
»» La saison des idées du Parti québécois
Le PQ fait face à un double défi:
transformer un parti et faire un pays
Daniel Turp
Député de Mercier à l'Assemblée nationale du Québec et membre du Comité de coordination des chantiers de modernisation du Parti québécois
Le Devoir mercredi 29 octobre 2003
Le 14 avril 2003, les citoyens ont préféré le Parti libéral au Parti québécois pour gouverner le Québec. Le Parti québécois doit dès maintenant entreprendre une vaste opération visant à démontrer aux Québécois qu'il mérite à nouveau leur confiance. Cette confiance ne sera renouvelée que si le Parti québécois fait de la modernisation non pas un slogan creux mais une démarche rigoureuse.
En ma qualité de membre du Comité de coordination des chantiers de modernisation, j'ajoute aujourd'hui ma voix à ceux qui ont donné suite à l'appel lancé par le président du PQ, Bernard Landry. J'invite les membres du PQ ainsi que les citoyens du Québec à engager ainsi une réflexion sur la transformation du parti, le renouvellement du programme et le projet de pays.
La transformation du parti
Le Parti québécois est un parti de militants auquel des droits et des prérogatives d'importance ont été reconnus, maintenus et élargis. Les membres animent par ailleurs le parti à travers une multitude d'instances nationales, régionales et de circonscription. D'aucuns suggèrent aujourd'hui que ces instances sont lourdes et qu'elles ne délibèrent plus de façon efficace. Les membres et les instances du parti ont dû s'adapter à l'exercice du pouvoir, et il n'est sans doute pas exagéré de dire que le parti s'est souvent effacé au profit du gouvernement et que le cumul de la fonction de premier ministre du Québec et de président du Parti québécois a privé le parti et de ses membres de la possibilité d'assumer pleinement le rôle critique que devrait toujours être celui du parti.
Aujourd'hui, le PQ est invité par son président à lancer des réformes qui, tout en s'inscrivant dans la continuité, sont susceptibles d'opérer une révision profonde de son fonctionnement. Dans sa recherche de nouveaux modes de fonctionnement, il sera d'ailleurs utile pour le PQ de s'intéresser aux expériences de partis politiques étrangers, notamment des formations politiques des Amériques et d'Europe. Les enseignements tirés de la création récente de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) et de la rénovation en cours au sein du Parti socialiste français pourraient notamment servir d'inspiration au Parti québécois.
Dans cette perspective, je soumets à l'examen des chantiers les questions suivantes :
- l'élection au suffrage universel non seulement du président du parti mais également d'un secrétaire national appelé à devenir le premier officier du parti lorsque le président du parti assume la fonction de premier ministre du Québec;
- l'institution de courants visant à rassembler, au sein du PQ, diverses sensibilités indépendantistes et progressistes;
- l'allégement des instances du parti et la création éventuelle de secrétaires et de conseillers nationaux chargés de dossiers actuellement dévolus à des comités nationaux;
- l'application de la règle de la parité hommes-femmes dans les instances du parti et d'une règle d'équité intergénérationnelle et de d'inclusion culturelle au sein de ses instances.
Le renouvellement du programme
Le Parti québécois est un parti d'idées. Ses idées ont façonné le Québec contemporain et se sont retrouvées dans un programme qui s'est enrichi à chacun de ses congrès nationaux. Le programme actuel du PQ compte 209 pages et consiste en une série d'engagements de nature politique (chapitre 1), sur la vie culturelle (chapitre 2), sur le développement durable des richesses collectives (chapitre 3), sur le Québec et ses régions (chapitre 4) et dans le domaine social (chapitre 5). Il comporte des engagements qui sont tantôt réalisables à l'intérieur du cadre fédéral canadien, d'autres qui ne sont susceptibles d'être adoptées que par un Québec souverain.
Le renouvellement du programme du PQ semble aujourd'hui s'imposer tant à l'égard de sa forme que de son contenu. Ici, comme pour la transformation du parti, l'opération de renouvellement du programme pourrait s'inspirer d'expériences d'autres partis politiques. Dans cette perspective, rares sont les partis politiques dont les documents fondamentaux ont la longueur du programme du Parti québécois. L'un des constats qu'il est également permis de faire est que plusieurs partis politiques ont adopté des déclarations de valeurs ou de principes ainsi que des orientations générales. S'agissant de mesures et d'engagements précis, un nombre significatif de partis politiques n'ont pas de programme, mais privilégient l'adoption de documents d'orientation, lesquels inspirent ultérieurement le contenu de leur plate-forme électorale. Quant à la forme que prennent les propositions d'accession à la souveraineté chez certains partis politiques, un «projet politique» est formulé par le Parti nationaliste basque alors qu'un «manifesto» décrit la démarche d'accession à la souveraineté du pays de Galles proposé par le Plaid Cymru.
Dans cette perspective et s'agissant du renouvellement du programme du Parti québécois, je soumets à l'examen des chantiers les questions suivantes :
- la rédaction d'un programme dans une forme assurant sa lisibilité et son accessibilité;
- le renouvellement du programme par l'élaboration de trois documents distincts, à savoir une déclaration de principes fondateurs, un énoncé d'orientations générales ainsi qu'une plate-forme électorale;
- la description dans le programme de la démarche d'accession et du plan de transition vers la souveraineté.
Le projet de pays
Au nom de la modernisation, plusieurs membres du Parti québécois réclament que l'on définisse le projet de pays et décrive les politiques et les institutions d'un Québec souverain. L'adhésion de plusieurs personnes au projet d'indépendance du Québec, et notamment celle des jeunes, semble aujourd'hui intimement liée à la capacité du Parti québécois d'imaginer, pour les générations actuelles et futures, le pays du Québec. Il ne s'agit pas ici de proposer que soit épuisé le débat sur le projet de société et de priver les générations futures de la possibilité de modeler le pays au gré de leurs convictions mais plutôt d'esquisser les contours du pays à faire naître.
Quelques idées pourraient permettre d'initier le débat et alimenter les discussions des membres sur la question du pays pendant la saison des idées. Ainsi, on pourrait envisager que le projet de pays soit intimement lié au principe du développement durable et que le futur pays du Québec utilise ce concept structurant et ses quatre piliers -- l'équité sociale, l'efficacité économique, la diversité culturelle et la prudence environnementale -- pour formuler l'ensemble des lois, politiques et programmes en toutes matières.
Le projet de pays devrait également se traduire par des propositions concernant les institutions d'un Québec souverain. Une nouvelle réflexion s'impose sur ces institutions à la lumière des débats et recommandations formulées par les États généraux sur la réforme des institutions démocratiques. Les travaux des États généraux et les expériences étrangères devraient notamment inspirer les membres du PQ lorsqu'il s'agira de définir des institutions qui assureront une véritable participation citoyenne et l'institution d'une authentique démocratie participative pour le Québec.
Un pays souverain se définit aussi par ses relations internationales et il serait également opportun de mettre à jour le chapitre de l'actuel programme du PQ consacré aux grands axes et aux outils d'intervention en matière de relations internationales. Des développements sur la défense nationale s'imposent par ailleurs et l'examen de cette dernière question pourrait permettre un débat sur les ressources qu'un Québec souverain serait disposé à investir dans la défense nationale.
Quant au projet de pays, on pourrait également prévoir le processus par lequel les choix devront être faits aux lendemains de l'accession du Québec à l'indépendance nationale. L'institution d'une commission constituante ou d'une convention nationale pourrait être prévue avec la responsabilité de donner au projet de pays une forme constitutionnelle et le mandat de rédiger une Loi fondamentale du Québec.
Ce projet de pays pourrait être inclus dans le programme du Parti québécois mais pourrait aussi se retrouver dans un document distinct et complémentaire auquel pourraient adhérer des partis politiques, des groupes émanant de la société civile ainsi que les citoyens du Québec. Ainsi, la description des politiques et institutions du pays, de même que le processus par lequel ces politiques et institutions seraient enchâssées dans un instrument constitutionnel, pourraient se retrouver dans un manifeste pour le pays du Québec.
Quant au projet de pays, je propose de soumettre à l'examen des chantiers les questions suivantes :
- le choix du développement durable et de ses quatre piliers -- l'équité sociale, l'efficacité économique, la diversité culturelle et la prudence environnementale -- comme principe structurant dans la formulation de l'ensemble des lois, politiques et programmes d'un Québec souverain;
- la définition des institutions nécessaires à l'émergence d'une véritable participation citoyenne et d'une authentique démocratie participative pour le Québec;
- l'examen des grands axes et des outils d'intervention en matière de relations internationales et de défense nationale;
- l'institution d'une commission constituante ou d'une convention nationale ayant la responsabilité de donner au projet de pays une forme constitutionnelle et le mandat de rédiger une Loi fondamentale du Québec;
- l'idée d'un manifeste pour le pays du Québec comme document distinct et complémentaire au programme.
Les idées évoquées ci-dessus s'ajoutent ainsi à celles qui ont déjà été formulées en ce début de la saison des idées. Les gens qui ont animé et construit le Parti québécois, tout autant que ceux qui veulent l'investir aujourd'hui, ont le défi de formuler un projet suscitant l'adhésion et l'enthousiasme. J'invite les personnes -- membres ou non du Parti québécois -- à enrichir par leurs idées la réflexion d'un parti qui veut continuer de faire avancer le Québec et lui proposer un audacieux projet de pays.

