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»» identité nationale

Prolégomènes à toute normalisation
- Le Québec n'est pas l'Ontario

Kristoff Talin
Professeur invité en sociologie à l'UQAM et chercheur au CNRS France

Le Devoir mercredi 12 novembre 2003

Pour un politologue français résidant au Québec depuis plus d'un an, deux caractéristiques de la société apparaissent particulièrement significatives. D'une part, le clivage entre fédéralistes et souverainistes demeure extrêmement discriminant. D'une manière inductive, il suffit d'observer une discussion à bâtons rompus dans un repas de famille ou dans un cercle d'amis pour s'en convaincre. Tôt ou tard, elle abordera le thème de la souveraineté et des débats aussi vifs que légitimes auront lieu. D'une manière déductive, les analyses d'enquêtes d'opinion montrent clairement que les systèmes de valeurs des individus sont, d'abord et avant tout, structurés par rapport à cette question. Il est donc erroné de penser que cette problématique n'est plus à l'ordre du jour. Les sondages d'opinion donnent encore régulièrement environ 40 % au OUI, ce qui montre que le phénomène est davantage structurel que conjoncturel.

D'autre part, ce qui frappe l'observateur, ce sont les particularités de la province de Québec. Sans insister sur la dimension linguistique particulière qui fait du Québec la seule enclave francophone importante au Canada, le Québec véhicule une culture musicale, littéraire et cinématographique extrêmement importante. Il n'y a qu'à voir les étalages des libraires, qu'à se rendre au cinéma ou bien encore qu'à écouter les radios françaises (la musique anglophone est états-unienne alors que la francophone est en bonne partie québécoise) pour s'en convaincre.

En résumé, en termes culturels, bien plus que le Canada anglophone, c'est le Canada francophone qui fait preuve d'une vitalité et d'une particularité notoires et qui garantit au Canada un rayonnement à l'international.

Particularité

Dernier élément de particularité, le modèle de l'État québécois. Social-démocratie dans un pays où le libéralisme est le plus souvent de mise et sur un continent où le capitalisme règne sans partage, il est clair que le Québec trace encore ici l'empreinte de sa particularité. Ce modèle peut déranger parce qu'il détonne dans le contexte américain, mais vu de l'Europe, ce type d'État est des plus classiques. Même la droite française ne songerait pas à revenir sur les cinq semaines de congé annuelles ni sur les avantages sociaux accordés aux jeunes mères pour que celles-ci puissent concilier le travail et la famille.

Pourtant, comme l'a souligné Jean Charest, il est néanmoins nécessaire de se poser la question d'une réforme de l'État, ce que ne niait d'ailleurs pas le gouvernement précédent, ainsi que le rappelle le premier ministre actuel du Québec. Encore faut-il se pencher sur les modalités... Une réforme de l'État ne signifie pas nécessairement une révolution. La «réingénierie» de l'État ne signifie pas obligatoirement une destruction du modèle québécois mais bien plutôt un éventuel réagencement à la marge. En effet, un modèle d'État quel qu'il soit n'est jamais une création ex nihilo mais traduit plutôt des aspirations citoyennes. Si l'État québécois est ce qu'il est, c'est qu'une volonté populaire en a voulu ainsi à un moment donné parce qu'il traduisait les particularités québécoises. Les libéraux québécois au pouvoir dans les années 90 l'avaient compris.

Prudence

L'expérience française montre qu'on ne chamboule pas un système économique avec une simple volonté politique (c'est l'échec des nationalisations dans les années 80), qu'on ne réforme pas l'éducation en dégraissant le mammouth (c'est l'échec de Claude Allègre dans les années 90), pas plus qu'on peut faire une politique économique de droite en se disant socialiste (c'est l'échec du gouvernement socialiste en 2002).

Même si le Québec n'est pas la France, cette expérience montre d'une part qu'en matière de réforme politique, la prudence est de mise, et, d'autre part, qu'il convient de gouverner en respectant le mandat confié par les électeurs. Le soir du 14 avril 2003, le peuple québécois a confié à Jean Charest un mandat, il ne lui a pas donné un blanc-seing. Or la normalisation voulue et conduite par le gouvernement actuel ressemble davantage au second qu'au premier. Dès lors, la réforme du modèle ne peut se faire sans tenir compte des particularités de la société québécoise et en se passant du soutien de la société québécoise, sous peine de s'ancrer dans l'éphémère. Or, à l'heure actuelle, il semble que le fossé se creuse entre la société civile et le gouvernement, ainsi qu'en témoignent les nombreux mouvements sociaux. À trop vouloir oublier ou nier ces évidences, la désillusion pourrait être cruelle. Lionel Jospin l'a appris à ses dépens...



»» Jean Chrétien

Chrétien aurait aidé les souverainistes, si...

Confidences de son ex-chef de cabinet, Jean Pelletier

Raymond Giroux
Le Soleil mercredi 12 novembre 2003

Ottawa - Jean Chrétien était prêt à soutenir Lucien Bouchard et la souveraineté du Québec, en décembre 1995, alors que ce dernier quittait son poste de chef du Bloc québécois pour assumer la tête du gouvernement péquiste.

Mais attention, pas à n'importe quelle condition, rappelle son ancien chef de cabinet, Jean Pelletier, en entrevue au SOLEIL, hier.

" Si un jour vous venez me voir au lendemain d'un référendum où une question claire aura été posée aux Québécois sur la séparation du Québec d'avec le Canada, lui a-t-il lancé lors d'un au revoir, et vous arrivez à majorité claire à cette question aussi claire, M. Bouchard, je vous aiderai. "

" M. Bouchard avait été un peu décontenancé, reconnaît aujourd'hui M. Pelletier. Puis vint la Loi sur la clarté ", et ce genre de préavis sur la clarté donné, le premier ministre n'a pas eu à " aider " les souverainistes québécois depuis ce temps.

Cet aveu témoigne du respect qu'avaient M. Chrétien comme M. Pelletier envers M. Bouchard, qui leur avait donné une sainte frousse lors du référendum d'octobre précédent.

" Nous n'avons jamais considéré M. Bouchard comme un chef de second ordre, dit M. Pelletier. Il avait à la fois des idées, le sens de l'expression, un charisme extraordinaire. "

Lui-même victime de ce charisme, il n'avait même pas pu se faire élire comme libéral " dans ma ville dont j'avais été le maire ", dans le comté de Québec, aux élections de 1993.

À l'automne 1995, le camp fédéraliste a été surpris par les événements. Menant au départ par 60 % contre 40 %, affirme M. Pelletier, " qui aurait dit qu'un chef politique en provenance d'Ottawa (M. Bouchard) prenne la place du premier ministre du Québec (Jacques Parizeau) dans le siège du chauffeur d'autobus du OUI ? Qui aurait prévu cela ?

