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Il n'y a pas eu de «processus exemplaire», M. le président
Collectif
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 décembre 2003
Monsieur le président Chirac, Lors de votre dîner d'adieu à Jean Chrétien, le 9 décembre dernier, vous avez affirmé qu'il avait «présidé au mouvement par lequel le pacte constitutif [du Canada] a pu être réaffirmé au terme d'un processus exemplaire». Loin de nous l'idée de nous immiscer dans votre lien personnel avec M. Chrétien, mais cette phrase nous laisse perplexes quant à son sens profond et à la nature des événements que vous évoquez.
En nous remémorant l'ensemble des gestes faits par Jean Chrétien dans le dossier constitutionnel pendant sa carrière politique, nous n'arrivons pas à identifier le «processus exemplaire» mentionné. Deux moments historiques peuvent, nous semble-t-il, être ceux auxquels vous faites référence et qui ont vu Jean Chrétien jouer un rôle de premier plan, soit le processus de rapatriement de la Constitution canadienne, en 1980-82, et l'adoption de la loi sur la «clarté référendaire» en 2000. Comme vous le savez sans doute, ces deux événements ont fait l'objet d'un refus unanime de la classe politique québécoise.
La Constitution canadienne de 1982 reste marquée par l'absence de la signature du gouvernement du Québec, et aucun gouvernement québécois n'a voulu y donner son aval depuis. Le Québec vit donc, malgré lui, avec une Constitution qu'il n'a jamais acceptée sous aucune forme. La loi sur la clarté référendaire, elle, a été rejetée par les trois partis politiques représentés à l'Assemblée nationale du Québec et par la majorité des députés québécois à la Chambre des communes à Ottawa.
Compte tenu de la réalité historique, votre déclaration nous surprend. Il importe donc de revenir sur l'oeuvre constitutionnelle de Jean Chrétien. La France est en effet le seul État souverain avec lequel le Québec entretient des liens directs et privilégiés. En l'occurrence, elle ne peut donc pas rester indifférente et elle ne doit pas non plus se laisser induire en erreur.
Le rapatriement de la Constitution
En 1980, lors du premier référendum québécois, Pierre Elliott Trudeau, premier ministre du Canada à l'époque, a fait une promesse solennelle de changement constitutionnel pour inciter les Québécois à rejeter la proposition de souveraineté. Il alla même jusqu'à mettre l'ensemble des sièges fédéraux du Québec de son parti en jeu, y compris celui de M. Chrétien. À la suite de la défaite référendaire des forces du OUI, Trudeau prétendit remplir sa promesse et Jean Chrétien fut désigné responsable des négociations en vue de rapatrier la Constitution canadienne.
Plus tard, un jugement de la Cour suprême du Canada indiquait essentiellement au gouvernement fédéral qu'il pouvait légalement procéder unilatéralement au rapatriement mais que ce serait un geste illégitime. Au terme de longues négociations avec le gouvernement fédéral et avec les provinces canadiennes, et au lendemain d'une nuit aujourd'hui notoirement connue comme celle «des longs couteaux», le Québec a été isolé et mis devant un fait accompli : non seulement aucune de ses revendications constitutionnelles ne serait honorée, mais en plus, la nouvelle Constitution canadienne, telle que conçue par le reste du Canada, serait adoptée sans son consentement.
L'homme au coeur même de cet événement, celui qui avait dirigé cette basse manoeuvre, n'a été nul autre que Jean Chrétien. (D'ailleurs, le reste du Canada décrit aujourd'hui cet événement comme le «Kitchen Deal» : l'entente a en effet été négociée dans une cuisine du Château Laurier tard dans la nuit, après que la délégation du Québec et le premier ministre René Lévesque se furent retirés pour la nuit dans un hôtel avoisinant.)
Il nous semble impossible que le «processus exemplaire» que vous évoquez puisse faire référence à toutes ces manigances. Nous vous rappelons du reste qu'à l'époque, selon Frédéric Bastien, historien des relations France-Québec, les autorités françaises avaient sérieusement songé à une intervention auprès des autorités britanniques pour tenter de faire avorter le processus de rapatriement tel que conçu par Pierre Trudeau et Jean Chrétien.
La loi sur la clarté
L'adoption en juin 2000 de la loi sur la clarté a été un moment fort dans la carrière de Jean Chrétien alors qu'il est vigoureusement intervenu dans le dossier constitutionnel, et non le moindre.
Encore une fois, à la suite du référendum québécois de 1995, qui a vu les forces du OUI atteindre 49,6 % d'appuis avec une participation massive de l'électorat (94 %), le gouvernement fédéral canadien, sous la gouverne de Jean Chrétien devenu premier ministre, a préparé sa réplique. S'agissait-il de revoir la Constitution canadienne pour réparer la bavure de 1982 et tenter de ramener le Québec dans le giron constitutionnel en donnant suite à ses demandes légitimes ? Ou s'agissait-il d'examiner comment ses revendications québécoises face à la fédération pouvaient être entendues ? L'histoire retiendra malheureusement que le gouvernement fédéral a au contraire fait preuve d'une absence totale de flexibilité.
Après un renvoi fédéral à la Cour suprême du Canada lui demandant de statuer sur le droit à l'autodétermination du peuple québécois, le gouvernement fédéral a préparé une réplique législative (la loi sur la «clarté référendaire»), qui octroyait au Parlement canadien le droit de décider, arbitrairement, si la question référendaire posée par l'Assemblée nationale du Québec était «claire» et si la majorité obtenue l'était également. N'est-il pas inconcevable que la majorité canadienne puisse disposer, à son gré et selon son humeur du moment, de l'avenir de la nation québécoise ? La réponse est évidente pour toutes les personnes sensibilisées aux idéaux et aux obligations démocratiques.
C'est pour cette raison que les cercles politiques québécois, d'une seule voix, se sont élevés contre cette loi inique. D'ailleurs, la classe politique française, elle aussi, ne s'est pas privée d'exprimer fermement son désaccord. Au mois de février 2000, Pierre-André Wiltzer, à l'époque membre du groupe d'amitié parlementaire France-Québec et aujourd'hui ministre de votre gouvernement, déclarait : «Nous avons pris connaissance du projet de loi C-20 avec surprise et inquiétude»; la loi est «une construction juridique hasardeuse... ».
François Bayrou, secrétaire général de l'Union pour la démocratie française (UDF), rappelait pour sa part que «lors d'une consultation populaire, il ne saurait y avoir de majorité à géométrie variable laissée à une appréciation subjective». Le Parti socialiste, quant à lui, s'étonnait «de la philosophie d'un projet de loi qui tendrait à limiter la liberté d'expression des Québécois». Jean-Pierre Chevènement, du Mouvement des citoyens, a condamné «la sournoise violation du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. [...] La France ne saurait laisser, sans mot dire, le gouvernement canadien réduire le Québec au statut communautariste de petite minorité francophone sous tutelle».
Plus tard, au moins d'avril de la même année, Raymond Barre, ancien premier ministre de France et nouveau maire de Lyon, ajoutait que «ceci me paraît assez singulier et curieux. Vouloir fixer une majorité que je qualifierais d'opportuniste ne semble pas acceptable du point de vue de la démocratie». Enfin, Jacques Julliard, dans un éditorial percutant du Nouvel Observateur, lançait un appel : «Nos hommes politiques doivent faire savoir publiquement que l'adoption du projet de loi C-20 serait un geste inamical à l'égard de la communauté francophone.»
Encore une fois, dans ce cas-ci, nous ne pouvons imaginer que vous ayez pu faire référence à l'adoption de cette loi dans votre hommage rendu à M. Chrétien.
En guise de conclusion
M. le président, à la lumière de ces rappels, vous comprendrez que nous nous étonnons de la nature de votre déclaration portant sur les initiatives constitutionnelles de Jean Chrétien.
