
»» lutte contre la pauvreté
Une sinistre farce
Michel David
Le Devoir jeudi 13 novembre 2003
Le théâtre fait partie intégrante de la politique. Il peut même être souhaitable de dédramatiser certaines questions qui ont pris une importance disproportionnée, mais il y en a d'autres qui se prêtent très mal à la comédie.
Cette fois-ci, l'indignation du chef de l'opposition paraissait sincère. «À la veille des élections, le gouvernement a suscité les espoirs des femmes chefs de famille monoparentale, les pères de famille qui cherchaient l'occasion de finir leur formation et d'intégrer le marché du travail. Au lendemain des élections, il a largué ces gens-là et les a jetés par-dessus bord. Il avait atteint son but», a-t-il vociféré.
Non, ce n'était pas Bernard Landry qui réagissait ainsi au plan de lutte contre la pauvreté dont Le Devoir a fait état en début de semaine mais bien Jean Charest, que les compressions budgétaires imposées à Emploi-Québec par le gouvernement Bouchard avaient littéralement mis hors de lui.
S'adressant à environ 600 militants des comtés de l'est de Montréal qui assistaient à un brunch-bénéfice du PLQ le 12 septembre 1999, M. Charest avait accusé le PQ d'affamer les organismes de charité, «qui font un travail de première ligne pour aider les gens qui vivent de l'aide sociale à s'intégrer au marché du travail». Bref, avec leurs airs de mère Teresa, les péquistes n'étaient qu'une bande d'hypocrites.
«La compassion, chers amis, ce sera le mot d'ordre, le cheval de bataille du Parti libéral du Québec», avait lancé le futur premier ministre, invitant tous ceux dont le PQ s'était joué «à se lever et à dire tout haut les injustices dont ils sont victimes».
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C'est précisément ce que les porte-parole des organismes communautaires ont fait cette semaine après avoir pris connaissance du «document de travail» concocté au ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, y voyant une véritable trahison.
Après ce que M. Charest avait dit des faux espoirs des femmes monoparentales quand il était dans l'opposition, il est tout simplement indécent d'envisager, même par pure hypothèse, d'abolir l'allocation mensuelle de 111 $ pour contraintes temporaires accordées aux assistés sociaux ayant un enfant à charge âgé de cinq ans ou moins.
Selon vous, quelle est l'attitude la plus choquante: refuser d'établir un barème plancher ou en promettre un pour mieux l'abaisser? «La compassion, chers amis... » Quelle sinistre farce! Les stratèges libéraux doivent encore se bidonner au souvenir de cette époque où le PLQ avait entrepris de profiter du mécontentement provoqué par la course au déficit zéro pour doubler le PQ sur sa gauche.
Alors qu'ils brûlent aujourd'hui d'en découdre avec les syndicats, les libéraux avaient poussé la solidarité ouvrière jusqu'à voter contre une loi spéciale pour mettre fin à une grève illégale des infirmières, qui n'en revenaient pas elles-mêmes.
C'est à se demander si ce n'est pas le volet social du programme du PLQ qui est actuellement en cours de «réingénierie». Au train où vont les choses, Pierre Paradis va réellement finir par avoir l'air d'un homme de gauche!
Le conseil des ministres a statué hier sur le sort qui attend les centres de la petite enfance, mais la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge, a refusé de dévoiler la nouvelle tarification.
Toute augmentation de tarif contreviendrait à la plate-forme électorale du PLQ, qui était catégorique: «Un gouvernement du Parti libéral du Québec s'engage à maintenir le programme de services de garde à 5 $ par jour.»
Même une hausse modulée en fonction du revenu, qui serait parfaitement défendable, violerait la promesse libérale. On avait en effet assuré «qu'étant donné la contribution fédérale à l'égard des services de garde annoncée dans le dernier budget Manley, la contribution des familles à revenu élevé sera maintenue à 5 $».
***
Ironie du sort, au moment où la fuite au sujet du plan de lutte contre la pauvreté provoquait la colère des groupes communautaires au Québec, le premier ministre Charest s'envolait à destination de l'Alberta pour participer à la campagne de financement des organismes qui viennent en aide aux laissés-pour-compte du pactole pétrolier.
Il s'agissait d'une sorte de bien-cuit dont la victime était nul autre que son vis-à-vis albertain, Ralph Klein, dont la sollicitude à l'endroit des bénéficiaires de l'aide sociale est également bien connue. Le sens de l'humour de M. Charest fait généralement fureur dans ce genre d'événement. On l'imagine bien dérider son auditoire en imitant les cris d'orfraie des «socialistes» du Québec.
Souhaitons que l'exemple de M. Klein ne soit pas contagieux. L'an dernier, son ministre des Ressources humaines, Clint Dunford, avait déclaré sans rire que la «situation fiscale» de la province la plus riche du Canada lui interdisait d'augmenter les prestations d'aide sociale - les avant-dernières en importance au pays -, qui sont gelées depuis plus de dix ans.
Tant qu'à y être, sur le chemin du retour, M. Charest pourrait aussi s'arrêter en Ontario afin de constater de visu les effets des politiques de Mike Harris, qu'il semble de plus en plus avoir pris pour modèle. Dès son arrivée au pouvoir, en 1995, le nouveau premier ministre ontarien avait coupé les prestations de 22 %.
Mieux encore, il avait décidé de faire passer des tests de lecture, d'écriture et de calcul aux bénéficiaires. Un refus de se plier à cet examen ou de s'inscrire à un cours d'alphabétisation risquait la suppression de la prestation. On le voit, il suffirait d'un peu d'imagination pour «bonifier» le plan de lutte contre la pauvreté.
mdavid@ledevoir.com

»» PLQ - santé
Entrevue avec Philippe Couillard :
La place du patient dans la réforme
Ariane Krol
La Presse jeudi 13 novembre 2003
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a déposé mardi deux projets de loi.
Le premier modifie l'administration des établissements publics à l'intérieur d'une région, le second change la façon dont les syndiqués sont représentés à l'intérieur des établissements.
La Presse lui a demandé quels seront les impacts pour les patients.
La Presse: Le projet de loi 25 propose de remplacer les 18 régies régionales par 15 agences qui auront pour mission de regrouper les établissements de leur territoire en réseaux locaux de services. Qu'est-ce que ce projet de loi va changer pour les patients?
Philippe Couillard: Ce que le projet donne, c'est une garantie de services intégrés sur un territoire. Par exemple, organiser les soins à domicile pour une personne qui quitte l'hôpital après une hospitalisation ou une chirurgie. Lorsqu'on va mettre en place notre plan pour le traitement du cancer, ça va s'appuyer beaucoup sur la notion d'intervenant pivot, la personne qui guide le patient dans le réseau pour les différents épisodes de soins. Ce qui manque maintenant, c'est la continuité et la fluidité des services. Souvent, la personne elle-même est obligée de frapper aux portes l'une après l'autre, alors que normalement, c'est le réseau qui devrait la prendre en charge de façon unifiée.
Les réseaux locaux visent à regrouper CLSC, centres d'hébergement et les centres hospitaliers. Mais en ce moment, pour beaucoup de résidants de la région de Montréal, la porte d'entrée, ce sont d'abord les cliniques privées.
On veut que chaque clinique de médecins soit liée par entente au réseau local de services pour que le patient puisse cheminer de l'un à l'autre sans trop d'obstacles. Et les médecins omnipraticiens veulent avoir accès au plateau technique de l'hôpital, pour pouvoir envoyer leur patient passer une radiographie ou un examen de laboratoire directement, sans qu'il ait à passer par la salle d'urgence. On s'attend à ce que le modèle soit variable d'une région à l'autre. Par exemple, la formule des groupes de médecins de famille me semble fonctionner assez bien en région, mais moins en milieu urbain.
Les Québécois veulent attendre moins longtemps, que ce soit aux urgences ou lorsqu'ils ont besoin d'un traitement, d'une opération, d'un examen. Et ils veulent des soins à domicile. Comment une réforme de l'administration de la santé peut-elle leur donner un meilleur accès aux services de santé?
C'est un facteur facilitant. On met des sommes d'argent considérables dans le réseau et à cause de cette culture d'établissements et de séparation des rôles, je ne pense pas qu'on en retire tout le bénéfice clinique et pratique qu'on pourrait en retirer. Lorsque je discute du problème des personnes âgées, de la santé mentale, de l'oncologie, c'est toujours le même constat: les gens sont aux prises avec des logiques d'établissements et des logiques corporatistes qui empêchent leur cheminement. Si on fait des programmes, comme on va l'annoncer bientôt pour les personnes âgées en perte d'autonomie, le fait de disposer de ces réseaux intégrés est un facteur de succès.
Pourquoi ne pas réorganiser l'offre de services à l'intérieur de la structure actuelle?
Je pense qu'on en aurait eu pour à peu près 10 ans. Il faut donner une impulsion au réseau dans cette direction avec une cible très nette et des échéanciers qui vont être déterminés par voie réglementaire une fois le projet de loi adopté, de façon à ce que tout le monde s'engage dans la même direction. On donne (aux régies régionales qui deviendront des agences) le mandat législatif de créer les réseaux locaux de services sur leurs territoires respectifs.
Le projet de loi 30 vise à réduire de beaucoup le nombre d'accréditations syndicales dans les hôpitaux et les autres établissements de santé publics. En quoi une réorganisation du travail peut-elle avoir un impact sur les services à la population?
Vous avez le cas du Centre universitaire de santé McGill qui a 78 accréditations syndicales, il n'y a aucune organisation qui pourrait fonctionner dans un décor semblable. C'est une extrême lourdeur dans l'organisation du travail, de grandes difficultés pour des affichages de postes, pour des recrutements. On peut même s'étonner que les hôpitaux aient réussi à survivre avec cette rigidité depuis des années. Ça fait au moins 20 ans que les gens disent qu'il faut s'attaquer à ce problème. C'est le temps.

