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Aux prochaines élections fédérales :
Tous derrière le Bloc, dit Legault

«C'est important pour le Parti québécois, pour la souveraineté du Québec, d'avoir un Bloc québécois fort à Ottawa»

Geneviève Otis-Dionne
Le Devoir lundi 3 novembre 2003

François Legault demande à tous les partisans du Parti québécois de se mobiliser derrière le Bloc québécois et de militer à ses côtés pour favoriser l'élection du plus grand nombre de députés bloquistes aux prochaines élections fédérales.

«C'est important pour le Parti québécois, pour la souveraineté du Québec, d'avoir un Bloc québécois fort à Ottawa», a affirmé M. Legault hier, lors d'un discours prononcé dans la circonscription de Mercier. Le député Daniel Turp avait invité le porte-parole officiel de l'opposition en matière d'économie et finances à venir partager sa vision actuelle et future du Québec avec ses militants.

«Dans toutes les circonscriptions au Québec, il faut travailler comme si c'était notre propre élection. Il faut travailler à faire élire le maximum de députés», a martelé le député de Rousseau. Daniel Turp, ancien bloquiste, soutient que «la marche vers l'indépendance va passer par l'élection du plus grand nombre de députés bloquistes. L'heure est grave, a-t-il ajouté. Le Bloc a besoin de nous, et il faut retrousser nos manches.»

Selon M. Legault, «il faut avoir à Ottawa un groupe qui défend les intérêts du Québec» et qui peut voter contre les projets de loi néfastes pour la province. Il donne en exemple le projet de loi déposé par John Manley à Ottawa visant à prolonger d'un an la méthode actuelle de calcul de la péréquation. «Cette année, à cause de la péréquation, il y a une diminution de 1,6 milliard des transferts du fédéral à Québec.»

Les députés bloquistes sont nécessaires «pour voter contre ces projets de loi et expliquer [aux Québécois] pourquoi on ne peut pas accepter de continuer de se faire étrangler par Ottawa», a déclaré M. Legault.

«Plus pertinente que jamais»

François Legault a également répondu hier aux propos tenus par le politologue Jean-Herman Guay lors du conseil national du Parti québécois tenu le 18 octobre dernier et qui conseillait au PQ de «faire le deuil de certains rêves». D'après M. Legault, «la souveraineté est plus pertinente que jamais». Malgré l'appui de 47 % des Québécois pour la souveraineté révélé dans un récent sondage, M. Legault déplore toutefois que «les gens voient la souveraineté moins urgente, moins prioritaire». Pour raviver le projet souverainiste, M. Legault croit que le PQ doit «définir davantage ce que nous ferons dans un Québec souverain. Définir de façon concrète le fameux projet de société derrière la souveraineté du Québec».

Pour ce faire, le PQ doit transformer son programme électoral défini «pour gérer la province», en programme élaboré pour diriger un pays souverain. «Pourquoi on accepte de définir ce qu'on ferait avec 40 % de nos revenus, mais qu'on attache moins d'importance à définir ce que l'on ferait avec 100 % de nos pouvoirs et de nos revenus?», se questionne M. Legault.

«Si on était capable, de façon concrète, d'expliquer à la population [notre projet], je pense qu'on irait chercher des appuis. Un Québec souverain, c'est rentable et c'est normal.»

M. Legault désire la tenue d'un nouveau référendum d'ici à 2008. Pour s'assurer la victoire, le PQ doit accentuer la sensibilisation auprès des jeunes et des communautés culturelles pour qu'ils appuient davantage la souveraineté. Il souligne qu'en 2008, il va y avoir 1,2 million de personnes qui vont voter et qui n'avaient pas le droit de vote en 1995. «Ces personnes, ce sont surtout les jeunes et les communautés culturelles.»

Le député de Rousseau a par ailleurs rappelé aux militants péquistes que le «PQ et la souveraineté, ça venait ensemble», et qu'on ne pouvait pas les séparer.



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Caisse électorale record au Bloc Québécois :
Gilles Duceppe lance sa campagne contre Paul Martin

Gilles Toupin
La Presse lundi 3 novembre 2003

Drummondville - Avec une caisse électorale garnie comme jamais, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a lancé hier la campagne de son parti contre le futur chef libéral Paul Martin et il a annoncé la première série des assemblées d'investiture de sa formation politique.

À l'issue de son conseil général de deux jours à Drummondville, le Bloc québécois a en effet annoncé que son budget pour la prochaine campagne électorale serait d'un peu plus de 4 millions de dollars, soit 1 million de plus que lors des élections de 2000. Ce million de dollars supplémentaire sera dirigé du côté de l'effort publicitaire du Bloc, en particulier vers les stations de radio régionales.

Cette manne est la conséquence de la nouvelle loi électorale, inspirée de celle de René Lévesque au Québec, qu'a fait adopter au Parlement le premier ministre Jean Chrétien. Ainsi, toutes les formations politiques recevront le 1er janvier un chèque du gouvernement qui représente 1,75 $ par électeur ayant voté pour elles aux élections de 2000. Pour le Bloc, ce chèque sera de 2,4 millions. Avec le million de dollars qu'il a déjà et en ajoutant à cela les quelque 620 000 $ qu'il recevra de ses candidats, le parti de Gilles Duceppe aura plus de 4 millions pour tenter de convaincre les Québécois que son parti a plus que jamais sa place à Ottawa, en raison de l'arrivée prochaine de M. Martin à la tête du gouvernement.

M. Duceppe a estimé qu'avec la présence des libéraux de Jean Charest à Québec, "un parti fédéraliste qui forme un gouvernement de renoncement tranquille", et avec à Ottawa "un gouvernement qui ne travaille que pour que le Québec se rapetisse", le Bloc québécois doit être plus fort que jamais pour protéger les intérêts du Québec à Ottawa. M. Duceppe a encore répété hier que les prochaines élections fédérales constituaient "la première étape du nouveau cycle politique qui mènera le Québec à sa souveraineté".

La campagne préélectorale humoristique dénonçant les silences de Paul Martin sur sa politique future s'intitule Bienvenue à Paul Martin.

Cette campagne consistera à harceler sans répit le futur chef libéral de questions que Gilles Duceppe a qualifiées de "simples": "Pourquoi Paul Martin a-t-il créé le déséquilibre fiscal?" "Pourquoi a-t-il voté pour C-20, la loi du cadenas de Stéphane Dion?" ou encore "Pourquoi Paul Martin refuse-t-il de reconnaître la nation québécoise?"

Hier, le Bloc a lancé un petit dépliant intitulé La preuve en 12 exemples qui s'attache à démontrer pourquoi il défend les intérêts du Québec à Ottawa, contrairement à Paul Martin. Le Bloc lancera aussi prochainement un disque compact dénonçant les politiques de Paul Martin et un livre rédigé par le député Louis Plamondon qui s'intitulera Le Mythe Paul Martin.

Gilles Duceppe a d'ailleurs déjà commencé hier à s'en prendre aux agissements de l'ancien ministre des Finances, qui à l'époque était aussi propriétaire de la compagnie de navigation Canada Steamship Lines, affirmant que ce dernier devra "expliquer comment il était directement en conflit d'intérêts en votant des mesures favorables aux paradis fiscaux et à sa propre compagnie".



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Le BQ relancera le débat nationaliste

Les bloquistes miseront sur la reconnaissance du Québec lors de la prochaine campagne électorale

Sylvain Larocque
Le Soleil samedi 1 novembre 2003

Ottawa - Désirant contrer l'arrivée imminente de Paul Martin à la tête du Parti libéral et la naissance d'une nouvelle formation de droite sur la scène fédérale, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, entend bien marquer des points en relançant le débat nationaliste lors de la prochaine campagne électorale, attendue au printemps.