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Le PQ est devenu un parti qui se parle tout seul
Trente-cinq ans de recul sur l'essentiel
André Larocque
Membre du groupe fondateur du Parti québécois
Le Devoir mercredi 29 octobre 2003
Trente-cinq ans d'existence, 18 ans au pouvoir, cinq premiers ministres, neuf élections, deux référendums... et on n'y est toujours pas! Même qu'à l'inverse, le Parti québécois vient de tomber à un niveau de soutien populaire le plus faible depuis 30 ans. Son administration a provoqué le taux de participation électorale le plus bas depuis plus d'un demi-siècle. Il a été défait d'abord par l'apathie de l'électorat péquiste.
Il n'y a pas une personne ni un organisme qui, avec un bilan aussi négatif sur l'essentiel, ne procéderait pas à un sérieux examen de conscience. Or, au lieu de réévaluer le véhicule, le PQ donne tous les signes de vouloir poursuivre sur le même chemin avec le même monde et sur le même air. J'étais membre de l'équipe qui a organisé et convoqué le congrès de fondation tenu à Québec du 11 au 14 octobre 1968. Je me crois en droit de donner mon opinion sur le véhicule.
Sûrement qu'une bonne source d'inspiration, pour commencer, serait de retourner à l'esprit du fondateur du parti. Bien sûr, les dirigeants du PQ ont toujours machinalement un mot de politesse pour le père fondateur, mais il y a belle lurette que le coeur de l'héritage de René Lévesque a été laissé pour compte. S'il y a une ferveur qui brûle encore, elle se fait bien davantage sentir pour Pierre Bourgault. Or passer de Lévesque à Bourgault, en 35 ans, c'est passer de l'engagement démocratique à la rhétorique souverainiste, de l'implication active des citoyens aux discours pour initiés, de la construction d'un pays dans le concret à la fixation sur un parti politique devenu une fin en soi. En 1968, un nouveau parti a été créé pour se mettre au service des Québécois. Aujourd'hui, ce parti attend que les Québécois se mettent au service de son programme.
A-t-on si vite oublié que dès le départ, dans Option Québec, René Lévesque martelait que la souveraineté n'est pas la fin mais le moyen ? Sur le plan politique, la fin est l'épanouissement démocratique de cette société. Les gouvernements Lévesque ont été précisément cela : une charge à fond de train, unique dans notre histoire, pour redonner aux citoyens la propriété de leurs moyens politiques : financement des partis politiques, refonte de la loi électorale, loi sur la consultation populaire, loi sur la représentation populaire, loi sur l'accès aux documents publics, etc. Or la sensibilité du PQ face aux exigences démocratiques est aujourd'hui -- quelques individus mis à part -- pratiquement nulle.
La souveraineté comme fin en soi
C'est Jacques Parizeau qui a été le premier grand instigateur du renversement des valeurs au PQ : à partir de lui, la souveraineté devient une fin en soi; le programme démocratique -- quand il y en a un --, c'est pour après le grand soir. De nos jours, il n'y a plus que les «vieux» pour se rappeler que René Lévesque s'était opposé au nom donné au parti. Il n'y a nulle part ailleurs de Parti américain, de Parti français ou de Parti allemand. L'appropriation du nom du pays par un parti contenait tous les risques de subordonner les intérêts du pays au parti. Aujourd'hui au PQ, le parti se définit comme synonyme de souveraineté, son élection en est l'incontournable condition; l'appuyer est la seule façon d'être honorablement québécois ! Hors du PQ, point de souveraineté ! Si le Québec n'est pas encore souverain, c'est que les Québécois n'ont pas encore bien entendu l'appel, pas encore bien compris le message du parti...
Lucien Bouchard a poursuivi dans la même veine, avec, comme l'administration Parizeau, un programme démocratique nul. La grande opération des fusions municipales, même pour ceux qui sont favorables aux fusions, est devenue, aux yeux de la population en général, le prototype même de l'exercice antidémocratique par excellence. Au moins, à son départ, Lucien Bouchard a-t-il pris soin de rappeler que le parti avait oublié les citoyens en chemin. Il a appelé à l'examen de conscience. C'était la première version de la «saison des idées». On attend toujours.
Bernard Landry a été le chef du PQ le plus près de ressembler à René Lévesque. Les états généraux sur la réforme des institutions démocratiques lui ont fourni un projet de société complet pour l'appropriation de ses institutions par les citoyens. Il a eu le courage de s'engager mais pas celui de mener à terme. Pour René Lévesque, la souveraineté populaire conduit à la souveraineté de l'État et non l'inverse. Devant les états généraux réunis, Bernard Landry a proclamé la démarche exactement contraire. Le programme des états généraux était précisément celui de René Lévesque. Le PQ n'a pas trouvé le moyen d'y déposer le moindre mémoire, même pas sur le mode de scrutin, que son fondateur jugeait pourtant «démocratiquement infect».
Discours stériles
Aujourd'hui, nous sommes convoqués à une nouvelle «saison des idées». On nous dira qu'il faut «cesser d'espérer la souveraineté et commencer à la faire», comme s'il n'y avait pas de nombreux citoyens sur le terrain qui la construisent au jour le jour. On nous dira qu'il faut désormais une vaste coalition favorable à la souveraineté, comme si le PQ, avec ses purs et durs, n'en était pas justement le principal obstacle. On nous dira que la souveraineté n'est pas juste affaire d'État alors qu'hier, le gouvernement PQ s'est bien volontiers tout absorbé dans les seules affaires administratives et qu'on attend toujours de lui un projet de société. On nous dira qu'il nous faut être une société distincte comme si nous ne l'étions pas, et fort admirablement, depuis longtemps. En somme, après 35 ans, le PQ est un parti qui se parle tout seul.
À la mort de Pierre Bourgault, les médias ont largement parlé du geste généreux qu'il avait eu de sacrifier le RIN pour que vive le PQ. Ce n'est certainement pas l'interprétation qu'en avait René Lévesque. Comme Lévesque le craignait, le suicide du RIN a catapulté vers le PQ une foule de militants intraitables pour lesquels la souveraineté est une fin en soi et pour lesquels il faut s'en tenir mordicus au discours étanche jusqu'à ce que le bon peuple finisse par comprendre et se rallier. Depuis des années, c'est le Québec modéré des régions qui met le PQ au pouvoir. Pendant ce temps, ce sont les radicaux du PQ qui perpétuent les discours stériles, maintiennent le parti loin du monde et nourrissent l'image d'un parti intolérant, hautain, plein de lui-même.
Quand les statuts du Parti québécois ont été élaborés, en 1968, René Lévesque disait à la blague, mais avec un fond de sérieux, qu'il voulait un article qui ferait que le parti cesserait d'exister après 15 ans. Pour lui, un parti pouvait difficilement conserver son élan démocratique plus longtemps. En octobre 2003, le PQ aura vécu plus de deux vies. Son élan démocratique est nul. Le parti nous promet des idées alors que la seule idée permanente depuis longtemps est de donner le pouvoir à ses dirigeants.
La parole aux citoyens
La vraie idée neuve serait de faire un vrai retour aux citoyens. Rien de mieux pour refaire le lien avec les citoyens que d'aller non pas leur parler encore une fois mais de les écouter. Qu'est-ce qui empêche le parti de créer un large comité interne chargé de parcourir toutes les régions du Québec et d'écouter pour apprendre où en sont les citoyens sur la question de la souveraineté en particulier et sur leurs attentes en général ? En un mot, une version maison des grandes consultations menées par la commission Bélanger-Campeau et par les commissions nationale et régionales sur l'avenir du Québec, qui ont révélé une quantité fantastique d'aspirations citoyennes pour lesquelles il n'y a cependant jamais eu de suite.
Par contre, il n'est même plus sûr qu'un PQ reconverti à son engagement démocratique de départ sera suffisant. Le Québec politique a besoin d'un projet de société, non pas d'un projet de parti. Cette société a besoin d'une dynamique politique nouvelle vraiment axée sur la souveraineté des citoyens face à leurs institutions d'aujourd'hui et pour demain. D'un mode de scrutin qui fasse de l'Assemblée nationale un instrument qui ressemble à ses citoyens. D'initiative populaire qui fasse du peuple le premier législateur chez lui. De responsabilité directe du gouvernement au peuple. D'une Constitution qui mette les institutions et les partis politiques au service des citoyens plutôt que l'inverse.
S'il y a une grande coalition au Québec à assurer, c'est celle-là. Les États généraux avaient commencé à en tracer les formes. Seul un rebrassage sérieux de nos institutions sera capable demain de faire en sorte qu'apparaissent sur le front politique les qualités de créativité et de leadership que l'on voit sur tous les autres fronts dans notre société à l'heure actuelle.
Remonter le courant, de Pierre Bourgault à René Lévesque : un défi de grande taille ! Le PQ n'en est probablement plus capable. Fort heureusement, comme l'ont éloquemment démontré les participants aux états généraux, les citoyens, eux, sont restés beaucoup plus près de l'esprit du fondateur du PQ.

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L'héritage de René Lévesque
André Larocque revient pour donner suite à un testament politique jamais déposé
Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 15 et dimanche 16 février 2003
La tenue prochaine des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques apparaît comme l'occasion de compléter l'héritage de René Lévesque en matière de démocratie. Inspirée par le démocrate populiste que fut René Lévesque, la réflexion se fera autour du pouvoir aux citoyens.
Pour tous ceux qui questionnent la pertinence de l'exercice enclenché par le gouvernement du Parti québécois, le sous-ministre responsable du dossier, André Larocque, qui occupait les mêmes fonctions auprès de René Lévesque, soutient que le thème est toujours d'actualité. La crise de confiance des citoyens est bien réelle, estime-t-il.
«Comment peut-on penser qu'il s'agit d'un projet dépassé ? Le pouvoir aux citoyens est toujours aussi nécessaire, d'autant plus nécessaire qu'ils sont déçus. Ils n'ont pas voix au chapitre. Le gouvernement gouverne au-dessus de la tête du monde», lance M. Larocque avant d'ajouter, le sourire aux lèvres : «On reprend là où le dossier a été suspendu... près des gens.»
C'était là la véritable préoccupation du fondateur du Parti québécois : faire confiance au jugement des citoyens qui sont, en démocratie, les seuls propriétaires de leurs institutions politiques. Ainsi, dès son arrivée au pouvoir en novembre 1976, le gouvernement Lévesque entreprit une vaste réforme électorale et parlementaire. Après avoir mis en place la Loi régissant le financement des partis politiques, la pièce maîtresse de l'héritage de René Lévesque, le gouvernement du Parti québécois a procédé à une refonte complète de la loi électorale qui avait des relents duplessistes. Puis, il a adopté la Loi sur la représentation électorale (carte), celle sur la consultation populaire et celle permettant l'accès aux documents publics.
Mais de grands pans de cette réforme n'ont pas vu le jour : réforme du mode de scrutin, élection du premier ministre au suffrage universel, élections à date fixe, référendums d'initiative populaire. La volonté y était pourtant. Dans son discours inaugural de 1981, M. Lévesque annonçait l'intention de son gouvernement de poursuivre sur cette voie.
«Pour ce qui est de l'intégrité et de la transparence du gouvernement lui-même, nous savons tous qu'un deuxième mandat en constitue le test par excellence; nous savons comment trop de gouvernement ont fini. [...] Il faut pourchasser avec la plus grande vigueur toutes ces tentations de facilité, de laxisme, dont on connaît les résultats et qui surgissent infailliblement lorsqu'un séjour au pouvoir se prolonge. Je crois pouvoir affirmer que nous y sommes résolus», a alors déclaré le premier ministre Lévesque.
Mais la défaite référendaire de 1980 changea la dynamique au sein du Parti québécois. «Le doute s'était installé. Et la réforme du mode de scrutin a été court-circuitée par Jacques Parizeau et Marc-André Bédard, qui était le ministre responsable du dossier. Je me suis juré qu'aussi longtemps que je le pourrais, je défendrais l'héritage de René Lévesque. On en est rendu là», explique André Larocque.
Ce dernier rappelle que, le jour de la démission de M. Lévesque, le 5 juin 1985, le premier ministre s'est présenté en chambre avec son texte de démission et un projet de réforme du mode de scrutin qu'il voulait déposer de façon symbolique, en tant que testament politique. «Mais dans l'émotion du moment, il n'a pas entendu l'appel du dépôt des documents et son leader ne l'a pas prévenu...», se rappelle André Larocque.
Dix-huit ans plus tard, le débat resurgit.

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Le nation building canadien, ou la marginalisation politico-identitaire du Québec
Jean-François Caron et Benoît Morissette
Étudiant à la maîtrise en science politique, Université d'Ottawa
Le Devoir mercredi 29 octobre 2003
Depuis le 30 octobre 1995, le mouvement souverainiste n'a pas su se tenir alerte devant la montée en puissance du nation building canadien. Les débats ont surtout porté sur l'évolution du nationalisme civique québécois ou sur le déséquilibre fiscal. Bien que ces questions soient d'une grande importance, elles n'ont pas été situées dans le cadre plus large de ce nation building canadien et menaçant pour l'identité québécoise. Le texte du député bloquiste Yves Rocheleau, publié les 4 et 5 octobre derniers dans Le Devoir, en plus d'être rafraîchissant, est riche d'une pédagogie pertinente et d'actualité au chapitre de l'analyse du nation building canadien. Nous aimerions maintenant y contribuer en illustrant en quoi consiste cette construction politico-identitaire et ses dangers pour le peuple québécois, une démarche qui s'inscrit d'ailleurs dans l'appel à la réflexion lancé par le chef du Parti québécois, Bernard Landry.
Le désir de faire du gouvernement fédéral le miroir des valeurs canadiennes auxquelles les individus devraient se référer trouve son origine politique dès les débats qui ont entouré la Confédération de 1867. À l'époque, ce n'était un secret pour personne que John A. Macdonald aurait préféré que tous les pouvoirs étatiques soient concentrés au sein d'un seul palier gouvernemental. Le Québec avait fait du fédéralisme la condition principale de son adhésion à l'union des colonies britanniques d'Amérique du Nord. C'est ainsi que la souveraineté fut partagée entre le gouvernement fédéral et les provinces. Toutefois, John A. Macdonald et ses partisans n'ont jamais abandonné l'idée de fondre tous les pouvoirs au niveau fédéral. Au point de vue politique, 65 lois provinciales furent désavouées et 57 réservées entre 1867 et 1896.
L'effet s'est également fait sentir au point de vue identitaire afin de renforcer l'allégeance envers la grande nation canadienne, comme les lois sur la citoyenneté, la loi sur le multiculturalisme ou l'adoption de l'unifolié. Toutefois, les tentatives d'aujourd'hui demeurent tout aussi pernicieuses.
La marginalisation politique du Québec
Le discours nationaliste s'est trop souvent contenté de rappeler avec (ou sans trop de) vigueur le respect de l'attribution des pouvoirs conférés par la Constitution sans insister sur son importance pour l'identité et le développement social du Québec. Il n'est guère étonnant de constater que les montées aux barricades ne se font plus car le lien entre ces ingérences et le développement politico-identitaire n'est pas clairement énoncé. Il va sans dire que l'attitude du ministre fédéral Stéphane Dion ne fait qu'obscurcir la chose en faisant de toute question un débat d'experts en droit constitutionnel, même si celui-ci est trop souvent prisonnier de ses sophismes et de son attitude bornée.
En tentant de faire du Québec une province de plus en plus comme les autres et de plus en plus dépendante du gouvernement fédéral, le nation building a pour effet de saper les capacités de développement du peuple québécois. La liberté et l'autodétermination du Québec se retrouvent donc menacées par une majorité canadienne-anglaise qui n'est pas prête à reconnaître la spécificité du Québec. Malheureusement, au lieu de réagir, nous agissons toutefois en simples spectateurs impuissants devant cette construction.
Le début de la fin pour l'identité québécoise
Le second volet du nation building canadien est peut-être plus subtil mais ses effets sont exponentiellement plus dangereux pour l'identité québécoise car les ingérences du gouvernement fédéral en matière d'éducation ou d'affaires sociales représentent plus qu'un simple dédoublement de compétences. C'est l'identité même du peuple québécois qui est menacée. Bien que le Canada et le Québec s'entendent sur plusieurs valeurs, telles l'égalité, la non-discrimination ou la primauté du droit, le nationalisme québécois se démarque par son désir de promouvoir sa culture francophone et les valeurs qui en découlent tout en étant un projet plus large qui sait s'adapter en plus d'être ouvert au pluralisme.
Dans ce cadre, le plein contrôle du système d'éducation est d'une importance vitale primordiale pour tout peuple puisque c'est par ce moyen que la mémoire et les valeurs de celui-ci en arrivent à se transmettre de génération en génération. Il en va de même au chapitre des politiques sociales. L'abandon de notre pleine souveraineté sur ces questions marquerait le début de la fin pour l'identité québécoise puisque celle-ci se verrait inféodée au diktat d'une majorité incapable de reconnaître nos façons de faire différentes, comme en fait foi le débat sur les congés parentaux.
L'urgence d'agir
Ces deux volets du nation building canadien, à savoir la marginalisation politique et identitaire du Québec, représentent des dangers pour ce que nous sommes. En plus de nous enlever petit à petit nos capacités de développement économique, le gouvernement fédéral déprécie la valeur de l'identité québécoise par ses ingérences constantes dans nos compétences, comme s'il nous disait de renoncer à notre voie pour suivre la sienne, qui serait meilleure. Et avec l'arrivée prochaine de Paul Martin au pouvoir, cette situation ne fera que s'accélérer compte tenu du fait que l'opposition à ses projets est insignifiante, pour ne pas dire nulle. Il est temps de sortir de notre état de spectateurs défaits par les résultats du 30 octobre 1995 et de réagir à cette offensive de négation de nous-mêmes.
Les intrusions actuelles et prochaines du fédéral dans le domaine de l'éducation seront les prochaines étapes du nation building canadien, ce qui nous empêchera de transmettre notre mémoire collective. Le discours souverainiste doit donc s'efforcer de mettre en lumière cette menace. La marginalisation politico-identitaire du Québec sera la conséquence directe du nation building. Grâce à celui-ci, le Canada s'attaque à ce qui nous définit individuellement dans la mesure où les valeurs du Québec nous ont aidés à forger notre identité par le dialogue et l'interaction avec les autres membres de la collectivité, eux-mêmes imprégnés de celles-ci. La souveraineté ne peut être que le seul moyen de sortir de cette entreprise de négation identitaire. Pour paraphraser Renan, nous disons que l'identité est, elle aussi, un «plébiscite de tous les jours» et que le renoncement national constitue également un renoncement à nous-mêmes.

