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Cher, cher monsieur Chrétien

Hélène Pedneault
TRIBUNE LIBRE samedi 23 août 2003

Comme vous êtes gamin ! Nous avons toujours su que vous étiez jeune de cœur et surtout d’esprit, préférant vous donner la stature d’un joyeux mercenaire de la Confédération canadienne plutôt que celle d’un grand premier ministre éclairé. Après avoir fait suer votre successeur autant qu’il était possible de le faire, sans trop mettre en péril l’obsession du pouvoir de votre parti, vous avez choisi de tirer votre révérence, à l’instar d’une roche, dans la vitrine du Québec, votre vitrine préférée. Changer le nom de l’aéroport de Dorval en celui de Pierre-Elliott Trudeau est un coup de génie. Encore une fois, vous frappez juste. Bravo !

Je vous imagine bien préparant votre mauvais coup sans prévenir personne, vous frottant les mains de satisfaction, en riant d’avance de la tête que feraient les « séparatisses » québécois et du tollé que votre décision allait provoquer. Même s’il aurait nettement préféré le nom de Bryan Mulroney (ou le sien), le Colonisé en chef du Québec, monsieur Charest, n’y trouvera rien à redire, puisqu’il n’est pas dans ses habitudes de dire quelque chose. Il est trop occupé à défaire les meilleurs politiques du PQ, se bâtissant ainsi une identité de parasite plutôt que d’offrir à la population du Québec son propre projet de société. (Il est vrai qu’on peut difficilement proposer quelque chose de pertinent et de grand quand on n’a aucune idée en tête.)

Mais pourquoi n’avoir pas choisi de changer le nom de Mirabel, grande œuvre de monsieur Trudeau devenu un grand désert, symbole éclatant de son héritage ? Je suis certaine que tous les exilés de Mirabel auraient applaudi à tout rompre. Mais encore une fois, Mirabel aura été bafoué, et c’est Dorval qui aura cette chance.

N’allez pas penser que je suis en désaccord avec vous. Bien au contraire. Tout le Québec se réjouira de la nouvelle dénomination de Dorval. Monsieur Chrétien, en choisissant ainsi, au hasard, le nom de Pierre Elliott Trudeau pour l’aéroport de Montréal, j’admire la compassion que vous avez envers votre peuple qui a du mal à se souvenir, on le sait. En effet, comment ne pas aimer se souvenir que c’est cet homme qui a sauvé le Canada ? Ce même Trudeau qui a inventé de toutes pièces une insurrection appréhendée à partir des actions d ‘une vingtaine de jeunes de 20 ans, et qui a emprisonné Miron, Godin, Julien, Ferretti et quelques centaines d’autres en 1970 dont il a suspendu les droits civiques ? Grand amateur de paradoxes, il fut pourtant fort aise, un peu plus tard, de nous léguer une Charte des droits et libertés. Cet homme débordant d’humour qui a déjà traité un premier ministre québécois (Bourassa) de «mangeux de hot dogs» ? Quelle merveilleuse idée !

Cher monsieur Chrétien, je suis de tout cœur avec vous, mais à deux conditions. Première condition : pourquoi avoir choisi arbitrairement la date du 9 septembre pour la cérémonie d’inauguration ? Attendez deux jours plus tard et vous aurez la date rêvée pour rebaptiser un aéroport. Deuxième condition : je voudrais qu’on ne choisisse, pour renommer Dorval, que les trois initiales de monsieur Trudeau. Hormis le fait que trois lettres coûteraient moins cher à graver que vingt, il me semble que cette décision respecterait davantage le parfum persistant que monsieur Trudeau a laissé derrière lui dans l’histoire du Québec et que vous avez adopté par la suite par loyauté envers lui. C’est tout en votre honneur. De plus, imaginez la joie de tous les voyageurs francophones qui débarqueraient chez nous dans un immense éclat de rire ?

Bien à vous,

Votre sœur en délinquance,

Hélène Pedneault, écrivaine.



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La force du désir

Hélène Pedneault
L'Action nationale mai 2003

Il n’y a pas de conjoncture favorable ou défavorable. Il n’y a que la force et la clarté du désir, qu’il s’agisse d’un individu ou d’un peuple. Une conjoncture, ça n’existe pas, ça se crée. (Déjà que ce mot, conjoncture, est imbuvable…) Quand on désire profondément, résolument quelque chose, on s’organise toujours pour « arranger » la conjoncture qui nous semble paresseuse ou hostile afin qu’elle travaille pour nous, afin qu’elle devienne un outil et non un frein, une porte ouverte et non une porte blindée cadenassée à double tour, une permission d’être et de faire et non un rejet. Une conjoncture n’existe pas en soi, c’est une vue de l’esprit. Ce n’est pas un complot organisé, ni un groupe de pression puissant, ni une fatalité. Une conjoncture, ce n’est rien d’autre qu’un ensemble de facteurs qu’on peut analyser à son gré selon son désir profond, des pièces de Lego qu’on bouge sans arrêt, des faits qu’on nourrit ou qu’on décide d’ignorer pour qu’advienne le rêve caressé : pays, maison à la campagne, enfant, emploi, voyage autour du monde, et quoi encore.

La preuve en est que devant une même conjoncture, il peut y avoir des dizaines d’analyses différentes, voire contradictoires. J’irais jusqu’à dire qu’il n’existe pas une telle chose qu’une « même conjoncture », puisque chaque analyste orchestre la « conjoncture » dans le sens qu’il souhaite ou dans le sens de ses peurs profondes, avec un profil de réaction propre à son caractère, optimiste, pessimiste, je-m’en-foutiste ou nihiliste. Il n’y a qu’à lire les éditoriaux de plusieurs journaux sur un même sujet ou les analyses des sondages pour le savoir. Selon le groupe social auquel chacun appartient, les analyses de la « conjoncture » divergeront, parfois de plusieurs milliers de kilomètres. La conjoncture québécoise n’a pas été favorable à Mario Dumont comme tout le monde le croyait pourtant à l’automne dernier. On ne peut donc pas se servir d’une « conjoncture » comme d’un guide pour établir son itinéraire. C’est plutôt la conjoncture qui devra suivre le désir de destination. Une conjoncture favorable, ça se crée, ça se travaille.

Tout le monde a expérimenté cette forme particulière d’énergie inébranlable qui monte quand on désire vraiment quelque chose. Chez plusieurs femmes et certains hommes, la force du désir d’enfant est irrépressible. Chez les créateurs et les créatrices, la puissance du désir de créer balaye tous les autres impératifs, y compris les diktats du couple et du quotidien. Rien ne résiste au raz-de-marée du désir.

Il en est de même pour le désir de pays. À partir de maintenant, il faut que ce désir soit plus fort que tout. Plus fort que les peurs, plus fort que les magouilles attendues des adversaires, plus fort que chaque élément de nos vies pris séparément. Il ne s’agit pas de mettre de côté tout le reste de sa vie, il s’agit d’amener sa vie avec soi dans son désir de fond : femme, mari, enfants, projets, travail. Nous ne sommes pas des êtres fractionnés. À partir de maintenant, il faudra faire de la place au désir de pays et pour un temps, peut-être, il faudra être obsédé par le désir de pays. Personne ne peut résister à une telle énergie cumulée. Les plus incertains se laisseront porter par la vague, les adversaires n’auront d’autre choix que de nous laisser passer.

« Mon dieu qu’elle est exaltée », penseront certains. Non. C’est simplement que je connais bien la force du désir. Quand j’ai proposé de faire une entrevue avec Simone de Beauvoir pour le magazine La Vie en Rose, en 1983, personne n’y a cru. « Pauvre Hélène… Penses-tu, toi, que Simone de Beauvoir va accorder une entrevue à un petit magazine féministe québécois marginal, alors qu’elle refuse d’accorder une entrevue à Radio-Canada depuis des décennies ? » « Oui, je le pense. J’ai tout lu d’elle, je sais qu’elle va dire oui. Elle va préférer la marginalité ». Et Simone de Beauvoir a accepté.

La même chose s’est produite avec Clémence, quand j’ai été son agente, entre 1974 et 1978. Quand je clamais à la face de tout le showbizz que Clémence allait finir par faire la Place des Arts, on me répondait encore ceci : « Pauvre Hélène. Clémence, ça fait 20 ans qu’elle essaie de percer. Si elle avait eu à réussir, ça serait déjà fait ! » Et Clémence est devenue la vedette qu’elle est, après 20 ans, en effet, de soubassements d’églises, de petites boîtes insalubres et de Patriote.

