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Robert Lanctôt se joint aux libéraux
PC mardi 2 décembre 2003
OTTAWA (PC) - Pour la première fois de son histoire, le Bloc Québécois a perdu un de ses députés aux mains du Parti libéral du Canada.
Le député de la circonscription de Châteauguay, Robert Lanctôt, a quitté mardi le parti souverainiste fédéral et s'est fait admettre au sein du caucus des libéraux québécois. Il est ainsi devenu le cinquième député bloquiste à quitter le navire en un peu plus d'un an.
Le nouveau chef libéral, Paul Martin, a bien accueilli la nouvelle, en prenant bien soin de préciser que la décision d'accepter ou non l'arrivée de M. Lanctôt était revenue aux députés libéraux du Québec.
Le premier ministre désigné a confié avoir déjà parlé au député bloquiste. «Il m'a confirmé clairement que selon lui, l'avenir du Québec reste à l'intérieur du Canada, ce qui est, pour moi, primordial», a-t-il souligné.
Le premier ministre sortant, Jean Chrétien, s'est aussi réjoui de la nouvelle. «La famille est grande, chez nous», a-t-il lancé après avoir dévoilé les plans du futur Édifice de la magistrature fédérale.
Le leader parlementaire du Bloc Québécois, Michel Gauthier, a accusé le coup en tentant de minimiser l'importance de la perte.
«Ça fait mal de voir que quelqu'un a pu nous tromper si longtemps, a-t-il affirmé. Est-ce que ça se peut vraiment que quelqu'un qui pensait que le Canada était la solution d'avenir pour le Québec se trouvait parmi nos rangs ?»

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Sondage SOM-Radio-Canada :
Confortable avance du PLC au Québec
Le Devoir mardi 2 décembre 2003
PC - Le Parti libéral du Canada, sous la direction de Paul Martin, balaierait le Québec aux prochaines élections, indique un sondage SOM commandé et dévoilé hier par la Société Radio-Canada.
Selon ce sondage, le PLC obtiendrait 49 % des intentions de vote, loin devant le Bloc québécois (33,2 %), le NPD (8 %) et la droite unie (4,1 %).
Si cette tendance se maintenait, les libéraux fédéraux pourraient enlever les 75 circonscriptions québécoises de la Chambre des communes.
Sur le plan national, le PLC serait facilement reporté au pouvoir. La troupe de Paul Martin récolterait 53,1 %, devançant le NPD (16,1 %), le parti issu de l'union de la droite (11,6 %) et le Bloc québécois (8,1 %); et cela avant répartition des indécis.
Au Canada, 51,4 % des personnes interrogées pensent que la priorité de Paul Martin devrait être la santé, alors que 26,7 % pensent qu'il devrait donner plus de pouvoirs aux provinces.
Un parti uni de la droite canadienne devra trimer dur pour s'imposer car 46,6 % des répondants sont de «peu» à «très» tentés de l'appuyer et 45 % ne le sont pas du tout. Au Québec, 56,2 % des répondants se disent pas du tout intéressés par cette union tandis que 34,3 % disent pouvoir se laisser tenter par la possibilité de voter pour ce parti. De plus, 25,6 % seulement des répondants se disent inspirés par Stephen Harper et 23,3 % par Peter McKay. Les deux hommes sont rejetés par 20 % des répondants. Plus de trois répondants sur 10 (30,6 %) affirment ne pas les connaître.
Par ailleurs, la question de la souveraineté divise toujours les Québécois. La souveraineté-partenariat demeure la solution préférée des répondants québécois. Si une question offrant ce choix à l'occasion d'un référendum était posée aujourd'hui, le «oui» obtiendrait 46,4 % des suffrages et le «non», 45,6 %.
Seulement 29,1 % des répondants appuient la souveraineté sans le partenariat tandis que 63,8 % s'y opposent. Le sondage a été effectué entre les 17 et 26 novembre auprès de 1501 répondants. Sa marge d'erreur est de 2,6 % 19 fois sur 20. Au Québec, 400 personnes ont été interviewées. La marge d'erreur est de 4,3 %, 19 fois sur 20.

»» l'article 45
Surenchère
Josée Boileau
Le Devoir mardi 2 décembre 2003
ÉDITORIAL - La bataille syndicale est enclenchée contre le gouvernement Charest, à coups de manifestations spectaculaires, de gros mots et de gestes désolants. Les libéraux ripostent en prévoyant le pire, mais en ne bougeant pas, ce qui est une autre façon de nourrir l'escalade.
Au 1er mai dernier, le ton était cordial entre le tout nouveau premier ministre Jean Charest et les centrales syndicales, qui scellaient leur première rencontre en cette fête des travailleurs. «Nous allons travailler ensemble», affirmait M. Charest; le premier ministre s'est engagé à discuter correctement, ouvertement avec nous, opinaient les leaders syndicaux.
Au 1er décembre, rien ne va plus. À l'enflure verbale qui a gonflé tout l'automne s'ajoutent maintenant les gros bras: ceux des syndicats qui sèment la pagaille - et des tracts, des coups, des insultes... - dès qu'on leur entrouvre une porte; ceux du gouvernement qui, comme le révèle Le Devoir ce matin, a entrepris dès octobre, donc avant les dérapages, de renforcer la garde rapprochée des ministres. C'est ce qui s'appelle créer un climat.
Rien ne justifie toutefois que le Québec se paye, par parti politique interposé, la belle grosse crise sociale que lui promettait l'ADQ. Après tout, Jean Charest n'est pas ce fantôme de Duplessis que la CSN voit en lui, comme elle le clamait samedi. Il n'en maîtrise ni la poigne de fer, ni la démagogie, ni la marge de manoeuvre. Tout au plus agit-il comme un sous-Ralph Klein sans pétrole, soucieux de gouverner comme un riche alors qu'il lui manque l'arme des puissants.
À l'inverse, le gouvernement Charest n'a pas à se pincer le nez dès qu'il évoque ce «cas particulier», cette «madame Carbonneau», la CSN quoi! Le mot, visiblement, racle la gorge du premier ministre. Car, pour dénoncer l'inoffensive publicité de la centrale représentant une fillette «être prête à ne plus aller à la garderie» - le ministre Claude Béchard voyant là du langage abusif (mais que dit-il donc de la langue des ados!) -, il faut que le gouvernement craigne grandement une instance qu'il ne peut pourtant contourner.
De toute évidence, il vaudrait mieux que ce gouvernement cesse de se protéger pour retrouver l'esprit du 1er mai: il y aura changement, parlons-en vraiment. Ainsi il est clair que deux semaines de commission parlementaire, c'est trop court pour discuter de l'article 45, celui qui servait hier à justifier les manifs supposément contrôlées de la FTQ et qui concentre la grogne syndicale. Donnez-nous des études, des comparaisons, font les chefs syndicaux. Nenni, répond sans raison l'écho.
En fait, les libéraux préfèrent attendre, parfois jusqu'à l'absurde, que leurs alliés les mettent sur la sellette avant d'ajuster le tir. Ce fut le cas pour la règle des 26 jours de congé en garderie, décriée pendant des jours, mais mise au rancart seulement quand les garderies privées ont joint leur voix au concert de protestations. Il est pourtant permis à un chef de gouvernement de décider lui-même de calmer le jeu - ce qui est autre chose que de balayer les critiques du revers de la main, comme on a vu M. Charest le faire au Point.
Mais peut-être que, pour le moment, ce jeu le fait sourire. Ainsi la réorganisation du réseau de la santé force la concurrence entre les syndicats, tenus de réduire le nombre d'accréditations dans les établissements. Pour rallier vers soi les troupes, les centrales doivent jouer au plus fort, ce qui contribue à la détestable escalade des moyens de pression sur le terrain ou à ce curieux mélange de causes syndicales et sociales invoquées pour manifester (comme la journée de «perturbation» du 11 décembre, qui jumellera la révision de l'article 45 et la hausse des frais de garde!). À trop s'agiter, les syndicats se desserviront, espèrent les libéraux.
Mais leur agitation pourrait aussi faire boule de neige. Après tout, les Québécois comptent plus de belles-soeurs infirmières que membres du Conseil du patronat. Maintenir le cap en pleine tempête n'est pas toujours la meilleure décision.
jboileau@ledevoir.ca

»» l'article 45
Charest's wise course
The Globe and Mail Tuesday, December 2, 2003
Editorial - Quebec Premier Jean Charest won election last April on bold promises of change. These included a transformation and reduction of government, a direct assault on the province's notoriously high taxes, a reorganization of health care and a reform of the province's costly and unwieldy social services. He knew that some of the planned changes -- particularly those that challenged the entrenched power of the public-sector unions and those designed to revamp the province's cherished social safety net -- would be unpopular.
He predicted in an open letter to Quebeckers published in October that there would be "objections from interest groups that benefit from the status quo." That prediction has come to pass. A union-organized demonstration against proposed changes to provincial labour laws, including provisions to make it easier to contract out operations in both the public and private sectors and to reduce the number of bargaining units for health-care workers, drew a crowd of 20,000 people outside the National Assembly on Saturday. This followed an earlier rally of 7,000. Labour leaders are talking up a provincewide "day of disruption" on Dec. 11 and are not ruling out the possibility of a general strike.
Daycare operators are up in arms over proposed legislation that would raise fees to $7 a day from $5, and employees are upset about planned curbs on their ability to unionize. Garment workers are infuriated over plans to deregulate the industry.
Claudette Carbonneau, head of the Confederation of National Trade Unions, the organizer of Saturday's demonstration, accused the Charest government of "threatening social peace in Quebec." But Quebec labour's attempts to paint Mr. Charest as the second coming of Attila the Hun should be dismissed as the silly propaganda they are.
Mr. Charest is trying to steer a fiscally conservative course while bringing the overtaxed province into line with the Canadian average and boosting Quebec's lagging standard of living. Reducing the high cost of delivering public services is crucial to these goals. In voting overwhelmingly for Mr. Charest's Liberals, Quebeckers signalled strongly that they wanted a different approach from the high-cost, big-government model espoused by the Parti Québécois. Mr. Charest is now delivering on his platform to usher in a "government of the 21st century" and to make the Quebec economy more competitive.
Previous Quebec governments have retreated from reform in the face of stiff union opposition. It is important for the future of the province and its ability to pay for the social services considered essential by Quebeckers that the Premier not falter, even as the vested interests opposing change turn up the heat.

