Actualité





»» pour en savoir davantage

Dorval devient l'aéroport Trudeau

Bellavance, Joël-Denis; Marissal, Vincent
La Presse vendredi 22 août 2003

North Bay - Près de trois ans après la mort de Pierre Elliott Trudeau, le gouvernement Chrétien a décidé d'honorer sa mémoire en donnant à l'aéroport de Dorval le nom de l'ancien premier ministre libéral qui a dirigé le pays pendant près de 15 ans.

Le ministre des Transports, David Collenette, a profité de la dernière journée du caucus hier à North Bay pour annoncer cette nouvelle aux députés libéraux qui ont chaudement applaudi cette décision d'Ottawa.

Devant les journalistes, M. Collenette a précisé qu'il songeait depuis un an à honorer ainsi la mémoire de l'ancien premier ministre et qu'il attendait le moment opportun pour le faire. "C'est un moyen de reconnaître la contribution de M. Trudeau d'une manière permanente. Il était un fier Montréalais. Il aimait bien la ville de Montréal et il a utilisé l'aéroport souvent", a déclaré le ministre hier.

Même si l'héritage de M. Trudeau est loin de faire l'unanimité au Québec, ce que reconnaît d'ailleurs M. Collenette, le premier ministre Jean Chrétien a soutenu que la grande majorité des Québécois se réjouiront de cette décision. "Ils vont être très contents. C'était un grand Québécois et un grand Canadien. C'est une belle façon d'honorer un très grand Canadien", a-t-il déclaré.

Tous les ministres du Québec ont fait écho aux propos du premier ministre en saluant cette initiative. Mais le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, s'est permis d'ajouter sur une pointe d'humour que le fédéral devrait en profiter pour investir davantage dans l'aéroport. "C'est une très belle décision qu'on a chaudement applaudie au caucus. S'ils pouvaient en profiter pour mettre un peu plus d'argent dedans, ce serait bien", a commenté M. Dion.

Le ministre a ajouté que les Québécois de toutes les tendances sauront apprécier cet hommage à l'ancien premier ministre. "Il y a aura très peu d'esprits chagrins qui contesteront cela. Après tout, le boulevard René-Lévesque est le boulevard René-Lévesque pour tout le monde. L'aéroport Trudeau sera l'aéroport Trudeau pour tout le monde", a-t-il dit.

M. Collenette a consulté la famille de M. Trudeau avant d'aller de l'avant et les deux fils de l'ancien premier ministre, Sacha et Justin, sont "très touchés par la décision du gouvernement", a dit le ministre. Les deux fils assisteront d'ailleurs le 9 septembre à une cérémonie rebaptisant l'aéroport de Dorval à la mémoire de leur père décédé à l'âge de 80 ans en septembre 2000.

Le ministre a rappelé que la mémoire d'autres premiers ministre a été honorée de la sorte dans le passé, notamment l'aéroport de Toronto que le gouvernement Trudeau a rebaptisé aéroport Lester-B.-Pearson, et l'aéroport d'Ottawa que le gouvernement Mulroney a renommé l'aéroport Macdonald-Cartier.

L'honneur n'est d'ailleurs pas réservé qu'aux premiers ministres du Canada. À preuve, l'aéroport de Québec a été rebaptisé l'aéroport international Jean-Lesage il y a quelques années.

"M. Trudeau n'est pas un homme controversé. Il est un grand Canadien qui a servi avec distinction le peuple du Québec et le peuple canadien. J'ai été fier d'être député et ministre dans son gouvernement. Oui, il y avait des gens qui n'étaient pas d'accord avec sa politique, mais c'est normal. Je pense que les Québécois sont très fiers de Pierre Elliott Trudeau et la contribution qu'il a faite dans le monde", a précisé le ministre.

Au chapitre des désaccords, M. Collenette faisait notamment allusion à la décision du gouvernement de Pierre Trudeau dans les années 1970 de construire à grands frais l'aéroport de Mirabel, au nord de Montréal, réduisant du même coup l'aéroport de Dorval à sa plus simple expression. Cette décision impopulaire avait entraîné l'expropriation de centaines de propriétaires à Mirabel et la perte de terres agricoles jugées parmi les meilleures au Québec.

Mais l'aéroport de Mirabel n'a jamais pris l'essor prévu à l'époque et le débat entre les partisans de Dorval et ceux de Mirabel a déchiré la grande région de Montréal pendant deux décennies. Son déclin s'est accentué ces dernières années par le retour à Dorval de tous les vols internationaux puis, l'an dernier, par le transfert des vols nolisés. Cela a fait dire à plusieurs que Mirabel est l'un des éléphants blancs les plus coûteux de l'histoire du pays. De fait, l'aménagement de l'aéroport de Mirabel demeure à ce jour l'une des décisions les plus controversées du gouvernement Trudeau au Québec.

Les Québécois se souviennent aussi de la promesse de construire un train rapide reliant Mirabel au centre-ville de Montréal, un trajet de 50 kilomètres qui n'a jamais vu le jour.

Le Bloc québécois a dénoncé le "cynisme des libéraux" en annonçant une telle décision. "Ce que vient de faire Ottawa, c'est d'ajouter l'insulte à l'injure. Le gouvernement fédéral vient de rebaptiser l'héritage des Trudeau et Chrétien, c'est-à-dire 30 ans de désintérêt pour le développement de l'aéroport de Mirabel et du Québec en général", a déclaré le député bloquiste Mario Laframboise.

Reste à savoir combien de temps cela prendra aux voyageurs pour se familiariser avec l'expression "Je pars de Trudeau", comme on dit à Toronto "Je pars de Pearson".

Devant les journalistes, le ministre Collenette a précisé que si jamais l'augmentation du trafic aérien à Dorval était tel que l'on doive diriger un certain nombre de vols vers Mirabel, le gouvernement Chrétien a déjà prévu que cet aérogare porterait aussi le nom de Pierre-Elliott-Trudeau.

Le premier ministre Chrétien avait tenté d'honorer la mémoire de M. Trudeau peu de temps après sa mort en rebaptisant le mont Logan, la plus haute montagne au pays située au Yukon, en son nom. Mais il avait dû faire marche arrière devant le tollé soulevé par cette proposition annoncée sans consultation préalable.



»» pour en savoir davantage

L'aéroport de Dorval devient l'aéroport PET

Ottawa «ajoute l'insulte à l'injure», estime le Bloc

Hélène Buzzetti, Clairandrée Cauchy
LE DEVOIR vendredi 22 août 2003

C'est désormais de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau -- ou PET -- que les voyageurs montréalais s'envoleront. Le gouvernement fédéral a annoncé hier qu'il rendait hommage au controversé premier ministre en rebaptisant ce qu'il appelle la fenêtre sur le monde de la métropole québécoise. L'annonce a suscité un tollé chez les nationalistes québécois et les citoyens de Mirabel.

Le geste ne manque pas d'ironie alors que c'est Pierre Elliott Trudeau qui avait présidé à la création de l'aéroport de Mirabel -- à grands coups d'expropriations de terres agricoles --, lequel n'accueille presque plus d'avions et est branché sur respirateur artificiel.

«On n'honore pas un grand Montréalais mais plutôt l'erreur d'un grand Montréalais», s'exclame le coordonnateur du Front Mirabel, Jules Théorêt, qui s'est battu contre le transfert des vols internationaux vers Dorval. «C'est M. Trudeau qui avait demandé à toute la région de se sacrifier pour que les Montréalais ne soient pas incommodés par le bruit au-dessus de leurs têtes», rappelle-t-il.

Le critique du Bloc québécois en matière de transports, Mario Laframboise, estime qu'Ottawa «ajoute l'insulte à l'injure». «Le gouvernement fédéral vient de concrétiser l'héritage des Trudeau et Chrétien, c'est-à-dire 30 ans de désintérêt pour le développement de l'aéroport de Mirabel et du Québec en général», soutient le député représentant la région de Mirabel.

