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Les patrons demandent à Charest
de résister à la pression de la rue

PC vendredi 12 décembre 2003

Au terme de la démonstration de force des centrales syndicales hier, les organisations patronales ont dit souhaiter que le premier ministre Jean Charest maintienne le cap en ce qui a trait au menu législatif à l'étude et que les autorités policières soient davantage vigilantes devant les menaces proférées.

Le vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), Richard Fahey, a invité M. Charest à poursuivre sur sa lancée tout en déplorant le blocage des routes et des ports, des gestes qui, a-t-il dit, ont sans aucun doute été néfastes pour l'économie des régions et de l'ensemble du Québec.

«La stratégie de nuire aux activités économiques est inacceptable et ne saurait être tolérée», a fait valoir M. Fahey, qui estime qu'«aucune revendication patronale ou syndicale ne justifie de prendre en otage l'économie du Québec».

Du côté des Manufacturiers et exportateurs du Québec, le président Paul-Arthur Huot estime que la paralysie des installations portuaires à Montréal, Québec, Trois-Rivières et Bécancour est «un geste qui relève de l'inconscience».

«Le monde syndical se trompe d'ennemis et de cibles. Il s'attaque aux milliers d'entreprises manufacturières et exportatrices qui donnent de l'emploi à quelque 650 000 travailleurs au Québec. Les retards de livraison feront des mécontents et les clients étrangers pourraient bien songer à changer de fournisseur pour la prochaine commande», a-t-il expliqué.

M. Huot tient à ce que le premier ministre «garde le cap» en ce qui concerne ses projets de loi et lui suggère «de faire appliquer les lois pour que soient dégagées les installations portuaires et les routes publiques».

Il convient toutefois qu'il n'est «pas facile de faire respecter la loi par un corps policier lui-même fortement syndiqué».

Selon M. Huot, «il y a des lois qui empêchent des obstructions systématiques. Quand on bloque la seule voie d'accès à des régions entières, ça n'a pas d'allure. Qu'on dégage les installations portuaires».

Le porte-parole du Conseil du patronat du Québec, Gilles Taillon, tient également à ce que M. Charest demeure ferme. «Il faut absolument qu'il maintienne le cap, sinon on va maintenir notre retard avec les autres provinces en matière de création d'emplois», a-t-il dit.

M. Taillon a par ailleurs dit ne pas avoir apprécié d'entendre le président de la FTQ, Henri Massé, dire qu'il allait frapper le CPQ là où ça fait mal.

«Des menaces et de l'intimidation voilées comme ça, ça nous déplaît souverainement. Ce n'est pas très sain. La police devrait être très attentive dans ces cas-là. On fait un débat serein et on espère que ça va être la même chose du côté de nos vis-à-vis», a-t-il déclaré.

«Les autorités policières devraient s'assurer que tous les citoyens sont traités de la même façon et que ce n'est pas parce que les organisations syndicales sont puissantes et ont beaucoup de membres qu'elles doivent bafouer la loi et l'ordre», a-t-il poursuivi.



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Partie remise?

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 12 décembre 2003

Hier, le mouvement syndical a clairement manifesté son opposition aux politiques du gouvernement Charest. Malgré leurs divergences stratégiques et idéologiques, la FTQ, la CSN, la CSQ, la CSD et la FIIQ ont choisi d'intervenir le même jour, chacune à sa façon. À quelques exceptions près, les centrales ont procédé dans l'ordre après avoir bien fait comprendre à leurs militants qu'il n'y avait rien à gagner à nuire aux activités normales de la population. Tout débordement violent et toute perturbation des services publics auraient eu pour effet de détourner l'attention d'une majorité de citoyens. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit à la Société de transport de Montréal, où des syndiqués de l'entretien (CSN) ont bloqué la sortie d'autobus. Preuve que la civilisation ne s'est pas encore imposée dans toutes les couches de notre société.

Et que dire du personnel des centres à la petite enfance, dont la quasi-totalité avaient fermé leurs portes, privant les parents d'une journée de travail, comme pour faire la preuve par l'absurde que le gouvernement précédent a eu tort de créer un monopole public aussi coûteux auquel si peu de gens ont accès ?

Du côté de la FTQ, l'objectif était de frapper «là où ça fait mal», a expliqué le président Henri Massé, c'est-à-dire l'activité économique. Et on y est parvenu sans trop de difficulté. On a bloqué des ports et des routes, tactiques dangereuses en matière de sécurité, mais il a suffi d'un mot d'ordre venu d'en haut pour corriger le tir quand c'était nécessaire.

Cela étant, contrairement à ce que la journée d'hier pourrait laisser croire, la mobilisation n'est pas chose facile lorsqu'il s'agit d'aller au delà de manifestations symboliques. Dans le secteur de la santé, la forte crédibilité du ministre Philippe Couillard et la sage décision qu'il vient d'annoncer de traiter les villes différemment des régions lors de la formation de réseaux locaux de services font en sorte que professionnels et employés n'iront pas au front une fois les lois adoptées. Il ne faut donc pas confondre le coup d'éclat d'hier, fortement médiatisé grâce aux réseaux de nouvelles en continue, et la détermination d'une majorité de membres de prendre tous les moyens possibles et imaginables pour renverser les politiques du gouvernement. Les projets de loi contestés sont complexes, ils ne touchent que les travailleurs syndiqués et, à quelques jours des Fêtes, le risque d'escalade est nul.

Mais attention : si le gouvernement Charest n'apporte aucun amendement significatif à ses projets de loi malgré plusieurs recommandations biens avisées qui lui ont été faites lors des commissions parlementaires, s'il maintient une ligne dure et tout à fait intransigeante, il devra se passer de la collaboration pourtant indispensable des syndicats nationaux et locaux le moment venu d'appliquer ses réformes. Qui plus est, il ne fera que reporter de quelques mois la dure confrontation avec le monde syndical, soit au moment où les 450 000 syndiqués du secteur public prendront leur revanche à l'occasion du renouvellement de leurs conventions collectives.

Curieux, tout de même, que ce gouvernement ne profite pas des bonnes dispositions qui animent les dirigeants syndicaux, sans doute les plus ouverts à la concertation que le Québec ait connus depuis longtemps !

jrsansfacon@ledevoir.ca



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La petite madame

Michel David
Le Devoir jeudi 11 décembre 2003

Comme si son gouvernement n'avait pas mécontenté suffisamment de gens depuis six mois, il fallait aussi que Jean Charest provoque la colère des femmes. Ma foi, c'est à se demander s'il ne le fait pas exprès.

Quand on se met le pied dans la bouche, comme l'a fait le premier ministre en appelant la présidente de la CSN «ma petite madame Carbonneau», on s'excuse sans détour. Contrairement à ce qu'il a suggéré, ses propos ne comportaient pas la moindre équivoque et ne se prêtaient à aucune interprétation.

Il est sans doute sincère quand il assure n'avoir eu aucunement l'intention d'être désobligeant. C'est bien là le pire: à sa face même, sa remarque était aussi sexiste qu'insultante, et il ne s'en est même pas aperçu.

Sans parler du moment choisi. À la veille de la «journée nationale de perturbation», cet impair ne pouvait pas plus mal tomber. Mme Carbonneau a choisi la meilleure attitude en prenant acte de ses regrets. De toute manière, elle savait parfaitement que le mal était déjà fait.

Bernard Landry a tout de même dû avoir une bonne pensée pour le premier ministre. Lui aussi avait raté une magnifique occasion de se taire, au printemps dernier, en parlant des «groupes de femmes» auxquels il préférait encore la compagnie du président de la Sun Life, mais ses propos traduisaient davantage son irritation que le paternalisme sous-jacent à ceux de M. Charest.

***

Au delà de la personne de Mme Carbonneau, la malheureuse expression utilisée par M. Charest témoigne du peu de respect du gouvernement actuel pour le mouvement syndical. Soit, il ne parlerait jamais d'un homme, peu importe lequel, en termes aussi condescendants, mais pensez-vous qu'elle serait sa petite madame Carbonneau si elle était présidente du Conseil du patronat?

Au cours des 40 dernières années, le mouvement syndical a puissamment contribué à la construction du Québec moderne. Il est vrai qu'il pèse d'un poids plus important qu'ailleurs, mais cela fait partie du «modèle» que le Québec a choisi en toute liberté, avec ses avantages et ses inconvénients.

S'il fut une époque où les syndicats parlaient ouvertement de «casser le système», au point où trois présidents de centrale ont dû être incarcérés, il y a belle lurette que le système les a intégrés. Quand Robert Bourassa a pris sa retraite, en 1994, on a présenté aux militants libéraux réunis en congrès un vidéo dans lequel Louis Laberge (FTQ), Marcel Pepin (CSN) et Yvon Charbonneau (CEQ) rendaient hommage à l'homme qui, 22 ans plus tôt, les avait jetés en prison. Cela donne la mesure de la réconciliation.

On peut très bien être d'avis que le pouvoir syndical est devenu excessif et constitue maintenant un frein à ce qu'on estime être le progrès, surtout économique, mais le mouvement syndical a droit aux égards dus à un partenaire de longue date.

Personne ne peut nier que le gouvernement Charest a toute la légitimité requise pour modifier les règles du jeu, y compris amender le Code du travail pour favoriser la sous-traitance.

Si un gouvernement élu démocratiquement a le pouvoir d'imposer ses vues, il a aussi le devoir de convaincre la population de leur bien-fondé, mais ça ne semble pas intéresser M. Charest, et encore moins son ministre du Travail, Michel Després. Rien de ce qu'ils ont dit jusqu'à présent n'est de nature à apaiser les craintes de ceux qui se sentent menacés par la sous-traitance.

***

Il ne faut pas être naïf non plus. On aurait beau prolonger de quelques mois le débat sur l'article 45, les syndicats ne désarmeraient pas. Le président de la FTQ, Henri Massé, a pourtant raison: on ne rompt pas un équilibre aussi délicat, au risque de perturber sérieusement la paix sociale, dans la bousculade d'une fin de session.

Aucune urgence, économique ou autre, ne justifie cette précipitation, si ce n'est le désir du gouvernement de tourner la page au plus vite en tablant sur le temps pour arranger les choses. Hier à l'Assemblée nationale, c'était au tour du premier ministre de se féliciter du dynamisme de l'économie québécoise, que même l'article 45 semble apparemment incapable de freiner.

«Jamais dans l'histoire du Québec il ne s'est créé autant d'emplois, a déclaré M. Charest. Ça ne veut pas dire que ce sera toujours comme ça, mais pour ceux qui prétendent que c'est la fin du monde, avouons qu'il y a là une réalité qui vient les contredire d'une façon assez flagrante.» Sa petite madame de la CSN ne saurait mieux dire.

Il lui reste maintenant à comprendre que la création d'emplois, si bienvenue soit-elle, ne constitue pas nécessairement une panacée, comme vient de s'en rendre compte le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, qui a dû renoncer à son objectif de réduire de 25 000 le nombre de ménages à l'aide sociale. En juin dernier, tout le monde lui avait dit que cet objectif était totalement irréaliste, mais la foi dans les vertus du marché qui anime ce gouvernement paraît inébranlable.

***

Mes excuses, M. Plagnol

Une faute d'orthographe dans la transcription d'un reportage diffusé par Radio-Canada dimanche m'a fait épeler incorrectement le nom du ministre de la Réforme de l'État français dans ma chronique de mardi. Il ne s'appelle pas Pagnol, comme l'auteur de Marius, mais bien Plagnol. Dommage, c'était bien plus amusant. Mes excuses, monsieur le ministre.



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Trash-talking Charest

The premier would easily win the PR war with union by remaining silent, instead his government arrogantly throws down the gauntlet

DON MacPHERSON
The Montréal Gazette Thursday, December 11, 2003

Can Jean Charest possibly be that clueless? Doesn't he get why it is wrong for any man, let alone the premier of Quebec speaking publicly, to refer to a woman in the condescending terms of a macho garage mechanic?

And is he too small a man to apologize unequivocally to the president of the 280,000-member Confédération des syndicats nationaux du Québec for referring to her in French, in an interview with a female reporter no less, as "my little lady?"

Diane Lemieux, Parti Québécois member of the National Assembly and former chairperson of the Quebec council on the status of women, got it exactly right when she said the phrase "is treating women like children."

Supposedly, Charest represents a new generation of political leadership as the first Quebec premier born in the latter half of the 20th century, and having gone to university after the rise of modern feminism.

