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Un Westmount libre dans un Montréal uni...

L'opposition à l'Assemblée nationale déplore la complexité du projet
Simon Boivin
Le Soleil samedi, 29 novembre 2003

" Le gouvernement crée un Westmount libre et indépendant dans un Montréal fort et uni ", a imagé, hier, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont.

L'opposition ne s'est pas fait prier pour attaquer le projet de loi sur les défusions du ministre Jean-Marc Fournier.

" Écoutez, il y a la simplicité volontaire et il y a le volontairement compliqué, a lancé la critique péquiste aux Affaires municipales, Diane Lemieux. Si, jusqu'à maintenant, nous avions l'impression qu'il y avait des risques de défusion, il y a maintenant une certitude. "

En tête de liste des irritants pour Mme Lemieux, le fait qu'une minorité de gens peuvent bouleverser les structures municipales. " L'ancienne ville (fusionnée) n'a pas accès à ce processus, déplore-t-elle. Les référendums sont déclenchés par des gens qui le demandent, c'est des gens qui désirent retrouver leur ancienne ville. "

La député de Bourget se demande aussi sur quelle base le taux d'appui minimal de 35 % a pu être choisi. " Pourquoi 35% ? D'où cela vient-il ? Quel est le rationnel ? Il n'y en a pas. Ce chiffre de 35% ne correspond à rien. "

La députée péquiste n'a pas lésiné sur l'analogie pour vilipender le gouvernement libéral, qui justifie son projet de loi par la nécessité de respecter le choix des Québécois. " Ce n'est pas parce que les gens s'expriment que c'est démocratique. Dans bien des sondages, la peine de mort, les gens en voudraient. Est-ce que ça veut dire que c'est démocratique si on adopte la peine de mort ? Les exemples, ils sont à l'infini. Le gouvernement a introduit un biais, a introduit une vision viciée de la démocratie. La démocratie, ce n'est pas l'addition des intérêts particuliers, c'est de trouver ce qui est bien pour un ensemble de personnes ", a-t-elle lancé.

Mme Lemieux estime que le gouvernement n'a pas eu le courage de revenir sur sa promesse " irresponsable " de permettre les défusions. " Qu'on veuille clarifier certains pouvoirs entre les arrondissements et les villes-centres, j'en conviens, mais la solution politique, on l'a dans les mains, c'est l'unification des villes. "

Une tour de babel

Le chef de l'ADQ croit qu'il convient de comparer le projet de loi 9 à la " tour de Babel ". Le Parti libéral avait promis une simplification des structures, dit-il, et voilà qu'il en ajoute. " On nous dit que c'est simple, mais le ministre lui-même ne peut pas nous dire exactement comment ça fonctionnerait, affirme M. Dumont. (...) La gestion de tout ça va être extrêmement complexe. Quand tu ajoutes un pouvoir de taxation, là, les citoyens vont recevoir des comptes de taxes, ils ne sauront plus d'où ça vient, mais ils vont savoir qu'il faut qu'ils paient. "

Il dénonce également le " déficit démocratique " inhérent à la nouvelle structure proposée par le projet de loi : le conseil d'agglomération. " La moitié des pouvoirs exercés par le maire de Montréal se ferait finalement à une table où il n'y a pas vraiment d'opposition ", note M. Dumont.

Au total, souligne le leader adéquiste, toute la " saga fusion-défusion " aura duré cinq ans dans la vie des nouvelles villes, elle aura fait perdre du temps et des énergies aux élus, et elle aura " coûté probablement au-dessus d'un demi-milliard d'argent des contribuables ".

" Je pense qu'à la fin, dit le député de Rivière-du-Loup, tout le monde va être un peu insatisfait. Les gens qui souhaitaient les défusions vont se rendre compte qu'ils ne se sont pas fait dire la vérité en campagne électorale, et l'ensemble des citoyens qui ne voulaient pas des défusions se rendent compte qu'ils sont pris en otage, que de très petits nombres de citoyens vont pouvoir leur imposer la création d'un conseil d'agglomération. "



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Charest, Lord et... Dumont !

