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Landry tire à boulets rouges sur Trudeau et Chrétien

Le Devoir lundi 10 novembre 2003

PC Yamachiche - Alors que le premier ministre Jean Chrétien en est à ses dernières semaines - voire à ses derniers jours - à la tête du Canada, le chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale, Bernard Landry, a tiré à boulets rouges sur sa philosophie et celle de son mentor, Pierre Elliott Trudeau.

De passage hier à Yamachiche (centre du Québec) pour une activité de financement du Parti québécois, M. Landry a accusé l'ex-premier ministre libéral d'avoir dénigré les Québécois. «Notre histoire a été tourmentée, on a été colonisés, ils ont dit qu'on était des pas bons [...] et un de ceux qui ont contribué à cela a été Pierre Elliott Trudeau», a déclaré M. Landry lors d'une conférence devant quelque 200 militants.

Selon le député de Verchères, l'homme à la rose a contribué au complexe d'infériorité des Québécois. «Trudeau était mon professeur et m'a dit: Bernard, comment veux-tu que l'indépendance donne du génie à un peuple qui n'en a aucun?», a raconté M. Landry.

Mais le chef de l'opposition n'a pas manqué de souligner les pas franchis par le Québec dans sa marche vers la souveraineté. «En 1995, 60 % des francophones ont voté Oui, tout comme 50 % de la population du Québec en général, a-t-il déclaré. Ça veut dire qu'on a un sapré bout de chemin de fait.»

Pour le premier ministre, l'«illusion» qu'ont entretenue les Trudeau et Chrétien selon laquelle le Canada est bilingue a également fait du tort au Québec. «Savez-vous qu'en Angleterre, il y a plus de gens bilingues que dans le Canada hors Québec?» a fait valoir M. Landry, soulignant que même la ville d'Ottawa n'était bilingue ni dans les faits ni en droit. «Ce pays n'est plus mon pays», a lancé le président du Parti québécois, tenant des propos s'apparentant à ceux qu'avait tenus le député trifluvien Yves Rocheleau à la Chambre des communes il y a deux semaines, en marge de la présentation d'une motion visant à reconnaître le Québec comme une nation.

Comme plusieurs autres députés et ex-députés souverainistes, M. Rocheleau assistait au discours. M. Landry n'a d'ailleurs pas manqué de s'adresser à lui, ne s'expliquant pas que la majorité de la Chambre des communes ait pu rejeter sa motion. «M. le député, vous devriez faire une motion [...] disant que la lune est un astre, pour voir s'ils vont voter contre!» a lancé le coloré orateur.

Si les Canadiens anglais ne reconnaissent pas le caractère distinct du Québec, c'est en grande partie à cause des idées trudeauistes, a poursuivi Bernard Landry.

«Avant que Trudeau n'arrive à Ottawa, Lester Pearson, son prédécesseur, reconnaissait l'existence du Québec comme une nation, a-t-il dit. Son opposant conservateur, Robert Stanfield, reconnaissait l'existence du Québec comme une nation et c'était Tommy Douglas qui était au NPD et il reconnaissait aussi le Québec comme une nation. Qui les a fait régresser? Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien et compagnie.»



»» Jean Chrétien

We expected less of him

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, November 10, 2003

Jean Chrétien's 40-year-long relationship with his home province, far from being passionate, was for the most part cool. At the end of his reign, though, it had become a fairly stable marriage of reason.

One reason is that after becoming Prime Minister, he stopped making abrasive comments against Quebec nationalism -- something that put off even "soft," moderate nationalists. Instead of throwing oil on the smouldering fire, he reined in his temper and became a surfer. Instead of the scrappy barroom bully eager to pick a fight, he tried to morph into a leader able to rise above the fray.

During his years as a cabinet minister in Pierre Trudeau's government, Mr. Chrétien was known as the man who had summed up the sovereigntist movement, in his characteristically clumsy way, as being led by banana-republic types wanting to show off "the Quebec flag on the hood of their limousines."

After he became Prime Minister, he forced himself to show a minimum of respect for his adversaries, and stuck to his mantra ("Vive le Canada, the best country in the world!"). Quebeckers, who prefer intellectual politicians, found this kind of talk simplistic, but at least they didn't feel insulted by it.

As he's about to leave office, Mr. Chrétien is able to boast that under his leadership, the Liberals slowly regained a great deal of their traditional constituency in Quebec. The Liberal Party of Canada is now Quebec's major federal party -- with surveys showing more than 50-per-cent support. The polls also show that Quebec is the province where Mr. Chrétien's personal popularity is highest.

When Mr. Chrétien became Prime Minister, few expected very much of him. So, in a way, he rarely was a disappointment. People were pleasantly surprised when he did something right.

His stand against the war in Iraq helped him tremendously in Quebec. And contrary to what the sovereigntists had predicted, his "clarity bill," spelling out the rules for secession, was rather well received by francophone Quebeckers.

One of the provisions of the legislation was that the question put to the voters would have to be clear and exclusively focused on sovereignty, rather than mixed with a promise of close partnership with the rest of Canada, as was the case in the 1980 and 1995 referenda.

Mr. Chrétien and his Intergovernmental Affairs Minister Stéphane Dion, the political scientist he had hand-picked to be his main adviser on this issue, had seen something: Quebeckers too wanted a clear question. An ambiguous question was fine if all one wanted to do was to send a "message" to the rest of Canada, but Quebeckers wouldn't venture on the road toward secession without having said so in unequivocal terms. Polls taken at the time showed that a large majority agreed with the clarity bill. Actually, when polled, people went even further: a solid majority, including 25 per cent of sovereigntists, wanted a threshold of 60 per cent for a yes vote to be recognized.

In Quebec, Pierre Elliott Trudeau was both idolized and hated; Brian Mulroney was liked and respected; as for Jean Chrétien, he never inspired love or admiration. His outdated style of doing politics, his unabashed pork-barrelling, the crudeness of his views on public issues, his mangled French and his general inability to express himself were seen as embarrassing remnants of a bygone era. But even his adversaries recognize that the man had a sure political instinct, and in the long run, it certainly served him well in his home province.

lgagnon@lapresse.ca



»» Conseil de la fédération
»» Parti progressiste-conservateur

Le Conseil de la fédération, une solution novatrice et réaliste

Peter MacKay
Chef du Parti progressiste-conservateur du Canada
Le Devoir lundi 10 novembre 2003

Libre opinion: Depuis mon élection, en 1997, à titre de député de la circonscription fédérale de Pictou-Antigonish-Guysborough, en Nouvelle-Écosse, et, plus récemment, comme chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, j'ai parcouru à maintes reprises les différentes régions du pays. Ces voyages m'ont amené à faire deux constats importants sur l'état actuel de notre fédération. D'abord, le Canada, grâce à sa diversité régionale, économique, politique et culturelle, son avant-gardisme dans le domaine des politiques sociales ainsi qu'à l'implication de ses citoyens dans son développement, constitue une grande réussite sur la scène internationale. Toutefois, le piètre état des relations fédérales-provinciales résultant d'une décennie de confrontations opposant un gouvernement fédéral arrogant à des provinces, souvent divisées, qui doivent gérer des problèmes de plus en plus complexes en matière de politiques publiques, menace à long terme les acquis responsables de ce succès.

Jusqu'à tout récemment, les débats parfois hautement émotifs entourant les modifications constitutionnelles et l'avenir du Québec ont dominé les relations fédérales-provinciales. Or, la mondialisation des économies de marché, Internet ainsi que les nouvelles méthodes de gestion budgétaire ont grandement compliqué toute tentative de réforme puisque la complexité des défis de gouvernance publique s'est accrue de façon exponentielle au cours de la dernière décennie. L'avenir des systèmes de santé et d'éducation publics, le développement économique, la création d'emploi, le déséquilibre fiscal et le vieillissement de la population, pour ne nommer que ceux-là, préoccupent au plus haut point les Québécoises et les Québécois tout comme les citoyens des autres provinces.

Ils s'inquiètent davantage des résultats concrets des politiques publiques sociales ou économiques que du processus qui encadre leur mise en oeuvre par les divers paliers de gouvernements. Cela fait en sorte que les limites des juridictions provinciales et fédérales sont de plus en plus floues, fragilisant ainsi le partage de compétences édicté par les Pères de la Confédération en 1867.

Or, au moment même où des décisions importantes devront être prises au cours des prochaines années par les décideurs politiques fédéraux et provinciaux, la population, exaspérée par les chicanes intergouvernementales, fait preuve de cynisme, voire de désintéressement envers les élus et les institutions politiques. Elle perçoit, avec raison, que, dans leurs nombreuses disputes, les gouvernements font passer leurs intérêts stratégiques et politiques avant ceux des citoyens et qu'au bout du compte, les réformes proposées ont peu d'influence sur leur vie quotidienne.