« Pauvre Hélène. » Ce sont peut-être les deux mots que j’ai entendus le plus souvent dans ma vie. En fait, on me prenait en pitié. On m’aimait bien, et on ne voulait pas que je me fasse du mal pour rien, avec des rêves irréalisables. Ça sera la même chose avec le pays que je veux, je vous le prédis. Je les entends déjà, les oiseaux de mauvais augure, les adorateurs de la tiédeur sous leur abri fiscal, les soi-disant pragmatiques, ennemis jurés du désir, les rêveurs du dimanche qui enferment leurs rêves dans leur coffre-fort comme des bijoux précieux le reste de la semaine : « Pauvre Hélène. Si l’indépendance du Québec avait eu à se faire, elle serait faite depuis longtemps. Il est trop tard, maintenant. Penses-tu, toi, qu’après deux échecs référendaires, les Québécois ont encore le goût d’avoir un pays ? » Oui, je le crois. Plus que jamais. La dernière fois, nous étions à 30 000 voix d’un pays. Ce n’est rien, 30 000 voix. Ce n’est pas une montagne, c’est un dos d’âne. Un pet dans l’œuf. Je n’ai jamais confondu le véhicule (un référendum) avec la destination (un pays). Je sais une chose : nous nous sommes beaucoup rapprochés de notre destination, ce n’est pas le moment de reculer.

Un rêve collectif, c’est le contraire d’un bijou précieux. C’est quelque chose qu’on prend dans ses mains et qu’on se passe de l’un à l’autre, de l’autre à l’une, jusqu’à ce que la réalité rattrape le rêve et ne fasse qu’une avec lui. Ce que je sens, là, tout de suite, c’est que ce désir que je viens de raconter est inscrit de façon indélébile chez beaucoup d’entre nous. Au pire, son muscle a peut-être été un peu engourdi, ces dernières années. Il est simplement temps de se lever et de bouger tant qu’on peut pour ramener la circulation dans notre rêve.

Serons-nous un pays neuf pour fêter dignement les 400 ans de la ville de Québec en 2008, ou serons-nous encore une province canadienne sans envergure pour nous rappeler amèrement les 250 ans de la défaite des Plaines d’Abraham en 2009 ? Nous avons le choix entre deux dates butoir d’une importance capitale sur le plan symbolique, le plan le plus réel qui soit. Laquelle préférez-vous ?

1 Écrivaine.



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Faute de montagne, un aéroport!

Jean-Robert Sansfaçon
Le DEVOIR samedi 23 et dimanche 24 août 2003

Le 6 septembre prochain, l'aéroport de Dorval deviendra l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. Avant de prendre sa retraite, le premier ministre Jean Chrétien a donc voulu faire d'une pierre deux coups: rendre hommage à celui sans qui il ne serait jamais devenu le politicien populaire qu'il fut et faire un dernier pied de nez à ses ennemis génétiques, les nationalistes et les intellectuels québécois.

Pour le Canada anglais et une fraction du Canada français, notamment les francophones hors Québec, Pierre Elliott Trudeau fut un grand premier ministre. C'est sous son leadership que le Parlement fédéral a aboli la peine de mort, rapatrié la Constitution, adopté la Charte des droits et libertés individuels et fait la promotion du bilinguisme. Parmi cette frange de Canadiens, bon nombre lui sont aussi reconnaissants pour avoir défendu avec passion, ruse et rudesse l'unité politique du pays contre les aspirations du mouvement nationaliste québécois.

C'est d'ailleurs pour cette même raison que les réactions ont été aussi vives dans les milieux nationalistes du Québec à l'annonce du changement de nom de l'aéroport de Montréal, de Dorval à Pierre-Elliott-Trudeau. L'ensemble de la carrière politique de M. Trudeau en fut une d'opposition farouche et sans nuance au projet d'indépendance, voire de toute forme de reconnaissance d'un statut particulier pour le Québec. Pour Trudeau, le nationalisme était méprisable pas essence et méritait d'être combattu.

Si, pendant un court laps de temps, la montée du terrorisme a pu lui donner raison, l'arrivée au pouvoir du Parti québécois, parti fondé par un démocrate de grande envergure, René Lévesque, a fait mentir le prophète de malheur. Malgré cela, Trudeau ne plia jamais. Au contraire, il en fit une question personnelle au point d'accepter d'être détesté par une grande partie de ses compatriotes québécois qui, même après sa mort, ne lui pardonnent toujours pas d'avoir bâti sa réputation d'homme fort aux dépens de leurs aspirations autonomistes. Ce sont ces Québécois qui, aujourd'hui, reçoivent comme une gifle la décision du cabinet fédéral de donner le nom de Trudeau à l'aéroport de Dorval. Et on les comprend.

Depuis qu'il est devenu premier ministre à son tour, Jean Chrétien a suivi pas à pas la voie tracée par son maître à penser, et ce, même si ce dernier n'a jamais exprimé beaucoup d'empathie, encore moins d'admiration pour son protégé. Maintenant que Trudeau n'est plus, Jean Chrétien veut payer ses dettes. C'est lui, Trudeau, qui a permis à Chrétien de détenir des portefeuilles importants et de jouer un rôle significatif au sein du cabinet fédéral. La hargne que M. Chrétien entretient toujours à l'endroit des nationalistes du Québec, c'est aussi à Pierre-E. Trudeau qu'il la doit.

Parvenu à l'aube de sa carrière, M. Chrétien a tenté une première fois de rendre hommage à son ancien chef en voulant donner son nom au plus haut sommet canadien, le mont Logan, du nom du célèbre géologue, sir William Logan (1798-1875). Mal lui en prit : les protestations ont été si vives qu'Ottawa a dû reculer. Le voilà donc qui récidive en choisissant cette fois de rebaptiser l'aéroport de Dorval.

Vue sous l'angle «canadien», l'idée est tout à fait sensée, Pierre-E. Trudeau ayant certainement été un premier ministre d'envergure. Mais pour bien des Québécois de la génération du baby-boom, cet aéroport restera pour toujours «Dorval». Pourtant, Charles de Gaule ou Georges Pompidou n'ont-ils pas aussi laissé leur nom à des institutions publiques majeures sans que les communistes ou les socialistes français en fassent un plat ?

Ils ne sont pas nombreux les ponts, les édifices ou les places publiques d'importance, propriétés du gouvernement fédéral, susceptibles de recevoir le nom d'un ancien premier ministre du pays. Toronto a son aéroport Pearson, Montréal aura son aéroport Trudeau.

Ironique que le nom de Trudeau soit accolé à l'aéroport de Dorval et non à l'éléphant blanc de Mirabel, disent certains. Vrai, mais après onze années au poste de premier ministre, sans doute M. Chrétien ne craint-il plus les effets redoutables d'un retour du fantôme Trudeau pour le hanter.

Nous aurons donc l'aéroport international Dorval-Pierre-Elliott-Trudeau à partir du 6 septembre, soit. Amusons-nous maintenant à nous demander comment il sera identifié dans les conversations de tous les jours : aéroport de Dorval, aéroport Trudeau, aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, aéroport Pierre-Trudeau, ou plus ironiquement «le PET» ? Dites quel est votre choix et nous vous dirons quel est votre couleur politique.

Quant à Jean Chrétien, quelle institution, quel lieu public sera rebaptisé de son nom après sa mort ? Faute d'aéroports disponibles, parions sur un parc... celui de la Mauricie, pour ne pas le nommer. À moins qu'entre-temps l'auberge de Grand-Mère n'ait été classée monument du patrimoine canadien en souvenir du p'tit gars de Shawinigan ?

jrsansfacon@ledevoir.ca



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If the name fits...

The Gazette Saturday, August 23, 2003

Éditorial - There's something about airports that appeals to the dreamer in all of us, and Pierre Elliott Trudeau had big dreams for Canada. Trudeau also embodied something of the style and passion that defines Montreal and was an avid traveller with a keen interest in international affairs. On a number of levels, then, it's perfectly appropriate to rename Dorval airport after Canada's 15th prime minister.

The official renaming on Sept. 9 of the airport, announced by the federal government on Thursday, will commemorate a man who played a large role in recent Canadian history. As airports are a federal jurisdiction, the government is perfectly within its rights to rename Dorval without provincial or municipal consent, though it's hard to imagine the current occupants of the premier's office or mayor's chair at Montreal city hall would have raised any objection.

