Actualité





»» négociations dans le secteur public

Pas d'argent pour les négos :
Charest s'estime capable de réduire les impôts en 2004

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 19 décembre 2003

Québec - Après s'être mis à dos les centrales syndicales avec des projets de loi qui les ont braquées, le premier ministre Jean Charest s'attend maintenant à des négociations difficiles dans le secteur public l'an prochain parce que le gouvernement ne dispose d'aucune marge de manoeuvre financière.

«Les négociations ne seront pas faciles parce que nous n'avons pas d'argent», a déclaré Jean Charest au cours d'une conférence de presse au cours de laquelle il a livré son bilan de la dernière session parlementaire. «La situation financière du gouvernement est très, très difficile», a-t-il ajouté. Le premier ministre s'est engagé à rencontrer la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, et le président de la FTQ, Henri Massé, au début de la nouvelle année. «C'est certainement une indication de notre côté que nous voulons avancer le plus rapidement possible», a-t-il indiqué.

Même si le gouvernement n'a pas d'argent, M. Charest s'estime capable de réduire les impôts en 2004 - il n'a pas précisé de combien - et de maintenir les priorités que sont la santé et l'éducation tout en déployant une nouvelle politique familiale. «On garde le cap sur le plan qu'on s'est donné», a-t-il réitéré.

M. Charest a soutenu que son gouvernement a toujours maintenu de «très bons ponts de communication» avec les centrales syndicales. Selon lui, il n'y a aucune raison pour qu'il y ait «une contestation croissante» de la part des syndiqués. Toutefois, il s'étonne que la CSN ait décrété une journée de grève dans les centres de la petite enfance le 16 janvier prochain alors que son gouvernement a augmenté le budget des services de garde de 10 %. «C'est difficile à expliquer, surtout difficile à justifier», estime le premier ministre.

L'adoption sans amendement significatif du projet de loi 31, qui favorise la sous-traitance, va permettre de créer des emplois dans les PME, a-t-il indiqué. Le gouvernement n'est pas allé trop vite. «La question de la sous-traitance, ça fait des années qu'on en parle au Québec», a-t-il dit. Il a assimilé l'opposition des syndicats à cette modification du Code du travail au débat sur l'accord de libre-échange dénoncé par l'ensemble du mouvement syndical. «À peu près les mêmes acteurs nous annonçaient la fin du monde», a-t-il rappelé.

La grogne syndicale et la contestation sociale ne nuiront pas à la croissance économique. Les milieux d'affaires ne s'en émouvront pas. «Les gens vont faire la part des choses», a prédit M. Charest.

L'impopularité croissante de son gouvernement ne l'inquiète pas. Des mauvais sondages, il en a vu plusieurs quand il était dans l'opposition, a rappelé M. Charest. «Ce n'est pas à partir des sondages qu'on va gouverner», a-t-il dit. Les sondages ne vont pas «faire ou défaire la volonté du gouvernement», qui se résume «à passer à l'action pour livrer des services».

Le premier ministre estime gouverner pour l'ensemble des Québécois et pas seulement pour les électeurs libéraux. Son gouvernement a mis en oeuvre son plan «en écoutant non seulement ceux qui parlent fort» mais aussi les citoyens qui «ne peuvent pas s'exprimer», a-t-il aussi fait valoir.

En dressant son bilan de session, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a signalé qu'il n'avait jamais vu un nouveau gouvernement susciter autant de mécontentement en aussi peu de temps. «C'est du jamais vu», a-t-il dit.

Alors que s'amorcent les négociations dans le secteur public, «le gouvernement a été d'une maladresse mais absolument totale» avec les centrales syndicales, juge M. Landry. Changer le Code du travail maintenant, une mesure qui apportera peu de fruits, est une erreur. «Est-ce qu'on va les mettre en maudit et les "antagoniser" au maximum, comme jamais dans l'histoire, avant d'ouvrir la négociation?» Pour le chef de l'opposition officielle, «l'intelligence politique minimale» suggère que non.

Bernard Landry s'inquiète de l'état de l'économie. Il y voit «des problèmes à terme assez angoissants», a-t-il dit. La réduction des crédits d'impôt en recherche-développement est de mauvais augure. «J'espère qu'ils ne massacreront pas la croissance économique» en 2004. Le chef de l'opposition officielle a dit en avoir assez des «argumentations d'enfant» de Jean Charest sur les pertes de 13 milliards à la Caisse de dépôt et placement du Québec alors que, les conditions du marché boursier s'améliorant, les titres retrouveront leur valeur. «C'est choquant pour l'esprit», a-t-il dit.

Le Parti québécois a calculé que les citoyens se retrouvent aujourd'hui avec des hausses de tarifs ou d'impôt de 912 millions si Hydro-Québec obtient en avril une deuxième augmentation de 3 % de ses tarifs d'électricité après celle qui entrera en vigueur le 1er janvier. Pour une famille avec deux enfants à la garderie et un revenu familial de 60 000 $, il s'agit d'une somme annuelle de près de 1200 $.



»» BILAN PARLEMENTAIRE

Charest pense que son gouvernement marque l'histoire

Mario Cloutier
La Presse vendredi 19 décembre 2003

Québec - Le Québec est à un tournant historique. Jean Charest le dit. Bernard Landry le croit. Mais le premier ministre et le chef de l'opposition se contredisent totalement sur leur vision des huit premiers mois du gouvernement libéral.

M. Charest estime que son équipe et lui peuvent être "fiers" d'avoir entrepris une "très importante période de changements". À la clôture des travaux de l'Assemblée nationale, le premier ministre a même parlé d'une "session qui marquera l'histoire du Québec".

Jean Charest soutient que c'est dans l'action que le gouvernement libéral se distingue. Les libéraux ont mis fin au "mode attente", dit-il, dans lequel le Parti québécois avait plongé le Québec. Son gouvernement agit en santé, en éducation, pour aider les familles et moderniser l'État.

Mais le chef de l'opposition péquiste, Bernard Landry, a répondu qu'il n'avait jamais vu "un gouvernement créer autant d'insatisfaction en si peu de temps, ni Bourassa, ni Daniel Johnson".

Malgré la grogne syndicale, et particulièrement celle de la CSN qui avait organisé un cortège funèbre hier devant le parlement, M. Charest soutient qu'il est tout ouïe. "J'écoute. Puis il m'arrive de pouvoir, oui, changer d'idée. Ça arrive, je l'admets", a-t-il expliqué aux journalistes. Il a d'ailleurs promis aux chefs syndicaux de les rencontrer en début d'année pour causer des conventions collectives des employés de l'État.

Mais M. Charest persiste et signe sur le sens des responsabilités des grands syndicats lors d'actions de mobilisation. Revenant sur les hausses de tarifs de 5 $ à 7 $ dans les CPE, il a fait une nouvelle mise en garde aux syndiqués.

"Quand on vous annonce une journée de grève parce qu'on augmente les budgets de 10 %, je pense qu'il y a des gens qui auraient intérêt à s'interroger", a-t-il plaidé.

Son gouvernement a démontré sa capacité d'écoute, dit-il, en apportant des modifications aux huit projets de loi adoptés à l'aide d'une motion de suspension des règles lors d'une fin de session mouvementée. Il a répété plusieurs fois hier qu'il est et restera le premier ministre de tous les Québécois.

"Nous tenons compte des opinions exprimées par ceux et celles qui choisissent de s'exprimer et ceux et celles qui ne peuvent pas s'exprimer, les gens qui sont, par exemple, dans le réseau de la santé, qui sont malades", souligne-t-il.

L'année 2004 sera donc celle du citoyen, d'ajouter le chef du gouvernement québécois. Il dit garder le cap sur la livraison de services aux citoyens "pour lesquels ils paient" et la réduction des impôts. Il continue également de promettre de meilleurs services à de meilleurs coûts. "C'est une affaire de gros bon sens, a expliqué M. Charest. On est capable d'économiser 45 millions de dollars et les réinvestir en soins parce qu'on réduit la bu- reaucratie."

