Actualité





»» la jeune génération

Landry tente de mobiliser la jeune génération

Le Devoir mardi 4 novembre 2003

Les affres de la mondialisation au service de la souveraineté. L'idée n'est pas nouvelle. Mais elle a de nouveau résonné hier à l'Université de Montréal où le chef de l'opposition, Bernard Landry, actuellement en tournée dans les établissements d'enseignement supérieur, est venu chatouiller la fibre nationaliste de plusieurs centaines d'étudiants.

«Nous avons besoin de vous. C'est vous qui avez la clef. Vous avez la chance dans votre vie de participer à la naissance d'une nouvelle nation. J'espère que vous la prendrez», a lancé M. Landry à une foule visiblement conquise d'avance.

À 2000 jours de l'échéance que s'est fixée le chef du Parti québécois pour l'éventuelle «entrée du Québec aux Nations unies», les conditions gagnantes n'ont jamais été autant réunies, à en croire M. Landry qui en appelle pour une énième fois à «une alliance intergénérationnelle» afin de «régler le problème» des 30 000 voix qui ont fait pencher la balance du côté du «non» en 1995. Mais, «la prochaine fois va être la bonne», croit-il. Simple question de globalisation...

Sheila Copps ou Louise Beaudoin ?

Car, selon lui, seules les instances supranationales sont en mesure aujourd'hui de civiliser la mondialisation, un thème cher à la gent estudiantine. Et comme, dans l'avenir, des décisions importantes pour le Québec vont être prises par d'autres nations assises à ces tables, il est urgent de se demander si «sur la question de culture, par exemple, nous voulons être représentés par Sheila Copps ou Louise Beaudoin», a-t-il lancé.

Pour lui, la réponse est claire. Et le message des urnes, le soir d'un prochain référendum, devrait l'être également, estime M. Landry. «Ceux de ma génération vont voter oui majoritairement, ceux de la vôtre vont voter oui majoritairement et, dans cinq ans, les petits enfants [les jeunes ayant au moins 13 ans aujourd'hui] vont voter.» Avec à la clef : la fin des débats sur la question constitutionnelle et un héritage, selon lui : «La possibilité de développer l'économie, de répartir la richesse, de développer la culture et d'augmenter les chances de bonheur des Québécois.»



»» élection référendaire

Bernard Landry condamne l’idée de tenir une élection référendaire

Parti Québécois de l’Université de Montréal
TRIBUNE LIBRE mardi 4 novembre 2003

Campus de l’UDM, le 3 novembre 2003 – Bernard Landry, président du Parti Québécois et chef de l’opposition officielle a tenu une conférence aujourd’hui devant une foule compacte et enthousiaste d’étudiants de l’Université de Montréal. Plus de 900 étudiants s’étaient déplacés pour entendre le chef des souverainistes discuter de la question nationale, placée de nouveau à l’avant-plan de la scène politique.

Bernard Landry a profité de l’occasion pour livrer sa pensée sur la question de l’élection référendaire proposée par certains milieux. Répondant à une question de l’assistance, M. Landry a déclaré « je pense comme Parizeau, et Jacques Parizeau est contre l’élection référendaire ». Il ajoute même, sur ce point, « être en parfaite harmonie » avec Jacques Parizeau qui condamne fermement cette option. Il est évident, pour le président du Parti Québécois, que la stratégie de l’élection référendaire n’est pas une voie d’avenir pour réaliser la souveraineté.

Cette conférence s’inscrit dans le cadre d’une importante tournée entreprise par le chef des souverainistes pour rencontrer, et consulter, la jeunesse du Québec. On se rappelle que Bernard Landry a récemment lancé un vaste chantier de réactualisation du Parti Québécois dans lequel il réserve une place importante pour les jeunes.

Le 18 octobre dernier, le président du Parti Québécois déclarait :

« Je m'engage donc à prendre tous les moyens pour ouvrir les rangs du Parti québécois à la jeunesse comme jamais auparavant. J'en appelle à elle pour réinvestir notre parti, le redynamiser et en faire le véhicule privilégié de ses intérêts et de ses aspirations »
-Bernard Landry, le 18 octobre 2003

Je joins également les liens vers la conférence et le point de presse tenu par Bernard Landry ce lundi. Ce sont des documents vidéos.

http://partiquebecois.org/nv/media/mpeg/19.mpg

http://partiquebecois.org/nv/media/mpeg/17.mpg




»» La question nationale

Libéraux et péquistes se moquent de Mario Dumont

Tommy Chouinard
LE DEVOIR mardi 4 novembre 2003

Québec -- Libéraux et péquistes s'unissent pour dénoncer «l'incohérence» du chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, qui, après avoir cultivé l'ambiguïté sur la position de son parti concernant la question nationale, entend élaborer une nouvelle vision constitutionnelle qui ne soit «ni la soumission ni la séparation».

«Le terrain fédéraliste, nous l'occupons. Et le terrain souverainiste, on laisse ça au Parti québécois. Entre les deux, il n'y a rien d'envisageable. [...] Je n'ai pas de problème à ce qu'il ne se dise ni fédéraliste ni souverainiste, mais il faut comprendre à ce moment-là que ça s'appelle les limbes», a tranché hier le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier.

Le chef péquiste Bernard Landry a indiqué pour sa part que Mario Dumont utilisait la question nationale comme «un gadget électoral pour se remettre à la mode». «M. Dumont, il est difficile à suivre. [L'année dernière], il est allé à Toronto faire un discours célèbre où il a tourné le dos carrément à la question nationale du Québec et là, pour des raisons d'un électoralisme évident -- il a vu les sondages, je suppose --, il voudrait revenir à la question nationale», a-t-il lancé.

Libéraux et péquistes estiment qu'un rapport Allaire «actualisé», comme le souhaite Mario Dumont, ne représente pas une vision constitutionnelle «réaliste». Selon Daniel Turp, député péquiste et critique en matière de relations intergouvernementales, la position défendue dans le rapport Allaire, même modifiée pour répondre davantage à la réalité actuelle, est «irrecevable» et «inconcevable» pour le reste du Canada. «Ce sera rejeté», a-t-il dit. Pour sa part, Benoît Pelletier a souligné la nécessité de «véhiculer des projets suffisamment pragmatiques pour donner des résultats concrets. Ce serait facile pour moi de dire, demain matin, on va aller récupérer 22 pouvoirs d'Ottawa . Ça, c'est très facile», a-t-il dit.

