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Déclaration de guerre des syndicats

Gilbert Leduc
Le Soleil jeudi 27 novembre 2003

Le torchon brûlait déjà entre le gouvernement et les syndicats, voilà que la guerre est maintenant officiellement déclarée. Alors que la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, évoquait, hier, la possibilité de tenir une grève générale - le 11 décembre - pour contrer l'adoption de la loi 31, plus de 7000 syndiqués de la FTQ, de la CSQ et de la CSD participaient à une manif qui a bien failli mal tourner.

Au moment où les présidents des trois centrales grimpaient sur l'estrade pour vilipender le gouvernement et son projet de loi 31 visant à ouvrir toutes grandes les portes à la sous-traitance dans les secteurs public et privé, des manifestants abattaient les barrières de sécurité qui les retenaient à une bonne distance de l'Hôtel du parlement.

En l'espace de quelques secondes, des centaines d'entre eux atteignaient les marches menant à la porte de la Famille amérindienne. Les membres de l'escouade antiémeute de la Sûreté du Québec, qui veillaient au grain à l'intérieur de l'Hôtel du parlement, sont promptement intervenus pour stopper les ardeurs des manifestants. Il n'y a pas eu de bousculade. Des oeufs ont été lancés ainsi qu'une bouteille de bière. Un feu a été allumé par des manifestants qui ont finalement rebroussé chemin au terme des discours et des chants de ralliement syndicaux. "Vous allez nous revoir bientôt, les gars !" ont lancé des syndiqués aux policiers de la SQ.

"On a été débordé un peu", expliquait le président de la FTQ, Henri Massé, quelques heures après le mouvement de foule. Il a jugé "pas acceptable" que des manifestants aient lancé des oeufs et une bouteille de bière. "Un tel débordement, c'est sûr que ça nous aide pas", a-t-il reconnu.

La clameur syndicale s'est ensuite fait entendre dans le Salon rouge de l'Assemblée nationale à l'occasion des travaux de la commission parlementaire de l'économie et du travail, qui procède à des consultations particulières sur le projet de loi 31.

La présidente de la commission et députée péquiste de Bourget, Diane Lemieux, a dû intervenir pour faire taire la centaine de membres de la FTQ venus entendre leur président tailler en petits morceaux le projet de loi du ministre du Travail, Michel Després.

À la fin de l'intervention d'Henri Massé, les syndiqués se sont levés pour entonner d'un seul trait l'incontournable "So... So... So... Solidarité !"

"Ça ne se pardonne pas"

Au cours de son intervention, le président de la FTQ a reproché au ministre Després d'essayer de passer "à la sauvette" un projet de loi qui va bouleverser le monde des relations de travail au Québec et qui va entraîner assurément une diminution des conditions de travail des syndiqués. "Ce n'est pas vrai que ce gouvernement a eu un mandat pour donner un coup de pied au cul du monde ordinaire."

Il a souligné que le gouvernement colportait des "faussetés monumentales" en répétant que le Québec sous-traitait moins que l'Ontario et qu'il fallait donc affaiblir l'article 45. Il a mis au défi le ministre du Travail et le Conseil du patronat de lui produire une seule étude démontrant ce fait.

Si le gouvernement devait adopter le projet de loi, Henri Massé a promis que Jean Charest et son équipe allaient passer des jours difficiles. "Une affaire comme ça, ça ne s'oublie pas, ça ne se pardonne pas."

Grève générale

Samedi, ça sera au tour de la CSN de faire une démonstration de solidarité sur la colline parlementaire. "Ça sera certainement l'une des plus grosses que l'on aura tenues, ces dernières années, à Québec", a promis la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Une journée de piquetage symbolique - le 11 décembre - est prévue au plan d'action de la CSN. Mme Carbonneau avoue que ce jour-là, "ça pourrait être tout autre chose que du piquetage symbolique".

La CSN pense-t-elle à une grève générale ? "Je ne ferme absolument pas ce débat. La grève, oui, si nécessaire."

Aujourd'hui et demain, le bureau confédéral de la CSN jugera de l'opportunité de déclencher des moyens de pression qui pourraient perturber davantage les milieux de travail qu'une opération de piquetage symbolique.

Pour Mme Carbonneau, il est clair que l'adoption du projet de loi 31 va constituer une "réelle menace à la paix sociale" et qu'elle va pousser le Québec dans une série de conflits de travail interminables.

Pour la CSN, le projet de loi 31 marque la volonté du gouvernement de baisser le taux de syndicalisation, de menacer le maintien en emploi de centaines de milliers de travailleurs et de réduire les conditions de travail.



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Volée de bois vert contre la CSN

Béchard et Charest s'en prennent à une publicité de la centrale syndicale

Mylène Moisan
Le Soleil jeudi 27 novembre 2003

Le ministre de la Famille, Claude Béchard, a balancé hier une volée de bois vert à la CSN, l'accusant d'utiliser des enfants "à mauvais escient", en leur prêtant un "langage abusif" pour dénoncer "un certain nombre de politiques gouvernementales".

Piqué à vif par des pleines pages de publicité publiées hier dans des quotidiens, M. Béchard estime que la centrale syndicale a "clairement dépassé les bornes". Son indignation est telle qu'il a convoqué lui-même un point de presse pour "lancer un appel au calme" et exhorter "la CSN à faire preuve de parcimonie et de jugement" et "d'éviter de montrer un mauvais exemple aux enfants".

En plus de l'annonce de cette fillette qui dit être "prête à ne plus aller à la garderie", la CSN présente un travailleur disant être "prêt à perdre sa job" et, dans une troisième publicité, une famille qui affirme : "Nous sommes prêts à regarder le Québec se faire démolir". Pour M. Béchard, il s'agit "clairement de langage abusif", que les parents ne permettraient pas à leur enfant.

En Chambre, Jean Charest s'est aussi insurgé contre cette campagne, dénonçant "des gens qui, dans le contexte actuel, disent des faussetés absolues, des choses qui sont inconcevables, comme si on allait fermer les garderies, réduire les programmes sociaux et mettre la hache dans tout".

En point de presse hier, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, a défendu l'offensive menée par la centrale syndicale, arguant qu'il s'agissait d'une "levée de boucliers pour contrer l'approche militariste" du gouvernement. "Je m'excuse, mais ce n'est pas une question de démolition, c'est une question de modernisation. Si chaque fois que nous voulons apporter des changements, les syndicats y voient une entreprise de démolition, je pense qu'il est temps d'avoir une bonne discussion", a répliqué le ministre.

Pilotant la réforme des services de garde, M. Béchard déplore le climat d'affrontement qui s'est installé, principalement avec l'Association québécoise des centres de la petite enfance, qui brandit une menace de fermeture, dans deux semaines exactement. Il a cité en exemple l'attitude des garderies privées, où les gens "font preuve d'ouverture et disent que c'est dans la discussion qu'on peut avancer. Je partage cette opinion".

M. Béchard, qui "tend la main" à tous ses partenaires, calcule que les CPE perdront des plumes. "Ils seront jugés à la fois par les parents et par les gens qui vont voir que nous, de notre côté, on est prêt à faire preuve d'ouverture. Le gouvernement est prêt à s'asseoir avec les CPE, les garderies privées et en milieu familial pour que tous, on poursuive les mêmes objectifs de développer plus de places et d'en arriver à une véritable politique familiale qui respecte le choix de toutes les familles du Québec".

