
»» Saison des idées
Les vraies batailles sont devant nous
Claude Bariteau
TRIBUNE LIBRE 13.12.2003
Propos tenus auprès des Amis de la souveraineté
Le dimanche 23 novembre 2003 à 11h30
Valleyfield
Introduction
Nous sommes à un tournant majeur et décisif. Nous avons devant nous quelques années pour fonder le pays du Québec. Il nous appartient de déployer nos énergies dans cette direction en misant uniquement sur les points essentiels. Telle est l’idée maîtresse de mon propos, que j’ai divisé en trois parties.
La première traite de la question de l’indépendance du Québec dans la conjoncture actuelle. Cette question comme cette conjoncture sont incontournables mais encore faut-il en décoder les éléments déterminants, ce que je vais esquisser en signalant, entre autres, que l’idée de sécession est désormais ce qui nous anime. Par la suite, j’aborderai la nécessité de recentrer le discours indépendantiste sur les dossiers stratégiques, soit ceux qui mènent à la fondation du Québec. Je poursuivrai en montrant que des actions précises devront être déployées afin d’entreprendre les vraies batailles au cours des prochaines années, l’une d’elles est l’élection fédérale qui aura lieu incessamment, mais la plus décisive étant les prochaines élections au Québec. Ce sera mon dernier point avant de conclure.
La question de l’indépendance du Québec dans la conjoncture actuelle
Le dernier sondage a révélé que 47 % des Québécois et Québécoises de toutes origines veulent que le Québec devienne un État souverain. Après huit ans d’intenses propagandes émanant du Canada et des institutions qui s’y rattachent, un tel pourcentage témoigne que les Québécois ne sont pas dupes, encore moins des sujets qu’on peut «canadianiser » en les contaminant. Ce support, qui dépasse celui obtenu par le PQ aux élections de 1998 et 2003, indique que l’idée d’un Québec souverain, qui veut dire un Québec indépendant, rejoint des supporters chez les autres partis. Ce point a déjà été mis en relief dans un sondage réalisé en 2000 par Pierre Drouilly et Pierre-Alain Cotnoir. Il n’est pas le seul point qui mérite une attention particulière. Drouilly et Cotnoir ont aussi montré que le projet de faire du Québec un pays reçoit un appui des Anglo-Québécois et des Québécois de l’immigration récente, respectivement de 20% et de 33%. Dans leur livre intitulé Les Raisons fortes (Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2002), Gilles Gagné et Simon Langlois signalent aussi l’existence d’un appui à la hausse chez ces derniers. Par ailleurs, s’agissant des Québécois de l’immigration récente, un sondage fait en 2003 financé par Génération Québec indique que leur appui est à la hauteur de 40%.
Voilà qui témoigne, à mon sens, que le mouvement d’affirmation nationale canalisé depuis les années 1970 par le Parti québécois s’est transformé en un mouvement sécessionniste qui s’irradie partout au sein de la population du Québec. C’est un changement majeur. Il est très rare qu’un mouvement nationalitaire se transforme ainsi. Lorsque c’est le cas, la dimension politique prend le dessus et le projet de pays devient l’objectif recherché. En quelque sorte, une nouvelle hiérarchie s’instaure et l’accent est mis sur le pays à faire, l’intégration de responsabilités découlant de la sécession, la présence internationale, l’armée, le régime politique, la citoyenneté, l’aménagement des pouvoirs existants, etc. Dans un tel contexte, il importe d’abord de s’entendre sur les éléments qui fondent le pays, quitte par la suite à leur donner des colorations émanant des partis politiques qui véhiculent des projets de société.
Ce point est important parce qu’au Québec nous avons tendance à lier projet de pays et projets de société. Dans tous les pays, il y a divers projets de société. En France, le projet de société de la droite n’est pas celui des socialistes, encore moins celui des communistes. Néanmoins, ces trois partis partagent une volonté de vivre ensemble et les règles qui en font des républicains. Cette volonté de vivre ensemble, ils l’ont exprimée avec force en se mobilisant pour chasser les Allemands qui occupaient leur territoire. Il en fut de même aux États-Unis lorsqu’il s’est agi de faire sécession de l’Angleterre. Voilà pourquoi je considère qu’il importe présentement, au Québec, de trouver la voie qui nous incitera à nous entendre sur un projet de pays et à travailler à le réaliser en dessinant, par exemple, les contours du vivre ensemble qui nous anime. Il nous faut nous entendre sur la maison à construire et les règles de base pour y vivre dans le respect des différences qui nous sont propres.
Aux dernières élections, le PQ, dont les dirigeants savaient que le projet de pays était supporté par plus de 45% de la population, n’a pas composé avec cette idée. On connaît le résultat. Depuis, ce parti est en intense réflexion. Il ne faut pas s’en surprendre outre mesure. Au Québec, selon Vincent Lemieux, politologue de l’Université Laval, les partis qui drainent la ferveur nationaliste auraient une espérance de vie inférieure à 40 ans. Aussi, estime-t-il que le PQ, qui vient de franchir le cap des 35 ans, serait en sursis. Ou bien il se transforme radicalement, ou bien il sera en proie à un schisme. Comme le PQ s’est fait le promoteur de l’idée du pays à faire, tout porte à penser qu’il se recentrera sur l’indépendance du Québec, probablement en abandonnant l’idée d’un quelconque partenariat et celle de la gouvernance d’une simple province.
La nécessité de recentrer le discours et les actions pour fonder le Québec
À mon avis, ce recentrage s’impose, entre autres, pour : 1) clarifier nos objectifs de sécession du Canada; 2) préciser la citoyenneté québécoise et la nation politique québécoise parce que fonder un pays, c’est instituer une nouvelle citoyenneté et affirmer une nouvelle nation au sein des organismes internationaux; et 3) éliminer nos tendances partenariales avec le Canada. Bien sûr, il y a d’autres points qui devront être recentrés. Je m’arrêterai uniquement sur ceux-ci parce que je les considère déterminants.
Fonder un pays, ce n’est pas négocier une égalité quelconque. Fonder un pays, lorsqu’on est déjà dans un pays, c’est modifier l’ordre existant en créant une nouvelle entité politique. Fonder un pays dans un tel contexte, c’est faire sécession. Et faire sécession, c’est un geste d’affirmation que seuls les États existants seront appelés à reconnaître. Fonder un pays, c’est fondamentalement se rendre responsable à la face du monde et s’ouvrir au monde. Il existe des règles à respecter, notamment celles associées à la prise en charge des responsabilités assumées par l’État-souche, en l’occurrence le Canada, et aux respects des droits de l’homme. Il faut les révéler et faire en sorte que les futurs citoyens et futures citoyennes du Québec en soient conscients. Par ailleurs, lorsque ces règles impliquent des démarches, il faut se préparer à les réaliser en évitant d’imaginer que tout se déroulera dans la joie et l’allégresse. Il faut se préparer à faire sécession et s’armer collectivement pour contrer les discours alarmistes concernant les processus de sécession. Le Québec deviendra pays en faisant sécession du Canada de façon pacifique. Il y a des précédents. Il faut les connaître comme il faut connaître tout ce qui se dit et s’écrit sur la sécession, notamment que le Québec est l’un des quelques endroits au monde où une sécession peut se réaliser pacifiquement. Sur ce point, le BQ, du lieu où il s’anime, pourrait devenir un spécialiste en matière de sécession et de reconnaissance sur la scène internationale, ce qui lui permettrait d’informer les Québécois entre autres sur la teneur des traités de sécession et l’existence d’instances internationales qui peuvent intervenir pour faciliter la transition qu’implique une sécession.
Fonder un pays, c’est aussi instituer un nouveau citoyen. Quelle sera la citoyenneté québécoise ? Quels en seront les éléments constitutifs ? Le BQ s’est déjà penché sur ce sujet; le PQ, un peu moins. Il revient aux indépendantistes de tracer les contours de la citoyenneté québécoise. À mon avis, la conception de la citoyenneté québécoise sera un sujet fondamental dans le processus menant à la création du pays du Québec. Ce le sera parce que créer un pays au XXIième siècle nécessite de définir les principaux contours du vivre ensemble auquel pourront s’associer les Québécois de toutes origines. Qui dit vivre ensemble dit citoyenneté, droits et obligations des citoyens, processus d’acquisition de la citoyenneté, valeurs mises de l’avant par une culture politique commune et, aussi, précision du régime politique au sein duquel cette citoyenneté s’exprimera en privilégiant, par exemple, une séparation des pouvoirs ainsi qu’une participation active des citoyens aux décisions qui les concernent. À cette fin, il faut reprendre le travail sur les institutions politiques du Québec en l’abordant uniquement dans l’optique d’un pays.
Dans la fondation d’un pays, si la citoyenneté est un incontournable, l’est aussi la conception de la nation. Récemment, le député bloquiste, Yves Rocheleau, a présenté une motion à la Chambre des communes affirmant que le Québec constitue une nation. Elle a créé un certain émoi. Les députés libéraux ont voté contre, alléguant que, ce faisant, ils ne remettaient pas en cause le fait que le Québec constituait une nation. À l’Assemblée nationale, une motion différente axée sur la notion de nation a reçu l’aval de tous les députés. Dans l’un et l’autre cas, je n’ai jamais été en mesure de bien cerner à quelle définition de la nation référaient les promoteurs des motions présentées. S’agit-il d’une nation politique, d’une nation culturelle? Personnellement, je soutiens depuis plusieurs années que nous formons une nation politique qui, jusqu’à ce jour, n’a pas dit qu’elle entend s’assumer en se dotant d’un pays. Je soutiens aussi que la présence de deux nations politiques dans un seul pays fait qu’il y en a une trop. Aussi, les deux doivent avoir leur propre pays. Au Québec, la nation politique canadienne est de trop. Au Canada, la nation québécoise n’a d’avenir que son assujettissement et sa disparition. Il faut choisir.
Fonder un pays, c’est se prendre en main et entrer en relation avec les autres pays existants. En votant la loi C-20, le gouvernement canadien, qui voulait par cette loi nous imposer sa conception de la clarté, a précisé un point important qui obstruait l’imaginaire québécois. Dans cette loi, ce gouvernement affirme qu’il ne négociera pas une refonte du Canada sur la base des désirs de partenariat du Québec. Cette prise de position, qui voulait figer les ardeurs réformistes des nationalistes nostalgiques, a favorisé un alignement nouveau du paradigme souverainiste. L’idée de partenariat avec le Canada s’est depuis progressivement dissipée. Aujourd’hui, les promoteurs de la souveraineté du Québec parlent de partenariats au pluriel. Dans peu de temps, si la sécession est bien expliquée, ils privilégieront des ententes ou des traités, termes qui sont utilisés sur la scène internationale.