»» PLQ - santé
Couillard latest to spar with unions
DON MACPHERSON
The Montréal Gazette Thursday, November 13, 2003
If there is a Quebec government department that cries out for strong, stable leadership, it's health and social services.
It's the most important department, politically as well as financially. Health is the one public service that everyone uses, and expects to use more with age.
It's the service that consistently ranks in opinion surveys as the public's top priority, and the one that most often makes news for the wrong reasons.
Health and social services is the largest and most expensive department, employing about 240,000 people and due to spend $19.1 billion during the current fiscal year, or 42 per cent of all government spending on programs.
And as the population ages, health costs rise, taking up an increasing share of the government's budget. This year, the department is to spend 7.2 per cent more than last year, almost double the growth rate of 3.8 per cent for all government program spending.
Yet in recent years, the department's political leadership has been anything but stable.
At best, governments work on a four-year cycle dictated by the timing of the next election. But under the former Parti Québécois government, health and social services had four senior ministers in eight years, and three in the PQ's second term.
Since health and social services is not a portfolio for shrinking violets, each successive minister would arrive with a big ego and big ambitions to leave his or her own mark on the department.
But each would have barely enough time to grasp the department's complexities and set a new course for it before being replaced by a new minister with big ideas of his or her own.
The latest minister, Philippe Couillard, can at least expect to last longer in the portfolio than his recent predecessors because he is in a new government and was specifically recruited for his job.
Also, he arrived in his new office already familiar with the workings of at least part of the health system. Before his election last April, he was head of surgery at the Sherbrooke university hospital centre, as well as a professor of medicine at the Université de Sherbrooke.
He does not appear to lack self-confidence; his official biography presents him as a medical boy wonder, noting that he was only 22 when he received his medical degree, 28 when he was certified as a neurosurgeon and 32 when he was appointed head of neurosurgery at Montreal's Hôpital Saint Luc.
And before the government had been in office six months, he had already been mentioned in a profile in l'Actualité magazine as a possible successor to Jean Charest as Liberal leader.
So it's no surprise that Couillard hasn't looked very long before leaping into his own signature reform of the health system, which has opened another front in the rapidly expanding war the Charest government has all but declared on the unions.
Couillard wants to impose by legislation a reorganization of the unions in the health system, merging some smaller bargaining units and splitting up some larger ones. The unions fear that this would be the first step toward contracting out to the private sector some non-medical services, such as housekeeping in hospitals.
The unions were already up in arms over the Liberals' plans to amend Section 45 of the Labour Code, a change intended to facilitate contracting out to make Quebec businesses more competitive.
But Section 45 does not prevent contracting out. What it does is protect the salaries and working conditions of unionized employees whose work is contracted out. The unions fear that if this protection is weakened, employers would be encouraged to contract out as a means of saving money on the backs of their employees, who would get lower wages and worse conditions.
On the eve of negotiations with the public-sector unions on new collective agreements and pay equity, the government seems to be going out of its way to provoke the unions rather than to calm them.
Not since 1982, when a PQ government imposed wage cuts of up to 20 per cent on its employees, has a Quebec government appeared so willing to confront the unions, at the risk of disrupting the "social peace" that was so precious to its predecessors.
dmacpher@thegazette.canwest.com

»» PLQ - l'article 45
L'assouplissement de l'article 45 est devenu un symbole
Jean-Paul Gagné
Les Affaires samedi 15 novembre 2003
Éditorial - Le gouvernement de Jean Charest ne peut pas reculer devant l'assouplissement de l'article 45 du Code du travail. Le chef du Parti libéral a promis si souvent que cet article serait assoupli qu'il perdrait toute crédibilité s'il y renonçait.
Un recul équivaudrait à une abdication devant les syndicats et des dizaines de groupes sociaux patentés et subventionnés, qui ne représentent parfois que ceux qui les dirigent.
De toute façon, que l'article 45 soit modifié ou non, les syndicats et leurs alliés sont déjà sur un pied de guerre. Ils multiplient les déclarations et les manifestations contre le gouvernement pour faire peur aux gens moins renseignés et pour mobiliser leurs membres.
Leur offensive est nettement exagérée. Les changements proposés par le Parti libéral et son chef sont modestes. De plus, les deux tiers des électeurs ont déjà adhéré à ce programme. Les 33 % restant ont voté pour le statu quo, la souveraineté ou la social-démocratie. Les résistants font partie de cette minorité.
La bataille que certains leaders syndicaux veulent engager ne porte évidemment pas seulement sur la demi-douzaine de projets sur lesquels le nouveau gouvernement a fait connaître ses intentions. Leur effort de mobilisation vise aussi le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public, ce qui ajoute au vacarme. Sur le plan salarial, ils demandent une hausse de 12,5 % pour trois ans, ce qui tranche radicalement avec l'augmentation de 11,5 % en quatre ans que plusieurs d'entre eux ont accepté sous le régime péquiste.
Face à l'élection qui s'en venait, plusieurs syndicats ont accepté pour 2003 un prolongement d'un an de leur convention et une hausse salariale de 2 %. Il est possible que ce prolongement ait été assorti d'un candy, comme l'assujettissement de la machinerie de production à la Loi sur les relations de travail dans l'industrie de la construction. Les compromis font partie de l'histoire des relations des syndicats avec les gouvernements du Québec. Espérons qu'il n'y en aura pas sur l'article 45.
Après des années de retenue, ce qui leur est plus facile sous un régime péquiste, certains leaders syndicaux semblent vouloir en découdre avec le gouvernement actuel. Ils voient devant eux un gouvernement qui veut freiner leur élan et contre qui ils croient pouvoir mobiliser une partie de l'opinion publique.
Ils ne sont pourtant pas menacés. Le gouvernement veut simplement rendre l'État plus efficace (on ne parle pas de réduire les services), mettre le secteur public en concurrence avec le privé pour certaines activités (on ne parle pas de mises à pied), faire reconnaître davantage le principe de l'utilisateur payeur (par exemple, en haussant de 1 ou 2 $ par jour le symbolique 5 $ quotidien payé pour un enfant en garderie), remettre de l'ordre dans les finances publiques, dont la dette croît de 3 milliards de dollars par année (par exemple en réduisant les prestations d'aide sociale aux bénéficiaires aptes au travail qui ne cherchent pas de travail ou ne s'y préparent pas), et créer un climat plus favorable à l'investissement (par exemple, en modifiant l'article 45). Bref, toutes des mesures qui tiennent du gros bon sens et que la majorité des gens appuieront si elles sont bien expliquées.
L'assouplissement de l'article 45 (on ne parle pas de l'abolir, ni de saccager le Code du travail) ne vise qu'à lui redonner son objectif initial, à savoir le maintien de l'accréditation syndicale lors d'une "transmission d'entreprise" autrement que par une vente en justice.
Au fil des décisions des arbitres et des juges et de la jurisprudence qui a été établie depuis son adoption, la notion de transmission d'entreprise a été étendue à la transmission d'activité. L'article 45 est ainsi devenu un frein à la sous-traitance de certaines activités dans les municipalités, le secteur public et plusieurs industries.
Or, la sous-traitance est favorable à la création d'entreprises (le Québec est en retard sur les autres provinces sur ce plan) et à une meilleure compétitivité.
L'assouplissement proposé n'ouvrira pas totalement la porte à la sous-traitance, car un syndicat et un employeur pourront toujours négocier une entente à ce sujet.
Le Québec, qui a déjà les lois du travail les plus pro-syndicales et qui a le plus haut taux de syndicalisation en Amérique, est la seule juridiction à imposer une telle contrainte. Selon des avocats qui ont eu à intervenir dans ces dossiers d'acquisitions, l'article 45 a empêché des transactions et des investissements au Québec. Avec la mondialisation, la concurrence de plus en plus vive et le manque d'investissements privés au Québec, l'interprétation actuelle de l'article 45 est un luxe que nous n'avons plus les moyens de nous payer.
jean-paul.gagne@transcontinental.ca Éditeur