En 1974, alors que Robert Bourassa était premier ministre du Québec et vous-même premier ministre de la France, vous déclariez à l'occasion d'une rencontre officielle que «la France était résolue à faire méthodiquement ce que les Québécois souhaitent qu'elle fasse pour prendre sa part de l'affermissement du Québec». Par la présente, nous tenions à vous signaler que ce n'est pas contribuer à l'affermissement du Québec que de louanger comme vous l'avez fait les gestes commis par Jean Chrétien pour freiner l'émancipation de la nation québécoise.
Nous espérons, en tout respect, que vos propos ne trahissent pas un changement profond de votre compréhension de la réalité québécoise et des relations directes et privilégiées que votre pays entretient avec le Québec. Dans le cas contraire, le sens fondamental de notre présence et de notre action francophone en Amérique du Nord en serait radicalement affecté.
Gérard Bouchard
Titulaire de la chaire de recherche du Canada en dynamique comparée des imaginaires collectifs, Université du Québec à Chicoutimi
Alain-G. Gagnon
Titulaire de la chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, Université du Québec à Montréal
Andrée Lajoie
Professeur titulaire, Université de Montréal
Jacques-Yvan Morin
Professeur émérite,Université de Montréal
Madeleine Parent
Syndicaliste, Montréal
Guy Rocher
Professeur titulaire, Université de Montréal
Jean Allaire
Avocat et ancien chef de l'Action démocratique du Québec
Jean-Claude Rivest
sénateur
Claude Corbo
Professeur titulaire, Université du Québec à Montréal

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Jacques Chirac rend hommage à Jean Chrétien
PARIS (AP mardi 9 décembre 2003 ) - Jacques Chirac a rendu hommage mardi au Premier ministre canadien Jean Chrétien, qui s'apprête à quitter ses fonctions vendredi.
"Au moment où vous vous préparez à quitter la vie politique, je tiens à vous dire publiquement, mon cher Jean, que jamais les relations entre la France et le Canada n'ont été meilleures. Jamais les valeurs que nos deux pays ont en héritage ne nous ont autant rapprochés", a déclaré le président français à l'occasion du lancement du programme "Canada-France 2004" à la Cité des sciences et de l'industrie de la Villette.
Premier ministre du Canada depuis 1993, Jean Chrétien, qui transmettra ses pouvoirs vendredi à Paul Martin, issu comme lui du Parti libéral, effectue à Paris sa dernière visite officielle à l'étranger.
Le Premier ministre canadien a lancé avec Jacques Chirac le programme "France-Canada 2004", qui commémore la fondation en juin 1604 par Pierre du Gua de Monts et Samuel de Champlain de la première colonie française au Canada. Les deux hommes ont visité ensemble l'exposition "Le Canada vraiment" consacrée au Canada du 21e siècle.
Jacques Chirac et Jean Chrétien sont se retrouvés dans la soirée au Quai d'Orsay pour un dîner de gala en l'honneur du Premier ministre canadien et de son épouse Aline.
Dans son toast, le président français a exprimé son "regret" de voir son ami quitter ses fonctions, mais surtout son "admiration" pour l'oeuvre laissée par le Premier ministre canadien et sa "gratitude" pour les "combats menés ensemble".
Il a rendu hommage aux "belles qualités d'homme et de chef" du Premier ministre canadien, qui a défendu "avec ténacité et avec intelligence" sa vision du Canada et de sa place dans le monde pendant ses trois mandats.
Le président français, qui partage avec Jean Chrétien une passion pour les peuples premiers, s'est notamment souvenu de son "voyage inoubliable" avec le Premier ministre canadien au Nunavut après un sommet de la Francophonie au Canada en septembre 1999.
Jacques Chirac n'a en revanche pas évoqué dans son discours sa brouille avec Jean Chrétien lorsqu'il s'était prononcé pendant la campagne présidentielle de 1995 en faveur d'une reconnaissance rapide d'un éventuel Québec souverain par la France. Ce différend avait été très rapidement oublié après l'élection de Jacques Chirac, avec la mise en place d'un "partenariat renforcé" entre la France et le Canada. AP

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Chirac fait ses adieux à Chrétien
PC 10 décembre 2003 Paris -- Le président français Jacques Chirac a fait hier des adieux extrêmement chaleureux à Jean Chrétien, son «très cher Jean», allant jusqu'à le tutoyer publiquement pour mieux lui témoigner son amitié.
En soirée, M. Chirac a offert un grand dîner d'État en l'honneur du couple Chrétien, qui effectuait à Paris son dernier voyage officiel. Devant le gratin politique et financier français, le président a rendu un hommage appuyé au premier ministre, levant son verre en l'honneur d'un «homme d'État exceptionnel et prestigieux, qui a écrit beaucoup de belles et fortes pages de l'histoire de son pays et du monde».
Quelques instants plus tôt, M. Chirac avait implicitement évoqué la guerre en Irak et les positions française et canadienne sur le rôle de l'ONU. «Notre monde aujourd'hui a besoin de sécurité. Il a besoin pour cela de justice et de stabilité, a-t-il dit. Je suis fier que nous nous soyons si souvent retrouvés côte à côte dans les enceintes internationales pour rappeler la primauté du droit, l'importance du multilatéralisme et le devoir de solidarité avec les plus démunis.»
Tout au long de la journée, Jacques Chirac a multiplié les marques d'affection à l'endroit de son ami, qui l'a reçu l'été dernier à sa résidence du Lac-des-Piles et à Shawinigan. «J'en garde un souvenir mémorable», a assuré le président à la Presse Canadienne.
Dès leurs retrouvailles au palais de l'Élysée, dans l'après-midi, le chef de l'État français avait réservé un accueil exceptionnel au premier ministre, allant à sa rencontre à sa descente de voiture avant de l'enlacer en lui donnant du «très cher Jean».
Après cet entretien, qui a notamment porté sur l'Irak et la relève dans quelques mois des troupes françaises et canadiennes en Afghanistan, les deux hommes, dans la même voiture, se sont rendus à la Cité des sciences de Paris. Ils y ont officiellement lancé les activités qui souligneront tout au long de 2004 le 400e anniversaire de l'arrivée de Samuel de Champlain au Canada.

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Jean Chrétien effectue à Paris
sa dernière visite officielle à l'étranger
MICHEL DOLBEC
PARIS (PC 10.12.2003) - A trois jours de son départ de la vie politique, le premier ministre Jean Chrétien effectue mardi à Paris sa dernière visite officielle à l'étranger.
Arrivé lundi soir du Nigeria, où il assisté au sommet du Commonwealth, M. Chrétien sera reçu mardi après-midi au Palais de l'Elysée par son ami Jacques Chirac. Le président et lui traverseront ensuite la capitale pour aller lancer, à la Cité des Sciences de la Villette, le programme des festivités qui marqueront en 2004 le 400e anniversaire de l'installation des Français au Canada. En soirée, le président offrira, au Palais des affaires étrangères, au Quai d'Orsay, un grand dîner d'Etat en l'honneur du futur retraité.
Dix ans après sa première visite à Paris en tant que premier ministre, les observateurs et la presse française dressent un bilan positif de son action. Lorsqu'il avait été reçu à l'Elysée en 1994, François Mitterrand occupait encore les lieux. A l'issue de l'entretien, M. Chrétien s'était déclaré "émotionné" par cette rencontre et certains se demandaient comment il allait se débrouiller sous les lambris des palais de la République où le verbe est roi.
Aujourd'hui, on constate que le premier ministre a présidé à un resserrement spectaculaire des relations franco-canadiennes. Sous son règne les médias et les politiques français en sont par ailleurs venus à considérer le Canada comme une "boîte à idées" et un "exemple à méditer", notamment en ce qui concerne la gestion des finances publiques et la réforme de l'Etat.