Le temps des vraies batailles est devant nous
Ces précisions devront, à mon avis, être accompagnées d’actions précises. À cette fin, il faut réorienter nos priorités en vue de nous préparer pour les vraies batailles car le temps des vraies batailles est arrivé. Il l’est pour plusieurs raisons. La première est que le PLQ, dont le support aux dernières élections fut de 32.2% de l’électorat québécois (46%X70% des personnes qui ont voté = 32.2%), s’active à construire au Québec le modèle provincial canadien en défaisant le modèle québécois basé sur le partage, l’équité et l’affirmation nationale. Ce parti n’a pas reçu un tel mandat. Il faut que les porteurs du pays du Québec le lui rappellent avec force.
La deuxième raison est le fait qu’à la Chambre des communes, le PLC, Paul Martin en tête, cherchera à finaliser la construction nationale canadienne activée par son prédécesseur, Jean Chrétien. Paul Martin entend d’ailleurs entreprendre une refonte de la conception de la citoyenneté canadienne. Elle aura comme objectifs de responsabiliser les députés et, surtout, d’instituer un lien social imprégné de programmes nouveaux en santé, en éducation, dans les domaines culturels et auprès des jeunes. Ces programmes, qui découlent de la participation du Canada à l’ALÉNA, viseront à inscrire l’identité canadienne sur le terrain des provinces, limitant du coup les aspirations québécoises. Il nous faudra être d’attaque car il en ira de l’enfermement de la nation politique québécoise dans le moule canadien, ce à quoi est d’emblée complice le PLQ. Être d’attaque consistera, en gros, à faire valoir que nous serons vraiment nous-mêmes lorsque nous aurons sorti le Canada du Québec.
Pour mener ces batailles, toute alliance stratégique avec des partis canadiens devrait être mise de côté. Le BQ comme le PQ n’ont aucun intérêt à s’agiter de la sorte. Si cela a pu faire sens avant la loi C-20, on sait aujourd’hui où crèchent les partis canadiens. Ils ont clairement indiqué qu’ils œuvrent à faire le Canada sur la base de la nouvelle constitution de ce pays. Alors, pourquoi travailler avec des gens qui travaillent contre nous? Mieux vaut investir les énergies créatrices du BQ, du PQ et de tout autre parti politique prônant l’indépendance du Québec auprès des Québécois de toutes origines afin de présenter ce que pourrait être le pays du Québec. À cette fin, visiter les Cégeps et les milieux de travail, occuper l’espace public, débattre des dossiers fondamentaux, etc. sont des activités qui auront des retombées plus significatives que celles dérivant d’une participation à des commissions canadiennes ou de discussions parlementaires qui ne font aucunement avancer la cause de l’indépendance du Québec.
Somme toute, le temps des vraies batailles nécessite une radicalisation pacifiste de la démarche. D’ici 2008, les promoteurs de l’indépendance du Québec doivent se préparer à se battre. À cette fin, il importe de toute urgence de clarifier le projet de pays et de revoir les moyens qui y conduisent. D’ici peu, il y aura des élections fédérales. À cette occasion, le BQ devra mettre le cap sur le projet d’indépendance du Québec plutôt que de cibler Paul Martin. S’agissant de ce dernier, il devra surtout montrer aux Québécois de toutes origines que ses idées nationales sont aux antipodes de celles qui animent le peuple québécois et qu’elles auront, comme elles ont déjà eu, des conséquences néfastes pour l’ensemble des Québécois. À mon avis, c’est cette approche qui permettra de faire élire les candidats du BQ, donc de battre ceux du PLQ dont la mission est de poursuivre le travail de sape déployé depuis le référendum de 1995.
Cela dit, le temps des discours valorisant la défense des intérêts du Québec est dépassé. Il faut passer à l’attaque, faire la promotion de la nation politique québécoise et préparer son accession à l’indépendance. En somme, inviter les Québécois à dire non au Canada des Paul Martin de ce monde. Voilà qui devrait être la plate-forme électorale du BQ, ce qui implique d’y subordonner tout autre élément. Ces points devraient être aussi au centre des débats d’idées au PQ. S’agissant du PQ, il me semble que le temps est venu de préciser que la gouverne provinciale ne l’intéresse pas et, parce qu’elle ne l’intéresse pas, qu’il entend, s’il est élu, travailler à faire le pays. En clair, le PQ devrait déjà dire haut et fort qu’il cherchera à se faire élire uniquement pour mener à terme le projet de pays que partagent les Québécois et les Québécoises de toutes origines et la façon dont seront définis les contours de la citoyenneté québécoise. Ce faisant, le BQ et le PQ prépareront la table pour les prochaines élections au Québec. Du coup, un vote pour le BQ deviendra un vote d’affirmation de la nation politique québécoise. Ce vote sera porteur de sens. Mieux, il annoncera les batailles à venir.
Conclusion
Si nous optons pour une clarification des objectifs et une radicalisation pacifiste, nous deviendrons la cible préférée de tous les partis canadiens, y compris du PLQ. Au Québec, cependant, nos positions seront reçues par le peuple québécois. À mon avis, plus nous approfondirons les questions essentielles, plus nous contribuerons au déploiement et à l’irradiation d’idées favorables à la création du pays du Québec. Plus nous révélerons le travail de déstabilisation en cours de la nation politique québécoise, plus les Québécois découvriront qu’ils ont des ennemis internes et plus ils le découvriront, plus cela renforcera l’idée qu’ils ont tout avantage à contrôler leur destinée en devenant indépendant. Alors, ceux et celles qui, au Québec, oeuvrent au sein d’institutions canadiennes et québécoises à transformer les Québécois en Canadiens, seront tentés de fournir des informations pertinentes sur ce travail de déstabilisation qui se fait partout, y compris dans les médias avec le support de journalistes et sur la scène internationale, etc.
Les Québécois ne veulent pas du Canada qui leur fut imposé en 1867 et en 1982. En 1992, ils n’ont pas voulu du Canada de Bryan Mulroney auquel avait souscrit le PLQ sous Robert Bourassa. Ils n’ont jamais dit qu’ils veulent vivre au Québec en canadien, encore moins fait savoir qu’ils sont heureux d’en être contraints. Les fédéralistes du Québec le savent. Pourtant, ils font comme s’ils ne le savaient pas. Pour une poignée de dollars. Une carrière. Un statut. Le plaisir d’assumer le pouvoir du conquérant. Je ne sais quoi. Il y a là un déni politique qui dépasse l’acceptable. Les indépendantistes doivent s’y attaquer la tête froide en invitant les Québécois et Québécoises de toutes origines à choisir entre : 1) faire le pays du Québec et affirmer les valeurs et les règles qui nous définissent; et 2) vivre au Québec selon les valeurs et les règles canadiennes. Les valeurs et les règles canadiennes imposent un sens qui annihile le nôtre. L’inverse est aussi vrai. Le premier choix conduit à devenir un Québécois à part entière; le second, un canadien de province. Le premier fait naître ce qui est en gestation; le second le tue. Il faut tuer cette mort avant qu’elle nous tue.

»» Code du travail
Le temps des compromis
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 décembre 2003
De toutes les réformes entreprises par le gouvernement Charest, celle du Code du travail provoque le plus de réactions de la part du mouvement syndical. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que le ministre responsable, Michel Després, est le plus mauvais vendeur que M. Charest pouvait trouver.
La sous-traitance n'est pas interdite au Québec, loin s'en faut. Toutes les entreprises y ont recours à un degré ou à un autre, surtout pour des tâches accomplies à l'extérieur de leurs murs (fabrication de pièces, par exemple). Ce qui pose problème, c'est lorsque l'entreprise veut se départir d'une fonction secondaire interne telle que la cafétéria, l'entretien, le transport. À l'heure actuelle, même lorsque la fonction visée n'a rien à voir avec la mission de l'entreprise (une cafétéria dans une usine aéronautique), l'article 45 oblige le sous-traitant à respecter l'unité d'accréditation et la convention collective pendant une année, qu'il y ait ou non transfert des employés. Après ce délai, il peut demander de renégocier le contrat de travail.
Si le projet de loi 31 était adopté sans amendements, la convention collective et l'accréditation syndicale prendraient fin immédiatement en l'absence d'une clause de la convention collective l'interdisant.
D'entrée de jeu, une question se pose : si l'objectif n'est pas de casser le syndicat mais simplement d'accroître la souplesse et de réduire les coûts pour les entreprises, pourquoi le gouvernement Charest ne se satisfait-il pas d'un amendement autorisant la renégociation immédiate de la convention, sans affecter l'unité d'accréditation ? Devant un compromis de ce genre, le mouvement syndical se contenterait d'un baroud d'honneur, sans plus.
Cela dit, si le gouvernement refuse cette voie simple, il doit tout de même se résoudre à revoir son projet. Tous les experts entendus en commission parlementaire, dont le Barreau du Québec, ont critiqué l'imprécision du projet, une vraie manne pour les cabinets juridiques.
De plus, même les témoins favorables au projet gouvernemental ont suggéré d'ajouter des mesures susceptibles d'éviter l'exploitation des petits par des patrons véreux. Ainsi, le rapport du comité Mireault dont le gouvernement s'est inspiré jugeait indispensable d'accompagner les amendements à l'article 45 d'une clause d'«employeur unique» pour éviter qu'un propriétaire découpe son entreprise en saucissons à numéros dans le but de se débarrasser du syndicat. Du même souffle, le rapport Mireault proposait d'amender la loi des normes minimales afin de protéger les employés affectés. Or, rien de cela n'apparaît au projet de loi 31.
Si l'objectif de la réforme -- la seconde en très peu de temps dans un domaine qui exige de la stabilité -- est de favoriser la souplesse dans les entreprises sans atteindre aux droits fondamentaux des travailleurs, le gouvernement doit saisir les perches qui lui ont été tendues par les experts lors de la commission parlementaire. Sans quoi, c'est lui qu'il faudra accuser d'atteinte à la paix sociale.
jrsansfacon@ledevoir.ca

»» Québec Canada
L'influence du Québec
Michel David
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 décembre 2003
Chaque fois qu'un remaniement ministériel survient à Ottawa, les observateurs s'emploient à faire le décompte des ministres en provenance du Québec et évaluent l'importance des responsabilités qui leur sont confiées afin de déterminer si le Québec a gagné ou perdu en influence.
À première vue, on dira sans doute que le premier cabinet Martin marque un recul. Indéniablement, l'axe du pouvoir s'est déplacé vers l'Ouest, comme en témoigne l'ascension du trio des Prairies, Ralph Goodale (Finances), Anne McLellan (vice-première ministre, Sécurité publique) et Reginald Alcock (Conseil du trésor).
