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»» SONDAGE CROP-LA PRESSE

La souveraineté reste un bon cheval de bataille pour le PQ

Mario Cloutier
La Presse jeudi 6 novembre 2003

Québec - Malgré le brassage d'idées au Parti québécois et les sondages difficiles pour le Bloc québécois, la souveraineté reste populaire auprès de l'électorat québécois.

Le dernier sondage CROP-La Presse montre qu'un peu plus que deux Québécois sur cinq, soit 41 %, voteraient OUI à la question posée au référendum de 1995 sur la souveraineté assortie d'une offre de partenariat avec le Canada. Même dans une période qui n'est pas référendaire ou préréférendaire, la souveraineté reçoit plus d'intentions de vote que le Parti québécois, souligne le vice-président de CROP, Claude Gauthier.

"Ça demeure toujours un bon cheval de bataille pour le PQ et M. Landry. Il ne part pas avec un produit invendable. N'importe quelle entreprise qui aurait un produit que 40 % des gens sont prêts à acheter ne part pas avec rien", dit-il.

À l'approche des élections fédérales, le Bloc québécois faisait mention la fin de semaine dernière d'un sondage du Centre de recherche et d'information sur le Canada (CRIC) qui situe les appuis à la souveraineté à 47 %. Dans cette enquête, toutefois, la question référendaire suivait de nombreuses autres portant sur les griefs du Québec face à Ottawa. Le mois dernier, un coup de sonde de CROP fixait les appuis au OUI à 44 %. La moyenne des sondages CROP sur la souveraineté place d'ailleurs la barre de ces appuis à 42 %.

À 41 %, il n'y a pas de quoi pavoiser outre mesure pour les souverainistes, pense Claude Gauthier, mais les fédéralistes purs et durs ne peuvent pas non plus dire que "M. Chrétien, pendant ses 10 années, a réglé la question des séparatistes". "Ça n'a pas l'air réglé. C'est toujours là."

Le Bloc québécois pourrait donc y trouver des armes pour les élections et le chef péquiste, Bernard Landry, pour remettre à leur place certains politologues, comme Jean-Herman Guay, qui invitent le PQ à la modernisation de l'option souverainiste.

Fin de la lune de miel

Le sondage confirme aussi que la lune de miel du PLQ au pouvoir est bel et bien terminée. Après une répartition CROP des électeurs discrets, les intentions de vote restent pratiquement les mêmes qu'en septembre, soit 45 % pour le PLQ, 37 % pour le PQ et 15 % pour l'ADQ.

En un mois, l'électorat n'a pas changé d'avis et garde un oeil perplexe sur les actions du gouvernement, notamment sur la modernisation de l'État, pense M. Gauthier. "Les choses présentement ne bougent pas trop. S'il y avait des élections demain, le portrait serait identique. Pour le gouvernement, c'est une situation relativement confortable", ajoute-t-il.

CROP n'a pas mesuré cette fois-ci le taux de satisfaction envers l'équipe libérale. Mais à la lumière du sondage de septembre- 46 % de satisfaits et 45 % d'insatisfaits-, M. Gauthier estime que "les gens voteraient encore pour le gouvernement libéral, même si on ne sent pas d'engouement".

Auprès des francophones, le Parti québécois demeure plus populaire que le Parti libéral avec 38 % des intentions de vote contre 29 %. Depuis les élections, la popularité du PQ a grimpé de trois points chez ce groupe d'électeurs, des appuis que le PQ est allé chercher à l'ADQ.

Avant répartition des répondants discrets, le PLQ (36 %) et le PQ (34 %) sont pratiquement à égalité dans les intentions de vote, alors que l'ADQ est loin derrière avec 13 %.

Les résultats du sondage reposent sur 602 entrevues téléphoniques réalisées du 16 au 24 octobre. Avec un échantillon de cette taille, le coup de sonde est précis à quatre points près, 19 fois sur 20.



»» ethnicisation du nationalisme québécois

L'héritage de Dion

Michel David
Le Devoir jeudi 6 novembre 2003

Après tout ce que Stéphane Dion a fait pour l'unité canadienne, le député allianciste de Saint Albert, John Williams, est bien ingrat de lui reprocher ses voyages à travers le monde, où il court chanter les louanges du fédéralisme made in Canada.

Si le ministre des Affaires intergouvernementales a pris le bâton du pèlerin dans la foulée du Forum des fédérations qu'il avait organisé à Mont-Tremblant en octobre 1999, M. Williams devrait comprendre que c'est dans l'unique but de contrer l'action des souverainistes québécois partout où ils auraient pu se gagner quelque sympathie.

Les 150 000 $ consacrés à ses frais de voyage au cours des dernières années, selon le relevé de La Presse, ont certainement été d'un bien meilleur rapport que les millions engloutis dans la commandite.

M. Dion a peut-être de nombreux défauts, mais il est loin d'être bête. Il sait très bien que sa loi sur la «clarté» ne serait pas d'une grande utilité si les Québécois décidaient malgré tout de voter OUI, quel que soit le libellé de la question. Ce jour-là, il appartiendra à la communauté internationale de décider si elle reconnaît ou non la souveraineté du Québec. Vaut mieux donc prévenir.

Il était tout aussi étonnant d'entendre le député bloquiste de Charlesbourg, Richard Marceau, reprocher à M. Dion de faire «un travail de professeur» quand il joue ainsi les globe-trotteurs.

M. Marceau devrait prendre la peine de relire les discours de M. Dion, scrupuleusement reproduits sur le site Internet du Conseil privé depuis janvier 1996. Le professeur Dion y fait une lecture de la réalité canadienne où le sophisme se conjugue avec la mauvaise foi d'une manière qui ne correspond pas du tout à l'idée qu'on se fait d'un universitaire.

***

Je dois d'ailleurs confesser une certaine admiration pour le sans-gêne qu'affiche M. Dion depuis son entrée en politique. Prenez l'exemple de sa dernière visite à Paris, il y a tout juste trois semaines. Il n'y a vraiment que lui pour aller faire dans la capitale française une présentation sur le thème suivant : «Quand une population anglophone se fait de plus en plus l'alliée de la cause du français : l'exemple du Canada». Comme dit le proverbe, a beau mentir qui vient de loin.

Soit, il a dû reconnaître que le Canada hors Québec demeure plus unilingue que le Royaume-Uni, lui-même le plus unilingue de tous les pays d'Europe. Heureusement, les Canadiens anglais n'ont pas besoin de parler français pour éprouver «de l'empathie» à l'endroit de leurs compatriotes francophones, a-t-il expliqué à ses auditeurs.

Curieusement, parmi les chiffres et tableaux que le professeur Dion leur a servis en abondance, il n'y avait aucune donnée sur la proportion de francophones hors Québec qui peuvent travailler dans leur langue. Simple détail, direz-vous. L'important, c'est l'empathie.

En sa qualité de ministre responsable de la Loi sur les langues officielles, M. Dion dit avoir constaté rien de moins qu'une «révolution des esprits» au Canada. À preuve, un récent sondage révélerait que 69 % des jeunes anglophones appuient le bilinguisme officiel. Il a simplement omis de dire que le nombre de jeunes inscrits à des cours de français langue seconde est en baisse partout au pays, selon l'organisme Parents for French. Sans doute a-t-il manqué de temps.

Le président de Parents for French, Ian Richmond, estime que «cette situation est très préoccupante car l'enseignement du français de base constitue, pour la grande majorité des jeunes Canadiens, le seul contact avec leur langue seconde officielle». À en croire M. Dion, cela ne les empêche pas de voir dans le bilinguisme «un apport et une richesse». Il aurait pu ajouter qu'ils ont la générosité de laisser cette richesse aux francophones.