" Nous avons mesuré les conséquences de ce résultat, dit-il, et M. Chrétien a décidé de rétablir la position du Québec dans le Canada et l'humeur de ses citoyens. Cela s'est graduellement fait jusqu'à la Loi sur la clarté que j'ai personnellement toujours appuyée.

" M. Chrétien, qui a un nez politique à nul autre pareil, était convaincu que les Québécois ne se mobiliseraient pas contre une loi sur la clarté qui finalement les protège contre la manipulation de questions référendaires. "

M. Pelletier connaît le premier ministre depuis septembre 1954, soit il y a un peu plus de 49 ans, et participera à ce titre, demain, à la fête que donneront les libéraux en l'honneur de M. Chrétien, à Toronto.

" Nous nous sommes liés d'amitié au Séminaire de Trois-Rivières, nous avons poursuivi à la faculté de droit et on ne s'est jamais perdu de vue, rappelle-t-il. Nos carrières respectives ne se sont pas beaucoup croisées jusqu'à 1991, mais on ne s'est jamais perdus de vue, au plan personnel. "

C'est à ce moment que M. Chrétien l'a convaincu de devenir son chef de cabinet " pour mettre de l'ordre dans le bureau, et il était le premier à le dire ", précise M. Pelletier.

La cote de popularité du chef libéral se trouvait au plus bas, au Québec. C'était l'époque de l'après-Meech, " un coup encaissé très difficilement par le Québec, et nous étions dans une atmosphère très émotive ".

M. Pelletier n'était pas de l'entourage de M. Chrétien quand ce dernier était identifié au combat contre Meech. " Je n'ai pas les éléments vécus pour juger s'il y avait eu erreur ou non. J'ai géré les conséquences.

" Mais dans un premier mandat, ajoute-t-il, on a réussi à terrasser la vipère financière, et cela a prouvé que les libéraux, réputés comme des dépensiers invétérés, non seulement ne dépensaient pas, mais reprenaient le contrôle des finances.

" Cela a été apprécié des Québécois, les a beaucoup surpris et a permis d'amorcer un meilleur comportement de l'opinion publique à l'égard de M. Chrétien et des libéraux fédéraux ", soutient M. Pelletier.

Sur les dossiers de la marijuana, du financement des partis politiques, du Protocole de Kyoto et de la guerre en Irak, en fin de mandat, la position du gouvernement " reflète exactement ce que M. Chrétien pense, ses valeurs, et il n'est à la remorque de personne. Que cela ait coïncidé avec une opinion québécoise plus favorable, cela s'explique facilement.

" Un premier ministre qui n'a pas à se faire réélire et est à la tête d'une majorité a plus de liberté d'action que s'il doit éventuellement faire face à l'électorat. Est-ce que M. Chrétien en a habilement profité, on pourrait se poser la question ", lance M. Pelletier.

RGiroux@lesoleil.com



»» Jean Chrétien

The good, bad and ugly

Chrétien's legacy of balanced books and the Clarity Act is tempered by the breakdown of government accountability and scandal

L. IAN MACDONALD
The Montréal Gazette Wednesday, November 12, 2003

The Chrétien years can be summarized in the title of a spaghetti western: The Good, the Bad and the Ugly.

The good part includes the major achievements of balancing Canada's books after three decades of deficits, and the Clarity Act that sets the rules of the road for Quebec's independence.

The bad part includes the breakdown of accountability in government and a succession of unseemly scandals, and a transactional leadership style that has left the country adrift.

The ugly part is the last 15 months since Chrétien announced his retirement, and the worst of it is yet to come if the prime minister insists on clinging to office until February.

First, the good part. Paul Martin gets most of the credit for balancing the budget and creating the fiscal dividend. But there's no way he could have done either without the unstinting support of the PM. Until the end of his years in office, when he became preoccupied with legacy baubles, Chrétien was very good at skating Liberal spenders into the boards.

When the budget was finally balanced in 1998, Canada's federal debt was approaching $600 billion. As Chrétien prepares to leave office, it has been paid down to about $510 billion. Debt, as a percentage of national output, has fallen from 70 per cent a decade ago to below 50 per cent today, and Canada has gone from worst to first among G7 countries. It's an impressive achievement, and Chrétien deserves his share of the credit.

He deserves all the credit for the Clarity Act, just as he deserves much of the blame for the near-death experience of the 1995 referendum. Chrétien's policy of don't-worry-be-happy, followed by panic mode, could well have cost Canadians their country. The Clarity Act, which he proposed against the advice of many Quebec federalists, has actually been well accepted by most Quebecers, precisely because it requires a clear question and a clear majority.

Those are two big things for which Chrétien will be well remembered, among others. His recent campaign finance reform is another. The severe limits on corporate donations in general elections and their elimination in leadership campaigns is welcome in terms of the transparency of government.

But in far too many instances, Chrétien has governed simply by being there. And he has always hoarded his political capital, rather than spending it. This has worked well enough for him in three elections, but it's not going to wear well in the history books.

And he has been inadequate on the vision thing. In a decade in office, he has failed to propose what the French call a projet de société. By comparison with the Pearson, Trudeau and Mulroney years, Chrétien's achievements shrink. There was no equivalent to the Canada-Quebec Pension Plan or medicare on social policy, nothing like the Charter of Rights redefining the social contract between citizens and the state, nothing at all like the Canada-U.S. Free Trade Agreement that re-engineered the Canadian economy, creating four out of every five new jobs in Canada in the last decade.

In management terms, the two most important files on a prime minister's desk are Canada-U.S. relations and the federal relationship with the provinces. Here, Chrétien's record is mixed. He got along famously with Bill Clinton for seven years, but is hardly on speaking terms with George W. Bush.

This is not entirely Chrétien's doing - Bush's determination for war in Iraq, with or without UN sanction, with or without proof of Iraqi weapons of mass destruction, created painful divisions in the NATO alliance and across the Atlantic community. But neither can Canada conduct its most important strategic and commercial relationship when the prime minister is unwelcome at the White House.

As for federal-provincial relations, Chrétien's achievements include the Social Union Agreement. On the downside, can anyone remember the last time there was an open first ministers' conference?

And in terms of moral leadership, Chrétien has been a dismal failure. Accountability is the central attribute in the corporate governance of government. From the time of the Airbus hoax, to his highly unethical interventions in the Shawinigan loan files, Chrétien has allowed the standards of government to deteriorate to the point where the integrity of the public service itself has been called into question. When senior bureaucrats book Caribbean cruises, something is very rotten at the centre.