If he looks at his calendar on his wall - let's assume it's not the swimsuit type - he'll see that we are nearly four years into that 21st century in which his is the first Quebec government to have been elected, as he noted at its swearing-in.

He's also coming up on 20 years in active politics, more than half his adult life, long enough to have learned that it's not wise to risk insulting half the electorate at once.

But apparently, there's one lesson Charest didn't learn from his political role model, Brian Mulroney: When you're caught saying something you shouldn't have, step up, take full responsibility, admit you were wrong, say you're sorry, and put it behind you. That's what Mulroney did, in his early days as prime minister, after referring to a patronage appointee of the previous government as "an old whore."

But instead of lowering the temperature, the little gent in the premier's office compounded the original insult by emphatically denying that he had apologized to Claudette Carbonneau for the remark, since "there was no bad intention" on his part. He said he told the CSN president: "If I could have, I would have said it differently," implying there was no other way of saying what he meant to say.

And so, on the eve of the unions' "national day of disturbance" protesting his government's labour policies, and for at least the second time this fall, Charest seems to have gone out of his way to provoke the unions.

The first time was in October, when he issued an "open letter" that seemed to have no point other than to dismiss the unions' objections to his plan to reduce the size of government as mere self-interested "noise."

If Charest hoped to goad the unions into an excessive reaction that would lose them public sympathy, then his tactics are working marvelously; before today's "disturbance," union goons protesting his government's policies had already caused a disruption at a children's hospital and trashed MNAs' offices.

And the unions' image was hardly enhanced by the vandalizing of private property of Montreal city officials during a dispute with the city's notorious blue-collar workers, or when the St Charles-Borromée Hospital workers' union had the audacity to whine that disclosure of the mistreatment of patients by some of its members was bad for morale.

But in any dispute between the government and the unions, with the notable exception of the nurses', public sympathy inevitably turns against the unions, especially if their members disrupt public services. All the government needs to do for a political victory is to hold the moral high ground by appearing to be acting in good faith as well as in the public interest.

To do that in the current situation, the Charest government needs to show that it at least has given a fair hearing to union members who are justifiably afraid that its policies mean a deterioration of salaries and working conditions for them. It needs to explain to people who did not necessarily commit the Liberal platform to memory before voting last April why its policies are necessary. Because it is carrying a big policy stick, it needs to speak softly.

Instead, the government arrogantly invokes its electoral mandate not just as justification but as the argument that ends all discussion. And the little gent in the premier's office taunts the unions with trash talk.

dmacpher@thegazette.canwest.com



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Bonne journée, mon p'tit monsieur Charest

Vincent Marissal
La Presse jeudi 11 décembre 2003

Jean Charest a bien quelques défauts (il les a tous, selon les chef syndicaux), mais on ne l'a jamais accusé de sexisme. Pendant sa longue traversée du désert à Ottawa, de 1993 à 1997, il a siégé aux Communes avec la seule autre députée du Parti conservateur, Elsie Wayne, ce qui lui faisait souvent dire à la blague que son parti, contrairement aux autres, avait un caucus parfaitement équilibré entre les deux sexes.

Cette étrange remarque du premier ministre à propos de la présidente de la CSN - "J'ai vu ma petite madame Carbonneau il y a peut-être un mois à Québec" - trahit davantage une certaine arrogance envers les leaders syndicaux que de vils sentiments sexistes inavoués.

En échappant ce petit bout de phrase, Jean Charest démontre le contraire de ce dont il essaye, justement, de nous convaincre. D'un côté, il dit être disponible pour discuter avec les chefs syndicaux, mais, de l'autre, il répond nonchalamment qu'il a vu "la p'tite madame" de la CSN il y a un mois. D'une part, il affirme être prêt à calmer le jeu, mais, de l'autre, il persiste et signe en accusant les grandes centrales d'immobilisme. Il dit être ouvert aux débats, mais du même souffle, il pousse ses projets de loi controversés à toute vapeur à l'Assemblée nationale pour les enfoncer de force dans la gorge des syndicats avant les Fêtes, comme on bourre la dinde du réveillon.

Claudette Carbonneau aurait pu tenter de récolter tout le capital politique de cette histoire en envenimant encore un peu les relations avec le gouvernement en cette semaine de grande perturbation, mais elle a eu la grâce de ne pas déchirer sa blouse. Quand Jean Charest a accusé cet automne les grandes centrales d'être corporatistes, le patron de la FTQ, Henri Massé, s'est précipité sur le premier micro pour dire haut et fort qu'il était en criss. Claudette Carbonneau se fait donner de la "p'tite madame" par le premier ministre, et elle laisse couler. Question de tempérament, les hommes et les femmes, c'est bien connu, ne réagissent pas de la même façon. C'est encore plus flagrant en politique, un univers irrémédiablement macho où un homme ministre se glorifie du surnom de "Beu" alors que l'équivalent féminin, que l'on entend encore souvent dans les conversations off the record dans le milieu, reste une grossière insulte accolée aux femmes ministres trop déterminées.

La "p'tite madame" de Jean Charest à Claudette Carbonneau n'est pas plus méchant que la "p'tite madame" du garagiste du coin à ses clientes. Pas plus brillant, non plus. Ce n'est pas Bernard Landry qui critiquera Jean Charest, le chef péquiste ayant à son actif quelques remarques polémiques de son cru contre les groupes de femmes.

Quant à Pauline Marois, elle est bien silencieuse depuis qu'on l'a entendue dire qu'elle "voulait brasser de la marde" contre le gouvernement libéral dans le film de Jean-Claude Labrecque.

Cela dit, la "p'tite madame" de Jean Charest n'aura fait que conforter les syndiqués et leurs chefs dans leur impression que le premier ministre les méprise. La condescendance vient de s'ajouter au manque de communication, aux procès d'intention et à l'inflexibilité du gouvernement. Avec l'arrivée de Jean Charest au pouvoir, les chefs syndicaux ont perdu leurs entrées particulières au gouvernement et, visiblement, c'est ce qui les dérange le plus. Ils ne sont plus consultés, ils ne sont plus dans le coup, ils n'ont plus voix au chapitre. Après le règne du consensus et des grands sommets de Lucien Bouchard, la rupture est brutale.

Dans les milieux syndicaux, on reproche aussi à Jean Charest de tourner le dos à la tradition libérale. On garde un souvenir ému de l'époque Bourassa, où le premier ministre pratiquait l'art du give and take avec les leaders syndicaux, avec qui il était en communication personnelle et constante. (On oublie de dire que c'est le même Robert Bourassa qui a mis les chefs syndicaux en prison, mais bon, c'est une autre histoire.) Jean Charest, lui, n'a pas de "téléphone rouge" avec les chefs syndicaux et il a décidé qu'il foncerait malgré eux. D'où le climat de confrontation et cette journée de misère promise aujourd'hui. En dépit, faut-il le dire, d'un premier geste d'apaisement du gouvernement Charest, qui a décidé la semaine dernière de maintenir les règles minimales de travail dans le vêtement. Le milieu des garderies dit aussi sentir depuis quelques jours un adoucissement dans le ton à Québec. Mais c'est trop peu pour apaiser la grogne grandissante du mouvement syndical et, par le fait même, épargner une journée calamiteuse aux Québécois.

Évidemment, Jean Charest ne peut être tenu responsable des débordements syndicaux qui tournent au vandalisme, mais il a néanmoins, comme premier ministre, la responsabilité de rassurer la population, non de faire grimper son taux d'anxiété.

Le gouvernement a probablement plus à perdre que les centrales syndicales de cette journée de perturbation, parce que ce sont les p'tits monsieurs et les p'tites madames ordinaires qui vont pâtir aujourd'hui.



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Inexcusable

André Pratte
La Presse jeudi 11 décembre 2003

Le matin même où La Presse a publié l'entrevue dans laquelle il lâchait son maladroit "petite madame Carbonneau", le premier ministre Charest a appelé la présidente de la CSN pour s'expliquer. Pour admettre qu'il aurait dû dire les choses différemment.

"Donc, ont demandé les journalistes, vous vous êtes excusé?"-

Je n'ai pas utilisé ce mot-là", a protesté le premier ministre.

Pour une raison qui nous a toujours échappé, les politiciens ont une peur bleue du mot "excuses". Au mieux vont-ils regretter que certaines personnes aient été blessées par leurs propos, ce qui revient à dire qu'ils regrettent que les personnes en question aient mal compris. Un peu plus, et ce sont les victimes qui devraient s'excuser...

Souvenous-nous les circonvolutions du prédécesseur de M. Charest, Bernard Landry, au sujet du "chiffon rouge". Rappelons-nous les "cervelles d'oiseau" (au sujet des parents qui nourrissent mal leurs enfants): "Comment des gens qui me connaissent ont-ils pu faire une interprétation si opposée à mes intentions?", s'était demandé le premier ministre d'alors. Peu convaincus, plusieurs avaient exigé que M. Landry s'excuse purement et simplement... parmi lesquels Jean Charest!

Quel gourou des communications a décidé qu'il n'est pas bon pour l'image d'un politicien de s'excuser? Il nous semble qu'au contraire, un politicien qui aurait la franchise et la modestie de reconnaître une faute s'attirerait l'admiration des électeurs.

Cela dit, le premier ministre s'est comporté en parfait gentilhomme en s'excu... pardon, en s'expliquant rapidement auprès de Mme Carbonneau. Ces quelques mots échappés ne valaient certainement pas la réplique cinglante qui est venue de certains militants. Par exemple, la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Micheline Asselin, a dit: "C'est un diminutif sexiste qu'on a l'habitude d'entendre de la part d'un vendeur de chaussures." Ce qui est assez insultant pour les vendeurs (et vendeuses...) de chaussures, non? Mme Asselin ne devrait-elle pas leur faire ses excuses?



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Coup de semonce

Katia Gagnon
La Presse vendredi 12 décembre 2003

Éditorial - La journée aura été dure pour des automobilistes, des camionneurs, des usagers du transport en commun et des parents. Mais le grand bouleversement annoncé par les centrales syndicales s'est déroulé à peu près dans l'ordre. Espérons seulement que ce coup de semonce suffira pour faire passer leur message, en bonne partie légitime, à l'endroit du gouvernement, lequel pourrait se résumer en deux phrases: modérez vos ardeurs et mettez cartes sur table.

Dans les faits, le seul projet de loi qui mérite une aussi grande démonstration de force est celui qui modifie l'article 45 du Code du travail. Le gouvernement a donné à ces changements, en partie nécessaires, une ampleur injustifiée. Ils pourraient se traduire par des pertes d'emplois, des conditions de travail réduites pour les travailleurs. C'est là une menace d'envergure pour les syndicats et leurs membres. Ils ont raison de s'en plaindre, comme c'est leur droit démocratique de le faire.

Le gouvernement pourrait très bien tendre un rameau d'olivier en faisant un geste tout simple: reporter l'adoption du projet de loi, afin qu'une discussion décente et éclairée puisse se tenir. Rien ne justifie une telle précipitation.

Les autres raisons avancées par les syndicats pour manifester sont nettement moins convaincantes: on proteste plus contre des intentions présumées et contre l'attitude butée du premier ministre que sur des faits. On peut comprendre l'inquiétude des syndicats, mais, pour l'instant, il est absolument exagéré de dire que le Québec est, comme l'a récemment dit Claudette Carbonneau, "à feu et à sang".

En santé, le projet de loi qui réduit le nombre d'accréditations syndicales est nécessaire. Même la pure et dure Fédération de la santé et des services sociaux se disait d'accord avec le principe, il y a quelques mois. Ce projet de loi survient après des années de tolérance gouvernementale et d'immobilisme syndical devant un phénomène qui paralyse le fonctionnement de certains établissements de santé.

L'autre projet du ministre de la Santé, celui de la formation de réseaux locaux de services, répond également à de nobles objectifs. La manière est-elle la bonne? Plus qu'une manifestation, nous sommes persuadés qu'une bonne séance de discussion avec le ministre pourrait le convaincre d'assouplir sa formule.

Dans le dossier des garderies, là aussi, le moteur des manifestations réside bien davantage dans une inquiétude quant au futur que dans les actions concrètes de Québec. L'augmentation de deux dollars par jour n'est pas une catastrophe. Les CPE ont toujours leur place dans le développement. Mais le gouvernement a perdu la confiance du réseau en avançant des mesures aberrantes comme les banques d'absence. Les parents se demandent maintenant si ce gouvernement croit encore réellement en ce grand projet de services de garde à tarif réduit ou s'il a des visées cachées. Dans ce dossier, Québec doit prendre des engagements clairs pour rassurer les parents.

