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»» Défusions

Jean-Marc Fournier présente ses règles du jeu au Conseil des ministres

Québec exigera un OUI du tiers des électeurs inscrits

Denis Lessard
La Presse mercredi 26 novembre 2003

Québec - Après des semaines de valse-hésitation, le gouvernement Charest semble avoir tranché la question délicate des référendums qui mèneront aux défusions municipales.

Bien sûr, pour se retirer de la grande ville, les partisans des défusions devront l'emporter dans le cadre d'un référendum qui sera tenu dans leur arrondissement.

Mais surtout, le total des suffrages en faveur de la défusion devra être supérieur au tiers du total des résidants, des "personnes habilitées à voter", pour que le résultat soit jugé significatif par le gouvernement.

C'est le scénario mis de l'avant hier après-midi par le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, lors de la réunion à huis clos du caucus des députés libéraux. D'entrée de jeu, le ministre a reconnu avoir voulu dans un premier temps exiger que 50 % des résidents se prononcent pour la défusion avant de reconnaître ce verdict- scénario révélé la semaine dernière par La Presse-, mais on lui a fait comprendre qu'une barre placée si haut serait inacceptable pour nombre d'élus libéraux.

Hier, le scénario du tiers n'a pas soulevé de ressentiments, semble-t-il. Les députés de l'Ouest-de-l'Île n'ont pas poussé les hauts cris et même le député dont la circonscription englobe Boucherville, Pierre Moreau, le ténor des défusionnistes chez les francophones, a pris la parole pour dire qu'il pouvait vivre avec le scénario que veut soumettre ce matin M. Fournier au Conseil des ministres.

Peu loquace habituellement, M. Moreau a répété que lui et plusieurs de ses collègues avaient été élus surtout à cause de l'engagement du PLQ de permettre les défusions.

M. Fournier a aussi rappelé que les députés l'avaient convaincu d'abandonner il y a plusieurs mois son scénario où il exigeait un taux de participation de 50 % pour reconnaître un référendum sur les défusions- un tel mécanisme aurait incité les opposants à la défusion à s'abstenir d'enregistrer leur droit de vote.

Hier, le ministre a assuré les députés qu'ils auraient une nouvelle occasion de discuter des amendements qu'il envisage de déposer sur le projet de loi 9. Ce pourrait être chose faite dès vendredi, mais M. Fournier hésite passablement à se pointer devant des caméras au lendemain du dépôt du budget de la Ville de Montréal, qui ne sera pas tendre à l'endroit du gouvernement Charest.

Au cabinet du premier ministre Charest, on soutenait qu'un dépôt vendredi n'était pas exclu. Quand La Presse lui a rapporté le contenu des délibérations que venaient de tenir les députés, Christian Barette, attaché de presse, s'est contenté de pousser un juron.

Curieusement, M. Fournier a parlé de l'obligation pour des défusionnistes d'obtenir "le tiers" d'adhésion pour que leur projet se réalise. Mais les documents que son cabinet fait circuler dans la machine administrative parlent plutôt de 35 % que du tiers (33,3 %).

D'autre part, élément important pour Montréal, même si les arrondissements reprennent leur billes, les leviers importants en matière de développement économique resteront entre les mains de l'agglomération.

Les arrondissements qui redeviendront des villes auront des pouvoirs qui ressembleront étrangement à ceux qu'ils auraient eu si le plan de décentralisation de l'administration Tremblay- devenu projet de loi- leur aurait été appliqué.

Les pouvoirs des villes défusionnées seront essentiellement des responsabilités de proximité, la collecte des ordures, l'entretien des réseaux de voirie et des services d'eau locaux, les loisirs et les équipements locaux. Les leviers économiques ne leur seront pas accordés, mais ils pourront intervenir, par exemple pour la revitalisation d'une artère commerçante.

Pour le reste, le scénario expliqué par le ministre à ses pairs reprend essentiellement des informations déjà rendues publiques par La Presse. M. Fournier jette par-dessus bord une formule de péréquation qui aurait favorisé les défusions et reprend les grandes lignes du modèle proposé par le mandarin Louis Bernard, penseur des fusions municipales.



»» Défusions

Les défusionnistes devront trimer dur

Fournier propose au Conseil des ministres de fixer à 35 % des électeurs d'une ancienne ville le taux d'appui nécessaire à sa reconstitution

Simon Boivin
Le Soleil mercredi 26 novembre 2003

Le Conseil des ministres devra se prononcer, aujourd'hui, sur la proposition du ministre Jean-Marc Fournier de fixer à 35 % des électeurs d'une ex-municipalité le taux d'appui nécessaire pour permettre une défusion.

Cette option a été présentée, hier, aux députés libéraux réunis en caucus, a appris LE SOLEIL.

Si ce scénario devient celui privilégié par le gouvernement, les défusionnistes devront trimer dur afin de faire sortir le vote antifusion. En effet, dans une ex-municipalité de 1000 personnes habiles à voter, 350 citoyens devraient se prononcer en faveur des défusions pour retrouver leur ancienne ville.

En supposant que seulement 500 électeurs se rendent aux urnes ce jour-là, les 350 votes nécessaires à la défusion représenteraient alors 70 % du suffrage récolté.

Et, toujours en suivant notre exemple, à moins que 700 personnes n'exercent leur droit de vote - soit une participation de 70 % des électeurs - , la majorité simple ne permettrait pas aux apôtres de la défusion de crier victoire.

Il semble toutefois que les libéraux détiennent des sondages qui démontrent qu'entre 73 et 75 % des gens comptent se rendre dans l'isoloir s'ils sont appelés à se prononcer sur les défusions.

En commission parlementaire, les maires des nouvelles villes plaidaient en faveur d'un appui de 50 % des électeurs inscrits avant de permettre une défusion. Ils n'obtiendraient donc pas entière satisfaction.

Chez les libéraux, certains prétendent que le gouvernement n'a pas voulu placer la barre trop haute afin de ne pas limiter les possibilités de défusion aux seules anciennes municipalités anglophones. Le Parti libéral a déjà essuyé de nombreuses critiques à l'effet que les défusions pourraient creuser un fossé entre les deux principales communautés linguistiques du Québec.

Dans la mesure où la proposition du ministre des Affaires municipales reçoit l'aval du Conseil des ministres, elle sera de nouveau discutée en caucus, demain, avec les députés. Elle devrait ensuite être rendue publique vendredi ou en début de semaine prochaine.

Le ministre Fournier a déjà signifié son intention de faire connaître les amendements au projet de loi 9 sur les défusions avant la fin novembre ou au début décembre. En considérant le temps dévolu à l'ouverture des registres et aux consultations, les élections dans d'éventuelles villes défusionnées n'auront pas lieu avant la fin de 2005.

À moins d'avis contraire, 10 % des citoyens d'une ex-municipalité auront à signer un registre pour qu'un plébiscite soit organisé. Des études doivent précéder l'ouverture des registres afin d'informer les résidants sur les avantages et les inconvénients reliés à une défusion.

Quoi qu'il en soit, M. Fournier a été clair avec les ex-maires : il n'est pas question pour eux de retrouver leur ancienne municipalité telle qu'elle était avant les fusions. Ils devront nécessairement composer avec des éléments d'agglomération. Les ex-maires sont donc impatients de connaître les pouvoirs dont ils hériteront s'ils récupèrent leur municipalité. Le droit de taxer est au coeur de leurs préoccupations.

SBoivin@lesoleil.com



»» Sous-traitance

Sous-traitance: le patronat et le PQ croisent le fer

Mario Cloutier
La Presse mercredi 26 novembre 2003

Québec - Le Conseil du patronat (CPQ) et le Parti québécois ont croisé vigoureusement le fer hier en lever de rideau des travaux de la commission parlementaire portant sur les modifications à l'article 45 du Code du travail souhaitées par le gouvernement Charest.

Défendant le "redressement de la jurisprudence québécoise" avec son projet de loi 31 qui facilite la sous-traitance, le ministre du Travail, Michel Després, a été laissé un peu dans l'ombre du débat entre le CPQ et le PQ qui portait sur l'équilibre entre la protection des travailleurs et la croissance des entreprises.

Chose rare, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry était présent en commission parlementaire hier, disait-il, "parce qu'il s'y passe des choses extrêmement graves". Le chef péquiste a dénoncé le projet de loi libéral qui affiche un "souci d'uniformité incompréhensible" et "attaque de front" les syndicats.

"Uniformiser le Québec, c'est ça votre rêve? Allez-vous le faire pour les garderies, les frais de scolarité, l'assurance-médicaments?" a demandé M. Landry en ironisant sur la volonté du gouvernement Charest de vouloir faire du Québec une province comme les autres. Le chef du Parti québécois affirme qu'avec le projet de loi 31, des travailleurs verront leur salaire diminuer de moitié, un choix politique qu'il qualifie de hautement improductif sur les plans social et économique.

Contrairement au chef du PQ, le président du CPQ, Gilles Taillon, soutient toutefois que les salaires versés par des sous-traitants ne le sont pas toujours à rabais. Et si c'était le cas, ajoute-t-il, le gouvernement pourrait aider temporairement ces entreprises.

"Il y aura sans doute des gens qui vont perdre certaines conditions et des avantages, admet M. Taillon. Mais n'est-ce pas mieux que de perdre son emploi? Si on ne modifie pas l'article 45, ce sont des entreprises et des emplois en moins qu'on va avoir. C'est beaucoup plus dommageable."

Selon le CPQ, les modifications à l'article 45 pourraient entraîner, dans le secteur des services par exemple, la création de 66 000 emplois de plus à des salaires variant entre 13 et 20 $ l'heure. Le président du CPQ ajoute que les investissements privés au Québec partent de très loin et n'ont pas rattrapé le niveau des autres provinces. Les modifications à l'article 45 vont aider en ce sens.

"Nous allons pouvoir compétitionner pour attirer des investissements et des emplois à hauteur de ce que les autres font. La sous-traitance, c'est la façon moderne de compétitionner", dit Gilles Taillon.

Le ministre Michel Després a, quant à lui, répété que son projet de loi ne cherche qu'à éliminer les irritants de l'article 45 qui contribuent à freiner les entreprises québécoises tout en respectant les droits des travailleurs.

