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Pour en finir avec l'attentisme: la souveraineté continue
- Il ne s'agit plus d'espérer la souveraineté, il s'agit de la faire

Pauline Marois
Députée de Taillon

LE DEVOIR mercredi 27 août 2003

Ce texte se veut une contribution parmi d'autres et s'inscrit dans la réflexion qu'entreprennent les militants du Parti québécois en vue du prochain congrès d'orientation.

Le mouvement lancé par René Lévesque en 1967 n’a pas encore permis d’atteindre la souveraineté. Le travail conjugué du Parti québécois et du mouvement souverainiste en a cependant fait grimper l’appui de 6 % à 40 %, puis à près de 50 %. La souveraineté est un projet ambitieux, lié irrémédiablement au projet tout aussi ambitieux d’une société fondée sur l’épanouissement des individus, la solidarité et le progrès collectif. C’est ce que révèle le bilan des quatre gouvernements du Parti québécois : la mission de notre formation politique ne se résume pas à la seule tenue de référendums, elle tient également à l’épanouissement et à l’affranchissement du peuple québécois, auxquels nous avons contribué plus que tout autre parti.

Nous avons cependant assisté, à l’occasion du rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982 et par la suite, à un recul des pouvoirs de l’Assemblée nationale du Québec. Alors que d’aucuns s’attendaient, surtout après les résultats serrés du référendum de 1995, à la négociation d’un nouveau pacte entre le Québec et le Canada et à un changement d’attitude important en réponse aux demandes traditionnelles du Québec, le gouvernement fédéral a durci ses positions et continué à faire preuve d’une volonté centralisatrice constante. On en connaît les effets dévastateurs, accentués par la paralysie des forces souverainistes, au lendemain du rendez-vous de 1995. Il était illusoire de croire que ce contexte aurait pu favoriser une relance immédiate de la mobilisation collective. Cela étant, nous n’avons pas su faire le deuil de la défaite référendaire, en tirer les leçons et passer à une autre étape dans notre action politique.

Nul besoin de s’arrêter longtemps sur ces années de recul pour tirer un certain nombre de conclusions à propos de notre stratégie. À court terme, tous les espaces laissés libres par le Québec ont été immédiatement occupés par le gouvernement fédéral et continuent de l’être; à long terme, toute stratégie fondée sur l’espoir de voir miraculeusement atteinte un jour quelque condition gagnante que ce soit est vouée à l’échec. Cette stratégie était inévitable en 1995 mais elle est désormais inadéquate parce qu’elle nous place en situation d’attente, sinon de dépendance, vis-à-vis du gouvernement fédéral, à l’affût d’une erreur qui ne viendra pas. De plus, elle remet entre d’autres mains que les nôtres le choix du moment et des moyens de se donner un pays. Cette stratégie attentiste doit être abandonnée. Nous ne pouvons être sûrs, à l’avenir, que de ce que nous ferons nous-mêmes.

Quatre orientations

Nous savons ce qu’est la souveraineté : le droit de faire toutes nos lois, le droit de signer tous nos traités, le droit de lever tous nos impôts. Présentée ainsi, elle est cependant définie par ses résultats plutôt que par ses fondements. Nous voulons être libres de nous définir et de nous orienter collectivement comme nous l’entendons. La souveraineté n’est pas uniquement une question de compétences juridiques, de territoire et de fiscalité. Nous devons aussi lui redonner sa définition sociale et culturelle. Elle peut alors redevenir ce qu’elle est fondamentalement : une question collective plutôt qu’un problème strictement constitutionnel. La souveraineté doit redevenir un projet partagé par de nombreux acteurs, y compris en dehors de la sphère publique et politique. Nous avons toujours su que le projet d’un pays pour les Québécois était porté non seulement par notre propre parti mais aussi par d’autres acteurs et que notre indépendance serait acquise avec la complicité active de citoyens qui ne votent pas nécessairement pour le Parti québécois. La souveraineté tient et doit tenir d’un mouvement social plus large. Elle doit également cesser de se poser en termes de «tout ou rien» pour constituer une démarche continue.

Je ne veux plus attendre que vienne la souveraineté. Je dis qu’il faut la faire et la bâtir tous les jours. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire pour notre parti, pour notre programme ? Quatre orientations doivent désormais présider à notre action : 1- une action fondée sur une vaste coalition; 2- une action fondée réellement sur la volonté populaire; 3- une action fondée sur une politique gouvernementale clairement affirmée en faveur de la souveraineté; 4- une action fondée sur une initiative politique constante qui force le jeu constitutionnel.

La souveraineté ne doit plus être le fait de la seule action gouvernementale

Le mouvement souverainiste québécois n’est pas seulement un mouvement démocratique. C’est une expression de la démocratie; il est fondé sur cette idée voulant que les peuples doivent établir eux-mêmes leur avenir, qu’ils doivent pouvoir promouvoir et défendre ce qui compte le plus à leurs yeux. Les grands mouvements engagés contre une certaine définition de la mondialisation, au cours des dernières années, en sont également une expression. Quels sont les enjeux de ces mobilisations ? Elles portent sur la diversité culturelle, sur le droit de protéger notre qualité de vie contre le développement désordonné et inéquitable imposé par le néolibéralisme, pour un ordre international fondé sur le respect des peuples et des nations. Du coup, elles ont mis en évidence que la mondialisation, malgré plusieurs aspects positifs en matière de libéralisation des échanges commerciaux, souffrait d’un important déficit démocratique et que cet enjeu nécessitait l’action continue des États et la participation de leurs citoyens. Ces mouvements replacent ainsi la souveraineté des peuples dans une plus juste perspective. L’absence de l’État québécois des principaux lieux de débats et décisions qui influencent notre avenir constitue un déficit démocratique très important qui nous met en danger de subir, contre notre volonté, les décisions de l’État canadien, qui parle partout en notre nom. Les politiques environnementales, la culture, nos systèmes sociaux sont entre autres soumis aux pressions et aux déterminations des rapports internationaux : l’appartenance à l’ALENA, et peut-être bientôt à la ZLEA, a et aura des répercussions quotidiennes sur nos vies. En déléguer l’entière responsabilité à une autre nation nous rend chaque fois plus vulnérables et impuissants; nous en désintéresser nous préparerait des lendemains pénibles.

Il s’agit d’une question politique au sens large du terme. Elle interpelle l’ensemble de notre société. Un enjeu qui engage tous ceux qui croient que le Québec peut offrir au monde un modèle original de société et témoigner d’une diversité d’être au monde. En conséquence, la souveraineté ne peut plus être le fait de la seule action gouvernementale. Elle doit s’appuyer sur d’autres actions, sur d’autres enjeux, que ceux du pouvoir politique. À l’avenir, elle devra donc être portée par une grande coalition au sein de laquelle le Conseil de la souveraineté aura à jouer un rôle d’animation fondamental et continu, un rôle de carrefour de toutes les énergies. Le Parti québécois et le Bloc québécois continueront bien sûr à jouer un rôle important au sein de cette coalition, mais la mobilisation devra venir de partout à la fois. Nous devons occuper tout le terrain et faire de notre projet de pays un enjeu plus global, le point de ralliement des Québécois engagés dans toutes les sphères de l’activité sociale. Nous travaillerons avec tous ceux qui partagent notre projet et notre approche démocratique : les partis et les associations souverainistes, les syndicats, les groupes communautaires et le mouvement étudiant, mais aussi avec les personnes qui œuvrent dans tous les lieux où s’exprime cette nouvelle citoyenneté que nous voyons poindre partout. Dans tous les lieux de création, au sein des groupes ethnoculturels formés de Québécois venus de tous les coins du monde pour vivre une autre vie, partout où femmes et hommes, de toutes générations, participent à leur façon à notre vie démocratique.

Une action fondée sur la volonté populaire

Plus de 40 années de lutte pour créer notre pays nous ont appris que l’exercice du pouvoir nous conduit souvent à reporter à plus tard les choix les plus difficiles, comme celui d’appeler ou de ne pas appeler la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Il convient de contourner cette impasse en permettant aux Québécois de faire savoir le moment où ils seront prêts à se mobiliser pour leur souveraineté nationale. L’Assemblée nationale ne devrait plus être la seule à pouvoir décider du moment et de l’opportunité d’un référendum sur notre avenir national. Peut-on laisser aux citoyens, par voie d’initiative populaire, la possibilité de réclamer la tenue d’un référendum ? La question mérite d’être étudiée sérieusement, et je veux qu’on en débatte, que l’on discute également des modalités concrètes qui rendraient cette pratique crédible et réaliste dans le contexte de notre vie politique. J’ai un préjugé favorable à l’égard de cette option. A priori, elle présente un avantage important : elle permettrait que nos échanges portent davantage sur le projet de souveraineté que sur la tenue ou non d’un éventuel référendum.

Ce choix concorde avec la nécessité d’une plus grande démocratie. Il permettrait de mieux distinguer les impératifs de la gouverne de ceux de la souveraineté, d’éviter la confusion constante entre l’art de gouverner d’un parti politique ou d’une équipe gouvernementale et les enjeux de notre avenir collectif.

Une action fondée sur une quête permanente de souveraineté

Tout cela ne vient en rien diminuer l’obligation d’un gouvernement du Parti québécois de travailler à réaliser la souveraineté, une fois revenu au pouvoir. Il faut donc à l’avenir cesser de prétendre qu’un gouvernement souverainiste ne peut pas utiliser sa position pour faire la promotion de son option fondamentale. Un gouvernement du Parti québécois fera, au Québec, la promotion ouverte de la souveraineté. C’est une conséquence logique de notre programme politique.

Avec discernement et de façon transparente, il mettra des fonds publics au service d’une plus grande autonomie politique pour le Québec et au service de notre projet de bâtir un pays dans une perspective visant à documenter les conditions d’accès à la souveraineté.

Il faudra s’inspirer de l’expérience des Commissions sur l’avenir du Québec, trop rapidement conclue, et enclencher une large réflexion sur les conditions de notre vie en commun. Il faut ouvrir les institutions publiques à plus de participation. Dans cette perspective, l’État québécois pourra expérimenter des formes plus directes d’implication des citoyens dans la vie publique, favorisant ainsi l’élargissement du débat collectif.

Une action fondée sur une affirmation de notre différence

Depuis le 30 octobre 1995, le Québec a perdu l’initiative de son propre projet collectif. Nous avons dû nous résoudre à réagir aux initiatives fédérales, plus nombreuses et de plus en plus axées sur l’envahissement systématique de nos compétences. Tous ces empiétements sont «justifiés» par le pouvoir fédéral de dépenser. On tente de nous vendre le Canada avec notre propre argent. Le Québec a ainsi investi une partie importante de ses énergies à réagir plutôt qu’à agir. Il faut dorénavant cesser de battre en retraite. Mieux, il faut constamment élargir les limites de notre souveraineté et faire de celle-ci un projet continu qui ait du sens dès maintenant. Il faut travailler à faire du Québec un pays, un État souverain comme tous les autres États indépendants, mais d’ici là, il n’est pas question de rater l’occasion d’étendre la sphère actuelle de notre souveraineté. Il faut occuper au maximum tous nos champs de compétence et faire reculer le gouvernement central sur ses terres chaque fois que la chose est possible. Il faut affirmer et imposer notre différence dans tous les secteurs : dans la particularité de nos institutions, dans notre façon de prendre en charge les plus démunis d’entre nous, dans le soutien que nous donnons à nos familles, dans notre façon de soutenir l’éducation, qui est une condition de la culture, dans notre façon d’influencer et de stimuler notre économie.

Cette nouvelle politique, c’est celle de la souveraineté continue. Celle qui nous amènera à faire des gestes de souveraineté. Après plus de 20 ans de vie politique, je suis maintenant convaincue que c’est la seule voie susceptible d’éviter une lente paralysie de nos institutions et de nos espoirs. Pour gagner, le jour venu, un référendum décisif sur la souveraineté, il faut dès aujourd’hui donner le goût de notre indépendance politique. La souveraineté sera le résultat d’un effort constant. Il faut cesser d’être sur la défensive devant les initiatives fédérales parce qu’en agissant ainsi, nous faisons constamment la démonstration de notre dépendance. Nous acceptons indirectement les entraves du fédéralisme en nous repliant sur le mythe d’un grand soir qui excuse tout. Or, ce faisant, nous différons à l’infini le moment d’affirmer notre volonté de contrôler notre destin. Nous vivons dans l’attente d’on ne sait quoi, avec tous les renoncements que cela comporte pour notre vie quotidienne et pour notre avenir.

Un important travail reste à faire dans ce sens. Dans nos propres rangs, plusieurs affirment que tous les gains que nous pouvons faire au sein du fédéralisme font la preuve des avantages du système canadien. Mais cette perspective suppose que nous devrions conduire notre souveraineté sur une succession de défaites. C’est la politique du pire, qui est une politique de l’indignation stérile. Je crois qu’il s’agit d’une erreur. Au contraire, notre histoire collective nous révèle que le mouvement souverainiste n’a jamais été si fort que lorsque le gouvernement du Québec a su prendre des initiatives susceptibles d’étendre, au quotidien, ses marges de manœuvre et son espace décisionnel. Ce fut le cas lors du rétablissement d’un impôt québécois en 1954, lors du retrait du Québec d’une trentaine de programmes fédéraux à la fin des années 60, lors de décisions courageuses prises dans le domaine des communications au début des années 70, lors de l’adoption de la Charte de la langue française et, plus récemment, lors de l’obtention de l’amendement constitutionnel qui a permis la mise en place des commissions scolaires linguistiques. C’est cette culture de l’action qu’il faut revitaliser pour faire de la souveraineté du Québec un projet continu, la conséquence de nombreux gestes souverains faits pour faire la démonstration définitive de notre capacité à construire un nouveau pays sur l’échiquier mondial.