Le premier ministre libéral avoue toutefois que son gouvernement "ne peut pas tout faire en même temps". Entre autres, les finances publiques sont dans un état précaire et une partie de la réponse se trouve à Ottawa, admet-il. "Je suis optimiste dans les discussions qu'on a avec le gouvernement fédéral, dit-il. Ça ne nous donne pas un résultat, mais ça va bien."

Insatisfaction record

Des résultats fort décevants, pense cependant l'opposition officielle au sujet des huit premiers mois du gouvernement Charest. Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a souligné le climat de "confrontation" créé par les libéraux. Jamais, dit-il, un gouvernement n'aura fait autant d'insatisfaits en si peu de temps.

M. Landry donne raison aux syndicats, aux groupes de femmes et de jeunes, aux régions et aux défenseurs des plus démunis qui disent se sentir à l'écart des décisions gouvernementales.

De tous, ce sont les parents qui sont les plus durement touchés par les politiques libérales, dit le PQ. En raison des hausses de tarif dans les CPE, de la facture d'hydroélectricité et du transport en commun, une famille avec deux enfants et un revenu familial de 60 000 $ subira un impact financier de 1200 $ l'an prochain, souligne M. Landry.

Le chef péquiste ne mâchait pas ses mots hier. À propos des positions libérales, il a parlé d'"argumentation d'enfant", mais aussi de la "maladresse totale" d'un gouvernement "vraiment pas parlable" au début.

L'économiste en lui a qualifié d'"imposture monstrueuse" la performance libérale en économie. Québec ferait face à une impasse d'un milliard de dollars qui s'additionne aux quatre milliards du rapport Breton, aux deux milliards en déséquilibre fiscal et au milliard promis en réduction d'impôts.

"Dans huit mois, il a effacé huit milliards. Il va baisser les impôts puis il va être à déficit zéro. Cherchez l'erreur", d'insister M. Landry.

Avant la reprise de la session en mars, les députés étudieront en commission parlementaire le plan stratégique d'Hydro-Québec en janvier et le financement des universités en février.



»» BILAN PARLEMENTAIRE

Jean Charest ne regrette rien :
Le premier ministre se dit "très fier de son gouvernement, du premier au dernier jour"

Mylène Moisan
Le Soleil vendredi 19 décembre 2003

Si c'était à recommencer, Jean Charest referait probablement la même chose, au même rythme. Il l'a dit hier, il est "très fier de son gouvernement, du premier au dernier jour", cela même si les manifestations se multiplient et s'intensifient. Les syndicats ont promis une année 2004 houleuse, Jean Charest l'entrevoit... "excitante".

Le premier ministre était fier aussi de rappeler que les centres de la petite enfance (CPE) avaient obtenu 9,5 % plus d'argent de l'État, même s'il en avait promis 2 % de plus. Tentant de clouer le bec aux acteurs du réseau qui ne décolèrent pas, M. Charest a déploré que "la CSN voudrait faire la grève (dans les CPE le 16 janvier) parce qu'on a augmenté les budgets de 9,5 %. Moi, je pense que c'est difficile à expliquer et à justifier", invitant les "gens à s'interroger sur ce genre de décisions-là".

L'écart de 2 % entre l'argent promis et versé se retrouve dans un document officiel du ministère de la Famille qui a servi de base aux consultations sur l'avenir des services de garde, où il est écrit que "les crédits budgétaires augmenteront à un rythme annuel de 11,5 % d'ici 2006".

Cela dit, c'est un Jean Charest radieux qui s'est présenté hier devant les médias, au dernier jour d'une session parlementaire particulièrement mouvementée, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du parlement. Des regrets ? Aucun. Est-il allé trop vite ? Non, "le temps est venu de passer à l'action et c'est exactement ce que le gouvernement a fait dans tous les domaines", a répliqué le premier ministre Charest en point de presse.

Invoquant son "mandat clair" du 14 avril, M. Charest a justifié la précipitation des derniers jours - où huit projets de loi ont été adoptés grâce au bâillon - par l'urgence d'améliorer les services au citoyen. Il avait promis de bouger au cours de la première année de son mandat, a-t-il plaidé. Mais, lui a rappelé un journaliste, il reste encore quatre mois, suffisamment de temps pour consulter. "On a pensé, comme ça, qu'on était prêt à procéder tout de suite", a-t-il indiqué.

Pressé de questions sur la relation pour le moins tendue avec le monde syndical, le chef libéral a dit n'y voir que l'expression d'une insatisfaction normale à laquelle il s'attendait. "Il y a des gens qui ne sont pas d'accord avec ce que nous faisons, je le savais. (...) Nous tenons compte des opinions exprimées par ceux et celles qui choisissent de s'exprimer, incluant ceux et celles qui ne peuvent pas s'exprimer", a-t-il dit, tout en réitérant sa détermination à aller de l'avant coûte que coûte.

Quant aux leaders syndicaux, il a assuré avoir "toujours maintenu de très bons ponts" avec les Claudette Carbonneau (CSN), Henri Massé (FTQ) et Réjean Parent (CSQ), indiquant qu'ils s'étaient "même entendus pour se voir dans la nouvelle année". Et, malgré le ton qui grimpe chaque jour et les manifestations qui gagnent en décibels, M. Charest ne voit "pas de raison pour qu'il y ait une contestation croissante" dans les mois qui viennent.

MMoisan@lesoleil.com



»» BILAN PARLEMENTAIRE

Les syndicats ont raté leur cible, dit Bernard Landry

Simon Boivin
Le Soleil vendredi 19 décembre 2003

En campagne, ils auraient dû s'opposer aux libéraux

Pour contrer la droite, les syndicats ont fait feu à volonté sur l'ADQ en campagne électorale, mais ils auraient dû se réserver quelques cartouches pour les libéraux, croit Bernard Landry.

"Quand je rencontre (les syndicats) aujourd'hui, je leur dis : Vous vous rendez compte, premièrement, vous avez choisi la mauvaise cible, il faudrait tirer sur les deux, puis, deuxièmement, quand on est à gauche, on ne se contente pas de tirer sur la droite, on appuie la gauche."

Au cours de la dernière campagne, la consigne des syndicats était de n'appuyer aucun parti en particulier, mais de s'objecter à l'ADQ à tout prix. La formation de Mario Dumont était dépeinte comme "une menace à la paix sociale au Québec" par le président de la FTQ, Henri Massé, et décriée pour sa "haine viscérale pour les syndicats" par la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. Des mots qui ont resservi depuis, mais à l'endroit d'un autre parti.

"Pendant la campagne électorale, je n'ai jamais vu qu'ils (les libéraux) annonçaient un virage à droite, c'est l'ADQ qui portait le fardeau de la droite, souligne M. Landry. Vous avez remarqué que les syndicats ont dirigé leur batterie vers l'ADQ. C'est la meilleure preuve qu'ils n'ont pas vu Charest à droite, autrement, ils auraient tiré sur Charest. Je pense que les syndicats, là-dessus, ils ont été bernés au max ."

Mais les organisations de défense des travailleurs ne sont pas les seules à avoir été trompées, estime le chef du Parti québécois. Les actions gouvernementales reflètent "globalement un bris de contrat", où les seuls à trouver leur compte sont les groupes conservateurs. "Comme le Conseil du patronat, eux, ils jubilent", souligne M. Landry.

Récriminations

La liste des récriminations du chef de l'opposition envers le gouvernement est longue. Les libéraux suscitent le "mécontentement partout" en assumant une "gouvernance divisive comme on en a jamais vue". Pratiquement aucune initiative du gouvernement n'échappe à la critique. "Je trouve que le gouvernement a été d'une maladresse, mais absolument totale."

