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»» Appui à la souveraineté

Lettre ouverte à Michel Venne

Des faits, des chiffres et un constat qui s'impose

Jean-Herman Guay
Professeur titulaire de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke

Le Devoir samedi 1er et dimanche 2 novembre 2003

Dans votre chronique du 27 octobre, vous avez adopté un ton franchement accusateur. Lors du conseil national du Parti québécois, je n'aurais pas été assez «scientifique». D'emblée, je dois vous dire que je ne présentais nullement les résultats d'une recherche... scientifique. On m'avait attribué au maximum une quinzaine de minutes! Et c'est cinq jours avant le conseil qu'on m'a joint pour m'inviter!

Trop d'impressions, dites-vous : il manquait des chiffres et des faits précis ! Il est étrange, avouez-le, qu'on ait accordé tant de place à des impressions. Vous en voulez, des chiffres ? En voici quelques-uns. D'abord, expliquez-moi pourquoi, depuis près de dix ans, le parti de Jean Chrétien reprend progressivement le terrain ? Comment se fait-il qu'aux dernières élections fédérales, il ait reçu l'appui de presque 45 % des Québécois ? Relisez cet aveu de Lucien Bouchard au moment de sa démission : «Je reconnais, disait-il, que mes efforts pour relever rapidement le débat sur la question nationale sont restés vains.» Et puis, dans l'immédiat, comment interprétez-vous le dernier sondage Gallup, lequel prévoit une bonne majorité pour le Parti libéral de Paul Martin, au point où le Bloc québécois pourrait ne conserver qu'une vingtaine de sièges ?

Le pire en 30 ans

Quand les gens se rendent voter, plusieurs motifs se juxtaposent, mais on ne peut pas oublier un fait fort simple : lors des dernières élections québécoises, le Parti québécois a obtenu 33 % du vote, le pire score en 30 ans. Autre signe des temps : l'allié souverainiste de 1995, l'ADQ de Mario Dumont, a abandonné cette option pour adopter un discours franchement fédéraliste.

Plus révélateur encore : les libéraux québécois ne se sentent plus obligés (pressés) de réclamer un statut distinct pour le Québec. Le débat constitutionnel n'est peut-être pas mort, mais il n'est pas fort. Il faut reconnaître que le «tonus souverainiste» n'a plus la cohérence d'autrefois et que les Québécois sont devenus «hésitants», «volatils» ou «ambivalents». André Pratte utilise une expression qui en dit long pour décrire notre époque : «le temps des girouettes».

Vous en voulez, des faits ? En voici d'autres : si la souveraineté se porte si bien, comment avez-vous interprété le sondage montrant qu'une nette majorité de Québécois a souscrit à la démarche fédérale de Stéphane Dion sur la «clarté» (Le Devoir, 18 décembre 1999) ? J'imagine votre furie devant le sondage de Léger Marketing publié il y a moins d'un an sur les services de santé (Le Devoir, 14 décembre 2002). Alors qu'il s'agit de toute évidence d'une compétence exclusive du Québec, comment expliquez-vous que 62 % des Québécois étaient d'avis que Québec devait mettre de l'eau dans son vin et plier devant les pressions d'Ottawa ? Et on pourrait multiplier les exemples de dossiers où la volonté souverainiste fléchit ou ne sert plus de paradigme pour analyser l'actualité : union sociale, bourses du millénaire, déséquilibre fiscal.

Le dernier sondage fait par le Centre de recherche et d'information sur le Canada reflète bien cette dynamique de l'ambivalence : 47 % sont pour la souveraineté-partenariat, mais d'un autre côté, 75 % des Québécois souhaitent l'amélioration du fonctionnement du fédéralisme canadien et 61 % pensent que le fédéralisme peut satisfaire à la fois le Québec et le reste du Canada. Maurice Pinard écrit ainsi : «C'est là une nouvelle preuve d'un profond désir de collaboration, plutôt que de confrontation, dans les relations fédérales provinciales.»

Faut-il se rappeler que sans l'échec de Meech -- lequel symbolisait la collaboration --, la souveraineté aurait probablement été oubliée ? Meech fut l'occasion d'une résurrection, mais son effet s'est largement estompé depuis. L'appui de 1995 a été un appui à la souveraineté-partenariat (et le deuxième mot n'est pas insignifiant). L'effet Bouchard y était déterminant et mille ambiguïtés traînaient au sujet des institutions communes : 22 % des Québécois «étaient d'avis qu'un Québec souverain continuerait d'envoyer des députés à Ottawa» et 39 % des personnes interrogées pensaient qu'elles conserveraient «citoyenneté et passeport canadiens même après un OUI au référendum» (La Presse, 1er octobre 1995). N'en déduisez pas qu'il ne manquait que 30 000 votes pour faire l'indépendance !

Les mirages

En regardant la courbe des sondages, qui peut vraiment croire que la souveraineté se produira inexorablement ? Quand on examine un ensemble d'indicateurs, on voit plus de confusion que de détermination dans l'engagement souverainiste. Il est ainsi plus facile de s'afficher souverainiste lorsque le PQ n'est plus au pouvoir. Les néo-démocrates ont souvent été trompés par ces mirages.

Certes, des griefs et des insécurités persistent, mais il y a tout lieu de croire qu'ils ne sont plus suffisants pour convaincre et motiver la dynamique du mouvement nationaliste comme autrefois. Comment dépasser le nationalisme de «victimes» ? Voilà l'énigme à résoudre. Si les «raisins de la colère» ne sont plus là, il vous faut inventer les «fruits de la passion». Ce défi n'est pas impossible; il exige cependant un recadrage et une indéniable créativité qui naîtra d'abord d'une reconnaissance explicite que le «vieux fond de commerce» des années 70 irrite au lieu d'attirer. Je ne dis pas qu'il n'y a plus de raison de faire la souveraineté, je dis que les raisons d'hier n'ont plus de résonance dans nos vies quotidiennes.

Je n'ai été invité au conseil national du Parti québécois ni comme militant ni comme membre, n'étant ni l'un ni l'autre. On m'a bien dit que je n'étais là ni pour recueillir des applaudissements ni pour présenter un remède miracle à la lassitude politique. S'il faut que les intellectuels -- qui ne cherchent ni mandat ni poste particulier -- se livrent eux aussi à un travail de dissimulation, vous comprendrez que je ne serai jamais de ceux-là.

Obligation de modestie

En sciences politiques comme en sciences humaines en général, il n'y a pas de lecture consensuelle ou irréprochable : les électeurs ne sont pas des électrons. Heureusement. L'intellectuel est souvent là pour interpeller. Qu'il suscite la controverse ne le disqualifie pas. Ni les chiffres ni les faits n'expliquent l'ensemble du réel. Bien au contraire. Cette obligation de modestie me tient à coeur. Désolé qu'elle vous désole. L'état de l'opinion publique me mène cependant à croire que l'échéancier de 2000 jours pour réaliser l'indépendance (sans partenariat, sans association, sans confédération) -- ce que propose dorénavant Bernard Landry -- est suicidaire et doit faire le bonheur de Jean Charest.

