
»» défusion et langue
La communauté anglophone s’en prend à Pierre Bourque
André Beauvais
— Journal de Montréal 08/11/2003
Le débat sur les défusions a pris un bruyant virage linguistique et les lieutenants anglophones de Gérald Tremblay dénoncent Pierre Bourque avec fureur.
L’ancien maire est en train de se mettre à dos toute la communauté anglophone. et plusieurs maires de l’Ouest-de-l’Île estiment qu’il n’a plus de crédibilité et qu’il doit démissionner de son poste.
Récemment, Pierre Bourque a versé de l’huile sur le feu «linguistique» en déclarant à l’hebdo francophone de l’ouest de Montréal, Cité Nouvelles, que «la nouvelle ville était dirigée par la communauté anglophone qui ne veut pas en donner trop au centre-ville».
L’ex-maire reprochait aux élus de l’Ouest de se méfier encore de Montréal. Peu de temps après l’entrée en scène de l’unilingue anglaise Anne Myles, à Baie-d’Urfé, les déclarations de Bourque ont eu l’effet d’une bombe dans le West Island.
Depuis quelques jours, ce sont les anglophones qui montent aux barricades.
Les gros canons du comité exécutif comme Robert Libman et Peter Yeomans multiplient leurs interventions dans les journaux, à la radio et à la télévision.
Peter Yeomans a déclaré que les propos de Bourque sont «insultants» pour la communauté anglophone.
Force des Anglais
Robert Libman dénonce avec véhémence les déclarations du chef de l’opposition mais il déclare dans l’hebdo anglais Suberban que les communautés anglaises ont acquis «une influence et un pouvoir politique considérable à la grandeur de l’île».
Hier, le quotidien The Gazette y est allé d’un éditorial très dur à l’endroit de Pierre Bourque, rappelant que c’est «lui et ses amis du PQ» qui ont imposé la fusion à la banlieue et qu’il est train d’en faire un débat linguistique.
Le journal le qualifie d'«absurde» de secouer inutilement les vieilles tensions entre les deux communautés linguistiques.
Marvin Rotrand, conseiller associé du maire Gérald Tremblay pour les questions de démocratie, demande à Bourque de démissionner parce qu'«il ne pourra plus jouer aucun rôle sur la survie de Montréal».
Pierre Bourque a tenté de manifester sa bonne foi hier, à l’endroit de la communauté anglophone, en disant qu’il n’avait jamais voulu insulter personne. Il a dit regretter les «interprétations» que certaines personnes ont faites de ses déclarations.

»» réingénierie-partisanerie
Les jobs de bras
Michel David
Le Devoir samedi 8 et dimanche 9 novembre 2003
Le premier ministre Jean Charest n'a pas choisi le meilleur exemple en comparant la liquidation de la présidente de l'Agence métropolitaine de transport (AMT), Florence Junca-Adenot, au sort que le gouvernement Parizeau avait réservé à Lise Thibault, évincée de l'Office des personnes handicapées pour faire place à Denis Lazure, qui avait ressenti son exclusion du cabinet comme une trahison après la victoire péquiste de 1994.
Il est vrai que la nomination de M. Lazure avait suscité d'assez vives réactions à l'époque. Les libéraux semblaient avoir oublié que Mme Thibault, une candidate du PLQ, avait également bénéficié d'une nomination politique. De leur côté, les jeunes militants péquistes estimaient qu'à 70 ans, M. Lazure aurait plutôt eu droit à une retraite bien méritée.
Personne ne pouvait cependant nier que M. Lazure avait toute la compétence nécessaire pour occuper cette nouvelle fonction. C'est lui qui avait créé l'Office des personnes handicapées, en 1978, alors qu'il était ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Lévesque. Il en était demeuré responsable jusqu'à sa démission, en décembre 1984.
Selon la ministre déléguée aux Transports, Julie Boulet, celui qui remplacera Mme Junca-Adenot à l'AMT, Joël Gauthier, est un «excellent gestionnaire», mais ses longs états de service au PLQ, de la présidence de la commission jeunesse à la direction générale du parti, sont ses seules références.
Il est vrai que Mme Junca-Adenot n'en connaissait pas plus long sur les transports que M. Gauthier quand elle était débarquée de l'UQAM, en 1996, après sa tentative malheureuse de succéder à Claude Corbo au poste de recteur, mais tout le monde s'accorde à dire qu'elle a fait du bon travail à l'AMT.
Jeudi à l'Assemblée nationale, Mme Boulet a parlé en termes très vagues de «changement d'orientation» et de «modernisation». Concrètement, le gouvernement a-t-il des projets auxquels Mme Junca-Adenot se serait opposée ?
Pas plus tard que la semaine dernière, l'AMT avait organisé un colloque sur le thème suivant : «L'apport du partenariat public-privé aux transports collectifs.» Clairement, il s'agit là d'un secteur propice à la «réingénierie». L'arrivée de M. Gauthier n'est certainement pas de nature à rassurer ceux qui s'inquiétaient déjà de voir l'exercice profiter aux amis du régime.
***
Si brutale qu'elle soit, une exécution de ce genre a au moins le mérite d'être expéditive. Certains privilégient des méthodes plus sournoises. Le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, qui s'était déjà signalé par son absence de scrupules quand il siégeait dans l'opposition, semble être un de ceux-là.
Depuis sa nomination, il paraît déterminé à obtenir la tête du président de Recyc-Québec, Jean-Maurice Latulippe. Se disant insatisfait des chiffres présentés dans le bilan de recyclage pour l'année 2002, qu'il estimait beaucoup trop optimiste, M. Mulcair avait remis en cause la méthodologie utilisée par Recyc-Québec et demandé à la firme de comptables Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) de procéder à une vérification. Tout le monde comprendrait sans difficulté qu'on se débarrasse de quelqu'un qui tripote les chiffres.
Le problème est que le rapport de RCGT n'a pas donné les résultats escomptés. Il conclut au contraire que «la méthodologie utilisée par Recyc-Québec est adéquate». Il est vrai que des lacunes ont été constatées dans les données transmises par «certains intervenants» parmi ceux qui ont été sélectionnés aux fins de l'enquête, mais rien n'autorisait le ministre à qualifier le rapport d'«accablant». La disproportion entre ce qualificatif et les conclusions de RCGT laisse pour le moins perplexe.
M. Mulcair assure qu'il ne s'agit pas d'une question de personnalité, mais on ne voit pas en quoi la liquidation de M. Latulippe serait plus justifiée que celle de Mme Junca-Adenot, si ce n'est qu'ils ont en commun le tort d'avoir été nommés par le gouvernement péquiste. Il est vrai que les libéraux ont encore de nombreux amis à placer. À moins qu'il ne s'agisse, là encore, d'un cas de «réingénierie». Le ministre a parlé de nouvelles «façons de faire». Bien des enfouisseurs privés seraient sans aucun doute disposés à lui en proposer.
