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Israël, un État juif et démocratique

Julien Bauer
Professeur au département de science politique de l'Université du Québec à Montréal
LE DEVOIR lundi 4 août 2003

Le Canada a comme chef d'État la Reine qui est aussi chef de l'Église anglicane. La constitution évoque Dieu. Les privilèges des Églises catholiques et protestantes sont enchâssés dans la Charte des droits et libertés et confirmés par la Cour suprême. Les prêtres font fonction d'officiers d'état civil pour les mariages. Le système politique impose des coutumes religieuses spécifiques comme la fermeture des entreprises à Noël.

Auteur des ouvrages : Les partis religieux en Israël, Que sais-je ? 1991 et 1998, Politique et religion, Que sais-je ? 1999 et Le système politique israélien, Que sais-je ? 2000

Chaque point de cette énumération que l'on pourrait continuer est exact. Se limiter à elle serait donner une image tronquée de la réalité. C'est pourtant ce que présente Louis Gill (Le Devoir, mardi 29 juillet) lorsqu'il parle d'Israël.

Israël, un État juif

Israël juif n'est pas plus étonnant que Québec français, Russie russe ou Italie italienne. Accuser Israël d'être juif, c'est interdire au peuple juif, et au seul peuple juif, le droit à l'autodétermination. Le fait qu'Israël soit un État juif a été voulu par les Juifs eux-mêmes mais, ce qu'oublie ou ignore Louis Gill, a été reconnu par le droit international.

Le mandat sur la Palestine attribué par la Société des Nations à la Grande-Bretagne, en 1922, est une reconnaissance internationale du lien historique du peuple juif avec sa terre d'origine et comprend l'expression : foyer national juif.

La Résolution 181 de l'Assemblé générale de l'ONU du 29 novembre 1947 est également explicite : elle vise à créer deux États, un arabe et un juif. Reprocher à Israël d'être ce qu'il est, un État juif, est non seulement suspect -- reproche-t-on aux États musulmans, y compris ceux à fortes minorités non-musulmanes d'être musulmans ? -- un bel exemple de révisionnisme où près d'un siècle de droit international est récusé. Bien plus, l'article 7 du Mandat prévoyait que des dispositions seraient prises pour faciliter aux Juifs qui immigreraient de façon permanente en Palestine l'acquisition de la citoyenneté.

La citoyenneté

La citoyenneté israélienne s'acquiert de quatre façons : naissance, résidence, Loi du retour, naturalisation.

Naissance et résidence signifient qu'une personne née en Israël ou qui y résidait lors de la création de l'État est ipso facto citoyen israélien.

La Loi du Retour est l'expression juridique du lien entre peuple juif et Israël. Tout immigrant juif qui en fait la demande acquiert la citoyenneté, à de rarissimes exceptions près comme les collaborateurs avec les nazis. L'objectif est à la fois idéologique et humanitaire : donner immédiatement des droits de citoyens aux immigrants pour la plupart apatrides, que ce soit des survivants de la Shoah, les Juifs expulsés des pays arabes ou ceux qui, en quittant l'URSS, perdaient leur citoyenneté soviétique.

Les Juifs qui émigrent des pays démocratiques ne demandent généralement pas à profiter de la Loi du Retour. Ils préfèrent passer par la loi sur la naturalisation qui stipule qu'un immigrant reçu peut acquérir au bout de cinq ans, dont trois de résidence en Israël, la citoyenneté israélienne. Cette loi est également utilisée par les immigrants reçus non-juifs depuis le père Dubois, prêtre catholique français devenu citoyen israélien et professeur de philosophie à l'Université jusqu'aux réfugiés de la mer vietnamiens.

Pour les raisons évoquées plus haut, Israël encourage une immigration juive. Malgré ce qu'en dit Gill, l'Allemagne, qui a sa propre loi du retour pour les descendants d'Allemands, même si le lien physique avec l'Allemagne a été coupé pendant des siècles, et le Québec, qui favorise une immigration francophone, ont des lois similaires. Au passage, l'envolée lyrique de Gill sur l'immigration au Québec «sans considération de langue» et autres nous montre qu'il n'a jamais lu les documents publics à ce sujet : le Québec et le Canada accordent un traitement privilégié aux francophones et... aux détenteurs de capitaux qui investissent au pays.