»» PLQ - l'article 45
Les syndicats promettent la "guerre nucléaire"
"On va se battre comme des cochons"
Pascale Breton
La Presse jeudi 13 novembre 2003
Québec - Le milieu syndical déclare la guerre au gouvernement Charest qu'il accuse d'ouvrir la porte toute grande à la privatisation, principalement dans le milieu de la santé.
Après le dépôt mardi du projet de loi 30 visant la réduction du nombre d'unités d'accréditation syndicale, le projet de loi modifiant l'article 45, attendu aujourd'hui, n'annonce rien qui vaille pour la CSN.
Promettant une "guerre nucléaire", le vice-président de la CSN, Roger Valois, a déclaré hier que ses membres ne se laisseraient pas passer sur le corps par le gouvernement. "Ils ne prendront pas nos jobs pour les donner à un sous-traitant qui lui va faire de l'argent sur le dos du monde. Il n'en est pas question, on va se battre comme des cochons", a-t-il promis.
Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a présenté un projet de loi pour limiter à cinq le nombre d'accréditations syndicales dans chacun des établissements de santé, soit une unité par catégorie d'emploi. Le ministre veut ainsi réduire de 3700 à 1900 le nombre total d'accréditations dans le réseau de la santé.
Les syndicats craignent cependant que cette mesure ne favorise la sous-traitance dans certaines catégories d'emploi, d'autant plus que le gouvernement Charest a déjà fait connaître son intention de développer des partenariats avec le privé dans le domaine de la santé.
Le ministre est intraitable
Interrogé à ce sujet à l'Assemblée nationale hier, le ministre Couillard s'est montré intraitable. Le regroupement des unités d'accréditation syndicale n'a rien à voir avec la sous-traitance, a-t-il indiqué. "Le but est d'améliorer la souplesse dans l'administration du réseau de la santé comme tous les observateurs, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du réseau, s'entendent à le dire depuis des années."
Pour la CSN, cela en est toutefois trop. Déjà en furie contre les projets de loi 7 et 8- déposés au printemps dernier- qui ferment la porte à toute syndicalisation pour les éducatrices en milieu familial et à certains intervenants du réseau de la santé comme les aidants naturels, voilà que la fusion des unités d'accréditation et l'article 45 sur la sous-traitance viennent clouer le cercueil.
Mobilisation sans précédent
C'est une mobilisation sans précédent qui se prépare, prévient M. Valois. "On n'acceptera pas de perdre nos jobs au détriment d'entreprises de sous-traitance sans dire un mot. Si quelqu'un vient chez nous pour voler dans notre appartement, on ne dit pas "monsieur, monsieur, j'aimerais appeler les policiers, je devrai faire une plainte, et s'il met la main dans notre coffre à bijoux alors là, la plainte va être encore plus grave. Non, non! On saute sur le voleur et on l'empêche d'entrer dans la maison", a-t-il illustré avec des propos colorés.
Le piquet de grève et une manifestation sont prévus le 29 novembre devant le parlement tandis que le 11 décembre, chacun des milieux de travail où la CSN est représentée sera perturbé, a-t-il annoncé en affirmant que les travailleurs ne verront pas leurs emplois confiés à des entreprises de sous-traitance sans réagir.

»» PLQ - défusions
Nouvelles villes :
il est minuit moins une
Joseph Facal
Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec
Les Affaires samedi 15 novembre 2003
Robert Bourassa avait l'habitude de dire que le simple écoulement du temps réglait bien des problèmes politiques. Dans le dossier municipal, au contraire, plus le temps passe et plus la situation s'envenime. Avant qu'il soit trop tard, la communauté d'affaires, comme elle l'avait fait jadis dans le débat sur le libre-échange, devrait se mobiliser en appui à ceux qui travaillent au succès des nouvelles villes.
Il est vrai que l'ancien gouvernement a imposé une réforme insécurisante, d'une rare complexité, contenant nombre d'imperfections et pour laquelle il a payé un lourd prix politique. Mais peut-on sérieusement penser que davantage de consultations auraient convaincu les irréductibles d'aujourd'hui ?
Deux raisons fondamentales justifiaient ces regroupements. La première, c'est l'équité fiscale. Que Westmount ou Sainte-Foy soient plus riches que leurs voisines n'est pas en soi une injustice. Ce qui était inéquitable, c'est que les anciennes villes de Montréal et de Québec assumaient les coûts de l'infrastructure collective que les résidents des villes voisines utilisaient sans contribuer à son financement dans la mesure de leurs moyens. L'autre grande raison, c'était de faire cesser des rivalités stériles à l'intérieur d'un même territoire en le dotant d'un leadership unifié. Dans le cas particulier de Montréal, il fallait aussi mieux armer une agglomération en concurrence directe avec des mégalopoles comme Toronto et New York.
Pensons à l'incroyable gaspillage de temps, d'énergie et de bonne volonté qu'occasionnerait un retour en arrière. Imaginons un instant des dizaines de référendums simultanés, suivis du démembrement des services nouvellement unifiés, du retour des employés municipaux chez leurs employeurs d'origine et de la renégociation d'ententes intermunicipales décriées depuis des décennies. Revenir en arrière équivaudrait à nier le mandat démocratique de tous ceux élus sur la foi de leur engagement à faire fonctionner de leur mieux les nouvelles villes.
Personne ne nie que des irritants sont apparus dans la livraison de certains services de proximité, mais le gouvernement pourrait sans peine donner aux villes les moyens législatifs et financiers de les surmonter. Le reste du discours défusionniste est un curieux mélange de nostalgie, d'insécurité face au changement et de ressentiment issu d'ambitions personnelles contrariées. Seuls les très naïfs croiront qu'aucune dimension linguistique n'est présente dans la version montréalaise du débat.
On invoque beaucoup la démocratie. Si la démocratie, c'était de toujours suivre la volonté de la majorité, la peine de mort serait encore en vigueur au Canada. Notre démocratie s'incarne dans l'élection au suffrage universel de députés qui agissent en fonction de ce qu'ils croient être l'intérêt général, et que la population juge au terme de leur mandat. À Toronto, un référendum a été remporté par les opposants au regroupement , et le gouvernement de Mike Harris a passé outre. De l'avis de tous aujourd'hui, il a bien fait. En 1965, le gouvernement Lesage regroupa par voie législative les 15 municipalités de l'île Jésus à l'encontre des voeux de la majorité. Qui voudrait aujourd'hui revenir en arrière ? Près des deux tiers des résidents de Murdochville se sont prononcés pour la fermeture de leur ville. Deux gouvernements successifs ont jugé que cela serait contraire à l'intérêt général.
Le gouvernement du Québec doit avoir le courage de se dégager d'une promesse faite inconsidérément et accepter d'en payer le prix. Un compromis tarabiscoté mécontenterait tout le monde sans rien régler de façon durable. Il lui faut choisir résolument le camp des nouvelles villes. Principaux responsables de notre prospérité collective, les gens d'affaires doivent faire entendre leurs voix. À quoi bon les regrets quand il sera trop tard ?
lesaffaires.redaction@transcontinental.ca