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 1er décembre 2003

Si la droite canadienne finit par accorder ses violons, elle enverra son premier chef à l'abattoir contre Paul Martin à la prochaine campagne fédérale et se mettra par la suite à la recherche d'un leader susceptible de répéter l'exploit de Brian Mulroney.

Avant même que le parti ne soit fondé, plusieurs de ses stratèges voient déjà le Québec dans leur soupe. Au risque de blesser l'amour-propre de l'éditeur de The Gazette, il faut dire d'emblée que Larry Smith -- malgré ses ambitions avouées -- ne figure pas tellement dans leurs scénarios.

***

Le plan A, c'est encore et toujours Jean Charest.

Le principal intéressé a beau écarter l'hypothèse du revers de la main, ceux qui imaginent son retour en triomphe dans l'arène fédérale d'ici quelques années n'en démordent pas. Ni l'appartenance libérale actuelle du premier ministre du Québec ni ses occupations évidentes sur le front québécois n'ont l'heur de les décourager.

Ils font remarquer que, jusqu'à présent, les politiques du gouvernement Charest ont rendu des conservateurs purs et durs comme Ralph Klein moins mal à l'aise que bon nombre de libéraux fédéraux et que son réseau dans la famille conservatrice canadienne est intact.

Ils font valoir que le nouveau parti conservateur aura un credo tellement porté sur l'autonomie provinciale qu'un premier ministre du Québec n'aurait pas à se plier à des contorsions idéologiques pour faire le saut et certainement moins que pour diriger le PLC.

Enfin, contrairement à ses prédécesseurs, même fédéralistes, M. Charest n'est pas susceptible d'être soupçonné de déviations souverainistes dans le reste du Canada où on a toujours plutôt tendance à le voir comme un sauveur.

Tout cela pour dire que si Jean Charest, vers la fin de son mandat actuel à Québec ou au début d'un deuxième, décidait de faire un retour en politique fédérale, il ne manquerait pas de gens pour vouloir lui donner la direction d'une droite unifiée sur un plateau d'argent.

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Le plan B, c'est Bernard Lord.

Contrairement à son collègue Charest, le premier ministre du Nouveau-Brunswick ne dit pas non, mais plutôt «pas tout de suite». Partisan de la première heure du projet de fusion actuel, M. Lord s'est plus ou moins placé en réserve de la nation jusqu'après les prochaines élections fédérales.

Ces derniers mois, il a résisté à deux séries plutôt qu'une d'appels pressants du pied. Quand Mike Harris a décliné l'invitation à briguer le leadership du futur parti conservateur, ceux qui auraient voulu voir Bernard Lord faire le saut dans l'arène fédérale sont revenus à la charge. Mais en vain.

Ce faisant, M. Lord a fait preuve d'une grande sagesse. Quoi qu'en pensent ses admirateurs, il a besoin de temps pour se bâtir un profil national et pour consolider son propre gouvernement, ébranlé aux élections néo-brunswickoises du printemps dernier. La forte base albertaine du Parti allianciste est loin de lui être acquise. Paul Martin n'en aurait sans doute fait qu'une bouchée aussi bien en Ontario qu'au Québec. S'il veut devenir chef fédéral et, à terme, premier ministre, Bernard Lord n'aura pas trop de deux ou trois autres années pour préparer convenablement le terrain.

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Le plan C, c'est Mario Dumont.

Plus disponible que Jean Charest, plus connu ailleurs au Canada que Bernard Lord, le chef adéquiste n'a jamais été autant dans la mire des recruteurs de la droite canadienne que ces derniers temps.

C'est que plusieurs d'entre eux n'ont pas oublié qu'il a gagné un vote sur cinq aux dernières élections québécoises, mais seulement une poignée de sièges à l'Assemblée nationale. Dans leur esprit tout au moins, son avenir pourrait désormais passer par Ottawa.