Si jamais les vols devaient être retransférés de Dorval à Mirabel, comme il en est parfois encore question, le nom suivrait aussi : Dorval redeviendrait Dorval et Mirabel adopterait le nom de PET, fait observer le ministre des Transports, David Collenette.

Ni le premier ministre Jean Chrétien ni son ministre ne croient que l'annonce -- qui sera faite officiellement le 9 septembre -- suscitera une controverse auprès des Québécois, qui aiment bien soit aduler, soit détester Pierre Elliott Trudeau.

«C'est tout à fait légitime, et je trouve que c'est une belle façon d'honorer un très grand Canadien», a déclaré M. Chrétien. Lorsqu'on lui a demandé comment il croit que les Québécois réagiront à cette annonce, il a répondu ceci : «Ils vont être très contents. C'est un grand Québécois et un grand Canadien. Je suis très fier. [Lester B.] Pearson est né à Toronto et on a nommé l'aéroport Pearson. En Saskatchewan, on a nommé l'aéroport Diefenbaker.»

Mêmes propos de la part de M. Collenette, qui a servi dans le gouvernement Trudeau. «Oui, il y a des gens qui n'étaient pas d'accord avec ses politiques, mais c'est normal. Je pense que les Québécois sont très fiers de Pierre Elliott et de la contribution qu'il a faite au monde, et pas seulement au Canada», a-t-il continué. M. Collenette a dit être entré en contact avec la famille Trudeau et que celle-ci aurait été «touchée» par le geste. «C'est un moyen de reconnaître la contribution de M. Trudeau de façon permanente. Il était un fier Montréalais, il aimait bien Montréal, il utilisait l'aéroport souvent.»

Les quelques députés québécois interrogés à ce sujet à la sortie de la réunion du caucus hier tenaient à peu près le même discours. «Il faut mettre cela en perspective un peu plus longue», a indiqué André Harvey, un député du Saguenay et anciennement pour le Parti progressiste-conservateur. «Je me souviens que, quand M. Trudeau est décédé, on a réalisé qu'il était dans le subconscient de tous les Québécois. Alors, ça me paraît intéressant.»

Les nationalistes insultés

Loi des mesures de guerre, rapatriement unilatéral de la Constitution : les pommes de discorde entre l'ancien premier ministre et les nationalistes étaient nombreuses.

«On a affaire à un geste arbitraire et divisif. M. Chrétien, en fin de mandat, a décidé de se payer la traite», a déclaré le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Jean Dorion.

«En choisissant un aéroport, on lance le message au monde entier que le Québec accepte Trudeau. C'est très choquant et cela ne correspond pas à la réalité, à mon avis», a poursuivi M. Dorion, qui a dit réfléchir aux moyens de contester la décision.

Le président du Mouvement national des Québécois, Gilles Rhéaume, croit pour sa part que les inscriptions qui portent le nom de l'ancien premier ministre risquent fort d'être «barbouillées», même s'il se dit en désaccord avec de telles façons de faire. «Avant de quitter, Jean Chrétien veut donner le nom de son dieu à une institution québécoise pour faire suer les nationalistes. Eh bien, il a réussi : nous suons. Mais c'est probablement lui qui a l'air le plus fou là-dedans», a déclaré le nationaliste. Tout en jugeant le geste de mauvais goût, il croit que cela aidera peut-être les Québécois à ne pas oublier les affronts que M. Trudeau leur a fait subir.

Des élus surpris

Même si le gouvernement du Québec n'avait pas été consulté à ce sujet, on se réjouit de la nouvelle au cabinet du ministre des Transports, Yvon Marcoux. «C'est un beau clin d'oeil à un Montréalais qui s'est illustré comme premier ministre», s'est borné à commenter l'attachée de presse de M. Marcoux, Isabelle Merizzi.

Le président de l'arrondissement de Dorval et ex-maire de Dorval, Peter Yeomans, s'est dit surpris de cette annonce, dont il aurait aimé être informé. Il a néanmoins qualifié la décision d'«intéressante». «C'est un honneur pour notre communauté d'avoir le nom de Pierre Elliott Trudeau si près.» Il espère néanmoins que le nom de Dorval demeurera dans la désignation de l'aéroport car «l'identité et l'histoire sont importantes pour les citoyens».

M. Yeomans croit toutefois que si on donne le nom de Trudeau à l'aéroport, on devrait peut-être, pour être à la hauteur, se préoccuper du réaménagement du rond-point Dorval, attendu depuis sept ans, et accélérer la réalisation de la navette ferroviaire entre l'aéroport et le centre-ville.

Du côté de l'organisme Transport 2000, on soulevait d'abord et avant tout l'ironie de la décision gouvernementale. «Pierre Elliott Trudeau va se retourner dans sa tombe. C'est lui qui avait annoncé le transfert des vols internationaux de Dorval vers Mirabel. Son héritage est surtout du côté juridique, notamment avec la Charte des droits et libertés. Les transports, c'était un dossier qui ne l'intéressait nullement», a affirmé Normand Parisien, de Transport 2000.

C'est le premier hommage rendu par Ottawa à l'ancien premier ministre libéral. Le gouvernement fédéral avait bien tenté de rebaptiser le mont Logan quelque temps après le décès de M. Trudeau, mais devant la controverse, il avait reculé. À Montréal, un parc de Pierrefonds et une rue de Saint-Léonard portent déjà le nom du père de la Charte canadienne des droits et libertés.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque et Jeanne Corriveau



»» pour en savoir davantage

Et Mirabel?

Yves Boisvert
La Presse vendredi 22 août 2003

C'est Mirabel, bien sûr, qu'il fallait nommer du nom de Pierre Trudeau. C'est sous son règne qu'on y a exproprié des kilomètres carrés de terre agricole dans un accès de délire; futuriste et de politicaillerie.

Sauf qu'à Mirabel, il aurait fallu appeler cela le "Hangar International Désaffecté Pierre-Elliott-Trudeau". Ça manque un peu de panache pour l'homme.

On s'est donc rabattu sur Dorval. Lester B. Pearson, prédécesseur de M. Trudeau, a droit à l'aéroport principal de Toronto. Pierre Trudeau celui de Montréal. N'est-ce pas logique?

Le ministre des Transports précise cependant, sublime ironie, que "si les vols internationaux devaient revenir à Mirabel, c'est cet aéroport qui porterait son nom"!

Pour les décennies à venir, le nom de Pierre Trudeau restera donc accroché à ce gâchis historique du transport aérien montréalais.

Puis on oubliera. N'en déplaise à ses détracteurs qui sont en train de faire une syncope, Pierre Trudeau a fait deux ou trois choses, en plus d'inaugurer un aéroport dans les Basses-Laurentides, qui lui donnent un ticket d'entrée dans l'Histoire, enfin presque autant que ce sympathique Acadien gagnant de Star Académie, pour qui on renomme un bout de rue à Tracadie-Sheila.

Au fait, devant cette superbe hystérie de ceux qui voudraient écrire l'histoire seulement avec les héros de leur choix, il n'est pas du tout certain que Pierre Trudeau ne soit pas parfaitement ravi. La lutte au nationalisme québécois et la provocation étaient tout de même deux de ses grandes spécialités.

Lui-même, à la fin de sa vie, souriait-il seulement en allant travailler à son bureau d'avocats, chaque matin, sur le "boulevard René-Lévesque", du nom de son éternel rival politique? L'histoire qui s'écrit sur les coins de rue est souvent plus aplatie que magnifiée...

Qui sourcille en passant, à Québec, devant la rue absurdement nommée "Wolfe-Montcalm", qui rassemble sur une même plaque les généraux britannique et français qui ont livré une bataille mortelle pour la possession de ce pays?

Les noms des gens sur les lieux publics deviennent peu à peu un enchaînement sonore, une musique sans contenu. Non pas que cela soit insignifiant. Ils nous en apprennent sur ceux qui ont choisi les noms. Pas nécessairement sur le nommé.