Réplique

Cher Jean-Herman Guay,

Tous les «faits» et «chiffres» que vous mentionnez dans ce texte sont connus, ne prouvent rien et ne nous aident guère à mieux comprendre le Québec et ses citoyens. On peut être pour la clarté (je le suis) et continuer de croire que la souveraineté est une bonne chose pour le Québec. En quoi le fait de vouloir l'argent qui nous est dû pour soigner nos malades dispose du destin d'un peuple ? La plupart des souverainistes que je connais ne veulent pas de confrontation. C'est justement pour cesser de se confronter avec leurs compatriotes canadiens actuels qu'ils veulent la souveraineté et ainsi établir une collaboration d'égal à égal. Et on pourrait continuer ainsi.

Deux dernières choses : d'abord, l'échéance de 2000 jours est irréaliste, c'est évident. J'ai écrit tout un livre pour proposer une approche dans laquelle on sort de l'obsession référendaire. Cela n'est pas une raison pour faire le deuil d'un rêve. Ensuite, votre analyse néglige l'effet que pourrait avoir sur l'appui à la souveraineté une mobilisation politique différente.

Votre approche me paraît un brin fataliste et je rejette le fatalisme (qui est l'antithèse de la politique) autant que je rejette le jovialisme de certains péquistes. Je regrette que vous ayez été pris dans cette polémique pour de mauvaises raisons. D'ailleurs, votre texte ne vous appartient plus car il a été repris par d'autres, et le critiquer n'est pas vous accuser, c'est répondre à tous ceux qui se sont appuyés sur lui pour se conforter dans leurs opinions arrêtées.

En tout respect,

Michel Venne





»» Octobre 70

Témoignage sur Octobre 70

Claudette Jobin
Le Devoir samedi 1er et dimanche 2 novembre 2003

Lettres: Le 29 octobre 2003

William Tetley justifie le recours à la Loi sur les mesures de guerre en octobre 1970 parce que ça chauffait au Québec (Le Devoir, 24 octobre 2003). Il note toutefois que «plusieurs parmi les 497 personnes arrêtées n'auraient pas dû l'être, mais au moins 238 d'entre elles ont porté plainte à l'ombudsman du Québec et 103 ont pu obtenir une compensation».

La Loi sur les mesures de guerre m'est tombée dessus le 16 octobre 1970. Réveillée à 4h le matin par des policiers en civil qui m'ont montré la photo d'une personne que je ne connaissais pas avant de fouiller l'appartement, en vain, j'ai ensuite eu la surprise de me faire jeter en prison sans savoir ce qu'on cherchait ni ce qu'on me reprochait. Heureusement, ce jour-là, mon bébé de 20 mois était avec son père, en visite chez mes parents à Québec.

Je suis restée en prison pendant neuf jours, incommunicado. J'ignorais ce qu'on allait faire de moi, combien de temps j'allais rester emprisonnée, et je ne pouvais téléphoner ni à un avocat ni à ma famille.

On m'a interrogée à deux reprises, puis remise en liberté sans aucune explication. La seule explication qui me vient à l'esprit pour cette histoire kafkaïenne, c'est qu'ayant participé à quelques manifestations contre la guerre au Vietnam en compagnie de mon mari vietnamien, quelqu'un, quelque part, en avait déduit que cela faisait de moi un dangereux personnage !

En ce qui concerne les compensations mentionnées par M. Tetley, tout ce que j'ai pu recevoir, c'est un remboursement pour mon salaire perdu (environ 200 $) et rien pour les souffrances morales subies par moi et mes proches.

Les Hells sont mieux traités que ça !



»» René Lévesque

Héros malgré lui

Même si René Lévesque est archiconnu et a été étudié sous tous ses angles, à aucun moment ce documentaire ne s'essouffle.

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 1er et dimanche 2 novembre 2003

«La fierté, mot inconnu... Qui nous en a drogués? Qui a inventé l'homme nouveau, appelé Québécois?» Ainsi Félix Leclerc faisait-il l'éloge de René Lévesque lorsque celui-ci mourut prématurément en 1987, après avoir dominé l'histoire du Québec durant près de 40 ans.

C'est cette riche carrière de correspondant de guerre, de politicien visionnaire, de leader charismatique et de grand séducteur que la série René Lévesque, héros malgré lui présentera à compter du jeudi 6 novembre sur les ondes de Télé-Québec. Les trois heures de ce documentaire passionnant ont été scénarisées par Pierre Godin et réalisées avec beaucoup de doigté par Marc Renaud.

Même si le sujet est archiconnu et a été étudié sous tous ses angles, à aucun moment le documentaire ne s'essouffle. On y évoque la jeunesse de René Lévesque et l'évolution de sa pensée politique à travers de nombreux témoignages et des documents d'archives, ce qui en fait sa principale richesse.

Le travail fouillé de Pierre Godin, qui a déjà publié trois des quatre tomes d'une biographie consacrée à René Lévesque, entraîne le téléspectateur dans les méandres tumultueux de la vie de cet homme. Il s'agit d'un portrait humain d'un rebelle, provocateur, tourmenté aussi. Au cours des trois émissions, l'option, le parti, les adversaires ou les réalisations du gouvernement péquiste, tout est vu par la lorgnette de René Lévesque.

Très clairement, on ressort de ce plongeon dans l'histoire récente du Québec en constatant que celui que la population appelait affectueusement Ti-Poil était un politicien véritablement tourné vers le peuple. Les préoccupations de René Lévesque sont viscérales. Et le sentiment d'urgence qui habitait l'homme est perceptible.

Pour les moins de 40 ans, la série permet sûrement d'aller aux sources de certains événements que les médias ont rétrécis au fil des ans par la force des choses. Le «beau risque» des années 1980, par exemple, prend forme alors que l'on voit René Lévesque l'expliquer en conférence de presse.

Dans le premier épisode, qui couvre la période de 1922 à 1967, la personnalité forte du jeune Gaspésien se construit. Du collégien qui se questionnait sur la nécessité de demeurer français jusqu'à ce journaliste à la barre de l'émission Point de mire à Radio-Canada, René Lévesque ne laissait déjà personne indifférent. Ce cheminement le prépare à aller plus loin.

C'est ainsi qu'il fait le saut en politique en 1960 avec le Parti libéral de Jean Lesage et qu'il procédera à la nationalisation de l'électricité. L'aventure se poursuivra jusqu'en 1967, alors qu'il quitte le bateau libéral, devenu trop étroit pour ses idées nationalistes. «À force de me frapper la tête contre les murs à Ottawa, je devenais séparatiste sans oser me l'avouer», explique M. Lévesque.

La naissance du Parti québécois, la Crise d'octobre et la prise du pouvoir de 1976 sont abordées au cours de la deuxième heure. Comme il s'agit d'une période très touffue, cet épisode, intitulé Le Patriote, passe trop vite. C'est la période des grands défis.

C'est également au cours de ces années que René Lévesque rencontre Corinne Côté, qu'il épousera en 1978. D'ailleurs, le documentaire présente sans pudeur René Lévesque le séducteur.