In a province like Quebec, divided by the national question, it's impossible to rename a street or other infrastructure after a controversial political figure without some elements of the population originally regarding it as a provocative move. But time moves on. The discord over the renaming of Dorchester Blvd. for late premier René Lévesque has faded, and we're confident Trudeau airport should slip into unconscious common usage soon enough. That, at least, is our hope. No fuddle-duddle about that.



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What Is in a Name?

DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, August 23, 2003

In announcing the renaming of Dorval Airport for Pierre Elliott Trudeau, federal Transport Minister David Collenette said Trudeau's son Sasha "was absolutely delighted and touched" and "thinks it would be a great memory on his father's behalf."

This must mean that Sasha Trudeau, who grew up in Montreal and has travelled the world, somehow did all that without actually seeing the airport, which is as dreary a place as his father was flamboyant.

Fortunately, the airport's three-letter international designation will remain YUL. So Montreal-bound passengers will not find themselves checking their baggage to PET, which, in addition to being the initials of the former prime minister, is more familiar to foreign francophones as the French word for "fart."

Unlike Lester Pearson, for whom Toronto's international airport is named, Trudeau's connection with aviation as prime minister goes beyond merely having taken the occasional plane trip.

The Gazette's Elizabeth Thompson yesterday noted the irony that Trudeau's government did its best to put his future namesake airport out of business by building a new Montreal airport, Mirabel.

It could also be said French is spoken today between Dorval's control tower and pilots in its air space in spite of Trudeau's government.

In a linguistic cause célèbre of the 1970s, his government initially resisted the acceptance of French as a language of air-traffic communications, contradicting the official-bilingualism policy extending the use of French that is widely associated with Trudeau's memory.

It's a strange practice of governments, this attempting to preserve and honour the memory of widely admired public figures by giving their names to generally unadmired public works, as though some of the admiration for the former might rub off on the latter.

A notable example is Autoroute Jean Lesage, which is what the Quebec government calls the stretch of the Trans-Canada Highway between Montreal and Quebec City.

Named for one of the greatest premiers in Quebec history, who launched the Quiet Revolution of sweeping reform, the road has offered drivers nothing to relieve its eye-glazing tedium since the Château Madrid, a restaurant-bar at its exact midpoint, took out its Scopitone, a jukebox playing campy primitive music videos. (One of these was by Les Baronets, a 1960s "yé-yé" trio featuring a young, dark-haired René Angélil, long before Céline Dion was a gleam in his eye.)

In Quebec, this naming practice has become another competition between Ottawa and Quebec, between federalists and nationalists, like the visibility contest to put up the most flags and sponsor the most festivals, the referendum campaign continued through other means. And because the Quebec government controls more things that can be named than Ottawa does, there are more public works named for nationalist heroes than for federalist ones.

Not surprisingly, in a province divided along linguistic and political lines, these choices are often controversial. So it was when it was announced the province's major international airport will be renamed for the prime minister who was instrumental in imposing a new constitution on Quebec without its consent, nationalists complained it was divisive.

But it was no more divisive than, say, the naming of, among other things, a connecting station on the Montreal métro for Lionel Groulx, a nationalist historian considered by some to be the father of modern Quebec nationalism and by others an anti-Semite and fascist sympathizer.

Just as Montreal Jews and other nonfrancophones have to travel through the Station Lionel-Groulx in order to get downtown from their homes in the city's west end, nationalists will have to bide their time until Quebec becomes sovereign to change the name of Pierre Elliott Trudeau International.

In the meantime, nationalist travellers will have another reason to curse, whenever their travel plans are disrupted because Air Canada, like your Aunt Maude, neglects to download a software patch.

Come to think of it, can't Canada also change the name of its increasingly embarrassing "national" air carrier?

How about Air Can't.

dmacpher@thegazette.canwest.com



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PM opts to rechristen Dorval after Trudeau

By TU THANH HA and CAMPBELL CLARK
Globe and Mail 22.8.2003

Montreal and North Bay, Ont. — Prime Minister Jean Chrétien says he has finally found a major landmark to rename in honour of his late mentor, but it could be a while before some Quebeckers are willing to say "Aéroport Pierre Trudeau."

In a surprise move yesterday, Mr. Chrétien said Montreal's Dorval International Airport will be rechristened in honour of former prime minister Pierre Elliott Trudeau.

Mr. Chrétien dismissed suggestions that the move could irk Quebec nationalists. Quebeckers "will be very happy," he predicted.

"He was a great Quebecker and a great Canadian. I think it's a great way to honour a very great Canadian."

Transport Minister David Collenette noted that departing prime ministers have a habit of renaming airports: Mr. Trudeau named Toronto's Lester B. Pearson International Airport and Brian Mulroney named Saskatoon's airport after John G. Diefenbaker.

Mr. Trudeau's sons, Justin and Sacha, are "delighted and thrilled" but won't comment further until the official ceremony on Sept. 9, a family spokesman said.

But while Canada's 15th prime minister hailed from Montreal, many francophones disagreed with his opposition to granting more powers or autonomy to Quebec, said University of Montreal historian Jacques Rouillard.

"I don't get the feeling Franco-Quebeckers will appreciate this. He was too controversial a character," Mr. Rouillard said.

"This is an arbitrary and divisive gesture," said Jean Dorion, president of the nationalist Société Saint-Jean-Baptiste. "When you name a place, you want names for which there is a popular consensus and in Quebec this isn't the case with Mr. Trudeau."

Several observers noted the irony in selecting Dorval, considering that Mr. Trudeau was behind a costly, unsuccessful bid to move international flights away from Dorval to a new, $4-billion airport in Mirabel.

If flights are moved to Mirabel airport, it will take on Mr. Trudeau's name instead, Mr. Collenette said.

Concordia University political scientist Guy Lachapelle said the move does not reflect any of the touchstones of Mr. Trudeau's career, whether as an advocate of bilingualism or as the father of the Charter of Rights.

"I thought they could have come up with something better. Of course, it wouldn't have come from Quebec's political class, whether they're federalists or sovereigntists."

Airport shopkeepers weren't consulted and grumbled that, at a time of shrinking air traffic, they would have to replace business cards, stationary, labels and shopping bags.

"We could have done without that," said duty-free shop manager Stéphane Bricault.

"I have nothing against Mr. Trudeau but this isn't making it easy," said Adel Saad, a vendor at an electronics store.

Finding a landmark to honour Mr. Trudeau has been a tricky issue ever since his death in September of 2000.

After the funeral, Mr. Chrétien moved to rename Canada's highest peak, Mount Logan, but widespread complaints ended the idea. A proposal to name a pedestrian bridge in Toronto was also scuttled.

In Montreal, only a municipal park, a grade school and a minor street have been named after Mr. Trudeau, all in federalist areas.

Montreal is heavily developed so there was little chance of finding an unnamed landmark befitting his stature.

Renaming existing locations can set off a political storm. There were grumblings in 1987 when a key downtown boulevard was renamed after Mr. Trudeau's archrival, the late Quebec premier René Lévesque.

In Dorval's case, the airport is named after a local town, itself named after Jean-Baptiste Bouchard d'Orval, a 17th century fur merchant.

Neither Mr. Collenette's office, nor the airport authorities, could say yesterday how much the change will cost, for example to change signage.

"We are working with our partners to determine the details," said Amy Butcher, press secretary to Mr. Collenette.



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Trudeau Airport

THE TORONTO STAR Aug. 23, 2003

Éditorial - Quebec sovereignists look unusually mean-spirited, grumbling about plans to rename Montreal's Dorval Airport after former prime minister Pierre Trudeau.

"It's like giving Dracula's name to a blood bank," one griped, vowing to fight the name change.

This is churlish. And petty.

Yes, Trudeau was a foe of separatism. He was also a great Quebecer, and Canadian.

No one else did more to keep Canada united through the 1980 referendum and to promote Canada's coming of age.

It was Trudeau who patriated the Constitution from the United Kingdom, complete with the Charter of Rights and Freedoms.

It was he who encouraged bilingualism from coast to coast.

Toronto has Pearson International Airport, named after Nobel prize laureate Lester B. Pearson, the prime minister who gave us the Maple Leaf flag.

That Montreal's airport should be named for Trudeau, his successor and political heir, is fitting.



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Trudeau nous laisse un lourd héritage

Normand Rousseau
(texte publié dans la section opinions du quotidien Le Droit en janvier 2003, cité par Patrice Côté)

La série télévisée nous rappelle que ce triste sire a divisé le Canada comme jamais il ne l'a été. Il suffit de lire Un pays à rebâtir de McRoberts pour s'en convaincre.