Aujourd'hui, les syndicats entreront en scène, notamment la FTQ, la CSQ et la CSN. Cette centrale présidée par Claudette Carbonneau affirmait lundi que le gouvernement Charest cherche avec le projet de loi 31 à réduire le taux de syndicalisation au Québec. Une manifestation syndicale est prévue ce midi devant l'Assemblée nationale et une autre samedi prochain.



»» réingénierie

Le gouvernement Charest, digne héritier d'Obélix!

Jacques Brassard
Le Quotidien mercredi 26 novembre 2003

L'humeur du temps Dans la bande dessinée Astérix, il y a très peu de choix de méthodes de combat en matière de lutte contre les Romains. En fait, il n'y a qu'une seule et unique stratégie, c'est celle d'Obélix, le volumineux ami d'Astérix : "On fonce et on démolit tout!". Pas compliqué, n'est-ce pas?

Quand je regarde évoluer le gouvernement de Jean Charest, je constate que les libéraux ont, de façon quasi exclusive, privilégié la stratégie obélixienne, vouant ainsi à la destruction l'encombrant héritage péquiste.

Que fait-on des Régies régionales de la santé? On les anéantit! Qu'advient-il des grandes villes fusionnées? On les démantibule! Quel est le sort des Conseils régionaux de concertation? On les supprime! Je vous le dis, Obélix est devenu, pour les libéraux, le parangon de la vertu guerrière, le philosophe modèle du combat politique: on fonce et on démolit tout!

Le plus déplorable dans ce jeu de massacre, c'est qu'on gaspille beaucoup de temps et d'énergie à défaire des structures existantes pour les remplacer par d'autres. Une fois l'opération terminée, on pourra bien se réjouir d'avoir fait sauter une patente péquiste, mais, en contrepartie, quelles seront les véritables améliorations dans la vie des citoyens? Je suis loin d'être certain que de vrais progrès seront au rendez-vous.

Régies et agences

Dans le cas, par exemple, des Régies régionales de santé, on les fait disparaître pour les remplacer par des agences qui assumeront essentiellement les mêmes missions avec, en plus, le mandat de procéder aux fusions forcées des établissements (CLSC, hôpitaux, centres de soins de longue durée). Au-delà du caractère ironique du fait que les libéraux découvrent, en matière de santé, les vertus de la fusion forcée, on peut se demander pourquoi il faut une agence plutôt qu'une Régie pour accomplir cette tâche de regroupement des établissements.

Le ministre Couillard, qu'on croyait vacciné contre ce Mal bureaucratique par excellence qu'on appelle la "structurite", nous apparaît tout d'un coup sévèrement contaminé car le voilà qui se lance avec fébrilité dans le chambardement des structures. Le virus de la "structurite" doit être incrusté dans les murs du ministère de la Santé. Harmoniser les missions des différents établissements est sans doute une bonne idée. Ce n'est d'ailleurs pas une idée neuve: un peu partout au Québec, on assiste depuis quelques années à des fusions d'établissements.

Pas besoin de bouleverser les structures pour continuer dans cette voie. Chambardement d'autant moins nécessaire que le seul vrai motif justifiant l'opération est la paternité péquiste de la structure en question. Paradoxalement, le ministre impose un moratoire sur la mise en place des groupes de médecine familiale, réforme qui n'en était justement pas une de structure, mais qui visait au contraire à améliorer la qualité des services de première ligne. Allez donc comprendre!

Partisanerie

On retrouve le même "pattern" à haute teneur partisane dans l'opération "démantèlement des Conseils régionaux de concertation". Voilà un organisme qui, dans notre région, a fort bien assumé sa mission de concertation. Réunissant autour de la même table, non seulement des élus municipaux mais également des représentants de la culture, de l'entreprise, des syndicats, de l'éducation, de la recherche, du tourisme etc, le CRCD avait réussi, au fil des ans, à dégager de solides consensus en matière de créneaux à développer et de stratégies à appliquer. Or, au lieu de nous accorder les outils qui nous manquent (comme un fonds de capital de risque), le nouveau gouvernement a décidé de liquider les CRCD (abominable créature péquiste) et de nous empêtrer dans une autre chicane improductive de structure.

Françoise Gauthier, la ministre responsable de la région, en réplique à une question du député de Chicoutimi, Stéphane Bédard, s'indignait de l'exode des jeunes et du déclin démographique. Problèmes graves, j'en conviens. Mais croit-elle vraiment que c'est en perdant temps et énergie dans d'épuisantes querelles de structures que nous allons sérieusement progresser dans la résolution de ces problèmes de fond ?



»» réingénierie

Les Québécois ouverts aux solutions nouvelles

L'éditeur de La Presse, Guy Crevier, lance un appel à la concertation de tous les acteurs sociaux

Francis Vailles
La Presse mercredi 26 novembre 2003

Les Québécois sont ouverts au changement et même disposés à s'attaquer à certaines vaches sacrées dans les secteurs de l'éducation et de la santé, selon le président et éditeur de La Presse, Guy Crevier.

Désindexation des droits de scolarité, participation plus grande des cliniques privées et réforme majeure de l'État sont parmi les éléments auxquels adhèrent maintenant les Québécois. "Notre société, si elle veut prendre les meilleures décisions, doit tenir un débat ouvert et informé", a dit M. Crevier, conférencier invité au dîner de la chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Essor des cliniques privées

M. Crevier a dévoilé certains résultats d'un sondage CROP, dont les détails seront publiés prochainement dans La Presse. Dans le secteur de la santé, 73 % des Québécois se disent favorables à l'essor des cliniques privées pour désengorger le système. "Je ne dis pas que cette solution soit nécessairement la bonne. Ce que le sondage dit, c'est que les Québécois sont ouverts à des solutions nouvelles."

Guy Crevier rappelle que la santé accapare une part grandissante des dépenses publiques. Dans 25 ans, dit-il, une personne sur quatre aura plus de 65 ans et ce groupe engendrera 60 % des dépenses de santé. Il cite l'exemple de l'Allemagne, où le gouvernement, les employeurs et les travailleurs se sont concertés pour réformer le système de santé. Le principe d'équité et d'accessibilité est préservé, mais le malade est maintenant mis à contribution pour assumer une partie des coûts.

Droits de scolarité

Dans le secteur de l'éducation, Guy Crevier affirme que la prolongation du gel des droits de scolarité à l'université "entraînera une dégradation marquée" de la qualité du réseau. Or, selon un sondage CROP, 54 % des Québécois se disent favorable à l'indexation des droits au coût de la vie. Cette proportion grimpe à 61 % chez les diplômés du réseau.

"Il y a urgence de tenir un débat ouvert et constructif sur ce problème, de même que sur l'ensemble des questions touchant l'avenir de notre système d'éducation", dit M. Crevier, qui a également mentionné le fort taux de décrochage au secondaire.

Autre problématique particulière: le faible taux de natalité du Québec (1,47 enfant par famille). Aujourd'hui, rappelle Guy Crevier, les Québécois font quatre fois moins d'enfants qu'il y a 50 ans, et notre poids démographique diminue au Canada et en Amérique du Nord.

Vite, une politique familiale

Pour l'éditeur de La Presse, le Québec doit rapidement se doter d'une véritable politique familiale, un projet de société visant à simplifier la vie des familles. Entre autres, il prône la mise en place de mesures fiscales avantageant directement les parents et favorisant la conciliation travail-famille. Il lance un appel aux entreprises:"Comment peuvent-elles s'adapter pour faciliter les conditions de travail des parents et en même temps retenir au travail les gens plus âgés?"

Selon M. Crevier, ces changements fondamentaux pour l'avenir de notre société doivent cependant faire l'objet d'un débat ouvert et d'un consentement collectif. Il cite en exemple la lutte contre le déficit au Québec sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard.

Toujours selon le sondage CROP, quatre Québécois sur cinq estiment qu'il faut encore améliorer les finances publiques et que cette réforme ne pourra se faire dans un climat de confrontation. "On a un beau système, mais sa pérennité est menacée", dit M. Crevier, selon qui le gouvernement libéral au Québec communique très mal ces nécessaires changements.

"Si nous voulons vraiment permettre au Québec de maximiser son potentiel, nos différentes institutions doivent travailler de concert et pousser dans la même direction, que ce soit les milieux d'affaires et les syndicats ou encore le gouvernement en place et l'opposition."



»» l'Approche commune

Avec la Fondation équité territoriale :
Pelletier discutera de l'Approche commune

Le Quotidien mercredi 26 novembre 2003

(YB) - Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, Benoit Pelletier, va rencontrer le lundi 8 décembre au bureau du ministère, les représentants de la Fondation équité territoriale (FET) pour discuter du dossier de l'Approche commune et du mode de participation des non-autochtones pour la suite des négociations menant à un traité final.

Joint hier à son bureau à Québec, le ministre Benoit Pelletier, a indiqué que l'entente de principe qui a été préparée par Louis Bernard, Ghislain Maltais et Rémy Kurtness, sera signée telle qu'elle a été préparée.

"Après cette signature que notre gouvernement va ratifier d'ici Noël", a-t-il indiqué, "il va rester beaucoup de choses à négocier car il y a encore, de fait, des zones grises concernant certains aspects de l'entente de principe."

Le ministre a tenu à préciser de plus que les rencontres qu'il a eues il y a une quinzaine de jours avec des élus du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord ne mettent pas pour autant un point final à la consultation.

"D'ici la signature, d'autres représentants et porte-parole de groupes qui estiment avoir leur mot à dire dans le présent dossier, seront rencontrés. Je ne fermerai pas la porte à qui que ce soit", a-t-il assuré.

Les Métis

Appelé à commenter si d'autres ententes touchant les droits de d'autres nations autochtones vont faire suite à celle en voie d'intervenir entre le gouvernement du Québec et les représentants de bandes montagnaises (innues) du Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord, le ministre indique que tel pourrait être le cas.

Appelé d'autre part à préciser si les métis du Québec, pourraient dans la foulée du jugement Powley avoir leurs droits reconnus par le gouvernement, le ministre fait remarquer que ces derniers "ne sont pas une communauté et ne disposent pas d'une organisation sociale comme c'est le cas pour les métis de l'Ontario. "

"Il faut se rappeler que le jugement Powley fait état de beaucoup de conditions et de la nécessité de faire la preuve également de ses droits ancestraux. A ma connaissance, les métis du Québec ne remplissent pas les conditions énoncées par la Cour suprême", fait-il remarquer.