Un facteur en particulier explique cette situation déplorable. Tout au long du XXe siècle, l'expansion du rôle du gouvernement fédéral a souvent provoqué des frictions avec les provinces, mais celles-ci n'ont pas été aussi graves que celles ayant marqué les années 90 si l'on considère la façon cavalière avec laquelle le gouvernement libéral de Jean Chrétien et son ministre des Finances, Paul Martin, ont géré leurs relations avec les provinces. À cet égard, il est troublant de constater l'arrogance dont fait preuve ce gouvernement, dans un but ultime de contrôle, afin de jouer les provinces les unes contre les autres. Après 10 ans de régime libéral, peut-on vraiment blâmer les premiers ministres provinciaux de se méfier constamment d'Ottawa, qui utilise à outrance son pouvoir de dépenser pour imposer ses vues?

Le Parti progressiste-conservateur a toujours vigoureusement dénoncé cette attitude malsaine. Je refuse d'adhérer à cette approche qui va à l'encontre de l'esprit sur lequel reposait le pacte qui a mené à la création du Canada en 1867, soit la collaboration et le respect de la diversité régionale, notamment du Québec. Les Canadiennes et les Canadiens méritent un gouvernement fédéral qui comblera et, surtout, qui respectera, les besoins des différentes régions du pays tout en renforçant l'unité nationale.

En ce sens, contrairement à ce que plusieurs affirment, la présence de régionalismes au Canada ne doit pas être considérée comme un danger pour l'unité nationale, mais comme une occasion de construire une fédération qui bénéficie de l'apport de chaque région du pays et qui nous distingue sur la scène internationale.

Bien que je sois conscient qu'il s'agit là d'un défi colossal, je crois fermement qu'un gouvernement fédéral qui fait preuve de leadership et, de surcroît, d'ouverture envers avec les provinces permettra à notre fédération de prospérer grâce au renforcement de l'union économique et sociale canadienne. Pour ce faire, il faut rétablir une relation de confiance avec les provinces et, par le fait même, avec la population en favorisant la collaboration et la codécision plutôt que la confrontation au sein de nos institutions politiques. Cet objectif ambitieux ne peut être atteint que s'il y a reconnaissance que les provinces et le gouvernement fédéral constituent des partenaires égaux.

Dans cette optique, le Conseil de la fédération proposé par le premier ministre du Québec, Jean Charest, constitue une solution à la fois novatrice, pragmatique et réaliste qui est adaptée aux besoins de notre pays. Il s'inscrit également dans la philosophie défendue par le Parti progressiste-conservateur dans ce domaine. En effet, en 1997, notre parti avait proposé, lors de l'élection fédérale, une structure administrative semblable - le Secrétariat du Pacte canadien - afin d'atteindre les mêmes objectifs.

Certains ont affirmé, à tort, que le Conseil de la fédération ou, à l'époque, le Secrétariat du Pacte canadien, entraînerait la négation de la spécificité québécoise ou, pire encore, que le Québec «rentrerait dans le rang». Après avoir rencontré plusieurs Québécoises et Québécois, toutes allégeances politiques confondues, je ne partage pas cet avis. Le renforcement de l'union sociale et économique par le biais du Conseil de la fédération ne doit pas être perçu comme un obstacle au développement du Québec, mais plutôt comme un formidable levier pour assurer sa prospérité économique et accroître la qualité de vie des citoyens du Québec.

Finalement, je suis convaincu que si le gouvernement fédéral s'implique dans la création du Conseil de la fédération, les Québécoises et les Québécois - qui ont été si souvent à l'avant-garde des grandes réformes de notre fédération - tout comme la population des autres provinces seront les premiers bénéficiaires de cette ère nouvelle de collaboration, de confiance et de codécision calquée sur l'idéal des Pères fondateurs du Canada.



»» assurance-emploi

44 milliards de surplus à l'assurance-emploi!

Sheila Fraser
La Presse lundi 10 novembre 2003

Voici un extrait des observations relatives aux cmptes publics du Canada que faisait la semaine dernière la vérificatrice générale du Canada.

Le gouvernement n'a toujours pas réglé les problèmes constatés depuis longtemps au sujet de l'établissement des taux de cotisation d'assurance-emploi et de la taille appropriée de l'excédent du Compte d'assurance-emploi. En 2002-2003, l'excédent du Compte d'assurance-emploi a augmenté de 3,3 milliards $ pour s'établir à 43,8 milliards $. Cela est environ trois fois plus que l'actuaire en chef de Développement des ressources humaines Canada l'a jugé nécessaire dans son rapport de 2001 sur les taux de cotisation d'assurance-emploi. Comme l'assurance-emploi est un programme gouvernemental, les cotisations et les prestations d'assurance-emploi sont présentées dans les états financiers du gouvernement du Canada. En conséquence, ces opérations ont fait augmenter l'excédent annuel du gouvernement de 3,3 milliards $, en 2002-2003, et réduit le déficit accumulé au 31 mars 2003 de 43,8 milliards $.

L'article 66 de la Loi sur l'assurance-emploi, qui est actuellement suspendu, exige que dans la mesure du possible, les cotisations versées assurent au Compte d'assurance-emploi, au cours d'un cycle économique, un apport de revenus suffisant pour couvrir les coûts autorisés imputés au Compte et maintenir une certaine stabilité des taux. À mon avis, cela veut dire que les cotisations d'assurance-emploi devraient être égales aux charges au cours d'une période de temps, tout en procurant une réserve suffisante pour que les taux demeurent stables advenant un ralentissement économique.

Dans son budget de 2003, le gouvernement a indiqué que les principes suivants sur l'établissement des taux serviraient de point de départ à des consultations continues: les taux de cotisation devraient être établis de manière transparente, et à partir de conseils d'experts indépendants; les revenus prévus au titre des cotisations devraient correspondre aux coûts prévus du programme; et les taux de cotisations devraient atténuer l'effet sur le cycle conjoncturel et être relativement stables au fil du temps.

À mon avis, le Parlement n'avait pas l'intention de laisser accumuler dans le Compte un excédent au-delà de ce qu'il pouvait être raisonnable de dépenser aux fins de l'assurance-emploi, étant donné la structure actuelle des prestations et compte tenu aussi d'un éventuel ralentissement économique. Par conséquent, à mon avis, le gouvernement n'a pas respecté l'esprit de la Loi sur l'assurance-emploi.

En 2001, lorsqu'il a suspendu pour la première fois l'article 66 de la Loi sur l'assurance-emploi, le gouvernement a indiqué qu'il effectuerait des recherches et mènerait des consultations publiques sur le processus d'établissement des taux de cotisation. Lorsqu'il a présenté son budget de février 2003, ces consultations n'avaient pas encore eu lieu.



»» Hydro-Québec

Énergie: Québec réactive le dossier avec Terre-Neuve

Stéphane Paquet
La Presse lundi 10 novembre 2003

Après des mois d'attente, Québec pourra enfin tâter le pouls du nouveau gouvernement terre-neuvien sur la question de l'énergie aujourd'hui.

Mais au moment où Jean Charest rencontre le nouveau premier ministre de Terre-Neuve, Québec est conscient qu'il devra jouer de prudence face à un voisin échaudé.

Alors qu'il se plaint de manquer d'hydroélectricité, Québec voudrait bien relancer le développement de la Basse-Churchills au Labrador. Mais force est de constater que les deux premiers ministres "vont regarder le dossier dans un cadre général", comme l'avance prudemment l'attaché de presse du premier ministre Charest, Christian Barette.

L'exploration gazière, dans le golfe du Saint-Laurent, sera aussi abordée dans le cadre du tête à tête de cet après-midi entre M. Charest et Danny Williams.

Mais là non plus, Québec ne poussera pas trop fort. "Si les Terre-neuviens sentent qu'ils sont très à l'aise d'en discuter, qu'ils veulent en discuter, on va en discuter", confiait à La Presse Affaires le ministre des Ressources naturelles du Québec, Sam Hamad.

De passage à Boston la semaine dernière, M. Hamad a expliqué aux Américains le potentiel hydroélectrique du Québec. Mais, fait plus rare pour un ministre québécois, il a aussi insisté sur celui des hydrocarbures du golfe.

Parlant de la structure géologique Old Harry, qui se trouve en plein sur la limite territoriale entre Québec et Terre-Neuve (près des Îles-de-la-Madeleine), le ministre a souligné qu'elle "pourrait abriter des réserves récupérables de l'ordre de 1,5 à 2 milliards de barils de pétrole ou entre 4 et 5 billions de pieds cubes de gaz naturel. J'ai bon espoir, a poursuivi le ministre, qu'advenant une découverte majeure, nous pourrons extraire cette ressource."

En entrevue après son discours, le ministre a dû reconnaître qu'il ne disposait pas de calendrier précis pour explorer la région maritime. "Malheureusement, j'aimerais en avoir un, mais je n'en ai pas, parce que je ne suis pas tout seul là-dedans. Ça dépend des autres partenaires."

