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»» transition

«Je me fiche des chiffres»

Yves Beauchemin
Le Devoir mercredi 5 novembre 2003

Lettres: Le 31 octobre 2003

Les idiots livrent souvent le fond de leur pensée même lorsque celui-ci n'est pas montrable. Le ministre fédéral David Collenette, par ses propos récemment dévoilés, vient de faire son entrée dans cette illustre famille.

Lawrence Martin, dans la deuxième partie de sa biographie de Jean Chrétien, interroge l'ancien ministre de la Défense sur l'attitude qu'il aurait eue au référendum de 1995 devant une victoire du OUI. «Ceci est mon pays», a répondu Collenette en faisant péter ses bretelles totalitaires. «Je me fiche des chiffres. C'est une chose de dire que vous voulez vous séparer, mais maintenant, on commence à jouer dur... »

Vous vous fichez des chiffres ? Pinochet aussi. Et bien d'autres dont on aurait honte de se réclamer. Car en se fichant des chiffres -- c'est-à-dire des votes --, on envoie promener les droits de l'homme, ces dispositions sacrées qui permettent à tout citoyen d'exprimer librement son opinion et à un peuple de choisir librement son destin. Le ministre Collenette nous démontre par sa bêtise outrecuidante que, pour les Québécois, le Canada est un cadenas (ou, du moins, qu'il le voudrait tel). Je connais des façons plus habiles de faire mousser l'unité canadienne.

M. Collenette devrait suivre des cours d'hypocrisie. Cela pourrait améliorer son image. Les bons professeurs ne manquent pas. Malheureusement, son patron Jean Chrétien, malgré les loisirs qui l'attendent, ne pourra pas lui en donner car lui aussi vient de trop parler.

En avouant au même Lawrence Martin l'intention qu'il avait de rejeter un OUI victorieux en 1995, le premier ministre montre à son tour ses tendances à la Pinochet et la mauvaise foi qui les accompagne. Nous savons que cette mauvaise foi s'est exercée tout au long de la campagne référendaire, dont elle a contribué à fausser les résultats. Huit ans ont passé, mais l'histoire n'est pas finie.



»» proportionnelle

Jean-Pierre Charbonneau doit réagir

Jacques Léger
Le Devoir mercredi 5 novembre 2003

Lettres: Morin Heights, le 1er novembre 2003

Celui qui a mis sur pied la Commission itinérante sur l'avenir des institutions démocratiques au Québec se doit de réagir devant l'attitude intransigeante de Bernard Landry et de son parti face au droit moral de l'Action démocratique de participer de façon plus régulière aux débats de l'Assemblée nationale.

Je n'ai pas d'affinités avec ce parti, mais je considère qu'avec 18 % du vote populaire, tous les élus doivent reconnaître son importance dans les interventions permises au sein de cette assemblée. Là aussi, je constate que «la saison des idées» à la mode Landry sent la saison des maisons closes. Autant, dans les faits, il veut la contrôler au sein de sa formation politique, autant il veut la limiter à l'Assemblée nationale.

Comme bien d'autres, je me suis investi dans la commission itinérante sur les institutions démocratiques et je perçois que le Parti québécois n'y croyait pas vraiment. Donner l'espace pour respirer et le droit de s'exprimer aux tiers partis est pourtant un élément essentiel pour la santé et l'avenir de la démocratie.



»» Louis Hippolyte Lafontaine

Louis Hippolyte Lafontaine de retour à l'Assemblée nationale

Norman Delisle
Presse Canadienne (PC) 04/11/2003

Le leader nationaliste Louis-Hippolyte Lafontaine est «de ces grands hommes qui a su trouver, lorsque tout semblait perdu, une façon de faire avancer la justice, ses idéaux et la cause des leurs».

C'est en ces termes que le premier ministre du Québec, Jean Charest, a honoré mardi un des héros québécois du XIXe siècle, Louis-Hippolyte Lafontaine (1807-1864).