»» PLQ - défusions
Amendements à la Charte de Montréal :
Tremblay obtient ce qu'il voulait
Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 13 novembre 2003
Québec - Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, pourra compter sur les amendements à la Charte de la ville dont il a besoin pour mettre en place son modèle organisationnel décentralisé.
Le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, déposera aujourd'hui à l'Assemblée nationale un projet de loi modifiant la Charte de la Ville de Montréal. Jusqu'à la dernière minute, il demeurait incertain que le gouvernement Charest puisse arriver à présenter ce projet de loi le 13 novembre, date limite pour le dépôt des projets de loi qui peuvent être adoptés sans le consentement unanime des députés.
Dans une déclaration ministérielle faite en juin, M. Fournier invitait les maires des nouvelles villes à lui soumettre avant le 1er octobre un plan d'«amélioration» de leur municipalité afin de favoriser «l'adhésion» de leurs citoyens. Le ministre s'engageait à fournir un avis, le 31 décembre au plus tard, sur le sort que le gouvernement réservait à ces plans s'il fallait modifier la loi.
Mais pour le maire de Montréal, un simple avis en décembre suivi d'un projet de loi adopté seulement au printemps de 2004 apparaissait inacceptable. Gérald Tremblay soutenait que Montréal devait mettre en branle son plan de réorganisation dès le début de l'an prochain afin de contrer le mouvement défusionniste. «J'en ai marre de tout remettre à plus tard et de tourner en rond», avait-il lancé à l'issue d'une rencontre entre le premier ministre Jean Charest, M. Fournier et les maires des nouvelles villes la semaine dernière.
«Le ministre ne s'était engagé qu'à donner un avis en décembre mais avec le projet de loi, nous lançons un signal clair en faveur de la nouvelle ville de Montréal», a-t-on assuré au cabinet de M. Fournier.
La Ville de Québec a présenté également un plan de décentralisation. Ce plan pourra être mis en oeuvre sans que le gouvernement recoure à un projet de loi spécifique. Il procédera par voie d'amendements à un projet de loi omnibus déposé en juin, a-t-on indiqué au cabinet du ministre. En revanche, Longueuil devra rester sur sa faim puisque son plan de réorganisation fut présenté trop tard, a-t-on fait valoir.
À Montréal, le plan de réorganisation présenté par le maire Tremblay accorde davantage de pouvoirs aux arrondissements sur les services de proximité. Ils pourront dorénavant adopter une taxe spéciale pour améliorer ces services. Chaque arrondissement obtiendra son propre programme triennal d'immobilisations. Les chefs des arrondissements porteront le titre de maire et ils disposeront d'un certain pouvoir d'embauche.

»» PLQ - défusions
Pendant ce temps, à Toronto...
André Pratte
La Presse jeudi 13 novembre 2003
Pendant que le maire de Montréal s'arrache les cheveux en tentant de comprendre où s'en va le gouvernement du Québec dans le dossier des défusions, les Torontois viennent d'élire un nouveau maire dynamique et visionnaire. "C'est la fin du déclin de Toronto", annonçait hier un columnist du Toronto Star.
Bravo pour Toronto! Mais l'élection de David Miller, 44 ans, pourrait être une bien mauvaise nouvelle pour Montréal. Miller, brillant avocat aux penchants néodémocrates, l'a emporté haut la main sur ses nombreux rivaux en présentant aux électeurs une vision claire et ambitieuse de l'avenir de la métropole canadienne. Réussira-t-il, comme il l'a promis, à nettoyer l'administration municipale et les rues de la ville, à doper la croissance économique et à moderniser le réseau de transport collectif? Nul ne le sait. Une chose est sûre, Toronto est maintenant dotée d'une direction politique capable de sortir la ville du marasme relatif qu'elle a connue sous le gaffeur Mel Lastman.
Fait à noter, l'idée d'une éventuelle défusion de la grande ville n'a été évoquée par aucun des principaux candidats. Fusionnées il y a cinq ans, les anciennes villes ont fait une croix sur leur passé. Désormais, les Torontois parlent d'une seule voix.
David Miller promet de prendre le leadership du débat sur le développement urbain que veut lancer le futur premier ministre du Canada, Paul Martin. Il se pourrait donc que politiquement autant que du point de vue économique, Toronto reprenne la position dominante qui était en train de lui glisser entre les doigts.
Or, contrairement à ce qu'a pu laisser croire un certain triomphalisme, la bonne performance de l'économie montréalaise depuis quelques années, si elle a permis un certain rattrapage, a tout de même laissé Montréal loin derrière la capitale ontarienne.
Quelques chiffres révélateurs. Encore aujourd'hui, la proportion de la population qui travaille est plus élevée à Toronto qu'à Montréal (64 % contre 61 %), un phénomène remarquable si on considère que la population de Toronto s'accroît beaucoup plus rapidement (9 % contre 3 % de 1996 à 2001). Aujourd'hui, Toronto compte 4,6 millions d'habitants, 1,2 million de plus que Montréal. En outre, le Torontois moyen jouit d'un revenu personnel net de 3000 $ supérieur à celui d'un Montréalais.
Pourtant, que fera Gérald Tremblay pendant que David Miller consacrera toutes ses énergies à la relance de Toronto? Il s'empêtrera pendant des semaines dans les débats de structures et de pourcentages. Il perdra des mois à faire campagne contre les défusions. Il fouillera dans tous les tiroirs de l'hôtel de ville et quêtera à genoux à Québec dans l'espoir de boucler son budget.
Le premier ministre, Jean Charest, devrait donc jeter un regard (inquiet...) vers Toronto avant de répondre à la question suivante: qu'est-ce qui est plus important pour l'avenir du Québec, satisfaire les moindres désirs de nostalgiques de Baie-d'Urfé, ou donner à Montréal les outils dont elle a besoin pour concurrencer les autres métropoles du continent?

»» médias - concentration
La convergence, prise 2
Serge Truffaut
Le Devoir jeudi 13 novembre 2003
L'industrie mondiale de la musique, on le sait, est aux prises avec la crise la plus grave depuis l'invention des techniques d'enregistrement. Depuis l'an 2000, les difficultés se sont multipliées au point de plomber comme jamais l'actif des grandes entreprises. Au cours des trois dernières années, Sony-CBS, Bertelsmann, Time-Warner et EMI ont essayé à plusieurs reprises de fusionner. Chaque fois qu'une entente liant deux d'entre elles était signée, les autorités réglementaires, celles de l'Union européenne au premier chef, s'empressaient de la déchirer en avançant le spectre d'une trop grande concentration. Il y a moins d'une semaine, Sony et Bertelsmann ont publié les bans de leurs noces.
Cette fois-ci, les initiés aux méandres musicaux parient que les responsables européens et américains accorderont leur aval à une entente qui a ceci de particulièrement intéressant pour nous qu'elle implique Power Corporation. Cette dernière, par le biais de son implication dans le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), détient 25 % de Bertelsmann. Plus précisément, GBL s'avère être la société publique qui détient le plus gros bloc d'actions dans le conglomérat Bertelsmann.
Toujours est-il qu'on ne s'attend pas à une opposition des autorités à cause des effets pervers inhérents à la combinaison piratage-téléchargement. En fait, pour ce qui est du téléchargement, les accords passés entre divers acteurs ont quelque peu amoindri les méfaits observés alors que Napster était encore de ce monde. Il en va tout autrement du piratage. Celui-ci a atteint des proportions gigantesques. En Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, soit là où le nombre d'ordinateurs est très inférieur à celui recensé en Amérique du Nord et en Europe, les ventes de copies pirates avoisinent les deux milliards d'unités. Les as du piratage ont tellement peaufiné leurs méthodes que l'an dernier, ils ont mis en marché 50 des plus grands succès de l'année avant la publication officielle des thèmes en question.
Le contexte étant plus adversaire que jamais, Sony et Bertelsmann (on devrait plutôt parler de BMG) vont s'allier afin de mieux sabrer dans leurs coûts fixes en caressant l'espoir qu'un inversement de la courbe des profits s'ensuivra. On retiendra qu'au terme du premier semestre de l'exercice en cours, BMG a affichait une perte de 126 millions alors que Sony dégageait un faible, très faible profit de deux millions sur un chiffre d'affaires dépassant pourtant le milliard au cours du deuxième trimestre.
Ils vont couper les coûts et surtout mettre à profit tous les véhicules médiatiques dont ils disposent afin de relayer massivement les produits de leurs vedettes. Par exemple, il faut s'attendre à ce que Céline Dion, artiste Sony, soit le sujet de dizaines d'articles dans les 700 magazines que possède Bertelsmann, sans parler de la télé. Autrement dit, ce qu'on perd en aval pour cause de piratage et de téléchargement, on va le récupérer à fond en jouant à plein la carte de la convergence. À cet égard, celui de la convergence, tout ce dont nous avons été témoins jusqu'à présent paraîtra bien pâle ou inoffensif à côté de ce qui se profile à l'horizon.