»» la souveraineté et rien d’autre
La tentation radicale
Michel David
Le Devoir mardi 2 décembre 2003
Le député péquiste de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, a tiqué, la semaine dernière, en voyant Le Devoir le ranger dans la catégorie des «purs et durs». Sur la question de la souveraineté, il avait plutôt l'habitude d'être accusé de mollesse.
M. Charbonneau a peut-être de nombreux défauts, mais il n'a pas froid aux yeux. L'esprit de contradiction semble être une deuxième nature chez lui. Que cela plaise ou non, il dit toujours ce qu'il pense. Surtout si cela déplaît.
Jacques Parizeau s'était presque étouffé de rage, en l'entendant plaider les mérites d'une structure confédérale devant la commission Bélanger-Campeau. Maintenant que Bernard Landry aurait plutôt besoin d'interventions de ce genre, pour éviter d'être entraîné malgré lui dans une radicalisation qui risque de lui aliéner l'électorat nationaliste modéré, inquiet de la dérive à droite des libéraux, voilà que M. Charbonneau décide de tourner le dos au «partenariat».
En réalité, dans la dynamique actuelle du débat au sein du PQ, ce retour à la souveraineté tout court apparaît presque comme une position de compromis. Un authentique «pur et dur» est maintenant en faveur d'une élection référendaire.
L'idée n'est évidemment pas nouvelle. C'était même la position officielle du parti jusqu'au congrès de 1974, quand Claude Morin a fait triompher l'étapisme, sous l'oeil bienveillant de René Lévesque. Comme chaque fois que le PQ retourne dans l'opposition, la thèse de l'élection référendaire connaît un regain de popularité, notamment chez les jeunes. Un premier député, Jean-Claude Saint-André, s'en fait officiellement le promoteur dans un texte que Le Devoir publie aujourd'hui même dans la page Idées.
«Nous ne pouvons plus nous enfermer dans une approche référendaire pour parvenir à l'indépendance, comme nous avons tenté de faire en 1980 et 1995. Lors de la prochaine élection, le Parti québécois devra légiférer afin d'enclencher le processus menant à la pleine et entière souveraineté», écrit le député de L'Assomption.
***
M. Saint-André n'est pas le plus connu du caucus péquiste. À sa manière, il est lui aussi un mouton noir, qui a tout de suite pris fait et cause en faveur de Yves Michaud, quand il a été blâmé par l'Assemblée nationale. La direction du parti a souvent convoité sa circonscription pour faire élire un candidat-vedette, que ce soit Richard Legendre ou David Levine, mais il n'est pas du genre à lâcher prise.
Il n'est pas le seul au PQ à penser qu'avec sa Loi sur la clarté, Stéphane Dion a réussi à transformer le référendum en une sorte de piège, dont les souverainistes ne peuvent désormais sortir qu'en changeant radicalement de stratégie. C'est bien possible, mais on voit mal comment le PQ pourrait décemment faire l'économie d'un référendum, après en avoir fait l'expression suprême de la démocratie québécoise.
Tout le monde sait que M. Saint-André est un disciple de Jacques Parizeau. Il ne monterait pas aux barricades, s'il savait l'ancien premier ministre réfractaire à la tenue d'une élection référendaire. Clairement, ce n'est pas le cas. Prenant la parole à l'assemblée annuelle de l'association de Crémazie, le 3 novembre dernier, il a même qualifié l'idée de «très intéressante».
Comme il s'est officiellement rallié à la stratégie référendaire, au congrès de 1974, il serait plutôt mal placé pour la dénoncer, a-t-il expliqué, s'empressant d'ajouter que cela n'engageait aucunement la nouvelle génération. Autrement dit, il ne désire pas affronter personnellement M. Landry, pour qui le référendum demeure un passage obligé, mais il encourage les autres à le faire.
***
M. Parizeau est d'ailleurs bien placé pour savoir comment pourrait réagir le chef du PQ. À l'automne 1990, il avait lui-même piqué une sainte colère, quand l'échec de l'accord du lac Meech avait suscité un mouvement en faveur de l'élection référendaire.
«Je ne veux pas de ça. On ne vit pas dans ce genre de pays. Je n'ai pas l'impression que nos concitoyens accepteraient ça», avait martelé M. Parizeau devant un parterre de militants de la Montérégie abasourdis par la violence de sa réaction.
Il se peut très bien que la loi sur la clarté ait rendu le «partenariat» caduc et que le PQ «tire dans ses buts» en continuant de s'en faire le promoteur, comme le croit Jean-Pierre Charbonneau.
En revanche, ce qui apparaissait jadis inacceptable à M. Parizeau, c'est-à-dire «enclencher le processus menant à la pleine et entière souveraineté» sur la base d'une simple victoire électorale, comme le propose Jean-Claude Saint-André, ne le serait pas davantage aujourd'hui.
Depuis des années, les souverainistes accusent Ottawa de violer les principes les plus élémentaires de la démocratie, en refusant de reconnaître la règle des 50 % plus une voix. Et on se contenterait maintenant d'une simple majorité de sièges à l'Assemblée nationale? Pareille contradiction enlèverait toute crédibilité à l'exercice. Elle ruinerait également les chances de victoire péquiste aux prochaines élections.
À moins d'une urgence, convoquer une conférence de presse le samedi midi est généralement le signe qu'on ne tient pas trop à attirer l'attention. C'est ce qu'a fait Bernard Landry, il y a dix jours, pour lancer la «saison des idées» au PQ. Manifestement, il mise davantage sur l'autodestruction des libéraux pour reprendre le pouvoir.
Chaque jour qui passe semble lui donner raison, mais si l'élection d'un gouvernement péquiste signifie automatiquement la souveraineté, la «réingénierie» pourrait encore sembler un moindre mal.
mdavid@ledevoir.com

»» la souveraineté et rien d’autre
Un gouvernement péquiste déphasé, une confiance à rétablir
Jean-Claude St-André
Député de L'Assomption
Le Devoir mardi 2 décembre 2003
IDÉES - Le 14 avril dernier, nous, du Parti québécois, avons perdu l'élection. Cette défaite signifie que nous avons perdu la confiance de la population. Ce n'est pas rien. De plus, le Parti québécois a enregistré alors son pire résultat électoral depuis 1973!
Quelle que soit l'interprétation que nous puissions faire de notre contre-performance du 14 avril dernier, nous devrons admettre que l'insatisfaction à l'endroit de notre gouvernement était palpable, surtout dans l'année précédant le scrutin. Le gouvernement était déphasé par rapport aux attentes de la population.
Il n'en a pas toujours été ainsi. La plupart du temps, surtout sous la direction de René Lévesque et de Jacques Parizeau, le Parti québécois a proposé et incarné une vision d'avenir du Québec qui a suscité beaucoup d'espoirs, beaucoup d'attentes dans la population. Des aspirations de liberté, de justice sociale, de solidarité et de démocratie... Il n'y a aucune autre formation politique au Québec qui a soulevé autant d'espoir de changements que le Parti québécois au cours de ces 30 dernières années. Nous avions fixé la barre haute, très haute!
Oui, nous avons fait des changements valables. Je pense au financement des partis politiques, à l'assurance automobile, à la Charte de la langue française, à la création des Centre à la petite enfance, à l'assurance médicaments... et j'en passe. Mais nous avions des ambitions encore plus grandes pour le Québec et les Québécois... Des ambitions qui ont suscité des attentes légitimes. Des ambitions non réalisées. Beaucoup d'attentes, beaucoup de déceptions... Voilà pourquoi nous avons perdu le 14 avril.
Erreurs et vision
Un exercice de lucidité s'impose et le passage obligé à l'opposition devrait nous permettre de le faire. Cet exercice de lucidité doit commencer par l'admission et la compréhension des erreurs que nous avons commises alors que nous étions au pouvoir. Voilà la première condition à remplir pour rétablir la confiance avec les Québécois.
Ce ne sera pas suffisant. Il faudra surtout proposer aux citoyens un programme de gouvernement cohérent, audacieux, emballant. Au-delà de l'indépendance du Québec, c'est une vision, un projet de société que nous devrons proposer. Une société au sein de laquelle le pouvoir politique primera le pouvoir économique; où le développement humain passera toujours avant la rentabilité financière; où le partage de la richesse aura raison de la pauvreté et de l'exclusion. Il faudra proposer à la population les changements qu'elle espère encore, alors qu'elle a perdu confiance dans les institutions démocratiques et dans les partis politiques.
Et encore, proposer un programme de gouvernement audacieux ne sera pas suffisant... Nous devons lutter contre le désabusement, le scepticisme et le cynisme généralisé, non seulement à l'endroit des politiciens mais du monde dans lequel nous vivons.
Notre monde change... Il change trop vite. Il change sans nous demander notre avis. Trop peu souvent pour le mieux... Nous vivons à une époque où les progrès scientifiques et technologiques sont remarquables. Jamais nous n'avons été aussi riches. Mais pourtant, jamais les écarts entre les plus riches et les plus pauvres n'ont été aussi grands. Jamais nous n'avons eu aussi peu d'enfants. Jamais l'environnement n'a été aussi menacé. Jamais la paix dans le monde n'a été aussi fragile. Jamais la propagande n'a été aussi puissante que maintenant.
Dans un monde en changement rapide, souvent violent, devant des changements que nous déplorons et subissons, l'«ordre du monde» nous dit que nous ne pouvons faire autrement, que nous devons nous adapter, que seul l'individu peut réussir, et que, collectivement, nous sommes des incapables et des impuissants.
À cela, dans un texte publié dans Le Devoir le 23 octobre dernier, et signé par tous les députés du Parti québécois, nous avons répondu: «Vivre ensemble: le mieux possible plutôt que le moins possible». Nous avons énoncé clairement les valeurs qui animent notre engagement en politique. Je cite: «Le Parti québécois est un parti progressiste, un parti animé par une passion pour la justice sociale qui l'éloigne des prescriptions de la droite. Ses membres se reconnaissent une filiation d'idées et d'approches avec la période de la Révolution tranquille. Il faut désormais s'acharner à actualiser nos valeurs premières dans un contexte de mondialisation où les exigences nationales de protection sociale sont plus importantes que jamais. Dans ce contexte, le Québec peut et doit continuer à marquer sa différence et réaffirmer avec force le rôle indispensable d'un État responsable et dynamique.»
Si nous nous livrons à l'exercice de lucidité qui s'impose à la suite du résultat de la dernière élection, nous devrons admettre que nous n'avons pas toujours respecté nos idées progressistes. D'ailleurs, dans plusieurs mouvements situés à gauche, notamment les syndicats, nous n'étions plus perçus comme un gouvernement de gauche; et nous ne sommes plus perçus comme un parti progressiste. Notre passage dans l'opposition peut nous permettre de redéfinir nos objectifs et ainsi rétablir une relation de confiance avec les éléments les plus progressistes de notre société. Proposons un plan d'action gouvernemental précis, avec un échéancier compris de tous.
Il va de soi que ce plan d'action doit inclure la démarche qui nous conduira à l'indépendance nationale. Je reprends l'essentiel de l'analyse de Sacha-Alexandre Gauthier, vice-président du Parti québécois de Montréal-Centre, intitulée De l'échec de l'étapisme à l'autre voie démocratique publiée sur le site du Parti québécois. Nous ne pouvons plus nous enfermer dans une approche référendaire pour parvenir à l'indépendance, comme nous avons tenté de le faire en 1980 et en 1995. Lors de la prochaine élection, le Parti québécois devra demander un mandat clair pour réaliser l'indépendance du Québec. Aussitôt élu, le gouvernement devra légiférer afin d'enclencher le processus menant à la pleine et entière souveraineté. Une démarche citoyenne et démocratique, où toute la population sera invitée à participer à la construction du pays.
Pour rétablir la confiance, nous devrons rechercher avec ténacité, la participation de tous les citoyens du Québec, quelles que soient leurs origines, dans un processus démocratique, qui nous permettra d'édifier collectivement une nation libre, prospère, généreuse et solidaire.