Ce dernier aura maintenant sa statue devant l'Assemblée nationale. Cette statue a été dévoilée mardi en présence du monde politique québécois, dont le président de l'Assemblée nationale Michel Bissonnette, le premier ministre Jean Charest, le chef de l'opposition Bernard Landry et le chef de l'Action démocratique Mario Dumont.

M. Charest a rappelé que Lafontaine, après s'être allié aux Patriotes de 1837-1838, a décidé par la suite de «remplacer le bruit des armes par le pouvoir des mots».

«La voie de la révolte est sans issue et elle est surtout source de trop de souffrances. Lafontaine obtiendra par la politique ce que le soulèvement n'a pu procurer aux siens», a dit le premier ministre.

Lafontaine s'est fait élire au Parlement du Bas-Canada, cette colonie britannique dont les limites correspondaient au Québec actuel.

Il contribua à y imposer le français comme langue d'usage, en plus de permettre la mise en place d'un gouvernement «responsable», c'est-à-dire dont les ministres sont responsables devant les élus du peuple et non devant le souverain ou son représentant.

Le chef de l'opposition, Bernard Landry, a rappelé pour sa part les trois gains que Lafontaine avait obtenus pour le Bas-Canada: la liberté, un gouvernement responsable et l'avancement du statut de la langue française.

Lafontaine a dû attendre pour obtenir ces gains, et il aura dû attendre aussi pour que sa statue soit enfin installée sur les parterres de l'Assemblée nationale, a noté M. Landry.

Quant au chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, il a mis en évidence le nationalisme de Lafontaine.

Il a obtenu des compensations pour les Patriotes qui avaient vu leurs biens démolis par les Anglais pendant l'insurrection, et a mis en place une fête patriotique annuelle le 24 juin 1834, a raconté M. Dumont.

La statue originale de Lafontaine est l'oeuvre du sculpteur Henri Hébert et date de 1921.

Le bronze fut originellement installé dans une des niches situées à l'avant de l'Assemblée nationale, mais elle fut transportée en 1982 à Boucherville, ville natale de Lafontaine, lorsque la façade du Parlement a été rénovée.

La statue a été récemment rafraîchie et ramenée sur la colline parlementaire. C'est une copie qui a été installée en remplacement dans le Parc de la Broquerie, à Boucherville.



»» langue française

Point final

Andrée Ferretti
TRIBUNE LIBRE mercredi 5 novembre 2003

Pour des raisons légitimes, compte tenu de sa politique éditoriale, le magazine de la CSN, La force des mots, qui le lui avait demandé, a refusé ce texte d'Andrée Ferretti. Vigile, au contraire, le trouve pertinent dans le contexte des débats sur les défusions et du Rapport annuel de l'OLF.

«Il était une fois…» Ainsi commencent toujours à l’imparfait les histoires que l’on raconte aux enfants pour les aider à s’endormir, reléguant dans un passé indéfini les épisodes terrifiants qui pourraient troubler leur sommeil.

Je crains que les tentatives répétées et toujours plus nombreuses des ennemis de la nation québécoise procèdent de cette manière du conte. «Autrefois, disent-ils, la langue française, au Québec, était menacée ….» Et le peuple s’endort, content de l’avoir échappé belle.

Ainsi, en sommes-nous encore, en cet automne 2003, à vivre dans un Québec en voie de rebilinguisation galopante, à devoir livrer la bataille de la langue pour les mêmes raisons et dans la même urgence qu’avant l’adoption de la loi 101.

Et il en sera ainsi jusqu’à notre disparition à feu vif, de plus en plus vif, comme minorité provinciale de langue française ou jusqu’à notre avènement comme nation souveraine dans un État indépendant.

Point final.

Car, et c’est important de le savoir et de le comprendre, dans le Québec, province du Canada, les anglophones du Québec sont des Canadiens anglais, de souche ou assimilés, qui constituent le peuple majoritaire du Canada, le peuple qui détient le pouvoir de brimer nos droits et de défaire nos lois en toutes matières, y compris en matière linguistique, comme le démontre la destruction de la Charte de la langue française.