Chose certaine, le credo conservateur de M. Dumont, ses vues autonomistes, sa grande expérience politique par rapport à son jeune âge en font une des valeurs les plus attirantes sur le marché de la droite canadienne.

Jusqu'à présent, le chef adéquiste a toujours refusé de saisir les perches que lui ont tendues plusieurs ténors de la droite canadienne. Mais, ces derniers mois, la donne a changé aussi bien pour lui au Québec que pour la droite au Canada. Dans un régime différent et sous un chef autre que Stephen Harper, plusieurs stratèges fédéraux sont convaincus que Mario Dumont aurait avantage à se mettre en piste pour Ottawa et, à terme, pour la direction du nouveau parti plutôt que de continuer de ronger son frein à Québec.

***

Selon Joe Clark, la fusion du PC avec l'Alliance, si elle se réalise, va faire disparaître les conservateurs pour très longtemps du paysage québécois (comme si cela n'était pas déjà arrivé).

Mais aucun candidat d'envergure au Québec comme ailleurs au Canada n'a le moindre appétit pour un autre épisode de la lutte fratricide qui a épuisé la famille conservatrice et fait le bonheur des libéraux fédéraux depuis presque 15 ans. Jean Charest a déjà donné à ce type de combat stérile; Bernard Lord a reculé devant l'impossibilité de la mission pas plus tard que l'automne dernier; Mario Dumont n'a aucun intérêt à échanger un groupuscule parlementaire à Québec pour un autre à Ottawa. Les chances que ce type de candidats se présente au tournant d'une droite reconfigurée sont infiniment plus élevées que dans l'état actuel des choses.

Il se pourrait bien que l'ancien chef conservateur soit en train de faire une autre des grosses erreurs de calculs qui ont ponctué sa carrière.

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Fin de la RIQ... création!

Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE Le 1er décembre 2003

Après-midi intéressant à la maison Ludgey Duvernay, rue Sherbrooke à Montréal, le samedi 29 novembre dernier. Le Rassemblement pour l'indépendance du Québec (RIQ) y conviait les souverainistes afin de peaufiner une nouvelle approche en vue de doter rapidement le Québec d'un statut national. C'est qu'à la lumière des derniers sondages, la solution indépendantiste rallie environ 45% de la population alors que le Parti québécois qui en fait la promotion n'en attire qu'à peu près 35%. Ce malaise montre que le vaisseau amiral souverainiste semble éloigner des Québécois par la façon qu'il veut employer pour atteindre son objectif fondamental.

C'est pourquoi les membres du RIQ ont demandé aux gens présents à la rencontre de réfléchir sur l'idée d'opter plutôt pour l'élection référendaire afin de mieux s'ajuster à une population québécoise qui paraît rébarbative face à la tenue d'un troisième plébiscite. Ce dogme péquiste semble de plus en plus s'enliser dans une profonde ornière qui fait fuir un électorat assez las face à la lourdeur que représente cet exercice démocratique. Rappelons qu'il y a eu consensus lors du référendum de 1995: une victoire souverainiste confirmée par le Directeur Général des Élections en attestant la malheureuse présence d'environ 150 000 votes illégaux. Tenir un troisième référendum devient donc répétitif et explique grandement le décalage que dévoilent les derniers coups de sonde.

Reste qu'il y eu absence d'unanimité autour de l'emploi d'une élection référendaire à cette rencontre. Plusieurs membres du RIQ préfèrent tenir d'abord une élection qui autoriserait, advenant une victoire péquiste, l'enclenchement de la démarche indépendantiste qui s'étalerait ensuite sur environ 18 mois. Puis aurait lieu un référendum qui entérinerait les décisions prises par le gouvernement indépendantiste. Les Québécois y donneraient alors leur aval sur divers concepts dont celui de la citoyenneté, de la constitution et de l'érection d'une Cour du Québec. Une réponse négative, lors de la consultation populaire, forcerait les membres du gouvernement à apporter les modifications nécessaires afin d'obtenir l'accord de la population suite à un nouveau référendum. Chose certaine, on ne pourra pas accuser les souverainistes d'être peu scrupuleux de la démocratie devant cette insistance à vouloir obtenir absolument l'appui de 50%+ 1 de la population pour créer le pays du Québec.