Somme toute, la balle est dans le camp du gouvernement Charest. Devant une mobilisation syndicale qui ne s'est pas vue depuis des lustres, Québec a le devoir d'écouter, de convaincre, et si nécessaire, de tempérer certains projets. Bref, il a le devoir de faire sa part pour que ce coup de semonce ne se transforme en une réelle déclaration de guerre.



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L'épreuve de force

Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 11 décembre 2003

C'est aujourd'hui le Jour Un de l'épreuve de force entre le gouvernement Charest et les centrales syndicales... et elle n'est pas près de finir, car les négociations en vue du renouvellement des conventions collectives du secteur public n'ont même pas commencé.

D'un côté, un gouvernement qui paraît déterminé à ne pas céder, même au prix de remous sociaux considérables.

De l'autre, des chefs syndicaux emportés par l'inflation verbale qui promettent "une guerre nucléaire" contre un gouvernement "qui met le Québec à feu ou à sang"! À les entendre, on croirait que le gouvernement Charest se prépare à abolir les syndicats!

Et derrière les centrales, un parti politique qui compte bien tirer les marrons du feu.

Au PQ, on croit dur comme fer que le gouvernement Charest ne pourra survivre à un conflit avec les puissants syndicats du secteur public, et que cela, conjugué à la saga des défusions, lui fera perdre les prochaines élections. Ne vous demandez pas pourquoi Bernard Landry s'accroche: c'est qu'il est sûr, à tort ou à raison, que le pouvoir lui retombera dans les bras dans quatre ans.

Pour la première fois depuis 1976, le Québec a un gouvernement qui ne doit rien aux centrales syndicales.

Le PQ comptait sur l'allégeance souverainiste de ses alliés syndicaux, et les ménageait particulièrement en période pré-référendaire. En outre, c'est dans le secteur public qu'est concentrée la clientèle électorale du PQ. D'où la complicité, en quelque sorte naturelle, du PQ et des centrales.

Le PLQ a toujours été plus proche du secteur privé, sauf sous Robert Bourassa (le Bourassa seconde mouture). Traumatisé par les années 70, ce dernier ne pouvait supporter l'idée de voir redescendre dans la rue la puissante coalition syndicalo-péquiste qui avait eu sa tête en 1976. Il avait donc noué des liens étroits avec les chefs syndicaux et battait en retraite dès que l'opposition menaçait de descendre dans la rue.

(À ce sujet, l'ancien ministre Gil Rémillard racontait hier, dans Le Devoir, une anecdote révélatrice. En décembre 1988, après le jugement de la Cour suprême sur l'affichage, M. Bourassa réunit son état-major. Tous ses conseillers le mettent en garde contre le recours à la clause dérogatoire, parce que cela sabordera l'accord du lac Meech. Bourassa, qui pourtant tient mordicus à cet accord, est incapable de résister à l'opposition: "Il faut préserver la paix sociale... Si tu as 60 000 personnes dans la rue aujourd'hui, en plein mois de décembre, et puis des bombes, qu'est-ce que ça va être au printemps?")

C'est dire à quel point Bourassa était vulnérable au chantage des groupes de pression. Il imaginait même le retour du terrorisme! C'est le genre de réaction que n'aura pas Jean Charest.

Les centrales syndicales, par ailleurs, tirent le gros de leurs revenus du secteur public et se battront bec et ongles contre tout ce qui risque de réduire leur champ d'action, notamment le recours à la sous-traitance (dans la panoplie de mesures assez mineures sur lesquelles le gouvernement se prépare à légiférer, c'est la seule qui soit vraiment susceptible de nuire aux syndicats).

Dans la partie de bras de fer qui s'engage, les syndicats ont pour eux la force du nombre. Le Québec compte près d'un demi-million de travailleurs dans le secteur public et parapublic. Un énorme bloc. Et cela n'inclut pas leurs familles...

L'opinion publique "at large" ne sera pas de leur côté, cependant. Il y a eu trop de dérapages ces derniers temps.

Les gagne-petit l'ont encore sur le coeur, la grève des transports publics à Montréal. Les scandales de Saint-Charles-Borromée ont mis en relief les méfaits produits par une forme dévoyée du syndicalisme. Et qui n'a pas eu le haut-le-coeur en voyant des syndiqués de la FTQ envahir Sainte-Justine, un hôpital où se meurent des enfants cancéreux?

C'est sans compter l'invasion des bureaux du président de l'Assemblée nationale, poste symbolique s'il en est un, et du député de Gatineau... des lieux qui, comme le rappelle opportunément l'ancienne députée Nathalie Rochefort, sont "le dernier recours des citoyens face à la machine gouvernementale".

Aujourd'hui, des dizaines de milliers de parents rateront un jour de travail à cause de la fermeture des CPE. Les urgences fonctionnent au compte-gouttes et au CHUM, les opérations électives- qui ont déjà trop tardé dans la plupart des cas- sont annulées. Et qui donc a eu l'idée déplorable de tenir cette "journée de perturbations" le même jour que la Guignolée, dont la collecte s'en trouvera nécessairement affectée?

Tout cela n'a rien pour accroître la popularité des syndicats du secteur public. Mais que peut faire le public? Rien, évidemment.



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No carte blanche

The Liberals were elected with a mandate for change, but don't have right to undermine Quebecers' working conditions

JOSEE LEGAULT
The Gazette Friday, December 12, 2003

Yesterday's national day of disruption was the strongest warning so far to Jean Charest. The message from unions, day cares and community groups was clear: You were elected on a mandate for change, but that doesn't give you carte blanche to undermine the working conditions of Quebecers.

Of all the bills the Liberal government plans to adopt before Christmas to "re-engineer" Quebec, none is more contentious than Bill 31. It would amend Article 45 of the labour code to allow further subcontracting of public services to the private sector. The main problem is in many cases, it would put an end to the transfer of collective agreements in the process.

According to Henri Massé, president of the Quebec Federation of Labour, this would mean 70 per cent of all subcontract activity would no longer be protected by the labour code. In the end, it all points to a worsening of working conditions and lower wages for those workers.

Charest is hoping this hefty Christmas gift to a private sector eager to benefit from lower wages and the opening of public services to more subcontracting will help create more jobs. But labour and social activists, as well as a number of experts in industrial relations, see the bottom line as the creation of cheaper labour.

Mostly, they wonder how the premier intends to improve Quebec's economy while reducing the legislative protection of many workers and, thus, risk diminishing their quality of life. For workers, those stakes are high enough for them to keep fighting Bill 31 as it now stands.

So it's a pretty safe bet if Charest refuses to soften Bill 31, or to put it off long enough for real discussions with unions, the mounting social strife we've been witnessing will continue.

Oddly enough, Charest doesn't appear too worried for the moment. For one thing, he seems to hope imposing this radical change at the beginning of his first mandate will allow the union strife to fizzle out, for Quebecers to get used to the changes in time for the next election.

He's probably also counting on riding the coattails of the stronger economy that experts are forecasting next year for the United States. Still, the premier is in so much of a hurry to adopt Bill 31 one gets the impression he feels invested with some kind of a mission. One interesting hint of this was given by former federal minister Brian Tobin.

In yesterday's Globe and Mail, Tobin wrote "this puts the Quebec premier on the cutting edge of the battle between governments and public-sector unions." The reason for this fight, according to Tobin, is the high probability Paul Martin will not deliver sufficient funds to the provinces to provide effective health-care services.

Therefore, he says, provincial governments will have no choice but to take on the unions and open public services even further to the private sector. Tobin foresees what is happening here will spread to the rest of Canada and Charest is simply leading the charge.

"Make no mistake," he wrote, "the labour unrest that has dominated Quebec's public life in recent weeks is the first shot across the bow Canada-wide, as governments and public-sector unions square off over rising deficits, and what to do about them." And the main benefactor of this battle stands to be the private sector.

The action plan presented by the Liberal Party in September 2002 states their goal is "placing the private sector at the service of the public sector." By the looks of Bill 31, it feels more like the Liberals intend to place workers with worsened conditions at the service of the private sector.

It's no coincidence this battle is being waged in the jurisdiction on the continent that has the highest level of unionization and where union leaders play a prominent political role. Union leaders see Charest's determination as a direct blow against these two highly distinctive aspects of Quebec society.

When they were in opposition, Liberals were constantly accusing the previous government of being "arrogant" by acting unilaterally on a number of fronts. They used that particular word because their focus groups showed a majority of Quebecers saw it as the No. 1 fault of the Bouchard and Landry governments.

If Charest continues to refuse to compromise on Bill 31 and other controversial aspects of his plan to re-engineer the state, he's sure to see that same word pop up in those precious focus groups. This time, it will apply to his government.

And arrogance, real or perceived, can cost a lot of votes on election day. Just ask today's official opposition.



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Taming the unions

National post Friday, December 12, 2003

Yesterday, unions representing more than a million Quebec workers staged a "day of disruption," featuring province-wide protests against cost-cutting measures by Jean Charest's Liberal government. Highways were blocked, and public transit slowed; ships were stopped from entering ports in Montreal, Quebec City and Trois-Rivieres; hospitals were forced to cancel surgeries, with some reduced to essential services only; and more than half of Montreal's public day-care centres were shut down, leaving parents scrambling.

Meanwhile, thousands of kilometres away, Gordon Campbell's B.C. government finds itself under union siege as well. On Wednesday, unionized ferry workers stopped sailing after the province ordered a return to full service and an 80-day cooling-off period (the ferries were operating this week only on "reduced service"). While Mr. Campbell's Liberals have frequently found themselves at odds with organized labour since taking office, the disruption of ferries that transport more than 60,000 people and 23,000 vehicles daily is especially troublesome.

Messrs. Charest and Campbell can take solace in the solid company they're now keeping. In the '90s, both Alberta's Ralph Klein and Ontario's Mike Harris were forced into similar wars with unions as they worked to eliminate big deficits and clean up the mess left by big-government administrations.

Quebec remains Canada's most heavily unionized province. With restrictive laws that make it virtually impossible for unionized companies to contract out, and an overstuffed public workforce, the province has the most statist economy in North America. To improve its ability to compete with other provinces and nations, Quebec needs to break down the unions' stranglehold on both the public and private sectors.

The reforms Mr. Charest is proposing are hardly revolutionary. Most significantly, he plans to modify the controversial Section 45 of Quebec's Labour Code to facilitate the contracting out of public and private sector jobs currently performed exclusively by union members. The government will also place health care clinics and long-term care facilities under the authority of hospitals, and raise public daycare rates.

As for B.C., the successive NDP governments that preceded the Liberals' election systematically indulged organized labour at the expense of the province's economy. While we would have preferred it move quicker, Mr. Campbell's government has taken important steps to improve matters, bringing program spending under control, trimming the bureaucracy, cutting income tax and revamping labour laws. But it is equally important to send a strong signal, as the Liberals did with this week's intervention in the dispute between workers and B.C. Ferry Services, that the government will no longer back down in the face of union efforts to disrupt day-to-day life.

However much noise the unions make, Messrs. Charest and Campbell should continue undaunted. They were elected to bring their province's governments and economies into the 21st century; getting labour under control is an important first step.



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Quebecers' romance with the general strike

Colby Cosh
National post Friday, December 12, 2003

At least one labour union, and maybe only one, sat out the journee nationale de perturbation yesterday which shut down roads, highways, operating rooms, and daycares across Quebec. The French-language teachers of the province turned out in force to stop the Liberal government from making rather tentative moves scaling back the Quebecois welfare state and relaxing the unions' grip on its economy. (One of the most controversial proposals, for example, is a planned increase in daily fees for subsidized daycare from $5 to $7. Where's the Red Army when you need it?) But the English teachers stayed home on labour's grand day out. "We're not doing anything tomorrow," Ardele Warr, president of the anglophone Quebec Provincial Association of Teachers, told The Montreal Gazette on Wednesday. "That's not part of our action plan."

The official story was that QPAT had not had time to take a formal position on the issues presented by the Charest government's agenda, particularly its plan (which some teachers' organizations support) to create a professional college of teachers for the province. But one can't help thinking that if they really felt the same stirrings as their francophone colleagues, they would have found a way. The French teacher's union (the Federation des syndicats de l'enseignement) is much larger, but somehow it didn't get bogged down in trivialities like discussion and member consultation. It took to the streets, merging its pet issues with everyone else's. For the FSE, it's all part of the obligatory war against Charest's pernicious neoliberalism.