Le Bloc, qui tire de l'arrière dans les intentions de vote face aux libéraux, compte bien remettre sur le nez de ces derniers leur rejet unanime, plus tôt cette semaine, d'une motion bloquiste demandant aux Communes de reconnaître que le Québec forme une nation. La vaste majorité des alliancistes et des conservateurs ont aussi voté contre la motion.

" C'est évident que la campagne va porter sur cela, lance le chef bloquiste en entrevue. (...) Quand ils (les libéraux) voudront nous parler de la reconnaissance du Québec, on va leur dire: Regardez, sur la nation québécoise, vous avez tous voté contre, Paul Martin en premier lieu. Alors comment pouvez-vous prétendre reconnaître ce qu'est le Québec moderne d'aujourd'hui quand vous niez son existence même ? "

conseil général à Drummondville

Les bloquistes sont réunis en conseil général, cette fin de semaine à Drummondville, afin de peaufiner leur " plan d'action " en vue de la prochaine élection. Ils adopteront leur budget de campagne, qui profitera grandement de la nouvelle loi sur le financement politique prévoyant une subvention stable de l'État aux partis fédéraux reconnus.

" On va être en meilleure position pour faire une bonne campagne ", estime M. Duceppe.

Mais si le Bloc québécois se sent d'attaque quand il s'agit de s'en prendre à Paul Martin et à la nouvelle droite unifiée, il semble plus vulnérable lorsque vient le temps de présenter un projet de souveraineté renouvelé aux Québécois.

Au lendemain de la défaite du Parti québécois aux élections d'avril dernier, Bernard Landry et Gilles Duceppe avaient convié le mouvement souverainiste à un travail de réflexion sur la modernisation de l'option. Or, cette tâche ne pourra pas être terminée avant le prochain scrutin fédéral, admet le chef bloquiste.

" Ce n'est pas vrai qu'on va, en trois ou quatre mois, tout adapter, raffiner, peaufiner le concept de la souveraineté dans le contexte de la mondialisation, affirme-t-il. On va prendre le temps qu'il faut. Ce n'est pas l'échéancier fédéral qui va décider pour ça. (...) Les gens qui ne débattent plus, n'avancent plus. "

Cette réalité ne devrait toutefois pas empêcher les souverainistes de voter pour le Bloc, martèle M. Duceppe. " Parce qu'on attend que le projet souverainiste soit vraiment prêt, entre-temps, on voterait pour Paul Martin ? Mais ça n'a pas de bon sens ", dit-il.

Dénoncer Martin

Le coprésident du " comité du contenu " du Bloc, le député Pierre Paquette, fait d'ailleurs remarquer que Paul Martin n'a encore fait aucune proposition pour répondre aux revendications traditionnelles du Québec sur le plan constitutionnel. " Le débat se pose carrément entre la souveraineté et le fédéralisme tel qu'il fonctionne actuellement, souligne-t-il. Ça, c'est nouveau. "

Même si le Bloc recueille actuellement 35 % des intentions de vote au Québec, contre 50 % pour les libéraux, Gilles Duceppe assure qu'il ne se sent pas menacé par Paul Martin. Mais il ne manque pas une occasion pour dénoncer celui qui constituera l'opposant le plus sérieux de toute sa carrière.

" Je ne mésestime jamais l'adversaire, mais je suis très confiant parce que cet homme - on va le démontrer - dit des choses et fait le contraire ", soutient M. Duceppe, en faisant allusion au fait que l'ancien empire commercial de M. Martin payait des impôts à la Barbade plutôt qu'au Canada. " C'est complètement immoral ", ajoute-t-il.

" Est-ce qu'on veut voter pour un parti qui s'enligne sur les États-Unis, comme Martin veut le faire ", lance le chef bloquiste, qui se dit " convaincu " que sans les pressions de son parti, Ottawa aurait participé à la guerre en Irak.

Et face à la création d'un nouveau parti de droite, issu de la fusion annoncée entre l'Alliance canadienne et les conservateurs, Gilles Duceppe promet de ne pas adapter les positions du Bloc pour les rendre plus attrayantes aux yeux de certains électeurs.

" Moi, je ne cherche pas une idée pour contrer le nouveau parti, jure-t-il. Je ne fonctionne pas de même. Je me dis : Quelle question se pose, quelle est notre position sur ça ? Si le nouveau parti de droite a la même position que nous, je m'en fous ; tant mieux, dans le fond. "



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Martin in Bloc's crosshairs

Party keen to Attack new Liberal PM. Duceppe unveils name-calling and rhetoric that will figure in pre-election campaign ads

HUBERT BAUCH
The Montréal Gazette Monday, November 03, 2003

Paul Martin is a hypocrite. Paul Martin is immoral. Paul Martin is a thief. Paul Martin is nothing more than a clone of Jean Chrétien.

The Bloc Québécois yesterday served up a foretaste of the campaign it plans to run against the incoming federal Liberal leader in the election expected next spring, with a furious flurry of name-calling at a meeting of its national council.

In his closing speech, Bloc leader Gilles Duceppe said it was hypocritical of Martin, while he was finance minister, to register ships from the shipping line he owned under foreign flags to escape higher Canadian taxes.

"As minister of finance, he asked us all to pay our taxes, while he paid his in tax havens," Duceppe said.

"It's simply immoral to have someone who was minister of finance and who aspires to be prime minister who doesn't even respect the law of the land."

Duceppe said Martin's ships flew foreign flags so the company could hire non-unionized labour and foreign sailors for less than minimum wage in Canada.

"For someone so proud to be Canadian, his ships don't even fly the Canadian flag," he said.

Duceppe accused Martin, as minister, of stealing billions of dollars from the Employment Insurance fund to bring down the federal deficit while cutting payments to the unemployed.

"If a private insurance company acted like Paul Martin did with the Employment Insurance fund, he wouldn't have any clients and (would) go bankrupt," Duceppe said.

"It's stupid. He's telling people to pay their premiums, but that they won't get the benefits when they need them."

Yesterday's rhetoric will be amplified in a publicity campaign titled "Welcome to Paul Martin" that the Bloc will launch this fall as its head start on the expected election campaign, Duceppe said.

It will include a series of radio advertisements, as well as the publication of a book by Bloc MP Louis Plamondon titled The Paul Martin Myth.

Delegates to the Bloc meeting also voted unanimously to ask the party's parliamentary caucus to once again call on the federal government to recognize Quebec as a nation.

They gave a prolonged standing ovation to Trois Rivières MP Yves Rocheleau, who declared in the heat of debate over a similar motion in the House of Commons last week that he is not a Canadian.

Duceppe said the Bloc is better prepared for the coming election than for any of the three previous campaigns it has fought.

The Bloc plans to hold candidate nomination conventions starting late this month.

"We've given ourselves all the tools necessary for the election campaign," he said. "It's a campaign where the Bloc will be better prepared than ever."

Duceppe said that, far from being worried that the Bloc will lose ground to Martin, who is personally more popular in the province than Chrétien, he and the party can't wait to tackle the incoming prime minister head on.

He said Martin is already the real power in the government, even though Chrétien is still nominally prime minister.

"Right now Paul Martin is hiding behind the curtain, but he can't hide there forever," said Duceppe. "We want to see him face to face, to make him answer for his actions and tell us what he plans to do, because the guy there now isn't the one making the decisions.

"We'll be ready for this campaign as soon as Paul Martin wants an election."

hbauch@thegazette.canwest.com



»» la question nationale

Le retour de la question nationale

Michel Venne
Le Devoir lundi 3 novembre 2003

Qui eût cru qu'à peine six mois après son élection, la question nationale reviendrait hanter Jean Charest? Mercredi, le Parlement fédéral rejetait une motion du Bloc québécois reconnaissant que le Québec forme une nation. Le lendemain, le premier ministre du Québec, pourtant converti depuis longtemps au nationalisme canadien, ne pouvait pas refuser d'appuyer la proposition du Parti québécois, faite à l'Assemblée nationale, réaffirmant le caractère national du Québec.