***
Les péquistes sont mal placés pour donner des leçons. Leur retour au pouvoir, en 1994, avait donné lieu à une purge en règle. Les têtes avaient rapidement roulé à Hydro-Québec, à la Caisse de dépôt, à Radio-Québec, à la Régie de l'assurance-maladie, etc. Un gouvernement a le bras long. Ainsi, à l'époque, une vieille inimitié entre le nouveau ministre des Finances, Jean Campeau, et le président de Domtar, Pierre Desjardins, avait valu son renvoi à ce dernier. Moyennant une compensation royale, il est vrai.
Jean Charest évoquait jeudi le cas de l'actuelle ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Michelle Courchesne, mais elle n'était qu'une sous-ministre parmi de nombreux autres à se faire remercier ou tabletter.
Il ne faut pas nécessairement crier au scandale. Pour certains postes clés, qui exigent une acceptation sans réserve des orientations gouvernementales, la partisanerie peut devenir un critère d'embauche. Le problème est qu'on en abuse.
Il y a parfois des exceptions, dont M. Mulcair pourrait peut-être s'inspirer. Par exemple, Denys Jean, qui avait fait carrière dans les cabinets libéraux avant d'être nommé sous-ministre adjoint à l'Environnement en 1991, avait été élevé au rang de sous-ministre en titre aux Affaires municipales par Bernard Landry. Rassurez-vous, il y est toujours.
mdavid@ledevoir.com

»» Paul Martin
Les relations fédérales-provinciales - « J'ai besoin du Québec »
Paul Martin parle beaucoup des villes mais moins des provinces
Manon Cornellier
Le Devoir samedi 8 et dimanche 9 novembre 2003
Ottawa - Le 6 août 1998, Paul Martin est invité à faire un discours devant le Couchiching Institute on Public Affairs sur le thème du Canada du XXIe siècle. Le sujet lui plaît et il s'amuse à imaginer ce que serait le Canada en 2026. Parmi ses rêves, celui d'«un pays fort et unifié où les succès communs et l'optimisme mutuel auront émoussé la ferveur des séparatistes québécois et réuni les Canadiens et Canadiennes sous la bannière de l'appartenance nationale».
Cinq ans plus tard, alors qu'il est sur le point de devenir premier ministre, comment Paul Martin compte-t-il arriver à destination ? Difficile à dire. À part sa volonté de dialoguer avec les provinces, de privilégier la coopération au détriment de l'affrontement, il n'a mis aucune solution en avant, sinon la promesse de tenir une conférence annuelle des premiers ministres.
Depuis un an et demi, Paul Martin parle beaucoup des villes et de la nécessité pour le fédéral d'établir une nouvelle relation avec elles, de cesser de croire qu'«Ottawa knows best». C'est en fait le dossier en matière de relations intergouvernementales qu'il a le plus approfondi.
Pour les provinces, cependant, il est bien difficile de prédire l'avenir au-delà du changement de climat. Sur le plan très concret, on ne sait que deux choses : deux «non» ont été opposés au Québec. Non à une révision de la Loi sur la clarté et non à une reconnaissance de l'existence d'un déséquilibre fiscal.
En fait, son discours sur les provinces a davantage été modelé par des considérations électorales. Déterminé à mettre fin à la faiblesse traditionnelle des libéraux dans l'Ouest, il s'est montré très attentif aux préoccupations de cette région durant la campagne qui s'achève. À chaque détour, il a insisté sur la nécessité pour les libéraux de «mériter la confiance» de cette région afin d'atténuer son sentiment d'aliénation. Il est vrai cependant qu'il n'a jamais dit en termes concrets comment il entendait y arriver, à part promettre d'être davantage à l'écoute. Il assure par ailleurs que la voix de l'Ouest sera inévitablement mieux entendue grâce à la réforme parlementaire qu'il préconise en vue de donner plus de pouvoirs aux députés.
Par rapport au Québec, il a adopté une autre approche. Pas de discours insistant sur la nécessité de reconnaître la différence québécoise. Lors du débat des candidats au leadership à Saint-Hyacinthe, il a usé de la vieille formule voulant que Canadiens et Québécois en aient assez «des vieilles chicanes», que «le génie québécois renforce l'identité canadienne», qu'il faut «un gouvernement qui va tourner la page». Là encore, pas un mot sur le sens profond de ses déclarations ni sur les moyens précis qu'il entend prendre pour qu'elles deviennent réalité.
Il a seulement lancé un appel. «Pour y arriver, j'ai besoin du Québec.» Il l'a fait au moins sans exclure personne. «Peu importe le parti qu'ils ont appuyé dans le passé, j'invite tous les Québécois à se joindre à nous parce que ensemble nous pourrons marquer l'histoire.»
Les temps ont changé
Tout est peut-être affaire de contexte, mais la différence avec la campagne au leadership de 1990 est frappante. En pleine saga de l'Accord du lac Meech, il s'était mouillé sans hésitation en faveur de l'entente. Partout, il offrait la Révolution tranquille en exemple, une révolution qu'il découvre en s'établissant au Québec en 1966.
«Son modèle d'action gouvernementale, il s'appelle Jean Lesage. Un modèle de gouvernement activiste et réformateur», résume un de ses conseillers de l'époque. Ce ne sont pas nécessairement les politiques de l'époque qui le fascinent, mais la capacité d'une société de se prendre en main et de tout chambouler en une génération, expliquait-il cet été au Devoir.
Paul Martin n'a pas perdu son admiration, depuis cette campagne de 1990, mais il a adopté des mesures qui ont fait mal aux provinces. Comme ministre des Finances, il a transformé les transferts aux provinces de façon à laisser à celles-ci plus d'autonomie, mais il les a réduits de façon draconienne, provoquant une onde de choc dont on ressent encore les effets dans les trésoreries provinciales, dans les systèmes de santé, d'éducation postsecondaire et d'aide sociale. C'est aussi lui qui a éliminé du calcul des transferts la formule de calcul qui rendait leur croissance prévisible. Et il ne s'est toujours pas engagé à corriger la situation malgré la demande pressante des provinces depuis des années.
Ses discours des derniers mois et le fait qu'il ait approuvé cette semaine la décision du gouvernement d'utiliser les surplus pour le financement de la santé et non pour le remboursement de la dette ont mis les provinces dans de bonnes dispositions à son égard. Les premiers ministres provinciaux, qui le rencontreront dimanche prochain en marge du match de la coupe Grey, espèrent d'ailleurs que ce sera l'occasion d'amorcer «une nouvelle ère de coopération» avec Ottawa.
Il en aura bien besoin car il a des plans qui exigeront l'appui des provinces. Ces projets sont bien vagues, il est vrai, mais on sait qu'il veut agir dans le domaine de l'apprentissage, de l'éducation continue, de la petite enfance, du logement abordable. Sa promesse la plus claire consiste à conclure un pacte fiscal avec les municipalités pour leur transférer une partie de la taxe sur l'essence et ainsi leur assurer une source stable de financement, condition essentielle pour des investissements à long terme dans les infrastructures. Mais comme il le reconnaît lui-même, les villes sont des créations des provinces et il faudra s'entendre avec elles.