Ainsi, les Canadiens anglais du Québec se sont servis de toutes les institutions juridiques et politiques canadiennes, principalement du Parlement canadien, de la Cour suprême du Canada, de la Cour supérieure du Québec et du gouvernement libéral du Québec, pour faire modifier et abroger un nombre si considérable d’articles de la loi 101 qu’elle en est devenue quasi inopérante.

Et ils démontrent par leur acharnement à lutter contre les fusions municipales, qu’ils sont plus décidés que jamais à utiliser tous les pouvoirs et moyens à leur disposition pour arriver à leur fin qui est de vivre au Québec en peuple majoritaire, puisque au Québec, province du Canada, ils le sont.

Ainsi, ils peuvent vivre en anglais au Québec, de leur lever à leur coucher, de la naissance à la mort, non, comme nous nous en donnons l’illusion, parce que nous sommes tolérants, mais parce qu’ils sont intolérants et qu’ils abusent et abuseront toujours du rapport des forces en présence qui, dans un Québec, province du Canada, leur permet de constamment menacer l’existence de la nation québécoise de langue française.

La force des mots, c’est aussi ce pouvoir de vie et de mort dont disposent les anglophones du Québec, dans un Québec, province du Canada.

Seule l’accession du Québec au statut de pays souverain et indépendant pourra faire échec à ce pouvoir de manière irréversible.

Point final.



»» Défusions

Pas de référendum avant septembre 2004

Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 5 novembre 2003

Québec -- Les référendums sur les défusions ne pourront guère avoir lieu avant septembre 2004, mais l'échéancier fixé par le gouvernement Charest pour que les défusions deviennent effectives n'a pas changé: ce sera en novembre 2005, à temps pour les prochaines élections municipales.

C'est ce qu'a révélé, hier, le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, au cours d'un point de presse. «Novembre 2005, c'est l'objectif initial depuis le début [sic] et ça risque d'être dans ces eaux-là», a dit le ministre au sujet de la date de la reconstitution des anciennes villes dont les citoyens auront opté pour la défusion.

Quant aux référendums sur les défusions qui doivent se tenir dans les anciennes villes, ils n'auront vraisemblablement pas lieu en mai ou juin 2004 tel que prévu. M. Fournier a expliqué que le gouvernement avait maintenant l'intention de procéder à des études avant la signature des registres qui amorce le processus référendaire. Dans le projet initial, ces études sur les coûts de la défusion pour chacune des anciennes villes ne devaient être faites qu'après la signature des registres et avant la tenue des référendums. Le gouvernement projette désormais de commander deux séries d'études, les premières avant la signature des registres et les autres -- plus étoffées -- dans les anciennes villes dont 10 % des électeurs inscrits auront signé le registre pour obtenir un référendum. Cette première série d'études ajoute quelques semaines à l'échéancier gouvernemental. «Si on regarde les délais, ça pourrait être toujours juin pour les référendums, mais ça ressemble plus à septembre 2004», a convenu le ministre.

«Je pense que tout le monde s'entend sur une chose ou presque tout le monde, c'est qu'on n'a pas intérêt à traîner et qu'on a intérêt à procéder le plus rapidement possible», a dit, hier, le premier ministre Jean Charest.

Au sujet des récriminations des anciens maires défusionnistes qui soutiennent que l'engagement des libéraux portait sur l'annulation pure et simple des défusions et non pas sur des défusions partielles, M. Charest a dit qu'il n'y avait aucune raison de se sentir trahi par le gouvernement. Le premier ministre a souligné qu'il avait parlé à plusieurs reprises de fiscalité d'agglomérations durant la campagne électorale et qu'il avait déclaré souhaiter le succès des grandes villes.