***

Sur la foi de rumeurs voulant que Paul Martin l'écarte de son cabinet, certains ont commencé à dresser le bilan des huit années que M. Dion a passées au gouvernement.

Sur le plan politique, il faut bien reconnaître que son séjour a été un franc succès. L'hydre séparatiste respire encore, mais elle paraît bien moins menaçante qu'au moment où Jean Chrétien lui avait lancé un S.O.S. sur les conseils de son épouse Aline, qui avait pressenti ses aptitudes.

La clé de sa réussite réside moins dans la mise en oeuvre du plan B, qu'il a réussi à imposer à ses collègues plus timorés, dont M. Martin n'était pas le moindre, que dans l'entreprise de culpabilisation collective à laquelle il s'est livré avec une remarquable efficacité.

Au lendemain du référendum de 1995, les souverainistes eux-mêmes ont tellement craint d'être accusés de pratiquer un nationalisme ethnique, étroit et revanchard qu'ils ont complètement aseptisé leur discours, semblant ainsi donner raison à leur accusateur.

Il est vrai que la déclaration de Jacques Parizeau, le soir du référendum, avait fourni un argument de poids à M. Dion. On pourrait dire que cette déclaration a lancé le politicien qu'il est devenu, mais un universitaire intellectuellement honnête n'aurait pas condamné l'expression d'une aspiration légitime, même s'il est permis de s'y opposer, sur la base d'une simple phrase malheureuse prononcée dans un moment de dépit.

Comme l'homme qui veut tuer son chien accuse celui-ci d'avoir la rage, M. Dion a travesti le nationalisme québécois pour mieux le dénoncer. Cela ne s'appelle pas relever le niveau d'un débat mais le pervertir.

mdavid@ledevoir.com



»» Paul Martin

Lancement du livre:
L'autre histoire de l'indépendance

L'aut'courriel n° 36, 6 novembre 2003

Lancement du livre de Pierre Dubuc:

L'autre histoire de l'indépendance
La gauche, de Pierre Vallières à Charles Gagnon
La droite, de Claude Morin à Paul Desmarais

1972, c'est l'année de la scission de la gauche québécoise. Pierre Vallières proclame l'urgence de choisir le Parti québécois. Charles Gagnon est pour le parti prolétarien. Mais le débat n'aura pas lieu. Vallières se défile et le mouvement maoïste, avec le groupe En Lutte et le Parti communiste ouvrier, occupera tout le terrain. D'indépendantiste et anti-impérialiste, la gauche deviendra fédéraliste et pro-américaine.

1972, c'est l'année de l'adhésion de Claude Morin au Parti québécois dont il deviendra bientôt le stratège en chef. Pendant que Morin convainc tout d'abord René Lévesque, puis l'ensemble du Parti québécois, d'adopter sa stratégie de "l'étapisme" qui mènera au "beau risque", le financier Paul Desmarais s'emploie à remettre le Québec dans l'orbite d'Ottawa en multipliant les transactions commerciales qui lient les intérêts d'affaires québécois et canadiens.

Les débats qui ont paralysé la gauche québécoise et les crises qui ont secoué le Parti québécois trouvent leurs origines dans ces événements de 1972. Avant d'aborder une nouvelle phase dans la lutte pour l'indépendance du Québec, il importe de faire le bilan de ce rendez-vous manqué avec l'histoire.

Le lancement aura lieu le:
Mercredi, le 12 novembre
5 à 7
au Café Byblos
1499, rue Laurier Est (coin Fabre) Montréal


Pour informations: (514) 843-523

Pour commander un ou des exemplaire(s) du livre, faites parvenir vos coordonées et un chèque de 25$ (20$ pour les AmiEs de l'aut'journal) libellé au nom de l'aut'journal, 3575 Saint-Laurent, bureau 117, Montréal, H2X 2T7



»» Paul Martin

Un député bloquiste lancera un livre sur Paul Martin

PC - Le Nouvelliste jeudi 6 novembre 2003

«Paul Martin ne défendra ni les intérêts du Québec, ni ceux des citoyens ordinaires. Il ne défendra que les intérêts de Paul Martin.»

Voilà de quelle façon le député bloquiste de Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour, Louis Plamondon, conclut son ouvrage Le mythe Paul Martin qu'il s'apprête à lancer le 23 novembre et dont Le Nouvelliste a obtenu copie.

Parmi les nombreux chefs politiques qu'il a côtoyés depuis son élection en 1984, l'auteur affirme que Paul Martin est le seul à ne pas poursuivre d'objectifs clairs.

«Il demeure encore aujourd'hui une énigme pour la majorité des Québécois et des Canadiens et si tout le monde connaît le nom du politicien qui fut ministre des Finances du Canada pendant presque dix ans, il y en a peu qui réussissent à se faire une idée précise de ses convictions politiques», déplore M. Plamondon.

Selon lui, Paul Martin est un homme politique qui ne démontre aucune ouverture envers les aspirations d'autonomie du Québec, un homme de droite pour qui les intérêts des grandes sociétés ont préséance sur l'intérêt des citoyens ordinaires, un fervent partisan de la mondialisation et un politicien qui n'hésite pas à user de démagogie «et dont le sens de l'éthique est pour le moins questionnable». D'où les sections qui traitent des paradis fiscaux et des scandales du Parti libéral du Canada.



»» Ottawa bilingue

La ville que Chrétien a préférée à Shawinigan

Michel Vastel
Le Soleil jeudi 6 novembre 2003

Jean Chrétien s'est-il fait assimiler par sa capitale ? Lui qui ne parlait pas l'anglais en passant sous la tour de la Paix, le 8 avril 1963, mais qui pense aujourd'hui en anglais plus souvent qu'en français, se fondra dans le décor d'une ville, Ottawa, qui refuse d'assumer son rôle de capitale nationale - tout en en tirant les profits

Quand un Québécois de la Mauricie, devenu premier ministre du Canada, en est rendu, comme cette semaine aux Communes, à parler du "GDP du Canada" - plutôt que du "PIB" - on comprend la force d'assimilation de la seule langue officielle qui compte dans ce pays. Après avoir rejeté pendant 40 ans la "boîte québécoise", Jean Chrétien est en train de perdre sa propre langue ... Et contrairement à Pierre Trudeau ou à Brian Mulroney, il refuse de "rentrer chez lui", au Québec. "Pity !" comme diraient ses concitoyens d'adoption.

Il aurait pu se retirer au Nouveau-Brunswick, près des Irving ou des Acadiens, selon ses convictions ou ses besoins d'argent. Ou à Saint-Albert, en Alberta, où il dit avoir assez de cousins maternels pour faire élire un député libéral. Voire à Montréal, où il aime fréquenter ses petits-enfants et faire des affaires comme en 1987.

Mais quelle idée lui a pris de se retirer à Ottawa ? Ne s'agit-il pas de la ville la plus hypocrite du pays quand, capitale pourtant, elle refuse de montrer l'exemple du respect d'une des valeurs les plus fondamentales du Canada ? C'est presque une insulte aux Franco-Ontariens, autant qu'aux Québécois de la Mauricie !

Un sondage intéressant, réalisé par Ekos pour le compte du quotidien Le Droit et de Radio-Canada, montre en effet à quel point cette capitale, avec ses élites francophones et anglophones bilingues, avec ses diplomates de la Francophonie, avec sa population francophone et tous ses élus canadiens-français qui représentent plus du quart du Parlement, ne se sent point canadienne. Deux ans après que le conseil municipal eut créé un comité consultatif sur les services en français, un an après que le gouvernement fédéral lui eut versé 2,5 millions $ pour améliorer ses services en français, et au moment où des commerçants commencent à reconnaître qu'il est "rentable" d'investir dans le domaine linguistique, sa population est toujours aussi réfractaire au bilinguisme officiel comme il se devrait pourtant de la capitale d'un pays bilingue.

