Actualité





»» PQ

Les héritiers

Michel David
Le Devoir jeudi 20 novembre 2003

Au cinéma, la suite égale rarement le film original. Soit, il y a Harry Potter, mais c'est l'exception. Malgré sa longueur, j'étais de ceux qui avaient aimé Le Mouton noir, de Jacques Godbout, tourné au début des années 90, mais je dois confesser un certain ennui - ou était-ce plutôt de la nostalgie? - au visionnement de l'essai-documentaire, heureusement plus court, qu'il a intitulé Les Héritiers du Mouton noir, qui sera présenté à Ex-Centris du 5 au 18 décembre.

L'idée n'était pourtant pas mauvaise. Dix ans plus tard, qu'étaient devenus ces jeunes apprentis politiciens pour lesquels l'échec de l'accord du Lac-Meech avait marqué le début d'une grande aventure, les Joseph Facal, Mario Dumont, Jean-François Simard, Michel Bissonnette et autres Denis Coderre?

Les jeunes loups du Mouton noir évoluaient toutefois sur une scène où apparaissaient également des acteurs chevronnés comme Robert Bourassa, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Jean Chrétien, sans oublier le fantôme de John A. Macdonald, dont la présence donnait une certaine dimension historique au film.

La première avait eu lieu le 30 août 1992, au lendemain du congrès au cours duquel les libéraux avaient officiellement enterré le rapport Allaire au profit de l'entente de Charlottetown. Les gens rassemblés à la Place des Arts ce soir-là avaient le sentiment de vivre des moments importants, peut-être même déterminants. Honnêtement, êtes-vous très excités par l'arrivée de Paul Martin?

Certes, on peut éprouver un certain soulagement à l'idée d'être enfin débarrassés de Jean Chrétien, en espérant que cela signifie également la fin de Stéphane Dion, mais de l'excitation? À l'heure actuelle, le seul suspense est de savoir combien de bloquistes réussiront à survivre aux prochaines élections.

***

En revanche, si le but de Godbout, en faisant un nouveau film, était d'illustrer les propos de Jean-Herman Guay, qui ont tant choqué Bernard Landry au dernier conseil national du PQ, il peut dire «mission accomplie».

Ce que Joseph Facal affirme lorsqu'il évoque l'épuisement des «trois moteurs» de la Révolution tranquille (infériorité économique, insécurité linguistique, préjugé favorable envers l'État), épuisement qui explique la baisse de la ferveur souverainiste, fait écho à l'intervention de M. Guay à propos des «raisins de la colère» qui ont disparu.

M. Facal était toujours officiellement membre d'un gouvernement qui promettait la souveraineté dans 1000 jours, mais il confiait au cinéaste son inquiétude en voyant se refermer la fenêtre ouverte par l'échec de Meech. Force lui était de constater que les jeunes Québécois, qui s'apprêtaient à voter pour la première fois, considéraient tout cela comme de l'histoire ancienne.

Son ancien collègue délégué à l'Environnement, Jean-François Simard, a toujours présenté les choses d'une manière plus enveloppée. Quand il parle de la nécessité pour une collectivité de «prendre un moment de répit», il faut comprendre qu'il n'est pas tellement plus optimiste.

Celui qui l'avait précédé à la présidence des Jeunes libéraux fédéraux, Denis Coderre, entrevoit un avenir lumineux. La meilleure scène du film est peut-être celle où le ministre fédéral de la Citoyenneté et de l'Immigration, luisant de sueur, frappe des deux poings dans un sac de sable. Il ne manquait qu'une feuille d'érable sur son maillot. On lui souhaite que son nouveau chef ne vienne pas freiner ce bel enthousiasme.

Du groupe, le prédécesseur de Mario Dumont à la présidence de la Commission jeunesse du PLQ, Michel Bissonnette, est sans doute le moins connu du grand public. C'est pourtant lui qui avait réussi à forcer l'adoption du rapport Allaire en mars 1991, à la grande fureur de Claude Ryan, qui avait claqué bruyamment la porte du Centre des congrès.

C'est peut-être lui qui illustre le mieux la désaffection de bien des gens de sa génération pour la politique. Cet ancien mouton noir du PLQ, qui se dit parfaitement à l'aise dans le Québec de Jean Charest, préfère maintenant produire des séries de télévision. Bunker, ça vous dit quelque chose?

***

La première du film a eu lieu mardi. Ce matin-là, Le Devoir publiait une réplique des membres du Cercle Godin-Miron à Jean-Herman Guay «et consorts», au nombre desquels ils comptent le politologue Christian Dufour et l'ancien ministre Claude Morin, qualifiés de croque-morts, qu'ils accusent de se faire «les rouages de l'immense machine de propagande à l'oeuvre depuis 1995 pour transformer tout Québécois en non-Canadien».

Libres à eux de le penser, mais je doute que ce soit le cas de Joseph Facal ou de Jean-François Simard. Soit, ni l'un ni l'autre ne fait partie des «purs et durs», mais ils ne suggèrent aucunement aux souverainistes d'oublier leur rêve. Simplement de regarder la réalité en face. Il est peut-être désagréable d'entendre dire que le projet souverainiste souffre d'un problème générationnel, mais le nier ne réglera rien.

La semaine dernière, The Gazette faisait état du retour au bercail souverainiste de Guy Bertrand après la longue errance que l'on sait. À l'occasion d'un dîner-bénéfice du Bloc québécois à Québec, Bernard Landry a publiquement embrassé le fils prodigue.

Me Bertrand a expliqué avoir finalement compris que la souveraineté est plus urgente que jamais. Non, ne dites rien. Moi aussi, je me souviens de toutes les inepties que cette ancienne coqueluche des pires dinosaures du Canada anglais a proférées au fil des ans. Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai eu un coup de cafard en voyant le film de Godbout? Si c'est lui, l'héritier...

mdavid@ldevoir.com



»» Paul Martin

Le Québec de Paul Martin

Bernard Descôteaux
Le Devoir jeudi 20 novembre 2003

Éditorial - Au cours des 35 dernières années, le Canada a collectionné les premiers ministres issus du Québec. Après Trudeau, Mulroney et Chrétien, voici qu'arrive Paul Martin. À la différence de ses prédécesseurs, il apparaît toutefois que les assises politiques de celui-ci sont bien peu québécoises.