»» industrie du vêtement
»» l'article 45
Les conditions des travailleurs du vêtement changeront
Tommy Chouinard
Le Devoir mardi 2 décembre 2003
Québec - Les travailleurs de l'industrie du vêtement ne doivent pas s'attendre à une amélioration de leurs conditions de travail de la part du gouvernement Charest. Québec leur présentera, d'ici Noël, de nouvelles normes de travail qui seront inférieures ou, au mieux, équivalentes à celles qui prennent fin le 31 décembre.
C'est ce qu'a indiqué hier le ministre du Travail, Michel Després, en réaction aux craintes exprimées dimanche par la FTQ et de la CSD. À la suite d'une rencontre qui s'est tenue avec des sous-ministres vendredi, les deux centrales syndicales ont appris que les normes supérieures à la Loi sur les normes minimales du travail, destinées aux travailleurs de l'industrie du vêtement, ne seraient plus en vigueur à compter du 1er janvier 2004 et que le gouvernement Charest n'avait pas l'intention de les reconduire.
Michel Després a confirmé cette information hier, mais il a précisé que de nouvelles «mesures de protection» seraient créées et appliquées dès le 1er janvier 2004. Comme aucune amélioration des conditions de travail n'est prévue, les nouvelles normes pourraient être inférieures à celles qui sont en vigueur dans ce secteur depuis juin 2000.
Ces normes permettent aux couturières de gagner entre 7,75 $ et 8,40 $ l'heure selon leur classification, aux presseurs, 10,25 $, et aux coupeurs, 11,85 $. Les travailleurs bénéficient également de différents avantages sociaux un peu plus généreux que les normes minimales du travail. Quelque 16 000 des 45 000 travailleurs de l'industrie du vêtement jouissent de ces protections.
«Ce sont des travailleurs dans une situation vulnérable, mais on est en train d'évaluer tout le secteur, parce que la concurrence fait que les règles du jeu dans le secteur du vêtement vont être extrêmement concurrentielles et difficiles pour l'industrie québécoise. Comme le gouvernement fédéral a levé des barrières le 1} janvier 2003, 48 nouveaux pays ont accès au marché canadien sans contrôle de quantité ou de prix», a expliqué Michel Després.
Le ministre s'est dit préoccupé tant par la situation des travailleurs que par celle de l'industrie du vêtement. «Ce qui est important, d'abord et avant tout, c'est de conserver ces emplois-là, de ne pas les perdre», a-t-il noté. Les nouvelles normes feront partie d'une «stratégie industrielle» destinée à venir en aide au secteur du vêtement, qui sera déposée prochainement par Michel Després et le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet.
Le directeur du Syndicat de vêtement, du textile et d'autres industries du Québec (SVTI-Québec, affilié à la FTQ), Harold Gauthier, a affirmé qu'il serait satisfait du gouvernement Charest seulement «s'il laisse les normes telles quelles». «Les travailleurs de l'industrie du vêtement, qui regroupe des membres des communautés culturelles et des femmes [chefs de familles] monoparentales, n'ont pas des conditions si élevées que ça. C'est un minimum. Si on va en bas de ça, où est-ce qu'ils vont se ramasser?», a-t-il lancé, lors d'un entretien téléphonique avec Le Devoir.

»» défusions
Un Westmount libre dans un Montréal uni...
L'opposition à l'Assemblée nationale déplore la complexité du projet
Simon Boivin
Le Soleil samedi, 29 novembre 2003
" Le gouvernement crée un Westmount libre et indépendant dans un Montréal fort et uni ", a imagé,
hier, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont.
L'opposition ne s'est pas fait prier pour attaquer le projet de loi sur les défusions du ministre Jean-
Marc Fournier.
" Écoutez, il y a la simplicité volontaire et il y a le volontairement compliqué, a lancé la critique
péquiste aux Affaires municipales, Diane Lemieux. Si, jusqu'à maintenant, nous avions l'impression
qu'il y avait des risques de défusion, il y a maintenant une certitude. "
En tête de liste des irritants pour Mme Lemieux, le fait qu'une minorité de gens peuvent bouleverser
les structures municipales. " L'ancienne ville (fusionnée) n'a pas accès à ce processus, déplore-t-elle.
Les référendums sont déclenchés par des gens qui le demandent, c'est des gens qui désirent retrouver
leur ancienne ville. "
La député de Bourget se demande aussi sur quelle base le taux d'appui minimal de 35 % a pu être
choisi. " Pourquoi 35% ? D'où cela vient-il ? Quel est le rationnel ? Il n'y en a pas. Ce chiffre de 35%
ne correspond à rien. "
La députée péquiste n'a pas lésiné sur l'analogie pour vilipender le gouvernement libéral, qui justifie
son projet de loi par la nécessité de respecter le choix des Québécois. " Ce n'est pas parce que les
gens s'expriment que c'est démocratique. Dans bien des sondages, la peine de mort, les gens en
voudraient. Est-ce que ça veut dire que c'est démocratique si on adopte la peine de mort ? Les
exemples, ils sont à l'infini. Le gouvernement a introduit un biais, a introduit une vision viciée de la
démocratie. La démocratie, ce n'est pas l'addition des intérêts particuliers, c'est de trouver ce qui est
bien pour un ensemble de personnes ", a-t-elle lancé.
Mme Lemieux estime que le gouvernement n'a pas eu le courage de revenir sur sa promesse "
irresponsable " de permettre les défusions. " Qu'on veuille clarifier certains pouvoirs entre les
arrondissements et les villes-centres, j'en conviens, mais la solution politique, on l'a dans les mains,
c'est l'unification des villes. "
Une tour de babel
Le chef de l'ADQ croit qu'il convient de comparer le projet de loi 9 à la " tour de Babel ". Le Parti
libéral avait promis une simplification des structures, dit-il, et voilà qu'il en ajoute. " On nous dit que
c'est simple, mais le ministre lui-même ne peut pas nous dire exactement comment ça fonctionnerait,
affirme M. Dumont. (...) La gestion de tout ça va être extrêmement complexe. Quand tu ajoutes un
pouvoir de taxation, là, les citoyens vont recevoir des comptes de taxes, ils ne sauront plus d'où ça
vient, mais ils vont savoir qu'il faut qu'ils paient. "
Il dénonce également le " déficit démocratique " inhérent à la nouvelle structure proposée par le
projet de loi : le conseil d'agglomération. " La moitié des pouvoirs exercés par le maire de Montréal
se ferait finalement à une table où il n'y a pas vraiment d'opposition ", note M. Dumont.
Au total, souligne le leader adéquiste, toute la " saga fusion-défusion " aura duré cinq ans dans la
vie des nouvelles villes, elle aura fait perdre du temps et des énergies aux élus, et elle aura " coûté
probablement au-dessus d'un demi-milliard d'argent des contribuables ".
" Je pense qu'à la fin, dit le député de Rivière-du-Loup, tout le monde va être un peu insatisfait. Les
gens qui souhaitaient les défusions vont se rendre compte qu'ils ne se sont pas fait dire la vérité en
campagne électorale, et l'ensemble des citoyens qui ne voulaient pas des défusions se rendent
compte qu'ils sont pris en otage, que de très petits nombres de citoyens vont pouvoir leur imposer la
création d'un conseil d'agglomération. "

»» défusions
Un processus extrêmement complexe
dont on ne sait jusqu'où il va nous entraîner
Gilles Normand
La Presse samedi, 29 novembre 2003
Québec - Les deux partis d'opposition jugent que les amendements au projet de loi 9 mettent en
place un processus extrêmement complexe, dont on ne sait pas jusqu'où il peut mener et qui
occasionnera aux contribuables québécois des coûts très élevés.
"Je crois que le gouvernement s'est enferré dans un piège, parce qu'il veut le moins de défusions
possible alors que c'est clair qu'il y en aura. Et il y aura un coût à faire éclater une ville comme
Montréal", a pour sa part commenté la critique du Parti québécois en matière d'affaires municipales,
la députée Diane Lemieux.
"C'est la suite d'une saga qui ne va pas en s'embellissant (...) Je parlerais d'une tour de Babel parce
qu'on vient ajouter un niveau de taxation de plus, on vient ajouter une structure de plus. On nous dit
que c'est simple, mais le ministre (Jean-Marc Fournier) lui-même ne peut pas nous dire comment
cela fonctionnera", a protesté le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont.
La députée péquiste de Bourget estime que le projet de loi sur les défusions crée une opération
extrêmement compliquée et complexe.
"Nous avions l'impression qu'il y avait des risques de défusion; il y a maintenant une certitude. Ce
projet de loi consacre le fait qu'une très petite minorité peut se retirer des villes, reconstituer une
municipalité et, à partir du moment où cette petite minorité décide de se retirer des nouvelles villes,
toute la mécanique se met en branle: comité de transition, création d'un conseil d'agglomération,
etc.", craint Mme Lemieux.
Pour qu'une ancienne municipalité soit reconstituée, le nombre de votes en ce sens devra représenter
plus de 50 % des votes valides et équivaloir à au moins 35 % du nombre des personnes, physiques et
morales, inscrites sur la liste référendaire, dit le ministre des Affaires municipales.
"Pourquoi 35 %? Ç'aurait pu être 37 %, 42 %, ou 25 %, je ne sais pas. Pourquoi 35 %? D'où cela
vient-il? Il n'existe aucun exemple de la sorte nulle part au monde. Quel est le rationnel? Il n'y en a
pas (...). Non seulement les électeurs défusionnistes sont satisfaits, mais les députés défusionnistes
ont aussi gagné", s'indigne-t-elle, accusant Jean Charest et son gouvernement d'avoir manqué du
courage nécessaire pour dire qu'il ne voulait pas des défusions.
Mario Dumont, lui, dénonce l'ajout d'une structure, soit un conseil d'agglomération. "Le ministre
nous dit que c'est simple, qu'il y aura probablement des votes pondérés, des votes inégaux de
différents joueurs autour d'une table, d'un conseil d'agglomération. Lui-même ne peut pas nous dire
exactement comment cela fonctionnerait", déplore-t-il.
Donnant l'exemple de Montréal, advenant que des villes regroupées recouvrent leur indépendance, il
dénonce le fait qu'"à peu près la moitié des pouvoirs du maire, en tenant pour acquis qu'il serait
majoritaire au Conseil d'agglomération, s'exerceraient à une table où il n'y aurait pas vraiment
d'opposition".
"Il (le gouvernement Charest) se retrouve à faire un Westmount libre et indépendant dans un
Montréal fort et uni", a lancé M. Dumont avec dérision. Cela va créer, estime-t-il, une ville
absolument ingérable en plus d'une situation qui va coûter une fortune en argent, en temps et en
énergie humaine.
Il y aura selon lui de longs délais, il faudra mettre le processus en place, on fera des études, un
référendum, on créera un comité de transition, "ce qui nous mènera aux élections de 2005". Bref, il
croit que ces "réformes" coûteront environ un demi-milliard de dollars aux contribuables d'ici 2005.
LÉCHÉANCIER
2004 Janvier à mai
Des firmes privées font des études dimpact financier pour chacune des 42 villes regroupées
susceptibles dêtre touchées par des défusions. Elles produiront une évaluation des coûts de la
défusion pour chacune des 213 villes regroupées. Ces résultats seront rendus publics avant louverture des registres.
2 mai au 15 juin
Période douverture des registres où les citoyens peuvent réclamer la tenue dun référendum. Ces
registres seront ouverts durant cinq jours consécutifs, dont au moins un aura lieu en fin de semaine.
Au moins 10%des gens habilités à voter devront sinscrire pour déclencher la tenue dun référendum.
Juin ou septembre
Il y a un possibilité bien théorique que les référendums puissent avoir lieu en juin, mais il est bien
plus probable quils se
tiendront en septembre.
Automne 2004
Mise en place des comités de transition pour les villes qui auront décidé de se défusionner. Ces
comités auront un an
pour prévoir la réorganisation du travail après entente avec les syndicats.
Novembre 2005
Élections municipales dans toutes les villes du Québec, incluant les municipalités reconstituées.
Janvier 2006
Constitution des nouvelles villes. Les conventions collectives des employés dureront six mois
encore, une nouvelle ronde de négociations suivra.

