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»» déficit

Transferts fédéraux:
de nouveaux chiffres de Statistique Canada effacent le trou de 1 milliard

Francis Vailles
La Presse vendredi 3 octobre 2003

Le gouvernement du Québec a eu chaud: les nouveaux chiffres de Statistique Canada sur la population n'auront finalement qu'un impact négligeable sur les transferts fédéraux versés au Québec.

Rappelons les faits. En avril, on apprenait que les chiffres révisés de Statistique Canada sur la population occasionnaient un manque à gagner de 1 milliard de dollars dans le budget du Québec. L'écart venait de deux sources. D'une part, le budget préélectoral de Pauline Marois prévoyait une augmentation des transferts de 788 millions. D'autre part, les chiffres provisoires sur la population de Statistique Canada, publiés peu de temps après le budget, avaient plutôt pour conséquence de faire diminuer les transferts de 294 millions. Écart entre les deux chiffres: 1,08 milliard (788 + 294).

Or, les données finales sur la question technique du sous-dénombrement net de Statistique Canada, publiées le 25 septembre, ont plutôt comme conséquence de ne pas changer les transferts fédéraux au Québec. En fait, les transferts sur trois ans augmenteront d'environ 10 millions, dit-on à Québec, une somme négligeable si l'on considère que Québec reçoit cette année 9,6 milliards d'Ottawa.

Il s'agit d'une bonne nouvelle pour les contribuables du Québec, puisque, avec les premiers chiffres du sous-dénombrement net de mars, rappelons-le, Québec s'attendait à recevoir 294 millions de moins. Le ministre des Finances, Yves Séguin, avait prévu le coup, puisque dans son budget de juin, il prévoyait justement que les transferts resteraient les mêmes.

Les provinces maritimes écopent

Selon nos informations, les ajustements du sous-dénombrement net (personnes non recensées ou recensées plus d'une fois) ont cependant un impact très important sur les transferts fédéraux aux provinces maritimes et en Saskatchewan. Dans cette dernière province, les chiffres finaux du recensement de 2001 réduiront les transferts de 250 millions sur trois ans plutôt que les 150 millions prévus en mars, selon un article publié hier par le Saskatchewan News Network. L'impact est important considérant que la province recevra 1,1 milliard de dollars cette année. Les nouvelles estimations de population pourraient même coûter globalement 1 milliard sur trois ans à Terre-Neuve, à l'Île-du-Prince-Édouard et au Nouveau-Brunswick.

À Ottawa, on n'a pas voulu confirmer l'impact sur les provinces des nouveaux chiffres de population de Statistique Canada. Les estimations seront publiées à la mi-octobre, dit Andrée Houde, porte-parole du ministère fédéral des Finances. Le 10 octobre, les ministres des Finances des provinces se réuniront avec les représentants du gouvernement fédéral pour discuter de ce sujet. Entre autres, il sera question du renouvellement du programme de péréquation, qui prendra fin le printemps prochain.

Le programme de péréquation, d'une durée de cinq ans, a pour but de répartir la richesse entre les provinces. Nombre d'administrations provinciales se plaignent de la complexité du programme, de l'imprévisibilité des versements annuels et du fait qu'il ne prend que cinq provinces comme référence (Québec, Ontario, Manitoba, Saskatchewan et Colombie-Britannique).

Outre les paiements de péréquation, les provinces touchent des transferts fédéraux en vertu du programme appelé Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS). Les modalités d'application de ce programme sont passablement moins contestées, bien que les nouveaux chiffres de Statistique Canada sur la population aient un effet sur le TCSPS comme sur le programme de péréquation.



»» les mensonges de Jean Charest
»» Affaire Bouchard-Michaud

La foire à la calomnie

Frédéric Simonnot
Citoyen
TRIBUNE LIBRE 30 septembre 2003

Faussement accusés en bloc d’avoir peut-être eu des relations sexuelles avec des prostituées mineures, double crime odieux s’il en est, tous les ministres de l’ex-gouvernement péquiste viennent de sentir le goût amer de la calomnie, le même que celui qu’ont dû recracher M. Yves Michaud en décembre 2000 et M. Jacques Parizeau le printemps dernier. Est-il plus agréable d’être accusé de pédophilie, d’antisémitisme ou de racisme dès lors que c’est pure calomnie?

Ces épisodes très fâcheux mériteraient sans doute une réflexion approfondie et de la part des politiciens sur l’utilisation de la calomnie comme arme politique et de la part des médias sur l’utilisation de la calomnie comme outil de marketing. À la lueur de ces quelques affaires, il semble qu’un petit exercice général de déontologie s’impose d’urgence.

Pendant toute une journée de septembre, les principaux médias du Québec ont fait leurs choux gras d’une fausse nouvelle incriminant sans distinction plus d’une trentaine de politiques. Si la fausse nouvelle a ensuite été qualifiée de fausse rumeur, il n’en demeure pas moins qu’on nous l’a servie sur toutes les unes, toutes les antennes et tous les réseaux ad nauseam. C’était la nouvelle du jour sur la planète Québec.

À cause de cette fausse rumeur, pratiquement tous les ministres de l’ex-gouvernement péquiste se sont fait regarder comme des pédophiles probables pendant 24 à 48 heures. Du reste, comme il paraît qu’il n’y a pas de fumée sans feu, c’est l’adage qui l’affirme, il est certain que de nombreux Québécois demeurent persuadés que plusieurs chefs péquistes sont un peu pédophiles sur les bords. Bien fait pour eux! Quand tout le monde aura goûté à la calomnie, peut-être verra-t-on des dirigeants politiques et des responsables des médias se lever enfin pour refuser de faire le jeu des calomniateurs et exiger que ces derniers soient dûment châtiés.

En attendant, si l’on ne peut pas se plaindre d’être mal informé dans notre Québec moderne, on ne peut pas dire qu’on le soit bien! Politiciens et médias nous manipulent et nous font perdre notre temps dans leur seul intérêt.