En répliquant ainsi du tac au tac à un geste fédéral, Jean Charest se place pourtant en contradiction avec l'approche consensuelle et collaborative qu'il veut développer pour réformer le Canada. M. Charest n'a-t-il pas promis d'en finir avec la confrontation?

Il est vrai que la réplique est restée polie. Mais cet échange de motions n'est pas un fait isolé. L'ère de la collaboration pourrait ne pas durer longtemps.

J'ai eu le plaisir d'être invité, vendredi et samedi dernier, à une conférence organisée à Kingston, Ontario, par l'Institute of Intergovernmental Relations de l'Université Queen's sur les relations entre le Québec et le Canada. Le ministre québécois délégué aux Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, était le conférencier invité au dîner du vendredi. Il a exposé devant un parterre composé d'universitaires réputés de plusieurs régions du Canada, la vision du nouveau gouvernement du Québec sur cette question.

M. Pelletier a livré un discours assez étonnant, même s'il n'a pas révélé d'informations inédites quant aux intentions québécoises, notamment quant à la création d'un Conseil de la fédération. Mais il s'en est pris très durement au gouvernement fédéral. Il a dénoncé la façon cavalière avec laquelle Ottawa s'impose dans les champs de compétence des provinces. Il s'est insurgé contre le déséquilibre fiscal. La fermeté de ses propos ont amené un politologue québécois à lui faire remarquer que ce discours aurait fort bien pu être tenu par un de ses prédécesseurs souverainistes. Cela rappelait aussi les critiques de Robert Bourassa contre le «fédéralisme dominateur».

Dans le journal Les Affaires, c'est son collègue des Finances, Yves Séguin, qui haussait le ton la semaine dernière, réclamant deux milliards de dollars d'Ottawa.

Benoît Pelletier a pris soin de préciser, vendredi, que la démarche du gouvernement libéral était une manifestation du «droit du Québec de choisir son destin». Il n'a pas employé les mots «droit à l'autodétermination» mais c'était tout comme. Puis il a reconnu sans ambages «la légitimité» du projet souverainiste, priant d'ailleurs les souverainistes à «poursuivre leur idéal» s'ils le souhaitent, tout en respectant cependant le droit des fédéralistes de poursuivre le leur. Il les a aussi invités à contribuer à la réflexion sur la réforme du fédéralisme proposée par le gouvernement Charest sans pour autant renoncer au projet d'un pays souverain dans un avenir plus éloigné.

À une autre époque, les fédéralistes québécois ont utilisé le mouvement souverainiste comme repoussoir auprès des fédéraux. Dans cette logique, l'appui à la souveraineté à 47 % peut tenir lieu de couteau sous la gorge. Ça vous rappelle quelque chose?

Les spécialistes réunis à Kingston ne voient d'ailleurs rien de très neuf se dessiner dans les relations fédérales-provinciales malgré leur plaisir non dissimulé de voir arriver à Québec un gouvernement fédéraliste. À leurs yeux, le Conseil de la fédération n'apportera rien de plus que la conférence annuelle des premiers ministres qui existe déjà.

De plus, un consensus s'est dégagé parmi les experts réunis à Queen's sur le fait que, malgré ses discours conciliants, Paul Martin prépare des conflits avec les provinces s'il persiste à mettre ses priorités sur la santé, l'éducation et les municipalités, trois domaines de compétence provinciale. En outre, on voit mal comment M. Martin pourrait régler la question du déséquilibre fiscal, qui demeure la priorité des provinces. Non seulement il nie l'existence du problème mais la marge de manoeuvre financière d'Ottawa risque d'être engloutie dans des dépenses liées à la sécurité nationale ou au renouvellement de l'équipement militaire, sans parler du remboursement de la dette et de l'augmentation promise de deux milliards de dollars des transferts aux provinces pour la santé.

Bref, Jean Charest risque de vivre les mêmes frustrations que Lucien Bouchard. À quoi cela va-t-il le mener? Si le Québec est une nation, il faudra bien un jour en tirer les conséquences si le fédéralisme, même avec lui dans le siège de premier ministre du Québec, reste irréformable.

***

Quant aux souverainistes, ils ont une solution de rechange toute prête. J'ai écrit récemment que l'échéance de 2000 jours proposée par Bernard Landry était irréaliste. Plus j'y pense, plus j'ai envie de retirer cette affirmation. Qui peut prédire en effet ce qui surviendra d'ici cinq ans, autant dire une éternité? Et puis, un mouvement politique a sans doute besoin qu'on lui impose un calendrier pour mobiliser ses partisans. Non pas que cette échéance fixe irrémédiablement la date d'un référendum. Il faut plutôt comprendre la proposition de Bernard Landry ainsi : dans 2000 jours, si le Parti québécois reprend le pouvoir, il doit être fin prêt à relancer une démarche formelle vers la souveraineté.

Il reste aux souverainistes à bien saisir, surtout auprès des jeunes, comment se réarticule la question nationale sous l'effet combiné de la mondialisation, du pluralisme culturel, et de la redéfinition de l'État providence. Pour reprendre le titre de la présentation de Guy Laforest, vendredi, à Kingston, «sait-on jamais...»

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides

vennem@fides.qc.ca



»» ADQ

L'ADQ renoue avec la question nationale

Dumont entend proposer une sorte de rapport Allaire «actualisé»

Tommy Chouinard
Le Devoir lundi 3 novembre 2003

Québec - Après avoir cultivé l'ambiguïté sur la position de son parti concernant la question nationale, le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, entend proposer une nouvelle «vision constitutionnelle» aux Québécois, qui ne représente «ni la séparation, ni la soumission». Cette vision prendra en outre la forme d'un rapport Allaire «actualisé»: le Québec devrait notamment obtenir des compétences jusque-là fédérales et traiter de nation à nation, d'égal à égal, avec Ottawa.

«J'en fais un engagement formel: l'ADQ va revenir en force sur le dossier de la question nationale», a lancé hier Mario Dumont, lors de son discours de clôture au conseil général de son parti, qui s'est tenu ce week-end, à Québec.

Les 250 délégués présents ont approuvé la création d'une «corvée d'idées» sur le thème de la place du Québec, qui se chargera de définir une position constitutionnelle «claire». Les conclusions de cette corvée, qui implique la consultation des adéquistes dans tout le Québec, seront dévoilées au congrès des membres de l'ADQ en juin 2004, à temps pour le dixième anniversaire du parti.

«Comme chef de l'ADQ, j'engage une réflexion avec les membres pour arriver à une position résolument nationaliste, a expliqué M. Dumont en conférence de presse. Il s'agit d'une position proactive d'affirmation très profonde des droits du Québec.»

En outre, Mario Dumont estime que le Québec doit obtenir des compétences d'Ottawa, traiter de nation à nation avec lui et, donc, ne pas être considéré comme une province au même titre que les autres. En fait, le chef adéquiste fait un retour aux sources en remettant de l'avant une vision incluse dans le document fondateur de son parti, le rapport Allaire. Publié en 1991 sous le gouvernement Bourassa, le rapport préconisait notamment que le Québec obtienne de façon exclusive 22 compétences d'Ottawa (agriculture, environnement, langue, sécurité, etc.) et que le gouvernement fédéral abdique son pouvoir de dépenser en santé et en éducation en vue de procéder à une réforme de la fiscalité. M. Dumont s'inspire également en partie de la pensée de l'ex-premier ministre Robert Bourassa, qui préconisait des négociations bilatérales entre le gouvernement du Québec et celui du Canada.

«C'est une philosophie qui est véhiculée à plusieurs reprises et que l'ADQ doit continuer à véhiculer. Mais je dirais qu'il faut l'actualiser. Si, à une époque, cette position d'affirmation du Québec, c'est le Parti libéral qui en était le dépositaire à travers le rapport Allaire, maintenant, c'est nous qui avons un devoir d'actualiser cette position-là et de lui donner un caractère d'actualité en vue de la prochaine élection», a affirmé le chef adéquiste.