»» Jean Chrétien
It's better to be lucky, and Chrétien was
The Montréal Gazette Thursday, November 13, 2003
It's better to be lucky than to be good, pro athletes say jokingly. But that aphorism is, in all seriousness, the key to understanding the decade-long prime ministry of the Rt. Hon. Joseph Jacques Jean Chrétien, 26th prime minister of Canada and, until this weekend, leader of the Liberal Party of Canada.
Durability counts for something in politics, and on this account, at least, Chrétien gets full marks. Except for a tactical withdrawal from 1986-1990 while John Turner led the Opposition, Chrétien has been four decades in Parliament, mostly as a minister until he became prime minister. His legendary doggedness and his political cunning have served him well. But now, like an old wolf, Chrétien can no longer resist the demands of a pack baying for change. His luck has finally run out.
But what a glorious run of luck it was! His tactical partisan accomplishments - three straight majority governments - came largely because the opposition, in Parliament and in the country, was fragmented as never before. In the land of the blind, the one-eyed man is PM for three terms. This was a stroke of luck on a cosmic scale, and there are signs that two main elements of the opposition may be coming together, just as the Chrétien era ends.
As for his accomplishments in governing ... well, he said once that he thought a clean desk every night was a sign of success, and by that measure he did fine. But the country almost blew apart on his watch, although many will argue that the fuse was lit when Brian Mulroney awakened nationalist passions for partisan advantage. Still, Chrétien was unprepared for the 1995 referendum, and lucky that the separatists didn't steal just a few more votes. In fact we were all lucky to avoid the chaos of separation.
He was lucky, too, that his finance minister rode the crest of a vast global wave of economic growth, right onto the sandy beach of balanced budgets. Despite Paul Martin's vaunted tax cut, personal income tax now provides 46 per cent of federal revenue, up from 43 per cent the year Chrétien and Martin came in. This is a tax cut? And until the last two years, total federal revenue ate up a bigger share of the gross national product than back when Chrétien and Martin took office. Meanwhile, to balance their own books they slashed transfer payments to the provinces. Every province is still bobbing around spitting out water in the backwash of that unexpected budget tsunami. And yet Chrétien will leave office, and Martin come in, with reputations for fiscal prudence and tax-cutting. Isn't it great to be lucky?
Nor has Canada's position in the world improved on Chrétien's watch; rather the opposite. The military can barely function, relations with the U.S. are at the lowest point in recent history, Canadian peacekeeping is only a memory, the long flirtation with "soft power" proved to be, just as many voices had warned, merely soft-headed. Luckily, this hasn't mattered much; the Americans have had bigger fish to fry, and elsewhere Canada has been able to coast on its international reputation.
Chrétien has played the patronage game assiduously, and some smelly scandals have come to light. And when he accepted a free golf game with Tiger Woods, courtesy of federally-regulated BCE, Chrétien set the stage for ethical lapses ranging from platoons of ministers visiting the Irvings to George Radwanksi's expense account. This will be an unfortunate dark side of Chrétien's legacy.
His biographer, Lawrence Martin, says Chrétien has re-anchored Canada to its traditional pillars, by which mixed metaphor Martin, and Chrétien, mean these: there must be no special status for Quebec; the U.S. is not a model for Canada; and government should be compassionate toward "the little man." These are sometimes called "traditional Canadian values" and until recently Chrétien talked a good game about them, which brought him some popularity, but he did little to advance them.
Lawrence Martin argues that only after the 2000 election, with no new campaign ahead, has this
real Chrétien been free to show himself. The Quebec issue Chrétien had handled before the 2000 vote, with the Clarity Act, but the other two pillars have been reflected clearly in his "legacy agenda." This would include the Kyoto accord, the decision not to send troops to Iraq, initiatives for Africa, more money for aboriginal people, the new health accord with the provinces, electoral finance reform, same-sex marriage, marijuana ...
Is this, as the biographer suggests, the real Jean Chrétien? Was the Chrétien of the previous nine years, a calculating tactician and process politician with little apparent interest in policy, really only a disguise? If so, Chrétien may have over-stayed his luck, as well as his welcome, before dropping his mask: some of those initiatives will obviously not survive the transfer of power.
Aside from the trauma of the 1995 referendum, the Chrétien years have undeniably been, on balance, good ones for Canada, years of prosperity and growth. Historians will ask if that's true because of Jean Chrétien, or despite him.
The truth is that politicians aren't really in charge of as much as they like to think, or like us to think. Sometimes they're just in the right place at the right time. And it's better to be lucky than to be good.

»» Jean Chrétien
Jean Chrétien and Harry Truman: tough, stubborn, little guys
Lawrence Martin
The Globe and Mail Thursday, November 13, 2003
Harry Truman was being attacked from all sides, including his own party.
Walter Lippmann, the most influential commentator of the day, called him an embarrassment, too ordinary to be a president.
The president was questioned by a reporter about that very thing, being such an average man. "Well," Mr. Truman shot back, "What is wrong with being the average man?"
If Jean Chrétien, who makes his final speech as leader of the Liberal Party tonight, has a hero, it is Harry Truman. And if he could have a wish, it would probably be to go down in history as Canada's Truman.
The 33rd president of the United States was a straight shooter from Main Street who was always underestimated but who stood up to the entrenched powers and got the job done. He had what his admiring biographer David McCullough called a "lifelong hatred of high hats and privilege."
His administration was mired in scandal with many top officials accused of being on the take. Mr. Truman turned a blind eye to it and never admitted a thing. With time, as David McCullough noted, Harry Truman's lack of glamour came to be seen as a strength. The scandals, "squalid as they were," faded in the memory. The president instead came to be remembered as a figure of courage and principle, one who was liked by the people perhaps more than by his own party.
Mr. Chrétien makes special note of this whenever he chats about Mr. Truman.
He recalls that when the president left office, he was viewed as a dud, but that with time, his reputation soared. With time, Americans appreciated his resolve, his common values, his character -- some of the very things Mr. Chrétien hopes to be remembered for.
They were both stubborn and they had guts and they never shrank from taking on the high hats. Mr. Truman fired General Douglas MacArthur, who then came home from Korea and flattened the president with his "old-soldiers-never-die" speech. Mr. Chrétien fired Paul Martin, the most popular politician in the land. He then turned around, and essentially fired Jean Chrétien.
Judgments of history are strange. "History," Napoleon said, "is a set of lies agreed upon." Mr. Truman's indomitable spirit survives. He is somehow excused for dropping atomic bombs on hundreds of thousands of Japanese civilians, not just once, but again three days later after the horror of the new weapon had already been displayed to the full. His decision on the Korean War where, as revealed by Brian and Terence McKenna in a new documentary series, untold horrors were carried out, is viewed through rose-coloured glasses also.
For Mr. Chrétien, it is the president's courage and principles that resonate. In talking to diplomats in Ottawa recently, he told them that in his past decade in power, he is most proud of his decision to say no to the war in Iraq. It will likely be seen as a defining moment for him, and, in its boldness, a rather Trumanesque one.
Who can remember another prime minister staring down not just one, but both of the country's historic allies, the United States and Britain, on a question of war and peace?
He is repeatedly carped at for his last year in office, but if Mr. Chrétien has any chance at laying a claim to a place in history, as Mr. Truman did, it will be this past year that seals the deal. Though humiliated by his own party, though flogged by the press and the Opposition, though told by a majority of Canadians that he had overstayed his welcome, Mr. Chrétien said to hell with them all and got up off the mat. As well as his call on the war, there was the Kyoto accord and the health pact and electoral-finance reform -- lots of acts to scorn the high hats.
On other matters of comparison, Canada's 20th Prime Minister doesn't hold up so well. Harry Truman was rarely so obsessed by politics that he put it ahead of principle. He was never as brutally authoritarian as this PM. And there wasn't the suspicion with Mr. Truman that there is with Mr. Chrétien -- that his governance was more about his own self-aggrandizement, hence the decision to run again in the 2000 election -- than about any heartfelt needs of his countrymen.
But as a character out of the give-'em-hell-Harry mode, Canada will probably never come closer to having its very own Harry Truman than it did with Jean Chrétien.
lawrencemartin9@hotmail.com

