat avec le Canada avant de proclamer la souveraineté du Québec.

On sait maintenant que Jacques Parizeau était aussi disposé à faire rapidement l'économie du détour prétendument obligé du partenariat que Jean Chrétien, celle de la reconnaissance du moindre OUI comme étant le dernier mot sur l'avenir politique du Québec. Les discours de l'un comme de l'autre auraient pu porter la mention: à consommer seulement en cas de victoire optimale du OUI. En présence d'un résultat serré, chacun savait d'avance qu'il allait retourner à la case départ d'une ligne plus dure.

***

Mais si les acteurs politiques de l'époque s'attendaient à ce qu'une guerre politique en règle succède à la bataille référendaire, aucun n'a voulu la semaine dernière accréditer la thèse selon laquelle le recours à la force militaire était également activement envisagé par le gouvernement Chrétien.

De Chine où il était en visite officielle, Jean Chrétien a rejeté avec véhémence l'idée qu'il aurait expédié l'armée en sol québécois au lendemain d'un OUI, ce en quoi il est appuyé par son ancien chef de cabinet, Jean Pelletier. De Québec, le premier ministre Jean Charest a affirmé qu'il aurait été très surpris de voir M. Chrétien réagir ainsi à une victoire du OUI. À titre de chef du Parti conservateur fédéral, M. Charest ne faisait pas partie de la garde rapprochée du premier ministre à l'époque, mais il aurait au minimum été consulté sur les suites à donner à une victoire du OUI. Mêmes doutes chez Bernard Landry qui ne conçoit pas que Jean Chrétien se serait résolu à envoyer des troupes au Québec.

En tout respect pour tous ces personnages, leurs démentis sont loin de clore le débat. Quiconque a suivi de près la scène fédérale pendant la dernière ligne droite du référendum serait plutôt surpris d'apprendre qu'il n'existait pas de scénario comportant l'intervention de l'armée au Québec, ne serait-ce qu'en cas de désordre civil.

Ironiquement, dans le contexte de l'époque, les services de l'armée auraient eu davantage de chances d'être nécessaires pour protéger les gagnants des perdants que l'inverse. Au thermomètre de la rhétorique, la température de certaines têtes brûlées fédéralistes était assez élevée pour faire craindre des poussées de fièvre violente à la suite d'une victoire souverainiste.

Ce qui ne veut pas dire que le premier ministre Chrétien ment quand il jure qu'une intervention militaire ne faisait pas partie des options qu'il avait dans ses propres cartons. Dans les faits, à l'approche du référendum, la main droite ignorait de plus en plus souvent ce que faisait la main gauche à Ottawa.

Au lieu de se demander si Jean Chrétien aurait envoyé l'armée au Québec advenant un OUI, il faudrait plutôt s'interroger sur combien de temps un premier ministre québécois aurait gardé la maîtrise des événements après un OUI.

À la lumière de la complaisance qui avait entouré les préparatifs référendaires fédéraux, on peut croire que le temps de M. Chrétien comme premier ministre aurait été compté en semaines plutôt qu'en mois. Et on ne peut pas savoir qui, des tenants de la ligne la plus dure ou de ceux d'un accommodement le moins douloureux possible, aurait prévalu ou en combien de temps.

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.



»» Référendum de 1995

Les raisins de la colère

Michel Venne
Le Devoir lundi 27 octobre 2003

En se présentant devant le Parti québécois, la semaine dernière, le professeur de science politique Jean-Herman Guay n'a pas été à la hauteur des attentes que l'on entretient à l'endroit d'un scientifique. Son opinion, des impressions générales, occupait dans son texte plus d'espace qu'une analyse rigoureuse fondée sur les faits.

Son discours ne contenait guère de nouvelles observations sur la société québécoise ou sur le sens de l'action politique dans l'ère postmoderne. Inviter les péquistes à «faire le deuil de certains rêves» peut avoir un sens si l'on a quelque chose à offrir en échange ou si l'on fait la démonstration que l'objectif poursuivi est inatteignable. Or M. Guay est arrivé les mains vides à cet égard. Résultat: les péquistes qu'il cherchait à convaincre se sont braqués. Par contre, tous les désabusés de la politique et de la question nationale y ont trouvé source de réconfort quant à leur décision d'y tourner le dos.