Sans compter que M. Landry estime que le Québec se trouve maintenant "dans une atmosphère d'affaiblissement face à Ottawa". Même s'il n'est pas souverainiste, le gouvernement a le devoir de rester puissant face au gouvernement central, dit-il. Avec le Conseil de la fédération, tout ce que fait le premier ministre Charest, "c'est de rentrer dans le rang". "Ce n'est pas le gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard ici, en tout respect pour cette île, affirme M. Landry. C'est le gouvernement de la nation québécoise."

Et le leader de l'opposition, André Boisclair, de renchérir : "Si M. Charest mettait autant d'énergie à développer ses amitiés avec Henri Massé qu'il en met à développer des amitiés avec Ralph Klein, peut-être que nous n'en serions pas où nous en sommes aujourd'hui."

Bernard Landry se dit de plus en plus à l'aise avec le poste de chef de l'opposition, un emploi qui lui a commandé de "changer sa mentalité intérieure". Et il estime que son équipe a fait un bon travail pendant la session. "On n'est pas là pour mettre de l'huile sur le feu et pour augmenter la grogne, dit-il. On est là pour demander des comptes d'une façon plus précise, ce qu'on a fait par nos questions. Mais on ne veut pas assumer d'en rajouter en termes de tumulte social. Il y en a déjà assez comme ça."

SBoivin@lesoleil.com



»» BILAN PARLEMENTAIRE

Le temps de digérer

Pierre Allard
Le Droit vendredi 19 décembre 2003

Éditorial - En adoptant sous le bâillon huit projets de loi controversés, le gouvernement Charest a pris un grand, grand risque. Au lieu de se donner un temps de réflexion et de consultation face à la grogne croissante, il a choisi le bulldozer législatif. Mais s'il est relativement facile de réduire à l'impuissance l'opposition à l'Assemblée nationale, il n'en va pas de même des multiples groupes et intérêts qui forment "l'opinion publique".

Entre décréter une fusion des syndicats et la réaliser, il y a loin de la coupe aux lèvres. Même chose pour les fusions d'établissements dans le secteur de la santé et des services sociaux. Et le libellé du projet de loi 31 sur la sous-traitance, en plus de contribuer à mobiliser davantage les milieux syndicaux, ouvre la porte à des contestations juridiques aux dires du Barreau du Québec. Le gouvernement s'expose donc au cours des prochains mois à une contestation accrue sur le terrain et devant les tribunaux.

Compte tenu de l'importance des mesures législatives entérinées cette semaine, et de leurs effets possibles sur la paix sociale et juridique, on aurait cru que l'équipe Charest prendrait au moins le temps de digérer ses grosses bouchées avant d'entreprendre de nouvelles offensives. Mais non, voilà que la ministre Julie Boulet annonce pour le printemps prochain la remise en question de l'assurance-automobile sans égard à faute, que tous croyaient reléguée aux oubliettes à la suite des propos tenus la veille par le ministre des Finances, Yves Séguin.

Non seulement cette mesure est-elle mal avisée dans le contexte actuel, elle l'est sur le fond. Le Bureau d'assurances du Canada a déjà averti le gouvernement québécois que la réintroduction du principe de la faute, même pour des motifs en principe louables, aurait pour conséquence inévitable une augmentation des primes. Les excès des régimes privés ont coûté cher à Bernard Lord, premier ministre du Nouveau-Brunswick, qui a failli être défait aux dernières élections provinciales, et ont contribué à faire élire les libéraux de Dalton McGuinty en Ontario.

Contrairement aux projets de loi adoptés cette semaine, qui touchent tantôt à des syndiqués du réseau de la santé, tantôt à des travailleurs menacés par la sous-traitance, tantôt à la clientèle des garderies à 5 $, une brèche dans le no-fault intéresse l'ensemble de la population québécoise, qui bénéficie présentement de l'un des régimes les moins onéreux du Canada. Et aux majorations de primes s'ajouteront sans doute les coûts résultant des nombreuses contestations judiciaires, sans compter un cauchemar bureaucratique pour la Société de l'assurance-automobile du Québec.

Après les manifestations de mécontentement des dernières semaines, le gouvernement Charest aurait tout avantage à rebâtir certains ponts, au lieu d'en brûler de nouveaux. Voilà pourquoi, dans le sillage d'un bâillon qui mettra du temps à se cicatriser, nous devons souhaiter que l'avis du ministre Séguin prévaudra, et qu'on laissera indemne le régime actuel d'assurance-automobile.

editorial@ledroit.com



»» BILAN PARLEMENTAIRE

Un hiver pour séduire l'opinion publique...

Carol Néron
Le Quotidien vendredi 19 décembre 2003

Éditorial - Le voeu traditionnel formulé à cette période de l'année, "paix sur Terre aux hommes de bonne volonté"s'adresse tout particulièrement aux membres de l'Assemblée nationale. Les travaux parlementaires prennent fin dans une atmosphère lourde, chargée d'émotivité, laissant présager une reprise musclée en mars 2004!

Le printemps sera donc torride au Québec. Pas besoin d'être diplômé en astrologie pour en arriver à cette prédiction lourde de sous-entendus.

À travers le mot d'ordre des centrales syndicales, l'opposition au gouvernement Charest se transporte dans les rues. À quelques jours de Noël, le climat socio-politique québécois présente de nombreuses similitudes dramatiques avec celui qui, sous l'administration de Robert Bourassa au début de la décennie 80, a conduit à la formation du Front commun et à l'emprisonnement des trois principaux chefs syndicaux de l'époque, Yvon Charbonneau, Marcel Pépin et Louis Laberge.

Élu, dit-il, avec le mandat clair de mettre de l'ordre dans les finances du Québec - une réalité qui, dans son esprit, inclut également la réforme du Code du travail - Jean Charest fait le pari que le pire sera derrière son gouvernement dans un an, dix-huit mois tout au plus. La mémoire collective étant ce qu'elle est, le Premier ministre estime sans doute que, à ce moment-là, les Québécois préfèreront se rappeler ses bons coups plutôt que les mauvais!

Syndicats et société

La gageure est de taille. Le bras de fer qui s'annonce entre les syndiqués des secteurs privé et public ne prendra fin qu'après un long parcours du combattant appelé à marquer profondément chaque opposant.

Dans leur vocabulaire - c'est sans doute voulu - les chefs syndicaux confondent volontiers leurs revendications avec les attentes légitimes de la société québécoise. Cette stratégie de communication prête le flanc à la critique, car elle entretient la confusion des genres. Il faut bien comprendre, en effet, qu'un nombre sans doute important de Québécois est également d'accord, à tout le moins en partie, avec l'intention du gouvernement Charest de réduire l'influence et le rôle des syndicats dans tous les secteurs de l'activité socio-économique.

Les Québécois sont loin d'être stupides. Ils savent très bien que, pendant les neuf années au cours desquelles le PQ a dirigé la province, il a su tisser des liens serrés avec les grandes centrales syndicales. Celles-ci poursuivaient le même objectif que les péquistes, celui de la souveraineté. Cette communauté de pensée a pu résister avec succès aux décrets et aux lois d'exception, en particulier lors des dernières négociations dans le secteur public. Pour une raison évidente, ce mariage de raison entre le pouvoir politique et celui des travailleurs n'a pas survécu à l'arrivée d'un parti fédéraliste majoritaire à l'Assemblée nationale.

Crainte justifiée

Les Québécois, c'est normal, craignent avec raison une détérioration marquée du climat social d'ici les prochains mois, sur fond de grèves et de manifestations à grand déploiement. Cependant, rien ne dit que plusieurs centaines de milliers d'entre eux n'approuvent pas la position du gouvernement Charest et qu'ils gardent pour eux cette opinion.

Plusieurs mois seront encore nécessaires avant de dégager une véritable tendance forte en faveur de l'une ou l'autre des parties. La manière dont les syndiqués s'y prendront pour manifester leur mécontentement ne sera pas sans influencer leur image au sein de l'opinion publique. À cet égard, les récentes démonstrations de force devant l'Assemblée nationale et les blocus de routes importantes n'ont nullement contribué à forger un préjugé favorable à leur endroit.