»» aide aux entreprises
Québec accorde 600 millions de garanties de prêts à Bombardier
Stéphane Paquet
La Presse jeudi 13 novembre 2003
Le gouvernement Charest, qui s'est fait le champion de la réduction de l'aide aux entreprises, vient d'augmenter de 600 millions de dollars le montant total des garanties de prêts qu'utilisera Bombardier pour vendre ses jets régionaux.
Selon des informations obtenues par La Presse, la nouvelle enveloppe d'aide à l'avionneur montréalais a été adoptée la semaine dernière au Conseil des ministres, après d'âpres discussions entre les tenants du retrait de l'État de l'économie et ceux qui croyaient que Québec devait aider Bombardier. Les 600 millions sont, et de loin, le plus important ajout de fonds au programme d'aide québécois à l'aviation.
Créé en 1996, le programme d'aide à l'avionneur atteint donc à ce jour un total de 1,576 milliard, de l'argent qui est avancé en garantie de prêts par Investissement Québec aux acheteurs de jets Bombardier. Les derniers ajouts de fonds étaient de 450 millions en 2001 et de 226 millions en 2000, selon des données fournies hier par Bombardier.
"C'est un programme qui n'a jamais engendré de débours pour le gouvernement", assurait hier, en début de soirée, Jean-Marc Dessureault, d'Investissement Québec. En clair, cela signifie que les compagnies aériennes qui se sont prévalues de ces garanties de prêts ont été, jusqu'à présent, en mesure de payer leurs avions.
Chez Bombardier, on estime à entre "20 % et 33 % du prix de vente de l'avion" ce que couvre la garantie de prêt de Québec. "C'est une partie du financement en conjonction avec d'autres outils", souligne Réjean Bourque, vice-président aux relations avec les investisseurs chez l'avionneur.
Bombardier fait valoir que le ralentissement de l'économie mondiale et la faillite de transporteurs comme US Airways, United Airlines, Swissair et le belge Sabena (sans compter les problèmes d'Air Canada), rendent plus frileux les prêteurs privés. "L'offre de financement est un peu plus restreinte à cause des événements qui ont affecté les compagnies aériennes majeures, souligne encore M. Bourque. Le déploiement de ces garanties-là (celles de Québec) est prévu d'être un petit peu plus large qu'il ne l'a été au cours des sept dernières années."
Compte tenu de ce contexte morose pour l'industrie aérienne, est-ce à dire que le risque pour Investissement Québec (et les contribuables québécois) est plus grand qu'il ne l'était au début du programme? "Les compagnies aériennes régionales ont eu beaucoup de succès. Si vous regardez la situation financière de ces entreprises-là, dans l'ensemble du secteur un peu troublé, elles ont une excellente performance financière", ajoute M. Bourque, tentant de se faire rassurant.
Investissement Québec n'a pas voulu entrer dans la notion de risque assumée par les contribuables québécois.
L'agence fédérale qui aide également Bombardier, Exportation et développement Canada (EDC), a augmenté cette année ses provisions pour pertes à causes des turbulences dans le monde de l'aviation, c'est-à-dire la somme d'argent qu'elle estime à risque. "Compte tenu de la détérioration des conditions de crédit touchant plusieurs secteurs industriels, notamment celui de l'aéronautique, écrivait l'agence fédérale il y a deux mois, EDC a constitué des provisions supplémentaires de 483 millions de dollars au cours des six premiers mois par rapport à 367 millions pour la même période l'an dernier. Au total, les provisions pour pertes sur créances relatives aux prêts, aux assurances et aux garanties s'élevaient à 4,2 milliards de dollars au 30 juin 2003." EDC finance également les ventes de Pratt & Whitney Canada et de Bell Helicopter.
L'aide de Québec survient après une sortie du patron de Bombardier, Paul Tellier, qui voulait avoir droit aux subventions fédérales à l'exportation.

»» nominations partisanes
Nominations partisanes
Claude Boulay, claude.boulay@tr.cgocable.ca
TRIBUNE LIBRE jeudi 13 novembre 2003
Trois-Rivières, le 13 novembre 2003
À Propagande Canada, on n’aime pas parler des mauvais coups d’un gouvernement fédéraliste, qu’il soit à Québec ou à Ottawa. Cependant, il arrive que la boîte de vers soit trop grosse, qu’il soit difficile de garder le couvercle dessus. Pour ces cas-là, on a mis au point une technique spéciale de « damage control ». On révèle ce qui se passe, et même on va jusqu’à critiquer, mais en prenant bien soin de critiquer en même temps le camp souverainiste.
C’est un petit bijou de ce genre que nous livre M. Denis Lessard (« Nominations : la ligue d’impro… », La Presse, 03-11-11). Le gouvernement Charest a effectué depuis son élection un nombre record de nominations partisanes. La plus récente (du moins au moment d’écrire ces lignes) est celle de l’ex-directeur général du PLQ à la tête de l’Agence métropolitaine de transport. Pour atténuer le mauvais effet de ce geste partisan, M. Lessard va chercher loin dans le passé pour trouver des cas semblables dont les gouvernements péquistes se seraient rendus coupables. Il cite, par exemple, le cas de M. Claude Dauphin, qui avait été limogé par M. Jacques Parizeau comme délégué du Québec à Boston. Il sort le canard qu’il avait lui-même propagé dans le temps, à l’effet que M. Parizeau avait exigé une profession de foi souverainiste de la part de M. Dauphin, et que celui-ci avait refusé.
Rappelons les faits. M. Dauphin était un ancien député libéral. Il n’avait aucune compétence en affaires intergouvernementales. Il n’avait jamais été autre chose qu’avocat ou politicien. C’était un anti-souverainiste militant. Il a été président d’Option Canada et Directeur des projets spéciaux du Conseil pour l’unité canadienne, deux organismes mis sur pied par le gouvernement fédéral pour contourner les lois québécoises et dépenser des sommes considérables pour faire de la propagande fédéraliste.
Entre exiger une profession de foi souverainiste et accepter un politicien anti-souverainiste pour représenter le Québec, il y a toute une marge. D’ailleurs, on n’a exigé aucune profession de foi du remplaçant de M. Dauphin. M. François Lebrun était diplômé en relations internationales de l’Institut d’études politiques de Paris et du London School of Economics and Political Science. Il avait été délégué du Québec à Toronto. Il avait aussi occupé différents postes, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. C’étaient là des qualifications suffisantes.
Pour tenter de donner un autre exemple de nomination partisane par le PQ, M. Lessard cite le cas de M. Yvon Martineau, qui avait remplacé M. Richard Drouin et qui aurait été remplacé par M. André Caillé comme PDG d’Hydro-Québec. Lessard montre là son ignorance, confondant les postes de Président du conseil d’administration et de Président directeur général. En fait, M. André Caillé a succédé à M. Benoît Michel comme PDG. Tous deux nommés sous des gouvernements péquistes et ni l’un ni l’autre particulièrement souverainiste.
Mais ça ne fait rien, n’est-ce pas M. Lessard, pourvu que l’on beurre tout le monde avec le même pinceau. Et que l’on crée suffisamment de confusion pour que ces gestes partisans ne laissent pas une trop mauvaise impression.