Sur la question de la limite - abandonnée - de 26 jours d'absence par enfant, M. Béchard a répété hier qu'il ne s'agissait que d'une proposition. "La réaction aurait dû être une discussion, c'est dans ce but-là qu'on le faisait. Mais il y a eu tout de suite un climat d'affrontement, et ça culmine ce matin avec une publicité inacceptable", a-t-il dit.

Pourtant, dans une lettre envoyée le 29 octobre aux "titulaires de permis de centres de la petite enfance", le sous-ministre Pierre Michaud indique que "dès avril prochain, le seuil de performance exigible sera de 90 % pour les installations et de 85 % pour les composantes en milieu familial. Il passera à 95 % et à 90 % en 2005-2006". Plus loin, M. Michaud informe que "le ministère entend limiter à 10 % le taux d'absence moyen pour l'ensemble des places occupées dans chaque composante du CPE".



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La mèche courte

Gilbert Lavoie
Le Soleil jeudi 27 novembre 2003

"Si vous ne supportez pas la chaleur, sortez de la cuisine", disait à la blague Brian Mulroney en faisant allusion aux politiciens qui sont incapables, une fois élus, de tolérer la pression du métier. Jean Charest aurait dû consulter son ancien patron hier, avant de déléguer le ministre Claude Béchard dénoncer la campagne de publicité de la CSN contre les lois du travail et les lois sociales.

"La CSN utilise des enfants", a déploré le ministre, en faisant allusion à la photo d'une fillette à qui la pub fait dire qu'elle est prête à se passer de la garderie. Franchement, l'équipe libérale a la mèche un peu courte ces temps-ci !

Les gouvernements aussi utilisent régulièrement des enfants dans leur publicité. On peut ne pas être d'accord, on peut mettre en doute le bon goût de certaines publicités, mais celle de la CSN n'a rien de bien extraordinaire. Agressive oui, mais scandaleuse, non. Si les libéraux s'offusquent d'une simple campagne de publicité, que feront-ils lorsque les syndicats exerceront de vrais moyens de pression pour tenter d'infléchir les politiques gouvernementales ?

La sortie du ministre Béchard, qui coïncidait avec la manifestation contre les changements à l'article 45 du Code du travail, n'est qu'un pas de plus dans le rapport de force qui se prépare entre les syndicats et le gouvernement. Dans sa lettre ouverte aux journaux, le 14 octobre, le premier ministre Charest avait dit ne pas être surpris du bruit fait par les groupes d'intérêt qui bénéficient du statu quo. Pourquoi s'en étonner aujourd'hui ?

Les mois qui viennent seront décisifs pour le gouvernement qui doit mener de front des négociations difficiles avec ses employés, une réingénierie gouvernementale complexe, et la préparation d'un exercice budgétaire serré. Tout politicien qui désire chambarder le statu quo doit le faire dans la première partie de son mandat, et afficher une grande détermination. C'est l'intention avouée de Jean Charest. Le premier ministre a toutefois réitéré à plusieurs reprises, pendant la campagne électorale, qu'il ne serait pas dogmatique et chercherait à mener ses changements sous le signe de la collaboration. S'il y tient encore, il doit reconnaître aux groupes d'intérêt le droit de se faire entendre.

On l'a vu dans le dossier des garderies, la collaboration cède vite le pas à l'affrontement quand on lève le ton trop rapidement. Il est beaucoup trop tôt pour conclure qu'un conflit est inévitable... à moins que le gouvernement n'ait déjà décidé de miser sur un affrontement avec les syndicats pour gagner la bataille de l'opinion publique. Si c'est le cas, ce serait bien dommage.



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Les centrales manifestent

Gilles Normand
La Presse jeudi 27 novembre 2003

Québec - Les centrales syndicales ont levé le ton de quelques crans, hier, pour manifester leur vive opposition au projet de loi 31 favorisant la sous-traitance.

Tandis que la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, clamait, en matinée, qu'une telle mesure législative constitue "une menace pour la paix sociale au Québec", quelque 6000 syndiqués de la FTQ, du SFPQ, de la CSD et de la CSQ prenaient d'assaut la colline parlementaire, peu avant midi. La manifestation, bien que bruyante, s'est déroulée dans le calme jusqu'au moment où les protestataires ont franchi les barricades pour s'approcher de la porte centrale du parlement en lançant une couple de douzaine d'oeufs.

L'escouade antiémeute de la Sûreté du Québec s'est aussitôt amenée, mais sans boucliers ni matraques, pour former une chaîne humaine devant les manifestants qui se sont ensuite dispersés tranquillement sans que les policiers aient autrement à intervenir.

Les manifestants arboraient des placards sans équivoque quant à leur perception des intentions du gouvernement Charest d'amender l'article 45 du Code du travail: "Charest, touche pas à l'article 45"; "On dit non à l'appauvrissement"; "Jamais, le Québec n'est pas un Wal-Mart"; "Charest président du patronat".

Sans y être invité, le chef du Parti québécois, Bernard Landry, accompagné de quelques députés, est monté sur l'estrade improvisée pour manifester son appui aux syndiqués. "Comptez sur nous pour mener une opposition féroce aux mesures rétrogrades proposées par le gouvernement Charest", leur a-t-il lancé tout en les invitant à ne pas laisser le PQ trop longtemps dans l'opposition.

Le président de la FTQ, Henri Massé, était furieux de cette intervention imprévue qu'il a assimilée à une récupération politique. "Ça été le début du dérapage", a-t-il indiqué, faisant allusion au débordement des manifestants au-delà des barricades.

Devant l'Assemblée nationale, le premier ministre Charest s'est porté à la défense du projet de loi présenté par le ministre du Travail, Michel Després, en accusant les syndicats, notamment la CSN, de "faire de l'enflure verbale". Il a accusé son vis-à-vis Bernard Landry de "faire le jeux des syndicats qui nous présentent des faussetés".

"Il n'y a rien dans ce projet de loi pour monter aux barricades", a dit M. Charest, paraphrasant un éditorialiste montréalais, en réponse à M. Landry qui lui demandait de choisir entre les intérêts du Conseil du patronat "qui va faire baisser les conditions de travail au Québec" ou ceux des travailleurs.

En marge de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 31, M. Després a réitéré son intention de faire adopter celui-ci avant l'ajournement des Fêtes. Ce projet de loi éliminera la convention collective des syndiqués qui passeront à l'emploi de sous-traitants.

Devant la commission, le président de la FTQ a affirmé que le projet de loi du ministre Després comportait "de si nombreuses et importantes lacunes, qu'il est impossible de le rendre acceptable dans les très courts délais qu'on nous accorde pour tenter de le faire". Henri Massé a ajouté que "du temps, du travail sont nécessaires, de même que des analyses rigoureuses des conséquences sociales et économiques". "Vouloir bulldozer 40 ans de paix sociale et industrielle, de jurisprudence et de décisions des différents tribunaux en quelques semaines, ce n'est pas une preuve de courage, mais bien de témérité pour ne pas dire plus", a-t-il déploré.