Maintenant qu'il s'est trouvé un nouvel interlocuteur à Terre-Neuve, Québec devra aussi en trouver un à Ottawa. "Les négociations avec Ottawa, évidemment, c'est au ralenti un peu", concède M. Hamad, qui attribue ce "ralentissement" au changement de la garde au 24, promenade Sussex. "On ne sait pas si M. Dhaliwal (aux Ressources naturelles) va revenir et qui sera responsable du dossier."

"Quand on est arrivés au pouvoir, poursuit le ministre Hamad, c'était vraiment mort. Il y avait une volonté, mais l'approche, c'était une approche agressive dans le genre: donnez-moi ci, donnez-moi ça. Là, il faut vraiment s'asseoir avec les gens et leur faire comprendre les intérêts de tout le monde."

L'intérêt de Terre-Neuve, c'est ce que Danny Williams va défendre, lui qui n'a pas de cadeau à faire à Hydro, également impliqué dans l'exploration gazière. Les anciens gouvernements québécois et terre-neuvien avaient négocié une entente préliminaire, mais elle a été fort mal reçue à Terre-Neuve, y compris par Danny Williams, qui était alors chef de l'opposition. Il pourrait donc difficilement accepter cette entente qu'il décriait il y a peu de temps.

4 milliards

Le projet de Gull Island, situé sur la Basse-Churchills, est évalué à quelque 4 milliards de dollars. Il produirait 2200 mégawatts et nécessiterait la construction d'un barrage et de lignes de transmission.

En novembre dernier, la démission de deux membres du conseil d'administration de Newfoundland Power opposés à l'entente avait quelque peu refroidi les discussions avec le gouvernement Landry.

Pour ce qui est de l'exploration gazière, Hydro compte y investir 330 millions en neuf ans dans l'exploration gazière, dont 300 millions dans le golfe Saint-Laurent et 30 millions sur la terre ferme.

Comme Hydro-Québec veut agir en partenariat à hauteur de 20 % dans l'exploration en mer, c'est un total de 1,56 milliard qui serait investi. "Il faut explorer rapidement, dit le ministre Hamad. C'est de l'argent qui dort... Dans le respect de l'environnement", s'empresse-t-il d'ajouter.



»» défusions

Mon maire

Michel Venne
Le Devoir lundi 10 novembre 2003

Quand Gérald Tremblay se fâche, c'est que les choses vont vraiment, mais alors vraiment mal. Homme bon par nature, sincère jusqu'à passer pour un grand naïf, il présume toujours de la bonne foi de ses interlocuteurs. Il est habituellement candide.

Jeudi dernier, le maire de Montréal était excédé. «I'm fed up», dit-il, au sortir d'une rencontre avec le premier ministre Jean Charest et son ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier. Tanné de tourner en rond, de rester dans le flou quant aux intentions précises de Québec à propos des défusions, il est aussi dans l'incertitude quant à la volonté du nouveau gouvernement de respecter le «contrat de ville» conclu avec Montréal (un contrat similaire a été signé avec la ville de Québec) par le gouvernement de Bernard Landry. Il y a deux milliards et demi en jeu, dont un et demi provenant de Québec.

L'avenir de la ville de Montréal est en ballottage et M. Tremblay a rappelé avec justesse jeudi que c'était aussi l'avenir du Québec qui se jouait, ce que le gouvernement de Jean Charest semble, lui, avoir oublié.

Les regroupements municipaux n'ont pas été faits par caprice mais pour favoriser le développement des principales villes du Québec et l'équité entre les concitoyens. Comme l'a rappelé le maire, mon maire, il s'agit de donner à Montréal l'envergure et les moyens d'entrer en concurrence avec les autres grandes villes d'Amérique du Nord, de créer de la richesse, de rehausser le statut de Montréal à l'échelle du monde.

L'économiste Jane Jacobs a bien montré que les villes étaient devenues les productrices de la richesse des nations (ce qui ne veut pas dire qu'il faille négliger les milieux ruraux). Un autre économiste, Pierre-Paul Proulx, a pour sa part bien expliqué comment l'inscription de Montréal dans les réseaux nord-américains était la meilleure façon d'assurer son développement.

Peut-être eût-il été possible de faire autrement, de regrouper les forces de l'île de Montréal par d'autres moyens que la fusion. Mais c'est ce moyen qui a été choisi. Un compromis a été élaboré, par la création d'arrondissements, pour maintenir un lien d'appartenance locale dans les frontières des anciennes villes. Une fois l'opération de fusion effectuée, il s'agissait de se mettre à la tâche. Gérald Tremblay y a cru, a posé sa candidature à la mairie se croyant capable, sans doute mieux que Pierre Bourque, de rassembler les dirigeants municipaux de l'ancienne Montréal avec ceux des anciennes banlieues. Et il a été élu.

Depuis ce temps, le maire Tremblay est victime de trahisons successives. D'abord de la part de certains de ses propres collègues du conseil municipal, élus sous la bannière de l'UCIM avec l'engagement de faire réussir la nouvelle ville, qui lui ont tourné le dos depuis, se rangeant de nouveau dans le camp des défusionnistes, le privant ainsi d'une majorité au conseil municipal.

Trahi aussi par le Parti libéral du Québec. D'abord pour avoir ouvert la porte aux défusions. Plus le temps passe et plus on se rend compte de l'inanité d'une telle proposition.

Comparé aux déclarations récentes de M. Tremblay, le discours gouvernemental sur l'avenir de la nouvelle ville de Montréal est insignifiant. Sait-on, aujourd'hui, ce que pense le gouvernement à ce sujet, si l'idée d'une ville unifiée sur l'île de Montréal est, à ses yeux, une bonne ou une mauvaise chose? On ne le sait pas.

Jean Charest n'exerce, à ce sujet, aucun leadership, ni intellectuel ni idéologique ni politique. Jean Charest n'est pas de la partie. Paul Martin semble porter plus d'intérêt aux villes - alors que les affaires municipales relèvent des provinces - que son homologue provincial. L'ancien maire de Westmount, Peter Trent, qui avait pourtant abandonné la politique, a plus d'aplomb que le premier ministre sur ce sujet. Le gouvernement Charest laisse jouer les forces locales alors que le sujet en cause est crucial pour l'avenir du Québec tout entier.

En plus de laisser Gérald Tremblay à lui-même, les libéraux laissent planer la menace que le contrat de ville signé à l'automne 2002 pourrait ne pas être respecté. Par cette entente, Québec s'engageait à verser à Montréal environ un milliard et demi sur cinq ans pour «donner à Montréal les moyens de ses ambitions pour alléger le fardeau fiscal et doter la métropole d'infrastructures et de services modernes dans des secteurs aussi névralgiques que l'habitation, le transport, l'environnement, la culture et le développement social et communautaire». Il s'agissait aussi de doter Montréal d'outils de promotion économique à l'échelle internationale et d'assainir les finances de la métropole.

Dans l'état actuel des choses, Gérald Tremblay est le seul à pouvoir diriger l'opposition aux défusionnistes avec crédibilité. Qu'il range la candeur au vestiaire, en souhaitant que tous ceux qui veulent le succès de la nouvelle ville de Montréal se rangent derrière lui. Il y a quelques anciens premiers ministres, par exemple, toutes couleurs politiques confondues, qui pourraient lui être d'un secours certain. M. Tremblay a raison de dire que le temps des tergiversations est terminé. Ou bien on veut le succès de la nouvelle ville ou bien on s'enfonce dans le marécage des défusions.

Après tout, lors du débat télévisé, en campagne électorale, le seul engagement réitéré par Jean Charest à ce sujet fut de travailler au «succès des nouvelles villes». Il n'a rien fait encore pour le démontrer. Ce serait dommage que les livres d'histoire retiennent de lui que, sur le sujet crucial de l'avenir de Montréal, il avait menti.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca



»» défusions

Le véritable enjeu des défusions, le refus de partager les richesses

Yves Bellavance
Le Devoir lundi 10 novembre 2003

Il est assez triste d'assister au brouhaha médiatique des derniers jours sur la supposée fracture linguistique qui se dégage du débat fusion/défusion. Journalistes et observateurs de la scène municipale donnent ainsi raison à une poignée d'illuminés qui souhaitent se retrouver en «une» et s'éloignent, involontairement espérons-le, des vrais enjeux. C'est l'évidence même que le débat linguistique n'est pas à l'origine des mouvements défusionnistes de Sainte-Foy, de Boucherville, de Saint-Bruno, de La Baie, etc. Pourquoi alors vouloir défusionner?

Ce qui se cache réellement derrière les intentions défusionnistes à Montréal, et qu'il faudra bien un jour nommer, c'est le refus de contribuer aux coûts sociaux de cette grande ville et aux coûts de ses infrastructures municipales. Le refus de partager les richesses provenant des revenus tirés de la valeur foncière afin que les enclaves fiscales perdurent. Le refus de construire une ville inclusive sous le signe du partage, de l'entraide, de la qualité de vie pour tous les citoyens. Voilà les véritables enjeux.