De son côté, Jean-Marc Fournier a rappelé qu'en commission parlementaire, il avait répété à satiété que le statu quo ante était écarté d'emblée. Les citoyens des villes défusionnées ne retrouveront pas «les outils qu'ils avaient dans leur coffre à outils», a-t-il illustré. Mais ils pourront choisir «leur proximité», mais les agglomérations persisteront. «Je veux bien admettre que ça ne les satisfait pas», a dit M. Fournier.



»» Défusions

Selon Bourque, ce sont les anglophones qui dirigent la nouvelle ville

François Cardinal
La Presse mercredi 5 novembre 2003

Soutenant que l'actuelle Ville de Montréal est dirigée par les anglophones, le chef de l'opposition, Pierre Bourque, déplore la méfiance de cette communauté à l'endroit de la nouvelle ville. Plus encore, il souhaite qu'une "nouvelle génération plus inclusive" prenne la tête de la ville.

Dans une entrevue accordée il y a quelques jours à l'hebdomadaire de l'Ouest-de-l'Île Cités nouvelles, M. Bourque ne se gêne pas pour dire ce qu'il pense du nouveau Montréal tel qu'il est aujourd'hui dirigé. "En ce moment, dit-il, la communauté anglophone est au pouvoir. (Les anglophones) dirigent la Ville. Ils ne veulent pas en donner trop au centre-ville. Ils se méfient de Montréal encore. Il faut qu'on passe ça. Moi, j'ai toujours espoir qu'il y ait une nouvelle génération beaucoup plus inclusive."

M. Bourque, plus loin dans cette entrevue citée intégralement, laisse même entendre qu'il préfère que certaines ex-municipalités de l'Ouest défusionnent plutôt que d'avoir à faire certains compromis, à dénaturer le concept d'"une île, une ville" dont il réclame la paternité. "Moi, je me bats pour la Ville telle qu'elle est là, avance-t-il. Mais je ne veux pas la dénaturer. Je ne veux pas la garder à tout prix, faire tous les compromis et détruire ce qui est pour moi les valeurs profondes de partages auxquelles je crois... Je ne suis pas prêt à faire des compromis."

La journaliste tente alors d'obtenir un complément d'information: "Vous seriez donc prêt à laisser tomber certains secteurs de l'Ouest-de-l'Île plutôt que de faire des compromis?"

"Je ne peux pas dire ça comme ça", répond-il.

Joint hier, l'attaché de presse de M. Bourque, Éric Côté, a fait savoir qu'il ne fallait pas voir là une attaque contre la communauté anglophone, au contraire.

"Il a dit ça dans une démarche inclusive, a-t-il affirmé. Une île, une ville, selon M. Bourque, a permis de donner l'occasion aux anglophones de prendre leur place dans le nouveau Montréal afin que l'on grandisse tous ensemble."



»» Défusions

Anglos aren't easy - Bourque

Criticism of remark surprises ex-mayor

ALAN HUSTAK
The GAzette Wednesday, November 05, 2003

Although his remarks have sparked a firestorm of criticism, Pierre Bourque says he was only stating the obvious when he told the West Island newspaper Cité Nouvelles that anglophones are in power at city hall.

Bourque told reporter Nathalie Villeneuve that while he gets along well with anglophones, "it isn't easy. They have preconceived ideas."

In a wide-ranging interview under the headline One Great City, But Not At Any Price, Bourque says: "At the moment, the anglophone community is in power in Montreal. They run the city. They don't want to give much to downtown. They're still suspicious of Montreal. They'll have to get over it.

"Me, I have always had faith that a new generation will be much more inclusive."

The former mayor of Montreal, currently leader of the opposition at city hall, was in Verdun last night collecting signatures for a petition calling on the government to postpone proposed legislation that would allow a demerger referendum. He seemed surprised anyone would take exception to his remarks about anglophones.

"Everyone from the suburbs outside the former Montreal, they are at city hall: (Peter) Yeomans, (Robert) Libman and Madame (Dida) Berku, to name a few. They are there with the others.