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, a dit craindre qu'avec la proposition du gouvernement Charest, le Québec ne devienne "la pire province en matière de protection contre la sous-traitance". "Avec le projet de loi 31, ce ne sont pas seulement les conventions collectives qu'on veut faire disparaître, ce sont les syndicats. L'objectif visé par le gouvernement est simple: l'affaiblissement de la présence syndicale au Québec et le nivellement des conditions de travail par le bas.", a déclaré Mme Carbonneau.

La CSQ, elle, réclame le retrait pur et simple du projet de loi. Son président, Réjean Parent, le qualifie de "projet de loi franchement antisyndical, qui conduira inévitablement à la dégradation des conditions de travail et à l'appauvrissement des travailleurs du Québec, y compris ceux du secteur public".

"Comme moyen de se débarrasser d'une convention collective, il n'y a pas mieux", a indiqué le président du Syndicat de la Fonction publique du Québec, Michel Sawyer, qui soutient que ce projet de loi menace la paix industrielle au Québec.



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Inacceptable :
Des incidents malheureux ont commencé à se produire autour du dossier de la sous-traitance

Dufour, Ghislain
(Ex-président du Conseil du patronat du Québec l'auteur est consultant en affaires publiques)
La Presse jeudi 27 novembre 2003

Les débats actuels sus cités par la proposition gouvernementale d'amender l'article 45 du Code du travail relatif à la sous-traitance, provoquent certains incidents malheureux.

Le présent commentaire n'a pas ici pour but de prendre position pour ou contre le contenu du projet de loi 31 qui vient amender cet article 45: les groupes organisés sont là pour commenter ce projet de loi, et ils ne se privent pas et ne se priveront pas de le faire. Et c'est tant mieux pour le débat démocratique. Le législateur décidera ensuite de la suite des choses.

Mais encore, ce débat, faut-il le faire dans les formes.

La façon dont il est actuellement engagé nous laisse perplexe sur la façon dont certains entendent faire ce débat.

Je réfère plus précisément ici à deux incidents majeurs: le refus de certains d'accepter que le ministère du Travail explique son projet de loi à l'extérieur de l'Assemblée nationale, et le refus de d'autres de permettre à des groupes comme le Conseil du patronat du Québec, de discuter de ce projet de loi lors d'un colloque de ses membres.

Dans le premier cas, c'est incompréhensible que des groupes n'acceptent pas que le porteur d'un projet de loi ou de règlement, ne puisse aller l'expliquer devant des groupes de la société civile qui lui en font la demande. N'est-ce pas l'un des rôles du législateur et de ses représentants que de communiquer ses projets de loi, de les expliquer, de dialoguer autant avec ses opposants qu'avec ses partisans? Dans le cas de l'article 45 du Code du travail qui nous préoccupe ici, en critiquant le droit des fonctionnaires du ministère du Travail d'aller expliquer à divers groupes de la société civile, les tenants et les aboutissants des modifications à un article de loi qui suscite tant de débats, c'est manifester peu d'ouverture à la meilleure information possible.

En vingt ans à la présidence du CPQ, tant sous les libéraux que sous les péquistes, j'ai invité des dizaines et des dizaines de personnalités gouvernementales à venir nous expliquer le sens d'une loi ou d'un règlement, les objectifs recherchés, etc. Et, bien sûr, souvent, nous ne partagions pas les vues du législateur... Jamais les gouvernements successifs n'ont cependant été interpellés parce qu'ils se présentaient devant nous, et il ne s'est jamais trouvé de groupes pour s'opposer à ce que ces personnalités viennent chez nous faire leur travail d'information.

Ce qui s'est passé dans le cadre du projet de loi 31, alors que le gouvernement n'a pu expliquer son projet de loi à l'extérieur du parlement, sous certaines pressions et affirmations mal fondées, est presque une négation par certains groupes du droit à l'information.

Encore plus inacceptable

Dans le deuxième cas, c'est encore plus inacceptable. Que le Conseil du patronat veuille légitimement informer ses membres du contenu d'une importante législation, et que des groupes bien organisés l'en empêchent, prenant même à parti son président en l'empêchant de présider son propre colloque, est difficilement qualifiable. (On voit d'ici d'ailleurs leur tollé si des patrons empêchaient un chef syndical de présider une de ses réunions...)

Que des groupes tiennent des manifestations devant le parlement, devant des lieux où se réunissent des partis politiques, ou même dans la rue s'ils sont autorisés à le faire, passe. Mais que l'on empêche des gens paisibles de s'entretenir entre eux, dans un lieu privé, du contenu d'une loi, en envahissant ces mêmes lieux et en saccageant tout au passage, c'est là un geste incompréhensible.

Et dire que le même matin où certains groupes bloquaient toute circulation dans une partie importante du centre-ville (devant et à l'intérieur de l'hôtel Sofitel) pour empêcher le CPQ de tenir son colloque, Montréal était déjà sous le choc (et à demi bloquée) d'une grève des mécaniciens de la STM.

Et certains groupes se plaindront par la suite qu'ils n'ont pas toujours la cote d'amour des patrons, des commerçants, et d'une bonne partie de la population...



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«On n'exclut rien»

Les centrales syndicales promettent une escalade des moyens de pression si Québec facilite la sous-traitance

Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 27 novembre 2003

Québec - Rien ne va plus entre le gouvernement Charest et les syndicats alors que le premier n'hésite plus à discréditer les seconds et que ceux-ci menacent Québec ouvertement. Les grandes centrales syndicales promettent une escalade des moyens de pression si le gouvernement ne retire pas le projet de loi 31 visant à faciliter le recours à la sous-traitance et décide de l'adopter d'ici Noël. La CSN envisage entre autres le déclenchement d'une grève générale d'une journée d'ici la période des Fêtes tandis que la FTQ prévoit des «activités importantes».

Tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du parlement, les syndicats ont manifesté leur colère hier. Environ 6000 syndiqués de la FTQ, de la CSQ et de la CSD se sont réunis devant le parlement pour décrier les modifications proposées par le gouvernement Charest à l'article 45 du Code du travail. Des syndiqués ont même franchi les clôtures de sécurité et se sont rendus devant la porte principale du parlement, où ils ont allumé un feu et lancé des oeufs. Une vingtaine de policiers de la Sûreté du Québec ont pu contenir la grogne des syndiqués.

Les syndicats assurent que les moyens de pression deviendront plus importants au cours des prochains jours. Une grève générale d'une journée est «envisageable», a indiqué hier la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. «On n'exclut rien», a-t-elle ajouté. La CSN tiendra une manifestation samedi à Québec. D'autres activités sont à venir afin de «perturber davantage les milieux de travail», dont une mobilisation d'envergure le 11 décembre. «La paix sociale est menacée par le gouvernement Charest», a dit Mme Carbonneau. «Il n'y aura pas de grève générale pour le moment à la FTQ, a quant à lui affirmé le président de cette centrale, Henri Massé. Je ne dis pas que ce ne serait pas envisageable à un moment donné. Il y aura certainement d'autres activités si le gouvernement veut aller de l'avant avec ce projet de loi, surtout s'il l'adopte avant les Fêtes.»