Dans l'esprit du Canadien ordinaire, il ne pouvait y avoir de doute que les Trudeau, Mulroney et Chrétien étaient Québécois. Ils eurent même à en payer un prix politique tant le French power était détesté. Dans le cas de M. Martin, cette réaction ne joue pas. Spontanément, on le perçoit comme un Canadien et bien peu comme un Québécois.

La personnalité de M. Martin a de nombreuses facettes. S'il a fait partie du Québec inc. et a construit sa fortune au Québec, il est aussi un Franco-Ontarien. Surtout, ces dix dernières années, il a rayonné à travers tout le Canada comme ministre des Finances, acquérant une stature nationale. C'est sur cet aspect de sa personnalité qu'il a centré sa campagne pour succéder à Jean Chrétien.

Cette attitude contraste avec celle adoptée en 1990 alors que le député de LaSalle-Émard tentait une première fois de devenir chef du Parti libéral. Il avait alors misé sur le Québec, n'hésitant pas à s'identifier au nationalisme québécois et appuyant l'accord du Lac-Meech. Cette fois-ci, sa stratégie a été à l'inverse, au point de faire un silence presque complet sur les aspirations du Québec.

Dans un texte qui se veut la synthèse de sa vision politique du Canada, rendu public samedi, il fait le silence presque total sur ce thème. Pas un mot sur le caractère distinct du Québec ou sur la notion de peuple fondateur, comme le notait hier notre collègue Manon Cornellier en revenant sur ce texte passé inaperçu le week-end dernier. Dans son esprit, le problème de l'identité canadienne s'est résorbé à tel point qu'«aujourd'hui, nous [les Canadiens] savons qui nous sommes». Bref, il n'y a plus de problème québécois.

La vision de l'avenir du Canada exprimée par Paul Martin étonne. Elle manifeste un éloignement des préoccupations de ses concitoyens québécois qui, même s'ils ont élu Jean Charest, n'en continuent pas moins de vouloir recevoir une reconnaissance du caractère distinct de leur société. Témoigne de cette incompréhension le rappel qu'a dû lui faire cette semaine le premier ministre Charest en ce qui concerne le respect des compétences constitutionnelles du Québec.

Dans sa longue marche vers le pouvoir, M. Martin s'est appuyé sur une garde rapprochée où les Québécois étaient minoritaires, pour ne pas dire absents. Cela a pu contribuer à son éloignement des préoccupations québécoises. Il ne pourra pas perpétuer cette situation au moment de s'installer au pouvoir. La place qu'il fera aux Québécois témoignera de sa volonté de renouer avec leurs aspirations.



»» situation économique et budgétaire du gouvernement

Confusion aux finances

Gilbert Lavoie
Le Soleil jeudi 20 novembre 2003

Éditorial - Un an après le "coup de force" de Pauline Marois et de Joseph Facal au cabinet, en novembre 2002, le gouvernement Charest se pose les mêmes questions qu'avaient soulevées en vain les deux ministres péquistes devant Bernard Landry. Faut-il informer les Québécois de l'ampleur des difficultés budgétaires du Québec ? Et faut-il intervenir immédiatement ? Après un an de tergiversations, le moment est venu de passer à l'action.

L'an dernier, Mme Marois et M. Facal s'étaient heurtés au Conseil exécutif et à Bernard Landry. Dans une note au cabinet le 6 novembre, les ministres prônaient la transparence : "Une consultation publique devrait être tenue le 18 novembre afin d'informer la population sur la situation économique et budgétaire du gouvernement et d'élargir un consensus sur les actions à entreprendre pour maintenir l'équilibre budgétaire et assurer le financement des services publics(...). Suite à ces consultations, un Énoncé complémentaire annonçant un plan de redressement des finances publiques devrait être déposé au début décembre".

On connaît la suite : à six mois des élections, le gouvernement Landry a préféré conserver ses lunettes roses.

Depuis quelques semaines, les conseillers de Jean Charest s'interrogent à leur tour sur l'opportunité de faire une nouvelle présentation sur les finances publiques. Les informations qui coulent à gauche et à droite donnent à penser que le budget déposé par le ministre Yves Séguin en juin dernier est dépassé par d'autres trouvailles dans l'héritage péquiste et des imprévus dans la situation économique. Mais les nouvelles sortent à la pièce, comme vendredi dernier quand le ministre Séguin a dit soupçonner des pertes supplémentaires à la SGF et dans les sociétés Innovatech.

Ces informations s'ajoutent à toutes sortes de rumeurs : Hydro-Québec et Loto-Québec seraient incapables de générer les revenus escomptés dans le dernier budget ; les promesses faites dans les transports seraient à des années-lumière du budget du ministère ; on anticipe un manque à gagner de 1 milliard $ dans la péréquation ; la réingénierie ne donnera pas d'économies avant quelques années ; le gouvernement serait sur le point d'imposer de nouvelles coupes aux ministères.

En parallèle à ces mauvaises nouvelles, le gouvernement fait grand état de "bonnes nouvelles" qui ajoutent à la confusion : aide à Bombardier ou à la minière Québec Cartier, appui au Grand Prix de Montréal, autant d'interventions qui donnent l'impression que les libéraux ne feront pas autant d'économies qu'ils le promettaient dans les subventions à l'entreprise.

Il ne subsiste plus aucun doute sur le sérieux des difficultés budgétaires du Québec. Le critique péquiste François Legault en convient et offre sa collaboration pour accroître les pressions sur Ottawa. C'est une avenue, mais ce n'est pas Paul Martin qui va négocier nos contrats de travail avec les fonctionnaires ou décider du taux de croissance des budgets de nos ministères.

Après sept mois au pouvoir, les libéraux ont en main les données nécessaires pour mettre fin à la confusion et préciser les grandes orientations qui guideront leurs gestes. Si les prévisions budgétaires qu'on nous a présentées en juin ne tiennent plus, il faut corriger le tir sans délai.

GLavoie@lesoleil.com



»» situation économique et budgétaire du gouvernement

La situation financière du gouvernement ne cesse d'empirer

Jean-Paul Gagné
Les Affaires samedi 22 novembre 2003

Éditorial - Au 31 mars 2003, le gouvernement du Québec avait une dette totale de 108 milliards de dollars (G$). C'est 14 666 $ par habitant.