»» La nation québécoise
Charest y croit, mais il ne dira pas à Chrétien comment voter
Denis Lessard
La Presse mercredi 29 octobre 2003
Québec - Le peuple québécois forme une nation, a soutenu hier le premier ministre Jean Charest, ajoutant toutefois qu'il n'avait pas l'intention de dicter de ligne de conduite aux libéraux fédéraux appelés à voter sur une motion à ce sujet aujourd'hui aux Communes.
"Je n'ai aucune hésitation à dire que le peuple québécois, nous sommes une nation", a répondu M. Charest au chef de l'opposition Bernard Landry qui l'invitait à demander au premier ministre Jean Chrétien d'appuyer la motion déposée par le Bloc québécois.
Selon M. Charest, "cette définition de la nation n'est pas en contradiction avec notre appartenance au Canada, au fait que nous soyons aussi des citoyens canadiens". Le chef libéral a été applaudi par son caucus quand il a reconnu la nation québécoise, mais pas par les élus de l'ouest de l'île de Montréal, un fait relevé par le député péquiste de Rousseau, François Legault.
Pour M. Charest toutefois, pas question de prendre position sur la motion du Bloc québécois, qui "touche à plusieurs sujets".
"Je sais que dans l'autre Parlement, on connaît bien mon opinion et celle de mon parti sur ce sujet. Sur la motion comme telle, c'est autre chose; ils voteront dans le sens qui leur convient et s'en expliqueront par la suite."
La motion déposée par le bloquiste de Trois-Rivières, Yves Rocheleau, prévoit que "la Chambre reconnaisse que le Québec forme une nation", mais elle ajoute aussi "qu'en conséquence, n'étant pas signataire de l'entente cadre sur l'union sociale de 1999, ladite nation québécois dispose d'un droit de retrait avec pleine compensation financière pour toute initiative fédérale faisant intrusion dans les juridictions québécoises".
Pas question pour le chef du PLQ d'intervenir dans un débat qui relève des libéraux fédéraux: "On est un parti autonome. Sur le plan politique, nous avons un mandat qui relève des citoyens du Québec, nous n'avons aucun lien formel avec un autre parti au niveau fédéral", a souligné M. Charest, tout en relevant la relation entre le Bloc québécois et le PQ.

»» La nation québécoise
Quebec is a nation within Canada, Charest declares
Question was raised in National Assembly on eve of Commons vote on Bloc motion
KEVIN DOUGHERTY
The Gazette Wednesday, October 29, 2003
Quebec forms a nation - within Canada - Premier Jean Charest said yesterday.
Charest unfurled his Quebec nationalist colours after opposition leader Bernard Landry asked whether he would tell Prime Minister Jean Chrétien and prime-minister-to-be Paul Martin before they vote on a Bloc Québécois motion today he agrees Quebec is a nation.
"I have no hesitation obviously in saying that the Quebec people, we are, we, a nation and that, in our definition ... ," Charest said, only to be interrupted by Parti Québécois leadership aspirant François Legault, who interjected, "Except for the West Island."
Charest replied Legault had put his finger on a very sensitive issue, "because the definition of a nation that the leader of the opposition and I agree on is an inclusive definition - eh, very inclusive," the premier said.
"This definition of a nation is not in contradiction with our belonging to Canada, and the fact that we are proud as well to be Canadian citizens," he added.
Last night, Legault clarified his remark, saying he meant, not that the West Island is not part of the Quebec nation, but that everybody is applauding, except the West Island.
In Ottawa today, MPs are to vote on a Bloc resolution, which reads: "That the House acknowledge that Quebec constitutes a nation, and accordingly, as it is not a signatory to the social union framework agreement of 1999, the said nation of Quebec has the right to opt out of any federal initiative encroaching upon Quebec jurisdictions, with full financial compensation."
kdougherty@thegazette.canwest.com

»» La nation québécoise
François Legault doit expliquer des propos tenus en Chambre
Mylène Moisan et Simon Boivin
Le Soleil mercredi 29 octobre 2003
Le député péquiste François Legault a dû se défendre hier d'avoir insinué que le West Island montréalais ne faisait pas partie de la nation québécoise.
L'aspirant à la direction du Parti québécois a relancé hier en Chambre la sensible question du "nous" des souverainistes. Alors que Jean Charest était applaudi pour avoir fait l'apologie de la nation québécoise, la voix de M. Legault a percé le brouhaha. "Sauf le West Island", aurait-il dit, selon ce qu'a retenu la transcription des débats parlementaires.
Le premier ministre a entendu aussi et, prenant la balle au bond, a servi une mise en garde. "Mais attention, le député de Rousseau dit sauf le West Island . Il met le doigt sur quelque chose de très sensible et c'est important. Parce que la définition sur laquelle le chef de l'opposition et moi on s'entend, c'est une définition inclusive, très inclusive", a précisé Jean Charest.
Vérification faite auprès du principal intéressé, il assure que ses propos visaient les députés et non la population du West Island. "Quand M. Charest a dit que le Québec était une nation tout le monde applaudit, sauf les députés du West Island. Ils n'applaudissaient pas, donc, j'en ai conclu qu'ils n'étaient pas d'accord avec ça. Ils ne semblaient pas enthousiastes à dire que le Québec était une nation. C'est ce que j'ai dit. Je n'ai pas dit que le West Island ne faisait pas partie de la nation québécoise", a expliqué M. Legault en entrevue téléphonique.
La transcription des débats sera d'ailleurs modifiée à la suite d'une demande faite par M. Legault, qui regrettait que la version actuelle laisse entendre que la nation du Québec ne comprenait pas le West Island. La phrase "Sauf le West Island" devrait être remplacée par "...", qui indique généralement des propos inaudibles.
Baie-d'Urfé
Toujours dans le West Island, Jean Charest a dénoncé les événements survenus à Baie-d'Urfé lundi, alors que sept individus ont été arrêtés pour avoir fait du grabuge en guise de protestation à l'élection à Montréal d'une conseillère municipale unilingue anglophone et défusionniste. Les vandales, tous des émules de l'ancien felquiste Raymond Villeneuve, s'en sont pris à l'ancien hôtel de ville, inscrivant des graffitis tels que "Fuck Canada", "Une île, une ville... française", "Anglos go home".
Insistant sur le fait que "ces gestes sont isolés" et "inacceptables", le premier ministre ne fait aucun lien entre l'actuel débat sur les défusions et le risque de raviver les tensions linguistiques à Montréal. "C'est vraiment faire fausse route que de prétendre que l'exercice de la démocratie dans une société devient une excuse, même indirecte, pour ce genre de comportements", a déclaré M. Charest en point de presse.
En prenant bien soin de condamner les actes de vandalisme, Diane Lemieux, critique en matière d'affaires municipales, a admis y voir une conséquence des tensions créées par le projet de loi sur les défusions. "Oui, même si je suis profondément en désaccord avec ces gestes-là, a-t-elle déclaré. Il y en a qui vont aller jusqu'au bout et la police devra intervenir, et j'en suis franchement désolée."
D'après la député de Bourget, le projet de loi 9 a ravivé des problèmes qui étaient sur le point de disparaître. "Ça m'apparaît très évident, dit-elle. On a entendu en commission parlementaire des défusionnistes nous dire : on était en hibernation, on vient de se réveiller . C'est clair qu'il y a un effet du projet de loi parce qu'il donne un espoir aux défusionnistes."
Mme Lemieux estime qu'il est maintenant du devoir du gouvernement de calmer le jeu. Elle montre du doigt les "ex-maires" qui font des rassemblements où ils "haranguent les foules" en leur faisant croire qu'après les défusions, tout reviendra comme avant. "Le gouvernement a la responsabilité de dire : j'ai bien évalué les conséquences et on ne peut pas aller dans la direction d'annuler les fusions . Il a la responsabilité de choisir le succès des nouvelles villes."

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Séjours chez les Irving: où est le problème?
SRC mercredi 29 octobre 2003
La radio anglaise de Radio-Canada a appris qu'un cinquième ministre, la ministre du Développement des ressources humaines, Jane Stewart, a aussi séjourné au chalet de pêche de la famille Irving.
Mme Stewart a déclaré à CBC que son ami, l'ancien député Paul Zed, gendre des Irving, l'avait invitée au chalet, elle et sa famille, alors qu'elle était ministre du Revenu.
Mme Stewart a affirmé que le conseiller fédéral à l'éthique lui a dit qu'elle n'avait rien fait de répréhensible en acceptant cette invitation. Elle a ajouté qu'elle travaillait au Nouveau-Brunswick quand son ami a invité sa famille au chalet des Irving, transport inclus. Selon elle, il ne faut pas s'attendre à ce que les politiciens rejettent toutes les invitations de leurs amis: «il n'y a rien de mal à cela et quiconque prétend le contraire se trompe». Une position qui est d'ailleurs totalement partagée par le premier ministre.
Selon Jean Chrétien, «rien n'empêche les ministres de recevoir l'hospitalité». Ainsi, affirme-t-il, ni David Anderson, ni Allan Rock, ni Robert Thibault, qui ont admis avoir séjourné dans le luxueux chalet des Irving, ni même Claudette Bradshaw, qui a profité de l'avion des Irving pour retourner chez elle, n'ont transgressé de règles.
Ironisant, il s'est même donné en exemple en disant qu'il séjourne parfois chez son gendre, André Desmarais, qui est aussi président de Power Corporation.
M. Chrétien a d'ailleurs tourné au ridicule la controverse autour des largesses accordées par la richissime famille Irving à quatre de ses ministres. «J'arrive d'un voyage en Afghanistan, et je reviens avec de gros problèmes», s'est moqué le premier ministre, à sa sortie de la réunion du conseil des ministres, mardi, tentant de relativiser la situation et de la minimiser.
«Après ce que j'ai vu en Afghanistan, si c'est ça le gros problème au Canada», a-t-il lancé aux journalistes, qui le questionnaient sur les agissements des ministres pris en défaut.
Des amateurs de pêche au saumon
Lundi, le ministre de l'Environnement, David Anderson, révélait qu'il avait séjourné deux jours, en 2001, au chalet de pêche des Irving, l'une des familles les plus nanties du pays.
Le ministre de l'Industrie, Allan Rock, et son collègue des Pêches, Robert Thibault, avaient également admis avoir séjourné chez les Irving. La ministre du Travail, Claudette Bradshaw, avait, pour sa part, bénéficié de l'avion privé de la famille pour retourner dans sa circonscription du Nouveau-Brunswick.
La dernière confession de Mme Stewart porte ainsi à cinq le nombre de ministres qui ont profité de la générosité de cette famille du Nouveau-Brunswick.
Les députés provinciaux aussi sont invités
Il semble bien que les Irving aient des amis à tous les palliers de gouvernements. Trois députés libéraux provinciaux du Nouveau-Brunswick, soit le chef de l'opposition officielle, Shawn Graham et les députés Bernard Richard et Scott Targett, ainsi que deux membres de l'organisation libérale, Joan Kingston et Derek Riedle, sont aussi allés pêcher le saumon pendant deux jours au camp de pêche des Irving, situé sur la rivière Restigouche.
Or, la Loi sur les conflits d'intérêts stipule que les membres de l'Assemblée législative ne doivent pas accepter des cadeaux ou bénéfices dépassant la somme de 150 dollars. Ces derniers doivent avertir le commissaire aux conflits d'intérêts s'ils acceptent un cadeau dépassant ce montant.