»» ÉLECTIONS FÉDÉRALES

Paul Martin cherche des candidats contre Stéphane Dion

Gilles Toupin
La Presse mercredi 26 novembre 2003

Ottawa - Non seulement Paul Martin ne veut pas de Stéphane Dion dans son équipe ministérielle, mais il préfère, selon une source libérale digne de foi, que le père de la loi sur la clarté référendaire renonce à se présenter à nouveau aux élections générales même pour agir comme simple député à la Chambre des communes.

L'équipe Martin, a appris La Presse, aurait déjà même choisi son candidat pour briguer l'investiture libérale contre le ministre des Affaires intergouvernementales dans la circonscription de Saint-Laurent-Cartierville. Il s'agit de Pablo Rodriguez, le président de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada.

M. Dion, un pilier de l'équipe de Jean Chrétien, a déclaré récemment qu'il souhaitait siéger de nouveau à la Chambre des communes, même si cela signifie qu'il pourrait le faire à titre de simple député.

"Quantité de gens m'ont demandé de rester, a déclaré Stéphane Dion en octobre dernier. Dans la rue, on m'arrêtait, à l'aéroport, encore, les gens m'en parlaient. Les quelques personnes qui, pour des raisons politiques, m'ont demandé de partir, ce sont tous des indépendantistes québécois pour qui j'ai du respect, mais dont je n'ai pas l'habitude de suivre les avis."

Hier, le président de l'aile québécoise du PLC, Pablo Rodriguez, a confirmé à La Presse que M. Martin lui avait demandé de se présenter, sans toutefois préciser dans quelle circonscription. "Est-ce que M. Martin m'a demandé de me présenter? a déclaré M. Rodriguez. Oui, il m'a demandé de me présenter."

M. Rodriguez n'a pas voulu en dire davantage, soulignant qu'il fallait attendre le 12 décembre prochain et la composition du futur cabinet de Paul Martin avant d'annoncer quoi que ce soit. "Je vais me présenter à Montréal", a-t-il cependant indiqué.

Il reste que la circonscription de Saint-Laurent-Cartierville est une circonscription très en demande depuis que M. Martin a annoncé qu'il n'avait pas l'intention, sauf pour de rares exceptions, de protéger les députés sortants. Un autre nom qui circule dans les rangs libéraux au sujet de Saint-Laurent-Cartierville est celui de l'actuelle présidente de l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville et conseillère du district de Cartierville, Noushig Eloyan.

"Il ne sera pas facile pour Paul Martin de déloger Stéphane Dion, a commenté un député libéral qui a requis l'anonymat. Le ministre est très populaire dans Saint-Laurent-Cartierville."

Les collaborateurs de M. Martin ont indiqué à plusieurs reprises ces dernières semaines que le futur premier ministre avait bel et bien l'intention d'offrir aux Canadiens une nouvelle image de leur gouvernement. Il entend pour cela renouveler une bonne partie du Conseil des ministres. L'équipe Martin mise sur le Québec pour compenser d'éventuelles pertes en Ontario avec l'arrivée probable d'un parti unifié de la droite, de là la nécessité d'écarter Stéphane Dion dont l'image est trop associée à celle de Jean Chrétien, selon le même élu libéral.

Chez Paul Martin, on refuse de confirmer quoi que ce soit. "La commission électorale n'a pas encore été créée, a commenté à La Presse Dennis Dawson, proche collaborateur du futur premier ministre. Au Québec, les dates des assemblées d'investiture n'ont pas été décidées. Il est cependant évident qu'il y a des femmes et des hommes au Québec qui font leur promotion pour éventuellement, quand les règles seront connues, postuler. Nous n'interdisons à personne de penser."



»» Paul Martin

Stay away from Lapierre

National Post Wednesday, November 26, 2003

Over the years we have criticized the policies of Jean Chrétien often in this space. But in his commitment to a strong and united Canada, the Prime Minister's performance has been exemplary. In 1999, Mr. Chrétien introduced the Clarity Act, a fine piece of legislation that prevented Quebec separatists from gaming the democratic process by pushing through a separation vote with a vaguely worded referendum question and a razor-thin majority. He also managed to avoid any nationalist rumblings from his backbench, and repeatedly refused to make the sort of deals with Quebec nationalists that came back to haunt Brian Mulroney.

Though Paul Martin, the prime minister-in-waiting, has long been criticized by Chrétienites for being "soft" on Quebec, most Canadians expected he was smart enough not to mess with his predecessor's winning formula. But a recent rumour suggests such confidence is misplaced. According to reports, one of the "stars" Mr. Martin hopes to recruit as a Liberal candidate and potential Cabinet member is Jean Lapierre.

In his current incarnation as a radio and television host, Mr. Lapierre seems rather harmless. His past life, however, is more troubling. Once a Liberal MP, he served as co-chair for Mr. Martin's first leadership campaign in 1990. With Mr. Chrétien's victory over Mr. Martin coinciding with the collapse of the Meech Lake Accord, and the new leader having run as a Meech opponent, Mr. Lapierre and fellow Liberal MP Gilles Rocheleau protested by leaving the party and helping Lucien Bouchard found the separatist Bloc Québécois.

Thirteen years is a lifetime in politics. And in Ottawa, old errors are often forgotten. But helping to initiate a party that seeks to break up the country -- and which played a pivotal role in nearly doing just that eight years ago -- does not qualify as a mere peccadillo. Inviting Mr. Lapierre back into the same federalist party he openly betrayed would be a major error.

Perhaps Mr. Martin is blinded by his personal relationship with Mr. Lapierre, or is simply looking to pay off an old political debt. But there is another, more disturbing possibility. The Bloc Québécois seems set for a major electoral collapse in the next election. And with the incoming PM having made considerable noise about winning new seats in Quebec, recruiting Mr. Lapierre might be the start of a campaign to reach out to nationalists and prove himself less of a principled federalist hardliner than Mr. Chrétien.

If that is the case, it will likely prove a short-sighted strategy. As Mr. Mulroney found out when Mr. Bouchard used his Cabinet position as a launching pad for the BQ in 1990, it isn't a good idea to hand over major responsibilities to someone with a potential interest in breaking up the country.

Moreover, appeasing Quebec nationalists runs directly contrary to Mr. Martin's purported goal of reaching out to Western Canadians. It was just 10 years ago that, largely in response to the governing Tories' obsession with Quebec, Westerners turned away from Canada's two traditional parties of government and toward the Reform Party. With tensions already mounting between Alberta (and to a lesser extent British Columbia) and Ottawa, it would hardly be useful for Mr. Martin to signal, early on, that the province he's most interested in is in central Canada.

If Mr. Martin really is trying to recruit Mr. Lapierre, we hope he comes to his senses. If nothing else, he would do well to take into account the purely political calculations. In three straight elections, Mr. Chrétien has proven the Liberals can do well without nationalist backing. Why complicate matters, especially when the consequences could be so far-reaching?



»» Paul Martin

Plamondon criticized for Martin book

Liberal Boudria asks House to investigate whether Bloc MP violated rules by using staff for research

ELIZABETH THOMPSON
The Montréal Gazette Wednesday, November 26, 2003

Liberal House leader Don Boudria has asked the speaker of the House of Commons to investigate whether Bloc Québécois MP Louis Plamondon has violated the rules of Parliament by using Bloc staff paid by taxpayers to help produce a book that is going on sale next week.

"I personally contacted the speaker about this because I think it outrageous," said Boudria, adding it will be up to Speaker Peter Milliken to decide whether to refer the matter to Parliament's Board of Internal Economy, the governing body of the House of Commons. "Whether it is legally correct or not, I don't know. But in terms of being outrageous, it sure is."

However, Plamondon yesterday defended the book, saying the research used for the book on Paul Martin was research that Bloc staff was doing anyway and he has already given the rights to all royalties from the book to the publisher.

The controversy surrounds a book launched this week by Plamondon titled Le Mythe Paul Martin. The book, published by Montreal-based Éditions Saint-Martin, details contradictions in what Martin has said and done over the years, setting out to dispel the idea that Martin is ethical, a friend of Quebec, a proponent of Third World caring, and a champion of social justice.

The book is the latest volley in an all-out attack on Martin by the Bloc in preparation for a general election expected in the spring - an attack that includes radio ads, a section of the Bloc's Web site and an estimated 100,000 copies of a newspaper featuring essays on Martin.

But what has raised the attention of critics is the use of taxpayers' money to produce a glossy 88-page book that the publisher said will be sold in bookstores starting next week for $14.95. The book benefited from federal and provincial grants designed to help the publishing industry and Plamondon has acknowledged that the Bloc's research and communications staff helped in researching and proofreading it.

Regardless of who is making the money from sales of the book, it appears that taxpayer-paid parliamentary staff was used for a commercial enterprise, Boudria said.

"Whether it is legally OK or not I'm not sure," Boudria said. "Certainly it doesn't pass the political litmus test. I don't think that any Canadian would say this is correct - that you get your research office to do some research and you put your name on it and you sell it in a retail market in a commercial endeavour."

However, Plamondon said he's not the first parliamentarian to have staff work on a book that bears their name and is being sold in stores. Plamondon said he has renounced his right to royalties, asking only for 100 free copies of the book.

ethompson@thegazette.canwest.com



»» langue de travail

L'anglais gagne du terrain dans les entreprises :
Les libéraux s'en remettent aux comités de francisation

Norman Delisle
Le Devoir mercredi 26 novembre 2003

PC Québec - Le gouvernement Charest compte sur les comités de francisation qui oeuvrent au sein des entreprises pour protéger la langue française dans les milieux québécois de travail.

«Les comités de francisation, qui réunissent les sections patronale et syndicale au sein de nos entreprises, mériteraient d'être redynamisés. C'est une invitation que je leur lance», a déclaré hier à l'Assemblée nationale la ministre responsable du dossier linguistique, Line Beauchamp.

La ministre répondait aux questions du député péquiste de Masson, Luc Thériault, qui s'inquiétait du nombre croissant d'entreprises du Québec où l'anglais devient la langue de travail.

Selon le dernier rapport de l'Office de la langue française, 47 % des travailleurs immigrants utilisent l'anglais au travail et 52 % des travailleurs francophones de la région de Montréal doivent utiliser occasionnellement l'anglais au travail. Chez 16 % des travailleurs francophones, l'utilisation de l'anglais est même la règle générale.