En héritant du ministère de la Santé, additionné des Affaires intergouvernementales, Pierre Pettigrew devient le numéro trois du gouvernement mais, à l'exception de Lucienne Robillard (Industrie), qui semble plutôt en sursis, et du poste subalterne confié à Denis Paradis (Institutions financières), qui agira surtout comme traducteur de l'unilingue M. Goodale, les Québécois sont pratiquement exclus des ministères à vocation économique.
Certes, il s'agit d'un cabinet de transition, qui traduit largement les préoccupations électorales du premier ministre désigné et la surreprésentation ontarienne au sein du caucus libéral. M. Martin a également dû se débrouiller avec le personnel dont il disposait, une fois exclus les fidèles de Jean Chrétien.
Au printemps prochain, les gains réalisés aux dépens du Bloc québécois et les pertes anticipées en Ontario devraient normalement avoir pour effet de faire augmenter le poids relatif du Québec. Pour l'heure, on est très loin du French power.
***
Cette façon de voir les choses est cependant trompeuse. Il ne faut pas confondre le Québec avec les Québécois qui ont choisi de faire carrière au niveau fédéral. Règle générale, l'influence des Québécois à Ottawa est inversement proportionnelle à celle du Québec au sein de la fédération canadienne.
En 1982, les libéraux monopolisaient 74 des 75 sièges québécois à la Chambre des communes et le premier ministre était originaire du Québec, tout comme dix autres ministres, et non des moindres. Le résultat a été un coup de force constitutionnel qui a infligé au Québec son recul le plus grave depuis la signature de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique.
Pendant la plus grande partie de la dernière décennie, le premier ministre, le ministre des Finances et une demi-douzaine d'autres ministres provenaient du Québec. Ce qui lui a valu l'Union sociale, la loi sur la clarté, les bourses du millénaire et d'innombrables empiétements sur ses compétences.
Stéphane Dion a déjà déclaré sans rire que le désir d'autonomie du Québec constituait une «force positive» qui protégeait le reste du pays contre «le démon de la centralisation». Venant de lui, la remarque ne manquait pas d'humour.
En réalité, on n'a consenti de véritable pouvoir à des élus du Québec qu'à la condition où ils acceptaient de l'exercer pour contrer les velléités autonomistes de la province. La vision québécoise du fédéralisme n'a plus droit de cité à Ottawa.
On peut regretter le départ d'un homme comme Martin Cauchon, qui a adopté des positions courageuses à la Justice, mais il s'est montré aussi intraitable que son prédécesseur sur la question des jeunes contrevenants. Les revendications du Québec en cette matière n'étaient pourtant pas de nature à bouleverser la fédération.
Au Développement social, Liza Frulla se retrouve aujourd'hui à la tête d'un nouveau ministère qui, par définition, est appelé à empiéter sur une compétence provinciale, tout comme Hélène Scherrer au Patrimoine. Remarquez, comme l'a si bien dit le maire L'Allier, que n'importe qui aurait été préférable à Sheila Copps.
La seule exception a été la période Mulroney, qui a été marquée par une ouverture sincère, symbolisée par l'accord du Lac-Meech, mais aussi par une véritable influence du Québec sur les orientations du Canada. Sans son appui massif, les conservateurs n'auraient jamais pu imposer l'accord de libre-échange au reste du pays. D'ailleurs, ils ne s'en sont jamais relevés.
***
Plusieurs fédéralistes québécois ont longtemps vu en Paul Martin un nouveau Mulroney. Après tout, il était favorable à Meech et n'avait pas caché ses réserves à l'endroit de la loi sur la clarté. Un retour au fédéralisme asymétrique était le cauchemar des souverainistes, mais plus personne n'y croit.
Jean Charest est particulièrement bien placé pour savoir à quel point il peut être dommageable d'afficher trop de sympathie pour le Québec quand on oeuvre au niveau fédéral. Depuis qu'il est devenu chef du PLQ, il ne cesse de répéter qu'il en a chèrement payé le prix à Ottawa.
Dans son entourage, on ne se fait aucune illusion sur ce qu'il faut concrètement attendre de l'arrivée de M. Martin. Il y aura certainement un changement radical dans le ton des relations fédérales-provinciales, mais les paroles aimables ne régleront pas le problème du déséquilibre fiscal, qui conditionne tous les autres.
Le renvoi de Stéphane Dion envoie indéniablement un signal positif. Un journaliste rapportait hier l'étonnante conversation qu'il a eue avec M. Dion jeudi soir alors que ce dernier attendait désespérément l'appel du nouveau premier ministre. «Sans moi, le Canada n'existerait pas, disait M. Dion. Si je n'avais pas été là, le président de la république du Québec s'appellerait Lucien Bouchard.»
Relégué sur les banquettes arrière, il aura maintenant tout le loisir de méditer sur le thème de l'ingratitude en politique. Maintenant qu'il y a un gouvernement fédéraliste à Québec, on n'a plus besoin d'un matamore. Qui vivra par l'épée...
Pierre Pettigrew ne provoque peut-être pas la même réaction épidermique que son prédécesseur mais il a lui aussi un petit côté fendant qui peut devenir très irritant. Ses responsabilités à la Santé lui laisseront sans doute moins de loisir pour aller chanter les louanges du fédéralisme made in Canada aux quatre coins du monde mais il est appelé à jouer un rôle de premier plan dans la définition du Canada de demain, où les rapports de force entre niveaux de gouvernement seront largement déterminés par le partage des pouvoirs en matière de santé.
mdavid@ledevoir.com

»» modèle québécois
»» livres
Un modèle à transformer ?
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 décembre 2003
Essais québécois - Titre VO : Justice, démocratie et prospérité - L'avenir du modèle québécois
Description : Sous la direction de Michel Venne - Québec Amérique - Montréal, 2003, 258 pages
Qu'est-ce que le modèle québécois? Aujourd'hui, que faut-il en conserver, en changer? Telles sont les questions au coeur du collectif Justice, démocratie et prospérité - L'avenir du modèle québécois, dirigé par le collègue Michel Venne. «Réflexion sur l'orientation de la gouverne et de la gouvernance au Québec pour les années qui viennent», cet ouvrage, qui se veut non partisan, s'inscrit dans la logique d'une recherche de la troisième voie entre l'étatisme et le néolibéralisme.
Malheureusement rédigés, pour la plupart, dans une prose institutionnelle trop souvent jargonneuse et assommante, les textes qui composent ce collectif ne se lisent pas vraiment avec bonheur. Malgré l'insistance de Michel Venne sur le caractère citoyen de la démarche, le résultat relève plutôt d'un travail d'experts. Force est donc de constater qu'on y discute intelligemment de choses essentielles, mais sur un ton qui n'a rien, c'est le moins que l'on puisse dire, de mobilisateur. C'est là la rançon, peut-on croire, de cette approche non partisane d'enjeux qui exigent pourtant autant d'engagement que de réflexion.
On peut lire, dans l'appel collectif «pour un changement lucide et éclairé» qui est à l'origine du projet, que «le modèle québécois ne se résume pas au rôle joué par l'État dans l'économie. C'est plutôt l'ensemble des pratiques sociales et démocratiques, des initiatives économiques et des interventions gouvernementales qui s'articulent les unes aux autres pour créer la richesse et la redistribuer équitablement, rendre les services publics avec efficacité, protéger les droits des individus et défendre le bien commun».
Dans un essai de définition plus imagé et peut-être plus efficace, Françoise David parle d'un «mélange d'amour et de scepticisme entre la population québécoise et son État national». Jean-François Lisée, quant à lui, retient quatre éléments : la solidarité comme valeur collective, la concertation, l'interventionnisme d'État et ses dérivés ainsi que le caractère francophone de l'État québécois.
Au fond, et pour résumer, ne pourrait-on pas dire, tout simplement, que le modèle québécois, issu de la Révolution tranquille, est une application des principes de la social-démocratie avec ce que cela signifie de tensions fluctuantes entre l'interventionnisme d'un État garant du bien commun et les forces du marché ? Il s'agirait donc de se demander aujourd'hui dans quelle mesure ce modèle nous a été collectivement profitable depuis 40 ans, à quelle époque, durant cette période, et sur la base de quel équilibre des tensions entre l'État et le marché, il a donné ses meilleurs fruits et, une fois ce constat établi, de se demander de quelle social-démocratie voulons-nous pour aujourd'hui, une question conclusive qui, il faut le reconnaître, est en elle-même partisane tant il est vrai que certains la refusent au nom d'un pragmatisme néolibéral, lui-même pleinement partisan.
La démonstration visant à faire la preuve que la social-démocratie à la québécoise nous a été collectivement profitable est, une fois de plus, brillamment faite par Jean-François Lisée en ces pages. Il semble toutefois que cela ne suffise pas à convaincre tout le monde puisque l'historien Éric Bédard persiste à percevoir, surtout dans les rangs de la nouvelle génération (les 20-35 ans), un «désenchantement sourd par rapport au grand récit de la Révolution tranquille» dont résulterait une «fracture morale». Deux tendances critiques, habitées par «une volonté de rompre, d'en finir, de terminer un cycle historique pour en commencer un nouveau», incarneraient ce désenchantement.
De gauche et altermondialiste, la première serait une réaction au dévoiement du modèle québécois issu de la Révolution tranquille, passé du volontarisme social-démocrate à l'obsession du rendement et à la «volonté de plaire au marché avant tout». Cette tendance critique, pour être portée par des jeunes, n'en serait pas moins, à certains égards, une reprise de certaines idées déjà défendues par Pierre Vallières et Marcel Rioux.
Elle comporte, cela va sans dire, un fond de vérité, mais elle ne justifie certainement pas une volonté de rupture avec l'esprit de la Révolution tranquille, ici confondu avec les trahisons qu'on lui a fait subir par la suite. En ce sens, Lise Bissonnette a raison de rappeler que, «certes, la Révolution tranquille n'a pas réussi à créer le pays socialiste dont nous rêvions, mais elle a été, et pleinement, un moment enchanté auquel nous sommes encore et toujours redevables de ce qu'il y a de mieux dans le modèle québécois». Aussi, si «fracture morale» il y a, celle-ci n'est pas due à la social-démocratie à la québécoise qui aurait abandonné la jeunesse de gauche mais plutôt à l'abandon de cette social-démocratie par certains de nos leaders qui n'y ont jamais cru. La solution ne réside donc pas dans une fuite en avant gauchiste mais dans un renouement avec le meilleur d'un certain modèle québécois.
En conclusion, Michel Venne redit l'adhésion des participants au rôle important de l'État, à l'affirmation et à la reconnaissance de l'identité québécoise et du français comme langue commune, à des systèmes de santé et d'éducation publics et universels, au développement durable, à la promotion de la culture, à la réforme des institutions démocratiques, à l'importance du territoire, au rôle de l'impôt comme instrument de justice et, finalement, à la promotion de l'économie sociale et de l'entrepreneuriat.