Le Québec était de loin la province la plus endettée. La deuxième province la plus endettée était la Nouvelle-Écosse, avec une dette totale de 11 647 $ par habitant. Suivaient Terre-Neuve, avec 11 010 $ et l'Ontario, avec 9 459 $.

Et la situation ne s'est pas améliorée. Le gouvernement estime que sa dette totale atteindra 111,5 G$ au 31 mars 2004, soit environ 15 140 $ par habitant. Le service de la dette coûte cette année 7,5 G$, soit 13,7 % des revenus du gouvernement. Il n'y a aucun répit à l'horizon.

Du 1er avril 1998, première journée de l'exercice 1998-1999, qui a affiché un équilibre budgétaire (les exercices qui ont suivi ont aussi été en équilibre), au 31 mars 2004, la dette totale du gouvernement se sera alourdie de 13,8 G$. L'ajout à la dette sera de 2,9 G$ cette année.

Comment se fait-il, direz-vous, que le gouvernement pratique depuis cinq ans la politique du déficit zéro et que sa dette augmente quand même à grande vitesse ?

Cela s'explique par deux facteurs principaux : 1. Quand le gouvernement emprunte pour des immobilisations (par exemple, une route), les sommes empruntées sont ajoutées à sa dette. En 2002-2003, les emprunts pour immobilisations ont été de 1,5 G$. Une fraction de ces immobilisations est passée annuellement dans les dépenses (comme dans le privé).

2. L'autre facteur a trait aux relations financières que le gouvernement entretient avec ses sociétés d'État (comme Hydro-Québec) et les organismes publics (comme la Société de l'assurance automobile du Québec), qui font partie de son périmètre comptable et dont les résultats (bénéfices, excédents ou pertes) entrent dans ses revenus et dépenses. Ainsi, le bénéfice d'Hydro-Québec fait partie des revenus du gouvernement, alors que la perte de la SAAQ entre dans ses dépenses. Cette mécanique peut aider le gouvernement à boucler son budget comme elle peut lui nuire. C'est pour cela, par exemple, que le gouvernement précédent a sorti du périmètre comptable la CSST lorsque celle-ci a subi une perte importante, il y a quelques années.

Par ailleurs, les bénéfices et les pertes des sociétés et des organismes d'État influencent les besoins financiers du gouvernement. Reprenons l'exemple d'Hydro-Québec. Ainsi, la partie de son bénéfice qui n'est pas remise au gouvernement sous forme de dividende est considérée comme un financement de cette société d'État au bénéfice du gouvernement et, par conséquent, elle entre dans la dette du gouvernement. En 2002-2003, la consolidation des revenus et des pertes des sociétés et des organismes d'État a procuré un excédent net (non remis au gouvernement) de 1,8 G$, qui a été inscrit à la dette du gouvernement parce qu'il est un financement. L'an dernier, cette dette a ainsi augmenté de 3,4 G$ (1,5 G$ d'emprunts pour immobilisations + 1,8 G$ d'excédent net + une petite perte due à une réévaluation de la dette en devises étrangères).

Alors qu'Ottawa rembourse sa dette depuis plusieurs années (grâce en partie à la réduction des transferts aux provinces), Québec accroît sans cesse la sienne. Et on ne voit pas comment cette tendance sera renversée.

Le gouvernement précédent a posé des gestes draconiens (telles les mises à pied dans le personnel de la santé) pour éliminer le déficit, mais il n'a pu éviter l'augmentation de la dette. Il aurait pu ne pas baisser les impôts, mais la structure fiscale du Québec était devenue non concurrentielle avec celle de l'Ontario. De plus, pour stimuler l'investissement, il a multiplié les crédits d'impôt, les déductions fiscales et les congés de taxes, pour des périodes s'étendant parfois sur 10 ans, ce qui affectera la croissance future des recettes fiscales.

La situation actuelle est intenable, d'autant plus que nos infrastructures (routes, hôpitaux, etc.) sont très détériorées. Le ministre des Finances, Yves Séguin, a réduit les avantages fiscaux aux sociétés dans son récent budget et il sera tenté de récidiver. Il pourrait devoir oublier la réduction d'impôts de 1 G$ promise aux particuliers cette année, d'autant plus que l'Ontario accroîtra peut-être les siens. Ou bien, il s'attaquera aux dépenses de certains ministères (alors qu'elles augmentent automatiquement de 3 à 4 % dans la santé). Ou encore, il devra trouver d'autres sources de revenus (tarifs d'Hydro-Québec, tarifs des garderies, impôt sur les gros gains de loterie, etc.).

Le moment est vraiment venu de réévaluer les programmes. Mais il faudra aussi faire autrement, par exemple au moyen de partenariats public-privé. Des choix de société s'imposent. De beaux sujets à débattre dans la tournée pré-budgétaire du ministre Séguin.

jean-paul.gagne@transcontinental.ca



»» défusions

Les défenseurs de Montréal passent à l'offensive

Jeanne Corriveau
Le Devoir jeudi 20 novembre 2003

Il est grand temps que les partisans de la nouvelle ville fusionnée se manifestent et prennent la parole pour défendre Montréal, croient les membres de la toute nouvelle Coalition Montréal. Fort de l'appui de 180 personnalités montréalaises, le mouvement fourbit ses armes en attendant que le gouvernement de Jean Charest dévoile les modalités de sa loi 9 sur les défusions.

Les sept fondateurs de la coalition créée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) ont présenté hier aux médias leurs prestigieux partenaires à l'occasion d'une conférence de presse au Marché Bonsecours. Des personnalités du monde des affaires, du secteur syndical et des domaines culturel, sportif et sociocommunautaire ont accepté d'appuyer la cause de la nouvelle ville de Montréal dans l'espoir de contrer le discours défusionniste. «Le problème, c'est que le débat est resté entre les mains des politiciens et celles des défusionnistes. À partir de maintenant, on veut faire en sorte qu'il y ait une parole publique continue, que les gens se lèvent debout, se mobilisent et défendent la ville pour laquelle ils travaillent», a expliqué Simon Brault, président de Culture Montréal.

Même si plusieurs d'entre eux étaient absents hier, les Lucien Bouchard, Charles Taylor, Pierre Curzi, Jean Doré, Francis Fox, Guy Lafleur, Jean Béliveau et le Dr Réjean Thomas ont donné leur appui à la coalition. Cette organisation non partisane est dirigée par Benoît Labonté, président de la CCMM, Robert Lacroix, recteur de l'Université de Montréal, Phyllis Lambert, présidente du Centre canadien d'architecture, Henri Massé, président de la FTQ, Nancy Neamtan, présidente du Chantier de l'économie sociale, Philip O'Brien, fondateur de Davencore, et Simon Brault.