Le ministre du Travail, Michel Després, ne s'est pas montré ébranlé outre mesure par la manifestation d'hier. «C'est un droit démocratique de manifester. Je suis ici pour écouter leurs commentaires. Qu'ils me présentent des propositions. Naturellement, on va garder l'orientation qu'on a donnée au projet de loi, mais je suis prêt à écouter ce que les syndicats ont à dire», a-t-il affirmé aux journalistes tout en se défendant bien de mettre le feu aux poudres avec son projet de loi. S'il y a escalade des moyens de pression, le ministre estime qu'il «va prendre ça une journée à la fois».

La commission parlementaire qui étudie le projet de loi 31 a été le théâtre de débats houleux alors que le face-à-face entre Michel Després et les représentants syndicaux a provoqué des flammèches. «Je n'ai pas le coeur aux remerciements d'usage pour nous avoir invités en commission parlementaire. Nous ne cachons pas notre écoeurement d'avoir à intervenir ici», a lancé Henri Massé.

Selon le président de la FTQ, «les dés sont pipés». Le gouvernement Charest appuie sans réserve le milieu patronal et souhaite éviter les débats, croit-il. «Je n'ai jamais vu ça, au Québec, discuter du Code du travail en deux semaines. Ç'a pris deux ans de discussions pour avoir une Commission des relations de travail. Il y avait des études de toutes sortes. Et là, le gouvernement veut passer en toute vapeur son projet de loi alors qu'on fait un saccage de l'article 45. Je ne comprends rien. Le gouvernement n'a aucune étude sérieuse», a lancé Henri Massé, qui a réclamé sans succès que le gouvernement reporte l'adoption du projet de loi 31 après la période des Fêtes.

Les dizaines de personnes présentes en commission parlementaire, en majorité des syndiqués de la FTQ, ont hué et conspué Michel Després lorsque celui-ci a rétorqué qu'il présentait «un bon projet de loi». La présidente de la commission, Diane Lemieux, a dû intervenir à maintes reprises pour calmer l'ardeur des personnes présentes en commission parlementaire. Elle leur a en outre demandé d'«exprimer leur point de vue en silence»... Qu'à cela ne tienne, la commission a dû suspendre ses travaux pendant un instant en raison de la colère de la FTQ, qui souhaitait plus de temps pour débattre du projet de loi 31. Henri Massé a déploré le manque de temps de parole accordé aux divers intervenants alors qu'«on discute du coeur du Code du travail». «Il faut du temps, du travail et des analyses rigoureuses sur les conséquences sociales et économiques du projet de loi. C'est nécessaire», a-t-il plaidé.

Environ 175 000 membres de la FTQ, soit le tiers du membership, sont des travailleurs oeuvrant pour des sous-traitants. Henri Massé a souligné que l'article 45 permet déjà suffisamment le recours à la sous-traitance. Si le projet de loi est adopté, 70 % de la sous-traitance risque d'échapper complètement à l'article 45, a-t-il noté. Michel Després n'a pas hésité à exprimer à maintes reprises son profond «désaccord»: le projet de loi permettra aux entreprises québécoises d'être plus concurrentielles, a-t-il dit.

Claudette Carbonneau n'a pas été plus tendre envers le gouvernement Charest lors de son passage devant la commission parlementaire. Avec le projet de loi 31, la présidente de la CSN a indiqué que le gouvernement Charest présente «la recette à suivre, et la refile au patronat, pour se débarrasser non seulement des conditions de travail qu'ils ont négociées avec le syndicat mais du syndicat lui-même».

En vertu du projet de loi 31, l'accréditation syndicale n'est protégée que dans le seul cas où l'entreprise ou la municipalité cède à la sous-traitance, «en plus de fonctions ou d'un droit d'exploitation, la plupart des autres éléments caractéristiques de la partie d'entreprise visée». Claudette Carbonneau estime qu'une entreprise n'aura qu'à donner en sous-traitance une partie de ses activités sans céder son matériel pour que les employés transférés perdent leur accréditation syndicale et leurs conditions de travail. «C'est de la pure désyndicalisation», a-t-elle lancé tout en ajoutant que des conflits de travail «longs et ardus» vont se multiplier. Michel Després a répondu que le projet de loi respecte le droit d'association et de négociation protégé par le Code du travail.

Le ministre a réitéré que son projet de loi est basé sur «plusieurs études» réalisées par le passé, dont celle de la commission Mireault, chargée par le Parti québécois en 1996 de se pencher sur la sous-traitance. Or, ont indiqué la FTQ et la CSN, la commission Mireault recommandait aussi d'augmenter la protection des salariés par l'ajout d'une déclaration d'employeur unique et par une modification à la Loi sur les normes du travail pour ceux qui perdent leur emploi à la suite d'une sous-traitance. Ces éléments n'apparaissent pas dans le projet de loi.

La Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante ont quant à elles exprimé leur appui au projet de loi 31.

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a accusé le premier ministre Jean Charest de défendre exclusivement les intérêts du Conseil du patronat. Jean Charest a à son tour accusé Bernard Landry de jouer le jeu des syndicats qui, selon lui, «présentent des faussetés». «L'objectif qu'on poursuit, c'est de créer plus d'emplois au Québec plutôt que d'envoyer des emplois en Ontario», a-t-il souligné.

Bernard Landry s'est adressé aux 6000 manifestants devant le parlement pour exprimer sa solidarité envers la lutte syndicale. «Comptez sur nous pour faire une opposition vigoureuse. J'espère qu'on pourra compter sur vous pour ne pas faire ça trop longtemps», a lancé M. Landry. Henri Massé était hors de lui lorsque Bernard Landry a pris la parole. «Landry, ça n'avait pas d'affaire là», a-t-il maugréé. Au terme de la manifestation, il a dit ne pas avoir senti que le chef péquiste tentait de faire de la récupération politique. «Il est venu parler au monde. Il a le droit. Ce n'était pas un élément prévu dans notre manifestation et je n'aime pas ça. Point final», a-t-il lancé avec diplomatie.



»» réingénierie

Pour parfaire la modernisation du Québec
- Choisir l'inclusion

Il faut garder à l'esprit la nécessité d'un État résolument engagé pour l'égalité des chances

Frederico Fonseca, Stéphan Gervais, Christian Giguère, Jocelyn Maclure
Membres du comité éditorial de la revue Les Cahiers du 27 juin, qui lance ce soir son deuxième numéro à Montréal et dont ce texte est tiré.
Le Devoir jeudi 27 novembre 2003

Il est difficile d'appréhender la réalité québécoise contemporaine sans la situer dans le processus de modernisation du Québec entrepris il y a 40 ans. Bien des historiens, des sociologues et des politologues nous ont appris que le Québec moderne ne s'est pas bâti dans l'instant d'un coup de tonnerre. La «Révolution tranquille» et sa contrepartie, la «Grande Noirceur», répondaient autant à des impératifs de «mise en sens» du passé et du présent qu'à des phénomènes historiques. À sa sortie du règne duplessiste, qui s'inscrivait dans une trame historique dominée par l'image de la survivance, la collectivité québécoise avait résolument besoin d'un récit de la rupture et de la refondation.

Cela admis, la Révolution tranquille bouleversa tout de même les conditions de vie et les représentations identitaires de la collectivité. En outre, cette vaste réforme transforma les Canadiens français en une majorité effective sur le territoire québécois. Elle inaugura un processus d'ouverture des barrières symboliques de l'identité et de construction d'une communauté politique proprement québécoise.