Je ne dis pas, sur l'essentiel, autre chose. Je précise seulement que l'esprit de la Révolution tranquille, que d'aucuns prétendent dépassé dans un Québec en changement qui exigerait -- c'est la tarte à la crème à la mode -- non pas moins mais mieux d'État, devrait nous inspirer.

»» Société générale de financement du Québec (SGF)
La SGF rejette l'orientation Charest
Les pertes de 450 millions pourraient se révéler trois fois moins élevées
Gérard Bérubé
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 décembre 2003
L'ancienne direction de la Société générale de financement du Québec (SGF) n'avait pas tout faux. Pourtant condamnée à un rôle d'appui au développement régional par le gouvernement Charest, la nouvelle direction appelée en relève recommande plutôt que la SGF soit reconfirmée dans ses grandes orientations. Le rapport déposé le 5 novembre fait également ressortir que la situation financière de la société d'État sera assombrie par une perte devant passer de 150 à 450 millions au terme de l'exercice 2003. Mais cette détérioration provient d'un jeu comptable qui implique une série de radiations subjectives loin de faire l'unanimité au sein même du comité de vérification.
La direction appelée à assurer l'intérim à la tête de la SGF a donc soumis son rapport le 5 novembre dernier. Dans ses «constats et réflexion sur le rôle et la mission de la SGF», cette direction, pilotée par Henri A. Roy, reprend, au chapitre de ses recommandations, les grands paramètres défendus par l'administration précédente dans l'articulation de la phase II de la SGF, paramètres largement rejetés par le gouvernement actuel.
Surtout, l'idée initiale retenue par le gouvernement Charest, soit transformer la SGF en un instrument de soutien aux PME en région, ne retient pas l'attention. Au contraire, on rappelle qu'un «grand nombre de joueurs sont déjà actifs en région», citant le Mouvement Desjardins, le Fonds de solidarité FTQ, les Innovatech, les centres locaux de développement...
De plus, «l'investissement en équité n'est pas le véhicule financier privilégié par les PME et nécessite un niveau d'encadrement élevé à proximité de l'entreprise». Et on rappelle que «les régions souhaitent davantage un contrôle local sur les décisions, ce qui augmente les coûts de transaction».
Autre élément intéressant, le rapport fait ressortir qu'un élément important de la mission de la SGF, soit la participation à des opérations de sauvetage et de redressement d'entreprises structurantes pour l'économie du Québec, est un «segment de marché très bien structuré aux États-Unis et en Ontario». On retrouve «très peu de joueurs actifs au Québec sur ce marché», prend-on soin d'ajouter tout en faisant référence à un nombre croissant de ce type de dossiers au Québec (Gaspésia, Quebec Cartier Mining, Atlas, etc.).
En clair, ce rapport de 130 pages suggère de retenir l'essentiel des recommandations présentées par l'administration précédente, placée sous la présidence de Claude Blanchet, en février 2003. On propose au gouvernement que la SGF :
- poursuive son activité de réalisation d'investissements stratégiques, notamment avec des partenaires étrangers;
- soutienne la croissance des entreprises privées de moyenne capitalisation dans les secteurs où elle détient une expertise;
- maintienne l'investissement de plus petite taille en région dans trois secteurs précis, soit l'agroalimentaire, la foresterie et les mines;
- recentre son action dans les secteurs technologiques.
C'est donc le statu quo, sauf en ce qui a trait au recentrage du portefeuille dans le secteur technologique, une portion particulièrement malmenée avec l'éclatement de la bulle des valeurs technologiques en mars 2000. Sauf, aussi, en ce qui a trait au partage de risque et au poids de la SGF dans les partenariats, généralement sous les 50 % du capital-actions, qui pourrait se situer autour de 20 ou 30 %.
En ce qui concerne les besoins de financement de la société d'État, le rapport reprend les propositions de l'administration précédente, qui suggéraient de diminuer la pression sur le financement provenant de l'État et d'«évoluer vers un mode d'autofinancement».
Perte gonflée
De larges chapitres du rapport sont également consacrés à la performance financière de la SGF et à l'évaluation du portefeuille. Déjà, au premier semestre clos le 30 juin 2003, la perte nette comptabilisée atteignait les 181 millions, essentiellement sous le poids de radiations. En 2002, sur l'ensemble de l'exercice, de telles pertes sur papier liées aux dévaluations d'actif avaient totalisé 324 millions (contre 75 millions), reflétant en cela la détérioration des marchés financiers.
Pour l'ensemble de l'exercice 2003 et malgré les déclarations publiques faisant ressortir des pertes additionnelles à prévoir de l'ordre de 500 millions, le rapport retient une perte d'exploitation de 150 millions en 2003. Et on n'entrevoit qu'une faible amélioration avant 2005, avec 30 % du portefeuille dit en redressement et 40 % en phase de construction-démarrage.
On fait peu de cas des placements de la SGF dans Domtar, Saputo et Rona, sinon pour dire que ceux-ci pourraient être liquidés au début 2004. Au 30 juin dernier, la juste valeur marchande de ces placements était de 450 millions sur une mise de fonds de 285 millions.
Ainsi, pour atteindre les pertes colossales de 500 millions avancées, il faudra procéder à de nouvelles radiations, estimées entre 200 et 300 millions, soutient-on. Un jeu d'écritures comptables qui, selon une source digne de foi, a déjà mené au départ du vice-président aux finances et qui ne recevrait pas l'assentiment du comité de vérification.
Parmi les radiations retenues, le rapport cible une réévaluation de 240 millions liée à la fermeture de l'usine Magnola ainsi qu'une radiation de 40 millions associée à la restructuration d'ADF. Il est également attendu que la valeur comptable du placement de la SGF dans DSM soit abaissée d'une centaine de millions, et celle d'Interquisa, de 185 millions.
À ce propos, dans le cas de DSM, le rapport dit de ce géant en biopharmaceutique qu'il est «en difficulté», en redressement, tout en citant ce placement en exemple à plusieurs reprises quelques pages plus loin.

»» réingénierie
La stratégie du «faire-semblant»
Denise Bombardier
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 décembre 2003
Le jeu collectif des Québécois depuis plusieurs années est le «faire-semblant». Tout le monde s'y adonne car chacun feint la surprise, joue de son ignorance, de sa naïveté ou de sa fourberie selon ses intérêts, son idéologie, son militantisme ou son je-m'en-foutisme. Avec comme résultat ce qui alimente les grands titres des média, ces derniers temps.
Ainsi donc, alors qu'une proportion effarante de gens abandonnent littéralement leurs vieux parents ou leurs malades chroniques dans des foyers sous-financés, surpeuplés, sous-encadrés par du personnel sous-payé, sous-formé et surchargé, voilà que l'on joue les sépulcres blanchis, qu'on crie patronalement et syndicalement au scandale, à l'exploitation ou à l'ingratitude.
Depuis des années, les dirigeants politiques sabrent à la hache les budgets tout en affirmant maintenir le cap sur leurs objectifs de mieux-être collectif en jurant, non plus sur l'Évangile mais sur leur honneur défraîchi, que les services aux citoyens demeurent les mêmes. Bref, ils pratiquent la surréalité, ce concept qu'on appliquait en URSS, où l'on trafiquait les statistiques de la performance économique et où l'on proclamait la supériorité morale du système jusqu'à ce que le mur de Berlin s'effondre.
Les politiciens ne pouvaient pas ignorer la détérioration des services, donc de la qualité de notre vie à tous. Les syndicats dénonçaient uniquement lorsque leurs acquis territoriaux étaient menacés et les citoyens, pour éviter d'être accablés, ont fait comme s'ils croyaient à l'incroyable. Un bain par semaine pour leur père et leur mère ? C'est terrible en principe, mais c'est acceptable lorsqu'on n'est pas là pour le voir. Des malades mentaux vivant dans des cloaques ? Ça s'endure quand on s'arrange pour détourner notre regard et que l'on n'a pas à débourser un rond pour s'en occuper. Des listes d'attente durant des mois ? Ça s'oublie lorsque enfin on reçoit des soins et qu'on est guéri.
***
Depuis des lunes existe une pratique syndicale, parallèle à l'officielle, cette dernière se voilant la face, menée par des terroristes intellectuels, des gros bras, des spécialistes de l'intimidation systématique régnant en rois-nègres ou en parrains mafieux, adulés par des clans qui considèrent les services publics où ils sévissent comme des services privés pour leur propre compte.
Aujourd'hui, il est de bon ton de faire semblant que le gouvernement nouvellement élu n'a pas annoncé son programme durant la campagne électorale, un programme qu'on caricature à l'envi. On fait semblant aussi que l'on vivait au paradis sous la gouverne du Parti québécois, comme si ce dernier n'avait pas contribué, avec ses propres politiques, à rétrécir la marge de manoeuvre gouvernementale. N'était-il pas question d'un projet non avoué de faire passer les garderies de 5 $ à 10 $ ? La maltraitance des faibles, la détérioration des soins, les difficultés croissantes mettant en péril nos institutions culturelles, la fermeture des fenêtres internationales du Québec qu'étaient les sept ou huit délégations qui sont passées dans la moulinette de la rationalité budgétaire, pourquoi feint-on de l'oublier en criant partout que le gouvernement actuel démantèle le Québec ? Ce dernier a aussi été secoué terriblement par ceux-là mêmes qui affirment l'aimer plus et mieux que les autres.
Il est difficile de déconstruire un certain discours syndical qui donne à penser que notre avenir collectif se résume à un slogan : «Ne touchez pas aux acquis syndicaux.» Qui a le culot d'affirmer que les avantages accordés aux centrales syndicales par le gouvernement dans les années soixante-dix, alors qu'on négociait, revolver sur la tempe, dans les marathons nocturnes où l'alcool et la fatigue ajoutaient du zeste à l'affrontement, que ces acquis, donc, ont eu un effet d'entraînement sur la majorité des travailleurs qui, eux, répétons-le, ne sont pas syndiqués ?
Ne faisons donc pas semblant de peindre le gouvernement Charest comme un fossoyeur au service de l'ultralibéralisme économique. Il existe des ténors du capitalisme sauvage, certes, mais ils ont peu de disciples chez nous, dans la population ou à l'Assemblée nationale. La compassion demeure un sentiment assez bien distribué malgré tout. La démocratie de la rue ne doit pas nous leurrer. Nous assistons ici à un déploiement de force en vue de ce grand théâtre d'affrontements que représentent les négociations collectives des employés de l'État. Le jeu du «faire-semblant» nous menace d'autant plus qu'il repousse vers l'ombre, pour ne pas dire les ténèbres, de vrais démunis, ceux qui, enfermés dans leur silence, leur tristesse et leur angoisse, ne font pas semblant mais croient vraiment que la fatalité s'impose à eux.
denbombardier@earthlink.net

»» commandites fédérales
Ottawa annonce la fin du controversé programme de commandites fédérales
PC samedi 13 décembre 2003
OTTAWA (PC) - Le nouveau gouvernement Martin annonce la fin du controversé programme de commandites fédérales.