Selon Gill, que des députés arabes soient membres de la Knesset n'est pas une preuve de démocratie car tout candidat doit reconnaître qu'Israël est l'État du peuple juif. Là encore, Gill a des trous de mémoire. La Cour suprême d'Israël a déjà interdit des partis politiques juifs extrémistes mais a autorisé des partis politiques arabes extrémistes. Lorsque le Parti progressiste pour la paix de Miari a non seulement indiqué qu'il était aux ordres d'Arafat, un ennemi d'Israël, qu'il souhaitait la victoire des armées arabes, donc la défaite d'Israël, qu'il rejetait dans son programme électoral tout lien entre Israël et peuple juif, la Cour suprême a néanmoins jugé que ce parti pouvait se présenter aux élections. Autoriser un parti qui souhaite la victoire de l'ennemi est une manifestation de démocratie peu banale.

Israël, un État religieux ?

Dans la mesure où les notions de peuple juif et de religion juive sont inextricablement liées, parler de l'un sans l'autre n'a aucun sens. Il y a plus de 25 ans, Léo Moulin avait déjà remarqué que «le facteur religieux peut être et a été un facteur puissant de conscience politique» (Res Publica, 1975, p270). Les Juifs, chassés de leur pays et vivant en exil (en hébreu, on ne dit pas diaspora, dispersion mais galout, exil) se sont raccrochés au judaïsme au point où le terme juif signifie à la fois membre du peuple juif et adepte du judaïsme.

Israël est un État multiconfessionnel. Le judaïsme n'est pas la religion de l'État. Que quatorze religions, dont le judaïsme, soient reconnues par l'État est, selon Gill, la preuve de discrimination contre les autres. On croit rêver. Si Gill tient réellement à ce que tous les groupes religieux soient reconnus, qu'attend-il pour lancer une croisade afin que toutes les religions au Canada, y compris les chrétiens ni catholiques ni protestants, jouissent des mêmes privilèges que les deux églises supérieures ? Sait-il que le 21 novembre 1996, la Cour suprême a réaffirmé les droits et privilèges des «Écoles séparées», catholiques et protestantes, au détriment de toutes les autres écoles religieuses ?

Un système différent

Le système israélien est fort complexe et très différent du nôtre. Cela n'en fait pas automatiquement un système mauvais en soi. Il s'inspire du millet ottoman qui donnait à chaque minorité ethno-religieuse une autonomie reconnue par l'État, le chef de la communauté religieuse étant considéré comme leader politique de la communauté.

En Israël, à côté des tribunaux civils existent des tribunaux religieux, incorporés à l'État, qui ont juridiction sur le statut personnel, c'est-à-dire les mariages et, dans une moindre mesure, les divorces. Le système impose une identification religieuse à tous car le mariage civil n'existe pas. La Loi fondamentale sur la justice, une de ces lois qui jouent le rôle de constitution -- ce qui soulève l'ire de Gill -- dit explicitement qu'au nom de la «justice naturelle», la Cour suprême peut réviser les décisions des tribunaux religieux. Ce système hybride est contestable mais s'explique par l'histoire, le droit et la politique. Les seuls qui le remettent en cause sont les Juifs. En effet, pour les minorités en Israël, chrétiennes, musulmanes, bahaie, druze et autres, ces tribunaux religieux publics sont une officialisation de leur autonomie. Tous ces groupes religieux, conscients de la réalité au Proche-Orient, craignaient qu'un système unique, juif religieux ou israélien laïc, ne devienne un instrument d'assimilation à la majorité de la société, donc aux Juifs. Au nom d'une conception éthérée de la laïcité, Louis Gill propose ni plus ni moins que de restreindre les droits des minorités en Israël.