»» défusions
Recul démocratique
Michèle Ouimet
La Presse samedi, 29 novembre 2003
Ça y est, les vannes sont ouvertes et les défusionnistes pourront recréer leurs anciennes villes avec la
bénédiction des libéraux. Une nouvelle catastrophique pour Montréal.
Mais il y a pire. Dans les amendements au projet de loi sur les défusions déposés hier, le ministre des
Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, a concocté une structure, un machin, une patente-
choisissez le mot qui vous convient- compliquée qu'il appelle le Conseil d'agglomération.
Ce Conseil va gérer les services régionaux comme la police, le développement économique, le
transport en commun, etc. bref les gros dossiers qui bouffent 60 à 65 % du budget.
Ce sont les maires des villes défusionnées et celui de la ville centrale- du moins ce qu'il en restera-
qui siègeront sur ce Conseil au pouvoir imposant. Il n'y aura pas d'opposition, que des maires élus
par leur population locale. Pourtant, l'opposition est un ingrédient essentiel des démocraties. Le
ministre Fournier a balayé cette objection du revers de la main comme si l'opposition était une
vulgaire mouche du coche.
Qui va talonner les maires, leur demander des comptes, poser des questions, contester leurs
décisions? Personne. Le Conseil d'agglomération va fonctionner comme un gros conseil
d'administration. C'est un recul démocratique inacceptable.
Jean-Marc Fournier a protesté. Les conseillers municipaux des villes défusionnées et de la ville
centrale vont poser des questions aux maires qui siègeront au Conseil d'agglomération. Elle est là, la
démocratie, a-t-il insisté.
Ah oui? Les conseillers municipaux vont s'occuper des services de proximité, comme les ordures, la
neige et autres craques de trottoir. Ils n'auront aucune autorité sur la police, le transport en commun,
alouette. Évidemment qu'ils pourront poser des questions aux maires mais leur pouvoir sera
drôlement dilué. On a déjà vu mieux en fait de démocratie.
Autre épine, aucun maire du Conseil d'agglomération ne sera élu par la population de l'île au grand
complet. Le maire de Westmount sera élu par les gens de Westmount, celui de Montréal par les
citoyens de l'ex-Ville de Montréal et des anciennes banlieues qui lui seront restées fidèles, etc. Les
intérêts locaux vont triompher et Montréal va se retrouver, encore une fois, déchirée par des vieilles
chicanes qui vont opposer banlieue et ville centrale.
Autre vice de construction, le vote. Dans le Conseil d'agglomération, le poids du vote d'un maire
sera proportionnel à la population qu'il représente. Le maire de Montréal, fort de son million
d'habitants, contrôlera la majorité au Conseil d'agglomération. Tant mieux, diront les tenants des
grandes villes. Erreur.
Plus de 800 000 personnes vivent dans les anciennes banlieues et un million dans l'ex-Ville de
Montréal. Même si toutes les villes de banlieue défusionnent, elles seront condamnées à végéter
dans une perpétuelle opposition. Elles passeront leur temps à se heurter à Montréal qui pourra passer
par-dessus leur tête aussi souvent qu'elle le voudra. Malsain, très malsain.
Les libéraux ont tenté l'impossible: permettre les défusions tout en sauvant les grandes villes mais
ces deux objectifs sont irréconciliables. On ne peut pas promettre une chose et son contraire pas plus
qu'on ne peut retirer la moitié des ingrédients d'un gâteau en espérant qu'il ne s'écrase pas.
Il est étonnant de voir le gouvernement se jeter dans l'aventure des défusions avec un projet de loi
aussi mal ficelé. En essayant de faire plaisir à tout le monde et à son père, il a engendré une structure
qui a toutes les chances de se transformer en monstre.

»» défusions
MONTRÉAL MORCELÉ?
S'il y a défusion, Québec propose de mettre sur pied une "CUM améliorée"
Denis Lessard
La Presse samedi, 29 novembre 2003
Québec - Une forme allégée de l'ancienne Communauté urbaine de Montréal, le "Conseil
d'agglomération", verra le jour si une ville, fusionnée il y a trois ans, décide de quitter la métropole à
l'occasion des référendums qui se tiendront probablement en septembre 2004.
Le maire de Montréal régnera pratiquement sans partage sur ce nouvel organisme, qui récupérera
toutes les responsabilités régionales actuellement entre les mains du comité exécutif de la région
métropolitaine. Après des semaines d'hésitations, le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc
Fournier, a rendu publique hier une épaisse liasse d'amendements qui modifient, en profondeur, son
projet de loi 9 sur les défusions municipales, déposé en juin dernier. Comme prévu, Québec forcera
les défusionnistes à avoir l'appui de 35 % des électeurs d'un arrondissement pour la reconstitution
d'une ville fusionnée.
Mais c'est la mise en place d'une nouvelle structure qui a donné le plus de fil à retordre à M.
Fournier hier. "Si les gens veulent partir et que tu veux garder l'agglomération, il faut bien que tu
crées quelque chose", a-t-il laissé tomber. Il a précisé que le nouveau conseil ne sera pas le "nid à
chicanes" qu'était devenu la CUM, une structure inefficace où le processus décisionnel était
constamment enrayé par des guerres de clocher.
Pour les autres villes fusionnées en 2001 par l'ancien gouvernement péquiste, des conseils
d'agglomération seront aussi créés si les défusionnistes devaient remporter un éventuel référendum.
Dans le cas où la ville-centre serait mise en minorité au conseil d'agglomération en raison de son
faible poids démographique, comme à Québec et Longueuil, le ministre a aussi prévu leur accorder
un veto qui leur assurera le pouvoir.
Mais Jean-Marc Fournier a admis que Montréal constituait un cas plus complexe.
Contrairement à l'ancienne CUM, le Conseil d'agglomération sera uniquement un organisme
décisionnel pour les représentants des villes. Il n'y aura pas de machine administrative
supplémentaire. Les fonctionnaires de Montréal continueront à gérer les dossiers régionaux, comme
c'est le cas actuellement.
Les villes défusionnées auront la responsabilité de la voirie locale, des équipements culturels, de
l'enlèvement des ordures, du plan de zonage et de la délivrance des permis. Mais l'agglomération
gardera les leviers importants: l'évaluation foncière, le transport en commun, la police, les pompiers,
le développement économique. Elle conservera aussi les revenus des taxes provenant des parcs
industriels.
La représentation au Conseil d'agglomération respectera le poids démographique des villes qui en
font partie. Montréal, par exemple, avec un million d'habitants sur les 1,8 million de l'île, continuera
d'avoir la majorité au nouveau conseil. Mais comme seuls les maires et les conseillers choisis feront
partie de ce conseil, l'opposition de Vision Montréal n'aura pas d'autre endroit que le conseil
municipal de la Ville pour exprimer son point de vue.
Selon le ministre Fournier, les villes défusionnées doivent s'attendre à avoir moins d'influence au
sein du conseil d'agglomération qu'elles en ont actuellement comme arrondissement. N'ayant qu'une
voix au sein de l'agglomération, la ville sera "un peu plus isolée, son pouvoir d'influence un peu
moins grand", dit le ministre.
Il affirme qu'on ne peut qualifier le nouveau mécanisme de décision d'"antidémocratique ou de tour
de Babel". Selon lui, les décisions touchant l'agglomération relèveront "d'une CUM améliorée, sans
blocage", et les villes reconstituées pourront donner les services de "proximité" que réclament les
résidants.
Le partage de l'assiette fiscale reste à établir. Les fonctionnaires des Affaires municipales estimaient
hier que, dans le cas de Montréal, 60 % des impôts fonciers payés par les résidants des villes
défusionnées iront à l'agglomération et 40 % aux services locaux. Le mode de perception n'est pas
encore décidé. Ce pourrait être un ou deux avis d'imposition. Les intentions de M. Fournier lui ont
valu une volée de bois vert de la part de l'opposition péquiste. La porte-parole, Diane Lemieux, a
dénoncé le fait qu'il suffira de "1014 citoyens à Baie-d'Urfé pour que le processus soit enclenché,
qu'on crée le conseil d'agglomération et que Montréal éclate". Mario Dumont de l'ADQ a dénoncé
aussi durement la "tour de Babel" du futur Conseil d'agglomération. Pour sa part, le ministre
Fournier a insisté sur les réactions plutôt favorables de l'Union des municipalités et de la chambre de
commerce de Montréal.
Pour l'UMQ, le maintien d'une structure d'agglomération est "un moindre mal", bien que le retrait du
projet de loi aurait été préférable. La chambre de commerce se réjouit que le développement
économique demeure une responsabilité d'agglomération. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a
indiqué qu'il ne commenterait pas les changements proposés par le ministre Fournier avant lundi.
Hier, le ministre Fournier est resté vague sur ce que ferait le gouvernement si une seule ville décidait
de quitter Montréal. Il semble qu'on envisagerait alors une entente spéciale plutôt que de créer une
nouvelle structure, a-t-il indiqué.
Les pouvoirs récupérés par les villes défusionnées sont légèrement plus étendus que ceux dévolus
aux arrondissements dans le plan de réorganisation du maire Tremblay que compte entériner Québec
avec l'adoption du projet de loi 33.
Les villes reconstituées retrouveraient le pouvoir d'embaucher des employés pour les services
locaux, ce qui est déjà prévu dans le plan Tremblay. En revanche, elles auront une personnalité
juridique distincte de l'agglomération, ce qui n'était pas prévu dans le modèle de décentralisation.
Les employés municipaux sont assurés de conserver un emploi. En revanche, ils n'auront pas le
choix de leur employeur et certains devront retourner travailler dans leur ville d'origine. Ils resteront
au sein du même syndicat. Les conventions collectives déjà signées prévaudront pendant six mois
après leur mutation, mais pourront être renégociées avec la ville reconstituée.
Les amendements d'hier modifient aussi le processus devant mener aux défusions, mais pas les
échéanciers. On précise que les registres, où 10 % des gens devront s'inscrire pour la tenue d'un
référendum, se tiendront entre le 2 mai et le 15 juin prochains, ce qui permettra des référendums en
septembre 2004, prévoit M. Fournier. Par ailleurs, les élections pour les maires des villes
reconstituées auront lieu en novembre 2005 et les nouvelles municipalités fonctionneront à compte
de janvier 2006.
Québec paiera les factures de l'opération jusqu'à la tenue des référendums, environ 15 millions pour
la tenue des scrutins, mais surtout pour la préparation d'études d'impact pour les villes défusionnées,
dont les résultats devront être connus avant l'ouverture des registres. Les appels de soumissions sont
déjà lancés et le choix des firmes se fera en janvier prochain. Pour le ministre, ces frais sont
négligeables comparativement aux 241 millions qui ont été dépensés pour les comités de transition
devant préparer les fusions sous le PQ.