À partir de cette nouvelle approche, il faut savoir établir et affirmer les gains que nous entendons faire. Il faut savoir marquer notre volonté collective de souveraineté dans certains secteurs, celui de la fiscalité par exemple, celui des relations internationales ou des programmes sociaux. Dans cette perspective, la tenue de référendums sectoriels m’apparaît être une voie à explorer très sérieusement lorsque les questions en jeu comportent des conséquences majeures.



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Souveraineté:
Marois prend ses distances avec Landry

La députée veut que le PQ biffe de son programme la mention de partenariat

Robert Dutrisac
LE DEVOIR mercredi 27 août 2003

Québec - Candidate éventuelle à la direction du Parti québécois, Pauline Marois ne craint plus d'affirmer ses divergences de vue avec Bernard Landry. La députée de Taillon veut que le Parti québécois modifie l'article 1 de son programme pour biffer la mention d'union confédérale à l'européenne que Bernard Landry avait fait ajouter.

Pauline Marois souhaite aussi que la population, et non plus l'Assemblée nationale seule, puisse décider de la date du prochain référendum sur la souveraineté. Bernard Landry avait émis de sérieuses réserves sur cette proposition de référendum d'initiative populaire présentée en février par le Comité national des jeunes du PQ.

Dans un texte intitulé «Pour en finir avec l'attentisme: la souveraineté continue», que nous publions en page A 7, Pauline Marois fait état de sa réflexion sur le projet souverainiste. En juin dernier, plus d'un mois après que François Legault eut publié une lettre ouverte sur les défis qui attendaient le Parti québécois, Mme Marois avait rendu public un premier texte où elle énonçait des grands principes et formulait une série de questions sans apporter de réponses. Cette fois-ci, Mme Marois prend position.

Au cours d'une entrevue accordée au Devoir hier, la députée a précisé que sa lettre ouverte, qui «se veut une contribution parmi d'autres», écrit l'ancienne vice-première ministre avec une fausse modestie évidente, s'inscrit dans le cadre du brassage d'idées auquel Bernard Landry a convié les péquistes et qui s'amorce à l'automne. «Je pense que c'est audacieux, ce que je propose aujourd'hui, dit-elle. C'est le temps du débat d'idées.» Avant la course au leadership.

Tandis que François Legault se demandait si un partenariat avec le reste du Canada était toujours nécessaire, penchant nettement vers une réponse négative, Pauline Marois estime que ce partenariat est souhaitable, voire inévitable si on pense aux ententes administratives. «Mais la souveraineté du Québec ne peut être ni conditionnée, ni subordonnée à quelque partenariat que ce soit», écrit-elle. Parce que le partenariat se ferait à deux et non pas entre de nombreux États, le modèle de l'union confédérale à l'européenne lui apparaît inapplicable. Si les types de partenariat peuvent aller du plus léger au plus lourd, «moi, je préférerais le plus léger», précise-t-elle. Quant à la question référendaire, elle la souhaiterait «la plus simple possible».

Pauline Marois porte un jugement sévère sur la stratégie des conditions gagnantes qu'elle a pourtant défendue au sein du gouvernement péquiste parce que, soutient-elle, cette stratégie était «la meilleure» dans les circonstances. Elle a toutefois placé le Québec «en situation d'attente, sinon de dépendance vis-à-vis du gouvernement fédéral, à l'affût de l'erreur qui ne viendra pas». Cette stratégie attentiste doit être abandonnée, recommande-t-elle.

Suivant le principe que «la souveraineté ne doit pas être et n'est pas le monopole du Parti québécois», Pauline Marois croit qu'il est possible de recréer une vaste coalition, «du nationaliste un peu timide jusqu'à l'indépendantiste», en se servant du Conseil de la souveraineté. Elle juge que la présence du Bloc québécois à Ottawa est essentielle même si elle n'ignore aucunement les difficultés qui s'annoncent pour ce parti, un phénomène «conjoncturel», estime-t-elle. Quant au référendum d'initiative populaire, il permettra au débat de porter sur le projet souverainiste plutôt que sur la date du référendum.

Un gouvernement du Parti québécois dirigé par Pauline Marois utiliserait les fonds publics pour promouvoir la souveraineté et n'en ferait pas de cachette. Il s'inspirerait de l'expérience des Commissions sur l'avenir du Québec pour enclencher une large réflexion sur le projet souverainiste.

Au lieu de l'attentisme des conditions gagnantes, Pauline Marois propose la «souveraineté continue». Face à l'envahissement du gouvernement fédéral, le Québec a réagi plutôt qu'agi, fait observer la députée. «Nous acceptons indirectement les entraves du fédéralisme en nous repliant sur le mythe du grand soir qui excuse tout.»

Il faut occuper les «zones grises» de la Constitution canadienne, «conquérir de nouveaux espaces de souveraineté», en environnement, en politique familiale, en culture, en immigration, en relations internationales, etc. Mme Marois reconnaît qu'il est parfois difficile d'y arriver si on veut éviter que les Québécois paient deux fois pour leurs services gouvernementaux. Le cas des congés parentaux en est un exemple. Le Québec a choisi la voie de la contestation juridique et le régime québécois n'est toujours pas instauré. Pour infléchir Ottawa, des référendums sectoriels pourraient se tenir sur les congés parentaux, ou encore le déséquilibre fiscal, suggère la députée.

Dans ce même esprit de «souveraineté continue», Pauline Marois est d'avis que le Québec pourrait se doter d'une constitution et la faire sanctionner par référendum. De même, le débat sur la citoyenneté québécoise pourrait être ranimé en vue de l'instauration d'un statut de citoyen du Québec, la double citoyenneté. S'il n'y a pas de succédané à la souveraineté, dit-elle, le Québec ne peut plus se tourner les pouces en attendant le grand soir. Et ce n'est pas faire là le jeu du fédéralisme renouvelé, prévient Pauline Marois.






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L'union confédérale est caduque, estime Bernard Landry

Le chef péquiste dit partager les idées de Pauline Marois

Robert Dutrisac
LE DEVOIR jeudi 28 août 2003

Pauline Marois vient de jeter aux orties l'idée d'une union confédérale à l'européenne avec le reste du Canada. Ça tombe bien: Bernard Landry aussi. Entre le Québec et le Canada, ce type d'union est inapplicable.

Québec - Bernard Landry abandonne l'idée de proposer au reste du Canada une union confédérale à l'européenne advenant l'accession du Québec à la souveraineté.

C'est ce que le chef du Parti québécois a déclaré hier lors d'un point de presse tenu dans le cadre d'une réunion du caucus des députés de l'opposition officielle à l'île d'Orléans. Dans une entrevue accordée mardi au Devoir et publiée dans notre édition d'hier, Pauline Marois, députée de Taillon, avait elle-même rejeté cette voie, la jugeant inapplicable à deux États comme le Québec et le Canada.

La semaine dernière, un groupe de 14 députés du Bloc québécois avait proposé de redéfinir le projet souverainiste à sa plus simple expression, soit l'indépendance du Québec pure et simple, en rejetant toute forme de partenariat avec le reste du Canada sur le modèle de l'Union européenne.

Depuis qu'il avait pris la succession de Lucien Bouchard en 2001, Bernard Landry avait fait de cette union confédérale à l'européenne un leitmotiv décrivant un partenariat à la fois économique et politique avec le reste du Canada.

Se disant d'accord avec Mme Marois et les 14 députés du Bloc québécois, M. Landry a dit qu'il avait modifié son point de vue «parce que l'Europe elle-même se modifie». À l'origine, le chef péquiste s'inspirait du traité de Rome qui a créé le Marché commun en Europe en 1957, a-t-il soutenu hier. Mais par la suite, il y a eu Maastricht en 1992 et, cet été, Valéry Giscard d'Estaing a rendu public un document qui va plus loin dans la transformation de l'Union européenne en une véritable fédération.

«Cette approche européenne, elle garde ses vertus pour les objectifs à atteindre mais elle devient beaucoup plus compliquée dans le détail des choses», avance maintenant M. Landry. Et ces objectifs, c'est la simple circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes, a réitéré le chef péquiste.

«On ne peut concevoir les relations entre deux pays comme les relations entre 30 pays. Ils s'en vont vers peut-être un demi-milliard d'êtres humains. Le Canada et le Québec ne seront jamais qu'une trentaine de millions», a ajouté M. Landry.

Le chef péquiste a souligné qu'il réagissait très bien aux idées émises par Pauline Marois ainsi qu'à celles exprimées au printemps par cet autre candidat éventuel à sa succession, François Legault. «J'ai moi-même souhaité que l'on ouvre la "saison des idées"», a dit M. Landry en rappelant l'invitation à entreprendre un grand brassage d'idées qu'il avait lancée aux membres du PQ lors du conseil national de juin dernier. Le chef péquiste y participera lui-même dans un texte qu'il enverra aux journaux à l'automne, a-t-il précisé.

Outre l'abandon de l'idée d'une union confédérale avec le reste du Canada, la députée de Taillon a exprimé sa préférence pour un partenariat «léger» avec le reste du Canada, qui par ailleurs ne serait pas essentiel à la réalisation de la souveraineté. M. Landry ne voit pourtant pas là de divergence avec le programme du parti, qui lie la souveraineté à une offre de partenariat avec le reste du Canada. «Nous avons eu ce débat il y a plus de 20 ans: il n'y a pas de trait d'union» entre la souveraineté et l'association. «L'association est une chose positive que nous devons essayer d'atteindre, mais ce n'est pas une condition pour la souveraineté ou l'indépendance du Québec», a-t-il dit.

Par ailleurs, Pauline Marois a dit souhaiter que la date du référendum sur la souveraineté soit déterminée par la population à la faveur d'un référendum d'initiative populaire, une proposition à l'endroit de laquelle M. Landry a émis de sérieuses réserves lorsqu'elle a été adoptée par le Comité national des jeunes du PQ en février 2003.



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Duceppe se prépare à jouer "défensif"

Les députés du Bloc veulent plutôt remettre "le cap sur l'indépendance" lors des élections

Raymond Giroux
Le Soleil mardi 26 août 2003

Ottawa - Le Bloc québécois joue sa peau, mais ne s'entend pas sur la manière de la sauver alors que démarre ce matin, au Mont Sainte-Anne, une réunion de trois jours de ses députés et de quelques invités comme Gérald Larose.

Si 14 députés veulent remettre "le cap sur l'indépendance" du Québec, leur chef Gilles Duceppe se prépare, lui, à jouer "défensif" au cours de la prochaine campagne électorale.

La question principale est de savoir qui peut le mieux "protéger les compétences et les acquis du Québec, a-t-il expliqué en entrevue au SOLEIL, hier. La donne a changé et l'ensemble du mouvement souverainiste est maintenant dans l'opposition".

Le Bloc, s'il n'en tient qu'à lui, se proposera plutôt comme le principal garant des intérêts du Québec. Les Québécois voudront-ils "mettre tous les oeufs dans le même panier" et élire 75 libéraux pour faire du Québec "une province comme les autres sur le même pied que l'Île-du-Prince-Édouard ?" demande-t-il.

M. Duceppe nuance cependant le caractère "défensif" de cette stratégie, rendue nécessaire selon lui parce qu'il n'y aura pas de référendum d'ici au moins quatre ans.

"Voilà une autre réalité, dit-il, et (il faut déterminer) comment on agit pendant cette période", demande-t-il du même souffle. "Nous ne pouvons pas dire aux gens de se préparer pour le référendum de l'année prochaine", dit-il. La présence des libéraux de Jean Charest à Québec élimine en effet l'option référendaire du paysage politique.

"Un bon joueur de défense sait donner des body checks. Un bon défenseur n'est pas seulement celui qui se retire, il relance l'attaque, aussi. Les défenseurs sont maintenant des quarts-arrière", explique-t-il en connaisseur de sport.

"Nous allons démontrer dossier par dossier, sans rester dans les stéréotypes", comment le Bloc, comme souverainiste, peut le mieux défendre les intérêts du Québec.

"Même pour un gouvernement libéral à Québec, la présence de 75 députés libéraux à Ottawa n'est pas une très bonne affaire, soutient M. Duceppe. Rappelons-nous (l'époque de) M. Trudeau".

Rappel au chef

Les députés du parti discuteront de stratégie politique en cette période préélectorale, et 14 d'entre eux ont en effet dévoilé la semaine dernière une lettre ouverte à leur chef rappelant notamment que "faire du Québec un pays indépendant demeure l'objectif premier" du Bloc québécois.

Cette lettre, également signée par la vice-présidente du parti, Hélène Alarie, a par ailleurs provoqué une petite commotion dans le clan souverainiste en demandant le rejet total du concept "d'union confédérale d'inspiration européenne".