"It is good they are there, and they should stay there," Bourque said. "But for the first time, they should collaborate and speak out to make the whole city work instead of just sitting there."

Yeomans, the Montreal executive committee member responsible for public security, said Bourque's comments are repugnant.

"It is a mindset that is in many ways poisonous," said Yeomans, the mayor of the former Dorval.

"It is one thing to criticize a political movement, but when you criticize an entire linguistic community, that is not the way to gain public support. Instead of building bridges, he's building walls."

Similarly, Alan DeSousa, executive committee member responsible for sustainable development, found Bourque's remarks outrageous.

"I don't know whether to laugh or to cry," DeSousa said. "To pigeonhole people or to categorize others by where they come from isn't any way to deal with the problems.

"The problems of making the new city work transcend east-west island divisions, French-English differences and generational gaps. It is neither a language nor a generational issue, and to reduce it to such is irresponsible."

Bourque said he wasn't trying to stir up linguistic tensions.

"No, no, no, not at all. Only those from the former suburbs would think that. They are still overly sensitive."

ahustak@thegazette.canwest.com



»» Défusions

Rebuffade de Québec aux souhaits des défusionnistes

Mario Cloutier
La Presse mercredi 5 novembre 2003

Québec - Le gouvernement Charest ferme la porte à double tour aux défusionnistes qui prennent leurs souhaits pour des réalités en demandant de retrouver, telle quelle, leur ancienne ville après un référendum sur la défusion.

En outre, le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, a confirmé la nouvelle d'hier de La Presse sur le fait que ces éventuels référendums ne pourraient avoir lieu avant septembre 2004. Les anciennes villes ne renaîtraient ensuite qu'en janvier 2006, après les élections municipales de novembre 2005.

Répliquant aux représentants de 36 villes défusionnées qui réclamaient lundi à Québec le statu quo ante- c'est-à-dire le retour aux anciennes villes comme elles existaient avant les fusions forcées du gouvernement du Parti québécois-, M. Fournier et le premier ministre Jean Charest ont été catégoriques hier.

"Ils ont le droit d'avoir des souhaits, mais je ne vais pas commencer à préparer les souhaits de tout le monde", d'expliquer M. Fournier. Et M. Charest de trancher au sujet de la fiscalité d'agglomération à laquelle n'échapperont pas les anciennes municipalités si elles se retirent des nouvelles villes: "on ne reviendra pas là-dessus au Québec".

Le ministre des Affaires municipales soutient que le Parti libéral n'a jamais affirmé que les fusions forcées seraient tout simplement annulées s'il prenait le pouvoir. Le programme du PLQ n'a pas changé, soutient-il, et se base sur trois principes: la consultation de la population, le succès des nouvelles villes et le maintien de la fiscalité d'agglomération.

À nouveau, la critique de l'opposition, Diane Lemieux, a raillé la "structure compliquée" du ministre Fournier en lui offrant un cube Rubik à l'Assemblée nationale et en lui demandant de "reculer dans la bonne direction", soit celle des "intérêts supérieurs du Québec".

Le ministre libéral a répliqué prestement que le gouvernement n'avait pas du tout l'intention de reculer. "Nous allons avancer dans la bonne direction", a-t-il plutôt lancé.

Le chef de l'opposition, Bernard Landry, a lui aussi dénoncé ce qu'il appelle le "chef-d'oeuvre" de la position gouvernementale qui, dit-il, a réussi à "mettre tout le monde en furie". Si Jean Charest ne change pas d'avis, ajoute même le chef péquiste, "il montre qu'il n'est pas à la hauteur de son poste".

Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, note que le gouvernement nage en pleine "confusion". Que va-t-il advenir d'un maire "qui va décider de faire un projet d'aqueduc ou de rénovation de route dans un quartier qui n'est plus sûr s'il fera partie de la ville l'année prochaine?" demande-t-il.