Puis arrive 1980, qui vient tout bousculer. Coup sur coup, René Lévesque encaisse la défaite référendaire, la «Nuit des longs couteaux» qui mènera au rapatriement unilatéral de la Constitution par Pierre Elliott Trudeau, la trahison de Claude Morin qui avait collaboré avec la GRC et les démissions de ses fidèles devant le «beau risque». C'est le désenchantement. René Lévesque sombre dans la dépression et la consommation d'alcool. Il se retire finalement de la politique en 1985.

LES GRANDS DOCUMENTAIRES - SOCIÉTÉ
René Lévesque, Héros malgré lui,
Télé-Québec, jeudi, 20h



»» nation québécoise

Comments put lie to 'nation' claim

DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, November 01, 2003

Did you ever wish you could take back something you said after you'd had a little time to think about it?

That is, did you ever wish you were a member of the National Assembly?

You see, MNAs get to "correct" the first version of the Journal des débats, which is supposed to be the word-for-word record of what's said in the Assembly. That's what François Legault of the Parti Québécois did this week in an attempt to remove all trace of his embarrassing slip of the tongue.

It happened during the latest discussion in the Assembly of whether Quebec is a nation, every real problem in this happy province presumably having been settled.

After Premier Jean Charest said it is, Legault blurted out: "Except the West Island." He said it loudly and clearly enough to be quoted by name in the first draft of the Journal.

But you won't find his words in the final version. After explaining outside the Assembly that he had been referring to the fact that Liberal MNAs from the West Island had refrained from applauding the latest chest-thumping proclamation of nationhood by a Quebec premier, Legault had his words stricken from the record.

Fortunately, MNAs have no such power over the newspapers. And so, thanks to Legault's slip of the tongue, the idea of an all-inclusive Quebec nation has once again been exposed as our real-life version of the fabled emperor's new clothes.

Namely, it is something in which everyone, at least in the political class, must profess to believe but which in fact does not exist. Charest, for one, went on to insist that the Quebec nation exists even if no one else recognizes it.

But if everybody in Quebec were really part of a single nation, then there would be no reason for the MNAs from the predominantly non-francophone West Island not to join spontaneously in the applause for our national declaration.

They themselves would feel part of this Quebec nation and would not fear any political consequences of saying so in public, for their constituents would feel part of it, too.

Instead, their spontaneous reaction was to refrain from applauding, even if, two days later, after they'd had time to think about their future career prospects as Liberal MNAs, they dutifully voted for yet another Assembly motion "reaffirming" (yawn) nationhood.

So thank you, François Legault, for saying out loud what others pretend not to see, which is that the emperor is buck naked. And thanks, too, to another sovereignist, Yves Rocheleau, for pointing out the same thing with a Freudian slip of his own.

Rocheleau is the Bloc Québécois member of Parliament who presented a motion that included recognition of Quebec nationhood. In doing so, he declared that if the motion were rejected, it would show that the Quebec nation would never have the status in Canada of anything more than a "linguistic minority."

But Quebec anglophones are part of the Canadian English-speaking majority. Therefore, Rocheleau must have been thinking of a Quebec nation that doesn't include them.

***

Some people still don't get it about Raymond Villeneuve.

The editorial writers who condemned political violence after this week's incident in Baie d'Urfé should direct their advice to someone who might heed it, such as the authorities who have long ignored Villeneuve in the hope that he would go away.

And when Charest and Public Security Minister Jacques Chagnon try to minimize Villeneuve's importance because he has few supporters, they miss two points.

One is that Villeneuve isn't running for office. The other is that even one person acting outside the law can do a lot of harm.

It wasn't just one individual who was arrested this week in Baie d'Urfé, but seven, who are alleged to have had explosives in their possession. Although Villeneuve himself is a general who leads from a safe distance to the rear, the significance of this week's incident is that it shows he has a following willing to act out his violent fantasies.

One more time: If people keep dismissing him as an annoying but harmless crank, he's going to get somebody hurt.

dmacpher@thegazette.canwest.com



»» géopolitique

Ne tirez pas sur les Américains

Antoine Robitaille
L'Actualité, n° Vol: 28 No: 18, 15 novembre 2003

Le Canada et la France auraient dû appuyer les États-Unis en Irak, croit l'intellectuel canadien Michael Ignatieff. Car le pays de George Bush est encore le seul à pouvoir mettre fin aux massacres un peu partout dans le monde.

Empire assoiffé de pouvoir et d'expansion, les États-Unis? Le plus souvent, ils forment un empire malgré eux, répond l'intellectuel canadien Michael Ignatieff. Et même un empire lite, selon le titre de son plus récent livre (Empire Lite: Nation-Building in Bosnia, Kosovo, Afghanistan, éd. Penguin).

"Les Américains ne voulaient pas aller en Bosnie: ils y sont allés parce que les Européens étaient incapables de régler leurs problèmes!" soutient Ignatieff. Selon lui, le fait que les États-Unis exercent leur pouvoir un peu partout dans le monde répond à une demande. Et c'est également pour protéger les droits de la personne, "pour les Irakiens", qu'il fallait faire la guerre à Saddam Hussein, dit-il.

Qualifié par le National Post de "plus illustre des enfants prodiges" du Canada anglais, sorte de Bernard-Henri Lévy canadien, Michael Ignatieff a surpris les cercles intellectuels de Toronto avec sa position sur l'Irak. Professeur au Carr Center for Human Rights Policy, de l'Université Harvard, il collabore également au New York Times Magazine, dans lequel il a signé de nombreux grands reportages sur la Bosnie, le Kosovo, l'Afghanistan et l'Irak. Fils d'une famille de diplomates canadiens, eux-mêmes issus d'une lignée de Russes blancs immigrés (dont il a raconté l'histoire dans L'album russe, aux Éditions du Boréal), Michael Ignatieff estime que c'est pour les mauvaises raisons que le Canada a refusé d'aller en guerre. Quant à la France, il qualifie sa diplomatie de "gesticulation". L'actualité l'a rencontré à Boston.

Pourquoi avez-vous choisi le mot "empire" - très chargé, voire péjoratif - pour décrire les États-Unis?

- J'utilise "empire" de façon provocante. Parce qu'au fond je ne veux pas que les États-Unis en deviennent un. Ce ne serait pas souhaitable sur le plan éthique. Et de plus, cet empire ne serait pas viable.

Les États-Unis prennent-ils de l'expansion à l'étranger seulement pour servir leurs intérêts propres?

- L'expansion américaine se fait surtout dans les endroits soumis à la tyrannie ou qui sont sur le point de l'être à la suite de guerres civiles, d'un effondrement de l'État. Dans les années 1990, les États-Unis sont intervenus dans les Balkans à contrecoeur. Ils l'ont fait pour arrêter le nettoyage ethnique, les massacres et les déportations. Parce que les Européens étaient incapables de régler leurs problèmes! Beaucoup refusent de voir que le fait que les États-Unis exercent leur pouvoir un peu partout dans le monde répond à une demande.

