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"Réingénierie" ou bricolage ?

Michel Vastel
Le Soleil samedi 22 novembre 2003

Jean Charest veut réinventer le Québec. Monique Jérôme-Forget réorganiser son gouvernement. En attendant, les ministres improvisent, tâtonnent, bricolent. Vivement un autre Discours inaugural, ou un vrai budget, que l'on sache un peu où l'on s'en va ! Trois cas d'espèce...

Dans leur lointaine capitale, les ministres ne semblent pas se rendre compte du ras-le-bol des métropolitains face à la grève des employés d'entretien de la Société de transport de Montréal. Dans la grande ville, on ne comprend d'abord pas comment la fermeture des ateliers d'entretien paralyse les autobus et le métro dès le premier jour. Il faut deux ou trois semaines aux propriétaires d'automobiles pour avoir un rendez-vous à leur garage, mais cela ne les empêche pas de rouler.

Les usagers du transport en commun ne comprennent pas non plus qu'un service où l'on joue aux cartes entre deux changements d'huile offre de telles conditions de travail : des salaires exceptionnels, des avantages sociaux mirobolants, la retraite à 50 ans... C'est mon mécano qui aimerait entrer au service de la STM !

À moins qu'on ne voie le problème à l'envers : l'entretien des autobus et du métro est un beau cas de sous-traitance. Croyez-vous que le ministre du Travail, Michel Després, qui essaie de vendre les vertus de ses amendements à l'article 45 du Code du travail, aurait sauté sur l'occasion ? Faute de vision, il éteindra des feux, comme tous ses prédécesseurs au ministère du Travail.

Gageons en effet qu'après une semaine d'enfer pour tous ceux qui n'ont pas de voiture et ne travaillent pas selon un horaire régulier - les étudiants, les personnes âgées, les travailleurs de nuit - et une fin de semaine de paralysie pour tous les piétons, l'Assemblée nationale va débattre de l'urgence d'une loi spéciale. Il n'est pourtant pas nécessaire de retirer le droit à la grève aux employés de ce service public. Il suffit de les mettre en concurrence avec leurs collègues du secteur privé. Les sacro-saintes lois du marché, auxquelles croit tant le nouveau Parti libéral du Québec, auront tôt fait de rétablir le service, tout en ajustant les conditions de travail des uns et des autres : à la hausse pour ceux du secteur privé et... à la baisse pour ceux du public.

Il y avait les danses à 10 dollars, et les garderies à 5. Vivent les garderies à cinq jours ! Ce projet farfelu aura au moins permis à la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge, de se faire un nom...

Voilà donc les centres de la petite enfance soumis à des critères de performance, comme les hôpitaux et les écoles ! J'imagine l'appel du matin : "Bébé Tremblay ?" "Areu..."

La ministre reconnaît d'emblée que cela va compliquer la gestion des services de garde, mais son ministère "va leur apporter du soutien au besoin". Pourquoi faire simple, n'est-ce pas ? Tout cela sent le projet bureaucratique à plein nez : on complique l'administration d'un service public, puis on engage quelques fonctionnaires de plus pour résoudre les problèmes qu'on vient de créer !

Je ne prétends pas être "sous-ministre délégué" à la Famille mais il me semble qu'on aurait pu penser à la "solution Air Canada". Cela s'appelle l'overbooking. Étant donné que 10 à 15 % des enfants sont régulièrement absents, on autorise les garderies à vendre 110 % de leurs places. Cela réduirait immédiatement les listes d'attente ! Et les Centres de la petite enfance ne seraient jamais complets.

Au cas, assez improbable, où tous les bambins se présenteraient en même temps, on aurait deux choix. Comme Air Canada, on pourrait demander des parents volontaires pour assurer eux-mêmes la garde de leur enfant ce jour-là. Et leur distribuer un bon pour une journée gratuite en remerciement de leur collaboration ! Ou, solution encore plus simple : les enfants se serreront un peu plus ce jour-là !

Je sais ! Je ne serai jamais sous-ministre délégué à la Famille...

Line Beauchamp est peut-être ministre en titre, elle. Mais le championnat qu'elle vise doit être celui des amateurs.

Après avoir supprimé l'aide de son ministère aux salons du livre régionaux - elle n'a jamais dû mettre les pieds à Rimouski, Gatineau, Jonquière, ou Trois-Rivières ! - , voilà qu'elle se mêle d'investissements immobiliers.

Lorsque j'avais rencontré le ministre des Finances, Yves Séguin, le matin de son budget, il m'avait donné quelques exemples d'abus du "modèle québécois". Le projet de salle de concerts de l'Orchestre symphonique de Montréal en était un. Il ne comprenait pas la nécessité de coupler ce projet avec celui d'un autre immeuble pour les fonctionnaires alors que la Caisse de dépôt se retrouve avec un surplus de centaines de milliers de pieds carrés à son nouveau siège social.

C'était le 12 juin. Cinq mois plus tard, la ministre de la Culture réinvente la roue. On peut en déduire deux choses : ou bien la ministre ne pense pas vite ! Ou elle s'est fait convaincre par ses fonctionnaires qu'une salle de concerts à l'ombre d'un gratte-ciel, c'est une bonne idée. Et qu'en pense Yves Séguin ? Car le ministre des Finances était aussi catégorique lorsqu'il m'expliquait ses réserves sur le projet péquiste : il y aura une nouvelle salle de concerts pour l'OSM.

La ministre de la Culture veut-elle tuer le projet en plaçant la barre des investissements publics trop haute ? Avec les inévitables dépassements de coûts - comme à la Très Grande Bibliothèque ! - la somme de 280 millions $ peut faire peur en effet.

À moins que quelque promoteur immobilier, alléché par le profit qu'il y aura à faire avec des bureaux de prestige en plein coeur de la Place des Arts, ne lui ait glissé dans l'oreille qu'il faille conserver le projet péquiste intact. Quand tous les amateurs de salles de concerts et de conservatoires auront bien protesté, le promoteur immobilier en question pourra annoncer son projet et passer pour un mécène...

MVastel@lesoleil.com



»» souveraineté - l'argument économique

La fiscalité mine la prospérité au Québec, croit l'Institut Fraser :
Un Québec indépendant serait parmi les plus pauvres pays de l'OCDE

PC La Presse mardi 25 novembre 2003

L'Institut Fraser soutient que le Québec possède de loin le pire dossier du pays pour ce qui est de la création d'emplois et de richesse en raison de sa réglementation excessive et des impôts en vigueur dans la province.

"Des décennies de mauvaise politique gouvernementale ont laissé les Québécois plus pauvres et avec un niveau de chômage plus élevé qu'il ne faut", indique l'étude intitulée La Prospérité du Québec: franchir l'étape suivante. "Si le Québec était une nation indépendante, il serait le 6e pays le plus pauvre parmi les nations de l'OCDE, devançant seulement la Corée du Sud, le Portugal, la Grèce, la Nouvelle-Zélande et l'Espagne", affirme Fred McMahon, auteur de l'étude et analyste principal à l'Institut Fraser.

La situation devrait pourtant être bien différente parce que, souligne l'auteur, le Québec possède une grande population active, urbanisée, travailleuse et instruite. Il est situé à proximité du marché le plus riche et le plus fécond. Et aussi parce qu'il se trouve sur un des plus grands réseaux de transport naturels de la planète, la voie maritime du Saint-Laurent et des Grands Lacs.

"Normalement, il s'agirait de la recette pour une prospérité immense et un taux de chômage peu élevé." L'article allègue également que les tentatives à répétition des gouvernements du Québec depuis 1961 à vouloir gérer l'économie par lui-même a invalidé sa capacité de créer des emplois. Une telle stratégie n'a jamais mené au succès économique, peut-on lire dans le document.

L'étude rapporte que depuis 1990, le nombre d'emplois créés au Canada est près de 50 % plus élevé qu'au Québec, où "les dépenses publiques totales (en pourcentage de l'économie) dépassent celles de tout État des États-Unis ou de toute province industrielle." Toujours selon l'étude, seuls le Manitoba et les quatre provinces de l'Atlantique, dont les dépenses sont fortement subventionnées par divers programmes fédéraux, dépensent davantage que le Québec.

Pour remédier à la situation, l'Institut Fraser, un organisme indépendant d'intérêt public créé en 1974 à Vancouver et connu pour ses positions de droite, propose au Québec, entre autres choses, de s'inspirer de l'Alberta et de se diriger vers un impôt uniforme.



»» souveraineté - l'argument économique

"Le Québec est ingouvernable" - François Legault

Denis Bouchard
Le Quotidien samedi 22 novembre 2003

L'ancien ministre péquiste, François Legault, qui est en visite dans la région aujourd'hui et demain, souhaite un recentrage du discours souverainiste autour d'un raisonnement davantage économique qu'identitaire.

Au cours d'un entretien téléphonique accordé au Quotidien, hier, M. Legault, a indiqué que sa présence dans la région s'inscrit dans la "Saison des idées", lancée au conseil national du parti, le 18 octobre à Québec.

Au lendemain d'un échec électoral, dit l'ancien ministre, il est pertinent de comprendre le message de l'électorat, mais également de revoir le contenu de notre programme. "Il faut parler d'économie pour ajouter à l'argumentaire identitaire que nous avons développé. Au-delà de la langue, de la culture et de la notion de nation, il faut faire comprendre qu'il y a des raisons économiques qui jusitifient la souveraineté."

M. Legault relève lui-même une forme d'ambiguïté qui s'est glissée dans le discours péquiste au cours des dernières années. Le parti a lui-même plaidé la baisse des impôts et mis de l'avant des comparaisons avec les provinces voisines.

Pourtant, affirme François Legault, le Québec est un produit différent, "social-démocrate", avec un système de santé universelle, une assurance médicaments, une éducation accessible et où les coûts de l'électricité sont bas. "Il faut ajouter ces avantages à nos revenus. Si les Québécois payaient l'électricité au même prix que les Torontois, il en résulterait une hausse de revenus de 4,5 milliards $ pour Hydro-Québec."

À l'heure où des États américains regardent du côté du Canada afin de trouver des réponses à leurs problèmes de santé collective, François Legault estime pertinent d'expliquer "ce que nous avons et ce que les autres n'ont pas".

Et le Québec, poursuit-il, serait encore plus fort s'il devenait un pays "parce que comme province, il est ingouvernable". "Nous allons faire l'exercice d'un budget dans un Québec souverain". L'horizon du parti pour y parvenir est environ d'une année.

Les paiements de transfert (péréquation) du fédéral vers Québec, note le critique de l'opposition en matière d'économie et finances, sont excédentaires, mais si on prend ce que nous recevons pour la recherche, l'agriculture et d'autres champs d'intervention et les dédoublements de juridiction, le Québec est perdant.

La finalité de l'exercice, précise-t-il, est d'offrir aux péquistes un projet de société. Le parti est appuyé par une coalition de souverainistes de toutes tendances, laisse-t-il entendre, comme quoi il est nécessaire d'avoir un dénominateur commun.

La définition d'un Québec comme pays, croit M. Legault, va contribuer à projeter sa portée dans l'avenir et à l'échelle mondiale. "Il important d'établir tout de suite la position du Québec dans la perspective d'américanisation du monde et de mondialisation."