For a long time, Chrétien was very good at reading the mood of the country. After the tumult of the Trudeau era and the wrenching turmoil of the Mulroney years, Chrétien's minimalist style suited the national mood.

But he has badly miscalculated the mood for change that took hold after he announced his intention to retire, but to remain in office for a further 18 months.

The Liberal Party is getting a new leader on Friday night. And the country is waiting for a new government. Not in three months, but in two weeks. If you think it has been ugly between the Paul Martin forces and the Chrétien camp, stay tuned. You ain't seen nothing yet.

imacdonald@irpp.org



»» PQ - course à la chefferie

Bégin fend l'air : Landry fait fi de son appel à une course à la chefferie

Simon Boivin
Le Soleil mercredi 12 novembre 2003

L'appel de l'ex-ministre péquiste Paul Bégin à une course à la chefferie au PQ a glissé sur Bernard Landry comme de l'eau sur le dos d'un canard.

"C'est la saison des idées, a lancé le chef de l'opposition. Je les accueille toutes, j'en accepte certaines, j'en rejette d'autres. J'ai promis à mes militants d'être là jusqu'en 2005, je vais respecter mon engagement."

M. Landry donnait la réplique à une lettre ouverte publiée dans La Presse, hier, et écrite par l'ex-député péquiste de Louis-Hébert, Paul Bégin. Dans sa missive, M. Bégin déplore, entre autres, que M. Landry n'ait pas mis la souveraineté plus à l'avant-scène du temps où il était au pouvoir et qu'il n'ait pu amasser plus de 33 % des votes lors de la dernière campagne électorale. Il reproche à M. Landry de n'avoir "pas su imprimer sa marque d'une manière sensible" sur le PQ et de n'avoir "pas sauvé les meubles" lors de l'élection. "Un congrès d'investiture s'impose, rapidement", écrit M. Bégin.

"C'est une personne et il y en a beaucoup d'autres qui s'expriment et la majorité, sinon la totalité de ceux qui se sont exprimés à ce jour avaient des sentiments contraires (à ceux de M. Bégin)", a souligné M. Landry.

Deux ex-ministres péquistes joints, hier, par LE SOLEIL, ont donné raison au chef du PQ. Guy Chevrette, d'abord, est de ceux qui ont souhaité dès le début que M. Landry reste "pour donner la chance de faire une transition correcte". "Il va se faire un débat d'idées, je pense que c'est sain que M. Landry solidifie l'équipe avec laquelle il a conservé une opposition très valable, affirme M. Chevrette. Alors tant et aussi longtemps qu'il n'est pas contesté, qu'il reçoit au contraire un appui très majoritaire... On ne peut pas se payer quelque chose pour le plaisir de se le payer."

Guérir les plaies

Ancien ministre délégué aux Transports, Jacques Baril estime qu'il serait hasardeux de se lancer dans une course au leadership avant que les "plaies" de l'élection ne soient cicatrisées. Il n'apprécie pas que M. Bégin laisse entendre que Bernard Landry n'a pas fait avancer la cause de la souveraineté. "Paul ferait mieux de se demander ce qu'il a fait, lui, au dernier référendum, alors qu'il était ministre de la Capitale nationale et que Québec n'a voté OUI qu'à 54 %, lance M. Baril. Au lieu de blâmer tout le monde, qu'il commence donc par se regarder lui-même."

Candidat à une éventuelle succession à la tête du PQ, François Legault croit aussi qu'il vaut mieux pour l'instant laisser de côté les débats de personnalités et se concentrer sur le contenu et les idées. "Je dis depuis longtemps que je souhaite que M. Landry reste et qu'on fasse un débat", a dit le député de Rousseau.

Paul Bégin a démissionné de son poste de ministre de la Justice, l'an dernier. Il a interprété comme un désaveu la décision de M. Landry, à l'époque premier ministre, de nommer un médiateur dans le dossier des procureurs de la Couronne malgré son désaccord. Entretiendrait-il une certaine rancoeur ? "J'espère que non, lance M. Landry. Parce que la rancoeur fait mal à ceux qui l'entretiennent, et je ne veux pas qu'il (M. Bégin) se fasse mal. Il ne mérite pas cela. Je fais mon travail de reconstruction de ce parti et si M. Bégin veut nous aider, tant mieux."

SBoivin@lesoleil.com



»» réingénierie et partisanerie

Les amis de Zorro

J.-Jacques Samson
Le Soleil mercredi 12 novembre 2003

Éditorial - Avec la nomination du directeur général du Parti libéral du Québec, Joël Gauthier, à la présidence de l'Agence métropolitaine de transport de Montréal, Jean Charest a cassé l'élastique du népotisme généralement toléré après un changement de gouvernement à Québec. Il a épuisé sa marge de crédit.

Il est temps par ailleurs que nous nous donnions un nouveau cadre et des règles sur le remplacement des dirigeants des sociétés et organismes gouvernementaux à la suite de l'installation d'un nouveau régime politique. La seule référence actuellement est le degré de "bon patronage" pratiqué par le gouvernement précédent : vous avez nommé votre ami Untel au poste X ; je nomme mon ami Chose au poste Y. C'est une dynamique d'escalade du favoritisme.

Le modèle américain pourrait inspirer une réforme pour un gouvernement disposé à sacrifier volontairement une partie des cases servant à récompenser des membres méritants du parti ou des amis et à restreindre quelque peu son pouvoir. Les nominations partisanes permettent en effet de court-circuiter l'appareil administratif, théoriquement apolitique. La multiplication des sociétés, régies, offices, toujours confiés à des dirigeants recrutés à l'extérieur de la machine administrative, a permis aux partis politiques de développer un pouvoir politique parallèle à celui de l'administration.

J'admets que quelques postes d'autorité doivent être occupés par des gestionnaires qui partagent l'idéologie et les choix immédiats du gouvernement en place. La présidence d'Hydro-Québec, par exemple, celle de la Société générale de financement ou, sur le plan politique, le poste de délégué général du Québec à Paris, sont confiés à des personnes sûres aux yeux du chef du gouvernement.

Il suffirait de dresser une liste très limitée de ces postes dont les titulaires seraient automatiquement remplacés en même temps que le parti au pouvoir. Les règles seraient claires et les indemnités de départ prédéterminées, comme pour les élus. Un tel mécanisme mettrait fin, entre autres, aux pratiques tordues de renouvellements de mandats dans les derniers mois d'un régime en lambeaux, aux seules fins de permettre aux amis dirigeants de ces organismes de toucher d'astronomiques primes pour libérer la place sans faire trop d'histoires.