Malgré ces questions qui reviennent quotidiennement hanter le gouvernement, Jean-Marc Fournier maintient le cap. Le report des référendums municipaux permettra à l'information de circuler et aux consultations de se tenir. "On s'est engagé à une consultation, il y en aura une", insiste-t-il.

Et si un Oui à la défusion l'emportait en 2004, la transition durerait plus d'un an jusqu'aux élections municipales de 2005. Quant au taux de participation aux référendums, le ministre libéral se garde clairement une marge de manoeuvre.

Plusieurs hypothèses restent à l'étude, dit-il, et les modifications au projet de loi 9 sur les défusions municipales ne pourraient être rendues publiques qu'à la fin du mois ou au début décembre, soit après quelques allers-retours auprès du Conseil des ministres.

Mais, de promettre le ministre en tentant de clore le bec de l'opposition péquiste, ces amendements seront connus "certainement avant la dernière heure, à minuit et cinq, au dernier jour d'une session".



»» Défusions

«Défusion»: pas de retour en arrière!

Presse Canadienne (PC) 04/11/2003

Le premier ministre, Jean Charest, avertit les partisans des défusions qu'il n'est pas question que les anciennes municipalités reviennent comme elles étaient avant les fusions forcées. Il soutient que le Parti libéral a toujours été clair à ce sujet. Selon lui, les leaders défusionnistes n'ont aucune raison de se sentir trahis.

M. Charest affirme que son parti tient son engagement électoral en permettant la tenue de référendum sur les défusions.

Le chef libéral assure que le concept de fiscalité d'agglomération est là pour rester et que le projet de loi 9 sera amendé à la suite des consultations à ce sujet.

Il refuse de commenter les informations à l'effet que les référendums sur les défusions ne seraient pas permis avant l'automne 2004.

Selon lui, il s'agit d'hypothèses.

Il indique que son gouvernement a l'intention de procéder le plus rapidement possible.

Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, soutient pour sa part que les libéraux ont réussi à se mettre tout le monde à dos avec le projet de loi sur les défusions.

Il demande à Jean Charest de renoncer à ce processus dangereux, qu'il qualifie déjà de tache indélébile dans l'histoire du PLQ.

M. Landry répète que le gouvernement Charest ne peut vouloir la réussite des grandes villes tout en donnant des instruments aux défusionnistes pour les défaire.

Maintenant, selon lui, même les défusionnistes sont en colère, parce qu'ils ont l'impression d'avoir été manipulés durant la campagne électorale.

Le chef adéquiste, Mario Dumont, croit aussi que les défusionnistes ont été bernés.

Il craint que le développement des nouvelles villes soit considérablement ralenti si les référendums sont permis seulement l'automne prochain.



»» PLC

Fin de régime... Mais pour qui ?

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 5 novembre 2003

On parle beaucoup de "fin de régime" à Ottawa. Mais ce n'est pas seulement la fin du régime Chrétien. C'est aussi celle d'un gouvernement et d'un parti minés par la complaisance et la perte de tout sens moral. L'héritier, Paul Martin, en subira inévitablement les conséquences.

Le député de LaSalle-Émard espérait s'installer confortablement dans les meubles du premier ministre du Canada. C'était vrai il y a un an. Mais aujourd'hui, il hérite d'un gouvernement au bout de son rouleau, d'une équipe ministérielle usée, d'un parti désorganisé, et il fait face à une opposition réunifiée. Tant la formation de son premier Conseil des ministres, que la réélection de son gouvernement, ne seront pas une partie de plaisir.

La désinvolture avec laquelle des ministres importants du cabinet fédéral ont accepté les petits cadeaux de la famille Irving ont suscité l'écoeurement de la population : on ne parlait que de cela le week-end dernier dans les chaumières du Canada. Les Irving ne sont pas un modèle de vertu. Ils sont même de très mauvais citoyens corporatifs, refusant de payer leurs impôts au Canada. Ce copinage relève de la même corruption de l'esprit que celui des artistes qui fréquentent les petites fêtes des motards criminels.