Adhérez-vous à la théorie de "l'empire bienveillant", formulée par le géopoliticien américain Robert Kagan [voir L'actualité, 15 avr. 2003]?

- "L'empire du mal" est un pléonasme, "l'empire bienveillant", une contradiction. Tous les empires exercent une forme de domination. Une telle chose ne peut être bienveillante, sinon dans ses intentions. Inévitablement, un conflit éclatera entre la volonté populaire de s'autodéterminer et les visées, quelles qu'elles soient, de l'empire. Les Américains ont des intentions louables à l'égard de l'Irak, mais elles se heurtent aux souhaits des Irakiens et à leur droit à la souveraineté populaire.

Uniquement des intentions louables?

- Comment les Irakiens pouvaient-ils accéder à la liberté et à l'autodétermination? "Par le truchement d'une intervention militaire extérieure" est la seule réponse honnête. Je ne dis pas que les Américains sont les travailleurs sociaux du monde, qu'ils n'interviennent que pour défendre les pauvres, les opprimés et ceux qui meurent de faim. Il serait cependant ridicule d'avancer - comme le font l'intellectuel américain Noam Chomsky et bien d'autres - que les États-Unis sont déterminés à exercer une politique d'hégémonie mondiale qui ne sert que leurs intérêts propres. Nombre de leurs interventions avaient certes pour but d'accroître leur influence, mais elles visaient également à arrêter des massacres. Je ne cherche pas à les excuser, mais à être juste. Leurs motifs sont complexes, imbriqués les uns dans les autres. Ils ne sont ni uniquement bienveillants ni exclusivement hégémoniques. Nous devons saisir ce mélange de motifs, sans oublier bien sûr le mélange des conséquences qui s'ensuivent.

L'année 2003 aura marqué le 50e anniversaire du coup d'État en Iran et le 30e de celui qui a eu lieu au Chili, deux événements dans lesquels la CIA a joué un rôle déterminant. L'invasion de l'Irak est-elle un épisode du même genre?

- Le renversement d'Allende, en 1973, a empoisonné les rapports des États-Unis avec l'Amérique latine pendant au moins une génération. La stabilité et la croissance économique ne justifient certainement pas la mort de milliers de personnes, ni la torture, ni la période terrible que le Chili a dû traverser. En Iran, en 1953, les États-Unis ont déstabilisé le pays pour réinstaller le pouvoir du chah. Ils ont obtenu 25 années de stabilité, mais ensuite 20 années avec les mollahs. Les effets à long terme de ces deux opérations ont été très néfastes pour les États-Unis. Ça semblera simpliste, mais c'est profondément vrai: la vertu finit par payer. Et une politique étrangère vertueuse est celle qui ne déstabilise pas les régimes légitimes, ne nie pas la volonté démocratique des peuples. C'est un très mauvais calcul politique que d'ignorer le comportement de ses alliés en matière de droits de la personne.

Au Canada anglais, on vous dit maintenant "proaméricain"...

- Je me définis comme un critique sceptique des opérations de reconstruction que j'ai observées dans les Balkans, en Afghanistan et en Afrique du Sud-Ouest depuis les années 1990. Certaines sociétés ont absolument besoin de l'aide étrangère occidentale pour s'engager dans la voie de la liberté démocratique. Il est faux de dire qu'elles y arriveraient seules si on les laissait se débrouiller.

Est-ce une forme de paternalisme?

- Non, c'est un fait. Certes, toutes ces expériences de reconstruction par l'Occident comportent un risque de condescendance, de paternalisme. Mais au moins, il n'y a plus de grands massacres en Afghanistan, en Bosnie, au Kosovo, au Timor-Oriental. J'espère que l'Irak s'ajoutera à cette liste; que, dans 18 mois, les gens commenceront à dire que la situation s'est améliorée. Je suis exaspéré par ceux qui soutiennent que l'Occident impérialiste n'a fait qu'aggraver les choses. C'est faux: 250 000 personnes ont perdu la vie en Bosnie pendant la guerre, mais un million seraient mortes si l'Occident n'était pas intervenu. Les Français critiquent les interventions américaines, mais les États-Unis sont la seule puissance militaire qui a su arrêter les tueries en Bosnie!

Faut-il intervenir partout?

- Pas à tout moment. Je m'opposerais à une intervention militaire en Iran ou en Corée du Nord. C'est trop dangereux. Je n'appuie pas toutes les interventions des États-Unis. Parfois ils ont raison, parfois non. Parfois la puissance occidentale a du bon, parfois non. Ce qui m'a exaspéré dans le débat sur la guerre en Irak, c'est qu'on ne parlait jamais de l'Irak. Ce fut une sorte de référendum mondial sur la puissance américaine. Seulement 5% des participants au débat se sont vraiment interrogés sur l'intérêt à long terme des Irakiens. On a sous-estimé l'ampleur des ravages que Saddam Hussein a causés à la culture politique de son pays. Tout comme on a mésestimé l'ampleur des dégâts et de l'amertume qu'ont provoqués les sanctions. Ce sont les Irakiens qui ont dû supporter le poids de 12 années de sanctions; Saddam, lui, n'a pas souffert. On doit se souvenir des raisons pour lesquelles la communauté internationale a opté pour ces sanctions: tout le monde refusait d'utiliser la force!

Autrement dit, les Américains sont blâmés quoi qu'ils fassent?

- Oui. En 1991, ils auraient dû marcher sur Bagdad. Les Irakiens auraient moins souffert par la suite. L'usage de la force militaire ne m'a jamais plu. Elle ne doit servir qu'en dernier recours. Mais le cas de l'Irak nous révèle qu'il y a pire que l'intervention militaire: l'étranglement d'un peuple pendant 12 ans.

Vous dites souvent "nous". Est-ce un "nous" américain, occidental, canadien?

- Je me sens très canadien. En fait, lorsque la politique étrangère américaine me met mal à l'aise, je me rappelle soudainement que je suis canadien! La plupart du temps, mon "nous" est occidental, je crois.

Le gouvernement du Canada a-t-il bien fait de ne pas suivre ses alliés traditionnels et de refuser de participer à la guerre d'Irak?

- La politique étrangère du Canada, depuis la Deuxième Guerre mondiale, a fait le pari d'aller à la fois dans le sens des États-Unis et dans celui du multilatéralisme de l'ONU. Jusqu'au moment du débat sur l'Irak, il a été possible de croire que les deux approches n'étaient pas opposées. Devant la question de l'Irak, le Canada a dû trancher. Et il a fait un choix d'une grande importance historique en optant pour le multilatéralisme onusien. Le peuple canadien (au Québec en particulier) était plus hostile à cette décision américaine - intervenir militairement en Irak - qu'à aucune autre depuis la Deuxième Guerre mondiale. Or, pour être viable, toute politique étrangère doit jouir d'un certain appui populaire. J'étais plutôt opposé à celle qu'a adoptée le gouvernement Chrétien. Mais si ce dernier avait décidé de suivre les Américains, il n'aurait pas eu beaucoup d'appuis dans la population.