»» Québec-New York
Un triplé pour le Corridor Québec-New York
La Presse jeudi 13 novembre 2003
Les participants à la quatrième rencontre du Corridor Québec-New York ont signé hier à Montréal trois ententes de partenariat.
La première, conclue entre NanoQuébec et Albany Nanotech, prévoit l'organisation d'ateliers de travail dont le premier a lieu à Sherbrooke aujourd'hui.
Le deuxième accord porte sur le développement des connexions à haute vitesse entre le Québec et le nord-est de l'État de New York. Le RISQ, qui dispose déjà d'un réseau reliant les institutions d'enseignement, a conclu une entente d'interconnexion avec Adirondack-Champlain Community Network.
Enfin, les investisseurs de capital-risque du Québec et de l'État de New York ont convenu de renforcer leurs liens. L'entente de coopération entre Réseau Capital et son pendant new-yorkais, Empire State Venture group, est une première qui devrait stimuler le développement des entreprises technologiques.
Le Corridor Québec-New York a été créé en 2001 par la Fédération des chambres de commerce du Québec et la Chambre de commerce de Plattsburgh North Country.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L’ISOLATIONNISME FÉDÉRALISTE DU PQ
Joachim Lambert
La Ligue pour l’indépendance du Québec
liq@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE Le 13 novembre 2003
Voici quelques extraits commentés de la LIQ au sujet de l’article L’urgence de la souveraineté de Raphaël Déry, Président du Comité régional des jeunes du Parti québécois de l'Outaouais.
Le 1er novembre 2003, monsieur Déry écrivait à la fin de son article :
« Il ne nous est pas permis de nous précipiter vers des prémices inexactes qui nous radicaliseraient de la population québécoise. »
Ce qui est inexact - pour ne pas dire de l’imposture intellectuelle - c’est de faire croire à la population que la souveraineté-partenariat péquiste est de l’indépendance alors que c’est du fédéralisme déguisé. Le Québec indépendant signera des traités avec toutes les nations, le Canada y compris. Plus le message sera simple et limpide, plus il se propagera dans la population. Le mot indépendance est radical dans le sens que le dictionnaire donne à ce mot, c’est-à-dire : « qui va au fond des choses, qui tient au principe fondamental, à la nature d’une chose ».
Finalement, si nous allons au fond des choses, c’est avoir bien peu de respect pour les Québécois-Français que de croire qu’ils sont incapables de se radicaliser, c’est-à-dire de comprendre l’idée d’indépendance lorsqu’elle lui est présentée en toute simplicité et sous son vrai jour. Ce n’est pas le mot indépendance qui fatigue la population, c’est l’ambiguïté et l’ambivalence mi-chair, mi-poisson, de la souveraineté-partenariat. Le PQ ne fait pas confiance aux Québécois. Pire, l’échec de son concept, il le fait reposer sur les épaules des Québécois-Français : le peuple ne peut même pas adhérer à la souveraineté-partenariat, comment croyez-vous qu’il puisse aspirer à l’indépendance! Voilà comment raisonne le PQ. Ce qui prouve bien que le projet péquiste n’est pas l’indépendance, mais une sorte de super-autonomie encore à l’intérieur d’une fédération canadienne remodelée. Psychologiquement, les péquistes sont incapables de penser l’indépendance correctement, voilà pourquoi ils sont des incapables, des rêveurs!
« Par exemple, il n’était pas rare cet été d’entendre des militants souverainistes dire que le partenariat avec le Canada devait être aboli de notre programme. Voilà précisément le genre de piège pourtant évident, mais dans lequel beaucoup des membres du PQ tombent généralement suite à une défaite électorale. »
Tant mieux si ce n’est pas rare. En effet, les militants péquistes devraient abolir l’idée d’un partenariat exclusif avec le Canada pour le remplacer par un partenariat inclusif avec toutes les nations de la terre, pour - comme ils le disent si bien, puisque la mode est à la rectitude politique -, s’ouvrir sur le monde. Où est le piège?
« Logiquement, ça signifie que nos orientations iraient diamétralement à l’opposé de ce que vivent nos concitoyens et nos concitoyennes qui, lors des dernières élections, ont choisi un gouvernement fédéraliste. »
Monsieur Déry confirme ici que le PQ est fédéraliste et que ce parti politique croit aussi implicitement que la population est fédéraliste. Il affirme que la population est fédéraliste parce qu’elle a voté pour le PLQ et qu’il ne faut pas la décevoir, voilà pourquoi il faut lui offrir la souveraineté-partenariat exclusive avec le Canada et non pas la véritable indépendance.
Pour être cohérents, il nous faut demeurer modérés dans notre approche, comme le sont généralement les Québécoises et les Québécois.
Ainsi donc, il nous faut demeurer modérés, c’est-à-dire ignorer l’optique indépendantiste et continuer à parler d’autonomie, de souveraineté-partenariat avec le Canada. Il ne faut pas élever la population à l’idée d’indépendance, mais plutôt dénaturer l’idée d’indépendance et la rabaisser afin de la rendre plus accessible : de l’indépendance vidée de son essence. Un contenant au contenu dilué, voilà ce que la population du Québec mérite selon le PQ. C’est tellement plus facile … et irréalisable.
« Déjà, l’option souverainiste se définit comme étant le rapatriement de nos pouvoirs, de nos impôts et de notre identité dans un seul parlement, celui du Québec. Le partenariat ajoute, comme on le sait, une certaine sécurité à beaucoup de Québécoises et de Québécois qui ne veulent pas rompre tous leurs liens avec le Canada. »
La sécurité, les Québécois l’obtiendront plus facilement en signant des traités, non pas avec le gouvernement fédéral canadian, mais avec chacune des autres provinces canadiennes, les états américains et toutes les nations de la terre.
L’indépendance dans l’interdépendance des traités avec les autres nations et non pas l’isolationnisme fédéraliste Québec-Canada, voilà ce qu’est l’indépendance!