Alors que Pearson et Lesage avaient bien entrepris la construction d'un statut particulier pour le Québec à l'intérieur de la fédération, voilà que Trudeau s'est amené dans le paysage pour exprimer ce que le Canada anglais pensait tout bas: «Le Québec doit être une province comme les autres ou sortir du Canada.»

Ce braquage contre le Québec a lancé l'affrontement entre les deux peuples qui dure depuis une trentaine d'années.

La haine des Anglo-Canadiens envers le Québec s'est exprimée ouvertement puisqu'un Québécois se faisait leur porte-parole.

Ce braquage a fait monter l'indépendandisme au Québec jusqu'à une quasi-victoire du Oui en 1995. Au lieu d'unir le pays, Trudeau a creusé un fossé entre les deux peuples, c'est pourquoi je lui décerne le titre peu enviable, mais bien mérité, de fossoyeur séparatiste du Canada.

Trudeau a insulté les Québécois en les traitant de «petit peuple de maîtres chanteurs» [...] pour nier au peuple québécois tout droit à l'autodétermination.

Il a refusé la légitimité du mouvement indépendantiste en le traitant de «crime contre l'humanité» (sic) alors que la Cour suprême a reconnu la légitimité de l'indépendance du Québec. Plutôt que de dénoncer un véritable crime contre l'humanité, la déportation des Acadiens, il s'est montré odieux en imaginant une déportation des Anglo-Québécois advenant l'indépendance.

Trudeau a tenté d'écraser le parti démocratique du PQ en associant ce dernier au FLQ lors de la Crise d'octobre en 1970. Des centaines de militants péquistes ont été arrêtés et incarcérés sans mandat et sans acte d'accusation.

L'ignoble Loi des mesures de guerre a fait du Canada le seul pays démocratique à avoir eu recours à une telle infamie en temps de paix. Même les USA et l'Italie n'ont pas eu recours à une telle loi après l'assassinat de leur président, Kennedy et Moro. Sous Trudeau, la GRC a volé la liste des membres du PQ, un parti démocratique.

Ce scandale étouffé par des commissions bidon était encore plus grave que le Watergate qui a obligé Nixon à démissionné. Trudeau a rapatrié la Constitution en 1982 sans l'accord de sa propre province qui représente l'autre peuple.

Il a trompé René Lévesque, un compatriote, lors de la Nuit des longs couteaux et il s'en est vanté.

Alors qu'elle reconnaissait les Premières Nations, cette constitution ne reconnaissait ni les Québécois, ni les Acadiens comme peuples. Par le truchement de la Charte canadienne, elle a démoli les deux tiers de la loi 101.

En intervenant devant le Sénat, Trudeau a contribué directement à l'échec de l'Accord du lac Meech pour semer la zizanie entre les deux peuples.

Trudeau a remplacé le biculturalisme par le multiculturalisme pour mettre l'autre peuple sur le même pied que n'importe quelle minorité et lui nier ainsi sa spécificité.

L'héritage de Trudeau est très lourd, très négatif et la majorité des Canadiens ne semble pas en prendre conscience. L'héritage de Trudeau, c'est aussi le Plan B, la loi C-20 et les menaces de partition. Aujourd'hui le Canada se gouverne en ignorant le Québec et le Québec, complexé, divisé, affaibli par les fédéralistes, n'ose pas encore faire son indépendance.

Les deux peuples qui auraient pu conclure un partenariat d'États indépendants, n'ont jamais été aussi séparés à l'intérieur du même territoire. Et dire qu'on va élever des monments à ce triste sire!

Ah! J'oubliais, Trudeau a l'immense mérite d'avoir fait adopter la Loi sur les langues officielles, loi qui n'est pas encore respectée après 33 ans.

J'oubliais aussi que c'est sous Trudeau que le Canada a commencé à construire son énorme dette de 600 milliards $ qui écrase notre système de santé actuellement.



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PROJETS HYDROÉLECTRIQUES

Hydro-Québec n'a pas besoin de l'argent du fédéral

Cyberpresse et Marie Tison (La Presse)
Le samedi 23 août 2003

Hydro-Québec n'a pas besoin d'une participation financière du gouvernement fédéral pour mener à bien ses projets hydroélectriques, comme l'a suggéré le ministre des Ressources naturelles du Québec, Sam Hamad.

Ce que la société d'État recherche plutôt, c'est une accélération dans le processus fédéral d'évaluation environnementale.

«Nous n'avons pas un problème de financement, a déclaré hier une porte-parole d'Hydro-Québec, Élise Proulx. Nous souhaiterions plutôt obtenir des autorisations environnementales rapidement. Nous croyons que c'est la priorité.»

Dans une entrevue au Soleil cette semaine, le ministre Hamad a ouvert la porte à une participation fédérale au financement de projets hydroélectriques au Québec. «L'argent du fédéral est bienvenu partout, a-t-il déclaré. Ça ne me dérange pas de mettre des drapeaux canadiens.»



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Des députés bloquistes proposent de laisser tomber l'idée de partenariat

Cyberpresse et Joël-Denis Bellavance (La Presse)
Le samedi 23 août 2003

Un groupe de députés du Bloc québécois propose de ramener l'option souverainiste à sa plus simple expression, soit l'indépendance pure et simple du Québec, et rejette toute forme de partenariat avec le reste du Canada calqué sur le modèle de l'Union européenne.

Au moment où l'existence même du Bloc à Ottawa est remise en cause à la suite de la défaite du Parti québécois aux élections du printemps, 14 députés bloquistes tentent de sortir le mouvement souverainiste de sa torpeur en lançant un brassage d'idées sur l'avenir de leur option.

Ces députés ont signé un document de réflexion de quatre pages dans lequel ils soutiennent que les souverainistes doivent mettre d'abord et avant tout le cap sur l'indépendance du Québec et mettre en veilleuse toute offre de partenariat avec le reste du Canada.



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Essais québécois
- Brassée d'idées automnale

Louis Cornellier
Le DEVOIR samedi 23 et dimanche 24 août 2003

À l'aube du brassage d'idées péquiste annoncé et de la «réingénierie» libérale appréhendée, on peut s'attendre à ce que les essayistes québécois ne chôment pas sur la scène politique dans les mois à venir. En attendant les premières réactions critiques de fond à ce nouvel état des lieux politique, les lecteurs en quête de réflexions stimulantes ne risquent toutefois pas de s'ennuyer puisque l'offre automnale brille par son abondance.

Jusqu'où iront les libéraux de Jean Charest dans leur entreprise de révision du modèle québécois ? La population sera-t-elle prête à les suivre ? Les citoyens consciencieux qu'intéresse ce débat fondamental pourront lire, chez Québec Amérique, L'Avenir du modèle québécois, sous la direction de Michel Venne et Alain G. Gagnon, afin d'y participer pleinement.

Le PQ : un parti en sursis ? C'est la thèse que défendra Marc Brière aux Éditions Varia. La droite sera-t-elle un passage obligé pour les quelques années à venir ? C'est à une critique de cette tendance lourde que se livrera, aux Éditions Écosociété, le sociologue Jacques B. Gélinas dans Le Virage à droite des élites politiques québécoises. Pour une perspective plus historique sur ces questions, on pourra lire, chez Nota Bene, L'Antilibéralisme au Québec au XXe siècle, sous la direction de Gilles Gagné.

L'analyse de la dernière campagne électorale peut-elle nous fournir des pistes afin de mieux comprendre les débats qui nous attendent ? C'est en tout cas ce que semble croire André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse, qui publiera, chez VLB, Le Temps des girouettes, journal d'une drôle de campagne électorale. Chez le même éditeur, la politologue Anne Legaré se demandera, pour sa part, si les relations que le Québec entretient avec la France et les États-Unis sont saines dans Le Québec, otage de ses alliés.

Paroles de sage que celles que l'ex-ministre Benoit Bouchard confiera à Paul-André Comeau dans le cadre d'entretiens publiés chez Québec Amérique ? C'est à voir. Faut-il souhaiter des retrouvailles politiques entre les francophones du Québec et ceux du Canada ? La question sera abordée dans Briser les solitudes, sous la direction de Simon Langlois et Jean-Louis Roy, chez Nota Bene.