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Petits et grands scandales
Dans ce gouvernement, on dirait bien que la peur de se faire prendre est plus efficace que les principes d'éthique et de transparence.
Vincent Marissal
La Presse mercredi 29 octobre 2003
À Québec, une ministre "junior" du gouvernement Charest a démissionné pour avoir reçu, avant de se lancer en politique, des petits contenants en plastique de la part de fabricants de médicaments. À Ottawa, par contre, des ministres acceptent des voyages de pêche et des vols en jet privé de la part d'une des plus riches familles canadiennes et reçoivent la bénédiction du premier ministre.
L'éthique, comme on le constate ces jours-ci, est un concept élastique que l'on étire selon notre propre tolérance au scandale. Ou selon le risque de se faire pincer les doigts. Or le gouvernement Chrétien, malgré sa longévité et l'accumulation des accrocs à l'éthique, jouit encore et toujours d'une immense clémence de la population.
Est-ce parce que l'opposition est trop faible? Est-ce parce que les Canadiens sont plus tolérants envers un gouvernement quand l'économie roule bien et que la santé générale du pays est bonne? Ou serait-ce que l'incessant chapelet de scandales qui a ponctué le parcours cahoteux du gouvernement Mulroney a lassé les électeurs pour des décennies?
Le fait que Jean Charest ait vécu les années Mulroney de l'intérieur explique peut-être sa réaction vive et forte dans l'affaire des "dosettes" de Julie Boulet. En début de mandat, son message était clair: Je ne tolérerai aucune brèche au code d'éthique élémentaire dans mon gouvernement. En fin de mandat, Jean Chrétien, lui, continue de montrer une aussi grande tolérance envers ses ministres.
Le Petit Robert définit un scandale comme étant une "grave affaire qui émeut l'opinion publique à la fois par son caractère immoral et par la personnalité des gens qui y sont compromis". À première vue, un ministre qui accepte secrètement un cadeau, disons quelque chose qui est tout à fait hors de portée du commun des mortels, de la part d'un richissime contribuable répond à cette définition. Pas pour Jean Chrétien. Selon le premier ministre, ce n'est pas une affaire grave que ses ministres voyagent à l'oeil avec les Irving. Ce n'est pas non plus immoral d'accepter des vacances familiales VIP chez les même Irving puisque ses ministres ont seulement "accepté l'hospitalité" de la toute puissante famille des Maritimes.
Alors, si les ministres n'ont rien fait de répréhensible, pourquoi se précipitent-ils devant les journalistes pour avouer leurs péchés sans même qu'on ne le leur demande? Pourquoi se lèvent-ils aux Communes pour présenter formellement leurs excuses aux Canadiens sous les quolibets et les cris de victoire de l'opposition? Et puis, s'ils ont la conscience tranquille, pourquoi alors décident-ils de rembourser à leurs généreux donateurs le prix des billets d'avion et de l'hébergement VIP au pavillon de chasse et pêche?
S'il n'y avait eu qu'un cas, passe encore, on n'est pas si tatillon. Mais on a plutôt l'impression ces jours-ci que les ministres du cabinet Chrétien sont tous inscrits sur une liste d'attente pour une partie de pêche chez les Irving. Les cas connus à ce jour ne sont pas banals: Allan Rock, ancien ministre de la Santé devenu depuis ministre de l'Industrie est allé, avec sa famille, taquiner le saumon chez les Irving. Sa consoeur au Travail, Claudette Bradshaw, a voyagé gratuitement dans le jet privé de la richissime famille. Mme Bradshaw, qui est aussi la ministre responsable des sans-abri au pays. Belle image.
Le ministre des Pêches, Robert Thibeault, a aussi séjourné au fameux manoir, mais il était invité par une tierce personne, le très libéral Roméo LeBlanc. Ça ne compte pas, paraît-il. Même le ministre de l'Environnement, David Anderson, a mis sa ligne à l'eau, question, dit-il, de se familiariser avec les saumons de l'Atlantique... Il aurait pu en profiter pour visiter les usines pétrochimiques hyper-polluantes de l'empire Irving, question de se familiariser avec le laxisme de son propre ministère.
Ce qui dérange dans cette affaire, outre les faits eux-mêmes, c'est cette mentalité du "pas vu pas pris". S'ils n'avaient pas senti la soupe chaude, les quatre ministres n'auraient jamais révélé leur petit secret.
Cela rappelle curieusement les affaires entourant l'octroi par le fédéral de contrats de commandites à des firmes de communication du Québec proches des libéraux. Des ministres comme Martin Cauchon ont aussi avoué spontanément leurs liens avec les fournisseurs du gouvernement. Dans ce gouvernement, on dirait bien que la peur de se faire prendre est plus efficace que les principes d'éthique et de transparence.
Jean Chrétien peut bien hausser les épaules, après tout, il sera parti dans trois mois. Mais Paul Martin devrait s'inquiéter. À force d'égratigner la couche de téflon, les scandales vont finir par coller sur le gouvernement libéral.

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Invitations au voyage
Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 29 octobre 2003
Le dicton veut que même la femme de César doit être au-dessus de tout soupçon. A fortiori, César lui-même. Il y avait certainement longtemps qu'André Boulerice n'avait pas revu ses classiques lorsque à l'été 2002, il accepta un voyage de faveur au Maroc offert par le président de Royal Air Maroc. Après avoir d'abord nié l'information, l'ancien ministre délégué à l'Immigration a reconnu sa «très profonde négligence» dans cette affaire. Il remboursera les frais liés à ce voyage.
La négligence de M. Boulerice est pour le moins étonnante. Au moment où il accepte cette invitation, le gouvernement auquel il appartient sort d'une des plus graves crises de son histoire avec l'affaire Bréard, qui conduira à l'adoption d'une loi régissant les activités de lobbying. Cela aurait dû aiguiser son instinct. S'il avait posé la question au ministre de la Justice, par exemple, celui-ci lui aurait certainement intimé de s'abstenir, ne serait-ce que parce les ministres ne peuvent accepter de cadeaux que si leur valeur est symbolique. Si l'opposition libérale avait eu vent de ce voyage l'automne dernier, elle aurait certainement requis la démission de M. Boulerice.
Ce n'est pas sans raison que le premier ministre Lévesque avait fait adopter tout un dispositif réglementaire pour préserver l'intégrité du gouvernement. Il savait trop bien que celui qui fait un petit cadeau à un ministre ou un important don au parti au pouvoir espère voir l'ascenseur redescendre un jour. À cet égard, la naïveté de l'ancien ministre délégué à l'Immigration est suspecte. Député depuis 1985, celui-ci a fait une erreur de débutant. Il s'est rendu vulnérable.
Plus embarrassants à cet égard sont les aveux en série de ministres du gouvernement Chrétien qui ont accepté de semblables invitations au voyage de la part de la puissante famille Irving. À ce jour, trois ministres ont présenté des excuses au Parlement pour des séjours de pêche au saumon sur la Restigouche ou des voyages en avion. On n'est plus ici dans le domaine de l'exceptionnel. L'opposition se demande bien évidemment qui d'autre a accepté des cadeaux de ce genre.
À Ottawa, les règles ne sont pas moins sévères qu'à Québec, mais il est vrai que nombreux sont ceux qui, dans le gouvernement actuel, s'estiment au-dessus des lois. L'affaire des commandites a démontré que tant qu'on ne se fait pas prendre, tout semble permis. Et lorsqu'on est pris, on court se cacher, comme semble vouloir le faire le premier ministre Chrétien qui envisage de suspendre les travaux parlementaires pour éviter d'avoir à se défendre devant un rapport accablant de la vérificatrice générale sur les dépenses de son gouvernement.
Contrairement à ce qu'il avait annoncé en 1993, Jean Chrétien a été un premier ministre indulgent, prêt à pardonner à ses amis. Sur les questions d'éthique, on ne sait encore si Paul Martin voudra se démarquer de son prédécesseur. La question n'est peut-être pas tant de savoir s'il le voudra, mais s'il le pourra. Les millions qu'il a reçus des grandes entreprises pour mener sa campagne au leadership sont autant de dettes politiques qui le rendent lui aussi vulnérable.

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La pêche aux ministres
Katia Gagnon
La Presse mercredi 29 octobre 2003
Comment des ministres peuvent-ils manquer de jugement au point d'accepter de dispendieux cadeaux de la part de chefs d'entreprise? La question se pose, à Ottawa comme à Québec, après que plusieurs membres du Conseil des ministres aient été pris la main dans le sac, que ce soit sur les berges de la Restigouche ou les plages du Maroc. Dans l'esprit des élus, une seule règle devrait prévaloir. Pas de cadeaux. Point.
Dernier en lice, le ministre de l'Environnement, David Anderson, a lui aussi fait un séjour dans le camp de pêche de la famille Irving. Après ses collègues Allan Rock, Claudette Bradshaw et Robert Thibault, M. Anderson s'est excusé et remboursera son séjour. Ce qui n'effacera pas le risque de conflit d'intérêts: on parle du ministre de l'Environnement, censé défendre l'accord de Kyoto, invité chez l'un des plus gros raffineurs de pétrole au pays.
À Québec, André Boulerice a lui aussi sorti son chéquier pour rembourser le président de Royal Air Maroc, Mohammed Berrada, qui lui a offert un billet de première classe pour Casablanca. Si on en croit le principal intéressé, le séjour a été agréable. "J'ai fait de la piscine et j'ai mangé comme un défoncé", dit-il.
Mais tant à Ottawa qu'à Québec, ces remboursements ne gomment pas la faute. Qui est celle d'un manque de jugement total. Un ministre peut accepter des cadeaux insignifiants, mais pas des voyages dont le coût représente des centaines, voire des milliers de dollars. C'est d'ailleurs ce que stipulent en toutes lettres les codes de conduite, tant à Québec qu'à Ottawa. Cela démontre bien que ces comportements ne sont pas qu'anecdotiques, mais constituent plutôt le reflet de la culture du cadeau qui imprègne notre monde politique.
Bien sûr, on est loin de la situation de la France, où la corruption des politiciens ne semble plus scandaliser personne. Mais, à l'autre extrémité du balancier, il y a la Suède, où la tolérance est nulle face à la corruption et le mauvais usage des fonds publics. Une ministre a été forcée à la démission, en 1996, pour avoir acheté du chocolat sur sa carte de crédit professionnelle. Imaginez la sanction pour un voyage de pêche...
Et ces incidents illustrent encore une fois, du moins à Ottawa, l'inutilité totale du conseiller en éthique, Howard Wilson, qui a sagement acquiescé à chacune des requêtes. Or on parle ici de ministres, invités dans le chalet de l'un des plus gros industriels au pays. Après le passage de cette brochette de ministres, l'entreprise a reçu des subventions et a évité les poursuites bien qu'elle ait à plusieurs reprises violé les lois, aux dires même du ministère fédéral de l'Environnement. Lors du passage d'Allan Rock, alors ministre de la Santé, un lobbyiste sur les questions de santé, membre du clan Irving, faisait lui aussi son petit tour au chalet. Après le voyage d'André Boulerice au Maroc, les deux filles du président de Royal Air Maroc ont pu venir étudier au Québec. Et le propriétaire d'un quotidien marocain a obtenu sa carte d'assurance-maladie alors qu'il ne réside pas au Québec.
Mais ce ne sont sûrement là que de simples coïncidences.

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Common sense is best guide for MPs' gifts
L. IAN MACDONALD
The Montréal Gazette Wednesday, October 29, 2003
Never mind the written rules about cabinet ministers accepting gifts and hospitality. There's also the unwritten rule of common sense.
Common sense should tell a minister never to get on a private aircraft except one owned by the government, and then only with a good reason for using it.
Common sense should tell a minister never to accept a free trip to a fishing lodge owned by a wealthy and powerful family like the Irvings of New Brunswick.
And when common sense fails, that's where a minister's senior staff are supposed to step in. Their job is to keep the minister out of trouble. Someone is supposed to say: "No, minister, you should not get on that plane, and there's no way you should accept a free fishing trip."
In four different instances, common sense failed members of the Chrétien cabinet. Their staffs failed, too.
The consequences, being lived out on the floor of the House of Commons the last two weeks, are both brutal and humiliating.
It took Industry Minister Allan Rock more than a week to get around to apologizing for flying Air Irving and fishing for the famed Atlantic salmon at the luxury lodge on the Restigouche River. And he did so only after Labour Minister Claudette Bradshaw apologized for accepting a ride to New Brunswick on an Irving plane.
She, at least, had the pretext she was continuing a business meeting with representatives of the Irving empire - basically, they own the half of New Brunswick the McCains don't. What could she have been thinking, though, when, as a New Brunswick MP, she starts from the perception she's beholden to the Irvings?
As for Rock, who knows what he was thinking when, as health minister, he accepted an invitation from former New Brunswick Liberal MP Paul Zed, now an Ottawa lobbyist whose firm was then doing work on tobacco issues? Duh!
And now as industry minister, is there any file involving Atlantic Canada, from shipbuilding to forestry, that does not involve the interests of the Irvings? The industry minister can't spend all his time recusing himself from cabinet discussions, he has to be at the table.
Rock insisted it was a weekend with his family "not talking health policy, in no way exposing myself to that kind of lobbying." Another whopper about the one that got away.
Then there's the case of Fisheries Minister Robert Thibault and Environment Minister David Anderson, who flew in to the Irving camp as the guest of former governor-general Roméo Leblanc, who also hosted the well-travelled Zed.
Anderson has now calculated his visit was worth $750 a day, including the equivalent commercial airfare. Perhaps he looked it up on a Web saver. There's no way to calculate the value of a salmon fishing trip, except to figure the cost of maintaining a lodge, including guides, food and wine, divided by two groups per week, divided by the number of persons in the group. It's a bit like the Mastercard ad - cost of catching a big one? Priceless!
The potential for political fishing expeditions in the Commons is endless. Just multiply the number of corporate fishing camps by the number of cabinet ministers who like to fish, and don't have enough common sense to decline such invitations.
Partly to avoid exposing cabinet ministers and MNAs to potential conflicts of interest, the Quebec government has long operated two trout fishing camps. One is at Lac à l'Épaule, where Premier Robert Bourassa once received British Prime Minister Jim Callaghan in 1976. The fishing is lousy, but the food is superb. The other is at Lac des Neiges, where Winston Churchill famously fished for three days following the Quebec Conference of August 1943.
Lac des Neiges is reserved for MNAs and their guests, who - wait for it - actually pay for the privilege of using it.
The rule of common sense is the best guide in matters of hospitality and gifts. An Ottawa consulting firm was once asked by a client, a brewery, if it would manage a box the company was intending on buying at the Corel Centre.
The advice they got back was not to buy a box because ministers shouldn't be seen there and government officials couldn't accept invitations there. The brewery was advised to buy eight pairs of season tickets for the Ottawa Senators instead, and no cabinet minister has ever been seen drinking its beer on national television.
imacdonald@irpp.org