«Malgré les inquiétudes exprimées par la présidente de l'Office de la langue française, rien n'a encore été fait», a déploré le député Thériault.

Ce dernier a même relevé le fait que le budget des organismes gouvernementaux chargés de défendre la langue française a été réduit de 300 000 $ par le gouvernement Charest.

Des récentes données, compilées par le professeur Charles Castonguay, de l'Université d'Ottawa, à partir du recensement fédéral de 2001, indiquent que le français est loin d'être la langue de travail à Montréal, en dépit des exigences en ce sens de la Charte de la langue française, la célèbre loi 101.

Mais à l'Assemblée nationale, la ministre Beauchamp a tenté de minimiser le problème.

«La question est complexe. Les données du dernier recensement méritent de plus amples études et ne permettent pas de bien statuer sur les langues utilisées au travail», a dit Mme Beauchamp.

Elle a cité la commission d'enquête présidée par Gérald Larose, qui, en 2001, avait soutenu que les francophones travaillaient dans leur langue au Québec et que le français prédomine comme langue de travail des immigrants.

Mme Beauchamp a aussi cité l'exemple de nombreux pays, notamment la France, où l'utilisation de la langue française demeure «un défi et un enjeu».

La seule mesure concrète annoncée dans le programme du Parti libéral en matière linguistique est de commencer en septembre 2005 l'apprentissage de la langue anglaise dès la première année du cours primaire, au lieu d'un enseignement de l'anglais qui débute en quatrième année comme c'est actuellement le cas.



»» Ottawa bilingue?

La ville de Jean Chrétien - "Take two"

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 26 novembre 2003

La ville que Jean Chrétien préfère à Shawinigan, capitale du Canada de surcroît, ne sera donc pas officiellement bilingue. Pas encore. Et c'est un gouvernement libéral, largement appuyé par les Franco-Ontariens, qui en a décidé ainsi, oubliant du même coup ses promesses électorales. Ils sont durs à cuire, les "Ontarians"...

Certains m'ont trouvé bien méchant de reprocher au premier ministre du Canada de se retirer en Ontario. Son attaché de presse a même insisté pour dire que le couple passerait cinq mois par année dans sa résidence du Lac- des-Piles. Soit ! Mais grande ville pour grande ville, l'avocat aurait pu choisir Montréal : ses petits-enfants y habitent et... beaucoup de ses arrondissements sont bilingues !

Pour tout vous dire, ce qui me choque avant tout, c'est l'honneur que Jean Chrétien fait à une ville qui ne le mérite pas. Il y aura donc deux premiers ministres dans la capitale du Canada, un ancien et un vrai. C'est deux de trop de deux ! Et cela me rend bien triste pour Jean-Robert Gauthier.

Le 18 novembre dernier, le brave sénateur m'a écrit pour commenter ma chronique du 6 sur "La ville que Jean Chrétien a préférée à Shawinigan". Il paraît que je l'ai fait bien rire car il aime que je "touche les cordes sensibles (de) nos boxeurs de la politique." (J'apprécie l'encouragement et le suivrai sûrement !) Lui, c'est le coeur qu'il a de "sensible", surtout quand il en vient à la défense des droits des Franco-Ontariens. Je n'oublierai jamais son combat héroïque pour l'hôpital Montfort alors qu'il luttait lui-même contre une terrible maladie.

Jean-Robert Gauthier n'est pas seulement un sensible. Il est aussi un grand naïf. Il me rappelle en effet, dans cette même lettre, que le nouveau premier ministre de l'Ontario, député d'Ottawa-Sud, lui a fait, dans une lettre très officielle de chef de l'opposition à Queen's Park, le 27 juin 2003, une promesse solennelle : "Je pense que nous devrions reconnaître formellement le caractère bilingue de la ville d'Ottawa."

Dans sa lettre du 18 novembre, le sénateur triomphait presque : "Le 20 novembre prochain, m'écrit-il, le nouveau gouvernement (de l'Ontario) nous présentera son discours du Trône. S'il tient parole (remarquez le prudent conditionnel ), il enchâssera nos deux langues officielles dans la "Loi habilitante créant la ville d'Ottawa". Qu'on se le tienne pour dit : parole donnée, c'est bien, mais il vaut mieux l'avoir par écrit. Et je l'ai !"

Je ne raillerai pas le sénateur pour avoir fait confiance à la parole d'un politicien, libéral de surcroît. Mais le 20 novembre est passé, le discours du Trône a été lu, et aucune référence n'a été faite au statut des langues officielles dans la capitale du Canada. On dira que ce discours portait surtout sur la crise financière qui frappe son gouvernement avec un déficit hérité de 5,6 milliards $.

Mais un tout petit amendement à la loi de 1999 sur la ville d'Ottawa n'aurait rien coûté puisque le conseil municipal a déjà voté, à la majorité, pour l'enchâssement du français, et qu'il assure déjà des services dans les deux langues.

En exergue du discours du Trône, Dalton McGuinty se cite : "Dans notre province, il est revenu le temps de travailler ensemble, de bâtir ensemble, de rêver ensemble, et d'aspirer à une grandeur digne de notre passé et de nos traditions." Eh bien, le gouvernement de l'Ontario reste fidèle à son passé et à ses traditions : il refuse toute générosité, même symbolique, pour sa minorité de langue française. Sans compter qu'il trahit l'esprit et la loi du Canada !

La nouvelle ministre chargée des Affaires francophones en Ontario, Madeleine Meilleur - ancienne conseillère municipale d'Ottawa ! - peut s'attendre à recevoir une de ces lettres cinglantes dont Jean-Robert Gauthier a le secret. Elle a fait toute sa carrière politique dans l'ancienne ville de Vanier, et a sans doute été choisie candidate du Parti libéral de l'Ontario parce qu'elle est Franco-Ontarienne. C'est un parcours qui ressemble à celui du petit gars de Shawinigan, son illustre compatriote.

Shame on you Dalton!

Sainte Lucienne

Ne nous étonnons pas trop du refus obstiné des anglophones d'Ottawa de reconnaître l'importance de leurs 128 620 compatriotes francophones, 16,6 % de cette ville sans lesquels elle ne serait qu'un gros Sault-Sainte-Marie. Ces chers petits anglophones sont traumatisés par les rigueurs que leur impose, depuis plus d'un quart de siècle, la Loi sur les langues officielles.

La présidente du Conseil du Trésor, Lucienne Robillard, ne manque pas de courage, elle. Après avoir imposé aux sous-ministres adjoints de l'administration fédérale de respecter les critères linguistiques de leur poste, dès leur embauche, voilà qu'elle étend la règle aux sous-ministres. Au moins 10 % d'entre eux ne seraient pas bilingues. En mars dernier, la ministre avait démis de leurs fonctions 200 cadres fédéraux qui ne respectaient pas les exigences de bilinguisme !

Cette fois, le message est encore plus clair : "Si vous voulez devenir cadres supérieurs dans la fonction publique (fédérale), vous êtes mieux de commencer votre formation linguistique plus tôt !", a dit la responsable de la fonction publique. En passant, ne nous disait-on pas que les classes d'immersion affichaient complet à Ottawa ?

La réaction du journal "jaune" de la capitale, le Ottawa Citizen" en dit long sur la mentalité des résidants d'Ottawa : Speak French, or don't apply , proclamait la manchette de l'édition de samedi dernier, en réaction à la nouvelle directive de Lucienne Robillard.

La vérité est pourtant tout autre. Depuis des lustres, c'est plutôt le contraire qui est requis des futurs fonctionnaires fédéraux, même les plus humbles : Speak English, or don't apply.

Je vous parie qu'un jour, la capitale du Canada finira par être officiellement bilingue. Non pas que la majorité aura décidé d'être généreuse pour sa minorité, mais parce qu'elle se sentira menacée par l'arrivée en grand nombre des Indiens ou des Chinois. Le français deviendra utile alors puisque l'une de ses qualités est d'être aussi, en Amérique du Nord, une langue de Blanc !

MVastel@lesoleil.com



»» langue des services de santé

La langue de la santé au menu de la prochaine conférence fédérale-provinciale ?

Patrice Gaudreault
Le Droit mercredi 26 novembre 2003

La conférence fédérale-provinciale des ministres de la Santé devrait porter sur l'accès des soins de santé pour les minorités linguistiques.

C'est du moins l'une des 14 recommandations contenues dans le plus récent rapport du Comité permanent des langues officielles, qui a déjà reçu des échos positifs à Ottawa.

La ministre de la Santé, Anne McLellan, a en effet accueilli favorablement la proposition du comité, s'engageant à inscrire la question à l'ordre du jour de la prochaine conférence réunissant ses homologues provinciaux.

Adopté sans dissension, le rapport du comité recommande également la création d'un programme de coopération intergouvernemental en santé - inspiré de ce qui se fait en éducation - qui viendrait appuyer financièrement les gouvernements provinciaux dans la prestation de soins de santé aux communautés de langue officielle.

"Il faut assurer le financement à long terme, a expliqué le président du comité, Mauril Bélanger. On est allé chercher 119 millions $ dans le plan Dion pour la formation et le réseautage, mais c'est temporaire et ce n'est pas complet. Il faut qu'il y ait tout une gamme de services."

Pérennité du financement

Du même souffle, le Comité réclame qu'on assure la pérennité du financement accordé aux minorités de langue officielle dans le cadre du Fonds pour l'adaptation des soins de santé primaire, de même que la création d'un 14e institut de recherche en santé du Canada, qui s'intéresserait aux questions de santé reliées aux minorités linguistiques.

Enfin, le rapport de 48 pages demande à la Commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, de tenir un forum national de réflexion, où des experts se pencheront sur les meilleures options pour renforcer les assises juridiques des services de santé des minorités linguistiques.

Le comité parlementaire a commencé à travailler sur la question en mai 2003, après que la Chambre des communes lui ait renvoyé le projet de loi C-202, prévoyant l'ajout du principe de la dualité linguistique à la Loi canadienne sur la santé.

Le député Mauril Bélanger - qui est le père du projet de loi C-202 - croit que les recommandations de son comité trouveront une oreille toute aussi attentive au sein du gouvernement de Paul Martin.