C'est aussi terminé pour Communications Canada. La division de Travaux publics et services gouvernementaux, responsable du programme, sera dissoute d'ici la fin de l'exercice financier.
Le premier ministre Paul Martin soutient cependant que le gouvernement passera par d'autres avenues pour communiquer avec ses citoyens.
La décision fait suite à un scandale impliquant plusieurs contrats octroyés à des entreprises québécoises pour annoncer et commanditer des événements sportifs et culturels. L'an dernier, la vérificatrice générale avait conclu que pratiquement toutes les règles avaient été violées, notamment lors de l'attribution d'un contrat de 1,5 million $ à la firme montréalaise Groupaction.
L'enquête sur les irrégularités se poursuit malgré la mort du programme.
Celui-ci est évalué à 40 millions $ par année.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
MIKI THEODORAKIS ET YVES MICHAUD
Une leçon de Grecs pour notre Assemblée nationale
Guy Bouthillier
gbouthillier007@sympatico.ca
Outremont—Montréal
TRIBUNE LIBRE Le 13 décembre 2003
Je n’étais pas d’accord avec les propos qui ont déclenché « l’affaire Michaud » Le moins qu’on puisse en dire, en effet, c’est que ce n’est pas ainsi qu’on s’y prend si on cherche à se faire de nouveaux amis et à répandre les idées républicaines d’égalité et de fraternité parmi nos diverses populations.
Mais je n’étais pas d’accord non plus avec la manière dont se sont comportés nos élus – tous non élus! — dans cette affaire: un Parlement, une Assemblée nationale, ne doit jamais se tranformer en tribunal d’Inquisition. Ceux qui en douteraient encore pourront se rapporter à l’affaire suivante, qui vient de se produire en Grèce, et dont je donne ici les grands traits, tirés du Monde du 14 novembre dernier.
Miki Theodorakis, le grand, le célèbre, a tenu, sur les Juifs, des propos à faire dresser les cheveux : « Nous sommes, dit notamment le chanteur, deux peuples pas comme les autres, nous et les juifs. Mais eux, ils ont le fanatisme et réussissent à s’imposer. (…) Aujourd’hui, nous pouvons dire que ce petit peuple est à la racine du mal, et non du bien ».
La réaction ne se fit pas attendre. À Jérusalem, le directeur du mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem exprima sa plus vive indignation. À Athènes, les représentants de la communauté juive dénoncèrent les propos du compositeur : « Il est incompréhensible que M.Theodorakis, qui a tant offert à la démocratie, ait pu tenir pareils propos racistes » Le Gouvernement grec, par la voie de son porte-parole, en fit autant.
Mais le Parlement grec ne se prononça pas. Personne ne demanda qu’il le fasse, ni même ne s’attendit à ce qu’il le fît.
Une leçon de Grecs pour notre Assemblée nationale.

TRIBUNE LIBRE
La ''convergence fédéraliste''
Nic Payne, Montréal
TRIBUNE LIBRE Le 13 décembre 2003
Montréal, le 12 décembre 2003 - Le fait que, depuis quelque temps, certaines entreprises médiatiques québécoises brouillent systématiquement les frontières du reportage et de la publicité, suscite en ce moment de nombreuses réactions. D'entre elles, ce sont les réactions des diverses instances journalistiques et des journalistes eux-mêmes qui surprennent le plus l'observateur moyen, celui qui regarde les bulletins de nouvelles quelques fois par semaine, et qui parcourt rapidement son quotidien préféré en mangeant ses toasts.
En effet, là où on s'attend à une réaction vive, claire et concertée, on trouve plutôt comme une sourde clameur, de laquelle n'émerge pas encore vraiment d'action concrète. Et, malgré nombre de petites remarques et de commentaires individuels biens sentis qui fusent ici et là dans les médias, on a l'impression inquiétante que les journalistes, ou ceux qui les représentent, marchent sur des oeufs. Je me demande si ces associations et syndicats évaluent correctement le coût, en termes de crédibilité auprès du public, de ce manque de cohésion.
Car, si les journalistes ont peine à s'organiser devant une simple stratégie de mise-en-marché d'émissions de divertissement -- qui peut dire le contraire alors que depuis plus d'un an la une du Journal De Montréal s'est transformée à plusieurs reprises, et apparamment sans entrave, en infopub non-identifiée d'émissions de télé -- comment ne pas penser que la désormais célèbre Convergence, et son ancêtre la Synergie, ont aussi cours entre les entreprises médiatiques et d'autres secteurs où il y a intérêts, pouvoir et argent, comme la politique et la haute finance ?
Autrement dit, si Julie Snyder et son équipe -- qui ont, il faut le dire, accompli de belles choses : un succès éclatant avec un groupe de jeunes qui font de la musique en français -- ont pu engendrer pour quelque raison que ce soit cette utilisation discutable de l'espace médiatique, qu'en est-il, par exemple, des Bronfman, Desmarais et autres membres de l'establishment fédéraliste canadien, infiniment plus puissants que n'importe quelle productrice de télévision québécoise, et eux-mêmes propriétaires de diverses grandes entreprises de presse ?
Tiens, voilà une question que posent périodiquement les indépendantistes québécois, et qui provoque à chaque fois une levée de boucliers instantannée; Dans l'agacement général, on balaie le sujet sous le tapis en blâmant un quelconque complexe de persécution de ces militants. Pourtant, alors que, bon an mal an, trente à cinquante pour cent des Québécois penchent en faveur de la souveraineté, dont cinquante à soixante pour cent des francophones, l'option indépendantiste est toujours nettement sous-représentée chez les éditorialistes et commentateurs réguliers des quelques grands quotidiens et réseaux d'information québécois; et cette situation perdure depuis plusieurs années, quelle qu'en soit la cause.
Qu'on le veuille ou non, dans ce contexte, et en ces jours où le public découvre que les cloisons des salles de presse ne sont pas aussi étanches que l'on croyait, l'existence de la ''convergence fédéraliste'' est peut-être plus vraisemblable que jamais...

TRIBUNE LIBRE
Le triste récit de Gil Rémillard
Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE Le 13 décembre 2003
C'est qu'il en faut des contorsions pour protéger la langue et la culture d'un peuple lorsque dominé par un autre au sein d'une fédération forcée. L'exercice s'avère encore plus périlleux s'il est piloté par des gens complexés par leur origine nationale. Voilà ce qui se dégage du sombre épisode entourant l'adoption de la loi 178 que relate l'ancien ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes du gouvernement de Robert Bourassa, monsieur Gil Rémillard.
Cette législation appliquée en 1988 visait à favoriser la prédominance de la langue française dans l'affichage au Québec. Elle remplaçait péniblement les articles 58 et 69 de la Charte de la langue française malmenée par la Charte canadienne des droits et libertés et par des jugements d'une Cour suprême constituée de juges nommés par le gouvernement fédéral au service du Canada anglais. En fait, chaque fois que les Québécois ont tenté d'affirmer légitimement leur francité, l'autre groupe s'est toujours dressé devant eux en porte-à-faux.
L'échec de l'accord du Lac Meech en 1990 fut simplement un geste de représailles en réponse au frêle rempart culturel qu'a brandi à contrecoeur un gouvernement fédéraliste québécois, craintif de voir la majorité francophone manifester et voter contre eux en 1989. Le Canada anglais a montré clairement un an plus tard, une fois de plus, qu'il souhaite voir la dissolution rapide du peuple québécois dans le multiculturalisme canadien au dénominateur commun anglophone. Serait-ce aussi le voeu de l'ONU, de par sa réaction négative à l'époque face à l'inoffensive loi 178?
L'adoption de mesures linguistiques plus souples n'accommode donc pas les anglophones: ces derniers comptent les combattre quand même farouchement. La défunte loi 178, ni l'actuelle loi 86 adoptée en 1993, menacent pourtant l'unilinguisme de milliers d'Anglo-québécois. Elles cherchent à doter Montréal d'une vitrine française car c'est la métropole québécoise qui accueille principalement les nouveaux arrivants. Cette façade est donc primordiale puisqu'elle informe les immigrants que notre maison est francophone. Reste qu'il est difficile d'inciter ces gens à s'assimiler sereinement à la culture québécoise de langue française si des francophones hésitent eux-mêmes à affirmer leur majorité sur ce territoire.
C'est malheureusement la perception que donnent les libéraux du Québec. Ainsi, lorsqu'un gouvernement francophone montre publiquement sa timidité à exprimer sa différence sur ce continent, les nouveaux citoyens québécois sont peu enclins à choisir avec enthousiasme notre famille et son histoire pour poursuivre la leur. Charles Castonguay, professeur au département de mathématiques et de statistique à l'Université d'Ottawa, atteste cette réalité dans un article publié dans le quotidien Le Devoir du mercredi 10 décembre dernier. Plusieurs études confirment la même vérité à chaque année: un statut de minorité est incapable de sauvegarder la nation québécoise.
Le Québec ne peut pas espérer jouir d'un statut particulier dans le Canada anglais tant qu'il ne renoncera pas à sa différence. Paradoxale, non? Une fois reléguée au rang de folklore, la culture québécoise rendue inoffensive quant à sa capacité assimilatrice amènera probablement le gouvernement fédéral à changer d'avis. Ainsi, lors de la visite de dignitaires étrangers, Ottawa demandera alors aux quelques francophones restants de se joindre aux autochtones et de sortir du grenier leur relique culturelle pour les faire parader l'espace d'un moment. Les nôtres, affublés de la ceinture fléchée, côtoieront les gens des Premières Nations ornés du couvre-chef à plumes. Avec un peu de chance, ces gens baragouineront quelques mots dans leur langue d'origine en guise d'exploit suprême aux invités éblouis... Ainsi s'épanouira la paix sociale canadienne.

TRIBUNE LIBRE
Le gouvernement Charest :
instrument de discorde sociale et nationale
Raymond Villeneuve
Président du MLNQ
mlnq@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE Le 13 décembre 2003
Il semble bien que ce soit devenu une habitude, dans ce gouvernement, de
faire exactement ce que Jean Charest dénonçait vertement lorsqu'il était
dans l'opposition.
« La compassion, chers amis, ce sera le mot d'ordre, le cheval de bataille
du Parti libéral du Québec », disait-il. Or le cheval de bataille était un
cheval de Troie, envoyé par le grand capital et l'Empire canadien, et le
peuple du Québec, n'y voyant que du feu, s'est fait flouer en long et en
large. Nous sommes maintenant tous victimes de la « compassion » libérale
et de sa soumission nationale.