La négociation de nation à nation et le rapatriement de pouvoirs d'Ottawa est, selon Mario Dumont, une position «idéologique qui se trouve entre la soumission et la séparation». «C'est clair qu'il y a à l'ADQ des Québécois qui croient autant que les champs dans lesquels le fédéral a empiété, il devrait s'en retirer, et qu'il y a même des champs qui devraient revenir au Québec», a-t-il noté. Mario Dumont n'a pas voulu donner davantage de détails sur la nouvelle vision constitutionnelle de son parti, plaidant qu'«il y a des travaux à faire».

Revirement de situation

Lors de la campagne électorale, Mario Dumont affirmait sans relâche que les Québécois ne voulaient plus entendre parler de la question nationale. Il avait occulté ce thème presque complètement. «On ne l'a pas gagnée, l'élection. Il faut en tirer des choses», a-t-il répondu. Le chef adéquiste reconnaît que son parti n'a pas présenté une position claire à ce sujet et que les électeurs ont perçu qu'il faisait plutôt preuve d'attentisme. Au lendemain du référendum de 1995, l'ADQ a en effet proposé un moratoire de 10 ans sur la tenue d'une autre consultation sur le sujet, tant et si bien que le débat n'a pas évolué dans ses rangs depuis.

La donne a changé, croit Mario Dumont. À ses yeux, son parti a fait en sorte que la dernière campagne électorale a porté sur d'autres enjeux que la question nationale et que le «carcan fédéraliste-souverainiste a volé en éclats». «Oui, c'est vrai, en refusant les étiquettes anciennes, nous avons créé une ambiguïté, nous avons permis aux vieux partis de nous attaquer avec férocité sur la question nationale. Mais c'était le prix à payer pour faire voler en éclats ce carcan qui étouffait le Québec», a-t-il expliqué dans son discours.

«Plus de la moitié des Québécois se considèrent aujourd'hui ni souverainistes ni fédéralistes. Les vieilles étiquettes ont décollé du débat. Et ça, ça ouvre la voie à nos membres pour amorcer une réflexion», a-t-il ajouté en conférence de presse.

Mario Dumont a «senti» auprès de ses membres une «impulsion pour donner un nouveau souffle à la réflexion sur l'avenir du Québec». Il n'a cependant pas voulu se décrire comme un souverainiste ou comme un fédéraliste. «Les gens à l'ADQ sont des nationalistes qui ne mènent pas le combat canadien, mais bien le combat québécois, et qui ne croient pas que des référendums à répétition sur la souveraineté soient la voie», a-t-il expliqué.

C'est une nouvelle voie que Mario Dumont cherche à emprunter, sur laquelle se trouvent «la spécificité et la différence» du Québec. «Sur le chemin de notre identité collective, le Québec s'enlise dans les solutions péquistes et libérales. Et cela fait près de 40 ans que les routes tracées par les vieux partis nous amènent immanquablement à la déroute et à la défaite. Je dis au peuple québécois: "c'est assez". Le Québec ne peut plus se permettre d'être un perdant sur le front de son destin national», a affirmé le chef adéquiste.

Mario Dumont rejette ainsi la voie empruntée par les libéraux du premier ministre Jean Charest, qui, dit-il, «pratique le fédéralisme à genoux». «Alors qu'il crée le Conseil de la fédération, Jean Charest prend un virage inquiétant. Il foule aux pieds plus de 50 ans de tradition où la recherche d'un dialogue d'égal à égal entre Québec et Ottawa était la norme. [...] Être premier ministre du Québec, c'est être dépositaire des aspirations profondes d'une nation distincte, fière de sa différence», a-t-il lancé.

Mario Dumont n'est pas plus tendre envers l'option souverainiste telle que défendue par le Parti québécois. Selon lui, le PQ tente actuellement de «trouver le truc, l'astuce, la passe pour imposer un nouveau référendum aux Québécois».

Jean Allaire et Guy Laforest réagissent

Jean Allaire, qui était présent ce week-end au conseil général, estime que son rapport «sera sûrement un élément de réflexion». «Mais n'oubliez pas qu'une société évolue et que ce qui existait à ce moment est peut-être différent aujourd'hui», a prévenu le cofondateur de l'ADQ. Jean Allaire a souligné que «tout est sur la table» et que l'ADQ est «à l'écoute de la population sur la question nationale».

«Je pense qu'il faut réaliser que la population québécoise a une position ambiguë. Elle ne veut pas d'un référendum, mais la flamme de la fierté québécoise est tout le temps là. Il s'agit de voir où elle est rendue à l'heure actuelle. Il faut non pas imposer des choses aux gens, mais aller les consulter», a-t-il dit.

Le président de l'ADQ, Guy Laforest, croit que la nouvelle vision constitutionnelle du parti sera basée sur «l'élargissement de la liberté politique du Québec, la préservation et la promotion de l'identité québécoise». «Au cours de la campagne, on en est venu à penser que, parce que nous insistions beaucoup sur la responsabilité, la liberté de choix et la révision de la nature de l'État québécois, on ne songeait pas aussi sérieusement qu'auparavant à la question de l'avenir du Québec. Je pense que c'est cette hypothèque-là que M. Dumont a voulu lever aujourd'hui», a affirmé M. Laforest, qui refuse de décrire l'ADQ comme un parti souverainiste ou fédéraliste.

«Il faudra que les gens aient l'impression que, sur la question de l'avenir du Québec, on a une position claire, compréhensible, dont ils peuvent comprendre les grandes lignes. [...] C'est une transition dans le cheminement politique de Mario Dumont et de celui de l'ADQ», a-t-il indiqué.

Guy Laforest a précisé que le discours prononcé hier par Mario Dumont avait été préparé «de façon plus professionnelle» que par le passé. Il a fait allusion au discours du chef adéquiste prononcé l'année dernière devant le Canadian Club de Toronto, au cours duquel M. Dumont n'a pas traité de la question nationale, ce qui lui a été reproché à maintes reprises.

La «corvée» sur la place du Québec est dirigée par l'avocat Jacques Gauthier, qui, en compagnie de Mario Dumont, avait quitté le Parti libéral en 1992, au lendemain du référendum sur l'entente de Charlottetown, reprochant à Robert Bourassa d'ignorer la position constitutionnelle du rapport Allaire. Ces événements ont mené à la création de l'ADQ, en 1994.



»» ADQ

Dumont: Reopen national question

Eyes middle course. ADQ officials leave party convention vague on details

ALLISON HANES
The Montréal Gazette Monday, November 03, 2003

Mario Dumont wants to reopen debate on the national question within his own party, so that the Action démocratique du Québec will be able to offer voters a new way forward in the next election - one that he says will not be a choice between separation or submission.

"I invite you to map out a path that is neither separation nor submission, but rather an affirmation of a people proud of its roots and determined to take charge of its future," the ADQ leader said to applause yesterday at the conclusion of a two-day party convention on the outskirts of Quebec City.

But Dumont and other ADQ officials refused to outline what kind of new vision they have in mind, saying it will be left up to party members to propose and debate in the coming months and at the party's 2004 convention.

Nothing is off the table, they said, but all were vague about whether the options could include another go at getting Ottawa to include Quebec in the 1982 constitution, or even a re-embrace of sovereignty.

All party president Guy Laforest would say is that the ADQ wants to "widen the political freedom of Quebec."

"The either/or logic has to be bypassed, overcome," Laforest said.

Jean Allaire, the intellectual father of the ADQ, said the party is responding to what it is hearing from Quebecers.

"I want you to realize that the ADQ is listening to the population, it wants to listen to the population," he said.

"We're going to listen, we're going to propose, and as a society we are going to evolve."