"J'en ai déjà parlé de la question des minorités linguistiques avec M. Martin, dit-il. C'est très clair qu'il appuie le plan Dion sur toute la ligne, sans hésitation, et qu'il s'engage envers les communautés à continuer dans la même veine."

pgaudreault@ledroit.com



»» AMI

Comment la bataille de l'AMI a été perdue

Les «dommages collatéraux» de l'échec de l'Accord multilatéral sur l'investissement

Karel Mayrand
L'auteur est directeur de la recherche au Centre international Unisféra, un centre de recherche indépendant sur le droit et les politiques du développement durable.

Le Devoir mercredi 26 novembre 2003

L'annonce de l'échec de l'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI), fin 1998, a été accueillie comme la première grande victoire de la société civile contre la libéralisation des échanges économiques à l'échelle mondiale. Bien que le retrait de la France ait été la cause immédiate de l'échec des négociations tenues sous l'égide de l'OCDE, la mobilisation sans précédent de la société civile internationale a contribué à éveiller l'opinion publique et a sans aucun doute constitué l'un des facteurs déterminants de l'échec de l'AMI.

Mais cinq ans plus tard, le bilan de cette victoire de la société civile semble plus que jamais remis en question. En effet, l'échec de l'AMI n'a entravé que momentanément le développement des régimes d'investissement à l'échelle internationale. Devant l'impasse du multilatéralisme, plusieurs pays, notamment les États-Unis et l'Union européenne, ont favorisé l'approche bilatérale afin de poursuivre la libéralisation des investissements. Les accords issus de telles négociations ont une portée plus grande que l'AMI, sont moins transparents, imposent un rapport de force négatif aux pays en développement et échappent à la vigilance de la société civile du fait de leur multiplication.

Un rapport de force défavorable

À ce jour, plus de 2000 accords bilatéraux sur l'investissement (ABI) ont été signés dans le monde et ce phénomène tend actuellement à s'accentuer. Ces accords reprennent pour l'essentiel les dispositions qui étaient prévues pour l'AMI, celles du chapitre 11 de l'ALENA ou les deux à la fois. Un des aspects les plus inquiétants de ce mouvement vers le bilatéralisme est que plusieurs des accords signés récemment impliquent des pays en développement et vont beaucoup plus loin que ce qui était prévu dans le cadre de l'AMI.

En effet, l'approche bilatérale procure aux États-Unis et à l'Union européenne un avantage déterminant dans les négociations de ces accords résidant dans l'inégalité des partenaires commerciaux. En effet, en échange d'un meilleur accès au marché américain ou européen, des pays comme le Salvador ou le Chili sont prêts à accepter des concessions auxquelles des pays de taille plus grande se refuseraient, d'autant plus que ces pays n'ont que peu d'avantages réels à offrir à leurs partenaires commerciaux compte tenu de la petitesse de leur marché intérieur.

C'est ainsi que plusieurs ABI signés ces dernières années vont beaucoup plus loin que ce que l'AMI prévoyait, créant des précédents qui affectent grandement la capacité de pays en développement de réguler et d'intervenir pour soutenir leur développement économique sans pour autant respecter leur promesse d'un apport accru d'investissements structurants et entraînant des retombées positives.

Des retombées contestables

Les études les plus récentes tendent à démontrer que la conclusion d'accords sur les investissements ne constitue pas un facteur déterminant pour attirer les investissements. En effet, la taille du marché intérieur, la stabilité macroéconomique, la proximité ou l'accès à des marchés d'exportation ainsi que les coûts de la main-d'oeuvre sont les facteurs les plus importants pour attirer les investissements. Ceci explique pourquoi des pays comme la Chine, l'Inde, le Mexique, le Brésil, l'Argentine, Singapour et quelques autres se partagent plus de 80 % des investissements dirigés vers les pays en développement.

Par ailleurs, des études de la Commission des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et de la Banque mondiale suggèrent que le succès des politiques d'investissement dépend de la mise en oeuvre de politiques nationales adéquates permettant de canaliser les investissements étrangers de manière à soutenir le développement de l'économie nationale.

Or ce sont justement les instruments qui permettent de mettre en oeuvre de telles politiques dans le cadre des ABI. Ceci explique en grande partie pourquoi une part significative des investissements canalisés vers les pays en développement est dirigée vers des secteurs orientés vers l'exportation, générant peu de retombées durables sur l'économie nationale. Le mode actuel d'investissement est essentiellement axé sur l'exportation de ressources naturelles ou de produits manufacturés à l'intérieur de zones franches plus ou moins isolées de l'économie nationale et s'approvisionnant souvent à l'étranger.

Les politiques publiques

Par ailleurs, plusieurs ABI contiennent des dispositions similaires au chapitre 11 de l'ALENA, permettant aux investisseurs d'intenter des recours contre des États afin d'obtenir compensation pour des mesures équivalentes à une expropriation. Des réglementations environnementales ont déjà été contestées avec succès en vertu de ces dispositions dans le cadre du chapitre 11 de l'ALENA, et tout porte à croire qu'elles le seront dans un futur rapproché dans les pays en développement. Ceci signifie que la signature d'ABI réduit la capacité de ces pays de réglementer l'activité économique sur leur territoire, notamment en matière de protection de l'environnement, ou leur fait à tout le moins courir un risque accru de devoir verser une compensation aux investisseurs lésés au terme de procédures juridiques fermées au public.

Il apparaît donc de ce qui précède que le régime actuel des investissements ne favorise pas nécessairement la venue d'investissements et limite la capacité des pays en développement d'en maximiser les effets structurants pour leurs économies. Par ailleurs, les accords sur l'investissement ont été conçus avec l'objectif légitime de protéger les investisseurs mais interfèrent maintenant avec des pans entiers des politiques publiques en matière de développement économique, de droits sociaux, de protection de l'environnement et de services publics essentiels. Une nouvelle approche doit être prise afin d'équilibrer la protection des investisseurs et les objectifs légitimes de politiques publiques.

L'échec de l'AMI n'aura été qu'un épisode dans le développement du régime international sur les investissements: celui-ci continue son développement en tapissant la planète d'ABI sans avoir intégré les notions d'équité, de développement et de protection de l'environnement qui formaient l'essentiel des revendications de ses opposants. L'opposition à l'AMI n'aura fait qu'éclater en 2000 morceaux un régime qui aurait été plus facile à influencer sous sa forme multilatérale et intégrée.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

La "révolution du bon sens" démolie par le gros bon sens...

Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE Le 26 novembre 2003

Alors que le premier ministre de l'Ontario, monsieur Dalton McGuinty, est affairé à réparer les pots cassés laissés par l'ancienne administration conservatrice, le gouvernement de Jean Charest à Québec s'obstine quand même à vouloir reproduire le modèle de Mike Harris qui a légué aux Ontariens près de six milliards de dollars de déficit!

Les baisses d'impôt n'ont plus le même effet au XX1e siècle que lors du précédent. Il est plus que risqué de miser exclusivement sur cette mesure fiscale pour stimuler l'économie. C'est que le taux d'endettement des gens a dramatiquement augmenté depuis quelques décennies. Ainsi, lorsqu'un gouvernement annonce une réduction de ses perceptions de taxes directes, les contribuables préfèrent surtout utiliser l'argent remis pour diminuer leur dette. L'ex-premier ministre conservateur de l'Ontario Mike Harris l'a appris à ses dépens: son gouvernement n'a jamais récupéré les sommes auxquelles il a renoncé. L'appareil étatique de cette province s'est donc retrouvé avec un manque à gagner colossal. Les ministères de l'équipe conservatrice ont vu alors leur enveloppe budgétaire réduite comme peau de chagrin. On connaît la suite: Wakerton, Hydro-One et d'autres secteurs nécessitant des subsides gouvernementaux ont souffert d'un grave sous-financement dont les conséquences risquent de hanter la population ontarienne encore longtemps. Pas étonnant que les maisons de cotation américaines Standard and Poors et Moody's aient décidé de mettre la côte de crédit de l'Ontario sous surveillance avec perspective négative...

Georges W. Bush aux États-Unis aussi a obtenu le même résultat. Lui qui pensait mousser la consommation des siens en commandant d'importantes baisses d'impôt constate aujourd'hui que son administration doit composer avec un monstrueux déficit. La demande en biens et en services est si faible chez nos voisins du sud que le pays jongle avec une déflation. Souhaitons néanmoins une reprise rapide de l'économie américaine puisque 85% des exportations québécoises y sont destinées.

L'échec de cette politique fiscale ne semble pas effaroucher Jean Charest. Le chef du gouvernement libéral tient à tout prix à reproduire un modèle ontarien que nos voisins, soulagés, ont pourtant envoyé aux orties lors de la récente élection!!! Malheureusement, le gouvernement libéral à Québec insiste pour fracasser des records de médiocrité économique en imposant d'abord aux Québécois toutes sortes de hausses tarifaires afin de financer ensuite une baisse d'impôt! Seront ainsi pénalisés les gens qui ont besoin des services aux frais dorénavant majorés. De plus, l'intention du gouvernement libéral de faire appel à la sous-traitance entraînera assurément une baisse générale de la rémunération de ces mêmes personnes frappées par les augmentations. Où est le gain monétaire, monsieur Charest?

Qu'a donc tant à gagner la société francophone du Québec à suivre fidèlement le Canada et les États-Unis comme un caniche en laisse? Nos prouesses économiques ne sont pourtant pas si désastreuses que cela, malgré les mensonges colportés par des firmes économiques qui cachent mal leur mépris à notre endroit. L'Institut Fraser, situé à Vancouver, en est un bel exemple. L'organisme vendu aux principes d'extrême droite affirme que le Québec, depuis la Révolution tranquille, présente "le pire dossier en matière de créations d'emplois et de richesses"... L'économiste Pierre Fortin de l'Université du Québec à Montréal rappelle pourtant que le Québec, depuis 1960, a vu sa richesse par habitant passer de 75% à 90% par rapport à celle de l'Ontario. Également, le taux d'emploi québécois qui s'élevait il y a 15 ans à 85%, atteint aujourd'hui 94% face à cette même province. La présence de l'État québécois dans l'économie n'est pas si exagérée, comme semble le prétendre le gouvernement Charest: il représente 40% de notre PIB, comparativement à 36% en Ontario et 37% en moyenne dans le Canada. L'économiste ajoute que le taux de syndicalisation du Québec ne constitue pas une tare: les Pays-Bas ainsi que la Norvège présentent des taux semblables et sont des succès économiques.