Les Canadiens ont-ils vu là une façon de prouver leur indépendance à l'égard des Américains?

- Les Canadiens ont vu une occasion de se demander: "Sommes-nous différents des États-Unis?" Nous l'avons toujours été et nous n'avons pas à tenter de le prouver constamment. Trop de Canadiens croient que l'élaboration d'une politique étrangère relève de la recherche d'identité. Je ne suis pas de cet avis. Par ailleurs, les Canadiens sont attachés à l'ONU et pleins de loyauté à son égard. C'est très bien, mais il faudrait se rappeler que cette organisation est en décrépitude. Si le Canada doit appuyer l'ONU, ce doit être une ONU réformée. Comment peut-on, par exemple, défendre le fait que l'Inde, avec son milliard d'habitants, n'a pas de siège permanent au Conseil de sécurité, tandis que les 54 millions de Français ont droit, eux, à une telle représentation?

Comment expliquez-vous la position de la France?

- Le déclin de l'influence de ce pays dans le monde plonge l'élite française des relations internationales dans un état de panique. Alors celle-ci s'accroche à son veto à l'ONU, la dernière carte qu'elle possède. Elle s'en est servie d'une façon très malhabile.

Mais les Français veulent éviter "l'hégémonie américaine", non?

- Oui. Et aucune hégémonie n'est souhaitable. Je veux vivre dans un monde où les pays sont liés par des alliances fraternelles fondées sur la liberté. La France, comme tous les autres, doit avoir le droit absolu d'être en désaccord avec les politiques américaines. On ne peut se fier toujours uniquement au leadership des États-Unis: ils sont trop occupés, et leur politique étrangère est trop déterminée par la politique intérieure. Le Canada s'est imposé comme leader sur la question du Tribunal pénal international, des mines antipersonnel, il a sa propre politique à l'égard de Cuba: parfait! Je ne suis pas opposé au fait que la France ait sa propre politique étrangère. Je trouve simplement qu'on ne devrait pas avoir le droit d'en avoir une aussi stupide. Elle est à l'image de Dominique de Villepin, qui, aux réunions du Conseil de sécurité, en janvier 2003, a fait la leçon à Colin Powell à propos des "horreurs de la guerre". De grâce! Colin Powell a été en service trois fois au Viêt Nam, personne ne peut lui en remontrer au sujet de la guerre. Surtout pas un intellectuel français au style napoléonien. Ce n'est pas là ce que j'appelle une politique étrangère: ce n'est qu'une gesticulation! Les Américains ont le droit d'être furieux. Certes, ils ont réagi de façon ridicule, avec les freedom fries et toutes les idioties de ce genre... Et Thomas Friedman, dans le New York Times, qui a parlé de "guerre contre la France". Tout le monde devrait se calmer.



»» conflit israélo-palestinien

Des Israéliens rouvrent le débat sur la paix

Patrick Saint-Paul
Le Figaro - La Presse vendredi 31 octobre 2003

Jérusalem - Depuis plusieurs semaines, la multiplication des initiatives de paix bouscule le gouvernement d'Ariel Sharon. Restée muette depuis le début de la deuxième Intifada, le 28 septembre 2000, la société civile israélienne sort d'un long sommeil. Pendant trois ans, aucune alternative n'a été proposée à la politique sécuritaire d'Ariel Sharon, ce qui a eu pour effet d'éloigner tout espoir de paix avec les Palestiniens dans un avenir proche.

Mais durant ces années, des élus de gauche, des militaires, d'anciens responsables des services de sécurité, des associations ont travaillé et dialogué sans publicité avec des Palestiniens pour imaginer des solutions permettant de remettre Israël sur la voix de la paix.

Le pacte de Genève

Le pacte de Genève, un plan de paix non officiel "négocié" entre l'ancien ministre travailliste de la Justice, Yossi Beilin, et l'ex-ministre de l'Information palestinien, Yasser Abed-Rabbo, est l'initiative la plus gênante pour Sharon et la plus médiatisée. L'accord propose des solutions aux principaux obstacles du processus de paix. Il prévoit notamment que les Palestiniens renoncent au droit au retour en Israël pour mettre définitivement fin au conflit. Le document engage Israël à restituer aux Palestiniens 97,5- % de la Cisjordanie, occupée depuis 1967. Et à un partage de la souveraineté sur la Vieille Ville de Jérusalem: le mont du Temple, site le plus sacré du judaïsme, sur lequel se trouve l'esplanade des Mosquées, troisième Lieu saint de l'Islam, situé à Jérusalem-Est, passerait sous souveraineté palestinienne. Mais le mur des Lamentations, ainsi que le quartier juif, resteraient entre les mains d'Israël.

La droite nationaliste a compris le danger pour elle de ce plan de paix, qui développe une dynamique d'espoir. Ariel Sharon a fustigé l'initiative de Genève, la jugeant "plus dangereuse" que les accords d'Oslo sur l'autonomie palestinienne signés en 1993 par le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, et le dirigeant palestinien, Yasser Arafat.

"Il faut lutter pour empêcher l'adoption de l'Initiative de Genève et contre l'aide qui lui est apportée par des États européens", fulmine le premier ministre. Israël a lancé une bataille diplomatique contre le plan. Le ministre des Affaires étrangères, Sylvan Shalom, a affirmé que la France et la Belgique avaient l'intention de verser une aide de 7 millions de dollars pour financer une campagne en faveur de l'initiative, ce que Paris a démenti. Le ministère israélien des Affaires étrangères a aussi convoqué le chargé d'affaires suisse, pour lui faire part de son mécontentement concernant le soutien apporté par la Suisse au projet.

Le gouvernement a accusé Yossi Beilin de trahison, certains ministres allant jusqu'à réclamer son inculpation et la peine maximale prévue dans ce cas, la peine de mort. Le gouvernement souligne que Beilin "n'était pas autorisé à conduire des négociations". Redécouvrant soudain les vertus de la "feuille de route", Sharon assure que l'initiative de Genève menace l'application du plan sponsorisé par Washington. Pour l'éditorialiste du Haaretz, Aluf Benn, "l'obsession inutile avec le pacte de Genève ne fait que rendre plus évident le manque de volonté du gouvernement pour trouver une solution au conflit avec les Palestiniens".

Les attentats se poursuivent malgré les opérations de l'armée israélienne dans les Territoires palestiniens et la construction d'un mur de sécurité, censé protéger Israël contre les infiltrations de kamikazes. Après presque trois ans de confiance absolue, 55 % d'Israéliens estiment que "Sharon ne sait pas comment combattre le terrorisme", selon un sondage publié par le quotidien Maariv. Sa cote de confiance est en baisse, mais Sharon conserve le soutien de l'opinion.