Le discours économique, est convaincu M. Legault, va frapper l'imagination des jeunes "qui ne sont pas contre l'argumentaire identitaire, mais il ne fait pas partie de leurs priorités."

L'ancien ministre est attendu par plus de 250 militants demain, à 10 h, à l'hôtel Chicoutimi. En après-midi, il rencontrera les exécutifs des associations péquistes de la région.



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Baisse d'impôts : le gouvernement Charest doit tenir promesse

Alain Dubuc
Le Soleil samedi 22 novembre 2003

Depuis quelques mois déjà, les messages en provenance du ministère québécois des Finances se multiplient pour décrire l'ampleur de l'impasse financière et pour préparer les esprits à la possibilité que le gouvernement Charest ne soit pas capable de tenir sa promesse de baisser les impôts.

Par tous ces messages, y compris les propos de plus en plus prudents du ministre Séguin, le gouvernement Charest semble chercher des alliés qui lui donneraient l'absolution à l'avance et l'aideraient à se distancer de l'un de ses principaux engagements électoraux sans perdre trop de plumes. Les libéraux, ne l'oublions pas, avaient promis en termes très clairs et très précis de réduire l'impôt sur le revenu d'un milliard de dollars par année pendant quatre ans pour ramener ainsi le fardeau fiscal québécois à la moyenne canadienne. Cette baisse d'impôt, si on décode bien les déclarations du ministre Séguin, a toutefois cessé d'être prioritaire pour devenir "importante".

Il ne faut pas donner l'absolution au gouvernement Charest. Celui-ci doit respecter ses engagements pour trois raisons qui nous apparaissent fondamentales.

La première de ces grandes raisons est de nature éthique. Les nouvelles générations de leaders politiques ont appris à tenir leurs promesses et à faire, une fois au pouvoir, ce qu'ils ont dit qu'ils feraient. C'est ce qui a assuré le succès de Mike Harris en Ontario, mais surtout de Ralph Klein en Alberta et de Frank McKenna au Nouveau-Brunswick. C'est dans cette tendance que s'inscrit Jean Charest. Il peut difficilement faire volte-face sans compromettre sa marque de commerce et s'enfoncer dans d'insolubles contradictions. Pourquoi, par exemple, reculer sur les impôts mais ne pas reculer dans l'incroyable bourbier des défusions ?

La promesse sera-t-elle difficile à tenir ? On n'en doute pas une seconde. Dès le départ, le triple engagement de maintenir le déficit à zéro, d'augmenter les dépenses en santé et de réduire en même temps les impôts était terriblement ambitieux. Irréaliste, disaient même les péquistes, qui avaient des informations privilégiées sur l'état réel des finances publiques. Les libéraux ont néanmoins fait un pari. À eux de le relever. Il est vrai que les libéraux, depuis leur victoire, ont découvert un trou financier qui rend leur tâche plus ardue, mais encore là, ils auraient dû s'en douter. Ils ne peuvent pas non plus invoquer le déficit fiscal puisqu'ils en connaissaient parfaitement l'existence, à commencer par M. Séguin.

Et le gouvernement ne peut s'en tirer en agitant des épouvantails et en expliquant qu'il ne peut décemment réduire les impôts en sacrifiant des dépenses essentielles comme la santé ou en créant un déficit. Il est évident que cette recette, celle de Mike Harris en Ontario, est socialement inacceptable et économiquement stupide. Mais il n'en a jamais été question. Il était plutôt question, en campagne électorale, de s'attaquer au niveau immodéré des dépenses autres que la santé pour réduire le fardeau fiscal.

La deuxième raison est de nature politique. L'expérience nous a montré à quel point il est difficile pour les gouvernements de contrôler leurs finances. La dynamique naturelle mène à des hausses de dépenses que l'on financera par des ponctions fiscales ou par l'endettement. Il faut, pour casser ce cercle vicieux, des pressions extérieures très fortes et une discipline de fer. À Québec et à Ottawa, la crainte d'une crise financière a exercé des pressions énormes et c'est le concept de déficit zéro qui a imposé la discipline nécessaire.

L'idée du déficit zéro, certes artificielle, ne répondait pas à un dogmatisme idéologique. Elle imposait plutôt un cadre rigide qui forçait les gouvernements à maintenir le cap, les aidait à faire accepter leurs décisions, et leur permettait de mesurer leurs résultats. Sans cette cible impitoyable du déficit zéro, nos gouvernements n'auraient probablement jamais réussi à assainir leurs finances.

La même logique s'applique aux efforts pour ramener le fardeau fiscal à un niveau normal. La seule façon d'y arriver, c'est de se fixer des cibles claires et de ne pas en dévier. Ce n'est pas du dogmatisme, mais une façon de s'imposer une discipline. Si le gouvernement Charest commence à faire des compromis au début du processus, il risque de ne jamais atteindre son but.

Cela mène à la troisième grande raison pour laquelle le gouvernement Charest ne doit pas reculer. Elle est de nature économique. La fiscalité québécoise pose de réels problèmes. Le Québec a le fardeau fiscal le plus élevé d'Amérique et l'un des plus élevés du monde industrialisé, on le sait. Mais ce que l'on sait moins, c'est que cela n'a rien de normal et que cela est néfaste au plan économique.

Ce fardeau est l'un des facteurs qui limitent la croissance et empêchent les Québécois d'atteindre le niveau de vie qu'ils sont en droit d'attendre. Rien ne justifie que les Québécois paient tant d'impôt, sinon le poids du passé, ce qui est l'un des pires effets pervers du modèle québécois.

Mais beaucoup de Québécois ne voient pas ce fardeau fiscal comme un problème et on ne décèle pas, au Québec, de révolte fiscale. D'abord parce qu'un grand nombre de Québécois ne paient pas d'impôts et sont donc satisfaits de leur sort à cet égard. Aussi parce que bien des gens profitent des largesses de l'État, notamment les fonctionnaires, et préfèrent donc les hausses de dépenses aux baisses d'impôt. Plus profondément, un grand nombre de Québécois voient le fardeau fiscal comme la contrepartie d'un contrat social. Ils acceptent de payer plus d'impôts pour avoir plus de services publics et contribuer à une société plus juste.

Les chances du statu quo sont donc fortes tant et si bien que la promesse de baisser les impôts n'est pas nécessairement rentable sur le plan politique. Le gouvernement Charest doit démontrer en quoi cet objectif de réduction fiscale, en plus de mettre de l'argent dans les poches des gens, a une fonction stratégique. Il doit d'abord démontrer qu'il n'est pas vrai que les Québécois en ont pour leur argent ; ils paient beaucoup plus cher pour des services qui ne sont pas meilleurs qu'ailleurs, notamment en santé, où les dépenses per capita sont plus faibles au Québec que partout ailleurs au Canada. Il doit également expliquer en quoi ce carcan fiscal est nuisible. Cette démonstration devient impossible à faire si l'un des premiers gestes signifiants du gouvernement Charest consiste à reculer sur sa promesse.

Cela ne signifie pas qu'il faille baisser les impôts à n'importe quel prix. Cela serait irresponsable. Mais l'équipe libérale doit certainement tout faire ce qui est en son pouvoir pour y parvenir et atteindre ses objectifs. Et si le gouvernement Charest ne réussit pas à tenir promesse, il ne faudra pas voir cela comme une erreur de parcours bénigne et compréhensible, mais bien comme un manquement grave dont il devra payer le prix politique.

ADubuc@lesoleil.com



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Les baisses d'impôts volatilisées

Québec les réinvestira dans une nouvelle politique familiale

Denis Lessard
La Presse mardi 25 novembre 2003

Québec - La promesse des baisses d'impôts de 1 milliard de dollars par année dès l'an prochain devra être prise avec un gros grain de sel. La réduction des impôts promise sera intégrée à une série de mesures qui feront partie d'une nouvelle politique familiale, et les contribuables sans enfant n'en verront pas la couleur.

Selon les informations obtenues par La Presse, le ministre Yves Séguin s'est engagé à mettre de l'avant des mesures pour faire avaler aux familles démunies la pilule de la hausse des frais de garde. Avec sa collègue du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, M. Séguin était parmi les plus ardents partisans du passage à 7 $ par jour ou même davantage, une décision arrêtée par le gouvernement Charest, il y a deux semaines.

Le ministre Séguin a aussi indiqué aux villes qu'il attendrait son prochain budget pour adopter des mesures susceptibles de les aider à équilibrer les budgets qu'ellespréparent. Le ministre s'est fait le promoteur de la taxe sur le stationnement pour aider Montréal- une mesure qu'avait proposée le ministre péquiste des Affaires municipales, André Boisclair, mais qui avait été vite retirée devant la levée de boucliers. Les ministères des Transports et des Affaires municipales ont donné leur feu vert au principe de la mesure.

Par ailleurs, il n'y aura pas de mini-budget en décembre a-t-on fait savoir hier au cabinet du ministre Séguin. On ne prévoit pas non plus annoncer de mesures fiscales spéciales au-delà de la circulaire habituelle publiée en fin d'année par le ministère des Finances.

Tout au plus, indique-t-on, faut-il prévoir la mise à jour de la synthèse des opérations financières du gouvernement, qui devrait, cette fois, tenir compte des pertes de la Société générale de Financement pour l'ensemble de l'année 2003.

Déjà un déficit de 181 millions avait été identifié au cours de l'été, il serait augmenté de 500 millions environ.



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Abaisser les impôts, mais à quel prix?

Maurice Cloutier
La Tribune mardi 25 novembre 2003

Les impôts pèsent lourd sur les épaules des Québécois qui sont les citoyens les plus taxés de tout le continent. Cependant, aujourd'hui, c'est l'engagement ferme des libéraux de réduire le fardeau fiscal des Québécois qui retient l'attention et qui pèse lourd sur les épaules du gouvernement.

Dans son plan d'action déposé à l'automne 2002 et auquel M. Charest fait lui-même référence très souvent, la priorité numéro un de la section sur la prospérité du Québec est de réduire les impôts de 27 pour cent sur cinq ans. "Les familles québécoises et la classe moyenne paient trop d'impôt. Un gouvernement du Parti libéral du Québec enclenchera, dès le dépôt de son premier budget, un plan de réduction de l'impôt des particuliers d'un milliard de dollars par an pendant cinq ans. Ce plan augmentera le niveau de vie des Québécois et sera réalisé dans le respect du déficit zéro."

La présentation d'un prochain budget équilibré est cependant une condition essentielle et préliminaire à l'application de la promesse sur la baisse des impôts. Il serait carrément irresponsable d'accepter que les finances publiques retombent dans le rouge pour supporter cette baisse annuelle des impôts.

Or, avant de retourner le premier dollar du milliard promis, les libéraux doivent gruger dans les dépenses courantes et espérer une croissance importante des revenus car il faut d'abord combler l'impasse budgétaire de plus de 3 milliards de dollars déjà identifiée par le ministre des Finances, Yves Séguin.