J'adhère parfaitement à ce principe où seule la majorité d'un peuple peut commander un changement aussi important. D'ailleurs, sauf rare exception, ce préalable a fait consensus lors des discussions de samedi. Tous ont également reconnu que l'intendance d'un État provincial est un piège qui rend rapidement impopulaire un gouvernement. L'imposition du carcan fiscal d'Ottawa sur les finances publiques du Québec depuis l'événement de 1995 fait qu'il est hors de question qu'une équipe politique souverainiste s'installe à nouveau aux commandes d'une Assemblée nationale transformée en siège éjectable.. Parlez-en au gouvernement Charest!!! Enfin, l'étapisme dans lequel s'est embourbé le Parti québécois depuis quelques temps a été sévèrement critiqué: il faut tout de suite passer en mode offensif et établir les enjeux de la prochaine élection générale dans quatre ans.

Deux contradictions ont ressurgi de la stratégie proposée par des membres du RIC, selon moi. L'idée de tenir un référendum 18 mois après une élection gagnante afin d'obtenir l'accord des Québécois sur des sujets cités précédemment relève encore de l'étapisme. N'avons-nous pas souhaité sa disparition? J'entends déjà les adversaires fédéralistes hurler qu'il y a astuce: l'élection autorisera les péquistes à déclarer l'indépendance et non le référendum promis plus tard. Ils inquiéteront la population face à l'incertitude politique que pourrait provoquer une victoire du NON lors du plébiscite: qu'adviendrait-il alors de la légitimité du gouvernement? N'est-ce pas là un vote de non-confiance? Est-ce à dire que le gouvernement souverainiste va refaire ses devoirs et donc continuer de ne parler que de constitution plutôt que de régler les "vrais problèmes"? Les souverainistes savent très bien qu'il est possible de s'occuper de création d'emplois tout en procédant à la construction du pays du Québec. Cela s'avère nettement moins évident pour "monsieur et madame tout le monde" dont l'adhésion massive est essentielle pour réaliser le projet de libération. Les phrases creuses qui caractérisent le discours fédéraliste peuvent faire des ravages comme les expériences antérieures le prouvent.

C'est pourquoi une élection référendaire constitue la meilleure solution pour réaliser l'indépendance du Québec. L'enjeu de la prochaine élection sera donc très limpide. Les fédéralistes pourront répéter à loisir qu'un vote pour les souverainistes signifiera la création d'un État québécois indépendant: ils auront tout à fait raison de le dire et feront ironiquement la promotion de notre option progressiste. Ainsi, les Québécois choisiront entre le maintien du quémandage, de la dépendance voire de l'indigence que représente un État "manchot" et le changement, l'espoir que représente le recouvrement d'un membre confisqué depuis près de 250 ans.

L'obtention du pouvoir dans quatre ans sera donc celui d'un État en pleine possession de ses moyens. Exit ainsi le piège provincial. La proposition de certains membres du RIQ d'attendre le verdict d'un référendum qui surviendrait un peu plus d'un an suivant l'élection générale reconduit donc un danger que tous les souverainistes veulent pourtant ne plus jamais vivre. À nouveau, la tenue d'une élection référendaire élimine ce traquenard. Ce mécanisme d'accession à la souveraineté sera tout aussi démocratique qu'un plébiscite puisqu'il exigera aussi l'assentiment d'une majorité de Québécois.