Il semble que Jean Charest préfère croire les dires d'économistes canadiens plutôt que québécois. Son choix concorde parfaitement avec ses convictions fédéralistes. Le premier ministre n'a aucune confiance envers les siens: il est soulagé de voir l'Assemblée nationale du Québec sous tutelle étrangère. Qu'il se rassure: notre capacité intellectuelle limitée sera bientôt guérie car les membres de son gouvernement imposeront aux petits Québécois l'apprentissage de l'anglais dès la première année. Libre à monsieur Charest de penser que le peuple québécois est sous-développé. Il devra cependant s'attendre à vivre un mandat houleux qui culminera, dans quatre ans, par la mise à mort de sa "révolution du non-sens".



TRIBUNE LIBRE

Un Québec libre au parlementarisme renouvelé dès 2008

Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE Le 26 novembre 2003

Avec l'annonce des libéraux à Québec de renoncer, faute de temps, à réformer notre mode de scrutin avant la prochaine élection, la coalition souverainiste voit son attrait décupler. C'est que Pierre-F. Côté, ex-Directeur général des élections (DGE), soutient le contraire: il affirmait le 21 novembre dernier qu'il est possible de réaliser l'exercice à temps pour le prochain rendez-vous électoral. Les souverainistes peuvent donc se livrer à cette motivante mission et appliquer le nouveau type de parlementarisme retenu après la victoire acquise lors de l'élection référendaire de 2008.

Disparaît ainsi le plus grand obstacle qui pouvait se dresser devant l'offensive souverainiste que l'on peut observer partout au Québec dans les diverses organisations. Jean Charest aurait pourtant pu donner le feu vert à Jacques Dupuis, ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques. Ce geste diminuait alors instantanément les chances du Parti québécois de convaincre d'autres groupes de s'associer à lui dans une démarche référendaire. Maintenant que le dossier de la réforme du mode de scrutin s'offre aux souverainistes, à eux donc, au travers des instances existantes comme le Conseil de la souveraineté, d'encourager le déclenchement des travaux. Le renouvellement de notre système électoral scellera l'association indépendantiste entre les partis désireux de rendre le Québec meilleur, dorénavant convaincus qu'ils seront entendus à l'Assemblée nationale.

Remodeler la vie démocratique des Québécois représente un point de convergence: il stimule la mobilisation citoyenne. Le Jumeler à l'objectif indépendantiste de la prochaine élection cimentera donc à coup sûr l'alliance de tous les partis politiques avides d'un réel changement. Leurs rapprochement constitue donc un premier objectif à atteindre rapidement pour débuter les travaux. Au Parti québécois de faire les premiers pas: qu'il invite l'UFP et l'ADQ à le joindre afin de mieux constater à quel point l'enjeu de la prochaine élection générale soulèvera l'enthousiasme des Québécois. Enfin s'offrira à eux une véritable chance de provoquer la rupture d'un cercle vicieux et vicié dans lequel étouffe le Québec depuis le référendum de 1995. Dans quatre ans, ce n'est plus le choix d'une autre équipe politique qu'effectueront les Québécois pour ensuite les envoyer à l'abattoir fédéral, pieds et poings liés. Après plus de dix années de disette politique, ils se déplaceront massivement en direction des bureaux de vote afin d'accorder leur appui à un projet constructif.

Aux Québécois donc de s'activer aux travers des différents véhicules politiques qui s'offrent à eux, et de rendre possible la réforme électorale dans une Assemblée nationale ragaillardie par le rapatriement de tous ses pouvoirs et de tous ses impôts. Doter le Québec d'un statut national dans quatre ans n'a jamais été aussi pertinent, concret et réalisable. Le régime provincial assujetti à la tutelle d'Ottawa a assez duré; il ne fait que maintenir la précarité financière et la subordination de nos instances politiques aux priorités d'un autre peuple qui ne sont pas les nôtres. Les Patriotes du Bas-Canada l'ont compris dès le début du X1Xe siècle. En ce mois de novembre voué à se remémorer leur courage et leur lucidité, réalisons le projet de liberté qu'ils chérissaient et que plusieurs ont payé de leur vie.



TRIBUNE LIBRE

INDÉPENDANCE, VOIE DU MENSONGE OU DE LA VÉRITÉ ?

Pierre Daviau
Québec
TRIBUNE LIBRE Le 26 novembre 2003

La lecture de votre courriel (1) au sujet de mon texte intitulé Ligue pour l’indépendance du Québec - Ou comment répondre à une urgence tout en évitant les pièges ayant paru sur Vigile, m’a laissé songeur. Je crois qu’une méditation sérieuse de la citation de Christian Morel au début du texte aurait pu éclairer votre pensée. Vous auriez aussi compris que la portée de cette citation englobe un domaine beaucoup plus vaste que le seul sujet de l’adhésion.

ALGÉRIE INDÉPENDANTE

Vous vous appuyez vigoureusement sur cette thèse; «Hélas! ce n'est pas en prêchant la Vérité que les Algériens ont conquis leur indépendance, mais en se battant avec la rage au coeur, dans un chaos presque total, et soutenu par une (des) organisation des plus anarchique. »

Vous auriez dû savoir et tout le moins reconnaître que plus que les méthodes anarchiques et terroristes, deux éléments majeurs ont amené la France, sous le présidence clairvoyante de Charles De Gaulle, à laisser aux Algériens la gestion de leur pays;

1- Le poids du nombre.

« Cela signifie que le vote de chacun des 9 millions de Musulmans aura désormais le même poids que le vote de chacun des Français d'Algérie qui ne sont qu'un million. » (http://crdp.ac-reims.fr/cinquieme/page20.htm)

Le Québec, disposant de moins de 25% (recensement 2001) de la population du Canada, ne possède pas le rapport de force qui favorisait l’Algérie. Cet écart défavorable au Québec fait toute une différence quand il s’agit de choisir la manière de mener l’action politique, n’est-ce pas?

2- Le mouvement de décolonisation.

À la suite de la guerre 1939-1945, les pays colonisés, sous domination étrangère, ayant appuyé les forces Alliées dans le combat contre l’Allemagne, recherchaient leur liberté. C’est ainsi que s’est développé un vaste mouvement de décolonisation. À terme, la France n’aurait pas réussi, envers et contre tous, à maintenir sa présence à titre de pays colonisateur en Algérie. Voilà où conduisent la sagesse et la clairvoyance d’un homme politique qui reconnaît la vérité des faits. Il a eu le courage de sortir son pays d’un cul-de-sac inextricable dans lequel l’avaient précipité tous ces extrémistes de pacotille et tous ces politiciens faibles, pour ne pas dire lâches.

MENSONGE OU VÉRITÉ

Vous affirmez « Je suis prêt à mentir gros comme le bras […] qu'il faut utiliser tous les moyens, incluant la ruse et le mensonge… ». Êtes-vous sérieux? Comment réussirez-vous, en utilisant une telle conduite, à gagner et conserver la confiance de la population? Cette population croira-t-elle en la parole donnée?

L’histoire récente et plus lointaine nous enseigne que la population chasse, en disgrâce, tous les politiciens qui font acte de la berner. Je crois que la majorité de celle-ci jugera très sévèrement quiconque utilisera un comportement emprunté aux voyous, vauriens, fraudeurs, malfaiteurs, escrocs, criminels, truands, etc.

Si vous possédez le courage d’approfondir votre pensée au sujet de la vérité et de réfléchir sur le sujet, je vous suggère la lecture d’un texte de Bruno Deshais intitulé PETITE LEÇON SUR LES RAPPORTS ENTRE L’ÉTUDE ET L’ACTION PAR MAURICE SÉGUIN. À la suite de la lecture de ce texte, vous pourrez cogiter sur l’acuité d’un extrait de Les Normes de Maurice Séguin titré 0.5 OBJECTIVITÉ, SINCÉRITÉ, RESPECT DE LA VÉRITÉ.

Vous écrivez « … ce qui m'emmerde est une Vérité si droite qu'elle ne tourne pas rond, une pensée si pure qu'elle est incapable de descendre de sa tour, de se mêler à la foule, en bas, dans la rue… ». Se mêler à la foule, en bas, dans la rue signifie-t-il, pour vous, se métamorphoser en un hydre menteur, manipulateur et exploiteur de la bonne volonté de ses concitoyens? La vérité n’est pas un nouveau dogme religieux édicté par un gourou à la mode. Elle est une valeur essentielle que doit posséder quiconque a pour objectif de convaincre ses concitoyens et concitoyennes et pour mener une action efficace. C’est aussi une question de respect de soi et des autres.

ACTION DÉBRIDÉE

Selon vous «… toute action, même la plus débridée, peut servir « la cause ». Si cela était, ce serait le chaos, l’anarchie. Je dois mettre un bémol sur cette affirmation et vous référer, une seconde fois, à la citation de Christian Morel à laquelle je vous renvoie dans mon premier paragraphe.

Nous avons connu, au début des années 1970, des actions débridées menées par des extrémistes dont l’objectif était de servir la « cause ». Je réfère ici aux actions soutenues par le FLQ; pose de bombes, enlèvement de Richard Cross et meurtre de Pierre Laporte. Qu’est-il advenu depuis? La cause de l’indépendance a-t-elle progressé d’un seul iota à cause de ces gestes inadmissibles? Seuls des révolutionnaires de salon croient que la réponse est oui. Chacun possède la liberté de choisir sa voie. En ce qui me concerne, j’abhorre le chaos et l’anarchie et je choisis lucidement la voie démocratique. Je ne doute pas qu’il en soit ainsi pour la majorité de la population.

Les Québécois n’ont pas reçu en héritage une culture de terroristes. Depuis la Conquête, à l’exception de l’épisode des Troubles de 1837, ils ont continuellement combattu démocratiquement, même dans une Assemblée où ils ne détenaient pas la majorité. Ils savaient exploiter toutes les subtilités des débats parlementaires. Enfin d’éclairer votre lanterne je suggère ces lectures;

1- Le mémoire des « Canadiens » de 1814. (2)
2- 1834 : Les « Quatre-vingt-douze résolutions. (3)

Cette tradition de vie démocratique des Québécois, vieille de plus de deux siècles, est enracinée profondément dans la conscience collective. Quel esprit désorienté, de quelque horizon qu’il soit, peut prétendre détruire cette valeur de notre société?