Le PLQ et le PQ attendent tout de même les conclusions de la «corvée d'idées» sur la place du Québec, lancée ce week-end par Mario Dumont. Selon eux, au terme de cette démarche en juin 2004, l'ADQ devra se dire fédéraliste ou souverainiste. Bernard Landry n'a pas écarté une forme de collaboration entre son parti et l'ADQ dans le futur. «Je souhaite [que Mario Dumont] approfondisse la question nationale, mais pas qu'il le fasse pour aller chercher plus ou moins de votes. Qu'il le fasse pour servir le Québec. S'il fait ça, on sera même prêts à parler avec lui», a-t-il noté.

Avec la collaboration de la Presse Canadienne



»» La question nationale

La vieille toune

Michel David
LE DEVOIR mardi 4 novembre 2003

Mario Dumont ne manque pas de culot pour comparer le discours péquiste aux vieilles cassettes de baseball d'Elvis Gratton. S'il y en a un qui fait dans le rétro, c'est bien lui.

Le retour à ses racines allairistes, que le chef de l'ADQ a annoncé en fin de semaine dernière, ne devrait surprendre personne. C'est la seule voie qui lui offre encore quelque espoir de survie.

Un an après son fatidique discours au Canadian Club de Toronto, on se demande encore quelle mouche avait bien pu piquer M. Dumont pour qu'il aille se prosterner devant l'establishment financier du Canada anglais et renier tout ce qu'il avait défendu depuis son entrée en politique.

Après une aussi triste démonstration d'opportunisme destinée à plaire à ses bailleurs de fonds, le chef de l'ADQ aura beaucoup de mal à se redonner une quelconque crédibilité en matière constitutionnelle. À cet égard, on peut se demander s'il était bien indiqué de prendre pour conseiller politique Éric Duhaime, qui est passé du Bloc québécois à l'Alliance canadienne, avant d'échouer à l'ADQ.

Il est vrai que les Québécois aiment pardonner, mais encore faut-il sentir chez le pécheur une réelle contrition. Il ne suffit pas de reconnaître du bout des lèvres que la position de l'ADQ était «peut-être un peu attentiste», comme M. Dumont l'a fait dimanche. Il devrait reconnaître clairement avoir commis une grossière erreur à Toronto. Devant les délégués au conseil général de son parti, il a plutôt repris ses pirouettes habituelles. Sa nouvelle formule, «ni séparation, ni soumission» est aussi artificielle que les précédentes.

Plusieurs ont été surpris de la férocité avec laquelle le premier ministre Charest a répliqué, il y a deux semaines, quand il a attaqué son projet de Conseil de la fédération. Après le discours de Toronto, il trouve carrément indécent que M. Dumont se permette de lui faire la leçon sur la défense des intérêts du Québec. En fait, la réaction de M. Charest tenait peut-être moins de la férocité que du mépris.

Encore en fin de semaine, il s'est fait accuser de «flirter avec l'idée de pratiquer le fédéralisme à genoux». Au cours de la dernière campagne électorale, le chef de l'ADQ proposait une autre solution, qui n'était pas plus courageuse : transmettre le problème à la prochaine génération.

***

Quoi qu'on puisse penser de M. Dumont personnellement, la conjoncture semble néanmoins propice à une nouvelle résurgence de la «troisième voie», même si elle ne mène nulle part. Surtout si elle ne mène nulle part, diront les plus cyniques.

Comme en 1994, lorsque Jean Allaire et lui ont fondé l'ADQ, libéraux et péquistes se sont déplacés vers les extrêmes du spectre constitutionnel, laissant imprudemment le centre mou à découvert.

Après la déconfiture de Charlottetown et le départ de Robert Bourassa, Daniel Johnson avait déjà entrepris d'engager le PLQ sur le chemin de l'«interdépendance». Jean Charest et Benoît Pelletier ont simplement repris là où il s'était arrêté, en poussant cependant plus loin l'intégration du Québec au système politique canadien. Mario Dumont a raison sur au moins un point : les libéraux ont «une position très très très modeste» sur la question constitutionnelle.

De son côté, le PQ s'est engagé depuis le 14 avril dans une nouvelle phase de radicalisation, que la course au leadership larvée ne peut qu'amplifier, aucun des principaux protagonistes ne voulant paraître moins souverainiste que les autres. Pour avoir voulu introduire un peu de modération dans le débat, avec ses référendums sectoriels, Pauline Marois s'est fait regarder avec des gros yeux. L'étapisme n'a vraiment pas la cote, ces temps-ci.

Tout le monde semble s'exciter avec le récent sondage Crop, qui situe la souveraineté-partenariat à 47 %. Il est vrai que le retour au pouvoir des libéraux a souvent un effet tonique sur l'option souverainiste, mais cela ne signifie pas nécessairement que les Québécois ont envie de replonger dans un psychodrame référendaire.

***

On peut compter sur M. Dumont pour trouver un nouveau gadget en prévision du congrès adéquiste de juin 2004. Il faut d'ailleurs reconnaître que son projet de «Loi sur la paix constitutionnelle», une variante du rapport Allaire, n'était pas mal imaginé.

Si jamais il tombe en panne d'idées, il pourra toujours reprendre à son compte celle de Claude Morin, qui suggérait de tenir un référendum sur une proposition de modification constitutionnelle globale, qui conférerait un statut particulier au Québec à l'intérieur de la fédération canadienne.

Il n'y a aucun problème à ce l'ADQ affirme que l'appartenance au Canada est son premier choix. C'est une option parfaitement légitime, mais M. Dumont doit dire clairement ce qu'il ferait si les conditions qu'il estime essentielles à notre «affirmation profonde» étaient rejetées par le reste du Canada.

Dans le cas du PLQ, les choses sont claires : même si Ottawa refuse toute concession, la souveraineté ne constitue pas une option pour les libéraux. Inversement, rien ne pourra convaincre le PQ d'y renoncer. L'ADQ aura bientôt dix ans, et on ne sait toujours pas ce qu'elle ferait.

L'an dernier, Mario Dumont a cru éviter le problème en ne demandant rien. S'il veut ressortir sa vieille «toune», il doit ajouter un couplet. Sinon, on ne l'écoutera même pas.

mdavid@ledevoir.com



»» La question nationale

La troisième voie

Pierre Jury
Le Droit mardi 4 novembre 2003

Éditorial - Après 10 ans d'existence, l'Action démocratique du Québec ressent enfin le besoin de clarifier son option constitutionnelle.

Longtemps, elle a tenté d'imprimer une nouvelle direction à la politique québécoise en demeurant vague et floue sur le sujet. En se disant que les Québécois ne voulaient plus en entendre parler.

La déconfiture de l'ADQ au scrutin du d'avril a prouvé au chef Mario Dumont que cette stratégie ne fonctionnait pas. Que les Québécois, s'ils ne veulent sans doute plus s'éterniser sur la question, désirent au moins savoir à quelle enseigne leurs chefs politiques se logent.