D'ailleurs, le ministre Séguin apparaît tourmenté depuis plusieurs semaines par l'état des finances publiques et a commencé à se questionner sur sa capacité de livrer la marchandise au niveau de la diminution des impôts. Le Soleil publiait en fin de semaine un article mentionnant que le gouvernement Charest impose un régime minceur à ses ministères avec de nouvelles compressions et envisage même la présentation d'un minibudget dès décembre. Les journalistes Simon Boivin et Mylène Moisan écrivent même que certains ministres souhaitent que le premier ministre explique aux Québécois la gravité de l'impasse financière. Donc, on peut en déduire que Québec est à mettre la table à l'abandon de certains engagements.

Les spéculations vont bon train au Québec sur le temps que durera encore cet engagement des libéraux de baisser les impôts. Des analystes économiques de grande renommée ont déjà suggéré de remettre à plus tard cet engagement pour parer aux réparations les plus urgentes du paquebot québécois, qui prend l'eau.

Bien sûr, le gouvernement libéral a déjà reculé sur le maintien des garderies à cinq dollars. Il serait néanmoins très étonnant que Jean Charest annonce immédiatement la mort d'un engagement aussi fondamental que la baisse des impôts. Il voudra tout faire pour respecter cet engagement. Il a d'ailleurs démontré de quel bois il se chauffe en refusant de revenir sur sa position à l'effet de permettre les défusions.

Jusqu'où Jean Charest est-il prêt à aller dans les compressions et la réorganisation de l'État? Jusqu'où surtout trouve-t-il raisonnable d'aller pour atteindre la réduction d'impôts d'un milliard de dollars l'an prochain? M. Charest devra expliquer les sacrifices nécessaires et les conséquences sur le fonctionnement de la société québécoise. Il devra très certainement en plus des compressions imposer des hausses de frais ici et là, notamment pour l'électricité, et amoindrir par le fait même le retour d'argent dans les poches des contribuables. Il faut savoir le prix à payer.

En fin de semaine, dans le cadre d'un souper privé avec quelques centaines de militants tenu à Sherbrooke, Jean Charest a affirmé de façon générale qu'il ne reculera pas en dépit de la résistance que soulèvent les changements que propose son gouvernement. Il a affirmé clairement sa détermination à changer le Québec et à réaliser ce qui est écrit dans le plan d'action libéral.

La baisse des impôts demeure un engagement majeur mais celle-ci ne doit pas se faire à n'importe quel prix. Ce serait insensé.



»» Négos Ottawa-municipalités

Une manoeuvre "malhabile", croit Benoît Pelletier

Simon Boivin
Le Soleil samedi 22 novembre 2003

Le ministre Benoît Pelletier croit qu'il serait "très malhabile" que des municipalités négocient directement avec Ottawa pour obtenir du financement, comme l'a suggéré le maire Jean-Paul L'Allier.

"Je ne condamne pas les paroles de M. L'Allier, mais je lance un appel à la prudence, a souligné le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales. Il ne faut pas qu'il y ait des manoeuvres, des démarches ou des pourparlers qui permettent au fédéral de trouver prétexte pour intervenir dans les compétences du Québec en matière d'affaires municipales."

M. Pelletier a commenté, hier, les propos tenus au SOLEIL par M. L'Allier, jeudi. Le maire de Québec affirmait alors qu'en cas de désaccord avec le gouvernement provincial, les villes devraient pouvoir s'entendre avec Ottawa, qui pourrait par la suite rendre son aide aux provinces conditionnelle au respect des priorités convenues avec les municipalités.

"À mon avis, réplique M. Pelletier, ce serait très malhabile de songer à une manoeuvre comme celle-là. D'autant plus qu'au fond, le seul gouvernement qui peut vraiment avoir une vision d'ensemble en matière d'affaires municipales, c'est celui du Québec. C'est nous qui avons une vision de l'ensemble de la société québécoise et du rôle que doivent y assumer les municipalités."

À l'instar de ce que le premier ministre Jean Charest a affirmé plus tôt cette semaine, M. Pelletier assure que le gouvernement québécois n'a pas l'intention de céder un pouce de sa compétence dans les affaires municipales.

"Toute négociation doit se faire avec le gouvernement du Québec et toute intervention doit passer par Québec et, forcément, ça doit répondre aux exigences et aux priorités du Québec", lance M. Pelletier.

Le ministre juge toutefois "légitime" la sortie du maire de Québec, qui "essaie de trouver des voies pour accroître le financement pour les municipalités". "Tout le monde peut être convaincu que le Québec va défendre âprement la position des municipalités face à Ottawa le moment venu", assure M. Pelletier.

Signe de non-confiance

Pour sa part, le critique péquiste pour les affaires intergouvernementales, Daniel Turp, voit dans les déclarations du maire L'Allier un "signe de non-confiance" envers le gouvernement Charest. "C'est comme ça qu'il faut comprendre ça, affirme M. Turp. Si M. L'Allier dit qu'il ne veut pas grignoter les compétences, mais qu'il songe par ailleurs à faire des représentations, c'est qu'il y a un blocage, un manque de confiance. Il a peut-être déjà des signes que le gouvernement du Québec ne veut pas entendre les municipalités avant de faire des représentations à Ottawa."

SBoivin@lesoleil.com



»» conférences fédérales-provinciales-municipales

Invitation au flirt

Gilbert Lavoie
Le Soleil samedi 22 novembre 2003

La dernière chose dont on pourrait soupçonner Jean-Paul L'Allier, c'est de vouloir encourager le gouvernement fédéral à empiéter sur les compétences québécoises. Malgré cela, le maire de Québec trouverait normal qu'en cas de différend avec la province, les grandes villes fassent connaître leurs besoins directement à Ottawa. Et que le gouvernement fédéral conditionne ses transferts aux provinces au respect des projets convenus avec les municipalités. La déclaration est surprenante, presque autant que celle du maire de Longueuil, le libéral Jacques Olivier, qui rêve tout haut à des conférences fédérales-provinciales-municipales.

Mercredi, Jean Charest a opposé un non catégorique à la suggestion du maire Olivier, mais la porte n'est pas véritablement fermée. Les déclarations des maires L'Allier et Olivier sont révélatrices des tensions que pourrait provoquer l'intention de Paul Martin d'investir dans les infrastructures municipales. Les villes et les provinces se retrouvent en situation de concurrence pour l'obtention des fonds fédéraux. Et même si Ottawa n'a pas le droit de transiger directement avec les municipalités, les maires seront tentés de flirter avec le gouvernement fédéral pour mousser leur agenda, surtout s'il y a mésentente avec la province.

Le Parti québécois, grand défenseur des compétences du Québec, a contribué à cette situation avec ses fusions forcées. Les maires des grandes villes deviennent des interlocuteurs beaucoup plus alléchants pour un gouvernement central en mal de visibilité et d'influence. Et ces maires pourraient rappeler au gouvernement du Québec que leur souci de se faire entendre à Ottawa est tout aussi légitime que la demande des provinces de participer à la négociation des grands traités internationaux.

Ottawa et Québec doivent éviter que cette situation ne tourne à l'absurde. Ce qu'il faut d'abord voir dans les demandes des villes et des provinces, c'est l'intérêt des contribuables. On l'a vu avec l'accord de Kyoto, les gouvernements des États ne sont plus les seuls concernés par les traités internationaux. Ce n'est donc pas faire affront à la juridiction fédérale que de réclamer de plus amples consultations avec les provinces avant de signer de tels accords.

Le même principe devrait s'appliquer aux municipalités. Si les provinces désirent éviter des discussions directes entre Ottawa et les villes, elles devront traiter les municipalité en véritables partenaires et se montrer à l'écoute de leurs besoins. À défaut de quoi ce sera la foire, surtout quand les maires ne seront pas de la même couleur politique que le gouvernement, comme c'est le cas actuellement à Québec.

GLavoie@lesoleil.com



»» défusions

Le roi de la tautologie

Michèle Ouimet
La Presse samedi 22 novembre 2003

"Pour se différencier les unes des autres, ces grandes villes doivent dorénavant conjuguer de nombreux atouts dans différents secteurs pour assurer la présence de cette ressource irremplaçable, la ressource humaine. Voilà un terme générique et anonyme qui fait référence à du vrai monde. C'est un manuel, un créateur ou un scientifique et il porte un nom, citoyen."

Extrait du discours de Jean-Marc Fournier, ministre des Affaires municipales, prononcé jeudi devant la chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Vous n'avez rien compris et vous avez relu l'extrait en vous concentrant mais sans résultat? Ne vous inquiétez pas, vous êtes normal.

Jean-Marc Fournier cultive l'art de ne rien dire. Une fois ses discours expurgés des mots inutiles, il ne reste pratiquement rien.

C'est le roi de la tautologie et du pléonasme. Son discours de jeudi faisait 14 pages, 14 longues pages qui multipliaient les clichés du genre "le pôle métropole devient un acteur incontournable de l'économie".

Saviez-vous qu'une ville doit "oeuvrer dans un contexte général favorable pour bien réussir son développement économique"? Qui l'eût cru. Sans le ministre, nous serions condamnés à patauger dans l'ignorance. Merci M. Fournier.

Pendant que Jean-Marc Fournier nous parle du "pôle métropole", son ministère prépare fébrilement les amendements au projet de loi sur les défusions attendu avec impatience par tous ceux qui s'intéressent à ce dossier explosif.

Les amendements seront probablement déposés la semaine prochaine à l'Assemblée nationale. D'ici là, le gouvernement ne veut surtout pas qu'il y ait des fuites. Avec M. Fournier à la barre, le premier ministre Jean Charest peut dormir tranquille.



»» défusions

High powered group has weak ideas

HENRY AUBIN
The Gazette Tuesday, November 25, 2003

When 150 prominent Montrealers made public a statement in support of the megacity last week, I approached their text with great curiosity.

These individuals, members of a new group called Montreal Coalition that is combatting demerger, include a truly impressive amount of brainpower. Granted, the group also has a few big-name jocks and stuffed-shirt tycoons not known for intellect, but anyone who believes in the value of public debate has to be interested in the views of such smart, civic-spirited people as Claude Castonguay, Marcel Côté, David Culver, Françoise David, Francis Fox, Jacques Genest, Phyllis Lambert, Philip O'Brien, Bernard Shapiro and Charles Taylor.

It's precisely because of the majority of signatories' credentials that the text of their exhortation to Montrealers is so stunning.

I had hoped that the coalition's members would be able to give to pro-merger advocacy something that it has lacked so glaringly: argument based on fact and logic, thereby raising the level of this important debate. But their 350-word statement, which the city's newspapers published prominently last week, insults the intelligence.

It consists largely of vacuous bromides. To wit: "The heart of Montreal beats because Montrealers feel a strong sense of pride and belonging. It is up to us, its citizens, to make of it what we will. Because Montreal is our city."

What does that mean? Nothing. Substitute the words "Beaconsfield" or "Anjou" for "Montreal" and you'd have a text that demergerites could use.

Deep down in the statement, you encounter the closest thing to an argument: "All Montrealers should be able to participate in the city's public and political life, whether they live in St. Léonard or Notre Dame de Grâce, in Kirkland or Ahuntsic." The suggestion is that via the megacity's civic institutions, people of diverse backgrounds from across Montreal Island can make their influence felt.

That proposition contains glaring problems. One is that, as a rule of thumb, the bigger an institution, the harder it is for individuals to influence it. Montreal's key institution is city council, and the merger swells its constituency by fully 80 per cent.