La multiconfessionnalité se trouve également au niveau municipal. Les municipalités ont le droit de respecter le calendrier religieux de leurs habitants. Toute municipalité chrétienne ou musulmane, au lieu d'appliquer de façon obligatoire la loi sur le repos hebdomadaire qui, en Israël, fait du Chabbat, le samedi, un jour chômé, offre des services le samedi mais ferme ses portes soit le dimanche, soit le vendredi. Imaginez que Côte Saint-Luc décide d'ouvrir ses bureaux le jour de Noël et de les fermer à Kippour, Louis Gill parlerait d'atteinte inadmissible à la laïcité, laïcité qui, en fait, permet à la majorité chrétienne d'imposer son calendrier aux minorités religieuses. Gill devrait se souvenir qu'à la très laïque Université du Québec à Montréal, Vendredi et Lundi de Pâques sont fériés. Là encore, la logique laïque à la Gill, non content de mépriser les coutumes religieuses autres que catholiques au Québec, diminuerait les droits des minorités religieuses en Israël.

Les relations entre État et société, religion et politique, laïcité et Églises posent des problèmes pour toutes les sociétés. Aucun État n'a encore découvert la solution parfaite. Israël, malgré un environnement hostile, continue à consolider la réalité d'un État à la fois juif et démocratique.



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Un grotesque galimatias

Jacques Picard
LE DEVOIR lundi 4 août 2003

Lettres: Montréal

Je pense qu'il est inutile de commenter en détail l'article de M. Denis Gaumont (intitulé «De la démocratie et son usage en Israël») publié le 22 juillet, en réponse au professeur Jean-Charles Chebat. Il s'agit d'un grotesque galimatias, incohérent, et touffu de falsifications historiques, notamment sur la Guerre des six jours; (le lecteur intéressé et soucieux de vérité n'aura qu`à consulter les quotidiens de mai-juin 1967 pour s'en rendre compte).

Un élément de cet article me paraît cependant révélateur et intéressant à relever.

Il s'agit de l'affirmation de M. Gaumont que reprocher aux intellectuels bien pensants leur acharnement contre Israël, alors qu'ils font preuve de frilosité intense à l'égard d'exactions bien plus sérieuses commises en Algérie, Arabie saoudite, Syrie, Russie, Chine et ailleurs; cela, c'est tenter de noyer le poisson dans l'eau.

Cela me rappelle cette anecdote des années trente à l'université Harvard où un professeur essayait de justifier une politique de quotas contre les étudiants juifs sous prétexte que ces derniers «trichaient».

À un collègue qui lui faisait remarquer que les étudiants protestants trichaient au moins autant, il rétorqua : «Ah !, n'essayez pas de changer de sujet.»

Utiliser deux poids deux mesures, en focalisant ses critiques à l'égard d'Israël de manière sélective, et en lui imposant des normes de conduite plus sévères qu'aux autres, c'est de la discrimination. La discrimination (comme le rappelait il y a quelque temps Charles Krauthammer dans le magazine Time), quand elle se fait aux dépens de gens de couleur cela s'appelle du racisme; quand elle se fait aux dépens des femmes c'est du sexisme, et quand elle se fait aux dépens des juifs, c'est de l'antisémitisme, et ceci, même si celui qui l'exerce est juif ou de surcroît israélien.



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Le fin mot de l'histoire:
«J'en appelle à toutes les mères» - Marie-Antoinette

Pierre Rousseau, Historien et architecte
LE DEVOIR lundi 4 août 2003

Au XVIIIe siècle, après des décennies d'antagonisme, Bourbon et Habsbourg décident de s'allier afin de renforcer leurs puissances désormais chancelantes. Ainsi, en 1770, le futur Louis XVI, petit-fils du roi de France Louis XV, épouse Marie-Antoinette, fille de l'impératrice d'Autriche Marie-Thérèse. Âgés de seize et quatorze ans, Louis et Marie-Antoinette scellent l'amitié des deux grandes dynasties royales.