L'une des visées du laboratoire d'expérimentation politique de la première phase de la Révolution tranquille était de faire profiter les Canadiens français du Québec de l'enrichissement des masses qui suivit la Deuxième Guerre mondiale. Il fallait réduire l'emprise de l'arbitraire (causé par la discrimination et la pauvreté) sur leur destinée en accroissant leur accès à l'éducation et à des services de santé ainsi que leur mobilité sociale. Bref, il s'agissait d'élargir et d'approfondir le champ des possibles des Canadiens français et de tendre ainsi vers une plus grande justice sociale.

Quarante ans plus tard, malgré des progrès indéniables et à plusieurs égards remarquables, le travail demeure inachevé. Si la possibilité de s'accomplir à l'aune de ses propres aspirations n'est plus la chasse gardée des classes les plus aisées, il n'en demeure pas moins que le train des réformes sociales de la Révolution tranquille a laissé en plan une partie importante de la population. Pensons, à titre d'exemple, aux Québécois qui entrent aujourd'hui sur le marché de l'emploi sans avoir la diplomation de cinquième secondaire ou encore aux prestataires de l'aide sociale dont la vaste majorité n'a pas de qualifications ou de formation professionnelle.

Pensons aussi aux parties du territoire québécois où la concentration de pauvreté est forte. Même si la qualité de vie de la majorité des Québécois s'est nettement améliorée, le dénominateur commun chez de nombreuses familles demeure, d'une génération à l'autre, la pauvreté.

Une société riche comme la nôtre ne peut tolérer cette situation. [...] Afin de colmater les brèches de notre système de développement social, un de nos défis les plus urgents est de revoir les modes d'intervention de l'État en fonction de l'héritage laissé par la Révolution tranquille. Notre filet de protection sociale est solide, mais ses mailles sont béantes. Il nous faut contribuer à les refermer.

Il faut réaffirmer la nécessité d'un État résolument engagé pour l'égalité des chances. Il s'agit en outre de rassembler les conditions qui permettent le développement de l'autonomie et du plein potentiel de chaque individu. L'idéal régulateur vers lequel il faut tendre et qui aiguillonne un tel projet est une véritable égalité des chances, c'est-à-dire une égalité qui prend forme dans une mise en oeuvre effective des droits économiques et sociaux contenus dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Cela a pour corollaire immédiat que la collectivité québécoise doit certes préserver l'universalité des leviers fondamentaux, tels le système de santé et d'éducation et les centres de la petite enfance, mais aussi qu'elle doit en faire plus pour certains individus ou groupes d'individus. [...]

De nos jours, les jeunes les moins encadrés et les moins outillés peinent à s'adapter aux exigences de l'école. L'école devient pour eux un gouffre plutôt qu'un tremplin. Le développement de la confiance de base et de la volonté d'apprendre est entaillé plutôt que stimulé. L'école ouvre ainsi, malgré elle, les portes du désoeuvrement et de l'exclusion. Non seulement les jeunes les plus vulnérables sont mal équipés pour affronter les aspérités du marché de l'emploi, ils se voient aussi privés des conditions préalables à l'exercice de la citoyenneté.

Le développement d'une conscience citoyenne critique dépend de la satisfaction des besoins de base et d'un certain degré de développement personnel. Puisque le changement social s'enracine dans l'exercice de la citoyenneté, l'exclusion devient un cercle vicieux. Un petit détour chez Hobbes nous rappelle que le politique a entre autres pour fonction de tempérer l'effet de l'arbitraire sur la vie des hommes et des femmes. Actuellement, cet arbitraire est largement créé et entretenu par des causes liées à la domination expansive du marché comme mode de régulation sociale. Or l'État a aujourd'hui pour rôle de réduire autant que possible, par des programmes ciblés et par l'éducation, l'effet de ces causes structurelles. [...]

Deux projets politiques concurrents

À la lumière des orientations gouvernementales qui ont filtré jusqu'ici, force nous est de penser que le développement social est un enjeu d'une importance somme toute relative pour le gouvernement du Parti libéral élu en avril dernier. C'est ce que mènent à penser la faiblesse de l'investissement en éducation, l'intérêt pour une approche plus musclée à l'endroit des assistés sociaux ainsi que les scénarios de développement de financement des centres de la petite enfance (CPE). Le projet politique d'envergure que l'administration libérale contemple est plutôt celui d'une réduction massive des impôts : un milliard par année pour les cinq prochaines années. La «réingénierie» évoquée à répétition par les membres du gouvernement a pour fonction principale de permettre à l'État de se priver de ces revenus. Elle pourrait toutefois avoir, à terme, pour conséquence de débiliter l'État québécois.

Dans un contexte d'augmentation récurrente des coûts du système de santé, de déséquilibre fiscal et de vieillissement de la population, il s'agit là d'une importante décision politique à laquelle nous ne pouvons que nous opposer. Si nous reconnaissons volontiers que la classe moyenne mériterait un répit sur le plan fiscal, nous considérons qu'il n'y a pas de projet politique plus important, dans le Québec d'aujourd'hui, que celui de colmater les brèches de notre régime d'inclusion sociale.

Soyons clairs : nous ne sacralisons pas le modèle québécois ni ne pleurons la révision de nos modes d'intervention étatique. Si nous ne partageons pas le préjugé négatif envers l'intervention de l'État véhiculé par le gouvernement Charest, nous sommes néanmoins conscients des effets pervers engendrés par la réduction de la capacité d'agir du gouvernement précédent, par la logique inflationniste des structures étatiques et par le clientélisme de l'État québécois. Cela dit, l'allégement du fardeau fiscal des contribuables québécois ne peut selon nous se faire au prix de la fragilisation des individus et des communautés les plus vulnérables.

Si les deux projets ne peuvent être menés conjointement, un choix s'impose : il faut choisir l'inclusion.



»» Sondage CROP

La cote de Charest pique du nez

Denis Lessard
La Presse jeudi 27 novembre 2003

Québec - Déjà que la lune de miel entre son gouvernement et les électeurs était terminée, voilà maintenant que le premier ministre Charest se retrouve personnellement en position inconfortable.

Après plusieurs semaines de débat sur les garderies, le Code du travail, la politique sur la pauvreté et la restructuration de l'État, la cote de popularité de Jean Charest pique désormais du nez.

Ce n'est qu'un des constats du tout récent sondage CROP réalisé du 13 au 23 novembre auprès de 1003 personnes. L'enquête confirme d'abord la tendance amorcée en octobre: la lune de miel entre les Québécois et leur gouvernement a pris fin. Après un automne où la stratégie des libéraux au pouvoir a suscité bien des controverses, l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest a augmenté de 4 % en un mois, passant de 45 à 49 % de gens "plutôt ou très insatisfaits". La satisfaction diminue, mais moins rapidement

Les gens satisfaits du gouvernement étaient 46 % le mois dernier; ils représentent désormais 45 % des répondants, selon l'enquête, dont la marge d'erreur est de 3 points de pourcentage. Pour la première fois depuis son élection, le gouvernement Charest crée plus de mécontentement que de satisfaction. Après leur élection en 1994 et 1998, les gouvernements Parizeau et Bouchard avaient préservé bien plus longtemps leur cote de popularité, fait observer Claude Gauthier, spécialiste de CROP.