M. Jean Charest, premier ministre du Québec, a menti aux députés de l’Assemblée nationale du Québec dans l’affaire Michaud en décembre 2000, comme il a menti au peuple québécois dans l’affaire Parizeau bis lors des élections législatives du printemps dernier. Dans les deux cas, il a travesti les propos des intéressés, sans le moindre égard pour la vérité ni pour la réputation de ses adversaires politiques. De plus, il ne s’est toujours pas excusé et personne ne semble avoir décidé de le harceler avec de vraies questions intelligentes jusqu’à ce qu’il fasse amende honorable.

Le premier mensonge, proféré à seule fin de manipuler le plus grand nombre de citoyens possible, a conduit les députés de l’Assemblée nationale du Québec à adopter, le 14 décembre 2000, une motion de blâme contre M. Michaud pour avoir tenu « des propos qui sont de toute évidence inacceptables, qui ne laissent aucune place à l'interprétation non plus », selon M. Charest, alors chef de l’Opposition officielle.

Texte de la motion : « Que l'Assemblée nationale dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l'égard des communautés ethniques et, en particulier, à l'égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l'occasion des audiences des états généraux sur le français à Montréal le 13 décembre 2000. »

Or, les seuls propos de M. Michaud à cette occasion concernant le peuple juif — et aucun autre groupe de citoyens — sont au contraire élogieux! Les voici : « Mes propres concitoyens devraient suivre l'exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif. Le chanoine Groulx disait et nous invitait, et je le cite, "à posséder, comme les Juifs, leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité, leur impérissable armature morale". Et l'historien donnait alors l'exemple du peuple juif comme modèle à suivre pour que les Québécois affirment leur propre identité nationale et assument, et assument pleinement, l'héritage de leur histoire, ajoutant que l'anti-sémitisme était "une attitude anti-chrétienne et que les Chrétiens sont, en un sens, spirituellement des Sémites". Fin de la citation. »

En conséquence, les 109 députés qui ont approuvé cette motion à l’unanimité ont fait preuve d’irresponsabilité et de malhonnêteté intellectuelle en condamnant un citoyen sur la foi de ouï-dire plutôt que sur des faits, attitude scandaleuse permettant à la calomnie de triompher.

Pire, cette motion a été décidée en violation des propres règles de fonctionnement de l’institution puisque l’article 324 de l’Assemblée Nationale n’autorise les motions qu’à l’égard d’une personne autre qu'un député « qui aurait porté atteinte aux droits ou aux privilèges de l'Assemblée ou de l'un de ses membres », ce qui n’est à l’évidence pas le cas. J’ajoute que tous ceux qui se réfugient aujourd’hui derrière cette sale bavure parlementaire au lieu de reconnaître qu’il s’agit d’un jugement infondé sont non seulement des calomniateurs, mais aussi des lâches.

Quant aux autres propos que l’on s’est permis de reprocher à M. Michaud dans la foulée, aucun d’entre eux n’est inacceptable. En revanche, la calomnie d’origine de M. Charest l’est tout à fait.

Le second mensonge de M. Charest, sans même entrer dans le dossier plus que scabreux-farfelu-ridicule-ruineux des défusions municipales, l’a aidé à remporter les dernières élections. Tout le monde se souvient que le candidat Charest a de nouveau mis « des propos inacceptables » dans la bouche d’un ancien premier ministre du Québec, M. Jacques Parizeau.

Le candidat Charest a délibérément jeté de l’huile sur les braises d’un vieux dossier, alors que M. Parizeau se bornait à expliquer sa déclaration controversée de 1995 — qu’il avait lui même qualifiée de malheureuse par la suite.

Il s’agit donc bel et bien d’une seconde calomnie de la part de M. Charest. Extrêmement mal gérée par ses adversaires, c’est le moins que l’on puisse dire, elle a de nouveau divisé le Québec à l’avantage du candidat Charest, même si le politicien prétend ne pas aimer ce qui est divisif (sic). Qui sera sa prochaine victime?

Comme il y a bien d’autres calomniateurs en liberté au Québec, je regrette que les patrons de presse prennent exemple sur nos influençables députés pour mener à bien leur devoir d’information. Il suffit que n’importe qui laisse entendre que quelques grosses légumes sont impliquées dans une affaire salace pour que les médias prétendument sérieux se précipitent sur la rumeur comme la misère sur le monde, sans égard pour la vérité ni pour le b-a ba du métier : on n’accuse pas sans preuve et on ne sort pas de nouvelle avant de l’avoir vérifiée. Espérons qu’ils trouveront d’autres modèles d’intégrité dont s’inspirer à l’avenir.

Au fait, j’ai entendu dire qu’il y avait des calomniateurs parmi les ministres du gouvernement Charest. Si quelqu’un pouvait aller vérifier et contre-vérifier l’information avant de la sortir, ce serait un bon début de retour à des pratiques journalistiques professionnelles et respectables.



»» Québec - New York

Le programme de Charest bien accueilli à New York

Pascale Breton
La Presse vendredi 3 octobre 2003

New York - Les propos du premier ministre Jean Charest, qui fait l'éloge d'un gouvernement fédéraliste, est ouvert aux partenariats avec le privé et est soucieux d'attirer les investisseurs, étaient doux aux oreilles de la communauté new-yorkaise des affaires.

À sa deuxième visite à New York en moins de six mois, le premier ministre était invité hier par la Foreign Policy Association- un groupe de réflexion réputé- à présenter les orientations de son nouveau gouvernement devant un parterre de plus de 400 personnes issues des milieux des affaires et des finances.

Le grand patron d'Alcoa, Alain Belda, de même que le directeur général de Merrill Lynch, Robert Lyons, et le directeur général de Morgan Stanley, Marc Robert, étaient notamment au nombre des invités à la table d'honneur.

Pour les séduire et livrer un message rassurant, le premier ministre n'a rien laissé au hasard. "En élisant notre gouvernement, les Québécois ont renouvelé leur attachement au Canada. Mon gouvernement est fédéraliste. Nous croyons qu'il est dans l'intérêt du Québec- et dans l'intérêt du maintien de notre identité- de rester un membre actif au sein de la fédération canadienne", a déclaré M. Charest.