»» conflit israélo-palestinien

Israël : Le chef d'état-major fustige la politique de Sharon

JEAN-LUC ALLOUCHE
Libération - Le Devoir vendredi 31 octobre 2003

Jérusalem - La situation dans les territoires palestiniens frise la «catastrophe». Si Israël ne se montre pas moins «avare» de gestes humanitaires, s'il n'aide pas le nouveau gouvernement d'Ahmed Qoreï alors qu'«il n'a rien fait pour soutenir» Mahmoud Abbas, bref, s'il ne lève pas les bouclages, ne démantèle pas des barrages, ne laisse pas pénétrer sur son territoire des travailleurs palestiniens, ne rend pas à l'Autorité palestinienne le contrôle de certaines villes, ce sera le «chaos» et l'émergence de nouvelles générations palestiniennes pleines de haine... Qui s'exprime ainsi? Une ONG humanitaire, une association de pacifistes israéliens? Rien de moins que le chef d'état-major de l'armée israélienne, Moché «Bougui» Yaalon.

Mercredi, le quotidien populaire Yediot Aharonot lui attribuait, en une, ces propos: «La politique du gouvernement est destructrice.» Depuis lors, le premier ministre «bout de colère» et a demandé à Shaul Mofaz, son ministre de la Défense, d'administrer un blâme à Moché Yaalon; son cabinet a même été jusqu'à suggérer que ce dernier devait «s'excuser ou démissionner».

Cette tempête sous les casques a pris naissance au cours d'un entretien de «contexte» accordé par Moché Yaalon à la crème des commentateurs politiques et militaires de la presse israélienne. Cet exercice régulier leur permet habituellement de nourrir leurs articles, sans citations. Mais lorsque les journalistes évoquent «une source haut placée de l'armée», nul n'est dupe: il s'agit le plus souvent du chef d'état-major.

L'ironie de l'histoire veut que les trois acteurs de ce minidrame soient connus pour être de «grandes gueules»: ni Ariel Sharon, ni Shaul Mofaz, quand ils étaient en uniforme, ni «Bougui» Yaalon aujourd'hui, n'ont jamais économisé leurs remarques et critiques à l'endroit de l'échelon politique. Quant au chef d'état-major actuel, il joue désormais à contre-emploi: lui que beaucoup tiennent pour un «faucon» passe, selon son entourage, pour être angoissé par les effets pernicieux de l'occupation prolongée.

En fait, deux raisons motivent le chef d'état-major et, avec lui, un certain nombre d'officiers: Tsahal opère contre les Palestiniens, chaque jour, dans des tâches quasiment policières alors que sa puissance et sa sophistication sont destinées à des batailles plus conventionnelles. De plus, étant au contact permanent des populations civiles, ils comprennent mieux que les bureaucrates les souffrances, les frustrations et la colère des Palestiniens. De plus, les manifestations récentes de désaccord au sein de l'armée, comme le refus de servir dans les territoires palestiniens ou la lettre des pilotes contre les attaques de populations civiles, ébranlent des certitudes jusque-là bien ancrées.

La deuxième raison est d'ordre plus «doctrinal»: à l'heure où s'achèvent les commémorations du 30e anniversaire de la guerre de Kippour, le chef d'état-major de Tsahal ne veut pas s'inscrire dans l'histoire comme celui qui aura fauté par «arrogance», «imprévoyance» et «négligence». Erreurs reprochées, ces dernières semaines, aux militaires de 1973, qui n'avaient pas compris - ou pas voulu comprendre - la volonté de l'Égypte de se lancer dans la guerre.



TRIBUNE LIBRE




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Un rêve : Robert Laplante, directeur du Devoir
ou même… chef du PQ !

Luc Potvin
Montréal 1.11.2003
TRIBUNE LIBRE Le 1er novembre 2003

Robert Laplante, directeur de la revue L'Action Nationale, a manifestement un sens politique aigu, comme en témoignent tous ses «Bulletins du lundi», notamment celui du 27 octobre 2003 intitulé La ligne dure. M. Laplante parle et écrit en termes de rapports de forces, car c'est d'abord cela, la politique, qu'on le veuille ou non. Rapports de forces non seulement entre des écoles politiques, mais aussi entre des peuples.

Pourquoi diable personne, personne, personne au sein de notre classe politique ne parle comme Robert Laplante ? Pourquoi diable rien, rien, rien de ce qu'il dit ou écrit ne trouve quelque écho que ce soit dans le discours public de nos représentants ?

On accuse souvent le peuple, c'est-à-dire monsieur et madame tout-le-monde, quand on se demande pourquoi l'indépendance n'est pas encore faite et semble toujours bien lointaine. Mais pauvre peuple ! Quand a-t-il déjà eu l'occasion d'entendre la vérité sans fards, comme ose la présenter Robert Laplante ? Quand ? Quand ? Quand ? Oui, quand, à part quelques secondes par décennie ?

Cessons donc de blâmer le peuple. C'est notre classe politique qui est à blâmer, pour l'insignifiance totale, la mièvrerie et l'insipidité absolues de son discours.

Des Robert Laplante, il en faudrait des dizaines ! Et il faudrait bien aussi qu'il puisse écrire ailleurs. Revue vénérable et respectable, L'Action Nationale est hélas relativement peu lue.

Robert Laplante, directeur du Devoir ? Ou même… chef du PQ ? Ou chef d'un véritable parti indépendantiste ?

En tout cas, ça nous changerait de tous nos insignifiants !





TRIBUNE LIBRE

L’urgence de la souveraineté

Raphaël Déry
Président du Comité régional des jeunes du Parti québécois de l'Outaouais
outaouais@cnjpq.org
TRIBUNE LIBRE Le 1er novembre 2003

Je ne suis ni alarmiste, ni impatient de réaliser la souveraineté, je ne suis qu’un jeune citoyen qui tente, de comprendre ce que vit son peuple en ce début d’un nouveau siècle.

Concrètement, voici mes observations : le Québec a besoin de financer sa politique de natalité, a besoin de financer sa politique de lutte à la pauvreté, a besoin de financer son réseau de transport déficient dans plusieurs régions du Québec, comme en Outaouais sans son autoroute 50, a besoin de financer ses écoles pour qu’on puisse former adéquatement la relève de nos baby-boomers qui prendront un jour leur retraite, a besoin de financer son réseau de la santé car notre population est vieillissante, a besoin de financer les infrastructures peu modernes de nos villes…

Tant de besoins et pourtant, 40% de nos citoyens et de nos citoyennes ne paient pas d’impôts, et ceux qui en paient donnent 60% de leurs argents au gouvernement fédéral. Ce dernier investit dans sa dette plutôt que d’investir dans un quelconque projet de société.

Tant de besoins donc, et très peu de ressources pour y répondre. Les autres provinces canadiennes ont délégué au gouvernement fédéral leurs pouvoirs de réaliser un projet de société à leur image via l’entente sur l’Union sociale canadienne; le Québec quant à lui s’y est objecté par la voix unanime de l’Assemblée nationale. À moins de renoncer nous aussi à une caractéristique de notre identité nationale qu’est celle de nous doter de notre propre projet de société, nous n’avons aucune autre solution que celle d’une souveraineté politique complète, basée sur des principes démocratiques et pacifiques.

Pour éviter la panique

Les résultats des dernières élections ont de quoi faire réfléchir. Le taux d’abstention était de 30%, les voteurs ont opté pour le Parti québécois dans une faible proportion de 33%. Sans émettre de nouvelles hypothèses qui énonceraient les raisons de notre défaite, je soulignerai simplement que notre situation actuelle demande à tout le moins une grande réflexion.