»» Octobre 70
Réplique à William Tetley
Octobre 70 et la désinformation
Gaëtan Dostie
Prisonnier politique en octobre 1970 et écrivain
Le Devoir mercredi 29 octobre 2003
William Tetley, ministre du gouvernement de Robert Bourassa durant la crise d'Octobre 70, livrait dans Le Devoir de vendredi dernier une attaque pernicieuse non seulement contre la démocratie mais contre la vérité historique et il usait habilement de la désinformation qui a affligé les membres des gouvernements Bourassa et Trudeau en octobre 1970.
Monsieur Tetley, vous nous infligez une description du FLQ qui peut laisser croire que c'était là un mouvement bien organisé alors que nous savons aujourd'hui qu'il n'en était rien. Cependant, le FLQ traduisait le ras-le-bol d'une portion significative de citoyens, en particulier les jeunes. Bien sûr, nous n'avions pas les mêmes héros : Wolfe est pour nous un conquérant néfaste, Louis-Joseph Papineau est un héros et nous tenons Chevalier de Lorimier, ses compagnons de gibet, et plus tard Louis Riel, comme des victimes de l'occupant dont vous êtes l'exemplaire écho.
Alors que pas plus Pierre Vallières que Charles Gagnon, ni Michel Chartrand, Robert Lemieux ou Jacques Larue-Langlois n'ont jamais été condamnés pour quoi que ce soit, pour vous ils sont d'évidence des criminels. Votre procédé est odieux et tout à fait raciste. Pour nous, ces gens ont droit à toute notre admiration, tout notre respect, comme les 500 autres personnes arrêtées en octobre 70.
Non seulement vous traitez honteusement Tommy Douglas d'hystérique, alors que nous savons aujourd'hui que l'hystérie résidait dans la désinformation véhiculée par Jean Marchand et Marc Lalonde surtout, alors que Douglas fut un des rares démocrates du Canada anglais à n'être point dupe, mais aussi votre vision du FRAP, «parti politique radical», indique bien qu'elle déformation vous infligez à la réalité historique.
Mais le bouquet, la grève des médecins spécialistes au moment de la crise, sert à justifier un chaos «appréhendé».
Puis aller chercher Franck Scott pour lui arracher qu'«un traitement choc était nécessaire [...]» montre assez votre aveuglement somme toute racial. Vous vous comporter comme l'héritier de Wolfe, Durham et la suite, Elliott Trudeau y compris. Que voulez-vous, pour nous ce sont là des gens que nous méprisons.
En tant qu'ancien prisonnier politique et président de la défunte Fondation Octobre 70, nous ne pouvons être aveugle. Votre description idyllique des libertés que nous ne retirait pas la Loi des mesures de guerre est d'un déliquescent que seul votre parti pris peut apprécier !
Nous savons trop -- quand on connait les directives de M. Trudeau, dès qu'il fut ministre de la Justice, de traiter et infiltrer les indépendantistes de la même façon qu'on le faisait déjà pour les «communistes» -- que discréditer le militantisme et la cause de l'indépendance du Québec était l'unique plan d'action : Octobre 70 fut le prétexte souhaité.
La Loi des mesures de guerre fut la matraque pour faire peur au monde. Ce n'était qu'une munition parmi d'autres dans l'arsenal canadien. Et l'on constate, avec le traitement infligé à M. Landry lors de la dernière campagne électorale, que cette guerre fédérale est sans fin. Notre courage et notre lutte aussi !

»» défusions
Le choc du réel
Michèle Ouimet
La Presse mercredi 29 octobre 2003
Jamais le premier ministre Jean Charest ne pourra défendre les nouvelles villes et satisfaire les défusionnistes. On ne peut pas promettre une chose et son contraire. Une évidence, non?
Comment peut-on défendre les villes fusionnées si on leur tire dans le pied avec des référendums qui vont avoir pour effet de les affaiblir- scénario optimiste- ou de les démanteler, une éventualité de plus en plus probable à Montréal?
Plus la commission parlementaire sur les défusions faisait le tour de la question cet automne, plus le gâchis appréhendé prenait forme et plus la complexité de la promesse libérale - écrite sur le bord d'une table en cinq minutes et garrochée pendant un congrès - sautait aux yeux. C'est le choc du réel.
Mais comment défusionner tout en évitant l'éclatement de Montréal, se demandent, un peu paniqués, les libéraux? Impossible à moins d'avoir une baguette magique.
Le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, pense qu'il l'a trouvée, sa baguette magique. Depuis une semaine, il s'ébaudit devant la solution concoctée par Louis Bernard, un ancien mandarin de l'État. Mais il faut être drôlement désespéré pour s'imaginer que le complexe échafaudage imaginé par Bernard pourra sauver Montréal du naufrage et les libéraux de leur cauchemar défusionniste.
C'est mille fois trop compliqué. En gros, Louis Bernard propose de créer deux sortes de... hum... le mot nous manque, disons deux sortes de villes-arrondissements: des extra-villes qui auraient dit Oui à la défusion lors d'un référendum et des intra-villes qui, elles, auraient décidé de se contenter de leur statut d'arrondissement.
Les extra-villes, dirigées par un maire, auraient tous les pouvoirs dévolus aux municipalités, c'est-à-dire une personnalité juridique avec droit de taxation, d'emprunt et d'embauche. Par contre, elles ne s'occuperaient que de services de proximité, déneigement, enlèvement des ordures, etc.
Tous les Montréalais, qu'ils vivent dans des intra-villes ou des extra-villes, voteraient pour le maire de la grande Ville. Le but de l'opération: éviter l'éclatement de Montréal. Mais dans les faits, cette structure ne tient pas la route car elle crée une cité à deux vitesses avec des villes indépendantes et des arrondissements. Il y aurait deux sortes de maires et de conseillers municipaux, deux comptes de taxes, deux structures parallèles... et un monstre ingérable.
La croix sur les bulletins de vote n'était même pas sèche que les libéraux se précipitaient pour déposer le projet de loi 9 sur les défusions. On ne peut pas les accuser de renier leur promesse.
Mais le gouvernement est en train de remettre en question le fragile équilibre linguistique de Montréal car ceux qui veulent défusionner vivent la plupart à l'ouest de la rue Saint-Laurent. La fracture linguistique est claire. Lundi, des ultranationalistes ont barbouillé l'hôtel de ville de Baie d'Urfé de graffitis antianglophones et le croisé de la cause française, Gilles Rhéaume, a demandé à la défusionniste Anne Myles comment elle pouvait siéger au conseil municipal sans parler le français. Déprimant.
Oui, les politiciens doivent respecter leurs promesses mais il faut éviter de tomber dans l'obstination aveugle. Les libéraux doivent abandonner l'idée de défusionner car le prix à payer est beaucoup trop élevé. Ils doivent choisir entre les grandes villes et la défusion. Pour nous, le choix ne fait aucun doute. Une décentralisation poussée pourrait répondre aux attentes raisonnables des défusionnistes.
La promesse de défusionner a fait assez de dégâts. À défaut de baguette magique, il reste le courage politique.

»» santé - accès aux services en anglais
Access-bill guarantee welcome
The Montréal Gazette Wednesday, October 29, 2003
The provincial Liberal government's decision to preserve existing guarantees of access to English-language health and social services in Quebec represents a return to sanity on this issue. Plans by the previous Parti Québécois government to crack down on minority language rights for the sick and vulnerable were a dark stain on the final years of the PQ mandate.
Russ Williams, parliamentary assistant to Health Minister Philippe Couillard, confirmed this week the Liberal government will respect the letter and spirit of Bill 142, the access law passed in 1986. An advisory committee, the members of which had quit in disgust in 2001 over the PQ plans, will also be reconstituted. What's more, Quebec says it will accept $2.5 million in federal financing to help underwrite costs, money the PQ government had rejected for jurisdictional reasons.
Armed with bogus studies pointing to a bilingualization of the health-care network, former PQ health minister Remy Trudel said he wanted to reduce the number of designated bilingual positions to protect francophones' right to work in French. Bureaucrats showed the percentage of bilingual posts had, indeed, increased, but almost the sole reason for this turns out to have been hospital closures and mergers, not any expansion in English-language services. After Trudel was moved out of the health portfolio in a cabinet shuffle, his replacement, François Legault, saw the studies for the nonsense they were and said anglophones and Quebec's unions seemed pretty satisfied with the status quo.
Bill 142, which also guarantees access to French-language health services, is a reasonable law that deserves the support of all Quebecers.

»» santé - accès aux services en anglais
LE GOUVERNEMENT CHAREST DOIT AUSSI AMÉLIORER L’ACCÈS AUX SOINS DE SANTÉ EN FRANÇAIS À MONTRÉAL
Parti Québécois de Montréal-Centre
Montréal, le mardi 18 octobre 2003 – Alors que le gouvernement de Jean Charest
s’apprête à abolir une multitudes d’organismes gouvernementaux dans le cadre de sa
«réingénierie» de l’État, Le ministère de la Santé annonce la relance du comité pour la
prestation de services en langue anglaise et la création d’un secrétariat pour coordonner
ses activités. «C’est pourtant l’accès aux soins de santé en français à Montréal qui devrait
faire l’objet de nouvelles mesures», affirme Christian Gagnon, président du Parti
Québécois de Montréal-Centre.
En effet, l’Office de la langue française (OLF) dévoilait, en novembre 2001, les résultats
d’une enquête portant sur l’accès aux soins de santé en français dans huit hôpitaux
anglophones de Montréal. Cette étude démontre notamment qu’un patient sur cinq est
servi par du personnel (surtout des médecins ou des infirmières) ne maîtrisant pas
suffisamment le français pour offrir le service dans cette langue. Au cours des six mois de
la durée de l’enquête, ce sont donc plus de 10 000 patients qui ont subi les incapacités
linguistiques du personnel de ces hôpitaux. Et l’OLF ajoute que les résultats auraient été
pires si l’étude avait été menée dans les polycliniques médicales, qui ne sont pas tenues
aux mêmes exigences que les hôpitaux par la Charte de la langue française.
Qualifiant la situation de «préoccupante», la présidente de l’OLF, Nicole René, affirmait
alors que «des efforts devront être consentis pour améliorer la situation» et qu’elle
s’adresserait «aux ministères de la Santé, de l’Éducation et aux ordres professionnels
pour trouver des pistes de solution».
Depuis 1986, la loi 142 garantit des services de santé en anglais partout au Québec.
Manifestement, l’inverse est moins vrai à Montréal. Alors que la communauté anglophone
du Québec peut compter sur 18 hôpitaux anglophones reconnus, dans les huit hôpitaux
de Montréal qui ont fait l’objet de l’étude de l’OLF, ce sont des francophones qui se butent
à du personnel unilingue anglais. Mais l’étude montre aussi que les trois quarts de ces
patients se résignent à être servis dans la langue de la majorité canadienne, sans
demander à être soignés en français. «Si le gouvernement Charest a présentement les
ressources pour améliorer les services de santé en anglais dans les régions, il doit aussi
en avoir pour en faire autant avec les services en français à Montréal», conclut Christian
Gagnon.

»» Vandalisme à Baie-d'Urfé
Une poignée de militants du MLNQ plaident non coupables
Le gouvernement Charest a avivé les tensions, accuse l'oppositon péquiste
Jeanne Corriveau, Geneviève Otis-Dionne
Le Devoir mercredi 29 octobre 2003
Les sept individus arrêtés lundi à la suite des actes de vandalisme commis à l'ancien hôtel de ville de Baie-d'Urfé ont plaidé non coupables hier aux accusations qui pèsent contre eux et devront revenir en cour aujourd'hui pour leur enquête sous cautionnement.
Jessie Blagdon Boisvert, Cédric Tremblay, Benoît Laflamme, Marc Boulanger, Luc Laflamme, Serge Provost et Paul-André Desbiens, âgés entre 19 et 49 ans, ont été accusés de méfait, complot et possession de substance explosive. Comme la Couronne s'est opposée à leur remise en liberté, ils ont dû passer la nuit derrière les barreaux et devront revenir devant le tribunal aujourd'hui.
Les sept hommes sont soupçonnés d'être les auteurs des messages peints, dans la nuit de dimanche à lundi, sur les murs de l'édifice municipal situé à Baie-d'Urfé. Hier, les employés municipaux s'affairaient à effacer les inscriptions «Une île une ville française», «Canadians go home» et «FLQ» qui ont orné temporairement le bâtiment. Trois engins explosifs de fabrication artisanale ont été saisis sur les lieux, mais, selon les policiers, leur portée était très limitée.
Ce n'est pas un hasard si l'ancien hôtel de ville de Baie-d'Urfé a été choisi pour cible puisqu'il s'agit du château-fort de l'ex-mairesse Anne Myles, une défusionniste unilingue anglophone qui vient d'être élue comme conseillère indépendante dans l'arrondissement de Beaconsfield-Baie-d'Urfé.
Quatre ou cinq des hommes arrêtés seraient membres du Mouvement de libération nationale du Québec (MLNQ), a reconnu le président de l'organisation, Raymond Villeneuve, qui a précisé que ce n'était pas lui «qui leur a demandé de faire ça». M. Villeneuve a d'ailleurs tenu à «féliciter» hier les sept individus pour les gestes qu'ils ont posés lundi. D'après lui, cet événement prouve «la colère, l'engagement et la volonté de certains jeunes de faire quelque chose. Nous sommes tannés de nous faire mépriser par le Parti libéral et les étrangers canadiens», a-t-il déclaré en entretien téléphonique avec Le Devoir.
M. Villeneuve soutient que son groupe est pour la «lutte démocratique» et qu'il souhaite obtenir «pacifiquement» l'indépendance du Québec. Mais le MLNQ reste un mouvement «où on a envisagé que la lutte politique armée revienne, que le FLQ revienne, s'il y a une certitude que le Parti québécois ne peut pas faire l'indépendance. Pour le moment, on souhaite que le PQ soit réélu aux prochaines élections et que l'indépendance se fasse le plus tôt possible pacifiquement. Si jamais c'est impossible, ce n'est pas moi qui vais condamner les jeunes qui vont reformer le FLQ», a-t-il ajouté.
Tensions linguistiques
À Québec, le premier ministre Jean Charest a vigoureusement condamné les gestes posés par les sept accusés et refuse de voir un lien entre ces méfaits et le projet de loi 9 sur les défusions. «Il n'est pas question de reconnaître de lien parce que ces gens-là, peu importe le sujet, malheureusement, ils ont un certain point de vue que ne partage pas la très, très vaste majorité de la population», a-t-il déclaré.
«Il faut vraiment voir ça comme une affaire isolée. Dans le cas de Baie-d'Urfé, ce sont des comportements qui sont inacceptables», a affirmé le premier ministre.
Selon la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'affaires municipales, Diane Lemieux, «le projet de loi 9, c'est bien évident, il a ouvert les tensions, quelles qu'elles soient. Dans plusieurs communautés et grandes villes, la page était tournée ou, dans d'autres cas, presque tournée et le dépôt du projet de loi 9 a attisé les tensions.» D'après Mme Lemieux, les événements de lundi seraient une illustration de ces tensions.
Alain G. Gagnon, titulaire de la Chaire de recherche en études québécoises et canadiennes à l'UQAM, croit également «que le phénomène autour des défusions va activer certaines frustrations et réalimenter les clivages entre francophones et anglophones». Il affirme par ailleurs qu'il ne faut pas s'inquiéter outre mesure du mouvement de Raymond Lemieux. «Il ne faut pas paranoïer et se dire qu'il y a une mobilisation très large au Québec. On parle juste de quelques individus qui sont problématiques». Selon lui, il faut quand même «garder un oeil» sur ces gens et que les forces de l'ordre doivent intervenir «s'ils menacent des personnes ou des biens».
Le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Jean Dorion, estime ces gestes «déplorables» et considère comme «suspectes» les activités du MLNQ. Pour lui, «le résultat de ce qu'ils font est très nuisible pour la cause du Québec et la souveraineté. C'est complètement dépassé comme façon de poser le problème et de le résoudre. C'est sans aucune hésitation que je condamne ce genre de mouvement.»
Avec la collaboration de Robert Dutrisac