During a recent tour of the province, Dumont said he realized the ADQ's assertion - that it is neither sovereignist nor federalist - resonates with nationalist Quebecers, but that such words must be accompanied by concrete actions and proposals.

"We need to have the will to at once give our proposals a form that reflects our convictions and clarify our vision for citizens," he said.

Dumont had harsh words for both Liberal Premier Jean Charest and Parti Québécois leader Bernard Landry.

He said Charest is practising "federalism on his knees" with his idea of a creating a federal council where the provinces will work together on a common agenda.

But Landry's short-lived season of ideas seems to be a choice between two old concepts, he said: campaigning in the next election on a promise to hold another referendum or holding out for winning conditions.

"It's either funny or pathetic, depending on how you look at it," the ADQ leader said.

Dumont began his political career as a leader of the Liberal youth wing in the Robert Bourassa era, but walked from the party to form his own over the Charlottetown Accord.

In 1995, he campaigned with the Yes forces for sovereignty, but abandoned the dream the morning after the sobering result.

During the April election campaign he said Quebecers didn't care about the old labels anymore.

Although the ADQ only came out of that election with four seats, the party succeeded in changing the political discourse in Quebec, shifting it away from the national question.

Now Dumont wants to launch back into it.

"We're proud of having broken the federalist-sovereignist shackles in the last campaign, " he said.

"And I am convinced that we are capable of offering a constitutional vision of Quebec that is ambitious and that brings people together."

ahanes@thegazette.canwest.com



»» transition

My Quebec includes the army

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, November 3, 2003

Would the federal government have sent the army into Quebec if the sovereigntist camp had won the 1995 referendum by a narrow margin? Yes, if only to protect the federal buildings, says Lawrence Martin in Iron Man, the second volume of his biography of Jean Chrétien.

When the story came out, Quebec's political class was quick to react. Premier Jean Charest said he was not aware of any plan, which makes sense, since as then-head of the Tory party, he was not in on the secrets of the Prime Minister's Office.

Parti Québécois leader Bernard Landry said that he was sure that the federal government wouldn't have dispatched the army in Quebec after a democratic vote. Mr. Landry's reaction was predictable: It has always been part of the sovereigntist strategy to let Quebeckers believe that a referendum victory, however close, would lead to a peaceful, happy walk in a garden of roses.

As for Mr. Chrétien, he dismissed Mr. Martin's revelation as "bullshit" -- another predictable reaction, since Mr. Chrétien has no interest in commenting on hypothetical and explosive scenarios.

In any case, Mr. Martin's contention -- based on an interview with David Collenette, then-defence minister -- is hardly a revelation. Common sense tells us that yes indeed, depending on the social climate following a close Yes vote, soldiers might have been sent to protect the federal buildings or other crucial sites or even persons. Actually, special security measures would probably have been needed on both sides.

Although the referendum campaign was remarkably peaceful, one can imagine the fury of the federalists who would have seen their country about to break up because of a few thousand, or, worse, a few dozen votes -- and on an unclear, misleading question to boot. And what about the die-hard sovereigntists who would have heard, as they were celebrating their victory, that Mr. Chrétien was refusing to negotiate the conditions of secession? Maybe the province's police forces could have dealt with the situation by themselves. Or maybe not.

In any case, in the days following their razor-thin defeat, many high-ranking sovereigntists didn't hide their relief at the fact that the vote hadn't been the reverse. It would have been chaos, they admitted (in private, of course).

My guess is that in the week before the vote, when polls showed a sovereigntist victory was possible, the PMO was in a state of panic and no clear-cut, detailed plan was made.

History shows us that there is much more improvisation and last-minute decision-making in times of crisis than the conspiracy theorists would have us believe. In the sovereigntist camp, for instance, the state of delusion was so high at the end of the campaign that none of then-premier Jacques Parizeau's aides prepared for the possibility of a defeat.

The sovereigntist brains trust was relying on the PQ's house pollster, Michel Lepage, who was predicting a Yes victory by at least six percentage points. Astonishingly, nobody around Mr. Parizeau thought of writing a draft speech for the leader in case of a defeat -- something that Eddie Goldenberg, Mr. Chrétien's trusted adviser, was cautious enough to do. This total lack of planning explains in part the angry reaction of Mr. Parizeau, who, faced with a defeat he hadn't seen coming, lashed out at the "ethnic votes."

Even though it's probable that no clear plan had been drafted, the idea of using the Canadian Forces to restore order in Quebec must have been considered.

If it hadn't been, it would have been totally irresponsible.

lgagnon@lapresse.ca



»» transition

Canada's kidding itself

Whatever Stéphane Dion says, Canada shows little talent for dealing with separatist threats, says WILLIAM JOHNSON

William Johnson
The Globe and Mail November 3, 2003

What a crazy country. Last Tuesday, the respected pollster CROP revealed its findings that 46 per cent of Quebeckers now say they are favourable to Quebec becoming a sovereign country, and 47 per cent would vote yes in a referendum on sovereignty that included a partnership with the rest of Canada.

The week before, we learned that Prime Minister Jean Chrétien was in utter panic in the final days of the 1995 Quebec referendum on unilateral secession. And Lawrence Martin claims in the second volume of his Chrétien biography, neither the Prime Minister nor his cabinet would have permitted Quebec to secede on the strength of a bare majority yes vote. Too bad he didn't say so before the cliff-hanger vote.

Undeterred, Intergovernmental Minister Stéphane Dion travelled to Britain on Oct. 15 to give a speech in which he offered "the Canadian approach" to Quebec separatism as a model for the world.

If Mr. Dion wanted a model, he should have told his audience of prime minister Pierre Trudeau's hard-line approach in 1980. Mr. Trudeau stated publicly that he would never negotiate sovereignty-association. He declared that a referendum vote in Quebec -- even were it 99-per-cent Yes -- could not bind Canadians in the other nine provinces.

When he left office, the Constitution had been patriated and separatism seemed dead. But two prime ministers who followed him, Brian Mulroney and Jean Chrétien, played footsie with separatists. Mr. Mulroney gave a speech written by separatist Lucien Bouchard, who became his Quebec lieutenant, in which he denounced the patriation of 1982 as a betrayal; the onus was on Ottawa to win Quebec's acceptance with "honour and enthusiasm."

In 1991, when support for separatism had spiralled upward dangerously, Mr. Mulroney had the Tory convention recognize "Quebeckers' right to self-determination." He left Quebec dangerously alienated, Canada divided, his party smashed.

Jean Chrétien was no Trudeau. In his 1985 memoirs, he repeated a reckless statement made in the early 1970s: "We'll convince the people that they should stay in Canada and we'll win. If we don't win, I'll respect the wishes of Quebeckers and let them separate."

During the 1995 referendum campaign, Mr. Chrétien danced around the issue when asked whether he would "respect" the referendum outcome. "Don't worry, be happy," was his attitude.

When a private citizen, prominent ex-separatist lawyer Guy Bertrand, challenged in court then-premier Jacques Parizeau's process aimed at unilateral secession, the Prime Minister and then-justice minister Allan Rock refused to join him. Even after Mr. Justice Robert Lesage confirmed that the proposal was unconstitutional, both ministers took a dive.

After the shockingly close call of Nov. 30, 1995, the federal government sent a reference to the Supreme Court asking whether Quebec could legally secede unilaterally. The answer was unambiguous: Quebec could legally separate only by an enabling amendment to the Constitution according to the 1982 Constitution Act. Such an amendment, the court ruled, would first require a negotiated agreement respecting the rights of aboriginals and national minorities, and which would determine the frontiers of an independent Quebec.

Mr. Dion then piloted the Clarity Act, specifying the conditions for Ottawa to negotiate secession. These included a clear answer to a clear question on secession -- without "association" or "partnership" to confuse the issue. The agreement must also cover all the rights and obligations raised by the court.