Autre élément significatif, quand on décortique les réponses des satisfaits, on constate que le gouvernement Charest est parvenu à braquer bien des électeurs contre lui. Ainsi, tandis que 7 % des gens se disent "très satisfaits" on en trouve trois fois plus (20 %) qui s'estiment "très insatisfaits du présent gouvernement du Québec".

Si ce constat s'inscrit dans une tendance amorcée en octobre, un autre vient tout juste d'apparaître sur l'écran radar de CROP. La popularité personnelle du premier ministre Charest sort écorchée des dernières semaines où les garderies sont passées de 5 à 7 $ et l'engagement d'un barème plancher pour lutter contre la pauvreté a disparu du programme gouvernemental.

En septembre dernier, 51 % des Québécois se disaient satisfaits "du travail de Jean Charest comme premier ministre du Québec". En novembre, cette proportion est ramenée à 43 %. Plus percutant encore, il y a deux mois, Jean Charest laissait sur leur faim 41 % des électeurs; ils sont désormais 49 % à juger "plutôt ou très insatisfaisante" la feuille de route de M. Charest après sept mois de pouvoir. Là encore, le décompte de CROP cache un clivage marqué. Ainsi, 8 % des gens sont très satisfaits du premier ministre, mais 23 % sont très insatisfaits de sa performance.

Tant pour le PLQ que pour son chef, "on constate une érosion des appuis", résume M. Gauthier pour qui il est clair que cette tendance résulte des controverses tenaces autour des garderies, de la sous-traitance, en fait de la plupart des engagements pris par les libéraux de Jean Charest avant les élections. Le chef libéral fait peut-être le pari qu'il doit faire ses gestes les moins populaires en début de mandat pour préparer le prochain scrutin par la suite, explique-t-il.

Face à son adversaire, le chef péquiste Bernard Landry fait bonne figure. Bien sûr, M. Landry a désormais 51 % de satisfaits, quatre points de moins qu'en septembre.

Face à une course potentielle pour sa succession, M. Landry peut rester bien calme aussi car 73 % de ceux qui votent pour le PQ sont satisfaits de sa performance.

L'adéquiste Mario Dumont paraît, lui, retrouver la faveur populaire avec 45 % de gens satisfaits de sa performance, une hausse de quatre points. Ceux qui sont mécontents de son travail sont moins nombreux, passant de 38 à 33 %. M. Dumont récolte l'indifférence de 21 % des électeurs qui se disent "sans opinion", comparativement à 14 % pour M. Landry et 8 % pour M. Charest.

Bien qu'il faille prendre avec un gros grain de sel toutes les données sur les intentions de vote québécoises, tant le prochain scrutin est éloigné dans le temps, M. Gauthier souligne que l'écart entre le PLQ et le PQ n'est plus que de cinq points au lieu des 13 que détenaient les libéraux sur les péquistes le soir du 14 avril.

Au brut, quand on leur demande pour qui ils voteraient, les Québécois répondent à 35 % pour le PLQ, 33 % pour le PQ et à 17 % pour l'ADQ, 14 % se disent indécis ou refusent de répondre.

Une fois que CROP répartit ces indécis, il estime que le PLQ aurait obtenu 42 % des votes contre 37 % au PQ et 19 % à l'ADQ.

Quant aux intentions de vote pour un scrutin bien plus immédiat- prévu le printemps prochain au fédéral-, le sondage de novembre retrouve quasi inchangés les résultats observés depuis plus d'un an. Le Parti libéral du Canada peut espérer réaliser un balayage, avec 50 % d'intentions de vote, contre 34 % au Bloc québécois. Les libéraux dominent à Montréal, avec 56 % des intentions de vote contre 26 au Bloc, et dans une moindre mesure dans la région de Québec.

Toutefois, prévient le sondeur, dans les autres régions francophones, la partie pourrait révéler des surprises. On retrouve libéraux et bloquistes à égalité, obtenant respectivement 44 et 43 % des intentions de vote.



»» Les villes et le partenariat entre les trois ordres de gouvernement

Les villes, le fédéral et la Constitution

Yves Ducharme
Maire de Gatineau et président de la Fédération canadienne des municipalités
Le Devoir jeudi 27 novembre 2003

Libre opinion: Le gouvernement fédéral doit-il aider financièrement les municipalités? L'élection récente de Paul Martin à la tête du Parti libéral du Canada a ravivé le débat.

D'abord, un court rappel. Le 29 mai dernier, lors du congrès de la Fédération canadienne des municipalités, M. Martin s'engageait à verser une partie de la taxe fédérale sur les carburants aux municipalités. Le 7 octobre dernier, c'était au tour de la Chambre des communes de s'engager sur cette voie alors que la majorité des députés votait en faveur d'une résolution proposant un tel transfert.

Les représentants du Bloc québécois se sont opposés à cette mesure, y ayant vu une intrusion fédérale dans les affaires municipales, un domaine de compétence exclusive des provinces. Récemment, le ministre délégué aux Affaires gouvernementales canadiennes du Québec, Benoît Pelletier, exprimait lui aussi des réserves devant la volonté du futur premier ministre Paul Martin de venir en aide aux municipalités. Si on va au bout de ce raisonnement, les municipalités se feraient alors complices d'une telle intrusion en faisant appel au soutien d'Ottawa. Telle n'est pas notre intention, au contraire.

Dans nos démarches pour le partage d'une partie de la taxe fédérale sur les carburants, nous avons toujours clairement indiqué que le transfert aux villes devait se faire par l'intermédiaire des provinces. Cette demande a d'ailleurs été respectée par la Chambre des communes. En effet, la résolution adoptée le 7 octobre prévoit que les modes de versement aux municipalités seront négociés avec les provinces, comme le prévoit la Constitution.

Cela étant, rien dans la Constitution n'empêche les élus municipaux de parler directement aux représentants du gouvernement fédéral pour leur faire part de leurs préoccupations. Il demeure impératif que tout arrangement fédéral portant sur la taxe sur les carburants se fasse en partenariat avec les provinces, les territoires et les municipalités.

Il existe des formules qui permettraient ce partenariat tout en respectant les compétences des provinces et des territoires. Il s'agit de ne pas chercher des obstacles là où il n'y en a pas.

Un régime fiscal inéquitable

Les maires ne sont plus les seuls à le dire : les municipalités canadiennes sont régies par un régime fiscal inéquitable et désuet. Ainsi, les municipalités, malgré des responsabilités accrues dues au délestage de la dernière décennie, n'ont accès qu'à 8 % de l'ensemble des sommes versées aux pouvoirs publics par les contribuables. Ottawa retire 50 % de nos taxes et de nos impôts. Les provinces et les territoires reçoivent le reste, soit 42 %.

De plus, les municipalités canadiennes sont extrêmement dépendantes de l'impôt foncier, dont elles tirent en moyenne 55 % de leurs revenus. Au Québec, la proportion est encore plus élevée, à 82 %. Cette dépendance explique en grande partie la faible croissance des revenus municipaux. Elle n'a été que de 4 % depuis les quatre derniers années alors que les recettes fédérales ont augmenté de 16 % et que celles des provinces et des territoires ont été de 21 %. Il existe donc un écart inacceptable entre les responsabilités imparties aux municipalités et les ressources dont celles-ci disposent pour y faire face.