»» Vandalisme à Baie-d'Urfé
Message in a borough
JAMES MENNIE
The Montréal Gazette Wednesday, October 29, 2003
He claims his name is François and he knows the guys inside.
"As far as I'm concerned, they just wanted to send a message to the anglophone demergerites in the west of the island," the 20-year-old says calmy.
"I approve of it and I support them. ... For me, any means is good to send a message to our enemies. And that message is that they're not wanted here and we're going to have to deal with them."
François won't say more about his identity although he's quite calm about being photographed by anyone who's passing down the corridor.
He is standing in front of room 3.07 of the Montreal courthouse and drawing one camera light after another toward him, a kind of moth in reverse, as every newsroom in the city jumps on the graffiti-job someone pulled off overnight Sunday on what used to be Baie d'Urfé town hall.
"I'm looking at the youth of Quebec in the streets and they're becoming more and more radical," François says as the tape decks whir. "I have nothing against the people of Baie d'Urfé or the anglophone population, but they had not what I'd call a democratic vote but a fanatic vote against the population of Quebec by electing an anglophone as chairman of their borough - and it's unacceptable."
It's amazing what you can do with spray paint.
The case and the suspects arrested because of it graduated to the criminal division of Quebec Court from their original date in front of a municipal judge early yesterday, after police, trying to get to the bottom of who painted "F--k Canada" and "FLQ" on walls that normally had nothing more to fear than being egged on Mat Night, carried out some searches Monday.
Those searches yielded what police are claiming is a homemade bomb and a small amount of marijuana.
The word "bomb," coupled with the words "FLQ" and "slow news day," combined to send more reporters scurrying to listen to François wax lyrical about the "Quebec defensive militia" than the high-end murder trial going on two floors up.
To be fair to François, a crowd was also drawn to 3.07 by the possibility Raymond Villeneuve of the Mouvement de Libération Nationale du Québec might show up. However, Villeneuve, a convicted FLQ terrorist who never met a threat he couldn't veil, decided to take a pass.
"It's quite possible that the situation will become more radical," he says sleepily during a telephone interview. "With the Liberals in power, the sellouts to Canada, the traitors, it's possible some action will be taken.
"There's no hope that independence will happen soon. It's possible that the anger will spread among Quebec's youth."
Villeneuve's languor may be attributable to the fact he had a busy time of it the night before, arranging a small demonstration to "greet" Baie d'Urfé borough chairperson Ann Myles - the winner of François's "fanatical" vote - as she attended a meeting of city council.
Normally, he and the MLNQ work the big ticket events - unity rallies, visiting feds, airport re-namings. Up until now, city politics has been something of a political undercard for them.
But Villeneuve, while not too sleepy to place several light- years between himself and whatever occurred out in Baie d'Urfé ("I had nothing to do with it"), sees the demerger debate as a struggle between "Canadians and Quebecers."
"These people in the west (of Montreal) don't want to integrate. They even wanted to partition Quebec in the event of independence."
Meanwhile, the reluctant centre of attention in this tempest in an aerosol can said last night the language argument didn't hold water - particularly the water dividing Montreal from the rest of the province.
"It's always disturbing when things like (the vandalism) occur," Myles said. "But when you look at what's happening in other cities, it's clear this isn't a linguistic issue."
Demerger movements on the South Shore, particularly in francophone St. Lambert, St. Bruno and Boucherville, have been making as much noise as anything on the West Island.
Despite assertions by François and Villeneuve that waves of discontent are spreading among Quebec's youth, the seven men charged after the Baie d'Urfé raid are not drawn from the demographic sought after by the people who make designer jeans.
Jessie Blagdon Boisvert, 19, Cédric Tremblay, 20, and Marc Boulanger, 23, might make the cut for Villeneuve's New Model Army. But Benoît and Luc Laflamme, 30 and 33, respectively, as well as 34-year-old Serge Provost and Paul-André Desbiens, 49, are not only old enough to have voted in the last sovereignty referendum in 1995, they probably remember disco.
The cops have said they'll increase surveillance on paint-friendly symbols of demerger activity. And while they sidestep the question of whether they'll be watching prominent demergerites themselves, it's quite probable they will.
It's amazing what you can do with spray paint.
jmennie@thegazette.canwest.com

»» Vandalisme à Baie-d'Urfé
Guerrilla theatre
The Montréal Gazette Wednesday, October 29, 2003
A handful of vandals armed with spray paint tried to make trouble at the old Baie d'Urfé town hall early Monday morning; police who investigated found some home-made explosive devices, too.
Then, Monday evening, a similar mentality showed up at Montreal city hall. Indignant activist Gilles Rhéaume asked Anne Myles, newly elected councillor for Baie d'Urfé, just how she expects to be able to take care of her constituents when she can't speak French.
We know Rhéaume of old and would welcome his new-found solicitude for the people of Baie d'Urfé if we thought for a second that he meant it. But, in fact, both bits of guerrilla theatre had the same purpose: To reopen old wounds, stirring up scorn on one side and alienation on the other.
The Baie d'Urfé graffiti was to all appearances illegal, perhaps even hate speech. Downtown, meanwhile, the questioning was as legal as can be, and even civil.
There's a profound difference. The questioning of Myles was, if mean-spirited, at least legitimate politics: Pointing out an opponent's weaknesses is part of the game, and her inability to speak French is no asset.
But vandalism and incipient violence are beyond legitimate. There's no place for intimidation and thuggery in our politics. Police and prosecutors should move promptly and forcefully to punish the guilty to the full extent of the law.

»» Vandalisme à Baie-d'Urfé
Police say Quebec graffiti suspects had bombs
Ingrid Peritz
With A Report From Louise Gagnon
The Globe and Mail Wednesday, October 29, 2003
Montreal PQ - On the surface, it looked like a juvenile prank by bored teens: Slogans spray-painted on a public building and a thwarted plan to saw down the site's flagpole.
But the arrest of seven men in a sleepy Montreal suburb in the dead of night this week, and their arraignment yesterday on explosives-possession charges, has raised concerns this was more than routine vandalism. Police say they caught the suspects as they spray-painted anti-Canadian and pro-separatist graffiti on the former town hall of Baie d'Urfé, a predominantly English-speaking bedroom community in Montreal's West Island.
It is among several former municipalities trying to reverse their amalgamation into the new Montreal megacity -- a movement that some people fear could open linguistic rifts in the province.
On the site, police say they seized three homemade bombs and, in a later raid on a home, a police scanner and bullets.
Police say it's too soon to say whether the arrested men, who ranged in age from 20 to 50, are connected to a larger group. Among the slogans painted on the white-stucco civic building were "Canadians go home" and "FLQ," the acronym for the Front de libération du Québec. The men, also charged with mischief and conspiracy, were ordered detained until bail hearings today.
The arrests came against a backdrop of growing debate -- and doubt -- about the future of Montreal's new megacity.
Several elements link the arrests to the anti-merger debate. Some of the slogans were pro-megacity. In Quebec City, Premier Jean Charest condemned the vandalism and said it was the work of "a small minority."
"There's no one that thinks that these kinds of actions bring anything positive to the debate," he said. "They're doing no service to themselves or to Quebec society."

»» Vandalisme à Baie-d'Urfé
Grand-maman Myles et "mononcle" Villeneuve
Rima Elkouri
La Presse mercredi 29 octobre 2003
"Comment Mme Myles peut-elle siéger alors qu'elle ignore la langue officielle du Québec et la langue de la Ville de Montréal?" C'était lundi soir, à l'hôtel de ville. Gilles Rhéaume, militant souverainiste radical qui réclame la destitution de la nouvelle élue de Beaconsfield-Baie-d'Urfé, s'est approché du micro afin de poser cette question piège à sa conseillère préférée. Anne Myles avait prévu le coup. Comme une grand-maman contrariée, elle a lu avec flegme les quelques lignes qu'elle avait préparées pour l'occasion. "Je suis capable de lire le français et de suivre les conversations", a dit l'ex-mairesse de 73 ans, de son accent baie-d'urfien un peu hésitant.
La question posée par Gilles Rhéaume est légitime. Qu'une politicienne n'ayant qu'une connaissance passive du français soit élue dans une ville dont le français est la langue officielle, voilà qui n'est pas génial, on s'entend. Pour le reste, on ne s'entend pas. Le reste, ce sont tous les dérapages qui ont accompagné cette dénonciation. L'enflure du langage. La caricature éhontée. La transformation d'un débat politique en débat linguistique. L'appel à la défense du territoire québécois "contre les agressions de bandes d'étrangers" lancé par Raymond Villeneuve. Son refus de condamner les actions de ce qui semble être une milice patriotique, affiliée au Mouvement de libération nationale du Québec, qui combattrait les "ennemis" du Québec à coups de graffitis antianglophones, de tronçonneuse, de messages haineux et de bombes artisanales.
Dans un communiqué invitant tous les Québécois à protester contre la présence d'Anne Myles à l'hôtel de ville, le MLNQ précisait pourtant, lundi, qu'il entendait démontrer "pacifiquement" à la nouvelle élue de Baie-d'Urfé que Montréal n'a pas besoin d'une "unilingue anglaise défusionniste-partitionniste" au sein de son administration.
Drôle de pacifisme, se dit-on quand on entend Raymond Villeneuve dire sans ambages qu'il n'est pas question de condamner les "patriotes" qui ont combattu les "ennemis du peuple québécois" en vandalisant l'ancien hôtel de ville de Baie-d'Urfé. On a bien besoin d'une milice patriotique capable de défendre le territoire québécois, a-t-il expliqué. Une sorte d'armée populaire capable de dire aux "Rhodésiens racistes anti-Québécois" de "s'en aller chez eux". Vraiment rafraîchissant comme discours, non?
À voir tout ça, on se dit qu'au lieu de mener des enquêtes sur toutes les grands-mamans Myles et autres petites madames de Boucherville qui militent pour la défusion, la Sûreté du Québec aurait peut-être intérêt à jeter un coup d'oeil du côté de ces vaillants patriotes pro-fusion affectionnant les slogans pacifistes comme "Anglos go home" et "Fuck Canada".
À voir tout ça, même si on juge inconcevable qu'une élue de la Ville de Montréal ne puisse s'exprimer en français, on a presque envie de prendre grand-maman Myles par l'épaule et de la féliciter pour son flegme. Après tout, comme l'a souligné le maire Tremblay - qui n'a aucune raison d'affectionner particulièrement la nouvelle élue de Beaconsfield-Baie-d'Urfé, puisqu'il a perdu sa majorité au conseil à cause d'elle -, Mme Myles a quand même été élue de façon tout à fait démocratique.
Bref, à voir tout ça, on a l'impression d'assister à une tempête sur un bout de papier. Il suffit d'aller faire un tour dans l'Ouest-de-l'Île pour constater que la situation y est beaucoup plus complexe que celle que se plaisent à caricaturer les extrémistes. La population francophone y est de plus en plus présente, même à Baie-d'Urfé. Et s'il subsiste des personnes âgées et quelques autres dinosaures unilingues anglophones, il reste que la majorité des gens y sont au moins bilingues et plutôt allergiques aux vieilles guerres linguistiques.
La bonne nouvelle dans tout ça, c'est que, de la même façon que "mononcle" Villeneuve et sa bande ne sont pas du tout à l'image de l'ensemble des souverainistes québécois, l'unilingue grand-maman Myles n'est pas vraiment à l'image de la majorité des citoyens de l'Ouest-de-l'Île. Ouf!