La vérité est que les relations fédérales-provinciales ne sont pas un sujet de préoccupation en soi pour l'équipe Martin. Aucun des groupes de réflexion sur les politiques qu'il a mis sur pied ne se penche de façon exclusive sur cette question. On préfère la soulever à chaque table sectorielle, selon les sujets abordés, assure-t-on dans son entourage.
Pas de réponse par conséquent sur le Conseil de la fédération que sont en train de mettre sur pied les provinces. Pas davantage de signaux sur sa position sur l'accord sur l'union sociale que le Québec n'a pas signé, ni sur sa revendication traditionnelle d'un droit de retrait, avec pleine compensation financière, des programmes fédéraux dans un domaine de compétence exclusive des provinces. Rien non plus sur l'encadrement du pouvoir de dépenser. Les quelques paramètres contenus dans l'accord sur l'union sociale pourraient-ils être revus et renforcés par Paul Martin pour mieux répondre aux attentes des provinces ? Nul ne le sait.
Québec, un acquis ?
À quoi attribuer ces silences ? Difficile de le dire, mais plusieurs pointent son organisation. Elle est en réalité partagée en deux : une équipe pour l'ensemble du pays, située à Ottawa et très influente, et une équipe au Québec qui opère de façon autonome, qui influe sur certains dossiers mais qui s'est beaucoup tenue à l'écart des luttes intestines les plus vicieuses des dernières années. Il a d'ailleurs été critiqué pour l'absence quasi totale de conseillers québécois au sein de son organisation d'Ottawa, ce qui l'agace et irrite ses organisateurs québécois.
«Le meilleur conseiller de Paul Martin sur le Québec a toujours été Paul Martin en tant que Québécois», affirme son principal conseiller pour le Québec, l'ancien député Dennis Dawson. Il note que M. Martin vit au Québec depuis presque 40 ans, qu'il y a ses réseaux de contacts et ses antennes.
A-t-il tendance cependant à tenir pour acquis l'appui des Québécois auprès de qui il est populaire ? M. Dawson s'en défend, mais un Québécois souvent consulté par Paul Martin, et qui préfère garder l'anonymat pour des raisons professionnelles, s'en inquiète.
«On a été tenus un petit peu pour acquis au Québec parce que, de toute façon, se dit-on, il va gagner 60 sièges à la prochaine élection. Même si on développait la machine davantage, ça donnerait quoi ? C'est inquiétant», dit-il.

»» Jean Chrétien
Le départ de Jean Chrétien - La fin de l'ère Trudeau, dit Landry
PC samedi 8 2003
Gatineau - Au lendemain des adieux du premier ministre Jean Chrétien à la Chambre des communes, le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a dit souhaiter que ce départ corresponde à la fin de la ligne dure du fédéral à l'endroit du Québec.
«J'espère que [ce départ] marque la fin d'une époque, l'époque Trudeau, qui a été la négation de ce qu'a été le Québec», a déclaré M. Landry, lors d'un point de presse en marge d'un discours sur la souveraineté prononcé devant des étudiants de l'Université du Québec en Outaouais.
Selon le chef péquiste, la retraite imminente du premier ministre du Canada sonnera la fin de l'approche développée par Pierre Elliott Trudeau dans les relations entre Ottawa et Québec, une approche reprise par M. Chrétien.
«Trudeau a inventé la doctrine, Chrétien l'a propagée avec un brio dont tout le monde reconnaît qu'il était moindre, mais c'étaient des doctrinaires», a poursuivi M. Landry, pour qui le premier ministre Chrétien «a fait sa carrière politique sur le dos du Québec».
Le premier ministre Jean Chrétien a tiré sa révérence au Parlement, jeudi, en sa dernière présence aux Communes. La semaine prochaine, son successeur, Paul Martin, sera consacré chef du Parti libéral du Canada. Le «p'tit gars de Shawinigan» n'a cependant pas fait son dernier tour de piste puisqu'il demeure premier ministre. Il n'a pas encore annoncé la date officielle de son départ, qui aura lieu au plus tard en février. Les rumeurs veulent toutefois que ce départ soit devancé.
Ce changement de garde à Ottawa ne transporte pas d'enthousiasme M. Landry, mais cet ardent défenseur du Québec et de la souveraineté reconnaît entretenir de l'espoir. Contrairement à Trudeau et Chrétien, il croit M. Martin moins «doctrinaire» sur la question québécoise.
«Paul Martin a une belle chance de dire : oui, je reconnais l'existence de la nation québécoise, a déclaré M. Landry. On verra, c'est le premier pas. Mais tant qu'il nous considérera comme une simple province, il va être en dehors de la réalité.» Jusqu'à présent, le futur premier ministre s'est fait discret sur cette question controversée.
Cette certaine ouverture de M. Landry à l'endroit de la position de Paul Martin envers le Québec n'est cependant pas généralisée. Dans son discours devant les étudiants, le chef de l'opposition officielle à Québec n'a pas manqué de dénoncer des décisions et des agissements de M. Martin, notamment toute sa stratégie pour pousser Jean Chrétien à la porte de son parti.

»» Jean Chrétien
The secrets of Chrétien's success
PM cultivated step-by-step style In the process, he remade Canada
EDDIE GOLDENBERG
Eddie Goldenberg is Jean Chrétien's long-time adviser
The Toronto Star Nov. 8, 2003
OTTAWA—In early May of 1972, at the end of my first year of law school, I began what I expected to be a four-month summer job in the office of a relatively obscure federal cabinet minister.
I never would have predicted then that my summer job would last, in one way or another, for almost 32 years. That my career would be intertwined with one of the most fascinating careers in Canadian politics.
Or that I would be able to see from the inside the workings of almost every department of government, the Prime Minister's Office and leadership, referendum and election campaigns.
But no one at that time would have predicted that Jean Chrétien, the 18th of 19 children from a working-class family in Shawinigan, Que., then a 38-year-old member of Parliament, who had no roots in the Liberal party establishment and who was just the minister of Indian affairs and northern development, was on the verge of one of the most extraordinary journeys in Canadian public life. A journey that would take him through most of the departments of governments and to the Prime Minister's Office, where he would govern with remarkable success for 10 years. When Chrétien entered politics in 1963, no one would have predicted the range of his accomplishments over the next 40 years.
From a radical, forward-looking transformation of aboriginal policy in Canada, to the creation of more than 20 new national parks, more than tripling the Canadian land mass reserved for national parks.
From the largest single relocation in Canadian history of federal public servants from Ottawa to communities in every region of Canada, to ensuring the future success of the aerospace industry in Canada.
The range of his accomplishments spans the negotiations that allowed for the development of the oil sands in Alberta, to creating the child tax credit as minister of finance.
And, of course, as minister of justice, negotiating the Charter of Rights and Freedoms and the patriation of the Canadian Constitution.
Who would have thought, when I first met him, that he would seek to succeed Pierre Trudeau and almost win? That on the night that John Turner won the leadership of the Liberal party, that the president of the Liberal party would describe Chrétien as "first in our hearts"?