Selon Ekos en effet, 87 % des francophones d'Ottawa souhaitent que leur ville devienne bilingue - le contraire eut été étonnant ! - , mais seulement 38 % des anglophones sont prêts à faire preuve d'autant de générosité pour leur minorité. Le comble de l'hypocrisie, c'est qu'ils souhaitent, à une majorité écrasante de 74 %, que la ville voisine de Gatineau, elle, devienne officiellement bilingue ! Pendant qu'ils y sont, pourquoi ne proposent-ils pas l'annexion ?

Le maire de la ville, Bob Chiarelli, qui se dirige vers une réélection facile, refuse lâchement de se commettre sur la question. Pire encore, le ministre responsable des langues officielles dans le gouvernement du Canada, Stéphane Dion, n'a pas osé aborder cette question dans son "plan d'action" auquel il consacrera 751 millions $ pour les cinq prochaines années.

Ottawa n'est donc pas la vitrine du Canada. Au lieu de montrer l'exemple, cette capitale projette, tel un miroir déformant, une image distordue de ce que prétend être le pays de Pierre Trudeau. Il suffit de parcourir le dernier rapport annuel de la Commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, Franco-Ontarienne elle-même, pour comprendre ce qu'est Ottawa...

Par exemple, de toutes les régions du pays où des plaintes "recevables" ont été déposées pour non-observance de la Loi sur les langues officielles, c'est la région de la capitale nationale qui détient le championnat de la délinquance : 293 plaintes sur 1021 - et le Québec qui a été l'objet du plus faible nombre de plaintes, 111... Quelle belle gifle administrée à tous ces pontifes, politiciens fédéraux et commentateurs d'Ottawa, qui donnent volontiers des leçons de morale et de respect des droits des minorités aux méchants Québécois !

On ne sera pas surpris d'apprendre, toujours à la lecture du Rapport, que, dans la région de la capitale dite "nationale", 255 plaintes viennent des francophones et seulement 38 des anglophones. Pour les plaintes concernant la langue de travail dans l'administration fédérale, 63 viennent de francophones, et cinq d'anglophones. On ne doit pas se sentir trop dépaysé à Ottawa quand on est anglophone. Est-ce pour cela que Jean Chrétien tient tant à y rester ?

Une fois de plus, Dyane Adam recommande à Stéphane Dion - ou à son successeur ! - de "prendre toutes les mesures à sa disposition pour que la capitale de notre pays soit déclarée officiellement bilingue..." Justement, toutes les conditions sont réunies pour que cela arrive maintenant : Le maire de la ville, tel un Ponce Pilate, ne s'y oppose pas vraiment, souhaitant seulement que les autres ordres de gouvernement le lui imposent pour mieux s'en laver les mains;

Le nouveau premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, qui devrait légiférer sur la question, est un bon libéral, résidant d'Ottawa et raisonnablement bilingue lui-même ; le nouveau premier ministre du Canada, Paul Martin, a personnellement vécu les ravages de l'assimilation sur la minorité française de Windsor. Et le nouveau citoyen d'honneur de la ville s'appelle Jean Chrétien.

Si, dans un an, "Bytown" refuse toujours d'être déclarée officiellement bilingue, Ottawa ne méritera plus son titre de capitale. Ou le Canada ne méritera plus de siéger au Sommet de la Francophonie. Il ne restera plus à Jean Chrétien qu'à vendre son appartement, avec un profit substantiel, n'en doutons pas. Ou à admettre que, Canadien français par adoption, il en accepte toutes les conditions, y compris celle d'être considéré comme un citoyen de seconde classe.

"I am a french pea soup and I am proud of it", répétait-il dans ses discours. J'ai hâte de connaître la réaction de ses voisins lorsqu'ils renifleront, dans leur condo à un million $, l'odeur de la soupe aux pois...

Oups !

Quand j'ai parlé de la dette de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada hier, il s'agissait bien de 2,5 millions $, et non de "milliards" ! Tout de même...

MVastel@lesoleil.com



»» Biotechnologies

Le mutisme de Québec pèse sur l'industrie des biotechs

Les Affaires samedi 8 novembre 2003

Au sortir d'une année difficile, le changement de gouvernement à Québec et son mutisme au sujet de ses orientations face à l'industrie pèse lourdement sur le secteur des biotechnologies lequel craint de perdre l'appui de son plus important partenaire.

Le premier geste visible de l'administration libérale a été de réduire les crédits à la recherche et développement dans son budget déposé en juin, ce qui a eu des conséquences néfastes pour plusieurs petites biotechs.

"Pour une firme qui ne compte que six employés, une telle réduction signifie un technicien ou un chercheur qui saute ", dit Perry Niro, directeur général de BioQuébec.

"À la suite de la réduction des crédits d'impôt accordés à la R&D, 20 % des entreprises ont réduit leur personnel de recherche", souligne M. Niro, sur la base d'une enquête réalisée au début d'octobre auprès de 40 des quelque 150 entreprises du secteur.

"Toute l'industrie est dans le noir et se demande où elle s'en va avec le nouveau gouvernement, affirme André de Villers, président et chef de la direction de Celmed. On se demande si ces 15 ans d'efforts vont arriver à terme."

N'importe quel observateur considérerait que ce serait une catastrophe. Claude Bismuth, associé principal chez Ernst & Young, est de ceux-là. Il rappelle la position unique du Québec. Entre 1997 et 2002, le capital de risque québécois a investi 1,2 milliard de dollars (G$) en biotechnologie, soit 41 % des 2,9 G$ investis au Canada. C'est une proportion énorme.

Essor considérable

"En 1997, il y avait 81 sociétés privées et 10 sociétés publiques, note le consultant. En 2002, il y en avait 127 privées et 24 publiques. L'essor que l'industrie a connu au cours de cette période est considérable."

Tous conviennent qu'il est approprié que le gouvernement change ses moyens d'intervention et qu'il veuille stimuler l'offre de capitaux privés, mais il doit demeurer un partenaire crucial.

Bernard Coupal, président de Gestion T2C2 Bio, résume la situation dans ces mots : "Au début de l'industrie, entre 1996 et 1998, on a eu beaucoup d'idées, et des bonnes. Maintenant, il faut avoir de la suite dans les idées." Y.B.



»» Biotechnologies

L'industrie canadienne contredit le mouvement mondial

Partout ailleurs, la tendance aux fusions et acquisitions dans l'industrie des biotechnologies demeure très forte

Guy Paquin
Les Affaires samedi 8 novembre 2003

L'industrie canadienne des biotechnologies évolue à contrecourant du mouvement mondial de consolidation des entreprises, constate BIOTECanada dans une étude récente.

Partout ailleurs dans le monde, la faiblesse des marchés boursiers et la parcimonie des investisseurs à risque ont mis le thème des fusions à l'ordre du jour et nourri une vague planétaire de consolidation.

Entre 1996 et 2000, les biotechs voyaient fusionner les sociétés pharmaceutiques sans broncher. L'argent ne manquant pas, les biotechs étaient persuadées qu'elles atteindraient une taille respectable par l'effort scientifique interne.

Inversion de tendance

Selon PharmaVentures, une société-conseil britannique, il n'y a eu qu'une vingtaine de fusions de biotechs annuellement entre 1996 et 2000. Mais la tendance s'est depuis inversée : l'industrie des biotechs a amorcé sa consolidation tandis que le mouvement de fusions et acquisitions ralentit dans l'industrie pharmaceutique.