De plus, le Québec est partie prenante de son environnement politique. L’Amérique, le monde Occidental, composent cet environnement démocratique. Quoique la vie en ce bas-monde est difficile et imparfaite, les régimes démocratiques sont ce que l’Homme a trouvé de mieux pour organiser la vie en société.

LANCER L’ANATHÈME

Ces deux citations extraites de votre courriel, soit le titre « Le St-Esprit » et « … que le St-Esprit nous éclaire de sa pure lumière. » n’ont aucun rapport avec mon texte. Elles sont enfantines et m’apparaissent provenir d’une fixation d’adolescent révolté qui n’a pas réussi le passage à l’âge adulte. Je le déplore et trouve dommage que les débats ne s’élèvent pas au-dessus du niveau du sol.

(1) Objet: Le St-Esprit
Date: 14 novembre, 2003 08:57

Cher monsieur Daviau,

Bien lu votre texte sur Vigile. Je serais bien heureux que la pensée indépendantiste pénètre les coeurs et les esprits, que la vérité triomphe de la politique, que le mensonge soit extirpé de nos sociétés modernes et que le St-Esprit nous éclaire de sa pure lumière. J'ai rien contre.

Hélas! ce n'est pas en prêchant la Vérité que les Algériens ont conquis leur indépendance, mais en se battant avec la rage au coeur, dans un chaos presque total, et soutenu par une (des) organisation des plus anarchique. C'est le peuple Algérien qui a fait l'indépendance de l'Algérie, et on pourrait en dire autant de presque tous les peuples qui ont gagné leur liberté politique. C'est le peuple qui crée le leader, non l'inverse, et il le choisit au moment où il en a besoin.

Je suis prêt à mentir gros comme le bras (j'allais dire gros comme Trudeau), et me battre avec mes dents pour faire l'indépendance de mon pays; moi je dis qu'il faut utiliser tous les moyens, incluant la ruse et le mensonge, et même vendre son âme au diable si nécessaire. Les grands penseurs sont utiles, les stratèges nécessaires, les activistes aussi; mais toute action, même la plus débridée, peut servir « la cause ». Va pour l'Académie de l'Indépendance, et que vive Maurice Séguin dans nos esprits! Mais le peuple a ses raisons que la raison ignore; il a aussi ses besoins, et suffisamment de gigolos de l'information pour les combler.

C'est bien d'enseigner et d'écrire, mais encore faut-il être entendu, et lu. Il n'y a pas qu'un seul moyen de convaincre, qu'une seule pensée juste; ce qui m'emmerde est une Vérité si droite qu'elle ne tourne pas rond, une pensée si pure qu'elle est incapable de descendre de sa tour, de se mêler à la foule, en bas, dans la rue...

L'indépendance du Québec est dans son peuple.

Bonne journée,

(Nom de l’auteur non dévoilé)

N.B. Ce courriel a été reçu à titre privé. Il n’est donc pas éthique de dévoiler le nom de son auteur.

(2) Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Guérin, 1997, p.173, 187.
(3) ibid., p. 244.

Le courage que vous me proposez...

Monsieur Pierre Daviau

Je n'ai ni l'envie ni le goût de répondre point par point à votre courriel. Je vous réfère plutôt à ma dernière chronique sur Vigile, «De la rue à la tour», mise en ligne mardi dernier.

Mais y'a un truc que j'ai envie de vous dire : Ce n'est pas la première fois que j'entends cette remarque sur « l'adolescent révolté qui n'a pas réussi son passage à l'âge adulte». À chaque fois, je regarde d'où elle provient et c'est toujours de gens raisonnables et sérieux, prêcheurs adultes qui n'ont trouvé que ce prétexte fourre-tout pour piétiner leurs rêves de jeunesse tout en se donnant bonne conscience. Et j'en ai tellement vu, pouvez pas savoir!

Et pour tout vous dire, les prêcheurs m'emmerdent profondément; ce n'est pas tant leurs discours qui m'ennuient, mais leur manque d'humour, et ce rictus permanent au coin de la bouche. Quand on perd en chemin les rêves et les espoirs qui nous habitaient au seuil de l'âge adulte, il n'y a plus qu'à serrer les fesses jusqu'au bout.

Le courage que vous me proposez n'est autre que celui du disciple apprenant par coeur l'enseignement du maître. Et les maîtres, cher monsieur Daviau, y'a bien longtemps que je les ai envoyés chier!

Et ce faisant, je ne fais que suivre le conseil des plus grands qui disent chacun à leur manière: « Quand tu auras fini ce livre, jette-le à la poubelle... et si tu ne sais pas où tu vas, tous les chemins t'y mèneront.»

Bonne méditation sérieuse,

André Vincent, 27.11.2003





TRIBUNE LIBRE

Réplique à M. Boileau

Les Québécois veulent une élection référendaire ?

Etienne Boulay - etienne.boulay@tr.cgocable.ca
TRIBUNE LIBRE Le 26 novembre 2003

M. Boileau nous pond des textes à un rythme accéléré soulignant l'envergure que prend l'option d'une élection référendaire. Selon lui les Québécois veulent une élection référendaire. À mon point de vue, M. Boileau étire un peu trop l'élastique.

Selon lui tout le monde en parle et M. Landry risque de "provoquer l'éclatement d'un formidable mouvement".

Voici un passage d'une de ses dernières lettres:

"Force est d'admettre que c'est la stratégie référendaire qui éloigne des gens de l'équipe péquiste [...] Les souverainistes en sont rendus à l'étape de l'application du consensus: ils veulent une élection référendaire [...] mais lundi soir dernier, il fallait profiter de la tribune offerte par le Conseil de la souveraineté pour expliquer concrètement pourquoi une élection référendaire est légitime dans quatre ans. [...] En fait, seul la politologue Josée Legault et moi-même avons tenté d'orienter les discussions de manière à exposer rigoureusement l'efficacité d'une élection référendaire."

Holà! On vient de résumer en une explication bien simpliste un phénomène dont l'analyse détaillée pourrait remplir bien des bouquins! Afin de pousser l'idée d'une élection référendaire, il n'est pas dans l'intérêt de quiconque de bricoler des analyses de la sorte. Où sont passés les points tels que: l'usure du pouvoir, l'impact du passage de M. Bouchard au PQ, le fardeau de gérer un Québec provincial (dont vous faites mention), la propagande fédéraliste, les belles histoires du PLQ durant la dernière campagne électorale, etc.?

Que dire de cette affirmation qui prétend que les Québécois veulent une élection référendaire? À vous lire on pourrait croire que Mme Legault et vous représentez tous les souverainistes. À l'UQAM, une majorité des auditeurs semblaient plutôt applaudir les réponses et explications de M. Landry aux questions d'une ou deux personnes sur l'élection référendaire.

Continuez d'expliquer à la population le principe d'une élection référendaire et ensuite il sera temps de comparer votre vision à celle défendue par ceux qui désirent s'en tenir à la formule référendaire actuelle. Laissez tomber les attaques contre M. Landry et travaillez fort! Moi-même je n'ai pas fait mon nid sur cette question. J'ai bien entendu M. Landry lancer l'invitation aux supporteurs de l'élection référendaire qu'ils peuvent utiliser les tribunes du parti pour "...persuader les autres qu'ils ont raison ou échouer. C'est ça un parti politique démocratique".

Entre votre suggestion d'élection référendaire et le processus référendaire de 1995, il y a un nombre incroyable de variables sur lesquelles nous pouvons travailler. Voici quelques éléments qui méritent d'être étudiés pour un prochain référendum:

- Une question claire telle que: "Voulez-vous que le Québec devienne un pays souverain?"
- Une préparation de longue haleine. Parizeau s'était donné un an pour préparer son référendum, on en a quatre.
- Pas d'astuces. Le PQ doit annoncer sa ferme intention de mener un référendum s'il est réélu.
- Un meilleur contrôle du droit de vote, du vote et des règles de la campagne référendaire.
- De meilleurs outils anti-propagande. Par exemple, une loi sur les sondages afin d'éviter que l'on s'en serve comme outil de propagande.

Maintenant, qu'est-ce qui empêcherait l'ADQ et l'UFP de se joindre au PQ le temps d'une élection et d'un référendum? À ma connaissance le parti qui fait la souveraineté ne gagne pas une élection à vie. Il sera toujours possible de voter pour le parti de votre choix si le programme ou l'équipe péquiste ne vous convient pas.



TRIBUNE LIBRE

Réplique à M. Luc Potvin

Voilà comment Montréal a été perdu aux Anglos


Réponse d'un indépendantiste, malheureux de constater que les pseudo-souverainistes ont perdu Montréal, par aplaventrisme.
François Perrier - francois.perrier@sympatico.ca
TRIBUNE LIBRE Le 26 novembre 2003

Ceci se veut une réponse à la lettre ouverte de M. Luc Potvin, "aux indépendantistes heureux d'avoir perdu Montréal" (sic !).

La reconquête de Montréal voulue par l'aile social-démocrate du PQ sous l'égide de Mme Louise Harel et le haut fonctionnaire Louis Bernard au début de 2001 et au nom de la majorité française de 82% du Québec, devait se faire en deux temps : (a) dans le passage de ville à arrondissement, on coupait des pouvoirs démesurés à une infime minorité de 8% d'Anglos DOC (d'appellation à contrôler de plus près) en leur enlevant le pouvoir de taxer et de lever des impôts -- ce qui a été réalisé par la ministre des Affaires municipale Harel à l'époque. ET (b), on mettait de l'ordre dans le statut faussement bilingue de 5 des 9 arrondissements (il y avait à l'époque aussi peu que 9.1% de wasps DOC dans Rosemère), en votant une Loi 101-bis stipulant que dorénavant, une majorité de citoyens de ces arrondissements devraient être de langue maternelle anglaise (plutôt qu'une majorité qui parle une langue autre que le français).

Si (a) a été réalisé de mains de maître (avec l'assentiment absent du pseudo-souverainisant Lucien Bouchard qui déchu par la population s'apprêtait à démissionner suite à l'affaire Michaud) -- par contre, la réalisation de (b) a été empêchée par le néolibéral civique ET pseudo-souverainisant Bernard Landry, arrivant au pouvoir par défaut, et plus proche du Patronat québécois. Un Patronat souhaitant un bilinguisme mur à mur à Montréal, au dam du bon peuple français du Québec, lequel vit chaque jour le déni de sa langue par l'Anglo et l'Allophone. Si Landry qui avait le pouvoir législatif faisait voter cette Loi 101-bis, Montréal redevenait ville française à tout jamais alors que des centaines de milliers d'Anglos, d'Allophones et de CanadiAns-français prenaient l'autoroute 401 direction Ottawa et Toronto, par dépit.