Mais il eut été bien difficile au futur chef, Paul Martin, de leur adresser des reproches publics. N'a-t-il pas reçu 100 000 $ de la même famille pour financer un simulacre de campagne au leadership? D'ailleurs, on a hâte de savoir où seront passés les 10,7 millions $ que les Irving et autres grands barons de l'industrie et de la haute finance canadienne ont versés à la campagne de Paul Martin !

Car l'exemple vient de haut. Depuis que les chefs de parti monnayent l'accès à leur auguste personne contre de généreuses contributions à la caisse du parti, les citoyens sont convaincus que l'argent achète le pouvoir, ou à tout le moins l'accès au pouvoir. Vous et moi ne serons jamais invités à la pêche au saumon. Et nous ne possédons pas de concession sur une rivière ou un lac pour inviter notre député à taquiner le goujon.

C'est évidemment l'influence américaine qui poussa les partis politiques canadiens à créer ainsi des "clubs" - véritables caisses occultes - dont les comptes ne sont rendus à personne et dont les seules activités se résument à de somptueux cocktails où ministres et premiers ministres prêtent une oreille complaisante aux requêtes des lobbyistes de toutes sortes.

Par ailleurs, le gouvernement dont hérite l'ancien ministre des Finances n'a plus un sou. Il commet même le sacrilège de sacrifier le remboursement de la dette à la paix avec les provinces. Paul Martin, déjà premier ministre, aurait-il approuvé ? [Incidemment, il n'y aura pas un sou pour le Québec de cette réserve spéciale de 2 milliards $ destinée aux provinces puisque l'argent a déjà été dépensé par le gouvernement du Parti québécois... C'est Yves Séguin qui a dû pousser un soupir de soulagement !]

Qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est pas seulement la maladie de la vache folle en Alberta, ni l'épidémie de SRAS à Toronto, ni même la réévaluation du dollar canadien par rapport à la devise américaine, qui ont mis le gouvernement fédéral en difficulté. Ce sont plutôt toutes ces dépenses fastueuses approuvées par Jean Chrétien, et qui se répercuteront sur les trois ou quatre prochaines années, qui ont hypothéqué les excédents budgétaires. Avec quel argent, par exemple, Paul Martin financera-t-il son ambitieux programme de renouvellement des infrastructures municipales ?

Une équipe usée, un gouvernement ' cassé"... Et le futur premier ministre hérite en plus d'un parti endetté et désorganisé. Voilà 10 ans que les libéraux sont au pouvoir et ils traînent encore une dette de 2,5 milliards $ au Québec !. Et la dette nationale du PLC - "d'au moins un million" - sera encore alourdie, dans 10 jours, par la tenue d'un congrès qui n'intéresse personne. Au moins la moitié des délégués choisis pour y participer ne veulent pas dépenser 1500 $ pour une réunion à laquelle on ne leur demandera même pas de voter. Ce sera la première fois qu'un congrès au leadership ne fait pas ses frais.

Pourquoi se rendre à Toronto en effet, surtout quand on habite Vancouver ou Saint-Jean ? Pour fêter Jean Chrétien ? Les militants n'arrêtent pas de le faire depuis 13 ans qu'ils l'ont choisi pour chef ! Pour couronner Paul Martin ? Il l'est déjà depuis des mois.

Le PLC paie très cher aujourd'hui les 10 années pendant lesquelles Jean Chrétien a ignoré ses militants. Le parti est devenu une machine à gagner des élections sans qu'on daigne lui expliquer pourquoi il est important d'en tenir. Et il n'a même pas eu droit à la reconnaissance d'un chef qui a laissé la bureaucratie fédérale faire le patronage et récompenser les amis à sa place. En un mot, le parti n'est pas prêt à faire des élections.