Sur la scène internationale, les gros sabots américains et la mondialisation en cours continueront de susciter l'attention. De chez Lanctôt nous parviendra Lettres d'outre-mer pour en finir avec la guerre, dirigé par Andrée Parent. Chez Athena, Jocelyn Coulon présentera son Guide du maintien de la paix-2004. Aux Éditions Écosociété, Colette Beauchamp nous offrira Du Québec à Kaboul. Lettres d'une Québécoise à une Afghane, pendant qu'aux Intouchables, Robert Turcotte, en collaboration avec Yan Muckle, publiera Les Mensonges de la guerre en Irak. Chez le même éditeur, Steve Proulx, dans Boycott, dressera la liste noire de 23 multinationales américaines et fera le portrait des activistes qui les combattent en espérant mettre «un grain de sable dans l'engrenage des machines capitalistes».

Biographies et témoignages

Pour saluer, d'une certaine manière, la retraite politique de Jean Chrétien, Michel Vastel signera, aux Éditions de l'Homme, une biographie intitulée Jean Chrétien, le p'tit gars de Shawinigan. Chez le même éditeur, l'ex-politicien Jean-François Bertrand racontera son triste parcours dans Je suis un bum de bonne famille. Au Boréal, deux biographies sont attendues : celle de Camille Laurin, signée Jean-Claude Picard, et celle du docteur Wilfrid Derome, par Jacques Côté. Chez Lux Éditeur, on publiera, à titre posthume, une biographie de Jules Fournier, journaliste de combat rédigée par Adrien Thério. Les Lettres de France du même Fournier seront lancées à cette occcasion. À l'enseigne de Leméac, Jean-V. Dufresne, journaliste de métier, sera à l'honneur dans un recueil de certaines de ses chroniques accompagnées de témoignages.

Chez Lanctôt, Fernand Foisy nous offrira La Colère du juste, le deuxième tome de sa biographie de Michel Chartrand, et, chez Trait d'union, Robert Côté fera entendre un autre son de cloche en témoignant de son expérience de policier dans Ma guerre contre le FLQ.

Deux titres enrichiront la collection «Les grandes figures» de XYZ : René Lévesque, par Marguerite Paulin, et Gabrielle Roy, par André Vanasse.

Aux Presses de l'Université de Montréal, on pourra lire la Correspondance d'Alain Grandbois dans une édition critique préparée par Bernard Chassé, pendant que, chez Fides, l'imposant troisième tome de la Correspondance (1909-1915) de Lionel Groulx sera présenté par Huot, Lalonde-Rémillard et Trépanier.

Aux Éditions Varia, c'est le tome 2 de la correspondance de L.-H. Lafontaine qui sera lancé. Olga Boutenko, quant à elle, témoignera de son parcours russo-québécois dans Moscou-Québec et Pierre Beauchesne poursuivra son Chemin de croix subversif. Claude Jasmin, aux Éditions Trois-Pistoles, mettra un point final à son journal personnel de l'année 2002 avec La Mort proche. Dans une catégorie un peu à part, chez Flammarion, on pourra lire les mémoires de Charles Aznavour dans lesquelles le Québec trouve sa place.

Histoire

En ce domaine, les lecteurs, encore une fois, seront bien servis. Chez VLB, l'éditeur et essayiste militant Pierre Graveline signera Une histoire de l'éducation et du syndicalisme enseignant au Québec. Aux Intouchables, Normand Lester nous offrira la conclusion de son Livre noir du Canada anglais (tome 3). Georges-Hébert Germain, chez Libre Expression, présentera Les Coureurs des bois. Polyphonique, Le Quatuor d'Asbestos d'Esther Delisle, chez Varia, retiendra l'attention. Michael Spencer et Susan Ays Cough, quant à eux, se pencheront sur la naissance et le développement de l'industrie du film québécois dans Hollywood à Montréal, une histoire de Téléfilm Canada à paraître chez Trait d'union. Chez HMH, Pierre Camu naviguera sur La Mémoire de l'eau. Le Saint-Laurent et les Grands Lacs au temps de la vapeur, 1850-1950.

L'avalanche, cela dit, proviendra encore une fois des Éditions du Septentrion, qui publieront, entre autres, L'Histoire des mineurs du Nord ontarien et québécois de Guy Gaudreau, Mémorial des Canadiens français aux USA de Robert Prévost, Montréal 1653. La Grande Recrue de Michel Langlois et, en réédition, Brève histoire socio-économique du Québec de John A. Dickinson et Brian Young. Une curiosité : Mensonges et vérités dans les souvenirs de Félix Poutré, un ouvrage de Marc Collin sur ce soi-disant héros de la rébellion de 1838, démasqué plus tard par l'historien Gustave Lanctôt.

Philosophie

Le trop rare Serge Cantin devrait marquer la saison, chez Bellarmin, avec Nous voilà rendus au sol. Essais sur le désenchantement, un ouvrage habité par les figures d'Hannah Arendt, Gaston Miron et Jacques Grand'Maison. Un peu philosophe, la chroniqueuse Denise Bombardier ? Elle publiera, en tout cas, ses Propos d'une moraliste chez VLB.

Les Éditions Liber, qu'on pourrait qualifier de maison de la philosophie au Québec, ne laisseront pas les lecteurs sur leur faim. Y sont annoncés, entre autres, Connaissance de soi et vie quotidienne du philosophe Pierre Bertrand, Tuer l'espoir, une critique radicale de l'espoir comme principe et tâche politiques, de Lawrence Olivier, Matérialisme et humanisme. Pour surmonter la crise de la pensée de Mario Bunge dans une traduction de Laurent-Michel Vacher, et Façons de dire, façons de penser de Jacques Sénécal, une introduction à la philosophie par la discussion d'une dizaine d'expressions courantes comme «Après moi, le déluge» ou «À chacun sa vérité». En éthique, deux ouvrages au programme : L'Éthique à l'ère du soupçon, sous la direction d'André Lacroix et Jean-François Malherbe, et Petit manuel d'éthique appliquée à la gestion publique, sous la direction d'Yves Boisvert.

Études littéraires

À retenir, d'abord, trois ouvrages d'écrivains sur le phénomène de la création : Le Tremblé du sens de Jean Pierre Girard, chez Trait d'union, Le Paradoxe de l'écrivain de Claude Vaillancourt, chez Triptyque, et L'atelier vide de René Lapierre, aux Herbes rouges.

Chez Boréal, trois titres : Hubert Aquin Blues de Richard Dubois, Gabrielle Roy : l'idylle et le désir d'Alain Roy et Anthologie de l'essai québécois de Jean-François Chassay. Aux PUM, Pierre Vadeboncoeur nous entraînera sur Le Pas de l'aventurier dans un essai sur Rimbaud. Chez Liber, Dominique Garand fera Le Portrait de l'agoniste : Gombrowicz. Chez Trait d'union, Michaël La Chance publiera Paroxysmes chez certains grands auteurs (Hölderlin et Burroughs), pendant que Jean-Pierre Issenhuth nous offrira Le Petit Banc de bois : lectures libres (1985-1999), un recueil de chroniques d'abord parues dans Le Devoir et Liberté. Chez Nota Bene, un collectif se penchera sur «la littérature à l'épreuve du dérisoire» dans Accessoires.

Varia

D'autres essais, enfin, plus difficilement classables, méritent aussi d'être soulignés. Chez Varia, d'abord, Marcel Deschênes signera un pamphlet sur les aléas du marché de l'art intitulé L'Art de qui ? et Jacques Henripin analysera La Métamorphose de la population canadienne. Victor Piché et Céline Le Bourdais le relaieront en dirigeant, aux PUM, La Démographie québécoise. Enjeux du XXIe siècle.

Chez Québec Amérique, deux ouvrages s'ajouteront à la jeune collection «En question» : La Révolution Internet de Serge Proulx et La Tradition islamique de Jean-René Milot. Anne-Marie Villeneuve, en écho aux Paroles d'hommes de Mathias Brunet publiées l'année dernière, lancera Paroles de femmes. On attend aussi un ouvrage du docteur Robert Patenaude intitulé La santé, ce mal nécessaire.

Dans le domaine de la science, Daniel Ducharme, chez HMH, fera le point sur La Génétique humaine au Québec et Gilles Bibeau, au Boréal, enquêtera sur Le Québec transgénique. Ollivier Dyens, chez VLB, explorera le Continent X. Vertige du nouvel Occident dans un conte philosophique sur la technoscience, pendant que, chez Triptyque, Philippe Gaulin nous offrira une savante critique du Culte techno-médical. Réal La Rochelle, dans un autre ordre d'idée, analysera le phénomène du cinéma musical nord-américain dans Opérascope.

Toujours aussi énergique, Hélène Pedneault, chez Lanctôt éditeur, signera Mon enfance et autres tragédies politiques, un recueil de chroniques, et Carmel Dumas brassera la cabane avec Le Retour à l'école d'une waitress de télévision, une «réflexion sur 25 ans de pige dans la production télévisuelle». Aux Intouchables, on attend un explosif Raël, une enquête de Martin Bisaillon sur le célèbre et controversé gourou.