Jean Drapeau, qui avant d'être un parc fut un maire de Montréal, a nommé le parc Jarry "Jean-Paul-II" après la visite du pape. Jean Doré, devenu maire deux ans plus tard, le rebaptisa Jarry.

Il y a ici mille rues avec des noms de saint. On est bien dans une ville fondée par des catholiques. Saint-Urbain, pour Urbain Tessier, qui n'en était pas un, mais qui y construisit un pont au XVIIe siècle. Saint-Zotique? En mémoire de Zotique Racicot, responsable des finances à l'archevêché de Montréal.

Qui, en longeant le boulevard Pie-IX, songe à ce pape antisocialiste qui, au XIXe siècle, décréta le dogme de l'Immaculée Conception puis celui de l'"infaillibilité du pape"? Pas moi.

Les rues et les places de Montréal sont pleines des traces des querelles d'hier comme d'aujourd'hui, des Patriotes comme d'anciens gouverneurs anglais. Ici et là on a effacé celui de certains vilains d'hier, comme celui de Colborne, le général anglais vainqueur sanglant de la Rébellion de 1837, on a nommé de nouveaux héros, comme Nelson Mandela, qui a son parc avec son ex-femme Winnie- c'était avant qu'elle ait des ennuis avec la justice.

Jean Lesage a une autoroute, Robert Bourassa une bibliothèque à Outremont, Alexandre Taschereau, le pauvre, un atroce boulevard sur la Rive-Sud, Maurice Duplessis une statue et un boulevard dans l'est de la ville. Lomer Gouin, ça vous rappelle quelque chose? Premier ministre du Québec 15 ans durant avant ces quatre-là, c'est pour lui qu'on a nommé ce long boulevard dans le nord de l'île. Pas loin du boulevard Henri-Bourassa, qui fut notamment journaliste, je tiens à le souligner.

Lionel Groulx, pour plein de gens, est une station de métro. Pour d'autres un grand penseur nationaliste. Pour d'autres encore, qui lui font 50 ans plus tard un procès qui n'est pas sans fondement, lui aussi il faudrait l'oblitérer, le cacher, vu les nombreux passages honteux, notamment antisémites, dans l'oeuvre du vieux chanoine.

Autre face de la même volonté de réécriture de l'histoire au goût de sa sensibilité politique. Et qui est une très mauvaise technique de regarder le passé, même si elle semble rassurante...

Je nous souhaite seulement, et à Pierre Elliott Trudeau, que son nom ne déménage pas trop souvent dans les 100 prochaines années, entre Dorval et Mirabel...



»» pour en savoir davantage

Trudeau à sa place

André Pratte
La Presse vendredi 22 août 2003

La nouvelle était à peine annoncée hier que notre Boîte aux lettres débordait de courriels de protestation: comment ose- t-on rebaptiser l'aéroport de Dorval au nom de Pierre Elliott Trudeau?

Ceux qui se scandalisent soulignent que M. Trudeau fut un personnage controversé, "un puissant facteur de division au sein de la population du Québec" (dixit le Mouvement national des Québécois).

Bien sûr, beaucoup de Québécois, y compris bon nombre de fédéralistes, estiment que certaines politiques de l'ancien premier ministre ont été néfastes pour le Québec et pour le Canada. Là n'est pas la question.

Tous les personnages politiques marquants ont suscité la controverse. Cela n'empêche pas qu'on les honore, qu'on veuille perpétuer leur mémoire en donnant leur nom à des lieux importants. Maurice Duplessis ne fut-il pas le maître de la Grande Noirceur? Pourtant, au moins un pont, quatre rues et deux boulevards portent le nom de l'ancien premier ministre.

On peut être en désaccord avec les vues de Pierre Elliott Trudeau; on ne peut nier qu'il a joué un rôle considérable dans l'histoire du Québec et du Canada. M. Trudeau aimait profondément Montréal, où il s'est empressé de revenir s'installer sa carrière politique terminée. Il a été premier ministre du Canada pendant plus de 15 ans. Il fut à la fois original, brillant et détestable. À chaque élection, il a obtenu des appuis considérables au Québec. Pourtant, selon la Commission de toponymie du Québec, on trouve au Québec seulement deux lieux portant le nom de M. Trudeau, contre 35 pour René Lévesque, 18 pour Lionel Groulx et 19 pour Charles de Gaulle. Cette absence de Pierre Elliott Trudeau de la toponymie québécoise n'est pas normale, elle est même malsaine.

Les opposants lancent un dernier argument: pourquoi rebaptiser Dorval, alors que c'est sous le gouvernement Trudeau que le fédéral a construit ce qui allait devenir l'éléphant blanc par excellence, l'aéroport de Mirabel. La chose est, en effet, plutôt ironique. Mais quel politicien, quel gouvernement n'a pas commis de gaffes? A-t-on honoré Jean Drapeau en rebaptisant le Stade olympique? Bien sûr que non.

La toponymie, pas plus que l'histoire, ne doit pas être monopolisée par une idéologie ou une autre. N'en déplaise à ceux qui n'aimaient pas l'ancien premier ministre, le nom de M. Trudeau ne peut pas, ne doit pas être effacé de la mémoire québécoise.

Ce nom aura désormais une place dans le vocabulaire quotidien des Montréalais: l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. C'est une place pleinement méritée.



»» pour en savoir davantage

Airport gets PET name

Decision to honour ex-PM Trudeau expected to have broad appeal

ELIZABETH THOMPSON
The Gazette Friday, August 22, 2003

The airport Pierre Trudeau once spurned will soon bear his name.

Dorval airport will be renamed Montreal's Pierre Elliott Trudeau Airport, Transport Minister David Collenette announced yesterday. A ceremony to formalize the transition will take place Sept. 9.

"I spoke with Sacha Trudeau a couple of times last week and he was absolutely delighted and touched on behalf of his father, and he thinks it would be a great memory on his father's behalf," Collenette told reporters.

Moreover, Collenette added, the new name will apply to Montreal's airport - regardless of where it is located, he said.

"If there is a change in 20 years, if we close Dorval, if we transfer all the passenger flights to Mirabel, the name will be transferred as well."

While Collenette said Ottawa had not consulted the Quebec government before deciding on the name change, he expects it will support the move.

Collenette also dismissed any suggestion the decision to name an airport after Trudeau, who died at 80 on Sept. 28, 2000, could be a controversial one among Quebecers.

"He wasn't controversial," shot back Collenette testily. "He was a great Canadian, a great Canadian who served the people of Quebec and the people of Canada with distinction - and I was proud to be an MP and a minister with him."

"Yes, there are people who don't agree with his policies, but that is very normal. I think Quebecers are very proud of Pierre Elliott Trudeau and the contribution he made to the world - not just Canada.

Collenette said the decision is also in keeping with the move in recent years to rename different airports across the country after former prime ministers. Trudeau, Canada's 15th prime minister, started the ball rolling by naming Toronto's airport after Lester B. Pearson.

Collenette did not find it ironic the airport that will bear Trudeau's name is the same airport Trudeau rejected years ago. It was Trudeau's government that spurned Dorval airport in 1969, announcing plans to consolidate most air traffic around the airport of the future - Mirabel.

After years of limping along and being dubbed a white elephant, scheduled passenger traffic was eventually returned to Dorval.

Prime Minister Jean Chrétien said he believes Quebecers will welcome the decision to name the airport after Trudeau.

"They will be very happy. He was a great Quebecer and a great Canadian. ... I find it is a very good way to honour a very great Canadian."

A Dorval woman who is a direct descendant of Jean-Baptiste Bouchard d'Orval (1658-1724), the settler after whom the former municipality of Dorval was named, said she's happy enough to see Dorval airport renamed after Pierre Elliot Trudeau.

"I have mixed feelings, not bad feelings. It's a shame because I'm kind of attached to it, but not because of my family name, more because it was named after the city of Dorval," said Gail-Marie Ellis, a Dorval resident. That the former prime minister's family, on his mother's side, has connections to the city softened the news of the name change, she said.