Which goes to show, I think, just how distinct Quebec really is. It's no coincidence that the francophone labour union is acting like a French one, essentially rioting in favour of a broad political program, while the anglophone one acts like a typical British or American union, paying more attention to its workers' narrow sectoral interests. Like the French in France, French-Canadians have always regarded their labour unions as being agents of social change, of revolution: for them, the union is a permanent rival to the state, and ultimately a potential replacement for it. The old concept of "syndicalism," with its attendant notions of class struggle and "direct action," is linguistically embedded in francophone workers' relationship to their syndicats.

Most workers in English-speaking Canada do not think this way. (The general tendency, I suppose, is to despise and mistrust both one's union and one's government.) Many unionized labourers do appreciate what the union has done for their finances or for their working conditions, and they know that these gains depend on their willingness to go walk a picket line. Some of those workers are willing to tolerate a certain amount of political activity on their behalf, such as the support of New Democrat candidates in elections. But unions in English Canada shy away from outright class war. They know their members won't stand for it, and that old-time hostility to "bosses" doesn't play as well as it used to. The philosophy of direct action -- i.e., the idea that a public show of force can be a form of "democracy" logically prior, and morally superior, to the electoral kind -- is foreign to them. They see the union as a bargaining agent, and not much else.

This dichotomy is as old as unions themselves, and the fight between accommodationist unions and revolutionary ones has never quite gone away, but the romance of the general strike is clearly far weaker outside Quebec than inside. We have seen workers and allied malcontents in Ontario and British Columbia besiege government buildings and disrupt public business, but in small numbers. The labour federations in Quebec say they are hoping for a turnout of a million people. They probably won't have gotten it, though they will certainly try to convince the public they came close. But even if they get a third of that, the "perturbation" will have been massive by anglo-Canadian standards. It doesn't matter to labour organizers that Charest has an electoral mandate to do exactly what he's doing (a plain fact the unions deal with by flat, brazen denial). The important thing for everyone is to simply show up.

Funnily enough, old-fashioned syndicalism has recently reappeared in English Canadian life: a broad streak of it was discernible in the protests against the U.S. war in Iraq. Coalitions of leftist groups and apolitical bleeding-hearts were successfully wrangled by the red vanguard into marching against the war across Canada: Rarely did anyone think to ask whether this really made a lick of sense, since our own government never showed the slightest appetite to participate in the war. We all, it seems, still assume instinctively that there is a generalized, sacred right to "protest" by assembling en masse in public. We don't consciously think of such assemblies as portending revolution, and most of the participants don't mean to threaten it. But if the intention were not to foreshadow violence against the established order, why couldn't anti-war demonstrators stay home and post angry letters to the White House instead of marching in the streets? The marching, I think, is an end unto itself.



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Charest's inaction tells real story

Konrad Yakabuski
The Globe and Mail Friday, December 12, 2003

Quebec View - All things considered, Quebec is a harder place to govern than many.

Plopped in the North American mainstream, with the United States as its largest trading partner, the province maintains a European sensibility. This often gives rise to a certain ambiguity in its inhabitants. A CROP Inc. poll released last week bears this out: Almost 80 per cent of Quebeckers say their taxes are too high; yet half of the population feels the role of the state in society is "just right," while a further 24 per cent thinks the government is not big enough.

No recent leader understood, or embodied, this ambivalence more than Robert Bourassa during his second incarnation as premier between 1985 and 1993. Sometimes he was more right wing than left wing, sometimes more sovereigntist than federalist. But it was impossible most of the time to pin Mr. Bourassa down. One of his former ministers, Jean Cournoyer, said recently that Mr. Bourassa made sure he never passed the point of no return.

In his short time as Premier, Jean Charest appears to have already gone beyond that point. His decision to take on the province's powerful union movement early and often seems to have painted him into a corner. As Gilles Taillon, the president of business lobby group le Conseil du patronat, remarked this week: "If the government backs down now, Mr. Charest will not be able to do anything for the next four years."

This struggle between the government and labour, which resulted in yesterday's Day of Disruption organized by the province's largest unions, is seen in Quebec as evidence of Mr. Charest's conservative bent. And indeed, the Premier has often sounded like a headstrong ideologue. He vows to push through reforms to Quebec's Labour Code, easing the way for the public and private sectors to contract out services, before year-end, even though the legislation was introduced less than a month ago.

Yet yesterday's protesters were largely fighting a bogeyman. The unions fear that the Labour Code amendments are the first step in a massive downsizing of government. Their worries are overblown. The Labour Code reforms will be neither the catastrophe envisaged by the unions, nor the manna dreamed of by the private sector. Existing union contracts ensure that workers, especially those in the public sector, are well protected. Hence, the protests -- and an unprecedented union-sponsored ad campaign calling on the government to "stop the demolition" -- smack of overkill.

Indeed, the actions and inactions of the Charest government reveal an administration that is increasingly centrist in its ways. Despite the right-wing discourse, there is nothing radical about this regime.

Mr. Charest is no supply-side fundamentalist. The government has looked at the books and decided its promise to cut income taxes by $1-billion a year starting in 2004-05 may be too risky. Already it has decided to only partly index income tax tables, despite a pledge to peg them to the inflation rate, a move that amounts to an indirect tax increase.

Mr. Charest now says his government's next budget will target middle-class families with limited income tax cuts, instead of the broad-based reductions for all Quebeckers promised during the election campaign. Those families will likely give their income tax cuts back to the government in the way of higher fees or sales taxes -- for daycare, for drug insurance, for electricity and cigarettes. The remainder of taxpayers in Quebec will end up forking out more of their income to the government than they did under the Parti Québécois.

In the social sphere, there's little evidence of regression. Daycare fees are going up to $7 a day from $5 on Jan. 1. But it is a reasonable increase, given the government's financial straits, and the universality of the program remains intact. Early plans to slash Quebec's welfare rolls by 25,000 households in fiscal 2003-04 -- with a tough-love approach similar to workfare -- have been scrapped. And last week the government boosted the minimum wage in the garment industry to $8 an hour from $7.30, and forced employers to grant workers four weeks of paid vacation after three years of service. No demolition here.

Business subsidies, contrary to popular belief, are still rising. In October, the government quietly increased the total amount of provincial loan guarantees available to buyers of Bombardier Inc. jets by $600-million to almost $1.6-billion. A month later, it granted $196-million in aid to Quebec Cartier Mining Co. to ensure the survival of the Mount Wright iron ore mine and its 1,800 jobs on the remote North Shore.

Mr. Charest's Liberals promised to get rid of irritating business regulations. But Unilever Canada Ltd., which has been fighting Quebec's ban on butter-coloured margarine for six years, has run up against the same wall under this government as it did under the PQ.

On Tuesday, a Price/Costco Inc. outlet in Saint-Jérôme was forced to increase its gas prices by 3 cents a litre as a result of a1997 law, adopted by the PQ, that empowers the province's energy board to set a floor price at the pumps.

The move was made to help independent gas station operators facing aggressive price cutting by multinational chains, even though the independents were already protected under the predatory pricing provisions of the federal Competition Act.

There is no sign the new government sees anything wrong with the PQ law.

Actions -- and inactions -- speak louder than words. Mr. Charest is stick-handling his way through the complex task of governing a province that is not always sure of what it wants. Mr. Bourassa might even approve of him.

konrad@sympatico.ca



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Jeu extrême

Jean-Marc Salvet
Le Soleil vendredi 12 décembre 2003

Éditorial - L'Assemblée nationale a lamentablement failli à la tâche, hier. Proclamé "jour de grande perturbation", ce 11 décembre commandait autre chose que des questions caricaturales de l'opposition péquiste. Il commandait surtout de vraies réponses du gouvernement libéral. Or, les Québécois ont eu droit à un sketch écrit sur le coin d'une table.

Disons-le d'entrée de jeu : les députés péquistes sont mal placés pour nier, comme ils l'ont fait à la période des questions, toute marge de manoeuvre au gouvernement de Jean Charest en lui demandant s'il a reçu le "mandat clair" d'agir dans tel ou tel dossier (ils en ont cité des dizaines). Ce n'est évidemment pas le cas ! Les mandats ne sont jamais "clairs" à ce point et eux-mêmes sont bien placés pour le savoir puisqu'ils sont intervenus sans mandat spécifique dans des tas de domaines...

Cela dit, la situation exige parfois qu'on fournisse des réponses précises aux questions les plus tortueuses. C'était plus vrai que jamais hier. Or, qu'a répondu le ministre Michel Després à une question sur le projet de loi modifiant le Code du travail, qui compte pour beaucoup dans l'ire des centrales syndicales ? "Le gouvernement en place a reçu un mandat de la population de moderniser le Québec, de donner des meilleurs services publics. Et de le faire dans le respect des travailleurs et dans le respect de la population pour faire avancer socialement et économiquement le Québec." Bonjour et au revoir.

Ce n'est pas ainsi qu'on répond aux inquiétudes des uns et des autres. Ce n'est pas ainsi qu'on justifie la pertinence d'adopter un projet de loi controversé à toute vapeur. Où sont les études et les arguments étayant l'idée qu'une plus grande ouverture du côté de la sous-traitance créera davantage d'emplois au Québec ?

Ces dernières semaines, le gouvernement de Jean Charest a commis des erreurs de fond et plusieurs bévues stratégiques. Il n'aurait jamais dû clamer haut et fort qu'il adoptera le projet de loi modifiant l'article 45 avant les Fêtes sans se laisser la moindre porte de sortie. Un gouvernement ne doit jamais se placer dans une telle situation.

Il vaut la peine de le dire, car ils sont plusieurs chez les libéraux à dénoncer (en privé, bien sûr) la précipitation avec laquelle on procède dans ce dossier. Tout comme ils sont nombreux à croire que la hausse des tarifs dans les services de garde aurait dû être annoncée dans le budget de mars prochain, puisqu'elle se serait alors inscrite dans une politique familiale plus large.

Les libéraux ont bien tenté, ces jours-ci, de déminer le terrain, mais il était trop tard. Depuis lundi, on a vu Jean Charest offrir des entrevues à différents médias, dont LE SOLEIL. Parallèlement, le gouvernement a commencé à changer son fusil d'épaule dans le dossier des assistés sociaux en augmentant les crédits du ministère concerné. Il a aussi annoncé une amélioration du sort des travailleurs de l'industrie du vêtement et réduit la portée de son projet sur les regroupements des CLSC, des CHSLD et des hôpitaux.

Lorsqu'il a été élu, Jean Charest a déclaré qu'il serait le premier ministre de tous les Québécois. Pour concrétiser cet énoncé, il doit redécouvrir les vertus du dialogue permanent. On ne parle pas ici de ce dialogue paralysant qui a si souvent suscité l'exaspération d'une bonne partie de la population. Mais de ce dialogue qui maintient ouverts les canaux de communication avec tous les acteurs de la société.

De l'autre côté, les grandes centrales syndicales doivent aussi contribuer au dialogue. Elles doivent cesser de faire comme si des hordes de barbares avaient pris le pouvoir à Québec. Il n'y a pas eu de putsch politique le 14 avril. Il y a eu une élection.

Les centrales syndicales ne peuvent sérieusement s'opposer à tout en formant une espèce de front global du refus, comme elles l'ont fait ces dernières semaines. On ne voit pas en quoi, par exemple, le ciel tombera sur la tête des Québécois parce que les divers éléments du système de santé et de services sociaux seront mis en réseau partout où cela sera possible.

Les centrales syndicales ont tendance à croire qu'elles représentent tous les Québécois. Ce n'est pas le cas. Elles ne peuvent agir comme si leur légitimité était plus grande que celle du gouvernement.

Hier, c'est important de le souligner, la très grande majorité des manifestations se sont très bien déroulées, et ce, partout au Québec. La journée aura cependant été ternie par les blocages apparus sur la route 175 et devant certains garages de sociétés de transport en commun.

JMSalvet@lesoleil.com



»» défusions

L'abdication

André Pratte
La Presse jeudi 11 décembre 2003

Quelle que soit la forme que prendra le fouillis post-défusion, c'est encore une fois le gouvernement du Québec qui aura décidé pour Montréal. Les structures, les pouvoirs, le partage des ressources, tout cela aura été concocté par des fonctionnaires provinciaux, dirigés par un ministre député de Châteauguay et un premier ministre député de Sherbrooke.

Une situation déplorable... pour laquelle les élites montréalaises n'ont qu'elles-mêmes à blâmer. Depuis des décennies, les Montréalais ont abdiqué leurs responsabilités, préférant laisser Québec arbitrer leurs guerres d'hôtels de ville plutôt que de régler les problèmes entre eux, comme des grandes personnes. Les politiciens de l'île ont beau se plaindre sans cesse du fait que Québec impose ses vues à la métropole, ils passent leur temps sur la colline parlementaire à quémander qui de l'argent qui des décisions favorables à leur clan.