»» diversité culturelle
»» le Québec sur les tribunes internationales
Le Québec pratique la politique du silence à l'étranger
Robert Dutrisac
Le Devoir mardi 2 décembre 2003
Québec - Le Québec acceptera sans rechigner de se taire sur la scène internationale si ce mutisme renforce une position commune que partagent les gouvernements canadien et québécois.
C'est la réponse qu'a fournie, hier, à l'Assemblée nationale la vice-première ministre et ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, alors que l'opposition officielle décriait le fait que la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, n'ait pas pu prendre la parole à la Conférence générale de l'UNESCO, le 13 octobre dernier, malgré une entente en ce sens entre Québec et Ottawa.
Mme Gagnon-Tremblay a d'abord expliqué que les pays présents n'avaient que deux minutes chacun pour exprimer leurs vues sur la diversité culturelle lors de cette conférence où l'UNESCO s'est vu confier le mandat de proposer un projet de convention sur le droit des pays de protéger et de promouvoir leur culture. La vice-première ministre a ensuite souligné que les positions du Canada et du Québec étaient «convergentes» sur cette convention.
«Est-ce que ça veut dire que, quand les positions Canada-Québec sont convergentes, le Québec doit se taire?», a demandé le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, qui a accusé Mme Gagnon-Tremblay de nier la doctrine Gérin-Lajoie. Pierre d'assise des relations internationales du Québec depuis les années 60, cette doctrine veut que le Québec puisse s'exprimer en son nom propre sur les tribunes internationales sur tout ce qui touche ses compétences. «Si c'est dans le but d'avoir une position encore plus forte face à d'autres, nous le ferons [se taire]», a répliqué la vice-première ministre.
Le député de Mercier et porte-parole de l'opposition officielle pour les relations internationales, Daniel Turp, a dit avoir été informé que ce sont les manoeuvres de la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, qui ont permis de «bâillonner» Québec à l'UNESCO. La principale intéressée, Line Beauchamp, qui avait préparé pour l'occasion une intervention sur la diversité culturelle, a indiqué au Devoir que seul le manque de temps - et le fait que la partie pour le Canada était déjà gagnée - l'avait empêchée de la lire.
Mme Gagnon-Tremblay a rappelé que les Québécois avaient élu un gouvernement fédéraliste. «C'est le message que nous envoyons à l'étranger, et nous ne transportons pas nos chicanes à l'étranger, contrairement à ce que vous avez fait», a-t-elle dit.

»» diversité culturelle
»» le Québec sur les tribunes internationales
Droit de parole du Québec à l'UNESCO
- "La Ministre Beauchamp
s'est laissée baïllonner par le Gouvernement du Canada lors du débat sur la
diversité culturelle à l'Unesco" - Daniel Turp
QUEBEC, le 1 déc. /CNW Telbec
Questionnée aujourd'hui par le député de
Mercier et porte-parole de l'opposition officielle en matières de relations
internationales et d'affaires canadiennes, M. Daniel Turp, la ministre des
Relations internationales, Mme Monique Gagnon-Tremblay, a confirmé que le
gouvernement du Canada a privé la ministre de la Culture et des
Communications, Mme Line Beauchamp, du droit de s'exprimer lors des travaux
de la Commission IV de la Conférence générale de l'UNESCO tenue à Paris, le
13 octobre dernier. Ainsi, le point de vue du Québec sur la question d'une
Convention internationale sur la diversité culturelle n'a pu être entendu
alors que le Québec a pourtant exercé un leadership incontestable sur cette
importante question depuis plusieurs années.
"Ce bâillon est inacceptable et la ministre de la Culture et des
Communications ne s'est pas tenue debout devant la ministre du Patrimoine
canadien, Sheila Copps", a affirmé M. Turp. La ministre Beauchamp et sa
collègue ministre des Relations internationales, dont la responsabilité est
d'assumer la conduite des relations internationales du Québec, ont toutes
deux failli à leur tâche de défendre fermement les positions québécoises à
l'UNESCO.
"Après des années de luttes menées successivement par les ministres Louise
Beaudoin, Agnès Maltais et Diane Lemieux, le gouvernement libéral s'écrase à
la première occasion et laisse le gouvernement fédéral occuper toute la
place dans les négociations qui débutent à l'UNESCO au sujet de la
conclusion d'une convention internationale sur la diversité culturelle", a
ajouté le porte-parole. Il n'est pas vrai que le Québec doit accepter de se
taire si, comme l'ont écrit dans le quotidien Le Devoir les ministres
Gagnon-Tremblay et Beauchamp, "le droit de promouvoir la culture québécoise
est capital" et s'il veut véritablement se poser comme un leader de la
diversité culturelle", a signalé M. Turp.
"L'opposition officielle demeurera vigilante et surveillera tous les faits
et gestes du gouvernement dans le dossier de la diversité culturelle. Le
Québec doit pouvoir se faire entendre et contribuer à la conclusion d'un
traité sur la diversité culturelle qui lui permettra de continuer de prendre
des mesures de soutien à la culture québécoise", a-t-il conclu.

»» diversité culturelle
»» le Québec sur les tribunes internationales
Foire du livre de Guadalajara :
Le Québec veut se poser comme un leader de la diversité culturelle
Caroline Montpetit
Le Devoir lundi 1 décembre 2003
Guadalajara - Le Québec et son gouvernement libéral se posent comme des leaders de la diversité culturelle, qui sera par ailleurs aujourd'hui le thème d'un colloque proposé par Québec à la foire du livre de Guadalajara, au Mexique.
C'est ce qu'affirmait la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, en marge de la Foire du livre de Guadalajara, qui accueille cette année une délégation québécoise de plus de 400 personnes.
Le Québec s'est ainsi uni au Canada, à la France et au Mexique pour que les produits culturels soient exclus de la signature des grands accords commerciaux internationaux. Cette exception culturelle, souhaitée par différents pays, est défendue par l'UNESCO, qui a entrepris de développer une convention qui la protégerait. Dans ce contexte, les échanges spécifiquement culturels, survenant entre le Québec et le Mexique, sont particulièrement bienvenus.
Il faut dire que ces échanges vont présentement bon train dans le vaste espace de la foire du livre de Guadalajara, où le Québec est invité d'honneur.
Selon l'évaluation de représentants de Québec édition, les ventes quotidiennes de livres à l'espace réservé au Québec à la Foire internationale du livre de Guadalajara sont égales ou ont dépassé celles d'une journée semblable au Salon du livre de Paris. Selon Caroline Tremblay, de la délégation québécoise, la littérature québécoise s'envole, tant en français qu'en espagnol.
Pour sa part, un éditeur de poésie comme Gaston Bellemare, des éditions des Forges, qui travaille en milieu mexicain depuis de nombreuses années, vend plus de livres de poésie québécoise au Mexique qu'en France, soutient la ministre.
Kokis et Sainz honorés
La foire a, cette fois, été l'occasion de lancer la première édition du prix Québec-Mexique, décerné cette année à deux romanciers, l'un québécois, Sergio Kokis, pour son roman Le Magicien, paru chez XYZ, racontant l'intimité d'un dictateur du Paraguay, l'autre mexicain, Gustavo Sainz, pour son roman A troche y moche, paru chez Santillana, racontant les mésaventures d'un écrivain ayant reçu un faux prix littéraire. Le prix Québec-Mexique sera attribué tous les deux ans, successivement aux représentants de différents genres littéraires, et alternativement à des Québécois et à des Mexicains.
Or, malgré de grands discours sur la nécessité de promouvoir la littérature et la culture québécoise à l'intérieur des frontières québécoises et à l'étranger, la ministre Beauchamp n'a toujours pas trouvé de remplaçante à la politique du livre et de la lecture qui vient d'être reléguée aux oubliettes par Québec, amputant du coup les budgets des salons du livre, des éditeurs, et des librairies québécoises. La ministre a simplement dit que les bibliothèques municipales étaient le maillon faible de la chaîne du livre au Québec, et qu'il ne fallait pas que ce maillon soit défavorisé par la construction, à grands frais, de la Grande Bibliothèque du Québec.
«Il ne faut pas que la Grande Bibliothèque soit la cause d'un transfert de fonds qui appauvrirait les bibliothèques publiques», a dit la ministre, tandis que la présidente directrice générale de la GBQ, Lise Bissonnette, fait elle-même partie de la délégation québécoise ici.
Malgré d'importantes sommes investies dans le monde du livre et bien que 95 % des Québécois soient désormais rejoints par le réseau de bibliothèques publiques du Québec, le taux de lecture des Québécois a diminué. Et personne pour rappeler que la lecture n'est pas une habitude qui s'implante dans le public en l'espace de quelques années.
On sait que le gouvernement libéral s'est également donné comme mission de rehausser le statut de l'artiste, notamment par des modifications fiscales et des modifications au filet de sécurité sociale.