Intergovernmental Affairs Minister Stéphane Dion, whose riding of St. Laurent-Cartierville is near the airport, also dismissed any suggestion the announcement could fuel anger on the part of sovereignists.

"There are very few people who will contest it. After all, René Lévesque Blvd. is René Lévesque Blvd. for everyone, so the Trudeau airport will be Trudeau airport for everyone."

Dion said Liberal MPs welcomed the announcement.

"It is a very good decision that was warmly applauded in caucus. If they can take advantage of it to put more money in it, it will be good."

Liberal leadership front-runner Paul Martin, whose riding of LaSalle-émard is also located near the airport, agreed it was a good choice.

"As you know," Martin said, "Dorval is the international pathway, Montreal's opening on the world. At the same time, if you look at Mr. Trudeau's international influence, it is completely appropriate."

Justice Minister Martin Cauchon, minister responsible for Quebec, agreed it was the right choice. "I'm very, very happy. Indeed, Mr. Trudeau was a great Canadian but also a great Quebecer."

Carole-Marie Allard, MP for the riding of Laval-Est, said the decision is in keeping with the decisions of countries such as France to name airports after former leaders. "I think it is good: Charles de Gaulle, Trudeau ... Dorval, what does it mean? At least Pierre Elliott Trudeau it means something."

Raymonde Folco, MP for the riding of Laval-Ouest, said naming the airport after Trudeau is fitting, given his international reputation. "It is absolutely magnificent. For me, as for thousands of Quebecers, Mr. Trudeau was a hero. He was a man who brought us a new perspective on politics and he was a man of great honesty. He was a man who put Canada on the map."

The airport's official designation, YUL, will not change to PET.

ethompson@thegazette.canwest.com

Comments Across the Province

"I truly believe now that the (future) of the airport is that much further guaranteed. I also think it will now be incumbent upon the federal government to realize that that airport has to grow and the projects that are so related to it will have to be commensurate with the honour of bearing his name."

- Peter Yeomans, Dorval borough president and member of the executive council responsible for public security. He said the renaming comes as a surprise to both him and Mayor Gérald Tremblay

"Honestly, to put Trudeau's name on anything to do with civil or commercial aviation is to take Quebecers for fools. They could have found something else. A prison maybe. ... He wasted hundreds of millions of dollars to build the third- or fourth-largest airport in the world that has been hardly used. Because of his policies, Montreal has become a mere transit point, all of the activity has gone to Toronto."

- Gilles Rhéaume, president of Mouvement Souverainiste du Québec and a former head of Société Saint-Jean-Baptiste.

"I would feel very proud arriving at the Pierre Elliot Trudeau airport."

- Roy Heenan, Trudeau's close friend and chairperson of the law firm Heenan Blaikie, where Trudeau worked "Mr. Trudeau opened Mirabel."

- Mario Laframboise, Bloc Québécois MP for Mirabel, saying he was disappointed Ottawa did not name Mirabel after Trudeau.



»» pour en savoir davantage

L’Aéroport Pierre Elliott-Trudeau
ou quand Ottawa impose ses héros

Gilles Rhéaume
TRIBUNE LIBRE 22 août 2003

Jean Lapierre et Paul Arcand peuvent bien s’émouvoir sur les ondes de CKAC en dénonçant celles et ceux qui OSENT s’en prendre ainsi au Dieu de ce Canada intolérant avec le Québec, le fond des choses reste intact.

Trudeau doit-il ou pas supplanter Dorval? Ces messieurs de la petite élite médiatique souhaiteraient que les Québécois se taisent et acceptent de voir ainsi honorer l’Empereur… Nenni, Trudeau c’est l’homme de La loi des mesures de guerre d’octobre 1970 alors que le Tyran emprisonna ses opposants politiques. Cela ne devrai-il pas inspirer certaines de nos réactions ! La position à genoux n’est pas très confortable pour exercer le métier de journaliste ! La vérité a-t-elle encore ses droits !

Rien n’est plus imbuvable que les bien-pensants… Retirer le nom de Dorval, le travestir en Pierre Elliott-Trudeau, c’est de la provocation, du mépris. Qui a oublié que Trudeau a imposé une constitution au Québec contre sa volonté ! Qui ignore que l’individu a voulu tuer la Loi 101 avec son Canada Bill ! Trudeau serait sans doute un héros au Canada mais certainement pas au Québec… Le pire c’est d’imposer son nom par le biais des aéroports. Trudeau c’est celui qui a le plus nuit au traffic aérien québécois avec ses politiques insensées comme l’aéroport de Mirabel qui est venu défigurer l’une des régions agricoles les plus prospères du continent pour satisfaire sa soif de réduire, d’écraser le Québec en y imposant la présence canadienne… Le drame qui s’est déroulé alors dans les Basses-Laurentides appartient aux pages les plus sombres, les plus noires de l’histoire. Déplacer des populations, les priver de leurs maisons et de leurs fermes séculaires, cela est de la dictature et rien d’autre. Tout mais pas un aéroport au Québec ! Trudeau a tué notre activité commerciale dans ce domaine. Pourquoi pas nommer Dracula une Banque de sang…

Jean Chrétien a voulu donner un autre coup de poignard dans le dos des Québécois en les contraignant à subir sournoisement une telle flétrissure. L’ennemi juré de René Lévesque, celui qui a pris plaisir à humilier le Québec, notamment sur la scène internationale, deviendra le point de chute de Montréal. Cela ne doit pas se faire !

Trudeau qui fut le seul Chef d’Etat d’Occident à serrer la main au Général Jaruleswki, le Boucher de la Pologne, ne mérite pas cet hommage. Celui qui approuva les visions staliniennes, puis celles de Mao puis encore celles de Castro doit attendre avant de voir son nom honorer au Québec. Les libertés civiques sont trop précieuses pour occulter la facette dictatoriale du personnage.

Il se trouvera des gens pour l’excuser, l’approuver et l’adorer. Personne n’est tenu de pratiquer le rituel de ces disciples.

Trudeau a été un parfait salaud, un ennemi des droits politiques des Québécois, tout le reste n’est que babillage dans les salons de thé que sont devenues certaines officines médiatiques…



»» pour en savoir davantage

L'aéroport de Dorval portera le nom de Pierre-Elliott-Trudeau

PC 21.8.2003

C'est le 27 mars 1969 que le gouvernement fédéral annonçait publiquement son intention de construire le nouvel aéroport international de Montréal, connu par la suite sous le nom de Mirabel. Pour donner suite à ce projet démentiel, le gouvernement libéral d'Ottawa a exproprié près de 100 000 acres des meilleures terres agricoles du Québec. Aujourd'hui nous comprenons que jamais la perte de ces terres fertiles et de ce patrimoine unique n'aurait pu être compensée par les avantages fictifs et illusoires d'un aéroport devenu aujourd'hui gênant et coûteux et dont on cherche toujours la véritable vocation.

GILLES BOILEAU, GÉOGRAPHE

(Encart ajouté par Vigile)

L'aéroport de Dorval changera de nom et deviendra l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, en l'honneur de l'ex-premier ministre du Canada. (CP/Fred Chartrand)

NORTH BAY (PC) - L'aéroport de Dorval changera de nom et deviendra l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, en l'honneur de l'ex-premier ministre du Canada.

L'annonce a été faite par le ministre fédéral des Transports, David Collenette, à North Bay, en Ontario, où s'est déroulé le caucus du Parti libéral du Canada. L'aéroport sera baptisé de son nouveau nom au cours d'une cérémonie le 9 septembre prochain.

La nouvelle appellation entrera en vigueur seulement le 1er janvier.

Les deux fils de M. Trudeau, Alexandre et Justin, ont accepté que cet hommage soit rendu à leur père.

Même si M. Trudeau a milité en faveur de la construction de l'aéroport de Mirabel, M. Collenette ne trouve pas ironique que ce soit l'infrastructure de Dorval qui porte son nom.

Il ajoute que si, plus tard, les activités aériennes de Dorval étaient transférées à Mirabel, l'appellation en hommage à M. Trudeau serait transférée aussi.