Sans le gouvernement du Québec, la ville centrale et la banlieue n'auraient jamais eu la vision et le bon sens d'instaurer la collaboration, le partage et la cohérence qui font la marque d'une grande ville. Cela remonte aussi loin qu'à 1921, alors que la province créait la Commission métropolitaine de Montréal. C'est Québec qui a créé la Communauté urbaine de Montréal, en 1970, contre la volonté de la banlieue et de Montréal. Québec encore qui, devant l'incapacité des décideurs locaux à concevoir un réseau de transports collectifs à l'échelle régionale, prendra le taureau par les cornes avec son Agence métropolitaine de transport. Le provincial, constatant à nouveau l'impuissance des politiciens de l'île, imposera ensuite la fusion. Et enfin, c'est Québec qui a griffonné la structure bancale du conseil d'agglomération qui gouvernera l'île après les défusions.

Dans une thèse de doctorat en études urbaines récemment soutenue, la chercheure Marie-France Le Blanc montre qu'à cet égard, le cas de Montréal n'est pas unique: "Il n'y a pas de gouvernement métropolitain sans l'intervention d'un gouvernement de tutelle favorable à une telle instance." N'empêche, a-t-elle constaté en étudiant les cas de Minneapolis-St-Paul, Toronto, Milwaukee et Montréal, il existe dans certaines villes une préoccupation certaine pour le bien commun de l'agglomération. Ce ne fut jamais le cas à Montréal.

Les défusionnistes sont parfaitement conscients que la patente conçue par le ministre Fournier ne produira que blocages et chicanes. Mais ils tiennent tellement à retrouver leur bon vieux temps qu'ils sont prêts à faire un choix qui nuira à Montréal. N'y a-t-il personne parmi eux qui ait une vision régionale, qui puisse imaginer un compromis montréalais au lieu de quêter une solution à Québec?

De part et d'autres du mur des lamentations, les élites sont-elles incapables de se parler, de chercher une solution élaborée par les Montréalais et pour les Montréalais? C'est apparemment le cas. Les élus continuent de courir sous la jupe de la province: "Maman, il m'a fait mal!"

Dans ces conditions, Montréal peut-elle vraiment prétendre au titre de "métropole"? Non. Montréal reste, comme elle l'a toujours été, une ville de clochers.



»» Jean Chrétien

L'odyssée de Jean Chrétien reflète parfaitement celle du Canada des 40 dernières années

Un homme et son péché

M. Chrétien est passé à côté de l'évolution sociologique la plus massive des 40 dernières années, soit le déclin de la vieille identité canadienne-française et la montée de l'identité québécoise

JOSEPH FACAL
Ex-ministre dans les gouvernements Bouchard et Landry
Le Devoir vendredi 12 décembre 2003

J'ai toujours été et resterai un adversaire acharné de Jean Chrétien et de tout ce qu'il a incarné depuis si longtemps. Mais quand se termine une carrière de 40 ans, dont dix à la tête d'un pays, cela mérite à tout le moins un suprême effort de la part de ses adversaires pour que l'homme et son oeuvre soient évalués avec autant de sérénité dans notre jugement que de force de conviction dans notre propre engagement. Faisons donc de notre mieux.

D'abord, l'homme. On ne fait pas une carrière aussi exceptionnelle sans être d'une intelligence supérieure. Mais M. Chrétien eut aussi le flair et la disposition d'esprit de comprendre tout le profit politique qu'il tirerait de la dissimulation de son intelligence. Bien des gens s'imaginèrent qu'il était comme eux, et ses adversaires, surtout les souverainistes, le prirent pour le simplet qu'il ne fut jamais.

Je serais nuancé sur cet instinct presque infaillible que l'on prête à Jean Chrétien. Cet homme qui sentit mieux que ses proches que le sommeil profond des Québécois après le référendum de 1995 lui permettrait impunément de tenter de cadenasser l'avenir ne vit pas monter la mer qui avait failli l'emporter peu de temps auparavant. M. Chrétien est aussi passé radicalement à côté de l'évolution sociologique la plus massive des 40 dernières années, soit le déclin de la vieille identité canadienne-française et la montée de l'identité québécoise. C'est ce décalage, plus que ses convictions fédéralistes, qui explique que tant de gens au Québec le considèrent comme une sorte d'étranger chez lui.

L'amour inconditionnel, même quand il vous fait déraper, a aussi un je ne sais quoi qui force l'admiration. Je ne doute pas un instant que l'amour total et sans réserve de M. Chrétien pour le Canada fut aussi sincère et légitime que le mien et celui de mes compagnons pour le Québec. Ce qui ne l'autorisait pas à faire ce qu'il fit pour chercher à le faire triompher.

L'oeuvre, en effet, contient ombre et lumière. Il est frappant de voir que ses initiatives les plus authentiquement progressistes sont survenues lorsque le putsch de velours de Paul Martin avait déjà pratiquement réussi et donc libéré M. Chrétien de devoir en assumer les conséquences. Je pense à son refus de l'aventure irakienne, à ses efforts pour faire ratifier Kyoto, à son intérêt retrouvé pour la douleur de l'Afrique, à son ouverture à l'endroit des minorités sexuelles ou de la décriminalisation des drogues douces.

On crédite M. Chrétien d'avoir assaini les finances publiques fédérales. Il est vrai que Brian Mulroney lui avait légué une situation qui lui commandait d'agir. Mais combien de fois faudra-t-il répéter qu'après avoir renié ses promesses d'abolir la TPS et de renégocier le libre-échange avec les États-Unis -- ce dont les Américains rient encore --, le déficit fédéral fut éliminé en imposant aux provinces des compressions dans les paiements de transfert, dont le montant total fut cinq fois supérieur aux compressions dans les programmes fédéraux, et en transformant le régime d'assurance-emploi en un mode de taxation déguisée particulièrement odieux parce qu'il détourne de sa raison d'être ce qui est censé protéger les travailleurs ?

Peut-on par ailleurs passer sous silence le relâchement éthique généralisé de son gouvernement ces dernières années ? Le scandale des commandites, dont on continue à nous dissimuler l'ampleur véritable, ceux de l'Auberge Grand-Mère, du sang contaminé, du registre des armes à feu, du mégafichier de renseignements, des parties de pêche chez les Irving et tant d'autres, le tout blanchi au fur et à mesure par un serviteur zélé déguisé en commissaire à l'éthique, rien de cela n'a semblé troubler le sommeil de M. Chrétien. Qui peut raisonnablement dire qu'il aura contribué à hausser la moralité politique ?

Tout jeune, Jean Chrétien partit pour Ottawa, avant même Trudeau, pour y faire valoir l'idée généreuse que les francophones devaient être partout chez eux au Canada. Quarante ans d'assimilation galopante des francophones hors Québec, 40 ans de suppliques de la part des libéraux provinciaux pour que le Canada reconnaisse que la différence québécoise devait avoir des conséquences concrètes, 40 ans de progression du projet souverainiste, rien ne parvint à lui faire admettre que sa vision du Canada était devenue une vue de l'esprit.

Après la grande frousse référendaire de 1995, il décida d'en finir avec ceux qui ne pensaient pas comme lui. Les fédéralistes québécois les plus accommodants se firent répondre sans ménagement, comme Jean Charest en 1998, que le «magasin général était fermé». La lutte contre les séparatistes, comme il nous appelait, vira à l'obsession. Pierre Trudeau lui avait déjà inoculé sa vision du Canada : centralisation des pouvoirs, subordination des provinces et multiculturalisme. Stéphane Dion lui suggéra une méthode pour éradiquer la mauvaise herbe autonomiste une fois pour toutes.

Première cible d'Ottawa : l'identité québécoise. Il fallait que les Québécois se sentent davantage Canadiens. Déferla alors une propagande aussi massive que puérile. Plus subtilement, on disait reconnaître l'identité québécoise puisque le multiculturalisme, par définition, reconnaît toutes les appartenances. Mais reconnaître que la différence québécoise avait une dimension nationale et nécessitait des pouvoirs particuliers pour s'épanouir était hors de question. Contentons-nous du folklore.

Deuxième cible : la capacité du gouvernement du Québec de faire ses propres choix. Les surplus budgétaires obtenus en asphyxiant les provinces et en pigeant dans la caisse de l'assurance-emploi donnèrent au gouvernement central les moyens de lancer de multiples initiatives dans les champs de compétence des provinces et de gruger ainsi l'autonomie du Québec. Dès que le gouvernement fédéral devient l'opérateur central dans un domaine, les choix politiques y deviennent en effet, par le poids du nombre, ceux de la majorité canadienne.

Troisième cible : le droit des Québécois de décider de leur avenir politique sans ingérence. D'abord en brandissant la menace du démembrement du territoire québécois à l'encontre du droit international, puis au moyen d'une loi que M. Chrétien considère comme son plus beau legs, qui travestit l'avis de la Cour suprême, écarte du revers de la main les règles démocratiques que les Nations unies ont toujours appliquées et alimente cet increvable préjugé qui a cours au Canada sur le piètre sens démocratique qu'auraient ces Québécois qu'il convient de protéger contre eux-mêmes.

Dans le fond, l'odyssée de Jean Chrétien reflète parfaitement celle du Canada des 40 dernières années. La centralisation des pouvoirs à Ottawa, l'infantilisation condescendante des provinces, les pressions de plus en plus fortes pour rentrer dans un moule unique, tout ce que Jean Chrétien a fait correspondait aux voeux d'une majorité canadienne qui se construit désormais un pays à son goût et qui voit comme un pleurnichage agaçant d'enfant boudeur les revendications historiques du Québec.

Indifférents à leur déclin démographique, plongés dans une passivité que le gouvernement fédéral met à profit pour resserrer son étau, centrés sur leur réussite personnelle ou sur la gratification hédoniste, sans conscience claire des enjeux présents et futurs, les Québécois doivent vite retrouver, comme ils ont su le faire par le passé, la force de caractère et la lucidité qui rendront possible un redressement collectif.



»» Jean Chrétien

Le terme de 40 années de vie politique
- Jean Chrétien et le Québec

Une seule des décisions de Jean Chrétien lui a beaucoup nui au Québec : son refus d'appuyer l'accord du Lac-Meech entre 1987 et 1990

Stéphane Dion
Ministre des Affaires intergouvernementales du Canada
Le Devoir vendredi 12 décembre 2003

La fin est prévue depuis un an et demi, mais c'est ce matin que Jean Chrétien vit ses dernières heures, ses dernières minutes à titre de premier ministre, marquant ainsi le terme de 40 années de vie politique. Pour souligner ce départ, Le Devoir a demandé à deux ministres -- l'un encore en poste à ce jour et l'autre qui l'était tout récemment --, aux vues bien opposées mais connus pour la rigueur de leurs analyses, de tracer leur bilan du politicien Jean Chrétien. Stéphane Dion et Joseph Facal ont accepté sans hésiter de partager leurs réflexions avec nos lecteurs.

Jean Chrétien se reconnaît plus spontanément Canadien français que Québécois, semblable en cela à bien des Québécois francophones de sa génération. Il reste que son parcours politique fait ressortir les attaches québécoises de ce grand Mauricien.

Sa plus grande réalisation a sans doute été le fait que lors de la décennie Chrétien, le Canada est passé de la queue à la tête du G7 dans à peu près tous les domaines de la vitalité économique, notamment le solde budgétaire des gouvernements, la croissance du PIB et la croissance de l'emploi. Quand l'économie internationale a ralenti, au début des années 80 et 90, le Canada a été durement frappé par la récession, alors qu'au début des années 2000, il a formidablement bien résisté grâce à tout ce qui a été fait pour rendre l'économie canadienne plus forte et innovatrice. Depuis 1996, le revenu familial moyen a recommencé à croître au Canada tandis que la proportion des familles à faible revenu s'est mise à baisser. Tous les Canadiens peuvent se féliciter de ce redressement économique spectaculaire, mais s'il fallait seulement en nommer trois artisans, ce serait trois Québécois : Jean Chrétien, Paul Martin et Marcel Massé (qui a piloté la revue de programme).