En 1774, Louis XVI monte sur le trône de France. Conscient de la nécessité des réformes, mais de caractère faible et indécis, il ne réussit pas à imposer ces changements à une aristocratie qui voit en eux un obstacle au maintien de ses nombreux privilèges. Tout au long de son règne, loin de réformer l'État, Louis XVI, mal conseillé, aggrave les difficultés de la France.

Pendant ce temps, la reine se fait de nombreux ennemis. Par ses dépenses excessives, ses manquements à l'étiquette, les avantages démesurés qu'elle accorde à ses favoris Marie-Antoinette réussit à scandaliser à la fois l'aristocratie, la bourgeoisie et le peuple. Mais pire encore que sa frivolité, on lui reproche de servir contre la France les intérêts de l'Autriche en influençant le roi.

Le public lui colle alors l'étiquette d'Autrichienne dont elle ne se départira plus jamais. Quelques années plus tard, lorsqu'elle sera devenue digne de son rang, il sera trop tard pour espérer obtenir la clémence du peuple. Dans un pays où règnent les privilèges et la richesse pour les uns, les injustices et la pauvreté pour les autres, où le roi est hésitant et la reine impopulaire, où les réformes, pourtant essentielles, ne viennent pas, il est clair que tout peut arriver.

C'est ainsi qu'éclate en 1789 la Révolution. Le 14 juillet, c'est la prise de la Bastille. Une monarchie constitutionnelle s'installe alors peu à peu tandis que Louis XVI, encouragé par Marie-Antoinette à résister aux changements provoqués par la Révolution, accepte mal la perte de son pouvoir absolu. En août, l'abolition des privilèges de la noblesse est votée. Puis c'est la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Se méfiant du nouveau régime, la famille royale tente de fuir, mais est interceptée à Varennes en juin 1791. En avril suivant, la guerre est déclarée entre la France et l'Autriche. Convaincus que la défaite de la France révolutionnaire redonnerait à la royauté toute sa puissance, Louis XVI et Marie-Antoinette souhaitent secrètement la victoire de l'Autriche. Leurs espoirs s'effondrent lorsqu'en septembre 1792, la royauté est abolie, la République proclamée et le roi mené devant le tribunal. Reconnu coupable de conspiration et de trahison, Louis XVI est condamné à mort et décapité le 21 janvier 1793. Au mois d'octobre suivant, s'ouvre le procès de Marie-Antoinette.

Les soixante-dix jours passés à la Conciergerie, l'ont épuisée. Malgré sa fatigue, elle réussit à rassembler l'énergie qu'il lui reste, car c'est dignement que Marie-Antoinette veut affronter le tribunal révolutionnaire. Elle répond d'ailleurs avec assurance et fermeté à toutes les questions qui lui sont posées. Le polémiste Jacques Hébert décide alors d'apporter un témoignage accablant pour l'accusée. Convaincu de lui porter le coup de grâce, il accuse Marie-Antoinette d'inceste. En effet, elle a, selon Hébert, fait subir à son jeune fils de huit ans cette terrible épreuve. Mais aussitôt lancée, l'accusation provoque un profond silence dans toute l'assemblée. Contrairement à ce qu'espérait l'accusateur, aucune manifestation de haine ne se produit à l'encontre de cette mère que certains voudraient indigne. Personne, en effet, ne souscrit à cette attaque. Quant à elle, Marie-Antoinette ne daigne même pas répondre à une si vile accusation. Mais lorsqu'un des jurés fait remarquer que l'accusée n'a pas répondu à la charge portée contre elle, Marie-Antoinette se lève brusquement, et fièrement, elle répond d'une voix forte : «Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère. J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici.» Une vive émotion traverse alors la salle.

Comme elle, les femmes se sentent blessées par une telle accusation. En cet instant tragique, ce témoignage vaut à Marie-Antoinette un grand triomphe moral.

