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Plus qu'une querelle passagère

En voulant réformer radicalement l'État providence, le gouvernement Charest s'attaque à l'identité québécoise, dénoncent les syndicats

Tommy Chouinard
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 décembre 2003

Québec - L'affrontement entre le gouvernement Charest et les syndicats n'est pas une simple querelle passagère. Il prend sa source dans des éléments beaucoup trop fondamentaux pour qu'il en soit ainsi. Ce climat tumultueux s'explique en effet par des changements apportés au modèle québécois par le gouvernement Charest, un modèle basé jusqu'ici sur la concertation, et par une crise identitaire provoquée par la réingénierie de l'État.

C'est ce qu'ont indiqué au Devoir des spécialistes du monde politique et du travail. «Si le gouvernement continue comme ça, c'est la fin d'un modèle de gouvernance, d'une configuration spécifique du Québec. S'il n'y a plus de forum de concertation, les décisions sont prises de façon beaucoup plus unilatérale et les syndicats perdent beaucoup d'influence. Pourtant, la concertation, ç'a toujours existé avant, autant avec le Parti québécois qu'avec le Parti libéral», estime Michel Grant, professeur en relations de travail à l'Université du Québec à Montréal.

Selon lui, «le dialogue social n'est pas présent». Les syndicats sentent bien qu'ils ne peuvent plus compter sur un partenariat aussi privilégié que par le passé avec l'État, ce qui explique d'ailleurs l'ampleur de leur colère. L'intransigeance du gouvernement, qui ne fait place à aucun compromis jusqu'à maintenant, est aussi exceptionnel, ajoute Michel Grant.

Le professeur de l'UQAM rappelle que plusieurs changements au monde du travail, concernant tant les secteurs public que privé, sont avancés par le gouvernement Charest : modifications à l'article 45 du Code du travail pour faciliter le recours à la sous-traitance, réorganisation des services de santé, réduction des unités d'accréditation syndicale en santé, refus du droit à la syndicalisation aux responsables de garderie en milieu familial, etc. «C'est beaucoup en même temps. Et tout ça se fait très rapidement. Le gouvernement semble vouloir précipiter tout ça», lance M. Grant. Québec entend en effet adopter d'ici la période des Fêtes les projets de loi concernant toutes ces questions.

Qui plus est, ajoute-t-il, le gouvernement n'offre que peu de perspectives positives aux syndicats et «donne l'impression» de ne reprendre que le discours patronal. C'est pourquoi les rapports entre les syndicats et les employeurs vont sûrement changer, croit-il. «Il y a une pression additionnelle sur le régime de négociation, affirme M. Grant. Par exemple, la sous-traitance va être plus attrayante pour les employeurs, mais le syndicat va avoir un réflexe défensif pour vouloir se protéger. Les relations vont être plus tendues.»

«Un casseur de l'État québécois»

Dans le secteur public, la situation est d'autant plus critique que l'État entame des négociations sur le renouvellement des conventions collectives de ses employés. «Le projet de loi 30 sur la réduction des unités d'accréditation syndicale, c'est plein de gros bon sens. Mais pourquoi arriver avec cette loi à ce moment-ci, alors que le processus de négociation est entamé ? Changer les règles du jeu pendant la négociation, ça annonce des turbulences importantes pour les négociations à venir. Il ne faut pas négliger ça si l'on tente d'évaluer le climat social à venir. Je pense que les syndicats vont bien se souvenir de tout ça», indique Michel Grant.

Les Québécois n'oublient pas non plus des changements et des affrontements aussi importants, insiste-t-il, même si le Parti libéral se trouve en début de mandat. «Au début des années 80, le Parti québécois avait pensé que les gens allaient oublier qu'il avait coupé les salaires de 20 %, notamment ceux des infirmières et des enseignants. Mais les gens se sont souvenus de tout ça en 1985, au moment des élections», rappelle M. Grant.

Le gouvernement Charest «casse le Québec», «démolit le Québec», «met le Québec à feu et à sang», lancent les représentants syndicaux. Ce ne sont pas des affirmations anodines, estime Denis Saint-Martin, professeur au département de sciences politiques à l'Université de Montréal. «Les tensions qui naissent autour de la réforme de la politique sociale, je les vois comme une continuation de la politique nationaliste mais par d'autres moyens. Chez nous, l'État providence, quand il s'est construit dans les années 60, n'impliquait pas seulement un projet d'égalité sociale, mais la création d'une identité québécoise propre. Ce sont deux choses enchevêtrées l'une dans l'autre. Et là, quand on dit qu'on va réformer radicalement l'État providence, plusieurs interprètent ça comme vouloir défaire l'identité québécoise ou ce qu'on est. C'est pour ça qu'on voit l'inflation verbale, que les gens disent que Jean Charest est un démolisseur du Québec, un casseur de l'État québécois», explique-t-il.

Selon lui, deux débats fondamentaux du Québec -- «la question nationale et la politique sociale» -- sont maintenant réunis et expliquent l'intensité de l'affrontement. «En France, quand Raffarin cherche à réformer de façon radicale la politique sociale, personne ne dit qu'il brise la France. On dit qu'il brise l'État social. On va faire la distinction. Ici, on dit qu'il est en train de casser le Québec. On ne fait pas la distinction. C'est pour des raisons historiques. Notre État providence a été construit main dans la main avec le projet de "nation building". Les deux sont intimement liés. Et quand on essaie de réformer radicalement l'un, on a l'impression qu'on veut défaire l'autre», souligne-t-il.

Denis Saint-Martin rappelle que le second gouvernement Bourassa tenait sensiblement le même discours sur la réforme de l'État providence sans toutefois avoir soulevé de telles passions. Or, note-t-il, il proposait aussi un «projet national», ce que ne fait pas le premier ministre Jean Charest. «M. Bourassa avait deux plats sur la cuisinière. Il avançait le plat de la réforme de l'État social mais aussi celui de son projet de reconnaissance d'un statut particulier du Québec à l'intérieur du Canada. On pouvait arriver à distinguer les deux. On voyait à l'époque que la réforme sociale envisagée était radicale, mais les gens ne sentaient pas que cette réforme était quelque chose qui allait les chercher sur le plan identitaire. Mais là, ce n'est pas le cas. M. Charest ne peut plus utiliser la question nationale comme une soupape : "Je brise peut-être l'État social, mais je suis aussi un bon Québécois comme vous autres car je travaille pour aller chercher un statut particulier." Maintenant, les deux questions sont plus mélangées qu'elles ne l'ont jamais été auparavant», explique-t-il.

«Une réaction identitaire»

Selon lui, la réaction syndicale n'est pas seulement une «réaction d'intérêts» mais également une «réaction identitaire». «Quand on écoute la rhétorique syndicale, on en veut au gouvernement car, ce qu'il fait, on a l'impression que ce n'est pas un projet québécois, que ça n'a rien à voir avec le modèle construit depuis les années 60», indique-t-il. Denis Saint-Martin ajoute que «les syndiqués ne disent pas : "Touchez pas à nos salaires"; ils insistent sur le fait que le gouvernement va casser le Québec».

Le discours du gouvernement alimente selon lui ce débat identitaire. Jean Charest répète qu'il veut mettre le Québec au diapason des autres provinces canadiennes, notamment en matière de sous-traitance. «M. Charest vit dans un monde nouveau. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne touche pas au dossier constitutionnel. La question identitaire, pour le moment, M. Charest l'a complètement laissée de côté avec son projet d'interprovincialisme. Ça, c'est une rupture assez forte avec les pratiques du passé, même celles du Parti libéral.»

Daniel Mercure, professeur au département de sociologie de l'Université Laval, constate pour sa part que le débat actuel est «positif» puisqu'il porte sur autre chose que la question nationale. «Je considère qu'on vit ici un changement social important. La question sociale redevient la question numéro un dans notre société par rapport à la question nationale. C'est ça, le vrai changement de société», explique-t-il.

M. Mercure estime cependant que le gouvernement semble écarter toute concertation pour le moment et que le Québec entre ainsi dans une dynamique conflictuelle. Pour combien de temps ? «Ça ne veut pas dire que ça va rester comme ça. Vous savez que c'est un agenda politique. Il y a une première année, il y a un agenda, des objectifs à atteindre. C'est tout à fait pensable qu'il y ait des ajustements ultérieurs, des repositionnements. Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose qui soit définitivement rompu. Mais il me semble évident qu'on est dans une dynamique conflictuelle. Il faudra voir quelle trace ça va laisser, mais aussi jusqu'où ça va aller», conclut-il. D'ores et déjà, les syndicats annoncent une «perturbation majeure» le 11 décembre. À suivre...



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Les promesses vides

Michel David
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 décembre 2003

Le député libéral de Nelligan, Russell Williams, était un de ceux qui promenaient une tête d'enterrement dans les corridors du parlement, après la formation du conseil des ministres, au printemps dernier.

Comme d'autres de ses collègues laissés sur le carreau, M. Williams pouvait légitimement aspirer à être appelé au cabinet, mais il souffrait d'un handicap pratiquement insurmontable, dans le contexte du débat sur les défusions : il représentait une circonscription de l'ouest de l'île. Son collègue de Jacques-Cartier, Geoffrey Kelley, avait le même problème.

Aujourd'hui, ils devraient plutôt remercier le premier ministre Charest de les avoir ignorés. Que diraient-ils à leurs électeurs à qui le PLQ avait promis qu'ils pourraient retrouver leur ancienne municipalité et qui considèrent le projet de loi 9 comme une véritable apostasie ?