D'où M. Guay tient-il, par exemple, qu'au moins la moitié des 44 % de Québécois qui se déclaraient souverainistes lors du dernier sondage de la maison CROP, en septembre dernier, continuent de se dire souverainistes par habitude sans vraiment y croire? Pourquoi ces gens-là répondraient-ils ainsi? Quelle analyse du comportement électoral ou quelle théorie de la science politique soutient cette conclusion? Il n'y en a aucune.

On peut certainement dire que l'appui dans les sondages n'est pas une garantie que la souveraineté soit à portée de main, mais cela n'est pas suffisant pour recommander de remiser ses rêves ou, dirais-je plutôt, ses projets.

Le raisonnement du professeur Guay comporte une faille d'une dimension abyssale. Argument massue pour porter le deuil: les raisins de la colère auraient disparu. «L'insécurité linguistique n'habite plus le milieu du travail ou celui du commerce et le sentiment d'infériorité est rentré dans les livres d'histoire», écrit-il. Le Québec a tellement progressé depuis les années 1960 qu'il n'y aurait plus de raisons, aujourd'hui, de fonder un nouveau pays.

Si l'on suit la logique du professeur, on devrait conclure que plus l'insécurité est forte, plus l'appui à la souveraineté devrait être élevée. Or l'insécurité culturelle était plus forte en 1970 ou même en 1980 qu'elle ne l'était en 1995. L'appui à la souveraineté aurait donc dû être plus élevé il y a 20 ou 30 ans qu'aujourd'hui. Chacun sait que c'est l'inverse qui est vrai. En 1980, 40 % des Québécois ont voté OUI au référendum. En 1995, l'appui avait grimpé à 49,4 %, et ce, malgré la réduction de l'écart de salaire entre francophones et anglophones, malgré les succès de Québec inc. et la renommée internationale de la chanson québécoise, malgré la construction d'un État providence moderne. Bref, malgré nos succès.

Dans un ouvrage paru peu de temps après le référendum de 1995 (Un combat inachevé), le sociologue Maurice Pinard, de l'Université McGill, s'est demandé pourquoi l'appui à la souveraineté avait augmenté en moyenne d'un point de pourcentage par année depuis 25 ans alors que, comme le dit M. Guay, les griefs entretenus par la population francophone (insécurité linguistique, sentiment d'infériorité) n'avaient, du moins théoriquement, plus leur raison d'être. Il a découvert trois choses.

D'abord, que la montée de la souveraineté s'explique en partie par des éléments de conjoncture: l'échec de l'Accord du lac Meech, le leadership de Lucien Bouchard, les difficultés financières de l'État fédéral, etc. Bref, l'action politique y est pour quelque chose.

Ensuite, il s'est rendu compte que, en effet, la hausse de l'appui à la souveraineté ne pouvait pas s'expliquer par une augmentation des griefs puisque les griefs étaient ressentis avec moins d'intensité par les Québécois en 1995 que 25 ans auparavant. Une majorité se dégageait pour le OUI en 1995 parmi les francophones y compris chez ceux qui se disaient en désaccord avec les griefs entretenus à l'endroit du Canada anglais. Ce ne sont donc plus ces «raisins de la colère», évoqués par M. Guay, qui favorisent le recrutement de nouveaux souverainistes, et ce, depuis déjà un certain temps.

La quasi-disparition, chez les francophones, de la peur que la souveraineté ait des effets négatifs sur le plan économique explique bien davantage la hausse du vote souverainiste, selon M. Pinard. En partie, c'est en prenant confiance en leurs capacités que les Québécois sont devenus plus nombreux à appuyer la souveraineté. Et les progrès qu'a connus le Québec depuis les années 1960 ont contribué à nourrir cette confiance.