Impossible d'espérer rallier cette majorité au sein d'une seule équipe politique. Il y a des lunes qu'un parti a réussi ce tour de force! À cela, il faut répondre tant mieux. La société québécoise jouit d'une maturité politique qu'elle n'avait pas avant: elle sait maintenant qu'il y aura une vie démocratique dans un Québec souverain. Les Québécois découvrent avec enthousiasme qu'il est possible d'entrevoir des façons différentes pour développer leur pays. Ces différences s'affichent dans les partis politiques du Québec. Voilà pourquoi une coalition de ceux qui croient que leur plate-forme politique se réalisera mieux à l'aide d'un État national plutôt que provincial est envisageable. Les différences de la volonté citoyenne n'en seront que mieux illustrées.

Le Conseil de la souveraineté doit jouer un rôle majeur dans la construction de cette alliance souverainiste. Comme son nom l'indique, l'organisme constitue l'agora où se réuniront les souverainistes de tous les horizons afin de donner naissance à la mobilisation citoyenne. Se scellera par la suite la coalition des partis politiques conscients qu'il n'y a que la souveraineté pour donner au Québec les pouvoirs qui le sortiront de l'impasse politique et budgétaire. Quatre années donc où les enjeux sur lesquels les gens seront appelés à voter seront clarifiés et bien médiatisés. Une réforme du mode de scrutin est même possible afin de rassurer les partis aux assises plus modestes. Une nouvelle vie démocratique qui sera appliquée, selon l'entente, après la déclaration d'indépendance dans quatre ans.

Il faut profiter du temps qui s'offre pour réaliser ces travaux. Tous peuvent y participer. Le Conseil de la souveraineté, unique outil non-partisan qui existe actuellement, doit saisir cette occasion historique et orienter son action en fonction de préparer les enjeux du prochain rendez-vous électoral. Ainsi se présentera devant l'électorat québécois une armada souverainiste irrésistible qui fera face à un Parti libéral divisé et affaibli par une réingénierie brutale, puisque forcée par l'étau fiscal de l'occupant fédéral. Il ne fait aucun doute que les Québécois, bien informés, fatigués d'entendre parler de compressions budgétaires, de déficits et de chicanes avec Ottawa, voteront majoritairement pour le progrès. Parce que la souveraineté; c'est la santé...



TRIBUNE LIBRE

Le mauvais rêve

Gilles Néron
gilles098@sympatico.ca
TRIBUNE LIBRE Le 1er décembre 2003



J’ai fait un très horrible cauchemar, la nuit dernière :
Des animaux qui parlaient formaient le gouvernement.
Ils avaient endossé du pouvoir tous les ornements
Et dans les cabinets ministériels étendaient leur litière.

Un baudet à la crinière grise remontait ses lunettes.
Parce qu’il prétendait assurer le Développement.
Il brayait qu’il voulait un grand chambardement
Et dans les agences régionales faire place nette.

Un coq à la crête rouge s’était arrogé les Finances.
Perché sur sa clôture dorée il chantait tout le jour
Que les temps sont durs et qu’il n’y a rien dans le four.
Mais c’était principalement pour montrer sa suffisance

Un taureau de belle allure pointait une corne menaçante.
Il fonçait sur tout parce que quand on a la Santé
On ne manque pas de moyen pour écraser et piétiner
Et on recueille bien des bravos à tasser la gent soignante.

Un bulldog, les crocs en évidence dans une large gueule
Gardait le Trésor, les griffes bien enfoncées dans son os.
Il chassait les manants prêt à leur mordre le bas du dos
En grondant que les fonctionnaires sont tous des veules.

Un singe au poil noir sautait sur son siège avec une tablette
Sur laquelle il faisait des calculs pour compter les bulletins,
Et établir des pourcentages afin de faire taire les mutins.
Il était convaincu d’avoir trouvé des grandes villes la recette.

Un loup, jeune et maigre, hurlait qu’il voulait faire Justice,
Malgré sa mauvaise réputation, qu’il était capable de bonté
Que des victimes il en avait eues et qu’il aimait les fréquenter
C’est pour cela qu’il signait ses lettres « sans préjudice ».