Pendant des années, ce parti, appuyé par les fédérastes de tout poil,
clamait haut et fort que le PQ était le parti de la désunion, que ses
politiques troublaient la paix sociale, que son projet semait la discorde
dans les familles et ne faisait qu'accroître l'insécurité économique. Il
répandait aussi l'idée que le PQ était un vieux parti. Quel vieux parti? Le
PQ n'existe que depuis les années 60 tandis que le PLQ compte plus d'un
siècle d'existence !
Charest vous avait bien promis des changements, mais il n'a jamais dit que
ce seraient les changements que vous souhaitiez !
Maintenant, tout le monde, ou presque, est en colère contre ce gouvernement
qui se dit libéral mais qui est, en réalité, crypto-conservateur. Je dis «
presque », parce que les seuls qui s'en réjouissent sont le Conseil du
patronat, les multinationales et tout ce qui représente le grand capital.
Même les défusionnistes, eux qui l'ont élu sur des promesses, disent que ce
gouvernement court au suicide politique.
Ce gouvernement n'est pas « courageux » comme il le prétendait, il est
autoritaire, presque aussi autoritaire que le gouvernement de Duplessis, et
encore plus menteur, défaut dont il qualifiait naguère le PQ. Ses
politiques actuelles sont en train d'affaiblir le tissu social en appuyant,
l'air de rien, les plus puissants de la société au détriment des plus
faibles, semant ainsi la discorde entre les classes sociales. Il monte les
non-syndiqués contre les syndiqués, la classe moyenne contre les assistés
sociaux, les ruraux contre les urbains, les pauvres contre les riches, les
anglos contre les francos, les défusionnistes et les fusionnistes contre
les élus municipaux, les hôpitaux contre les CLSC, etc. Par son projet de
défusions, il crée l'insécurité économique. Ce gouvernement tente de briser
l'élan du Québec en suscitant la discorde.
Diviser pour régner, et au profit de qui? Au profit des amis du pouvoir, de
ceux qui veulent faire du Québec une propriété privée qu'ils pourront
exploiter tout à leur aise, comme dans le « bon vieux temps ».
Par exemple, la modification de l'article 45 du Code du travail sera une
ouverture à la sous-traitance sauvage, qui accroîtra l'insécurité des
petits travaillants qui iront alors grossir les rangs de ceux qui ont un
emploi à statut précaire et vulnérable.
Jean Charest nie la spécificité du Québec. Sa conception de l'État se
résume à un Wall-Mart des services publics : « Le plus bas prix sur le
marché ». Mais le plus bas prix ne s'applique-t-il pas à la marchandise la
plus « cheap »? Ce qui n'empêche nullement ses promoteurs de s'enrichir de
façon éhontée sur le dos des consommateurs. C'est ce qui nous attend avec
Charest. Et, lorsque l'heure du réveil aura sonné, les troubles sociaux
n'iront qu'en s'amplifiant.
Au MLNQ, nous avions prévenu de ces troubles advenant l'élection d'un
gouvernement libéral. On nous a accusés de faire des menaces voilées. Mais
il y a une grande différence entre avoir le sens de l'histoire et jouer les
prophètes de malheurs. Comme on le dit, ceux qui font fi de l'histoire sont
condamnés à la répéter. Or, au Québec, l'histoire des grands « changements»
s'est faite en 1837-38 puis en 1963-70. Monsieur Charest aurait tout
intérêt à s'en souvenir.
Une fois de plus, l'histoire pourrait bien se répéter avec le retour d'une
rébellion patriotique ou d'un nouveau FLQ. Et, cette fois, elle pourrait
bien traîner dans son sillage une révolution nationale, voire une guerre
civile.

TRIBUNE LIBRE
Le tour de l’horloge
Nestor Turcotte, Matane
aristote@ma.cgocable.ca
TRIBUNE LIBRE Le 13 décembre 2003
A l’heure de Loftstory et d’Occupation double, la politique, d’une façon générale, ne captive plus les Québécois. Rivés à leur petit écran pour savoir lequel ou laquelle sera évincé(e) du «show-réalité», les citoyens québécois ne se préoccupent plus tellement de savoir ce qui se passe sur la Colline parlementaire à Ottawa, ni non plus, sur la petite colline de Québec. Jean Chrétien est parti, il y a quelques heures et Paul Martin vient de le remplacer dans la plus totale indifférence, en promettant du changement (sic). Presque une insulte à son prédécesseur !
A Québec, le fédéraliste et conservateur Jean Charest applique les politiques néo-libérales de Mario Dumont et s’amuse à faire le jeu du déficit caché, comme l’avaient si bien fait ses prédécesseurs, en 1994. Les gouvernements se succèdent et amusent la galerie avec les mêmes faux-fuyants. Et la farce continue!
Les indépendantistes sont éparpillés dans mille-et-un mouvements et personne ne semble en mesure de les réunir autour de la seule idée qui devrait les faire se trouver ensemble : l’indépendance du Québec. Il existe, sur la terre Québec, de multiples chapelles souverainistes (?) et aucun grand-prêtre ne semble en mesure de rallier les fidèles aux multiples allégeances qui se regroupent toujours autour des mous et des purs et durs.
Les syndicats, de leur côté, veulent définir les règles de la démocratie et s’ingénient à imaginer toutes sortes de formules pour faire avancer leur esprit corporatiste. Ils en ont contre la démocratie mais ils perpétuent les gestes qui la bafouent en bloquant les routes de tout le monde, en privant les gens de transports en commun, en empêchant les gens d’aller à l’hôpital, en entrant dans des bureaux privés de députés, en saccageant des camions, en renversant des clous sur la chaussée, en insultant l’autorité mise en place, et j’en passe. Les purs d’un bord, les impurs de l’autre. Vieux manichéisme d’une société nombriliste, soucieuse uniquement d’une philosophie hédoniste, narcissique, égoïste au suprême degré.
Toute démocratie est fragile. Il s’agit de peu pour que cette forme de gouvernement, la moins imparfaite parmi celles qui existent, ne bascule dans l’anarchie, la dictature larvée.
Y a-t-il un moyen simple de se sortir de la tourmente actuelle? Oui : dire la vérité. Que le gouvernement confie à des fiscalistes et des administrateurs extérieurs à ses rangs, l’analyse objective de notre situation financière collective et qu’ainsi, il nous donne l’heure juste sur les finances publiques. Par la suite, personne ne pourra taxer celui-ci de nous faire vivre au-delà de nos moyens.
Il serait peut-être temps que le père de famille avertisse ses enfants que la table ne peut pas être plus plantureuse et abondante que ce que la collectivité arrive à produire par son travail et son esprit de justice et d’équité.
Ainsi, la société québécoise cesserait de faire ce qu’elle fait depuis longtemps : manger le gâteau plus gros qu’elle n’est capable de le produire. Les enfants gâtés, au lieu de chialer sans cesse, se sentiraient mal à l’aise de réclamer une richesse qu’ils n’ont pas ou si peu produite.
Où est le chef qui mettra enfin ses concitoyens devant toute la réalité? Les Québécois, dans les revendications, ont fait le tour de l’horloge. Il serait sans doute opportun que quelqu’un leur donne d’ici peu l’heure juste afin qu’ils cessent d’être le peuple le plus «chialeux» de la planète! Certains disent qu’on ne peut pas continuer comme ça. J’en suis convaincu. Toute société est échange de services. Personne n’a le droit, par esprit corporatiste, de tout réclamer et de donner le minimum.
La société restaurée, mieux équilibrée, permettra de songer à faire du Québec le plus beau pays du monde. Le climat actuel de confrontation et d’inflation verbale ne peut nous y conduire. Car l’indépendance d’un peuple exige discipline, effort, et parfois sacrifices. On est loin d’un tel consensus. Que se lève celui qui aura le courage de nous faire comprendre ces exigences et nous inviter à un tel partage !

TRIBUNE LIBRE
DÉFECTION AU BLOC QUÉBÉCOIS
Pierre Daviau
pierredaviau.ca@videotron.ca
Québec
TRIBUNE LIBRE Le 13 décembre 2003
« TOUT L’MONDE EST MALHEUREUX »
« […] Tout l’ monde est malheureux tout l’ temps
Tout l’ temps »
(Chanson de Gilles Vigneault)
Les journaux ont commenté la défection du bloquiste Robert Lanctôt. La manchette du quotidien Le Soleil(1) est intitulée Le bloquiste Robert Lanctôt passe au PLC alors que le journal Le Devoir(2) titre Le Bloc perd un premier député aux mains des libéraux.
Cette défection soulève une question fondamentale; les membres du Bloc québécois et du Parti québécois sont-ils des indépendantistes véritables, fidèles et résolus? Cette question devrait inciter tous les indépendantistes à la plus profonde réflexion. Pourquoi, direz-vous?
PROPOS DU TRANSFUGE
Voici quelques citations tirées de l’article du Soleil :
M. Lanctôt croit « sincèrement que l’arrivée de Paul Martin à la tête de notre pays entraînera un changement dans la façon dont nous faisons les choses, et que ce changement sera profitable au Québec comme au reste du Canada. L’ouverture de M. Martin à l’endroit du Québec marque le début d’une ère nouvelle, d’un avenir meilleur.
« Après siégé pendant plus de trois ans à la Chambre des communes, ma pensée a beaucoup évoluée et j’ai réalisé que les intérêts du Québec à Ottawa sont mieux défendus par le Parti libéral du Canada que par le bloc québécois, écrit le député.
« Je suis convaincu qu’il est temps de mettre fin aux vieilles chicanes qui divisent le Canada pour réaliser le potentiel du Québec et du Canada, soutien-il. Je suis maintenant prêt à participer à l’édification du Canada du XXIe siècle. »
Quant au Devoir, rapportant les paroles de Paul Martin qui était à l’aise de recruter un ex-souverainiste, il écrit : « J’ai eu une conversation avec M. Lanctôt, a-t-il déclaré, et il a confirmé clairement que, selon lui, l’avenir du Québec reste à l’intérieur du Canada, ce qui est pour moi primordial. »
M. Lanctôt exprime des propos d’une banalité si déconcertante qu’ils révèlent une faible capacité de raisonnement. Ces propos, tels l’arrivée d’un nouveau chef à Ottawa sera profitable au Québec et que les intérêts du Québec sont mieux défendus par le PLC, ou pour mettre fin aux vieilles chicanes, ne convainquent qui que ce soit. Ils démontrent une méconnaissance sans pareil de l’histoire québécoise, si ce n’est de l’ignorance crasse. Je constate aussi que son inspiration provient de la machine à propagande fédéraliste d’Ottawa. Étudiant, mes collègues et moi aurions dit qu’il n’était pas fort en thèmes.