Tout en soulignant l'identité culturelle et linguistique qui fait du Québec une société unique, le premier ministre a tendu la main aux investisseurs américains. Désormais, autant la structure de l'investissement que la façon de transiger avec le gouvernement, sera conçue de façon à ce que le Québec soit ouvert au marché nord-américain, a promis M. Charest.

Le gouvernement libéral préconise moins d'interventionnisme de la part de l'État, mais davantage de partenariats avec le privé. Confronté à une "impasse budgétaire" résultant des décisions financières de l'ancien gouvernement, Québec entend tenir les cordons de la bourse serrés et maintenir le cap sur un budget équilibré, a aussi affirmé le premier ministre pour démontrer à quel point le Québec offre une belle terre d'accueil aux investisseurs. "Si vous regardez pour le retour sur vos investissements, je veux que vous sachiez que les règles du jeu au Québec sont les mêmes que partout ailleurs en Amérique du Nord. Notre gouvernement va y voir de près. Nous ne parlons pas avec le même accent, mais quand il est question d'affaires, notre langage est universel", a-t-il lancé à ses auditeurs.

Dans son allocution, le premier ministre a aussi présenté les grandes orientations de son gouvernement, évoquant au passage les problèmes transfrontaliers et environnementaux avec les Américains. Il a souligné la nécessité de poursuivre le développement hydroélectrique, en partenariat avec les communautés autochtones du nord du Québec et en respectant les normes environnementales. "Il n'y aura aucun passe-droit là-dessus", a dit M. Charest. Répondant à une question de l'auditoire, il n'a également pas fermé la porte au recours au privé pour le développement des ressources naturelles.

Un auditoire satisfait

Le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, qui accompagne la délégation québécoise, croit que le premier ministre a marqué des points hier. "Les gens ont beaucoup apprécié sa franchise, son franc-parler et ses intentions très fermes de développer le Québec", a-t-il commenté.

M. Charest se devait également de rappeler que le Québec se soumet aux mêmes règles que les autres, même si cela semble une évidence pour certains, a-t-il ajouté en décochant quelques flèches à l'endroit de l'ancien gouvernement. "M. Charest a été très clair que les règles du jeu du secteur privé sont celles qu'on respecte aussi au Québec. (...) Au cours des dernières années, les gens avaient l'impression que le Québec avait des façons de faire différentes."

Au terme de l'allocution, Owen Kurtin, du cabinet juridique Salens, s'est montré satisfait. "L'époque de la séparation québécoise est pour le moment terminée. Le gouvernement libéral sera à mon avis une force pour l'échange économique. Personnellement, je n'avais jamais eu peur de la séparation, mais je pense que pour les investisseurs, oui, c'est rassurant."

Même si les lignes étaient très générales, le discours livré hier avait tout pour plaire aux gens d'affaires s'il faut en croire Jean-Marc Léger, de Léger Marketing, qui possède un bureau à New York depuis deux ans. "Pour les Américains, il y a quelque chose de neuf, ils ne savent pas du tout où se trouve le Québec, alors beaucoup de choses doivent être dites. Le discours a répondu aux attentes."



»» Québec - New York

Le premier ministre s'adresse aux gens d'affaires à New York

Charest est considéré comme «un excellent vendeur»
Le premier ministre estime que les réformes entreprises sont susceptibles d'attirer les investisseurs

Martin Ouellet

PC-Le Devoir vendredi 3 octobre 2003

New York - L'allocution du premier ministre Jean Charest devant la Foreign Policy Association de New York semble avoir rassuré les représentants de la communauté d'affaires de la métropole financière américaine.

«C'est un excellent vendeur», s'est exclamé hier le directeur financier de la banque d'investissements BNP Paribas, Bill Morrissey, à l'issue du discours de M. Charest devant le think tank du secteur financier de New York.

Devant quelque 400 invités, dont bon nombre de Québécois et de Canadiens, M. Charest a longuement expliqué les réformes entreprises par son gouvernement, comme la réduction de la taille de l'État et le recours aux partenariats public-privé, qu'il juge nécessaires pour «adapter l'État au nouveau siècle».

Ces initiatives, a estimé M. Morrissey, sont «sans l'ombre d'un doute» de nature à encourager les investissements.

Dans son allocution d'une trentaine de minutes, le premier ministre a aussi insisté sur la volonté de son gouvernement de faciliter la tâche aux gens d'affaires américains, qui redoutent, à tort ou à raison, la lourdeur de la réglementation en vigueur au Québec.

«Mon gouvernement envoie un message clair aux investisseurs selon lequel les règles du jeu au Québec sont les mêmes qu'ailleurs en Amérique du Nord», a-t-il affirmé.

«Il fallait envoyer un signal», a déclaré le ministre du Développement économique, Michel Audet, qui accompagne le premier ministre à New York.

«Les gens à New York avaient l'impression, au cours des dernières années, que le gouvernement du Québec avait des façons de faire différentes», a-t-il dit, faisant allusion à la mouvance social-démocrate et souverainiste de la précédente administration péquiste. «Il fallait corriger le tir», a-t-il poursuivi.

En outre, le premier ministre a lancé un appel aux grandes firmes de capital de risque pour qu'elles investissent au Québec, non seulement pour créer des entreprises mais aussi pour les soutenir jusqu'à ce qu'elles deviennent exportatrices. L'un des principaux secteurs visés est celui des biotechnologies.

Comme il l'avait révélé la veille, le premier ministre a aussi mis l'accent sur l'énergie, faisant valoir «l'immense potentiel de développement hydroélectrique du Québec», ouvert à l'exploitation, «à condition que la participation des premières nations soit assurée et que le processus d'évaluation environnementale soit respecté».

«Le discours était extraordinairement instructif», a mentionné le professeur James Shields, de l'université Columbia, en rappelant que les Américains «n'en savent vraiment pas assez sur le Canada».