Les défusionnistes rêvent d'un retour à la vie d'avant: une vie où Ville Mont-Royal n'avait pas à ouvrir ses clôtures à l'Halloween, où la bibliothèque de Westmount n'avait pas à endurer les barbares venus d'en bas, où les élites n'avaient pas à prononcer le mot «pauvreté» et où Peter Trent n'avait pas à déplorer le partage de la misère...

Au-delà de l'ironie, il est quand même difficile d'adhérer aux principales critiques des défusionnistes face à la nouvelle ville de Montréal. Non pas que cette dernière soit à l'abri des critiques, au contraire. Mais parce que celles portées sur la place publique par les ténors de la défusion ne tiennent pas la route: la nouvelle ville ne fonctionne pas, elle est un monstre, elle est mal gérée, il y a des méchants syndicats, les défusionnistes ont moins de services qu'auparavant, etc. Ce sont pourtant des élus de la banlieue qui sont au pouvoir, qui gèrent cette nouvelle ville, qui ont attribué les mêmes budgets aux arrondissements que ceux des anciennes villes et qui y poussent leur vision d'une administration municipale.

Un cul-de-sac inquiétant

Pour notre part, nous n'acceptons pas qu'il y ait des citoyens de seconde classe sur l'île de Montréal. Ce qui est vraiment inquiétant dans le débat actuel, ce n'est pas le faux débat linguistique mais plutôt c'est le fait que nos concitoyens de l'île ne veulent pas payer leur juste part et partager.

Ce qui est inquiétant, c'est que, à la suite de pressions de la part de ces mêmes défusionnistes, le ministre Jean-Marc Fournier a abandonné l'idée d'une péréquation en cas de défusion. Ce n'est certainement pas la timide fiscalité d'agglomération, comme elle existait à l'époque de la CUM, qui sera la solution aux problèmes montréalais.

Ce qui est inquiétant, c'est que le même ministre Fournier jongle avec les incroyables et complexes scénarios de Louis Bernard. Ou bien Montréal est une ville ou bien elle n'en est pas une. Mais, de grâce, épargnez-nous un peu, c'est déjà assez compliqué comme ça!

Ce qui est inquiétant c'est que, sous la pression de la loi 9 et du mouvement défusionniste, l'administration Tremblay a accouché d'une formule de «décentralisation» qui conforte les inégalités historiques entre les arrondissements et risque de nous mener à l'éclatement d'une vision commune du développement d'une ville.

Ce qui est inquiétant c'est que, dans ce contexte, l'administration municipale importe des banlieues des pratiques appauvrissantes comme la tarification de l'eau et la tarification plus générale des services qui creuseront encore plus l'écart entre les plus riches et les plus pauvres.

Voilà où nous mène le débat enclenché par les positions défusionnistes. Le refus de certains de partager nous conduit dans un cul-de-sac: ou bien il y aura une défusion et chacun repartira avec ses billes en refusant l'équité et la justice ou bien il n'y aura pas de défusion et le plan Tremblay s'appliquera avec ses inégalités territoriales et sociales pour ne pas effaroucher les défusionnistes.

Pour notre part, nous votons pour une ville solidaire. Et nous croyons que la fusion reste la meilleure façon de l'obtenir à moins que des conditions extrêmement rigides ne soient imposées aux villes défusionnées. Cela ne nous empêche pas de constater que la ville actuelle est loin d'avoir répondu aux attentes, deux ans après son existence. Mais cette voie nous apparaît plus prometteuse que le chemin pavé des privilèges de certains.

En terminant, nous espérons que ceux et celles qui partagent notre vision d'une ville solidaire interviendront davantage dans ce débat.

Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire de Montréal (TROVEP), un regroupement de 70 organismes communautaires intervenant dans différentes problématiques sociales sur l'île de Montréal



»» Camille Laurin

Thérapie pour une nation

J.-Jacques Samson
Le Soleil lundi 10 novembre 2003

Éditorial - L'ancien courriériste parlementaire Jean-Claude Picard, maintenant professeur à l'Université Laval, pose involontairement dans sa biographie Camille Laurin : l'homme debout des questions sur la pertinence de l'existence même du Parti québécois dans le Québec moderne. Le docteur Laurin fut l'un des personnages les plus pittoresques, les plus mystérieux aussi, de l'histoire politique québécoise du dernier siècle. Pour ce psychiatre, a retracé Picard, le Québécois était il y a 30 ans un malade, un " schizophrène politique ", un " malheureux, tourmenté, sans cesse partagé entre la révolte et la soumission, que son état de sujétion empêche de se réaliser ".

Le père de la loi 101 avait résumé dès 1960 son diagnostic de la maladie socio-politique de ses concitoyens. Certaines phrases de Laurin citées par Jean-Claude Picard demeureront de petits bijoux. Je ne peux résister au plaisir de les reproduire. " Il est possible que son (le Québécois) refus du séparatisme soit bien plus l'effet de mécanismes d'inhibition, de crainte, d'infériorité ou de dénégation que d'une conviction basée sur une preuve logique rigoureuse. Devant l'Anglais qui peut représenter pour lui un substitut paternel envié et redouté, il peut ressentir toute l'étendue de sa faiblesse, de sa pauvreté, de son impuissance et de son dénuement. Il cherchera alors à s'identifier à lui, à apprendre sa langue, à épouser ses conceptions, à copier ses attitudes et son comportement, afin de communier à sa force et de ne pas s'exposer à des colères ou à des représailles qui signifieraient pour lui l'anéantissement. " En somme, Laurin décrivait en termes choisis les Québécois comme des esclaves victimes du syndrome de Stockholm !

Camille Laurin a indéniablement contribué à l'évolution de l'enseignement de la psychiatrie au Québec et du traitement des malades mentaux. Son propre cheminement fut toutefois celui d'un être très tourmenté, incapable tout au long de sa vie de gérer ses propres affaires et qui a toujours eu besoin de se réfugier dans une foi exaltée comme en témoignent ses dernières lettres. La fibre nationaliste s'est développée chez Laurin dans le bain d'une usine de munitions de Saint-Paul-L'Ermite. C'est aussi dans ce dur milieu de travail où le collégien trouvait un emploi d'été qu'il a nourri des convictions sociales-démocrates. Laurin a cependant toujours profité de la générosité de mécènes pour payer ses études collégiales, de bourses par la suite, d'un ami prêtre pour lui trouver des logements, d'une belle-mère pour lui acheter une luxueuse maison à Outremont et lui payer de nombreux voyages, de collaborateurs déjà surchargés de travail pour le bichonner et s'occuper de ses affaires personnelles à sa place. Lui qui prétendait affranchir ses concitoyens complexés, il fut un homme toujours très dépendant d'une foule d'autres personnes.

Séminariste pendant un an, il bifurque vers la médecine, mais il n'a pas non plus les aptitudes ni le goût pour soigner les corps. Il opte pour la psychiatrie, mais il étirera sa formation en Europe jusqu'à l'âge de 35 ans. De retour au Québec, on comprend qu'il s'est beaucoup plus intéressé à la réforme des soins psychiatriques qu'au traitement des malades. Encore la fuite en avant...

En somme, celui qui prétendait soigner l'âme collective de la société québécoise n'a pas su assumer les responsabilités auxquelles tout travailleur et père de famille pourvoyeur doit faire face. Artiste de la conciliation au sein de l'aile parlementaire et entre les différentes factions du Parti québécois, Camille Laurin a aussi lamentablement échoué sa vie familiale et négligé les siens, d'abord pour satisfaire ses ambitions professionnelles à l'Institut Albert-Prévost, puis en politique. Jean-Claude Picard ne m'a pas rendu l'impénétrable docteur Laurin plus sympathique. Au contraire, l'opiniâtre ministre a perdu beaucoup du lustre que son autorité, son flegme, sa culture lui avaient conservé dans mes souvenirs. Démonter les mécanismes du cerveau d'un Camille Laurin était cependant une entreprise audacieuse et Jean-Claude Picard signe un bon livre de journaliste, très documenté et écrit dans le style vivant que ses anciens lecteurs du SOLEIL et du Devoir retrouveront avec plaisir.

Si, pour Camille Laurin comme pour tant d'autres souverainistes de sa génération, l'indépendance des Québécois devait enfin les libérer d'un joug, celle-ci est-elle toujours aussi nécessaire dans le Québec d'aujourd'hui ? La question surgit inévitablement en refermant le livre de Picard, publié au début de la saison des idées au Parti québécois, un nouvel exercice de reformulation de la souveraineté-association.

Jean-Claude Picard, Camille Laurin: l'homme debout, Les Éditions du Boréal

JJSamson@lesoleil.com



»» Bloc québécois

Drôlement intéressant

André Pratte
La Presse lundi 10 novembre 2003

Éditorial - Quand on est en train de se noyer, on se moque d'où vient la bouée. C'est pourquoi le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s'est empressé de s'accrocher à une donnée sortie d'un sondage réalisé par le Centre de recherche et d'information sur le Canada, donnée indiquant que 47 % des Québécois étaient désormais favorables à la souveraineté.