»» diversité culturelle
»» le Québec sur les tribunes internationales
17e Foire internationale du livre de Guadalajara :
Le Québec fait un malheur
Kathleen Lavoie
Le Soleil lundi 1 décembre 2003
Guadalajara, Mexique - Un jour à peine après l'ouverture de la 17e Foire internationale du livre de Guadalajara, au moment même où la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, annonce sa décision de ne plus tenir de "Saisons du Québec" à l'étranger, les écrivains québécois font un malheur aux caisses enregistreuses du deuxième plus important Salon du livre au monde.
"On vend aussi bien que lors de bonnes journées au Salon du livre de Paris. Aujourd'hui (hier), ça part en piles !", a indiqué Pierre Lévesque, directeur des Salons et des Foires de Québec Édition, quant aux recettes de ce premier 24 heures évaluées à 50 000 pesos.
Invité d'honneur de la Feria del libro, le Québec, par l'intermédiaire de l'événement ¡Voilà Québec !, et sa délégation de 400 universitaires, écrivains et artistes, obtient une visibilité et un succès populaire exceptionnels autant sur le parquet de la classique du livre de langue espagnole que dans les médias locaux.
Depuis hier, les oeuvres d'auteurs comme Sergio Kokis, premier récipiendaire du prix Québec-Mexique, qui sera remis aujourd'hui, Gil Courtemanche avec Un domingo en la piscina de Kigali, la traduction espagnole de son plus grand succès, ou Louise Mongeau, dont deux des livres pour enfants viennent d'être achetés à 80 000 exemplaires chacun par un réseau de maternelles mexicaines, s'envolent comme des petits pains chauds. L'enthousiasme est tel qu'on pense même manquer d'exemplaires pour répondre à la demande.
"C'est un beau problème", considère Pierre Lévesque, qui se dit incapable de réapprovisionner ses présentoirs d'ici la fin de la Foire.
"Les Mexicains sont friands de tous les ouvrages de poésie traduits en espagnol aux Écrits des Forges, des anthologies de poésie, des ouvrages de XYZ, qui vendent davantage ici qu'à Paris, de la littérature et des essais en général", énumère-t-il.
La performance des Québécois au palmarès des ventes fait donc bon présage pour l'encan de droits qui commencera aujourd'hui pour se terminer mercredi. Parmi les auteurs qui risquent de faire le plus monter les enchères, Sergio Kokis, fort de son dernier prix littéraire, devrait faire fureur. "Des fois, on a des surprises..." prévient cependant Pierre Lévesque.
L'événement ¡Voilà Québec ! est le troisième et dernier de la série des "Saisons du Québec", après Paris en 1999 et New York en 2001 (annulé à la suite des événements du 11 septembre), imaginée par le gouvernement précédent pour promouvoir la culture québécoise à l'étranger.
Ayant nécessité un investissement total de 3,4 millions de dollars, dont 2 millions $ consacrés au volet "Foire" de l'entreprise, ¡Voilà Québec ! est passé sous férule libérale en cours de préparation. Le gouvernement Charest, qui a décidé de maintenir l'événement, ne reconduira toutefois pas le budget dont dépend le Bureau des événements du Québec, un organisme sans but lucratif créé par les péquistes pour l'organisation des "Saisons".
Rencontrée par LE SOLEIL hier, la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, qui participe activement à l'événement, a paradoxalement affirmé ne pas comprendre pourquoi on devrait regrouper sous un même chapeau tous les efforts de promotion de la culture québécoise à l'étranger. Selon la ministre, une vitrine comme les "Saisons" n'a pas plus d'impact que les efforts dispersés des délégations québécoises réparties dans le monde.
"J'ai beaucoup de difficulté de voir la valeur ajoutée qu'on accorde tant à cette notion de saison, alors qu'en 2004, il y aura une saison... (...), un événement Québec à Pittsburgh piloté notamment par le ministère de la Culture et des Communications", a-t-elle déclaré au SOLEIL.
Aussi contradictoire que sa présence à Guadalajara, la ministre a donné l'exemple de l'événement "Lille, capitale culturelle de l'Europe", où le Québec et Montréal se sont vus offrir une vitrine sans qu'aucune représentation n'ait été faite de la part du gouvernement québécois, mais sur le compte des contacts établis lors du Printemps du Québec à Paris.
"Un peu comme notre industrie du livre, qui est rendue à une certaine maturité par rapport à la plupart de ses marchés et de nouveaux marchés comme le marché hispanophone, je dirais aussi que le placement du Québec a peut-être atteint lui aussi une certaine maturité, où l'on voit que les gens ont le réflexe de faire une place au Québec, de parler du Québec."
Ouvrant ainsi la porte à un désengagement de l'État dans le financement accordé au monde du livre, la ministre a rapidement nuancé ses propos.
"Quand je parle de maturité, ce que je veux dire, c'est que je pense que nous avons une industrie assez bien consolidée qui est maintenant capable d'affronter, de relever des défis nouveaux. Ce n'est pas en termes de Nous, on se retire , au contraire", a maintenu la ministre, qui a néanmoins décidé de ne pas reconduire les enveloppes spéciales de la politique de la lecture et du livre.
Quant à la promotion de la culture québécoise à l'étranger, la ministre prétend qu'elle ne se termine pas, mais passera désormais par des budgets existants dans le programme régulier du gouvernement, notamment le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et la Direction des affaires internationales du ministère de la Culture et des Communications du Québec. Je pense que c'est efficace", a-t-elle marqué.
Jusqu'au 7 décembre, 58 éditeurs, 40 auteurs, 60 intellectuels, 300 livres ayant "façonné l'imaginaire du Québec en 400 ans" ainsi que 200 artistes de la scène permettront à la population de Guadalaraja, la deuxième plus grande ville du Mexique avec ses 6 millions d'habitants, de découvrir les "latins du Nord" que sont les Québécois.
LE SOLEIL est présent à la Foire internationale du livre de Guadalajara à l'invitation du Bureau des événements du Québec.
KLavoie@lesoleil.com

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»» le Québec sur les tribunes internationales
Guadalajara - Voilà Québec: la dernière saison
Nathalie Petrowski
La Presse dimanche, 30 novembre 2003
La ministre de la Culture, Line Beauchamp, n'a pas hésité à utiliser des mots comme "peuple" ou
"nation" pour parler des Québécois. Un peu plus et les Mexicains la prenaient pour une
souverainiste.
N'étaient le ciel peint en bleu, les palmiers peints en vert et le climat plus que clément, la ville
de Guadalajara passerait presque pour une ville québécoise.
Depuis deux jours en tout cas, c'est à s'y méprendre. Des bannières aux couleurs du Québec flottent
un peu partout aux intersections des rues. Avec un peu de chance, on peut tomber sur Ariane Moffatt
assise au café du Hilton ou croiser Gilles Vigneault, Denys Vaugeois ou la ministre de la Culture,
Line Beauchamp, dans les allées encombrées de la FIL: la Fera international del libro, qui se tient
au Palais des congrès de Guadalajara jusqu'au 7 décembre.
Cette année, le Québec est l'invité d'honneur de la deuxième foire du livre en importance au monde
après celle de Francfort. La présence québécoise, qui s'étale sur 1300 mètres carrés au centre des
expositions, s'inscrit dans le cadre plus large de la Saison du Québec au Mexique, une opération de
3,4 millions organisée par le Bureau des événements du Québec et mettant en vitrine une série de
manifestations artistiques et culturelles québécoises, principalement à Guadalajara mais aussi dans
quelques États mexicains.
Manque de chance, cette saison du Québec au Mexique, semblable à celles qui ont eu lieu à Paris et
qui devait avoir lieu à New York le 11 septembre 2001, est aussi une fin de saison, voire la dernière
saison pour le Bureau des événements du Québec.
Après Guadalajara, le BEQ sera vraisemblablement dissous, selon les volontés de la ministre des
relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay. Cette dernière n'a pas le pouvoir de fermer la
shop. Seulement le pouvoir de ne pas renouveler le mandat de cet OSBL créé par le Parti
québécois. Ce qu'elle s'est empressée de faire.
À la table d'honneur
En conférence de presse hier, la ministre Beauchamp a confirmé que la Saison du Québec au
Mexique serait la dernière des Saisons du Québec et que, à l'avenir, ce sont les délégations
québécoises à l'étranger qui reprendraient le flambeau, sans les mêmes moyens bien entendu.
Fin de saison ou pas, la ministre a profité de son passage dans la ville des Tapatios (nom désignant
les habitants de Guadalajara) pour se muer en ardente ambassadrice de la vitalité de la culture
québécoise.
Assise à la table d'honneur, à droite de nul autre que le grand écrivain Gabriel Garcia Marquez, Line
Beauchamp a pris la parole une première fois lors de l'inauguration de la Fera. Puis de nouveau lors
de l'inauguration de l'Espace Québec, qui accueille une trentaine d'éditeurs, une quarantaine
d'auteurs et quelque 300 ouvrages québécois, dont une cinquantaine traduits en espagnol.
On a même vu la ministre chanter silencieusement les paroles de la chanson Les Gens de mon pays
entonnée a capella par Gilles Vigneault. Et quand Vigneault a eu un trou de mémoire, c'est Line
Beauchamp qui lui a soufflé ses propres paroles.
N'hésitant pas à utiliser des mots comme "peuple" ou "nation" pour parler des Québécois, la ministre
s'est même permis de sortir de son texte pour déclarer que le renforcement de la culture québécoise
faisait partie des missions officielles du gouvernement actuel. Un peu plus et les Mexicains la
prenaient pour une souverainiste.
400 Québécois au Mexique
Line Beauchamp sera à Guadalajara jusqu'à mardi, le temps de participer à un colloque sur la
diversité culturelle. Son départ ne marquera pas la fin des festivités pour autant. Environ 400
Québécois du monde artistique, littéraire et universitaire se succéderont sur les scènes, participeront
à des conférences, à des colloques et même à un marathon d'écriture animé par Guillaume Vigneault.
Pour l'instant, donc, cette dernière Saison semble bien partie. À l'exception d'une cinquantaine de
caisses de livres retenues aux douanes mexicaines pour d'obscures raisons bureaucratiques, tout
baigne. Du côté des artistes qui se produiront sur la grande scène extérieure- Ariane Moffatt, Yann
Perreau, les Respectables, le théâtre Carrousel, la troupe de cirque Les Sept doigts de la main-, tous
sont arrivés ou sont sur le point de le faire. Idem pour les 91 tableaux de la collection privée de Loto-
Québec qui seront exposés au Musée des arts de l'Université de Guadalajara.
Environ 450 000 visiteurs sont attendus à la Fera d'ici la fin de la semaine. Et comme l'Espace
Québec, situé à l'entrée, est incontournable, on peut présumer que la plupart iront faire un tour chez
les Latinos del Norte et en ressortiront sinon avec un livre, au moins avec une meilleure idée du
Québec.
Bref, si tout marche comme prévu, cette dernière Saison risque d'être tout sauf triste.
Ce reportage a été réalisé à l'invitation du Bureau des événements du Québec et du Bureau du
tourisme et des congrès de Guadalajara.