A parallel problem is that the megacity has boosted the number of councillors, which reduces the clout of most of its members. Indeed, with 73 councillors, Montreal now has the largest city council in North America, bar none.

But the biggest problem is that the megacity has brought island-wide political parties. These machines are, as the first megacity election attested, in avid pursuit of financial donations from interest groups and tightly linked to - and thus influenced by - provincial and federal political parties. Result: They are less concerned with addressing the needs of ordinary voters.

So much for the text of the coalition's declaration. But let's be fair. At the press conference at which the statement was announced, members informally made an additional argument, so let's look at that.

Hard to believe, they actually said that because the megacity could better co-ordinate economic development, the region would gain extra prosperity and international competitiveness.

This is the phoniest rationale for an initiative since since George W. Bush's WMD.

I've written this before and it has never been challenged: No discernible correlation exists in North American metropolises between prosperity and monolithic economic planning. Indeed, the most productive metropolises (Boston, San Francisco) are as fragmented as pre-merger Montreal Island.

Then there's this: The investment-hunting agency that is chaired by the Coalition's Fox, Montreal International, acknowledges it has no evidence that the merger has generated extra investments here.

In coming weeks, the Montreal Coalition wants to devise a more detailed strategy for defending the megacity. Good idea.

Here's a suggestion. Try to present serious arguments, not inanities and myths. And don't evade the arguments on the other side - that the merger means greater inefficiencies in services, less accessibility to decision-makers and mega-unions with a propensity for mischief.

In short, demonstrate at least a hint of that brainpower.

Henry Aubin is The Gazette's regional-affairs columnist

haubin@thegazette.canwest.com



»» Les États

Les États vont-ils bien?

Nicolas Bérubé
La Presse dimanche 23 novembre 2003

L'État est attaqué de toutes parts. Pour les militants de gauche, l'État est profondément malade: au lieu d'aider les plus faibles, il se prosterne désormais devant l'autel du pouvoir économique tout puissant. Pour les militants de droite, il faut couper, couper, couper et laisser la place au privé: l'État est un éléphant paresseux qui bloque la piste de Formule 1 où les gens d'affaires foncent pour sauver l'humanité.

Ces discours opposés arrivent à la même conclusion: les États ne sont plus capables d'assurer le bien-être collectif. Ils sont dépassés. Ils ne tirent plus les ficelles, ne dressent plus l'ordre du jour. Désormais, ce sont les organisations non gouvernementales (ONG) comme OXFAM ou Greenpeace qui défendent les droits de l'homme et de l'environnement. Et, à l'autre bout du spectre, ce sont les multinationales qui dirigent le commerce mondial.

Cette vision des choses agace profondément Samy Cohen. Dans son tout dernier livre, La Résistance des États (Seuil), le directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales (CERI) de Paris s'attaque à ce qu'il appelle "le mythe de l'État moribond".

Pour Cohen, l'idée que l'État n'est plus un acteur décisif sur la scène mondiale est un concept à la mode qui ne résiste pas à l'examen des faits. Observant certains cercles militants, Cohen note "qu'une nouvelle croyance voit le jour selon laquelle les citoyens pourraient améliorer le sort du monde en se passant des États, rendus impuissants par la mondialisation, et des hommes politiques corrompus".

Au cours de la lecture de La Résistance des États, on peut facilement imaginer Samy Cohen s'indignant, tantôt à la lecture d'un article de journal, tantôt lors d'un bulletin télévisé, de voir l'État présenté comme un concept désuet, inefficace, incapable de tenir le coup face aux multinationales dopées à la productivité et aux ONG, qui semblent détenir le monopole du bon sens moral.

Car les multinationales, rappelle-t-il, sont le fruit des politiques de libéralisation des échanges adoptées... par les États. "La mondialisation n'est pas une forme sournoise d'attaque contre la souveraineté des États. C'est le pouvoir politique qui dicte la marche à l'économie", écrit-il.

Les ONG, qui semblent avoir pris la place des États pour faire avancer les droits de la personne et décrier les problèmes environnementaux, sont rarement écoutées au plan international, analyse Cohen. "Les ONG n'ont pas réussi à avoir une influence efficace sur le problème des inégalités entre pays riches et pays pauvres", écrit-il.

La décennie 90 a été, de manière générale, la décennie des conventions internationales, "mais, malgré la convention sur l'enfance ratifiée en 1990, près de 11 millions d'enfants meurent chaque année encore de maladies pourtant évitables". En fait, c'est davantage l'échec des ONG que celui des États que relève l'auteur.

La Résistance des États est donc un pas de côté: il sert davantage à remettre les pendules à l'heure, à redonner au débat sa juste dimension, qu'à proposer des pistes de solution. Bien que la prose de Samy Cohen s'apparente davantage à celle d'un travail universitaire qu'à un brûlot polémique, on sent qu'il prend plaisir à renvoyer toute une classe d'altermondialistes faire leurs devoirs. N'en déplaise à certains, les États sont là pour rester et leur structure est éminemment plus solide qu'on le laisse entendre.

Mais à force de se battre contre l'idée voulant que le pouvoir de l'État s'effrite, l'auteur sème un doute dans l'esprit du lecteur. Le libre penseur n'est-il pas, lui aussi, prisonnier de sa démarche qui vise à réhabiliter l'État? À une époque où le tribunal de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) peut trancher les litiges commerciaux sans que les États aient leur mot à dire, où les usines quittent le Mexique pour la Chine (moins chère!) et où les pays font table rase de leurs lois et créent des "zones franches" pour faire de l'oeil aux multinationales, peut-on encore vraiment croire que "le pouvoir politique dicte la marche à l'économie"?

Que l'on soit de droite ou de gauche, force est de constater que cette affirmation est pour le moins fragile. L'ériger en dogme peut paraître révolutionnaire et anticonformiste pour certains; pour d'autres, dont nous sommes, c'est aller un pas trop loin.

*** LA RÉSISTANCE DES ÉTATS
Samy Cohen, Seuil, 258 pages



»» Bloc québécois

Le Bloc tire à boulets rouges sur le nouveau chef libéral

Gilles Toupin
La Presse mardi 25 novembre 2003

Ottawa - Déjà en mode préélectoral, le Bloc québécois a lancé hier un livre destiné à décaper l'image politique de Paul Martin.

Intitulé Le Mythe Paul Martin, l'ouvrage de 85 pages rédigé par le député de Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour, Louis Plamondon, et publié aux éditions Saint-Martin, est une charge à fond de train contre les réalisations et les déclarations passées du futur premier ministre.

"Paul Martin, soutient Louis Plamondon, a été associé de près à l'élaboration des principales politiques du gouvernement Chrétien. Et comme le passé est garant de l'avenir, Paul Martin n'augure rien de bon pour le Québec."

Louis Plamondon, qui a été élu pour la première fois aux Communes en 1984, a suivi à la trace le cheminement de Paul Martin depuis l'entrée en politique de ce dernier en 1988. Il a répertorié toutes les déclarations importantes de l'homme et les a comparées aux gestes faits par celui qui a été le principal ministre des Finances de Jean Chrétien. "Un constat s'est dégagé, affirme le député, celui d'un décalage entre l'image que projette Paul Martin et la réalité."

Ce livre, "qui n'est pas une tentative de s'attaquer à l'homme", précise l'auteur, répertorie donc "quatre grands mythes" associés à Paul Martin: "le mythe qu'il serait l'ami du Québec, soutient Louis Plamondon, le mythe qu'il serait près des gens ordinaires, le mythe qu'il serait un homme d'éthique et le mythe qu'il serait un mondialiste humain".

Au sujet du Québec, l'auteur affirme que Paul Martin n'a jamais montré d'ouverture envers le Québec depuis qu'il est en politique. "Au contraire, dit-il, Paul Martin a été l'un des premiers à appuyer la loi sur la clarté de Stéphane Dion. Il est le père du déséquilibre fiscal que tous les partis politiques dénoncent au Québec, budget après budget. Paul Martin a multiplié les intrusions en santé et en éducation avec l'argent des Québécois, une pratique dénoncée par l'ensemble des partis politiques du Québec. Aujourd'hui, il parle d'investir directement auprès des municipalités, ce qui est encore là dénoncé au Québec. Clairement, Paul Martin a choisi le Canada au détriment du Québec."

Au chapitre de la justice sociale, l'ouvrage du Bloc affirme que l'ancien ministre des Finances n'a jamais été le défenseur qu'il prétend être des programmes sociaux. "Aucun ministre des Finances dans l'histoire du Canada, a affirmé M. Plamondon, n'a autant coupé en santé, en éducation et dans le logement social. Il a pillé la caisse de l'assurance-chômage. Paul Martin, malgré ses énormes surplus budgétaires, n'a amélioré d'aucune façon le filet social. Il avait toutefois l'argent pour baisser les impôts des riches et pour rembourser la dette."

Le Mythe Paul Martin dénonce aussi la politique des paradis fiscaux mis en place par l'ancien ministre des Finances. "En 2002 seulement, a affirmé Louis Plamondon, c'est 23 milliards qui sont partis pour La Barbade. Paul Martin n'est pas au service des gens ordinaires, bien au contraire."

L'ouvrage bloquiste estime également que M. Martin n'a pas véritablement d'éthique. "Pendant qu'il demandait aux contribuables, a expliqué Louis Plamondon, de faire leur part, Paul Martin se défilait en payant une bonne partie de ses impôts dans les paradis fiscaux, où bon nombre des entreprises qu'il contrôlait il y a quelques semaines sont enregistrées. Paul Martin, qui aspire à devenir premier ministre du Canada, a eu recours aux pires pratiques: paradis fiscaux, pavillons de complaisance, équipages de chantier naval étrangers, travailleurs de remplacement. Pour l'éthique, on repassera! Pour la transparence aussi!"

M. Plamondon s'est également dit peu impressionné par le fait que M. Martin ait transféré ses actions de Canada Steamship Lines à ses enfants. "Ce sera assez facile à contrôler, a ajouté le député. Il n'aura qu'à aller souper le samedi soir ou le dimanche soir avec ses enfants."

Enfin, Le Mythe Paul Martin dénonce le bilan du chef libéral au chapitre de la mondialisation et du développement durable. "Il a été celui qui a fait passer le Canada du 6e au 18e rang des pays riches les plus généreux en matière d'aide internationale", a déclaré Louis Plamondon.

Le député a aussi dénoncé l'opposition de Paul Martin à l'étiquetage obligatoire des OGM, ses intérêts dans l'industrie du pétrole, étant "lui-même actionnaire d'une pétrolière albertaine, d'où ses réserves initiales sans doute face au protocole de Kyoto".



»» Bloc québécois

Le Bloc québécois lance un essai pour montrer "l'autre côté" de Paul Martin

SYLVAIN LAROCQUE
PC mardi 25 novembre 2003

OTTAWA (PC) - Se disant convaincu que le nouveau chef libéral, Paul Martin, n'est pas à la hauteur de l'image qu'il projette auprès de l'électorat, le Bloc québécois a lancé lundi un court essai qui vise à montrer "l'autre côté de la médaille".