Ils auraient difficilement pu demeurer en poste sans perdre toute crédibilité dans leur communauté. Il leur suffit maintenant de laisser passer la tempête et d'attendre le prochain remaniement. Mieux encore, ils peuvent donner un coup de main aux défusionnistes, si cela peut contribuer à redorer leur blason.

Tout porte à croire qu'au moment de constituer son cabinet, M. Charest avait déjà décidé que les défusions, puisqu'elles semblaient inévitables, seraient de pure forme. Investi d'une mission impossible, Jean-Marc Fournier a fait de son mieux, mais on ne peut pas blâmer ceux qui estiment avoir été trompés.

Le ton des lettres des lecteurs de la Gazette témoigne de leur dépit. On y parle d'insulte, de trahison et de coup de poignard dans le dos. On promet surtout d'attendre les libéraux au détour des prochaines élections. «Ramenons le PQ; au moins, avec eux, on sait à quoi s'attendre», écrit même un lecteur de Dollard-des-Ormeaux.

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Personnellement, M. Charest n'a jamais considéré la perspective des défusions comme un drame. Son appui tardif aux nouvelles villes, lors du débat des chefs, a été dicté par des considérations purement stratégiques. Ce sont les mêmes impératifs qui l'ont amené à piper les dés, de manière à ce que l'essentiel des regroupements soit préservé, même si les anciennes municipalités retrouvent leur identité juridique.

La majorité francophone n'aurait pas pardonné aux libéraux de laisser s'écrouler les nouvelles villes, en particulier Montréal, tandis que le mécontentement des anglophones a toujours été considéré comme un problème «gérable» par le PLQ. Il suffit de brandir la menace séparatiste. Il est vrai qu'on retrouve des poches défusionnistes dans des régions entièrement francophones, mais le sentiment général est que les regroupements constituent un progrès.

À quinze ans de distance, le débat sur les défusions rappelle étrangement celui sur l'affichage commercial, qui avait empoisonné l'existence de Robert Bourassa, au milieu des années 1980.

Cela avait commencé de la même manière, c'est-à-dire par une résolution adoptée dans la précipitation, lors d'un congrès. En avril 1985, c'est l'ancien député de Notre-Dame-de-Grâce, Reed Scowen, qui avait pris tout le monde par surprise en présentant une résolution qui engageait un éventuel gouvernement libéral à rétablir l'affichage bilingue.

Devant la levée de boucliers des francophones, M. Bourassa s'était résigné à utiliser la clause nonobstant pour maintenir -- temporairement -- la règle de l'unilinguisme français à l'extérieur des commerces, même s'il savait que cela entraînerait la démission de ses ministres anglophones et, plus grave encore, la mort de l'Accord du lac Meech.

Aux élections de 1989, quatre bastions libéraux, dont Westmount, étaient tombés aux mains du Parti Égalité. À l'époque, le PLQ pouvait se permettre ce luxe, mais au train où vont les choses, il aura bien besoin de faire le plein de ses voix en 2007. Si les prochaines élections fédérales se traduisent par l'effondrement du Bloc québécois, plusieurs pourraient toutefois conclure que la souveraineté n'est plus une menace et que le moment est bien choisi pour faire payer leur forfaiture aux libéraux.

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Les partisans des nouvelles villes peuvent sans doute se réjouir à l'idée que le pire sera évité, mais il demeure que la façon dont le gouvernement a agi dans ce dossier confine à la duplicité. S'il en était arrivé à la conclusion que l'engagement de tenir des référendums sur les défusions était une erreur, il aurait mieux valu y renoncer franchement, plutôt que de les transformer en exercice bidon qui risque au surplus de créer un sérieux problème de déficit démocratique au sein des futurs conseils d'agglomération.

Le plus inquiétant est que cette règle de conduite semblait vouloir s'appliquer partout. Sauf exception, comme dans le cas des garderies, où la hausse de tarif viole clairement une promesse électorale, le gouvernement ne revient pas ouvertement sur ses engagements; il les vide simplement de leur contenu.

Ainsi, il y a un an, les libéraux avaient présenté à l'Assemblée une motion proposant de fixer un barème plancher de 523 $ pour les bénéficiaires de l'aide sociale. Le plan de lutte contre la pauvreté dévoilé récemment par Le Devoir l'établit plutôt à 419 $. Si ce scénario est maintenu, les libéraux clameront qu'ils ont tenu promesse, mais l'effet sera contraire à celui qui était recherché.

De la même façon, il est clair que la baisse d'impôt de un milliard en 2004-05, peu importe qui en bénéficiera, sera largement compensée par les hausses de tarifs imposées directement ou indirectement par le gouvernement.

Comme dans le cas des défusions, le ministre des Finances, Yves Séguin, savait parfaitement que cette promesse était de la poudre aux yeux. Dès septembre 2002, avant d'être pressenti par le PLQ, il avait déclaré publiquement que le cadre financier, dont M. Charest maintient toujours la validité, ne tiendrait pas la route.

Et le pauvre n'avait pas encore découvert l'affreux gâchis laissé par le PQ ! Comme si le rapport Breton n'avait pas suffi, M. Séguin promet pour bientôt le dévoilement de nouvelles horreurs financières. Comment, vous ne le croyez pas ?

mdavid@ledevoir.com



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L'État bloqué

ANDRE PRATTE
La Presse 6 décembre 2003

Voici le premier de deux éditoriaux portant sur les possibilités et les limites de l'État, dans le cadre du dossier publié aujourd'hui dans le cahier Plus.

La France qui tombe: c'est le titre d'un essai-choc publié cet automne, qui a fait beaucoup parler dans les salons parisiens. La France tombe-t-elle ? La thèse défendue par Nicolas Baverez est peut-être excessive, mais la France traverse certainement une crise grave. Et cette crise, c'est surtout celle d'un État obèse ; d'une social-démocratie généreuse, mais extraordinairement coûteuse et épouvantablement difficile à réformer.

Quelques chiffres suffiront. La Sécu, la régie de l'assurance-maladie française, subira cette année un déficit de près de 11 milliards d'euros. Cet énorme déficit - 17 milliards de dollars canadiens - s'ajoute à toutes les autres dépenses de santé payées par le gouvernement. Comment s'est creusé ce trou béant ? Le dernier rapport de la Cour des comptes accuse des « décisions politiques » qui ont fait augmenter les dépenses tandis que les « mécanismes de régulation » étaient insuffisants ou inefficaces.

La plupart des pays développés ont du mal à financer leur système de santé. La particularité de la France, c'est que son régime d'assurance santé est exceptionnellement généreux. L'été dernier, le gouvernement français a entrepris un timide élagage de la liste des médicaments remboursés. Des 82 médicaments « déremboursés », la grande majorité sont offerts depuis toujours en vente libre au Québec.

La santé n'est pas un cas à part. La France est le pays de l'OCDE qui dépense le plus en prestations sociales de toutes sortes. En soi, cette générosité est évidemment louable. Le problème, c'est que l'Hexagone ne peut pas se la permettre. L'économie française croît moins vite que celle de la plupart des autres pays développés. Dans les années 1970, le PIB de la France était de 25 % supérieur à celui du Royaume-Uni ; aujourd'hui, il est inférieur de 9%!

Le chômage reste élevé. À cet égard, la réduction de la semaine de travail a été un échec colossal. Les travailleurs français sont productifs, mais comme ils travaillent 150 heures par an de moins que les Anglais, et 400 heures par an de moins que les Américains, le pays produit nécessairement moins que ne le lui permettrait son potentiel.

Les 35 heures sont un exemple typique de politiques adoptées par un gouvernement socialiste refusant de voir les réalités économiques en face. Les gouvernements de droite, pour leur part, font face à une levée de boucliers dès qu'ils tentent une réforme, même timide.

Des dépenses publiques élevées, une économie stagnante : cela ne peut mener qu'à une impasse budgétaire. De fait, l'État français a vu son déficit augmenter d'année en année. En 2003, le déficit de l'administration centrale atteindra 3,4 % du PIB, crevant ainsi le plafond imposé lors de la création de l'Euro. Qu'à cela ne tienne, la France s'est arrangée pour faire lever temporairement cette limite !

À moins que le gouvernement Raffarin ne réussisse à faire prendre au pays un virage spectaculaire - mais le premier ministre semble aujourd'hui fragilisé - les perspectives d'avenir sont sombres. L'OCDE presse les élites françaises à s'entendre sur les réformes nécessaires : « Il faut absolument éviter un blocage de façon que les autorités puissent faire les choix parfois difficiles qui s'imposeront. »

À tous ceux qui rêvent de programmes sociaux toujours plus généreux en fermant les yeux sur les conditions de la croissance et en ignorant les conséquences budgétaires, l'exemple français devraient (sic) servir d'avertissement.

DEMAIN - L'État qui marche



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L'État qui marche

Katia Gagnon
La Presse dimanche 7 décembre 2003

Voici le second et dernier éditorial portant sur les possibilités et les limites de l'État.

De tout temps, la Suède a été perçue comme la quintessence de l'État-providence, qui emmaillotait ses citoyens dans un filet social douillet. Après avoir passé par une crise au début des années 90, le modèle suédois a repris sa vitalité. Comment la Suède arrive-t-elle à conserver son statut de superpuissance morale sans faire faillite ?