"C'est drôlement intéressant", a dit M. Duceppe. Drôlement intéressant, en effet, que la dernière cuvée de ce grand sondage annuel mené par le bras de recherche du Conseil pour l'unité canadienne. Sauf qu'en y regardant de plus près, les leaders souverainistes y auraient vu des données beaucoup moins encourageantes pour eux.

Réglons d'abord l'affaire de ce 47 %. La moyenne des sondages menés sur cette question place le OUI entre 40 % et 43 % depuis 1998. Il y a parfois un sursaut, qui peut être dû à l'actualité de ce mois-là ou aux aléas des sondages, mais la tendance lourde, elle, est au piétinement. Un sondage CROP-Radio Canada, réalisé quelques semaines après celui du CRIC, replace d'ailleurs la souveraineté à 42 %.

Le chef du Bloc a évoqué un seul chiffre de cette enquête, celui qui faisait son affaire. Ce "Portrait du Canada" comportait pourtant des dizaines de questions, et les résultats tiennent sur des centaines de pages. On y constate, par exemple:

que les trois quarts des Québécois sont d'accord avec l'orientation constitutionnelle du gouvernement Charest, qui veut jouer un rôle plus actif au sein de la fédération canadienne. C'est même le cas de 64 % des tenants du OUI;

Six Québécois sur dix croient que "le fédéralisme canadien peut satisfaire à la fois le Québec et le reste du Canada";

Malgré les discours indignés des politiciens québécois au sujet de l'"étranglement fiscal", 78 % des Québécois estiment que les deux niveaux de gouvernement sont à blâmer lorsqu'il y a conflit entre Québec et Ottawa.

71 % des Québécois francophones se disent attachés au Canada.

Ainsi, contrairement à ce que prétendait il y a quelques jours M. Duceppe, l'opinion publique québécoise n'est pas plus favorable aux thèses souverainistes ces temps-ci qu'avant l'élection des libéraux de Jean Charest.

Cela dit, les fédéralistes, et notamment le futur premier ministre Paul Martin, auraient intérêt eux aussi à étudier en détail les données de cette enquête. D'abord, bien sûr, parce que malgré les malheurs du PQ et du Bloc, la souveraineté conserve des appuis très importants.

Ensuite, parce qu'on constate à quel point les Québécois francophones restent insatisfaits de leur place au Canada et inquiets quant à leur avenir. Ainsi:

53 % des Québécois francophones croient que le Québec n'est pas traité avec le respect qu'il mérite au Canada;

six Québécois francophones sur dix pensent que leur langue est menacée au Québec;

44 % des Québécois francophones croient qu'encore aujourd'hui, à compétence égale, un anglophone a plus de chances d'obtenir un emploi au Québec. Une perception peut-être fausse, mais qu'on ne doit tout de même pas balayer du revers de la main.

Dans ce ciel nuageux, on trouve quelques percées d'espoir pour MM. Martin et Charest. Partout au Canada, une meilleure collaboration entre les gouvernements fédéral et provinciaux figure parmi les priorités des citoyens. L'approche pragmatique prônée par les deux hommes jouit donc d'un préjugé favorable.

Sur la question québécoise, les tensions générées par Meech, Charlottetown et par le référendum de 1995, semblent lentement- très lentement...- se résorber. Il y a cinq ans, 60 % des Canadiens hors-Québec estimaient que "rien ne satisfera le Québec"; cette proportion a glissé à 48 %.

Par contre, le nouveau Conseil de la fédération créé par les provinces à la suggestion de Jean Charest est accueilli avec scepticisme: les Canadiens estiment que l'organisme va tout simplement mener à plus de conflits entre les provinces et le gouvernement fédéral.

En somme, le Canada reste le pays complexe qu'il a toujours été, et les Québécois demeurent à la fois fiers, inquiets et déchirés. Un pourcentage ne résume ni le Québec ni le Canada. Un sondage entier, si imposant soit-il, n'y suffit pas. Politiciens et commentateurs devraient garder cela à l'esprit.



»» ADQ

L'AD... quoi?

Pierre-Paul Gagné
La Presse lundi 10 novembre 2003

Disons-le franchement. À peine un an après sa montée fulgurante, l'ADQ est presque complètement disparue de la carte politique du Québec en cet automne 2003. Peut-être pas morte, mais pas forte...

Des preuves? Il y a un an, c'est par centaines que les courriels parlant de l'ADQ nous parvenaient. Pour ou contre le virage majeur que proposait le parti; pour ou contre Mario, qu'on se contentait de nommer affectueusement par son seul prénom. Il y a 12 mois, quasiment jour pour jour, le 18 novembre 2002, j'écrivais:

"Juste au cours des deux derniers mois, nous avons reçu près de 400 courriels parlant d'une façon ou d'une autre de politique, la presque totalité de ceux-ci ayant un rapport avec l'ADQ. En cette fin d'année 2002, cela peut paraître étonnant, mais Mario Dumont et l'ADQ en sont venus à constituer en quelque sorte l'étincelle dans le débat politique québécois. Qui se serait attendu à cela?"

Ces jours derniers, deux événements auraient dû nous valoir un abondant courrier sur l'ADQ. D'abord, la question du peu de temps de parole alloué à ce parti à l'Assemblée nationale, où le manque de générosité du Parti québécois a fait exploser Mario Dumont. Ensuite, la réunion du conseil général adéquiste, où M. Dumont a tenté de se trouver une nouvelle plate-forme politique en renouant avec la question nationale. Sans parler de l'étonnante prise de position de Mario Dumont sur la nécessité de rouvrir l'enquête sur la prostitution juvénile à Québec.

Combien de courriels pour ou contre l'ADQ cela nous a-t-il valu? À peine quelques-uns, dont un provenant du parti lui-même et portant sur la question du droit de parole à l'Assemblée nationale. Plutôt désolant pour Mario Dumont, que l'Actualité avait désigné Personnalité de l'année 2002 et qui, il y a à peine 10 mois, pouvait raisonnablement penser être le prochain premier ministre.

Mais entre-temps, il y a eu l'élection du 14 avril et la déconfiture du parti qui n'a réussi à faire élire que quatre députés (outre Mario Dumont, qui pourrait nommer les trois autres?).

Beaucoup de savantes analyses ont été effectuées pour expliquer les malheurs électoraux des adéquistes. Mais la plus grande ironie du dernier scrutin réside peut-être dans le sort que les syndicats ont réservé à l'ADQ, ne le lâchant pas d'une semelle jusqu'aux derniers jours de la campagne, alors même que tous les sondages indiquaient clairement sa déroute. L'ennemi à abattre était clairement l'ADQ qu'on accusait de vouloir démanteler le "modèle québécois", détruire nos "acquis sociaux" et provoquer un affrontement majeur avec les syndicats.

Pendant ce temps, les libéraux voguaient allègrement vers la victoire sans aucunement être embarrassés par les grandes centrales syndicales. Pourtant, même si le mot "réingénierie" n'avait pas encore été prononcé, le programme libéral était quand même clair sur les intentions du PLQ en ce domaine.

Quoi qu'il en soit, six mois plus tard, l'ennemi public no 1 n'est certainement plus l'ADQ, mais plutôt les libéraux, à qui tous les Henri Massé et Claudette Carbonneau de la terre prédisent des heures sombres au cours des prochains mois.

De leur côté, nos lecteurs qui se "chicanaient" il y a un an sur le bien-fondé des réformes en profondeur envisagées par l'ADQ le font maintenant sur la "réingénierie" de Jean Charest. Les électeurs péquistes qui vantaient le "modèle québécois" tel que les différents gouvernements l'ont façonné depuis les années 60 poussent maintenant les hauts cris devant les intentions du gouvernement Charest; les électeurs libéraux qui, au contraire, voulaient un changement en profondeur du modèle québécois défendent de leur côté le gouvernement bec et ongles.

Et les partisans adéquistes, eux? Pour l'instant, il ne leur reste plus grand place à part de défendre, eux aussi, le plan d'action libéral. Parlez-en à Mario Dumont, qui, depuis quelques semaines, fait la tournée du Québec dans la plus totale indifférence.



»» La gauche et l’action politique

Pour une confédération nationale citoyenne

Henri Lamoureux
L’auteur est écrivain et socioéthicien. Auteur de romans et d’essais dont Le citoyen responsable (VLB) et de Dérives de la démocratie (VLB), il collabore avec plusieurs mouvements sociaux et enseigne à l’École de travail social de l’UQAM. Son dernier ouvrage « Éthique, travail social, action communautaire » vient de paraître aux Presses de l’Université du Québec

La Presse 6 novembre 2003

Depuis quelque mois, on parle beaucoup de la place que devrait occuper la gauche non péquiste, mais généralement souverainiste, sur l’échiquier politique québécois, plus précisément de la stratégie qu’elle devrait adopter en matière de représentation politique. Cette réflexion, animée notamment par des collectifs comme D’abord Solidaire conduit à un certain nombre de constats.