Les dirigeants souverainistes, Bernard Landry en tête, ont souvent vanté le modèle européen comme exemple à suivre pour le Québec et le Canada, mais les signataires rejettent la "fédéralisation douce" qu'ils décèlent dans la dernière mouture de ce modèle.

M. Duceppe ne voit cependant rien de révolutionnaire dans cette approche et considère que ce document correspond "en tout point au programme du Bloc" adopté en 2000, et qui précisait qu'il "n'est pas opportun de déterminer maintenant le modèle de partenariat".

"Toutes les idées doivent être mises de l'avant pour qu'on en débatte, dit-il, et en ce sens-là je l'accueille parce qu'elle ne contredit pas notre position".

M. Duceppe reconnaît au passage que la nouvelle Convention européenne en cours d'adoption constitue "une nouvelle donne" différente du traité de Maastricht de 1992. "Cela fait partie du débat et se décidera dans un congrès", dit-il.

La fin du bloc?

Ce caucus de la rentrée parlementaire pourrait bien être le dernier de l'histoire du parti, si la tendance se maintient et que les libéraux continuent de dominer dans les sondages.

Le gouvernement de Paul Martin déclenchera normalement les élections à tout moment à partir du 1er avril prochain, après la lecture d'un Discours du Trône et le dépôt d'un budget qui formeront le noeud de la campagne.

Les bloquistes ont bien conscience du sérieux de la situation, eux qui sont en mode réflexion depuis le printemps dernier. Leur rencontre officielle est en effet précédée aujourd'hui et demain matin "d'ateliers de réflexion", justement, en compagnie de participants de l'extérieur.

Les sondages auxquels ont accès les élus libéraux, à Ottawa, confirment selon eux les grandes tendances remarquées lors des partielles de juin dernier en donnant au PLC une avance d'une quinzaine de points sur le Bloc québécois.

Ces résultats obtenus sous le règne de Jean Chrétien ne permettent cependant pas de savoir si les électeurs ont déjà tenu pour acquise l'arrivée de Paul Martin à la tête des libéraux dans leurs intentions de vote, ou si la nouvelle année pourra assurer une vigueur supplémentaire au parti sous la direction de ce dernier.

M. Duceppe, de son côté, ne se laisse pas impressionner par les libéraux. "Je vous rappelle qu'à la même date l'an passé, M. Charest était fini, le PQ n'avait plus de députés et Mario Dumont était premier ministre", s'il fallait croire les tendances du jour.




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Le Bloc repense ses stratégies avec l'arrivée de Paul Martin

Sylvain Larocque
La Presse mercredi 27 août 2003

Ottawa - Avec l'arrivée imminente de Paul Martin à la tête du Parti libéral, la rencontre estivale des députés du Bloc québécois, qui a débuté hier au Mont-Sainte-Anne, est l'occasion de préparer des stratégies pour éviter que le parti souverainiste ne perde encore des plumes à la prochaine élection.

"C'est un caucus charnière pour le Bloc québécois dans le cadre de son avenir", affirme sans ambages le député de Rosemont-Petite-Patrie, Bernard Bigras. "C'est un caucus préélectoral au cours duquel nous devrons aligner nos positions stratégiques par rapport à l'arrivée de Paul Martin."

Le député reconnaît que le changement de garde au sein du parti gouvernemental préoccupe certains de ses collègues en vue de la prochaine campagne électorale.

"C'est clair qu'il y a une incertitude qui demeure et qui nous amène à nous dire qu'il va falloir travailler deux fois plus fort, admet M. Bigras. De dire que les sondages sont faux, il y a des limites..."

Ces derniers mois, les intentions de vote pour le Bloc québécois ont oscillé entre 20 et 35 pour cent, loin des 40 pour cent recueillis à l'élection de 2000. À cela s'ajoute la défaite du Parti québécois aux élections d'avril et la perte par le Bloc de deux comtés aux élections partielles de juin. Comme si ce n'était pas assez, des observateurs prévoient un raz-de-marée libéral au Québec avec l'arrivée de Paul Martin.

Paul Crête, député de Kamouraska-Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques, se montre néanmoins optimiste et va même jusqu'à dire que le mouvement souverainiste est à sa place dans l'opposition, du moins pour l'instant.

"Je pense que le fait d'avoir eu, 10 mois avant (l'élection fédérale prévue le printemps prochain), une espèce d'électrochoc comme on a eu, ce n'est pas nécessairement mauvais pour le Bloc", dit-il, en faisant référence à la "réflexion" que les bloquistes ont entreprise sur leur option politique, au début de l'été.

À l'attaque!

Le chef bloquiste, Gilles Duceppe, ne nie toutefois pas les difficultés actuelles et avoue même, en boutade, être un peu sur la défensive.

"Je vous dirai que la meilleure défensive, comme on dit dans les sports, c'est une bonne attaque - et on sera d'attaque", confie-t-il en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne.

M. Duceppe dit ne pas prendre à la légère la possibilité que son parti soit grandement affaibli à la suite de la prochaine élection. "Il faut toujours considérer que rien n'est acquis en politique, soumet-il. (...) Il y a tout un défi à relever parce que nous sortons d'une défaite au Québec et dans deux partielles."

Mais les bloquistes estiment avoir une bonne carte dans leur jeu- si bonne, en fait, qu'ils ne peuvent s'empêcher de saliver à la seule idée d'y recourir.

"Paul Martin, quand il annoncera ses couleurs, devra se prononcer sur un certain nombre de décisions, lance Gilles Duceppe. Les gens voudront débattre de ça, et nous sommes prêts à le faire. Pour l'instant, il se contente de dire une chose et son contraire dans la même phrase."

Le chef bloquiste reste cependant un mal-aimé de la politique québécoise: les appels pour qu'il démissionne refont périodiquement surface. Sous le couvert de l'anonymat, certains députés n'hésitent pas à dire qu'ils préféreraient un autre chef, mais que personne d'autre n'est intéressé par l'emploi.

Publiquement, par contre, la quasi-totalité des députés bloquistes se rangent inconditionnellement derrière Gilles Duceppe. "Les Québécois ont longtemps marché derrière des messies, rappelle Paul Crête. Peut-être qu'il faudrait qu'il y ait une réflexion pour dire: on veut marcher pour nous autres".

Le député va plus loin: "Quand on va pouvoir comparer les personnes, je suis sûr que les Québécois vont se retrouver plus dans Gilles Duceppe que dans Paul Martin."

Il reste que le Bloc doit faire son examen de conscience à la suite de ses défaites aux élections partielles de juin.

"Le message n'a pas résonné dans les régions du Québec, la connexion ne s'est pas faite", souligne Bernard Bigras, qui sera responsable de l'organisation du Bloc au cours des prochains mois.

Selon lui, la réunion estivale du caucus bloquiste déterminera si "ça passera ou ça cassera" à la prochaine élection générale.

"On est sur une pente où on a jusqu'à maintenant, comme on dit, des strikes contre nous, illustre-t-il. Ce qu'il faut démontrer, c'est que malgré tout ça, le Bloc est plus pertinent que jamais. (...) Il faut faire comprendre aux Québécois qu'on est le dernier filet de sécurité, qu'on est le dernier rampart dans la défense de leurs intérêts."

Entre-temps, les députés bloquistes ont poursuivi leur réflexion sur la souveraineté en assistant à des "ateliers" animés par Gérald Larose, Jacques Léonard et Michel Venne. Aujourd'hui, l'ancien premier ministre Jacques Parizeau sera présent et mobilisera probablement toute l'attention.



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Des députés bloquistes veulent écarter l'idée d'un partenariat avec le Canada

Joël-Denis Bellavance
La Presse samedi 23 août 2003

Ottawa - Un groupe de députés du Bloc québécois propose de ramener l'option souverainiste à sa plus simple expression, soit l'indépendance pure et simple du Québec, et rejette toute forme de partenariat avec le reste du Canada calqué sur le modèle de l'Union européenne.

Au moment où l'existence même du Bloc à Ottawa est remise en cause à la suite de la défaite du Parti québécois aux élections du printemps, 14 députés bloquistes tentent de sortir le mouvement souverainiste de sa torpeur en lançant un brassage d'idées sur l'avenir de leur option.

Ces députés ont signé un document de réflexion de quatre pages dans lequel ils soutiennent que les souverainistes doivent mettre d'abord et avant tout le cap sur l'indépendance du Québec et mettre en veilleuse toute offre de partenariat avec le reste du Canada.

Ces députés- Richard Marceau, Suzanne Tremblay, Gérard Asselin, Claude Bachand, Stéphane Bergeron, Madeleine Dalphond-Guiral, Odina Desrochers, Christiane Gagnon, Marcel Gagnon, Roger Gaudet, Pauline Picard, Yves Rocheleau, Jean-Yves Roy et Benoît Sauvageau- comptent soumettre leur document à leurs collègues au caucus du Bloc québécois qui aura lieu la semaine prochaine au mont Sainte-Anne en prévision de la reprise des travaux parlementaires du 15 septembre.

La vice-présidente du Bloc québécois, Hélène Alarie, a aussi signé le document, intitulé L'Union européenne, un modèle pour le Québec? Et si on remettait le cap sur la souveraineté?

"Les dirigeants européens ayant eux-mêmes fait le choix de procéder à une fédéralisation douce de leur Union, il nous apparaît opportun de ne pas adopter d'emblée le concept d'union confédérale d'inspiration européenne. Il appartiendra au peuple québécois, une fois l'indépendance réalisée, de déterminer le type d'association qui convient au Québec et les partenaires avec lesquels il entend conclure ses associations", écrivent les députés.

"Les souverainistes doivent présenter clairement leur projet d'indépendance et démontrer l'urgence de sa réalisation. Faire du Québec un pays indépendant demeure l'objectif premier", ajoutent-ils.

Ces députés bloquistes estiment donc qu'il faut mettre au rancart la stratégie de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard qui, en 1995, alors qu'il était chef du Bloc québécois, avait convaincu Jacques Parizeau d'inclure une offre de partenariat avec le reste du Canada comme façon de convaincre les Québécois de voter OUI au référendum.

Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, avait également épousé cette stratégie, affirmant en outre qu'il était prêt à signer à tout moment avec le reste du Canada une nouvelle entente modelée sur l'Union européenne, construite à partir du traité de Maastricht de 1992.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a aussi déclaré récemment que les souverainistes seraient prêts à régler le contentieux entourant le rapatriement unilatéral de la constitution de 1982 si le gouvernement fédéral offrait une nouvelle entente calquée sur le traité de Maastricht.

Or, les 14 députés bloquistes et la vice-présidente du parti rejettent cette formule. Ils estiment que les États membres de l'Union européenne ont été contraints de céder "bon nombre des attributs de leur souveraineté".

En entrevue, hier, le député bloquiste de Charlesbourg-Jacques-Cartier, Richard Marceau, a indiqué qu'il n'accepterait jamais un nouvel arrangement s'appuyant sur le modèle de l'Union européenne. "Je ne signerais jamais le traité de Maastricht. Il y a des pertes de souveraineté très importantes là-dedans", a-t-il déclaré.

Il a aussi précisé que lui et ses collègues souhaitaient que le mouvement souverainiste clarifie son message en vendant uniquement l'idée de l'indépendance du Québec aux Québécois.

"Ce n'est pas un retour à l'option pure et dure. C'est l'option simplifiée. Pour vendre une idée, il faut avoir une idée claire de ce que tu veux. Les députés ont senti que ce n'était plus clair, ce qu'on voulait. Quelquefois on parlait de souveraineté, après cela on parlait de partenariat; on parlait d'union confédérale, de confédération, d'Union européenne. En politique, il faut avoir un message clair si tu veux convaincre des gens", a déclaré M. Marceau.

"Nous disons que le message clair, c'est de mettre la priorité sur l'indépendance, la souveraineté. Cela n'empêcherait pas une offre de partenariat plus tard, mais c'est devenu secondaire. Ça ne sert à rien de vendre l'accessoire si on n'est pas capable de vendre le principal", a-t-il ajouté.

Les députés ont envoyé leur document de réflexion au chef Gilles Duceppe, qui avait déclaré, après la défaite du Bloc québécois aux élections partielles du 16 juin, que son parti et le mouvement souverainiste devaient entreprendre une réflexion profonde sur l'option.







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Les bloquistes misent aussi sur la souveraineté

Jacques Parizeau appelé en renfort

Le Soleil jeudi 28 août 2003

PC Beaupré - Après avoir entendu l'ancien premier ministre Jacques Parizeau, hier, plusieurs députés du Bloc québécois semblent croire que la meilleure façon de ne pas tout perdre à la prochaine élection fédérale, c'est de miser résolument sur la souveraineté.

"C'est sûr que pour un parti souverainiste, vouloir masquer l'option de base qui est la nôtre, ce n'est ni politiquement intelligent, ni politiquement rentable", a déclaré le député de Jacques-Cartier, Richard Marceau, à la rencontre estivale du caucus bloquiste, qui se déroule jusqu'à jeudi au Mont-Sainte-Anne.

M. Marceau propose, avec 13 de ses collègues, de "simplifier les choses et de revenir à la souveraineté par elle-même".

"Ce dont il faut parler, lorsqu'on dit qu'on veut faire du Québec un pays souverain, c'est d'utiliser clairement les mots souveraineté et indépendance et cesser d'utiliser le concept d'union confédérale à l'européenne, qui ne peut pas être appliqué et calqué ici, dans la relation Québec-Canada", a-t-il expliqué.