Il y a eu 91 fusions ou acquisitions dans l'industrie des biotechs depuis le début de l'année.

Au Canada, les dirigeants d'entreprises n'en font pas une priorité de développement, pas plus d'ailleurs que l'atteinte d'une masse critique, selon le sondage de la firme de chasseurs de têtes Egon Zehnder pour le compte de BIOTECHCanada.

De rares cas de fusions

En vérité, peu de fusions ont eu lieu. Procyon Biopharma a acquis Pharmacor plus tôt cette année. Il y a quelques semaines, LAB International acquérait Focus Inhalation.

Au début octobre, trois entreprises de la région de Québec - Dermacor, Technologies AT2 et Altertek - annonçaient leur fusion. Mais ces trois entreprises ont fusionné sous la pression incessante des financiers qui, dès lors que la transaction a été conclue, ont accepté d'investir 7 M$ dans la nouvelle entreprise, Biogentis.

Les trois entreprises étaient toutes engagées, chacune à sa façon, dans la réparation des tissus humains. Leurs bailleurs de fonds, T2C2, Innovatech Québec Chaudière-Appalaches, le Fonds de solidarité FTQ et Bio-Innovation, sont en quelque sorte les artisans de cette fusion.

"Il a fallu bien du tordage de bras", dit le pdg du Fonds de solidarité FTQ, Pierre Genest. "Certains grimaçaient encore pendant la conférence de presse qui annonçait la fusion. Mais la nouvelle entreprise a un plus bel avenir que les trois sociétés séparées."

Hormis ces rares cas de fusion, on ne compte que l'acquisition d'une molécule de Neurochem par Innodia comme autre exemple d'expansion en vue d'atteindre une taille critique.

Les préoccupations des cadres portent en priorité sur le financement (30 % d'entre eux en font leur première préoccupation), sur le recrutement et la rétention du personnel scientifique, sur la rémunération du personnel dirigeant et sur les délais d'approbation réglementaire.

Ils comptent beaucoup sur les alliances avec les pharmaceutiques, non plus pour financer leur développement clinique, mais surtout pour les aider à traverser les dédales menant à l'approbation réglementaire de leurs molécules.

Pourtant, il n'y a pas que les financiers qui prônent la consolidation. Les sociétés de valorisation de la recherche universitaire, incapables de rentabiliser des sociétés qu'elles ont créées en les inscrivant à la Bourse, prêchent aussi ses vertus.

"Avant, je réalisais mon profit par un premier appel public à l'épargne. Depuis, dès que la compagnie a démontré la validité de sa technologie, je cherche un acheteur", dit Denis Beaudry, président d'Univalor, la société de valorisation de l'Université de Montréal et de ses écoles affiliées.

Pas de précipitation

Beaucoup craignent que les pressions des financiers ne provoquent des gestes précipités comme ce fut le cas pendant la vague précédente, celle où l'on créait une compagnie chaque fois qu'un chercheur découvrait une molécule prometteuse.

"Il ne faudrait pas que ça devienne une façon de pousser sous le tapis une vérification diligente mal menée", prévient Jacques Gagné, président du conseil de la Cité de la Biotech de Laval.

M. Gagné fait allusion au fait que des entreprises ont été créées pendant les années de vaches grasses mais, si on y avait regarder de plus près, n'existeraient pas aujourd'hui, faute de propriété intellectuelle solide et de marché pour leurs produits.

dossiers@transcontinental.ca



»» René Lévesque

Reporter possible communist - diplomat

Ottawa helped France block René Lévesque from going to Algeria for 1958 referendum

RANDY BOSWELL
The Montréal Gazete Wednesday, November 05, 2003

Canadian diplomats secretly helped the French government prevent a troublesome TV reporter named René Lévesque from covering a key 1958 vote on Algerian independence from inside rebel-held territory.

According to documents newly declassified by the Department of Foreign Affairs, the young broadcaster and future Quebec premier prompted a series of confidential telegrams between Paris and Ottawa, and was labelled "one-sided" as a journalist and a possible "member of the Communist Party" by Canada's ambassador to France.

Lévesque, a prominent Radio-Canada radio and television foreign correspondent before turning to politics in the 1960s, was apparently planning a daring trip to war-torn Algeria to cover the results of the Sept. 28, 1958, referendum that established General Charles de Gaulle as president of the Fifth Republic.

The vote was also seen as a key test of a proposed new international "French community" that was to include France's former colonies. And the referendum results in Algeria - which had been gripped by violence between French loyalists and African separatist rebels - were hotly anticipated around the world.

Lévesque, then host of the popular current affairs program Point de Mire (On Target), regularly travelled to national and international hotspots to cover the news. But when the French Foreign Ministry learned Lévesque - seen to be sympathetic to the rebels - was planning to broadcast from inside Algeria and perhaps even from behind rebel lines, France pressured Canada to have him stopped.

Canadian officials refused to directly meddle in the editorial affairs of the public broadcaster. But walking a tightrope between interfering with the arm's-length Radio-Canada and offending the French, diplomats in Ottawa and Paris decided it would be best to "go through the motions" of assisting Lévesque in his travels while effectively thwarting the plans for coverage from Algeria.

In a Sept. 18 dispatch to Ottawa, Pierre Dupuy, Canada's ambassador to France, describes a meeting that day with senior French civil servant Henri Langlais to discuss Lévesque's travel plans. He had told Dupuy that "it would be extremely difficult for the French to give him permission to visit Algeria. ... The result would be that Canadian radio and television networks would have essentially a (rebel) view of the referendum, which would not, repeat, not be at all satisfactory to the French."

Dupuy advised the French that if they barred Lévesque from travelling to rebel-held areas, "such treatment would lead to diatribes about lack of freedom of the press and the guided nature of the referendum." But the ambassador's telegram makes clear his own misgivings.

"It seems to us that Lévesque's strong and well-known bias against French policy in Algeria and his expressed sympathy for the (nationalists) make him a poor choice to cover the referendum in France and in Algeria," Dupuy stated. "There is also the consideration that, if our memory is correct, Lévesque, if not an actual member of the Communist Party, is at least a sympathizer."

Dupuy said he told Langlais that government intervention with the CBC is a "very difficult and delicate matter" and that "there can be no, repeat, no question of our trying to censor the coverage which Lévesque might eventually prepare."

But he also said it would be equally difficult for "the embassy representing the Canadian government to be asked to assist him in France, where he is persona non grata. Our own feeling is that, if this is still possible, someone other than Lévesque should be asked to cover the referendum in France and Algeria on behalf of CBC."

He adds that it is "not, repeat, not really our business," but "we fear, from what we know of Lévesque's views, the CBC coverage of the referendum both in France and Algeria may be distinctly one-sided."

Dupuy closes with the hope that his officials will be able to "merely go through the motions of assisting him" reach Algeria without actually helping.

A reply the next day from an unidentified Canadian diplomat in Ottawa offers this hope for a solution to the problem: "We would consider it entirely appropriate should the French ambassador decide to take private steps at which he had hinted to dissuade the CBC from going ahead with this project. Lacoste has now told us that he has taken up the matter with a high official of the CBC and is encouraged by his understanding of the French position."

The reply also notes France was reassured "no special facilities would be afforded to Lévesque in carrying out his advertised project."

A final telegram from the Canadian embassy in Paris on Sept. 22 indicates that "we have advised Langlais that it is impossible for us to intervene unofficially with the CBC on this matter, but that we shall not, repeat, not attempt to assist Lévesque in obtaining either permission to visit Algeria or interviews with political figures."