"Paul Martin, c'est un changement de style, mais pas un changement de fond", a soutenu en conférence de presse le député bloquiste Louis Plamondon, auteur du "Mythe Paul Martin", une plaquette de 88 pages publiée aux éditions Saint-Martin, à l'initiative du Bloc.

"Nous voulons que gens les reviennent non pas à l'image (de Paul Martin), mais qu'ils reviennent au fond - et immédiatement - et que ça puisse provoquer, au temps des Fêtes, par exemple, des discussions intéressantes", a poursuivi M. Plamondon.

Cette opération sans précédent ne trahit pas un affolement du Bloc à l'approche des élections, attendues le printemps prochain, a-t-il juré, en reconnaissant tout de même que M. Martin "a une très bonne machine électorale".

A ses yeux, Paul Martin entretient quatre mythes, qu'il s'empresse de démolir dans son essai. D'abord, ce n'est pas parce que le député de LaSalle-Emard a appuyé l'accord constitutionnel du lac Meech, en 1990, qu'il est un "ami" du Québec, avance Louis Plamondon.

En outre, Paul Martin est "un homme de droite pour qui les intérêts des grandes sociétés ont préséance sur l'intérêt des citoyens ordinaires", prétend-il. C'est sans compter que l'ancien propriétaire de la Canada Steamship Lines est "un habitué des pires pratiques de (la) mondialisation" et un politicien "dont le sens de l'éthique est pour le moins discutable", martèle le député bloquiste.

Le livre démarre brutalement: l'ancien ministre des Finances a orchestré un "coup d'Etat démocratique" qui démontre davantage son obsession du pouvoir que son souci du bien-être de la population. Et maintenant qu'il s'apprête à prendre lui-même les rênes du pouvoir, Paul Martin fait tout pour se distancier du gouvernement Chrétien, dont il était pourtant l'une des pièces maîtresses, souligne l'auteur.

Or, estime Louis Plamondon, M. Martin n'a jamais pris fermement position en faveur d'une plus grande autonomie du Québec, puisqu'il a été "la première personne" à appuyer la controversée Loi sur la clarté référendaire, qu'il a envahi les champs de compétence des provinces lors de son passage aux Finances et qu'il est "l'architecte du déséquilibre fiscal".

Des contradictions

Sur le plan de la "justice sociale", M. Plamondon souligne que Paul Martin "a beaucoup soigné son image de défenseur des pays pauvres" mais qu'en pratique, "il a fait tout le contraire".

"Il a siégé au Fonds monétaire international pendant près de dix ans comme représentant du Canada sans jamais obtenir de réformes substantielles", relève-t-il.

Le député s'en donne aussi à coeur joie quand il parle avec ironie du "sens de l'éthique" de M. Martin. Il fait remarquer que "c'est lui qui signait les chèques" à Ottawa quand ont éclaté les scandales du ministère du Développement des Ressources humaines, du programme des commandites et du registre des armes à feu. Et quand il mentionne la grande réussite politique de Paul Martin, soit l'élimination du déficit fédéral, l'auteur se contente de dire qu'il a "soustrait du débat public" des dizaines de milliards $ en surplus qu'il a automatiquement affectés au remboursement de la dette.

M. Plamondon ne peut évidemment s'empêcher d'évoquer les "multiples conflits d'intérêts" dans lesquels se serait placé l'ancien ministre des Finances pour avoir maintenu les ententes préférentielles du Canada avec des paradis fiscaux où étaient enregistrées ses entreprises.

Louis Plamondon se défend d'avoir fait un caricature de Paul Martin. "Ca m'apparaît très serein, ce que j'ai écrit", a-t-il assuré.

Le porte-parole du chef libéral, Scott Reid, a déclaré que M. Martin ne serait pas "distrait ou intimidé" par cette manoeuvre bloquiste.

"Je ne crois pas que des demi-vérités et des injures rétabliront le respect et l'élan que le Bloc québécois a besoin", a-t-il lancé.



»» Bloc québécois

Yves Rocheleau s'explique

Le Nouvelliste de Trois-Rivières 13 novembre 2003

L'auteur, Yves Rocheleau, est le député bloquiste de Trois-Rivières aux Communes.
Il est celui qui a présenté, le 29 octobre dernier, le projet de résolution demandant de confirmer la reconnaissance de la nation québécoise, résolution contre laquelle se sont ligués TOUS les députés de J. Chretien provenant du Québec…

Article publié dans Le Nouvelliste de Trois-Rivières, le 13 novembre 2003.

Yves Rocheleau Je gagne ma paye à Ottawa, mais moi en y défendant systématiquement les intérêts du Québec…»

La semaine du 27 octobre fut marquée à la Chambre des communes par deux événements significatifs qui n'ont pourtant pas subi le même traitement médiatique. Le premier survint le 29 octobre, lorsque que la Chambre votait massivement contre la motion suivante que j'ai eu l'honneur de présenter :

« Que la Chambre reconnaisse que le Québec forme une nation et qu'en conséquence, n'étant pas signataire de l'entente cadre sur l'union sociale de 1999, ladite nation québécoise dispose d'un droit de retrait avec pleine compensation financière pour toute initiative fédérale faisant intrusion dans les juridictions québécoises.»

Alors que le gouvernement canadien reconnaît pourtant la fête nationale des Acadiens et les Nisga'as de la Colombie-Britannique comme une nation, il refuse au Québec cette même reconnaissance et confirme par le fait même ses intentions centralisatrices et unitaires. Il s'agit là d'un vote d'une portée historique non équivoque, d'autant plus que l'Assemblée nationale a reconnu unanimement pour sa part, dès le lendemain, cette même nation québécoise.

Le contraste entre ces deux votes est spectaculaire et fort pédagogique, mais fut malheureusement par trop négligé par les médias.

Préalablement au vote du Parlement canadien, le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, avait déclaré le jour même, lors de la période de questions, que l'exercice référendaire de 1995 avait constitué une fraude.

Dans un appel au règlement, j'ai immédiatement demandé que le ministre s'excuse et retire ses paroles, compte tenu que moi-même, le gouvernement du Québec, le gouvernement du Canada et 93 % de la population du Québec avaient participé à ce référendum, ce qui impliquerait donc que tout ce beau monde aurait participé à une fraude. Le ministre refusa de s'excuser et de retirer ses paroles.

Le lendemain, jeudi 30 octobre, trois questions furent posées par le Bloc Québécois à monsieur Dion, dont la dernière par le soussigné, à laquelle le ministre répondit « Peut-il dire qu’il est un fier Québécois, un fier Canadien-français et un fier Canadien ? Peut-il accepter toutes les identités qui sont en lui sans en rejeter aucune ? Si tel est le cas, nous sommes d’accord et nous voterons ensemble ».

Je porte à l’attention du lecteur l’astuce utilisée par le ministre qui tente de m’associer à la triple appartenance identitaire « qui sont en lui » en la transposant sur moi, en m,assimilant personnellement à ses propres appartenances identitaires, comme il tente d’ailleurs de le faire sur le plan collectif avec l’ensemble des Québécois francophones.

Soyons clairs, : actuellement ma citoyenneté est certes canadienne, mais il ne s’agit là ni d’un choix, ni d’une décision, ni d’un souhait, ni d’une opinion. Il s’agit là simplement d’un fait, d’une réalité juridique qui s'applique d'ailleurs à tous les Québécois.

Ma nationalité, quant à elle, c'est-à-dire mes racines, mes origines, mon appartenance nationale, elles, elles sont québécoises. En conséquence, ma nationalité est québécoise. Et lorsque je déclare à la Chambre des communes, en réaction à la tentative d'assimilation de Stéphane Dion « je ne suis pas canadien moi », cela signifie « je ne me sens pas canadien », ni de coeur, ni d'esprit. Je le suis uniquement sur une base juridique. Mon coeur et mon esprit sont québécois.

Et pour ceux qui s'offusquent que je reçoive, dans ce contexte, une rémunération à titre de député à Ottawa, à commencer par Monsieur Chrétien, je leur dis le plus simplement et le plus fermement possible que je reçois cette rémunération depuis le 25 octobre 1993, jour de ma première élection, fort d'avoir été élu en faisant état clairement de mes convictions souverainistes, tout au long d'ailleurs de chacune des trois campagnes électorales auxquelles j'ai participé. Ce sont ces mêmes convictions qui sont au coeur de mon action à Ottawa, l'objectif visé étant spécifiquement l'atteinte de la souveraineté politique pour le Québec, ce qui permettra alors à tous les Québécois et toutes les Québécoises d'obtenir leur citoyenneté québécoise.

Mettre en cause ma légitimité de député à la Chambre en déclarant que « le député de Trois-Rivières devrait se retirer de cette chambre parce qu’il a affirmé qu’il n’était pas citoyen du Canada, mais qu’il est canadien pour recevoir sa paye », comme l’a fait le premier ministre Chrétien à ses derniers jours à la Chambre, avec une bonne dose de mesquinerie et de petitesse, ravale paresseusement le débat sur le plan intellectuel et est manifestement indigne des immenses prétentions démocratiques canadiennes.

Comme j’en ai reçu le mandat de mes électeurs, je gagne ma «paye» à Ottawa, mais moi en défendant systématiquement les intérêts du Québec et en y oeuvrant au plein épanouissement de la nation québécoise et de son avenir… avenir d’ailleurs actuellement menacé. Peut-on en dire autant de tous les élus québécois qui y siègent ?

* * * * * *

Article publié dans Le Nouvelliste de Trois-Rivières, le 13 novembre 2003.
Numérisé par Jean-Luc Dion.



»» la gauche québécoise

D'abord solidaires
- Un nouveau défi pour l'unité de la gauche québécoise

Pierre Dostie
Porte-parole de l'Union des forces progressistes
Le Devoir mardi 25 novembre 2003

Le mouvement D'abord solidaires est né d'un besoin d'éducation politique devant la montée de la droite et dans un contexte pré-électoral où l'ADQ, qui représentait alors sa faction la plus radicale, avait la faveur des sondages. Cette éducation politique au sens large et non partisan qui, normalement, devrait être la responsabilité de toute organisation syndicale et populaire, mais qui a été négligée depuis au moins 15 ans, commence heureusement à réapparaître depuis quelques années.

On se souviendra que, lors de la fondation du mouvement RAP en 1997, dans un élan de rupture avec le gouvernement Bouchard, la principale préoccupation de cette organisation était le développement d'un mouvement d'action politique citoyen voué, d'une part, à l'éducation politique et, d'autre part, à favoriser la création d'un parti progressiste alternatif. La lente rupture entre la gauche et le Parti québécois -- qui a longtemps eu le monopole du mouvement souverainiste et qui captait une grande partie des énergies progressistes dans l'espoir que «le pays» ouvre la porte à un projet de société -- a fait un bond important depuis cinq ou six ans.

Les militantes et les militants de D'abord solidaires ont assumé de façon fort pertinente, et avec peu de moyens, le mandat d'éducation politique non partisane qu'ils et elles se sont donné. Leur participation à la campagne électorale d'avril 2003 a contribué non seulement à éclairer les enjeux (par exemple sur le bien commun) et à faire connaître les partis en présence, notamment l'UFP et le Parti vert, mais aussi à permettre à un réseau de personnes, pour la plupart jusque-là en périphérie de l'action politique partisane, de s'y intéresser de plus près.