D’abord, il est évident que la gauche met beaucoup d’espoir dans la promesse libérale d’établir un certain mode de représentation proportionnelle avant les prochaines élections. À tant attendre d’une droite qu’elle devrait combattre plus énergiquement, la gauche s’immobilise et se leurre elle-même. Bref, cet opportunisme circonstanciel la dessert.

Par ailleurs, la volonté de mieux saisir le sens du bien commun dans une société comme la nôtre me semble aller de soi pour des individus progressistes et insister sur cet objectif révèle sans doute une volonté de sortir de l’ornière clientéliste et corporatiste qui guette les mouvements sociaux en ces temps de réduction du rôle de l’État.

Qu’elle serait alors la meilleure voie pour faire valoir auprès de la population en quoi les idées, la pratique et un projet politique de gauche sont la meilleure avenue qui conduise à ce bien commun ? En ce qui me concerne, je distingue quatre possibilités.

Le premier serait tout simplement d’investir les lieux actuels d’action politique partisane à gauche du spectre politique et ne plus bouder l’Union des forces progressistes. Or, le résultat de la dernière campagne électorale révèle que cette formation ne réussit pas à faire le plein des votes d’une clientèle électorale attirée par les idées progressistes. Croire qu’une nouvelle formation qui s’afficherait féministe, écologiste et altermondialiste ferait mieux me paraît un pari douteux. Vous noterez que cette formation ne s’affirmerait pas comme souverainiste pour ne pas effaroucher des « anglais progressistes » qu’on cherche à rejoindre. C’est une concession un peu maso qui condamne une telle initiative à l’échec.

Le projet d’un nouveau parti de gauche fait également l’économie d’une analyse serrée de l’avortement des tentatives antérieures, notamment du Mouvement Socialiste qui me semble avoir été celle qui aurait dû connaître le plus de succès, tant à cause de la notoriété de ses dirigeants que de la qualité de son programme et de l’enracinement de plusieurs de ses militantes et militants dans les mouvements sociaux.

Une autre avenue pour la gauche serait peut-être de se satisfaire de l’action éducative fort pertinente de regroupements à large spectre, comme ATTAC qui profite de la sympathie active du journal le Monde et des intellectuels qui y sont liés ou Alternatives qui est notamment soutenu financièrement par rien de moins que l’ACDI. Les tenants de cette avenue qui « ne jugent pas nécessaires de multiplier les structures », pourraient également s’engager à dynamiser le travail de tables sectorielles et multisectorielles de concertation regroupant des organisations dédiées à des groupes sociaux spécifiques, comme peut l’être la Table des Regroupements provinciaux (sic) et bénévoles ou la Fédération des femmes du Québec.

Ce repli sur l’acquis, ne permet pas de jeter un regard transversal sur la réalité sociale et de penser un projet global. Il condamne la société civile à réagir constamment à une dynamique de développement qui ne repose essentiellement que sur le projet néolibéral, faute d’offrir un projet alternatif. Dans ce cadre, on se contente de rechercher à influencer l’ennemi à qui on finit par reconnaître quelques vertus, d’autant qu’il ne menace pas de couper trop dans nos acquis. Ainsi, d’aucuns seront impressionnés par la maîtrise du nouveau ministre de la santé et par le fait que celui de la solidarité sociale semble « parlable », en oubliant qu’ils ont la langue fourchue et appartiennent à une équipe ministérielle ainsi qu’à un parti qui interdit la syndicalisation des personnes travaillant dans les services de garde en milieu familial, se prépare à nous ratatiner un peu plus, tant au plan de notre identité collective qu’à celui des gains sociaux et se contente béatement de sa fonction de gouverneur de province.

Enfin, une quatrième voie pourrait s’ouvrir soit celle de la fondation d’une Confédération nationale citoyenne porteuse d’un projet de société progressiste et ouverte à tous les citoyens qui veulent s’y associer. Cette organisation ne devrait pas être un regroupement de plus mais un lieu de convergence des forces de la société civile ouvert tant aux individus qu’aux associations. Présentement, des milliers de personnes ne sont intéressés ni par l’action des mouvements sociaux, jugeant que ces organisations ne leurs offrent pas un type d’activités et des objectifs très motivants, ni par les partis politiques dits « traditionnels » dont l’opportunisme électoraliste et l’arrogance des dirigeants sont jugés insupportables. Cela dit, elles sont disposées à répondre positivement à celles et ceux qui font appels à ce qu’elles ont de meilleurs. C’est ce que tend à démontrer le succès des grandes manifestations comme la Marche des femmes de 2000 et les mobilisations anti-guerre de 2003. Succès sans suite en terme de mobilisation car n’offrant pas de points de ralliement à celles et ceux qui y ont participé. Or, rien actuellement ne vient canaliser toute cette énergie militante potentielle.

Comme je l’ai indiqué plus haut, je pense que ce serait une erreur que de refaire à court et moyen terme une autre tentative de formation d’un parti politique qui se situerait à gauche du Parti Québécois. Je pense que ni le contexte ni la conjoncture ne s’y prêtent, même s’il m’apparaît évident qu’il faut un relais politique à ce qu’exprime la frange la plus progressiste de la société civile. Par ailleurs, il faut impérativement agir pour contrer le projet réducteur de l’actuel gouvernement.

Ce qui importe le plus aujourd’hui, c’est de donner aux organismes de la société civile un outil qui leur permette d’une part de développer une lecture convergente et transversale de la réalité ainsi qu’un programme commun et des priorités communes. Cela me semble indispensable. De plus, il faut développer un univers symbolique, un cadre politique auquel les personnes qui souhaitent agir à l’extérieur des partis politiques puissent s’ídentifier. Une telle organisation pourrait non seulement faire un important travail d’éducation, mais favoriser l’expression, la consolidation et le rajeunissement d’un leadership de gauche que l’ensemble de la société pourrait apprécier en fonction de ses œuvres. Une telle organisation pourrait, me semble-t-il, avoir une autorité aussi importante que celle d’un parti politique et serait incontournable au plan médiatique. Enfin, une telle organisation, étant donnés ses liens avec une constellation d’organismes et l’importance potentielle de son membership, pourraient favoriser la mobilisation lorsque la chose s’avère nécessaire.

À plus long terme, une telle confédération pourrait, si les conditions le permettent et l’exigent, se transformer en parti politique. En attendant, rien n’interdirait à certains de ses membres d’accepter les avances du seul parti politique, le PQ, susceptible de limiter les dégâts de l’équipe fédéraliste de droite dirigée par Jean Charest. Rien non plus n’empêcherait des libéraux plus progressistes, victimes d’un détournement de parti, de militer dans une telle structure. Rien n’empêcherait enfin les progressistes anglophones qui admettent l’existence du peuple québécois de venir militer avec leurs compatriotes souverainistes francophones afin de proposer l’idéal d’un Québec solidaire et équitable, conscient de sa spécificité nationale et ouvert sur le monde.

C’est quant à moi l’option qui me paraît la plus séduisante.

Réplique à l'écrivain et socioéthicien Henri Lamoureux

Un parti est un instrument indispensable pour permettre aux forces progressistes d'occuper la place qui leur revient sur l'échiquier politique

Paul Cliche
site du l'UFP
lundi 10 novembre 2003

Ainsi, Henri Lamoureux ne croit pas qu'un nouveau parti de gauche soit le véhicule approprié pour permettre aux forces progressistes de prendre enfin la place qui leur revient sur l'échiquier politique québécois. Il l'a fait savoir dans La Presse le 6 novembre. Il préfère un mouvement non-partisan qui, sous le nom de Confédération nationale citoyenne, serait porteur d'un projet de société politique progressiste, serait ouvert à toutes les personnes qui voudraient s'y associer et qui, souhaite-il, deviendrait "le lieu de convergence des forces de la société civile".

Il rejette du revers de la main, d'une part, l'action politique partisane qu'il semble confondre avec "l'opportunisme électoraliste et l'arrogance des dirigeants des formations traditionnelles" et, d'autre part, les mouvements sociaux qui "n'offrent pas un type d'activités et des objectifs très motivants". Dans cette dernière catégorie il semble inclure autant les syndicats que des organismes engagés comme la Fédération des femmes, le FRAPRU, etc. Seule l'organisme Alternatives trouve grâce à ses yeux.

J'estime que la proposition de M. Lamoureux constitue un leurre. De par le flou de sa mission et sa composition hétéroclite, le regroupement dont il rêve ne pourrait pas constituer une coalition poursuivant des objectifs définis et concrets ni se livrer à une action structurée et efficace. Ce serait un genre d'auberge espagnole d'une forme de militantisme bon teint se targuant d'être progressiste. Il deviendrait vite une organisation superflue parasitant les organismes dynamiques du milieu afin de pouvoir survivre.