»» Québec - New York

Le Québec "open for business"

Jean Charest reprend les mots de Brian Mulroney devant des gens d'affaires à New York
Mylène Moisan
Le Soleil vendredi 3 octobre 2003

New York - Reprenant, 20 ans plus tard, la célèbre et controversée déclaration de Brian Mulroney, le premier ministre du Québec a déclaré hier aux gens d'affaires new-yorkais que le gouvernement du Québec est "open for business". Tout est sur la table, y compris les ressources naturelles.

M. Charest a profité de la tribune offerte par la Foreign Policy Association pour faire connaître son penchant pour les partenariats publics-privés qu'il entend multiplier. Il a également lancé un appel aux investisseurs qui voudraient s'allier aux entreprises québécoises qui manquent de financement pour se tailler une place sur les marchés internationaux.

Devant un auditoire composé principalement de gens d'affaires - dont plusieurs Canadiens - , il a expliqué en quoi le Québec est "plus que jamais" la meilleure place pour investir. "Mon gouvernement envoie un message clair aux investisseurs qui visent un intéressant rendement : les règles du jeu au Québec sont les mêmes que partout en Amérique du Nord. Et nous allons nous en assurer."

Les mots du premier ministre québécois étaient de la musique aux oreilles des gens présents, du moins de ceux que LE SOLEIL a rencontrés après le dîner. "Je ne savais pas à quel point M. Charest avait à coeur de réduire le rôle du gouvernement et de créer plus de partenariats privés-publics", a commenté Bill Morrissey, un des directeurs de PNB Paribas, une banque française de financement et d'investissement qui brasse déjà des affaires au Québec.

Qualifiant le premier ministre d'"excellent vendeur", M. Morrissey a dit souhaiter que d'autres gens d'affaires aux États-Unis puissent entendre le discours. "Il ne faut pas qu'il se limite à cette tribune, il faut que ça soit connu, que le mot se répande", a-t-il insisté, indiquant que le changement de gouvernement pourrait l'inciter à investir davantage au Québec.

Toujours de chez PNB Paribas, le premier vice-président, Edward Speal, estime que l'"excellent discours" de M. Charest aura permis de "remettre le Québec sur les écrans radars" des investisseurs. "Plusieurs personnes dans cette salle partent d'ici gonflés à bloc", a-t-il confié.

Pour "gonfler à bloc" son auditoire, le premier ministre a d'abord misé sur l'appui historique du Québec pour l'Accord de libre-échange, rappelant que "Brian Mulroney n'aurait pas pu aller de l'avant sans l'appui politique du Québec".

M. Charest a insisté comme prévu sur le potentiel hydroélectrique de la province, informant que, d'ici 2011, les projets de construction atteindront 7 milliards $, ajoutant à cela le développement souhaité de l'énergie éolienne. Après avoir fait l'apologie de la main-d'oeuvre québécoise, il a promis de "faire en sorte que l'environnement québécois, de la structure de l'investissement à la façon de transiger avec le gouvernement, soit ouvert au marché nord-américain".

À la fin de son discours, M. Charest a été interpellé sur "l'échéancier de la privatisation des ressources naturelles". Rappelant son parti pris pour les partenariats publics-privés, il a indiqué, sans donner de détails, qu'il y aura dans les secteurs de la forêt et de l'énergie "une présence beaucoup plus forte du secteur privé".

C'est en conclusion de son discours que M. Charest a repris l'open for business de son ancien patron, Brian Mulroney. L'ancien premier ministre du Canada avait utilisé l'expression en 1984, alors qu'il venait tout juste d'être élu. Il avait été invité par l'Economic Club de New York. Il faisait allusion à la fin de l'ère de Pierre-Eliott Trudeau, qui avait donné au Canada la réputation d'être réticent aux investissements américains.

MMoisan@lesoleil.com



»» Québec - New York

Charest wins praise for N.Y. sales pitch

Premier charms audience on mission. A key goal of 3-day trip was to reassure U.S. investors Quebec has level playing field
ALLISON HANES
The Montréal Gazette Friday, October 03, 2003

An excellent salesman for Quebec.

He ought to take the show on the road.

These were just some of the rave reviews Quebec Premier Jean Charest received here yesterday after taking the podium and pitching Quebec as a good place to invest to members of the Foreign Policy Association.

The audience for his lunch-time speech was billed as being among the elite of the U.S. business community, but much of the crowd of 500 seemed to be expatriate Quebecers and Canadians, employees of Canadian firms like BMO Nesbitt Burns and CIBC Wood Gundy, and dignitaries from the Quebec and Canadian delegations in New York.

Charest charmed them with amusing anecdotes about hockey, memories of his friend (and former boss) Brian Mulroney, the well-connected former prime minister, and references to his meetings with U.S. officials like Secretary of State Colin Powell.

If Charest's aim was to lend credibility to his new Liberal administration and sell Quebec at the economic epicentre, he can count his speech a success, according to an informal exit poll.

"He is probably one of the best salesmen for Quebec that you could meet: he's honest, forthright and I don't know how long his tour will be here in New York, but he should really make it nationwide because he could really sell the province very, very well," Bill Morrissey said. It was the first time the U.S. east coast director of trade finance for the French firm BNP Paribas had heard Charest speak.

Morrissey said the premier's credentials as a strong federalist also impressed him. "I think it's in Quebec's best interests to remain (part of Canada)," he said. "I think he needs to make his case on a wider scale in the U.S. He's an excellent salesman."

Columbia University professor James Shields said he found the speech on Quebec instructive, but Charest being a federalist wasn't that important to him.

"I feel comfortable with both, because they're a very important neighbour," he said.

While Charest's lesson may seem elementary to Quebecers, pollster Jean-Marc Léger said an American audience would have found it enlightening.

"Americans don't know much about Quebec. There are lots of things to say about business, about the relationship with the U.S.," said the Léger Marketing firm president, who was in New York. "It's important to reassure people, certainly. I think the speech responded to the expectations of the Americans."