Ceci dit, s'il y a une région où, prochainement, le discours syndical a le plus de chance d'atteindre sa cible, c'est bien au Saguenay-Lac-Saint-Jean. La situation économique de la région continue de se détériorer. La fermeture de l'usine Port-Alfred a l'effet d'un véritable coup de fouet sur les syndicats.

Les événements de La Baie prennent chez nous valeur de symbole et ce, à tous les points de vue. De ce côté-ci du Parc des Laurentides, l'effort de rattrapage des libéraux s'en trouve d'autant plus alourdi...



»» BILAN PARLEMENTAIRE

La note de passage

J - Jacques Samson
Le Soleil vendredi 19 décembre 2003

Éditorial - La rentrée parlementaire à Québec en octobre s'est effectuée dans un "grand vacarme" orchestré par une nouvelle coalition, le Réseau de vigilance pour la santé démocratique, un regroupement d'organisations syndicales, étudiantes et communautaires qui prétendent à l'illégitimité du gouvernement Charest. Les travaux ont été ajournés hier dans la tempête politique, après un premier automne exceptionnellement difficile pour un jeune gouvernement.

Cette contestation de la légitimité du gouvernement est demeurée en trame de fond des trois derniers mois, bien nourrie par l'opposition péquiste qui rêve déjà d'une réaction épidémique dans la population qui lui permettrait de reprendre le pouvoir dès 2007. Les centrales syndicales, de leur côté, ont entrepris en plus la mobilisation des troupes en vue des négociations pour le renouvellement des conventions collectives de plus de 400 000 salariés de l'État. Un certain nombre de gestes posés par le gouvernement Charest ont accrédité le discours sur une offensive antisyndicale : modification de l'article 45 du Code du travail pour faciliter la sous-traitance, lois pour contrer la syndicalisation des services de garde à domicile pour les jeunes enfants comme pour les personnes âgées. L'incapacité du premier ministre et de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, de bien expliquer la réingénierie de l'État a aussi alimenté l'agitation syndicale.

La grogne a gagné la rue à la faveur de décisions inévitablement impopulaires comme les hausses annoncées des frais de garde de 5 $ à 7 $, des tarifs d'électricité et du transport en commun. Une importante augmentation du coût de l'assurance-automobile demeure à craindre. Pendant ce temps, les baisses d'impôt promises sont devenues incertaines. Les tergiversations malhabiles autour de la promesse libérale de permettre les défusions ont aussi contaminé le climat social.

Le gouvernement s'est par ailleurs relativement bien tiré des grèves déclenchées par les cols bleus de Montréal en début de saison et par les employés d'entretien de la Société de transport de Montréal, en novembre. La fermeture pour une journée des centres de la petite enfance, cautionnée par les parents, est toutefois à inscrire dans la colonne des échecs pour le gouvernement. Les organisations syndicales ont enfin conclu leur action automnale par un mouvement de perturbation il y a quelques jours, sans que Jean Charest réussisse à montrer qu'il détenait de larges appuis populaires par rapport au corporatisme de ces groupes.

Le gouvernement Charest a d'autre part péché par amateurisme dans quelques autres dossiers, comme la clôture chaotique du mégaprocès des motards criminalisés, suivie d'une purge au ministère de la Justice et d'hésitations gauches dans l'affaire de la prostitution juvénile à Québec. Une crise de confiance s'est développée cet automne à l'égard du système judiciaire. L'indéfendable cueillette d'informations de la Sûreté du Québec sur les défusionnistes a ajouté une touche de ridicule dans ce même créneau. De nombreuses nominations partisanes mal venues ont également quelque peu affecté sa crédibilité.

La perception négative du gouvernement a été scellée dans l'opinion publique cette semaine par un obligatoire recours au bâillon pour mettre fin aux travaux.

La colonne des bons coups est beaucoup plus courte. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a réussi à calmer les critiques à l'endroit des services de santé. Il a aussi eu une attitude exemplaire dans la récente crise à l'hôpital Saint-Charles-Borromée. Un ménage des finances publiques est amorcé. Le projet GIRES dans lequel des centaines de millions ont été engloutis a été arrêté. Sur le plan de la "grande politique", la création du Conseil de la fédération, le nouveau forum interprovincial parrainé par Jean Charest, est assurément un beau fait d'armes. Par contre, les relations Ottawa-Québec n'ont aucunement progressé dans le déterminant dossier du déséquilibre fiscal. M. Charest a aussi assuré un bon rayonnement du Québec à travers le Canada et sur la scène internationale.

Jean Charest a mis en marche des réformes qu'il avait clairement annoncées. Il a été élu pour cela, contrairement à ce que martèlent ses détracteurs. Il devra toutefois expliquer beaucoup mieux et sans relâche son "projet de société" pour le Québec. Les réformateurs ont toujours le fardeau de la preuve, ce que le premier ministre ne semble pas avoir encore compris. M. Charest devra aussi se montrer plus attentif aux représentations qui lui sont adressées. Il est perçu comme étant fermé à celles-ci. En politique, la forme mise et la perception sont aussi importantes que le bien-fondé d'une décision.

Il mérite la note de passage, sans plus, à son bulletin de fin de session. La détermination personnelle dont il a fait preuve lui a permis pour beaucoup de sauver son trimestre.

JJSamson@lesoleil.com



»» BILAN PARLEMENTAIRE

Tempêtes à venir

Michel Lebel
Entrelacs
courrier de Cyberpresse jeudi 18 décembre 2003

Indépendamment de ce qu'on peut penser de la façon dont le gouvernement Charest dirige le Québec, il demeure que celui-ci a été élu démocratiquement et il jouit d'une entière légitimité. Il n'a pas de compte à rendre aux dirigeants syndicaux et aux membres du Conseil du patronat, mais à toute la population québécoise.

D'aucune manière, il ne doit céder aux actes d'intimidation et aux menaces de plus grands désordres que promettent certains, s'il ne répond pas positivement à certaines demandes. Il se doit d'être ferme sur un point, à savoir qu'en tout temps la loi devra être respectée. À cet égard, il me semble avoir erré, en fermant les yeux sur plusieurs illégalités, tels les blocages d'accès aux ports, des routes, et d'autres formes de méfaits dans les bureaux de députés et à l'hôpital Sainte-Justine. En minimisant la portée de ces actes, il a réduit son autorité et a ouvert la porte à ce que des gestes plus graves soient commis.

Ceci dit, le gouvernement devait absolument calmer le jeu en agissant de façon ordonnée, non précipitée et ouverte aux compromis, dans les domaines qui sont l'objet de fortes contestations depuis quelques semaines. Toutefois en choisissant, en fin de session, le bâillon pour adopter en rafale plusieurs projets de loi controversés, il persiste et signe dans la voie de la confrontation avec les syndicats et autres groupes sociaux. Il agit imprudemment. La table est, sans nécessité véritable, désormais mise pour une année 2004 fort mouvementée.



»» politique familiale

Politique de bas étage

Sylvain Lévesque
L'auteur est président de l'Association des garderies privées du Québec.
La Presse vendredi 19 décembre 2003

Opinion - Les garderies privées en ont plus qu'assez des "insinuations perfides, des propos fallacieux, du mépris et de l'acharnement idéologique" du PQ

L'Association des garderies privées en a plus qu'assez des insinuations perfides, des propos fallacieux, du mépris et de l'acharnement idéologique du Parti québécois envers les 480 établissements privés qui accueillent journellement 26 000 petits Québécois et 52 000 parents.