Lorsque Jean Chrétien a annoncé, en août 2002, qu'il quitterait ses fonctions un an et demi plus tard, j'ai prédit que loin d'être un canard boiteux, il accomplirait encore de grandes choses («Il va encore nous étonner... », La Presse, 22 août 2002). Il m'a donné raison : le refus de participer à la guerre en Irak, la ratification du protocole de Kyoto, la poursuite de l'initiative africaine, la Loi sur le financement des partis politiques, le plan d'action pour les langues officielles... Il est frappant de constater à quel point toutes ces initiatives ont été particulièrement populaires au Québec.

D'ailleurs, Jean Chrétien a été populaire dans sa province natale lors de la plus grande partie de sa longue carrière politique. Il fut un ministre apprécié des Québécois sous Pierre Elliott Trudeau. Contrairement à ce que l'on entend souvent dire, la Loi constitutionnelle de 1982 n'a pas amoindri sa popularité au Québec. Un sondage Léger-Léger de novembre 1986 le plaçait bon premier en matière de popularité parmi 35 personnalités politiques fédérales ou provinciales, devançant nettement les René Lévesque, Jacques Parizeau et Bernard Landry. Le contenu de la Loi constitutionnelle de 1982 a toujours reçu un large appui auprès des Québécois, notamment avec la Charte des droits et libertés et le renforcement du statut de la langue française au Canada.

Plus récemment, la loi sur la clarté n'a aucunement nui à la cote de Jean Chrétien auprès des siens. C'est en vain que les chefs indépendantistes ont déployé tous leurs efforts pour diaboliser les auteurs de cette loi et la faire passer pour antiquébécoise. Les Québécois ont compris, dans leur grande majorité, que Jean Chrétien s'est porté à la défense de leur droit d'être des Canadiens tant qu'ils n'auront pas clairement décidé de cesser de l'être. Et comme ils sont tellement nombreux à vouloir être à la fois Québécois et Canadiens, ils ont apprécié que cet enjeu soit clarifié.

En fait, il n'y a qu'une seule des décisions de Jean Chrétien qui lui a beaucoup nui au Québec, et il l'a payée très cher. Il s'agit, bien sûr, de son refus d'appuyer l'accord du Lac-Meech entre 1987 et 1990. Depuis ce temps, les chefs indépendantistes et quantité d'intellectuels nationalistes répètent sur tous les tons, souvent injurieux, que Jean Chrétien a fait sa carrière politique contre les Québécois, «sur leur dos», selon l'expression infamante consacrée. Moi qui étais d'accord avec Meech, je n'ai jamais accepté cette hargne contre les Québécois qui s'y sont opposés.

Jean Chrétien avait des préoccupations vis-à-vis de cet accord, notamment à propos du statut de la Charte des droits et libertés. Lorsque ses préoccupations ont trouvé une réponse satisfaisante à ses yeux, il a appuyé l'accord de Charlottetown. Son attitude n'a aucunement été antiquébécoise; elle a plutôt été inspirée par les valeurs libérales qui sont les siennes et dont il n'a jamais fait mystère.

«L'insulte est l'arme des faibles», a toujours répondu Jean Chrétien aux attaques les plus injustes. Jamais n'a-t-il lui-même rétorqué par une insulte personnelle. Par là aussi, il a été un grand Québécois. Maintenant qu'un autre Québécois va devenir premier ministre du Canada, on verra bien si les chefs indépendantistes chercheront de nouveau à diaboliser Paul Martin comme ils ont tenté de le faire avec Trudeau et Chrétien. Peut-être n'ont-ils pas encore compris que l'appui des Québécois ne se gagne pas par de telles tentatives futiles de dénigrement personnel.

Certains Québécois se lancent dans la politique active ou font carrière dans l'administration publique afin de développer les institutions qui nous appartiennent en propre. D'autres choisissent plutôt de mettre leurs talents au service des institutions que nous partageons avec tous les Canadiens. Ces deux choix sont légitimes et complémentaires. Jean Chrétien a choisi la voie fédérale et il y a servi le Canada tout entier en fier Mauricien, en fier Québécois, en fier Canadien. Nul doute que sa vie et son oeuvre inspireront des générations de Québécois qui déploieront leurs talents et leur culture afin d'améliorer toujours davantage cette formidable aventure humaine qu'est le Canada. Après tout, nous savons bien, nous Québécois, que les autres Canadiens n'y arriveraient pas sans nous !




Réplique à Stéphane Dion.
Référence : http://www.ledevoir.com/2003/12/12/42710.html

Dion, intello de service

Pierre Lesieur
Site du Conseil de la souveraineté 12.12.2003

Dans son texte flagorneur en hommage à Jean Chrétien, Stéphane Dion aura été jusqu’à la fin le zélateur aveugle de Jean Chrétien. Il aura été l’intello de service de Chrétien, ce dernier étant lui-même incapable d’émettre des idées intelligemment exprimées.

Chez Dion, les idées sont bien emballées, elles ont une jolie forme mais, sur le fond, ce n’est pas fort de la part d’un soi-disant intellectuel. Dion est plutôt à mes yeux un pseudo-intello, parce qu’il est l’homme des raisonnements à 5 sous, des sophismes, des demi-vérités, des omissions volontaires, de la mémoire sélective.

Je me suis bien fait comprendre?

Dans sa lettre publiée aujourd’hui, dans Le Devoir, Dion prétend que Chrétien est attaché au Québec. Ça fait pourtant 40 ans que Chrétien vit en Ontario, qu’il y paie ses impôts. Il a décidé de continuer de vivre en Ontario et d’y payer ses impôts. Mis à part son luxueux chalet du Lac-des-Piles, Chrétien n’a aucun attachement au Québec.

Dion prétend que Chrétien a réalisé de grandes choses sur le plan économique, notamment l’élimination du déficit. D’abord, le Canada n’avait pas de déficits avant l’ère Trudeau-Chrétien. Ce sont eux qui ont mené le Canada au bord du gouffre financier. Le dernier déficit de Trudeau était, sauf erreur, de 36 milliards. En dollars constants, c’est le pire déficit de toute l’histoire légué par un parti politique au Canada. Le déficit de 42 milliards laissé par Mulroney en 1993 était moindre, en dollars actualisés.

Les baisses subséquentes du déficit ont été dues en grande partie à des mesures prises par Mulroney et maintenues en place par Chrétien. Chrétien a ensuite affamé les provinces en coupant des dizaines de milliards en santé. Il a aussi affamé les chômeurs en coupant de moitié l’éligibilité aux prestations d’assurance-emploi, et en réduisant la durée des prestations. Claude Piché, un économiste de La Presse a chiffré à quelque 60 milliards l’argent soutiré en trop aux travailleurs et aux entreprises via l’assurance-emploi.

C’est donc en surfant sur des politiques de Mulroney, puis en pelletant une bonne partie de son déficit dans la cour des provinces que le tandem Chrétien-Martin a pu éliminer le déficit. (Dion a sans doute aussi oublié que le fédéral payait 50% des coûts de la santé, lors de l’implantation de l’assurance-maladie, mais que sa part a baissé à aussi peu que 14% naguère, laissant ainsi les provinces payer 86% des coûts.)

Moi, je soutiens la thèse contraire à celle de Dion : Chrétien a été le pire administrateurs de nos impôts, bien qu’il se flatte régulièrement la bedaine en se disant un bon administrateur. Avec tous les scandales qui ont éclaboussé Chrétien, comme le milliard perdu à Ressources humaines Canada, le registre (inutile) des armes à feu dont les coûts passeront de 80 millions à plus d’un milliard... Les chiffres montrent tout le contraire de ce que prétendent Chrétien et Dion.

Selon Dion, parmi les autres « grandes choses » accomplies par Chrétien, il y a le financement propre des partis politiques. Faut-il rappeler à Dion que cette mesure arrivera plus de 25 ans après le financement propre des partis politiques qu’on doit à René Lévesque. Cette mesure n’est pas encore en vigueur, et Chrétien aura été trop pleutre pour se l’appliquer à lui-même. (Tout comme il a été trop pleutre pour soumettre la nouvelle loi constitutionnelle au peuple en 1982.)

Dion prétend que Chrétien a déjà été populaire au Québec. À preuve, il cite un sondage de 1986 dans lequel Chrétien se serait classé premier, devançant « les Lévesque, Parizeau, Landry », écrit Dion. Mais Dion ne cite pas le % d’appui à Chrétien. Nul doute que les quelque 20% de non-francophones québécois ont choisi Chrétien plutôt que les autres nommés ci-dessus, mais je doute que Chrétien ait eu un score s’approchant, même de loin, au 50% + 1 qui, de toute façon, ne serait pas une majorité claire, à ses yeux ! Dion accuse souvent les souverainistes d’être passéistes. De toute évidence, il est lui-même passéiste quand ça fait son affaire puisqu’il n’a pas hésité à reculer jusqu’en 1986 pour trouver un sondage favorable à Chrétien, côté popularité!

Dion déblatère à propos de la loi sur la clarté, qui porterait, selon lui, sur le « droit [des Québécois] d’être des Canadiens tant qu’ils n’auront pas clairement décidé de cesser de l’être ». Dion ignore-t-il que les Québécois sont les premiers Canadiens? Et que le Québec s’appelait Canada jusque 3 ans après la Conquête, alors que les Anglais renomment le Canada ainsi : Province of Quebec.

Nous autres, Québécois d’aujourd’hui, sommes les premiers Canadiens, cette identité est INCLUSE dans l’identité des Québécois qui connaissent un tant soit peu leur histoire. Dion est très démago lorsqu’il dit aux gens âgés qu’ils perdront leur identité canadienne si le Québec devient souverain.

Dion prétend que la seule décision qui aurait nui à Chrétien, c’est lorsqu’il a refusé d’appuyer Meech. Plutôt ridicule. Meech était un accord signé entre des fédéralistes pour des fédéralistes. La majorité des Canadiens sont fédéralistes et n’appuyait pas Meech. Les fédéralistes, même un grand nombre de Québécois fédéralistes, étaient plutôt d’accord avec l’opposition de Trudeau et de Chrétien à Meech. Mais, comme il n’y a pas eu de référendum sur Meech, on ne saura jamais le véritable appui qu’aurait eu Meech, n’est-ce pas? De mon côté, je n’ai jamais rencontré des fédéralistes québécois pleurant sur le sort de Meech.

Dion prétend que Chrétien n’aurait jamais insulté ses adversaires. Radio-Canada, dans un portrait de Chrétien, il y a quelques jours, alors que son parti le fêtait, a souligné que c’est avec mépris qu’il utilise le mot « séparatistes » pour nommer des adversaires. À cette occasion, Chrétien a lui-même dit qu’il avait passé sa carrière à combattre ceux [i.e. les méchants "séparatistes"] qui veulent « détruire » le Canada. Je l’ai moi-même déjà entendu traiter les péquistes de « gangrène ». Il y a beaucoup de violence verbale dans tous ces propos, mais il semble que Dion n’y voit rien d’insultant. Pourtant, surtout concernant le mot « séparatistes », Dion qui, ces dernières années, a beaucoup voyagé dans le monde (à nos frais), ignore-t-il que les « séparatistes » en Europe, dans l’ex-URSS, au Cachemire, en Indonésie, sont des meurtriers sanguinaires, des terroristes qui ont violemment tué des dizaines de milliers de personnes?

Tout de même bizarre, Dion finit son « ode » ridicule à Chrétien en écrivant que les Canadiens seraient incapables d’améliorer le Canada sans les Québécois. Quel mépris! Sans le Québec, le Canada serait comme un corps sans tête? À moins que les Canadiens soient une race moralement inférieure, et ayant besoin de nous pour se protéger d’elle-même?

Dion semble prendre le contre-pied d’un genre de raisonnement qu’il a déjà utilisé contre les Québécois : laissés à eux-mêmes, les Québécois ne vivraient plus dans une société civilisée digne de ce nom. Ou encore : la notion de souveraineté du Québec, en tant qu’idée politique, est, sur le plan moral, inférieure à celle du fédéralisme canadien.

À New York, Trudeau lui-même a déjà déclaré que la souveraineté du Québec serait un crime contre l’humanité, rien de moins! Comme quoi ce n’est pas d’hier que des leaders fédéralistes disent des âneries…!





»» Jean Chrétien

Chrétien's legacy is a stable country

The Toronto Star Dec. 12, 2003

Editorial - When Canadians chose "the little guy from Shawinigan" in 1993 as the 20th person to be prime minister, they did not vote for a visionary, a great orator, a charismatic leader or a passionate reformer. They opted for a pragmatist, who would give them good government and bring a measure of calm to the country after the turmoil and angst of the Mulroney years.