Difficile de ne pas être jaloux lorsqu'on examine les programmes sociaux suédois. Du côté de la famille : congé parental de 14 mois, garderies à bas prix, allocations familiales universelles. L'assurance-chômage : 80 % du revenu pendant un an, assorti d'un large éventail de programmes de formation. Les Suédois ont, comme nous, un système universel de santé. Éducation, aide sociale, immigration : partout, le nec plus ultra. On ne parle plus d'un filet social, mais d'une véritable armure.

Malgré l'ampleur de ces dépenses, la Suède affiche aujourd'hui une assez bonne santé économique. Bien sûr, l'économie suédoise ne brille pas par son dynamisme... Elle compte sur un secteur public très fort et sur les grands groupes industriels, mais les PME sont pratiquement absentes du portrait. Pourtant, les performances sont enviables : le taux de croissance atteint 3 % cette année, l'inflation est modérée, le chômage tourne autour de 4 %. L'excédent budgétaire atteint 4,8 % du PIB. La dette demeure assez élevée, à 52 % du PIB, soit à peu près au même niveau que la France, mais elle a été réduite considérablement en 10 ans. Comment font-ils ? Première réponse : ils paient.

La fiscalité suédoise est l'une de plus élevées en Europe. Le gouvernement gobe jusqu'à 60% du revenu des travailleurs. Il y a 10 ans, avant une grande réforme fiscale, les prélèvements pouvaient atteindre 80 %. Et la taxe de vente s'élève à... 20 %.

Ces prélèvements importants ont mené à une crise au début des années 90. La Suède a alors connu la plus forte récession depuis les années 30. Le chômage frôlait les 10 % et la dette atteignait des sommets inégalés. Le PIB a diminué de 5 %. Les dépenses sociales se sont transformées en véritable boulet. Comment s'en sont-ils sortis ?

Pour répondre, il faut remonter aux racines de la culture suédoise, qui entretient un rapport très particulier à l'État. Les Suédois sont extrêmement respectueux de l'autorité étatique. La fraude fiscale n'existe pratiquement pas dans ce pays. Il n'y a pas non plus de révolte fiscale parce que les citoyens sont intimement persuadés que le gouvernement gère bien leur argent.

C'est là le socle sur lequel repose le modèle suédois. C'est ce qui a permis au parti social-démocrate qui gouverne la Suède presque sans partage depuis plus de 60 ans d'engager une rénovation considérable de l'État-providence lorsqu'il a dû faire face à cette grave crise budgétaire. On a remanié en profondeur plusieurs programmes sociaux : en 10 ans, les dépenses publiques sont passées de 67 à 52 % du PIB.

Bien sûr, les réformes ont été critiquées, mais elles n'ont pas causé de révolte. Les sociaux-démocrates ont osé, parce qu'ils n'avaient pas à craindre une dégelée électorale. Les citoyens, persuadés que ce virage était nécessaire, ont suivi. Et l'appui de la grande centrale syndicale suédoise, très proche du gouvernement, était également acquis.

Ces éléments culturels très forts, inimaginables ici, sont fondamentaux dans le succès du modèle suédois et démontrent bien, malheureusement, qu'il n'est à peu près pas exportable. À moins d'une véritable révolution dans les relations qu'entretiennent nos États et leurs citoyens.



»» l'industrie du vêtement

Abolition de la loi 46 dans l'industrie du vêtement
- Le salaire minimum passe à 8 $ l'heure

PC 6 décembre 2003

Québec - Le gouvernement du Québec hausse à 8 $ l'heure le taux horaire minimum dans l'industrie du vêtement mais jette au panier la loi 46 qui assurait une certaine protection des acquis des travailleurs.

La loi 46, une mesure provisoire en vigueur depuis 18 mois, ne sera pas reconduite lorsqu'elle arrivera à échéance le 31 décembre et sera remplacée, le 1er janvier, par des normes permanentes, a confirmé hier le ministre du Travail, Michel Després.

«Le salaire d'entrée, qui était à 7,30 $ l'heure, passe à 8 $. On met la norme à la hausse. C'est une excellente nouvelle pour les travailleurs de l'industrie», a lancé M. Després, en point de presse à Québec.

L'augmentation du taux horaire profitera à environ 20 % des 45 000 travailleurs du vêtement au Québec, en grande majorité des femmes.

Pour les autres, ceux bénéficiant d'un taux horaire supérieur à 8 $, ils n'ont aucune raison de craindre une détérioration de leurs conditions, a martelé le ministre. Il est inconcevable, à son sens, qu'un employeur profite de la réglementation pour sabrer le salaire de ses travailleurs.

«La condition de base est la hausse. Je ne vois pas pourquoi les travailleurs iraient à la baisse. Le salaire moyen est de 10,25 $, et là, on élève la base. Le salaire moyen va augmenter», a-t-il estimé.

Les nouvelles règles, a poursuivi le ministre, fixent un meilleur traitement de base pour les salariés en plus de mettre fin à l'incertitude qui entourait les conditions de travail dans le secteur du textile depuis l'abolition des décrets des conventions collectives par le gouvernement péquiste en 1999.

Outre le salaire de base, le règlement établit à 39 heures la semaine normale de travail, fixe à trois semaines le congé annuel après un an de service et à quatre semaines après trois ans. De plus, il prévoit neuf jours fériés et des congés pour des événements familiaux (décès, naissance).

Par ailleurs, le règlement fait table rase des catégories d'emploi et des échelons salariaux qu'établissait la loi 46. «C'est aux employeurs de déterminer le nombre d'échelons et de catégories d'emploi dans leur entreprise», a précisé le ministre.

Le gouvernement aura l'industrie à l'oeil, a promis M. Després, qui a demandé à la Commission des normes du travail d'être «proactive» et de s'assurer que les employeurs respectent les conditions minimales de travail fixées par l'État.



»» réingénierie

Huit Québécois sur dix profiteront d'une baisse d'impôt,
dit Yves Séguin

PC 6 décembre 2003

Québec -- Il y aura environ 80 % des Québécois qui vont bénéficier des baisses d'impôt promises par les libéraux en 2004, a expliqué hier le ministre des Finances, Yves Séguin.

«Environ 80 % des Québécois ont un revenu moyen de 30 000 $. C'est à eux que fondamentalement les baisses d'impôt vont aller», a déclaré le ministre Séguin, tant à l'Assemblée nationale que devant la presse par la suite.

Ces baisses d'impôt devraient atteindre un milliard de dollars, «peut-être plus, ou moins, cela va dépendre de nos résultats financiers de fin d'année», a indiqué le ministre des Finances.

M. Séguin était invité à faire le point sur les engagements budgétaires du gouvernement Charest, engagements qui ont fait l'objet d'interprétations contradictoires au cours des derniers jours.

Il n'y aura pas de baisses pour les gens riches, a précisé le ministre. Qui est riche ? «Les 75 000 $, 100 000 $ et plus», a répondu M. Séguin.

Le gouvernement remplira ses engagements d'investir plus dans la santé et dans l'éducation, et il baissera les impôts, comme il s'y est engagé, a promis M. Séguin.

On trouvera l'argent nécessaire ailleurs. Le ministre a donné deux exemples où des fonds pourraient être récupérés : - les mesures fiscales aux entreprises, qui atteignent plus de quatre milliards de dollars par année, seront revues à la baisse. «J'ai l'intention de faire le ménage là-dedans», a dit M. Séguin;

- un plan de lutte «musclé» contre l'évasion fiscale sera annoncé sous peu. Il visera les riches, la contrebande et l'argent du crime organisé. C'est de 600 millions à un milliard de dollars par année qui pourront être récupérés, croit le ministre.

Le premier ministre Jean Charest a déclaré jeudi que les baisses d'impôt viseront pour 2004 les classes moyennes et les familles avec enfants, et non tous les contribuables. Ceci a amené l'opposition péquiste à soutenir qu'il s'agissait d'une autre remise en question des engagements pris pendant la dernière campagne électorale.

Le chef péquiste, Bernard Landry, est revenu à la charge hier, en soutenant que le gouvernement Charest avait procédé à «un bris de contrat spectaculaire en reniant cet engagement électoral».

Selon M. Landry, plus de 300 000 familles ont subi des hausses d'impôt depuis six mois, notamment par une hausse des tarifs d'électricité, des frais de garde, des primes d'assurance maladie et du coût du transport en commun.

Quant au chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, il a accusé le gouvernement «d'improvisation» en matière fiscale.

«Le ministre des Finances profite du fait que le premier ministre est à l'Île-du-Prince-Édouard pour le ramener à l'ordre. Cela témoigne de l'improvisation du gouvernement», a conclu M. Dumont.



»» Conseil de la fédération

Après le fédéralisme renouvelé, place au fédéralisme revitalisé

Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 décembre 2003

Charlottetown -- Au concept de fédéralisme renouvelé, l'entente fondatrice du Conseil de la fédération signée hier substitue la notion de fédéralisme revitalisé.

Avec ce nouveau Conseil de la fédération, les premiers ministres provinciaux visent à «assumer un rôle de leadership dans la revitalisation de la fédération canadienne», écrivent-ils dans le préambule de l'entente fondatrice. «Les liens [entre les provinces] seront plus étroits qu'ils ne l'ont jamais été dans l'histoire du Canada», s'est réjoui hier le premier ministre Jean Charest.