Lévesque never made it to Algeria to cover the vote, which gave de Gaulle a resounding victory in both France and Algeria. But rebel forces quickly declared themselves a government-in-exile, stoking violence and eventually resulting in the negotiated independence of Algeria in 1962.

Lévesque might never have known about the behind-the-scenes machinations that foiled his planned trip to Algeria. In his memoirs, published a year before his death in 1987, he recalled covering the 1958 referendum from France: "We had to take the Montreal-Paris flight on Monday, jam meetings, interviews and the filming of atmospheric footage into two days, then come back to Montreal" only to "race against the clock" to edit film and prepare for the next night's live broadcast.

The telegrams detailing the Lévesque affair were released as part of an ongoing federal project to publish historical Foreign Affairs documents.

Michael Stevenson, the McMaster University historian in Hamilton who co-ordinated the latest volume of papers, said the September 1958 exchanges "caught my attention because it is René Lévesque, who does go on to become the first PQ premier of Quebec. This is just another piece of the puzzle about his early career and his relation to the federal government."

Stevenson says diplomats were clearly "walking a fine line" between their obligation not to interfere with the CBC and their desire to maintain friendly relations with the French.

"I think it's important to remember that the Canadian government was in a bit of a bind here," he says. "It really had no authority to restrict an employee of the CBC from doing whatever he wanted or she wanted. The French government clearly thought that Ottawa could exert a fair amount of pressure to prevent the trip from happening at all. I think Foreign Affairs took the only line that it could - that it could not interfere with the affairs of the CBC. At the same time, it was not going to go out of its way" to help Lévesque.



»» La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDP)

La Caisse de dépôt envisage la sous-traitance

Presse Canadienne mercredi 5 novembre 2003

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDP) envisage de céder à la sous-traitance la gestion d'une forte proportion de ses portefeuilles d'actions, affirme Radio-Canada.

C'est en tout cas l'hypothèse principale sur laquelle travaille la firme de consultants internationaux McKinsey, mandatée par le président de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, pour revoir la gestion de ses portefeuilles d'actions cotées en bourse.

Ce scénario prévoit que la Caisse confierait à la sous-traitance une forte proportion de ses portefeuilles d'actions, dont la valeur atteint près de 40 milliards $. Pour les titres canadiens et américains, on aurait recours à des firmes de Montréal et de Toronto, où l'on retrouve le plus gros de l'industrie du placement. Quant aux titres internationaux, ils seraient gérés aux États-Unis et au Japon.

Ce recours accru au privé s'accompagnerait d'une nouvelle stratégie de placement, plus conservatrice. Une part importante des fonds confiés à la sous-traitance serait indexée, c'est à dire investie dans les entreprises qui composent les grands indices boursiers comme ceux de New York et de Toronto.

De cette manière, la Caisse ne pourrait jamais faire pire que les cours de la Bourse, ce qui lui éviterait des résultats catastrophiques comme ceux qu'elle a connus ces dernières années.



»» La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ)

Et la phase III?

Gérard Bérubé
Le Devoir jeudi 6 novembre 2003

Perspectives: Un an et deux phases plus tard, la Caisse de dépôt a arrêté son modèle d'affaires. La Caisse de l'avenir n'aura qu'une seule passion: la performance. Et qu'un seul patron: Henri-Paul Rousseau.En poste depuis septembre 2002, Henri-Paul Rousseau a complété le travail de recentrage de la Caisse. Désormais, tout ne sera que performance avec pour objectif de camper dans le premier quartile dans toutes les catégories d'actif. Finies, aussi, la nébuleuse et la confusion des genres et des rôles. À défaut de livrer une performance dans les deux chiffres dans cet univers de faibles rendements qui se dessine, la Caisse devra figurer parmi les meilleurs ou les moins mauvais, c'est selon.

Pour le président du conseil et directeur général, la Caisse de dépôt doit désormais n'avoir qu'un seul objectif : la performance. Une passion qui peut rapidement se transformer en une obsession, craint un des membres influents du conseil, Henri Massé. Le président de la FTQ a déjà prévenu que les travailleurs du Québec qu'il représente, qui comptent pour la moitié de l'actif, pourraient bien retirer leurs billes de la Caisse si celle-ci faisait du rendement son unique obsession. «La Caisse doit demeurer un outil de développement économique», a-t-il dit tout en insistant : «Il faut garder en tête qu'il n'y a pas grand monde au Québec capable de signer un chèque de 100 millions. Il y en a à Toronto. Il y en a ailleurs. Mais il n'y en a pas beaucoup au Québec.»

Cet avertissement est tombé le 7 mai dernier, en marge d'un dîner-conférence. Mais les craintes se sont rapidement dissipées par la suite. En effet, depuis, la Caisse a pris part à cette opération de reprise de la division des produits récréatifs de Bombardier aux côtés de la famille du fondateur. Depuis, la Caisse a confié à la Banque de développement du Canada, au sein d'un partenariat aux ressources financières élargies, son intervention auprès des PME. Ici, la proposition du Fonds de solidarité n'aura pas été retenue, mais en retour, le Fonds a applaudi au fait que la pression sur son principal marché s'atténue grandement.

Mais en ce qui concerne l'impact véritable de la Caisse sur le développement économique du Québec, Henri-Paul Rousseau n'en a actuellement que pour ces bilans des 21 déposants lourdement entachés d'encre rouge. Ce qui n'est pas sans incidence sur les cotisants, les retraités et les équilibres comptables de l'État. Il pense au RREGOP, qui a vu son avoir net chuter de 4,4 milliards (-13,9 %) en deux ans. Ou à la Régie des rentes du Québec, dont l'avoir net a plongé de 2,3 milliards (-12,4 %) en deux ans. Ou à la Commission de la construction du Québec (-1,4 milliard, ou -17,3 %), à la CSST (-2,5 milliards, ou -27,2 %), à la SAAQ (-1,8 milliard, ou -23,4 %)... Au total, les déposants auront vu leur actif net fondre de 10,6 milliards en deux ans, de 7,6 milliards uniquement en 2002. Il y avait hémorragie !

Pourtant, au delà des résultats globaux, particulièrement désastreux en 2001-02, le rendement affiché par la Caisse dans son métier de base tenait très bien la comparaison. La dérive est venue de son intervention dans l'acquisition de Vidéotron par Quebecor, d'une surexposition à la bulle des valeurs technologiques et d'une gestion stratégique de répartition d'actif particulièrement malheureuse. Raison de plus, donc, pour revenir au mandat de base et s'accrocher à ce rôle de fiduciaire de l'épargne des déposants.

La contribution au développement économique du Québec se fera «de façon plus ciblée et cohérente avec notre mission première». Le numéro un de la Caisse ne balaie donc pas sous le tapis le segment dit des placements privés, là où on pouvait retrouver les interventions plus politiques ou stratégiques de l'institution. Après tout, elle a connu passablement de succès dans ce segment, avec un rendement de 15 %. Et il est reconnu de tous les autres gros joueurs de l'industrie qu'il y a plus d'argent à gagner dans le placement privé qu'en Bourse, une croyance d'autant plus vraie que l'univers des marchés financiers ne laisse miroiter que des rendements chétifs.

La Caisse s'y activera, à titre de banque d'affaires ou d'investisseur institutionnel, en accordant la priorité au rendement plutôt qu'à l'intérêt économique supérieur du Québec. Elle percera aussi le segment des arbitrages et des fonds alternatifs, soit celui des instruments financiers conçus pour n'offrir aucune corrélation avec le marché boursier et pour résister aux corrections.