Richard Marceau et ses collègues espèrent ainsi revigorer le Bloc québécois, dont les intentions de vote oscillent actuellement entre 20 et 35 %, alors que le parti a récolté 40 % d'appuis à l'élection de 2000. En privé, des députés n'hésitent pas à dire que le Bloc a besoin d'un sérieux coup de barre à la suite de la défaite du Parti québécois (PQ) en avril et de l'arrivée imminente de Paul Martin à la barre du Parti libéral du Canada.

Parizeau

Dans le but d'obtenir des "éclairages" sur la voie à suivre d'ici la prochaine campagne électorale fédérale, attendue le printemps prochain, les députés bloquistes ont fait appel à l'ancien premier ministre péquiste Jacques Parizeau, qui s'est dit prêt, hier, à reprendre du service d'ici au scrutin.

"Si (le Bloc) m'invite, je vais venir", a-t-il déclaré à son arrivée au Château Mont-Sainte-Anne.

M. Parizeau en a aussi surpris plus d'un en ramenant sur le tapis, sans toutefois l'appuyer formellement, l'idée de faire la souveraineté par l'intermédiaire d'une élection référendaire, plutôt que d'un référendum - la position du PQ depuis 1974.

"Il faut les laisser discuter", a-t-il dit, en parlant des jeunes souverainistes qui viennent de ressusciter cette vieille idée.

Cette apparition publique de M. Parizeau était la première depuis sa participation à la dernière campagne électorale québécoise, en mars dernier, qui avait suscité la controverse. Dans un discours devant des cégépiens, Jacques Parizeau avait évoqué, en riant, l'explication qu'il avait donnée de l'échec référendaire de 1995 et qui portait sur "l'argent et le vote ethnique".

Le chef libéral, Jean Charest, avait fait mention des propos de M. Parizeau lors du débat télévisé des chefs, ce qui avait donné un élan à sa campagne.

M. Parizeau a rappelé hier qu'il s'était retiré de la dernière campagne électorale à la suite de cet incident, sentant qu'il avait "cessé d'être utile".

"Ça m'est arrivé à quelques reprises, pendant cette longue carrière, que quand je me sentais inutile, je me retirais", a-t-il soutenu.

Pas un boulet

Le responsable de l'organisation bloquiste pour la prochaine campagne électorale, Michel Gauthier, n'a pas voulu dire s'il demanderait à l'ancien premier ministre de prêter main-forte à son parti. Mais les députés ont fort bien accueilli l'offre.

"M. Parizeau n'est pas un boulet pour le Bloc", a assuré le député de Rosemont-Petite-Patrie, Bernard Bigras. "Il peut faire une contribution importante, a-t-il ajouté. Et de toute façon, il serait bête de ne pas faire appel à lui sous prétexte qu'il pourrait déraper : ce serait avoir une vision très limitée."

pas la "belle-mère" du Bloc

L'ancien premier ministre n'a pas voulu se prononcer directement sur la proposition de M. Marceau de revenir à la souveraineté "pure et simple". "Je ne veux pas jouer le rôle de la belle-mère" du Bloc, a-t-il glissé. Mais il a rappelé que le Québec aurait peu de chances de faire accepter au reste du Canada une entente particulière de partenariat.

"Si le Québec devient indépendant, c'est le Canada anglais qui va décider (de la forme de partenariat)", a-t-il souligné, en mentionnant que deux ex-ministres péquistes influents, Pauline Marois et François Legault, proposaient eux aussi de remettre le partenariat au second plan.

Quoi qu'en disent ses députés, le leader parlementaire du Bloc, Michel Gauthier, a tenu à préciser que le parti ne pouvait pas être plus souverainiste qu'il l'est déjà.

"Il est important plus que jamais que le peuple du Québec soit convaincu qu'il n'est pas question de laisser les intérêts et les particularités québécoises faire l'objet d'ententes entre le très fédéraliste Jean Charest à Québec et le très fédéraliste Paul Martin à Ottawa, a-t-il martelé. Le Bloc constitue un rempart solide qu'il faut non seulement maintenir, mais qu'il faut renforcer."



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Parizeau tells BQ caucus to push for sovereignty

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Thursday, August 28, 2003

VILLE DE BEAUPRÉ, QUE. - With a federal election on the horizon, the Bloc Québécois should not balk at the idea of debating radically different ideas on sovereignty, including achieving political independence without a referendum, former PQ premier Jacques Parizeau says.

"I recently saw a sort of manifesto written by members of the youth wings of both the Bloc Québécois and the Parti Québécois saying that after getting our face smashed in two referendums, we should be thinking about a referendum election. . . . We have to discuss these things," Mr. Parizeau told reporters after a closed-door meeting with the BQ caucus.

Mr. Parizeau's comments come on a day when PQ Leader Bernard Landry announced he is abandoning his idea of promoting a new type of political union between Quebec and the rest of Canada based on a European model.

BQ caucus members agree that with a federal election expected next spring, the party needs to reassert its sovereigntist convictions and allow for new ideas to emerge during the debate now unfolding within the sovereignty movement.

"At a time when the entire sovereignty movement is involved in debating ideas, I believe there should be no taboos. I believe it would be unfortunate to dismiss out of hand any democratic options for achieving sovereignty," BQ MP Richard Marceau said.

Mr. Marceau was part of a group of BQ MPs and top-level party members who recently called on their leader, Gilles Duceppe, to take a stronger stand in favour of sovereignty in the next election.

During their closed-door meeting, the BQ caucus was told a recent internal party poll showed support for sovereignty remained relatively strong at 46 per cent and support for the Bloc hovered around the 37-per-cent mark. However, with the collapse of support from Quebec for the Canadian Alliance and the Progressive Conservatives, a Liberal Party headed by Paul Martin would receive 4 per cent more votes than the 44.2 per cent Prime Jean Chrétien received in Quebec in the November, 2000, federal election.

If the party fails to attract the disaffected pro-sovereignty vote in the next federal election, BQ members fear the Liberals will sweep the province.

"It would not be politically intelligent, nor would it be beneficial for a sovereigntist party to mask its fundamental option. . . . There is no way you can win by sweeping it [sovereignty] under the carpet," Mr. Marceau said.

Achieving sovereignty through a referendum election was part of the party's original plan when it was founded in 1968. By obtaining a simple majority in the National Assembly, the PQ was committed to unilaterally declaring sovereignty, a concept that Mr. Parizeau defended during the early stages of the party's existence.



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It's time for the PQ to rethink the need for referendums

A group of young PQ and Bloc members is pushing the idea of a 'referendum election.'

JOSEE LEGAULT
The Gazette Friday, August 29, 2003

Jacques Parizeau is the Tina Turner of Quebec politics. No one has had more comebacks than he has. Four months after he was sidelined during the election campaign, the former premier has risen from the dead yet again.

And what an incorrigible show stealer. Parizeau spoke at the Bloc Québécois caucus meeting on Wednesday, the same day Pauline Marois came out in Le Devoir against Landry's concept of a confederal union with Canada and a mere few days after a group of 14 Bloc MPs, led by Richard Marceau, had done the same thing.

While Parti Québécois and Bloc members were holding their caucus meetings and pondering the Shakespearian quandary of to confederate or not to confederate with Canada after sovereignty, Parizeau kindly reminded reporters there was another even more crucial debate looming on the horizon.

That debate is one a group of young PQ and Bloc members tried to launch last June on what we call a referendum election. They suggested the PQ should forgo referendums as the means to achieve independence. Quebec, they wrote, should get out of Canada the same way it entered it: By a vote in the legislative assembly. The PQ, they concluded, should go into the next election with a clear commitment to achieve sovereignty by voting on it by parliamentary majority.

In June, I wrote this is perhaps the one idea that has the potential to truly renew the old way of thinking that has prevailed in the PQ since the 1970s when Claude Morin - then a paid RCMP informant - had convinced René Lévesque the one way to attain sovereignty was through referendums.

Though Parizeau hasn't yet supported the idea of a referendum election and Landry closed the door on it at the last PQ national council, Parizeau decreed ''we're now in a situation where the door is open.''

In fact, all through this summer, though no French-language daily newspaper agreed to publish their short manifesto, this group of young sovereignists has been piling up signatures and support. So much so Landry might have no choice but to see this idea debated throughout the PQ and the Bloc.

Just as he had no choice yesterday but to backpedal on his concept of a European-type confederal union just a few months after he'd slipped it into the PQ's electoral platform unbeknown to his own party members. The reason for this sudden change of heart, Landry said, is he has now discovered the European model cannot be applied to the Quebec-Canada relation.

No kidding. In reality, the PQ leader has been feeling tremendous heat from PQ and Bloc members to drop this confederation idea. Now that the election is over, many no longer feel the need to close ranks and remain silent about it.

More importantly, as Marois's very public sortie confirms, Landry has become a lame-duck leader. Though there is no leadership convention in sight, the race is definitely on. That's why he lacked the authority to stop a complete rejection of the same confederation idea he's been defending for years and years.

The PQ leader is no longer in a position to dictate what pertains to the PQ's central option or to stop Marois or any other leadership contenders from further distancing themselves from him. Although he might put a nice spin on this by welcoming ''the opening of the season of ideas,'' Marois knows this is in fact the opening of the hunting season. And the hunt is for his job.

In the same way, Bloc leader Gilles Duceppe was in no position to stop his 14 MPs from rejecting Lucien Bouchard's concept of a partnership without running the risk of provoking a revolt within his own ranks.

In 1997, Parizeau wrote: ''When you came so close to your goal, you have no right to leave any sacred cows lying around. You must reassess everything and be guided by two fundamental ideas: The objective is to achieve sovereignty for Quebec, and the means to attain it must respect our democratic principles and parliamentary traditions.''

Whether by advocating a referendum election or finally putting the confederal gizmo out if its misery, some sovereignists are doing just that. They realize this kind of reassessment might be easier to try at a moment when the current PQ and Bloc leaders can no longer pull enough weight to curtail certain debates they might not want to have.

After having died so many deaths, Parizeau remains strong enough and influential enough at least to try to facilitate this process by encouraging the younger, more pro-active elements of both parties.

The future will now tell whether it will be enough to breathe new determination and life into parties that have paid precious little attention to their very raison d'être.



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Le modèle à la poubelle

André Pratte
La Presse vendredi 29 août 2003

Éditorial - Sans s'en rendre compte, les leaders souverainistes viennent de donner raison à leurs adversaires fédéralistes sur un élément central du vieux débat sur l'avenir du Québec. Après avoir dit le contraire pendant des années, Bernard Landry, Gilles Duceppe et Pauline Marois, notamment, se rangent finalement à l'opinion de Robert Bourassa: l'Europe ne peut pas servir de modèle à un éventuel partenariat entre un Québec souverain et le Canada anglais.

Péquistes et bloquistes réalisent-ils qu'ils viennent de laisser tomber un pilier de l'argumentation souverainiste depuis l'Option-Québec de René Lévesque, il y a 35 ans?

Dans le discours souverainiste, le "modèle européen" servait d'argument massue pour convaincre tous ceux qui doutaient de la faisabilité d'une éventuelle association Québec-Canada au lendemain de l'indépendance. Si des pays comme la France et l'Allemagne peuvent partager une monnaie et un espace commercial commun tout en préservant l'essentiel de leur souveraineté, pourquoi ne serait-ce pas possible pour un Québec indépendant associé au reste du Canada?

À cela, les fédéralistes répondaient que l'Europe évolue dans le sens contraire des thèses souverainistes. Pour Robert Bourassa, les souverainistes étaient attachés à une conception "archaïque" de la souveraineté, alors que lui défendait un concept moderne, la "souveraineté partagée", suivant en cela les traces des fondateurs du Marché commun. "Pas d'union monétaire sans union économique, pas d'union économique sans union politique", répétait M. Bourassa dès ses célèbres discussions de 1967 avec le rebelle Lévesque.

Dans le texte qu'ils ont publié la semaine dernière, 14 députés bloquistes affirment que l'exemple européen n'est plus pertinent. "Les dirigeants européens ont fait le choix de procéder à une fédéralisation en douce de leur Union", disent-ils. C'est ce qu'ont toujours soutenu les fédéralistes canadiens!

Les souverainistes voyaient aussi dans l'expérience européenne la preuve qu'une association d'égal à égal est possible entre pays de poids différents. Les fédéralistes répliquaient qu'on ne peut pas comparer une union composée de plusieurs pays à une association à deux. C'est ce que vient de conclure M. Landry lui-même: "On ne peut concevoir les relations entre deux pays comme les relations entre 30 pays."

C'est toujours ce qui se passe au PQ après une défaite et pendant les courses à la direction: pour remobiliser les militants et se gagner des appuis à la base, on range l'association (ou le trait d'union, ou l'étapisme, ou le partenariat...), et on ne parle plus que du Pays.