That, as Canada's 20th prime minister, he would be responsible for the dramatic turnaround in Canada's fiscal health; that he would be responsible for the creation of the National Child Benefit, the single most important new social program since medicare; that he would be responsible for the largest single investment by any federal government in the arts in Canada; that he would be directly responsible for the unprecedented investment in research, in scholarships, in universities.
Who would have predicted that it would be Chrétien who would ratify the Kyoto accord in the face of the opposition of the business community; or that he would be the one to stand up to the United States in defence of the values of multilateralism; or that he would put Africa in the forefront of the G-7; or that he would radically reform political financing in Canada; or that he would be the one to trumpet advanced notions of social liberalism?
Chrétien might have dreamed that he would be the one to put an end to 40 years of sterile debate on Quebec's place within Canada; but very few would have predicted that he would actually succeed as he did.
Chrétien succeeded in transforming Canada as few have ever done. His accomplishments are such that it is impossible that it all happened by accident. Yet, he is derided by many who claim to be astute observers of the Canadian political scene as a man with no vision, an incrementalist, the ultimate pragmatist, a conservative, a hockey defenceman who measures success by preventing the worst from happening.
He is seen by the same self-described experts, who have never taken the time to really get to know him, as the antithesis of an intellectual, as uncomfortable on the world stage.
I have observed Chrétien closely for more than 30 years. While there may not have been the elegant language or memorable turn of phrase some may look for in political leaders, I have seen what has made him such an extraordinarily successful public figure.
I know the man who has inspired enormous loyalty in his staff and in the public service, a man who works as hard or harder than he expects others to work, a man with high standards who expects the best from others. But a man with no pretense, who is not self-important.
He does not take himself too seriously. And that is both his strength and his weakness. It is also how he got himself into some trouble as Prime Minister. He really believed that he could place telephone calls to officials, on behalf of his constituents, as Jean Chrétien, member of parliament from Saint-Maurice, and that the officials would understand that he was not wearing his hat as Prime Minister.
No matter how often his staff told him he should not do that, he insisted that we are not living in an American system of government, and that, as an elected member of parliament, he would fulfil his responsibility to his electors regardless of what anyone said.
Chrétien also did not always understand how seriously people take everything a prime minister says.
I remember once, early on in government, he asked me about an idea he had. I told him right away that his idea made no sense, to say the least. He was surprised at my response and told me that he had tested the idea with several people who really liked it. "Who?" I asked. "Several members of parliament," he responded. "Yes," I said, "and how many of them hope to be ministers and want to please you?" It had not crossed his mind. His response was, "If they really knew me, they should know I would appoint the person who has told me the truth."
It is the excessive deference to prime ministers, rather than respect for the office, that can be to blame for bad decisions.
That is why both Jean Pelletier, Chrétien's first chief of staff and I, both having known the Prime Minister for decades, insisted in private on calling him by his first name.
Not out of disrespect for the office, but because it is much easier to say, "Jean, that is really a bad idea," than, "Mr. Prime Minister, your idea makes no sense." And to his credit, he always appreciated that type of candid advice.
Chrétien never went to a school of management, but he could give lessons to all the experts. He has never been a micromanager. He sets out broad objectives and leaves details of implementation to others. With one exception.
He never wants to make a speech without knowing how big the room is, how many seats there are and whether there are enough people to fill them. He wants all the rooms to be full. We, in the Prime Minister's Office, always thought that if he had not been party leader and prime minister, he would have made a very good advance man.
In terms of speeches, the Prime Minister was a speechwriter's dream, leaving phrasing and wording to the writer and caring only about the main message. Yet, the length of the speech mattered a great deal. He never wanted more than a certain number of pages and would send drafts of speeches back if there were too many.
His speechwriters learned to reduce the spacing and the size of margins so as to limit the number of pages to what he would accept. The Prime Minister would say nothing, take the text and then sometimes drop the last few pages when he delivered it.
Chrétien knew early on that he would never be seen to be in the same intellectual league as Trudeau or Gerard Pelletier or other well-known federal Quebec Liberals.
He decided very consciously that to get ahead, he had to be very different than his colleagues. And so he developed a much more populist persona, that of the "little guy from Shawinigan."
A persona that he maintained successfully all his political career while holding the highest offices in the land for more than a quarter of a century.
It is a persona that clearly gave him great electoral success. But it also created a misperception of who he really is.
Opinion leaders and editorialists too often only saw the little guy from Shawinigan, the mangled syntax, the political tactician, the prudent manager, the step-by-step incrementalist. They thought they saw a friendly dictator.
They did not recognize a political philosophy that stared them in the face. And too often, they missed the strategist in Chrétien; and they invariably underestimated him.
In many respects, in Chrétien, what you see is what you get. But not everything. There is much more than meets the eye.
There is the man who spends much more of his leisure time listening to classical music than playing golf.
There is the man who reads a couple of books a week, usually history or politics in English and French and, sometimes, novels in French.
There is the man who will receive a book as a gift from the president of Slovenia, read it immediately and telephone him to discuss it. There is the Prime Minister who tries to take time out, where possible, on official trips to visit museums and art galleries.
There is the Prime Minister who knows that he must learn from history and reads all he can about his predecessors and about American, French and British political leaders.
There is the Prime Minister who keeps informed by reading The Economist and l'Express every week and who watches CNN and TV5 more than CBC.
And there is the Prime Minister who knows that he needs time to reflect and think by himself and insists on scheduling such time.
But there is also the politician who has always been convinced that he would get more wisdom and more knowledge about everyday life by spending time with working-class constituents than at cocktail parties in the business community.
Indeed, I learned during my first summer job how important Saint-Maurice was to him. We were a few months away from an election and he was worried about his seat.
So he asked me to go to Shawinigan for a few days, go into the taverns (which was not a hardship for a university student), introduce myself as a journalist for a recently defunct Toronto newspaper, the Telegram, gambling that no one in Shawinigan would know that it was out of business, and find out what people were thinking about him and how they might vote in the next election. It was a real education for me.
There is not a deputy minister who has served Chrétien in government who has not been lectured about how the working people of Saint-Maurice, as typical Canadians, would react to some not-very-well-thought-out bureaucratic proposal. And many ministers in cabinet have heard the same lecture about some of the proposals they bring to the table.
Chrétien is a man who always wanted to get ahead. The story is told that on his first day in the House of Commons, in 1963, when he was shown to his seat on the backbench, he asked how he could get a seat on the front bench.
When I met him, Chrétien was minister of Indian affairs. But his deep interest was economic policy and the cabinet committee he enjoyed the most was Treasury Board.
He kept asking and thinking and talking about what he had to do to become minister of finance. That was his great ambition. It was with great pride that in September, 1977, he was sworn in as the first French Canadian minister of finance.
Early on in his career, he may not have had the ambition to be prime minister, but Chrétien prepared for the job by sitting around the cabinet table of Lester Pearson and Trudeau and thinking about how he would deal with the problems that they had to handle.