Mais l'essentiel sera concentré dans les créneaux traditionnels. Au total, le volet investissement comptera six premiers vice-présidents qui, s'ajoutant aux cinq des services administratifs, relèveront directement d'Henri-Paul Rousseau. Imputabilité et responsabilisation des hauts dirigeants, donc. Deux valeurs qui viennent s'ajouter à la rigueur venant des trois comités du conseil d'administration mis en place au jour 1. On pense au comité de vérification, à celui des ressources humaines, d'éthique et de régie d'entreprise ainsi qu'à celui de gestion de risque.

Telle est la phase II du processus ayant mené au nouveau modèle d'affaires et à la structure simplifiée. Elle aura été précédée du grand coup de balai de décembre dernier, qui a retranché 14 % des effectifs et réduit de onze à trois le nombre de bureaux à l'étranger. On aura entre-temps mis la hache dans cinq filiales, dont Montréal Modes, refroidit les visées hollywoodiennes si chères au prédécesseur, favorisé une sortie ordonnée du marché du détail des fonds d'investissement et de la planification financière et mis un terme aux activités de fonds offerts aux investisseurs institutionnels.

Quant à la phase III ? «C'est l'avenir !», lance Henri-Paul Rousseau.



»» Paul Martin

La corde raide

Claude Picher
La Presse mardi 4 novembre 2003

Dans sa mise à jour annuelle, présentée hier au comité permanent des Finances, le ministre John Manley ne s'est pas gêné pour se péter les bretelles, et il n'a pas tort.

Les libéraux de Jean Chrétien ont été élus pour la première fois, il y a 10 ans, jour pour jour, aujourd'hui. Pendant cette période, il n'y a aucun doute que le Canada, sur le plan des finances publiques, a réussi un virage tout à fait remarquable.

Voyons plutôt.

Les libéraux ont hérité d'un déficit de 42 milliards; ils ont mis quatre ans à l'éliminer, mettant ainsi fin à 27 années consécutives de déficits; ensuite, pendant six ans, tous leurs budgets ont dégagé des excédents.

L'accumulation des déficits a débouché sur une dette énorme; or, les surplus ont été canalisés vers le remboursement de la dette, qui a ainsi diminué de 52 milliards. Cela signifie une économie annuelle de trois milliards en intérêts, somme qui peut être affectée à d'autres priorités; cette année, pour la première fois en 19 ans, Ottawa a versé plus d'argent en transferts directs aux citoyens qu'en intérêts sur la dette.

À cause de l'ampleur de la dette fédérale, l'épargne canadienne ne suffisait pas à financer l'ensemble des dettes publiques et privées, et le Canada est devenu de plus en plus dépendant de ses créanciers étrangers. En 1993, la dette extérieure du Canada atteignait 45 % du PIB, un niveau inacceptable pour un pays industrialisé. Aujourd'hui, cette proportion n'est plus que de 16 %. L'amélioration du Canada s'est faite parallèlement à la détérioration de la situation aux États-Unis; il y a 10 ans, l'épargne américaine parvenait à financer la presque totalité des dettes américaines; aujourd'hui, la dette extérieure américaine atteint 23 % du PIB.

Pour la première fois de l'histoire, la dette extérieure du Canada est inférieure à celle des États-Unis.

Cette année, le Canada sera le seul pays du G7 à dégager un excédent budgétaire; il y a 10 ans, la dette publique canadienne était la deuxième des pays membres du G-7, après l'Italie; aujourd'hui, le Canada est le pays le moins endetté, après le Royaume-Uni.

Peu importe l'angle sous lequel on aborde la question, les succès canadiens en matière d'assainissement des finances publiques sont indéniables.

M. Manley y va cependant un peu fort lorsqu'il attribue l'essentiel de cette amélioration aux libéraux.

Il n'y a aucun doute que Paul Martin, architecte de ce redressement, a été un excellent ministre des Finances. Mais il a été favorisé par deux phénomènes dont il n'est aucunement responsable: la désindexation des tables et de crédits d'impôts, décidée par le ministre conservateur Michael Wilson, et une conjoncture économique favorable.

Il y a 10 ans, lorsque Paul Martin s'est installé dans le fauteuil de ministre des Finances, son prédécesseur, Don Mazankowski, avait budgété des recettes de 116 milliards, et des dépenses de 158 milliards, pour un déficit de 42 milliards. Comme on l'a vu plus haut, M. Martin mettra quatre ans à éliminer ce déficit, mais il attendra jusqu'en 2000 pour annoncer ses baisses d'impôts. Pendant cette période, les recettes de l'État, provenant presque exclusivement des taxes et des impôts, sont passées à 160 milliards, une hausse de 44 milliards par rapport au budget Mazankowski. Les dépenses, de leur côté, atteindront 157 milliards, seulement un milliard de moins. C'est ainsi qu'on est passé d'un déficit de 42 milliards à un surplus de trois milliards, un revirement de 45 milliards, les contribuables fournissant à eux seuls 44 milliards.

Certes, si on tient compte de l'inflation, les dépenses du gouvernement ont réellement diminué: il y a eu des mises à pied, des compressions dans les budgets de la défense et de l'aide internationale, dans les transferts aux provinces, dans les subventions aux agriculteurs et aux entreprises, dans le financement de Radio-Canada et des autres sociétés d'État. Mais tous ces efforts de compression, comme on vient de le voir, ne sont que piqûres de maringouins à côté des sacrifices exigés des contribuables.

Or, à part l'imposition de deux surtaxes et quelques modifications mineures au régime fiscal, il n'y a eu aucune hausse significative des taux d'imposition pendant cette période. L'explosion des recettes fiscales s'explique donc surtout par la désindexation du conservateur Michael Wilson ( maintenue jusqu'en 2000 par M. Martin ) et par une bonne croissance économique, phénomène sur lequel le ministre des Finances n'a qu'une emprise limitée. Cela n'enlève rien au mérite de Paul Martin qui a eu l'habilité de profiter au maximum d'une situation favorable.

Autant le redressement a été spectaculaire, autant l'avenir semble incertain. En fait, la mise à jour ne le dit pas aussi crûment, mais les finances fédérales risquent d'évoluer sur la corde raide au cours des prochaines années.

Pour l'exercice en cours, M. Manley, conformément à la sage habitude de son prédécesseur, a prévu une réserve pour éventualités de trois milliards. En outre, le gouvernement fédéral prévoyait verser deux milliards aux provinces pour le financement des soins de santé, à même les montants qui excéderaient cette réserve.

Or, toute une série d'événements malheureux ( SRAS, vache folle, pannes d'électricité en Ontario, catastrophes naturelles en Colombie-Britannique ), ainsi que la brusque hausse du huard, ont contribué à affaiblir la performance de l'économie canadienne. Même la réserve pour éventualités a été entamée; il y reste encore 2,3 milliards. Comme les besoins dans les provinces sont criants, le ministre a décidé que s'il reste encore de l'argent dans les coffres à la fin de l'exercice, il sera distribué aux provinces jusqu'à concurrence de deux milliards.

Pouf, le surplus, pouf, la réserve.

Pour les deux prochaines années, on prévoit rétablir la réserve à son montant habituel de trois milliards, mais on ne prévoit pas de mesure de prudence économique avant 2006-2007. En clair, cela signifie que le ministre des Finances dispose de trois milliards par année pour faire face à la conjoncture.

Or, chaque fois que la croissance économique baisse d'un point de pourcentage, les recettes fiscales du gouvernement diminuent de 1,9 milliard, pendant que ses dépenses augmentent de 600 millions. Il en résulte donc un trou de 2,5 milliards, ce qui pulvériserait 83 % de la réserve. Il faut aussi dire que le raisonnement contraire s'applique; si la croissance accélère, les revenus de l'État augmentent et les dépenses diminuent.