Puis, à l'approche des élections ou d'un référendum, on sort le partenariat du placard. Cependant, ayant jeté le modèle européen à la poubelle, les souverainistes se retrouveront coincés. Au moment où toute l'Europe emprunte la voie fédérale (affirment les souverainistes eux-mêmes), pourquoi le Québec abandonnerait-il cette même voie? La vaste majorité des Québécois souhaitant un partenariat étroit avec le Canada, comment les souverainistes pourraient-ils refuser de préciser la forme d'association qu'ils souhaitent et croient possible? Or si ce projet ne fait référence à aucun modèle existant, n'est-ce pas une preuve de plus que la souveraineté constitue un saut vers l'inconnu?

apratte@lapresse.ca



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Le bouilli de "matante" Pauline

J.-Jacques Samson
Le Soleil vendredi 29 août 2003

Éditorial - Les députés du Parti québécois étaient réunis cette semaine à l'île d'Orléans, pendant que les cousins du Bloc faisaient de même à deux enjambées de là, sur la côte, avec un Jacques Parizeau qui se défendait devant les caméras d'y jouer le rôle de la belle-mère qui surveille les débats sur le programme des deux partis. Pauline Marois a donc profité de cette visite chez les meilleurs maraîchers du Québec pour servir un gros bouilli... canadien... dans les pages du Devoir, des amis de la famille après tout, et au risque d'être comparée à la matante qui veut toujours voler le show. (La gauche-caviar qu'elle incarne si bien a des lettres, tout de même. Ne lui parlez surtout pas de ce colon de François Legault, un affairiste, qui a donné son texte d'orientation en mai dernier à La Presse et au SOLEIL.)

Mme Marois qualifie son plat d'audacieux, ce qui est toutefois un peu prétentieux. Comme dans un bouilli, faute de plus de viande, seule la quantité de chaque légume varie.

Qu'a dit et écrit Pauline Marois cette semaine ? Essentiellement les trois choses brassées depuis 35 ans au Parti québécois.

François Legault, un autre aspirant à la direction du parti, avait étonnamment écarté au printemps le volet de l'association avec le Canada dans le projet de souveraineté du Québec du Parti québécois. Pauline Marois biffe le modèle de l'union confédérale à l'européenne introduit par Bernard Landry et dit que l'association (ou le partenariat) avec le Canada ne doit pas être une condition à l'accession à la souveraineté. Toujours le même yo-yo : l'association était obligatoire pour René Lévesque, Pierre-Marc Johnson et Lucien Bouchard ; elle ne l'était pas pour Jacques Parizeau mais à mi-course, il a dû laisser la direction de la campagne référendaire de 1995 à Lucien Bouchard. Elle ne l'est pas lorsque le PQ est dans l'opposition et lorsqu'il faut flatter les militants ; l'association redevient un sine qua non lorsque le PQ est au pouvoir et planifie un référendum. Marois n'a pas réinventé la recette.

Deuxième chose avancée par Mme Marois : le concept de la "souveraineté continue". Il faut occuper au maximum tout l'espace laissé par l'actuelle Constitution, parler de souveraineté sans cesse et poser tous les petits gestes possibles dans le sens de la souveraineté. Les militants péquistes ont toujours reproché aux élus de ne pas assez parler de la souveraineté et de la faire à petits pas, dans l'exercice du pouvoir (même si Bernard Landry était irréprochable à cet égard). Dans l'opposition, leur action en ce sens sera évidemment limitée à la parole. Un gouvernement qu'elle dirigerait n'hésiterait pas par ailleurs à se servir des fonds publics pour faire la promotion de la souveraineté. Cela s'est fait sous Jacques Parizeau en 1995 mais les élus péquistes ont résisté en d'autres temps aux pressions en ce sens des militants, sachant qu'ils s'attireraient la réprobation populaire compte tenu de l'immoralité d'un tel détournement partisan des impôts.

Autre légume du bouilli de l'île : elle laisserait aux citoyens, "par voie d'initiative populaire" aux modalités encore imprécises cependant, le soin de décider de la tenue d'un référendum. Depuis la fondation du parti, l'obligation pour un gouvernement péquiste de tenir un référendum au cours du mandat est un sujet de déchirement. Après avoir repoussé le plus possible la sentence, René Lévesque a dû marcher à l'abattoir en 1980 pour se conformer à l'engagement pris devant l'aile gauche des militants ; Pierre-Marc Johnson y a laissé sa peau ; Lucien Bouchard a inventé l'échappatoire des "conditions gagnantes" qu'il fallait d'abord réunir, approche reprise en d'autres mots par Bernard Landry. Pauline Marois s'en lave prudemment les mains : lorsqu'elle sera mûre pour un OUI, il appartiendra à la population de lui dire quand tenir un référendum. De quoi gouverner en toute tranquillité jusqu'à la fin des temps ! Nouveau certes, mais certainement pas très audacieux.

Août et septembre sont les mois des bouillis. J'ai découvert que les maraîchers de l'Île en offrent même cette année déjà cuits, pour les gens pressés. Personnellement, j'ai d'ailleurs toujours trouvé qu'un bouilli avait meilleur goût réchauffé.

JJSamson@lesoleil.com



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Des valeurs à préserver

Bernard Descôteaux
LE DEVOIR samedi 30 et dimanche 31 août 2003

Le chef du Parti québécois a pris goût à son rôle de chef de l'opposition. La sérénité qu'il affiche aujourd'hui plaît bien à ses concitoyens, comme le montrent les résultats du sondage Léger Marketing que l'on retrouve dans nos pages aujourd'hui. Dirigera-t-il son parti aux prochaines élections? Bernard Landry entretient à ce sujet une ambiguïté qu'il devrait lever rapidement.

Compte tenu de son âge, il est plus que probable que Bernard Landry ne veuille pas être des prochaines élections. Il aurait alors 70 ans, et la sagesse pourrait lui inspirer de partir même si le haut niveau de popularité dont il jouit actuellement peut parfois l'inciter à vouloir demeurer à son poste. À travers ses déclarations, on comprend que ce n'est pas avant le prochain congrès d'orientation, soit pas avant la fin 2004, qu'il prendra une décision. Entre-temps, il entend participer activement au débat sur les orientations du Parti québécois, qu'il a appelé «la saison des idées».

Pour les prétendants à la succession de l'actuel chef péquiste, ce n'est pas idéal. Dans une telle perspective, le nouveau chef serait choisi tardivement et disposerait de peu de temps pour se faire valoir avant les prochaines élections. Pauline Marois, dont les ambitions sont bien connues, n'apprécie pas. Elle ne conteste pas ouvertement la décision de M. Landry, mais elle a entrepris de se comporter comme une candidate à sa succession. Sa stratégie n'a d'ailleurs échappé à personne lorsque, cette semaine, elle a publié dans Le Devoir un texte qu'il faut voir comme un premier élément de sa plate-forme dans la course au leadership.

Ce faisant, l'ex-vice-première ministre s'est campée comme l'une des principales protagonistes du débat sur les orientations du parti. Nul doute que ses adversaires feront de même. La «saison des idées» risque alors d'être aussi la saison du leadership. Il est difficile qu'il en soit autrement car le futur chef aura à porter le programme du parti, avec lequel il voudra être en harmonie. Pour cela, il tentera de faire passer ses idées. On peut présumer que celui qui gagnera la bataille des idées gagnera facilement la bataille du leadership. En fait, il pourrait même arriver que l'on assiste à un autre couronnement du prochain chef, faute de combattants.

L'attitude adoptée par M. Landry risque de fausser le débat sur les orientations du parti et de créer des tensions inutiles avec les partisans de l'un ou l'autre des prétendants à sa succession. Le moins serait qu'il précise ses intentions, ne serait-ce que pour ne pas faire vivre à son parti les incertitudes que Jean Chrétien a imposées au sien. Il importe que les militants sachent à quel titre il intervient. Il a tout à fait le droit de vouloir rester chef, mais si ce n'est pas le cas, il devrait laisser le champ libre à ceux qui aimeraient le remplacer. Le cas échéant, il lui reviendrait d'encadrer les débats et de s'assurer que les valeurs à la base du programme péquiste soient préservées.

Le débat d'idées qui s'amorce sera vif. L'enjeu principal sera la démarche vers la souveraineté. Se dessine une remise en cause de la nécessité de proposer une forme de partenariat avec le reste du Canada au lendemain d'une éventuelle déclaration d'indépendance. Si un consensus se dégage voulant que le modèle européen que M. Landry préconisait jusqu'ici ne soit plus approprié au contexte des relations bilatérales Canada-Québec, ce qui est juste, il reste qu'une formule est à trouver. La géographie nous l'impose, tout comme le contexte de la mondialisation. Qu'il soit léger ou lourd, ce partenariat doit être défini au moins dans ses grands paramètres.

Les questions de stratégie référendaire prendront aussi beaucoup de place. Mme Marois évoque la possibilité de tenir des référendums sectoriels pour élargir les pouvoirs de l'Assemblée nationale. Elle se dit d'accord avec l'idée de donner aux citoyens la possibilité de réclamer la tenue d'un référendum par voie d'initiative populaire. D'autres, notamment un groupe de jeunes militants, proposent de revenir à l'idée d'élections référendaires. On soutient que puisque l'entrée du Québec dans la Confédération n'a été sanctionnée que par des élections, on peut donc en sortir de la même manière. C'est là un terrain glissant. Mettre de côté la tenue de référendums serait un reniement des valeurs démocratiques qui, depuis 30 ans, ont été au coeur du programme du Parti québécois. M. Landry peut, mieux que quiconque grâce à l'ascendant qu'il a sur ses militants, éviter que ne surviennent des glissements de ce type.

bdescoteaux@ledevoir.ca



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Sondage Léger Marketing-CKAC-Le Devoir

Landry a toujours la cote

Les Marois, Legault et Boisclair pourraient devoir prendre leur mal en patience si le chef décide de rester

Kathleen Lévesque
LE DEVOIR samedi 30 et dimanche 31 août 2003

Les prétendants à la présidence du Parti québécois devront patienter. Loin de lui montrer la sortie, plus de la moitié des Québécois souhaitent que Bernard Landry demeure à la tête du PQ et assume son rôle de chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale.

Comme tend à le démontrer le sondage Léger Marketing-Le Devoir-CKAC effectué entre le 20 et le 24 août, M. Landry reçoit l'appui de 55 % de la population, soit un score supérieur de six points à celui obtenu au lendemain des élections. À l'inverse, 38 % des répondants estiment plutôt que le chef péquiste devrait démissionner et déclencher une course au leadership. Parmi ceux qui préfèrent le voir rester, on compte quatre péquistes sur cinq (78 %).

«Il est encore l'homme de la situation pour le PQ. Son emprise est claire. C'est lui qui va décider quand il partira», estime Jean-Marc Léger, de Léger Marketing.

Pour ce dernier, la situation s'explique notamment par les résultats électoraux respectables que le PQ et son chef ont obtenus le 14 avril. De plus, M. Landry fait bonne figure contre Jean Charest. Les Québécois font autant confiance à M. Landry (32 %) qu'à M. Charest (34 %). La popularité de Bernard Landry ne se dément pas chez les francophones (37 %) comparativement à celle du premier ministre, dont le score baisse à 29 %.

Ainsi, pour contester l'autorité de Bernard Landry mais aussi pour construire leur organisation, Pauline Marois et François Legault, les principaux prétendants à sa succession, auront fort à faire. «La course au leadership demeure virtuelle», souligne M. Léger.

Mais dans l'éventualité où le chef péquiste quitterait ses fonctions, la personne clé serait Pauline Marois. En effet, 38 % des Québécois considèrent que Mme Marois serait la meilleure candidate pour remplacer M. Landry. François Legault récolte 22 % d'appuis, contre 11 % pour l'actuel chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et 10 % pour André Boisclair.

Dans les rangs péquistes, Mme Marois domine nettement ses adversaires, recueillant 52 % d'appuis. M. Legault est le préféré de seulement 21 % des péquistes alors que M. Duceppe se classe troisième avec 11 %. M. Boisclair ferme la marche avec 8 %.

Malgré ces résultats, il faut toutefois noter qu'au PQ, le leadership prend moins l'allure d'un concours de popularité que celle d'une guerre pour définir le programme. «Quand chacun aura campé sa position sur l'option, les chiffres vont probablement changer. Ce sera le concours de celui qui sera le plus indépendantiste», analyse Jean-Marc Léger.

Dès après les élections, M. Landry avait convié ses troupes à un grand brassage d'idées autour de la question nationale. François Legault avait ouvert le bal en rejetant le partenariat. En début de semaine, Le Devoir publiait la vision de Pauline Marois, qui prend ses distances de M. Landry et veut que la mention d'union confédérale à l'européenne soit biffée de l'article 1 du programme du PQ. Aujourd'hui, l'aile jeunesse du PQ organise une assemblée sur le thème de la souveraineté, question de trouver un discours qui corresponde à la réalité des jeunes.

Ce sondage a été effectué auprès de 1006 personnes dans tout le Québec. Avec un échantillon de cette taille, la marge d'erreur est de 3,4 %, 19 fois sur 20.



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La réflexion au PQ - Exit l'association

Robert Dutrisac
LE DEVOIR samedi 30 et dimanche 31 août 2003

Québec -- Le grand brassage d'idées auquel le chef du Parti québécois a convié sa formation politique est à peine amorcé que le partenariat avec le reste du Canada, qui apparaissait comme un dogme coulé dans le béton précontraint de l'article no 1 du parti, s'apprête à disparaître sans pleurs ni grincements de dents.