»» Vandalisme à Baie-d'Urfé
Réplique à "matante" Elkouri
Pierre-Luc Bégin
V.-P. MLNQ
Jean-Sébastien Lapointe
V.-P. MLNQ de la Capitale nationale
TRIBUNE LIBRE mercredi 29 octobre 2003
En réponse à la chronique de Madame Rima Elkouri dans la Presse du 29/10/03
et intitulée "Grand-maman Myles et mononcle Villeneuve".
Dans son billet d'humeur du 29 octobre 2003, madame Rima Elkouri félicite
la "grand-maman" Ann Myles, conseillère unilingue anglaise
défusionniste-partitionniste récemment élue dans l'arrondissement
Beaconsfield-Baie-d'Urfé de l'ouest montréalais, pour son "flegme" face
aux actes de vandalisme commis par des membres du Mouvement de Libération
Nationale du Québec (MLNQ), présidé par l'ex-felquiste Raymond Villeneuve,
dans la très rhodésienne bourgade de Baie-d'Urfé.
Vous connaissez tous sans doute Baie-d'Urfé, ce chic petit paradis de
l'intransigeance unilingue anglaise. Vous savez, là où le cheval de
bataille des défusions est en fait celui du refus des anglo-montrealers de
s'inclure à la majorité québécoise (francophone). Oui, Baie-d'Urfé, là même
où il fait bon parler (en anglais svp) de partition du territoire québécois
en cas d'indépendance, comme le font toutes les gentilles grand-mamans "unionistes" d'Irlande du Nord. La réaction de madame Kouri face au comportement de Miss Myles et ses compatriotes? "On a presque envie de
prendre grand-maman Myles par l'épaule et de la féliciter pour son flegme", écrit la dame de La Presse. Touchant, n'est-ce pas?
Ainsi, "matante" Kouri se scandalise du sort qu'ont réservé certains
militants indépendantistes membres du MLNQ à l'ancien "City Hall" de
Baie-d'Urfé, envoyant un message à la "grand-maman" et ses semblables.
Les questions de fond qui ont sans doute motivé les gestes de ces patriotes
impatients, celle des défusions linguistiques ou de la partition du Québec
par exemple, madame Kouri n'en dit mot. En fait, "matante" Kouri ne
retient que l'opposition à l'unilinguisme anglais de sa "grand-maman".
Bien sûr, tout comme le MLNQ, il appert que les militants qui ont posé les
gestes que l'ont sait sont opposés à l'unilinguisme anglais d'Ann Myles. Y
a-t-il vraiment un Québécois assez colonisé pour ne pas l'être? Or, la
question est plus complexe.
La question est d'abord et avant tout celle de la défusion du grand
Montréal ville française, action qui prépare la stratégie de la partition
du Québec advenant l'indépendance. La question des défusions linguistiques
à Montréal recoupe la stratégie historique, deux fois séculaire, des
anglo-montrealers de se soustraire à la majorité québécoise (francophone)
de Montréal et du Québec. Ne soyons pas naïfs, les défusions linguistiques
à Montréal préparent l'ulsterisation du conflit en cas d'indépendance. Cela
montre la volonté des "grands-mamans" du West-Island et de leurs fils de
se soustraire à la volonté de l'État du Québec et de s'opposer jusqu'au
bout au désir d'émancipation et de progrès du peuple québécois en route
vers l'indépendance. No passaran!, tenez-vous-le pour dit.
En effet, quant au MLNQ, sa position est claire. Oui, à l'action
démocratique en faveur de l'indépendance du Québec et de la défense de
l'intégrité du grand Montréal français. Cependant, l'avertissement est
également limpide : si les anglos du West-Island veulent jouer aux
révolutionnaires et découper le territoire de Montréal et du Québec en
lamelles, ils trouveront d'ardents vis-à-vis. Passez le message à "grand-maman".

»» réingénierie
Jean le pataphysicien
François Piazza
Quidam montréalais
Le Devoir mercredi 29 octobre 2003
Libre opinion: Sonnez carillons! Résonnez musettes! Sous la houlette de la merveille ex-frisée, l'honorable Jean Charest, nous est né le gouvernement le plus intellectuel qui soit puisqu'il est à la fois hégélien et pataphysicien.
Tout comme Hegel, chaque ministre pourrait dire : «Je m'affirme en me contredisant» ou, plutôt, «en contredisant mon confrère». Quant à la pataphysique, qui est, comme chacun sait, la science d'inventer des solutions imaginaires à des problèmes qui n'existent pas, elle vient de progresser grâce au gouvernement Charest «Nous avons les solutions !», qui vient de découvrir qu'il n'y a pas de solution sans problème. Ne reste plus qu'à les inventer, ce à quoi il s'emploie avec l'ardeur des convertis.
Passons sur la défusion promise, qui aboutit d'abord à une loi sur les fusions pour ensuite en préparer une autre sur la défusion. Pour créer le divorce, il faut inventer le mariage. Compliqué, il va de soi. Sans cela, où seraient les joies du divorce ?
Un ministre veut faire payer un per diem aux prisonniers. Sans doute pour financer la construction de nouvelles prisons provinciales, les anciennes étant pleines à craquer. De gens qui, la plupart du temps, n'ont pas un sou vaillant et sont à l'aide sociale. Problèmes, soucis, tracas !
Le confrère, lui, préconise de ne plus envoyer en prison ceux qui ne paient pas les contraventions routières, ce qui est le gros de la population carcérale, pour faire de la place. Perte de revenus ? Incohérence ? Que non ! En effet, si on les a envoyés en prison, c'est qu'ils ne pouvaient pas payer leurs contraventions. Encore moins la prison !
Bref, quand tout cela sera voté, nous serons le premier pays au monde où, pour entrer en prison, il faudra montrer son chéquier. Pas d'argent, pas de geôle. Dehors !
Homme de paroles, le géant de la pensée estrienne a promis pendant sa campagne électorale de baisser les impôts et de combattre le chômage. Mais il fallait nourrir ce dernier car il déclinait. Fini, les subventions et les dégrèvements qui poussaient les entreprises à s'installer au Québec ! Laissons les provinces arriérées (l'Ontario) continuer dans cette funeste voie. Conséquence : non seulement les multinationales ne viennent plus nous pourrir, celles qui étaient déjà là ont tendance à reluquer l'herbe vert dollar dans les prés voisins.
Du coup, le chômage a meilleure mine : il frôle les 10 %. Encore quelques vitamines (non-renouvellement des départs dans la fonction publique, retards dans le financement des contrats approuvés, notamment ceux pour l'autoroute 30, etc.) et le 11 % sera atteint. Là, on va pouvoir s'y attaquer !
Déjà, le ministre des Affaires sociales s'y met fougueusement. Fini, les garderies à 5 $ par jour ! Et de gémir et de se lamenter le peuple des marmots ! Ils n'ont rien compris, ces abrutis ! L'arbre cache la forêt ! Le Conseil du patronat, lui, a saisi la subtilité. C'est pourquoi il propose la suppression pure et simple des garderies publiques. Bien sûr, cela fera quelques chômeuses de plus, mais quoi ? Quand on voit grand, on n'en est pas à quelques milliers près. Seul le résultat compte.
Les femmes -- surtout monoparentales -- ont tendance à s'accaparer les bas emplois mal payés et à statut précaire. Cinq dollars par jour pour faire garder la succession, ça se supporte (mal), surtout si, net, frette, sec, il vous reste 300 $ par semaine. Mais si elles devaient payer 25 ou 30 $ par jour, un grand nombre d'entre elles préféreraient l'aide sociale, disparaîtraient du monde du travail, remplacées par tous ces jeunes traîne-savates qui hantent nos rues. Coup double ! Ainsi, on aura atteint le but. En effet, pour combattre le chômage, ce n'est pas l'emploi qu'il faut créer (la preuve, c'est que cela n'a jamais marché !) : il faut supprimer (d'un point de vue statistique) le chômeur.
Pour cela, il faut de l'argent. Calmez-vous, braves gens, le Robin des Bois de la forêt de Westmount, pourfendeur de l'impôt sur le revenu, a pensé à tout. D'abord, réduction de 3 %. Ce qui fera une belle jambe à plus de la moitié de la population travaillante qui ne gagne pas assez pour pouvoir payer de l'impôt. La moitié du reste sera éblouie de voir passer les 50 $ de rabais de l'impôt sur le revenu au compte de l'électricité, en plus d'une substantielle augmentation. Mais fort du fait bien connu de frère Séguin selon lequel le seul moyen de diminuer l'impôt est d'augmenter les taxes, attendez-vous à voir monter, en ordre décroissant, le prix du tabac, celui de l'alcool et celui de la loto. Ce n'est que justice que le vice entretienne la vertu.
Évidemment, les taxes (avouées ou non) sur la consommation touchent surtout les pauvres. Mais quoi ? Les pauvres coûtent cher, c'est bien connu. Ce sont surtout eux qui profitent des services qu'on ne peut pas (encore) privatiser. Il est donc normal qu'ils en assument leur juste part, la plus grande, puisqu'ils sont les plus nombreux.
Et maintenant, tous ensemble avec les génies qui nous gouvernent et que le monde entier nous envie : «Hourra, cornegidouille ! Vive le père Ubu !»

»» Centres de la petite enfance
CPE, méconnaissance ou contradiction ?
Normand Wener
Le Devoir mercredi 29 octobre 2003
Lettres: Sherbrooke, 23 octobre 2003
À la lumière de la lettre ouverte aux Québécois du premier ministre du Québec (le 13 octobre 2003), l'étude du nouveau cadre budgétaire imposé aux Centres de la petite enfance (CPE) par le ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille (MESSF) laisse perplexe.
La mission des CPE consiste essentiellement à assurer la santé, la sécurité et le développement de nos enfants. On connaît bien l'importance des premières années de la vie d'une personne pour la suite de son développement et toutes les études récentes démontrent que les CPE s'acquittent très bien de leur mission, voire de mieux en mieux. Donc «santé (prévention) et éducation». Peut-on être plus au coeur des priorités de l'actuel gouvernement québécois ?
Les CPE ne sont pas des institutions étatiques. Il s'agit d'organismes sans but lucratif sous la responsabilité de conseils d'administration composés très majoritairement de parents. Dans ce cas, l'État a donc déjà délégué à d'autres, notamment à plusieurs organismes communautaires, la responsabilité de poursuivre cette mission très importante même si cette opération fut pilotée par une autre équipe gouvernementale. Ces CPE sont actuellement en phase de consolidation à la suite d'une expansion des plus rapides. Ils pourront donc assumer de mieux en mieux leur mission et diminuer ainsi la panoplie de contrôles étatiques souvent tatillons et toujours coûteux. De plus, chaque CPE, formule souple et décentralisée, modèle déjà et modèlera de plus en plus ses services sur les besoins spécifiques de la population locale qu'il dessert (horaires de garde, soins particuliers à certains enfants, etc.). Peut-on être plus au coeur des priorités de l'actuel gouvernement québécois ?
La modernisation de notre État est une nécessité dictée par notre époque et ses enjeux. Notre époque comporte la montée fulgurante des femmes sur le marché du travail à la suite de leurs succès scolaires impressionnants. Cette situation pose avec acuité le problème de la conciliation entre la vie familiale, la vie personnelle et la vie professionnelle, problème auquel les CPE viennent répondre en bonne partie. Peut-on être plus au coeur des priorités de l'actuel gouvernement québécois ?
Qu'on m'aide à comprendre ! Est-ce une contradiction dans les politiques gouvernementales, une méconnaissance du quotidien des CPE ou un manque de confiance dans les compétences des éducatrices pourtant bien formées dans nos établissments scolaires subventionnés ?