Il ne nous est pas permis de nous précipiter vers des prémices inexactes qui nous radicaliseraient de la population québécoise. Par exemple, il n’était pas rare cet été d’entendre des militants souverainistes dire que le partenariat avec le Canada devait être aboli de notre programme. Voilà précisément le genre de piège pourtant évident, mais dans lequel beaucoup des membres du PQ tombent généralement suite à une défaite électorale. Logiquement, ça signifie que nos orientations iraient diamétralement à l’opposé de ce que vivent nos concitoyens et nos concitoyennes qui, lors des dernières élections, ont choisi un gouvernement fédéraliste. Pour être cohérents, il nous faut demeurer modérés dans notre approche, comme le sont généralement les Québécoises et les Québécois.

Déjà, l’option souverainiste se définit comme étant le rapatriement de nos pouvoirs, de nos impôts et de notre identité dans un seul parlement, celui du Québec. Le partenariat ajoute, comme on le sait, une certaine sécurité à beaucoup de Québécoises et de Québécois qui ne veulent pas rompre tous leurs liens avec le Canada. Le mouvement souverainiste veut rassembler le plus de gens; nous devons donc se faire leur porte-parole, car ces gens souhaitent eux aussi un projet social que ne leur permet aucunement l’actuelle fédération canadienne.

Plus de transparence

Suite à notre échec en 1995, notre projet souverainiste s’est dissipé dans l’abstrait. Le réaliser n’était plus qu’un idéal à atteindre quand la Providence nous le permettra. Le contexte ne nous était plus tellement favorable, il nous faut le reconnaître.

Maintenant, je vois présentement de beaux projets sur la table du Parti québécois. En effet, le Comité des relations internationales du parti aurait entrepris la conception d’un plan d’accession du Québec à sa souveraineté. La peur étant notre principal adversaire, certains prétendent qu’un Québec souverain n’obtiendrait jamais la reconnaissance internationale. Alors, j’estime crucial que ces militants et ces militantes complètent ce projet qui nous permettra essentiellement de constater les nombreux appuis du Québec dans le monde, en espérant que l’actuel gouvernement ne ruine pas trop notre excellente réputation à cet égard.

Autre excellente initiative, c’est celle de faire le budget de l’an 1 d’un Québec souverain. S’il est primordial de rappeler que le Québec est une nation et que nous pouvons ainsi, tout naturellement choisr ce qui adviendra de notre avenir collectif. Mais au-delà de cette évidence, il y a concrètement des obstacles majeurs à notre épanouissement actuellement, particulièrement celui du déséquilibre fiscal qui met en péril tant de nos beaux projets de société, comme les garderies à 5 $ ou encore un net épanouissement de nos réseaux de transport en commun.

À 20 ans, je fais partie d’une nouvelle génération qui anime vigoureusement le débat sur notre avenir politique. L’alliance intergénérationnelle à laquelle se réfère le Président du Parti québécois, Bernard Landry, me rend encore plus confiant que la souveraineté du Québec sera réalisée bientôt. Cependant, il nous faut présenter notre plan d’action pour la réaliser, et que ce plan démontre concrètement les étapes à franchir pour l’atteinte de notre indépendance nationale et ses suites.



TRIBUNE LIBRE

Augmentation de l’anglophobie à Montréal

Jacques Bergeron
jacberger@yahoo.fr
Montréal 1.11.2003
TRIBUNE LIBRE Le 1er novembre 2003

«Brent Tyler» Alliance Québec (sic)

M. Brent Tyler, président d’Alliance Québec (sic) dans une entrevue accordée à des journalistes, faisant suite aux événements de Baie d’Urfé, (prononcer Baie d’EURFÉE pour être compris de nos amis de langue anglaise) déplorait l’augmentation de l’anglophobie à Montréal, et pourquoi pas au Québec.

Si vraiment c’était le cas, il ne faudrait pas faire porter cette faute sur les Canadiens-français québécois, mais bien sur les Anglos-québécois, cette minorité, la sienne, qui refuse la fusion de leurs villes à la grande ville de Montréal sous les prétextes les plus fallacieux, mais surtout pour conserver leurs fiefs anglophones sur l’île de Montréal.

Le président d’Alliance Québec peut dire ce qu’il voudra, son groupe et sa minorité anglophone ne peuvent accepter d’être mis en minorité dans un grand tout appelé Montréal de langue française. Et s’il y a quelqu’un à blâmer pour cette «supposée» montée de l’anglophobie de nos compatriotes, il n’y a que lui et sa minorité anglophone à en porter le blâme.

Quant à nous, citoyens Canadiens-français québécois, il faut bien le dire, nous n’avons pas à déplorer d’augmentation de «francophobie» chez la minorité que représente M. Tyler, puisqu’elle est au même diapason depuis toujours, soit une francophobie cachée mais bien vivante, et qui encore une fois, on le voit bien depuis les fusions municipales, et davantage depuis les probables défusions, s’exprime davantage et toujours sous le faux couvert d’une supposée démocratie. Cette francophobie, nous la vivons constamment (depuis 1759 et 1763 et les différentes lois linguistiques du Canada anglais) et davantage depuis l’avènement de la loi 101, que le groupe Alliance Québec (quelle audace tout de même) a réussi à détruire presque complètement avec l’argent du fédéral (le nôtre aussi) et la complicité de députés et ministres québécois siégeant à Ottawa.

Il ne faudrait tout de même pas que le président d’Alliance Québec tente de nous faire croire que c’est par amour pour le Québec français qu’il a combattu la loi 101, et qu’il appuie (même en le cachant) les défusionnistes dans leur démarche pour défaire la ville de Montréal, dans ce qui s’avère une grande œuvre.

Qu’il me soit permis d’indiquer au président d’Alliance Québec que l’anglophobie qu’il déplore vient peut-être de la francophobie de ses concitoyens, et qu’il ne devrait pas chercher ailleurs que dans leurs actions, la renaissance de groupes extrémistes comme celui qui s’est permis de s’exprimer par les seuls moyens que ces groupes connaissent.

Il est certain que plusieurs Québécois, politiques et autres nationalistes, par souci de rectitude politique et de crainte de représailles, n’appuieront pas cet article, puisque leurs intérêts ou leur assujettissement leur interdisent de dire la vérité.

Je vous prie de bien retenir cependant que la majorité de mes concitoyens du Québec, et d’ailleurs au Canada français, partagent ce point de vue, même s’ils s’interdisent de l’exprimer, vivant cette francophobie de la part des Anglais et Anglophones du Canada, tous les jours de leur vie.



TRIBUNE LIBRE

Vaincre l’indifférence d’un peuple dominé

Nestor Turcotte
TRIBUNE LIBRE Le 1er novembre 2003

Nous ne sommes ni inconscients, ni ignorants :
nous sommes indifférents.
(Fernand Dumont)

L’inconscience, c’est l’ensemble des phénomènes psychiques qui échappent à la conscience. L’ignorance est un défaut général de connaissance, un manque de savoir. L’indifférence, c’est l’état d’une personne, ou d’un peuple, marqué par le détachement, la froideur, la neutralité affective.