Charest is on a three-day mission to New York City, featuring two speeches and an undisclosed number of closed-door meetings with U.S. companies.

His aim is to give Quebec a high profile; he will ring the opening bell at the New York Stock Exchange this morning.

In his speech, Charest emphasized the province's strong embrace of free trade, pointing out that 85 per cent of Quebec exports are purchased in the U.S. and that Quebec sells twice as much south of the border as it does to the rest of Canada.

He also pointed out that Quebec is the United States's fifth-largest export market after Britain, Germany, South Korea and China.

He spent a large chunk of his speech promoting Quebec's hydro distribution network as the most stable and well-maintained in North America - and a relatively clean source of power.

"Given recent events," he said, alluding to the August power blackout that plunged 50 million people, including all of Manhattan, into darkness, "I don't think I need to convince you that prosperity and security are also dependent on energy supply. ... Quebec will be a major player in energy development and supply across the continent."

Charest made a point of telling the crowd that the playing field for investors is level in Quebec.

"My government is sending a clear message to investors looking for attractive returns that the rules of the game are the same as elsewhere in North America," he said.

Michel Audet, Quebec's economic development minister, said correcting this misperception in the financial community was a key goal of the mission.

ahanes@thegazette.canwest.com



»» «réinventer le Québec»

Les leçons d'une révolution

André Pratte
La Presse vendredi 3 octobre 2003

Éditorial - Les électeurs ontariens ont sonné le glas hier de la "révolution du bon sens" mise en oeuvre il y a huit ans par les conservateurs de Mike Harris. Les Québécois, qui s'intéressent peu à la politique des autres provinces, seraient pourtant bien avisés de se pencher sur les raisons de la victoire des libéraux de Dalton McGuinty.

Les résultats d'hier s'expliquent évidemment par de nombreux facteurs: l'usure du gouvernement conservateur après deux mandats, la gestion erratique d'Ernie Eves, l'habile campagne des libéraux. Mais le gouvernement Eves a aussi été victime de la colère des électeurs à l'endroit des effets pervers de la révolution Harris. De plus, ils ont préféré l'orientation proposée par M. McGuinty- un réinvestissement dans les services publics prioritaires- à celle mise de l'avant par M. Eves- de nouvelles baisses d'impôt. Pour les Québécois, cela veut dire, d'abord, que le fossé entre la fiscalité des deux provinces va cesser de s'élargir.

"Nous devons réinventer la façon de fonctionner du gouvernement, faire travailler l'État pour la population", écrivait Mike Harris dans son programme électoral de 1994. L'approche ressemble tellement à celle proposée aujourd'hui par le gouvernement Charest que ce dernier peut certainement tirer quelques leçons de la "révolution du bon sens".

Cette révolution a porté fruit à certains égards. Le gouvernement ontarien était dans le rouge de 10 milliards par année; l'équilibre a été rétabli en cinq ans. Les conservateurs promettaient de baisser les impôts; ils l'ont fait au point où aujourd'hui, les contribuables ontariens sont parmi les Canadiens qui paient le moins d'impôt. Pour un revenu imposable de 30 000 $, un Ontarien paie 1757 $ de moins qu'un Québécois.

Les conservateurs ont aussi fait le ménage dans la bureaucratie. L'administration publique ontarienne emploie aujourd'hui 16 % de la main-d'oeuvre de la province (20 % au Québec), contre 21 % il y a dix ans.

Cependant, avec les années, les Ontariens ont constaté que ce coup de balai avait eu des effets néfastes. Une commission d'enquête a conclu que la tragédie de Walkerton avait été en partie causée par les compressions imposées au ministère de l'Environnement. Les compressions ont aussi été mises en cause dans d'autres crises, notamment celle du SRAS. Enfin, la déréglementation de la distribution de l'électricité et la privatisation d'Hydro One ont été des fiascos.

Comble du comble, l'économiste Mark Mullins, qui avait cautionné les hypothèses économiques soutenant la "révolution du bon sens", a déclaré en pleine campagne que l'administration de M. Eves s'acheminait vers un déficit de plus de 4 milliards!

Tout cela ne signifie pas qu'il ne faille pas recentrer le gouvernement sur ses missions essentielles, réduire les impôts ou encourager les partenariats public-privé. Ce que révèle le bilan de la révolution Harris, c'est que ces changements doivent être faits prudemment, intelligemment, plutôt que de manière dogmatique. Car même le bon sens peut mener à des dérapages... lorsqu'il devient idéologie.

Apratte@lapresse.ca



»» «réinventer le Québec»

Sortir du noir

Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 3 octobre 2003

En toute chose, il n'y a qu'une première fois. Il en est ainsi des nouveaux gouvernements. Pour celui de Jean Charest, il n'y aura qu'une seule première année. C'est pendant ces premiers mois de pouvoir que les libéraux peuvent engager leurs grandes réformes. Par la suite, les prochaines élections se profileront déjà à l'horizon et il faudra éviter de bousculer les électeurs.

Cela, le premier ministre Charest ne le sait que trop bien. C'est ce qui explique les pressions exercées sur tout l'appareil de l'État, sur les ministres comme sur les fonctionnaires, pour que s'engage la réingénierie promise. La détermination du premier ministre à «réinventer le Québec» est grande mais, déjà, il se heurte à de fortes résistances.

Que le président de la FTQ, Henri Massé, dénonce le manque de compassion du gouvernement Charest ne surprendra pas. Que Claude Ryan intervienne est plus étonnant. Même si son titre d'ancien chef du Parti libéral et d'ancien ministre lui impose une certaine réserve, il n'a pas craint, dans une entrevue au Devoir, d'insister sur la responsabilité du gouvernement en matière de justice sociale.