Une fouine croquait une poule qui n’a pas su être rapide
La bête croyait sans doute avoir atteint le Bien-être social.
Confortablement installée dans le poulailler, c’était génial,
Elle procédait avec méthode afin de mieux faire le vide.

Une chatte léchait son beau poil dans le salon de la Famille
Elle baillait, sourde aux bruits des parents et du Parlement,
Parce que des chatons à garder elle en avait tellement
Qu’elle songeait à les confier à des privés en guenille.

Un phoque savant qui n’arrivait pas à oublier sa banquise
Se disait que pour bien faire son métier d’Éducation
Il devait favoriser sa chère université avec des millions
En dépit des autres recteurs qui bavaient de convoitise.

Une oie majestueuse se dandinait allègrement en sa Culture
Broutant les jeunes pousses et asséchant les champs
Se disant qu’à la fin il n’y aurait ni théâtre, ni chant
Et qu’ainsi les bourgeois auraient la paix jusqu’à sépulture.

Un castor canadien perché sur ses nombreux barrages
Disait se soucier des rivières et de l’Environnement
Mais, au fond, il laissait en toute liberté le management
Piller les forêts et les eaux et construire sans ambages.

Un tigre oriental, drapé dans sa dignité, dormait à l’ombre.
Il attendait que l’Hydro soumettre ses plans de construction
Pour après, de ses relations consultantes faire la promotion
Car il avait des Ressources, l’homme à la mine sombre.

Un écureuil infatigable faisait du Tourisme de patrimoine
Allant dans toutes les localités stimuler les restaurants
Faisant croire aux richesses apportés par les itinérants,
Mais gardant ses subsides parce que pauvre comme un moine.

Un butor des marais se mettait au Travail avec diligence
Pour construire un nid douillet aux patrons de l’étang.
Il faisait en sorte qu’aucun poisson ne sorte du rang
Avec des salaires plus hauts que ceux de la sous-traitance.

Un mouton frisé présidait avec onction cette belle assistance.
Il répétait qu’en son Westmount il connaissait le bonheur,
Que jamais autant d’animaux lui avaient fait tant honneur.
Et que le Québec n’était grand que dans la dépendance.



TRIBUNE LIBRE

Le radicalisme dérisoire
des tenants de «l’élection référendaire»

Guillaume Ducharme, Siegfried L. Mathelet, Ophélie Sylvestre, Marie-Hélène Brunet, Martine Carrière, Laurent Auger, Mélissa Leduc, Philippe Dubeau, Caroline Labelle, Benjamin Gagnon, Dany St-Jean, Olivier Barrette, David Simard, Daniel Cloutier et Philippe Leclerc.
Les auteurs sont membres de diverses instances du Parti Québécois, mais s’expriment à titre personnel.
guillaume.ducharme@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE Le 1er décembre 2003

Les observateurs attentifs du Parti Québécois auront remarqué la fâcheuse tendance qu’ont certains militants de notre formation politique à radicaliser leurs positions chaque fois que l’électorat nous renvoie sur les banquettes de l’opposition. La défaite du 14 avril, après avoir suscité une réflexion sur l’opportunité d’éliminer la notion de partenariat de notre programme, semble maintenant favoriser le retour de la vieille idée de tenir une « élection référendaire » pour réaliser la souveraineté. Amis de la liberté d’expression et favorables aux débats, les signataires de la présente lettre, adressée aux péquistes et aux souverainistes fidèles au Québec, tiennent cependant à exprimer leurs vives craintes face à cette idée aussi improductive que néfaste pour le projet souverainiste. Ardemment attachés à l’idée d’indépendance nationale, nous croyons fermement que revenir sur l’engagement du Parti Québécois de réaliser la souveraineté de manière démocratique, avec l’appui de la population, serait éthiquement discutable au niveau des principes et suicidaire au niveau politique.