Comme élus du peuple, les députés de l'Assemblée nationale n'ont-ils pas le devoir de représenter tous les citoyens du Québec, y compris les milliers de tout-petits fréquentant les services de garde privés et qui sont loin d'être des citoyens de deuxième classe? Les propos disgracieux que certains députés de l'opposition officielle véhiculent contre les garderies privées viennent délibérément bafouer une importante motion adoptée par les deux côtés de la Chambre lorsque les péquistes étaient au pouvoir en 1997 et qui se lisait comme suit: "L'Assemblée nationale exige de la ministre responsable de la Famille (Madame Pauline Marois) d'inclure dans sa politique familiale le maintien du réseau des garderies à but lucratif qui offre des services de garde régis à plus de 20 500 enfants quotidiennement et qu'elle s'engage à négocier, dans les meilleurs délais, un véritable partenariat avec ses 427 entreprises privées gérées majoritairement par des femmes et qui créent 4000 emplois."

Comment Pauline Marois a-t-elle pu déclarer, lors de l'adoption de principe du projet de loi 32, que: "pas un propriétaire, une propriétaire, si dévoué(e) soit-il ou soit-elle, qui cherche bien sûr à rendre service, mais en même temps à aller chercher son profit. Non, ce n'est pas le choix que nous avions fait. Le choix que nous avions fait et auquel nous croyons toujours, c'était de faire confiance aux parents qui dirigent les Centres de la petite enfance". Quelle contradiction flagrante! (...)

Des contradictions

Comment voulez-vous que la population et les électeurs accordent de la crédibilité à la députation lorsque des élus se contredisent de la sorte? Il est encore plus aberrant de constater que le porte-parole actuel en matière de la Famille et de l'Enfance, Jonathan Valois, déclare que le projet de loi no. 32 "est une ouverture aux garderies à but lucratif qui offrent des services de moindre qualité; que "lorsqu'on a à coeur la qualité, même la sécurité de nos enfants à l'intérieur des services de garde, ce qu'on fait, c'est qu'on ne dit pas qu'on ouvre la porte au privé alors qu'on sait qu'il est de moindre qualité". Pour ajouter au mépris, le député Valois utilise à outrance la dénomination péjorative de "garderies commerciales" pour discréditer notre réseau.

Sachez, chers députés de l'opposition officielle, que nous ne sommes pas des "garderies commerciales" et que nous n'avons pas ce caractère lucratif puisque c'est l'État qui détermine nos subventions et le coût quotidien que nous pouvons exiger des parents. Ne faut-il pas vous rappeler que les garderies à but lucratif, comme vous les qualifiez, reçoivent aujourd'hui 20 % de moins de financement que les garderies sans but lucratif?

Nous désirons exprimer à l'opposition officielle qu'il ne s'agit pas ici de faire du commerce d'enfants et que de rabaisser le débat à un tel niveau est indigne du Parlement. L'attitude belliqueuse du PQ à l'égard du réseau privé et les propos disgracieux tenus par certains élus sont une insulte à l'intelligence de nos gestionnaires, au bon jugement de nos 52 parents et au professionnalisme de nos 6000 éducatrices(eurs) à l'enfance.

Le Parti québécois doit cesser de colporter des assertions mensongères comme l'ont fait les députés Nicole Léger et Hélène Robert afin d'assouvir le besoin qu'éprouvent certains députés d'écraser notre réseau pour mieux faire valoir leurs idéologies politiques. Bien que désolant, force est de constater que le Parti québécois s'adonne au même petit jeu que les groupes de pression, telles les associations syndicales et les CPE, afin de nuire à un éventuel développement des garderies privées et à une meilleure reconnaissance de celles-ci par l'État.

Nous demandons à M. Landry qu'il enjoigne ses députés de cesser toute politique de bas étage et nous exigeons des excuses publiques afin de rétablir l'importante contribution que joue notre réseau dans l'actualisation de la politique familiale.



»» politique familiale

La ministre des parents

Katia Gagnon
La Presse vendredi 19 décembre 2003

Éditorial - La nouvelle ministre du Développement social, Liza Frulla, semble avoir de grands projets. À peine assermentée, elle évoquait plusieurs chantiers, dont celui de la conciliation travail-famille. Mais à part récupérer un thème à la mode, que diable viendrait faire le fédéral dans cette galère? La ministre devrait plutôt se concentrer sur un dossier sur lequel elle a prise, et qui pourrait être très payant politiquement: celui du congé parental.

Il y a maintenant sept ans que l'idée traîne dans le décor: créer un régime québécois de congés parentaux plus généreux. Le projet, lancé sous Lucien Bouchard, avait souri à tous les futurs parents. Il s'étalait sur deux axes: 75 % du revenu assuré jusqu'à concurrence de 51 000 $ pendant 40 semaines, ou 70 % du revenu pendant 25 semaines et 55 % pendant 25 semaines. Le nouveau congé serait accessible aux travailleuses autonomes, qui financent actuellement totalement leurs congés de maternité, et il comptait une partie réservée exclusivement au père. L'initiative était prometteuse... jusqu'à ce que les négociations entre les deux ordres de gouvernement commencent.

Après quelques mois, c'était l'impasse. Le projet, qu'on chiffrait alors à 450 millions, devait être financé par la caisse d'assurance-emploi. Combien Ottawa devait-il donner à Québec: ce que la province versait en cotisations, ou ce que le fédéral versait aux travailleuses en congé? Le premier cas de figure étant, bien sûr, bien plus avantageux pour le Québec, compte tenu du bas taux de natalité dans la province. Parce qu'il y a eu de la petite politique des deux côtés, les négociations ont achoppé sur une affaire de 70 millions. Depuis, l'affaire s'est retrouvée devant les tribunaux, appelés à se prononcer- imaginez!- sur la constitutionnalité du refus d'Ottawa de transférer ces sommes au Québec. La Cour d'appel n'a toujours pas tranché.

Entre-temps, le gouvernement fédéral est finalement allé de l'avant avec sa propre réforme du congé de maternité, qu'on s'est borné à rallonger à un an. Ce qui démontre une profonde incompréhension de la réalité des familles: la plupart sont incapables de "se payer" un congé d'un an en récoltant seulement la moitié de leur revenu avec un plafond qui n'atteint même pas 40 000 $. Un beau gâchis.

Mme Frulla et son gouvernement feraient oeuvre extrêmement utile s'ils relançaient ces négociations sur une nouvelle base. Bien sûr, Mme Frulla n'a pas la responsabilité de l'assurance-emploi, l'autre partie de l'ancien ministre du Développement des ressources humaines, qu'on a confiée à son collègue Joe Volpe. Mais la ministre, compte tenu de ses nouvelles fonctions et de ses liens avec les libéraux du Québec, a un rôle central à jouer pour sortir de l'impasse ce dossier capital pour les parents québécois.



»» marchés financiers

À qui le contrôle ?

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 19 décembre 2003

ÉDITORIAL - Ce n'est pas un hasard si deux comités, l'un fédéral, l'autre des provinces, ont remis leur rapport la même semaine dans le dossier de l'harmonisation des marchés financiers. Évidemment, chacun défend sa vision des choses. Le premier ministre Paul Martin aurait tort de tenter un coup de force en imposant la création d'une agence nationale, comme le lui recommande un comité nommé par l'ex-ministre des Finances, John Manley.

Depuis que Toronto est devenu le centre financier du pays, que les banques ont acquis toutes les maisons de courtage et, par elles, le contrôle des Bourses, les pressions se sont intensifiées sur Ottawa pour qu'il impose une agence nationale de réglementation du secteur financier.

À l'heure actuelle, chaque province exerce ses compétences sur l'industrie au moyen de sa propre commission des valeurs mobilières. Cela oblige les maisons de courtage à se plier aux normes des provinces qui, même harmonisées dans une proportion de 90 %, n'en présentent pas moins des particularités qui agacent les courtiers.

L'hiver dernier, à la demande de Bay Street, Ottawa avait chargé un «comité de personnes averties» formé de gens d'affaires d'étudier la question. Dans le rapport sans équivoque remis cette semaine, le comité suggère la formation d'une seule agence nationale qui aurait pignon sur rue à Ottawa et où siégeraient des représentants des provinces... nommés par Ottawa.