Ils et elles ont vite constaté, un peu comme l'avaient fait plus tôt les membres du mouvement RAP, la nécessité de construire un véhicule politique, un parti capable de porter un projet de société progressiste réaliste en Amérique du Nord, crédible aux yeux des Québécoises et des Québécois, et capable, à terme, de prendre et d'assumer le pouvoir par la voie électorale.

À la fin du mois, D'abord solidaires statuera sur son avenir en tant que mouvement non partisan voué à l'éducation politique, et sur la stratégie à privilégier face à la nécessaire action politique partisane à gauche. On sait que, tout comme c'était le cas au RAP lorsque la question s'est posée trois ans après sa naissance, les deux options débattent : celle du mouvement et celle du parti. Le vide sur ces deux plans justifie en quelque sorte les deux options.

Un processus

L'UFP comprend parfaitement le cheminement de cette organisation et elle respectera complètement son processus ainsi que les résultats de ses débats. Nous avons quant à nous choisi de contribuer à construire un parti. Tout comme c'est le cas pour la rupture avec le PQ, la dispersion et la division de la gauche québécoise nous a posé, et nous pose encore, un extraordinaire défi.

Depuis trois ans, l'UFP a consciemment et patiemment enclenché un processus de rassemblement et d'unification des progressistes : ceux et celles déjà regroupés jusque-là en partis mais aussi -- et on ne le dit pas assez --, ceux et celles qui n'attendaient qu'un signal d'unité pour nous prendre au sérieux et pour nous rejoindre. Les jeunes aussi -- et ils sont majoritaires -- qui n'ont pas été contaminés ou traumatisés par des expériences regrettables du passé, mais qui cherchent un espace alternatif, un véhicule politique pour canaliser leur juste révolte. L'Union des forces progressistes, c'est beaucoup plus que l'addition des partis et mouvements qui l'ont fondée.

Il faut également reconnaître aux partis fondateurs de l'UFP la lucidité et l'humilité d'avoir revu leurs cadres d'analyse, d'avoir remis en question certaines de leurs pratiques, d'avoir enfin fait le choix, par-delà leurs différences, de se centrer sur ce qui les unissait, qui s'est avéré immensément plus grand que ce qui les divisait. Ce choix est en grande partie dû au sacrifice, par certains côtés douloureux il faut l'admettre, que le RAP, le PDS et le PCQ ont fait de renoncer à ce que leur formation soit «celle qui rallie les autres».

Ce choix s'est aussi fait devant les conditions politiques concrètes existantes : la globalisation du capitalisme et l'empire unique posent le défi de l'unité la plus large possible sur les enjeux essentiels de l'heure. La crise des modèles alternatifs nous a recentrés non pas seulement sur la finalité de nos luttes, mais aussi et peut-être d'abord sur le processus qui y aboutira.

L'alternative à définir, le véhicule à construire

Quoi que D'abord solidaires décide quand à son avenir, il est déjà connu que l'action politique partisane sera une option qui aura des suites. Cette option se situe, à ce qu'on en perçoit aujourd'hui, dans un courant clairement progressiste, en rupture avec le PQ, ce qui est déjà un pas important. De plus, ce courant reconnaît qu'une partie de la gauche politique québécoise est déjà en processus autour de l'UFP et que des échanges auront lieu avec elle. Des questionnements sont déjà portés envers l'UFP, sa plate-forme, ses structures, sa culture politique, la viabilité des tendances en son sein, etc.

Pour notre jeune parti, le droit de tendance et la structure fédérative au sein de l'UFP ne sont pas seulement «des compromis» entre groupes d'affinités. Ces éléments sont pour nous une façon concrète de reconnaître, d'encadrer et de faire converger la nécessaire diversité au sein de la gauche -- cette diversité que le PQ a niée lors de sa fondation, tout au long de son existence, et encore aujourd'hui. Cette diversité convergente qui a rendu possible la victoire de Lula au Brésil. Cette diversité dont la reconnaissance et la convergence sont des conditions essentielles, voire stratégiques, de la résolution de la question nationale et de la question sociale au Québec.

Certaines analyses des expériences antérieures de la gauche québécoise ont raison de constater le rôle néfaste qu'ont pu jouer les tendances dans les organisations politiques d'alors. Mais il faut reconnaître que ce sont non pas les tendances --, car des tendances, il y en a toujours de toute façon --, mais leur approche et leur style de travail qui, loin de mener à la convergence, contribuèrent, avec bien d'autres conditions, à l'échec des expériences politiques des années 1980. Nous ne sommes plus à l'ère des «partis d'avant-garde» qui sont nécessairement concurrents.

Convergences des gauches

En tant que «parti-processus» qui se considère comme l'embryon d'un parti, une contribution parmi d'autres contributions, qui est consciente de n'avoir jusqu'ici qu'amorcé la formidable tâche de rassembler et d'unir les progressistes du Québec, l'UFP envisage avec confiance et sérénité les échanges éventuels avec tout collectif, réseau de militants et militantes, tout comme elle le fait avec nos amis du Parti vert. Nous sommes à nouveau ouverts et ouvertes à nous questionner avec d'autres. À tout mettre sur la table. Nous le faisons toujours sur la base du principe que ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise.

Nous avons fait, et nous faisons quotidiennement, l'expérience de l'unité au sein de l'UFP, tout comme dans diverses coalitions auxquelles nous participons. Nous avons fait la preuve -- notamment par notre capacité à rallier de nombreux jeunes ainsi que des personnalités ayant une notoriété, par notre capacité à rehausser les débats lors de notre première expérience électorale, par une certaine reconnaissance de la part de certains commentateurs politiques et certains médias -- que la gauche québécoise a pris de la maturité, qu'elle est capable de relever les défis, dans la mesure où elle est consciente des divers processus dans lesquels elle s'engage, dont elle s'emploie à respecter, et à traverser correctement, les étapes, «avec le monde».

Certes, l'année qui vient marquera, nous l'espérons, une nouvelle étape dans ce processus du rassemblement des progressistes et de l'unité de la gauche. Ces deux conditions sont essentielles à la formation d'un grand parti dont le Québec a tant besoin. L'UFP tient à sa plate-forme. Malgré ses défauts, elle représente notre consensus, adopté en congrès. Il en va de même pour nos statuts. Mais nous savons que ces consensus doivent toujours être renouvelés en tenant compte de l'évolution de la réalité.

Nous assumons également le fait que ces éléments ne sauraient primer sur notre mission première, notre raison d'être, qui est l'unité de la gauche et des forces progressistes. Quiconque désire construire un parti de la gauche au Québec ne saurait ignorer l'une ou l'autre de ses composantes. C'est l'une des choses que nous avons apprises de la petite histoire de la gauche québécoise !



»» scrutin proportionnel

Merci Jean Pierre!

Denis Lessard
La Presse mardi 25 novembre 2003

Merci Jean Pierre! Le teint cramoisi, Bernard Landry quitte souvent la période quotidienne des questions à l'Assemblée nationale avec cette remarque bien sentie à l'intention de son député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau.

En fait, bien davantage que les éventuels successeurs de Bernard Landry, François Legault ou Pauline Marois, c'est le vigoureux député Charbonneau qui cause des maux de tête au chef du Parti québécois.

Le PQ tient même deux caucus cette semaine dans l'espoir de vider les questions que soulève l'ancien président de l'Assemblée nationale, qui est parvenu à rallier une bonne partie du caucus des députés derrière lui sur la question du mode de scrutin proportionnel. Même s'il a plusieurs supporters- notamment Jean-Claude St-André (L'Assomption) et Jonathan Valois (Joliette)- l'impétueux Charbonneau s'est fait bien des ennemis au sein de son propre caucus.

Le vase a débordé il y a quelques semaines lorsque le leader péquiste à l'Assemblée nationale, André Boisclair, a fait la moue devant un projet de question du député Charbonneau sur l'enquête Scorpion touchant la prostitution juvénile à Québec. "Arrête de faire le baveux!" a lancé le bouillant Astérix de Borduas au légiste sans diplôme. Même Bernard Landry, qui a ses sautes d'humeur, était estomaqué.

"Je ne me laisse imposer par personne une règle de terreur. Je dis ce que j'ai à dire, je sais que cela dérange parfois, mais je ne me sens pas seul, je sais que d'autres collègues pensent comme moi", a soutenu M. Charbonneau, joint hier par La Presse.

Dans une entrevue percutante à La Presse, en juin dernier, le député Charbonneau avait expliqué la déconfiture du PQ aux élections par son attitude dans le dossier des fusions municipales. "On ne peut pas penser que l'on va gouverner les gens de façon autoritaire et autocratique sans qu'il y ait une réaction. Même si le bien commun dictait les fusions, le bien commun veut aussi dire d'écouter les gens", avait soutenu M. Charbonneau. Cette tirade, évoquée à satiété par Jean Charest à l'Assemblée nationale, est venue plus d'une fois couper les jambes de l'opposition péquiste dans sa guerre aux défusions municipales.

Le député de Borduas avait prédit qu'il retrouverait "le pouvoir de la parole" revenu sur les banquettes de l'opposition: "c'est le seul pouvoir que j'ai... c'est un pouvoir de changement. Il est clair que je suis un peu le leader d'opinion d'une certaine tendance, mais cette tendance n'est pas structurée", résume-t-il. Mais bien davantage que les frasques de l'incorrigible globe-trotter André Boulerice, les interventions à l'interne de Jean-Pierre Charbonneau indisposent Bernard Landry.

Que veut donc le député Charbonneau? Que son parti travaille activement à la mise en place d'une formule proportionnelle pour les prochaines élections générales.

Le PQ s'y était engagé quand il était au pouvoir, mais semble bien heureux que le gouvernement Charest ait remis cet objectif sinon aux calendes grecques, tout au moins au-delà du prochain rendez-vous électoral.

"Il y a deux tendances au PQ, celle que je représente, dans la lignée de Lévesque et des états généraux sur la démocratie. Dans le programme du PQ, on s'engage à ce que les récentes élections soient les dernières sans mode de représentation proportionnelle", explique le député. "L'autre tendance pense que s'il y avait un mode de scrutin proportionnel, cela compliquerait pas mal les choses pour le PQ, et rendrait difficile de tenir un référendum dans un prochain mandat. C'est assez pour avoir la frousse", explique-t-il. "Les députés et le parti sont partagés sur cette question", résume M. Charbonneau.

Aussi, Jean-Pierre Charbonneau est un farouche partisan d'une reconnaissance plus explicite de l'Action démocratique à l'Assemblée nationale. "Ce débat n'est pas terminé au caucus du PQ, je fais le nécessaire pour que ce débat se fasse. Il y a 700 000 électeurs qui ont appuyé l'ADQ. Si on ne reconnaît pas ce parti, cela pose un problème de cohérence démocratique", souligne-t-il.

On peut aimer ou pas les politiques du parti de Mario Dumont, réprouver l'orientation de ce parti, "mais il y a 700 000 personnes qui ont voté pour eux et ils n'ont pas un poids suffisant à l'Assemblée nationale", dit M. Charbonneau. Il y a quelques semaines, le chef de l'ADQ avait admonesté le Parti québécois, lui attribuant toute la responsabilité du refus de l'Assemblée nationale de lui reconnaître un rôle- et une allocation de temps- de chef de parti à l'Assemblée nationale.