Les candidatures à une seconde catégorie de postes, moins stratégiques, strictement administratifs et répertoriés sur une autre liste, devraient faire l'objet d'un examen en commission parlementaire. Il ne s'agit pas de faire le procès partisan sur la place publique des personnes pressenties pour occuper ces postes, mais d'offrir aux parlementaires la possibilité de vérifier les compétences d'un administrateur pour occuper des fonctions spécifiques. Le gouvernement en place serait ainsi peut-être un peu gêné de présenter une candidature indéfendable. Il s'autocensurerait.

Les pratiques actuelles relèvent des régimes de bananes. Le Conseil des ministres a un pouvoir discrétionnaire à peu près illimité sur toute la structure administrative, la seule barrière étant le degré d'indignation dans l'opinion publique lorsque le népotisme dépasse le niveau atteint par le gouvernement précédent.

Le gouvernement Charest a procédé à quelque 250 nominations de tous les genres depuis avril dernier. Il a remplacé des dirigeants de sociétés d'État clés. C'était attendu. Il a effectué un remaniement sous-ministériel. C'était aussi prévisible.

Nous ne nous lancerons pas par ailleurs dans un croisement des autres nominations avec la liste des souscripteurs au Parti libéral. Un citoyen ne doit surtout pas être disqualifié pour une nomination à une fonction publique ou pour l'octroi d'un contrat gouvernemental, seulement parce qu'il a versé une contribution au parti qui a remporté les élections. Cette transparence est justement à la base de la Loi sur le financement des partis politiques qui a mis fin aux caisses occultes.

Une vingtaine de nominations annoncées au cours des six derniers mois sont cependant des récompenses ouvertes avec les fonds publics à des serviteurs du parti, à des proches collaborateurs ou pire à des amis personnels du chef libéral. Dans certains cas, on retrouve des noms de gestionnaires qui ont fait leurs preuves dans le passé, tels Alain Cousineau et Pierre Bibeau, à Loto-Québec. D'autres par contre ont pour principale qualité d'être "les plus parfaits" pour le poste, pour reprendre les mots de la ministre déléguée aux Transports, Julie Boulet, lorsqu'elle défendait l'affectation de Joël Gauthier à l'Agence métropolitaine de transport, c'est-à-dire d'être des libéraux exemplaires. L'argument de la nécessité stratégique d'y envoyer un dirigeant qui partage la philosophie du gouvernement est tout à fait fallacieux dans ce cas.

Jean Charest utilise déjà en plus les délégations à l'étranger comme cadeaux, comme pour l'ancienne députée France Dionne, à Boston, et son ami personnel de longue date Georges MacLaren, à Londres. Les choses sont très mal parties. Il n'y a rien de trop beau pour les amis de Zorro.

Le balisage du népotisme devrait faire partie de la réingénierie !

JJSamson@lesoleil.com



»» article 45 du Code du travail

Il faut réviser l'article 45 du Code du travail : Réponse à l'argumentaire du professeur Alain Barré

Claude Le Corre
L'auteur est un avocat spécialisé en droit du travail et l'auteur de plusieurs ouvrages dans ce domaine.

Le Devoir mercredi 12 novembre 2003

Libre opinion - Le professeur Alain Barré, de l'Université Laval, accusait récemment le gouvernement de s'attaquer à l'article 45 du Code du travail «alors qu'il ignore l'a b c de son application par les tribunaux du travail». Il soulignait que, contrairement aux prétentions du gouvernement, ce n'est pas l'article 45 mais bien les clauses restrictives contenues dans les conventions collectives qui font obstacle à la sous-traitance.

Situons d'abord le débat. À l'origine, l'article 45 du Code du travail avait pour but d'empêcher les employeurs de contrer le syndicalisme. Ainsi, lorsqu'un employeur vend son entreprise à un prête-nom ou la fait redémarrer ailleurs sous une autre forme juridique, il ne peut plus ainsi se débarrasser du syndicat et de sa convention collective transférés par la loi dans la nouvelle entreprise ou chez les nouveaux propriétaires. Cet aspect de l'article 45 est légitime, et nul ne le conteste. Cette disposition existe d'ailleurs dans toutes les provinces.

Là où le Québec est devenu unique, c'est lorsque ses tribunaux administratifs ont allongé la portée de cet article à la sous-traitance. Ainsi, le constructeur syndiqué de moteurs d'autos qui décide, pour diminuer ses coûts ou être plus efficace, de ne plus s'occuper de l'entretien ménager, du gardiennage de son usine ou encore de la cafétéria de ses employés et qui fait appel à un sous-traitant transfère à ce sous-traitant sa convention collective de constructeur de moteurs ainsi que son syndicat.

Or, quoi qu'en dise le professeur Barré, ce sont précisément ces transferts créés par cet article qui font obstacle à la sous-traitance. Comment? En imposant aux sous-traitants, petits et grands, une convention collective souvent conçue pour une multinationale, sinon un organisme gouvernemental, et en imposant aux salariés de ce sous-traitant un syndicat qu'ils n'ont jamais choisi.

Conclure en disant que puisque les syndicats feront des conflits de travail en cas de changement, il ne faut rien changer à l'article 45, c'est faire preuve de beaucoup de résignation, mais c'est également reconnaître que ces changements ne sont pas théoriques, la résistance des syndicats en étant la preuve.

En bref, il est faux de prétendre que puisque les conventions collectives peuvent faire obstacle à la sous-traitance, il n'existe aucun autre obstacle. Un obstacle peut en cacher un autre: l'article 45 du Code du travail est bel et bien une entrave en soi, avec ses lourdes conséquences, et c'est aussi la menace des syndicats d'utiliser cet article qui leur permet d'obtenir des limitations dans les conventions collectives.

La réalité, c'est que dans le contexte actuel, l'interprétation large faite de l'article 45 par les tribunaux spécialisés du Québec ouvre la porte à ceux qui veulent limiter ou carrément empêcher la sous-traitance au Québec. Même l'ex-premier ministre Bernard Landry affirmait, lorsqu'il était ministre de l'Économie, que l'interprétation inadéquate de l'article 45 avait pour effet de mettre le Québec à part: «Ce qui n'a pas de sens, c'est que le Québec se mette à l'écart de toutes les autres économies occidentales.»

Il est vrai que l'article 45 est peu invoqué dans la sous-traitance industrielle, mais cette affirmation permet aussi de conclure que s'il y a peu d'applications de l'article 45 dans le monde industriel, c'est possiblement parce que cet article constitue une entrave considérable. Quand l'entreprise prend des moyens légitimes et universellement répandus comme la sous-traitance pour survivre ou être efficace, elle ne devrait pas avoir à s'égarer dans les dédales des interprétations juridiques de l'article 45, que cette sous-traitance soit interne ou externe.