Les femmes et le féminisme seront au coeur de deux ouvrages à paraître : Les Femmes et leurs crimes de Marie-Andrée Bertrand, chez Athena, et, au Remue-ménage, La Pensée féministe au Québec (1900-1985), une importante anthologie dirigée par Micheline Dumont et Louise Toupin.

Avec une telle brassée d'idées automnales, nous serons, c'est clair, équipés pour les brassages à venir !

louiscornellier@parroinfo.net



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Essais -

Le Proche-Orient, l'avenir d'un conflit

Georges Leroux
Le DEVOIR samedi 23 et dimanche 24 août 2003

Parmi les nombreux essais et études annoncés sur le Proche-Orient, et notamment sur la situation engendrée par la guerre américaine en Irak, on peut signaler d'abord le bilan d'Alexandre Defay (Géopolitique du Proche-Orient, PUF). Au chapitre des interprétations, Daniel Sibony poursuit sa lecture inspirée de la psychanalyse (Proche-Orient, psychanalyse d'un conflit, Le Seuil). Son analyse se centre sur la pathologie propre à chacun des acteurs: d'abord, celle du monde arabe et de sa pointe avancée, le peuple palestinien, chargé d'exprimer un refus originel d'Israël et pliant sous le poids de cette charge qui le sacrifie; ensuite, le drame judéo-israélien, où le peuple juif prend Israël pour «idéal» parfois décevant, pendant qu'Israël se donne, lui, comme idéal de couper ses attaches avec le drame juif millénaire; et enfin, le témoin occidental lui aussi divisé, entre l'Amérique qui veut faire rentrer brutalement le monde arabo-musulman dans le jeu mondial, quitte à lui casser son fantasme unitaire, et l'Europe qui se bat avec ses propres fantasmes légalistes et gestionnaires.

De Jean Daniel, on pourra lire deux études (Prison juive et Pièces à conviction. Israël, chronique de la paix et de la guerre, Odile Jacob). Marc Ferro (Le Choc de l'Islam, Odile Jacob) ajoute le point de vue d'un grand historien aux nombreux essais publiés sur la crise de la culture musulmane aujourd'hui, en proie aux lectures stéréotypées et aux accusations généralisées de fanatisme. Voir sur ce point les critiques de Vincent Geisser (La Nouvelle Islamophobie, La Découverte), dont les analyses viennent s'adosser à la recrudescence de l'antisémitisme en Europe. Toute critique d'Israël ou de ses dirigeants n'est pas en soi antisémite; le débat européen montre néanmoins que cette question demeure crispée (Antisémitisme : l'intolérable chantage. Israël-Palestine, une affaire française ? La Découverte), comme on le lira dans un collectif d'intellectuels français critiques de la politique du gouvernement Sharon, mais désireux de ne pas voir leur critique taxée d'antisémitisme.

Point de vue israélien

Le point de vue d'intellectuels israéliens sur le terrorisme ne manque pas d'intérêt et on lira en ce sens les essais d'Avishai Margalit et Amos Elon (Pourquoi les kamikazes ?, Les empêcheurs de penser en rond). Depuis septembre 2000, début de la deuxième intifada, la moitié des Israéliens tués dans le conflit l'ont été au cours d'attentats suicide. Mais quelles sont les motivations de leurs auteurs et quelles en sont les conséquences politiques ? Margalit a repris toutes les déclarations qu'ils ont pu faire avant de mourir. Dans un second texte, Amos Elon examine les racines du conflit et revient sur les raisons qui ont amené les extrémistes des deux bords à occuper le devant de la scène. Selon lui, «la plus grande tragédie d'Israël pourrait bien être la médiocrité de plus en plus alarmante de ses dirigeants». Le point de vue de Michel Bounan (La Résistible Ascension du terrorisme islamiste, Allia) est très différent. Exemples à l'appui, Michel Bounan rappelle qu'aucun attentat terroriste n'a jamais obéi aux motifs avoués de ses prétendus auteurs.

Il s'agit plutôt d'une stratégie entretenue par les pouvoirs en place, qui imposent aux populations le vieux principe mafieux : terrorisme ou protection. Les événements récents (11 septembre, guerre en Irak, montée de l'antisémitisme, etc.) s'en trouvent éclairés de façon nouvelle et le véritable affrontement apparaît : celui qui oppose les dirigeants mafieux de notre monde moderne à des populations de plus en plus nombreuses aux conditions de vie de moins en moins tolérables. Les activités des services israéliens sont documentées par la publication du témoignage de Nina Zamar (Je devais aussi tuer, Albin Michel), une jeune juive française chargée d'infiltrer le Hezbollah.

Signalons enfin les réflexions de l'écrivain israélien, David Grossman, (Chroniques d'une paix différée, Le Seuil). Tout au long des dix années qui se sont écoulées depuis la signature des accords d'Oslo, le 13 septembre 1993, David Grossman a accompagné le conflit israélo-palestinien de ses commentaires courageux dans des articles parus dans la presse internationale. Il a écouté, analysé, restitué, au jour le jour, les peurs des deux populations, les ravages des attentats palestiniens et de l'occupation israélienne, les vies brisées et les deuils des familles, les erreurs des dirigeants.



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Les essais saisis par la «faille atlantique»

Antoine Robitaille
Le DEVOIR samedi 23 et dimanche 24 août 2003

On redoutait le choc des civilisations, annoncé par Samuel Huntington. À certains égards, la réalité semble donner raison à l'intellectuel américain. Reste que ce dernier, comme d'autres, n'avait pas prévu un autre choc, celui qui s'est produit au sein même de l'Occident entre une certaine Europe continentale d'un côté et l'Amérique de Bush de l'autre, alliée à l'Angleterre de Blair. Choc «intra-civilisation», «Ouest contre Ouest», pour reprendre l'efficace titre du prochain essai de l'essayiste français André Glucksmann (Plon). La guerre froide nous avait habitués aux confrontations Est-Ouest; la décolonisation, à l'opposition Nord-Sud. Dans l'ère «Ouest contre Ouest», écrit Glucksmann, le paradoxe est que «les deux camps -- paix et guerre -- se réfèrent aux mêmes principes: démocratie, tolérance, droit et liberté. Simple malentendu vite dissipé? Ou grand débat opposant deux visions du monde (Dominique de Villepin), deux visions de l'Europe (Tony Blair)»? Glucksmann, qui était en faveur de l'invasion en Irak, soutiendra que «la question des questions n'est pas multipolarité ou unipolarité, mais nihilisme ou civilisation».

Le politologue Pierre Hassner se penche aussi sur la faille dans La Terreur et l'Empire (Le Seuil), où il poursuivra sa réflexion sur l'ère de l'après-guerre froide en retournant aux débats intellectuels contemporains : ceux provoqués par Fukuyama avec sa «fin de l'histoire» et les débats plus récents autour de Robert Kagan et son idée de «faiblesse européenne». Un autre auteur, Éric Dior, dans Les Pires Amis du monde (Perrin), cherche pour sa part à résumer «200 ans de francophobie et d'antiaméricanisme».

États-Unis

Maints essais de cette rentrée (qui en compte 594 au total en France, 22 de plus qu'en 2002) tentent de comprendre et d'expliquer ces «nouveaux États-Unis», transformés par la tragédie du 11 septembre 2001. La revue Mouvements donne le ton et annonce le dossier «L'inquiétante Amérique». Les livres annoncés sont souvent très critiques à l'égard des États-Unis de Bush. Jeffrey Toobin, journaliste au New Yorker, pose une question lourde de sens : «Qui gouverne l'Amérique ?» (Empêcheurs de penser en rond). Il s'agit entre autres d'un portrait de John Ashcroft, l'attorney général, qui «représente jusqu'à la caricature la nouvelle génération des dirigeants américains» : butés, missionnaires, binaires.

Du professeur émérite de Harvard Stanley Hoffmann, on attend avec impatience L'Amérique vraiment impériale (Louis Audibert). Marwan Bishara, lui, dissèque ce qu'il appelle «la croisade antiterroriste» (La Découverte) de l'administration Bush. Jean Guisnel a pour sa part colligé, dans Les Mots de la guerre (La Découverte), les citations «les plus terrifiantes des faucons américains». Il parle de «junte fascisante» pour qualifier la bande de Bush ! Dans Or noir et maison blanche (JC Lattès), Robert Baer, ancien agent de la CIA, effectue un retour en arrière et expose les liens «profondément troubles, ambigus, dangereux et aujourd'hui explosifs» entre les États-Unis et la famille royale saoudienne. D'autres rapports troubles sont auscultés dans Hollywood, le Pentagone et Washington (Autrement) de Jean-Michel Valentin : ceux entre Hollywood, «usine à rêves», et le système militaire, deux institutions s'entraidant.