L'argumentation est simple: harmonisation de la réglementation, meilleur contrôle du marché, diminution de la bureaucratie et des coûts, accès facilité pour les sociétés étrangères, etc.

Flairant le danger, les provinces, le Québec, la Colombie-Britannique et l'Alberta en tête (l'Ontario étant plutôt d'accord avec l'idée d'une agence ontari... pardon, nationale!), ont depuis longtemps entrepris d'harmoniser leurs politiques. Encore cette semaine, au terme de deux années de travail, les 13 commissions des valeurs provinciales et territoriales se sont entendues pour proposer à leur gouvernement respectif l'adoption de la voie européenne dite du passeport, selon laquelle une entreprise n'a à se soumettre qu'aux exigences d'une seule province pour évoluer partout.

Si la logique centralisatrice défendue par le Comité des personnes avisées a reçu un appui chaleureux de la part de l'Association des banquiers, de l'Association des courtiers et du Groupe TSX (tous financés directement ou indirectement par les banques!), elle a aussi ses détracteurs. Ainsi, dans une étude menée pour le compte de la Commission des valeurs mobilières du Québec, deux universitaires de Laval, Jean-Marc Suret et Cécile Carpentier, concluaient récemment qu'il était dangereux de confier le contrôle à une seule organisation sur un marché aussi concentré que le nôtre. Au contraire, à l'oligopole bancaire, il faut opposer une décentralisation des organismes de contrôle.

Au cours des prochains mois, le ministre des Finances, Ralph Goodale, et le premier ministre Martin devront décider s'ils donneront suite au rapport des «personnes avisées». À quelques mois des élections, il serait surprenant qu'on aille de l'avant malgré les appels pressants de Bay Street. Tant mieux! En effet, au lieu de chercher l'affrontement avec les provinces, Ottawa devrait s'efforcer de favoriser la poursuite du processus d'harmonisation dans le respect des compétences et des initiatives des provinces. Après tout, les agences de réglementation ne sont pas là pour servir les intérêts des banques et des courtiers mais pour protéger le public et favoriser le bon fonctionnement du marché des capitaux.

jrsansfacon@ledevoir.ca



»» réingénierie

Le rapport de l'Institut Fraser - La prospérité ou la stagnation

Michel Boucher
Professeurs de sciences économiques à l'École nationale d'administration publique
Filip Palda
Professeurs de sciences économiques à l'École nationale d'administration publique

Le Devoir vendredi 19 décembre 2003

L'Institut Fraser, un think tank économique de Vancouver, vient de rendre publique une étude qui démontre que le Québec a été incapable de combler l'écart entre son revenu et la moyenne canadienne. La réponse de nos médias et experts économiques a été rapide et prévisible. Pierre Fortin, un commentateur économique bien en vue, rejette d'emblée l'étude comme étant l'oeuvre d'ultraconservateurs de Vancouver dont les idées sont bien connues et qui sont même incapables d'établir les faits comme il faut. Son point de vue est le suivant: le Québec s'en est très bien tiré. Bref, tout va très bien dans le meilleur des mondes.

Examinons les faits. En 1961, le produit intérieur brut québécois par habitant s'établissait à 90 % de la moyenne canadienne. Quarante ans plus tard, il stagnait toujours au même niveau et la différence relative en matière de PIB par habitant entre l'Ontario et le Québec s'est élargie. Bien que le Québec ait dépassé l'Ontario en 2002 et 2003 en matière de création d'emplois, son taux de chômage n'en demeure pas moins de 15 à 20 % supérieur à celui observé en Ontario.

Ce boum récent ne peut pas être source de réjouissance. De tels boums partent aussi vite qu'ils arrivent. Presque 20 % des Québécois oeuvrent dans le secteur manufacturier, très sensible aux variations du taux de change. La croissance soutenue du dollar canadien peut éventuellement se traduire par un autre revirement défavorable à l'économie québécoise. L'argument principal de l'étude de l'Institut Fraser se formule ainsi : si nous voulons connaître ce qu'il faut faire au sujet de notre économie, il faut alors tenir compte des tendances à long terme.

Lois et subventions

Les tendances montrent que dans les années 60 et au début des années 70, l'économie québécoise était en plein essor et son taux de croissance était supérieur à ceux de l'Ontario et du reste du Canada. La part relative du gouvernement provincial dans l'activité économique, les taxes et les impôts ainsi que le taux de syndicalisation étaient aussi plus faibles que dans le reste du Canada. Soudainement, le Québec a attrapé le virus européen du dirigisme. Les impôts et les taxes n'ont pas cessé de grimper, de sorte que dans les années 90, ils étaient les plus élevés en Amérique du Nord.

Pas besoin d'un économiste pour comprendre qu'un régime d'imposition élevé décourage les investissements et les efforts des agents économiques. Pourquoi démarrer une entreprise si l'entrepreneur sait qu'au moins la moitié de ce qu'il produit ira dans le fonds consolidé du revenu ?

Pouvons-nous au moins espérer des services gouvernementaux de bonne qualité pour les dollars versés en taxes et en impôts ? L'état des routes est en décrépitude, notre performance scolaire est parmi les plus faibles selon l'OCDE, en dépit d'une contribution financière publique parmi les plus élevées au monde, et nos hôpitaux font attendre des patients dont la vie est en danger ou dont la maladie est débilitante plusieurs mois avant qu'ils ne reçoivent des traitements appropriés.

Une partie de notre problème repose sur le fait que les syndicats utilisent la loi pour s'isoler de la concurrence. Le Québec est la province ou l'État en Amérique du Nord dont le taux de syndicalisation est le plus élevé, soit presque 40 % de sa main-d'oeuvre. Quant aux travailleurs de l'Ontario, ils ne sont syndiqués qu'à 25 %. C'est une très bonne nouvelle si les syndicats ne peuvent plus se protéger de la concurrence grâce à l'article 45 du Code du travail, qui rend presque impossible aux entreprises privées et publiques de faire de la sous-traitance avec des firmes qui produiraient des biens et des services beaucoup mieux et à moindre coût. Aux États-Unis, tout près de 80 % des économies réalisées par les réformes gouvernementales proviennent de cette nouvelle façon de faire : la sous-traitance ou l'impartition. Le Québec se prive de gains fort appréciables en choyant ses syndiqués.

Une autre partie de notre problème, c'est que les subventions consenties par le gouvernement aux entreprises qui participent au «développement économique» coûtent la somme de 500 $ à chaque citoyen québécois, qu'il soit enfant, femme et homme. Les subventions atténuent les incitations qu'ont les entreprises d'innover et envoient le message selon lequel la réussite sur le marché dépend non pas de la façon dont l'entrepreneur est capable de satisfaire son client mais plutôt de son habileté à quémander des sommes aux politiciens et aux bureaucrates.

Vers l'Irlande

Loin d'être une attaque envers le Québec, le rapport de l'Institut Fraser est un guide vers la prospérité. En ciblant ce que nous avons mal fait -- imposition trop élevée, dépenses publiques excessives et taux élevé de syndicalisation --, il montre aussi ce que nous pouvons mieux faire.

Le Québec est géographiquement au centre du commerce en Amérique du Nord. Le Québec profite de l'une des plus grandes voies maritimes du monde, a une population hautement éduquée et constitue un attrait touristique fort apprécié. Notre potentiel d'amélioration est beaucoup plus grand que celui de l'Irlande au cours des années 80. En 1985, le revenu moyen de l'Irlande était de un tiers inférieur à celui du Québec. L'Irlande a radicalement réduit son régime d'imposition et les syndicats ont renoncé à leur pouvoir corporatiste. Aujourd'hui, le citoyen moyen irlandais est plus riche que le citoyen moyen québécois, le taux de chômage en Irlande équivaut presque à la moitié du nôtre et les aspirations des Irlandais ne semblent avoir aucune limite.