L'article 45 n'a jamais servi à prohiber la sous-traitance, comme l'indique justement le professeur Barré. Pourtant, c'est ce à quoi on en est venu en permettant notamment que des syndicats puissent l'entraver, soit à travers des conventions collectives, soit directement par des demandes aux tribunaux sous l'article 45. Il faut donc préciser la portée de l'article 45 si on veut éviter des dérapages comme ceux auxquels on assiste actuellement. C'est là la lecture de la réalité à laquelle le gouvernement doit s'arrêter... une lecture loin d'être erronée, contrairement à ce que prétend le professeur Barré!



»» la lutte contre la pauvreté

Les pauvres financeront la lutte contre la pauvreté, dit Landry

Kathleen Lévesque et Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 12 novembre 2003

Le Parti québécois accuse le gouvernement Charest de «faire peur au monde» avec le plan d'action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, plan dont Le Devoir révèle le contenu depuis lundi. Pas de panique, répond Québec, puisque, précise-t-on deux jours après la publication des premiers éléments du plan, il s'agirait en fait d'un «document de travail». Or aucune information publiée n'a été démentie.

«Le gouvernement sème l'inquiétude chez les personnes les plus vulnérables du Québec», a lancé hier le député péquiste et critique en matière de lutte contre la pauvreté, Camil Bouchard, lors de la période des questions à l'Assemblée nationale.

Le chef de l'opposition, Bernard Landry, a critiqué la création d'une réserve de 800 millions de dollars afin, notamment, d'indexer les prestations d'aide sociale, un fonds qui serait financé en partie par l'abolition d'allocations destinées à certains assistés sociaux aptes au travail et l'application de pénalités au chèque mensuel de ceux qui ne déploient pas suffisamment d'efforts pour décrocher un emploi. «On fait peur au monde et on pousse l'insulte à son comble parce qu'on s'apprête à autofinancer les mesures de lutte à la pauvreté par les pauvres eux-mêmes», a-t-il lancé.

Pour la première fois depuis le début de la semaine, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard est sorti de son mutisme en répondant que le plan dont Le Devoir a obtenu copie est un «document de travail». D'autres médias ont pourtant obtenu des réponses claires auprès du cabinet voulant que ce plan était celui qui devait être publié.

«Tant qu'un document de travail n'est pas adopté par un gouvernement, tant qu'un document n'est pas approuvé par l'ensemble d'un gouvernement, il n'y a pas de plan final», a affirmé Claude Béchard. «Nous allons tout faire pour faire en sorte que l'accès à l'emploi soit là, qu'on valorise le travail, qu'on valorise l'effort», a-t-il ajouté, résumant ainsi la philosophie libérale. M. Béchard a rappelé que le PQ, lorsqu'il était au pouvoir, avait refusé d'indexer les prestations d'aide sociale pendant quatre ans et aboli la gratuité des médicaments pour les assistés sociaux.



»» la lutte contre la pauvreté

Plan d'action de lutte contre la pauvreté :
L'Aide sociale discriminera les immigrants autonomes

Kathleen Lévesque et Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 12 novembre 2003

Le gouvernement du Québec entend retarder l'accès à l'aide sociale pour les immigrants indépendants, selon ce qui est proposé dans le Plan d'action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale 2003-08, dont Le Devoir a révélé des pans depuis lundi.

Les immigrants indépendants (travailleurs qualifiés, entrepreneurs, investisseurs, travailleurs autonomes) devront vraisemblablement faire face à un délai de carence avant d'avoir le droit de frapper à la porte de l'aide sociale. Le volumineux document ne mentionne pas la période pendant laquelle les immigrants ne pourront recourir à l'aide sociale. Tout au plus rappelle-t-on qu'ils ont été admis à la condition d'assurer financièrement leurs besoins dans les premiers mois suivant leur arrivée au Québec. Cette modification profonde dans les façons d'accueillir les immigrants relève du principe de réciprocité qui sera au coeur des changements envisagés au régime de la sécurité du revenu, principe qui «demande une implication active des deux parties».

«Pendant la campagne électorale, on nous a promis de revoir le délai de carence d'accès aux services de santé. Et maintenant, ils en créent un nouveau pour l'accès à la sécurité du revenu. C'est inacceptable. [...] Malgré toutes les horribles choses que l'Ontario a faites, elle n'a pas osé faire ça», a affirmé Stephan Reichhold, porte-parole de la Table de concertation des organismes au service des personnes immigrantes et réfugiées.

La ministre responsable du dossier de l'immigration, Michelle Courchesne, a refusé de préciser quels seront les paramètres d'un tel délai de carence. D'ici la fin de l'automne, Mme Courchesne doit déposer son plan d'action en matière d'immigration. Déjà, en juin dernier, elle avait affirmé sa volonté d'accroître la collaboration avec les organismes communautaires pour l'accueil et l'intégration d'immigrants au Québec malgré les critiques et les craintes que cela conduise à un problème de ghettoïsation.

Aussi, le plan d'action pour contrer la pauvreté prévoit un investissement de plus de 25 millions dans des stages d'immersion en emploi pour les immigrants récents. Cette formule existe déjà; il s'agit de l'accentuer pour rejoindre près de 6000 personnes. Seuls les immigrants bénéficiaires de l'aide sociale peuvent accéder actuellement à cette mesure.

Selon les plus récentes statistiques du ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille (juillet 2003), on compte près de 74 000 adultes nés hors du Canada bénéficiaires de l'aide sociale. Les deux tiers de ces assistés sociaux sont au pays depuis trois ans et plus.

Emploi-Québec et le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI) seront appelés à collaborer plus étroitement pour développer ces stages d'immersion.

«On a eu de très bonnes expériences avec les stages d'immersion, mais le problème est que, pour y avoir accès, il faut être bénéficiaire de l'aide sociale. On espère donc que les immigrants sans chèque auront accès à ces mesures», a souligné M. Reichhold.

Deux autres mesures sont prévues pour favoriser l'intégration socioprofessionnelle des immigrants. Ainsi, le gouvernement propose de généraliser à l'ensemble des carrefours d'intégration les séances d'information sur mesure destinées aux réfugiés à tous les deux mois au Carrefour d'intégration du nord de Montréal.

De plus, Québec injectera cinq millions sur cinq ans pour permettre l'accès des immigrants à six professions régies par un ordre professionnel: infirmière, infirmière auxiliaire, technologue, physiothérapeute, pharmacien et comptable agréé; une expérience de cette nature a déjà été menée avec l'ordre des ingénieurs.