For example, he told me when he became prime minister, that he had learned from Trudeau that he could not treat ministers as friends. Not because he did not want to be friends with them. But because he might one day have to fire one. I expect that when he is no longer Prime Minister, it will be a pleasure for him to treat his former cabinet colleagues as friends.
I will never forget his reaction, as finance minister, the day in August, 1978, when he learned that, without his knowledge, prime minister Trudeau had gone on television to announce changes to economic policy. That the Prime Minister's Office of the day had recommended that course of action as a way of improving the government's standing in the public opinion polls. Chrétien came very close to resignation.
I believe that it was because of that experience that he has been such a strong supporter of his two ministers of finance. Without the Prime Minister's strong support, the fiscal turnaround in Canada would not have been possible.
He has always told me that his greatest strength is that he is underestimated. And he always wanted to play to that strength by underselling and outperforming.
He has an innate sense of public opinion. Over and over again, when I and others have advised him to speak publicly about problems and about strategies to address them, Chrétien refused to take our advice. He would always say that the public elects governments to solve problems, not to wring its hands in public about them.
He always would argue that speaking great phrases about transformative policies can only create expectations that often are not met. That grand strategies and big words lead more often to disappointment and disillusionment than to concrete results.
Chrétien believes strongly in solving problems one at a time. And, at the end of the day, he has been of the view that this is the best way to bring about fundamental change. If his style had been different, commentators might have called him visionary. But he may not have achieved results.
For example, I believe that his agenda for universities is one of his great accomplishments. He knew that if it were to succeed, he would be doing something vastly important and transformational for the country.
But the Prime Minister believed that the best way to achieve success was not to trumpet his objectives too much in advance. He wanted to do it with little fanfare.
The Prime Minister told me that many ministers were competing for scarce resources. If too much fanfare were attached to one program in which he deeply believed, it would be more difficult to resist other demands of lower priority. "Let's just do it," he said. "The less we talk about it, the better. Once it's done, it will be noticed." That is how he achieved so much in so many different fields over the course of his career. He didn't brag. He just did it.
There was also, at times, a boldness with which he has seldom been credited. There was the calling of the 2000 election against most advice. But the most important example is that of the Clarity Act, which requires Parliament to evaluate if a referendum question and answer are clear before negotiating sovereignty.
From his appointment of Stéphane Dion to cabinet, something he did without consulting anyone, to the work he commissioned in secret from a very small group of people, to develop the Clarity Act, to the cabinet meeting where he listened to everyone, saw a clear consensus against proceeding and decided regardless to introduce the bill, Prime Minister Chrétien demonstrated the polar opposite of prudent, incrementalist leadership.
The Prime Minister had his own sense of public opinion in Quebec that went against the instincts of almost his whole cabinet and most of his advisers. He relied on his political judgment, his experience and his instinct, against all the conventional wisdom. On this issue, that was so fundamental to him, and to the country as a whole, he took a large gamble and won.
I asked him why he was proceeding just before Christmas, 1999. "Why can't you wait a few weeks or months to bring the cabinet on side?" "The weather in December and January is not conducive to mass demonstrations in Montreal," he replied.
Less than a year later, in the election of Nov. 27, 2000, the federal Liberals won a majority of the votes in Quebec for the first time in 20 years. And soon after, citing the federal election results as the prime reason, Lucien Bouchard resigned as premier of Quebec. Today, as Chrétien prepares to leave office, there is a federalist government in the province of Quebec.
Was he a friendly dictator? No. He gave great latitude to his ministers on almost all issues. But invariably, there are some cross-cutting issues that cannot be resolved by individual ministers or caucus committees.
In those cases, the buck has to stop somewhere. Harry Truman has always been Prime Minister Chrétien's political hero. And, like Truman, Chrétien also believed that the buck stops on his desk.
That, at the end of the day, there is no substitute to governing from the centre.
And he acted accordingly.

»» référendum 95
The last act in 1995 referendum drama
DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, November 08, 2003
At the entrance to Salle 16.01 of Montreal's Palais de Justice, a sign instructs you to turn off your cell phone or your pager and to be quiet inside.
For the proceedings there over the last two days, it should have also advised you to leave at the door whatever expectations of courtroom drama you have acquired from watching Law & Order on television.
There is drama here, but it is not immediately apparent.
The setting is anything but theatrical, a drab room too small to seat a jury, for this case is being heard by a judge alone.
The judge and the lawyers wear ordinary business suits, no robes, no wigs. There are no impassioned speeches from the lawyers, only lengthy, repetitive arguments delivered mostly in calm, civil tones.
It is the law and it is orderly, and the ratings are terrible. After the first morning session, after the radio reporters have got their clips from the lawyers and left, only five of the 48 blue chairs in the spectators' area are occupied, all by people who have either a connection to the case or are being paid for their presence. There are as many lawyers and their assistants on the business side of the metal bar that divides the room. This is not the trial of Davey Hilton, much less Kobe.
But there is drama here, political drama. What played out here over the last two days was the first scene of the last act of the 1995 sovereignty referendum. It is the act that might finally reveal what really happened in the middle acts of this play, the campaign, the voting and the counting eight years ago.
This is the "rejected ballots" case, as it has been dubbed in media shorthand. But it is about much more than just the rejection of valid No votes by sovereignist vote-counters in at least a few ridings.
It is also about allegations the chief electoral officer at the time, Pierre-F. Côté, and his staff showed bias against the federalist side. And it's about allegations some presumably federalist voters were denied their right to vote or subjected to long delays or interrogations before being allowed to vote and that there were irregularities in the counting of the votes, other than the illegally rejected ballots.
A tenacious lawyer named Michael Bergman, after taking 10,000 pages of statements over two years, this week obtained a day in court for his clients, a voter in the referendum in the Laval riding of Chomedey and the English-rights organization Alliance Quebec (though the Alliance is not providing the funding for the case, which has been raised privately).
Bergman wants the court to order the current chief electoral officer to give the Alliance access not just to the rejected ballots, but to all the ballots cast in the referendum, as well as voters' lists, vote tally sheets and other documents.
First, Superior Court Judge Jean-Jacques Croteau will have to decide whether the courts have jurisdiction to hear the Alliance's request.
Paradoxically, the Liberal government, whose party led the No committee in the referendum, has intervened in the case on the side of the chief electoral officer to oppose a request that might turn up new evidence of cheating against the No side. Government lawyer Benoît Belleau said the government intervened to defend the constitutionality of the Quebec law against a challenge Bergman introduced late last April.
The implications of Croteau's decision are huge. If he rules the court does have jurisdiction to hear the Alliance's request, then Bergman can call witnesses to testify, for the first time under oath and in public, about the alleged irregularities.
That testimony could be sensational. Bergman said yesterday he might call Jacques Parizeau, who as premier was chairperson of the referendum Yes committee. Bergman has also said he has a witness who would testify to having attended a pre-referendum meeting of the governing Parti Québécois legislative caucus at which tactics for depriving federalists of their right to vote were discussed.