L'ADQ se dit nationaliste. Mais c'est un terme peut-être galvaudé comme en fait foi la résolution de l'Assemblée nationale, la semaine dernière, à l'effet que le Québec est une nation. Jean Charest et sa troupe l'ont appuyée avec enthousiasme.

Quelle est cette troisième voie, entre fédéralisme et souveraineté, que l'Action démocratique entend défricher ?

Bien malin qui pourra le prédire. Depuis 40 ans que le Québec cherche activement à se redéfinir une place au sein de la confédération canadienne, et la souveraineté-association a été la voie la plus centriste que les nationalistes ont pu identifier. Quant au camp adverse, ses espoirs d'une fédération renouvelée se sont butés à un camp fédéral peu intéressé à vraiment se redéfinir en fonction du Québec.

Entre ces deux pôles, souhaitons bonne chance à l'ADQ !



»» La question nationale

Les virages de Mario Dumont

Bernard Descôteaux
LE DEVOIR mardi 4 novembre 2003

Réduite à la marginalité par un système électoral qui défavorise les tiers partis, l'Action démocratique aura, d'ici à la prochaine élection, à faire la démonstration de sa pertinence. Tout en devant faire face à des adversaires qui feront tout pour la maintenir dans cette marginalité, il lui faudra d'abord réussir à surmonter ses démons intérieurs que sont l'inconstance et l'ambiguïté de ses positions.

Dès le point de départ, il faut donner raison au chef de l'ADQ, Mario Dumont, qui dénonçait le week-end dernier le déni démocratique que constitue la décision du Parti québécois et du Parti libéral de limiter son droit de parole lors de la période des questions à l'Assemblée nationale. Plutôt que de retenir le poids de ses 19 % des suffrages obtenus le 14 avril pour établir le nombre de questions auxquels les quatre députés adéquistes auront droit, on a plutôt pris comme référence la représentation parlementaire obtenue par cette formation qui est de 3,2 %. Cela va à l'encontre de décisions passées et, surtout, de l'esprit de la réforme envisagée du mode de scrutin.

L'attitude des deux grands partis, si elle est on ne peut plus mesquine, s'explique aisément. L'Action démocratique a subi un coup dur lors du dernier scrutin dont elle aura de la difficulté à se relever. Leur plus cher désir est qu'elle ne s'en remette tout simplement jamais. La montée fulgurante de cette jeune formation au cours de l'année qui a précédé le dernier scrutin leur a fait craindre le pire alors que fondaient leurs appuis. Ils ne veulent pas que cela se répète.

À court et à moyen terme, libéraux et péquistes n'ont pas à craindre vraiment l'Action démocratique. Ses députés auraient les temps de parole qu'ils souhaitent qu'ils ne pourraient en tirer grand profit. Exception faite de M. Dumont, ils ne sont pas aguerris aux travaux parlementaires et n'ont surtout pas l'agressivité qui leur permettrait de s'imposer. Surtout, ils risqueraient de recevoir plus de coups qu'ils ne pourraient en porter.

L'inconstance des positions de l'ADQ rend en effet ce parti vulnérable aux répliques de ses adversaires, ce qu'illustre le nouveau virage constitutionnel annoncé par Mario Dumont à ses militants ce week-end. Après avoir renié l'automne dernier, devant un auditoire torontois, ses positions précédentes sur la question nationale, le voilà qui veut à nouveau faire de l'affirmation nationale un élément clé du programme adéquiste. Aux yeux de plusieurs, ce changement de cap apparaîtra plus que suspect et fondé sur des considérations avant tout électoralistes.

La principale difficulté à laquelle est confrontée l'ADQ aujourd'hui consiste à pouvoir se créer un espace distinct entre le Parti québécois et le Parti libéral. La tentation d'effectuer des virages à 180 degrés, comme celui sur la question nationale, dans un tel contexte est grande. Que fera-t-on maintenant que le gouvernement Charest s'est approprié le champ du conservatisme social et économique ? Ira-t-on plus à droite ou plus à gauche ? Il est probable que les «corvées d'idées» lancées par M. Dumont iront dans toutes les directions. L'éclectisme est l'une des principales caractéristiques des militants adéquistes.

Le défi de l'Action démocratique au cours des prochaines années sera de démontrer qu'il peut être un parti qui a un rôle à jouer. Beaucoup lui a été pardonné par le passé en raison de sa jeunesse. Après trois élections, il est temps de se montrer plus exigeant et de lui demander d'être cohérente et consistante dans la définition de ses politiques. Ce dernier week-end, elle donnait l'impression de tourner en rond, ce qui est bien loin de l'empêcheur de tourner en rond qu'elle voulait être au point de départ. Si cela se poursuivait, la conclusion sur son avenir s'imposerait d'elle-même.

bdescoteaux@ledevoir.ca



»» René Lévesque

Pourquoi René Lévesque, grand amateur de femmes,
ne piffait-il pas Louise Harel?

Louise Cousineau
La Presse mardi 4 novembre 2003

Il fut un temps où Claude Charron était mince comme un fil, avec des cheveux bouclés rappelant ceux des chérubins. Le conte de fées ne finit pas là: il fut un temps où le premier ministre du Québec était un homme adoré des foules qui lui faisaient confiance. On n'a pas vu ça souvent de notre vivant.

À compter de ce jeudi 20 h, et pour deux autres jeudis à Télé-Québec, René Lévesque, héros malgré lui, un documentaire chaleureux et plein de tendresse, vous rappellera la vie de cet homme intègre qui a osé rêver d'un pays pour nous tous. Un homme tiraillé entre sa gloire et son effroi devant les manifestations d'amour des foules. Il se couvrait le visage. Il faisait signe d'arrêter les applaudissements. Il voulait vraiment notre bien, sans jamais penser une seconde à s'enrichir personnellement. Un être rarissime, tout petit, mais si grand.

Enfant à New Carlisle en Gaspésie, où il fallait être anglais pour être riche, il a appris cette langue qu'il a désormais parlée sans accent. Il a appris aussi que les Anglais nous traitaient comme des indigènes. Mais il n'a jamais pensé une seconde que, dans son Québec, on priverait cette minorité linguistique du droit à ses écoles subventionnées par le gouvernement et à ses autres institutions. Il était un profond démocrate, persuadé que les Québécois formaient "quelque chose comme un grand peuple".

La radio de Radio-Canada nous a donné une magnifique série documentaire de 13 heures sur René Lévesque. Bien sûr, en trois heures, la télé ne peut rivaliser de détails. Mais on y apprendra deux choses étonnantes, et toutes deux de Claude Charron qui est maintenant chauve comme chacun sait.