En France, l'image du Canada n'a jamais été si bonne. Il en va de même de celle de Jean Chrétien, qui est sans doute meilleure qu'elle ne l'est au Canada. "Au terme de quarante années de vie politique intenses, couronnées par dix années comme premier ministre, cet autodidacte issu d'une famille modeste de dix-neuf enfants laissera derrière lui l'empreinte d'un grand réformateur", résume cette semaine Le Figaro Magazine dans un long article consacré au chef libéral.
Au fil des ans, Jean Chrétien a également noué avec le président Chirac une relation d'amitié à laquelle on ne connaît pas de précédent, même si Brian Mulroney tutoyait le président Mitterrand. L'affaire avait pourtant mal commencé. En 1995, Jean Chrétien et Jacques Chirac s'étaient brouillés, lorsque ce dernier, alors candidat à la présidence, s'était prononcé en faveur d'une reconnaissance rapide d'un éventuel Québec souverain par la France.
Oubliant ce différend après l'élection de M. Chirac à la tête de l'Etat, les deux hommes avaient mis en place une politique de "partenariat renforcé" entre leurs pays. Aujourd'hui, le président se préoccupe beaucoup, dit-on, de ce que fera son ami après son départ de la politique. "Il ne doit pas s'arrêter du jour au lendemain", a récemment confié le chef de la République au nouvel ambassadeur du Canada à Paris, Claude Laverdure.
Estimant que "le monde a besoin de Jean Chrétien", M. Chirac souhaite apparemment que celui-ci continue à occuper un rôle sur la scène internationale, dans des situations de crise, notamment en Afrique.

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L'usurpation démocratique
Gil Courtemanche
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 décembre 2003
Jean Charest, comme George Bush, se vante probablement de ne pas lire les journaux. J'imagine donc qu'il n'a pas lu dans Le Devoir l'intéressant texte de Michel Lévesque sur Jean Lesage, publié mercredi et jeudi. Il est encore temps. La principale leçon qui se dégage de ce texte est relativement simple mais s'avère fondamentale car elle illustre les paramètres dans lesquels les élus doivent agir pour respecter leur mandat démocratique. Autrement dit, il ne suffit pas d'être élu majoritairement pour transformer nos décisions en choix démocratiques.
Ainsi, dans le programme libéral de 1960, on ne mentionnait ni la nationalisation de l'hydroélectricité ni la création d'un ministère de l'Éducation. Les libéraux de Lesage avaient le mandat de changer les choses mais pas de les révolutionner. Pour s'engager dans de tels bouleversements tout en restant démocrates et respectueux, il fallait sinon des élections pour préciser le mandat, du moins une consultation populaire large et approfondie. Jean Charest ne se serait pas préoccupé de ce déficit démocratique et aurait foncé comme il le fait depuis son élection sans se soucier un seul instant de savoir s'il a vraiment le mandat de démolir la baraque.
Comme le pape qui s'appuie sur son infaillibilité divine pour ne pas respecter les sentiments de la majorité des fidèles de l'Église catholique sur des sujets comme la contraception et le contrôle des naissances, le premier ministre Charest invoque son mandat de changement. Il y a chez lui une arrogance et une suffisance qui ne cessent de me surprendre.
Quel est précisément le mandat de ce gouvernement ? Sur quoi a-t-il précisément fait campagne ? En premier lieu, la santé, en deuxième lieu, la santé, et en troisième lieu, les défusions municipales. On peut ne pas être d'accord avec les moyens que le gouvernement propose pour résoudre ces problèmes mais on doit reconnaître qu'il a un large mandat pour agir dans les domaines de la santé et de l'organisation municipale. On aurait souhaité moins de précipitation et plus de concertation, mais il semble que le dialogue ne fasse pas partie des outils de ce gouvernement autoritaire.
Dans le cas de la loi 31, qui modifie le Code du travail, et de la loi 32, qui augmente les tarifs des garderies, ce gouvernement ne peut se prévaloir d'aucune légitimité, et toutes les formes d'action pour lutter contre cette usurpation démocratique sont justifiées. Faut-il rappeler encore une fois que pendant la campagne électorale, M. Charest avait juré sur la Bible qu'il n'augmenterait pas les tarifs des garderies ?
Le cynisme
Et il y a la manière, le cynisme politique, le mépris de la volonté populaire, qui caractérise ce gouvernement. L'utilisation du bâillon cette semaine pour adopter non pas un mais huit projets de loi dont quelques-uns entraînent des changements radicaux relève du pire opportunisme politique et nous ramène à l'époque de Duplessis : «Toé, tais-toé !» Cette tactique qu'aucune urgence ne justifiait n'avait qu'un but : profiter de la pause des Fêtes pour que la grogne populaire et la fronde syndicale s'essoufflent sous des monceaux de dinde et des barils de vin.
À l'usure, on découvrira peut-être que le gouvernement, par arrogance, a commis la pire erreur de son court mandat, une erreur qu'il risque de payer cher au cours de l'année qui vient. Les libéraux sont en train de réussir ce qu'aucun gouvernement n'avait pu réaliser depuis plus de 20 ans : recréer l'unité syndicale au Québec et encourager la naissance d'un front commun solide. Mieux encore, le gouvernement Charest a réussi ce qu'aucun gouvernement dans l'histoire québécoise n'a réussi à faire : rendre les syndicats populaires. Le sondage publié cette semaine par la Centrale des syndicats démocratiques est lumineux. 80 % des Québécois appuient un peu ou entièrement les revendications des groupes sociaux malgré les nombreux désagréments qu'ont entraînés pour eux les manifestations et les actions directes organisées la semaine dernière par les organisations syndicales et les groupes sociaux. C'est une première historique. Les Québécois ne perçoivent plus les syndiqués comme des privilégiés mais comme des citoyens comme eux, qui défendent le bien commun. La fracture entre la revendication syndicale et la revendication populaire s'estompe. Pour cela, il faut remercier l'entêtement de M. Charest. Il fallait voir les parents privés de garderie marcher main dans la main avec les travailleurs des centres de la petite enfance pour comprendre qu'un phénomène nouveau prenait forme.
Ce gouvernement devrait profiter de la pause des Fêtes pour réfléchir et se demander pourquoi, après seulement six mois de pouvoir, il est si peu populaire. Le sondage de la CSD est aussi instructif à ce sujet. Même des électeurs libéraux se sentent trahis et disent, comme des centaines de milliers d'autres, qu'ils «n'ont pas voté pour ça». En fait, 27 % des gens qui ont appuyé le Parti libéral lors des dernières élections ne voteraient pas pour les libéraux aujourd'hui. Je sais que ces libéraux que Jean Lesage renierait ne s'embarrassent pas de scrupules démocratiques : ils carburent aux sondages. Espérons qu'entre la dinde et le vin, ils prendront le temps de les consulter et de se demander s'ils ont vraiment été élus pour mettre en place le Québec que nous proposait Mario Dumont.

»» négociations dans le secteur public
L'exemple de Harris
Michel David
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 décembre 2003
En octobre 1995, le gouvernement Harris, élu depuis quatre mois à peine, avait soulevé la colère des progressistes ontariens en installant des barrières coulées dans le ciment pour interdire l'accès à l'Assemblée législative aux manifestants qui protestaient contre des compressions budgétaires massives destinées à financer les baisses d'impôt promises pendant la campagne électorale.
«Est-ce un parlement ou une forteresse ?», avait lancé un député néo-démocrate, qualifiant Mike Harris de «dictateur». Ce n'était qu'un début. Pendant des semaines, Queen's Park a été littéralement assiégé.
En février de l'année suivante, les fonctionnaires ontariens avaient déclenché la première grève générale de leur histoire. Il ne s'agissait pas d'un conflit de travail mais d'un véritable affrontement politique. Les syndicats du secteur public estimaient que la «révolution du bon sens» menaçait leur existence même. Cela ne vous rappelle rien ?