Les élections de 1997 et de l'an 2000 ont été plutôt faciles pour les libéraux. Mais le printemps prochain, la droite canadienne sera réunie derrière un nouveau chef. Quand bien même il ne s'agirait que de Stephen Harper, les libéraux pourraient avoir une surprise. Dans le Canada profond, il y a une réelle lassitude à l'égard de ces "Rouges" qui se sont habitués au pouvoir au point d'en abuser. On commence à dire et à écrire, ailleurs au pays, que depuis deux ans qu'il dirige l'Alliance canadienne, Stephen Harper n'a pas commis de faute et que ses députés le suivent sans rechigner, ce qui est nouveau dans ce parti de geignards. "Vous allez me voir souvent au Québec", me disait Harper lundi dernier. Après tout, les Québécois se sont bien habitués à Joe Clark... Qui sait ?

Et il y aura aussi, dans les grands centres urbains, l'attrait d'une force de gauche dirigée par un chef présentable, Jack Layton, accompagné d'une brochette de candidats de prestige. On parle même d'un retour d'Ed Broadbent ! Ne riez pas : Pierre Trudeau l'a élevé au rang d'Honorable, membre du Conseil privé. Il ne devait pas être si mauvais que cela !

Croyez-moi : il n'y en aura pas de facile pour Paul Martin !

MVastel@lesoleil.com



TRIBUNE LIBRE




TRIBUNE LIBRE

Merci! Anne Myles

Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE Le 5 novembre 2003

L'élection partielle du mardi 7 octobre dernier dans l'arrondissement montréalais de Beaconsfield-Baie-d'Urfé a fait élire une candidate défusionniste. C'était un secret de polichinelle que madame Anne Myles, suite à l'élection des libéraux à Québec, reprendrait le bâton du pèlerin afin de libérer sa municipalité de la métropole québécoise. Aucune surprise donc dans le dossier des défusions du côté du West Island de Montréal. Pas de quoi fouetter un chat non plus en ce qui a trait à l'unilinguisme qui caractérise madame Myles: ils sont des milliers dans cette région du Québec à ne pas connaître un seul mot de français.

Personne donc ne déchire sa chemise sur la place publique face au refus de ces gens à chercher à s'intégrer minimalement à une société francophone majoritaire au Québec à plus de 80%. C'est plutôt avec calme qu'elle encaisse le coup puisque la tolérance est une vertu profondément enracinée dans sa mémoire collective. L'indélicatesse de ces Anglos-québécois apporte cependant une preuve de plus qu'un pays du Québec n'enlèvera absolument rien à leur qualité de vie. Il sera donc difficile pour ces derniers d'obtenir une quelconque crédibilité aux yeux des instances internationales telle que l'ONU, afin de convaincre que le racisme existe chez les francophones et qu'il est trop risqué de leurs confier un pays. Tous ces organismes décrèteront au contraire que le traitement consenti à la minorité anglophone du Québec est royal: ils se demanderont même si un autre pays est capable d'offrir autant de services à sa minorité au point que l'unilinguisme y soit également possible.

Reste qu'il est tentant de parler de mépris lorsque l'on décide d'occuper un poste politique au Québec tout en ne manifestant aucun signe d'ouverture envers la société francophone qui l'habite. Ce blocage culturel ne surprend pas à Ottawa, au gouvernement fédéral et ailleurs au Canada: l'apprentissage du français y est accessoire puisque ce pays n'est pas bilingue. La preuve s'entend jusqu'au Québec où des milliers d'anglophones reproduisent ce comportement en y affichant leur unilinguisme en toute quiétude. Il sera en conséquence étonnant d'en voir un grand nombre déménager au Canada au lendemain d'une victoire souverainiste: le risque d'y perdre au change est beaucoup trop gros. Ce qui est tout à l'honneur des Québécois francophones. Aussi, n'assombrissons pas ce bel exemple de tolérance par des gestes douteux tels que ceux observés dernièrement à l'Hôtel de ville de Baie-d'Urfé. Cet événement permet au gouvernement canadien de s'en servir par la suite afin d'apeurer des Québécois qui hésitent à souscrire au projet souverainiste.