Se disant «très heureux» de la signature de l'entente, survenue plus rapidement que ce qu'il prévoyait, M. Charest a souligné hier que les Québécois ont maintenant «un outil supplémentaire» pour défendre leurs intérêts. Mais le Québec n'a pas obtenu de place définitive au sein de la fédération. «La place que nous avons n'est pas une place qui est acquise dans le sens où il faut tous les jours défendre ses intérêts», a-t-il dit.

Répétant que l'entente n'est pas de nature constitutionnelle, M. Charest a indiqué que le Québec avait insisté pour qu'une référence au fait que le Québec n'avait pas adhéré à la Loi constitutionnelle de 1982 fasse partie du préambule de l'entente. De même, le préambule rappelle que les deux ordres de gouvernement, provincial et fédéral, «ont un statut égal, aucun n'étant subordonné à l'autre», et «sont souverains dans leurs propres domaines de compétence», une mention à laquelle tenait le gouvernement du Québec.

Remplaçant la Conférence annuelle des premiers ministres provinciaux, un forum créé il y a 40 ans, le Conseil de la fédération disposera d'un secrétariat basé à Ottawa et d'un comité directeur formé de sous-ministres de toutes les provinces et de tous les territoires. Les premiers ministres se sont engagés à se rencontrer au moins deux fois par année : la prochaine rencontre aura lieu les 23 et 24 février à Vancouver. La présidence du conseil est confiée aux premiers ministres, à tour de rôle, pour une période d'un an, comme c'était le cas pour la conférence annuelle. Après Pat Binns, de l'Île-du-Prince-Édouard, ce sera au tour de Dalton McGuinty, de l'Ontario, de prendre la relève en 2004. Le premier ministre du Québec prendra le relais en 2009.

Pour l'heure, le conseil dispose d'un budget de 6,5 millions que les provinces fournissent au prorata de leur population. La majeure partie de cette somme provient du budget inutilisé du Conseil des premiers ministres pour sensibiliser les Canadiens à la santé. Ce conseil ainsi que le Secrétariat d'information et de coopération sur le déséquilibre fiscal, qui doit voir le jour à Québec, sont placés sous la responsabilité de la nouvelle institution.

Le Conseil de la fédération poursuit deux objectifs principaux : la coopération interprovinciale et les relations fédérales-provinciales. Le comité directeur du conseil présentera un plan de travail que doivent approuver les premiers ministres en février. Mais on sait déjà que deux priorités y figureront : l'abolition des barrières, tarifaires ou autres, qui nuisent au commerce interprovincial et à la mobilité de la main-d'oeuvre ainsi que le financement à long terme de la santé. À cet égard, les provinces réclament qu'Ottawa réduise l'«écart Romanow» et que la part fédérale du financement de la santé, de 16 % à l'heure actuelle, soit graduellement portée à 25 %.

Au futur premier ministre Paul Martin, que les premiers ministres provinciaux doivent rencontrer en février, c'est un message à la fois «constructif» et ferme que lance la création du Conseil de la fédération, a fait valoir M. Charest. «C'est très important et essentiel que M. Martin réponde rapidement» aux demandes des provinces, estime pour sa part le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord.

Le Conseil de la fédération, qui prendra ses décisions de façon consensuelle, a pour mandat d'élaborer des positions en matière de relations fédérales-provinciales «lorsque approprié». Il analysera aussi toute action ou mesure du gouvernement fédéral qui a un impact majeur sur les provinces, ce qui pourra mener à des commentaires communs portant sur les projets de loi présentés à Ottawa.



»» Conseil de la fédération

Modestes attentes

Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 décembre 2003

Le premier ministre Jean Charest est reparti tout heureux de Charlottetown, hier après-midi. Le Conseil de la fédération, son projet fétiche sur le plan constitutionnel, est maintenant réalité. Pour les fédéralistes, il s'agit d'une avancée importante tandis que les nationalistes et les souverainistes québécois y voient une menace à l'autonomie du Québec. Qui a raison? Seul le temps le dira.

Rien ne s'étant passé dans le champ constitutionnel depuis l'échec de l'accord de Charlottetown, en 1992, la création de cette nouvelle institution prend l'allure d'un événement majeur aux yeux de plusieurs. Si l'entente survenue entre les provinces mérite d'être soulignée, il n'y a cependant pas lieu de lui accorder plus de valeur qu'elle n'en a.

En effet, le Conseil de la fédération ne sera essentiellement qu'un lieu de concertation entre les provinces. L'idée est loin d'être nouvelle. Dès les années 60, le Québec avait souligné la nécessité de formaliser la coopération interprovinciale sans que cela aille plus loin que des rencontres annuelles des premiers ministres. Les provinces étant autant des rivales que des partenaires, il n'a jamais été possible d'arriver à un consensus autour d'un tel projet. N'eût été Jean Chrétien, qui a braqué les provinces contre Ottawa, il est plus que probable que M. Charest n'aurait pas pu rallier ses homologues à son projet.

Tant qu'il s'agit de permettre aux provinces de pouvoir se concerter, que ce soit sur des questions de nature fédérale-provinciale ou simplement interprovinciale, personne ne saurait s'opposer à la création de ce nouveau conseil. D'ailleurs, la concertation entre les provinces aura été plus intense que jamais ces dernières années, à la faveur de la bataille menée par le premier ministre Lucien Bouchard sur le déséquilibre fiscal.

Toutefois, si l'objectif des premiers ministres est bien de se donner un lieu de concertation, il aurait été plus juste de l'appeler Conseil des provinces puisque le gouvernement fédéral n'en fait pas partie, du moins pour le moment. Le nom «Conseil de la fédération» trahit les ambitions des premiers ministres qui, malgré ce qu'ils en disent, aimeraient faire plus que simplement revitaliser le fédéralisme canadien. On peut penser qu'ils rêvent d'en faire une institution fédérale-provinciale dont le rôle serait de promouvoir la coopération entre Ottawa et les provinces, comme le propose le programme constitutionnel du Parti libéral du Québec, rédigé en 2001 par le constitutionnaliste Benoît Pelletier, devenu depuis ministre délégué aux Affaires intergouvernementales.

Aujourd'hui, rien ne permet de conclure que ce nouveau conseil deviendra à terme un lieu où seront définies les grandes politiques nationales. Il faut néanmoins être attentif à l'évolution des choses car, si cela s'avérait, il s'agirait d'une transformation importante de l'équilibre des rapports entre les deux grands niveaux de pouvoir au Canada alors que la recherche de consensus serait privilégiée. Pour le Québec, une telle situation serait porteuse d'une perte de son autonomie.

Pour dissiper ces craintes, le gouvernement Charest a adopté ces derniers jours un ton ferme dans la défense des compétences du Québec. L'intervention du ministre de l'Éducation, Pierre Reid, qui a pourfendu jeudi l'idée mise en avant par certains à Ottawa d'instituer un ministère fédéral de l'Éducation, visait manifestement à rassurer. On espérera que tous ses collègues ministres sauront être aussi clairs que lui lorsque les compétences du Québec seront en cause.

Les premières années du Conseil de la fédération pourront s'avérer positives, du moins tant que les provinces trouveront intérêt à être des partenaires. Leurs rivalités ne manqueront pas de resurgir. C'est alors que le Québec devra se méfier. Trop souvent, la concertation interprovinciale s'est faite aux dépens du Québec. Il y a donc lieu d'avoir des attentes plus que modestes à l'endroit de ce conseil.

bdescoteaux@ledevoir.ca



»» Culture

Lettre à ma ministre fantôme

Gil Courtemanche
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 décembre 2003

Guadalajara - Je suis bien obligé de vous écrire, chère ministre de la Culture, puisque nous ne nous sommes pas rencontrés pendant la Foire du livre de Guadalajara. Bien sûr, j'ai constaté dans les journaux que vous ne vous êtes toujours pas départie de votre ineffable et magnifique sourire et que, contrairement à ce qu'a dit un quelconque poète qui ne supporte pas la tequila, vous êtes toujours d'une sobre et digne élégance. Je suis aussi d'accord avec vous pour penser que les journalistes doivent vraiment ne pas trop savoir quoi écrire s'ils en sont rendus à se nourrir de propos de taverne mexicaine.

Cela étant, malgré votre horaire chargé, je regrette beaucoup, et je ne suis pas le seul, que vous n'ayez pas eu une seule seconde pour rencontrer les dizaines d'auteurs et d'artistes dont vous avez généreusement payé le séjour au Mexique pour cette célébration du Québec. Vous me direz que j'étais invité aux multiples réceptions que vous avez honorées de votre délicieuse présence. Mais vous savez que ce n'est pas avec un canapé dans une main et un verre de vin dans l'autre qu'on engage une conversation au milieu de la foule. Je me suis dit que je vous verrais peut-être au lancement de mon livre, traduit en espagnol et distribué dans toute l'Amérique latine par Planeta, la plus grande maison d'édition hispanophone au monde. Je sais, je parle de moi, ici, et je m'en excuse. Mais avouez que ce n'est pas toutes les semaines que cela se produit dans l'édition québécoise et que ce succès est en partie dû aux divers programmes de soutien à l'industrie du livre, dont quelques-uns relèvent de votre ministère. Voilà un succès qui aura des effets d'entraînement sur la diffusion de la littérature québécoise à l'étranger.