Yet recently in London, Mr. Dion praised "the Canadian approach," which "rejects the use of force, of any form of violence. It emphasizes clarity, legality and justice for all. While it may appear idealistic . . . it could contribute, in my view, to peace and enlightened state practice."

Such sweet reasonableness. But in fact, all the recent Quebec premiers --- Messrs Parizeau, Bouchard, Bernard Landry and even Jean Charest -- have repudiated the constraints defined by the Supreme Court and incorporated in the Clarity Act. On Dec. 7, 2000, the National Assembly adopted Bill 99, a licence to secede unilaterally, even without a referendum, by a National Assembly proclamation: "The Québec people, acting through its own political institutions, shall determine alone the mode of exercise of its right to choose the political regime and legal status of Québec . . . ."

So Mr. Dion's much-vaunted Clarity Act could be a Maginot Line. It doesn't deal with the only likely scenario: A future Quebec government, winning a referendum, would proclaim its independence first, offer negotiations after.

What would the federal government do then? Mr. Dion doesn't raise the possibility. Nor does he mention Bill 99, now Quebec law. Ottawa could have disallowed the subversive act, but did not. It's now being challenged before the courts by private citizens. Ottawa has not contributed one cent to the defence of the Constitution.

As in 1995, the government shows a dangerous complacency. Public opinion in Quebec is systematically misinformed, with the same old assumption that winning a referendum means automatic independence; ignorance of secession's real constraints is general. Separatism is once again in remission, as it was in 1985, and our opinion leaders think it is dying despite polls showing 47 per cent support in Quebec. No need to be raise distressing subjects.

But the future is long and history can be cruel. Canada is showing the world how not to deal with an entrenched separatist threat.

William Johnson is a Quebec-based writer and former head of Alliance Quebec.



»» démographie

Québec doit éviter le "flop" démographique

Alain Dubuc
Le Soleil samedi 1 novembre 2003

Éditorial - Québec est menacée par un énorme problème démographique. Assez majeur pour compromettre l'avenir de la ville et sa capacité de poursuivre son essor. Ce problème, ce n'est pas vraiment le vieillissement de sa population. Toutes les sociétés occidentales vieillissent et la stagnation démographique n'est pas nécessairement synonyme de déclin. Ce n'est pas, en soi, une catastrophe, même si le vieillissement sera plus marqué à Québec qu'ailleurs dans la province. Ça se gère, d'autant plus que le fait d'être une société mature comporte aussi des avantages.

Mais ce " choc démographique ", comme l'appelait un document publié au printemps dernier par la Commission de la capitale nationale, qui a fait l'objet d'une conférence cette semaine, pose des problèmes particuliers dans le cas de Québec. C'est du moins la préoccupation que j'ai exprimée lors de la présentation que j'ai faite à ce colloque.

D'abord une question de timing. Le vieillissement s'amorce au moment ou l'avenir de Québec repose justement sur la jeunesse. Ce qui a fait la force de la région de la capitale depuis une décennie, c'est une remarquable diversification qui repose largement sur la nouvelle économie. Elle ne pourra pas se poursuivre avec une armée de pré-retraités.

Mais ce qui inquiète encore plus, c'est ce qui est derrière le vieillissement, qu'il faut voir comme le symptôme d'un mal plus profond. Le problème de départ, c'est que l'on fait moins de bébés, moins encore à Québec qu'ailleurs au Québec. Mais il y a des façons de freiner les effets de cette dénatalité : on peut empêcher les gens de partir ou encore en convaincre d'autres de venir. La rétention et l'attraction. Et c'est à ces deux chapitres que Québec a des problèmes particuliers.

Premier problème, Québec perd trop de jeunes, souvent attirés par l'extérieur ou par la métropole et ne réussit pas à garder ici les nombreux jeunes qui viennent étudier dans la capitale. Québec fait certes des gains par rapport aux citoyens des régions ressources de l'est et du nord chassés par le chômage, mais il n'est pas évident que ce jeu de vases communicants l'avantage.

Second problème, l'immigration. Les résultats sont effarants.

La population de Québec, pour l'instant, compte environ 3 % d'immigrants. C'est dans le peloton de queue des villes canadiennes, sept fois moins qu'à Montréal, 17 fois moins qu'à Vancouver. On attire peu d'immigrants, et la moitié de ceux qui viennent ici ne restent pas. La performance de Québec constitue une anomalie lourde de conséquences.

L'effet le plus visible, ce sont les pénuries de main-d'oeuvre, entre autres des postes spécialisés dans la nouvelle économie. C'est d'ailleurs pourquoi c'est le monde des affaires qui a le premier tiré la sonnette d'alarme et prôné un virage vers l'immigration.

Mais les impacts les plus douloureux sont certainement de nature qualitative. Les jeunes qui quittent Québec sont souvent des éléments dynamiques, plus audacieux, plus ambitieux, dont l'apport, en termes d'innovation et d'entrepreneurship aurait été précieux. La perte de ces jeunes peut avoir un impact sur le dynamisme de Québec, sur sa capacité de contrer le conservatisme et l'immobilisme.

Cet apport qualitatif, on le retrouve également chez les immigrants qui, en plus d'amener leurs compétences, auront pour effet de ressourcer une société par leur différence et leur énergie. Dans le cas de Québec, dont le succès reposera sur sa capacité de conquérir des marchés extérieurs, les immigrants peuvent aussi aider Québec à s'adapter à la mondialisation, servir en quelque sorte d'interface avec le reste du monde.

L'enjeu n'est pas seulement de nature économique. Il touche aussi la qualité de vie, si importante pour Québec. En 2003, en Occident, une ville attrayante et attirante, qui veut miser sur la modernité et la richesse culturelle, doit absolument être plurielle. En 2003, l'homogénéité trop grande n'est plus un atout, elle devient même un handicap un peu suspect.

Mais pour renverser la vapeur, il faut comprendre pourquoi Québec perd ses jeunes et surtout, n'arrive pas à attirer d'immigrants. Comment se fait-il qu'une ville si belle, si agréable, qui offre une remarquable qualité de vie, qui comporte également des avantages évidents pour un nouveau venu - de la sécurité, du travail, un coût de la vie peu élevé - attire si peu ?

Il y a des causes hors de notre contrôle, des tendances lourdes contre lesquelles on ne peut pas grand-chose, comme le pouvoir d'attraction des grandes villes sur les jeunes, la concentration de l'immigration dans les grands centres urbains. Mais cela n'explique pas tout. Car d'autres villes moyennes ont réussi là ou Québec échoue. Winnipeg compte 21 % d'immigrants, Ottawa, 20 %, même Halifax en a 9 %, trois fois plus qu'à Québec.

Il y a donc certainement des causes québécoises. Certains désavantages, comme le froid, l'unilinguisme français. Et surtout, un véritable cercle vicieux, le fait que les immigrants ne veulent pas venir à Québec parce qu'elle compte trop peu d'immigrants. Québec n'a pas la masse critique qui offrirait aux nouveaux venus une communauté d'accueil capable de rompre leur isolement.

À cela s'ajoutent certainement des facteurs culturels propres à Québec. D'abord l'absence d'ouverture à l'immigration, comme le montrait un sondage du SOLEIL, il y a deux ans, qui révélait que le moitié des gens de Québec trouvait qu'il y avait assez d'immigrants et qu'un autre quart trouvait qu'il y en avait trop. Une attitude que semble confirmer la difficulté des immigrants, même qualifiés, à se trouver un emploi.

Serait-ce que les gens de Québec sont plus xénophobes ? Certainement pas. Mais plutôt qu'on est en présence d'un autre cercle vicieux : c'est le contact avec les immigrants qui amène la société d'accueil à être ouverte aux nouveaux venus.

Il y a aussi, certainement, la mentalité québécoise, où la vie sociale s'articule autour de réseaux très difficiles à pénétrer pour tous les gens de l'extérieur, qu'ils soient du Québec ou d'ailleurs. Une sorte d'autarcie sociale qui doit expliquer, du moins en partie, le fait que beaucoup d'immigrants ne restent pas.