Il y avait vraiment de quoi être inquiet. Après avoir aboli la loi contre les briseurs de grève imposée par les néo-démocrates de Bob Rae, le gouvernement Harris avait présenté un projet de loi permettant la privatisation de services publics sans aucune obligation à l'endroit des employés licenciés.
La grève avait duré cinq semaines. Peine perdue. Rien n'avait pu ébranler la détermination de «Mike the Knife» à mener à terme sa «révolution du bon sens». Les piquets de grève étaient à peine démantelés que le gouvernement annonçait la suppression de 10 000 postes.
«Aucun groupe de pression, surtout pas les syndicats, ne nous empêchera de ramener en Ontario un climat propice aux affaires», avait martelé M. Harris. En dépit ou à cause des menaces à la paix sociale, la majorité silencieuse ontarienne lui avait donné raison en le réélisant haut la main quatre ans plus tard.
Il ne faut pas chercher plus loin d'où Jean Charest tire son inspiration. Mike Harris lui sert de modèle non seulement dans le plan de la «réingénierie» mais également dans la méthode pour la réaliser.
Dans l'entourage du premier ministre Charest, on est convaincu que la population n'a aucune objection à ce que le gouvernement «plante» les syndicats. Ou, mieux encore, qu'elle lui en sera reconnaissante, comme les Ontariens l'ont été.
Le mouvement syndical fait plutôt le pari que les Québécois ont une sorte de penchant inné pour la social-démocratie, ce que le président de la FTQ, Henri Massé, appelle «un tissu social plus serré qu'ailleurs» qui les fera mal réagir à la médecine néolibérale du gouvernement Charest.
Il ne faut cependant pas tirer de conclusion trop hâtive du sondage CROP commandé par la CSD, selon lequel 80 % des Québécois estiment que les «groupes sociaux» ont raison de contester les politiques gouvernementales.
Certes, les syndicats peuvent être inclus dans ces «groupes sociaux», mais il est loin d'être assuré que l'appui de la population demeurera le même quand le mouvement de protestation des dernières semaines se transformera en affrontement plus traditionnel entre l'État et ses employés à la faveur des négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public.
À force de répéter que les finances publiques sont dans un état désastreux, le gouvernement ne devrait pas avoir trop de mal à présenter les demandes salariales des syndicats comme une aberration.
On a peut-être commis une erreur en attaquant sur tous les fronts à la fois, de manière à en finir au plus vite avec les mauvaises nouvelles, mais les parents mécontents des hausses de tarif dans les garderies seront peut-être moins militants à la perspective d'une deuxième journée de grève, qu'on annonce pour la mi-janvier. Sans parler d'une grève générale qui paralyserait l'ensemble du secteur public.
Il n'en demeure pas moins qu'un taux de satisfaction aussi bas que 34 %, seulement huit mois après les élections, a de quoi préoccuper les stratèges libéraux. Même au moment où le parlement était pris d'assaut, le gouvernement Harris conservait l'appui de 50 % des électeurs ontariens.
Comme toujours, quand la population est insatisfaite, on parle d'un problème de communication, comme s'il était exclu qu'elle puisse avoir très bien compris le sens de l'action gouvernementale et qu'elle la désapprouve.
Il est cependant vrai qu'aucun des ministres directement responsables de la «réingénierie» ne fait preuve du moindre talent pour la communication. Dans le cas de Monique Jérôme-Forget, on pourrait même parler d'anticommunication.
En fait, toute l'équipe économique constitue un point faible. Disons-le franchement : si M. Charest a fait appel à Yves Séguin et à Michel Audet, c'était essentiellement pour leur réputation. À l'époque, il était devenu urgent que le PLQ trouve le moyen de projeter une image d'expertise économique qui faisait cruellement défaut. Cela a bien fonctionné, mais leur talent politique n'en demeure pas moins limité. Robert Bourassa avait fait le même coup en 1985 avec André Vallerand et Pierre MacDonald.
Avec Philippe Couillard, qui en a bien assez avec la santé, M. Charest lui-même est le seul qui soit un bon vendeur. On lui reproche de toujours être au bâton, mais a-t-il vraiment le choix ? Le risque est évidemment une usure prématurée. Remarquez, M. Harris allait souvent au bâton lui aussi.
On peut comprendre Bernard Landry de flotter sur un nuage à la vue d'un sondage qui place le PQ en tête des intentions de vote, mais il apprendra peut-être que l'opposition comporte son lot d'illusions.
La tentation pourrait être grande de simplement attendre que les libéraux se cassent la figure et, du coup, de s'épargner le tracas des remises en question. M. Landry est précisément du genre à succomber à ce genre de tentation. Lui aussi devrait garder l'exemple de Mike Harris à l'esprit.
mdavid@ledevoir.com

»» Bilan de la session parlementaire
Charest souffle le chaud et le froid
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 décembre 2003
Malgré le manque d'argent, le gouvernement maintient le cap sur les baisses d'impôt
Québec - Dans la première année de son mandat, un nouveau gouvernement en profite souvent pour faire avaler des couleuvres à la population, imposant des mesures impopulaires mais qui s'avèrent nécessaires à ses yeux.
Les critiques, aussi véhémentes soient-elles, coulent sur lui comme l'eau sur le dos d'un canard. Les prochaines élections, à la faveur desquelles les citoyens insatisfaits pourraient sanctionner le parti au pouvoir, sont à mille lieues. Un nouveau gouvernement a les coudées franches.
S'il y a une vérité politique à laquelle Jean Charest croit, c'est bien celle-là. Dans son autobiographie qu'il a publiée en 1998, quand il a fait le saut dans l'arène québécoise, l'ancien chef du Parti progressiste-conservateur écrivait : «Un électorat qui vient d'élire un gouvernement ne change pas d'idées l'année suivante. Étant conséquent avec lui-même, il cherche à se confirmer qu'il a fait le bon choix. Alors, le gouvernement a beau faire n'importe quoi au début, le public trouve toujours des raisons pour lui pardonner ses erreurs. Il laisse la chance au coureur.»
Jean Charest parlait de l'année qui a suivi l'amère défaite des conservateurs de 1993. Le gouvernement dont il est question, c'était celui de Jean Chrétien. Manifestement, M. Charest s'inspire aujourd'hui, dans son rôle de premier ministre du Québec, de la même sagesse politique.
En faisant le bilan de la session parlementaire jeudi, Jean Charest a refusé de dire si le pire était passé, si on devait s'attendre à d'autres mesures qui suscitent la grogne de larges segments de la population en 2004. Cette grogne est d'ailleurs superficielle, selon lui. Son gouvernement écoute «non seulement ceux qui parlent fort, mais également les citoyens et citoyennes du Québec qui, dans certains cas, ne peuvent pas s'exprimer». Un gouvernement à l'écoute de la majorité silencieuse. Il doit avoir l'oreille fine.
Personne ne peut sérieusement s'opposer au «bon sens», avance Jean Charest. Son gouvernement maintiendra le cap sur son plan. Et le plan Charest est simple : améliorer les services que doit rendre un gouvernement provincial, en particulier dans le domaine de la santé. Et puis baisser les impôts. C'est le programme d'un gouvernement conservateur. Aujourd'hui, Jean Charest ne se donne même plus la peine de chicaner sur l'épithète.
Dans le bilan de la session parlementaire qu'il livrait hier, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, soulignait que le premier ministre ne s'était pas gardé de marge de manoeuvre pour faire des arbitrages quand un de ses ministres avait de la difficulté à vaincre les résistances à l'égard d'un projet de loi.