On ne peut pas porter de jugement définitif sur les craintes qui s'expriment car on ne sait pas encore ce que la réingénierie des structures et des programmes gouvernementaux sera concrètement. C'est une chose que de vouloir réduire la taille de l'État; c'en est une autre que de savoir comment le faire et à quelles fins. La réponse à cette dernière question orientera le travail des «ingénieurs» du Conseil du trésor qui auront à faire l'analyse des projets de réingénierie exigés de tous les ministères. Pour le moment, la seule préoccupation claire du gouvernement semble être de réduire les dépenses pour pouvoir abaisser les impôts de un milliard de dollars l'an prochain. Probablement est-ce à cette dernière intention que M. Ryan faisait allusion en soulignant qu'il faut veiller à ce que les choix «ne soient pas exclusivement inspirés d'une vision étroitement économique».

Il y aura bientôt six mois que le gouvernement Charest a été élu. Il serait temps qu'on en sache davantage que ce que dit le programme électoral libéral. La façon dont les choses sont présentées jusqu'à maintenant ne peut que susciter la méfiance, sinon la résistance, aussi bien au sein de l'appareil gouvernemental que de la part des groupes de pression. Le plus ironique est que le Conseil du trésor a pris la peine de prédire que la réingénierie allait heurter «les valeurs fondamentales de la société québécoise» et susciter de multiples oppositions, mais sans prendre les moyens de gérer ces résistances.

Le gouvernement Charest ne pourra pas faire l'économie d'un débat de fond sur la réingénierie de l'État québécois, mais il n'existe pour l'instant aucun document de fond qui puisse encadrer ce débat et présenter une vue d'ensemble des intentions du gouvernement. Les sorties des ministres aux allures parfois intempestives ne peuvent que laisser croire que le gouvernement navigue à l'aveuglette. Il veut tout faire mais ne sait pas trop comment le faire. À vouloir mener trop de combats à la fois, il y a risque d'en perdre plusieurs. Il est temps que le premier ministre dise à ses concitoyens où, précisément, il veut les emmener.

bdescoteaux@ledevoir.ca



»» «réinventer le Québec»

Un référendum avant la vente ?

Gérard Spedding
Le Devoir vendredi 3 octobre 2003

Lettres - Longueuil, le 14 septembre 2003

Réinventer le Québec, voilà ce que nous propose Jean Charest en voulant privatiser des services qui coûtent moins cher au Québec qu'ailleurs au Canada... Quel est le prix de l'eau privatisée en Grande-Bretagne, et quelle est son accessibilité? Allez-vous procéder par référendum avant de vendre les installations publiques, M. Charest, vous qui avez reproché au PQ de décider sans consulter?

Jean Charest veut permettre la sous-traitance dans les services publics; va-t-il permettre aux employés syndiqués du secteur public de présenter des prix, soumissionner contre le privé ou réserver les travaux au secteur privé? Les employés des secteurs public, parapublic et péripublic pourront-ils avoir accès à la gestion de leur régime de retraite pour investir dans des compagnies de services? Ou allons-nous assister à une démoralisation des employés municipaux et des hôpitaux?

Dans Réinventer le Québec, Jean Charest demeure totalement silencieux sur l'équité salariale pour les métiers et les professions, particulièrement dans les secteurs où les femmes sont sous-payées. Est-ce seulement un oubli ou le programme viendra-t-il plus tard, comme tout ce qui concerne les femmes? J'en profite pour mentionner au premier ministre que les femmes sont plus que des accompagnatrices pour l'homme; elles sont par exemple plus nombreuses que les hommes dans nos universités. Il faudrait commencer à s'en rendre compte et agir avec équité. Qui s'instruit s'enrichit, disait Jean Lesage, un ancien premier ministre libéral. Ne serait-ce applicable qu'aux hommes et à une minorité de femmes?

Ce que Jean Charest nous propose, c'est une plus grande participation des nantis aux ressources de l'État, au détriment de la classe moyenne et des plus fragiles de chez nous, sans amélioration des conditions de celles qui apportent beaucoup à notre société, les femmes.

Si Jean Charest s'oriente vers moins de justice, la population devra poser des questions aux riches qui vivent sur le mont Royal afin de voir avec eux si ce sont eux qui ont placé des priorités de ce type dans les plans de Jean Charest. Lorsque Jean Charest a déclaré que les gens ont voté pour le changement et que lui et son équipe vont faire ce changement, il aurait dû préciser les changements qu'il voulait faire...



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La vraie réingénierie

Katia Gagnon
La Presse vendredi 3 octobre 2003

Éditorial - C'est pratiquement devenu une figure imposée de l'automne. Entre le début des feuilles rouges et l'Halloween, un journaliste met au jour un nouveau déficit, plus important que jamais, dans les hôpitaux québécois. À la fin de cette année, nous en serons à un milliard, révélait Le Devoir de samedi dernier. Pour venir à bout de ce monstre, le gouvernement devra s'attaquer à la vraie réingénierie, celle du réseau de la santé. Mais le défi sera de le faire sans transformer le réseau en champ de bataille.

Le portrait est déprimant. En 2000, le gouvernement péquiste avait effacé la dette des hôpitaux, qui s'élevait alors à 500 millions. Trois petites années budgétaires plus tard, on en est déjà à un milliard de déficit accumulé. Et cela, c'est si les hôpitaux s'en tiennent au déficit "préautorisé", lors du dernier budget, qui s'élevait à 300 millions. Or, si le rythme des dépenses se poursuit, ce chiffre pourrait être dépassé. Québec a tout essayé pour juguler ces déficits: réinvestissements, examens périodiques, loi. Toujours en vain.

Le premier réflexe des ministres de la Santé, c'est généralement de blâmer les gestionnaires des hôpitaux. C'est en partie justifié: certains hôpitaux comparables s'en tirent mieux que d'autres avec le même budget. Mais le vrai problème n'est pas dans la gestion. Il est, comme l'ont dit tous ceux qui ont fait l'autopsie du réseau de la santé, dans l'organisation des services. Disons-le tout net: la solution au déficit des hôpitaux ce n'est pas de hausser bêtement leurs budgets. Oui, les hôpitaux, à l'heure actuelle, manquent de moyens. Mais c'est en bonne partie parce qu'ils sont mal épaulés par le reste du réseau. Tout le monde a prescrit les mêmes remèdes au grand malade: le renforcement de la première ligne et les soins à domicile. En gros, que faut-il faire? Faire en sorte que la population ait accès à des médecins, sept jours par semaine, douze heures par jour, dans toutes les régions. Offrir davantage de soins à domicile, afin d'éviter les hospitalisations de personnes âgées ou de malades chroniques.