If Croteau rules against the Alliance, it could appeal. But if such a ruling were upheld, then there would be no testimony about the events of eight years ago, and nothing to prevent the chief electoral officer from finally getting rid of the documentary evidence of whatever really did happen.
dmacpher@thegazette.canwest.com

»» Centraide du Grand Montréal
À propos de Centraide
Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 8 et dimanche 9 novembre 2003
La publication dans nos pages samedi dernier d'un article faisant état de l'existence d'un statut spécial pour la Fédération CJA comme organisme bénéficiaire de Centraide a soulevé une controverse et des réactions parfois fort négatives à l'endroit de celle-ci. Un retour sur le sujet s'impose.
Soulignons d'entrée de jeu que l'article du Devoir ne prétendait pas lever le voile sur un secret. L'existence d'une entente entre Centraide et la Fédération CJA (Combined Jewish Appeal, ou Appel juif unifié) existe depuis 1974. Elle a été revue en 1999. Comme cela arrive parfois, l'information est là, mais personne n'en prend connaissance. Notre journaliste, à la faveur d'une recherche sur un autre sujet, a posé des questions et reçu des réponses qui ont laissé percevoir l'existence d'un malaise à Centraide à propos de cette entente. Nous avons alors exposé les faits.
Cette entente a des racines historiques que la direction de Centraide rappelle aujourd'hui dans la page ci-contre. Résumons : Centraide est née de la fusion de plusieurs organisations caritatives qui lui ont confié à la fois la responsabilité de la collecte de fonds et celle de leur redistribution. Ces organismes se sont fondus dans Centraide, sauf la Fédération CJA, qui a tenu à poursuivre ses activités caritatives de façon autonome. De tous les organismes associés à Centraide, c'est le seul qui puisse mener des campagnes de financement auprès du grand public.
En vertu de l'entente alors intervenue, la Fédération CJA s'abstient de faire de la sollicitation de fonds auprès de la population non juive lors de ses campagnes de financement. En contrepartie, elle reçoit de Centraide une contribution proportionnelle à sa population. Cet argent est destiné à soutenir des organismes montréalais que la Fédération CJA choisit en tenant toutefois compte des priorités d'action de Centraide. L'action de ces organismes ne sera pas évaluée par Centraide.
Ce statut spécial est-il justifié ? Oui, répond la Fédération CJA, qui s'appuie sur les particularités de la communauté juive, qui a une double appartenance, à la fois au peuple juif et à sa terre d'accueil qu'est le Québec. Elle a un vif désir de garder au sein de la famille toutes les activités caritatives et un plein contrôle de ses institutions. Si cette attitude peut se comprendre aisément, elle exprime toutefois une réserve envers la communauté d'accueil qui n'existerait pas si la Fédération CJA laissait à Centraide le soin d'attribuer directement aux organismes de la communauté juive les sommes qui lui sont destinées. La coopération entre les deux organismes pourrait être plus étroite, reconnaît Centraide. Une réflexion doit s'engager à ce propos, ne serait-ce que parce qu'il est important d'éviter que ne s'installent de fausses perceptions.
***
La réaction de certains aux informations que nous avons publiées, et qui ont été reprises de façon sommaire par d'autres médias, a été péremptoire. On allait cesser de contribuer à Centraide. À ceux-là, il faut demander s'ils ont de véritables motifs de priver cet organisme de leurs dons et, par là, de réduire ses interventions auprès des démunis à travers les groupes qu'elle soutient financièrement.
Les réactions que l'on a pu lire sur Internet montrent que certaines personnes ont été choquées du fait que la Fédération CJA consacre une partie des sommes qu'elle recueille auprès de la communauté juive à des interventions humanitaires en Israël. Est-il besoin de rappeler que cet argent ne vient pas de Centraide et que l'argent versé à la Fédération CJA va à ses organismes qui oeuvrent ici et dont les activités s'adressent dans certains cas à l'ensemble de la communauté montréalaise ? On peut par ailleurs rappeler que la communauté juive contribue activement à Centraide et à bien d'autres organismes, notamment dans le milieu culturel.
Dans le monde de la philanthropie, Centraide est un organisme exemplaire. L'argent qu'elle recueille va dans une proportion de 88 % aux programmes et aux groupes qu'elle soutient, l'administration n'accaparant que 12 % de son budget. Presque tout est accompli bénévolement. Personne ne peut avoir de doute en ce qui concerne la qualité de sa gestion. Beaucoup reste à faire pour développer et enraciner le réflexe philanthropique auprès des Québécois francophones. Au Québec, on compte davantage qu'ailleurs sur l'État pour agir auprès des démunis. Les divergences de vues qui peuvent exister sur la pertinence de cette entente avec la Fédération CJA ne devraient pas mettre en péril les efforts de Centraide.
bdescoteaux@ledevoir.ca

»» Centraide du Grand Montréal
Pour comprendre l'entente avec la communauté juive
Claire Richer-Leduc et Michèle Thibodeau-DeGuire
Les auteures sont respectivement présidente du conseil et présidente-directrice générale de Centraide du Grand Montréal. Le Québec compte 18 Centraides, tous autonomes.
Le Devoir samedi 8 et dimanche 9 novembre 2003
La coopération entre Centraide du Grand Montréal et la Fédération CJA illustre le rapprochement qui a permis aux grandes oeuvres de charité de la métropole, autrefois séparées les unes des autres, d'unir leurs forces au bénéfice de la population moins favorisée de leur région. Un peu d'histoire aidera à comprendre cette réussite.
Pendant des décennies, en effet, plusieurs groupes linguistiques ou religieux de Montréal ont pris soin de leurs membres démunis en sollicitant les dons des membres plus à l'aise. Des fédérations caritatives sont ainsi nées au cours du XXe siècle et ont développé d'importantes traditions de solidarité et d'innovation sociale.
Mais à l'époque, les sociétés commerciales qui donnent aussi aux oeuvres trouvent qu'il y a trop de sollicitation et qu'une partie des dons passe inutilement en frais d'organisation. Une première innovation a lieu : des fédérations renoncent à leur souscription particulière pour se joindre à une campagne commune. Elles souhaitent du même coup recueillir davantage d'argent.
Ainsi est née, il y a plus de 30 ans, la Campagne des fédérations du Grand Montréal (la CFGM). Cinq organisations en font partie : The United Red Feather, qui existe depuis 1921, la Federation of Catholic Community Services, créée en 1932, la Fédération des oeuvres de charité canadiennes-françaises, née en 1933, l'Association des oeuvres de santé, formée en 1962, et la Fédération et le Conseil de bien-être de la Rive-Sud, créé en 1965.
Deux organisations s'y associent : la Société canadienne de la Croix-Rouge et The Allied Jewish Community Services of Montreal, mieux connus sous le nom d'AJCS.