Le premier ministre, Jean Chrétien, affirme que les Québécois seront très contents de ce changement, car M. Trudeau était un grand Canadien.

Il soutient que c'est une belle façon de lui rendre hommage.

L'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal se joint à la liste des aéroports canadiens qui portent le nom d'anciens premiers ministres.

On compte déjà l'aéroport Lester B. Pearson à Toronto et l'aéroport John Diefenbaker à Saskatoon, alors que l'aéroport d'Ottawa commémore deux Pères de la Confédération, l'ancien premier ministre John A. Macdonald et George-Etienne Cartier.

Pierre Elliott Trudeau a été premier ministre du Canada du 20 avril 1968 au 3 juin 1979, puis du 3 mars 1980 au 30 juin 1984.

Il est reconnu pour avoir été un ardent partisan de l'unité canadienne et pour avoir travaillé à promouvoir les langues officielles et la Chartre des droits et libertés.

Il est décédé en 2000.



»» pour en savoir davantage

Don't backtrack on Innu deal

The Gazette Friday, August 22, 2003

Éditorial - It's unfortunate Premier Jean Charest appears to be wavering about signing the deal Quebec worked out with the province's Innu or Montagnais Indians two years ago. This hard-won accord, which included the participation of four of Quebec's nine Innu communities and the federal government, was a major breakthrough in Quebec's relations with the province's aboriginals; any delay in implementing it would be a major setback - one that could introduce an ugly element of distrust into any future negotiations.

Charest's apparent doubts are also uncalled for. Fundamentally, the deal is a good one. Among other things, it would double the size of the Innu reserves and give the 9,000 Indians who live on them real ownership of the land. It would also give the communities the right to levy property and sales taxes, providing a lever for economic growth. The Innu would also get titular ownership of large tracts of surrounding crown lands, although these territories would effectively still be controlled by Quebec and Ottawa. These are measures that could well help the Innu to become self-sufficient and autonomous.

It's true there is some anxiety among nonaboriginals with chalets and vacation lodges on the lands the agreement would cede to the Innu, and some angry hunters, fishermen and outfitters have protested their rights will be trumped by ancestral hunting and fishing rights. The government must address those concerns and make sure everyone is treated fairly. But these are relatively minor details that should not be allowed to derail the agreement.

To paraphrase the indomitable Margaret Thatcher's advice to U.S. President George Bush on the eve of the first Gulf War: This is no time to go wobbly, Jean. It's also no time to get partisan or to pander to fear-mongers. It's time to press ahead. Signing this agreement is the right thing to do.



»» pour en savoir davantage

Charest should change Michaud rule

JOSEE LEGAULT
The Gazette Friday, August 22, 2003

Premier Jean Charest vows to create a leaner, and dare we predict meaner, government. To thicken the stately wallet enough to deliver a $1-billion income-tax cut, we'll be emptying our own by paying more for electricity, drug insurance and day care. This is what he calls "reinventing Quebec."

In the world according to Charest, there will be no big government. But the government is already smaller than it used to be - so much so that both the quality and the quantity of our public services have gone down since 1996, when the zero-deficit policy cut through most government departments like a chainsaw massacre.

But before the premier gets too busy with his own chainsaw, there is one thing that could stand a little reinventing. That would be to change the rules of the National Assembly to curtail even further the future adoption of what we call motions of blame, or motions to condemn statements made by citizens.

I know, I know. That means digging up the infamous Yves Michaud affair. But it isn't going away. And neither is Michaud. This Monday, the Solidarité Yves Michaud committee had a full house when it met in Montreal to find ways to remedy what happened almost three years ago.

You remember the story, don't you? On a cold winter morning, Dec. 14, 2000, MNAs voted unanimously to condemn the "unacceptable statements" Michaud allegedly had made "regarding ethnic communities, and in particular, the Jewish community." MNAs voted under pressure from their leaders. Worst of all, they voted without even knowing what Michaud had said.

In the following days and weeks, open-line radio shows and newspaper opinion pages were filled with outrage from Quebecers, sovereignists and federalists alike. Whether or not they agreed with Michaud's statements - which by then had been finally reported verbatim by most media - people were shocked to see the National Assembly use its full weight to condemn the words of a nonelected citizen.

As many saw this motion of blame as a frontal attack against the freedom of speech of citizens, public opinion turned against then-premier Lucien Bouchard who, by the way, had used this motion to try to get rid of Michaud, who wanted to run for the Parti Québécois in the riding of Mercier.

One month later, Bouchard resigned, using the Michaud affair as his one-way ticket out of the party he had grown to loathe. Doing his usual holier-than-thou number, he painted himself as tolerance incarnate, whereas Michaud and PQ members were portrayed as a bunch of xenophobes with whom he didn't want to play anymore.

Then came Bernard Landry. Most people - first and foremost PQ members and Michaud himself - thought the new premier would change the National Assembly rules and right the wrong that had been done to Michaud. But he never did, at least, not completely.

At first, he pointed to the Liberals who were refusing to support the change. Since parliamentary rules are usually modified with a unanimous vote, he argued he was stuck.

When it became known there had been instances where some rules had been changed without unanimity, he told his party that his cabinet was divided on the issue and that he just couldn't force it. He refused to exercise the kind of leadership that would have put this issue to rest, once and for all.

As time passed, it became evident Landry, who had remained close to Bouchard, didn't want to break so clearly with his predecessor's era. So the rule was changed, but only partially, making it more difficult to adopt a motion of blame but leaving it still possible.

Today, with a new government in place, Michaud is trying again. He sent a letter recently to Michel Bissonnet, speaker of the National Assembly, asking the Assembly cover legal costs so he can ask the Superior Court to rule on the constitutional legality of motions of blame. This means Michaud would look to nonelected judges to exercise the kind of courage elected party leaders appear to be lacking as they have yet to remedy the Michaud affair.

But whatever means Michaud decides to use, none would be as efficient as having the new premier show the kind of leadership that Landry lacked. Surely, Charest must see that this is a question of principle, not of partisanship.

For most of all, this issue has nothing to do with Michaud himself, who comes across as a pompous, egocentric character who takes endless delight in listening to the sound of his own voice.

It has everything to do with the freedom of Quebec citizens to express themselves without having to fear they might suffer a public blame from the men and women whom they elected.



»» pour en savoir davantage

It won't fly, but it can bite

JOHN GODFREY
G&M Friday, August 22, 2003

The Pentagon secretly admits that a missile shield isn't feasible, but that doesn't diminish NMD's power to back us into a corner, says MP JOHN GODFREY

Three weeks ago, the Pentagon quietly announced that it has suspended the space-based intercept component of their National Missile Defence (NMD) program due to technological difficulties. In the Aug. 1 edition of Defense Daily, industry officials said that the Missile Defence Agency (MDA) "has decided the technology is not mature enough at this time. . . . However, industry officials said this move does not mean the space-based option is off the books entirely." The suspension is a major setback in the Bush administration's quest to erect a missile shield over our continent, and it is an important development for Canada -- particularly since we are in active negotiations with the U.S. on NMD.

It's surely no coincidence that the suspension was announced shortly after the release of a damning study on NMD by the American Physical Society, the professional association for U.S. physicists. The authors focused only on the science and technological feasibility of NMD, leaving the policy and politics to others.

Recall the original logic behind missile defence. It was designed to knock down Inter-Continental Ballistic Missiles (ICBMs) coming from, for example, North Korea or Iran, before they strike the United States. In its final, evolved, integrated form, missile defence would have had three sequential layers: 1. weapons to knock down ICBMs during the boost phase, when rockets are at their slowest, most detectable, and most vulnerable; 2. a second mid-course system (the one currently being installed in Alaska and California) to catch the strays not destroyed initially; and 3. ultimately, taking a last shot at any remaining missiles in their terminal phase plunging toward Earth.

In talks with the United States, Canada is presumably negotiating not simply one "layer," but an entire, integrated and evolving system. Now an essential element of that system has been suspended.