Pourtant, tous les services dispensés par les villes contribuent directement à la vitalité économique du pays. Comme l'a dit l'ancien maire d'Austin, Kirk Watson, «il n'y a pas d'économie nationale car celle-ci n'est que la somme des économies locales».

Il est donc légitime, dans cette perspective, que nous revendiquions l'accès à cette richesse que nous contribuons à créer, là où elle se trouve, c'est-à-dire à Ottawa comme dans les capitales provinciales. D'autres discussions se déroulent d'ailleurs simultanément entre les provinces et les regroupements municipaux provinciaux comme l'Union des municipalités du Québec (UMQ). Elles visent également une modernisation et une diversification du cadre fiscal qui régit les municipalités.

Des craintes

Le Programme tripartite de réfection des infrastructures municipales, lancé en 1993, a démontré la capacité du gouvernement fédéral, des provinces et des municipalités de travailler ensemble sur les enjeux urbains, dans le respect mutuel des prérogatives des uns et des autres. Il en va de même pour l'entente sur les fonds municipaux verts récemment signée entre le gouvernement du Québec et la Fédération canadienne des municipalités (FCM). Nous sommes convaincus que le même pragmatisme et le même respect des compétences marqueront le transfert prochain d'une partie de la taxe fédérale sur les carburants aux municipalités.

La démarche de la FCM vise un nouveau partage fiscal pour les collectivités canadiennes. Elle vise un nouveau partenariat entre les trois ordres de gouvernement. Elle vise surtout un cadre fiscal qui permettra aux collectivités canadiennes de jouer pleinement leur rôle de moteurs de notre économie et de notre qualité de vie. Il serait dommage qu'elle suscite des batailles qui pourraient facilement être évitées et qui risquent de nous faire perdre de vue les vrais enjeux.



»» identité québécoise

'Québécois' least trusting ethnic group - StatsCan

JEFF HEINRICH
The Gazette Thursday, November 27, 2003

A major federal survey on ethnicity was released in September without a controversial finding: only 30 per cent of people who call themselves Québécois believe most people can be trusted, the lowest of any group in Canada.

By contrast, 45 per cent of those calling themselves Canadian and 60 per cent of people of English ancestry said most people are trustworthy.

The data were compiled on the Ethnic Diversity Survey, a poll conducted by Statistics Canada.

"I would suspect there's a connection to the (Canadian) unity issue - the stronger a Quebec nationalist you are, the more you're inclined to distrust the other, whoever the other is," said Jack Jedwab, executive director of the Montreal-based Association for Canadian Studies.

"I'd be a bit suspicious of the survey, because all it seems to do is confirm a stereotype" - the erroneous one that Quebec nationalism is xenophobic, said Jean Dorion, Montreal president of the Société St. Jean Baptiste, the Quebec nationalist group.

Also not made public from the survey was a finding some of the groups that are the most involved in their ethnic communities, such as the Portuguese and East Indians, are both trusting and proudly Canadian.

That appears to confirm Canadian multiculturalism policy, which says that ethnic groups can be both "inward-looking" and reach out and integrate with the larger majority.

The poll was conducted last year by Statistics Canada in conjunction with Canadian Heritage, the federal department that promotes multiculturalism.

In the survey, 42,500 people age 15 and over were interviewed by phone in each Canadian province from April to August 2002. The results were made public Sept. 29 - minus the trust issue.

"There's no particular reason - we just weren't able to do everything," said StatsCan official Jane Badets, chief of StatsCan immigration and ethnicity section.

"It was a very detailed survey and we just had to focus on a few things," she said. Also not published were data on ethnic groups' income and education, employment and domestic life.

As for trust, "we're not experts in that field, and we just felt that some of (that and other) aspects needed more investigation. ... I think we'll probably leave it for researchers to look at."

The data are not available on the StatsCan Web site, but can be ordered for a fee.

In the survey, a range of ethnic groups - from Filipinos and Scots to those who simply called themselves Canadian - were asked whether they believe "most people can be trusted."

Canadians of Scottish and English heritage, as well as Russians, were the most trusting - 60 per cent. People of French origin were the same as those calling themselves Canadian - 45 per cent. Italians (41 per cent), French Canadians (42 per cent) and Québécois (30 per cent) were less trusting.

To consult StatsCan's original Sept. 29 release of the Ethnic Diversity Survey, go to the site at www.statcan.ca/english/freepub/89-593-XIE/pdf/89-593-XIE03001.pdf

jheinrich@thegazette.canwest.com

'Québécois' Don't Trust People

Strong sense Strong sense of Percentage who Ethnic of belonging belonging to ethnic believe "most people group to Canada or cultural group can be trusted" (sic)

Filipino 85 78 NA
Portuguese 85 65 55
East Indian 81 65 47
Chinese 72 58 54
Italian 78 56 41

French 70 53 45
English 87 44 60
Irish 85 41 57
Polish 84 39 55
Scottish 88 38 60
Dutch 86 36 58
Russian 82 35 60
Ukrainian 84 33 56
German 83 33 58
French Canadian 73 60 42
Québécois(e) 51 59 30
Canadian 80 58 45
NA = figure is not available
SOURCE: statistics canada


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

INDÉPENDANCE, VOIE DU MENSONGE OU DE LA VÉRITÉ ?

Pierre Daviau
Québec
TRIBUNE LIBRE Le 26 novembre 2003

La lecture de votre courriel (1) au sujet de mon texte intitulé Ligue pour l’indépendance du Québec - Ou comment répondre à une urgence tout en évitant les pièges ayant paru sur Vigile, m’a laissé songeur. Je crois qu’une méditation sérieuse de la citation de Christian Morel au début du texte aurait pu éclairer votre pensée. Vous auriez aussi compris que la portée de cette citation englobe un domaine beaucoup plus vaste que le seul sujet de l’adhésion.

ALGÉRIE INDÉPENDANTE

Vous vous appuyez vigoureusement sur cette thèse; «Hélas! ce n'est pas en prêchant la Vérité que les Algériens ont conquis leur indépendance, mais en se battant avec la rage au coeur, dans un chaos presque total, et soutenu par une (des) organisation des plus anarchique. »

Vous auriez dû savoir et tout le moins reconnaître que plus que les méthodes anarchiques et terroristes, deux éléments majeurs ont amené la France, sous le présidence clairvoyante de Charles De Gaulle, à laisser aux Algériens la gestion de leur pays;

1- Le poids du nombre.

« Cela signifie que le vote de chacun des 9 millions de Musulmans aura désormais le même poids que le vote de chacun des Français d'Algérie qui ne sont qu'un million. » (http://crdp.ac-reims.fr/cinquieme/page20.htm)

Le Québec, disposant de moins de 25% (recensement 2001) de la population du Canada, ne possède pas le rapport de force qui favorisait l’Algérie. Cet écart défavorable au Québec fait toute une différence quand il s’agit de choisir la manière de mener l’action politique, n’est-ce pas?

2- Le mouvement de décolonisation.