Le groupe espère changer la dynamique du débat amorcé autour des défusions et inciter les Montréalais favorables à la nouvelle ville à se faire entendre. Mais il n'a pas encore élaboré un plan d'attaque précis, si ce n'est de profiter de toutes les tribunes pour défendre Montréal, reconnaît Simon Brault. «Dans les prochaines semaines, on va concocter un plan de campagne musclé afin de défendre la ville. Et on va avoir besoin de sous, c'est certain», a-t-il indiqué. Un site Internet (www.coalitionmontreal.qc.ca) permettra d'ailleurs au groupe de recueillir les suggestions des citoyens.

La coalition croit que la menace de défusions qui guette Montréal paralyse le développement économique de la métropole. Elle dénonce également le clivage entre anglophones et francophones que le débat a fait naître. «Il ne faut pas que ça devienne un débat linguistique. Il faut qu'il aille au delà de ça. [...] L'avenir de Montréal, c'est plus qu'une question de langue et qu'une question de bouts de rue et de trottoir», croit Nancy Neamtan.

Même si, individuellement, les membres de la coalition aimeraient bien voir le gouvernement retirer son projet de loi sur les défusions, ce n'est pas le message que le mouvement souhaite diffuser. «On s'adresse beaucoup moins au gouvernement qu'aux citoyens montréalais», indique Simon Brault.

Dans le camp des défusionnistes, on manifeste une certaine méfiance à l'endroit de la coalition. L'ex-maire de Westmount, Peter Trent, croit que dans son duel contre David, Goliath a pris du poids hier. Le mouvement profusion peut compter sur l'aide de puissants partenaires, dont la FTQ et la Chambre de commerce, ce qui n'est pas le cas des défusionnistes, en voie de devenir «l'underdog», explique-t-il. Malgré tout, il ne se dit pas trop inquiet: «Je ne pense pas que ça va beaucoup influencer les gens. Grosso modo, ça ne m'inquiète pas, mais je trouve que c'est un peu injuste que les gens privilégiés se trouvent du même côté.»



»» défusions

M. Charest, écoutez-les!

André Pratte
La Presse jeudi 20 novembre 2003

Jean Béliveau, Henri Massé, Françoise David, David Culver, André et Hélène Desmarais, Michel Tremblay... Deux cents Montréalais de tous les milieux, de toutes les cultures et de tous les horizons politiques ont lancé hier un appel pressant en faveur du nouveau Montréal. Cela suffira-t-il à faire réaliser au gouvernement qu'en cherchant à réconcilier l'irréconciliable, il gaspille le temps, l'argent et l'énergie du coeur économique du Québec?

Plusieurs soutiennent que le dossier des défusions est maintenant piloté par le bureau du premier ministre. Alors, adressons-nous à lui: M. Charest, écoutez donc ce que ces 200 leaders montréalais ont à dire, au lieu de vous plier en quatre pour plaire à quelques nostalgiques potentats locaux. Écoutez ce que soutient Philip O'Brien, fondateur de Devencore, résidant d'une ancienne ville de banlieue: "C'est sûr qu'avant, le gazon était bien coupé. Mais en même temps, à travers le monde, les villes se réunissent pour relever les formidables défis économiques auxquels elles font face. Il faut absolument trouver le moyen de renforcer la ville de Montréal."

Cela ne vous convainc pas, M. Charest? Parlez à Stephen Bronfman, à Phyllis Lambert, à Robert Lacroix... Vous connaissez bien Marcel Côté, Francis Fox, Brian Levitt, Serge Savard, pourquoi n'écoutez pas ce qu'ils ont à dire?

Ce que ces gens-là ont à dire, c'est que Montréal a déjà perdu assez de temps par votre faute.

Trois avenues s'offrent au gouvernement. Un: les banlieusards sont appelés à choisir entre la ville décentralisée proposée par le maire Tremblay et le morcellement d'antan. Heureusement, vous avez déjà conclu que ce scénario n'est pas sensé.

Deux: les banlieusards sont appelés à choisir entre le modèle Tremblay et le modèle que présentera le ministre Fournier, encore plus décentralisé, mais conservant une certaine unité à la nouvelle ville. En ce cas, malgré ce que vous prétendrez M. Charest, les référendums seront bidons. Les défusionnistes ne veulent pas choisir entre deux modèles de décentralisation, ils veulent défusionner, et c'est là-dessus que vous avez promis de les consulter.

Troisième avenue, la plus honnête, la meilleure dans l'intérêt de Montréal: vous admettez que les défusions souhaitées par les banlieusards seraient néfastes pour la métropole, que la décentralisation suivant le modèle Tremblay est la seule voie possible. Pas d'études, pas de référendums, on va de l'avant.

"Montréal n'a pas tous les outils dont elle a besoin pour être aussi prospère que ses rivales. Il faut que Montréal parle d'une voix forte", déclariez-vous il y a un an. Les signataires d'hier ne disaient pas autre chose.

Des membres de votre caucus seront furieux? C'est normal, les députés ne voient jamais plus loin que le bout de leur comté. Un premier ministre doit savoir s'élever au-dessus des querelles de clocher, et trancher, courageusement, fermement, en faveur de l'intérêt commun. C'est ce que les Montréalais attendent de vous, M. Charest.



»» défusions

Montreal is first and foremost Montrealers

There is no lack of challenges. It is time for Montreal institutions to offer a better reflection of the city's diversity

The Montréal Gazette Thursday, November 20, 2003

The Montreal Coalition, a group of prominent citizens sponsored by the Montreal Chamber of Commerce, appealed to Montreal Island residents yesterday to stand together in support of the megacity. Here is a text of their appeal:

Acity that brings us together!

Before being an island, before being a city, before being a government, Montreal is first and foremost Montrealers.

Montreal is the thousands of individuals who say and who think, ''This is my city.'' And who give it life.

It is its families, its workers, its artists, its students, its entrepreneurs and much more. The heart of Montreal beats because Montrealers feel a strong sense of pride and belonging. It is up to us, its citizens, to make of it what we will. Because Montreal is our city.

And our greatest desire is to do better for it.