Les mentalités doivent changer parce que les enjeux démographiques sont fondamentaux. Québec doit pouvoir garder tous ses jeunes et attirer de nouveaux venus, d'ici et d'ailleurs, pas pour remplacer les bébés que nous ne faisons plus, mais pour poursuivre son grand virage et atteindre son plein potentiel, en sachant que sa croissance ne pourra plus jamais compter sur la mission gouvernementale.

Oui, il y a un choc démographique. Il faut éviter qu'il devienne un flop démographique. Québec, rapidement, sera confrontée aux choix qu'impose le vieillissement. Des choix sur la façon dont elle voit son avenir. Veut-elle devenir une véritable cité du savoir, dont le succès repose sur l'éducation, l'innovation, la nouvelle économie, le tourisme intelligent ? Ou veut-elle devenir progressivement une nouvelle sorte de cité-dortoir, une cité-retraite ?

ADubuc@lesoleil.com



»» Centraide

Centraide verse un million à un organisme quarante fois millionnaire

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 1er et dimanche 2 novembre 2003

Le deuxième organisme bénéficiaire en importance de Centraide, la Fédération CJA, une agence de collecte de fonds qui vient en aide à la communauté juive, échappe aux critères de financement appliqués aux 324 autres groupes soutenus par l'organisation caritative montréalaise, selon les vérifications faites par Le Devoir.

En vertu d'une entente datant de septembre 1974 et renouvelée le 11 février 1999, la Fédération CJA (Combined Jewish Appeal, ou Appel juif unifié) reçoit chaque année 3,4 % du produit net de la campagne de financement de Centraide, soit le pourcentage que représente la population juive du territoire du Grand Montréal par rapport à la population totale. En 2003, la contribution de Centraide a ainsi totalisé, selon le rapport annuel de l'organisme, plus de un million de dollars.

En contrepartie de l'aide accordée par Centraide, la Fédération CJA renonce à solliciter la population non juive lors de sa propre campagne de financement annuelle. Malgré cette obligation, la Fédération CJA a recueilli l'année dernière 43 millions destinés uniquement à la communauté juive. De cette somme, un million provient de Centraide qui, lors de sa collecte de fonds, a recueilli moins d'argent que la Fédération CJA, soit plus de 41 millions.

La Fédération CJA, qui fait partie d'un regroupement de 156 fédérations et 400 communautés juives indépendantes à travers l'Amérique du Nord appelé United Jewish Appeal, a notamment pour mission de soutenir Israël. Lors de sa campagne de financement de l'année dernière, la Fédération CJA a ainsi distribué outre-mer, et en particulier en Israël, 36 % des 43 millions amassés. La majorité des fonds (58 %) a toutefois été distribuée localement et 6 % ont été versés à des programmes pancanadiens.

Contrairement à la Fédération CJA, les organismes bénéficiaires de Centraide ne peuvent pas mener de collectes de fonds auprès du grand public. Tout au plus peuvent-ils faire une sollicitation très ciblée dans leur milieu respectif.

Selon cette entente qui tient en quatre pages, les fonds versés à la Fédération CJA par Centraide «ne seront affectés qu'à des projets et programmes conformes aux priorités de Centraide». Mais comme l'a expliqué la présidente-directrice générale de Centraide, Michèle Thibodeau-Deguire, la Fédération CJA «ne passe pas par le système d'évaluation comme les autres organismes».

Sept des 22 groupes que chapeaute la Fédération CJA ont reçu une aide financière en 2003. Il s'agit du Cummings Jewish Centre for Seniors (194 600 $), des Caldwell Residences (68 200 $), de la Communauté sépharade du Québec (52 200 $), du Jewish Family Services of the Baron de Hirsch Institute (267 600 $), des Jewish Immigrant Aid Services (113 200 $), du Jewish Vacational Workshop Inc. (261 600 $) ainsi que de Project Genesis (100 300 $).

De l'aveu même de Mme Thibodeau-Deguire, Centraide ferme les yeux sur cette entente qui accorde un traitement particulier à la communauté juive et que la p.-d.g. reconnaît être injustifiable. «C'est vrai que ça n'a pas de sens. C'est vrai. Tous les autres organismes sont dans le moule. [...] Il n'y a pas de raison qui peut justifier ça. Il y a une entente historique... Tout Centraide, c'est excessivement fragile parce qu'on réunit souvent des choses qui sont contradictoires», a-t-elle expliqué.

Visiblement embarrassée que Le Devoir rende compte de ce partenariat, Mme Thibodeau-Deguire a dit craindre les effets sur l'actuelle campagne de financement de Centraide, qui dépend de la confiance de la population à son égard. «Mon rôle, ici à Centraide, c'est de m'assurer que tout fait sens. Quand je suis obligée de pédaler, c'est qu'il y a quelque chose qui ne fait pas de sens. C'est bien sûr qu'ils amassent plus d'argent que nous. Je ne suis pas folle. Je le vois bien. Je le sais bien. Mais Centraide, c'est fragile», a-t-elle souligné à quelques reprises au cours de l'entrevue.

Mais chose certaine, pour celle qui dirige Centraide depuis 12 ans, cet «échange de bons procédés» a permis à l'organisme d'améliorer ses façons de faire en matière de sollicitation. «Ce compromis-là, il peut être tout à l'avantage de Montréal justement parce qu'en matière de philanthropie, il n'y a personne de meilleur que les gens de la communauté juive, et on en a profité. Ils nous aident encore et participent à solliciter des dons importants, ce qui n'était pas dans notre culture», a affirmé Mme Thibodeau-Deguire.

Selon la Fédération CJA, on dénombre 22 % de juifs vivant sous le seuil de la pauvreté au sein de cette communauté qui compte 93 000 personnes au Québec. L'entente qui permet à la Fédération CJA de demeurer maître d'oeuvre de la distribution des fonds de Centraide est une façon de faire plus appropriée à la culture juive. Cela correspond à une tradition philanthropique développée chez les juifs du monde entier et à un sens fondamental des responsabilités.

«Il y a un attachement naturel entre les juifs du monde entier et l'État d'Israël. Les fonds que la communauté juive envoie à Israël sont pour des besoins civils : hôpitaux, aide humanitaire, intégration des immigrants. Je ne vois pas aujourd'hui le conflit qu'il puisse y avoir entre l'attachement naturel et la population. Nous sommes Québécois. Nous vivons au Québec. C'est notre terre d'accueil. Nos priorités sont au Québec. La majorité des fonds que nous levons sont au Québec. Mais il y a aussi un État qui s'appelle Israël, qui est très proche émotionnellement d'un point de vue des familles», a fait valoir le président de la Fédération CJA, Sylvain Abitbol. Ce dernier a ajouté du même souffle que les mots «charité» et «justice» sont un seul et même terme en hébreu : tsedaka.

Victor Goldbloom, dont la crédibilité dépasse largement la communauté juive, a également participé à l'entrevue avec Le Devoir à titre de président du conseil d'administration du Congrès juif canadien, région du Québec. Il a rappelé à quel point la solidarité est au coeur de toute l'action de la communauté juive, un vieux peuple dont les réflexes d'autosuffisance sont toujours vifs.

«Ce n'est pas un manque de loyauté envers la société tout entière que de conserver une identité communautaire et d'amener les membres de cette communauté à aider leur communauté. [...] C'est un principe biblique. Solidarité et aide aux démunis de votre communauté et à l'étranger aussi. C'est une obligation fondamentale», a soutenu M. Goldbloom.

Pour bien faire comprendre les racines de cette appartenance particulière à la communauté juive, MM. Abitbol et Goldbloom ont accompagné Le Devoir lors d'une visite personnalisée du musée du Centre commémoratif de l'Holocauste à la suite de l'entrevue.