Selon lui, comme la route de la souveraineté passe nécessairement par une coalition de plusieurs partis, le PQ ferait mieux de respecter ses principes de démocratie pour miser sur l'avenir. Or, pour plusieurs péquistes, plus de temps à l'ADQ signifie simplement moins de temps de glace pour le PQ.



»» langue de travail

Progression de l'anglais au travail :
L'Office de la langue française attend toujours les renforts

André Duchesne
La Presse mardi 25 novembre 2003

La progression de l'anglais comme langue du travail à Montréal et divers avis et inquiétudes exprimés face à ce phénomène au fil des derniers mois ne se sont toujours pas traduits par une augmentation du personnel à l'Office québécois de la langue française.

Le nombre de fonctionnaires travaillant dans cet organisme gouvernemental chargé de l'application de la Charte de la langue française tourne toujours autour de 200. De ce nombre, on compte une quarantaine de "conseillers en francisation" dont le travail consiste à aider les entreprises de 50 employés et plus à obtenir et à maintenir leur certificat de francisation.

En fait, environ 70 % des entreprises concernées ont jusqu'à maintenant obtenu ce certificat.

"Nous avons connu des progrès énormes depuis notre entrée en fonction, mais il y a encore des objectifs qu'il nous reste à atteindre. Nous avons nous-mêmes demandé à ce que le personnel de l'Office augmente, mais cela n'a pas été le cas jusqu'à maintenant", indique Gérard Paquette, chef du service des communications de l'organisme.

En février dernier, la ministre péquiste Diane Lemieux, responsable de la Charte de la langue française, avait indiqué qu'elle réclamerait du Conseil des ministres que soit augmenté le nombre de fonctionnaires à l'OQLF. Elle avait fait cette déclaration après la publication de chiffres émanant de Statistique Canada faisant état d'un progrès de l'anglais comme langue de travail à Montréal.

On connaît la suite. Le gouvernement péquiste a été battu aux élections du 14 avril dernier. Et depuis l'arrivée du gouvernement libéral, rien n'a changé dans les rangs de l'OQLF. "Peut-être que cela surviendra avec la reconfiguration de l'appareil gouvernemental", espère Gérard Paquette.

Nouvelle étude

En fin de semaine encore, le débat sur le progrès de l'anglais comme langue du travail a été relancé lors d'un colloque organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste. Le professeur de mathématiques Charles Castonguay de l'Université d'Ottawa a exposé une série de chiffres tirés du recensement de 2001 de Statistique Canada pour affirmer que le nombre de travailleurs parlant français à Montréal dépasse de seulement 27 000 le nombre de résidants affirmant avoir le français comme langue maternelle.

Or, du côté anglophone, le nombre de personnes travaillant en anglais dépasse de 137 000 celui des individus disant parler anglais à la maison.

Les conclusions d'études semblables réalisées par M. Castonguay dans le passé ont souvent été l'objet de contestations de la part de certains collègues selon qui les méthodes d'analyses de M. Castonguay sont contestables.

De son côté, l'OQLF ne semble pas vouloir prendre parti dans ce débat. M. Paquette estime qu'il faudrait d'abord s'entendre sur la définition de l'usage de l'anglais au travail. "Dans un contexte de mondialisation, nous sommes dans l'obligation d'utiliser l'anglais. Moi-même, je travaille pour l'OQLF et je parle anglais dans de 10 % à 20 % de mes conversations téléphoniques", dit-il.

Il ajoute que selon lui, c'est la première fois qu'on aborde la question de l'usage des langues sous cet angle et qu'il n'y a pas d'unité de comparaison.

À la Société Saint-Jean-Baptiste, on croit au contraire que l'anglais progresse à Montréal, ce qui est une source d'inquiétude. Au dire de Jean Dorion, président de la Société, le colloque de la fin de semaine constituait en fait une "pré-mobilisation" avant une offensive visant à interpeller le gouvernement Charest sur cette question. Il a décliné l'invitation d'en dire davantage sur sa stratégie à venir.



»» langue de travail

Ottawa tracks immigrants' bad language

Fluency in english, french key to jobs. One-on-one interviews by Statistics Canada aim to get more accurate evaluation of skills than traditional census self-assessments

JEFF HEINRICH
The Montréal Gazette Tuesday, November 25, 2003

Immigrants may think they converse in English or French better than they really do, and that may hinder their job search. So Ottawa is studying how strong or weak immigrants' language skills are, a senior federal immigration official said yesterday.

"We need to be able to objectively assess how well these people actually converse. Right now we can't, because we're relying on (immigrants') self-assessment," said Elizabeth Ruddick, director of research at Citizenship and Immigration Canada.

When they describe their knowledge of one of Canada's official languages to census-takers and in official documentation, "people will err on the positive side, especially when they're applying for citizenship," Ruddick said in an interview yesterday at an international conference on ethnic diversity.

On the job market, "they may find they're disappointed, because they can't converse like they expected."

Unemployment is a growing problem in Canada's immigrant communities, even for foreign-trained professionals, who are often frustrated in their hopes of applying their skills in the workplace here.

Over the last decade, the earnings of immigrants have been trending downward, just like those of college graduates, and there has been a "declining return on foreign (job) experience," Ruddick said.

One reason might be that immigrants' language skills simply aren't up to snuff, Ruddick said. A person may be able to hold a simple conversation but isn't fluent in the specialized language of his or her trade, she said.

To get a clear picture, Statistics Canada has started a special survey of more than 1,000 immigrants to assess how comfortable they are in either of Canada's official languages, Ruddick said.

The results of the one-on-one interviews are to be released next fall.

As well, Ruddick's department has started testing immigrants as they apply for citizenship - 1,000 in Toronto now and about 500 each in Vancouver and Montreal next year - and is to report the data next summer.

Also being studied are:

- How well university-educated immigrants' language skills match their job qualifications.

- What kind of training they're getting - or not - to improve.

- Whether alternative types of training should be made available.

"The question is, do you first try to get the job and then get language training on the side, or do you get the training in order to get the job?" Ruddick said.

"This is the most difficult and the most expensive chunk of research we've been doing over the last 10 years to understand more about the immigrant communities," she said. "We've waited this long because it's a very time-consuming process."

Ruddick was one of about 40 speakers at the Opportunity and Challenge of Diversity conference. It was organized by the Policy Research Initiative and other federal agencies and departments, along with the Organization for Economic Co-operation and Development.

The conference is being held at a downtown Montreal hotel. The event concludes today.

jheinrich@thegazette.canwest.com



»» propagande fédérale

Populaire, le drapeau canadien

Patrice Gaudreault
Le Droit 24-11-2003

Décidément, le drapeau canadien a toujours la cote. Depuis le début du mois, le ministère du Patrimoine a émis pas moins de quatre appels d'offres distincts, afin de mettre la main sur tout près de 5,3 millions de drapeaux et épinglettes aux couleurs de l'unifolié.

Et ce n'est pas tout. Cette commande ne représente que la moitié des besoins du gouvernement fédéral. Selon les estimations obtenues par Le Droit, auprès de Patrimoine Canada, Ottawa devra se porter acquéreur de 9,46 millions d'unités s'il espère répondre aux demandes des Canadiens au cours de la prochaine année.

« On y va selon la demande et il y en a beaucoup. Il n'y a jamais de surplus », a indiqué Sylvie Marleau, porte-parole de Patrimoine Canada.

Pour l'instant, le plus important appel d'offres — lancé le 14 novembre dernier — prévoit l'achat de 4,35 millions de drapeaux canadiens. Faits de papier et munis d'un bâtonnet de carton, ces unifoliés mesurant trois pouces par six pouces doivent être livrés au gouvernement fédéral « au plus tard le 12 avril 2004 », afin d'être distribués lors des fêtes du Canada.

Un second appel d'offre, dont Le Droit a obtenu copie, invite les entreprises à confectionner un drapeau plus imposant, mesurant 90 centimètres par 180 centimètres. À la fermeture du concours, le 15 décembre prochain, le soumissionnaire « le moins-disant » sera invité à produire 41 755 drapeaux, qui seront livrés au ministère du Patrimoine entre mars et avril 2004.

Commande de 475 000 épinglettes

Les fabricants d'épinglettes ne demeurent pas en reste. Loin de là. Le gouvernement fédéral a en effet lancé un appel d'offre, le 18 novembre dernier, afin de mettre la main sur quelque 475 000 épinglettes aux couleurs du drapeau canadien.

Plus tôt ce mois-ci, enfin, Travaux publics ont publié un appel d'offre pour la livraison de 400 000 autres petits drapeaux de papier — similaires à ceux distribués à la fête du Canada — d'ici le 5 décembre prochain.

« D'autres appels d'offre s'en viennent », a confirmé Mme Marleau, de Patrimoine Canada.

D'ici la fin de l'année, le gouvernement fédéral aura mis la main sur 4,75 millions de drapeaux de papier, 4,673 millions d'épinglettes et 41 755 étendards de tissu. Cela représente tout de même une baisse de 8,6 % comparativement aux 10,3 millions d'unités achetés l'an dernier par Ottawa, au coût de 1,4 million $.

Deux fêtes

« On utilise ces articles-là lors du jour du drapeau national, le 15 février, de même que pour le programme du Canada en fête, qui s'étend sur les 11 jours précédant le 1er juillet, a indiqué Mme Marleau. Les députés et les sénateurs ont également droit à un certain nombre d'articles, qu'ils distribuent ensuite dans leur circonscription. »

Les personnes intéressées à se procurer un drapeau peuvent en effet se présenter au bureau de leur député fédéral, qui reçoit chaque année quelque 75 drapeaux grand format, 300 petits drapeaux de nylon et plus de 6000 épinglettes.

« C'est très populaire auprès des gens qui voyagent à l'étranger, explique le député de Hull-Aymer, Marcel Proulx. On recevrait le double de notre allocation et on n'en aurait pas de trop. On reçoit les livraisons au mois de mai et ça nous dure habituellement jusqu'au mois de novembre. »

Trop de drapeaux pour Laframboise

Son collègue bloquiste d'Argenteuil-Papineau-Mirabel, Mario Laframboise, ne partage pas cet avis. Il trouve excessif que le gouvernement fédéral distribue près de 10 millions de drapeaux et d'épinglettes par année, soit près de un item par trois habitants.

« C'est du gaspillage, dit-il. Nous, on en trouve pour ceux qui en demandent, mais on n'en fait pas la publicité. Si on reçoit une dizaine ou une quinzaine de demandes par année, c'est beau. »

« C'est évident que la guerre des drapeaux n'a jamais arrêté, ajoute-t-il. Ils (les libéraux) préfèrent acheter le sentiment d'appartenance des Canadiens à coup de drapeaux et de petites épinglettes. »


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Le gros bon sens ou le sens des mots

Charles Courtois, UQAM
courtoiscp@yahoo.fr
TRIBUNE LIBRE Le 25 novembre 2003

A l'heure où le "gros bon sens" a démontré ses conséquences néfastes en Ontario, le gouvernement Charest fait semblant d'ignorer les ravages de cette politique et son impopularité.