L'Europe

Évidemment, les allures et la conduite impériales du pays de Bush provoquent et précipitent, en Europe, certaines réflexions. Pensons à Christian Saint-Étienne qui publiera bientôt La Puissance ou la Mort; quelle Europe face à l'empire américain ? (Le Seuil). L'auteur plaide pour une Europe de la puissance, avec une armée forte et des positions fermes sur le plan international.

Le politologue Olivier Duhamel, lui, s'apprête à publier Une constitution pour l'Europe (Le Seuil), projet auquel il a personnellement travaillé. Jacques Le Goff s'interroge quant à lui : «L'Europe est-elle née au Moyen Âge ?», une période où s'ébauche un espace géographique, et aussi «un espace mental avec la chrétienté qui unifie idéologiquement les savants avec les universités, la technique et les marchands avec les villes».

La France

Plusieurs auteurs s'inquiètent du sort de l'Hexagone dans le monde à venir. Jean-Marie Rouart lance un Adieu à la France qui s'en va (Grasset). Dans La France et le nouvel ordre mondial (Robert Laffont), l'essayiste Pascal Boniface fait remarquer que «la guerre en Irak a fait voler en éclats la fragile architecture de l'ordre international issue de la fin de la guerre froide». Quelle sera la place de la France dans ce nouveau monde ? Vivons-nous une époque de «désarroi français» ? Alain Duhamel répond par l'affirmative dans un livre qui porte ce même titre, chez Plon. Raphaël Draï se veut encore plus inquiet dans La France au crépuscule (PUF), où il dénonce «les erreurs de diplomatie française dans sa confrontation avec les États qui devaient intervenir militairement en Irak». Pour que l'influence internationale de la France se développe, dit le politologue, celle-ci devra régler ses problèmes intérieurs.

Judéophobie

Un de ces problèmes, selon certains, c'est la façon dont les juifs y sont aujourd'hui traités. Sylvain Attal le soutient dans Le Désenchantement : les juifs et la France (Denoël). Le philosophe Alain Finkielkraut consacrera aussi cet automne deux livres à la question de l'identité juive en ces temps troublés, où le conflit israélo-palestinien se trouve au coeur de la «faille atlantique» : Au nom de l'autre (Gallimard) et Diagnostic du temps présent, une conversation avec le philosophe allemand Peter Sloterdijk.

Mondialisation


La mondialisation se trouve aussi dans la faille. Sur cette question, Ulrich Beck, l'auteur de La Société du risque, publiera Pouvoir et contre-pouvoir à l'ère de la mondialisation (Aubier). Il s'interroge : «Comment la société civile peut-elle s'ériger en contre-pouvoir ?» Sur le même sujet, de Blaise Lempen, on lira La Démocratie sans frontière, essai sur le mouvement anti-mondialisation (L'Âge d'homme). Guillaume Duval signera Capitalisme contre libéralisme, de quelques paradoxes de la mondialisation et des moyens de s'en servir (La Découverte).

La mondialisation est-elle irréversible ? Non, répond Suzanne Berger dans Notre première mondialisation (Le Seuil). Selon elle, il suffit d'en faire l'histoire pour s'en persuader. Le processus est lancé vers 1880 et se détraque avec la Première Guerre mondiale. «Il faudra attendre 70 ans pour retrouver le même niveau d'investissements à l'étranger, la même fluidité de circulation des biens et des personnes», soutient Suzanne Berger. Rendez-vous cette saison encore avec les auteurs dans «L'Aire des idées» du cahier des Livres.



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La presse du Canada:
Le village «d'Électrix» et l'obsession Est-Ouest

Antoine Robitaille
Le DEVOIR samedi 23 et dimanche 24 août 2003

Toute la partie nord-est du continent a été plongée dans une panne de courant monstre. Toute? Non, le village d'Électrix le Québécois est resté éclairé!

Jeffrey Simpson se demandait, dans le Globe and Mail, quelques jours après la panne, si l'Ontario ne pourrait pas s'associer au Québec et à Terre-Neuve pour financer l'harnachement du cours inférieur de la rivière Churchill, au Labrador. «Ainsi, nous pourrions compter sur une source d'électricité canadienne.» Les coûts seraient gigantesques et il faudrait mettre du temps avant d'envoyer quelque électricité à Toronto, mais «peut-il y avoir pire situation que celle dans laquelle l'Ontario se trouve aujourd'hui ?» demandait Simpson.

Une réponse enragée à cette question est venue jeudi du journal le Telegram de Saint-Jean, à Terre-Neuve. Oui, il y a pire ! «C'est l'entente que Terre-Neuve et le Labrador ont actuellement avec Hydro-Québec, à propos des chutes Churchill.» Le Telegram (qui, en passant, appartient à Transcontinental depuis un an), fait référence au fameux accord controversé, conclu il y a plusieurs années entre le premier ministre Joey Smallwood et Hydro-Québec. Il permet à Hydro d'acheter au Labrador des kilowatts pour une fraction de cent; «kilowatts qu'elle revend ensuite à un prix 10 fois plus élevé». Et ça ira de mal en pis, note le Telegram, puisque Hydro-Québec, en vertu de la fameuse entente -- confirmée par les tribunaux -- paiera le kilowatt de moins en moins cher. Le Telegram se demande si «l'Ontario ne pourrait pas aider Terre-Neuve à corriger l'injustice faite» à sa province.

Notamment en plaidant «l'abolition de cette règle obligeant Terre-Neuve à vendre exclusivement à Hydro-Québec son électricité produite aux chutes Churchill». Le Telegram a une autre idée : le gouvernement de l'Ontario pourrait aider Terre-Neuve à faire valoir que «les milliards de dollars d'électricité vendus pour presque rien à Hydro-Québec au fil des ans devraient être considérés comme une sorte de paiement de transfert fait au Québec». Selon cette logique, pour dédommager Terre-Neuve, le fédéral devrait alors «prélever un pourcentage moindre sur l'exploitation des richesses pétrolières au large des côtes terre-neuviennes». Après tout, «les millions de dollars que le Québec a mis dans ses poches grâce à l'électricité du Labrador -- 500 millions en 1994 seulement, note le Telegram -- représentent une sorte de subvention au Québec qui s'apparente aux paiements de transferts fédéraux.» L'éditorialiste du Telegram conclut que l'idée de Simpson d'exploiter le cours inférieur des chutes Churchill n'est pas mauvaise en soi. Il faut simplement que, cette fois, Terre-Neuve reçoive son dû et que le prix de l'électricité suive celui du marché. «Mais Simpson comprendra que son idée ne nous emballe pas de prime abord.»

***

Répondant à une question du Toronto Star dimanche dernier, le ministre fédéral des Ressources naturelles, Herb Dhaliwal, a expliqué qu'il n'est «ni réaliste ni pratique de croire que le Canada doit développer un réseau électrique est-ouest indépendant des États-Unis». L'électricité circule sur des axes nord-sud et c'est selon cette logique que les réseaux actuels ont été développés, a fait valoir le ministre. La déclaration n'a pas plu à France Russel, du Winnipeg Free Press, qui se fendait hier d'un texte fustigeant «la volonté nationale atrophiée du ministre». En effet, «si John A. Macdonald avait pensé comme Dhaliwal, il n'y aurait peut-être jamais eu de chemin de fer transcontinental», dit Russel. Macdonald aurait construit «des lignes partant de villes canadiennes et conduisant directement au sud, vers les villes américaines les plus proches. Tout le commerce, tous les voyages de l'axe est-ouest auraient été dépendants des chemins de fer américains transcontinentaux de 1885 à aujourd'hui». En fait, si on suivait la logique de Dhaliwal, ajoute Russel, «les Canadiens devraient se tourner vers les États-Unis dans tous les domaines» : transports, gaz, communications. Russel avance un argument en faveur de l'édification d'une ligne est-ouest : «le Canada est traversé de cinq fuseaux horaires, ce qui signifie que les moments de forte demande ne sont pas simultanés d'un océan à l'autre puisque l'activité humaine suit le soleil. Cette fluctuation procurerait des garanties de stabilité et de sécurité pour la production et la distribution d'électricité.»