1- René Lévesque ne pouvait pas piffer Louise Harel.

2- Le Parti Québécois a été l'artisan de sa propre déconfiture lors du rapatriment de la constitution quand la délégation du Québec n'a pas consulté les premiers ministres des autres provinces. C'était à la veille de "la nuit des longs couteaux". Pierre Elliott Trudeau en a profité largement. Corinne Côté-Lévesque raconte qu'il est revenu brisé d'Ottawa et a songé à démissionner tout de suite.

Et on apprendra aussi de la bouche de Corinne que René Lévesque était dévasté lorsqu'il a appris que son lieutenant Claude Morin était un agent payé par la Gendarmerie royale du Canada. Mais que toujours bon prince, M. Lévesque ne l'a pas jeté dehors mais lui a donné la chance de démissionner. Excusant même M. Morin, disant que c'était un être naïf et vaniteux.

À ceux qui pensent tout savoir du règne de René Lévesque, sachez que jamais l'épisode du "beau risque", où Lévesque a écouté avec intérêt les propositions de Brian Mulroney, un premier ministre du Canada plus conciliant que Pierre Trudeau, n'a été aussi bien expliqué. Des ministres indépendantistes purs et durs allaient quitter le Parti québécois. Ces divergences, en plus des grèves qui secouaient le Québec, allaient avoir raison de René Lévesque qui, déprimé, posait souvent des gestes manquant de cohérence.

Fort bien racontée, donc, cette vie passionnante et passionnée de René Lévesque, par le réalisateur Marc Renaud et le scénariste Pierre Godin, grand biographe de René Lévesque.

Mais il y a des manques. Pourquoi ne pouvait-il pas piffer Louise Harel, qu'il allait quand même nommer ministre?

Présente au visionnement de presse d'hier, Mme Harel a répondu qu'il ne lui avait jamais pardonné d'avoir syndiqué les employés du Parti québécois, et à la CSN encore! Plus tard, elle a voté contre la loi 111 qui forçait des fonctionnaires à rentrer au travail.

Par ailleurs, René Lévesque adorait les femmes et Corinne avoue qu'elle a fini par accepter ses aventures passagères parce qu'il avait besoin de charmer. On aurait aimé en savoir plus long sur ses choix de femmes. Des obéissantes? En tout cas, il aimait, avec ses blondes, échapper aux conversations politiques.

Le documentaire n'aborde pas non plus le mouvement des Yvette, la grande révolte féminine déclenchée par des propos prononcés étourdiment par la ministre d'alors Lise Payette et qui avait contribué à braquer les femmes contre le Oui au premier référendum. Le réalisateur Marc Renaud plaide que son documentaire ne durant que trois heures, il fallait forcément aller au plus important. Et que la récupération par Trudeau du Non au référendum- il allait tout de suite commencer à rapatrier la constitution sans l'accord du Québec- était beaucoup plus significative.

On parlera beaucoup de la première nationalisation de René Lévesque, celle de l'électricité. Mais jamais on n'aborde sa dernière, celle des mines d'amiante, un cadeau empoisonné laissé aux Québécois.

Mais le leader syndical Fernand Daoust ne pouvait pas cacher son émotion à la suite du visionnement d'hier. "Les jeunes d'aujourd'hui vont découvrir la densité de cet homme et comment il nous a sortis de notre complexe d'infériorité."

Quant à l'ex-ministre Pierre Marois, qui a démissionné du Parti québécois lors de l'épisode du beau risque, il disait, ému: "Cet homme nous a projetés sur un avenir possible!"

Mais "la prochaine fois", souhaitée par Lévesque le soir du premier référendum, ne fut pas encore la bonne, à un petit pourcentage près. Aujourd'hui, les Québécois se sont donné un gouvernement libéral qui promettait le changement. Et surtout d'oublier les idées d'indépendance.

C'est pour cela qu'il faut regarder ce documentaire: pour apprendre qu'il fut une époque où les Québécois rêvaient grand, ayant toute confiance en leur prophète René qui était un démocrate détestant la violence. Y en aura-t-il un autre de mon vivant?



»» René Lévesque

Une série sur la vie de Lévesque

Paul Cauchon
Le Devoir mardi 4 novembre 2003

Télé-Québec entreprend jeudi la diffusion d'une série de trois heures sur la vie de René Lévesque, qui sera également diffusée l'année prochaine à Radio-Canada, une série très marquante qui «permettra aux jeunes de moins de 35 ans de découvrir pourquoi il a été l'homme le plus populaire du Québec, et le plus aimé» de dire Fernand Daoust, anciennement de la FTQ.

Cette série ne contient pas de nouvelles révélations majeures sur le plan historique, mais elle permettra d'aller encore plus loin dans la compréhension du personnage, entre autres grâce au témoignage de sa femme Corinne Côté-Lévesque, qui se confie à la caméra comme jamais elle ne l'avait fait.

Ce remarquable travail documentaire est l'oeuvre du réalisateur Marc Renaud, qui a été pendant trente ans réalisateur à la radio et à la télévision de Radio-Canada, et du journaliste Pierre Godin, qui termine actuellement sa grande biographie en quatre tomes de René Lévesque (le dernier tome doit paraître à l'automne 2004, toujours chez Boréal), et qui est scénariste et auteur de la série.

Résumer la vie très riche de René Lévesque en trois émissions d'une heure est un tour de force et plusieurs événements sont nécessairement passés sous silence, dont l'épisode des «Yvette» lors du référendum de 1980. Mais «il fallait faire des choix», explique Marc Renaud.

La série, produite par Claude Godbout, présente des archives photographiques, audio et vidéo, dont certaines rares, ainsi que des entrevues avec 35 personnalités, dont au premier chef Corinne Côté-Lévesque, qui livre des témoignages précieux sur sa vie privée. Elle explique par exemple comment, le soir du référendum de 1980, René Lévesque était très préoccupé de calmer la foule déçue, craignant une émeute ou un soulèvement. Elle raconte comment, le lendemain de la «nuit des longs couteaux» de 1981, René Lévesque était démoli. «J'avais l'impression de parler à un enfant qui avait besoin d'être consolé» dit-elle. Elle parle ouvertement des aventures féminines de René Lévesque, alors que plusieurs autres témoins expliquent comment il aimait les femmes et avait besoin de séduire.

La série met également en lumière certaines lignes de force de sa personnalité et de son action. Son respect de la démocratie, sa chaleur avec les gens ordinaires, la passion qui le porte, mais également la façon dont il avait été marqué pour la vie par la barbarie nazie alors que, journaliste de guerre au début de la vingtaine, il est un des premiers correspondants au monde à visiter les «camps de la mort» en Allemagne.