Pour avoir des chances de succès une coalition du genre doit avoir un objectif très précis et un commun dénominateur. Exemples : la mobilisation antiguerre qui a ratissé très large en ayant la paix comme commun dénominateur ou l'instauration d'un scrutin proportionnel, réduisant le déficit démocratique, que s'est donné comme objectif une coalition transpartisane, le Mouvement pour une démocratie nouvelle.

L'UFP, qu'écarte M. Lamoureux comme solution d'avenir, n'existe que depuis 18 mois. Sa fondation a permis de mettre fin à plus de deux décennies de querelles idéologiques stériles entre les diverses composantes de la gauche politique. Cette jeune formation possède déjà une force d'attraction assez grande pour attirer des centaines de militants en provenance des mouvements sociaux, étudiants et altermondialistes. Il ne prétend pas être le véhicule politique définitif qui permettra aux forces progressistes d'occuper la place qui leur revient sur l'échiquier politique québécois. "Le rassemblement des progressistes est un processus qui ne fait que commencer et auquel nous convions toutes les composantes de la gauche québécoise", vient d'ailleurs de déclarer le porte-parole de l'UFP, Pierre Dostie, à quelques semaines du rassemblement où les membres du collectif D'abord solidaires, discuteront des formes possibles d'implication politique.

La présumée complaisance de l'UFP envers la droite :
une accusation malhonnête démentie par les faits


M. Lamoureux reproche par ailleurs à l'UFP de n'avoir pas fait le plein des votes progressistes le 14 avril dernier. Il feint d'oublier que le phénomène du 'vote utile' et du 'vote stratégique' induit par le mode de scrutin actuel, l'a desservi grandement et lui a fait perdre plusieurs dizaine de milliers de votes, comme ça arrive d'ailleurs à tous les tiers partis qu'il soient de gauche ou de droite. Parlez-en à Mario Dumont qui en a vu près d'un demi million glisser vers le Parti libéral quelques semaines avant les élections.

M. Lamoureux reproche aussi à l'UFP d'être "opportuniste" en mettant de "l'espoir" dans la promesse libérale d'instaurer un mode de scrutin proportionnel. Ce comportement qu'il lui impute faussement empêcherait la formation progressiste de combattre énergiquement le gouvernement Charest. Que voilà une réaction incongrue ! Exiger d'un gouvernement qu'il respecte un engagement qui établirait une certaine équité entre les partis politiques en lice aux élections ; ferait en sorte que chaque vote compte et soit gagnant ; permettrait d'augmenter la représentation des femmes à l'Assemblée nationale ; reflèterait la diversité de la société québécoise et sa pluralité politique ; reconnaîtrait l'importance du rôle joué par les régions, est-ce là faire preuve d'opportunisme vraiment ?

D'autant plus que, dans ce dossier, les membres de l'UFP ne vivent pas béatement d'espoir de ce temps-ci. Ne comptant que sur leurs propres moyens ils ont lancé, en effet, une campagne d'information et de mobilisation nationale pour que le gouvernement respecte son engagement d'instaurer un véritable scrutin proportionnel "dans les deux premières années de son mandat". Ce n'est pas parce que le Parti québécois ne l'a pas fait en 18 années d'exercice du pouvoir, même si c'était dans son programme depuis 1969 et qu'il se défile dans ce dossier par opportunisme électoral encore aujourd'hui, qu'il faille renoncer à mettre de la pression sur les libéraux.

Quant au prétendu immobilisme de l'UFP dans sa bataille contre la droite, M. Lamoureux est pour le moins mal renseigné. Au Conseil de l'Union qui a eu lieu à Sherbrooke les 1er et 2 novembre, l'UFP a adopté un plan d'action énergique en réponse aux politiques anti-sociales du gouvernement Charest. Il a appuyé et encouragé tous les efforts menant à la constitution d'une coalition la plus large possible à cette opération de démantèlement de l'État. Voilà qui est on ne peut plus explicite.

L'UFP a tenu aussi à se démarquer du prétendu "progressisme" du Parti québécois. Il ne fait pas oublier en effet que la réingénierie de l'État des libéraux est dans le droit fil des politiques néolibérales des gouvernements Bouchard et Landry. L'UFP est d'ailleurs le seul parti québécois à dénoncer et combattre cette forme exacerbée du capitalisme. Mais M. Lamoureux s'oppose à la formation d'un parti politique se situant a gauche du PQ. Cette position là aussi est bizarre. De qui joue-t-il le jeu ? S'il s'accroche encore au rêve que le Parti québécois puisse se régénérer idéologiquement, comme plusieurs intellos de sa génération, qu'il le dise franchement Ce serait plus honnête intellectuellement. En attendant, il pourrait joindre sa voix à celle de l'UFP pour réclamer que, minimalement les péquistes retournent au plus vite à la pratique de l'idéal démocratique qui a inspiré le fondateur de leur parti, René Lévesque, premier promoteur du scrutin proportionnel. Autrement, la dégénérescence de ce dernier, en tant que véhicule politique porteur d'avenir pour certains secteurs de notre société, risque de devenir irrémédiable.





TRIBUNE LIBRE




TRIBUNE LIBRE

La souveraineté en élection
ou comment passer de l'hésitation à la vraie question

Alexis Gagné-LeBrun,
Conseiller au Comité étudiant du Parti Québécois l’Université de Sherbrooke

Guillaume Rousseau,
Président du Comité régional des jeunes du Parti Québécois de l’Estrie
TRIBUNE LIBRE Le 10 novembre 2003

La saison des idées ayant débuté au Parti Québécois, il est temps pour les militants de débattre à fond. À cet égard, le Comité régional des jeunes du Parti Québécois de l'Estrie et le Comité étudiant de Parti Québécois de l’Université de Sherbrooke croient que la priorité doit être la souveraineté et sa mise en œuvre.

Pour en finir avec les conditions perdantes

Depuis la défaite de 1995, la stratégie du Parti Québécois en matière de souveraineté, les tristement célèbres «conditions gagnantes», s'est révélée infructueuse. L'hésitation à promettre la tenue d'un référendum nous a même fait perdre l'appui de plusieurs souverainistes et, par conséquent, la dernière élection. Le tout malgré un excellent bilan gouvernemental compte tenu de la situation financière extrêmement difficile. En effet, les besoins sociaux grandissants, le déficit zéro et le déséquilibre fiscal ne faisant pas bon ménage, le gouvernement du Québec doit toujours faire des choix difficiles. Souvent, peu importe l’option choisie, une partie importante de la population est mécontente. Parmi ces mécontents, on compte une forte proportion de groupes plus progressistes et donc traditionnellement portés à appuyer la souveraineté. C'est sans doute cela qui explique en partie pourquoi lorsque le Parti Québécois est au pouvoir, l’option souverainiste voit sa cote de popularité stagner ou décliner, comme le démontre le dernier mandat où même les efforts importants consacrés au projet suite à l'arrivée à la tête du parti de Bernard Landry n'ont pas apporté les fruits escomptés. À l’opposé, le support populaire à l’idée d’indépendance s’amplifie lorsque des libéraux gouvernent à Québec, les deux périodes de gouvernements libéraux sous Robert Bourassa et les sondages des derniers mois prouvent amplement cette thèse. En fait, le pouvoir provincial est un piège affaiblissant les souverainistes. Dans ce contexte, l’attente des « conditions gagnantes », qui se sont finalement avérées perdantes, est la pire des stratégies. Elle a mené le Parti Québécois à une série de revers électoraux, sans parler des vagues de démissions. Compte tenu de ces résultats et du fait que gouverner le Québec consiste de plus en plus à quêter de l'argent à Ottawa, pourquoi des souverainistes s’obstinent donc à vouloir gouverner ?

De nouvelles voies à explorer

Avec tout cela en tête, il faut se demander ce qu’on peut faire de différent. La première option est l'usage indépendantiste du pouvoir par un futur gouvernement du Parti Québécois. Selon cette idée, ce dernier pourrait consacrer l'essentiel de ses efforts et même des fonds publics à la promotion de son option; ceci dans le but de préparer la tenue d’un référendum au plus vite. Plusieurs motifs nous amènent à questionner la valeur de cette proposition qui est, par ailleurs, bonne en soi. Premièrement, comme les ressources sont excessivement limitées, il serait risqué pour nous d'investir de l’argent pour la promotion de la souveraineté alors que les besoins sociaux et culturels sont criants. En effet, il faut se rappeler que la victoire du OUI sera toujours tributaire de l'appui de partenaires sociaux qui pourraient être choqués par une telle utilisation des deniers publics.

Une deuxième difficulté se trouve à Ottawa, où le gouvernement fédéral n’attend que la tenue d’un nouveau référendum sur la souveraineté pour appliquer sa loi C-20. Il ne faut pas croire que le prochain référendum sera semblable aux derniers. La prochaine fois, le gouvernement fédéral pourrait refuser d'y participer, voire même tenter de le discréditer. Cela dit, il est tout à fait prêt à y faire face, au besoin. En fait, c'est ce à quoi il s'attend et c'est pourquoi il a un plan de match déjà déterminé, une ligne dure prête à être appliquée. Devant cet état de fait, il est bon de se rappeler un principe de base en stratégie: celui de la surprise. L'heure est donc à la recherche d'une façon de contourner la Loi sur la clarté et de surprendre les fédéralistes.