Enfin, M. Pinard a aussi découvert que, malgré tout, les griefs restaient encore bien présents dans l'esprit d'une partie de la population. Les deux tiers des Québécois continuent de croire que la langue française est menacée. En 1995, encore 45 % des Québécois pensent que, sur le plan économique, ils subissent la domination des anglophones au Québec. Le sentiment d'infériorité linguistique n'a pas complètement disparu. Des sociologues découvriraient peut-être que ce sentiment d'infériorité explique en partie l'engouement des Québécois pour l'enseignement de l'anglais en première année du primaire.

En outre, les Québécois sont encore moins riches que la moyenne canadienne. Le filet social n'est pas étanche. La mondialisation présente autant de nouvelles menaces que de nouvelles occasions, fait renaître les identités nationales et montre bien que ce sont les pays, pas les provinces, qui mènent le monde.

La thèse des raisins (dirait-on des raisins secs) de la colère n'est guère solide. Du moins, on peut lui en opposer une autre très facilement que le professeur Guay n'a pas réfutée. Si la thèse est faible, sa conclusion l'est tout autant. On n'est guère plus avancé.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides

vennem@fides.qc.ca



»» Conseil de la souveraineté

Conseil de la souveraineté: l'heure de l'action est venue

Geneviève Otis-Dionne
Le Devoir lundi 27 octobre 2003

Le Conseil de la souveraineté est prêt à passer à l'action. Formé en décembre 2002 à l'initiative de l'ancien premier ministre, Bernard Landry, le Conseil a maintenant terminé de développer sa structure et souhaite prendre davantage d'espace sur la place publique pour faire la promotion du projet qui lui tient à coeur: la souveraineté du Québec.

Selon Gérald Larose, président du Conseil, le 14 avril «a marqué la fin d'un cycle politique» et, contrairement à «ce que nous disent certaines analyses à courte vue, loin d'être une solution dépassée, la souveraineté apparaît aujourd'hui comme la seule susceptible d'assurer à la société québécoise un développement harmonieux».

Depuis sa formation l'hiver dernier, l'organisme à but non lucratif a travaillé à mettre sur pied une structure «légère, militante et citoyenne avec l'aide de Québécois qui y travaillent bénévolement. [...] Le Conseil est composé d'individus qui proviennent de différentes organisations et qui représentent toutes les tendances de la famille souverainiste québécoise», a expliqué M. Larose en conférence de presse hier.

Le Conseil souhaite entreprendre, au cours des prochaines semaines, une série d'activités visant à promouvoir la souveraineté du Québec.

Le 9 novembre, l'organisme invite les Québécois à participer à un premier forum public, qui se déroulera sur le thème À l'heure du Québec. Le 17 novembre, au Lion d'Or, se tiendra la première des huit soirées-débats que le Conseil veut organiser. Le thème de la soirée sera: Peut-on enterrer la souveraineté?

Par ailleurs, le Conseil doit dévoiler sous peu le nom des personnes membres de quinze commissions d'experts qui auront comme mandat d'intervenir publiquement, en leur propre nom et selon leur expertise, pour faire valoir les avantages de la souveraineté et pour dénoncer toute tentative de diminution des pouvoirs de l'État québécois.

La souveraineté est toujours d'actualité

En conférence de presse, M. Larose a notamment répondu aux propos du politologue Jean-Herman Guay, qui a conseillé au Parti québécois, lors de son conseil national le 18 octobre dernier, de «faire le deuil de certains rêves». Selon M. Guay, le fait que les raisins de la colère aient disparu au Québec, par exemple l'insécurité linguistique, engendre une importante baisse de popularité de l'option souverainiste au sein de la population québécoise.

«La souveraineté, ça ne peut pas être le fruit de raisins de la colère. Ce sera plutôt le fruit des raisins de la passion, répond M. Larose. Nous avons des raisons objectives de faire la souveraineté, pour assurer notre développement économique, notre qualité de vie sociale et notre rayonnement culturel.»