Oui, je sais, Mme la ministre, à ce moment-là, vous étiez peut-être en train de discuter de bibliothèques publiques ou scolaires avec votre homologue mexicain. Je me demande si vous lui avez dit que vous compreniez très bien sa situation désespérée puisque vous gérez vous-même une situation qui, en ce domaine, fait du Québec le Mexique du Canada, un vrai pays du Tiers-Monde. Nous aurions pu parler aussi des salons du livre dans les régions, qui tremblent chaque fois que vous prenez la parole. Avec Denis Chouinard, le réalisateur de cinéma, nous aurions pu discuter à loisir de la difficulté croissante que rencontrent les cinéastes à produire autre chose que des comédies banales et éculées. Nous aurions pu parler de Faites de la musique, que vous avez tué tout en laissant comme cadavre collatéral une magnifique salle de spectacle dans Hochelaga-Maisonneuve, le Zest. Une salle de belle qualité, avec des studios de répétition qui se louaient pour des pinottes, qui a coûté plus de trois millions de dollars aux contribuables et que vous allez peut-être céder pour trente deniers à un de vos amis partenaires de l'entreprise privée.

***

Mais encore une fois, vous n'aviez pas le temps de rencontrer ceux qui font la culture, les artistes de la base. Je ne sais pas si c'est parce que vous travaillez trop, mais il semble que vous n'avez jamais le temps de parler avec nous, de vous frotter aux vrais travailleurs de la culture. À moins que vous ne nous aimiez tout simplement pas, ou encore que la culture ne soit pas votre tasse de thé et que vous ayez accepté ce poste parce que c'était le seul ministère que votre patron conservateur était prêt à confier à une libérale comme vous.

Je pense à la ministre fantôme que vous êtes et la nostalgie s'empare de moi. Je me souviens de Louise Beaudoin. De la culture, elle n'en mangeait jamais assez; des artistes, elle n'en rencontrait jamais suffisamment. Mme Beaudoin se serait pointée à mon lancement et aurait expliqué à la dizaine de journalistes mexicains présents comment son gouvernement avait joué un rôle important dans ce succès. Elle serait venue plusieurs fois à l'hôtel De Mendoza pour prendre un café, rencontrer des gens, discuter, entendre les critiques sans trop fléchir, faire face à la musique, quoi. Je pense aussi à Clément Richard, qui était un vrai groupie, ou à Liza Frulla. On les voyait, eux, et nous trouvions parfois sympathique le fait d'avoir un ministre qui nous adorait comme un fan adolescent.

Vous savez, nous sommes critiqueux mais, sauf pour quelque poète de gouttière, nous sommes polis et respectueux. Il existe un bar dans le plus vieil hôtel du Mexique, le Frances. Les margaritas y sont douces et légères comme des cheveux d'ange, de vieux musiciens mexicains chantent des ballades nostalgiques et langoureuses. Nous aurions pu nous asseoir avec une petite bande de copains et nous aurions tenté poliment de vous transmettre la passion de la culture, qui commence essentiellement par la prise de parole, par la conversation et par le dialogue. Ceux que j'ai nommés plus haut l'auraient fait. Et si vous n'aviez pas aimé nos critiques, vous auriez aimé votre soirée et vu de vrais Mexicains et de vrais artistes, chose impossible dans le gratte-ciel pour personnalités où vous résidiez loin de tous, à Guadalajara. Et je serais allé vous reconduire à votre limousine et, avant de vous dire buenas noches, je vous aurais demandé très poliment et très respectueusement pourquoi une vraie libérale comme vous contribue-t-elle à détruire rageusement une grande partie de ce que votre parti a construit dans notre société.

Veuillez, Mme la ministre, accepter... Vous connaissez la formule.



»» Jean Chrétien

L'énigme canadienne

Jean Dion
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 décembre 2003

Vendredi prochain, on procédera à la passation officielle des pouvoirs et du titre de premier ministre du Canada de Jean Chrétien à Paul Martin. Pour le premier, ce sera la fin d'une très longue route, qui aura placé sous les feux de la rampe un personnage beaucoup plus facile à caricaturer qu'à saisir.

Il s'en est dit et écrit, des choses sur Jean Chrétien, depuis un mois. À donner un peu le tournis, à vrai dire. Normal, quarante années de vie dans l'oeil de la tempête, dont dix à la tête d'un grand pays adulé et tout, voilà qui invite à de lourds et éloquents -- amusés aussi, prenant prétexte de l'incongruité du personnage même -- commentaires, analyses, essais, bilans et autres trucs destinés à meubler le silence et les espaces vides. Or, s'il est une ligne directrice, fût-elle ténue, qui se dégage du déluge, elle ne manque pas de sel : personne ne semble trop certain de ce qu'il avance, de la justesse de ses propos, de ce que l'histoire retiendra de ce phénomène à peu près indescriptible.

Les critiques de Jean Chrétien, souvent acerbes, se butent au principe de réalité. Quoi qu'on dise, on ne peut pas avoir fait une carrière aussi longue, aussi réussie, aussi prestigieuse, sans avoir quelque chose de spécial, sans avoir touché les gens d'une façon bien particulière, sans être parvenu à naviguer avec tact et conviction dans les eaux sans merci de la politique. Ses laudateurs, eux, enfilent trois paires de gants blancs. Leur défense et illustration nécessite toujours un très long développement justificatif qui trahit sa réserve par l'emploi d'expression récurrentes : malgré que, même si, quand même, et pourtant.

Invariablement, l'évocation de son parcours est constellée de citations. Pour l'homme «aux deux langues secondes» qui est pratiquement devenu l'incarnation de la tournure emberlificotée, de la faute de syntaxe, de la confusion juteuse -- les armes nucléaires à garder hors de la portée des enfants --, le moins pittoresque des paradoxes n'est d'ailleurs pas qu'au Québec du moins, la phrase qui restera le plus accolée à son passage au pouvoir est apocryphe. «Le plus meilleur pays du monde», on peut en retirer les guillemets : Jean Chrétien n'a jamais dit cela. Il a bien évoqué «le meilleur pays du monde pour y vivre», mais le plus meilleur, nenni. Tout comme les sceptiques offrent le gros lot à quiconque fera la démonstration patente de facultés paranormales et, après des années, ont toujours le magot bien au chaud dans une chambre forte, le défi a été lancé de mettre au jour le document qui attesterait de l'usage du méga-superlatif par le premier ministre. Personne n'a jamais rien trouvé.

Cela étant, pour un reporter de la presse écrite affecté à la politique fédérale, M. Chrétien a plus souvent qu'à son tour été source de dilemme : reproduire texto ses propos, quitte à ce qu'ils soient incompréhensibles -- Chambre des communes, 1994 : «Monsieur le président, je me suis informé auprès de l'ambassade des États-Unis, du Canada aux États-Unis, et M. King-Kong [rires], de toute façon vous savez de qui je veux parler, M. Coon-Come a fait un discours devant un auditoire et puis c'était un débat où il y avait des représentants du Québec, ou du Canada ailleurs, qui ont débattu ces propos, l'autre côté de la médaille a été donné publiquement à ce moment-là et, comme il s'agissait d'un débat, ben les faits ont été rectifiés par les citoyens qui étaient là, invités par un groupe d'universitaires, alors l'ambassade a pas cru qu'il devait intervenir.

Dans, qu'est-ce vous voulez, où des opinions sont émises partout au Canada, comme je disais hier, j'ai été souvent été la victime de la part de gens que je connais très bien, que je vois même dans mon comté, d'abus de mots que je n'aimais pas beaucoup mais dans, mais dans une démocratie il faut vivre ça et j'ai vu que le premier ministre Parizeau qui aurait été accusé s'est défendu et plus loin le chef indien a dit qu'il ne voulait pas attribuer ces propos à monsieur Parizeau, il a fait une rectification suivant les informations» --, ou tricher en les arrangeant ?

Si on est titillé par les errements de langage et les pitreries involontaires de Jean Chrétien -- le port du casque militaire à l'envers, un exemple parmi plusieurs --, on est aussi tiraillé entre les deux facettes de l'homme, le pragmatique et l'idéologue. Le pragmatique, qui a toujours su flairer le vent et n'a pas reculé devant des virages à 180 degrés sur des dossiers aussi fondamentaux que le libre-échange ou la TPS, est aussi celui qui a empoigné Bill Clennett parce que celui-ci se trouvait dans son chemin et qui, lorsque interpellé sur l'extinction de la flamme de la Paix à l'occasion de manifestations entourant une rencontre du G-20 à Ottawa, avait simplement déclaré : «On va la rallumer.» L'idéologue, c'est celui qui a piloté le rapatriement de la Constitution sans se formaliser un instant de l'inévitable ressac au Québec et qui n'a jamais voulu préciser quelle majorité référendaire devrait être dégagée pour qu'il la reconnaisse.

Jean Chrétien a, plutôt trois fois qu'une, fait le tour de l'horloge. Il a été élu député à douze reprises. Il a détenu douze portefeuilles ministériels. En tant que premier ministre, il a vu défiler douze chefs de partis d'opposition. Si la propre horloge, biologique celle-là, de Paul Martin n'avait poussé ce dernier à accélérer le travail de sape en coulisses, il aurait sans doute été au sommet de l'État pendant douze ans. Ou, allez savoir, douze mandats.