Entreprises d'insertion

Aussi, le gouvernement entend soutenir davantage les entreprises d'insertion. Actuellement, une somme de 50 millions est consacrée à 50 de ces entreprises, somme qui permet à des personnes d'apprendre un métier en situation réelle de travail. Le plan d'action indique qu'une enveloppe de huit millions servira à accroître la capacité d'accueil des entreprises d'insertion. L'objectif est d'augmenter la participation de 15 % par année pour un total de 1500 places supplémentaires.

Deux autres éléments sont présentés dans le cadre d'un accompagnement accru vers l'emploi. Près de 12 millions seront investis jusqu'en 2008 auprès des personnes handicapées dans l'actuel programme de contrats d'intégration. Plus de 3000 personnes supplémentaires pourront bénéficier de cette aide. L'année dernière, 19 millions ont été consacrés aux contrats d'intégration au travail.

Il est également question de réaliser des projets d'insertion en emploi auprès d'assistés sociaux de longue date vivant des situations d'exclusion et de marginalisation. Mais la mesure est présentée davantage comme une intention que comme une proposition ferme puisque les fonds pourraient varier «jusqu'à 80 millions de dollars» pour la durée du plan d'action.

Ces stratégies seront sous le contrôle d'Emploi-Québec.



»» PLQ - santé

Pourquoi ?

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mercredi 12 novembre 2003

ÉDITORIAL - Pourquoi ce projet de loi qui remplacera les Régies régionales de la santé par de nouvelles «agences de développement de réseaux locaux»? Pourquoi fusionner les hôpitaux aux CLSC et aux CHSLD alors que la solution identifiée par la commission Clair était le parachèvement des services de première ligne?

Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a finalement déposé son projet de loi 25 par lequel il entend remplacer les régies régionales par des agences dont le mandat sera de fusionner les hôpitaux généraux (mais non pas les hôpitaux universitaires ou affiliés) aux CLSC et aux centres de soins de longue durée d'un même territoire.

Depuis une dizaine d'années, tous les efforts de transformation du réseau de la santé ont porté sur le renversement de la pyramide des soins. De porte d'entrée du réseau, on voulait désormais faire des hôpitaux des centres spécialisés au service des cliniques de première ligne, privées ou publiques (CLSC).

Encore récemment, l'ancien ministre François Legault avait annoncé des investissements de plusieurs dizaines de millions dans la première ligne et dans les soins à domicile afin de désengorger les urgences et d'appuyer le virage ambulatoire. L'idée de créer des «groupes de médecine familiale» avait aussi pour but cette prise en charge des malades en dehors des hôpitaux.

Aujourd'hui, le ministre Couillard, lui-même issu du milieu hospitalier, semble nous dire qu'il faut renverser la vapeur et remettre les hôpitaux au centre de l'organisation des soins. Car c'est bien de cela qu'il s'agit: à cause de leur poids au sein des futurs établissements fusionnés, ce sont les autorités hospitalières qui dicteront les priorités sur leur territoire. Ce sont elles qui influenceront les décisions des conseils d'établissement concernant les sommes à investir dans les soins hospitaliers, mais aussi dans les soins à domicile, la réadaptation, la prévention, etc. Quant aux conséquences sur l'avenir du réseau, il suffit de se rappeler l'époque où les hôpitaux accaparaient la presque totalité des budgets de la santé pour imaginer qu'en les fusionnant aux CLSC, rien ne sera jamais aussi important que les besoins de l'hôpital.

L'objectif avoué du ministre est clair: intégrer les services pour un meilleur continuum de soins aux patients. L'objectif non avoué ne l'est pas moins: sortir les patients le plus vite possible de l'hôpital en les confiant à ce qui deviendra bientôt de simples «annexes» des hôpitaux, les anciens CLSC et les centres de longue durée. Le risque, considérable, c'est qu'en procédant ainsi, on fera à nouveau des hôpitaux la porte d'entrée privilégiée par les patients.

Si au moins les nouveaux «établissements» étaient plus légers et plus accessibles, mais non. Imaginez la situation sur l'île de Montréal où il n'existe aucun hôpital général au sud de Rosemont: à quel établissement seront affiliés les citoyens des quartiers sud? Ceux d'Hochelaga-Maisonneuve par exemple, devront-ils se rendre à Jean-Talon pour recevoir des soins parce que leur CLSC sera devenu une annexe de cet hôpital le plus proche? Et les membres de la communauté italienne qui habitent un peu partout sur l'île, mais qui fréquentent l'hôpital Santa-Cabrini, pourront-ils quand même être suivis par le CLSC de leur quartier? À l'heure actuelle, chaque CLSC répond aux demandes de patients référés par une dizaine d'hôpitaux différents, ce qui pourrait ne plus se révéler aussi simple une fois ce CLSC devenu l'annexe d'un hôpital particulier.

Le ministre parle d'intégration, mais pour le moment, on ne voit pas comment cette autre réforme de structures qui accaparera beaucoup d'énergie et créera énormément de tension, éliminera les problèmes les plus aigus du système que sont l'engorgement des urgences, l'accès à un médecin de famille pour chaque citoyen et l'attente excessive en chirurgie. Voilà une réforme qui sort de nulle part et qui pourrait ne conduire nulle part!



»» défusions

Fournier, le séducteur

Julie Lemieux
Le Soleil mercredi 12 novembre 2003

Éditorial - Partenariat, autonomie, respect mutuel, décentralisation, naissance d'une nouvelle génération de municipalités... Le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, avait sorti les violons, en mai dernier, lors de sa première allocution devant les élus de l'Union des municipalités du Québec. Six mois plus tard, force est de constater que la grande séduction a du mal à résister au test de la réalité.

À l'époque, plusieurs maires avaient soupiré d'aise en entendant les belles promesses du nouveau venu. Enfin un ministre qui comprend nos doléances, qui respecte notre travail, qui cherche à établir un climat de coopération avec le monde municipal ! Certains, par contre, avaient pris les déclarations du ministre avec un grain de sel, bien conscients que d'autres avant lui avaient joué les marchands de rêves sans lendemain.

Jusqu'ici, le temps a toutefois donné raison aux sceptiques. Non seulement le ministre Fournier n'a pas travaillé très fort pour instaurer un réel partenariat avec les nouvelles villes, mais il a contribué à renforcer leur méfiance et leur sentiment d'insécurité en étirant l'élastique du débat sur les défusions et en tardant à donner son aval à la décentralisation des services. Un processus pourtant essentiel qui offrira des arguments contre les défusions.

Difficile en outre de parler de respect mutuel lorsqu'un gouvernement laisse sa capitale dans l'incertitude quant à son avenir financier et avance à pas de tortue dans les négociations sur le contrat de ville. D'autant plus que Montréal sait à quoi s'attendre depuis l'été.