La série sera diffusée pendant trois semaines à Télé-Québec et elle sera rediffusée au printemps prochain à Radio-Canada aux Beaux dimanches. CBC prévoit également en offrir une version de deux heures. Télé-Québec proposera la série aux écoles, mais elle n'a pas les moyens, dit-elle, de concevoir un guide pédagogique complet comme elle l'a fait pour Michel Chartrand. Et le producteur rêve déjà à un éventuel DVD qui offrirait du matériel supplémentaire aux trois heures existantes.

René Lévesque héros malgré lui, aux Grands documentaires, Télé-Québec, jeudi 6 novembre à 20h.



»» Rapport annuel de l'Office de la langue française

Le français ne parvient pas à s'imposer au travail

Un travailleur sur deux doit utiliser l'anglais

Norman Delisle
PC - LE DEVOIR mardi 4 novembre 2003

Québec -- Plus de 25 ans après l'adoption de la loi 101, le français n'est toujours pas la langue de travail au Québec.

La pression exercée par la langue anglaise dans les milieux de travail du Québec fait en sorte que le français n'y est pas encore la langue commune, déplore l'Office québécois de la langue française.

Dans son rapport annuel de gestion, qui vient d'être déposé à l'Assemblée nationale, la présidente de l'Office, Nicole René, note que 47 % des travailleurs immigrants du Québec affirment utiliser le plus souvent l'anglais au travail.

De plus, 52 % des travailleurs francophones de la région de Montréal sont tenus d'utiliser l'anglais au travail, dont 16 % pendant la majorité du temps, indiquent les données du recensement de 2001 mises en évidence par Mme René.

«Ces données traduisent une situation qui peut devenir préoccupante, note la présidente de l'Office, surtout dans un contexte d'ouverture des marchés, si on ne se donne pas les moyens d'assurer aux Québécois le droit de travailler en français.»

Le mois dernier, le chercheur Pierre Serré avait lui aussi établi, à partir des données toutes récentes du recensement fédéral de 2001, que la langue française dans les milieux de travail québécois était menacée, en dépit des exigences de la Charte de la langue française, la célèbre loi 101, qui fait du français la langue de travail au Québec.

L'organisme note d'ailleurs que la francisation des entreprises exigée par la loi demeure problématique.

Par exemple, dans les grandes entreprises québécoises à vocation internationale, même si le français est la langue de travail dans la majorité des entreprises, «l'anglais exerce une forte pression attribuable au recrutement d'une main-d'oeuvre spécialisée provenant de l'extérieur du Québec».

De plus, ces entreprises «recourent à de l'équipement ou à des technologies provenant des pays anglophones, ainsi qu'à une clientèle et à des fournisseurs non québécois, qui imposent plus ou moins directement leurs exigences de l'anglais».

L'Office rappelle qu'une multinationale peut pourtant respecter la langue française, comme le prouve le prix remis en 2003 à la compagnie Sony pour son assistant numérique CLIE, publié en français.

Par contre, les comités de francisation mis en place dans les grandes entreprises, et qui regroupent la direction et le syndicat des employés, n'ont été actifs que dans 18,8 % des cas. «Il y a un important travail à faire pour réactiver ces comités et susciter la participation de leurs membres», note le rapport de l'Office.

L'Office a reçu cette année 3525 plaintes pour des transgressions à la loi 101 ou aux règlements, soit à peu près le même nombre de plaintes que l'année précédente, où il y en avait eu 3437.

L'organisme tente toujours de corriger l'infraction par un contact avec l'entreprise fautive, aux fins notamment de raccourcir les délais. En 2002, 93 % des corrections ont pu être apportées sans que l'Office n'ait eu besoin de s'adresser aux tribunaux.

Enfin, la présidente note que l'Office manque de fonds pour assumer tous les mandats qui lui sont confiés.



»» Rapport annuel de l'Office de la langue française

LE GOUVERNEMENT CHAREST NE PEUT PLUS PRENDRE À LA LÉGÈRE LE RECUL DU FRANÇAIS À MONTRÉAL

Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE mardi 4 novembre 2003

Montréal, le lundi 3 novembre 2003 – À la lumière du rapport annuel de gestion de l’Office de la langue française (OLF) déposé aujourd’hui, le gouvernement Charest doit agir dès maintenant afin d’infléchir la tendance au déclin du français dans les milieux de travail montréalais. «Si le Québec est une nation, c’est avant tout par la différence de sa langue. Et si le PLQ de Jean Charest était sincère en appuyant la motion du 30 octobre dernier, il doit adopter sans délai des mesures concrètes», affirme Christian Gagnon, président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre.

Le rapport annuel de gestion de l’OLF déposé aujourd’hui indique que 47 pour cent des travailleurs immigrants du Québec affirment utiliser le plus souvent l'anglais au travail. De plus, rapporte l’OLF, les données du recensement de 2001 révèlent que 52 pour cent des travailleurs francophones de la région de Montréal sont tenus d'utiliser l'anglais au travail, dont 16 pour cent pendant la majorité du temps.

Ces données confirment celles avancées le mois dernier par l’étude du politologue Pierre Serré révélant notamment que depuis 20 ans, le nombre d’immigrants travaillant en anglais a grimpé de 6% tandis que la proportion d’allophones travaillant en français a diminué de 5%.

La semaine dernière, le ministère de la Santé annonçait la relance du comité pour la prestation de services en langue anglaise et la création d’un secrétariat pour coordonner ses activités. Pourtant, en novembre 2001, une enquête de l’OLF portant sur l’accès aux soins de santé en français dans huit hôpitaux anglophones de Montréal démontrait notamment qu’un patient sur cinq est servi par du personnel (surtout des médecins ou des infirmières) ne maîtrisant pas suffisamment le français pour offrir le service dans cette langue.

«L’heure n’est plus à la dénégation. Il serait irresponsable de rester spectateurs de ce que tant d’études mettent en évidence. On ne doit plus mettre en doute l’existence du déclin du français à Montréal mais plutôt chercher des solutions», conclut Christian Gagnon.



»» Rapport annuel de l'Office de la langue française

Language czars dance to PQ's tune

DON MACPHERSON
The Montréal Gazette Tuesday, November 04, 2003

Changing the government is not as simple as changing the party in power.

While the Parti Québécois has been gone from office since it was voted out last April, its interventionist philosophy lives on in some pockets of the administration, kept alive among appointees the PQ left behind.

And the difference in philosophies between these holdovers from the previous regime and the new, less interventionist Liberal government could develop into a clash over the always sensitive issue of language.

The Conseil supérieur de la langue française, whose mandate is to advise the government on language, has been privately consulting interested parties on proposals that would extend government intervention into business.