»» l'Ontario et le Québec
L'état du Québec (5)
L'écart diminue nettement entre l'Ontario et le Québec
Observatoire de l'administration publique de l'ENAP
Le Soleil lundi, 1 décembre 2003
Régulièrement, depuis octobre, LE SOLEIL présente à ses lecteurs un portrait unique du Québec, un
état des lieux qui compare le Québec avec la situation qui prévaut dans d'autres provinces
canadiennes ou d'autres pays de l'OCDE. Pour le cinquième de cette série d'articles rédigés par
l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP, les chercheurs constatent que l'écart entre le
Québec et l'Ontario a nettement diminué au cours des 20 dernières années.
Pour évaluer la performance du Québec, nombre d'observateurs regardent traditionnellement vers
l'Ontario. Leur histoire, leur poids démographique dans l'ensemble canadien, l'intégration de leurs
économies et leur volonté commune d'accroître leurs échanges commerciaux avec les États-Unis
font de la comparaison entre les deux provinces une référence. L'analyse des principaux indicateurs
économiques tourne à l'avantage de l'Ontario. L'écart diminue cependant, et cela de façon notable
depuis 20 ans, surtout en matière de croissance économique et de taux de chômage.
S'agissant de la croissance de l'économie, mesurée par la progression du produit intérieur brut (PIB),
l'écart favorable à l'Ontario n'a cessé de diminuer depuis 20 ans, passant de 1,9 % pour la période
1983-1987 à 0,6 % depuis 1998. Par ailleurs, sur la base du PIB par habitant, la différence est
demeurée stable durant la même période. En 2002, le PIB québécois per capita (30 955 $) représente
toujours 83 % du PIB ontarien (37 715 $).
En matière d'investissements publics et privés, l'écart entre les deux provinces reste préoccupant.
Dans l'ensemble des investissements réalisés au Canada depuis cinq ans, la contribution du Québec
(18,5 % en moyenne) est nettement inférieure à son poids démographique (23,7 %) contrairement à
celle de l'Ontario (36,9 %) qui correspond davantage à son importance démographique (38,4 %).
Rappelons que ce différentiel trouve sa source dans le potentiel de développement économique dont
bénéficie l'Ontario grâce à ses structures de production et notamment la concentration de l'industrie
automobile.
De plus, de 1990 à 2000, le gouvernement fédéral a acheté, en moyenne chaque année, 12,7
milliards $ de biens et services à des fournisseurs ontariens comparativement à 7 milliards $ chez
des fournisseurs québécois. Toutefois, si les prévisions d'investissements pour 2003 au Québec (42
milliards $) sont largement inférieures à celles de l'Ontario (78 milliards $), la croissance annuelle
des investissements depuis cinq ans est plus élevée au Québec (5,4 %) qu'en Ontario (4,1 %). Le
choix du Québec pour des secteurs à forte valeur ajout ée (aéronautique, biopharmacie,
communication numérique) explique cet avantage.
Les échanges commerciaux entre les deux provinces représentaient un marché de plus de 56
milliards $ en 1999. Le Québec achetait, cette année-là, pour 30,3 milliards $ de biens et services à
l'Ontario et lui en vendait seulement 27,7 milliards $. Le déficit de la balance commerciale fluctue
bon an mal an entre 4 et 5 milliards $. Par contre, les exportations du Québec vers les autres
provinces connaissent depuis cinq ans une croissance annuelle moyenne (5,6 %) plus rapide que
celle de l'Ontario ( 4,5 % ). Il en est de même sur les marchés internationaux, où les exportations
québécoises augmentent légèrement plus vite (3,9 %) que celles de l'Ontario (3,7 %).
Sur le taux de chômage, autre indicateur économique important, la réduction de l' écart historique
entre le Québec et l'Ontario est constante au cours des 20 dernières années. Cet écart a chuté en effet
de 4 % pour la période 1983-87 à 2,6 % de 1998 à 2002. En matière d'emplois, l'Ontario affiche une
performance remarquable depuis cinq ans avec 755 000 emplois créés, soit 46 % des nouveaux
emplois canadiens. Le Québec réussit bien également depuis cinq ans avec 400 000 nouveaux
emplois, soit 24,3 % des emplois créés au Canada. Ce pourcentage, supérieur à l'influence
démographique de la province, représente un gain spectaculaire par rapport aux 154 000 emplois
créés au Québec entre 1993 et 1997 (15,1 % des nouveaux emplois canadiens).
Le Québec rattrape également son retard pour le taux de population active. Depuis 20 ans (1983-
2002), la proportion de travailleurs par rapport aux personnes de plus de 15 ans aptes au travail a
augmenté de 62,3 % à 65,1 % au Québec et a diminué de 68,2 % à 67,8 % en Ontario. L'écart
s'établit aujourd'hui à 2,7 % contre 5,9 % en 1983.
En outre, le nombre d'assistés sociaux a diminué de façon significative depuis 10 ans dans les deux
provinces. En Ontario, il est passé de 1,2 million en 1992 (11,1 % de la population) à 704 000 en
2002 (5,9 % de la population). Durant la même période, le nombre de bénéficiaires d'aide sociale au
Québec baissait de 675 000 à 560 000, représentants respectivement 9,5 % et 7,5 % de sa population.
Sur le plan de la fiscalité, le contribuable ontarien conserve un net avantage sur son voisin québécois
car il paie environ 5700 $ de moins d'impôt sur le revenu par an. Toutefois, cet écart diminuera à la
suite de l'annulation, par le nouveau gouvernement ontarien, des baisses d'impôt annoncées par la
précédente administration. Par ailleurs, le régime fiscal beaucoup plus progressif du Québec fait en
sorte que les familles à faible revenu paient moins d'impôt que les familles ontariennes. De plus, le
régime fiscal québécois des entreprises demeure plus avantageux que celui de l'Ontario malgré un
resserrement récent de la différence, ce qui procure au Qu ébec une meilleure attractivité pour les
investisseurs.
En ce qui a trait au revenu personnel disponible par habitant, l'écart est demeuré stable depuis 10
ans, autour de 3000 $. En 2002, il s'établissait à 23 687 $ en Ontario et à 20 629 $ au Québec. Mais
au-delà du fardeau fiscal et du revenu disponible, le coût de la vie au Québec, moins élevé en raison
des prix du logement, de l'électricité, de l'assurance automobile, de la scolarité universitaire et des
garderies, atténue sensiblement l'écart entre le Québec et l'Ontario.
Place de l'État
Quant à la place de l'État dans la société, on remarque dans les deux cas, depuis 20 ans, une
diminution marquée du poids de l'État par rapport au PIB. Il est passé de 25,6 % (1983-1987) à 22,8
% du PIB (1998-2002) au Québec et de 15,7 % et 14,9 % en Ontario au cours des mêmes périodes.
Le Québec a donc réduit de 2 % son écart avec l'Ontario. La différence entre la croissance des
revenus budgétaires des deux gouvernements favorise également l'Ontario mais elle n'est plus que de
0,6 % (1998-2002) contre 3,6 % (1983-1987). Contrairement à la situation qui prévalait entre 1982
et 1992, l'Ontario connaît depuis 10 ans un accroissement de ses dépenses moins rapide que le
Québec, surtout à partir de l'arrivée du gouvernement conservateur de Mike Harris en 1995.
Par grande mission de l'État, on constate, au cours des cinq dernières années, que le Québec accroît
ses dépenses en santé (6,1 %) à un rythme plus rapide que l'Ontario (5 %). L'Ontario privilégie les
dépenses en éducation (5,8 %) (1,1 % au Québec). Toutefois, en santé comme en éducation, le
Québec consacre depuis 10 ans une plus grande part de son PIB et dépense davantage par habitant
que l'Ontario. Malgré l'augmentation des dépenses, l'Ontario consacre en effet 2,6 % de son PIB à
l'éducation en 2002 contre 4,6 % pour le Québec. Par habitant, l'Ontario dépense 982 $ en éducation
soit moins que le Québec (1422 $). L'ampleur de l'investissement québécois dans l' éducation
constitue un atout stratégique dans le contexte de l'économie du savoir.
Toujours en 2002, les dépenses de l'État québécois pour la santé représentaient 7,5 % du PIB
comparativement à 5,4 % du PIB ontarien. Par habitant, l'Ontario dépense davantage pour la santé
que le Québec. La part de la santé dans les dépenses publiques n'a cessé d'augmenter depuis 20 ans
dans les deux provinces. Rien que pour les cinq dernières années, elle occupe 36 % des dépenses en
Ontario et 32 % au Québec. L'éducation représente, elle, 18,5% des dépenses de l'Ontario et 20,7 %
de celles du Québec. Durant la même période, les dépenses d'aide sociale restent plus élevées en
Ontario (12,8 %) qu'au Québec (9,7 %). Pour les autres ministères, l'écart se renverse entre le
Québec (22,5 %) et l'Ontario (18 %). Cette dernière différence est d'autant plus significative que ces
dépenses, demeurées stables au Québec depuis 20 ans, ont chut é de 10 %, passant de 28 % à 18 %,
en Ontario. Cet écart résulte des choix sociétaux faits par les Qu ébécois de confier des
responsabilités spécifiques à l'État québécois en mati ère de culture, d'immigration, de logement
social, de formation de la main-d'oeuvre, de politique familiale, de relations internationales et de
soutien au développement régional.
Concernant le service de la dette, les deux provinces se retrouvent aujourd'hui dans la même
situation en lui consacrant 15 % de leurs dépenses. La dette nette accumulée du Québec s'élève à
plus de 82 milliards $ et celle de l'Ontario à 110 milliards $ ce qui représente 11 052 $ pour chaque
Québécois et 9290 $ pour chaque ontarien.
L'évolution des effectifs de l'administration publique constitue enfin un autre indicateur pertinent de
la place de l'État dans la société. Compte tenu des responsabilités importantes assumées par les
municipalités ontariennes notamment pour l'aide sociale, il faut agréger les effectifs des fonctions
publiques provinciale et municipale. On recense au cours des cinq dernières années une diminution
de 5 % des effectifs du secteur public au Québec, de 645 565 à 607 451, soit une perte de 38 000
emplois. L'Ontario connaît en revanche une augmentation de 2,5 % de ses effectifs publics, de 784
316 à 803 152, soit 17 400 emplois supplémentaires.
La part du secteur public dans l'emploi global québécois a diminué de 19,5 % en 1997 à 15,5 % en
2002, soit davantage que celle du secteur public ontarien (de 14 % à 12,3 %). Ces chiffres prennent
en compte les fonctions publiques provinciale et municipale mais aussi les réseaux de la santé, de
l'éducation et les sociétés d'État.
D'un point de vue québécois, la comparaison avec l'Ontario est globalement encourageante. Certes
des écarts subsistent, notamment en matière d'investissements, mais le bilan n'est pas aussi négatif
que certains le prétendent. Depuis 20 ans, le Québec a sensiblement comblé son retard en s'appuyant
sur ses forces : l'éducation, la recherche et la qualification de sa main d'oeuvre.
Pour communiquer avec l'Observatoire : Mme Danyelle Landry, (418) 641-3000, poste 6574 ;
télécopieur : (418) 641-3057 ; courriel : danyelle_landry@enap.ca ; site Internet : http://
enap.ca/observatoire.