Si le ministre désire vraiment que les villes perdent leur statut de créatures du gouvernement, comme il le promettait au printemps, il devrait commencer par leur éviter de devoir quêter à tout moment de l'attention et de l'argent. Et les contrats de ville constituent une des solutions à ce problème récurrent. À quelques jours de la lecture de la situation budgétaire de la Ville de Québec, et à deux semaines du dépôt du budget pour la prochaine année, il est grand temps que les mots creux de la séduction cèdent le pas à l'action.

JLemieux@lesoleil.com



»» Québec-New York

Québec-New York : Des rapports toujours plus fructueux

Rudy Le Cours
La Presse mercredi 12 novembre 2003

Quelque deux cents gens d'affaires du Québec et de l'État de New York participent aujourd'hui dans la métropole au Rendez-vous technologique, organisé par la Fédération des Chambres de commerce du Québec et par la Plattsburgh North County Chamber of Commerce.

On profitera de cette rencontre qui témoigne de la vitalité du Corridor Québec-New York pour signer des protocoles susceptibles de rapprocher davantage les deux communautés d'affaires : un sur les nanotechnologies, un autre sur la connectivité à haute vitesse, un troisième sur le capital-risque.

Depuis sa création en 2001, aux lendemains des attentats du 11 septembre, le Corridor Québec-New York tisse des liens d'une façon que n'avaient pas permis jusqu'ici les longs rapports courtois entre Albany et Québec.

On se rappelle que le gouvernement de René Lévesque avait initié au début des années quatre-vingt des rencontres annuelles avec le gouverneur du plus puissant des États du Nord-Est des États-Unis.

Il s'agissait à l'époque du démocrate Mario Cuomo.

Avec le temps, les deux capitales ont jeté des ponts, Québec maintenant une délégation officielle dans la Grosse Pomme.

"L'arrivée de Jean Charest comme premier ministre est très significative, explique en entrevue le délégué général Michel Robitaille. Les États-Unis sont pour lui une priorité. Il s'y est déjà rendu à trois reprises, dont deux fois dans l'État de New York où il a rencontré le gouverneur George E. Pataki."

Un coup d'oeil sur les liens commerciaux entre les deux communauté suffit pour comprendre que le Québec ne peut se passer de ses échanges avec son voisin dont il partage un poste-frontière de premier plan, celui de Lacolle-Champlain.

Les exportations du Québec vers l'État de New York valaient 8,6 milliards de dollars l'an dernier et représentaient 12,6 % de toutes ses exportations internationales. Cela équivaut à la totalité de ses exportations vers l'Europe de l'Ouest et l'Asie combinées.

Bien que ce chiffre marque un recul de 1,8 % par rapport à 2001, la valeur des biens québécois qui affluent dans cet État a bondi de 187 % depuis 1989.

Parmi les marchandises made in Quebec qui se retrouvent en abondance de l'autre côté de la frontière, on pense tout de suite aux voitures du métro de la Grosse Pomme ou à l'écran incurvé du NASDAQ à Times Square. On sait moins par contre que 20 % des complets portés par les New-Yorkais sont confectionnés au Québec ou que la moitié du papier journal utilisé y est fabriqué.

On ne s'étonnera donc pas qu'une soixantaine d'entreprises québécoises, des petites, des moyennes et des grandes, ont installé usines, succursales ou bureaux de vente de l'autre côté de la frontière alors que d'autres se démènent pour rencontrer des clients potentiels.

Évidemment, l'État de New York vend aussi au Québec, mais la valeur de ses exportations est près de quatre fois inférieure à celle du Québec. Là où l'État se reprend, en revanche, c'est sur le plan touristique. L'an dernier, 1,63 million de Québécois ont séjourné dans l'État de New York, la Grosse Pomme et Plattsburgh, étant les destinations les plus fréquentées. Seul le Vermont reçoit davantage de Québécois (1,9 million).

Parmi les Américains qui viennent séjourner dans la belle province, les New-Yorkais sont les plus nombreux. Ils étaient tout près de 400 000 l'an dernier et devançaient légèrement ceux du Massachusetts.

Tout ce trafic de biens et de personnes est venu bien près de se retrouver étroitement entravé depuis que les mesures de sécurité se sont considérablement resserrées au point de créer d'épuisants goulots au poste-frontière de Lacolle-Champlain.

"La sécurité n'est pas négociable, explique M. Robitaille, mais il nous faut trouver des façons pour que le commerce continue et que les gens circulent."

Voilà comment est né le projet du Corridor Québec-New York, qui fait maintenant l'objet d'une entente formelle et d'une structure permanente, bien que légère. Elle a permis la tenue de deux sommets portant strictement sur le problème d'assurer une frontière à la fois sûre et fluide. Des investissements de 75 millions du côté québécois vont moderniser le poste de Lacolle pour le rendre conforme à la procédure FAST de pré-autorisations par la création de voies réservées.

Le Corridor organise aussi des sommets économiques, dont le Rendez-vous technologique d'aujourd'hui. "Une autre rencontre est déjà en préparation pour le printemps", indique Serge Audet, cheville ouvrière du Corridor, du côté québécois.

À la délégation du Québec à New York, on poursuit aussi le travail amorcé dans le cadre du Sommet Québec-New York 2001, annulé à cause des actes terroristes.

Plusieurs opérations commerciales ont été organisées dont la plus spectaculaire aura été sans doute la rencontre, plus tôt cet automne, du premier ministre Charest avec les grosses pointures du capital-risque américain.

"Depuis sa visite, il y des propositions qui rentrent", indique Jean Saintonge, directeur des affaires économiques à la délégation.

Les rapports entre le ministère du Développement économique régional et son pendant, l'Empire State Development Corporation, s'intensifient au point où son secrétaire, Charles Gargano, doit venir serrer la pince au printemps à Montréal à son vis-à-vis, Michel Audet.

Ce travail concerté entre les secteurs privé et gouvernemental illustre que les deux économies s'intègrent sur une base régionale et rend naturel et nécessaire le développement des affaires.

Ainsi, l'an dernier, une mission à New York, organisée par le World Trade Center Montréal, l'Association des constructeurs et la Société d'habitation du Québec, a permis à des fabricants d'ici de décrocher des contrats qu'ils n'auraient pu autrement obtenir, notamment de l'administration d'Albany.

C'est le cas d'Ébénisterie Beaubois, de Saint-Georges de Beauce, qui a pu surmonter des réflexes protectionnistes pour la fourniture des modules. Convaincu du bien fondé de ces missions, son directeur général, François Lacombe, part d'ailleurs demain à Chicago à la tête d'une autre mission du même type...