Les Québécois sont conscients de ce qui se passe en politique. Rien n’échappe à leur conscience et ils sont, en quelque sorte, de plus en plus certains et de plus en plus conscients, qu’ils se font «fourrer» quelque part et qu’il faudrait bien s’en sortir, changer les choses, les changer pour de vrai, et cela, dans un avenir rapproché. Mais ils vivent avec leur inconscience morbide et mortifère, n’osant pas croire qu’ils peuvent faire mieux, qu’ils peuvent mieux faire.

Les Québécois ne sont pas ancrés dans leur ignorance. Ils ne souffrent pas d’un manque de connaissance et de savoir sur leur vie politique. Le savoir s’est approfondi, raffiné, multiplié, élargi, depuis quelques années. Ils savent, mais ils font comme s’ils ne savaient pas. Il n’y a pas de pire ignorance que celle qui ignore qu’elle sait. La littérature, inspirée des grands moments historiques, et d’une philosophie réaliste, appellent cela, le génocide en douce.

Les Québécois, malgré leur conscience, malgré le combat assidu et constant contre l’ignorance dans la majorité des secteurs, demeurent indifférents, froids, détachés, incohérents, d’une neutralité affective désarmante devant leur avenir. Faut-il désarmer et rentrer chez soi? Faut-il oublier et faire comme si on ne savait pas? Faut-il se taire et entrer dans ses terres, comme l’ont fait les gens de ma génération, désabusés des combats sans issu, repus de leur double et triple pension bien assurée?

Il n’y a que deux réponses à notre confort et notre indifférence : périr dans l’anonymat et s’intégrer politiquement dans le grand ensemble américain ou émerger, la tête haute, et proclamer l’indépendance du Québec. Le reste, n’est que verbiage, eaux troubles, qui ne servent qu’à alimenter les éditoriaux, camper les activistes et opportunistes politiques, servir les intérêts des fédéralistes, qui eux, parlent de clarté, mais souhaitent rien de mieux que le «no man’s land » des nationalistes égarés et sans échine.

Le Québec ne peut plus se contenter d’inventer des solutions mitoyennes : le Québec coule dans le grand ensemble nord-américain et il s’assimile tout simplement, ou il vit, fier de sa liberté conquise et acquise par les voies démocratiques. Les autres solutions proposées ne font qu’attiser les rêves fantasmagoriques des nationalistes de tous crins, ou à moduler les locutions verbales fédéralistes qui ont encensé ma jeunesse. Ou bien le Québec reste et meurt; où bien le Québec quitte, et il vit! Il vit, libre de ses choix, comme le sont la majorité des nations du monde. Ou il crève, parce qu’il n’a pas su assumer ses responsabilités historiques et civiques.

Les peuples, dans l’histoire, qui ont accédé à leur indépendance, ont été souvent soutenus et guidés par un leader, parfois flamboyant et charismatique, parfois par un homme simple, aux allures mystico-politiques, un fakir nu, un homme démuni, sans défense, mais doué d’une détermination à toutes épreuves.

Pour arriver au terme de notre maturité politique, un homme de cette envergure (flamboyant ou effacé et déterminé) pourrait galvaniser les citoyens québécois devenus indifférents. Mohandas Karamchand Gandhi, surnommé Le Mahatama (La Grande Âme) a réussi ce tour de force. Patriote et philosophe de l’Inde, loyal d’abord envers les Britanniques, il devient, après le massacre d’Amritsar (1919), le champion du nationalisme indien. Plusieurs fois emprisonné par les Anglais, il devient le champion du nationalisme de l’Inde. Il en fait un phénomène de masse. A l’arrogance de l’envahisseur, il oppose la non-violence, le jeûne, une ténacité sans pareille.

Le peuple québécois a besoin d’un homme debout, d’un homme de ce genre-là, pour le sortir de son confort et de son indifférence. Les ingrédients qui pourraient cimenter la nation sont là : il ne reste qu’à trouver celui qui pourrait le faire figer en un bloc solide, une assise sur laquelle il pourrait tout fonder.

Dans les coulisses du pouvoir, dans les arcanes de l’opposition officielle, sauf une exception, dans les mouvements nationalistes éparpillés en une multitude de chapelles glorifiant et adorant les dieux nationalistes multipliés et inventés pour satisfaire l’ego de chacun, il m’est difficile de voir poindre ce leader bien décidé.

Les indépendantistes, selon moi, n’ont pas tellement besoin, à ce moment-ci d’un grand brassage d’idées. Ils ont surtout besoin d’une ou deux idées claires, bien articulées et résumées en des mots simples et faciles de compréhension pour un peuple quelque peu déboussolé, égaré dans la profusion des discours mal articulés, parfois contradictoires, même opposés.

Ce leader doit apparaître. Il faut le faire parler. Il faut lui donner la chance de s’exprimer. Un évêque, prix Nobel de la Paix, Mgr. Belo, a cristallisé les forces indépendantistes du Timor oriental, devenu le 239e pays de la planète, au printemps dernier. Bâti dans le massacre et le sang, ce nouveau petit pays, moins grand que ma Gaspésie natale, passe, dans l’histoire, avant le Québec qui se dit fort, mais qui dort, dans le confort et l’indifférence.

Le Québec mérite-t-il son indépendance? A vous de répondre. Le peuple mérite d’être ce qu’il est au fond de son cœur. Et l’indépendance, c’est d’abord un état d’être, «le refus d’abord de toutes négociations». La liberté n’est jamais «quémandante», «louvoyante», à plat-ventre, avant d’apparaître dans le terreau collectif ou individuel. Elle se prend et elle s’affirme. Point. Libres, les peuples négocient d’égal à égal.

La peur et la mollesse ne doivent jamais devenir le guide de la nation et semer ainsi la terreur dans les rangs d’un peuple soumis et historiquement écrasé. Si celle-ci elle vient à gagner les intimes fibres de son être, il est condamné à jamais. C’est pourquoi, un leader doit naître, apparaître, surgir du peuple, pour cimenter ce goût abyssal de liberté et éradiquer la peur qui engendre tous les montres politiques et idéologiques.

L’espérance me donne à penser que ce leader n’est pas loin : il faut l’accueillir avec générosité, mettant aux bans nos divisions et nos querelles ancestrales, afin que sa mission soit plus facile et prometteuse d’un avenir meilleur. Le 240e pays à naître sortira-t-il de nos frontières encore à délimiter? Il reste peu de temps pour réaliser le travail à finir. Fasse que le pays potentiel ne disparaisse comme tant de rêves inachevés. Le nôtre a encore quelques printemps pour naître dans l’azur bleu de nos cœurs fiers, remplis d’espoir assuré. Chacun doit participer à le faire naître, à l’élever dans la beauté du territoire libéré. Il me reste un pays à nommer : Québec, te voilà enfin réalisé!