Depuis six ans, le gouvernement fédéral a enregistré d'énormes surplus, qui ont largement contribué à diminuer son endettement. C'est très bien. La mise à jour de John Manley nous apprend que cette période de vaches grasses est terminée. Cela n'augure rien de bon à un moment où le Canada, avec sa population vieillissante, s'apprête à affronter une explosion sans précédent de ses dépenses de santé.

La Presse en campagne pour Paul Martin

Claude Piché vante Paul Martin au sujet de sa lutte au déficit (La Presse, 4.11.2003) : «virage tout à fait remarquable… les succès canadiens sont indéniables… Paul Martin a été un excellent ministre des Finances… l’habileté de profiter au maximum d’une situation favorable… redressement spectaculaire… sage habitude».

Dans son panégyrique, M. Picher réalise le tour de force de ne faire aucune mention des deux principales mesures qui ont permis à Paul Martin d’atteindre le déficit zéro : les coupures dans les transferts aux provinces (tout en conservant les impôts) et le pillage de la caisse de l’Assurance-emploi.

Et La Presse publie cette «information» en première page. Nul doute que, pour ce quotidien de Propagande Canada, la campagne électorale fédérale est déjà commencée.

Claude Boulay, 6.11.2003





TRIBUNE LIBRE




TRIBUNE LIBRE

La question nationale - sommes-nous bien certains d’être Québécois ?

Sylvain Maréchal
TRIBUNE LIBRE Le 6 novembre 2003

Montréal, le 5 novembre 2003.

Elle refait surface. Mais elle ne nous a bien entendu jamais quittés. Elle a toujours été très présente. Pourtant, ma plus grande peur est qu’elle s’efface avant de donner fruit. Serait-elle un boulet que nous traînons depuis si longtemps qu’on n’en ressentirait plus le poids ?

***

De cette question nous avons en effet l’habitude. Tellement qu’on peut se demander s’il ne s’agit finalement que de s’interroger pour s’interroger. Se pourrait-il qu’une profusion d’analyses ne serve qu’à repousser l’évidence ? Qu’à retarder l’échéance ? Qu’à masquer le problème ?

C’est l’arbre qui cache la forêt.

***

Car il s’agit moins d’une « question » que d’un problème. Mais que peut donc marquer cette substitution ?

Simple : il n’y a pas de problème. Il n’y a pas de lutte. Il n’y a pas de domination.

Le problème national au Québec (note 1) me rappelle ce tableau de Magritte intitulé « Ceci n’est pas une pipe ». Ceci n’est pas un problème.

***

Il y a deux manières d’en finir avec un problème de cette nature : la première est d’en trouver la solution, la deuxième est de le faire « disparaître ».

Les conditions objectives créant le problème peuvent bien exister tant qu’elles voudront, c’est le regard que nous portons sur elles qui détermine s’il y a problème ou non.

Se pourrait-il que nous ayons cessé d’y voir un problème ? Se pourrait-il alors que le problème « disparaisse » avant d’avoir trouvé sa solution ?

Et que se passe-t-il si le problème national du Québec s’efface avant même que ce peuple n’existe réellement ? Je veux dire exister sans demander permission, sans chercher son ombre dans le regard de l’autre, vivre sans scrupules selon sa propre volonté et sa propre personnalité ? Eh bien, dans ce cas, il faudrait conclure que ce peuple n’a jamais existé et qu’il n’existera jamais. Qu’il a choisi, consciemment ou non, d’être un autre.

Car aucun autre peuple que les Québécois eux-mêmes ne peut être québécois. Le devoir d’être Québécois nous incombe à nous et à aucun autre peuple ou nation.

***

Donc il n’y aurait pas de problème (note 2).

Nous sommes un grand peuple. Nous avons vaincu la « Grande noirceur ». Nous nous sommes libérés de l’emprise du clergé. Il n’y a plus d’« Anglais ». Nous ne sommes plus des porteurs d’eau. Nous sommes modernes. Notre culture est dynamique. Nous vivons dans le confort le plus assuré. Nous n’avons pas de ressentiment. Nous ne sommes plus opprimés. Nous sommes une société distincte. La langue française fleurit sous nos pas de porteurs de liberté.

Mais pourtant certains ont des doutes…

Certains ont le sentiment que notre culture et notre histoire s’effacent. Que nous sommes encore dominés. Que nous sommes annexés. Que notre identité est usurpée. Que notre rapport au passé est problématique. Que nous sommes isolés. Que nous sommes trompés. Que nous ne nous aimons pas tels que nous sommes, tels que nous croyons avoir été. Que nous vivons de mythes compensatoires. Que nous passons plus de temps à tenter de nous définir qu’à simplement vivre. Que nous tournons en rond. Que nos valeurs sont trop individualistes. Que notre nationalisme est superficiel. Que notre pouvoir s’amenuise. Que nous manquons de moyens. Que notre poids politique diminue. Que notre démographie est mal en point. Que nous sommes en voie de canadianisation. Que notre rectitude politique anesthésie la pensée. Que les médias penchent presque tous du même bord (sous couvert d’objectivité). Que nous sommes mal situés. Que nous continuons d’espérer qu’on nous tende la main.

***

Rien de bien spectaculaire. Rien qui ne se laisse facilement deviner. Rien qui ne semble demander une réponse immédiate. Rien qui ne se laisse facilement voir en première page des journaux ou dans les manchettes à la télé.

Mais s’il y avait, par le plus grand hasard, un tout petit fond de vérité là-dedans ?

Il ne s’agit pas de se diminuer. Il ne s’agit pas de nier les progrès réalisés. Mais il faut cesser de jouer à l’autruche. Il faut cesser de croire qu’il n’existe pas autre chose. Car pour évaluer la réussite, il faut aller au-delà des apparences (confort, réussite matérielle, épanouissement individuel, absence de conflits spectaculaires, etc.).

Car enfin c’est aussi de sens qu’il s’agit ici. Quelle est la valeur de la nation ? Quel sens y a-t-il à se dire Québécois ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

À l’heure où les premiers ministres canadiens sont Québécois.

À l’heure où la question nationale est devenue une question constitutionnelle.

À l’heure où la « loi 101 » est une grande loi canadienne.

À l’heure où la langue française a du mal à s’imposer ailleurs que dans l’affichage à Montréal.

À l’heure où Camille Laurin est un grand Canadien.

À l’heure où les Québécois continuent d’espérer au Canada dont ils sont les seuls à rêver (et qu’en un sens ils incarnent déjà – le Canada mythique de Trudeau, c’est le Québec !).

À l’heure où la « ferveur souverainiste » ne s’allume vraiment que lorsque l’on veut bien signifier notre frustration de ne pas être reconnus.

À l’heure où nous vivons depuis plus de vingt ans avec une constitution que nous ne reconnaissons pas.

À l’heure où on a dit « NON » par deux fois.

À l’heure où l’on croit sincèrement à la vertu de nos voisins canadiens.

À l’heure où l’on se soucie davantage de la fédération canadienne que les Canadiens eux-mêmes.

À l’heure où Céline Dion triomphe en anglais comme chanteuse québécoise à Las Vegas.

À l’heure où le fédéralisme est perçu comme une panacée à tous les problèmes.

À l’heure où l’on se suicide plus que partout ailleurs.

À l’heure de l’obsession multiculturaliste et de l’apologie du métissage culturel.

À l’heure où l’on commence à avoir des scrupules sérieux à propos de notre histoire.