The APS study concluded that the most important component of NMD -- boost-phase defence -- is not an effective approach to defending the United States. The boost-phase is the first of a missile's three phases of flight; destroying missiles at this early stage of flight using space-based interceptors and other means has in the past been positioned as the easiest component of NMD.

The authors found that "none of the boost-phase defence concepts studied would be viable for the foreseeable future to defend the nation against even first-generation solid-propellant ICBMs." For example, using rockets launched from satellites to intercept a single missile would require 1,000 or more space-based interceptors and a five- to 10-fold increase over current U.S. space-launch rates.

As recently as March of this year, in testimony to the U.S. Senate armed services committee, the director of the Missile Defence Agency had suggested a range of only 60 to 300 satellites would be sufficient.

The APS authors arrived at these conclusions despite intentionally using optimistic assumptions, such as expecting that interceptors could be launched as soon as theoretically possible, without leaving time for decision or assessment.

Now the government of Canada, which has proclaimed that in negotiations with the Americans, the weaponization of space would be a "deal-breaker," must confront the awkward facts. First, that space-based weapons are an important, integral component in U.S. missile defence plans, and, second, that while industrialization of these weapons has been delayed, research continues. Hasn't the deal already been broken?

Clearly, the continuing negotiations with the U.S. are fraught with peril. What are we negotiating about, and whom are we negotiating with? If neither the MDA, the Pentagon, Congress or the White House can deliver a rational, coherent U.S. plan, what impact will Canada be able to have on its changing direction?

For example, during debate on the 2004 Defence Authorization bill, U.S. Senator Jeff Bingaman introduced an amendment to stop all funding for space-based weaponry. His amendment failed, and funding was directed to further research of space-based weapons. If the weaponization of space cannot be stopped on the floor of the U.S. Senate, why would we presume to believe that we can have a significant effect on NMD's direction? Canadian proponents of NMD often proclaim that we need to be at the table. But there is no table -- only a conveyor belt passing us by.

Canadians can soon expect an announcement on our progress with the U.S. on NMD, to be followed by a final debate and decision on our participation.

Last week's blackout in Ontario reminded us where our greater vulnerabilities lie. Rather than assisting in the development of a technology that will create more problems than it will solve, we should focus our efforts on working with the United States on anti-terrorism initiatives, such as securing key physical infrastructure, ensuring our emergency preparedness, tightening security at our ports and other points of entry, and making sure that nuclear weapons don't fall into the wrong hands. The more we learn about NMD, the more difficult it's becoming to justify Canadian involvement.

John Godfrey, Liberal MP for Don Valley West, is co-author of The Canada We Want.



»» pour en savoir davantage

Hausse des prix de l'électricité
la pointe d'un iceberg

Plutôt que de permettre une hausse des tarifs d'électricité, l'État devrait autoriser et accélérer la construction de nouvelles centrales

Daniel Charron,
Directeur à la recherche et à l'analyse, Manufacturiers et exportateurs du Québec

Le Devoir vendredi 22 août 2003

Hydro-Québec demandait récemment à la Régie de l'énergie de lui autoriser une hausse de 6 % de ses tarifs d'électricité. Cette demande d'Hydro-Québec était prévisible compte tenu du fait que les tarifs étaient gelés depuis 1998 et que le ministre des Finances, dans son dernier budget, demandait un rendement additionnel de 600 millions de dollars à cette société d'État qui a remis quelque 1,5 milliard en redevances à l'État en 2002.

Nous avons raison d'être préoccupés par ces hausses, non seulement parce qu'elles auront un impact immédiat sur les marges bénéficiaires des entreprises manufacturières mais surtout parce qu'elles risquent de ne représenter que la pointe d'un iceberg. En effet, si rien n'est fait pour accroître l'offre d'électricité, la croissance de la demande nous mène dans une situation à risque qui exercera une pression à la hausse sur les prix.

Une forte croissance dans les années à venir

Au cours des prochaines années, il y aura croissance de la demande d'électricité au Québec comme sur les autres marchés d'Hydro-Québec.

Sur le marché québécois, selon les prévisions d'Hydro-Québec, les prévisions de croissance des besoins en électricité sont de 1,2 % par an jusqu'en 2015. Cela signifie que sur 15 ans, la demande sera de 20 % supérieure à son niveau actuel. Cette croissance sera grandement due au secteur industriel. En effet, la croissance dans ce secteur est inévitablement liée à la croissance des besoins énergétiques. La croissance dans le secteur manufacturier - avec son fort effet multiplicateur - déborde sur l'ensemble de l'économie et profite ainsi à tous. Le secteur industriel représente un client majeur pour Hydro-Québec puisqu'il constitue près de 45 % des ventes d'électricité de la société d'État au Québec.

Sur les marchés d'exportation, cette croissance sera de 1,5 % par an jusqu'en 2020. Dans 15 ans, la demande sera donc de 25 % supérieure à son niveau actuel.

Une marge de manoeuvre réduite

La demande croissante sur le marché québécois réduira considérablement la marge de manoeuvre d'Hydro-Québec dans un avenir très rapproché. La marge de manoeuvre (sans tenir compte de la réserve légale) équivalait en 2001 à huit TWh. Cette marge sera réduite de près de 13 % en 2006 pour atteindre sept TWh, et ce, en tenant compte de la mise en route de Sainte-Marguerite 3 et de Toulnustouc. Selon la Régie de l'énergie, les ventes d'électricité au Québec en 2006 seront de 167,2 TWh (scénario moyen de croissance). C'est donc dire que la marge de manoeuvre ne correspondrait qu'à 4 % des ventes au Québec.

Cette marge de manoeuvre fine prévue pour 2006 sera la marge la plus faible jamais rencontrée dans l'histoire d'Hydro-Québec. Cette marge vise à compenser les imprévus ou les aléas qui peuvent être des aléas de marchés, des aléas climatiques ou encore des aléas techniques. Cette marge nous assure, en tant que consommateurs d'électricité, qu'Hydro-Québec ne passera pas à une position d'acheteur d'électricité pour répondre aux besoins de sa clientèle.

Il ne s'agit pas d'un problème de disponibilité ou encore d'approvisionnement - Hydro-Québec n'est pas le seul producteur d'énergie électrique de la région et il pourra acheter chez ses concurrents ontariens ou américains -: il s'agit d'un problème de prix. En effet, lorsqu'un producteur achète d'un autre pour combler ses manques, il doit souvent le faire à des prix considérablement plus élevés.

Un exemple pas très lointain ni dans le temps ni dans l'espace force à réfléchir. Entre août 2001 et août 2002, le prix de l'électricité a fait un bond de 32,7 % en Ontario (selon les données de Statistique Canada). En un seul mois, de juillet 2002 à août 2002, cette hausse a été de 18,3 %. Un aléa climatique (vague de chaleur) jumelé à une marge de manoeuvre trop faible a forcé le producteur ontarien à acheter à prix fort d'un autre producteur, ce qui s'est inévitablement répercuté sur la facture des usagers. Dans une telle situation de marché, le producteur ontarien n'a pas été en mesure de répondre à une demande avec ses propres capacités de production d'électricité.

Un risque

Il y a donc un risque associé à une marge de manoeuvre trop faible, un risque de voir les coûts d'approvisionnement augmenter en raison de ce changement de position (de producteur net à celui d'acheteur). Cela exercera inévitablement une pression sur les prix.

Il s'agit d'un risque que le secteur industriel du Québec n'est pas prêt à prendre en raison des conséquences que cela pourrait avoir sur les coûts ainsi que de son incidence sur les prix de cet important intrant dans le processus de fabrication. Cela aurait inévitablement des effets majeurs sur la compétitivité des entreprises manufacturières vis-à-vis de leurs concurrents.

Pour faire face à cette situation, il importe que les capacités de production soient accrues, et rapidement. La signature de la paix des Braves par le précédent gouvernement rouvre les espoirs pour de grands projets hydroélectriques. Cependant, compte tenu des délais trop longs d'autorisation pour la construction de ces projets (de 10 à 12 ans), il devient évident que des solutions à court et à moyen terme doivent être envisagées.