Dans le texte, publié cette semaine dans Le Devoir, qui définit sa vision de la souveraineté et la stratégie qu'elle préconise pour la réaliser, la candidate éventuelle à la direction du PQ, Pauline Marois, ne veut plus de cette obligation inscrite dans le programme péquiste de présenter une offre de partenariat au reste du Canada après un référendum gagnant. La souveraineté d'abord, le partenariat -- elle le juge souhaitable mais non plus essentiel à la réalisation de la souveraineté -- ensuite.

Après que 14 députés du Bloc québécois eurent déboulonné l'union confédérale à l'européenne, Bernard Landry abandonne finalement cette idée dont on l'a convaincu qu'elle ne peut pas s'appliquer à un partenariat tissé entre deux pays comme le Canada et le Québec. M. Landry ne parle maintenant -- référence européenne oblige -- que du traité de Rome... de 1957, le Marché commun, cette simple union économique. Comme le lui a sans doute fait remarquer le député de Mercier, le constitutionnaliste et ancien bloquiste Daniel Turp, l'Union européenne se transforme peu à peu en une véritable fédération. Bernard Landry se retrouvait à défendre la drolatique position de faire la souveraineté pour ensuite se retrouver dans une fédération au sein du Canada.

Pour la majeure partie de l'histoire du PQ, l'association -- et ses variantes que sont le partenariat et l'union confédérale -- a fait partie intégrante du projet souverainiste. Dès la fondation du parti, il y a plus de 30 ans, l'association avec le reste du Canada fut inscrite par René Lévesque. Le PQ se distinguait ainsi du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault, une formation qui, comme son nom l'indique, prônait l'indépendance pure et simple.

Au début des années 80, ceux que l'on désignait comme les radicaux du PQ, menés par une jeune militante, Louise Harel, avaient réussi à faire adopter une résolution pour biffer du programme la mention d'association. Cette fronde avait conduit à l'un des psychodrames les plus déchirants dont le PQ avait le secret alors que Lévesque a joué quitte ou double en lançant son «renérendum», qu'il a par la suite remporté. En 1988, alors que Jacques Parizeau était chef du PQ, l'association a disparu du programme du parti pour revenir en 1993 sous forme d'une simple union économique. Puis, alors que le référendum de 1995 approchait, la notion plus engageante de partenariat est revenue en force sous l'impulsion de Lucien Bouchard, alors chef du Bloc, et du «commandant en second de la brigade légère», Bernard Landry.

En mai 2000, Lucien Bouchard avait eu à repousser les assauts d'un groupe. À la suite de leur échec, bon nombre d'entre eux avaient quitté le PQ pour former le Rassemblement pour l'indépendance du Québec.

Aujourd'hui, alors que même Bernard Landry semble se rallier à «la souveraineté d'abord, l'association ensuite, si nécessaire mais pas nécessairement» (il définira plus précisément sa position dans un texte cet automne), le partenariat s'en va sans faire de bruit, par la porte de derrière, comme un invité fade dont on aurait oublié la présence.

Au printemps dernier, François Legault avait eu le dessus sur Pauline Marois en publiant un texte où il jetait aux orties le partenariat -- sous la forme pusillanime d'une question dans son texte mais de façon affirmative dans ses déclarations suivantes. Sa rivale avait répliqué en juin avec un texte bon enfant, rempli de généralités et de questions laissés sans réponses.

Un référendum

Mais dans son dernier texte, en plus de remettre en question l'obligation du partenariat avec le reste du Canada, Pauline Marois prend position en faveur d'un référendum d'initiative populaire, laissant à la population le soin de déterminer la date à laquelle se tiendra le prochain référendum sur la souveraineté. Elle marque ainsi des points avec les jeunes péquistes qui avaient proposé cette formule dans l'indifférence la plus complète des ténors du parti, y compris Mme Marois.

C'est que dans son camp figure le jeune député de Joliette, Jonathan Valois, âgé de 32 ans, un ancien président du Comité national des jeunes du PQ en 2000-01. Il avait lui-même défendu l'idée de ce référendum d'initiative populaire, une position adoptée en février 2003 par le CNJ présidé par Pascal Bérubé.

En vertu de ce processus, l'Assemblée nationale formulerait -- et voterait -- une question, la plus neutre possible, inspirée des modèles suggérés par l'ONU et posée sous la forme d'un choix : voulez-vous que le Québec demeure une province au sein du Canada ou voulez-vous que le Québec devienne un pays ? Ensuite, une pétition circulerait pour obtenir 500 000 ou un million de signatures afin que le référendum s'enclenche.

Selon Jonathan Valois, cette formule a le mérite de contourner la loi C-20 et de permettre à un gouvernement péquiste de vaquer à sa tâche sans chercher à déterminer le moment propice, sans que l'opposition l'accuse d'user d'astuces et sans essuyer les critiques des impatients. Qui plus est, la pétition servirait à la mobilisation de la population en faveur de la souveraineté. Pour les adversaires de cette formule, comme le député de Masson, Luc Thériault, ce n'est qu'une forme de référendum sur la tenue d'un référendum.

Les jeunes

Aujourd'hui, à Montréal, le CNJ tient une grande assemblée pour «reposer la question nationale et réfléchir à l'apport des jeunes à l'organisation et au discours du mouvement». Le cahier du participant passe en revue les trois courants souverainistes «à fédérer» : national (identité, histoire et culture), social (social-démocratie et progrès social) et démocrate (mondialisation, démocratie et citoyenneté). Au terme de l'exercice, on veut que se dégage une nouvelle donne, un nouveau discours souverainiste qui colle à la réalité des moins de 30 ans, explique le président du CNJ, Patrick Taillon. Plus de 300 jeunes militants y participent.

Sur le site Internet du CNJ, à la faveur d'une consultation à laquelle ont répondu près de 400 péquistes de 16 à 30 ans, les jeunes rivent d'ailleurs le clou au partenariat. À la question «Comment le PQ doit-il nommer son projet ?», 61 % répondent «faire du Québec un pays», 17 % «faire la souveraineté», 17 % «faire l'indépendance» et seulement 5 % «faire la souveraineté-partenariat». Si on laissait aux jeunes péquistes le soin de formuler la question du prochain référendum sur la souveraineté, elle serait donc d'une simplicité désarmante.



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Participation au capital des petites entreprises

La Caisse de dépôt s'en remet à l'expertise de la BDC

Gérard Bérubé
Le Devoir mercredi 27 août 2003

La Caisse de dépôt et placement du Québec s'en remet à l'expertise «petites entreprises» de la Banque de développement du Canada (BDC). Les institutions ont annoncé, hier, la conclusion d'une alliance à deux volets qui aura également pour effet de doubler, à terme, la présence de la Caisse dans le créneau bien particulier des placements privés se situant entre 0 et 2 millions de dollars. Une présence devenant indirecte.

C'est en réaction aux critiques accusant la Caisse de dépôt de ne pas s'intéresser aux petites entreprises que l'institution québécoise a mis sur pied, il y a sept ans, une filiale dédiée aux placements privés inférieurs à 2 millions de dollars. Accès Capital avait alors pris forme avec un portefeuille qui, en sept ans, a atteint les 150 millions de dollars d'investissements répartis entre 173 dossiers. Cette intervention spécifique de la Caisse a été l'objet d'une restructuration, hier.

Mais, loin de se retirer de ce segment, «on va continuer à s'intéresser aux PME. C'est notre façon de faire qui va changer», a insisté Henri-Paul Rousseau, président du conseil et directeur général de la Caisse de dépôt. «Notre force, c'est la moyenne et grande entreprise», a-t-il ajouté.

Participation de 50 %

L'entente, annoncée hier avec la BDC, prévoit l'achat, par l'institution fédérale, d'un intérêt de 50 % dans un portefeuille convenu de placements privés de 0 à 2 millions de dollars auparavant géré par CDP Capital d'Amérique (anciennement géré par CDP Accès Capital). La BDC assumera la gestion de ce portefeuille et versera une somme de 20 millions pour sa participation, qui pourrait passer à 28 millions selon l'évolution des valeurs sous-jacentes.

Ce portefeuille renfermera une cinquantaine des 173 dossiers initiaux, les autres étant soit fermés (une vingtaine), soit répartis entre trois filiales de la Caisse (dont une cinquantaine de dossiers étant récupérées par CDP Capital d'Amérique). On parle d'une valeur totale estimée entre 40 et 56 millions de dollars.

Le deuxième volet porte sur un renforcement du positionnement de la Caisse dans le segment des PME dans le cadre d'un partenariat avec la BDC prévoyant la création d'un fonds de 300 millions, détenus à parts égales, et dédié à la croissance des PME canadiennes. On cible, ici, les besoins en financement qui varient entre 250 000$ et 10 millions. «La période d'investissement prévue de ce fonds est de trois ans; les deux institutions s'engagent à investir 150 millions de dollars chacune. La gestion de ces nouveaux investissements sera sous la responsabilité de la BDC. Cependant, la Caisse continuera à investir directement dans les entreprises québécoises pour tout montant supérieur à 2 millions de dollars», peut-on lire dans le communiqué diffusé hier.

Le succès dans le nombre

Le numéro un de la Caisse rappelle que le segment des 0 à 2 millions est particulier. Le succès dans ce type de capital de risque repose notamment sur le nombre de transactions proposées. «La BDC en a fait sa spécialité. Elle a une rentabilité démontrée dans ce genre de placement.» M. Rousseau pense aux 21 000 clients de la BDC et à son réseau canadien de 80 succursales. Au Québec, «la Banque dessert plus de 7500 clients et possède un réseau de 18 succursales». Le portefeuille de prêts et d'investissements en capital de risque au profit des PME canadiennes représente environ 6,6 milliards de dollars, lit-on dans le communiqué de la Caisse. «La BDC consacre entre 35 et 50 % de son activité au Québec», a fait remarquer Henri-Paul Rousseau.

Quant à la performance, le rendement du portefeuille d'Accès Capital a été de -23,9 % en 2002. Il a été de -7,7 % sur cinq ans, de -6,7 % sur sept ans. En revanche, sur dix ans, la BDC a fait du 20 %. «La BDC a une rentabilité démontrée dans ce champ d'expertise, a repris M. Rousseau. Nous, notre ticket, c'est la moyenne et grande entreprise. Dans cette niche, Capital d'Amérique a fait du rendement de 15 % en sept ans avec ses placements privés.»

Le Fonds FTQ en lice

Le choix de la BDC s'est fait au terme d'un processus d'appel de soumissions. «La proposition de la BDC s'est avérée la plus avantageuse, tant en termes financier qu'en termes de développement d'affaires pour CDP Capital d'Amérique», a affirmé la Caisse. Le Fonds de solidarité des travailleurs (FTQ) était dans la course. «La Caisse a demandé des offres spécifiques à quelques entreprises. Nous étions du nombre», a déclaré le p.-d.g. du Fonds, Pierre Genest. Sans plus de détails, M. Genest a précisé que dans sa proposition, le Fonds a rappelé sa forte présence en régions, avec ses 17 fonds régionaux. Elle a également fait ressortir que le Fonds était déjà partenaire de la Caisse dans nombre d'entreprises composant le portefeuille d'Accès Capital. «Nous avons fait une offre pour l'ensemble du portefeuille de la Caisse. Nous voulions également l'approcher pour qu'elle participe dans nos fonds régionaux», a ajouté M. Genest.

Par son offre, le Fonds de solidarité voyait également une façon d'atténuer le niveau de compétition dans les régions. Notamment dans les 250 000$ à 2 millions, un segment où il peut être très coûteux d'opérer et dont le succès repose sur l'obtention d'une masse critique. «La BDC y était déjà présente et la Caisse de dépôt s'en éloigne, du moins directement. En cela, oui, on peut affirmer que le paysage s'améliore au chapitre de la compétition avec l'annonce de la Caisse», a ajouté Pierre Genest.



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La Caisse de dépôt et la BDC s'associent pour investir dans les PME du pays

KARINE FORTIN
PC 27.8.2003

MONTREAL (PC) - La Caisse de dépôt et placement du Québec et la Banque de développement du Canada (BDC) uniront leurs forces pour soutenir la croissance des petites et moyennes entreprises (PME) du pays au cours des trois prochaines années.

Dans le cadre d'une alliance rendue publique mardi, les deux institutions se sont engagées à créer un fonds de 300 millions $ destiné aux sociétés en croissance dont les besoins en financement oscillent entre 250 000 $ et 10 millions $. Dans la plupart des cas, les investissements prendront la forme de prêts doublés d'une participation au capital.

La Caisse et la BDC consacreront chacune 150 millions $ au nouveau fonds dont la gestion sera confiée à la BDC. Une poignée d'employés, dont certains pourraient provenir de la Caisse, seront affectés à cette tâche.

D'autre part, la BDC, qui appartient au gouvernement du Canada, a aussi acquis pour 20 millions $ la moitié d'un portefeuille de placements privés n'excédant pas 2 millions $ qui était auparavant géré par CDP Accès Capital. La participation de la Caisse dans ce placement sera répartie entre ses filiales spécialisées.

Son alliance avec la BDC permettra à la Caisse de diversifier son portefeuille de prêts aux PME en s'ouvrant aux sociétés des autres provinces. Selon le président-directeur général Henri-Paul Rousseau, les montants investis au Québec devraient toutefois être égaux ou même dépasser ceux des dernières années.