Des notions à préciser

Une revue rapide des articles publiés au Québec au cours des six derniers mois permet de constater que la notion «d’élection référendaire» a été mentionnée à plus d’une trentaine de reprises. Pourtant, cette notion n’existe pas dans la loi électorale du Québec et est absente de nos traditions politiques. Il y a quelques mois, des militants du Parti Québécois avaient proposé que se tienne un référendum consultatif en même temps qu’une élection générale comme cela est possible dans d’autres pays aux traditions démocratiques. Mais cette « élection assistée d’un référendum » n’est pas ce qui est proposé par les tenants de « l’élection référendaire ».

Ce qu’ils proposent, c’est de profiter des largesses du système parlementaire britannique, qui permet à un parti politique de former le gouvernement sans pouvoir compter sur la majorité absolue des suffrages exprimés, pour réaliser la souveraineté. En somme, ce qu’on nomme improprement « élection référendaire » serait plutôt une déclaration unilatérale d’indépendance par la majorité parlementaire sans consultation spécifique et préalable du peuple québécois par référendum. Cette idée est issue directement de la frustration causée par le fait que, malgré 35 ans de débats, les Québécois n’appuient pas majoritairement l’idée de souveraineté. La proposition « d’élection référendaire » vise avant tout à abaisser les standards démocratiques (le 50% +1), reconnus par tous les acteurs politiques de bonne foi, nécessaires à la réalisation de la souveraineté.

Résumée à l’extrême, « l’élection référendaire » revient à dire : pourquoi convaincre la majorité absolue des Québécois de l’importance de réaliser la souveraineté quand on peut se contenter d’un appui électoral de 40,7 % (le score du PQ en 1994)?

Démocratiquement infect…

On l’a vu dans le cas des fusions municipales, la démocratie représente, pour nombre de citoyens, quelque chose de tangible et de concret. Les citoyens tiennent à être consultés sur les questions politiques qui touchent leurs institutions et leur environnement politique. Sur la question nationale, affirmer que les citoyens du Québec tiennent à être consultés est un euphémisme bien faible. N’oublions pas que 94% de la population s’est déplacé pour aller voter au référendum de 1995. Favorable ou non à l’idée de souveraineté du Québec, 94% des électeurs ont accepté de jouer le jeu de la démocratie et de laisser la collectivité décider du sort de notre nation. Nous ne pouvons pas revenir sur ce fait.

Bon joueur, le camp du OUI s’est empressé de reconnaître le résultat de la consultation tout en affirmant, il va de soi, que les Québécois pourraient à nouveau être consultés sur leur avenir. Une question se pose maintenant : comment expliquer au peuple québécois, qu’après deux référendums perdus sur la question de l’accession du Québec à la souveraineté, il ne suffirait plus qu’un simple vote de la majorité parlementaire pour réaliser le projet national? Question supplémentaire : comment justifier l’abaissement éhonté des standards démocratiques reconnus et admis de tous?

Une seule réponse nous vient aux lèvres : la peur. Ce qui justifie un projet aussi funeste est la peur de quelques militants de ne pouvoir entrer dans la Terre promise. C’est aussi la peur de ne pouvoir convaincre la majorité de nos concitoyens de la justesse de l’option souverainiste. Malheureusement, la peur n’est pas une conseillère efficace, elle pousse parfois les militants politiques à des gestes peu rationnels qui seront jugés avec sévérité par l’électorat.

Irresponsable et suicidaire

Il serait possible de disserter longuement sur les conséquences graves que pourrait représenter une déclaration unilatérale d’indépendance par le Parti Québécois formant de nouveau le gouvernement. Il y aurait tout d’abord l’indifférence ou l’hostilité de nos partenaires étrangers qui seraient loin d’être tentés de reconnaître un résultat aussi peu démocratique (un référendum est une exigence minimale pour reconnaître un nouvel État). Il y aurait ensuite le refus de la majorité fédéraliste des citoyens du Québec (et même d’une partie des sympathisants souverainistes) de reconnaître la déclaration d’indépendance, une réaction tout à fait justifiée dans les circonstances. Finalement, il faudrait aussi composer avec une fonction publique fédérale (et peut-être même québécoise) qui refuserait de se soumettre à l’autorité d’un gouvernement qui se proclamerait souverain sans l’appui populaire.