La mise au rancart du projet de centrale du Suroît (à cycle combiné) est dans ce sens une mauvaise décision du gouvernement. Les préoccupations environnementales soulevées par plusieurs groupes étaient légitimes, mais cette inaction nous place dans une situation de vulnérabilité face à un éventuel déficit énergétique dont les répercussions économiques seront d'autant plus préoccupantes. Nous finirons par payer le prix pour ces décisions nécessaires qui ne se sont pas prises.

Un exportateur pas comme les autres

Un dernier élément mérite d'être souligné. Plusieurs opposants à la construction de nouvelles centrales fondent leurs arguments sur une perception négative des intentions d'Hydro-Québec de vendre ses surplus de production à l'étranger. Cette perception est curieuse pour deux raisons. D'abord, parce que l'électricité d'Hydro-Québec est produite de façon significativement moins polluante que celle de nos voisins. Bref, les ventes d'Hydro-Québec à l'étranger sont justifiables non seulement d'un point de vue économique mais aussi d'un point de vue environnemental.

Ensuite, cette perception est curieuse car il semble que les succès d'Hydro-Québec à l'étranger soient traités différemment du succès de tous les autres. Quand il s'agit du Cirque du Soleil, de Bombardier ou même de Céline Dion, qui décrochent des contrats à l'étranger et remportent du succès, tout le monde applaudit! Par contre, quand il s'agit d'Hydro-Québec, la réaction change tout de suite. Cette perception injustifiée doit changer. Le Québec a la chance de pouvoir produire une énergie plus propre que celle de ses voisins et de pouvoir profiter d'extraordinaires occasions de marché chez ses voisins parmi les plus électrico-gourmands du monde. Qui plus est, Hydro-Québec est une société d'État qui a pour unique actionnaire le gouvernement du Québec, et les profits remis à son actionnaire permettent de financer une partie des dépenses publiques.

Une vision à plus long terme

Nous ne sommes pas opposés à ce qu'Hydro-Québec verse plus d'argent au gouvernement du Québec. Toutefois, plutôt que de permettre une hausse des tarifs d'électricité, celui-ci devrait autoriser et accélérer la construction de nouvelles centrales, ce qui augmenterait l'offre, assurerait une stabilité de l'approvisionnement et permettrait ultimement à la société d'État d'accroître ses revenus d'exportation. Ces revenus d'exportation accrus feraient en sorte qu'Hydro-Québec atteindrait les objectifs du gouvernement en ce qui a trait à la redevance que l'entreprise d'État lui verse.



»» pour en savoir davantage

Hydro-Québec pourrait accueillir un autre partenaire financier: le fédéral

Presse Canadienne vendredi 22 août 2003

Devant des projets hydroélectriques de plus en plus coûteux à développer, le gouvernement du Québec se dirait prêt à s'associer à un partenaire jusque-là insoupçonné: le gouvernement du Canada, via une participation financière.

En entrevue au journal Le Soleil, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, se dit prêt à laisser entrer le fédéral dans l'un des champs exclusif du Québec, celui de la production énergétique.

Cependant, M.Hamad pose deux balises: Ottawa devra respecter la juridiction québécoise, ainsi que le plan de développement établi par Hydro-Québec. En clair, c'est Québec qui fixerait ses priorités de développement.

Selon le ministre Hamad, l'équilibre entre la demande et l'offre pourrait être atteint en 2007 et des projets de 7 milliards $ sont sur la table. Cependant, ils sont soit politiquement sensibles, trop éloignés ou trop chers, à moins que le fédéral ne s'implique financièrement.

Du coup, le ministre Hamad indique que Québec compte tirer profit de la crise énergétique et qu'il s'apprête à signer une entente avec l'Ontario de façon à augmenter les échanges d'énergie.



»» pour en savoir davantage

Finances publiques

Que cache l'impasse budgétaire libérale?

Jacky Malo, Chercheur indépendant
Le Devoir vendredi 22 août 2003

Combien de personnes ayant voté pour le Parti libéral du Québec pensaient élire un gouvernement qui allait relancer l'«austérité budgétaire» malgré l'atteinte, année après année, du déficit zéro par le gouvernement précédent? Pourtant, l'annonce en campagne électorale du gel des budgets de l'ensemble des ministères à l'exception de ceux de la Santé et de l'Éducation était bien annonciatrice de nouvelles compressions budgétaires, d'une nouvelle ère d'austérité sans avoir eu à en prononcer le nom. Pas étonnant alors qu'après leur victoire électorale, les libéraux aient commencé à vouloir justifier ce passage à une politique d'austérité budgétaire.

C'est là qu'entre en scène l'ex-vérificateur général Guy Breton, auteur du fameux rapport-manifeste identifiant un trou de 4,3 milliards dans les finances publiques. Tout un «trou» qui braque l'attention sur l'ampleur du déficit anticipé du gouvernement précédent (en réalité, le trou de 4,3 milliards n'est pas réel, comme l'a reconnu la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, au moment du dépôt des crédits). Un trou a posteriori pour justifier la relance d'une politique d'austérité elle-même au centre de «la réingénierie de l'État»: moins d'impôts, disent-ils, égale moins de dépenses, donc moins d'État.

Baisse «stratégique»

C'est là que la baisse programmée des impôts (de 10 à 15 milliards, selon les commentateurs, à compter de 2004-05) prend tout son sens. En effet, celle-ci, contrairement à la politique habituelle, ne vise pas à stimuler l'économie. Pour les libéraux, la baisse des impôts est «stratégique» car elle agit sur les dépenses gouvernementales en les réduisant. Ainsi, la baisse importante des impôts constituera un pas décisif vers une diminution de la taille de l'État. On aurait donc tort de penser, comme François Legault, que le gouvernement libéral ne tiendra pas sa promesse de réduire les impôts («les baisses d'impôts, oubliez ça!», dit-il) ou de penser que la «mascarade» du rapport Breton n'aura servi qu'à permettre au gouvernement Charest de renier ses promesses.

Le fait est que le rapport Breton a servi à ce que l'austérité revienne à l'avant-scène comme un phénomène inévitable. On peut être assuré, nous dit encore M. Legault, qu'«ils ne pourront pas faire plus de miracles que nous, les recettes du gouvernement ne suffisent pas à répondre aux besoins des citoyens». Il oublie que les libéraux ont une vision autre du rôle de l'État, celle justement de proportionner ses dépenses à ses recettes et non plus aux besoins des citoyens. Du reste, M. Séguin le confirme: «Plutôt que de nous demander ce que l'État peut faire pour nous, demandons-nous plutôt ce que nous pouvons faire sans lui.»

Trajectoire claire

Au demeurant, sans attendre la réponse, le ministre des Finances, Yves Séguin, en présentant son premier budget, disait: «Le 14 avril dernier, les Québécois ont choisi un nouveau gouvernement. Ils lui ont accordé le mandat clair de revoir le fonctionnement de l'État québécois et de réduire leur fardeau fiscal.»

Pour Yves Séguin, revoir le rôle de l'État passe donc par une baisse programmée du fardeau fiscal qui conduit à diminuer de manière draconienne les dépenses de fonctionnement, les immobilisations et les placements, les prêts et les avances, dans le but avoué de compenser la hausse continue de la dette publique, et ce, malgré le déficit zéro.

La trajectoire est claire! Citons M. Séguin: «Au lendemain des élections, notre gouvernement s'est retrouvé avec deux problèmes majeurs de finances publiques. D'abord, une impasse budgétaire de 4,3 milliards. Ensuite, une dette en croissance de près de trois milliards pour l'année 2003-04. Sans intervention pour corriger le tir, la dette aurait donc augmenté cette année de plus de sept milliards de dollars.»