»» Irak

Irak, les casseurs devraient être les payeurs

Jean-Marc Léger
Le Devoir mercredi 12 novembre 2003

Lettres - On ne peut qu'admirer le cynisme tranquille du gouvernement américain appelant avec insistance et sur un ton piteux la communauté internationale à contribuer puissamment à «la reconstruction de l'Irak» après avoir été l'artisan principal du malheur et de la destruction de ce pays. Et ce, non seulement pendant la récente guerre mais tout au long des dernières années, par des bombardements périodiques de cibles tant civiles que militaires, sans aucun mandat de l'ONU.

Washington a porté le fer et le feu, a détruit seul ou à peu près (avec le concours empressé du Royaume-Uni, habituel second des États-Unis dans ce genre d'aventure), mais il estime qu'il importe, voire qu'il s'impose, à l'heure de la reconstruction, que tous les pays, du moins les pays développés, assument leur part de l'énorme fardeau: l'action unilatérale ne se justifie plus dans cette phase. Washington n'a apparemment jamais entendu le slogan «les casseurs seront les payeurs» ou, en tout cas, le récuse catégoriquement.

Pourtant, le gouvernement Bush obtiendra probablement satisfaction, au moins dans une large mesure, tant sont nombreux les pays occidentaux soucieux de donner des gages à la superpuissance impériale et surtout d'obtenir pour leurs propres entreprises une part des alléchants contrats suscités par les énormes travaux de reconstruction et de modernisation dans tous les secteurs (les firmes américaines ont d'ailleurs commencé à se servir: primam partem tolle... ). Tout cela sous le couvert de la solidarité internationale et de l'instauration de la démocratie. Comment ne pas être sensible à pareilles causes? Mieux vaut se hâter d'en rire avant...

Montréal, le 23 octobre 2003



TRIBUNE LIBRE




TRIBUNE LIBRE

Donner une chance à la souveraineté...

Marie-Mance Vallée
marie-mance@sympatico.ca
TRIBUNE LIBRE Le 12 novembre 2003

Je ne suis pas membre du Parti québécois et je ne crois pas que la souveraineté appartienne aux seuls péquistes. C'est la raison de mon intervention.

Je suis forcée de constater, hélas, que le seul porteur du dossier «souveraineté» est le PQ et, par extension le BQ. Ce qui ne me semble pas des plus prometteurs, surtout que la souveraineté (47%) est plus populaire que le Parti québécois.

Le résultat de l'élection du 14 avril dernier donnait le signal d'un mécontentement chez beaucoup de partisans souverainistes. On a détourné les véritables motifs de la désaffection au PQ. Les reproches les plus souvent entendus depuis des années et durant la campagne électorale auraient dû les interroger sérieusement.

En effet, ce qu'on reprochait le plus souvent au PQ, c'était son attitude miroir, sa consultation à sens unique auprès des exécutifs régionaux à la solde de l'apparatchik qui sait tout, qui connaît tout et surtout qui veut reprendre le pouvoir.

Et que voit-on dans le moment? La même attitude, le même comportement puisque la clique péquiste a évité un vrai débat en reconduisant M. Landry comme chef de parti. À la fin de la «saison des idées», qu'y aura-t-il de changé dans ce parti puisque ce sont les mêmes personnes qui auront fixé les enjeux.

Le bons sens et la logique auraient voulu que le PQ élargisse le débat. Nous ne voulons pas savoir ce que pensent le chef et sa clique; nous le savons. Le passé est garant de l'avenir. Nous voulons savoir ce que d'autres péquistes ont envie de nous dire, de nous proposer. C'est cela la démocratie.

Si ce parti était sérieux ou avait l'intention de sortir des ornières dans lesquelles il s'est enlisé depuis 1995, il provoquerait un véritable débat d'idées en convoquant un congrès à la «chefferie», au lieu de se confiner dans une sécurité bien aléatoire et qui, sans doute, le perdra.

Ce serait, il me semble, une manière de donner une chance à la souveraineté.



TRIBUNE LIBRE

On a sa fierté à Bagdad comme à Washington

Gilles Verrier
techneau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE Le 12 novembre 2003

Combien de Texans ou de Blancs du Mississipi auraient accepté une invasion de «libérateurs» s'opposant à la pratique de l'esclavage ? Combien d'Américains du Nord ou du Sud auraient accueilli en libérateurs ces gens de bonne conscience qui les auraient envahis pour les obliger à traiter avec dignité les Noirs et les peuples autochtones ?

Quelle que soit la noblesse proclamée de «la cause», une occupation par la force reste une occupation par la force, rien de moins que le viol d'un espace national. S'il y a égalité des êtres humains sur cette terre, cela est aussi légitime de défendre sa patrie pour un Irakien que ce le serait pour un Américain. D'accord ?

Nul peuple ne veut que le jugement d'un autre peuple s'abatte sur lui. On a sa fierté à Bagdad comme à Washington. Le moment venu, le peuple américain peut régler le compte de G.W. Bush, un américain de plein droit, comme le peuple irakien aurait pu régler le compte de Saddam Hussein, un irakien de plein droit. On ne fait rien de bien en intervenant chaussé de gros sabots dans les affaires des autres quand nos propres affaires, et c'est le cas des États-Unis, sont loin de s'imposer comme modèle universel et pas davantage comme modèle de vertu.

On peut reprocher bien des choses à Saddam Hussein mais on ne peut pas lui reprocher d'avoir été aussi tordu que les Amerloques. Jusqu'à l'invasion proprement dite, il a cru que les Étas-Unis ne faisaient que bluffer. Il est demeuré jusqu'au bout un grand naïf face à ses agresseurs pour croire une telle chose après s'être déjà fait piéger souverainement par eux dans l'affaire du Koweit, qui conduisit à la guerre du Golf. Il croyait peut-être que de serrer la main de Donald Rumsfeld et d'avoir eu antérieurement des relations priviligiées avec des hauts responsables et des marchands d'armes américains (qui tous fermaient alors complaisamment les yeux sur son côté sombre pour cacher leur propre dessein) lui garantiraient l'impunité.

Il est dommage pour l'Occident que les États-Unis soient le chef de file. Primaires, pour ne pas dire grossiers, dans leur analyse, un peu comme les Croisés du début du dernier millénaire qui apprirent à se laver et à se raser au contact des Arabes qu'ils envahirent, on les voit, lourdeaux avec leur veste anti-balle et leur casque d'acier, patrouiller l'Irak comme des martiens, dans un monde où on voyage léger.

Les Américains ont certainement beaucoup de qualités mais ils pèchent par excès de vanité car ils n'ont aucune de celles qui les autoriseraient à jouer les policiers de la planète.

Hélas ! Je crains qu'ils n'entraînent le monde dans la réalisation des funestes prophéties de Samuel Huntingdon.