"La proportion de PME au Québec est plus élevée qu'ailleurs. Nous nous attendons donc à ce qu'environ 35-40 pour cent des placements aient lieu dans des entreprises québécoises", a-t-il souligné en entrevue à la Presse Canadienne. Depuis sept ans, la Caisse a investi environ 150 millions $ dans des PME.

Les secteurs des communications, des biotechnologies et de la haute technologie seront exclus du financement puisqu'ils bénéficient déjà du soutien d'autres divisions de la Caisse. "C'est plutôt le secteur manufacturier traditionnel que l'on vise avec le fonds", a précisé M. Rousseau.

C'est la première fois que la Caisse s'associe à la BDC. M. Rousseau espère tirer de cette nouvelle alliance des rendements annuels oscillant entre 12 et 15 pour cent. Pour sa part, le vice-président exécutif de la BDC, Michel Ré, estime que le fonds pourrait avoir un rendement frôlant les 20 pour cent.

Détenue par le gouvernement fédéral, la BDC compte quelque 21 000 clients, dont environ 7500 au Québec. Elle investit dans les PME depuis plus de 60 ans. En s'associant à la Caisse, la banque souhait accroître la masse critique de son portefeuille. En 2002, ses investissements dans les PME se sont chiffrés à 70 millions $.



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La SGF s'enfonce dans le rouge
Perte de 181 millions pour le premier semestre

Francis Vailles
La Presse vendredi 29 août 2003

Mauvaise nouvelle pour les contribuables: la Société générale de financement du Québec (SGF) accumule les pertes par dizaines de millions et rien ne permet de croire que la situation s'améliorera au cours des prochains mois.

Au cours du premier semestre terminé le 30 juin, la perte nette de la société d'État s'est élevée à 181,1 millions, soit autant que celle encaissée pour toute l'année 2002 (171,6 millions). C'est la première fois que la SGF, entièrement détenue par le gouvernement du Québec, rend publics ses résultats semestriels. "Il devenait important de faire le point rapidement", a expliqué le président-directeur général par intérim, Henri Roy, en conférence de presse.

Les piètres résultats de la SGF auront tôt ou tard un impact sur les contribuables. Dans son budget, le ministre des Finances, Yves Séguin, avait prévu que la SGF ferait un profit de 74 millions pour l'année 2003-2004. Au rythme où vont les choses, le gouvernement fera plutôt face à un manque à gagner de plus de 300 millions. Québec devra combler ce trou pour boucler son budget et inscrire un déficit zéro.

Essentiellement, les pertes de la SGF peuvent être divisées en deux catégories: celles attribuables aux mauvais résultats d'exploitation de ses sociétés affiliées et celles qui s'expliquent par la baisse de valeur de certains placements.

Dans le premier cas, la quote-part des pertes absorbées par la SGF s'élève à 92 millions. Dans le second cas, les pertes de placement sont de 34 millions, auxquelles s'ajoutent la dévaluation et les provisions prises pour le producteur de magnésium Magnola et le fabricant de structures d'acier ADF, qui totalisent 98 millions. Les fluctuations du dollar canadien ont donné un coup de pouce à la SGF, qui a ainsi réalisé un gain de change de 29,7 millions sur la dette.

C'est le secteur de la haute technologie qui est principalement responsable des pertes de placement de 34 millions de la SGF. Certains placements ont dû être complètement radiés en raison de la faillite ou de la restructuration d'entreprises dans lesquelles la SGF était partenaire. Actuellement, par exemple, Alis Technologies, Amphitech International et NSI Global sont en réorganisation, parfois en vertu d'une des lois sur la faillite.

Qui plus est, la SGF continuera d'accumuler des pertes aussi importantes au cours de la seconde moitié de l'année. "Il ne faut pas espérer de grands changements dans les résultats, compte tenu des conditions du marché", a dit M. Roy.

La société d'État est à réviser systématiquement tous ses placements, une analyse qui sera terminée en octobre. En outre, un groupe de travail de sept personnes a été constitué pour revoir, entre autres, la mission de la SGF. Le groupe est présidé par Pierre Brunet, président de l'Institut canadien des comptables.

D'ici là, néanmoins, les dirigeants de la SGF admettent ni plus ni moins qu'il leur est impossible de redresser la situation à court terme. "La SGF, c'est un gros bateau qui ne se vire pas de bord rapidement", dit M. Roy.

Pas de vente de feu

Certes, la société pourrait vendre certaines de ses 147 participations et ainsi diminuer ses pertes. Néanmoins, la SGF ne veut pas se départir d'éléments d'actif si le moment n'est pas propice, car alors elle n'obtiendrait pas un gain satisfaisant. Autrement dit, pas question de faire de vente de feu.

L'an dernier, la SGF avait cédé la moitié de ses 36 millions d'actions de la papetière Domtar. En vertu de bons de souscription, elle pourra céder l'autre moitié de ce lot d'actions à la fin de cette année si le titre atteint 17,55 $ ou plus. Hier, l'action de Domtar a clôturé à 15,95 $.

Henri Roy n'a pas voulu dire s'il envisageait d'autres mises à pied. À la fin juillet, la SGF avait coupé 18 des 180 postes, dont cinq à la haute direction. De telles mesures n'auraient toutefois que des impacts modestes sur les résultats à court terme. Par exemple, les 18 postes coupés représentaient une rémunération globale de 1,5 million. Au surplus, cette somme ne réduira pas les pertes cette année, puisqu'il a fallu payer des primes de séparation.

Malgré tout, la SGF continuera d'honorer ses engagements et d'épauler ses partenaires, dit M. Roy. Certains projets seront-ils abandonnés, comme la participation de la SGF dans l'usine d'éthanol, à Varennes? Henri Roy est peu loquace, se contentant de dire que "la SGF met davantage l'accent sur des projets économiques rentables que par le passé".

Henri Roy, rappelons-le, a remplacé Claude Blanchet à la tête de la SGF avec l'arrivée au pouvoir du Parti libéral, en avril. Son poste restera intérimaire jusqu'en décembre, lorsque le gouvernement aura complété le réexamen de la mission de la SGF. M. Roy a manifesté son intérêt pour demeurer en poste.

Hier, il n'a pas été possible d'avoir les commentaires du ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, responsable de la SGF, ni ceux du ministre des Finances, Yves Séguin.



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Caisse has put nationalism ahead of numbers yet again

Andrew Willis
The Globe and Mail Friday, August 29, 2003

It's always fascinating, and often terrifying, to watch the role the Caisse de dépôt et placement du Québec plays in la belle province's biggest deals.

When it comes to backing the home side, Quebec's money manager has consistently let nationalism get ahead of the numbers. The problem can be traced to the $130-billion fund's dual mandate. The Caisse is saddled with responsibility for both earning the best possible returns, and boosting the provincial economy by supporting Quebec companies. The second part of this mission statement has contributed to disastrous forays into grocery chain Steinberg and the convergence experiment at Quebecor, along with dozens of smaller mistakes, such as the Caisse's move into high-end fashion in Montreal.

Henri-Paul Rousseau took the top job at the Caisse last year promising that on his watch, returns would come first. He acknowledged the perils of an investment philosophy that made investing in local entrepreneurs a priority, although he didn't, or couldn't, totally repudiate the money manager's dual mandate. Mr. Rousseau did say that on his watch, things would be different, and asked to be judged on performance.

Well, now we've got a deal to work with. The Caisse is waist-deep in the $1.23-billion leveraged buyout of Bombardier's recreational products division, working with descendants of the founding family and U.S. private equity fund Bain Capital.

In taking a 15-per-cent stake in the maker of Sea-Doos and Ski-Doos, Mr. Rousseau went out of his way to justify the investment on its fundamentals. His line yesterday was: "Our analysis of the new company's potential was conclusive and consistent with that done by the private investors involved in the transaction."

But in Quebec, there's more to making snowmobiles, watercraft, outboards and ATVs than just money. This industrial company is one of the province's biggest employers. It's a cornerstone of the economy, a company in which Quebeckers take justified pride. Many financial buyers or strategic buyers would have bought this company, shut the local factories, and shifted production to low-wage jurisdictions. That's not likely to happen with the Beaudoin family and Caisse in positions of power.

What needs to be recognized here is that the Caisse backed a bid for the Bombardier division that was several hundred million dollars higher than the next best offer. Several savvy private equity funds, such as Kohlberg Kravis Roberts, Onex, Texas Pacific and Blackstone, all dropped out of this auction because the stakes got too high. Obviously, Bain Capital crunched the numbers on the Ski-Doos and got comfortable with the result. But a number of well-informed fund managers are now voicing the view that Bain is overpaying. The critics are now sharpening their knives for Mr. Rousseau, getting ready to announce that it's same old, same old at the Caisse, with pensioners' money being thrown away on misguided ventures by local heroes. Only a successful pass on this investment will convince skeptics that the Caisse has changed its ways.

Going big in bonds

When it comes to the bond market, it pays to go big. Greenwich Associates has just published a report on the state of the Canadian fixed-income market. Confirming what many suspected, the U.S. consulting firm found the trading in government bonds was slowing, dropping from 72 per cent to 67 per cent of an $827-billion market last year.

Trading in provincial bonds and corporate debt was up, as these entities became more important issuers, and the federal government found it needed to sell less paper.

When it came to compensation, Greenwich found the average Canadian bond fund manager made $243,000 last year, with $139,000 of that coming as salary, and the remainder as bonus. Those running big funds, where total assets were over $2-billion, earned an average of $310,000. Banks and mutual fund managers were paid well, while those running bond funds at government-sponsored pension plans took home the smallest pay cheques, averaging $137,000.

For those interested in life south of the border, it's worth noting that the average compensation handed out to a U.S. bond fund manager was $321,000 (U.S.) last year, split between bonus and base salary. The emerging world of specialization in fixed income is making stars of those who understand distressed debt and credit derivatives. U.S. experts in these fields took home an average of more than $370,000, or more than half a million Canadian. (...)

awillis@globeandmail.ca



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PROJETS HYDROÉLECTRIQUES

Hydro-Québec n'a pas besoin de l'argent du fédéral

Marie Tison
La Presse samedi 23 août 2003

HYDRO-QUÉBEC n'a pas besoin d'une participation financière du gouvernement fédéral pour mener à bien ses projets hydroélectriques, comme l'a suggéré le ministre des Ressources naturelles du Québec, Sam Hamad.

Ce que la société d'État recherche plutôt, c'est une accélération dans le processus fédéral d'évaluation environnementale.

"Nous n'avons pas un problème de financement, a déclaré hier une porte-parole d'Hydro-Québec, Élise Proulx. Nous souhaiterions plutôt obtenir des autorisations environnementales rapidement. Nous croyons que c'est la priorité."

Dans une entrevue au Soleil cette semaine, le ministre Hamad a ouvert la porte à une participation fédérale au financement de projets hydroélectriques au Québec.

"L'argent du fédéral est bienvenu partout, a-t-il déclaré. Ça ne me dérange pas de mettre des drapeaux canadiens."

Il a expliqué qu'à partir de 2007, il y aura un resserrement de l'écart entre l'offre et la demande. Or, les mégaprojets de développement hydroélectrique sont de plus en plus coûteux et éloignés. En outre, ils se trouvent souvent en territoire autochtone, ce qui exige un certain doigté

Le ministre estime à sept milliards de dollars les projets qui pourraient être développés à moyen terme. Il a parlé de Grande-Baleine, un projet qui avait suscité une vive opposition au sein des populations cries au début des années 90, et de la Minganie, qui présenterait un potentiel de 3000 mégawatts, mais qui nécessiterait une entente avec les Innus.

Il y aurait des projets possibles dans le Grand Nord, dans l'Ungava, mais l'électricité produite reviendrait à 18 ou 19 cents le kilowattheure, ce qui ne serait pas justifiable pour l'instant. Hydro-Québec vise plutôt des coûts de six cents ou moins.

Québec serait donc intéressé à une participation financière du gouvernement fédéral, en autant qu'Ottawa respecte la compétence québécoise et le plan de développement établi par Hydro-Québec.

Mme Proulx a cependant soutenu que c'est surtout au niveau de l'accélération des évaluations environnementales que l'aide fédérale serait la plus utile.

Le développement d'un projet hydroélectrique peut prendre de 10 à 12 ans, depuis la table à dessin jusqu'à la mise en service.

"Nous nous devons de raccourcir cela le plus possible", a affirmé Mme Proulx.

Elle a indiqué que le gouvernement du Québec collaborait de plus en plus avec Hydro à ce niveau.

"Dans le cas du projet de Toulnustouc, l'évaluation environnementale a pris 12 mois du côté provincial et six mois de plus du côté fédéral, soit 18 mois, a déclaré Mme Proulx. Le Canada devrait être capable de faire ça en dedans de 12 mois."

Elle a notamment fait valoir que le processus d'approbation environnementale fédéral était particulièrement rapide dans les autres provinces dans le cas de centrales thermiques, pourtant moins "vertes" que les centrales hydroélectriques.

Elle a précisé qu'Hydro-Québec avait officiellement communiqué avec le gouvernement fédéral pour lui faire part de la nécessité d'accélérer le processus dans le cas du développement hydroélectrique.

La société d'État québécoise souhaite enfin une meilleure coordination entre le provincial et le fédéral afin d'éliminer les dédoublements.

Le ministre Hamad a mentionné que Québec était justement en train de négocier avec Ottawa pour tenter d'harmoniser les études environnementales.