Cela semble simple, n'est-ce pas? Pourquoi cela se complique-t-il tellement quand vient le temps de poser des gestes? Parce que le réseau de la santé est constitué de petites chapelles, dont tout changement vient bouleverser l'orthodoxie. En présentant dès l'automne un projet de loi abolissant les régies régionales, le ministre Couillard vient de sonner le début des hostilités entre ces groupes rivaux. Dans l'optique de la naissance d'une nouvelle structure, qui contrôlera l'argent? Qui aura le pouvoir? C'est sur ce terrain de bataille qu'on s'affrontera, dans le réseau, dans les prochains mois.

Faut-il conclure à une immense perte de temps? Nous le verrons lors de la présentation du projet de loi. Mais disons que les signes ne sont pas très encourageants.

Il est difficile de comprendre pourquoi les régies régionales n'auraient pas pu avoir le mandat de réorganiser les services. Pourquoi donc, muni du budget global qu'elle est chargée de redistribuer, la régie n'aurait-elle pas pu pousser les acteurs à la collaboration? Pourquoi n'aurait-elle pas pu faire en sorte que l'argent suive davantage le patient, sortant des bases budgétaires historiques? Un homme comme David Levine a commencé une entreprise semblable à Montréal. Pourquoi n'en serait-il pas de même à l'échelle du Québec? Ainsi, la vraie réingénierie, celle qui, à terme, nous assurera que les sommes injectées en santé sont bien dépensées, pourrait enfin débuter.

kgagnon@lapresse.ca



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Les asperges de Me Bellemare

J.-Jacques Samson
Le Soleil vendredi 3 octobre 2003

Éditorial - Le sous-ministre aux Affaires criminelles, Mario Bilodeau, est passé pendant 24 heures pour le coco (le mot est à la mode) qui est venu à un cheveu au cours des dernières semaines de faire avorter le mégaprocès des Hells Angels devant le juge Réjean Paul. Par entêtement, incompétence, ou pire, en ayant entraîné le nouveau ministre libéral de la Justice, Me Marc Bellemare, au bord du précipice. Recruté en 1994 par le ministre d'alors, Paul Bégin, le coloré avocat est perçu comme ayant été proche de plusieurs têtes d'affiche du Parti québécois. Il était donc aussi facile que pratique de faire accréditer cette thèse, pour mieux relever un ministre vacillant. Mais surprise hier, c'est le sous-procureur général, Me Michel Bouchard, son supérieur, qui est remplacé sur- le-champ. Coïncidence, certifie-t-on. Ce dernier devait partir pour Ottawa depuis quelques mois, assure-t-on, mais les apparences et le contexte ancreront la version d'un limogeage, ce qui gonflera davantage la présente crise politique. Quant à Me Bilodeau, il demeure en poste... pour l'instant. Le compte à rebours est enclenché.

Me Bellemare ne pourra pour autant jouer les Ponce Pilate.

Chacun des 125 allégués de la requête pour arrêt des procédures qui a forcé tout le Québec à retenir son souffle pendant des semaines n'a pas été prouvé. Les avocats de la défense affirment catégoriquement toutefois que le procureur au dossier, Me André Vincent, avait proposé une entente sur les plaidoyers de culpabilité et les sentences, avec l'approbation du sous-procureur général, Me Michel Bouchard, avant d'être désavoué. Me Vincent leur avait même affirmé détenir une lettre du sous-procureur général confirmant l'approbation de la suggestion de sentences de 15 à 20 ans de prison (paragraphe 23 de la requête). Me Vincent a donc mené ses négociations avec l'autorisation de Me Bouchard, le supérieur de Me Bilodeau.

Les avocats de la défense imputent d'autre part au procureur général lui-même, Me Bellemare, la révocation de l'engagement déjà pris par Me Vincent. Il ne s'agit pas là d'une formule générique. Le sous-procureur général (Me Bouchard) est clairement identifié par son titre et son nom, lorsqu'il s'agit de lui. Les avocats de la défense demandaient au tribunal d'assigner le ministre Bellemare, Me Bouchard, Me Bilodeau, Me Vincent, pour démêler le rôle joué par chacun. Il est clair que le ministre de la Justice s'était d'abord rangé en faveur d'une révocation de l'entente Bouchard-Vincent avec les avocats des Hells et qu'il a viré capot pour finalement l'accepter.

Me Bilodeau et Me Bouchard ne seront pas les premiers sous-ministres dans l'histoire politique du Québec à servir de boucs émissaires, même si quelqu'un qui sait tout de l'ensemble des affaires criminelles depuis neuf ans est généralement traité avec les mêmes précautions qu'un engin explosif. Le ministre Bellemare pourrait tout au moins faire les choses avec un peu plus d'élégance. Son attitude, mercredi dernier, lors d'un point de presse à La Malbaie, est aussi malheureuse pour la sérénité de l'appareil judiciaire que périlleuse pour la suite de sa propre carrière.

Un, les médias n'acceptent jamais pareil comportement qui fait insulte à l'intelligence des reporters. Mais cela n'est qu'un moindre mal. Me Bellemare dépendra pour toute la durée de son passage à la Justice de la qualité des relations qu'il saura entretenir avec ses sous-ministres et les substituts du procureur général. Me Bilodeau et Me Bouchard n'ont sans doute pas que des amis dans ce ministère mais le "job de bras" qui leur a été réservé est riche d'enseignements pour les autres hauts fonctionnaires ou procureurs.