Quel avenir M. Lanctôt offre-t-il aux Québécois? Peu d’avenir si ce n’est celui que laisse entrevoir cette expression éculée « avancez en arrière » qu’utilisait les conducteurs d’autobus d’antan et qui faisait sourire les passagers.
Face à une raisonnement si peu raffiné, chacun est justifié de croire que la pensée M. Lanctôt, contrairement à son affirmation, n’a pas évoluée d’un iota, qu’elle est restée cloîtrée dans ses certitudes, ou mieux, dans son incompétence. Pourtant, une toute petite ouverture d’esprit de sa part aurait pu lui faire découvrir toute la richesse du peuple Québécois et de l’impérieuse nécessité qu’il acquière son indépendance nationale. Or, certains choisissent de croupir dans l’insignifiance plutôt que de sortir des sentiers battus, de se convertir en agents de changement dans la société et d’agir courageusement comme guides de la libération nationale de « leur » peuple.
Une personne à l’esprit plus alerte aurait recherché ou connu l’existence de plusieurs sources d’information, dont Vigile, qui auraient pu l’éclairer. À titre d’exemple, voici trois références extraites des chroniques hebdomadaires de Bruno Deshaies. Elles représentent un faible échantillon du temps et des énergies qu’il consacre à l’éducation des Québécois et Québécoises à l’indépendance :
SE GOUVERNER SOI-MÊME
(http://www.vigile.net/ds-deshaies/docs3/03-3-6.html)
Quels sont les principaux obstacles à l'indépendance ?
(http://www.vigile.net/ds-deshaies/docs3/03-2-6.html)
SOUVERAINISME, dites-vous ?
(http://www.vigile.net/ds-deshaies/docs3/03-1-17.html)
Le handicap des Québécois le plus difficile à surmonter est le manque d’ouverture de beaucoup de membres, y compris les députés actuels et passés, des deux partis souverainistes. Les raisonnements à la manière du transfuge Robert Lanctôt foisonnent.
LIBERTÉ DE CHOIX ?
Les plus ardents défenseurs des droits de la personne monteront aux barricades pour défendre le transfuge, dents et ongles, en invoquant la liberté de choix dans une société dite libre et démocratique et invoqueront, avec passion, la Charte des droits.
Holà! gardons notre sang froid. Mon sujet ne concerne aucunement les droits de l’individu. Je pose simplement cette question; comment se peut-il qu’une personne, soit disant sensée et intelligente (R. Lanctôt n’a-t-il pas été élu député d’un parti souverainiste?), choisisse d’abandonner l’objectif de l’indépendance pour promouvoir, en lieu et place, le fédéralisme, sachant, ou qui aurait dû savoir, que ces deux orientations sont incompatibles?
Les turbulences créées par la fusion des partis Conservateur et Alliance canadienne déclenche la démission de certains députés, l’attentisme chez d’autres et, à ce jour, la défection de l’un. Un quotidien rapportant la défection de Scott Brison intitule sa manchette : « Une étoile du PC passe chez Martin ». (3) Cette défection d’un député du Parti conservateur vers le PLC n’est qu’un avatar parmi d’autres auxquels sont confrontés quotidiennement les partis politiques. Dans ce cas précis, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Cette défection d’un conservateur n’est pas du même ordre philosophique ou politique que celle de M. Lanctôt.
Ce dont il est question, dans la décision du transfuge Lanctôt, n’est pas de débattre et de privilégier une décision politique quelconque sur un sujet de la vie quotidienne en société comme nous le constatons à chaque jour dans les média. Cette question concerne, au plus haut point, la VIE NATIONALE du peuple Québécois et la fin de son ANNEXION. L’annexion étant, selon Maurice Séguin : « L’essence de l’ANNEXION, c’est d’être gouverné PAR UNE AUTRE NATION ». ( 4)
Maurice Séguin a réfléchi sur la difficulté de comprendre les individus. Voici ce qu’il nous enseigne :
« D. (3.10.4) DIFFICULTÉ de définir la position d’un individu
1) (3.10.4.1) Qu'il se range dans l'école indépendantiste, dans l'école impérialiste ou dans l'école fédéraliste, il n'accepte pas tout (ordinairement) de la doctrine globale.
2) (3.10.4.2) Et ces nuances varient selon les saisons...
3) (3.10.4.3) Et parfois l'individu change de camp.
4) (3.10.4.4) Ou encore un même homme peut regarder différentes nations, dont la sienne, dans des optiques différentes... c'est-à-dire, être « impérialiste » à l'égard de telles nationalités, être « indépendantiste » ou être « fédéraliste » à l'égard d'autres nationalités. » (5)
[NDLA] La numérotation décimale entre parenthèses est celle proposée par Bruno Deshaies sur le site Internet « Le Rond-Point des sciences humaines » (cf. http://www.rond-point.qc.ca/histoire/seguin/normes.html ) Elle est utilisée ici grâce à son autorisation.
Les Normes : un Plan détaillé élaboré par Le Rond-Point des sciences humaines. Ce Plan du polycopié des Normes de Maurice Séguin vise à présenter un aperçu de toutes les parties du document. Nous croyons que de cette façon, les internautes pourront découvrir toute la richesse, entre autres, de l'Introduction aux Normes, ou encore, toute l'actualité de la réflexion de Séguin sur le problème du « fédéralisme et des nationalités ». Nous souhaitons que le système décimal de références mis au point permettra un examen plus simple, une compréhension plus approfondie et des discussions plus faciles.
Source : http://www.rond-point.qc.ca/histoire/seguin/normes.html
En dépit de cet enseignement, il est difficile de comprendre les décisions et les comportements évanescents des individus. En psychologie, tout professionnel connaît la souffrance que ressentira toute personne qui s’engage dans une cheminement de connaissance se soi et de croissance personnelle. De plus, il sait aussi que cette personne devra déployer des efforts sincères pour trouver la paix intérieure. Il n’en va pas autrement pour toute personne qui aspire à développer un raisonnement honnête qui l’aidera à prendre des décisions justes. Pour ce faire, elle devra posséder l’ouverture d’esprit, qualité intellectuelle primordiale. Ouverture d’esprit envers les personnes et les idées, surtout celles différentes des siennes. Comme condition de réalisation, elle doit dominer ses peurs et ses idiosyncrasies.
La décision de Robert Lanctôt ainsi que les explications justifiant sa décision prouvent, sans l’ombre d’un doute, que le transfuge n’a jamais été un indépendantiste, qu’il ne possédait pas l’ouverture d’esprit nécessaire pour gagner la confiance de ses concitoyens et concitoyennes et mériter leur estime.
INDÉPENDANTISTES VÉRITABLES?
Les indépendantistes véritables existent-ils? Sont-ils nombreux au sein des deux partis souverainistes? Il est difficile de les dénombrer. Plusieurs le sont, mais généralement ils ne s’affichent pas. Une exception, les membres du Parti québécois de certains comtés de la région de Montréal que la direction du Parti qualifie de purs et durs pour mieux amoindrir leur influence tout en invoquant l’appui de la majorité au chef. Une autre exception récente, l’ancien ministre démissionnaire Paul Bégin. Quant aux autres ministres, ils suivaient scrupuleusement la ligne du Parti dictée par le chef.
Quant au remue méninges que suggère la « Saison des idées », à ce jour, les anciens ministres André Boisclair, François Legault, Pauline Marois, et autres n’ont pas inventé la trouvaille du siècle. Le professeur d’université Daniel Turp, élu aux élections du 14 avril 2003, n’a pas mieux. réussi.
Récemment, pour apaiser les inquiétudes des membres d’une association de comté, un député du Parti québécois justifiait l’inaction du gouvernement de son parti au sujet de la souveraineté (J’utilise le mot indépendance, mot décrivant mieux l’objectif et qui ne prête pas à la confusion des genres) en expliquant que gouverner est très exigeant et laisse peu de temps, etc., etc. Si ce savant député et son parti avaient observé que la machine à propagande fédéraliste fonctionnait à plein régime et n’empêchait pas Ottawa de gouverner le pays, ils n’auraient pas fait preuve d’un tel amateurisme. Ce sont là des comportements très provinciaux.
Il est juste de conclure que les membres du Parti québécois ainsi que l’équipe ministérielle, sauf au moment de la politique du beau risque de René Lévesque, ont toujours suivi fidèlement la volonté du chef. Voilà pourquoi ce Parti a virevolté sans arrêt autour d’orientations très éloignées de l’indépendance nationale; souveraineté-association, souveraineté-partenariat, union confédérale, modèle européen, et quoi encore? Qui plus est, il s’est discrédité lui-même en adoptant une politique de l’inaction et du laissez-faire en se confinant dans la gestion quotidienne d’un état provincial. À titre d’exemple, rappelons-nous l’attente de conditions gagnantes ou l’attitude du « Je suivrai le peuple lorsqu’il fera l’indépendance ». En matière de dynamisme et de convictions indépendantistes, il y a beaucoup mieux, n’est-ce pas?
Nous savons que le Bloc québécois a été formé par un rassemblement de députés fédéraux aux idées les plus hétéroclites qui font douter de l’engagement indéfectible de ses membres envers l’indépendance. De plus, cette hétérogénéité rend très difficile l’unité d’action de ce parti et quasi impossible la cohérence du discours indépendantiste. Cette nouvelle de Canoë renforce mes appréhensions et devrait inquiéter fortement tous les partisans de l’indépendance:
« Robert Lanctôt devient le septième député bloquiste à quitter le parti souverainiste fédéral en un peu plus d'un an. L'ont précédé Antoine Dubé, Pierre Brien, Michel Bellehumeur et Stéphan Tremblay. Quant aux députés Pierrette Venne et Ghislain Lebel, ils ont été expulsé par le chef Gilles Duceppe. »
Le Bloc peut-il vraiment tenir un discours indépendantiste cohérent qui s’appuiera sur des connaissances historiques indéniables et des orientations claires? Si le passé est garant de l’avenir, il est permis d’en douter.
Parti québécois ou Bloc québécois, les indépendantistes sont très mal servis. Pastichant la chanson de notre grand compositeur, interprète et poète national Gilles Vigneault, tous les indépendantistes véritables sont très malheureux. Pourquoi? Parce que, lorsqu’il s’agit de l’indépendance, on ne peut pas dire comme Gilles Vigneault « Les gens de mon pays ce sont gens de parole… » (6)
(1) Le Soleil, Raymond Giroux, 3 décembre 2003, p. A 9.
(2) Le Devoir, Hélène Buzzetti, 3 décembre 2003, p. A 3.
(3) Le Soleil, Raymond Giroux, jeudi 11 décembre 2003, p. A 10.
(4) Maurice Séguin, Les Normes de Maurice Séguin, Guérin, Montréal, 1999, p.185.
(5) ibid., p. 193.