TRIBUNE LIBRE
Ligue pour l’indépendance du Québec
Ou comment répondre à une urgence tout en évitant les pièges
Pierre Daviau
Québec
pierredaviau.ca@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE Le 13 novembre 2003
« Les décisions politiques recherchent la mobilisation collective. On est prêt à payer un prix élevé pour assurer la mobilisation, pour que chacun y trouve son compte. Ce qui est recherché n’est pas la bonne solution, mais l’adhésion. Ces décisions sont potentiellement absurdes parce qu’on peut tout faire au nom de la mobilisation. Dans cette perspective, mieux vaut la solution absurde qui suscite l’adhésion collective plutôt qu’une solution parfaite sans soutien. »
(Christian Morel (1), p. 291.)
Le 8 octobre 2003, Hugo Saint-Hilaire annonce, sur le site Vigile, la création de la Ligue pour l’indépendance du Québec. L’auteur précise que cette idée est étroitement associée à la naissance de l’Académie de l’indépendance fondée le 30 décembre 2002.
La mission de la LIQ est la promotion collective de l’indépendance du Québec selon l’optique indépendantiste. On peut comprendre que la LIQ , comme L’Académie de l’indépendance proposée par Bruno Deshaies, s’sappuie sur la pensée nationale du grand historien Maurice Séguin.
Il va de soi que les chroniques hebdomadaires que Bruno Deshaies soutient sur Vigile depuis plus de quatre ans et les réflexions ayant cours à l’Académie de l’indépendance constituent un outil précieux pour les indépendantistes. Par ailleurs, plusieurs personnes ont plus d’affinités pour mener une action que pour approfondir une pensée et débattre de principes ou de politiques. Cette façon de voir n’est pas un mal en soi et peut même contribuer à gagner l’adhésion des citoyennes et citoyens au principe indépendantiste.
Nous devons aussi reconnaître que la LIQ répond à l’urgence de mener une action pour faire primer, dans les débats publics, le principe indépendantiste sur toutes les pensées incohérentes nationalistes, souverainistes ou, plus dure, la pensée monopolisatrice fédéraliste.
La LIQ devenant active, elle a le devoir de s’aguerrir pour diffuser un message convaincant malgré les embûches multiples qu’elle rencontrera sur sa route.
PIÈGES À ÉVITER
L’action politique requiert connaissance, réflexion, courage, détermination, persévérance et discipline. Nous devons aussi savoir qu’il y a de nombreux pièges à éviter; ceux tendus par les adversaires, évidemment, mais surtout ceux que nous produisons contre nous et qui desservent les intérêt des indépendantistes.
Piège #1 L’action pour l’action
Dans cette situation, l’action est menée pour elle-même, sans objectif déterminé. Elle constitue le but en soi et permet à tous de se retrouver dans le plaisir d’agir. Ce genre d’action ne conduit nulle part et ne peut glorifier que son promoteur. Beaucoup d’activistes au zèle intempestif se classent dans cette catégorie. Qui ne connaît de ces personnes dont la spécialité est d’agir sans réflexion préalable. Ces individus détruisent la crédibilité d’un mouvement et éloignent nos concitoyennes et concitoyens qui, autrement, auraient soutenu de leur adhésion l’objectif poursuivi.
Piège # 2 Actions déconnectées de l’objectif
Nous pouvons qualifier ce comportement d’errance ou d’égarement puisque l’action n’a aucun rapport avec les finalités. Morel parle ici de perte de sens. Un exemple récent est la manifestation tenue lors de la cérémonie de changement de nom de l’Aéroport de Dorval en celui de PET. Les organisateurs, malgré de nombreux appels publics, ont rassemblé peu de manifestants. Le problème ne se situe pas dans la présence d’un petit nombre de manifestants mais dans la réaction épidermique et dans le choix d’un événement peu important par rapport à d’autres ayant un impact beaucoup plus défavorable à la cause de l’indépendance.
À ce sujet, je désigne les Chaires de recherche du Canada et l’un de ses bénéficiaires, Jocelyn Létourneau qui, tel un lavage de cerveau, déforment l’esprits de nos étudiants universitaires et les embrigadent dans l’optique fédéraliste. Cette question primordiale a été dénoncée plusieurs fois par Bruno Deshaies. Dans une chronique récente, Allez à Dorval ou allez à l’Université?, il récidive pour réveiller nos esprits endormis. Or, aucun indépendantiste n’a osé prendre le relais. N’est-ce pas qu’il est plus facile de se congratuler béatement que de faire l’effort d’analyser l’impact de la présence envahissante du gouvernement canadian dans tous les champs d’activités du Québec!
Piège # 3 Objectif ambigu
Les indépendantistes connaissent ce problème depuis de nombreuses années. En effet, le Parti québécois (sans oublier le Bloc québécois), avec sa myriade d’ambiguïtés et ses pas de côté et en arrière, telles la souveraineté-association, la souveraineté-partenariat, l’union confédérale, les institutions communes, n’a réussi qu’à provoquer la défection des indépendantistes et détruire sa crédibilité dans la population. Jamais ce parti n’ose s’afficher indépendantiste tout simplement. Au contraire, il s’applique à diaboliser ses membres les plus clairvoyants en les qualifiant de « purs et durs ». En se comportant ainsi, il devient le promoteur de la pensée fédéraliste diffusée par les médias.
Nous observons aussi cette même ambiguïté au Conseil de la souveraineté du Québec avec, entre autres, la souveraineté À MA FAÇON. En choisissant cette orientation individualiste qui, sous les apparences de rassembler toutes les tendances, se situe dans la droite ligne de la pensée de Pierre-Elliott Trudeau et du gouvernement canadian. Ces derniers ont enchâssé les droits individuels dans la Constitution comme instrument légal pour nier les droits collectifs des Québécois-Français.
L’ambiguïté, parce qu’elle est susceptible d’interprétations diverses, permet à chacun de comprendre à sa façon et de trouver satisfaction. C’est ainsi que Français et Musulmans, chacun à leur façon et selon leurs convictions, avaient interprété, à leur avantage, la phrase célèbre de Charles De Gaulle « Je vous ai compris » (2) proclamée à Alger. Chacun des deux camps croyait avoir compris et présumait atteindre ses fins. Or, l’histoire nous enseigne que l’espoir des Musulmans a été comblé alors que celui des Français a été déçu.
L’ambiguïté ne solutionne aucun problème et ne mène nulle part. Dans l’immédiat, elle peut octroyer certains avantages à ses auteurs. Cependant, dès le moment où le piège est découvert, tout l’édifice s’écroule et ses promoteurs perdent toute crédibilité.
Pour quiconque veut bâtir sur du solide, cette leçon démontre l’absolue nécessité de définir des objectifs clairs et précis.
Piège # 4 Recherche de compromis à tout prix
Cette manière de penser l’atteinte de l’objectif et d’appréhender la réalité contient en elle-même les bases de la défaite. En effet, le compromis à tout prix dilue l’essence de l’objectif ou le dénature radicalement. Il s’ensuit une perte de crédibilité accompagnée du dépérissement de l’adhésion. Cet ensemble d’ingrédients préfigure la disparition éventuelle du mouvement, du parti ou de l’organisation.
Savoir éviter les pièges est une première condition à remplir pour quiconque s’engage dans l’action. Aussi important qu’il soit, ce savoir seul n’est pas suffisant. Il faut l’enrichir en franchissant la deuxième étape, celle nous enseignant les clefs de la réussite.
CLEFS DE LA RÉUSSITE
Clef #1 Posséder une discipline à toute épreuve
Des objectifs clairs et précis ayant été définis, il opportun, maintenant, de se mettre en mouvement, d’agir. Cet agir doit expressément être en rapport avec les finalités, les objectifs. Conserver le cap, maintenir la route n’est pas chose facile. Des forces adverses nombreuses sont à l’œuvre et tendent constamment à faire dévier de l’objectif. C’est pourquoi le succès requiert de posséder une discipline à toute épreuve.
D’aucuns, toujours en quête de leur liberté, se rebifferont parce qu’ils se rappelleront le dressage et les châtiments destructeurs de leur enfance. D’autres, professant être « libre comme l’air », indépendants, s’objecteront parce qu’ils préfèrent butiner à tous les courants de pensée, à toutes les idées, sans jamais être capable de s’engager positivement.
La sorte de discipline à laquelle je réfère est celle d’adultes possédant la maturité d’esprit. C’est cette discipline qui « est l’outil de base dont nous disposons pour résoudre les problèmes de la vie » (3).
Enfants, étudiants, parents, adultes, travailleurs, athlètes, tous ont besoin de discipline personnelle. Il en est ainsi des organisations.
Clef #2 Dire la vérité
C’est une lapalissade d’affirmer que la vérité n’a pas bonne presse. Qui n’a jamais été témoin de situations malheureuses où des personnes ont souffert à cause de demi-vérités si ce n’est de mensonges. L’arène politique n’est pas exempte de ces distorsions de la vérité.
Rechercher ou conserver le pouvoir met en jeu des intérêts variés pour qui la défaite est inacceptable et la victoire n’a pas de prix. Voici réunis les éléments créant une pression telle que le chemin de la facilité est souvent choisi et devient le précurseur des demi-vérités et des mensonges.
Pourquoi choisir de dire la vérité? Un esprit honnête pourrait répondre qu’il choisit de dire la vérité parce qu’il a de la considération et du respect pour ses concitoyennes et ses concitoyens. Par ailleurs, il existe d’autres raisons très sérieuses que l’on peut résumer par cet énoncé ; dire la vérité est plus profitable pour ses auteurs. Le psychiatre Scott Peck affirme :
« Plus on voit la réalité du monde, mieux on est équipé pour lui faire face. Car plus nos esprits sont brouillés par le mensonge, les fausses perceptions et les illusions, moins nous sommes capable de prendre les bonnes décisions et de savoir quelle attitude adopter. »(4)
Au cours de sa profonde réflexion au sujet des normes en histoire, le grand historien Maurice Séguin s’est interrogé sur l’objectivité, la sincérité, et le respect de la vérité. Élaborant ses normes s’appliquant à l’action, il affirme :
« Même l’action sera mieux servie par la vérité. […] Si entretenir des illusions, taire des difficultés, escamoter des déficiences peuvent paraître faciliter l’action immédiate, à longue échéance la vérité même pénible se révélera plus profitable aux hommes d’action, pour élaborer la stratégie globale et organiser les forces de la collectivité ». (5)
Deux auteurs de qualité témoignent des bienfaits de dire la vérité. Saurons-nous faire nôtre leur sagesse?
Bien qu’il puisse être difficile, dans l’immédiat, de reconnaître la vérité, de l’accepter et de la dire, reconnaissons, malgré les obstacles inhérentes, qu’elle rend la vie plus épanouissante pour la personne et plus profitable pour mener une action politique.
Je souhaite que la Ligue et ses membres, enrichis de ces connaissances, comprendront que la victoire de l’indépendance enjoint tous les « liquistes » à remplir une condition préalable, soit la transformation radicale de la pensée et de l’agir. Apprendre à penser autrement est laborieux, exige une volonté ferme et convie à s’astreindre à une démarche intellectuelle fondamentale. L’effort demandé se situe à l’opposé de la facilité mais c’est le prix à payer pour se préparer sérieusement à propager le message indépendantiste.
(1) Réflexion inspirée par le livre de Christian Morel, Les décisions absurdes - Sociologie des erreurs radicales et persistantes, Bibliothèque des sciences humaines, Gallimard, 2002, et par les chroniques de Bruno Deshaies sur Vigile.
(2) De Gaulle à Alger, le 4 juin 1958.
(3) Scott Peck, Le chemin le moins fréquenté, Éditions Robert Laffont, Paris, 1987, p. 14.
(4) Ibid. p. 46.
(5) Maurice Séguin, Les Normes de Maurice Séguin, Guérin, Montréal, 1999, p.117-118.

TRIBUNE LIBRE
Monsieur Landry parle comme un fédéraliste!
Jean Corriveau, Winnipeg
corriveauj@shaw.ca
TRIBUNE LIBRE Le 13 novembre 2003
Monsieur Landry me déçoit un peu quand il dit souhaiter que le départ du
premier ministre Chrétien corresponde à la fin d'une époque, celle de la
ligne dure du fédéral à l'endroit du Québec [selon un article paru sur
Vigile, le 8 novembre 2003].
Ne connaît-il pas son histoire du Québec? Depuis 1759, en passant par 1840,
1867, 1982 et jusqu'à maintenant, le Canada a toujours pris la ligne dure
envers le Québec. Ça n'a pas commencer avec Trudeau. C'est juste que
Chrétien et Trudeau ont manifesté au grand jour leur opposition au désir de
la souveraineté du Québec plus que d'autres politiciens avant eux. Aussi
cette opposition s'est manisfestée parce que certains Québécois des années 60
ont osé mentionner le mot 'indépendance'.
Monsieur Landry dit penser que Paul Martin, le futur premier ministre, sera
plus ouvert envers le Québec.
Eh bien, non! Il sera comme les autres. Pensez-vous que M. Martin s'ouvrira
à l'idée de la souveraineté du Québec. Non! La responsabilité du Premier
Ministre du Canada est de garder la Canada ensemble. Le mieux que Martin
pourrait envisager serait de reconnaître une quelconque souveraineté du Québec
à l'intérieur du Canada. C'est un peu ce que Mulroney proposait. On connaît
le fiasco que cela a donné, n'est-ce-pas?
Monsieur Landry parle comme un fédéraliste! Ça fait pitié. Ses souhaits sont
ceux d'un fédéraliste, pas d'un souverainiste, et encore moins ceux d'un
indépendaniste. Pensez-y. Si M. Landry souhaite un meilleur Premier Ministre
canadien pour le Québec, c'est qu'il souhaite que le Canada fonctionne
mieux, et donc, il souhaite que le Québec reste dans le Canada.
Non, mais... si les Québécois désirent réellement un jour leur indépendance,
ils devront d'abord différencier les supporteurs de l'indépendance des
supporteurs du fédéralisme. C'est élémentaire, tout de même!