Il serait possible d’allonger la liste des conséquences néfastes et contre-productives que la stratégie de « l’élection référendaire » pourrait entraîner. Cependant nous allons nous arrêter ici parce qu’il est évident que, si notre formation politique adopte ce projet, plus jamais le peuple québécois nous confiera le privilège d’occuper le gouvernement. Il faut le dire haut et fort : insérer la stratégie de « l’élection référendaire » au sein de notre programme consacrera la marginalisation du Parti Québécois et du projet national dont il est le porteur.

Les leçons du passé et du présent

Il est d’ailleurs aberrant de constater à quel point les leçons du passé s’oublient rapidement. A-t-on oublié que c’est à la promesse de tenir un référendum que nous devons, en grande partie, l’élection triomphale de 1976? A-t-on oublié que le référendum sur la souveraineté, tant décrié par une minorité de membres du PQ, a été qualifié de « trouvaille du siècle » par nos adversaires libéraux? A-t-on oublié que l’histoire moderne de la souveraineté commence en 1974 avec l’adoption de la stratégie référendaire et, qu’avant cette date, le Parti Québécois n’était qu’un parti marginal condamné à la marginalité?

Si les leçons du passé ne portent plus, étudions plutôt les données plus récentes qui nous permettent de jauger l’état d’esprit actuel de la population du Québec. Nous savons que 42% (selon la moyenne des sondages) de la population est favorable à l’idée de la souveraineté-partenariat, mais savons-nous que seulement 18% de la population se définie comme souverainiste? Savons-nous que 54% des partisans de la souveraineté croient que ce projet ne doit pas être considéré comme une priorité électorale par notre parti? Finalement, avons-nous oublié que, lors de la dernière campagne électorale, seulement 7% de la population estimait que la souveraineté devait être un enjeu principal de la campagne électorale? (Sondage CROP, Le Soleil 11 avril 2003)

Il ne faut pas une boule de cristal pour comprendre qu’un parti politique qui se présenterait devant l’électorat avec comme seul objectif la réalisation immédiate d’un projet jugé comme prioritaire par uniquement 7% de l’électorat subirait une solide dégelée qui pourrait même être fatale.

Le Parti Québécois est un parti nationaliste et souverainiste qui a toujours eu à cœur d’assurer le plein développement de notre nation sur les plans sociaux, culturels, économiques et politiques. Porteur d’une idée jugée intéressante par plus de 46% de la population, notre formation ne doit pas se lancer dans des voies sans issues qui pourraient représenter la fin du projet souverainiste. Unique formation politique souverainiste au Québec, le Parti Québécois ne peut pas prendre la voie du suicide politique. Nous croyons qu’il est de notre devoir de nous assurer que l’avenue de la souveraineté restera toujours ouverte au cas où la population décidait démocratiquement de s’y engager. Nous croyons également que nous devons travailler d’arrache-pied à la promotion de l’idéal national, sans rancœur ni haine pour nos concitoyens qui choisissent (même si nous croyons qu’ils ont tort) la voie du fédéralisme canadien.

Il faut répondre à l’appel du conseil exécutif national du PQ et travailler pleinement à la modernisation de notre parti, pas à sa marginalisation. Nous avons cependant la conviction que les militants, après réflexion, vont rejeter cette idée pour s’investir pleinement dans une Saison des idées qui nous mènera, nous en sommes convaincus, à une modernisation efficace de notre option, de nos valeurs et de nos structures de fonctionnement interne.



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COMMUNIQUÉS Le 28 novembre 2003