Le président de la Fédération CJA, tout comme la p.-d.g. de Centraide, estime que cette entente «arrange un peu tout le monde». M. Abitbol croit également que si les organismes juifs devaient être assujettis aux critères d'attribution financière de Centraide, il y aurait une perte d'efficacité mais surtout des frais supplémentaires.

«Ça coûterait beaucoup plus cher pour gérer tout ça, je vous le garantis. Le but de tout ça, à mon avis, c'est que nous avons un système très structuré dont les coûts d'opération sont très bas grâce au niveau très important de volontaires qui oeuvrent au niveau de la fédération. Et, à mon avis, un dollar qui arrive de Centraide, c'est un dollar qui est remis à un pauvre. À partir du moment où vous mettez une infrastructure qui va encadrer tout ça, il y aura moins qu'un dollar», a affirmé M. Abitbol.

M. Goldbloom a par ailleurs rappelé que si on peut «peut-être détecter des nuances et des différences de critères» dans cette entente, cela ne change en rien la manière et l'esprit qui inspirent le soutien à des services sociaux.

Du côté tant de Centraide que de MM. Abitbol et Goldbloom, cette entente serait la seule du genre à travers le Canada. Mme Thibodeau-Deguire a plaidé que Centraide joue un rôle rassembleur dans une région comme Montréal. «La communauté anglophone et la communauté francophone ne se mêlent presque pas. Si vous pensez que la communauté juive est isolée... On a encore du chemin à faire», a-t-elle laissé tomber tout en précisant qu'à vouloir régler un problème, on risque parfois d'en créer un plus grave.

Centraide a vu le jour en 1975 mais ses origines remontent à 1966, année où cinq fédérations (principalement d'obédience catholique et protestante) de collecte de fonds se sont unies à la demande des entreprises donatrices et n'ont dès lors mené qu'une seule campagne de financement. Huit ans après cette union, les fédérations ont cédé leurs activités à une structure centrale. Les Allied Jewish Community Services of Montreal se sont alors retirés du groupe et ont signé une première entente avec ce qui allait devenir Centraide.

À l'époque, la communauté juive recevait un montant équivalent à 3,6 % des dons recueillis par Centraide. Lors du renouvellement de l'entente, en 1999, le pourcentage a été établi selon le recensement canadien de 1991. Au cours des prochaines semaines, les plus récentes données du recensement de 2001 devraient permettre de revoir la part que Centraide verse à la Fédération CJA.

Rappelons que la Fédération CJA est en discussions à l'heure actuelle avec le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration en vue de la signature d'un protocole d'entente portant sur le recrutement de candidats latino-américains à l'immigration. Ce dossier, révélé par Le Devoir il y a une dizaine de jours, a soulevé de nombreuses critiques, notamment pour ce qui est de l'orientation qu'entend prendre le gouvernement du Québec face à sa responsabilité de choisir les immigrants selon des critères excluant la religion.



»» Centraide

Jewish community defends Centraide

Group insists funds distributed justly. Newspaper article questions why CJA should receive aid from umbrella group

CHARLIE FIDELMAN
The Gazette Sunday, November 02, 2003

Montreal's Jewish community leaders and Centraide officials were appalled yesterday by a news story saying the city's largest charitable organization is throwing money at the rich.

"Who is doing this and why?" Centraide board member Vera Danyluk asked yesterday. "Who would gain from bringing up this contribution from Centraide?"

An article in the newspaper Le Devoir suggested Centraide shouldn't be funding Federation CJA (Combined Jewish Appeal) because the group already collects "millions that are destined uniquely for the Jewish community."

In 2003, Centraide raised $41 million, compared with CJA's $43 million.

But figures alone are misleading, say Centraide officials, who are bracing for a donor backlash.

"It's the 500,000 people that are being helped by 325 agencies that are most at risk," said Centraide executive director Michèl Thibodeau-Deguire.

Centraide's mission is to alleviate poverty in all its forms - economic, cultural and social.

Jews are part of the community, Danyluk said.

About 22 per cent of Montreal's Jewish community lives on an income of $22,000 or less per year. Centraide funds are going where they're supposed to, Danyluk said.

"You cannot say that because someone has some funds that they don't deserve other resources. A lot of Jewish people give to Centraide and in return Centraide gives back to them, which I think is only fair.

"If (CJA) is doing the kind of outreach work that needs more money, I don't care how rich they are," she added.

Community groups cannot hold separate annual fundraising campaigns if they benefit from Centraide's funding. But CJA has an exemption from that rule based on an agreement established 30 years ago - as long as it doesn't target the community at large or Centraide's donors, for example, via employee pay-deductions.

"The Jewish community has agreed not to solicit in the workplace and that's the part that we give back," Thibodeau-Deguire said.

CJA received 3.4 per cent of Centraide's funds, which corresponds to the proportion of Jews in Greater Montreal.

About $1 million was distributed this year via seven of CJA's organizations, including Cummings Jewish Centre for Seniors, Jewish Immigrant Aid Services and Jewish Family Services of the Baron de Hirsch Institute.

Centraide's allocations are open to public scrutiny, Thibodeau-Deguire said.

"We've had this agreement for so many years. You could always look at it. But why is (Le Devoir) doing it now?" he asked.

Sylvain Abitbol, head of Federation CJA, said he was disappointed. "It's not acceptable. We are Quebecers, we live in Quebec, and we should be treated like any other Quebecer."

Funds from Centraide went directly to local projects, he said. The CJA also raises funds to help with immigration, education and social issues so Jews around the world can live better.

But then philanthropy is a Jewish tradition, he explained:

"In Hebrew the word for justice and charity are exactly the same."

cfidelman@thegazette.canwest.com

But CJA has an exemption from that rule based on an agreement established 30 years ago when French, English, Catholic, Protestant and Jewish groups decided to improve their fundraising by pooling their resources.



»» Centraide

Une entente à l'avantage de tous

Michèle Thibodeau-DeGuire
Présidente et directrice générale, Centraide

Le Devoir mardi 4 novembre 2003

Lettres: À la suite des informations publiées par Le Devoir, samedi dernier, Centraide souhaite mettre en perspective les termes de l'entente qu'elle a conclue, depuis 1974, avec la Fédération CJA (Combined Jewish Appeal/Appel juif unifié) et les avantages mutuels de cet accord pour les deux organismes.

En premier lieu, il est utile de rappeler que la totalité de la somme versée par Centraide à la Fédération CJA, est entièrement redistribuée à des organismes de la communauté juive du Grand Montréal pour répondre aux besoins de ses concitoyens les plus vulnérables.

En vertu de l'entente, la Fédération, un organisme unique au sein de la communauté juive, est elle-même responsable de la redistribution de ces sommes et ses critères d'allocation sont semblables et tout aussi rigoureux que ceux de Centraide.

Depuis sa création, Centraide a toujours bénéficié du soutien et de la générosité de la communauté juive, tant sur le plan de son engagement bénévole dans la collecte de fonds que sur le plan de la générosité de ses membres. À titre d'exemple, lors de la campagne de 2002, plus de 15 % des donateurs individuels de 10 000 dollars et plus émanaient de la communauté juive. Enfin, en vertu de cette entente, la Fédération CJA a renoncé à solliciter des dons en milieu de travail; c'est Centraide qui en a l'exclusivité.

Centraide du Grand Montréal est une organisation autonome, gérée par un conseil d'administration représentatif de la communauté et dont l'action s'étend à l'île de Montréal, Laval et une partie de la Rive-Nord et de la Rive-Sud. Plus d'un demi-million de personnes dans le besoin peuvent trouver l'aide et le réconfort nécessaires auprès de plus de 325 organismes et projets que soutient Centraide du Grand Montréal. Plus de 68 000 bénévoles oeuvrent au sein du réseau de Centraide.



TRIBUNE LIBRE




TRIBUNE LIBRE


TRIBUNE LIBRE Le 2 novembre 2003