The proposals are aimed at making French the "normal and usual" language of work. They are contained in a consultation document, a copy of which was obtained by The Gazette.

They include:

- Requiring businesses to adopt policies regulating the use of languages "in all communications situations," including personal ones, and setting conditions for the use of languages other than French.

- Expanding the powers of the Office québécoise de la langue française, which administers the "francization" requirements, over businesses with as few as 10 employees.

- Requiring even these smaller firms, if they want to do business with the government, to seek a "seal of language quality" certificate, showing they meet standards for the use of French.

- Using "buy in French" campaigns as an incentive to reward companies that obtain certificates and presumably to punish ones that don't.

- Allowing the OQLF to launch investigations on its own, without waiting to receive complaints from employees, to determine whether or not businesses are unnecessarily making bilingualism a condition of hiring or promotion.

- Extending the government purchasing policy denying contracts, subsidies and advantages to companies that do not meet the current francization requirements to municipal, educational and health and social service bodies.

The consultation document does not reflect the platform on which the new Liberal government was elected. All the Liberals said about language before the election is that they wouldn't touch Bill 101 afterward.

And the proposals go much farther than the recommendations of the estates-general commission on language, which was held under the former PQ government.

But the PQ platform promised to bring "new vigour" to the francization of business, though it emphasized enforcing existing requirements rather than introducing new ones.

The CSLF, the advisory body that produced the document, was created last year by the former PQ government to replace the Conseil de la langue française, and several of its members appointed at the time have ties to the PQ.

Its chairperson, Nadia Brédimas-Assimopoulos, was vice-president of the PQ in the 1980s. Other members include Mario Beaulieu, a former PQ regional president and language hawk, Isabelle Beaulieu, president of a young-sovereignist group called Génération Québec, and Lorraine Pagé, former president of the pro-sovereignty Quebec teachers' federation.

And the current consultation results from an initiative by the former PQ minister responsible for language, Diane Lemieux, who asked the newly created CSLF to make the language of work its priority.

The chairperson of the CSLF, Brédimas-Assimopoulos, told me yesterday the purpose of the consultation is to sound out government, employers, labour, nationalists, minorities and other interests as to whether the council's proposals, which she described as "interesting orientations," are feasible.

She said the CSLF hopes to wrap up its consultation in January and to make public its report in April or May. The council would not decide until the consultation was concluded whether to make any recommendations publicly.

The Liberals can't be looking forward to receiving a report on language initiated and produced by their adversaries.

dmacpher@thegazette.canwest.com



»» Ottawa - ville bilingue ?

Élections municipales

Le français en a pris pour son rhume au débat des candidats à la mairie d'Ottawa

Matthieu Boivin
Le Droit Le mardi 04 novembre 2003

La grande majorité des candidats à la mairie d'Ottawa se prononce contre la reconnaissance de la dualité linguistique de la capitale nationale dans la législation ontarienne.

Hormis Bob Chiarelli et la révélation du débat des candidats à la mairie, Ike Awgu, les cinq autres ont crié haut et fort que la reconnaissance du bilinguisme d'Ottawa dans la loi ontarienne n'est pas du tout approprié. Le débat était présenté à la télévision communautaire Rogers.

La seule candidate du débat qui est une francophone originaire du nord de l'Ontario, Paula Nemchi, est même allée jusqu'à dire : « Tout le monde (à Ottawa) devrait parler la langue de l'Ontario, qui est l'anglais. »

Le plus proche poursuivant de M. Chiarelli dans la course, Terry Kilrea, a indiqué que l'enchâssement dans la loi ontarienne du caractère bilingue d'Ottawa était «une insulte pour les anglophones», et que si cette étape est franchie, les emplois dans le gouvernement municipal seront plus difficiles d'accès pour ses concitoyens.

M. Chiarelli a réitéré sa position, en indiquant que «125 000 Franco-Ontariens vivent à Ottawa et qu'il faut les respecter». Pour sa part, M. Awgu a argumenté qu'il fallait aller de l'avant avec cet épineux dossier, puisque l'on habite dans un pays à deux langues officielles. À la fin du débat, M. Chiarelli a bien précisé qu'il n'était pas en faveur de la forme de bilinguisme appliquée au gouvernement fédéral.



»» Ottawa - ville bilingue ?

Gatineau n'a pas à donner l'exemple en matière de bilinguisme

Matthieu Bélanger
Le Droit Le mercredi 05 novembre 2003

Il est « aberrant » que 48 % des résidants d'Ottawa s'opposent à ce qu'Ottawa devienne officiellement bilingue et qu'en revanche, la majorité d'entre eux veulent voir Gatineau reconnaître, devant la loi, les deux langues, estime la mairesse suppléante, Jocelyne Houle.

Même si 74 % des résidents d'Ottawa croient que la ville de Gatineau devrait avoir un statut bilingue devant la loi, les politiciens du côté québécois de la rivière des Outaouais estiment que Gatineau n'a pas à donner l'exemple à ses voisins ontariens à ce chapitre.

Et même si Gatineau voulait devenir officiellement bilingue, elle n'en aurait pas le droit. « Il faut comprendre que Gatineau est une institution régie par la Charte de la langue française, indique Mme Houle. Une décision de ce type serait contre la loi. »

Cette dernière affirme cependant qu'une région de la capitale nationale entièrement bilingue devant la loi serait un beau symbole d'unité nationale, mais qu'il n'en est nullement question à l'heure actuelle.

Richard Jennings

Selon le conseiller Richard Jennings, la Ville de Gatineau n'a pas à mettre de pression sur l'Ontario en devenant elle-même bilingue.

« C'est au gouvernement fédéral de mettre ses culottes et d'obliger Ottawa, en tant que capitale nationale d'un pays qui reconnaît l'anglais et le français comme langues officielles, à refléter l'image de ses politiques linguistiques », lance le conseiller anglophone.

Selon lui, Ottawa cherche des excuses pour ne pas faire de cette ville une municipalité officiellement bilingue. « Et là, l'excuse c'est Gatineau », avance M. Jennings.

Le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault, estime que la Ville d'Ottawa doit rapidement clarifier ce dossier avec la province parce qu'elle a le devoir, en tant que capitale nationale d'un pays ou le français et l'anglais sont les deux langues officielles, de reconnaître la langue française.



»» défusions

Les nouvelles grandes villes du Québec se désagrègent sous nos yeux et le monde municipal vit au ralenti - Les défusions dans le contexte fédéral-provincial canadien

Luc-Normand Tellier
Département d'études urbaines et touristiques, UQAM

LE DEVOIR mardi 4 novembre 2003

Selon les sondages, les deux tiers des Québécois estiment que la politique ouvrant la porte aux défusions est néfaste. Un nombre chaque jour plus grand de conseillers du parti du maire Tremblay, l'Union des citoyens de l'île de Montréal, se prononcent ouvertement en faveur de la «désunion des citoyens de l'île de Montréal» soit en quittant le parti favorable à la nouvelle ville qui les a fait élire, soit en exigeant que tout soit fait pour permettre les défusions.