As Jean Chrétien takes his leave today — after a decade in which he led three consecutive majority governments — he does so with the knowledge that he pretty much gave Canadians what they had wanted. He delivered 10 years of relative prosperity, steered Canada through difficult times on the international front, restored the country's finances, and created a climate in which the Quebec independence movement has gone back into hibernation for the time being.

Critics who claim those accomplishments don't make for much of a legacy forget their history: progress is not a smooth, steady process. Nations periodically need time to consolidate their gains, to repair and renew themselves for the next leap forward, and Chrétien has prepared the country well for the next major advance.

In less time than anyone thought possible, he lifted the weight of massive budget deficits off Canadians' backs and made the journey into the future that much easier by using surpluses to fill potholes along the path.

In combination with the Bank of Canada's effective anti-inflationary stance, Chrétien's repair of the nation's finances brought interest rates down to a range that stimulated job creation and growth.

The resulting prosperity, in turn, fed government surpluses, which Chrétien then used, in part, to start the repair of health care and other programs that had suffered heavily from cuts to eradicate the deficit.

But in some areas, notably defence and foreign aid, the fix was inadequate, while in others, the repair never really began. Chrétien's failure to put money into affordable housing, in particular, left Canada's cities saddled with new problems with which they were unable to cope.

In foreign affairs, Chrétien let lofty principles lead him, but at the same time he allowed money to hold him back. He sent Canadian peacekeepers to Bosnia and troops to wage principled wars against tyranny in Kosovo and terrorism in Afghanistan, but failed to give them the resources they needed. Similarly, at international meetings, he took up the cause of the forgotten continent, Africa, played a key role in securing a treaty on land mines, and set the stage for Canada to take the lead in providing the world's poorest countries the drugs they need at prices they can afford. Yet at the same time, he let Canada's foreign aid slide.

Where Chrétien most clearly demonstrated the courage of his convictions in the international arena was in his refusal to cave in to U.S. pressures to lend his support to the invasion of Iraq. Standing his ground, he insisted Canada would neither participate in nor condone a war for which there was no justification, let alone United Nations support.

On the environment, too, Chrétien refused to follow the U.S. lead in putting immediate, domestic economic advantage ahead of the global environmental challenges reflected in the Kyoto accord. While Chrétien failed to map out a coherent plan for Canada to meet its targets for cutting greenhouse gas emissions — he had no patience for detail — he nevertheless committed this country to do its part.

The decade, of course, could have turned out very differently if Chrétien did not have luck on his side after sleepwalking his way through the 1995 Quebec referendum on independence. But having learned his lesson, he gave Canada a much-needed measure of protection against such a fiasco ever occurring again with the Clarity Act, which would invalidate any future referendum based on a misleading question. At the same time, he offered Quebecers a degree of comfort in the form of a formal recognition by Parliament of Quebec as a distinct society.

Chrétien's longevity as prime minister, of course, guaranteed him his share of missteps, blunders and embarrassments — the $1 billion cost of a simple gun registry being perhaps the most memorable one.

But they do not take away, in any significant way, from the gift he gave us all — a decade of prosperity, stability and relatively good government.



»» Acadie

Acadiens : Proclamation du jour de la Déportation

Isabelle Rodrigue
Le Soleil jeudi 11 décembre 2003

PC Ottawa - Il ne s'agit peut-être pas d'excuses officielles, mais les Acadiens présents à la cérémonie de dévoilement de la Proclamation royale instaurant une journée de commémoration de la Déportation de 1755 avaient les larmes aux yeux et de l'émotion dans la voix.

Le texte de la proclamation, qui reconnaît les "faits historiques" ainsi que "les épreuves et les souffrances" causées par le Grand Dérangement, désigne le 28 juillet, à partir de 2005, comme journée commémorative de ce triste pan de l'histoire acadienne.

Ce geste, qualifié "d'historique", les Acadiens l'attendaient depuis 250 ans. "Le peuple acadien est bien connu pour sa patience et sa persévérance, deux grandes qualités qui ont été très utiles dans ce dossier", a noté Euclide Chiasson, président de la Société nationale de l'Acadie (SNA), l'organisme qui a fait pression auprès du gouvernement fédéral pour obtenir cette reconnaissance.

L'émotion était également palpable chez la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, qui a piloté le dossier et convaincu les ministres d'appuyer la démarche. La ministre a fait observer qu'il s'agissait du "dernier geste posé" par le gouvernement de Jean Chrétien, avant de reconnaître le travail de certains de ses collègues ministres.

Dans son discours, Mme Copps a souligné l'importance de s'assurer que les générations à venir connaissent l'épisode du Grand Dérangement. "Si nous ne connaissons pas notre histoire, on risque de la répéter", a-t-elle indiqué, marquant l'importance de reconnaître les droits des minorités.

Le texte de la Proclamation précise que le document ne peut servir de "reconnaissance de responsabilité juridique ou financière" du gouvernement envers une ou des personnes, ce qui protège le gouvernement de toute éventuelle poursuite.

L'affaire ne choque pas la SNA, qui ne recherchait pas cet objectif. "C'est une question d'honneur, pas une question d'argent, a martelé M. Chiasson. Les Acadiens, après 250 ans, ne cherchaient pas d'argent."

Avant de toucher ce but, les Acadiens ont dû faire une longue marche. La question acadienne avait fait son entrée aux Communes en 2001, lors d'un débat très partisan, où une motion du Bloc québécois exigeant des excuses du gouvernement et de la Couronne britannique avait été défaite par les libéraux. Les députés libéraux acadiens avaient, à l'époque, voté contre le texte de la motion, s'attirant des critiques de tous côtés.

Devant la situation, la SNA avait décidé de reprendre le dossier en main et de modifier les demandes. Plus question d'exiger des excuses, mais bien de demander une reconnaissance des torts causés lors de la Déportation et la séparation de milliers de familles acadiennes par la Couronne britannique, de 1755 à 1763.

La reconnaissance arrive tout de même à un bon moment pour le peuple acadien, qui célèbre l'an prochain le 400e anniversaire de présence francophone en Amérique. En 2005, il soulignera le 250e anniversaire de l'ordre de déportation.

Les Acadiens espèrent maintenant que la reine profitera de sa visite officielle au Canada, prévue en août 2005, pour faire un arrêt à Grand-Pré, lieu historique national de la Déportation, et y lire le texte de la Proclamation royale. La ministre du Patrimoine a d'ailleurs entrepris les démarches pour inviter Sa Majesté en Acadie.



»» Voile, kippa, grande croix

Vers l'interdiction des signes «ostensibles»
dans les écoles de France

Le Monde - Le Devoir vendredi 12 décembre 2003

Dans son rapport, remis hier à Jacques Chirac, la commission sur la laïcité dans la République propose une loi prohibant les signes d'appartenance religieuse et politique dans les établissements scolaires. Yom Kippour et l'Aïd el-Kébir seraient ajoutés à la liste des jours fériés.

Si le président de la République accepte la musique de la commission Stasi, la partition finale ressemblera à une loi, une grande loi, au moins par son ambition : refonder le pacte laïque en France et s'attaquer aux déchirures du pays sans les aggraver. Pour gagner ce pari risqué, les «sages» ont choisi de se reposer sur un diptyque original.

Côté fermeté, la loi prohiberait à l'école les «tenues et signes manifestant une appartenance religieuse ou politique». Cette interdiction serait précisée dans l'exposé des motifs du texte : les signes «ostensibles» («fait avec l'intention d'être remarqué», selon Le Petit Robert) étant seuls prohibés (grande croix, voile et kippa), tandis que les «signes discrets» tels que «médailles, croix, étoiles de David, Coran et mains de Fatima» seraient tolérés. La circulaire Bayrou de 1994 prétendait, elle, interdire les signes «ostentatoires».

Côté ouverture, la commission propose de faire des fêtes de Yom Kippour et de l'Aïd el-Kébir des jours fériés pour tous les élèves et les salariés qui le souhaitent. Les «sages» ont ainsi choisi d'englober la question des signes religieux à l'école dans un texte de loi multiforme qui traite aussi bien de l'hôpital public que des entreprises privées, de l'enseignement de l'islam que des rites funéraires. Leurs propositions allient un net rappel à l'ordre sur le fonctionnement des services publics à des signes manifestant la volonté de la République de respecter la diversité spirituelle.

Cinq mois après avoir été invités par Jacques Chirac à travailler publiquement sur «l'application du principe de laïcité dans la République», les «sages» ont remis leur copie au chef de l'État,hier à 8h30. Sous les ors de l'Élysée, les «experts» ont passé le relais au politique. Moins d'une semaine plus tard, le président devrait faire connaître les décisions que lui inspirent les conclusions d'un travail qui aura permis l'audition de quelque 140 personnes, élus et acteurs de la société civile, dont une centaine en séance publique.

Débat public

Ces auditions, affichées comme symbole de transparence, auront joué un rôle clé, à la fois dans le crescendo du débat public, avec la découverte par l'opinion des conflits que génèrent certaines exigences religieuses dans les hôpitaux, et pesé sur les membres de la commission. Les témoignages des enseignants et chefs d'établissement confrontés au phénomène du foulard islamique et à la montée des tensions communautaires dans le monde scolaire et sportif, ceux des responsables d'hôpitaux, de prison, ont fortement impressionné les intellectuels parisiens que sont la plupart des «sages».

La prestation du ministre de l'Éducation nationale, jugée peu convaincante par nombre d'entre eux, leur a fait prendre la mesure de la «passivité et de la cécité de l'institution scolaire», selon l'expression d'un membre. À Luc Ferry, qui estimait qu'il était «lourd» de légiférer «pour dix cas de contentieux par an», Raymond Soubie, président d'Altedia, a rétorqué, agacé : «Sans doute le président de la République a-t-il créé une commission sur un sujet qui n'existe pas !»

Alors que l'idée d'une loi n'était nullement majoritaire au début des travaux, elle s'est imposée à mesure que se précisait le portrait d'une France travaillée par des tensions d'une ampleur nouvelle. Tranchée, la position favorable à la loi exprimée par le vice-président de la Cour européenne des droits de l'homme a marqué un tournant, éliminant la crainte d'une censure par les juges européens.

Des personnalités comme René Rémond ou Alain Touraine, réservées sur l'idée de légiférer, ont évolué, se ralliant finalement à l'idée d'un texte large incluant des formulations respectueuses à l'égard des identités religieuses.

Le sociologue Alain Touraine reconnaît le chemin personnel ainsi parcouru : lui qui, au moment des premiers foulards, en 1989, prônait «la diversité des expressions culturelles», admet qu'une telle position n'est plus tenable. «Je continue de penser qu'il faut encourager la compréhension mutuelle des cultures, mais aujourd'hui, on ne peut plus ignorer ces attaques répétées contre les principes rationalistes et l'égalité entre les êtres humains, assène-t-il. Notre priorité consiste à agir pour refuser les pratiques qui entérinent l'infériorité de la femme et le grignotage de ce qui nous permet de vivre ensemble.» Seul le sociologue Jean Baubérot, tout en se déclarant «solidaire» de l'essentiel du rapport, s'est dissocié de la formule retenue pour interdire les signes religieux à l'école, estimant que la «mise en forme législative de l'avis du Conseil d'État de 1989» aurait suffi.

D'autres «sages», tel le philosophe Henri Pena-Ruiz, se disent «bouleversés» par certaines auditions et insistent sur la volonté de la commission de dépasser la question obsessionnelle du foulard, «qui n'est qu'un révélateur du déficit de laïcité».

Mais la force des témoignages entendus ne suffit pas à expliquer comment s'est imposée l'idée d'un «geste législatif». L'entrée en lice des partis politiques et la surenchère auxquels se sont livrés PS et UMP sur le terrain de l'intransigeance laïque, les discours de plus en plus pro-loi de MM. Raffarin et Chirac, la multiplication des sondages dans le même sens ont, à l'évidence, pesé sur les débats de la commission, menaçant sa crédibilité. «Si nous proposions une simple circulaire, nous ferions rire la France entière», a pu dire un «sage».

Plutôt que de se contenter de nourrir la chronique d'une loi anti-foulard tant annoncée, les «sages» ont cherché à labourer des terrains où on les attendait moins : dans le sens de la fermeté «laïque» d'abord, avec, par exemple, l'interdiction, ajoutée dans la loi hospitalière, de récuser du personnel soignant en raison de son sexe.