Voilà comment Montréal a été perdu aux Anglos, M. Potvin, pour cause d'aplaventrisme chez les pseudo-souverainisants, non par des indépendantistes. Quant à votre phrase suintant d'impuissance tardive -- "Qu'importe que Montréal rivalise avec New York SI MONTRÉAL NE NOUS APPARTIENT PLUS" (sic !) elle appelle à LA VIOLENCE. Je vous donne la réponse d'un vrai pacifiste, André Chouraqui (voir "Un pacifiste en Israël" de Carole Montpetit dans Le Devoir des 4 et 5 octobre 2003). "L'erreur fondamentale est celle que font tous les peuples en se sentant détenteurs de la terre sur laquelle ils vivent".

Montréal ne nous a jamais appartenu, M. Potvin, c'est à nous de nous l'approprier par le juste et démocratique processus de la SUBSIDIARITÉ. Au nom de cette subsidiarité, une majorité éminemment méritoire comme la nôtre se doit d'exercer le pouvoir démocratiquement, ET, une minorité anglo doit s'en remettre à elle pour le faire le plus équitablement possible. Encore fallait-il que nos pseudo-souverainistes mettent leurs culottes !!!

ET ALORS, raison de plus à l'époque, pour que le 'souverainiste' Landry tranche au nom de la majorité française de 82% du Québec - et vote cette Loi 101-bis pour désamorcer la violence qui se prépare à Montréal, alors qu'une infime minorité de 8% tentera d'imposer ses volontés linguistiques à une majorité pourtant bien pacifique. Soit dit en passant, c'est comme ça que ça se passe partout ailleurs dans le monde occidental, M. Potvin. Pourquoi les pseudo-souverainisants ne veulent-ils pas favoriser honnêtement les leurs -- sinon qu'ils ont un agenda fédéraste caché ? !



TRIBUNE LIBRE

Réplique à M. François Perrier

Il faut au plus vite faire non pas la fusion de Montréal mais bien l’indépendance du Québec !

Luc Potvin Montréal - lpotvin_2000@yahoo.fr
TRIBUNE LIBRE Le 27 novembre 2003

Ce texte est une réplique à la réplique de M. François Perrier à propos du sens et des conséquences de la fusion à Montréal.

J’ai déjà eu l’occasion de lire plusieurs textes de M. Perrier et j’apprécie vivement la critique qu’il fait de cette ânerie appelée nationalisme civique. J’apprécie aussi, pour diverses raisons, le caractère social-démocrate de son indépendantisme. C’est dire à quel point je n’ai guère envie que nos échanges s’enveniment : ce serait trop bête.

Cela dit, à propos de la fusion de l’île de Montréal en une seule ville, peu importe l’angle sous lequel on examine cela, un fait demeure : alors que l’électorat de l’Ancien Montréal était à 40-45% indépendantiste et à 55-60% fédéraliste, celui du Nouveau Montréal, celui de l’île donc, est à 30-33% indépendantiste et à 67-70% fédéraliste. C’est ce qui se dégage du résultat de toutes les élections ou référendums tenus ces dernières années, tant au fédéral qu’au « provincial ». Dans l’Ancien Montréal, les fédéralistes disposaient donc d’une majorité, certes, mais d’une majorité relativement faible. Il existait alors entre les deux camps un relatif équilibre et cela forçait l’administration municipale, quelle qu’elle soit, à rester neutre dans le grand débat politique qui dure depuis… 1760. Ainsi, à cause de cet équilibre relatif, l’ancien maire Drapeau, tout fédéraliste qu’il était, et exception faite de la Crise d’octrobre, s’est bien gardé d’intervenir lors des élections de 70, 73, 76, 81 et 85 ou lors du référendum de 80.

Maintenant, dans le Nouveau Montréal, cet équilibre est totalement rompu. L’électorat y est fédéraliste à 70% et, qu’on le veuille ou non, le Conseil municipal, je ne dis pas les Conseils d’arrondissement, mais bel et bien le Conseil central, dans sa composition, reflétera toujours cette réalité. Autrefois, à 40-45%, les indépendantistes, bien que minoritaires, pouvaient imposer le respect face à l’administration municipale, surtout dans la mesure où les partis municipaux n’étaient pas exactement une transposition des partis nationaux. Mais, désormais, à 33 sinon 30%, les indépendantistes sont bel et bien quantité négligeable dans le Nouveau Montréal. L’administration peut et pourra toujours les ignorer. Surtout, elle pourra, sans dommage pour elle-même, se mettre corps et âme au service du régime fédéral. Avec l’appui d’un électorat à 70% fédéraliste, pourcentage permettant de faire la pluie et le beau temps, la pluie surtout, il n’y aura jamais aucun risque, pour les élus municipaux, à s’asservir à Ottawa, la main qui bientôt les nourrira, les gavera, les farcira. Tout cela était bien prévisible et, dès 2001, quelques mois avant que la fusion ne devienne officielle, j’avais sonné l’alarme, ailleurs que dans Vigile il est vrai.

Bon, personnellement, je n’ai pas le pouvoir de changer la composition même de l’électorat sur l’île de Montréal, et cela d’autant moins que, tout comme M. Perrier, je réprouve la violence. C’est pourquoi j’en suis venu à la conclusion que, si Westmount, Mont-Royal, Kirkland et autres Baie-d’Urfé veulent débarquer de la ville de Montréal, eh bien nous n’avons ni intérêt ni énergie à gaspiller à les y retenir. (Je fais cependant une exception pour Saint-Laurent, dont j’ai toujours préconisé l’annexion à Montréal, d’une part pour d’évidentes raisons économiques et d’autre part parce que cette annexion ¾ avec peut-être aussi celle de bourgades comme Anjou, Montréal-Est et Verdun ¾ n’aurait pas vraiment affecté l’équilibre démographique, linguistique et politique de la ville.)

Ce n’est quand même pas pour rien que, dès le tout début, discrètement, sans le crier sur toits, Ottawa a pris fait et cause pour la fusion montréalaise. En effet, c’est au parti de Pierre Bourque, le parti pro-fusion par excellence, que Chrétien avait dépêché son bras droit en ce temps-là, l’ineffable Gagliano, ainsi que le président de la section Québec du Parti libéral fédéral, Benoît Corbeil. Ottawa savait où résidait son intérêt.

Il en va de même pour ces grosses légumes fédéralistes et fort peu sociales-démocrates que sont Stephen Bronfman, André Desmarais, Serge Savard, Jacques Ménard, David Culver ou Marcel Côté. Leur appui enthousiaste et sans réserve au Nouveau Montréal ne m’étonne absolument pas : à un Montréal fédéraliste à 55-60% où les indépendantistes comptaient quand même, ils préfèrent de beaucoup un Montréal fédéraliste à 67-70% où les indépendantistes ne comptent plus du tout. En cela, ils se montrent tout à fait cohérents avec eux-mêmes. Et je trouve ces gens-là infiniment plus redoutables pour nous qu’un primate comme Peter Yeomans ou une mégère comme Ann Myles. L’intérêt des anglos-fédéralistes, intérêt par définition contraire au nôtre, j’estime qu’un Bronfman connaît et discerne ça infiniment mieux qu’un Yeomans.

Enfin, pour terminer, trois choses :

1) Le français à Montréal. M. Perrier n’a pas tort quand il affirme que le gouvernement du Québec, s’il en avait la volonté, pourrait faire respecter la loi 101 sur toute l’île de Montréal, notamment en ne considérant comme anglophones que les seuls Anglais, à la rigueur les seuls Britanniques d’origine. Mais ni lui ni moi ne contrôlions le gouvernement avant le 14 avril 2003 et nous le contrôlons encore bien moins depuis. C’est pourquoi il y a à Montréal une foule d’anglophones qui ne devraient pas l’être. Et c’est précisément pourquoi il faut au plus vite faire non pas la fusion de Montréal mais l’indépendance du Québec.

2) Le sens du verbe appartenir. Selon M. Perrier, j’aurais presque lancé un appel à la violence en écrivant cette phrase : « Qu’importe que Montréal rivalise avec New York si Montréal ne nous appartient plus ! ». Là, je reste abasourdi par l’interprétation de M. Perrier. Il va de soi que le verbe appartenir dans cette phrase ne réfère nullement à un quelconque droit de propriété foncière dont Dieu lui-même aurait gratifié les Canadiens-Français ! J’aurais pu écrire « Qu’importe que Montréal rivalise avec New York si nous y devenons minoritaires ! » et le sens aurait été le même. Tant qu’à y être, faudrait-il désormais interdire l’expression « Maîtres chez nous ! » parce que le mot maître aurait une connotation, disons, esclavagiste ? Je sais que M. Perrier ne prise guère la rectitude politique, avec raison d’ailleurs, et c’est pourquoi je m’apprête de ce pas à oublier son interprétation exagérée de ma phrase.

3) Les pouvoirs que les anglos en particulier, d’origine ou de fabrication, et les fédéralistes en général détenaient dans leurs anciennes petites municipalités. Tous ces pouvoirs-là, la fusion les leur redonne à l’Hôtel de Ville central et, du même coup, à la grandeur de l’île. Je le répète : ils ne sont plus 55-60% comme avant, ils sont désormais 67-70%.



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

Parti Québécois de Vimont - Événement spécial



COMMUNIQUÉS Le 26 novembre 2003

Le parti Québécois de Vimont invite les parents bénéficiaires de services de garde et les travailleurs en garderie à un souper causerie avec monsieur Jonathan Valois, député de Joliette et critique de l’opposition en matière de Jeunesse-Famille, dimanche le 30 novembre de 17h à 21h30 au Pavillon des Gourmets, 5860 boul. des Laurentides.

La conférence portera sur les projets de lois concernant les services de gardes subventionnés et les Centres de la Petite Enfance. (CPE) Monsieur Valois discutera par la suite avec les personnes intéressées à lui faire part de leurs impressions, griefs et besoins en matière de politique sociale et familiale.

Le prix d’entrée sera de 20 $ (repas inclus) (déductible d’impôt)
Information et réservation au 450-625-4179