There is no lack of challenges. Montreal could be more beautiful, more prosperous, better maintained, and more just; more lively and more attractive to visitors.

To do better, we must first do much more together.

Since Montreal exists and is defined by its people, its cultural diversity is one of its most precious resources. It gives our city its charm and its colour, its rhythm and its flavour.

It is time for Montreal institutions to offer a much more authentic reflection of this diversity. All Montrealers should be able to participate in the city's public and political life, whether they live in St. Léonard or Notre Dame de Grâce, in Kirkland or Ahuntsic.

By allowing everyone to contribute to its public and political life, the new city offers an important foundation on which we can do more together.

For Montreal, this is a valuable asset. Because as long as there are Montrealers from one end of the island to the other, Montreal will continue to exist. And we will have to work together.

Since Montreal belongs to all of us, the challenges posed by the creation of a new city give us good reasons to close ranks, roll up our sleeves, and work together. Because we are Montreal, it is up to us to create a city in our own image. That is why we choose to defend the new Montreal - for what it is now and especially for what it could become.

The signatories of the letter included:

Pierre Allard, Philippe Angers, Dominique Anglade, Pierre Audet, Manon Barbeau, Yves Beauchamp, Jean Béliveau, Howard Bergman MD, Lucien Bouchard, Denise Bouchard, Marcel Brisebois, Stephen Bronfman, Denis Brott, Pierre Brunet, Dinu Bumbaru, France Castel, Claude Castonguay, Baljit S. Chadha, Melvin Charney, James C. Cherry, Mark H. Choco, Pierre Cléroux, Marcel Côté, Pierre-Alain Cotnoir, David M. Culver, Pierre Curzi, Edith Cyr, Françoise David, Diane De Courcy, Clément Demers, Roch Denis, André Desmarais, Hélène Desmarais, Rocco Di Zazzo, Jean Doré, Honey Dresher, Pierre Dupuis, Michael Fainstat, Bruno Fortier, Francis Fox, Guy Fréchette, Linda Gaboriau, Dr. Jacques Genest, Sylvie Gilbert, Karl Didier Grah, Lorraine Guay, Christopher Hall, Jonathan Harvey, Mazen Houdeib, Jean-Claude Icart, Serge Joyal, Patrick Kenniff, Ramesh Khosla, Bernard Labadie, Andrée Lachapelle, Guy Lafleur, Marc Lamarche, Bernard Lamarre, Yvon Lamarre, Dr. Yves Lamontagne, Marie-Laure Landais, Daniel Langlois, Jacques Languirand, Jean Laurin, Guy R. Legault, Brian Levitt, Elliot Lifson, Didier Lucien, Antonine Maillet, David McAusland, André Ménard, Karel Ménard, L. Jacques Ménard, Monique Mercure, Guido Molinari, Faraj Nakhleh, Xuän-Huy Nguyen, Luc Ouimet, Lorraine Pintal, Tiiu Poldma, Stephan Reichhold, Dimitri Roussopoulos, Bernard A. Roy, Louise Roy, Rick Rubin, Arthur Sandborn, Serge Savard, Bernard Shapiro, Howard R. Silverman, Alain Simard, Guy Sprung, Eleni Stavridou, Dr. Nicolas Steinmetz, Pierre St-Germain, Charles Taylor, Dr. Réjean Thomas, Marie Tifo, Jean- Marie Toulouse, Célitard Toussaint, Michel Tremblay, Akos Verboczy, Irene Whittome, Christian Yaccarini, and others.

A complete list of signatories, with identification details, can be found at www.coalitionmontreal.qc.ca/perso_en.htm.



»» réingénierie

Monique Jérôme-Forget consultera la population :
Le discours du gouvernement sur la réorganisation de l'État ne passe pas encore la rampe

François Normand
Les Affaires samedi 22 novembre 2003

Monique Jérôme-Forget entreprend ces jours-ci une vaste consultation auprès des syndicats, des gens d'affaires et des groupes communautaires sur l'ambitieux projet de réforme de l'État québécois, dont les pratiques administratives datent dans plusieurs cas de la révolution tranquille. Elle en profitera en même temps pour rencontrer les employés du gouvernement.

Au cours d'une rencontre éditoriale aux AFFAIRES, la présidente du Conseil du trésor a admis que le discours sur la réingénierie de l'État passait difficilement la rampe, sans parler de la "confusion" qui subsiste sur certains aspects, comme les partenariats public-privé.

Contrairement à ce que prétendent certains groupes, il ne s'agit pas de privatisation, affirme Mme Jérôme-Forget. Le gouvernement garde le contrôle et continue d'être le donneur d'ordres. Selon elle, ces partenariats permettraient d'éviter des dépassements de coûts, comme pour le prolongement du métro à Laval. "En Grande-Bretagne, le gouvernement de Tony Blair a conclu 500 de ces ententes."

La tournée de Mme Jérôme-Forget, qui l'amènera notamment en Abitibi, à Gatineau, à Trois-Rivières, à Sherbrooke, à Rimouski et à Matane, a non seulement pour but d'expliquer la réforme, mais aussi de receuillir des recommandations. La réingénierie poursuit plusieurs objectifs dont celui de s'adapter à la fois à l'offre de service à l'heure d'Internet et au vieillissement de la population dans un contexte de pression sur les finances publiques.

"Il faut tourner chaque pierre. Il faut que chaque employé se sente interpellé, et se dise : "Comment pourrais-je faire les choses différemment ?", dit-elle.

Son enthousiasme n'a pas convaincu le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) qui n'y voit qu'un exercice comptable pour réduire la taille de l'État.

"La réingénierie ne vise pas à moderniser l'État québécois. Elle vise plutôt à en diminuer la portée et à la rapetisser", accusait le SFPQ, le 26 septembre, dans un communiqué. "Le but du gouvernement est clair : mettre de l'avant une société plus individualiste qui favorisera les mieux nantis au détriment de la population québécoise."

Miser sur les jeunes

Mme Jérôme-Forget rétorque que c'est plutôt le contraire. La réingénierie améliorera la prestation des services pour toute la population mais il est clair qu'à la fin du processus, l'État sera moins présent qu'il ne l'est actuellement et plus efficace. "On veut améliorer la productivité de nos employés (...) Ils devront faire plus avec moins."