C'est particulièrement vrai dans le cas du projet de loi 31 favorisant la sous-traitance défendu par le ministre du Travail, Michel Després. On se serait attendu à ce que le ministre jette un peu de lest en présentant des amendements significatifs. Dans son mémoire, le Barreau avait jugé que le projet de loi était mal écrit, qu'il fallait définir ce qu'on entendait par «la plupart des autres éléments caractéristiques de la partie de l'entreprise» qui passait à la sous-traitance. Plusieurs experts sont venus suggérer d'inclure dans les modifications au Code du travail une clause d'employeur unique, comme dans huit autres provinces, ce qui empêcherait une entreprise de se subdiviser pour se débarrasser de la convention collective et du syndicat.
Les finances
Jean Charest, qui dit maintenir des canaux de communication ouverts avec les centrales syndicales et les avoir écoutées, n'est pas intervenu. Advienne que pourra. Mario Dumont, dont le parti a voté en faveur du projet de loi, a souligné que le gouvernement a eu tort de ne pas tenir de commission parlementaire pour expliquer le projet de loi 31. Piètre communication, donc.
Là où la position du gouvernement apparaît la plus nébuleuse, c'est au chapitre des finances publiques. Le ministre des Finances, Yves Séguin, annonce des écarts budgétaires substantiels, près de un milliard dans la dernière synthèse des opérations financières du gouvernement, mais cela ne le démonte aucunement. Il ne s'en inquiète guère.
À l'entendre, le déficit zéro sera atteint sans que les services publics en souffrent, la baisse d'impôt de un milliard sera au rendez-vous l'an prochain, aucun tarif ne sera relevé, l'éducation sera épargnée et la santé disposera de tout l'argent nécessaire pour faire face à la demande croissante et pour améliorer les services. «Cherchez l'erreur», dit Bernard Landry.
Jean Charest souffle aussi le chaud et le froid. Il dit aux employés de l'État, qui amorcent la négociation pour le renouvellement de leurs conventions collectives, que le gouvernement n'a pas d'argent. En revanche, le premier ministre affirme que son gouvernement maintient le cap sur son plan. Et son plan, il le rabâche depuis septembre 2002 : c'est en 2004 une baisse d'impôt de un milliard et deux milliards de plus en santé.
Tout cela est bien mystérieux. La réalité, c'est que le Conseil du trésor vient de réclamer 394 millions pour colmater des brèches à l'aide sociale et à la sécurité publique. Et cette somme proviendra de compressions dans les ministères autres que ceux de la Santé et de l'Éducation. C'est aussi un trou-surprise dans la péréquation de 700 millions que M. Séguin souhaite étaler sur cinq ans. Dans le meilleur des cas, c'est une douloureuse brèche de 140 millions. En clair, on calcule au ministère des Finances que le gouvernement Charest doit éponger 775 millions d'ici le 31 mars. C'est tout de même plus de 9 % des budgets des ministères autres que ceux consacrés à la santé, à l'éducation, à l'aide sociale et à la sécurité publique.
C'est faisable, mais ce n'est pas une sinécure. Parlez-en au ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, qui a appris par l'opposition officielle à l'Assemblée nationale que la synthèse des opérations amputait son ministère de 83 millions de plus. En 2004, la situation n'est guère mieux puisque le gouvernement doit composer avec une baisse des transferts fédéraux pour la santé de 1,3 milliard.
Le PQ et l'ADQ l'ont signalé : avant même de voir la couleur de la baisse d'impôt, les familles de la classe moyenne sont frappées par une hausse d'impôt déguisée -- 140 millions de moins à l'indexation de la table d'impôt -- et par diverses autres augmentations : tarifs d'électricité, frais de garde, assurance-médicaments et taxe sur le tabac pour les irréductibles. On peut sérieusement se demander si la baisse d'impôt en 2004, si baisse d'impôt il y a, parviendra à couvrir toutes ces hausses.
On parle beaucoup des problèmes de communication du gouvernement Charest. Mais peut-on communiquer l'incompréhensible, le contradictoire, l'insondable ? Mieux vaut ne rien dire, ou parler pour ne rien dire, ce qui revient au même. De toute façon, les prochaines élections ne sont que dans quatre ans...

»» Bilan de la session parlementaire
Le style Charest
Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 décembre 2003
Jean Charest avait promis du changement aux Québécois. En huit mois, son gouvernement a rompu avec ses prédécesseurs de façon presque aussi marquée que l'avait fait le Parti québécois au lendemain des élections de 1976. Le choc est d'autant plus grand qu'on ne s'attendait pas à ce qu'il tienne aussi rigoureusement parole.
Nombreux sont ceux qui, ces dernières semaines, auront pris la véritable mesure de Jean Charest. La session parlementaire qui s'est terminée jeudi était son véritable baptême de feu. Sous les projecteurs de l'Assemblée nationale, on a pu le voir décider, résister aux pressions, affronter. Il en ressort le portrait d'un politicien déterminé qui n'entend pas dévier de la ligne qu'il s'est fixée. Entêté, disent ses adversaires.
Ce qui différencie tout particulièrement Jean Charest de ses prédécesseurs est le rôle qu'il s'attribue dans la définition du consensus social. Son gouvernement ne s'appuie pas sur la concertation entre acteurs sociaux pour décider. Ce modèle a été remisé au placard. Il appartient au gouvernement seul, estime-t-il, d'interpréter le mandat reçu des électeurs.
Le débat qui a opposé M. Charest aux centrales syndicales sur les projets de loi sur la sous-traitance et sur la réduction du nombre d'unités d'accréditation syndicale dans les hôpitaux lui aura servi à bien camper cette attitude. En demeurant ferme devant le mouvement de protestation de la rue, celui des syndicats comme celui des parents, il a défini le style Charest. Un Robert Bourassa aurait évalué le rapport de force, soupesé les risques pour la paix sociale. Pas lui. Certes, il a rencontré les leaders syndicaux et les a écoutés. Il ne leur a toutefois fait aucune concession car il ne recherchait aucun compromis. D'où la surprise de nombreux Québécois qui, en votant pour Jean Charest, pensaient avoir voté pour un gouvernement libéral traditionnel. Ce gouvernement a maintenant sa propre personnalité.
L'attitude adoptée par M. Charest n'est pas sans risques. Sur le plan politique, il en paye déjà le prix. En quelques mois, il s'est valu un taux d'insatisfaction inhabituel pour un gouvernement en début de mandat, ce qui signale un problème de communication. La volonté de changement de ce gouvernement ne s'est pas accompagnée d'une pédagogie du changement. Les bons communicateurs chez les ministres libéraux sont rares. Tout repose sur les épaules de M. Charest et sur celles de Philippe Couillard, qui se révèle exceptionnel.
Le message de changement diffusé par les ministres libéraux au cours de ces huit premiers mois n'a pas su rejoindre positivement les Québécois. Rien n'est moins mobilisateur qu'un discours sur la productivité alors qu'une large partie de la société continue d'être préoccupée par la recherche d'une plus grande équité à travers les programmes sociaux. Les interventions répétées sur ce thème de la productivité ont rapidement créé l'image d'un gouvernement inspiré par une idéologie néolibérale. Cette perception est à ce point forte qu'elle occulte les quelques bons coups du gouvernement en matière sociale.
Au terme de ces premiers mois de gouvernement, la polarisation sociale est plus forte qu'elle ne l'a été depuis longtemps. Le gouvernement fait le pari que la période des Fêtes contribuera à détendre le climat. S'il arrive que le temps arrange les choses, ce pourrait difficilement être le cas cette fois-ci du fait que commenceront ces prochaines semaines les négociations pour le renouvellement des conventions collectives des 400 000 employés du secteur public. Celles-ci risquent d'être d'autant plus difficiles qu'elles se dérouleront avec les projets de «réingénierie» du gouvernement en toile de fond, ce qui ne pourra qu'accroître le degré d'inquiétude.