Les Irlandais n'étaient pas chanceux, ils étaient débrouillards. Nous pouvons soit les imiter et réaliser ainsi notre potentiel, soit continuer à tourner en rond en brassant et en ressassant les mêmes chimères comme nous le faisons au moins depuis les 20 dernières années. Faites votre choix.



»» Stéphane Dion

Un simple député, un ministre rescapé et un ambassadeur

Vincent Marissal
La Presse vendredi 19 décembre 2003

Une image vaut mille mots, dit-on. Dans le cas de Stéphane Dion, on pourrait même dire, en regardant sa photo en page A4 de La Presse de mardi, qu'une photo vaut mille maux.

Seul dans un coin de bureau tristounet, écrasé par l'effet de couloir de la prise de vue, un piteux sapin de Noël artificiel miniature pour seule décoration, l'ancien ministre a vraiment l'air d'un condamné plaidant une cause perdue.

Dans son livre consacré à Paul Martin, le confrère John Gray, du quotidien The Globe and Mail, décrit bien cette obsession presque pathologique de devenir (ou de rester) ministre qui frappe une majorité de députés. De toute évidence, Stéphane Dion est gravement atteint.

Jeudi, alors que Paul Martin lui avait déjà clairement signifié qu'il ne cadrait pas dans ses plans, il est retourné quémander une place à son nouveau chef. Puis, s'accrochant à un dernier espoir comme un naufragé à un cure-dent, il a appelé en soirée le bureau du premier ministre pour s'assurer que tout le monde avait bien tous ses numéros de téléphone...

Lundi, M. Dion a accepté de parler de sa rétrogradation à notre consoeur Laura-Julie Perreault, mais visiblement, il ne comprend toujours pas comment il a pu passer de ministre puissant à simple député. Stéphane Dion, qui a certainement lu Machiavel, doit pourtant savoir que c'est généralement le sort réservé aux exécuteurs des basses oeuvres. Malheureusement pour lui, c'est ainsi que le voient une majorité de ses collègues du Québec.

Cette douloureuse sortie du cabinet est quelque peu pathétique pour un homme qui a fait sa marque à Ottawa justement par sa force intellectuelle et son indépendance d'esprit. D'autres ministres dégommés ont fait preuve de plus de grandeur. Comme Sheila Copps, qui a décidé de se battre et de mourir debout s'il le faut, ou Martin Cauchon, qui accepte son sort avec sérénité.

Chose certaine, M. Dion, en s'accrochant désespérément à sa limousine, vient de donner des munitions au clan Martin, qui veut lui ravir sa circonscription. Ils pourront dire que l'ancien ministre accepte mal son nouveau rôle de "simple député".

Stéphane Dion a été ministre (au même ministère!) pendant sept ans, il a rempli son mandat, il a réussi sa mission. Même les souverainistes l'admettent, c'est d'ailleurs ce qui explique qu'ils le détestent tant. Il aurait eu intérêt à s'éclipser la tête haute plutôt que de se mettre à genoux publiquement devant le nouveau chef (un chef, faut-il le rappeler, qu'il a accusé, il y a quelques mois à peine, de mener un coup d'État contre Jean Chrétien). Jean Chrétien, qui a créé Stéphane Dion, aurait dû lui expliquer ce qui s'en venait et tenter de lui offrir une sortie honorable. Après tout, il lui devait bien ça.

Stéphane Dion peut consulter tous les politicologues de la planète pour tenter de comprendre pourquoi "même les fédéralistes le détestent", le fait est que cela relève davantage de la psychologie que de la science politique. Mais M. Plan B est aussi dépourvu dans la première discipline qu'il est doué dans la seconde.

Un ministre rescapé

Plusieurs lecteurs ne comprennent pas pourquoi Denis Coderre, très identifié à Jean Chrétien, a survécu à la purge de Paul Martin alors que d'autres ont été éjectés.

Les anglophones ont une expression parfaite pour expliquer la décision du premier ministre: Vaut mieux l'avoir dans la tente faisant pipi vers l'extérieur, qu'à l'extérieur faisant pipi dans la tente. Un peu vulgaire, désolé, mais cela dit tout.

M. Coderre a gardé sa limousine parce que M. Martin a besoin de ses talents d'organisateur et de son réseau au Québec pour la prochaine campagne. Il n'a surtout pas besoin d'un Denis Coderre travaillant contre lui. En plus, en gardant M. Coderre, le nouveau premier ministre tend la main aux fidèles de Jean Chrétien. On ne peut toutefois pas parler de promotion pour M. Coderre.

En sa qualité de président du Conseil privé, voici en quoi consiste sa tâche. Le président du Conseil privé de la reine pour le Canada, qui a rang de ministre, fait actuellement partie du portefeuille du premier ministre. Certaines responsabilités législatives lui incombent. Il est le ministre de qui relèvent les lois fédérales suivantes: la Loi sur les relations de travail dans la fonction publique, la Loi sur le Bureau canadien d'enquête sur les accidents de transport et de la sécurité des transports, la Loi sur les relations de travail au Parlement et la Loi sur les serments d'allégeance.

Philosophe, M. Coderre dit qu'il n'y a pas de petit ministère. Peut-être, mais il y en a des plus ennuyeux que d'autres. Et des plus risqués. Prenez le Bureau sur le règlement des questions des pensionnats autochtones, par exemple, qui s'ajoute aussi au titre de M. Coderre. En gros, le rôle du bureau en question est de trouver une façon de distribuer deux milliards en indemnités à environ 12 000 autochtones agressés physiquement et sexuellement dans les pensionnats catholiques. Selon une méthode de calcul des indemnités rendues publiques le mois dernier par Ottawa, la valeur des indemnités variera de 5000 $ à 200 000 $ par individu, selon la gravité et la fréquence des agressions, selon les séquelles physiques et psychologiques. Le formulaire entre dans de sordides détails, comme le nombre de sodomies ou de fellations. Pas exactement le genre de dossiers dont rêve un ambitieux jeune ministre qui se voit un jour premier ministre.

Disons que Paul Martin s'est assuré que M. Coderre soit bien occupé. Et pas trop visible.

Un ambassadeur

Il y a quelqu'un de très fâché au royaume du Danemark.

Alfonso Gagliano a été tellement offusqué par un article de La Presse qui affirmait mardi qu'il a dépensé plus de 50 000 $ en vaisselle, décoration et mobilier dans les deux mois suivant sa nomination comme ambassadeur du Canada au Danemark, qu'il a lui-même sauté sur son clavier d'ordinateur pour nous écrire une réplique enflammée. Dans une lettre bourrée de fautes, écrite visiblement sous le coup de l'émotion, il nous reproche notamment d'"être dédiés à détruire sa réputation".

L'ex-ministre écrit aussi: "Dans votre histoire toute croche il y a un article seulement que vous pouvez m'attribue et c'est la vaisselle pour les réceptions officielles car étaient endommages avant mon arrive."

Mercredi, sa femme Ersilia en a rajouté, dans une missive en anglais: "You are a disgrace to journalism and you should be ashamed of what you will do to damage the reputation of a person who only try to do his job with integrity and honesty", écrit-elle.

Souhaitons seulement que le couple Gagliano mette un peu plus de forme dans l'exercice de ses fonctions diplomatiques à Copenhague.



»» Stéphane Dion

Adieu, Stéphane, I'll miss our debates

JOSEE LEGAULT
The Gazette Friday, December 19, 2003

Cher Stéphane,

I thought I'd write you an open letter on the event of your ousting from Paul Martin's cabinet. I know you used to write quite a few of your own to Lucien Bouchard. So I'm sure you'll forgive me for doing the same.

There must have been an amazing alignment of the planets in January 1996. Just as Lucien Bouchard left Ottawa to become premier of Quebec, you left for Ottawa to head the Ministry of Intergovernmental Affairs. The two of you became something like constitutional siamese twins.