***

Selon un éditorial du Journal-Pioneer de l'Île-du-Prince-Édouard (appartenant aussi à Transcontinental), l'énorme panne d'électricité qui vient de se produire prouve «qu'on ne peut faire confiance au secteur privé pour veiller à l'intérêt public». Le Journal-Pioneer (JP) estime donc qu'il est temps de remettre entièrement la production et la distribution d'électricité à l'État; au «big government», pour reprendre l'expression qu'il utilise. Les entreprises privées ne sont responsables que devant leurs actionnaires et «le public ne devrait pas avoir à faire confiance à des CEOs dont la priorité est de maximiser les profits et de réduire les coûts d'opération, non pas d'innover et d'encourager la conservation d'énergie». Partout où le secteur privé a été responsable de l'opération quotidienne d'un service public, tel que le transport ou l'énergie, les résultats ont été plutôt accablants, estime le JP. «Prenez le système ferroviaire et le secteur des eaux en Angleterre, qui sont en décrépitude, en partie à cause du secteur privé.» Et Walkerton, poursuit l'éditorialiste, la privatisation et les coupes budgétaires ont là aussi eu des effets terribles. Au fond, deux leçons doivent être tirées de cette panne, selon le JP : d'abord qu'il est impératif de développer des sources d'énergie alternatives : panneaux solaires, éoliennes, etc. Ensuite, «il faut qu'Ottawa et les provinces trouvent des façons de réduire radicalement la consommation d'énergie».

***

La militante altermondialisation Naomi Klein faisait remarquer récemment dans le magazine américain The Nation que le Canada, avec son refus de «l'invasion de l'Irak», ses lois décriminalisant la mari et reconnaissant le mariage gai, prend de plus en plus l'allure d'un «pays hippy»; une sorte d'oasis hollandaise dans une mer nord-américaine «bushienne» (l'image est de votre serviteur et non de Klein). Et cela rend le Canada «intéressant» aux yeux de plusieurs Américains, puisque ce pays froid et ennuyeux semble, de plus, se donner une personnalité distincte. Klein tenait toutefois à nuancer ce portrait qui fait tant plaisir à certains dans le ROC. Attention, disait-elle, celui qui semble soudainement redonner sa souveraineté au Canada, Jean Chrétien, avait jadis promis de se débarrasser de l'accord de libre-échange; promesse qu'il n'a jamais tenue. Et depuis septembre 2001, il n'a pas manqué une occasion d'accéder aux demandes de sécurité des voisins du sud. Bref, son bilan sur le plan économique et sécuritaire n'est pas très «canadien», dit-elle.

Le Calgary Herald rappelait lundi dernier qu'en 1999, Jean Chrétien et son ministre de la Justice, Martin Cauchon, avaient tous deux voté en faveur d'une résolution du Reform Party réaffirmant que «le mariage est une union entre un homme et une femme». Chrétien et Cauchon sont-ils les Dany Verveine (personnage hippy-new-age des humoristes du Groupe sanguin) de l'Amérique du Nord ? Pas si sûr, si l'on en croit Naomi Klein et le Calgary Herald.



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Irak - Un effroyable gâchis

Pierre BEAUDET
Directeur d'Alternatives

Le DEVOIR samedi 23 et dimanche 24 août 2003

L' épouvantable attentat contre l'ONU perpétré cette semaine à Bagdad révèle encore plus, si cela était nécessaire, le « trou noir » dans lequel est engouffré l'Irak. En plus des onusiens et des soldats américains qui meurent presque chaque jour, plus de 400 Irakiens ont été tués depuis juillet, souvent à la suite de « bavures » commises par l'armée d'occupation. Les soldats américains ont le doigt sur la détente, d'autant plus que les opérations de guérilla se multiplient.

Comment expliquer ces affrontements dans un pays que Washington a voulu « libérer » de la dictature de Saddam Hussein ? Il faut comprendre que les facteurs sont multiples, à la fois politiques, idéologiques et culturels, ce à quoi il faut ajouter la pauvreté et la misère, ainsi que le manque d'eau, de nourriture et de médicaments qui affecte la majorité de la population. Face aux opérations contre l'armée américaine, l'opinion irakienne est ambiguë. Beaucoup de gens ordinaires se disent ni pour ni contre. Il y a un grand ressentiment par rapport aux forces d'occupation, qui affichent ouvertement leur mépris et leur ignorance des réalités nationales. Les États-Unis commencent d'ailleurs à reconnaître qu'il y a un problème, comme l'affirmait récemment le commandant des forces américaines pour toute la région (Centom), John Abizaid, qui contredisait ouvertement le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, selon qui les troubles actuels étaient le fait de quelques nostalgiques de Saddam. La réalité est que les États-Unis ont gagné la bataille militaire, mais qu'ils sont loin d'avoir gagné la guerre politique.

Une résistance aux motivations complexes

Certes, il serait totalement abusif de prétendre que l'extension des affrontements armés traduit la construction d'un véritable mouvement de libération nationale, légitime aux yeux de la majorité des Irakiens. La très grande majorité des Irakiens n'appuient pas (et ne l'avaient jamais appuyé) Saddam. Actuellement, les combats sont surtout confinés à deux enclaves, le rectangle Fallujah-Balad-Dloiya-Yusufiya, dans la région au nord-ouest de Bagdad, et le secteur autour de Baquba, à l'est de la capitale. Ce sont des régions qui ont beaucoup bénéficié du régime de Saddam. On y trouve également de fortes traditions islamistes, ainsi que des structures tribales encore très puissantes.

Durant la dernière période, les structures tribales ont été renforcées par Saddam qui voulait les utiliser pour contrôler la situation. Les chefs de tribus ont resurgi comme autant de mini-potentats, assurant le ravitaillement, contrôlant les lucratifs contrats de construction, régissant la vie quotidienne. En retour, ils avaient envoyé leurs fils combattre. Selon diverses sources, près de 10 000 soldats irakiens ont été tués lors de la guerre de mars dernier. En conformité avec la tradition, les familles élargies doivent obtenir « réparation » ou vengeance. Les forces d'occupation ont d'emblée refusé d'accorder ces compensations et plusieurs tribus crient maintenant vengeance.

Au delà de ces régions relativement restreintes, il y a de toute évidence d'autres poches de résistance, comme dans la ville de Mossoul au nord. La situation y est particulièrement volatile. Les forces armées kurdes jouent un rôle de supplétif à l'armée américaine, ce qui est perçu comme une double insulte pour une partie importante de la population, composée d'Arabes et de Turcomans, dans cette ville qui est aussi un grand centre pétrolier.

Plus inquiétant à long terme pour l'armée d'occupation est la résistance sourde qui se manifeste au sud du pays. Outre les combats armés autour de la grande ville de Bassora, plusieurs manifestations civiles éclatent ici et là, et sont ouvertement encouragées par le leadership religieux.

Il ne fait pas de doute cependant que les loyalistes de Saddam sont également impliqués. On comptait plus de 50 000 hommes dans les divers services de sécurité sous Saddam, que les États-Unis ont écartés d'emblée, refusant même de payer les montants dus par le gouvernement irakien précédent. Ces gens sont en colère et prêts à tout. Plusieurs d'entre eux tentent maintenant de faire alliance avec les groupes intégristes radicaux, comme les Salafis (ou Wahhabis). Cette situation est paradoxale, car Saddam avait tenté à plusieurs reprises d'anéantir les groupes intégristes.

Qui sème le vent...

En détruisant le régime de Saddam, les États-Unis ont ouvert une boîte de Pandore. Ce n'est pas une surprise car, même aux États-Unis, des voix critiques s'étaient élevées contre l'aventure de George W. Bush en affirmant qu'il n'y avait pas vraiment de plan clair sur l'après-Saddam. Dit moins poliment, la conquête de l'Irak avait pour but de redonner aux États-Unis le contrôle de ce pays riche en pétrole et aux confluents du Moyen-Orient et de l'Asie, et non de rétablir la démocratie.

Sur le fond, l'Irak, comme de nombreux pays de la région, est en détresse : le peuple irakien s'est battu et continue de se battre pour la démocratie, dans un effort quelquefois désespéré, mais toujours ignoré de ladite communauté internationale qui, au mieux, regarde passivement les gens se révolter (comme l'insurrection irakienne de 1991) ou, au pire, collabore avec les dictatures pour leur vendre des armes, comme cela a été le cas avec Saddam durant les années 1980. Sur ce fond de dévastation et de désespoir, de terribles tempêtes se préparent.