Briser cette polarisation devrait être la première préoccupation du gouvernement, sans quoi il y a un risque d'entraîner le Québec dans des heurts sociaux dont nul n'a besoin. Le premier ministre Charest a rendez-vous avec les leaders syndicaux en début d'année. Une occasion à saisir pour montrer qu'en plus de savoir écouter, comme il le prétend, il sait aussi dialoguer.
bdescoteaux@ledevoir.ca

»» Devant l'Organisation internationale du travail
La CSN porte plainte contre deux lois du gouvernement Charest
PC samedi 20 décembre 2003
La CSN porte plainte devant l'Organisation internationale du travail au sujet de deux lois du gouvernement Charest.
Les plaintes pour violation des conventions internationales sur la liberté syndicale ont trait à deux lois qui empêchent la syndicalisation des responsables de services de garde en milieu familial et la syndicalisation de ceux qu'on appelle des ressources intermédiaires en santé de type familial. Dans ce dernier cas, il s'agit de personnes qui hébergent chez elles, en lien avec des CLSC ou d'autres types d'établissements de services sociaux, des aînés en perte d'autonomie ou des déficients intellectuels.
Techniquement, les plaintes ont été déposées au Bureau international du travail pour violation de la convention portant sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical. Cette convention, signée par le Canada, stipule que «les autorités publiques doivent s'abstenir de toute intervention de nature à limiter ce droit ou à en entraver l'exercice légal».
Droits fondamentaux
Au cours d'un entretien téléphonique, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, a précisé que la centrale voulait ainsi «faire valoir les droits fondamentaux reconnus dans tous les pays civilisés», comme le droit d'association. Elle admet que le pouvoir de cette instance internationale est «davantage moral», mais ajoute qu'il permet au moins de mettre de la «pression au niveau international».
La centrale n'a d'ailleurs pas l'intention de s'arrêter là et compte bien contester également la constitutionnalité des lois visées en vertu des Chartes québécoise et canadienne des droits et libertés de la personne. Selon Mme Carbonneau, ce dernier recours, qui pourrait être entrepris «dans les prochaines semaines», aurait plus de poids politique. «Ça peut entraîner la nullité de ces lois-là», a-t-elle soutenu. Elle se dit prête à se rendre jusqu'en Cour suprême s'il le faut.
Mme Carbonneau fait remarquer que ces lois 7 et 8 retirent les accréditations syndicales déjà accordées par les instances compétentes, en plus de retirer le droit de se syndiquer.
Le gouvernement Charest soutient que ces travailleurs -- principalement des femmes -- s'apparentent davantage à des travailleurs autonomes et non à des salariés.

»» laïcité
Le multiculturalisme comme un voile
Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 décembre 2003
C'est non sans quelque condescendance que le Globe and Mail critiquait, jeudi en éditorial, la décision du président français Jacques Chirac de légiférer pour interdire le port de symboles religieux dans les institutions de la République. Se référant à la pensée de Pierre Trudeau et aux textes de la sacro-sainte politique du multiculturalisme de 1971, le grand journal torontois présentait le Canada comme un modèle de «gestion de la diversité». Il citait une phrase tirée du célèbre discours de Trudeau lors de la présentation de sa non moins fameuse politique. Celui-ci y affirmait que «l'unité nationale» doit être «fondée sur la confiance à l'égard de sa propre identité individuelle», laquelle confiance est la base de «la loyauté pour tous».
En appliquant à fond ce principe, le Canada «a découvert que le multiculturalisme n'implique pas la séparation». Usant d'une audacieuse métaphore culinaire, le Globe dit qu'avec le temps, un phénomène de «salade composée» se met en place. Et, dans ce plat, «l'acceptation de la différence est un ingrédient crucial». (J'écris «salade composée» pour traduire «tossed salad». L'autre choix, proposé par le Grand Dictionnaire terminologique, aurait eu l'air fou dans le contexte : «salade à la française» !)
Le président français erre donc en pensant que le port du voile est une sorte d'«acte d'agression». Ce n'est «quand même pas une bombe de terroriste !», écrit le Globe. Au reste, les propos du président Chirac, axés sur la notion de laïcité, constituent un tissu de «sophismes», aux yeux du Globe. Il a beau dire que «la neutralité de l'espace public [...] permet la coexistence harmonieuse des différentes religions», cette harmonie, il veut l'obtenir, écrit le Globe, «à la pointe d'une baïonnette légaliste». Aussi, l'application du «code vestimentaire» français aura beau être limitée aux institutions de la République comme l'école et l'hôpital, dans les faits, la loi «enverra un message» qui stigmatisera toute expression de la religion en France : «Même l'expression privée de la liberté religieuse semblera antifrançaise. [...] Déambuler dans la rue avec un voile ou une kippa paraîtra contrevenir aux normes françaises.» Avec sa superbe torontoise, le Globe and Mail conclut que «le risque est une condition pour vivre en liberté. Les démocraties sont ces pays qui font suffisamment confiance à leurs citoyens pour accepter ces risques. L'interdiction que la France s'apprête à adopter révèle qu'elle a perdu confiance en ses institutions, en ses citoyens et en la démocratie elle-même».
***
Sur la question du voile, le Toronto Star, en éditorial, adoptait aussi un regard plutôt surplombant à l'endroit de la France. Pour ce journal, les conservateurs français, «manifestement encore traumatisés d'avoir été chassés de l'Algérie il y a 40 ans, considèrent l'islam comme un ennemi et le hidjab comme son symbole de défi». D'autre part, les progressistes français «croient que le voile manifeste un mépris à l'endroit des femmes». Or la vérité est ailleurs, selon le Star : «Certaines femmes musulmanes le disent : il s'agit d'une simple marque de piété, rien de plus.»
Difficilement, «la France tente donc de devenir une société pluraliste, ouverte au monde. Elle a besoin de soutien». Généreux, le Star y va donc d'un «conseil» venant «tout droit du Canada pluraliste» : «Considérer les musulmans français, de même que les autres groupes, comme des citoyens de plein droit est le moyen le plus sûr de fonder une société unie. Supprimer les pratiques des minorités religieuses conduira la France à s'aliéner des citoyens et légitimera ceux qui prônent la séparation et le conflit.»
Autrement dit, «ce paternalisme officiel, ou cette xénophobie, n'a pas sa place dans un État moderne et multiculturel. La France compte cinq millions de citoyens musulmans sur 60 millions d'habitants. Elle devrait respecter leurs pratiques culturelles tant que celles-ci ne briment pas les droits des autres citoyens».
***
«Respecter les pratiques culturelles», être des multiculturalistes modèles, cela signifie-t-il d'accepter par exemple ce que le Congrès islamique du Canada propose et qui fait la manchette depuis deux semaines : la création à Toronto d'un «tribunal islamique» dont les décisions se fonderaient sur la charia ? On présente ce tribunal comme une institution d'arbitrage de différends matrimoniaux entre parties consentantes. L'institution existait déjà à l'état informel, mais on voudrait la rendre plus officielle. Au Canada, argue l'avocat musulman Syed Mumtaz Ali dans le Toronto Star, il existe déjà des tribunaux comparables dans les communautés juives et amérindiennes. Selon lui, ces tribunaux démontrent «l'esprit réellement multiculturel de ce pays». Toutefois, Alia Hogben, président du Conseil canadien des femmes musulmanes, s'inquiétait récemment, dans le même journal, de la création de cette institution : «Qui va y défendre les droits des femmes ?» Elle se demandait s'il est vraiment nécessaire de mettre sur pied ces tribunaux puisque les lois canadiennes «tendent à être équitables et justes». Dans le Vancouver Sun, Harkirpal Singh Sara, qui a déjà été membre du Conseil canadien du multiculturalisme et de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié, écrivait pour sa part la semaine dernière que le projet de tribunal «menace le caractère laïque de notre société». Sara concluait en affirmant que dans les communautés ethnoculturelles canadiennes, les «individus à l'esprit religieux» qui ne se sentent «pas à l'aise dans un pays laïque seraient peut-être plus heureux dans leur pays d'origine».