While Bouchard chose to battle the deficit, you worked to make sure federalists wouldn't go through another near-death experience like the one they had on Oct. 30 1995. That's the mission Jean Chrétien handed you when he yanked you from a political science department to make you his top federalist warrior.

Sure, he recruited you to save his own neck from those who were demanding he resign after he had almost lost the referendum. But he mainly chose you because you were the only choice possible. You had already made a name for yourself as the best, and perhaps the only, francophone federalist analyst, in academic and media circles.

That's when we met, as a matter of fact. We debated many a time in university symposiums and in the media. I think you'll agree we were neither boring, nor fuzzy. Contrary to your father, renowned intellectual Léon Dion, who was famous for his chronic ambiguity on the constitutional front, your position was crystal clear.

You had chosen your country, Canada. You were ready to defend it come what may. That's why Chrétien also handed you the keys to the powerful Privy Council, where he gave you all the resources, human and financial, you could possibly need.

You imposed what came to be known as the Plan B approach. There would be no more catering to constitutional demands. Your logic was simple: Any soft-line strategy was doomed since any future failure à la Meech could only feed the sovereignist option.

I know you consider the Clarity Act as your crowning achievement. Since then, you've given speeches on every continent to publicize your new magic trick: Canada is so democratic, you said, it recognizes its own divisibility. But, you winked, Ottawa would now be the judge of the clarity of the referendum question and of the ensuing majority vote.

This was quite astucieux, as Jacques Parizeau would say. But that meant you were no longer content with defending your country with the might of intellectual debate. Instead, you resorted to a law that tries to deny the right of self-determination to Quebecers. You also encouraged partitionists here every chance you had. That's the part of your mission that I will never understand or accept.

In fact, it might be the key to the negative reaction you provoke in Quebec. Even Bouchard, in one memorable moment of exasperation, yelled out: "Stéphane Dion does not exist!" But you did.

So much so that you became a mal aimé and withstood oodles of personal attacks. You also became a favorite target for cartoonists across Quebec. Serge Chapleau enjoyed drawing you as a rat as much as Aislin loved to portray Louise Beaudoin as a dominatrix.

But instead of taking it with a smile, you showed a paper-thin skin. Often enough, you also displayed a surprisingly high opinion of yourself. Last week, you actually said: "If I hadn't been there, we would perhaps have no country today." Mr. Bouchard, you added, would perhaps be president of a republic. Stéphane, come on! Tell me you don't really believe that.

Although I really, really don't share your politics, I must say some of the personal demonization you endured, though highly entertaining at times, was unfair. It's a well-kept secret, but you are, in real life as they say, a decent person and a faithful friend. You even have a keen sense of humour. But for some reason, none of this ever came across in public.

This might seem trivial to some, but it isn't it. In the world of politics, which can be cruel at times and where some, even at the top, and even within their own political family, can revel in back-stabbing and character assassination, remaining a decent person is no small thing.

But since personal niceties, as much as personal attacks, cannot replace political analysis, for many Quebecers, you will sadly go down in history not as the saviour of Canada, but as someone who tried to undermine their freedom to decide their own future.

Still, cher Stéphane, I wish you health and I always will. Now that you are a minister no more, you could discover there is life outside of active politics. It can even be pretty good when the knife wounds start healing. But something tells me you'll stay right where you are.

Too bad. I would have loved to debate you again.

Josée



»» Foulard islamique

Washington s'inquiète du projet de loi français

AFP
Le Devoir vendredi 19 décembre 2003

Washington - Les États-Unis ont indiqué hier qu'ils allaient «suivre attentivement» les mesures qui seront prises en ce qui concerne le port du foulard islamique en France, redoutant à mots couverts qu'elles n'empiètent sur la liberté de religion. «Nous allons suivre cela attentivement», a déclaré John Hanford, responsable du dossier de la liberté religieuse au département d'État, en ajoutant que c'était une source «importante de préoccupation en ce moment».

Il a rappelé, lors d'une conférence de presse sur le rapport annuel américain sur la liberté de religion dans le monde, que les États-Unis sont favorables à ce que le port du foulard ou d'autres signes religieux soit autorisé dès lors que cela ne relève pas d'une volonté de «provocation» ou d'«intimidation».

«Notre position constante est que si les gens portent cela comme une simple manifestation de leur attachement à leurs croyances, comme certains le font chaque jour aux États-Unis, et que cela ne constitue pas une provocation personnelle envers les autres, il s'agit d'un droit de base qui doit être protégé», a-t-il déclaré.

Le président français Jacques Chirac s'est prononcé mercredi pour l'interdiction à l'école des signes religieux «ostensibles», notamment le foulard islamique, la kippa et les grandes croix, malgré des mises en garde des autorités religieuses du pays.

Ce sujet est un thème potentiel de profonde incompréhension entre la France, pays attaché de longue date au principe d'une république laïque, et les États-Unis, dont l'identité historique s'ancre dans la liberté de religion.

«Le président Chirac est préoccupé par le maintien du principe de la laïcité en France, et je crois qu'il a dit que cela n'était pas négociable. Nous espérons que la liberté de religion ne sera pas négociable non plus», a ajouté M. Hanford. Il a toutefois indiqué qu'il ne disposait pas encore d'assez d'information pour faire des commentaires définitifs.

Rapport du département d'État

Les États-Unis sontpar ailleurs inquiets de la montée de l'antisémitisme en Europe et considèrent l'Asie comme la région du monde où la liberté religieuse est le plus massivement bafouée, selon un rapport du département d'État américain publié hier.

Ce rapport annuel sur la liberté de religion dans le monde, qui couvre la période juin 2002-juin 2003, dénonce une «inquiétante augmentation de l'antisémitisme dans plusieurs pays européens», sous forme principalement de profanations de lieux de culte juifs ou d'attaques contre des biens ou des personnes.

Le responsable de ce document, l'ambassadeur John Hanford, a toutefois affirmé dans une conférence de presse que «les gouvernements européens commencent à prendre ce problème au sérieux».

Le rapport note, en France, une forte hausse des actes à caractère antisémite au début de l'année 2002, suivie d'une baisse importante à partir de mai de la même année. Il met ces incidents sur le compte de «jeunes désoeuvrés» et relève la forte augmentation des mesures de sécurité pour prévenir ces actions.

Plusieurs pays européens - France, Belgique, Allemagne, notamment - sont également pointés pour les restrictions imposées à certains cultes, qualifiés, abusivement selon Washington, de sectes.

Le document s'en prend longuement aux mesures prises en Allemagne contre l'Église de scientologie, «bien que ni cette Église ni aucun de ses membres n'aient été déclarés impliqués dans des activités criminelles en six ans de mise en observation par l'État».

Comme dans le rapport précédent, l'Asie reste le continent le plus préoccupant en matière de liberté de religion, selon Washington.

Sur six pays accusés de pratiques «totalitaires ou autoritaires pour contrôler les croyances et pratiques religieuses» - la catégorie la plus inquiétante dans la classification américaine -, tous sont asiatiques (Chine, Birmanie, Laos, Corée du Nord, Vietnam), à l'exception de Cuba. Selon M. Hanford, la Corée du Nord constitue le pire cas de violations de la liberté de religion dans le monde.

La catégorie suivante des pays pratiquant une «hostilité d'État envers des minorités ou des religions non approuvées» regroupe sept pays musulmans (Iran, Irak - du temps de Saddam Hussein -, Pakistan, Arabie Saoudite, Soudan, Turkménistan, Ouzbékistan). Téhéran et Riyad se détachent largement en tête de ce groupe.

Israël est aussi pointé pour des pratiques discriminatoires ou désavantageant certaines religions.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE


TRIBUNE LIBRE Le 18 décembre 2003




LETTRES

-



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS


COMMUNIQUÉS Le décembre 2003