D'autre part, le ministre de la Justice a besoin de la totale confiance de la Sécurité publique. Justice et Sécurité publique sont les deux mors d'un étau, les deux lames d'une paire de ciseaux. Outre les différends de nature politique entre les deux ministres (Me Bellemare a piétiné le jardin de son voisin Jacques Chagnon) cette confiance est minée par la crise qui secoue le ministère de la Justice. Le fonctionnement du système veut que les policiers (Sécurité publique) montent leurs preuves et qu'ils s'adressent par la suite aux procureurs de la Couronne (Justice) pour que les plaintes soient déposées devant les tribunaux. Les luttes intestines à la Justice, l'intervention personnelle de Me Bellemare dans la cuisine des négociations avec les avocats des Hells (un procureur général se limite à faire part d'orientations générales souhaitées), les volte-face dans un dossier d'une telle importance ont sapé cette nécessaire relation de totale confiance entre les deux pôles de l'administration de la Justice.

Cette dégénérescence n'est sans doute pas étrangère aux derniers coups de théâtre dans l'enquête Scorpion à Québec sur la prostitution juvénile (une autre forme de crime organisé) auxquels le ministre Chagnon a aussi mal réagi que Me Bellemare, en écartant toute suggestion, toute formule d'enquête, visant à rétablir la confiance de la population dans le processus judiciaire. Le système est déstabilisé (les mêmes sous-ministres et procureur-chef sont au coeur des décisions dans les deux dossiers) et il réagit de façon erratique. Le choix de Me Louis Dionne comme nouveau sous-procureur général sera bien reçu. Ce justicier, ancien directeur de la lutte au crime organisé à la Sûreté du Québec, était sous-ministre associé à la Sécurité publique depuis 2001. Son arrivée à la Justice contribuera à rétablir la cohésion entre les deux ministères. Me Bellemare n'est cependant pas au bout de ses problèmes. Il n'a vu que la pointe de l'asperge, dirait un certain entraîneur de hockey.

JJSamson@lesoleil.com



»» Radio-Canada

Rad-Can showing its federalist bias

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, October 03, 2003

It's ironic that throughout September, just as Radio-Canada's radio and TV shows were obsessing over Jean-Claude Labrecque's film on Bernard Landry and his attacks on the media, the network's own flagship newscasts were sinking faster than the Empress of Ireland.

So much so that Claude Saint-Laurent, Rad-Can's almighty news director for over a decade, resigned this week. He was held mostly responsible for a series of changes intended to increase ratings compared to TVA and TQS but ended up undermining the network's prime-time newscasts.

New anchors were hired for the fall season while new formats were created and marketed as more viewer-friendly - that's coded language for dumbed down. At suppertime, Simon Durivage hosted a news broadcast that opened with four people chattering and laughing it up around a table.

The late night Téléjournal was handed to Gilles Gougeon, a respected reporter who ended up sounding more like a school teacher than a news anchor. One evening, viewers were treated to a surprisingly disgraceful moment when ultra-conservative media diva Denise Bombardier lashed out at a gay-rights activist in a so-called debate. She displayed the kind of contempt and prejudice that made the Téléjournal look like the Jerry Springer show.

The changes were one big accident waiting to happen. Viewers complained profusely, and ratings plummeted fast. The new hosts were unjustly ridiculed for simply trying to survive the Sesame Street-like formats their bosses had concocted. So the head of Saint-Laurent, one of the true culprits, finally rolled. Yesterday, other heads rolled.

One of the reasons for this dumbing down was to try to offset TQS's Grand Journal, hosted by maverick Jean-Luc Mongrain, who started out years ago with a populist, in-your-face, style of anchoring. But Saint-Laurent failed to notice that Mongrain has upgraded the quality of his broadcast over the past two years, which explains why his ratings have kept going up. This fall, he even brought in Pierre Nadeau, a highly respected journalist who happens to be one of Rad-Can's former news stars.

So goes the Rad-Can saga: many solid reporters headed by an incompetent leadership. But the problems didn't start yesterday. First, there were the devastating budget cuts Ottawa imposed on Rad-Can over the last few years. Last week, another $7 million was cut.

Second, seeing some of the very best reporters sidelined, moved to specialties that aren't their own, fired or retired is nothing new at Rad-Can. It had already happened to Louise Arcand, Jean Bédard, Bernard Derome, Michèle Viroly and others.

Third, since the last referendum, Rad-Can's television news department has been slowly neutered politically, avoiding in-depth debates and analysis on Quebec politics. It has resulted in often bland reports on what the station now constantly refers to as the "province" of Quebec.

One example: Last week, Zone Libre, a public affairs show, reported on Parc-Extension. It showed new Quebecers of many origins, most of whom spoke English and not a word of French. The reporter interviewed them in English and focused on "Canadian values" as if the issue of integration into Quebec society and Bill 101 were yesterday's news.

One problem has been that Saint-Laurent, along with now former news boss Jean Pelletier, worked hard to portray Quebec as a province like the others. You could say that the Batman and Robin of national unity made it their personal mission.

That mission started in 1996 when many thought Lucien Bouchard would hold another referendum. Saint-Laurent was working hard to recruit senior journalists to help promote his national-unity agenda. Saint-Laurent and Pelletier became so busy trying to save Canada that they forgot to save the quality of their own information.

At the same time, they developed close ties with the pro-unity Power Corporation-owned dailies such as La Presse. While analysts from other media might get invited, Power Corp. reporters and editorialists have been increasingly visible on Rad-Can. Since the events of 9/11, international affairs have also often overtaken newscasts, further reducing the coverage of Quebec politics.

This is no conspiracy theory. It has simply been a rather effective job done by Saint-Laurent and Pelletier since they, after the referendum's close call, have opted to work hard for what they believe in: Canadian unity.

One problem is that they do it with taxpayers' money, including the taxes of those who believe otherwise. Another problem is that this has created what ends too often as unexciting television news and analysis on Quebec that tries hard not to make any waves.

Although no one, except perhaps Landry, wants Rad-Can or any media to be a mouthpiece for the Parti Québécois or any other party, would it be too much to ask that it presents exciting, opposing and thought-provoking analysis of Quebec politics, as it did so wonderfully well before 1996?