Enfin, notons que sur le site Internet de la Canadian Society of Muslims, on trouve cette position : «Pour les musulmans vivant dans les pays non musulmans comme le Canada, le Prophète a défini le principe selon lequel ils devraient se considérer comme des non-résidants, l'équivalent de bédouins nomades [...]. Ces musulmans, donc, doivent obéir à la loi divine de l'islam, peu importe où ils vivent.» (http ://muslim-canada.org/news02.html)
***
Récemment, dans cette chronique, je me moquais -- gentiment -- de la mode du branding, c'est-à-dire la volonté de tout revoir en fonction des brands, des marques. C'est la promotion non seulement d'une entreprise mais aussi d'un pays (le Canada, par exemple, dans l'affaire des commandites) ou encore d'un parti. Je me risquais : «À quand un manuel de réussite personnelle intitulé "Réinventez-vous comme une marque !"» Eh bien, l'un d'entre vous me fait remarquer que la chose existe. Une certaine Rachel Greenwald propose en effet le «branding de soi» dans un livre récent dont le titre en soi constitue tout un programme : Find A Husband After 35 - Using What I Learned At Harvard Business School (Ballantine Books, 2003).

»» laïcité
Chirac wrong on head scarves
The Gazette Saturday, December 20, 2003
Even since clerics were marched to the guillotine, France has treated secularism as its established state religion. You are free to follow other creeds, it seems, but not to express your beliefs in certain public places, even by wearing such familiar symbols as a head scarf, skullcap or crucifix.
Lately, French President Jacques Chirac has added his authority to this doctrine by endorsing a proposed legal ban on wearing these symbols in public schools. Something less than the perfect guest during a state visit to the Muslim nation of Tunisia, Chirac said the head scarf worn by girls "has something aggressive about it."
Bernard Stasi, head of a presidential commission looking into the matter, explained a new law barring religious symbols in French schools was needed to resist "forces that are trying to destabilize the country."
This appeared to be a reference to the 5 million Muslims in France. Or was he talking about its 600,000 Jews?
The strange thing about this chilling rhetoric is measures already exist in France to keep scarves, skullcaps and crucifixes out of schools. A 1999 regulation by the administrative Council of State authorizes individual institutions to bar religious clothing of an "ostentatious character."
As news reports attest, it is frequently enforced. But apparently a tougher law was deemed necessary.
That need is largely political. Chirac is pressured on the left by public-school teachers who are wedded to the secular cause, and on the right by the anti-immigration types who support the ultra-nationalist political leader Jean-Marie Le Pen.
As for the radical fundamentalists who might, at a stretch, be viewed as a potential source of civil strife, they will only be steeled in their resentment and sense of isolation by a law that effectively keeps their children out of public school.
The issue of religious clothing - notably the hijab or head scarf - has flared from time to time in Quebec. Recently, a private school in Pierrefonds expelled a girl for wearing a hijab, in violation of the dress code, which any private institution has the right to impose. But public schools are another matter. Why call them public if they are not open to all?
Chirac and his lieutenants should defuse the scarf-and-skullcap issue. The best way to acclimatize immigrants is to let them attend public school and leave them in peace. By legislating against an illusory problem, French lawmakers are creating a real one.

»» Réplique à un texte de Christian Rioux
Le salut par l'impérialisme
Pierre Vadeboncoeur
Écrivain
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 décembre 2003
«Faut-il rappeler que l'empire n'est pas toujours un mal?», écrit le néo-impérialiste Christian Rioux dans Le Devoir des 6 et 7 décembre. Dans cet article sous-titré «Comment le Québec passe à côté du débat sur l'Irak», il approuve la guerre et l'occupation, pudiquement appelées «présence militaire essentielle au Moyen-Orient».
Avec force petites phrases faisant en apparence la part des choses, l'auteur souscrit d'emblée à la politique impérialiste américaine. En homme qui sait ce que c'est qu'un vrai débat, il fait quelques concessions de façade qui ne changent en rien ses conclusions. Pour gober tout ce que M. Bush raconte, il serait plus simple de ne pas faire tant de manières. Par le propos le plus sinueux du monde, M. Rioux appuie à l'évidence le gouvernement américain actuel, son arrogance belliqueuse, sa volonté d'hégémonie, ses motivations inavouables et inavouées, cauteleusement cachées derrière le mot «démocratie», de plus en plus utilisé par Washington pour blanchir ses violences de braqueur international.
Mais qui donc se place à côté du débat ? Voyons ce que passe sous silence le représentant du Devoir à Paris. Rien, quelques petites données sans importance. Entre autres, les détails que voici.
- Les principales raisons de la «présence militaire essentielle» en Irak : faire main basse sur des ressources inouïes de pétrole et agrandir l'espace impérial des États-Unis. (Bush non plus ne dit jamais un mot de ceci ni de cela.)
- L'extrême danger de laisser se constituer dans le monde une volonté de domination universelle; la nécessité pour les puissances de résister éventuellement à cette volonté; les tensions internationales énormes et périlleuses qui, à terme, se développeront en conséquence; le germe de guerre réintroduit dans le monde à cette échelle par les États-Unis.
- La course universelle aux armements et la construction de dispositifs adéquats de défense pour y faire face; les coûts infinis de cette course. Ces coûts ont reporté aux calendes grecques une politique écologique absolument vitale pour l'avenir de l'humanité et déjà si dangereusement tardive.
- Le sens véritable du prétendu «droit d'ingérence», applaudi par M. Rioux : celui de servir de prétexte à l'invasion de tout pays qu'il s'agit de piller et de mettre de force dans le camp des Américains.
- L'usage on ne peut plus galvaudé du mot «démocratie», utilisé par Bush pour couvrir n'importe quoi (invasions, occupations, exactions à l'échelle de pays tout entiers) et repris pieusement par M. Rioux pour bénir cette extorsion sémantique impériale.
Bref, la grande ouverture ! Le triomphe de la discussion objective ! Ne rien occulter ! Tout exposer !
En nourrissant le débat, il est évident que les Québécois dont parle M. Rioux l'appauvrissent et que ce dernier, en purgeant la discussion des plus grandes objections dont il puisse s'agir, lui donne au contraire substance. Le produit qu'il nous sert exhale des relents des conversations parisiennes que l'on sait, nouvelle école, «nouveaux philosophes» (au demeurant les mêmes qu'il y a 15 ou 20 ans). Leur dernière invention : le néo-impérialisme. «Empire d'un nouveau genre», explique M. Rioux. «Force hégémonique radicalement différente des puissances coloniales.» Autrement dit, impérialisme d'avant-garde. Démocratique. Moderne. Philosophique. Humanitaire. Américain.

»» PLQ et interventionnisme
Une brique tombe sur la tête de la Davie
PC 20 décembre 2003
Le chantier a perdu un contrat de 58 millions $ qui aurait maintenu plus de 600 emplois pour un an et demi. Les travailleurs du chantier maritime Davie à Lévis sont furieux.
Le gouvernement du Québec a refusé d'accorder une garantie d'exécution à Oceanex, de Montréal, qui vient d'accorder un contrat au chantier J.J. Sietas KG de Hambourg, en Allemagne, pour la construction d'un navire d'une longueur de 150 mètres.
Le président du syndicat, Richard Gauvin, estime que le gouvernement Charest se trompe en n'intervenant pas dans l'économie.
Selon lui, le contrat aurait créé 650 emplois directs pour 18 mois et aurait signifié d'importantes retombées économiques pour la région de Québec.
L'armateur demandait au gouvernement Charest d'accorder aux Industries Davie les mêmes avantages financiers que le gouvernement du Parti québécois avait consentis au chantier naval pour la conversion du navire Midnight Express de la société américaine Torch Offshore.