«Jean-Herman [Guay] a une lecture défensive de la souveraineté, alors qu'il faut en avoir une lecture offensive», a-t-il ajouté. M. Larose soutient que l'option souverainiste occupe encore une place importante dans le coeur des Québécois et appuie ses paroles par les résultats du dernier sondage CROP, en septembre dernier, dans lequel 44 % des Québécois se déclaraient souverainistes.

Gérald Larose soutient également que «les gens embarquent d'une façon extraordinaire» dans l'aventure du Conseil. D'après lui, l'organisme a toutes les raisons d'exister et doit poursuivre la promotion de la souveraineté.

Pour le président du Conseil, la «provincialisation» du Québec au sein du Canada et la «dépendance économique» envers Ottawa, sont deux raisons importantes pour réaliser la souveraineté dès aujourd'hui. «Tant le progrès économique que le développement culturel en dépendent», a-t-il affirmé.

«À Québec, on a atteint l'extrême limite tant en ce qui a trait aux revenus qu'en ce qui concerne les dépenses. Nos gouvernements, quelle que soit leur obédience politique, se retrouvent dans un état d'extrême vulnérabilité», soutient M. Larose.

Devant cette réalité, le Québec a deux choix: soit récupérer l'ensemble des ressources nécessaires au développement de la population québécoise ou se retourner «contre son propre peuple en tentant de le culpabiliser pour avoir laissé se développer un État qui taxe à ce point et qui engage une pléthore de fonctionnaires».

Selon M. Larose, le recentrage de l'État et de ses responsabilités a déjà été réalisé sous les gouvernements de Robert Bourassa et de Lucien Bouchard. «Ce qu'on remet aujourd'hui en question, c'est l'État lui-même, ce qui ne peut être que très dangereux pour le Québec, étant donné sa position objective sur le continent nord-américain.»

Le Conseil prévoit d'ailleurs tenir un débat au mois de décembre intitulé Comment arrêter le saccage avant l'indépendance.

D'ici cinq ans

M. Larose désire vivre dans un Québec souverain dans moins de cinq ans. Pour réaliser son projet, il veut accentuer le dialogue entre les souverainistes du Québec et mobiliser la population. À cet égard, l'organisme veut créer la Toile du Conseil, regroupant des personnes en faveur de la souveraineté partout sur le territoire.

Le Conseil a également lancé hier son slogan, À ma façon, et un logotype coloré. Le slogan représente la vision du Conseil qui se veut un lieu de rassemblement pour les souverainistes de toutes tendances. Le logotype, une fleur de lys arrondie, est dessiné de différentes couleurs, dans le but de montrer la diversité de la société québécoise. La pointe de la fleur de lys reste cependant blanche, illustrant le travail qu'il reste à faire pour réaliser la souveraineté.

Pour M. Larose, cette souveraineté ne se réalisera pas grâce à des «conditions gagnantes», qui ont placé «cette question dans un état d'attentisme et de prudence», mais plutôt en regroupant «les forces vives de la société civile québécoise autour de l'objectif de la souveraineté».



»» Hydro-Québec

Qu'on se branche!

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 27 octobre 2003

ÉDITORIAL - Hydro-Québec vient de présenter un plan stratégique qui, une fois adopté par le gouvernement, relancera de façon déterminée les projets de construction de centrales de production d'électricité au Québec. Malheureusement, nous n'avons toujours pas l'impression qu'il existe une vision stratégique moderne derrière ce plan, encore moins une vision politique intégrée du développement énergétique au Québec.

Le plan stratégique présenté jeudi dernier par la direction d'Hydro-Québec vise à répondre aux besoins de la province pour les prochaines décennies, soit, mais les motifs à l'origine de ces projets manquent de logique.

Ce que nous dit la société d'État, c'est que nous approchons dangereusement du niveau maximum de consommation. En conséquence, il faut recommencer à construire pour éviter une crise de l'envergure de celles qui ont touché certains États américains au cours des dernières années. Or, comme l'érection de grands barrages exige beaucoup de temps et qu'on ne peut pas se permettre d'attendre, il faut construire tout de suite une usine d'importance alimentée au gaz naturel.