(6) Gilles Vigneault, chanson Les gens de mon pays.

TRIBUNE LIBRE
Vade Retro ! Mister Martin
M. Paul Martin, premier ministre du Canada :
What does that mean… ?
Jean-Luc Gouin, Québec
Peregrin@q-bec.com
TRIBUNE LIBRE Le 13 décembre 2003
Un canevas préliminaire de ce texte a été acheminé au journaliste Michel Vastel (GESCA il y a quelques mois. Ce puissant conglomérat (dont les quotidiens La Presse et Le Soleil) a refusé de publier la présente.
– M. Vigneault, père : « Mon gars, j’ai un conseil à te donner – un seul : ‘Occupe-toi pas de politique !’ »
– Vigneault, fils (Gilles de son prénom…) : « Je ne m’occuperai pas de politique – promis, juré ! – si la politique ne s’occupe pas de moi. »
En quelque temps à Natashquan, dans les québécoises années Soixante
Nonobstant les qualités de l'homme, que je ne saurais nier, M. Paul Martin constitue l'un des piliers d'un parti fédéral qui, aux plans politique aussi bien qu'économique et fiscal, s’est fait fort d’étrangler les États de la Confédération (le Québec en priorité) depuis son retour au pouvoir il y a maintenant plus de dix (10) ans. Un parti également qui a semé ses feuilles d’érable de par tout le territoire, et ses millions d'endoctrinement dans les cerveaux des Québécois ; ses lois contra-référendaires et contra-démocratie aussi, depuis 1995 (la Loi C-20, entre autres ignominies), de manière à leur faire comprendre, à ces Québécois, eh bien que la Liberté authentique ce n'est pas pour eux.
Édifiante entreprise menée tambour battant avec l’assentiment de notre homme…
En outre nous savons – tous – avec quelle féroce détermination ce PLC s'est ingénié dans le dernier tiers de siècle à saper la différence québécoise. Quelques illustrations pour mémoire : répression militaire (Octobre 1970), rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne contre la volonté unanime du Québec (1982), torpillage de l'Entente du Lac Meech (1990), turpides et souillonnes campagnes d'intimidation (fric fédéral à flots à la clé) lors des deux référendums québécois (1980 et 1995) sur la Souveraineté.
On sait donc depuis des lunes désormais, voire plus de trois révolutions complètes de Jupiter concernant l'(ex)-aîné d'entre eux, qu'un Jean Chrétien, un Stéphane Dion, ou même un Martin Cauchon, un Denis Coderre ou un Pierre Pettigrew qui discourt de liberté et de démocratie, c'est, en nos contrées, asseoir le citoyen sur un cactus – celui de Lanzmann / Dutronc, possiblement – pour mieux lui refiler un proxénète l'entretenant de la vertu.
Or M. Martin (élu député en 1988) constitue un homme fort de ce régime depuis que le Parti Libéral s’est emparé du pouvoir en 1993. C'est dire, a contrario des événements partisans récents (le très provisoire purgatoire de l'ex-ministre des Finances qui a précédé son « intronisation » le 12 décembre dernier), combien le gouvernement Chrétien construisit de ses mains, objectivement parlant, l'escalier prestigieux qui a propulsé Mr PM aux cimes du pouvoir. En Canada (anglais, si vous m'autorisez le pléonasme), à tout le moins. Car au Québec, il suffirait d'un peu d'intelligence, de mémoire et de réflexion pour en décider autrement à la faveur du très prochain scrutin électoral fédéral.
On ne peut certes ‘reprocher’ directement à Paul Martin ce qu'il est si aisé de mettre sous les yeux et le nez de son chef d’hier (et de ses sbires ou acolytes). Mais au sein de cet appareil gouvernemental – dans lequel incidemment les filles et les fils du Québec s'acharnent opiniâtrement à flétrir et à affaiblir leur propre patrie* –, le ministre qu'il fut, notamment au sein du puissant Cabinet, ne s'est jamais opposé au travail régulier, constant et continu d'aveulissement de l'État québécois. De « la fort belle ouvrage » de sape en effet, journalièrement entreprise, maintenue et poursuivie par le parti dont il se dit si fier.
Qui ne dit mot, consent. C'est particulièrement, fondamentalement et terriblement vrai dans l'univers du politique.
Ainsi, ou bien M. Paul Martin était en accord avec les politiques de son parti, gouvernemental, ou bien il s'est abstenu d'exprimer une hypothétique dissidence – ô ! grandeur morale – par carriérisme politique. Aussi je ne vois pas, mais vraiment pas du tout, ce que les Québécois peuvent désormais escompter de cet individu totalement redevable – et ce, depuis les Pierre Elliott Trudeau, les Marc Lalonde et les André Ouellet de jadis aux Jean Chrétien et Stéphane Dion de ce jour – à un parti dont l’inanition de la personnalité propre du Québec constitue le fonds de commerce.
Au demeurant, et de manière plus personnelle, j’ajouterai que c'est ce Parti Libéral du Canada qui a transformé le citoyen que je suis en authentique guerrier québécois de la Liberté. De fait, si on m'eût demandé il y a vingt ans ce que je pensais du Canada, j'aurais haussé les épaules de lévesquienne manière. Par indifférence. À la même question il y a dix ans, j'eusse répondu qu'il s'agit là d'un pays étranger. Tout bonnement et sans acrimonie. Aujourd'hui, et dans mon esprit c'est on ne peut plus clair, j'affirme sans hésitation que le Canada est un pays ennemi du Québec. La tragédie, c’est qu’une majorité de mes compatriotes l’ignore toujours.
Nous sommes en guerre. Mais n’en savons rien.
L’aiglon canadien a fait son nid : il joue quitte ou double. Il mise sur la compromission sans équivoque des Québécois (s'avouer vaincu sans même offrir de résistance, ou sinon pour la forme) en risquant en contrepartie de se voir opposer l'Indépendance. Le Canada a sciemment enfourché la ligne de risque : celui d'acculer le Québec à la pleine Souveraineté en espérant ultimo récolter une nation eunuque et définitivement soumise. Or peu édifiantes chez l'individu, la soumission et la compromission sont à tous égards indéfendables chez les peuples.
Le Harfang des neiges reviendra-t-il défendre et protéger son territoire – correspondant à celui de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne réunies ? Lequel pays s’étend direction Sud bien au-delà du Moyen et Grand-Nord – où pour l’heure le chouette volatile se garde au frais. En réserve de la République.
Voilà en ce qui me concerne – autant de Bedford, de Talbot et de Fastolf de cette France d’Amérique – la conséquence plus que tangible des Stéphane Dion, des Denis Coderre, des Jean Chrétien au pouvoir (voire des Jean-Louis Roux, souvenons-nous : de lieutenant-gouverneur en sénateur) – tous ces Québécois qui carburent à l'abomination sinon à l'aversion du Québec. Car, ne craignons pas les vocables francs, il n'y a pas d'autre explication, ce me semble, à un comportement pareil – tout en un de refus, d'étrille et d'asphyxie systématique.
C'est au sein de ce « fabulous team of the Liberal Party of Canada » que Paul Martin travaille ardemment depuis plus de quinze ans.
À l'instar du précédent premier ministre du Québec et actuel chef de l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale, M. Jean-Bernard Landry, icelui bon prince en l’occasion, j'éprouve en dépit de tout un certain respect pour l'homme Martin. En revanche (et ce, même si pour l’heure je passe sous silence ses manières plus que douteuses de conduire ses « millionantes affaires personnelles » au sein de la Canada Steamship Lines inc.), il me faut grappiller une solide dose de complaisance au fond de ma conscience citoyenne pour parvenir à me convaincre d'éprouver sentiment analogue à l'égard du politique.
On juge un homme à ses actes. Quelquefois à ses « nonactes » plus encore. Or, et c'est là sans doute l'une des plus terribles leçons du siècle dernier, les silences et les abstentions des hommes comptent parmi les plus fidèles alliés de la déraison dans l'Histoire.
Prenons donc acte.
Jean-Luc Gouin
Québec, le 12 Décembre 2003
* Il n'y a pas jusqu'aux Liza Frulla, Georges Farrah (soi-disant Québécois d'obédience nationaliste), Lucienne Robillard (du « Rapport Allaire » au parti de la strangulation systématique du Québec : faut quand même le faire…), Yvon Charbonneau (l'indépendantiste convaincu dans les bras de l'ennemi juré de la Libération nationale du Québec), et combien d'autres transfuges de même acabit (dont, naufrage ultime d’un artiste de talent et naguère ami (?) du grand Félix, le sénateur Jean Lapointe), qui ne s'empressassent d'aller rejoindre ce gouvernement à la première occasion. C'est en tout cas ce qui s'appelle se voir investi d'un étique sens éthique. Pour la crédibilité intellectuelle, on repassera. D'ailleurs en vain. Car voilà, stricto sensu, des esprits indéfroissables. À vie.
– En corollaire : « Le Lys dans le lisier/» ou : «Les Coûts de la Non-Souveraineté» – texte étayant, s’il en est besoin, les ressorts de la présente prise de position.
Également, les coordonnées des député(e)s ainsi que des sénateurs du Parti Libéral du Canada.
LETTRES
Stéphane Dion, bon débarras! - Il n'y a pas que le départ de Jean Chrétien qui est un bon débarras pour le
Québec; celui de Stéphane Dion, le père du plan B et de la mise au pas du
peuple québécois avec son "bill de la clarté", est une maudite bonne chose
pour nous! Pour le reste, l'arrivée de Paul Martin ne change rien à la
situation de notre peuple; nous sommes toujours sous la tutelle canadian et
non reconnus comme nation, ainsi en a décidé le parlement canadian
récemment. Pourtant, les Canadians n'ont aucun problème à parler des
"premières nations"... Mais cette négation va bien finir par devenir une
reconnaissance un jour, par le monde entier, après notre accession à
l'indépendance.
Simon Girard, 13.12.2003
CET HONNEUR BLESSÉ - Il aura suffi d'une basse mise en scène, ce jour du 14 décembre 2000, pour que notre Assemblée nationale prenne le visage de l'indignité en accusant un des nôtres sans trop savoir pourquoi et sans chercher vraiment à le savoir. Se sont déshonorés à cette occasion Lucien Bouchard et André Boulerice et se sont agglutinés dans cette bassesse 109 députés.
Cet homme debout mérite amplement qu'on lui redise aujourd'hui que nous n'avons pas oublié. Dans ce Québec dont nous ne savons plus très bien où il va, sa présence reste le signe qu'une société dont les dirigeants ne respectent pas un des leurs se prépare de douloureux lendemains. Monsieur Michaud, dans ces pénibles souvenirs, sachez au moins que vous n'êtes pas seul.
Jacques Léger, Morin-Heights, 13.12.2003
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