Le gouvernement Landry s'était engagé à payer les pertes éventuelles de 5 millions $ sur une marge de crédit de 20 millions $ et à donner une garantie d'exécution du contrat de 57 millions $ avec Torch.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Le retour de Détritus
Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE Le 20 décembre 2003
Bien sûr qu'il s'agit de lui, ce vil personnage créé par Albert Uderzo et René Goscinny dans l'épisode d'Astérix intitulé "La Zizanie". L'ennui, c'est qu'il ne sévit plus seulement dans la bande dessinée. Détritus se trouve à la tête du gouvernement québécois suite à un malheureux concours de circonstances. Un taux de participation misérable à peine plus élevé que 60% et un vote nationaliste divisé entre le Parti québécois et l'Action démocratique ont permis à Détritus d'hériter du titre de premier ministre. Et dire que ce dernier répète à satiété avoir obtenu des Québécois un mandat clair pour semer la zizanie au Québec...
Le gouvernement de Détritus a même des émules. Prenez le ministre de la Sécurité publique Jacques Chagnon. Avez-vous vu sa mine réjouie à l'idée de voir bientôt les syndicats s'entredéchirer, maintenant que son chef a imposé par le bâillon une loi limitant le nombre d'accréditations syndicales en milieu hospitalier? Le député de Westmount-Saint-Louis cachait mal son excitation et son impatience de voir les scènes déchirantes de maraudages, empêchant ainsi les travailleurs de s'en prendre au vrai responsable de la dégradation de leurs conditions de travail. Quelle bassesse d'avouer cela devant les caméras de télévision.
Que dire du député d'Outremont, monsieur Yves Séguin, qui exulte de bonheur après avoir créé un tumulte en salissant gratuitement la réputation des anciens gestionnaires de la Société Général de Financement. Le ministre des Finances donne carrément dans le mensonge, arme préféré de Détritus, pour ajouter de l'huile sur le feu en inventant de toutes pièces un déficit de près de quatre milliards de dollars... tout en jurant pourtant pouvoir offrir des baisses d'impôt à tout le monde! Faut le faire!!! Espérons que les firmes de notations américaines Moodys et Standar and Poors résisteront à ces calomnies et n'abaisseront pas la cote de crédit du Québec, plusieurs fois bonifiée en reconnaissant la bonne gestion des finances publiques de l'ancien gouvernement...
Dans l'épisode d'Astérix, Détritus est envoyé par les Romains afin d'affaiblir l'unité qui rend invincible les habitants du village gaulois. Chez-nous, Détritus est le produit d'Ottawa qui cherche également par tous les moyens à assimiler les irréductibles francophones du Québec. Le potentiel hydroélectrique, l'accès à l'Atlantique, que confère la voie royale du Saint-Laurent, et les recettes fiscales qu'administrent les Québécois pourront enfin relever davantage du gouvernement canadien. Telle est la mission de Détritus, député de Sherbrooke mais résidant de la ville de Westmount...
En divisant les Québécois, en semant le doute quant à leur capacité à se développer de façon autonome, Détritus parvient actuellement à instaurer un climat d'affrontement. Certains tombent dans le piège et s'en prennent malheureusement aux syndicats alors que pourtant, sans eux, la rémunération des 60% des travailleurs du Québec qui ne jouissent pas de cette protection ne toucherait pas le salaire qu'ils ont actuellement. Ces organisations influencent positivement le monde du travail non-syndiqué: il faut le dire. L'appauvrissement collectif qui guette les Québécois pourrait mettre fin à leur habitude du partage et de solidarité. Divisés, ces derniers ne pourraient plus résister efficacement comme il le font depuis près de 250 ans.
Rassurons-nous, ô Québécois! Alors que Détritus et ses amis célèbrent un Québec qu'ils ont mis sens dessus-dessous en huit mois, pendant qu'ils s'envoient quelques cervoises derrière la cravate à l'aube du temps des fêtes, la réplique se prépare. Un sondage Crop paru le 17 décembre dernier révèle que les Québécois ne sont pas dupes: 61% d'entre eux ont démasqué le plan machiavélique de l'équipe de Détritus et souhaitent s'en débarrasser au plus vite. 27% d'entre eux affirment regretter avoir été séduits par les mensonges de ces faiseurs de zizanie et avouent vouloir maintenant voter pour un autre parti. L'année 2004 risque d'être indigeste pour ce gouvernement et ce n'est pas parce que les sangliers auront été mal nourris!!! Vers 2007, les Québécois l'auront enfin leur banquet où l'odeur du sanglier rôti enivre, pareil à ceux qui nous font tant saliver à la fin de chaque épisode d'Astérix. Un soir où tous, nous nous réconcilierons autour d'un État national.
Joyeuses fêtes à vous tous, ami(e)s patriotes
LETTRES
Une véritable gifle personnelle -
Bonjour,
OBJET : L'«attitude» du président de la République française, M.
Jacques Chirac, à l'occasion de la réception à l'Élysée (en début de
décembre) de l'ex-premier ministre du Canada, M. Jean Chrétien (voir
notamment le texte suivant: http://www.vigile.net/ds-actu/docs3a/03-12-20-1.html#20ldcoll)
Je désirais déjà, il y a plusieurs jours, exprimer mon indignation
relativement à ce comportement - sauf mon respect, bien réel par
ailleurs - du premier homme du pays de mes ancêtres. Or cet article
mentionné en rubrique, et paru dans un quotidien québécois ce 20
décembre, me 'pousse' à ne plus tarder à vous faire connaître mon
opinion.
Je serai franche et directe : votre «éloge» de M. Chrétien, M.
Chirac, relève ou de la fabulation, ou de la malhonnêteté
intellectuelle, ou de l'ignorance la plus plate de la vie politique
québécoise.
Aussi, à titre titre de Québécoise, ai-je reçu votre discours comme
une véritable gifle personnelle.
Comme votre «mentor» de toujours, le général de Gaulle, doit
aujourd'hui, en ses quartiers vaporeux, vous estimer fort éloigné
d'un authentique Sens de l'Histoire. Chagrin.
M. Chirac, vous m'avez déçu comme me déçoit désormais cette France
littéralement anglicisée de part en part - jusqu'à l'os, comme on le
dirait au Québec.
Déception à la mesure d'un grand amour...
Marie-Louise Lacroix
Québec 20.12.2003
NOTE : Courriel du Président de la France :
http://www.elysee.fr/ecrire/mail.htm
(Hélas ! on notera
le: «mail»...).
Courriels de l'ambassade, en Canada : politique@amba-ottawa.fr
et
du Consulat, à Québec: ConsulFr@ConsulFrance-Quebec.org
Pour tout vous dire en peu de mots français d'Amérique...
(Courriel envoyé au Président de la France)
Bonjour monsieur le Président.
J'ai lu « l'hommage » que vous avez rendu à Jean Chrétien et pour tout vous dire en peu de mots français d'Amérique, monsieur le Président, je suis tombé su'l cul!
Cet homme s'est servi du peuple auquel il appartient comme d'un marchepied, pour ne pas dire d'une carpette, et plus il montait l'escalier de la Reine, plus il le méprisait. C'est tout le peuple québécois que vous avez blessé par votre «processus exemplaire». Nous sommes habitués à l'insulte (Trudeau a déjà dit que la souveraineté du Québec serait un crime contre l'humanité... ), mais, venant de la France, ça fait encore plus mal.
Je ne sais pas qui vous conseille sur la politique canadian, mais d'ici cinq ans, le Québec sera souverain. Et le Québec se souvient — toujours. De ce côté-ci de l'Atlantique, c'est déjà pas facile de se battre au quotidien pour vivre et rester Français; alors SVP, monsieur le Président, n'en rajoutez pas. Je vous laisse sur ce vieux proverbe haïtien:
« Voyant venir la hache dans la forêt, les arbres se disent: Le manche est des nôtres ».
La hache serait-elle cachée derrière la porte de l'Élysée (avec des « é » accent aigu)?
André Vincent
écrivain 21.12.2003
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