Collecte de fonds commune
AJCS ne met alors pas en commun ses services de collecte de fonds. Mais l'organisme renonce à sa campagne générale à Montréal. Il cède à la CFGM la liste de ses propres donateurs dans les entreprises extérieures à la communauté juive ainsi que celle de leurs employés. En retour, AJCS recevra un montant annuel de la CFGM. AJCS doit aussi continuer d'encourager la communauté juive à participer activement à la campagne unifiée.
Cette campagne fonctionne. Le maire Jean Drapeau en assume la présidence la première année, en 1968. Les dons recueillis chaque année seront par la suite remis aux organisations participantes selon une répartition préétablie. Mais très tôt, on sent la nécessité d'aller plus loin, d'avoir une planification commune et de réduire encore les coûts. Surtout, d'une communauté à l'autre, les fonds ne sont pas encore répartis selon les besoins.
Une deuxième innovation survient donc, en 1974. Les fédérations membres de la CFGM intègrent totalement leurs services de subventions. La distribution des fonds, non plus seulement la cueillette, devient commune. Les objectifs sont plus ambitieux. Il s'agit de fournir un service «équitable à tous les groupes» du Grand Montréal et de distribuer les fonds «selon les besoins de la population». Centraide est lancé. La Croix-Rouge et AJCS continuent leur association avec le nouvel organisme.
Avenir assuré
Cinq ans plus tard, l'avenir de Centraide paraît assuré. L'organisme, qui réunit des bénévoles des principales communautés linguistiques et religieuses, entend entretenir des liens étroits avec les divers groupes ethniques de Montréal compte tenu de sa mission et de leur propre expérience sociale. L'association avec la communauté juive n'est pas mise en question. On se réjouit, au contraire, que ce groupe ne s'isole pas tout en conservant son identité. (Entre-temps, l'entente avec la Croix-Rouge prendra fin.)
Dans ces années-là, certaines personnes trouvent que l'entente conclue dix ans auparavant avec AJCS devrait peut-être être revue. Finalement, pour l'essentiel, elle sera maintenue en 1979, bien qu'on doive alors convenir que tout le monde ne la comprend pas facilement.
En 1999, une nouvelle entente est conclue avec l'organisation représentative de la communauté juive : la Fédération CJA (FCJA). Cette entente comporte des engagements de coopération et de partage avec Centraide :
- la FCJA doit inciter les membres de la communauté juive à participer activement à la campagne annuelle de Centraide;
- elle incitera de nouvelles entreprises appartenant à des juifs à participer au programme des «dons d'employés» de Centraide et préconisera qu'entreprises et employés donnent conjointement aux deux organisations;
- la FCJA sollicitera seulement des entreprises juives et n'établira de programmes d'employés que dans les établissements publics juifs;
- les organismes communautaires juifs seront incités à faire campagne en faveur de Centraide auprès des membres de leur personnel.
Grâce au progrès de la campagne annuelle du Grand Montréal, la part remise aux oeuvres de la communauté juive a crû en chiffres absolus. Mais le critère retenu depuis repose sur la part de la population juive dans l'ensemble de la population du Grand Montréal. Ce pourcentage (3,4 %) est fixé selon le recensement. Un tel critère reste raisonnable. Il sera ajusté en fonction des plus récentes données de Statistique Canada.
Ce n'est pas le montant donné aux oeuvres juives par Centraide qui est trop élevé, c'est la campagne du Grand Montréal qui n'a pas encore atteint le sommet qu'on espère. Pour qui connaît l'évolution de la philanthropie à Montréal, le résultat de la campagne au sein de la communauté juive a toujours été supérieur à celui de Centraide au sein de la population métropolitaine. Il y a quelques années, le décalage était de quelque dix millions. Il n'est plus que de un million.
Mais déjà, des donateurs de la communauté juive contribuent, eux aussi, au succès des campagnes de Centraide. Leurs dons confirment l'engagement de cette communauté envers la grande société montréalaise.
La coopération entre Centraide et la FCJA n'est pas une anomalie à corriger, quoiqu'elle pourrait être plus étroite. Mais il serait injuste de minimiser la contribution actuelle et passée de la philanthropie juive au progrès des campagnes du Grand Montréal. Les oeuvres juives n'ont pas seulement fourni des listes de donateurs et des dons. Elles ont aussi partagé avec Centraide un savoir-faire dont l'ensemble de la communauté profite maintenant.
Certains peuvent croire que si la FCJA n'est pas directement soumise au système d'évaluation des organismes financés par Centraide, c'est par suite de privilège ou par refus de normes de financement. Il n'en est rien. La communauté juive s'est donné depuis fort longtemps un système rigoureux de financement et d'évaluation de ses organismes. Cette tradition contribue à sa cohésion et à son identité.
D'autres s'inquiètent, semble-t-il, qu'une partie des dons recueillis par Centraide serve à financer des institutions en Israël. Centraide ne subventionne pas d'organisation internationale ni de projets outre-mer. Les dons qu'on lui confie vont totalement et exclusivement au soutien de services communautaires du Grand Montréal.
Les communautés ethniques, religieuses ou nationales qui y vivent restent libres de contribuer aux activités de leur pays d'origine ou d'autres institutions internationales. Parfois, ces activités susciteront des controverses. Il n'appartient pas à Centraide de s'en mêler.
Au contraire, le génie de Centraide du Grand Montréal a été de créer et de préserver un espace de dialogue et de coopération entre les différents milieux comme entre les diverses communautés de la région. Et de les amener à s'entraider malgré leurs différences ou même leurs conflits.
Voilà un héritage, fragile mais essentiel, qu'il importe au plus haut point de sauvegarder.

»» Centraide du Grand Montréal
Centraide maintient l'entente particulière avec la FCJA
Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 8 et dimanche 9 novembre 2003
Centraide du Grand Montréal n'entend pas réviser l'entente particulière avec l'agence de collecte de fonds Fédération CJA, qui permet à cette dernière d'obtenir chaque année une aide financière sans être assujettie aux règles imposées aux 324 autres organismes bénéficiaires de Centraide.
Si, il y a une semaine encore, la présidente-directrice générale de Centraide, Michèle Thibodeau-Deguire, se disait incapable de justifier une telle alliance, déclarant même que «ça n'a pas de sens», elle a changé de discours depuis que Le Devoir a mis au jour cette entente. Dans une deuxième lettre envoyée au Devoir en cinq jours, alors qu'elle refuse de répondre directement aux questions, Mme Thibodeau-Deguire affirme maintenant que cet accord n'est pas à remettre en question, qu'il s'agit d'une «réussite».
«La coopération entre Centraide et la FCJA n'est pas une anomalie à corriger, quoiqu'elle pourrait être plus étroite. Mais il serait injuste de minimiser la contribution actuelle et passée de la philanthropie juive au progrès des campagnes du Grand Montréal», écrivent Mme Thibodeau-Deguire et la présidente du conseil d'administration de Centraide, Claire Richer-Leduc, qui n'a pas elle non plus rappelé Le Devoir.