Comment se fait-il que nous ayons à faire face à une telle urgence alors que tout semblait au beau fixe il n'y a pas si longtemps?

La réponse coule de source. Des 11 TWh supplémentaires qui seront nécessaires chaque année à l'horizon 2008 pour répondre à la demande, les deux tiers seront utilisés par les industries grandes consommatrices d'énergie, dont 4,3 TWh par la seule aluminerie Alouette de Sept-Îles pour son projet d'agrandissement. Pendant la même période, la croissance de la demande du secteur résidentiel n'aura exigé qu'un petit TWh de plus annuellement ...

Ce cadeau incroyablement généreux du gouvernement Landry consenti aux alumineries, après avoir critiqué ce genre de subventions dont l'origine remonte à l'époque où les libéraux eux-mêmes signaient des contrats secrets, entraînera une hausse permanente des tarifs de 2 % pour tous les Québécois. Des centaines de millions par année... Et comme l'aluminerie entrera en exploitation dès le début de 2005, elle privera Hydro-Québec d'une marge de manoeuvre indispensable pour éviter la pénurie.

Pas besoin d'être fort en thème pour en déduire que cet engagement du gouvernement Landry fournit un argument de poids à Hydro-Québec pour relancer son projet de grande usine au gaz d'une capacité équivalente aux besoins de l'aluminerie. Gaz Métropolitain ne lui appartient-il pas? Heureusement qu'en prenant le pouvoir, le gouvernement Charest s'est empressé d'annuler un autre engagement du même genre, à l'endroit d'Alcoa cette fois, à qui on venait tout juste de promettre un bloc énergétique aussi imposant que celui d'Alouette pour une usine qu'on projetait de construire à Deschambault.

***

Tout en admettant que le Québec doit reprendre la construction de grandes installations de production pour faire face à l'avenir, ne faut-il pas d'abord se demander si l'utilisation que nous faisons présentement de notre électricité est optimale? On ne trouve presque rien dans le plan d'Hydro-Québec pour nous rassurer quant à la volonté de la société d'État d'améliorer l'efficacité énergétique des petits et grands consommateurs québécois. À l'heure actuelle, Ottawa fait plus en cette matière que le gouvernement du Québec. Dans le cadre du protocole de Kyoto par exemple, Ottawa crée des programmes d'efficacité énergétique alors que le Québec traîne les pieds et s'apprête à accroître ses émissions de gaz à effet de serre. De son côté, Hydro-Québec tente de profiter du changement de gouvernement pour réaliser son rêve: devenir le plus gros et le plus rentable des vendeurs de chaussettes du Québec. D'ici quelques années, Hydro entend produire plus d'électricité et dégager encore plus de profits pour son actionnaire. Mais elle n'a toujours pas de vision cohérente de la place de l'énergie dans le développement du Québec. Pour Hydro-Québec, le concept de développement durable est un slogan commercial, sans plus.

Il y a beaucoup trop de petite politique dans ce merveilleux monde de la production d'électricité. En conséquence, certains souhaiteraient que le gouvernement laisse le conseil d'administration d'Hydro-Québec décider seul de ses orientations. Ce ne serait pas une bonne idée. Après tout, l'actionnaire, c'est le gouvernement. C'est à lui qu'il appartient, en notre nom, de fixer les orientations et d'accepter les projets d'investissements de cette très grande entreprise. Hydro-Québec a besoin qu'on lui indique la voie à suivre, mais cette dernière doit découler d'un plus large consensus parmi les Québécois.

Pour y parvenir, il faut certainement plus qu'une commission parlementaire: il faut que le gouvernement du Québec élabore un projet d'orientation et le soumette à la consultation publique, comme ce qui a été fait dans le cas de la politique de l'eau. Sans une telle consultation, sans un débat ouvert et bien documenté, les orientations de la société d'État continueront d'être ballottées entre les caprices des politiciens et les lubies des gestionnaires.