»» racisme
L'ethnicisation de la criminalité
le cas des gangs de rue
Maria Mourani
Criminologue et étudiante à la maîtrise en sociologie, Universit é de Montréal
Le Devoir lundi, 1 décembre 2003
Dans une déclaration faite à un journaliste de Radio-Canada, Me Le Bouthillier, avocat d'un prévenu
membre d'une bande de rue, a déclaré que la prostitution faisait partie de la culture haïtienne, de la
même manière que fumer du cannabis dans la culture jamaïcaine. On se souviendra aussi de cette
juge qui affirmait, lors d'un procès d'agression sexuelle impliquant un homme d'origine haïtienne,
que cela faisait parti de la culture haïtienne de violer les femmes. Sans compter certains chercheurs,
dont nous ne citerons pas les noms de peur de leur donner une importance qu'ils ne méritent pas, qui
se complaisent à faire des analogies entre la violence des jeunes issus de l'immigration et leur
prétendue provenance de culture violente. Que d'aberrations et de raisons d'indignation!
Le réseau de prostitution juvénile de Qu ébec, prétendument démantelé, n'est que la pointe d'un
iceberg beaucoup plus profond qui indéniablement implique le crime organisé, en l'occurrence les
Hells Angels. Pourtant, ce groupe criminel est bien plus blanc que la cocaïne qu'il distribue
allègrement sur le marché illicite. Ce sont des «pures laines»! Seraient -ils issus d'une culture
valorisant le trafic de drogues, le trafic des femmes, d'enfants, d'automobile, d'armes, la fraude, le
blanchiment d'argent, le meurtre, etc?
Plus saugrenu encore, dit-on que ces activités criminelles sont l'apanage d'une culture québécoise?
Pourquoi les Hells Angels échappent-ils à cette ethnicisation qui semble prévaloir dans la
compréhension du phénomène? Croyez-vous que les personnes issues de l'immigration n'ont pas leur
«mouton noir»? Toutefois, au-delà des récriminations, demandons-nous d'où viennent ces prénotions
empreintes de préjugés? Qui est derrière cette construction ethnique des phénomènes criminels?
Avant le XVIIIe siècle, les phénomènes de criminel trouvaient leurs explications dans le surnaturel.
Le criminel était alors considéré comme un «fou», un possédé du démon, etc. Ce ne fut qu'à
l'avènement du siècle des lumières qu'on assista à une évolution progressive vers une interprétation
présentant une certaine scientificité et rationalisation. On expliqua alors les comportements criminels
par de grandes classifications où le pathologique et le biologique prirent la place du surnaturelle.
Les interprétations génétiques et morphologiques foisonnaient alors, avec, entre autres, des
chercheurs tels que Lombroso qui clamait l'existence d'un «criminel né» (Théorie de l'atavisme) et
Ferry (1829) qui divisait la société en fonction des classes sociales, attribuant ainsi à la classe
défavorisée une propension à la procréation de «criminels nés». Avec la multiplication des
recherches sur l'hérédité, la biotypologie, le QI, etc., on assista à l'apparition d'un eugénisme social
ainsi qu'à la création d'une frontière entre le normal et le pathologique.
Toutes ces thèses trouvaient alors leur légitimité dans la conception «naturelle» des phénomènes
criminels. Cependant, après la Deuxième Guerre mondiale, un rejet des thèses eugénistes laissa la
place à un paradigme «culturaliste», où la criminalité était expliquée en fonction de l'adaptation ou
de l'inadaptation des acteurs, voire de leur incompétence. Le racisme biologique fut alors remplacé
par un «néoracisme», où la culture prit la place du biologique avec l'avènement de la rectitude
politique.
L'un des phénomènes criminels le plus empreint de cette tendance à l'ethnicisation reste
indéniablement celui des gangs de rue. D'ailleurs, dans les définitions de ce phénomène, compte tenu
de l'absence de consensus, l'appartenance à une minorité ethnique est un critère significatif.
Rappelons que les études sur les bandes de jeunes ont apparu aux alentours des années 20 avec, entre
autres, les grandes études urbaines faites aux États-Unis où arrivaient des flots d'immigrants de
l'Europe et d'autres horizons.
Ce phénomène qui était au départ perçu comme une simple structure de socialisation des jeunes, peu
agressive, est devenu progressivement un problème d'ordre public, violent, un produit de
l'immigration et du choc des cultures. En fait, ce changement de perception prit son essor après la
Deuxième Guerre mondiale pour se maintenir encore jusqu'à nos jours. Que ce soit dans les médias,
dans la littérature traitant des bandes de rue ou de la délinquance juvénile, ces groupes sont devenus
l'expression d'une jeunesse dépravée, déracinée, criminalisée, issue de l'immigration et forte de ses
cultures originelles violentes.
Il est alors attribué aux jeunes issus de l'immigration une inadaptation naturelle ou culturelle, les
responsabilisant ainsi du racisme et de l'exclusion dont ils peuvent être victimes. Une remise en
question devrait donc se faire non seulement dans le système de justice et les corps de police, mais
aussi et surtout dans certains milieux de recherche qui sont les premières sources de ces préjugés
ethniques, voire culturels, qu'ils attribuent d'une «scientificité» légitimatrice.

»» Yves Michaud
Comprenne qui pourra !
Yves Michaud
TRIBUNE LIBRE 2 décembre 2003
Aux membres du Bureau de l'Assemblée nationale,
Le 12 septembre 2003, le président Bissonnette m'informait du refus de l'Assemblée nationale d'assumer les coûts d'une requête en jugement déclaratoire à la Cour supérieure du Québec, invalidant la motion de blâme à mon endroit du 14 décembre 2000, seul tribunal impartial habileté à statuer sur cette affaire. Le motif appuyant le refus était que les demandes de cette nature ne pouvaient être reçues que de la part des anciens députés dans l'exercice de leurs fonctions.
Ce n'est pas à ce titre que j'ai sollicité l'Assemblée nationale mais à celui de simple citoyen soucieux de savoir si cette dernière avait agit de façon ultra vires, en violation de l'article 324 de ses règlements limitant les motions à l'égard de personnes autres que députés dans les cas où il y a atteinte aux privilèges de l'Assemblée ou à l'un de ses membres. À l'évidence, une telle disposition des règlements exclut la motion du 14 décembre 2000, le soussigné n'ayant jamais, ni de près ni de loin, porté atteinte aux privilèges ou à l'intégrité des membres de l'Assemblée nationale. Qui plus est, ainsi que je l'écrivais au président Bissonnette dans ma lettre d'août dernier, la question est d'intérêt public et notamment celui des parlementaires eux-mêmes qui ont aussi intérêt à savoir si leur immunité les autorise à censurer les propos des citoyens lorsqu'ils ne sont pas mis en cause. Le rejet unanime de ma demande par les membres du Bureau, ainsi que j'en ai été informé par le président lui-même, députés libéraux et péquistes de concert, me paraît contraire à l'intérêt général et au droit de l'ensemble des citoyens et citoyennes de savoir si leurs élus ont le droit de censurer leurs propos. Ce qui autoriserait les députés, à la tête du client, de se livrer selon leur bon plaisir à des séances d'excommunication à l'égard de citoyens dont les propos ou opinions n'auraient pas eu l'heur de leur plaire.
En guise d'incidence et eu égard à l'article 324, je ne laisse d'être songeur du fait que des soupçons ont plané et planent encore sur 35 anciens ministres du Parti québécois dans la sordide affaire de prostitution juvénile à Québec. Dans ce cas, il y eut une violation manifeste de l'article 324 à l'égard d'un groupe important de parlementaires dont la réputation et l'honneur ont été mis en cause par des personnes autres que députés. À ce jour, l'Assemblée nationale n'a été saisie d'aucune motion de blâme contre le ou les auteurs de la violation de ses règlements alors que le 14 décembre 2000, rapides à la gâchette, 109 députés votaient à la suspecte unanimité une motion de blâme me concernant, sans m'entendre et sans prendre connaissance de mes propos ! Comprenne qui pourra !
En votre qualité de membre du Bureau de l'Assemblée nationale, vous êtes les premiers gardiens du droit, du respect et de l'autorité morale de la plus haute institution démocratique du Québec. Je fais appel à votre sens de l'honneur et à votre intégrité pour éviter que celle-ci se dévoie dans des pratiques douteuses et offensantes comme ce fut le cas le 14 décembre 2000.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L’esprit et le ton des articles de M. Robert Laplante
Voilà ce qu’il faut !
Luc Potvin
lpotvin_2000@yahoo.fr
TRIBUNE LIBRE Le 2 décembre 2003
Dans son « Bulletin du lundi » 1er décembre 2003, où il commente les dernières gescâneries de l’éditeur de La Presse, Guy Crevier, M. Robert Laplante résume en une seule phrase tout le discours fédéraliste et en souligne du même coup, aussi brillamment qu’ironiquement, toute l’ineptie, tout le vide, toute l’insignifiance :
« Derrière la rhétorique de l’audace et du défi, il n’y en a que pour le rapetissement. »
Je vous le demande : a-t-on jamais, avec autant de justesse et en si peu de mots, réglé le compte de tous nos fédéralistes du cru, qu’ils soient politiciens, scribouilleurs ou grandes gueules ?
Depuis un bon moment, M. Robert Laplante nous sert, à la revue L’Action nationale, des analyses mordantes et cinglantes, où la solidité des arguments n’a d’égal qu’un sens très aiguisé de la formule.
Je n’ai jamais eu l’occasion d’entendre parler M. Laplante. Mais, à en juger par ses écrits, je suis porté à croire que la cause de l’indépendance progresserait de beaucoup s’il en devenait auprès du grand public l’un des tout principaux porte-parole.
Si M. Laplante avait déjà eu l’occasion d’affronter le super-sophiste Trudeau dans un débat public, je ne doute guère, je suis même convaincu qu’il l’aurait écrasé aussi facilement qu’il pulvériserait aujourd’hui un quelconque Jean Charest ou un non moins quelconque Paul Martin.
Enfin, quoi qu’il advienne, et bien au-delà des personnalités, lesquelles ont toujours leurs forces et leurs faiblesses, une chose est sûre : il faut absolument que se fasse entendre le plus tôt possible et du plus grand nombre possible un discours indépendantiste dans lequel on retrouverait sans édulcoration l’esprit et le ton qui caractérisent les articles de M. Robert Laplante. Ça urge !

TRIBUNE LIBRE
Monsieur Gérald Larose touche la cible
Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE Le 2 décembre 2003
L'Assemblée nationale du Québec a été le théâtre d'une manifestation syndicale d'envergure le samedi 29 novembre dernier. Près de trente mille personnes qui ont informé le premier ministre Jean Charest que le recours à la sous-traitance pour dispenser des services aux Québécois n'est pas la panacée. Elle n'entraîne qu'une baisse salariale donc un appauvrissement général de la classe moyenne. Conjugués à des hausses de frais de certains services, Québec ne doit pas s'attendre à engranger des revenus supplémentaires provenant d'une augmentation de la consommation. L'écart entre les riches et les autres va aggraver la détresse des plus démunis qui solliciteront davantage les organismes de charité. Le temps des fêtes risque d'être plutôt triste pour ces gens.
Qu'avait donc de si répréhensible l'ancien modèle de développement? L'interventionnisme ciblé, le crédit d'impôt et l'obligation des entreprises d'investir une somme minimale dans la formation de leur main-d'oeuvre n'ont-ils pas permis au Québec d'afficher une prospérité parmi les meilleures des pays de l'OCDE récemment? Certes, la conjoncture économique favorable a aidé cette performance reluisante. Reste que notre fiscalité ne doit pas être si rebutante que cela aux yeux des investisseurs! Le taux d'activité au Québec a atteint 98% en 2002 par rapport à celui de l'Ontario. Le taux de chômage a reculé à 8% à ce moment. Tout cela, malgré l'obstacle fédéral; pas mal non? Chose certaine, les maisons de crédit américaines l'ont reconnu. Le Québec n'a donc pas à rougir de sa différence: elle représente au contraire un atout qui attire les entreprises. Les actions du gouvernement de Jean Charest sont insensibles à cette différence et cherchent même à l'éliminer.
L'ancien chef de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), monsieur Gérald Larose, y est allé d'une déclaration d'une grande sagesse à Québec samedi dernier: le modèle de développement que désire importer Jean Charest au Québec ne concorde pas avec les valeurs de la société québécoise. Il risque de heurter la sensibilité d'un peuple habitué à un certain partage de la richesse. Une solidarité qui s'avère tout le contraire de l'individualisme qui triomphe partout en Amérique du nord grâce au néo-libéralisme. Nous ne voulons pas abandonner nos gens: tous savent que la pauvreté engendre la criminalité et l'injection de sommes importantes en outils de répression. Ces dépenses peuvent se faire d'une façon nettement plus progressive en implantant des programmes d'aide pour éliminer la vulnérabilité qui guette les groupes à risque.
Gérald Larose a raison: la société québécoise ne ressent pas de complexe face au reste de l'Amérique. Un pays du Québec valoriserait même les gens qui renoncent au monde de consommation afin de mieux préserver la cellule familiale. Le taux de natalité pourrait ainsi augmenter de façon significative. Un parent qui décide généreusement et courageusement d'investir ses énergies à la maison devrait recevoir une modeste somme en fonction du revenu de son partenaire de vie. C'est toute la société québécoise qui en sortirait gagnante: le taux de décrochage scolaire diminuerait, réduisant de beaucoup tous les coûts sociaux qu'il impose à la société. Exactement le genre de solidarité qui rend malades les libéraux...
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
COMMUNIQUÉS Le 28 novembre 2003