Les toutes nouvelles grandes villes du Québec se désagrègent sous nos yeux et le monde municipal tout entier vit au ralenti, les employés municipaux ayant dorénavant comme seul souci de sauver leur poste, de sauver leur emploi à l'intérieur de ce poste ou de manoeuvrer de façon à se positionner face à un avenir incertain. Les idées de long terme, de planification, de gestion métropolitaine et de stratégie régionale «prennent le bord» et tout devient tactique, petite politique et perversion de la démocratie.

Pendant ce temps-là, notre voisine, l'Ontario, qui a ouvert le bal des «fusions forcées», se donne un nouveau gouvernement libéral qui, contrairement au nôtre, ne semble nullement disposé à faire éclater les nouvelles grandes villes ontariennes, et le gouvernement fédéral s'apprête, sous la direction de Paul Martin, à envahir avec vigueur les juridictions provinciales en matières municipales.

Si tout se passe comme prévu, si les défusionnistes continuent à avoir le champ libre et si le gouvernement de Jean Charest poursuit sur sa lancée, la situation sera la suivante dans un an ou deux. L'île de Montréal sera divisée suivant des lignes nettement linguistiques. Du fait de la création des arrondissements, ce qui restera de la Ville de Montréal sera beaucoup plus éclaté et décentralisé qu'avant les fusions.

Les pauvres et les riches des grandes villes du Québec seront à nouveau séparés. Les grandes villes québécoises seront moins en mesure que jamais de faire concurrence aux grandes villes ontariennes. La gestion métropolitaine des grandes agglomérations du Québec sera plus irréalisable qu'hier du fait des séquelles des tensions et des affrontements découlant du processus de fusion-défusion.

La crédibilité du gouvernement québécois en matières municipales sera plus faible qu'elle ne l'aura jamais été. Le fédéral aura le champ libre pour envahir les champs de compétence de notre province tombés en lambeaux. L'agglomération d'Ottawa deviendra une concurrente de plus en plus directe et menaçante de celle de Montréal, forte qu'elle sera de l'appui du fédéral, de son union et de notre désunion. Et le déclin de Montréal menacera sérieusement de reprendre de plus belle.

Prophéties de malheur que tout cela ? Je soulignerai que les prophéties de malheur que j'ai formulées pendant la campagne électorale en soulignant le danger de la position du Parti libéral concernant les défusions se sont, hélas, tout à fait réalisées jusqu'ici. Je maintiens que la suite des choses est tout aussi prévisible.

Si le gouvernement Charest n'a pas le courage de revenir sur sa promesse inconsidérée (comme Jean Chrétien l'a fait à propos de l'ALENA et de la TPS), qu'au minimum, il permette un vote libre en Chambre sur son projet de loi sur les défusions. Il ne faut jamais oublier que, lors des dernières élections, une majorité absolue de la population du Québec s'est prononcée pour des partis qui s'opposaient aux défusions, c'est-à-dire pour le Parti québécois ou pour l'ADQ.

Les sondages indiquent que l'évolution de l'opinion publique n'a fait que renforcer le sentiment populaire à cet égard. Le gouvernement du Québec doit faire passer l'intérêt collectif avant ses engagements électoraux quand tout indique que l'un et l'autre entrent en contradiction. Un vote libre de l'Assemblée nationale serait en mesure de trancher ce noeud gordien.



»» Protocole d'entente entre le gouvernement du Québec et la communauté juive

Sous-traitance en immigration ? Non !

Le projet d'entente établit dès le premier article que c'est la ministre qui reçoit, traite et évalue les demandes

Victor C. Goldbloom
Président, groupe de travail sur l'immigration, Fédération CJA

LE DEVOIR mardi 4 novembre 2003

Dans de récents articles et dans certains commentaires, des craintes ont été exprimées concernant un éventuel protocole d'entente entre le gouvernement du Québec et la communauté juive, dans le but d'encourager l'immigration vers le Québec. En tant que personne activement engagée dans ce dossier, je suis troublé par le ton et le sens de certaines déclarations et voudrais tirer au clair le contexte de ce protocole.

Les racines de la communauté juive du Québec remontent à l'arrivée d'Aaron Hart en 1760 à Trois-Rivières. Au cours des deux siècles et demi qui ont suivi, le Québec a ouvert ses portes à de nombreuses vagues d'immigrants juifs, notamment à des milliers de personnes déplacées après la Deuxième Guerre mondiale.

Au cours des trente dernières années, les nouveaux immigrants juifs à Montréal sont venus surtout du Maroc, de l'ancienne Union soviétique et de divers pays du Moyen-Orient. Plusieurs d'entre eux, sinon la plupart, fuyaient des conditions économiques difficiles et un antisémitisme grandissant dans leur pays d'origine. C'est aujourd'hui le cas en Argentine.

C'est notamment en 2001 que la communauté juive du Québec, qui n'avait pris aucune initiative à cet égard, a commencé à recevoir un nombre significatif de communications de la part de juifs argentins qui exploraient la possibilité de faire une nouvelle vie chez nous.

Avec le passage du temps et l'augmentation continue du nombre de ces communications, la communauté à envisagé la promotion du Québec là-bas. Elle tenait à consulter le gouvernement avant de planifier toute action, et c'est ainsi que le soussigné a eu plus d'une rencontre, d'une grande cordialité, avec les ministres successifs des deux gouvernements qui ont offert leur appui.

En août 2002, une délégation de six personnes a fait un premier voyage à Buenos Aires qui a été suivi d'un autre en août 2003.

Ici au Québec, nous avons tenu le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration régulièrement au courant de nos démarches, de nos plans et de nos résultats. C'est au cours de ces échanges que l'idée d'un protocole d'entente a pris naissance, visant non seulement notre communauté mais d'autres aussi.

Le projet d'entente établit dès le premier article que c'est la ministre qui est seule responsable de la promotion, de l'information, et du recrutement et de la sélection des immigrants. C'est elle qui reçoit, traite et évalue les demandes. Si allusion est faite à du recrutement par la communauté, c'est seulement dans le sens d'une contribution à la promotion du Québec, à la fourniture -- sans frais -- d'information, et à l'encouragement de l'apprentissage du français. La communauté ne reçoit aucun pouvoir, n'obtient aucune subvention, et ne se substitue point au gouvernement. Il n'y a aucune sous-traitance dans quelque sens que ce soit.