Par ailleurs, personne ne veut d'un référendum, les sondages sont très clairs à ce sujet. Même une majorité de souverainistes ne veut plus en entendre parler, et pour cause, le temps que l’on passe à en parler nous détourne du vrai débat : celui sur l'indépendance. Bien sûr, certains proposent de tenir un référendum immédiatement après la prise du pouvoir, histoire de remettre l'option au cœur des débats. Mais alors, pourquoi faire en deux temps ce qui peut être fait d'un seul coup?

L’autre possibilité à explorer est alors l’élection référendaire. Cette alternative a le mérite d'être claire : un vote pour le Parti Québécois est un vote pour la souveraineté. À notre avis, non seulement elle a des mérites, mais elle est crédible. En effet, tout notre système politique repose sur le principe de la souveraineté du Parlement, en vertu duquel celui-ci peut tout faire sauf changer un homme en femme. Certes, la souveraineté populaire est dans l'ère du temps, mais il n'en demeure pas moins que ce principe est issu du parlementarisme britannique, une tradition qui a fait ses preuves en matière de démocratie. Cependant, plusieurs questions se posent. Par exemple, quel serait l’impact d'une possible absence de majorité d'électeurs explicitement en faveur de la souveraineté sur la communauté internationale et sur le rapport de force avec Ottawa? De plus, notre but étant de fonder une république plus démocratique, ne faut-il pas pour le réaliser un moyen au-dessus de notre démocratie représentative actuelle ?

Une élection pour régler la question ?

Comme les deux voies décrites ci-dessus sont imparfaites, il est bon d'en imaginer d'autres. Pour ce faire, nous pouvons nous demander comment rallier une majorité d'électeurs lors d'une élection déterminante. Premièrement, écartons la possibilité de rallier l’ensemble des souverainistes au Parti Québécois. En effet, l’ADQ, l’UFP, les groupes communautaires et féministes radicaux ne joindront jamais le Parti Québécois, bien que nous le souhaitions. De plus, une autre partie de la population s’est aussi éloignée du Parti Québécois à mesure que celui-ci semblait s'éloigner de l'indépendance. La promesse de déclarer la souveraineté suite à une élection générale ramènerait certainement ces souverainistes impatients au parti. Néanmoins, cela ne serait probablement pas suffisant pour atteindre la majorité des sièges et 50%+1 des voix lors d’une élection portant sur le statut du Québec. Pourtant, c'est bien de cette double majorité dont nous avons besoin pour déclarer l'indépendance, en disposant de toute la force et des arguments nécessaires pour affronter le gouvernement fédéral et plaider notre cause auprès de la communauté internationale. D'ailleurs, cette double majorité serait plus forte qu'un référendum gagné avec à peine plus de 50% du vote.

En raison de l'éclatement du mouvement souverainiste décrit ci-dessus, qui risque de s'accentuer avec le scrutin proportionnel promis par les libéraux, nous croyons que l'atteinte de cette double majorité n’est probable qu’avec une coalition de formations indépendantistes dont le Parti Québécois serait le navire amiral. Évidemment, l'identification d'un parti à cette coalition serait décisive lors de l'élection. Concrètement, nous pourrions procéder en trois étapes.

Premièrement, une négociation avec les autres partis nationalistes serait requise. L’UFP devrait accepter de négocier de bonne foi, car elle est souverainiste. Quant à l’ADQ, puisque son moratoire de 10 ans sur la question nationale se termine en 2005 et qu'elle s'apprête à effectuer un virage nationaliste, elle pourrait accepter. Si elle embarque comme en 1995, nous avons toutes les chances de faire du Québec un pays. Si elle refuse, il serait clair à l’élection qu’un vote pour l’ADQ est un vote contre la souveraineté. Une telle clarification de la situation serait désastreuse pour ce parti qui a absolument besoin de l'électorat nationaliste pour percer.

Deuxièmement, nous procéderions à la signature d'un accord instituant la coalition.

Troisièmement, l'élection générale suivante porterait sur la souveraineté.

Des questions ?

Évidemment, notre proposition suscite d'innombrables questions. Par exemple, qu’arrivera-t-il si le Parti Québécois obtient la majorité des sièges, mais que la coalition ne récolte pas la majorité des voix ? À cela, nous répondons qu'une défaite lors d'un troisième référendum serait la fin du monde, d'où l'hésitation préalable à sa tenue ; alors qu'une élection portant sur la souveraineté ainsi perdue signifierait seulement un détour par un des plans B que nous envisageons.

Le premier de ces plans consiste à refuser le pouvoir. « Non merci, madame la lieutenant-gouverneure ! » Il y aurait alors formation d’un gouvernement fédéraliste minoritaire, pouvant être défait à tout moment.

L’autre option est de prendre le pouvoir et de préparer le Québec à l’indépendance en tenant des États généraux sur l’avenir du Québec. Il y aurait donc une consultation du peuple dans le but de savoir ce qu’il veut ; on pourrait par la suite doter le Québec d’une constitution et d’une citoyenneté. Bref, on ferait avancer le Québec en attendant la prochaine élection générale.

D'autre part, certains pourraient dire qu’une élection ne peut porter uniquement sur un sujet. Effectivement, les débats lors d’une campagne doivent toucher tous les sujets, pour en sortir une vision globale. Justement, la souveraineté est une façon de voir le Québec dans sa totalité avec tous les pouvoirs et leviers. Les discussions sur la souveraineté ne sont pas sans prises sur le réel, elles parlent de l’ensemble de la société. Par exemple, comme toutes les questions sociales ou presque sont liées à des enjeux financiers, nous pourrons prouver comment un Québec indépendant arriverait à mieux aider ses pauvres et ses malades, à protéger l'environnement plus efficacement, etc… En parlant de souveraineté, et non de référendum, on parle de tout cela en même temps, dans un tout, afin que se dégage une véritable vision globale d’une société à construire, une esquisse de la République du Québec.

Pour l'instant, l'idée d'une déclaration d’indépendance suite à une élection générale, si une coalition de partis souverainistes obtient la majorité absolue des voix, n'est qu'une possibilité. Mais, celle-ci deviendra presque incontournable avec la venue d’un scrutin proportionnel.

Cela dit, ce qui compte par-dessus tout, c'est que les souverainistes cessent d'hésiter et se rallient pour poser la vraie la question aux Québécois: voulez-vous d’un gouvernement provincialiste ou d’un pays ?

(les soulignements sont de Vigile)



TRIBUNE LIBRE

Monsieur Jacques Parizeau laisse la porte ouverte au débat sur l’élection référendaire

Sasha-Alexandre Gauthier
Vice-président du Parti québécois de Montréal-Centre
L’auteur s’exprime en tant que porte parole d’un collectif de jeunes du Parti québécois favorisant l’élection référendaire
TRIBUNE LIBRE Le 10 novembre 2003

Montréal, le 6 novembre 2003 - Répondant à une invitation à titre de conférencier pour l’Assemblée générale du Parti québécois de Crémazie le 3 novembre dernier, l’ex-premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, s’est montré favorable à un débat sur l’élection référendaire au sein du Parti québécois comme méthode d’accession à la souveraineté. «Intéressante, cette idée-là. Autrefois je l’ai eue, cette idée», remarqua-t-il. Notant qu’il se considérait toujours lié à l’engagement pris par le Parti québécois en 1974 de tenir un référendum pour mener à l’indépendance, il ajoutait néanmoins : «on n'a quand même pas le droit, à mon âge, d’engager les générations qui vont suivre !».

Il concluait sur ce sujet : «Il va y avoir un beau débat là-dessus. C’est intéressant. Je ne sais pas qui va gagner.»

Le 30 octobre 1996, contactant les militants du Parti une première fois depuis son départ de la vie publique, Monsieur Parizeau annonçait déjà son intérêt pour la question puisqu’à l’époque, des rumeurs circulaient à l’effet que le gouvernement de Jean Chrétien désirait adopter une loi aujourd’hui connue sous le libellé C-20. «Je dois dire cependant que chaque fois que j'entends parler d'un «Plan» destiné à faire interdire un prochain référendum au Québec, je souris. Si on tient absolument à nous imposer une élection référendaire...», écrivait-il alors dans Le Devoir.

Le 27 août dernier, M. Parizeau avait également déclaré «Il faut les laisser discuter», en parlant des jeunes souverainistes qui venaient d’enclencher un nouveau débat sur l’élection référendaire.

Rappelons qu’un collectif de jeunes du Parti québécois et du Bloc québécois a répondu promptement à l’appel du chef du Parti québécois, Bernard Landry, dans le cadre de la «saison des idées», en proposant l’idée d’une élection référendaire comme moyen d’accéder à la souveraineté du Québec.