Toutefois, en dépit de cette longévité et de l'apparente familiarité -- paravent efficace derrière lequel dissimuler un appétit obsessif pour le pouvoir -- qu'il a dégagée sous les feux de la rampe, l'homme demeure insaisissable. Que retiendra-t-on de lui ? Comme premier ministre, il n'a été l'homme d'aucune grande politique; son gouvernement a bien sûr éliminé le déficit, mais cette mesure, par ailleurs largement mise en forme aux dépens des provinces et du programme d'assurance-emploi, restera bien davantage associée à Paul Martin. Il a étouffé tous les «scandales» de son administration avec la vertu d'un commissaire à l'«éthique» qu'il avait faussement promis de faire dépendre du Parlement. Il aura attendu aux derniers mois de son règne pour présenter une réforme majeure, le financement des partis politiques, qu'il n'aura pas à appliquer lui-même, ni à lui-même.

La grande cause de sa vie aura finalement été le Canada. Mais ne devrait-ce pas être la grande cause de tout premier ministre ? Et n'est-ce pas lui qui sera passé à un cheveu de la perdre de façon spectaculaire ? N'empêche, au fond, Jean Chrétien est peut-être exactement comme ce Canada, ce «Woody Allen des nations» pour reprendre le mot de Keith Spicer, «dont l'identité est sa crise d'identité» : à première vue, il n'a aucun sens, mais il fonctionne parfaitement bien. De guerre lasse, l'énigme Chrétien s'en ira bientôt. Elle ne sera pas pour autant résolue.

Que voulez-vous.



»» Lionel Groulx

Encore Lionel Groulx ?

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 décembre 2003

Titre VO : Lionel Groulx - Le mythe du berger
Description : Marie-Pier Luneau - Leméac - Montréal, 2003, 232 pages

Veut-on en finir avec la figure de Lionel Groulx -- elle serait dépassée, elle incarnerait un Québec qui n'est plus et ne doit plus être -- qu'elle revient, semble-t-il, avec d'autant plus de force. Cette année seulement, le célèbre petit chanoine a suscité la publication de deux oeuvres importantes: Les Deux Chanoines - Contradiction et ambivalence dans la pensée de Lionel Groulx, de Gérard Bouchard, et La Pensée nationaliste de Lionel Groulx, de Frédéric Boily. Il y a quelques mois paraissait aussi l'imposant troisième tome de l'édition critique de sa correspondance.

«Mais pourquoi, diantre, se demande donc Marie-Pier Luneau, consacrer encore un livre à Lionel Groulx, cet écrivain à teneur hautement explosive qui demande à être manipulé avec soin, tant est récupérée la moindre allusion à son sujet ? Pourquoi s'attarder en effet à un auteur dont on semble douter de plus en plus, surtout depuis les derniers débats, qu'il ait laissé une oeuvre de quelque valeur ? Pourquoi traiter de Lionel Groulx, au début du XXIe siècle, si ce n'est pour polémiquer ?»

Maintes réponses, bien sûr, pourraient être apportées à ces questions qui, de toute évidence, en tarabustent encore plusieurs. L'oeuvre, d'abord, est, au moins d'un point de vue quantitatif, massive. Elle a de plus remporté un important succès, au point de faire de Groulx «un des premiers auteurs de best-sellers au Québec». L'homme, quant à lui, fascine. À la fois prêtre et franc-tireur, ce qui n'a jamais été très fréquent, il s'est imposé comme l'un des plus ardents défenseurs d'un peuple opprimé qui en avait bien besoin. Enfin, et surtout peut-être, le caractère limite de sa personnalité et de son oeuvre, phénomène assez rare dans les annales littéraires du Québec, titille la curiosité polémique.

S'il aborde au passage toutes ces facettes déjà connues de l'oeuvre et du personnage, l'essai de Marie-Pier Luneau intitulé Lionel Groulx - Le mythe du berger propose toutefois un point de vue original, emprunté à la sociologie de la littérature et aux thèses d'Alain Viala, en analysant les «stratégies d'écrivain» déployées par Groulx aux diverses époques de sa vie.

«Deux modèles particuliers, écrit Marie-Pier Luneau, se transposent avec pertinence dans le contexte littéraire québécois du XXe siècle : la stratégie de la réussite et la stratégie du succès.» À la première de ces approches, fondée sur des gains symboliques patiemment accumulés et déterminée en fonction d'un public restreint composé de «puissants», Groulx a presque toujours préféré la seconde, celle du succès, en quête de gains rapides obtenus auprès du grand public.

Le mythe du berger qui accompagne son oeuvre n'est pas étranger à cette stratégie d'écrivain : c'est l'adhésion des «petits», des jeunes, du peuple, que recherche l'homme du succès, au mépris, au moins affiché, des institutions et des puissants. Et pour y parvenir, il doit, aidé en cela par les autres agents du champ, se construire une image conforme à ses ambitions.

Le cas de Groulx tel qu'étudié par Marie-Pier Luneau est une fois de plus fascinant. Construite autour du «rôle de berger», un chapeau que lui aurait fait porter «malgré lui» la Providence, le peuple et les «mauvais conseils» des «bons amis», la figure mythique groulxienne cache cependant l'activisme stratégique intense de l'auteur tout au long de sa vie.

L'image du «berger malgré lui» participe donc du mythe que Groulx a lui-même contribué à construire en usant de multiples stratégies (utilisation abondante de pseudonymes et interventions incessantes, quoique déniées, auprès de professeurs, d'éditeurs, de critiques et de journalistes pour faire mousser son oeuvre), une trajectoire volontaire qui, quoique satisfaite, n'exclut pas la frustration : «La dualité est manifeste : il y a chez Groulx une irritation face aux attentes de son entourage et, paradoxalement, une incapacité à renoncer à cette route du berger qu'il a pavée lui-même, une incapacité à dire non aux quémandeurs.»

Ces derniers, toutefois, se feront de plus en plus rares dans le Québec d'après-guerre en voie de modernisation accélérée : «Qu'il n'est plus le chef, qu'il l'a été trop longtemps, on se fait fort de le lui cracher en pleine figure et de plus en plus, surtout pendant les années soixante. Jacques Ferron affirme qu'il aurait dû mourir vingt ans plus tôt.»

Son mythe, malgré tout, la preuve en a été faite depuis, survivra. La stratégie du succès empruntée par le chanoine, fût-ce souvent inconsciemment, aura donné ses fruits. Marie-Pier Luneau, dont le bel ouvrage a le mérite de reconstituer tout le riche parcours de Groulx à partir d'un angle inédit, a donc raison de conclure sur ce constat : «Il n'est pas exagéré de dire que si on lit Groulx aujourd'hui encore, si on en parle encore aussi abondamment, c'est grâce à Groulx. Dans son parcours, tout passe par lui. En ce sens, l'image du self-made-man n'est pas fortuite. C'est dire toute l'importance de faire une place, dans les études littéraires, à l'étude des stratégies d'écrivains.» Non, la figure de l'auteur n'est pas morte, et celle de Groulx non plus.

À la défense de Groulx

Comment défendre, pourtant, le «monstre de contradictions», dont «l'oeuvre doit se lire sous le thème de l'échec», disséqué et reconstruit par Gérard Bouchard ? Dans un dossier intitulé «Lire Lionel Groulx» que présente la persévérante revue L'Action nationale (octobre 2003), le sociologue Joseph-Yvon Thériault conteste la méthode bouchardienne. Elle négligerait, selon lui, de replacer l'oeuvre de Groulx «dans une tradition, un contexte intellectuel et politique», et manquerait de l'inscrire «dans une intention».

Le coeur de la critique de Thériault, qui résume et justifie le malaise ressenti par plusieurs à la lecture du livre de Bouchard, mérite d'être cité parce qu'il exprime un point de vue méthodologique qui pourrait aussi être utile en d'autres circonstances : «Aucune oeuvre, il me semble, même celle du plus grand des philosophes analytiques, ne sortirait cohérente de sa mise en pièces et de la confrontation des fragments qui surgissent d'un tel procédé. Pour comprendre la démarche d'un auteur, ne faut-il pas postuler une certaine cohérence qui, au-delà de ses contradictions, fait d'énoncés divers une oeuvre ? [...] C'est pourquoi l'argumentation de Bouchard ne convainc pas, elle ne repose pas sur la pensée de Groulx mais sur un Groulx mis en pièces. On apprend beaucoup dans ce livre sur l'existence de différents Groulx; Groulx l'auteur y est absent.»

Des textes du Dr Jacques Genest, de Gilles Rhéaume et de Lucia Ferretti complètent cet intéressant dossier.

louiscornellier@parroinfo.net

Lionel Groulx - Le mythe du berger
Marie-Pier Luneau - Leméac - Montréal, 2003, 232 pages

«Lire Lionel Groulx»
L'Action nationale
Octobre 2003, pages 45 à 119



»» Lionel Groulx

Lire Lionel Groulx

Les deux Groulx de Bouchard : un monstre de contradiction

Joseph-Yvon Thériault*
L'Action nationale octobre 2003

Gérard Bouchard, Les deux chanoines. Contradiction et ambivalence dans la pensée de Lionel Groulx, Montréal, Boréal, 2003.

La biographie intellectuelle de Lionel Groulx, ou plutôt des deux Groulx, présentée par Gérard Bouchard, dans Les deux chanoines, est d’une froideur clinique. Pour saisir les contradictions « de la figure dominante de la vie intellectuelle » du Québec francophone au cours du XXe siècle (p. 16), Gérard Bouchard se met dans la position du chirurgien disséquant un corps. Il n’a ni empathie, ni antipathie pour son sujet et, sent-il le besoin de le souligner, ne procède « à aucune sélection fondée sur des choix idéologiques » (p 10). L’histoire des idées que pratique Bouchard est d’un genre assez particulier, il s’agit après avoir mis en pièces l’œuvre d’un auteur d’en « reconstituer la charpente »…, « l’architecture », en faisant abstraction du contexte de l’œuvre et en s’appuyant sur « ses définitions premières » (p. 11-12).