Au contraire, le "gros bon sens" est recruté à Québec pour servir d'alibi aux réformes. Cela sied bien à une époque où le sens des mots semble toujours plus travesti et où l'honnêteté et la dignité sont battues en brèche par la propagande éhontée, une avidité déséquilibrée et une cupidité sans frein.

Le gros bon sens nous rappelle pourtant que démocratie rime avec concertation de toutes les parties - y compris le patronat, mais pas seulement le patronat.

Le gros bon sens nous rappelle que l'intérêt public n'est pas toujours mieux défendu par des intérêts privés. Le gros bon sens nous rappelle que l'avenir de la nation, c'est les enfants, l'éducation et la formation, c'est le développement durable, et pas seulement les profits à court terme du petit nombre.

Le gros bon sens nous rappelle que le régime de Bush n'est pas un modèle éclairé et équitable, mais plutôt une dérive inquiétante de la démocratie dans un pays dont l'équité sociale est en pièces. Est-ce que c'est du gros bon sens que d'essayer d'égaler ce "modèle" ?

Le gros bon sens nous rappelle que la politique est affaire de choix, et que le choix néolibéral est sans bon sens pour la majorité.



TRIBUNE LIBRE

Lettre ouverte aux indépendantistes heureux d’avoir perdu Montréal

Luc Potvin, Montréal
lpotvin_2000@yahoo.fr
TRIBUNE LIBRE Le 25 novembre 2003

Dans l’ancien Montréal, il y avait 63% de francophones. Dans le Nouveau Montréal, il y en a 51%.

Dans l’Ancien Montréal, le vote nationaliste-indépendantiste allait de 40 à 45%. Dans le Nouveau Montréal, le vote nationaliste-indépendantiste ne dépasse guère 33%.

Cela crève donc les yeux : en tant que francophones et en tant qu’indépendantistes, nous pesons beaucoup moins dans le Nouveau Montréal que dans l’Ancien.

Mais que disent de nombreux indépendantistes ? « Vive le Nouveau Montréal ! »

Le Nouveau Montréal a beau être nettement plus anglophone et nettement plus fédéraliste que l’Ancien, il semble bien que nous devons tous, comme francophones et comme indépendantistes, nous en réjouir et crier : « Bravo ! ».

Quand les francophones passent subitement de 63 à 51% à Montréal, aucun doute possible : c’est un extraordinaire progrès pour la langue française.

Quand les nationalistes-indépendantistes passent de 40-45% à 30-33% de l’électorat montréalais, il va de soi que c’est là aussi un immense pas en avant pour la cause de l’indépendance.

Ai-je l’air de me moquer ? Eh bien, oui, je me moque ! Mais avec une infinie tristesse, une énorme envie de brailler et quelque chose comme l’espérance de trouver un mur assez dur pour me péter la tête dessus. Je suis toujours un peu comme ça quand je vois la bêtise et le masochisme unir leurs forces pour se lancer main dans la main à l’assaut des plus hauts sommets.

La fusion de l’île de Montréal en une seule ville ne signifie rien d’autre que l’abandon irréversible de notre seule et unique métropole aux anglos-fédéralistes.

Francophones et indépendantistes, nous aurons beau nous répéter cent mille fois que le Nouveau Montréal représente pour nous une victoire, c’est et ça restera bien au contraire une terrible, une horrible, une épouvantable catastrophe.

Le Nouveau Montréal traverse présentement une crise. On peut parier que, notre masochisme aidant, il en sortira vainqueur. Sur le coup, beaucoup d’indépendantistes applaudiront béatement. Après quoi, fort de son électorat à 67-70% fédéraliste, le Nouveau Montréal tombera sous les griffes d’Ottawa. L’Hôtel de Ville y deviendra une simple succursale du gouvernement fédéral. Cet Hôtel de Ville, Paul Martin le mettra dans sa poche et le brassera comme de la petite monnaie tout en sifflotant pendant que tous les Bronfman et tous les Desmarais de Coalition Montréal seront encore en train de rire à s’en rouler par terre.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on l’aura bien cherché.

PS : Bon, bon, je sais, je sais, il y a la justice fiscale et le développement économique. Pas besoin de m’en parler en long et en large. Je l’admets, ce sont là, en faveur de la fusion, deux arguments très valables, quoique pas nécessairement probants.

En effet, même avec la fusion, la parité fiscale risque de se faire attendre encore assez longtemps, merci. Par ailleurs, durant les quelque cinq ou sept ans précédant la fusion, Montréal a connu une croissance économique plutôt enviable. Alors, une parité fiscale bien incertaine et un développement économique qui tient à une foule de facteurs, est-ce bien pour cela qu’il nous faut accepter de devenir, nous francophones et indépendantistes, quantité négligeable dans notre seule et unique métropole ?

Qu’importe que Montréal rivalise avec New York si Montréal ne nous appartient plus !

Je ne voulais pas et je ne veux toujours pas d’une île, une ville. Je ne veux pas non plus d’une île, deux villes, encore que je me demande parfois si cela ne provoquerait pas chez les nôtres la saine et sainte colère dont nous avons peut-être besoin pour accéder enfin à l’indépendance. Mais, cela dit, si nous revenions à quelque chose de semblable à ce qu’il y avait avant la fusion, ça ne me peinerait pas du tout, loin de là. Un Montréal moins anglophone et moins fédéraliste, un Montréal plus francophone et plus indépendantiste, je ne demande pas mieux. Je l’espère même. Ne serait-ce que pour que les Bronfman et les Desmarais arrêtent de rire dans leur barbe.



TRIBUNE LIBRE

COURAGE ET LUCIDITÉ

Jean-Luc DION, ing.
Lettre publiée dans Le Nouvelliste, Trois-Rivières, le 13 novembre 2003, pour appuyer M. Yves Rocheleau, député de Trois-Rivières à la Chambre de Communes.
TRIBUNE LIBRE Le 25 novembre 2003

Trois-Rivières
6 novembre 2003

Il y a des gens courageux qui disent les choses comme elles sont, avec lucidité et documents à l’appui. Notre député Yves Rocheleau est de ceux-là. Dans le quotidien Le Droit d’Ottawa du 4 novembre on était édifié par un texte qui traduit bien la réalité canadienne hors Québec depuis toujours : « La grande majorité des candidats à la mairie d'Ottawa se prononce contre la reconnaissance de la dualité linguistique de la capitale nationale (sic) dans la législation ontarienne. Hormis Bob Chiarelli et la révélation du débat des candidats à la mairie, Ike Awgu, les cinq autres ont crié haut et fort que la reconnaissance du bilinguisme d'Ottawa dans la loi ontarienne n'est pas du tout approprié (sic) (…) Le plus proche poursuivant de M. Chiarelli dans la course, Terry Kilrea, a indiqué que l'enchâssement dans la loi ontarienne du caractère bilingue d'Ottawa était - une insulte pour les anglophones -… ».

Mais, pour diverses raisons, un nombre encore étonnant de « francophones », même Québécois, ne veulent surtout rien savoir de cette réalité et s’obstinent dans le mythe canadien en niant leur propre identité nationale. S’ouvrir à la réalité perturberait leurs illusions profondes sur ce qu’est le Canada et sur ce que nous sommes du point de vue des Canadiens. Ils refusent de voir qu’il n’y a aucune espèce de réciprocité entre le traitement exceptionnel de la minorité anglaise au Québec et celui de la minorité française au Canada. Par exemple, il y a trois universités de langue anglaises au Québec, mais il n’y a aucune contrepartie de langue française à l’ouest du Québec : il n’existe que quelques institutions bilingues (voir le site du « Regroupement des Universités de la Francophonie hors Québec » 1 ).

Dans le domaine des hôpitaux, on se souviendra que le seul hôpital de langue française en Ontario, à Ottawa de plus, n’a été sauvé de justesse et partiellement, qu’après une longue lutte où de nombreux Québécois se sont impliqués. Dans essentiellement toutes les villes hors Québec qui comptent une minorité de langue française plus importante que la minorité anglaise à Trois-Rivières, il est impossible d’acheter les publications courantes en français : n’importe qui peut le vérifier en faisant, par exemple, une promenade à Sault-Ste-Marie, une ville du Nord de l’Ontario où les francophones sont beaucoup plus nombreux que les anglophones dans notre ville où les publications de langue anglaise dominent. Sans oublier que la plupart des « francophones » à l’Ouest du Québec n’osent même pas parler français entre eux en public... Il suffit de voyager dans ces régions pour le constater le vide du bilinguisme dit « officiel ».

C’est infiniment triste à dire, mais ce sont surtout des députés libéraux issus du Québec qui sont les véritables artisans de la négation du Québec par le Canada : TOUS ont nié dernièrement l’existence de la nation québécoise, contre toute évidence. C’est honteux ! Ce sont en effet des individus originaires du Québec comme Jean Chrétien, Stéphane Dion et leurs semblables, dans la foulée de P.E. Trudeau, qui sont à l’origine des moyens exceptionnels qui ont été mis en œuvre, surtout depuis 1995, pour tenter de briser définitivement notre volonté de prendre la place qui nous revient dans le monde. Ils ont même basé leur carrière là-dessus. Heureusement, M. Rocheleau est de ceux qui ne craignent pas de dire la vérité des choses : lois odieuses, scandale des « commandites », rapports bidons et propagande, Groupaction, Rapport Bernier, etc., etc. 2 )

Un grand homme politique français, dont la franchise et le courage lui ont valu d'être assassiné par un extrémiste de droite en 1914, disait : « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques » (3). Certes, cet humaniste combattant, Jean Jaurès, ne désavouerait pas notre député de Trois-Rivières au Canada qui fait preuve de courage, de franchise et de conviction depuis son entrée en politique.

Toute dernièrement, le quotidien Le Devoir publiait une analyse très lucide de M. Rocheleau sur ce qu’on appelle souvent « le nation building canadien », appuyé par des collègues du Bloc Québécois (4). Ce texte expose clairement un ensemble de faits bien réels que tous connaissent, ou devraient connaître, sur le cul-de-sac où la politique unitariste d’Ottawa mène le Québec. Mais qui l’a lu parmi ceux qui dénoncent la franchise de M. Rocheleau ?

Comme Québécois, M. Rocheleau a simplement dit qu’il est de nationalité québécoise et que sa citoyenneté est canadienne : ce sera le cas tant que nous n’aurons pas le courage de nous donner un pays. Tout comme un Écossais ou un Irlandais affiche fièrement qu’il est de nationalité écossaise ou irlandaise, et qu’il n’est pas Anglais : c'est aussi simple que cela !

Sincèrement,
Jean-Luc Dion, ing.
Trois-Rivières, le 6 novembre 2003

1- http://www.rufhq.ca/mem.htm
2- http://www.vigile.net/ds-affaires/gagliano/02-3-21-lp-triples.html
3- http://www.vigile.net/ds-federation/index/propagande.html
http://www.philagora.net/france/jaures.htm
4- http://www.yvesrocheleau.qc.ca
http://www.vigile.net/ds-actu/docs3a/03-10-6-2-rocheleau.html



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