Elle mise d'ailleurs sur les jeunes pour insuffler une "culture de changement" dans l'appareil étatique. "J'ai rencontré les jeunes de la fonction publique, ceux qui ont moins de 35 ans. Ils embarquent dans la démarche. Ils nous ont appuyé publiquement pour dire comment ils veulent être impliqués."

Des chantiers de réflexion

Regroupés au sein du Forum des jeunes de la fonction publique québécoise, un organisme créé en 1997, ils ont lancé quatre chantiers pour participer à la réflexion sur la réingénierie : la gestion de carrière, le gouvernement en ligne, la valorisation et la responsabilisation, et le partenariat public-privé .

Si le Forum se dit "partenaire de la réorganisation de l'État", il est encore loin d'avoir donné son entier appui au gouvernement libéral, précise son président, Nicolas Mazellier. "Nous contribuerons à la réflexion et nous préciserons ensuite si nous sommes pour ou contre la réforme", dit M. Mazellier, fonctionnaire au ministère des Finances.

Mais le Forum fait des constats qui rejoignent ceux que fait la ministre sur, par exemple, la lourdeur de l'administration. Le développement du gouvernement en ligne dépasse la simple question d'adopter des technologies de l'information. "La question remet en cause toute une série de façons de faire bureaucratiques, encore trop présentes."

De son côté, Mme Jérôme-Forget veut non seulement changer l'attitude des ministères qui fonctionnent en silo, mais elle veut aussi casser la culture hiérarchique au sein de l'État, où l'on valorise souvent les cadres, au détriment des employés sur le terrain.

"La personne qui donne les services à la population doit se sentir la plus importante. C'est elle qui donne l'image, qui transmet nos valeurs, notre philosophie. Il faut publiciser davantage les succès et reconnaître les champions", dit-elle. Elle veut aussi identifier les jeunes qui montent et les encourager à prendre davantage de responsabilités.

francois.normand@transcontinental.ca



»» PLQ

Nous sommes prêts

Vanessa Quintal
Voir, n° Vol: 17 NO: 46 jeudi 20 novembre 2003

Nous sommes prêts - Les Québécois ont toujours aimé donner des sobriquets à leurs hommes politiques. Nous n'avons qu'à penser à Ti-Poil, Boubou, le Ti-gars de Shawinigan, Pet... Dans le même esprit, les auteurs du site www.destituonspatapouf.com ont baptisé notre premier ministre Jean Charest du surnom de Patapouf. Ce faisant, ils ne cherchent rien de moins que sa destitution. Pourquoi attendre quatre ans? demandent-ils. Au Québec, il n'existe aucun moyen de se départir d'un élu avant les prochaines élections. Alors, prenant à partie l'admiration que voue Patapouf à nos voisins du sud, ils basent leur initiative sur le processus de destitution existant aux États-Unis. Le but: remettre à l'Assemblée nationale, en avril 2004, une pétition contenant au moins 463 950 noms. On peut lire sur le site que "bien que cette démarche se fasse dans la bonne humeur, elle ne se veut pas moins une façon sérieuse pour les Québécois d'exprimer leur mécontentement envers le gouvernement. (...) Êtes-vous prêts à destituer Patapouf? Nous sommes prêts!"



»» L'avenir du français

Le français, langue régionale ou internationale ?

L'avenir du français dans les institutions européennes et son impact sur le Québec

Louise Beaudoin
Professeure invitée à l'Université Jean-Moulin de Lyon

Le Devoir jeudi 20 novembre 2003

Depuis 1997, la part du français comme langue de rédaction d'origine des documents de la Commission européenne a chuté brutalement, passant de 40,4 % à 29 %, le transfert s'effectuant totalement au profit de l'anglais, les autres langues stagnant à un niveau marginal.

Au Conseil européen, la situation est pire encore, l'usage du français passant au cours de la même période de 42,2 % à 18,8 %.

Cette accélération du recul du français dans les institutions de l'exécutif européen comme langue de conception et de travail découle directement de l'adhésion à la Communauté européenne en 1995 de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède, pays qui recourent systématiquement à l'anglais sur la scène internationale.

Les dernières présidences (changeant par rotation), espagnole, danoise et grecque, ont nettement privilégié l'anglais. De surcroît, l'adhésion en 2004 de dix nouveaux États, les trois pays baltes et les ex-pays de l'Est, devrait renforcer cette tendance. En effet, les conférences intergouvernementales d'adhésion se sont déroulées exclusivement en anglais, y compris avec les représentants des pays membres ou observateurs de l'Organisation internationale de la Francophonie (Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Slovénie). De même, le programme européen d'aide aux anciens pays de l'empire soviétique a été exclusivement rédigé en anglais, y compris les appels d'offres.

Ajoutons à ce sombre tableau l'extension du nombre de groupes sans interprétation simultanée parmi les organes préparatoires du Conseil, ce qui, de facto, les mène au monolinguisme anglais: dans ces conditions, dans un débat serré, il est difficile pour qui parle un basic English de négocier à armes égales avec un Britannique.

De quoi désespérer ?

Notons tout d'abord que dans certains secteurs, le français se porte bien. Au Parlement européen, le français reste la première langue de travail de l'administration. Il en est de même dans ce qu'on appelle les institutions luxembourgeoises (Cour de justice et Cour de comptes): le français est la langue du délibéré. Ces institutions sont par ailleurs attachées au plurilinguisme, ce qui a pour effet de réduire la prédominance de l'anglais constatée ailleurs.

Les travaux ayant mené au dépôt du projet de Constitution européenne le 18 juillet 2003 ont fait une large place au français en raison de leur caractère juridique et surtout parce que ces travaux étaient dirigés par l'ancien président de la France, Valéry Giscard d'Estaing.

Le projet de Constitution (la Convention européenne), par son article I-3, fait du respect de la diversité culturelle et linguistique un nouvel objectif de l'Union. Diverses autres dispositions du projet abordent cette question. Seront-elles de nature à renforcer et à préciser les dispositions actuelles en matière linguistique, en particulier le règlement n° 1 du 15 avril 1958 (amendé à chaque élargissement)? Beaucoup d'experts en doutent.

On constate cependant que d'autres pays que la France ont fini par s'émouvoir de l'éventuelle hégémonie de l'anglais. C'est ainsi que, dans ce domaine comme dans d'autres, le couple franco-allemand a su prendre des initiatives concrètes, par exemple en matière d'exigences linguistiques au recrutement (plurilinguisme des candidats).