C’est pourquoi il n’est ni question dans cette biographie de situer l’œuvre de Groulx dans ses « origines » intellectuelle, religieuse ou historiographique, ni d’interpréter en confrontation avec les événements de l’époque, ni encore de le situer en lien aux « auteurs » et « courants » avec lesquels il dialoguait. Les interprètes antérieurs de Groulx sont peu utilisés, sinon pour souligner la fausse route qui était celle de vouloir trouver chez Groulx, même pour la dénoncer, une cohérence. On n’y trouve, non plus, une lecture systématique d’aucun texte particulier de Groulx qui en reprendrait l’argumentation d’ensemble. Enfin, l’analyse met sur le même pied, tous les types de textes, qu’il s’agisse d’un roman, d’une lettre à un ami, d’un texte signé sous un pseudonyme, d’un article historique savant ou d’une opinion du lecteur. La démarche consiste partout à mettre en fiches l’auteur, à retrouver les particules élémentaires de l’œuvre…, de toute l’œuvre, ce qui conduit Bouchard a affirmer qu’il s’agit d’une lecture définitive qui « ne risque guère d’être substantiellement invalidée par l’apport éventuel de nouveaux textes » (p. 33).

Quelle lecture ressort de cette dissection, de cette mise en fiches de l’œuvre de Groulx ? Un peu comme le Frankenstein de Mary Shelly, le Groulx reconstruit de Gérard Bouchard est un monstre, un monstre de contradictions. « Je crois, précise Bouchard, que nous sommes en présence d’un univers intellectuel foncièrement incohérent, imprégné de contradictions non surmontées » (p. 10). « La part de contradictions dans la pensée de Groulx n’apparaît pas marginale mais centrale, non pas accessoire mais structurelle » (p. 21), ce qui lui permet « d’affirmer à la fois le blanc et le noir ». Son œuvre souffre « d’incohérence structurelle », elle confirme « l’impuissance de la raison [de sa raison] à réduire les incohérences »…., « l’impuissance de la pensée [de sa pensée] à harnacher d’une manière ou d’une autre, les contradictions » (p. 232). Somme toute, l’œuvre de Groulx doit se lire sous le thème de l’échec : l’échec de l’homme lui-même qui s’est montré incapable d’assumer la position qu’il est venu à occuper dans le siècle ; échec d’une pensée, reflet de l’échec de l’homme, qui est « sur plusieurs points déphasée, éthérée » (p. 242).

Ce monstre de contradictions, dont l’œuvre dégage « la plus grande confusion », se révèle sous plusieurs aspects dans les fiches de Bouchard. Contradiction, entre l’amour immodéré qu’il affirmait pour son petit peuple et l’expression de « beaucoup de méchanceté, de l’aigreur, du dégoût et, bien sûr, du mépris » qu’il pouvait aussi exprimer envers les siens. Contradiction aussi, où tantôt est affirmée une conception traditionaliste de la nation (continuiste), tantôt une tradition révisionniste (rupture). Le chantre de la nature française de la nation d’Amérique (continuité) succombe parfois à l’américanité (rupture). Contradiction encore, entre l’historien providentialiste, celui qui affirme la fatalité du destin des peuples et celui qui enjoint son peuple de prendre en main son devenir et sa liberté. Groulx est le penseur de la survivance, en même temps que le théoricien de l’audace et de l’affirmationnisme en histoire ; il fustige l’industrialisation et la ville tout en soulignant l’inéluctabilité et les bienfaits de ces processus. Sympathique envers les Juifs ce qui ne l’empêche pas de trouver « le Juif au fond de toutes les affaires louches » (p. 154) et de condamner les lois laxistes du gouvernement canadien en regard de l’immigration. Contre et pour le capitalisme, contre et pour le fascisme, contre et pour le libéralisme, contre et pour la démocratie, contre et pour l’État, féministe et anti-féministe, Groulx est incapable d’exprimer une pensée cohérente.

Il serait possible de contester certaines contradictions que Bouchard impute à Groulx. Ainsi, l’opposition entre un Groulx démocrate et anti-démocrate apparaît-elle un peu surfaite, elle serait facilement résolue si on tentait de placer le « démocratisme » de Groulx dans la tradition d’un romantisme social où la démocratie se combine facilement avec une virulente opposition à la liberté des modernes. Groulx aurait une conception incohérente de la nation ce qui lui permet de plaider en faveur de « notre État national » et, en même temps, de plaider pour le maintien d’un lien fédéral. Contradiction certes pour la pensée souverainiste contemporaine mais ambiguité qui a nourri une large part des intellectuels canadiens-français jusqu’au milieu des années 1960. La contradiction enfin entre une conception déterministe de l’histoire et la croyance en la capacité d’agir des humains sur leur histoire est certes réelle, mais n’est-elle pas au cœur même de toute l’histoire des sciences sociales. De telles objections reposent toutefois sur une approche à l’histoire des idées qui n’est pas celle de Bouchard, elle viserait à contextualiser la production d’une œuvre dans une tradition, un contexte intellectuel et politique, à inscrire celle-ci dans une intention. Mais, si l’on suit la méthode bourchardienne, qui consiste à opposer les fiches les unes aux autres, à montrer l’incompatibilité des différentes fragments de l’œuvre de Groulx on doit convenir avec lui que sa lecture « risque guère d’être substantiellement invalidée par l’apport éventuel de d’autres textes » (p. 33). L’œuvre de Groulx contient bel et bien des affirmations contradictoires.

Mais, la méthode bouchardienne est-elle une méthode adéquate pour faire de l’histoire des idées ? Aucune œuvre, il me semble, même celle du plus grand des philosophes analytiques, ne sortirait cohérente de sa mise en pièces et de la confrontation des fragments qui surgissent d’un tel procédé. Pour comprendre la démarche d’un auteur ne faut-il pas postuler une certaine cohérence qui, au-delà de ses contradictions, fait d’énoncés divers une œuvre ? L’histoire de la pensée, comme celle du social d’ailleurs, ne peut se dégager d’une empathie ou antipathie envers l’intention de l’auteur. Sinon, elle part du principe premier qu’une telle cohérence n’existe pas et que la seule cohérence de l’œuvre sera celle que veut bien lui donner l’interprète. C’est pourquoi l’argumentation de Bouchard ne convainc pas, elle ne repose pas sur la pensée de Groulx mais sur un Groulx mis en pièces. On apprend beaucoup dans ce livre sur l’existence de différents Groulx, Groulx l’auteur y est absent.

Des questions persistent toutefois. Comment ce monstre de la contradiction a-t-il pu s’imposer comme « la figure dominante de la vie intellectuelle » du Québec francophone au XXe siècle ? Au-delà de la notoriété de Groulx, pourquoi Gérard Bouchard s’intéresse-t-il à un si piètre personnage ? Pour répondre à ces questions il faut revenir aux intentions premières du projet de Bouchard de lire les mythes fondateurs des sociétés du Nouveau monde. Groulx apparaît à cet effet le prototype d’une tentative de pensée radicale qui aurait échoué sur les rives de la pensée équivoque, pensée caractérisée par « des mythes inopérants et par un état d’impuissance ancré dans des mythes dépresseurs. » (p. 26). Si parfois Bouchard est tenté d’imputer cette pathologie à l’homme lui-même – Groulx – ultimement, en accord avec l’ensemble de ses travaux antérieurs – De quelques arpents d’Amérique à Genèse des nations et des cultures du Nouveau Monde –, c’est à l’ensemble de la culture canadienne-française qu’il impute un tel état dépressif. « En d’autres mots, Groulx m’apparaît, précise-t-il, comme le porte-parole d’une société, ou plus exactement d’un fragment de société, qui n’arrivait pas à se penser clairement ni à se poser efficacement dans l’histoire à partir de ses prémisses culturelles » (p. 21) (…). Groulx un homme morcelé, dressé contre lui-même, tout comme la société qu’il a voulu prendre en charge » (p. 248).

Comme Groulx, la culture canadienne-française aurait été incapable de faire surgir une « pensée organique » porteuse d’un mythe où la contradiction se métamorphose en « tensions créatrices », elle s’est résorbée dans la confusion et l’inhibition (« cas de la pensée équivoque »). Que faire avec une tradition culturelle inutile car trop pleine de contradictions ? S’en débarrasser, en attendant qu’un nouveau prophète vienne nous dire comment dépasser les confusions dans lesquelles l’histoire nous a entretenus jusqu’ici. C’est pourquoi l’on attend avec fébrilité la suite de ce voyage dans l’imaginaire du Québec francophone que Gérard Bouchard annonce avec cet ouvrage sur Lionel Groulx.

* Sociologue/Université d’Ottawa.



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Why can't suburbanites have their old towns back?

The Gazette Saturday, December 06, 2003

With Bill 9, Quebec's Liberal government betrays its own pre-election promise to provide a mechanism to undo forced municipal mergers. Like Montreal mayor Gérald Tremblay, Municipal Affairs Minister Jean-Marc Fournier now repeats over and over that suburbanites, in Montreal and Quebec City and other cities across the province can never hope to return to the the way things were before the mergers were imposed.