»» Le Conseil de la fédération
Le Conseil de la fédération, un outil de collaboration
Benoît Pelletier, député de Chapleau, ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, ministre responsable de la région de l'Outaouais
Le Droit mardi 28 octobre 2003
La 44e édition de la Conférence annuelle des premiers ministres provinciaux et territoriaux, à Charlottetown, les 9, 10 et 11 juillet derniers, a marqué le début d'une nouvelle ère dans les relations intergouvernementales au Canada. Pour la première fois depuis 1960, les premiers ministres ont convenu de créer une nouvelle institution visant essentiellement à consolider et améliorer leurs relations : le Conseil de la fédération.
Les premiers ministres ont reparlé du Conseil de la fédération à l'occasion de la conférence de Québec du 24 octobre dernier. Ils ont convenu de se rencontrer à nouveau le 5 décembre prochain, à Charlottetown, pour finaliser le travail sur la création du Conseil.
L'expression "Conseil de la fédération" n'est pas nouvelle : elle remonte à 1978 au moins. Dans le rapport du Parti libéral du Québec d'octobre 2001 (Un projet pour le Québec : affirmation, autonomie et leadership), nous avons avancé une formulation du Conseil de la fédération qui est complètement différente de celles contenues dans les documents précédents. Notamment, notre proposition de Conseil ne possède pas une nature constitutionnelle, une distinction fondamentale par rapport aux autres propositions. Du reste, contrairement à ce que ces dernières véhiculaient, le Conseil de la fédération que nous proposons ne constitue aucunement un Sénat réformé ni un substitut de la Chambre haute.
Au contraire, ce que nous souhaitons mettre en place, c'est d'abord un lieu de dialogue permanent et non constitutionnel. Une telle instance sera susceptible de favoriser l'échange d'information, la mise en commun d'expertises et la conclusion d'ententes de coopération. Dans un esprit davantage ancré dans la concertation, les provinces et les territoires pourront prendre ensemble des initiatives et assurer le suivi des engagements convenus. Grâce au Conseil de la fédération, provinces et territoires deviendront des partenaires encore plus actifs dans l'élaboration des orientations qui concernent l'avenir du pays.
L'idée du Conseil est très simple. Elle repose sur la nécessité de mieux structurer et mieux organiser les relations interprovinciales-territoriales. Dans cette voie, le Québec poursuit quatre objectifs fondamentaux :
1) dégager le plus grand dénominateur commun entre les provinces et territoires et parvenir à des consensus lorsqu'ils sont possibles et souhaitables ;
2) mieux planifier la collaboration intergouvernementale afin de rendre celle-ci plus efficace et plus productive ;
3) renforcer la position globale des provinces et des territoires vis-à-vis Ottawa dans des dossiers d'intérêt commun ;
4) améliorer la communication entre les provinces et les territoires d'une part, et avec la population d'autre part.
Le Conseil de la fédération n'aura pas une structure lourde. D'ailleurs, personne ne souhaite, avec raison, la naissance d'une nouvelle bureaucratie.
Le Conseil sera, sous certains rapports, un organisme parapluie abritant notamment le nouveau Secrétariat d'information et de coopération sur le déséquilibre fiscal. Le mandat du Conseil portera entre autres sur des enjeux d'envergure comme la santé, le déséquilibre fiscal, et une meilleure circulation des biens, services, capitaux et personnes. À terme, le Conseil pourra aussi permettre de s'entendre sur un programme commun s'articulant autour de cinq ou six sujets, voire de développer leur propre vision des relations fédératives et de leur place dans le Canada de demain.
Cette philosophie de coopération ne portera pas atteinte à la spécificité québécoise. Les pouvoirs, droits et privilèges du Québec ne seront d'aucune façon affectés. Le Conseil sera composé des premiers ministres des provinces et territoires, lesquels s'y rencontreront périodiquement et lesquels pourront, au besoin, être appuyés dans leurs travaux par des ministres. Les décisions du Conseil seront prises de façon consensuelle, son développement sera progressif et son mandat, évolutif.
La Conférence de Charlottetown de juillet 2003 et l'engagement que les premiers ministres y ont pris de créer un Conseil de la fédération témoignent de la volonté des provinces et territoires d'être des partenaires à part entière de notre système fédératif. Ils souhaitent ainsi participer à l'établissement de l'"agenda" canadien, s'engager dans de nouvelles voies propices à la convergence d'intérêts et se donner un leadership pour influer sur l'évolution du Canada.
Le Conseil de la fédération ne sera pas la solution à tous les problèmes mais favorisera la recherche de solutions, de façon raisonnée et éclairée. D'ailleurs, la création du Conseil n'empêchera pas les provinces et territoires d'entretenir entre eux, hors de son cadre, les relations bilatérales et multilatérales qu'ils jugeront appropriées.
Le Conseil de la fédération est une pièce maîtresse dans le plan d'action du gouvernement du Québec en ce qui touche aux relations intergouvernementales, mais elle n'est pas la seule initiative que le présent gouvernement entend prendre en la matière. Au contraire, nous avancerons puissamment nos revendications en ce qui a trait à des sujets de grande importance comme les congés parentaux, le déséquilibre fiscal et l'exercice du prétendu pouvoir fédéral de dépenser dans le champ de compétences des provinces. Parallèlement, nous continuerons à consolider et à renforcer l'identité spécifique du Québec - notamment en termes de langue et de culture - et à affirmer celle-ci dans l'espace canadien et dans le monde.
L'approche vise à modifier la donne en matière de relations intergouvernementales dans le sens d'un renforcement du Québec dans l'ensemble canadien et de son affirmation identitaire à tous les niveaux. La réforme de la fédération canadienne, par des voies autres que constitutionnelles à proprement parler, constitue un objectif important de l'actuel gouvernement du Québec. Le Conseil de la fédération s'inscrit carrément dans cet esprit.

»» La politique étrangère du Canada
Quelle est notre marge de manoeuvre face aux États-Unis?
Pour le Canada, les occasions d'agir diminuent avec la politique de puissance poursuivie par Washington
André Donneur; Albert Legault; Stéphane Roussel
Professeur, département de sciences politiques, Université du Québec à Montréal
Le Devoir mardi 28 octobre 2003
Premier de deux textes
Il n'existe, selon les modèles d'analyse développés par le Groupe de recherche sur la politique étrangère du Canada, que quatre modèles fondamentaux de la politique étrangère du Canada. Ces quatre modèles correspondent à des attitudes dominantes différentes. Ce sont:
1- Les internationalistes purs qui diront «C'est oui, si... »
2- Les intégrationnnistes fervents ou les continentalistes purs qui diront «C'est oui».
3- Les souverainistes purs qui diront «C'est non».
4- Les intégrationnnistes de convenance ou les partenaires à coopération sélective qui, eux, diront «C'est selon».
Le tableau ci-bas décrit ces quatre modèles.
Deux axes définissent ces quatre modèles. Le contexte normatif qui s'étend d'un environnement peu favorable à très favorable, car pour faire des choses ensemble il faut accepter de vivre en commun ou en tout cas de faire des choses ensemble selon un ensemble de valeurs communes partagées. Le second axe est défini par la variable qui va de l'indépendance pure à l'intégration totale, c'est-à-dire depuis la croyance en un État souverain (donc la croyance au modèle stato-centriste) jusqu'à l'acceptation d'une fusion politique à l'intérieur d'un ensemble plus vaste (union politique et économique). Une troisième variable implicite vient évidemment couper ces deux axes sous une forme diagonale qui va d'une forte coopération au sommet à l'absence de coopération à la base.
Les internationalistes purs ont des comportements prévisibles. «C'est oui, si», c'est-à-dire si l'ONU dit oui, ou encore si l'ensemble de la communauté internationale propose des actions conformes à la volonté de la majorité. Les souverainistes purs sont plutôt rares mais prévisibles. Ils souhaitent et conseillent de «dire non» aux États-Unis. Les intégrationnistes purs ou les continentalistes fervents espèrent une coopération encore plus poussée avec les États-Unis, quel qu'en soit le prix politique à payer. Enfin, les intégrationnistes de convenance ou les partenaires à coopération sélective sont tous ceux qui acceptent de collaborer avec les États-Unis, mais à la condition que chacun y trouve son compte. Donc, «c'est selon».
On le voit, ces modèles sont loin d'être étanches. Les deux axes mixtes les plus naturels s'étendent de gauche à droite, c'est-à-dire «dire oui» à la coopération multilatérale et accepter en même temps, «une très forte coopération» lorsque l'occasion se présente. Le deuxième axe mixte naturel, passer de l'indépendance à la coopération sélective, est le lot des nationalistes de bon aloi ou des réalistes coopératifs, comme l'est la plupart du temps le gouvernement canadien. Le modèle mixte en diagonale (1 et 4), c'est-à-dire la recherche d'une coopération multilatérale consensuelle, complétée par des accords sélectifs, est aussi représentatif de la position canadienne. Mais il est rare de trouver simultanément la pratique des scénarios 2 et 3 comme modèle mixte dominant, car ces attitudes sont à bien des égards antinomiques.
La marge de manoeuvre du Canada
Il est plausible de croire qu'une intersection plus ou moins commune et souvent variable selon les époques existe entre les quatre quadrants de ce tableau. Un élément néanmoins paraît clair. La marge de manoeuvre canadienne avec les États-Unis diminue d'autant plus que ceux-ci poursuivent une politique de puissance. Cela ne signifie pas que le Canada doive jeter par-dessus bord ses désirs souvent utopiques d'un monde internationalisé meilleur sur une base universellement acceptée de normes communes, mais plutôt que les occasions d'agir en ce domaine sont et seront moins nombreuses dans l'avenir. Du moins tant et aussi longtemps que l'administration républicaine sera au pouvoir à Washington.
Une première option est donc d'attendre, c'est-à-dire espérer que le président Bush ne sera pas réélu. Et entre-temps ne pas toujours crier tout haut nos sources de désaccord, sans pour autant renier nos principes. C'est en grande partie ce qu'a fait le gouvernement Chrétien au cours des années récentes. Ce qui a d'ailleurs valu au Canada de se faire dire que l'administration outaouaise actuelle était un «canard mort» (lame duck).
Une deuxième option est celle de prendre les États-Unis à leur propre jeu en s'appuyant sur leurs vocabulaires et leurs idées. C'est ce que le Canada a fait en liant indirectement les questions du bois d'oeuvre et du blé aux questions de l'énergie. «Vous voulez notre gaz et notre pétrole, aurait claironné le premier ministre Chrétien à l'oreille du président Bush, mais vous ne voulez pas notre bois!» Il n'est donc pas question pour Washington de financer par des crédits ou des subventions la construction de pipelines en Alaska, ce qui par ailleurs déstabiliserait les marchés de l'énergie pour les sociétés canadiennes intéressées par l'exploitation du gaz de la région de la vallée de Mackenzie. On y ajoute même une touche environnementale: la migration des caribous de la rivière Porcupine en serait entravée! La stratégie ici est de bonne guerre, ce qui prouve que les Canadiens ne sont pas complètement idiots...
Une troisième option est de n'accorder que l'essentiel aux États-Unis. Autrement dit, le Canada ne peut se permettre le luxe de devenir un «facteur d'insécurité» pour les États-Unis. Il faut donc leur donner satisfaction sur les points qu'ils jugent les plus importants. Ce qu'Ottawa a fait en acceptant de signer un mémoire d'entente sur la «frontière intelligente» et les questions d'une plus grande «interopérabilité militaire» au sein du NORAD ou du nouveau Commandement NorthCom. Sur le reste, le Canada peut toujours prendre le risque calculé d'envoyer paître Washington.
Ou alors tout simplement prétendre qu'il n'a pas encore développé de politique à cet égard. Ne pas avoir de politique constitue en réalité une quatrième option. C'est un peu ce que nous avons fait dans le domaine du bouclier spatial. L'argumentation d'Ottawa est simple: on ne nous encore rien demandé et nous n'avons aucune décision à prendre tant qu'on ne nous demande rien. En la matière, les États-Unis ne sont pas plus bêtes que le Canada. Ils peuvent aussi attendre. C'est d'ailleurs l'un des dossiers dont héritera sans doute le premier ministre Martin, si jamais celui-ci est confirmé dans cette fonction.
Ruer dans les brancards est évidemment une cinquième option, plus facilement pratiquée par d'anciens ministres ayant quitté le Cabinet ou encore par des partis d'opposition que par un gouvernement en place. Cette attitude se situe à mi-chemin entre le nationalisme canadien et la recherche d'accords sélectifs de coopération, pourvu que le Canada y trouve son compte. Le gouvernement actuel a aussi pratiqué cette stratégie et le discours du premier ministre Chrétien à Chicago, dans les semaines qui ont précédé le déclenchement de la guerre en Irak, est un bon exemple de cette attitude, ce qui d'ailleurs ne le lui a pas trop mal réussi.
Dire ou annoncer une chose et faire le contraire est sans doute une trouvaille importante de la politique qui relève à la fois de l'hypocrisie et d'une cause quelconque destinée à servir ses intérêts. Cette option, peu recommandable, est plus souvent pratiquée par les États-Unis que par le Canada. Washington y a constamment recours dans ses relations commerciales. À telle enseigne, les quotas développés sur l'acier ou sur le bois d'oeuvre, ou encore les négociations commerciales entre différentes zones économiques, afin de mieux diviser les acteurs et de conserver une position de dominance dans les négociations. Ottawa a eu recours à cette tactique dans ses négociations avec les États-Unis sur la question irakienne que les États-Unis croyaient réglée avec le ministre de la Défense John McCallum. Ce dernier certes a été désavoué par le Cabinet, mais Washington n'a guère apprécié le discours du premier ministre en Chambre annonçant, avant même que Washington n'en soit informé, notre refus de participer aux opérations de la coalition en Irak.
Une septième option, par essence fort démocratique, consiste à s'appuyer sur sa propre opinion intérieure pour dire non. Un bon exemple de cette stratégie a été le refus du gouvernement de parler d'un «périmètre de sécurité», ce qui ne l'a pas empêché de négocier sur la question de l'«harmonisation des visas» étrangers ou de la «frontière intelligente». Ici, le choix des mots a plus d'importance que la substance des négociations. Il s'agit de vendre un même produit sous une forme différente, pourvu qu'il n'affecte pas les sensibilités canadiennes. Les Canadiens excellent en la matière, ce qui indique qu'ils ont développé au cours des ans un fort instinct de survie.
Il existe enfin une huitième option - d'autres existent, mais l'espace manque pour les décrire, comme par exemple l'argument de l'Alliance canadienne de la superloyauté à l'endroit de Washington, principe vite affirmé mais rarement appliqué - en quelque sorte à l'opposé de la dernière que nous venons de formuler. Il s'agit de mordre à l'hameçon pour mieux noyer le poisson. Un bon exemple est le premier ministre Trudeau qui contre vents et marées, et contre son opinion publique, a décidé de permettre les essais du missile de croisière américain dans l'espace canadien, pour ensuite présenter, au grand dam de l'administration Reagan, son initiative de paix en dix points. Comme quoi la politique a plus d'un tour dans son sac.
Dans l'ensemble, les formules du «oui si» et du «c'est selon» paraissent être pour l'avenir prévisible, les techniques de négociations auquel le Canada aura le plus souvent recours dans ses rapports avec les États-Unis, en l'absence d'une union politique non souhaitable entre nos deux pays. À moins que M. Martin ne devienne un continentaliste de tout poil, ce qui, étant donné la passé de cet homme d'État, paraît peu plausible mais non impossible.
Demain: Les dilemmes de M. Martin