»» défusions
»» les ti-mensonges

Mensonge et défusion

Michèle Ouimet
La Presse lundi 27 octobre 2003

Éditorial - Tout le monde ment dans le dossier des défusions: le premier ministre Jean Charest, le ministre des affaires municipales, Jean-Marc Fournier, et les défusionnistes membres du parti du maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Pas des gros mensonges, seulement des demi-vérités qui sèment une extraordinaire confusion. Au milieu de ce gâchis: le pauvre maire Tremblay qui essaie de sauver sa ville et qui n'en finit plus de recevoir des coups de couteau dans le dos.

Commençons par le premier ministre. Jean Charest a promis de consulter la population. Attention! il n'a pas promis de recréer les anciennes villes. Non, non, non! il a promis de consulter. Nuance, précisent les stratèges libéraux.

Voyons donc! Personne n'est dupe de ce ridicule jeu de cache-cache sémantique. Le premier ministre devrait dire les vraies affaires: on défusionne ou on ne défusionne pas. Point final. De grâce, assez de ce demi-discours qui, en fin de compte, prend les gens pour des imbéciles!

Il faut avoir le courage de ses promesses électorales. Mais il faut aussi avoir le courage de reconnaître qu'une promesse ne tient plus la route parce que le prix à payer est trop élevé.

Au tour du ministre des Affaires municipales, maintenant. Jean-Marc Fournier manie l'ambiguïté avec un grand art. Il aime parler et ses phrases ont tellement de mots qu'elles donnent le tournis.

Les défusionnistes sont inquiets parce qu'ils croient que le ministre va multiplier les obstacles afin de rendre le vote en faveur de la défusion très difficile. Il ne faut pas truquer les règles démocratiques, disent-ils. Ils ont raison. Nous sommes en faveur des fusions, nous l'avons écrit plusieurs fois, mais nous croyons aussi dans une démocratie transparente sans tricherie ni entourloupettes.

Autre sujet d'inquiétude des défusionnistes: jamais ils ne pourront recréer leurs anciennes municipalités. Pendant la commission parlementaire, Jean-Marc Fournier leur a parlé comme s'ils étaient des demeurés. Tut, tut tut, vous ne pourrez pas retrouver vos anciennes villes, leur a-t-il souvent répété.

Dans ce cas, que faisons-nous dans cette galère, pourquoi tous ces chichis et cette incroyable mobilisation qui va jeter des dizaines de villes dans l'exercice périlleux du référendum?

Le gouvernement se rend compte qu'il s'est mis les pieds dans un épouvantable bourbier mais au lieu d'admettre qu'il s'est trompé et que les défusions seront un désastre pour Montréal qui risque l'éclatement, M. Fournier se passionne pour le scénario de décentralisation du mandarin Louis Bernard, scénario qu'il essaie de déguiser en solution de rechange pour la défusion. Qui croit-il tromper?

Et que dire des huit membres du parti de Gérald Tremblay qui se sont précipités, vendredi, à un point de presse qui s'est déroulé- surprise!- à Westmount avec une brochette de conseillers défusionnistes pour demander à Jean Charest de respecter sa promesse de tenir des référendums?

Et ils ont le culot de dire qu'ils ne sont pas défusionnistres et qu'ils ne trahissent pas leur chef, Gérald Tremblay. Pourquoi ne démissionnent-ils pas pour militer ouvertement en faveur des défusions? Et pourquoi le maire, qui semble complètement dépassé par l'ampleur de la fronde, ne les met-il pas à la porte?

Gérald Tremblay est seul dans la tourmente. Il ne peut pas compter sur l'aide du gouvernement puisque c'est lui qui l'a jeté dans ce bourbier.



»» déséquilibre fiscal

Manley aims for surplus subterfuge

Our Finance Ministry has declared so often that it has topped its targets, it's sounding positively Soviet, says JIM STANFORD. How about some economic transparency, comrades?

Jim Stanford
The Globe and Mail Monday, October 27, 2003

In the former Soviet Union, each company or factory was assigned an output quota under the central economic plan. For example, a tractor factory in Minsk might be instructed to produce and deliver 100,000 tractors per year. Managers who met or exceeded their quotas received extra bonuses or privileges -- sort of like Soviet-era stock options.