La tradition plus que millénaire de la communauté juive est d'aider les nouveaux arrivants à s'adapter à la vie dans la société québécoise. Depuis plus de 80 ans, c'est ce que font les Services d'aide aux immigrants juifs. Par le truchement de cet organisme communautaire, toujours sans frais, nous aidons les immigrants à trouver un logement et un travail, à s'occuper de l'éducation de leurs enfants, et à développer des compétences en français. En d'autres termes, nous complétons les programmes mis en place par le gouvernement de façon à ce que les nouveaux immigrants juifs s'intègrent pleinement à la société québécoise.

Le Québec connaît depuis des décennies un taux de natalité trop faible pour maintenir ses forces vives. Il en est de même de la communauté juive. Nous avons tous intérêt à promouvoir l'enracinement chez nous de gens capables de contribuer au développement social et économique continu du Québec. C'est ce que fait, loyalement, la communauté juive.



TRIBUNE LIBRE




TRIBUNE LIBRE

Ent' deux chaises...

Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE Le 4 novembre 2003

Bien sûr que vous avez reconnu ce refrain légèrement modifié de la célèbre chanson écrite par Pierre Bourgault. Il vise à secouer Mario Dumont, chef de l'Action démocratique qui ne sait plus où donner de la tête afin d'attirer l'électorat québécois. Imaginez: le député de Rivière-du-Loup répétait à satiété jusqu'au 14 avril dernier que les Québécois ne veulent plus entendre parler de constitution ou de débat concernant l'avenir du Québec. Ces discussions sont l'affaire des vieux partis, disait-il... Or le voilà maintenant à mandater les membres de son parti à investir temps et énergie afin de concocter une nouvelle plate-forme constitutionnelle qui orientera la démarche politique adéquiste! Mario Dumont concède donc que sa position à ce chapitre, plus que nébuleuse, a nui à son équipe politique. Paradoxalement, le chef de l'ADQ refuse toujours de se sortir de cette purée de pois idéologique en continuant de se dire nationaliste! Il s'oppose à la séparation (voilà un vieux mot dans la bouche d'un homme qui prétend incarner le changement!) et à la soumission. Exactement le genre d'esquive qui a fait si mal au chef adéquiste lors du dernier scrutin général.

Ce n'est pas une attitude nationaliste qui permettra au Québec de négocier d'égal à égal avec le Canada. Les demandes inscrites dans le rapport Allaire de 1991 non plus. D'ailleurs, l'auteur du document sait très bien, pour l'avoir affirmé en entrevue au sortir du dernier conseil général de son parti, que son rapport ne tient plus la route. Le référendum de Charlottetown de 1992 a confirmé ce que l'échec du Lac Meech de 1990 révélait déjà: toutes les provinces de la fédération canadienne doivent être égales, aux yeux du Canada anglais. Aucune d'elles ne mérite de statut particulier puisqu'il n'y a qu'une seule nation au pays: la nation canadienne. Les députés à Ottawa l'ont d'ailleurs majoritairement réitéré une fois de plus dernièrement.

Mario Dumont ne pourra encore tergiverser longtemps sur la question nationale. Encore moins depuis qu'il a lui-même déclenché une "corvée d'idées" visant à doter son parti d'un projet constitutionnel à saveur nationaliste. Voilà la recette idéale pour redémarrer les séances de chicanes avec le gouvernement canadien afin d'en arriver à un nouveau partage des pouvoirs! Une situation que le chef de l'ADQ associe pourtant à une impasse qui dure depuis 40 ans! Japper afin d'arracher les plus grosses miettes du gouvernement central caractérise le nationalisme dont s'enorgueillit Mario Dumont. C'est à peine meilleur que l'attitude fédéraliste qui, elle, accepte docilement ce qu'Ottawa octroie aux provinces. Seule la souveraineté fera "voler en éclats le carcan qui étouffe le Québec", comme le dit si bien le leader adéquiste. Souhaitons que la réflexion qui s'amorce à l'ADQ donnera assez de courage à monsieur Dumont pour le reconnaître. À moins que celle-ci ne soit que de la poudre aux yeux, la même qui fut envoyée au visage des membres du Canadian Club de Toronto l'année dernière...



TRIBUNE LIBRE

Une ONU anglo-saxonne?

Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE Le 4 novembre 2003

Surprenante révélation que celle du journaliste Michel Vastel. L’auteur de la biographie de Jean Chrétien relate que l’actuel Premier ministre du Canada, peu de temps après le référendum de 1995, aurait subi des pressions de l’ancien secrétaire général des Nations Unies pour qu’il emploie la ligne dure afin de contrer les souverainistes québécois. Est-il possible que Boutros Boutros Ghali, à la tête d’un organisme qui encourage pourtant l’émancipation des peuples en proie à une tutelle nocive, décide arbitrairement du droit de ceux-ci à aller de l’avant?

Les républiques Baltes, la Slovaquie et le Timor oriental sont des entités politiques qui ont adhéré récemment au concert des nations. Jamais L’ONU n’est intervenue afin de les contrer. Or, pourquoi la 17e puissance mondiale ne pourrait jouir de cette précieuse autonomie? Serait-ce une malheureuse méconnaissance de l’histoire du Québec qui aurait amené le prédécesseur de Kofi Annan à agir ainsi? Il faut l’espérer car l’inverse nous obligerait à douter de la neutralité politique de l’ONU : nous serions alors en droit de penser que cette organisation est influencée par le monde anglo-saxon.

Des représentants québécois pourraient alors éprouver de la difficulté à convaincre les pays membres de l’ONU du bien-fondé de la démarche indépendantiste du peuple du Québec. Que des membres du gouvernement canadien et de Washington se soient ligués en 1995, afin de nuire aux souverainistes au pouvoir à Québec à bien informer les autorités américaines ne surprend guère. Mais que l’ONU emboîte le pas à cette infâme opération de torpillage n’a rien de rassurant. Quelle instance internationale accueillera le peuple québécois advenant une victoire souverainiste suite à une élection référendaire? Quel organisme mondial saluera la légitimité de cette démarche démocratique qui vise à effacer les irrégularités du référendum de 1995, irrégularités qui ont confisqué injustement à tout un peuple le pays qu’il espérait depuis 1760?

Le Conseil de la souveraineté doit mandater des représentants à New York qui auront comme tâche de s’assurer que l’ONU est bel et bien exempte de toute partisanerie. La présentation du projet souverainiste aux membres de l’organisation aura tôt fait de rassurer tout le monde à ce sujet. Il est impensable en effet que cette institution empêche la communauté internationale de s’enrichir de la présence du Québec à sa table.