Quant à la France, elle a adopté le 11 janvier 2002 un plan d'action pluriannuel pour le français. Elle s'est associée dans cette action à la Communauté française de Wallonie-Bruxelles, au Luxembourg et à l'Agence intergouvernementale de la Francophonie. Ce plan vise en particulier l'apprentissage du français par de nombreux fonctionnaires de l'Union actuelle et de ses futurs adhérents. De plus, sur ses fonds propres (1,4 million d'euros en 2003), la France s'est engagée dans un programme de formation de milliers de fonctionnaires. Les députés européens commencent eux aussi à débattre des questions linguistiques. Ainsi a-t-on pu voir récemment Marielle de Sarnez obtenir que le programme d'échanges d'étudiants appelé Erasmus World soit rebaptisé en Erasmus Mundi.

Ces diverses actions ont mené le collège de la Commission à adopter en 2003 un plan d'action pour la période 2004-06 visant notamment à favoriser l'apprentissage des langues tant au sein des institutions que dans les pays membres, preuve que les questions linguistiques commencent concrètement à être prises en compte à tous les niveaux.

Il est encore trop tôt pour savoir si ces démarches seront suffisantes pour contrer la montée en puissance de l'hégémonie anglophone, d'autant que l'opinion publique en France se montre fort peu préoccupée par l'avenir de sa langue, assurée de sa pérennité éternelle et jugeant l'envahissement de l'anglais dans le monde du travail, de la publicité et de l'affichage au mieux comme une nécessité, au pire comme une excellente chose (moderne et chic, très trendy).

On ne voit guère de politiques, de syndicalistes, d'administrations (sauf de très timides efforts de plurilinguisme en matière d'affichage touristique), d'associations de consommateurs, de citoyens, etc., faire des questions linguistiques un quelconque enjeu. Contrairement au Québec, en première ligne du déferlement culturel américain et de l'influence de l'anglais sur le monde du travail, la France juge ridicule de parler du déclin, du moins en France, de la langue française. Or, à mon sens, si l'opinion publique en France se refuse à un aggiornamento linguistique, les efforts consentis auprès des institutions européennes seront un coup d'épée dans l'eau.

En quoi tout ceci concerne-t-il le Québec ?

De par notre situation géographique, nous sommes à l'épicentre de la mondialisation. Nous vivons dangereusement notre singularité linguistique en Amérique. Le Québec est au poste avancé du combat pour l'avenir de la langue française; notre base arrière est en France: si celle-ci venait à s'affaiblir, c'est notre combat qui n'aurait plus le même sens. Notre projet, toujours inachevé, de faire du français notre langue publique commune ne pourra se réaliser, à mon avis, que si cette langue continue à être parlée par un nombre significatif de personnes et de pays, que si elle est une langue d'avenir. Pour citer Jacques Attali, «plus le nombre de locuteurs d'une langue est élevé, plus elle a de valeur pour chacun de ceux qui la parlent» (Le Français langue du monde, Organisation internationale de la Francophonie, Paris, 2003).

Enfin, l'avenir de la langue française en Europe nous importe parce qu'il faut faire, sur ce plan comme sur d'autres, contrepoids à la mondialisation telle qu'elle se déroule sous nos yeux: défendre le français, c'est défendre toutes les autres langues. Notre avenir réside dans le plurilinguisme et dans une alliance avec les diverses aires linguistiques, principalement arabophones, lusophones, hispanophones.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Mettre le cap sur l'élection référendaire

Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE Le 20 novembre 2003

Superbe soirée que celle vécue au Lion D'or à Montréal le lundi 18 novembre dernier. La salle bondée de souverainistes a pu entendre des discours variés qui confirmaient l'urgence d'octroyer au Québec un statut national. Seules les supputations du politologue Jean-Herman Guay sont venues tempérer cette belle unanimité. Saluons tout de même le courage du professeur de l'Université de Sherbrooke d'avoir accepté l'invitation des organisateurs et d'avoir bravé la foule après le tollé que son commentaire avait soulevé lors du dernier congrès péquiste.

Il était temps que les forces indépendantistes sortent d'un immobilisme trop souvent utilisé comme stratégie politique au fil du temps. En passant en mode offensif, les souverainistes comptent profiter au maximum du temps qui les sépare du prochain rendez-vous électoral pour peaufiner un plan d'action qui règlera une fois pour toutes la question nationale.

Pendant que le gouvernement de Jean Charest découvre les pièges que recèle l'intendance d'un État provincial, les partisans d'un Québec fort sont à effectuer une autopsie efficace du référendum de 1995. Il était difficile de la faire adéquatement avant puisque dès l'année suivant le plébiscite, le gouvernement canadien décrétait son "plan B", dont l'étau fiscal qui perdure depuis. On connaît la suite: le gouvernement du Parti québécois fut forcé d'imposer à sa population des compressions budgétaires si impopulaires que même le déficit zéro obtenu en 1999 n'a pas réussi à les faire oublier. Maintenant dans l'opposition, les souverainistes reconnaissent qu'ils ont gagné le référendum de 1995. Sans sombrer dans la nostalgie et le sentiment revanchard, ceux-ci constatent que cet événement explique bien des choses. Soulignons, entre autres, les résultats des derniers sondages qui révèlent que la solution souverainiste convainc entre 43 et 47% des Québécois alors que l'appui au Parti québécois plafonne à environ 35%...

Force est d'admettre que c'est la stratégie référendaire qui éloigne des gens de l'équipe péquiste. Ce mécanisme d'accession à la souveraineté a été consommé depuis la victoire de 1995. Les souverainistes en sont rendus à l'étape de l'application du consensus: ils veulent une élection référendaire. Est-ce à dire que le projet souverainiste est maintenant indépendant de parti politique?!?! C'est ce qui est ressorti de la rencontre au Lion D'or. Il eut été d'ailleurs intéressant d'en débattre davantage lors de cette soirée. Les discours mobilisateurs et les professions de foi souverainistes sont toujours appréciés pour haranguer les foules mais lundi soir dernier, il fallait profiter de la tribune offerte par le Conseil de la souveraineté pour expliquer concrètement pourquoi une élection référendaire est légitime dans quatre ans. C'est ce que je me suis empressé de faire en entâmant la période d'intervention mise à la disposition de la foule. En fait, seul la politologue Josée Legault et moi-même avons tenté d'orienter les discussions de manière à exposer rigoureusement l'efficacité d'une élection référendaire.