À la suite de la guerre 1939-1945, les pays colonisés, sous domination étrangère, ayant appuyé les forces Alliées dans le combat contre l’Allemagne, recherchaient leur liberté. C’est ainsi que s’est développé un vaste mouvement de décolonisation. À terme, la France n’aurait pas réussi, envers et contre tous, à maintenir sa présence à titre de pays colonisateur en Algérie. Voilà où conduisent la sagesse et la clairvoyance d’un homme politique qui reconnaît la vérité des faits. Il a eu le courage de sortir son pays d’un cul-de-sac inextricable dans lequel l’avaient précipité tous ces extrémistes de pacotille et tous ces politiciens faibles, pour ne pas dire lâches.

MENSONGE OU VÉRITÉ

Vous affirmez « Je suis prêt à mentir gros comme le bras […] qu'il faut utiliser tous les moyens, incluant la ruse et le mensonge… ». Êtes-vous sérieux? Comment réussirez-vous, en utilisant une telle conduite, à gagner et conserver la confiance de la population? Cette population croira-t-elle en la parole donnée?

L’histoire récente et plus lointaine nous enseigne que la population chasse, en disgrâce, tous les politiciens qui font acte de la berner. Je crois que la majorité de celle-ci jugera très sévèrement quiconque utilisera un comportement emprunté aux voyous, vauriens, fraudeurs, malfaiteurs, escrocs, criminels, truands, etc.

Si vous possédez le courage d’approfondir votre pensée au sujet de la vérité et de réfléchir sur le sujet, je vous suggère la lecture d’un texte de Bruno Deshais intitulé PETITE LEÇON SUR LES RAPPORTS ENTRE L’ÉTUDE ET L’ACTION PAR MAURICE SÉGUIN. À la suite de la lecture de ce texte, vous pourrez cogiter sur l’acuité d’un extrait de Les Normes de Maurice Séguin titré 0.5 OBJECTIVITÉ, SINCÉRITÉ, RESPECT DE LA VÉRITÉ.

Vous écrivez « … ce qui m'emmerde est une Vérité si droite qu'elle ne tourne pas rond, une pensée si pure qu'elle est incapable de descendre de sa tour, de se mêler à la foule, en bas, dans la rue… ». Se mêler à la foule, en bas, dans la rue signifie-t-il, pour vous, se métamorphoser en un hydre menteur, manipulateur et exploiteur de la bonne volonté de ses concitoyens? La vérité n’est pas un nouveau dogme religieux édicté par un gourou à la mode. Elle est une valeur essentielle que doit posséder quiconque a pour objectif de convaincre ses concitoyens et concitoyennes et pour mener une action efficace. C’est aussi une question de respect de soi et des autres.

ACTION DÉBRIDÉE

Selon vous «… toute action, même la plus débridée, peut servir « la cause ». Si cela était, ce serait le chaos, l’anarchie. Je dois mettre un bémol sur cette affirmation et vous référer, une seconde fois, à la citation de Christian Morel à laquelle je vous renvoie dans mon premier paragraphe.

Nous avons connu, au début des années 1970, des actions débridées menées par des extrémistes dont l’objectif était de servir la « cause ». Je réfère ici aux actions soutenues par le FLQ; pose de bombes, enlèvement de Richard Cross et meurtre de Pierre Laporte. Qu’est-il advenu depuis? La cause de l’indépendance a-t-elle progressé d’un seul iota à cause de ces gestes inadmissibles? Seuls des révolutionnaires de salon croient que la réponse est oui. Chacun possède la liberté de choisir sa voie. En ce qui me concerne, j’abhorre le chaos et l’anarchie et je choisis lucidement la voie démocratique. Je ne doute pas qu’il en soit ainsi pour la majorité de la population.

Les Québécois n’ont pas reçu en héritage une culture de terroristes. Depuis la Conquête, à l’exception de l’épisode des Troubles de 1837, ils ont continuellement combattu démocratiquement, même dans une Assemblée où ils ne détenaient pas la majorité. Ils savaient exploiter toutes les subtilités des débats parlementaires. Enfin d’éclairer votre lanterne je suggère ces lectures;

1- Le mémoire des « Canadiens » de 1814. (2)
2- 1834 : Les « Quatre-vingt-douze résolutions. (3)

Cette tradition de vie démocratique des Québécois, vieille de plus de deux siècles, est enracinée profondément dans la conscience collective. Quel esprit désorienté, de quelque horizon qu’il soit, peut prétendre détruire cette valeur de notre société?

De plus, le Québec est partie prenante de son environnement politique. L’Amérique, le monde Occidental, composent cet environnement démocratique. Quoique la vie en ce bas-monde est difficile et imparfaite, les régimes démocratiques sont ce que l’Homme a trouvé de mieux pour organiser la vie en société.

LANCER L’ANATHÈME

Ces deux citations extraites de votre courriel, soit le titre « Le St-Esprit » et « … que le St-Esprit nous éclaire de sa pure lumière. » n’ont aucun rapport avec mon texte. Elles sont enfantines et m’apparaissent provenir d’une fixation d’adolescent révolté qui n’a pas réussi le passage à l’âge adulte. Je le déplore et trouve dommage que les débats ne s’élèvent pas au-dessus du niveau du sol.

(1) Objet: Le St-Esprit
Date: 14 novembre, 2003 08:57

Cher monsieur Daviau,

Bien lu votre texte sur Vigile. Je serais bien heureux que la pensée indépendantiste pénètre les coeurs et les esprits, que la vérité triomphe de la politique, que le mensonge soit extirpé de nos sociétés modernes et que le St-Esprit nous éclaire de sa pure lumière. J'ai rien contre.

Hélas! ce n'est pas en prêchant la Vérité que les Algériens ont conquis leur indépendance, mais en se battant avec la rage au coeur, dans un chaos presque total, et soutenu par une (des) organisation des plus anarchique. C'est le peuple Algérien qui a fait l'indépendance de l'Algérie, et on pourrait en dire autant de presque tous les peuples qui ont gagné leur liberté politique. C'est le peuple qui crée le leader, non l'inverse, et il le choisit au moment où il en a besoin.

Je suis prêt à mentir gros comme le bras (j'allais dire gros comme Trudeau), et me battre avec mes dents pour faire l'indépendance de mon pays; moi je dis qu'il faut utiliser tous les moyens, incluant la ruse et le mensonge, et même vendre son âme au diable si nécessaire. Les grands penseurs sont utiles, les stratèges nécessaires, les activistes aussi; mais toute action, même la plus débridée, peut servir « la cause ». Va pour l'Académie de l'Indépendance, et que vive Maurice Séguin dans nos esprits! Mais le peuple a ses raisons que la raison ignore; il a aussi ses besoins, et suffisamment de gigolos de l'information pour les combler.

C'est bien d'enseigner et d'écrire, mais encore faut-il être entendu, et lu. Il n'y a pas qu'un seul moyen de convaincre, qu'une seule pensée juste; ce qui m'emmerde est une Vérité si droite qu'elle ne tourne pas rond, une pensée si pure qu'elle est incapable de descendre de sa tour, de se mêler à la foule, en bas, dans la rue...

L'indépendance du Québec est dans son peuple.

Bonne journée,

(Nom de l’auteur non dévoilé)

N.B. Ce courriel a été reçu à titre privé. Il n’est donc pas éthique de dévoiler le nom de son auteur.

(2) Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Guérin, 1997, p.173, 187.
(3) ibid., p. 244.





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