La semaine dernière, Mme Thibodeau-Deguire était mal à l'aise et reconnaissait que la population risquait d'être mécontente. Au cours d'une entrevue d'environ une heure, la p.-d.g. de l'organisation caritative avait souligné à trois reprises qu'il vaudrait mieux pour la campagne de financement en cours que l'information ne soit pas rendue publique, laissant entendre qu'une réflexion serait amorcée au sein de l'organisme.
«Votre démarche n'aura pas été pour rien. Il n'y a rien comme nommer les choses. On le nommait, mais entre nous. [...] Le conseil d'administration s'est déjà penché sur le dossier de la communauté juive. En bon père de famille, notre conseil cherche toujours les compromis malgré toutes les tensions qui peuvent exister -- entre le West Island et l'Est -- à Montréal. Imaginez les steppettes qu'on réussit à faire ! C'est la seule place où on est probablement fragiles. Et si vous me demandez : est-ce que ça pourrait faire du tort si c'était sur la place publique ? Probablement que les gens sursauteraient et diraient : "Qu'est-ce que c'est, ça ?" On ne fait pas exprès. Je ne suis pas sûre que tout le monde comprendrait. Ce serait nous faire une défaveur comme société que de changer le "focus" de la campagne de Centraide sur l'alliance que l'on a avec la communauté juive», avait alors soutenu Mme Thibodeau-Deguire.
La publication dans Le Devoir de samedi dernier des détails de l'entente aurait créé un certain frein dans la campagne de Centraide auprès des entreprises. Des responsables de la campagne au sein des entreprises ont confirmé qu'ils avaient à gérer une crise. Les employés étaient maintenant réticents à donner à Centraide. Pour contrer cet effet, la Ville de Montréal a diffusé un communiqué à tous ses employés pour les assurer que tous les fonds recueillis par Centraide sont «entièrement réinvestis dans le respect des priorités d'action communautaire».
La Fédération CJA, qui chapeaute 22 organismes d'aide à la communauté juive, amasse chaque année davantage d'argent que Centraide, soit 43 millions contre 41 millions l'année dernière. Selon les termes de l'entente, la communauté juive ne peut pas faire de sollicitation auprès des entreprises non juives. De plus, 36 % des fonds amassés par la Fédération CJA sont destinés à l'aide à l'étranger, notamment en Israël. Centraide et la Fédération CJA affirment toutefois que les sommes versées par Centraide sont destinées à une aide locale.
«C'est sûr qu'on se dit : regarde donc combien ils ramassent par rapport à nous, a déclaré Mme Thibodeau-Deguire la semaine dernière. Mais on sait par contre, et on n'est pas fous, qu'une grande partie de l'argent que eux amassent, ce n'est pas de l'argent qui est utilisé ici pour leurs pauvres. C'est pas juste pour leur population ici. On n'est pas dupes, et, de toute façon, ils le disent.»
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Le véto de Bernard Landry
Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE Le 8 novembre 2003
Normal d'en posséder un, lorsque l'on occupe le poste de chef de parti. Tous les chefs de parti en détiennent un et n'hésitent pas à l'employer. Le commandant des troupes péquistes l'a fait dernièrement devant 900 souverainistes insistants à l'Université de Montréal, en condamnant le recours à une élection référendaire dans quatre ans pour régler la question nationale.
Jusqu'en 1995, tout comme Bernard Landry, plusieurs jugeaient que ce mécanisme d'accession à la souveraineté favorisait trop les francophones lors du vote de par leur répartition sur la carte politique du Québec. Mais voilà, depuis ce référendum, la donne a changé. 30 000 voix de différence, grosso modo, et près de 150 000 votes déclarés illégaux peu de temps après l'événement, par le Directeur Général des élections du Québec. Un score serré, bien sûr. Mais finalement, une victoire souverainiste: une majorité historique obtenue chez les principaux intéressés à la naissance de ce pays. Et c'est là que tout a changé pour des millions de personnes dont moi: l'exercice référendaire a été gagné et aucun ne veut le refaire. Le consensus obtenu en 1995 doit plutôt être appliqué lors de la prochaine élection générale. Le taux de participation à ce rendez-vous avec l'Histoire atteindra le sommet de 1995 aisément. Il prouvera alors à la communauté internationale que cette démarche politique du Québec est saine, tout comme sa feuille de route historique.
L'enthousiasme gagne les souverainistes face à cette avenue. Ce n'est pas un hasard de voir les chiffres des derniers sondages montrer qu'ils sont plus nombreux à vouloir doter le Québec d'un statut national hors d'un Parti québécois enlisé dans son ornière référendaire. Plusieurs associations indépendantistes en font état un peu partout au gré des rencontres. Monsieur Jacques Parizeau, lors d'un récent échange avec des souverainistes à Sherbrooke, les a encouragés à poursuivre leur réflexion à ce sujet, tout en admettant des réserves. On est loin de la condamnation que lui prêtait le Président du Parti québécois afin de l'ajouter habilement à la sienne et du même coup son véto.
Avouons que la "saison des idées" est bien mal partie... Avec un chef aussi prompt à clore des débats, la situation va dépérir rapidement. Parce que le Conseil de la souveraineté, un organisme qui se veut rassembleur, désireux de prouver qu'il est un regroupement d'indépendantistes de tous les horizons, sera emporté par la mouvance de l'élection référendaire. La création d'une coalition arc-en-ciel au sein de l'équipe de Bernard Landry, l'espace d'une élection, sera alors impossible. Dommage parce que des gens iraient, après la souveraineté, vers d'autres partis politiques oeuvrant dans un système parlementaire différent, affairés à rendre le Québec meilleur.
L'impasse qui se dessine à l'horizon peut toutefois être évitée. Surprise! c'est au tour des souverainistes à convaincre le chef du Parti québécois que l'élection référendaire s'inscrit maintenant parfaitement dans la démarche politique menant à notre destin national. L'événement de 1995 l'autorise. À nouveau, le taux de participation, lors du scrutin décisif, attestera que les Québécois désirent ce changement. Ainsi, non seulement le Conseil de la souveraineté doit aller de l'avant et informer les Québécois à ce sujet, mais également la majorité de péquistes qui doit instruire leur chef lors des prochains congrès.
Bernard Landry est un homme réceptif, il ne pourra résister longtemps à cette vague irrésistible qui culminera dant quatre ans. Que le chef du Parti québécois se laisse transporter par la base. N'est-ce pas la volonté de celle-ci que son équipe politique s'est toujours targuée de respecter? N'est-ce pas finalement la marche d'un peuple, avec liens intergénérationnels, qu'attend Bernard Landry? Ne manquerait donc que la présence de votre génération!!!
Retirez vite ce véto: il risque de vous embarrasser lorsque le consensus surgira au sein des différentes associations souverainistes comme le Conseil de la souveraineté. Il ne fait plus de doute que le Québec de langue française n'est viable que fort de tous ses pouvoirs, maître de ses recettes fiscales et pleinement gestionnaire de l'endroit privilégié qu'il occupe en Amérique du nord. Nous l'avons majoritairement reconnu en 1995 et sommes donc légitimement en droit de jouir de cette décision dès la prochaine élection.