Nouvelle règle et signe d'une plus grande austérité budgétaire à venir, le nouveau ministre des Finances ne fait plus de distinction entre les pures dépenses de fonctionnement et les dépenses d'investissement dans le calcul du déficit zéro (d'où le spectre d'un déficit de plus de sept milliards). Mais citons de nouveau M. Séguin: «Mais pourquoi la dette augmente-t-elle même lorsque le déficit est à zéro? D'abord, parce que le gouvernement emprunte pour financer ses immobilisations. Ensuite, parce qu'il emprunte pour financer des placements ou des prêts qu'il effectue auprès de sociétés d'État. Cette mécanique, qui fait en sorte que la dette augmente même lorsque le déficit est à zéro, est inquiétante. Ainsi, au cours des cinq dernières années, même si le gouvernement [précédent] présentait un déficit zéro, la dette a augmenté de 10,9 milliards pour se situer à 108,6 milliards au 31 mars dernier.» La dette publique (car c'est bien d'elle qu'on parle) qui augmente en dépit de l'équilibre du budget (déficit zéro), voilà bien le super-motif pour imposer une austérité budgétaire qui risque de devenir la norme.

Une précision s'impose en ce qui concerne les deux dettes selon que l'État emprunte directement ou non: la dette directe (l'État, le gouvernement, est l'emprunteur et le bénéficiaire du prêt) et la dette garantie (soit que l'État a accordé son «aval» à l'emprunteur et s'engage à rembourser en cas de défaillance de l'emprunteur; soit que, par «rétrocession», il est l'emprunteur, mais pour le compte d'un tiers). M. Séguin nous présente la dette directe, mais qu'en est-il de la dette garantie (avals et rétrocessions)? Quelle est la part qu'occupe la dette garantie (avalisée et rétrocédée) à côté de la dette directe?

Par ailleurs, quelle est la part de la dette due au défaut de paiement des emprunteurs garantis? Sans connaître les réponses à ces questions, on ne peut savoir ce qu'est précisément le contenu du service de la dette, sinon une «dépense publique», qui contribue directement à l'augmentation du déficit public. Ce que M. Séguin confirme: «À la fin de la présente année, compte tenu des dépenses d'immobilisations et des placements engagés, elle [la dette publique] devrait se situer à 111,5 milliards. Si nous ne renversons pas cette tendance, la dette pourrait dépasser les 115 milliards au 31 mars 2005.» Cela signifie, pour les libéraux, que dorénavant, un seul budget s'impose, qu'un seul déficit (la dette totale) doit s'évaluer dans le futur.

Vision non avouable

Est-ce pour cela, au grand étonnement de plusieurs commentateurs, que le premier budget du nouveau ministre des Finances, contrairement à la pratique, ne contenait aucune prévision budgétaire à plus long terme? Sans doute, mais pas seulement puisqu'il lui faudra retrancher un milliard de dollars à compter de 2004-05 de l'impôt versé par les particuliers. Ajoutez à cela une baisse de la croissance, qui signifie moins de rentrées fiscales, et on se retrouvera encore avec plus de compressions du côté des dépenses car il exclut a priori toute politique «contracyclique». Bien sûr, il y a le déséquilibre fiscal fédéral-provincial cher à M. Séguin comme possible rentrée d'argent frais, mais à la condition que le gouvernement fédéral ne s'applique pas les mêmes règles d'orthodoxie budgétaire que le gouvernement du Québec. Certes, si cela devait arriver, il lui resterait toujours un dernier-premier recours, la vente de sociétés d'État, la privatisation de services publics (rebaptisée pudiquement «partenariat public-privé» par sa collègue au Trésor, Mme Jérôme-Forget), finalement seuls responsables, aux yeux des libéraux, de «l'impasse budgétaire» persistante! Ainsi, on comprend mieux maintenant le ministre des Finances quand il disait en conférence de presse: «Je vous présente aujourd'hui une vision qui n'est pas terminée.» Rien n'est plus vrai. Elle reste masquée, parce que cette vision n'est pas avouable.



»» pour en savoir davantage

Entente avec les innus :
Le fédéral exhorte Québec à signer le document

Stéphane Tremblay
Le Soleil vendredi 22 août 2003

Sept-Îles - Le gouvernement fédéral donne sa bénédiction à l'entente de principe conclue avec les Innus et demande au gouvernement provincial d'en faire autant. "Cette entente est un pas dans la bonne direction. Il y a eu des sacrifices de part et d'autre pour que les Indiens autant que les Blancs en ressortent gagnants. Les Indiens sont d'accord et dès que Québec le sera, Ottawa va signer le document", a tenu à faire savoir le négociateur pour Ottawa, André Maltais, dans une entrevue au SOLEIL hier.

Cette déclaration survient seulement quelques jours après la révélation que le ministre des Affaires autochtones du Québec, Benoît Pelletier, avait remis en question l'entente tripartite acceptée par quatre communautés innus de la Côte-Nord et du Lac-Saint-Jean, Betsiamites des Escoumins, Pointe bleue et Natashkwan. Le ministre Pelletier désirait faire analyser le texte, qui compte près de 30 chapitres, par des juristes indépendants, avant d'y apposer sa signature. Il a toutefois abandonné cette idée à la suite d'une rencontre avec les leaders autochtones le 13 août dernier. Il garde cependant toujours des réserves à l'endroit de cette entente, et doit revoir les représentants autochtones la semaine prochaine.

Transparence

Le négociateur fédéral, André Maltais, refuse de commenter la volte-face libérale. Du bout des lèvres, il mentionne néanmoins que "cette sortie des libéraux ne fait que créer des vagues". Du même souffle, il admet que ce dossier est chaud et qu'il sera important de travailler en toute transparence. "Dans le second monde, nous allons mettre l'accent sur comment, où et quand les points soulevés dans le document s'appliqueront pour les Innus et pour les Blancs. Les gens vont être informés du déroulement des négociations et consultés au besoin", assure M. Maltais, qui mentionne que le traité final ne sera pas signé avant deux ans et demi.

La question de la transparence a soulevé plus d'un débat auprès des Blancs qui demeurent près des territoires revendiqués par les Innus. Les non-autochtones ont reproché au gouvernement d'avoir négocié en catimini. L'Association du droit des Blancs a même été créée en janvier 2002 pour défendre les intérêts des Blancs, certains craignant d'être expropriés de leur chalet ou de ne plus avoir accès à leurs sites de pêche et de chasse.

Approche commune

L'ex-premier ministre, Bernard Landry, avait même dû mandater l'ancien ministre des Affaires autochtones, Guy Chevrette, pour une tournée sur la Côte-Nord et au Lac-Saint-Jean afin de calmer les esprits. Les négociations territoriales avec la nation innue et les gouvernements durent depuis 20 ans. Depuis janvier 2000, elles ont pris une tout autre tournure avec l'approche commune, une entente qui donnerait aux Innus ce que ni les Cris, ni les Nisgass, en Colombie-Britannique, ne sont parvenus à obtenir dans leur traité.

Pour l'instant, l'entente ne concerne que les Innus de l'Ouest. Les gouvernements verseraient 350 millions $, soit 30 000 $ par Innu. Les autochtones bénéficieraient de 3 % des redevances issues de l'exploitation des ressources naturelles, en plus d'une pleine propriété sur le Innu Assis, un territoire de 550 km², sans oublier une propriété atténuée sur le Nitassinan, dont la superficie est de 400 000 km², soit le quart du Québec.

En échange, les Innus abandonneraient les poursuites totalisant 500 millions $ intentées contre Hydro-Québec. Quant aux Innus de l'est, Mingan, La Romaine et Saint-Augustin, en Basse-Côte-Nord, les pourparlers progressent mais rien n'aurait été signé. Pour ce qui est de la réserve de Uashat-Maliotenam, l'un des importants regroupements d'autochtones au Canada avec une population de 3000 Montagnais répartis à parts égales entre deux parties de la réserve, elle s'est retirée de la table de négociation depuis 1998, estimant l'entente trop désavantageuse pour les Innus. De l'autre côté, la réserve de Schefferville, située à 500 km au nord de Sept-Îles, n'a jamais participé aux négociations territoriales globales.