Afin de raccourcir les délais de développement, il a également émis l'idée de "standardiser" le design des installations, de façon à ce qu'il puisse être utilisé pour plus d'un projet.



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Une politique énergétique à revoir

Philippe Dunsky
Directeur général du Centre Hélios, un organisme indépendant voué à la recherche et à l'expertise-conseil en énergie
Le Devoir vendredi 29 août 2003

Libre opinion: En 1996, la Commission du débat public sur l'énergie, dont j'ai eu l'honneur de faire partie, a rendu public un rapport unanime sur l'avenir de l'énergie au Québec. S'appuyant sur quelque 300 mémoires présentés par autant d'organismes et d'individus lors d'auditions dans une dizaine de villes du Québec, le rapport a été applaudi par l'ensemble des acteurs du milieu, écologistes comme producteurs, syndicalistes comme patronat. En 1997, se basant sur ce consensus surprenant, le gouvernement péquiste a adopté une nouvelle politique énergétique. Mais depuis, le contexte a changé considérablement, au point où une nouvelle politique s'impose, ce qui soulève des questions fondamentales.

Restructuration d'Hydro-Québec

Dans la foulée de l'adoption de la politique de 1997, Hydro-Québec a subi une restructuration sans précédent. Faisant écho aux transformations ailleurs dans l'industrie, la société d'État s'est en fait divisée en quatre unités d'affaires distinctes : HQ Distribution, HQ Transport (TransÉnergie), HQ Production et HQ Fournitures et Approvisionnement. (Depuis, la société s'est donné une cinquième unité, soit HQ Pétrole et Gaz.)

Ces entités sont censées être gérées de manière entièrement indépendante les unes des autres. Par exemple, lorsque HQ Distribution lance un appel d'offres pour acheter de l'énergie afin de répondre à la croissance de la demande, HQ Production peut soumissionner au même titre que des producteurs privés, et ces derniers s'attendent à un traitement non discriminatoire. Cette restructuration répondait directement aux nouvelles exigences américaines. Or la crise de 2001 en Californie a considérablement modifié le portrait énergétique états-unien au point où, aujourd'hui, il n'est plus évident que la restructuration d'Hydro-Québec soit encore pertinente et utile ou, à l'inverse, qu'elle aille assez loin. De plus, des amendements apportés in extremis par l'ancien gouvernement à la Loi sur la Régie de l'énergie ont créé leur lot de problèmes, que tous espèrent voir corrigés.

Achat de Gaz Métro par Hydro-Québec

Peu après l'adoption de la politique de 1997, Hydro-Québec a pris le contrôle financier de Gaz Métropolitain (Hydro contrôle 43 % des parts et possède des options sur 8 % supplémentaires). Or ni la commission ni la politique qui a suivi n'ont pu tenir compte des problèmes associés à cette intégration horizontale et, à l'inverse, des occasions disponibles pour optimiser le portefeuille énergétique du Québec.

Ratification de Kyoto

La ratification du protocole de Kyoto par le Canada et l'appui unanime offert par le Québec à cet égard ont des implications importantes pour le secteur de l'énergie. Pris entre l'arbre de Kyoto et l'écorce des centrales thermiques au gaz naturel actuellement à l'étude, le Québec n'a d'autre choix que d'actualiser sa politique en faveur d'une meilleure performance énergétique (les «négawatts»), des énergies dites vertes (dont l'éolien au premier plan) et du recours intelligent à la cogénération et à certains projets hydroélectriques conçus selon les règles de l'art.

Les énergies nouvelles

Lors de l'adoption de la politique de 1997, les énergies nouvelles en étaient encore à leurs premiers balbutiements. Depuis, le marché éolien a plus que quintuplé, atteignant un chiffre d'affaires de quelque 13 milliards par an et, surtout, une croissance annuelle de l'ordre de 33 %. (La multinationale General Electric s'investit massivement dans cette filière avec l'espoir de compenser la baisse des ventes de ses turbines au gaz et hydroélectriques.) Hydro-Québec a récemment lancé un premier appel d'offres d'importance à cet égard mais limité à une seule région, la Gaspésie. La Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent et le Grand Nord offrent pourtant des occasions très intéressantes qui méritent d'être pleinement exploitées. Par ailleurs, tant la biomasse que la récupération de la chaleur industrielle offrent elles aussi des occasions économiques et environnementales, dont l'exploitation devrait être encouragée dans une nouvelle politique.

L'efficacité énergétique

Comme ce fut souvent le cas depuis plus de 20 ans, les bonnes intentions en efficacité énergétique, présentes notamment dans la politique énergétique de 1997, ont rapidement donné lieu au désintéressement général et donc au sous-financement significatif. La plateforme libérale à ce sujet propose un prélèvement stable et prévisible pour financer un effort plus musclé en la matière. Il s'agit là non seulement de l'approche privilégiée par la plupart des régions de l'Amérique du Nord mais aussi de la meilleure stratégie pour le Québec compte tenu de ses propres particularités. Un effort important en cette matière peut éliminer le besoin de plusieurs centrales d'envergure -- et les problèmes environnementaux afférents -- à des coûts significativement moindres. Reste à voir comment ce prélèvement sera réalisé dans la pratique.

Chauffage au gaz naturel

Il fut un temps où la suggestion de délaisser l'hydroélectricité pour les besoins de chauffage était vue comme une hérésie. (C'est ainsi que j'ai moi-même réagi la première fois qu'on m'en a fait mention, voilà une douzaine d'années.) Depuis, tant le contexte énergétique que la perception publique ont suffisamment évolué pour que la proposition soit débattue sérieusement.

En effet, comment ne pas se poser la question lorsqu'on sait que les centrales thermiques, pour produire de l'électricité, brûlent le gaz à environ 50 % d'efficacité alors que le chauffage direct par de nouvelles chaudières au gaz peut atteindre les 90 % et plus ? Mais gare aux réponses faciles : la décision devra tenir compte d'un ensemble complexe d'enjeux et de scénarios d'avenir, dont l'évolution du prix du gaz (en hausse), notre capacité à augmenter la production d'énergie «verte» et l'intégration éventuelle des États-Unis à l'effort mondial de lutte contre les changements climatiques.

Une politique rafraîchie et modernisée

Ce ne sont là que quelques-unes des questions auxquelles le Québec d'aujourd'hui doit faire face et qui ne trouvent pas de réponse dans la politique énergétique de 1997. D'autres concernent par exemple la gestion des réservoirs hydrauliques, l'exploration gazière dans le golfe du Saint-Laurent, le rôle des exportations d'électricité et la place qu'occupera le Québec dans les filières à long terme, dont l'hydrogène.

Depuis la dernière politique de 1997, de nombreux États et provinces autour de nous ont adopté des mesures particulières à l'égard de chacun des enjeux présentés ci-dessus. À l'issue de la réflexion collective que lancera assurément le nouveau gouvernement provincial, il est à espérer que le Québec sera doté d'une politique rafraîchie et modernisée, enracinée solidement dans le nouveau contexte énergétique, à la hauteur du protocole de Kyoto et des ambitions «vertes» du gouvernement et permettant d'assurer la sécurité énergétique du Québec de façon économiquement efficace.



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The real Trudeau airport

The Ottawa Citizen Tuesday, August 26, 2003

Éditorial - What could have prompted the federal government's recent decision to rename Montreal's Dorval airport for Pierre Elliott Trudeau? It is the wrong choice in ways large and small.

Mr. Trudeau has many fans in Canada, so we will avoid any ungracious suggestion that a more appropriate tribute would be to name, say, a western separatist movement after him, or a big piece of the national debt. But we do want to ask, why an airport and why Dorval?

As to the first, of course Lester Pearson has an airport named for him, and no sensible Liberal would claim the money it cost to rename Toronto airport would have been more appropriately spent improving it. But while Mr. Trudeau was noted for various enthusiasms, jet travel was not among them. If you ask Canadians to imagine him, most will almost certainly see him in a canoe in some remote and beautiful place. The proposal to rename Yukon's Mt. Logan in his honour was a blunder, but that doesn't mean that a mountain or a national park shouldn't bear the name of Pierre Elliott Trudeau.

Still, if it must be a Montreal airport, Dorval is the wrong choice because Mr. Trudeau's strong support for its rival, Mirabel, severely curtailed its business and sent many international travellers to Toronto instead. Besides, like Mirabel, Mr. Trudeau seemed utterly modern and cool at the time, but is now something of an anachronism.



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Dorval airport's new name doesn't fly

L. IAN MACDONALD Freelance
The Montréal Gazette Wednesday, August 27, 2003

If an airport is to be renamed for Pierre Trudeau, let it be Mirabel, the white elephant he built in the 1970s, rather than Dorval, which was nearly destroyed in the process.

Mirabel was designed as the airport of the supersonic transport, but it became redundant years before it opened in October 1975, when U.S. president Richard Nixon formally cancelled the SST project in 1971, a year after Congress stopped funding it. The only supersonic ever built, the Anglo-French Concorde, was purchased only by British Airways and Air France and never flew to Montreal on a commercial basis.

But the Trudeau government went ahead with Mirabel anyway, pouring billions into building a completely unnecessary airport. Farmers were thrown off their lands in a massive expropriation meant to absorb sonic booms that were never heard. Airlines, in spite of their protests, had to relocate international flights from Dorval to Mirabel.

Many international carriers responded by simply flying right past Montreal and landing in Toronto instead. And Dorval, once Canada's busiest airport, was relegated to domestic and U.S.-gateway status. Connecting passengers had to endure a 50-kilometre bus ride between the two terminals. Like the airlines, many of them preferred to connect through Toronto, as well.

The Quebec government never finished Autoroute 13, the main highway linking the two airports. And a proposed high-speed rail link was never built. Mirabel, the world's largest airport in terms of land assembly, never received more than a few million passengers per year. But Dorval, hobbled by the loss of international traffic, was allowed to decline for decades.

It was only in the late 1990s that Aéroports de Montréal acknowledged the Mirabel fiasco by returning international flights to Dorval. The upgrades of Dorval's infrastructure, decades overdue, are being financed by a $15 departure tax known by the lovely euphemism, airport-improvement fee.

And now, irony of ironies, Dorval, or more properly Montreal International Airport at Dorval, is being renamed for Trudeau, whose government nearly ruined it. Does this mean no more YUL as we know it, and the beginning of PET on luggage tags?

Many things could, and should, be named for Trudeau. Dorval airport isn't one of them. Quite apart from the Mirabel mess, the Trudeau government and then Transport Minister Jean Marchand thoroughly bungled transportation policy in the 1970s.

Trudeau's impressive legacies are in other areas of public policy, notably the constitution and minority language rights. It would be much more appropriate to name a law library or a human-rights centre in his honour. Trudeau was also a great outdoorsman and expert canoeist who annually joined a group in a gruelling canoe trip in the northern territories. Naming one of those canoe routes in his honour would have been entirely fitting.

Jean Chrétien could have done it with the stroke of a pen, as he has done with Dorval. Such is the unique power of the prime minister in our system. He names cabinet ministers, parliamentary secretaries, senators, judges, ambassadors and executives and board members of all crown agencies. He even gets to rename major airports without consulting anyone.

In fairness to Chrétien, he is not the first prime minister to do so. Trudeau himself, shortly before leaving office, renamed Toronto Airport for Lester B. Pearson. Brian Mulroney re-named three airports, Saskatoon for John Diefenbaker, Quebec City for Jean Lesage and Ottawa for the twin fathers of Confederation, Macdonald and Cartier.

Trudeau was clearly one of the most important prime ministers since the Second World War, but naming Dorval Airport in his honour is inappropriate.

It also takes no account of history. Dorval opened in 1941 and was the headquarters for the famed RAF Ferry Command, which flew thousands of aircraft to Britain from Montreal via Gander and Goose Bay: Avro Lancaster bombers, B-25s, Venturas, Mitchells and De Havilland Mosquitos.

Later reorganized as Number 45 Group of the RAF Transport Command, there were more than 1,300 people based there at the height of the war, including at least 600 members of the RCAF. In 1944 alone, more than 3,700 planes were delivered from Montreal to Europe. In all, more than 9,000 planes were delivered to the Allied command during the war.

The victory in the skies of Europe began on a runway at Dorval. It does no honour to those who flew with such distinction to rename their base in memory of one who declined to serve at all.

imacdonald@irpp.org



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Le monarque Chrétien

Bernard Dufourd
LE DEVOIR mercredi 27 août 2003

Lettres: Montréal, août 2003

Voilà que l'aéroport de Montréal a été rebaptisé sous le vocable de PET. Choix très discutable quand on connaît le mépris que les Québécois portent à cet homme politique. Toujours est-il que Jean Chrétien a maintenant décidé de laisser son héritage royal à ses sujets.

À la tête d'un pays où il n'y a qu'un seul parti politique, le Canada ressemble de plus en plus à une monarchie. Comme pour toutes les royautés, leurs rois prennent plaisir à vivre dans la controverse et, dans le cas de M. Chrétien, les Canadiens ont été servis à souhait. Ridiculisé, adulé, craint, méprisé, controversé, ce chef d'État se comporte comme un vieux dictateur des belles années. Les fédéralistes devraient s'inquiéter d'assister ainsi à la dérive de «leur» pays. Et si le meilleur restait à venir ?



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