À l’heure où le mot « week-end » fait tellement plus branché.

À l’heure où « my Canada includes Quebec ».

À l’heure où l’anglais est un outil de promotion sociale indispensable.

À l’heure où les anglophones sont ouverts, parlent couramment le français et deviennent de plus en plus souvent nos amis.

À l’heure où l’on se soucie davantage du bilinguisme canadien que les Canadiens eux-mêmes.

À l’heure où le Bloc québécois veille au grain à Ottawa et que le Parti québécois est mis de nouveau sur la glace du bon gouvernement de rechange ou du pouvoir de négocier.

À l’heure où les Canadiens feraient de bons partenaires s’ils pouvaient nous reconnaître tout en sachant que nous nous arrogeons le droit de claquer la porte si l’envie nous en prenait.

À l’heure où les souverainistes pratiquent le jovialisme « reconfédéraliste » après avoir donné dans le jovialisme « associationniste ».

À l’heure où les fédéralistes pratiquent le jovialisme constitutionnel.

À l’heure où d’autres cherchent la troisième voie.

À l’heure où l’on folklorise les fondements de notre culture.

À l’heure où Stéphane Dion reconnaît l’existence de la nation québécoise (sans toutefois croire que celle-ci doive nécessairement devenir souveraine).

À l’heure où l’aéroport de Montréal porte le nom d’un grand Québécois.

Etc.

***

Quel sens y a-t-il à se dire Québécois dans un tel contexte ? Je ne le sais pas (note 3). Mais il se pourrait que celui-ci soit en voie de se perdre. Pas de problèmes. Pas de lutte. Pas d’ennemis. Pas de domination. Pas d’urgence. Il y a des signes d’enlisement : on s’interroge surtout pour le plaisir de s’interroger, on masque les problèmes plus qu’on les explique, on pratique un neutralisme bienveillant. Pendant ce temps le problème national piétine. Le pour et le contre s’embrouillent. La distance semble s’effacer entre les points de vue qui s’opposent. Il y a toujours et il y aura toujours des avis contraires. La difficulté survient lorsque ces avis convergent sans que les conditions objectives n’aient changé. On peut alors dire que le problème national est en voie de devenir insignifiant (sans signification). Dans ces conditions, on peut anticiper sa neutralisation, sa disparition, son occultation prochaine.

Il se peut donc qu’à terme le travail pour l’existence réelle, pleine et entière du Québec devienne complètement déphasé, obsolète (certains le croient déjà). Non pas parce que ce travail puisse d’une quelconque manière se démoder mais bien parce que nous n’en arriverons alors plus à en penser les enjeux, que notre vocabulaire n’arrivera plus à en exprimer correctement l’essence, que nous en aurons perdu le sens. Que tout ça sera plus ou moins devenu sans objet. Parce que nous aurons, consciemment ou non, malgré nous ou non, fait disparaître le problème sans pour autant l’avoir résolu. Et avec lui, tout le sens qu’il y a à se définir comme Québécois.

Et que se passerait-il dans ces conditions ? C’est peut-être là le côté le plus tragique de notre condition : il se pourrait que nous nous effacions dans la plus complète indifférence.

On pourrait appeler « assimilation » ce phénomène.

***

Le Canada est un piège insidieux. Nous sommes pris dans ce piège inextricable (dont la structure nous est devenue presque transparente – les barreaux sont invisibles – la cage est dorée). Il est du devoir des nationalistes de tous les horizons de le bien faire comprendre (note 4). Mais il ne s’agit pas « seulement » de prôner l’indépendance (note 5). La nécessité de l’indépendance devrait s’imposer lorsque le problème national sera reconnu comme tel et, avec lui, la valeur de la nation. Il s’agit de mettre à jour, de révéler (et de cultiver) cette part que présuppose implicitement l’indépendantisme conséquent : le sens de la nation (note 6). Autrement, indépendance ou non, on restera toujours dans le doute : sommes-nous bien certains d’être Québécois ?

Notes :

(1) Le « problème national » est en fait un ensemble de problématiques nationales qui accompagnent la vie d’une nation et qui en recouvrent tous les aspects : statut, langue, immigration, démographie, économie, culture, identité, politique, etc. En d’autres mots, le problème national dépasse le cadre de la détermination du statut politique de la nation. Bien sûr, le problème du statut politique en est un élément clé.

(2) Pour être exact (et quelque peu sarcastique), je dirais plutôt qu’il en existe un qui soit encore reconnu comme tel : il s’agit de la présence de ceux qui, comme moi, voudraient justement qu’il y ait encore un problème. Plus précisément : ceux qui s’acharnent encore (en 2003 !) à ne pas « tourner la page » et qu’on appelle aussi les « nationaleux ».

(3) Et que peut bien vouloir dire la « popularité » de la « souveraineté » dans un tel contexte ? Prenons garde de ne pas prendre nos rêves pour la réalité. J’en profite d’ailleurs pour dénoncer à ce sujet le jovialisme souverainiste : les souverainistes sont loin d’échapper à ce travers que j’essaie de décrire dans ce texte. Quant aux indépendantistes, ils doivent se garder d’imaginer que l’indépendance va apporter une solution à tous les problèmes.

(4) Un exemple. On pourrait fort bien, en arrondissant quelques coins, concevoir de bonne foi l’histoire du Canada comme celle d’une cohabitation difficile (les ennuis étant inévitables) mais relativement pacifique (les faits tendent d’ailleurs à le prouver) entre deux peuples qui partagent un même territoire politique et géographique. Il ne s’agit alors pas de nier l’annexion, mais de prétendre que celle-ci soit devenue « sans objet » à travers le développement de notre histoire commune. C’est une conception qui est assez répandue au Québec.

Comment opposer à cette conception une alternative crédible et valable ? Comment, dans un contexte d’annexion comme le nôtre, donner un sens à l’histoire commune ? Comment surmonter l’ambiguïté de l’analyse historique ? Le défi est immense.

(5) L’indépendance n’est pas une fin mais un moyen. Elle est un déterminant fondateur, nécessaire et central pour le statut de la nation, mais elle ne saurait être le but de l’aventure. Rappelons (cf. note 1) que le problème national est en fait un ensemble de problématiques nationales incluant celle du statut politique de la nation. Indépendance ou non, ces problématiques ne cesseront pas toutes d’exister. En ce sens, l’indépendance est une solution partielle (inaugurale, si l’on peut dire) au problème national. Solution partielle mais centrale dans la mesure où elle élimine la subordination, l’annexion politique. Bien évidemment, elle offre de meilleurs moyens pour s’attaquer aux autres problématiques. C’est déjà beaucoup, c’est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant pour en faire une fin (en d’autres mots : c’est une condition nécessaire, mais non suffisante).

Dans cette perspective, l’indépendantisme ne saurait être confondu avec le nationalisme qui peut être conçu comme une recherche permanente et cohérente de solutions sensées (porteuses de sens) aux problématiques nationales qui ne cessent d’accompagner une nation tout au cours de sa vie. On ne peut pas réduire le nationalisme à l’indépendantisme.

Au fond ce que je dis ici est simplement que la question du sens, qui m’apparaît très importante et qui constitue selon moi le fondement même du nationalisme (donner du sens à la vie de la nation), continuera de se poser, certes en d’autres termes, mais elle continuera tout de même de se poser après l’indépendance. Autrement dit, on peut vivre dans l’insignifiance, dans l’indifférence et sans boussole tout en étant indépendant.

(6) Utopique ? Je ne le crois pas. Car ce sens, je l’ai en moi-même développé assez récemment et je crois sincèrement (mais peut-être ai-je tort) qu’il est accessible à tous.