But why not, anyway? Exactly why can't the forced mergers be repealed? Before the Liberals proceed to force Bill 9 through, by blunt use of their National Assembly majority - which includes a lot of suburban representatives who won a lot of votes from trusting opponents of the mergers - we would very much like to hear a real answer to that question.

After all, before last April's Quebec election, the Liberals certainly never mentioned minimum voting requirements, nor these post-demerger "agglomeration councils" in which reconstituted cities would have no real voice.

Jean Charest did hint last spring at "agglomeration taxation." But there was never any indication the demerger-referendum process - and, more importantly, the consequences of demerger - would be made so unpalatable and impractical.

Once they were safely elected, though, the Liberals started right in to make it clear the deck would be stacked. The finger-wagging peaked during Bill 9 hearings in October, when Fournier repeatedly and aggressively told former suburban mayors who were testifying: "You will not get your cities back!"

Well, then, kindly tell us why not. The answer cannot be that mergers are more efficient in operating costs and taxes. We've just seen Montreal's total spending shooting up: the promised economies have vanished.

Nor can the Liberals seriously claim the one big city is somehow essential to economic growth: the case has been convincingly made, as reported by our columnist Henry Aubin, that there's no link at all between municipal gigantism and economic success.

Could the reason be simple administrative convenience for bureaucrats? Surely not.

If they were to be honest, the Liberals would answer the "why not?" question, we think, by saying the real reason there's no going back is a fair chunk of the population has this idea the mergers will somehow enhance social justice. They don't want rich people living in little enclaves and not sharing with poor people. In other words, it's about fiscal equity - suburbs paying their fair share.

But actually there's no justification for that one, either. In the old Montreal Urban Community, suburbs did, of course, contribute to the cost of police services, transit, and so forth, according to their property valuations. But it's true taxpayers in the old city of Montreal were having difficulty shouldering the costs of operating the central city alone.

Within the former Parti Québécois government, there were some who recognized this problem could easily have been solved with a fiscal solution, instead of the heavy-handed merger the PQ ultimately engineered.

The leading voice among the PQ fiscalists was François Beaulne, a former Banque Nationale vice-president who represented Marguerite-Bourgeoys riding on the South Shore, until demerger sentiment unseated him last April.

Beaulne proposed a system of "tax equity" across the entire metropolitan region, with both on-island and off-island suburbs contributing to a "metropolitan equalization fund" to help the old central city of Montreal. Suburb-by-suburb contributions would be determined by a neutral party, such as a private auditing firm. The important thing, said Beaulne, was that system be fair.

Beaulne was right to frame Montreal's problem as a fiscal one, but the PQ balked. One can imagine the PQ would have been reluctant to enact a fiscal model that assigned responsibility for helping the central city to off-island suburbs, given how this so-called Couronne de Montréal is now where provincial elections are won or lost.

What the PQ failed to predict, however, was the degree of anti-merger sentiment in the South Shore suburbs folded into Longueuil and in the suburbs of Quebec City and other urban areas.

If the PQ merger law, Bill 170, had improved Montreal's financial position, mergers might have more defenders today. Bill 170 provided for new money coming into city coffers as a result of annual 5-per-cent property-tax increases in many former suburbs.

But the PQ, surprised by the tepid support for mergers within the former city of Montreal, built in offsetting tax decreases within the former Montreal and some suburbs, as a way to sell mergers.

As a result, the mergers have been revenue-neutral. There's no real new money, just some reapportioning. Because fixed costs continue to rise, the central city is in worse shape than it was before mergers.

So why not undo this mess, and reframe the issue in terms of supporting the central city, preserving local identity, and getting the off-island suburbs to help fund the metropolis?

The Liberals would say they don't have a mandate to do that. But nobody gave them a mandate to stack the deck against demergers, either.

The new amendments to Bill 9 make it clear the Charest government has betrayed suburban voters, who after all were largely responsible for the Liberal election victory last April. Does the party really think these voters will forget this?

So the Liberals need to tell us: Why, really, can't we go scrap this mess, revert to the political templates in place before mergers, and make the necessary adjustments from there that will truly help the central city?


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Tout cela rapproche le Québec de son destin national

Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE Le 6 décembre 2003

«Réingénierie référendaire» Pourquoi pas! Ce terme est actuellement utilisé à toutes les sauces! Ce fut la même chose pour le partenariat. Depuis sa présentation lors du référendum de 1995, l'appellation est également employée à satiété; il fait presque bon chic bon genre de l'introduire dans une conversation! Qu'importe! Pendant que les libéraux à Québec sont à faire l'éclatante démonstration que la gouvernance d'un État provincial nuit aux Québécois, les souverainistes doivent profiter du fait qu'ils soient dans l'opposition pour investir tout leur temps à préparer les enjeux de la prochaine élection. Cette fois-ci, personne ne pourra leur faire le reproche de sacrifier les affaires de l'État.

Le gouvernement de Jean Charest s'avère un atout inespéré pour présenter la stratégie référendaire. Ces fédéralistes collaborateurs ne peuvent être accusés par Ottawa d'entraver la bonne marche du système fédéral et pourtant, de par la détresse qui émane de Québec, il est évident que quelque chose ne va pas. Exit les promesses électorales, bonjour les hausses de taxes! Beaucoup de pression donc sur le tout nouveau "Conseil des pleurnichons"! L'organisme voué à mieux préparer les séances de chicanes avec le gouvernement canadien ne pourra cependant circonscrire le feu qui menace la maison. Pourtant, les premiers ministres anglophones profitaient de son inauguration à Charlottetown le 5 décembre dernier pour ressortir des boules à mites leurs plus beaux clichés: "ce sera formidable maintenant qu'il y a un gouvernement fédéraliste à Québec"! Et Robert Bourassa? Ne fut-il pas un collaborateur de première classe? Il s'est même transformé en carpette lors du triste référendum de Charlottetown en 1992. Après cet échec, il ne pouvait plus supporter les discussions à treize tellement il les trouvait inefficaces. Pareil commentaire provenant de la bouche d'un grand fédéraliste n'a pas empêché Jean Charest de faire reculer le Québec en ranimant cette pratique nocive. Quelle perte de temps.

Tout cela rapproche le Québec de son destin national. Néanmoins, il faut aussi mettre en marche la réforme référendaire et débuter la sensibilisation citoyenne. À ce sujet, voici des nouvelles fraîches de mon "antenne" à Québec. Il s'y discute d'élection référendaire dans les hautes sphères péquistes. Là aussi, le débat est ouvert entre étapistes et ceux qui sentent chez les Québécois le désir d'en finir dans quatre ans. Pour la première fois, un consensus rallie l'ensemble des souverainistes: il est hors de question de reprendre les commandes d'un État provincial affaibli par le carcan fiscal d'Ottawa. Le piège installé après 1995, on le laisse aux libéraux! Ce qui veut dire aussi que l'étapisme doit être éliminé. Le délai qui sépare l'élection d'un référendum constitue sa faiblesse principale puisqu'il suppose la gestion des finances publiques empoisonnées par l'hypothèque fédéral. J'en veux pour preuve la bonne gestion des finances publiques de l'ancienne administration péquiste. Elle n'a pourtant pas empêché le naufrage du 14 avril dernier. Certes il y a eu le mécontentement provoqué par l'épisode des fusions forcées. Néanmoins, les péquistes, piégés par l'impasse fiscale, ont donné l'impression de s'accrocher au pouvoir et manqué de courage face à l'application de leurs solution souverainiste. Plusieurs Québécois, déçus, ne sont pas allés voter.

Des députés souverainistes commencent, on l'a vu, à manifester de l'intérêt pour utiliser l'élection référendaire comme mécanisme d'accession à l'indépendance du Québec. Ils étaient présents à la réunion du RIQ à Montréal le 29 novembre dernier et le député péquiste de l'Assomption, monsieur Jean-Claude St-André, déclarait dans le Devoir du lundi 1er décembre sa foi en l'élection référendaire. Bravo! monsieur St-André. Plus il y en aura, plus monsieur Bernard Landry devra les écouter. C'est à nous de les convaincre de sortir de l'ombre, en investissant leur exécutif. Car il y en a plusieurs. J'attends d'ailleurs le feu vert pour me rendre à Québec rencontrer des gens qui risquent de faire bouger les choses dans la capitale. C'est la légitimité démocratique de l'exercice qui ferait hésiter des ténors péquistes. Pourtant, en certifiant maintenant qu'il faut 50% plus une voix pour autoriser les Québécois à ratifier ce qu'aura proposé une coalition souverainiste, la crainte n'est plus fondée. L'élan majoritaire d'un peuple valide la légalité du résultat d'une élection référendaire.

Un Parti québécois ouvert et dynamique peut profiter du climat actuel au Québec pour annoncer qu'il offrira cette alternative dans quatre ans. Renchérir par une invitation formelle à ceux qui veulent participer aux travaux d'ici l'élection décisive, que des dates et des lieux sont à venir. Imaginez l'enthousiasme que cela provoquerait chez les Québécois! Enfin un projet dynamique qui n'a que des gains à offrir. Souhaitons que d'autres députés péquistes imitent rapidement le geste de courage de monsieur St-André. L'élection référendaire sera alors à portée de main.



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COMMUNIQUÉS Le 3 décembre 2003