Now, Soviet factory managers were not stupid people. They soon learned that by low-balling their true production capacities, they made it easy to exceed the official quota and hence pocket a juicy bonus. This was good for the managers, but bad for the system: The quotas bore increasingly little relationship to the true productive capacity of Soviet firms.

Soviet central planning is a thing of the past, of course. But this Soviet-style charade of phony quotas, and phony over-performance, lives on in a most unlikely venue: Canada's Ministry of Finance.

Last week, Finance Minister John Manley stood up in the House of Commons, his arms raised in triumph, to announce that (yawn) the federal government had brought in yet another "larger-than-expected" fiscal surplus.

Ottawa raked in $7-billion more than it paid out in the fiscal year ending March 31 -- despite a slowing economy, the onset of SARS, and several last-minute expenditures announced at year's end to soak up some of the excess funds washing around federal coffers. The final surplus was more than twice as large as the government's official $3-billion target.

The Finance Minister and his teammates cheered this quota-busting performance. But Canadian taxpayers shouldn't get quite so excited. The practice of booking "unexpectedly" large surpluses is now an entirely predictable feature of federal budgeting. And the glow of success in which finance ministers used to bask when they "beat" their targets, is gradually turning to a well-deserved cynicism regarding Ottawa's budget practices.

Ottawa's official budgets now bear no more relationship to the country's fiscal reality than did the last Soviet five-year plan to that tractor factory's true productive potential. Instead of applauding a finance minister who yet again exceeds his quota, we should challenge him to present an honest forecast -- not the politicized and manipulative documents which now pass for budgets in Ottawa.

Mr. Manley's $7-billion surplus marks the ninth year in a row that Ottawa has exceeded its own bottom-line target. The cumulative over-performance during this time now exceeds an incredible $80-billion.

Each year-end fiscal result erred in the same "upward" direction: That is, the initial deficits were much smaller than expected, and the subsequent surpluses much larger. In theory, people learn from their mistakes and adjust their actions accordingly. In Ottawa, however, missing your targets by predictable billions of dollars each year is perversely celebrated.

This consistent over-performance is no accident: It is pre-ordained by the Finance Ministry's manipulative and misleading budgeting practices.

The budget starts by building in a $3-billion contingency reserve (which now doubles as the government's "official" surplus estimate). It adds extra financial cushion for "prudence," in case of economic weakness. It typically adjusts consensus economic forecasts downward to provide additional wiggle-room. Then, behind the scenes, it low-balls its internal revenue estimates, which are consistently low (even after accounting for conservative economic assumptions).

The end result is a budget so padded with extra funds it would take a fiscal or economic catastrophe for Ottawa to miss its target (in which case we would actually want government to run a deficit). The conservative-leaning economists invited to consult with the minister applaud this biased approach: Since they almost uniformly desire less government spending and more debt reduction, the "unplanned" debt reduction which is the obvious result of this process is clearly to their liking.

For other Canadians, however, the practice is dubious and insulting.

We could have an honest debate in this country about whether $80-billion worth of incremental debt reduction should indeed be our top fiscal priority, or whether other goals are more important. In a year when Canadians have been repeatedly reminded (SARS, tainted meat, blackouts, hurricanes, fires and floods) why a well-funded public infrastructure is essential to the quality and security of their lives, I might guess at the outcome of that debate.

Instead, however, we have a government which consistently lies to Canadians about how much money it actually has, generating a slush fund for whatever pet project is deemed most politically convenient at year's end. By default, unfortunately, that priority is usually extra debt reduction. Paul Martin, who pioneered this phony but politically convenient "prudence," claims he is committed to making Parliament more transparent and democratic.

Let's see if he starts by ensuring the first budget that comes down after he becomes prime minister is, for a change, an honest one.

Jim Stanford is an economist with the Canadian Auto Workers. He has no "contingency reserve" in his own household budget.