Le peu d'ouverture manifestée par le chef du Parti québécois Bernard Landry face à cette autre façon d'accéder à la souveraineté a également été soulevé par madame Legault et moi-même. C'est que l'arrimage entre la coalition souverainiste que le Conseil de la souveraineté est à rassembler et l'équipe péquiste sera impossible. Déjà, quelques lézardes sont apparues lundi soir lorsque le dogme référendaire a refait surface: des gens tentaient de convaincre les membres de l'UFP de joindre le Parti québécois au grand dam de Amir Khadir. Pourquoi s'acharner ainsi au point de risquer l'éclatement de cette belle alliance souverainiste en voie de se cristalliser? Quelle maladresse! L'action démocratique de Mario Dumont s'apprête assurément, une fois sa "corvée d'idées" terminée, à revenir dans le camp souverainiste. Le député de Rivière-du-Loup détient dans sa poche arrière la réplique parfaite qui lui permettra de louanger l'option souverainiste: il affirmera en effet que le moratoire de dix ans qu'il souhaitait sur la question nationale est écoulé!!! Pour une fois; le chef adéquiste aura vu une de ses déclarations bien servie par le hasard!!! Ne soyons pas sévères envers lui: plusieurs souverainistes hésitants ont emprunté le même chemin avant de constater que leur idées politiques sont plus faciles à réaliser avec un État qui n'a pas une main attachée dans le dos.

Tout comme l'UFP, l'ADQ n'a pas à être dissoute dans l'équipe péquiste. Ces trois partis politiques doivent conserver leur intégrité politique tout en formant une coalition indépendantiste. D'autres groupes sont également invités à fonder des partis politiques et à s'ajouter à cette association tournée vers l'avenir. Pensons à madame Françoise David, principale porte-parole du collectif "D'abord Solidaires". L'addition des votes de ces partis atteindra la majorité lors du prochain scrutin général. Au besoin, dans certaines circonscriptions, selon l'entente de la coalition, des candidats souverainistes défaits accepteraient de léguer leur votes à celui le plus susceptible de vaincre l'adversaire fédéraliste. Rappelons qu'une improbable défaite de la coalition au chapitre des suffrages exprimés et non en terme de sièges entraînerait le refus des indépendantistes à exercer le pouvoir, sachant fort bien que la situation politique actuelle ne vise que l'affaiblissement du Québec et empoisonne le gouvernement qui s'installe à sa tête... Parlez-en à Yves Séguin...

Le Parti québécois, aidé des membres du défunt RIN, est le principal porte-étendard de l'idée souverainiste depuis près de 35 ans. Ce n'est donc pas facile pour lui d'accepter d'abandonner sa situation de quasi monopole. Néanmoins, les péquistes n'auront qu'à se féliciter d'avoir été à l'écoute de la base citoyenne. Bernard Landry ne pourra endiguer encore longtemps cette lame de fond en gestation. Qu'il accepte d'écouter les Québécois, pareil à monsieur Jacques Parizeau. Ce dernier reconnaît que certains dogmes péquistes ont creusé des ornières qui ne peuvent être imposés aux générations à venir, surtout lorsque l'on souhaite justement les rallier autour d'un projet aussi emballant. Le Conseil de la souveraineté doit absolument mettre le cap sur l'élection référendaire dès la prochaine rencontre le 1er décembre prochain.



TRIBUNE LIBRE

Paul Martin, Jean Lapierre et l’éthique des médias

Gilles Rhéaume
TRIBUNE LIBRE Le 20 novembre 2003

Les carnets du «bougonneux» - Depuis plusieurs semaines la rumeur ne fait que s’amplifier au fur et à mesure que s’approche le moment où Paul Martin deviendra Premier ministre du Canada… Jean Lapierre deviendrait ministre dans le cabinet Martin. Cette rumeur qui hante les murs des tous les médias et dont les journalistes connaissent pourtant le bien-fondé, ne semble par ailleurs interpeller personne au niveau de l’éthique des communications. Comme si cela était normal qu’un animateur-vedette, soi-disant journaliste et présentateur d’un grand bulletin de nouvelles, entretienne lui-même cette rumeur, sans avoir à rendre de comptes sur son professionnalisme. Comment cet individu peut-il commenter objectivement l’actualité politique, notamment au niveau fédéral, alors que tout indique que dans quelque temps cet individu pourrait fort bien se retrouver à la tête d’un ministère ? Quelle est la nature de sa neutralité quand il est question de Paul Martin, de son équipe et de ses politiques ? Où sont donc la Fédération professionnelle des journalistes et le Conseil de presse ? Cette situation sent mauvais et elle embarrasse tout le monde des médias, l’ensemble de la gent journalistique.

Jean Lapierre doit donner l’heure juste et signaler quelles sont ses intentions et AUSSI il doit faire le point sur les échanges qu’il a pu avoir avec Paul Martin et son entourage eu égard à son éventuel engagement politique. Comment justifier le silence des médias sur cette affaire qui les concerne pourtant au plus haut point. Le Canada serait-il devenu une passoire en ce qui concerne l’étanchéité entre les médias et le pouvoir politique !

Jean Lapierre a parfaitement le droit de retourner à Ottawa. Il peut comme bon lui semble discuter de son avenir personnel avec le Chef du Parti libéral du Canada. Toutefois, cette liberté ne peut, ne doit, sous aucun prétexte et dans aucune circonstance, affecter son travail de communicateur sur les ondes publiques de la radio et de la télévision. Dans l’univers médiatique, l’apparence est un dogme. Dans ce cas précis, il y a apparence de conflit d’intérêts entre le devoir professionnel d’un communicateur de premier plan et les aspirations politiques de ce même acteur majeur des médias qui laisse courrir ce qui a de moins en moins l’air de rumeurs… Aucun éditorial, aucune chronique, aucun article ou reportage sur cet état de fait qui interpelle pourtant directement la moralité du monde des médias. Comment un tel silence s’explique-t-il ? Monsieur Lapierre doit répondre de son objectivité professionnelle, et ce, dans l’intérêt public. Le droit du public à une information de qualité suppose que la presse projette l’image d’une certaine distance avec les pouvoirs politiques.



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS



COMMUNIQUÉS Le 18 novembre 2003