Mais aussi en direction inverse, celle du «respect de la diversité» spirituelle et de la lutte contre les discriminations : obligation de permettre le respect des interdits alimentaires dans les cantines, insistance sur l'enseignement des faits religieux, de l'histoire de l'esclavage, de la colonisation et de l'immigration par exemple. Dans cet esprit, l'idée d'une reconnaissance par la République de deux fêtes non chrétiennes est destinée à signifier le changement du paysage religieux et à démontrer que la laïcité ne se contente pas de poser des interdits.

Pareille audace sera-t-elle soutenue politiquement ? Jacques Chirac l'endossera-t-il ? Ce sont deux parmi les multiples inconnues qui conditionnent l'équilibre de l'édifice qui sortira, en 2004, du chantier présidé par Bernard Stasi.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Les leçons de démocratie commencent à l’intérieur du parti !

Collectif
TRIBUNE LIBRE Le 12 décembre 2003

Réplique à la lettre de Guillaume Ducharme, Siegfried L. Mathelet et co-signataires publiée le 1er décembre 2003 sur Vigile

La «Saison des idées» est lancée. Les idées se bousculent. Les courants se dessinent. Voilà que la première bourrasque s’est abattue le 1er décembre dernier! La lettre rédigée à l’initiative de M. Guillaume Ducharme, secrétaire du Parti québécois de l'exécutif régional de Montréal-Ville-Marie et Siegfried L. Mathelet, appuyée par quelques militants jeunes du PQ détonne dans le climat actuel. Dès la lecture du titre : «Le radicalisme dérisoire des tenants de "l’élection référendaire"», le vent siffle à nos fenêtres.

Nous, jeunes militants du Parti québécois, ardents promoteurs de l’élection référendaire, entendons répondre aux incongruités soulevées dans la lettre de M. Ducharme, M. Mathelet et co-signataires afin de poursuivre avec détermination nos démarches visant à rallier l’ensemble des membres et des souverainistes à notre proposition.

Il est important d’y répondre puisque Monsieur Ducharme et l’essentiel de ses co-signataires (dix des quinze signataires) ont déjà signé un premier document intitulé «PQ: un programme avant un chef!» dans le cadre du Conseil national du Parti le 14 juin dernier. Ces signataires y ont affirmé que «le temps est propice à la réflexion» et qu’ «il faut faire écho à l'appel de notre chef Bernard Landry qui, au lendemain des élections, incitait de nouveaux visages à se faire porteur de nouvelles idées au sein du Parti.» Comble de leur humilité, ces signataires ajoutent même qu’ils n’ont «pas nécessairement la prétention d'être ces nouveaux visages, ni de détenir seuls ces nouvelles idées.» Pourtant…

L’élection référendaire : une option justifiée suite à un étapisme sans issue

L’élection référendaire est une proposition basée à la fois sur un constat et sur un principe. Le constat est le suivant. Malgré une saine gouvernance provinciale, le PQ au pouvoir n’a jamais réussi à rassembler une majorité de Québécois autour du projet d’indépendance nationale. D’une part, le piège d’un bon gouvernement semble invalider la nécessité de l’indépendance, et d’autre part le piège d’un gouvernement de fin de mandat fait plus de mécontents que de satisfaits.

En ce qui concerne le principe, le PQ a pour objectif premier la réalisation de l’indépendance nationale. Cet idéal en est le fondement même, la raison d’être du parti, depuis sa fondation. En 1974, l’adoption de la stratégie étapiste proposée par Claude Morin a rallié une majorité de souverainistes. Selon ses propos, cette stratégie aurait même permis au PQ d’accéder au pouvoir pour la première fois le 15 novembre 1976. L’étapisme exigeait la tenue d’un référendum afin de réaliser l’indépendance nationale. Or, pour qu’un référendum sur la question nationale soit organisé au Québec, l’élection d’un gouvernement du Parti québécois était préalable. Toutefois, l’élection du Parti québécois ne garantissait aucunement la tenue d’un référendum. Et si référendum il y avait, nous n’étions aucunement assurés que la question porte sur l’indépendance nationale!

Jamais le peuple québécois n’a été véritablement ni directement consulté sur la souveraineté du Québec. En 1980, le gouvernement a demandé à la population québécoise : « […] Accordez-vous au gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ?» tout en étant prévenu qu’«aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum». C’était donc un référendum sur un mandat de négocier une entente de souveraineté-association, entente, qui, si elle intervenait entre les deux ordres de gouvernement aurait due être approuvée lors d’un second référendum par l’ensemble de la population québécoise.

En 1995, malgré l’engagement et la détermination de M. Jacques Parizeau, la nation québécoise a été consultée sur un projet conditionnel encore une fois à des négociations fédérales-provinciales. «Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente du 12 juin ? » La souveraineté assortie d’une offre préalable de partenariat économique et politique avec le Canada n’était aucunement un projet d’accession du Québec à l’indépendance nationale.

Selon les signataires, avant l’étapisme, nous n’étions qu’«un parti marginal condamné à la marginalité». Deux fois marginal plutôt qu’une!!! Et bien, rappelons qu’aux élections générales de 1973, soit seulement 5 ans après sa fondation, le Parti québécois recueillait l’appui de 23,9% des électeurs inscrits, alors que le 14 avril dernier, il recevait un appui moindre, seulement 23,1% des électeurs inscrits. 30 ans après l’étapisme, nous en serions encore à la première étape!

Suite à ces expériences d’un étapisme sans issue, le PQ doit retrouver la flamme qui l’a vu naître. L’idéal n’accepte pas les compromis ni les demi-mesures. «Le préalable de l’indépendance est le refus de toute négociation», disait Camus. La négociation doit se faire d’égal à égal, après l’indépendance nationale, entre États indépendants et non pas avant l’accession du Québec à l’indépendance nationale, entre un État indépendant et un État encore provincial. L’élection référendaire consiste simplement à revenir à cet idéal, sans détour ni trucage, sans complication ni ombrage. Suite à notre prise de conscience historique et politique, nous estimons que l’élection référendaire constitue la seule voie limpide et directe d’accession à l’indépendance. Comment? En se comportant dès notre élection, en véritable gouvernement national, c’est-à-dire en gouvernant de façon à ce que le Québec se rapproche un peu plus chaque jour de sa pleine et entière autonomie politique et économique.

L’élection référendaire : pour rehausser les standards démocratiques

Le jeu auquel M Ducharme, M. Mathelet et les autres co-signataires se livrent est mesquin. «Comment justifier l’abaissement éhonté des standards démocratiques reconnus et admis de tous?», affirment-ils sans scrupule.

Or, rien n’est plus faux. Lors du prochain rendez-vous électoral, le Parti québécois n’aura qu’un seul projet à proposer au peuple québécois, celui de réaliser l’indépendance nationale. Un vote pour le PQ = un vote pour l’indépendance. L’équation est simple.

De plus, le référendum a-t-il les vertus démocratiques qu’on lui prétend lorsque nous prenons connaissance du non-respect des règles fondamentales de la démocratie québécoise par le gouvernement fédéral et ses commettants, en considérant les 56 000 électeurs inscrits frauduleusement sur la liste électorale de 1995 comptabilisées par le DGE, les menaces du gouvernement fédéral faites à sa fonction publique, l’argent investi par ce dernier dépassant l’ensemble des coûts de toute la campagne référendaire des camps du OUI et du NON réunis, l’intervention directe de Radio-Canada dans le débat violant ainsi la liberté d’expression, et bien d’autres cas de violations?

Contrairement au référendum, l’élection référendaire est de nature à rehausser les standards démocratiques. En premier lieu, elle libère l’Assemblée nationale de toute tentative d’ingérence du fédéral dans le processus référendaire tel que le stipule le «Bill C-20». Cette loi, rappelons-le, exige que la clarté de la question soit jugée par le gouvernement fédéral, que le taux de participation soit suffisant et que le seuil de la majorité soit clair, sans toutefois être précisé.

De plus, un PQ authentique sera nettement plus démocratique! Par exemple, à l’élection générale de 1998, combien de militants ont répondu au slogan de la campagne électorale «J’ai confiance» en espérant que cette fois serait la bonne? Était-ce démocratique d’utiliser leurs votes au cours du dernier mandat à des fins autres que la réalisation de l’indépendance nationale?

L’élection référendaire : pour accéder à l’indépendance nationale

M. Ducharme, M. Mathelet et les co-signataires trouvent «évident que, si notre formation politique adopte la proposition d’une élection référendaire, plus jamais le peuple québécois nous confiera le privilège d’occuper le gouvernement». De quel privilège parlent-ils à vouloir gouverner une province affectée par un déséquilibre fiscal croissant, un empiètement fédéral de nos compétences nationales, une natalité ralentie et une anglicisation galopante?

«Un peuple qui veut vivre doit faire autre chose que ne pas mourir», affirmait le regretté Lionel Groulx. Si nous voulons vivre, nous nous tiendrons debout, et nous proposerons à notre peuple un projet réaliste, un projet réalisable, un projet à la hauteur de nos espérances, pas un projet administratif, pas un projet de soumission, et encore moins un projet de résignation. Notre projet est l’indépendance nationale!

Selon un sondage CROP-Le Soleil, publié le 11 avril dernier, «seulement 7% de la population estimait que la souveraineté devait être un enjeu principal de la dernière campagne électorale». Est-il nécessaire encore une fois de rappeler que l’indépendance nationale n’est pas une fin en soi, elle est un moyen, un outil afin de réaliser notre projet de société. Une majorité de gens ont sans doute répondu la santé, un grand nombre l’éducation, d’autres la famille, domaines tous très importants qui les touchent de près. Et bien, la souveraineté, qui ouvre toutes les possibilités, embrasse tous ces champs d’intervention. Expliquée en tant qu’outil pour améliorer le système de santé, la qualité du réseau d’éducation et la condition des familles au Québec, l’indépendance nationale est l’outil rassembleur, le seul qui pourrait rejoindre concrètement l’ensemble de la population québécoise.

«Unique formation politique souverainiste au Québec, le Parti québécois ne peut pas prendre la voie du suicide politique.» C’est justement ainsi, en concevant que notre parti détient le monopole de l’option, que nous risquons de nous suicider politiquement. M. Ducharme, ancien président du Forum jeunesse du Bloc québécois, aurait-il déjà oublié que le Bloc québécois est aussi un parti souverainiste québécois, et qu’il constitue une force majeure dans le mouvement indépendantiste? Les signataires auraient-ils omis de mentionner l’Union des Forces Progressistes (UFP) qui s’affirme ouvertement indépendantiste? Le Parti québécois n’a pas le monopole de l’indépendance nationale. Les signataires ont-ils remarqué le décrochage apparent entre les sympathisants de la souveraineté et l’appui au Parti? Ont-ils seulement senti que la population croit de moins en moins au Parti comme véhicule unique permettant enfin notre indépendance? C’est par le rassemblement et la coalition de toutes les forces indépendantistes du Québec, partis, organismes et associations que la victoire à l’élection référendaire lors du prochain scrutin deviendra possible!

Notre idée est «improductive» et «néfaste». Nos gestes sont «peu rationnels». Notre projet «suicidaire» serait «funeste». Il aurait des conséquences «graves», «néfastes», «contre-productives». Une pléthore de mots, une bourrasque de termes cherchant à obscurcir le paysage de la «Saison des idées», voilà ce que nous retenons de cette lettre! Jamais, nous n’userons de ce stratagème pour déconstruire les idées des membres du parti qui ne partagent pas nos idées. Car, pour nous, les leçons de démocratie commencent à l’intérieur du parti!

Ensemble vers la victoire!

Les signataires sont membres et militants de différentes instances du Parti québécois, du Bloc québécois, de l’UFP et du RIQ.

Ils signent à titre individuel

Par Louis-François Bélanger
Jean-Claude St-André, député de l’Assomption
Sasha-Alexandre Gauthier
François Landriau
Sébastien-L. Pageon
Sébastien Paquin-Charbonneau
Caroline d’Astous
Maya Lussier Séguin
Caroline Naubert
Jennifer Hazel
Jérémy Lauzon
Myriam Tremblay
Renaud Plante
Ukalik Guay-Vyncke
Marc-André Séguin
Martin Pelletier
Anne-Marie Beaudouin
Nicolas Harvey
Francis LaBrie
Simon Masson
Francis Pelletier
Julie Sheehy
Yann Lapointe
Renaud Cantin
Paul Solinas
Kevin Éthier
Maxime Paquin-Charbonneau
Jonathan Pageon
Johanne Martin
William Sheehy
Sophie Masson
Ronaldo Chavaria
Mathieu Bouthiller
David Fleurent
Mélissa Sheehy
Maxime Pageon
Nestor Turcotte



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COMMUNIQUÉS Le 3 décembre 2003