Mais dès le lendemain, elle doit encore lutter. Finalement, son combat contre le tribunal révolutionnaire aura duré quinze heures le premier jour et plus de douze le second. Lorsque les jurés se retirent pour délibérer, il est plus de minuit. Mais malgré toutes les attaques personnelles dont elle a été victime, les jurés ne doivent pas décider si Marie-Antoinette est une femme gaspilleuse, frivole ou incestueuse mais uniquement si elle est coupable d'avoir été en relations avec l'étranger et d'avoir souhaité et favorisé la victoire des armées ennemies. En somme, le jury doit décider si Marie-Antoinette a trahi la France.

À quatre heures du matin, les jurés, à l'unanimité, déclarent l'accusée coupable. Marie-Antoinette sera guillotinée. Il ne lui reste plus qu'à mourir dignement.

Vers onze heures, le matin du 16 octobre 1793, une charrette l'attend devant les portes de la Conciergerie. Alors qu'elle s'avance, personne n'ose lancer les railleries habituelles. Tout le long du chemin, Marie-Antoinette ne démontre aucune défaillance. Puis c'est l'arrivée sur l'immense place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde). La charrette s'arrête devant l'échafaud et avec un air calme et tranquille, refusant toute assistance, elle en monte l'escalier. Les bourreaux la saisissent, la couchent sur la planche et placent sa nuque sous le couperet. Un d'entre eux tire aussitôt la corde et la lame tombe. Puis alors qu'il brandit la tête de Marie-Antoinette, la foule crie : «Vive la république !» Tout est fini, mais Marie-Antoinette a su mourir dans la plus grande dignité et démontrer à tous jusqu'où pouvait aller la grandeur d'une vraie reine.



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Le Québec veut s'intégrer à la francophonie canadienne

Mathieu Bélanger
Le Droit Le lundi 04 août 2003

Ses propres leviers politiques et économiques bien en main, combiné à une menace du " séparatisme " éclipsée pour au moins les quatre prochaines années, le Québec n'a plus de défaites pour ne pas s'intégrer à l'ensemble de la francophonie canadienne.

En accord sur ce point, le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, et le directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Richard Barrette, conjugueront leurs efforts, au cours des prochaines années, pour remettre la dualité linguistique du pays à l'avant-plan de la scène politique.

" Sous le régime péquiste, le Québec n'osait pas s'intégrer à la francophonie canadienne pour des raisons évidentes, lance M. Pelletier, sorti de ses vacances, le temps d'une entrevue téléphonique avec Le Droit. Sous les anciens gouvernements libéraux, les Québécois étaient beaucoup plus centrés sur eux-mêmes. L'identité était au coeur du débat politique afin que les Québécois se sortent du carcan de la minorité pour se définir comme une majorité à l'intérieur de leur territoire. Il n'était pas question, à cette époque, de s'associer à des gens minoritaires. "

C'est précisément ce courant de pensée que le ministre Pelletier veut détruire afin que le Québec assume son rôle de leader dans une francophonie canadienne unifiée. " Nous voulons revoir la politique linguistique du PQ de 1995 afin de l'actualiser et de lui apposer la signature libérale ", fait savoir M. Pelletier.

Cette nouvelle philosophie devrait se réaliser en concertation avec toutes les communautés francophones du Canada. " Le Québec n'imposera plus sa politique linguistique aux communautés francophones hors de sa province, insiste le ministre. Cela va donner lieux à des rencontres très symboliques entre les communautés. "

Québec veut augmenter le nombre d'accords de partenariats avec les communautés francophones dispersées aux quatre coins du Canada. " Cela passe par la sensibilisation des autres gouvernements provinciaux aux multiples difficultés qu'éprouvent les francophones vivant à l'intérieur de leurs limites territoriales ", ajoute M. Pelletier.

Selon le ministre, le Québec trouvera facilement son compte à ce que les francophones du Canada puissent s'exprimer d'une voie unifiée. " De plus, le Québec a besoin du rayonnement de la langue française parce que cela va dans le sens de ses intérêts les plus chers ", note-t-il.

Dès l'automne, un processus de consultation sera entamé afin de multiplier les échanges économiques, culturels, informatiques et ceux au plan de l'éducation.

" Je veux aussi revoir le mandat des Bureaux du Québec à Toronto, Vancouver, Ottawa et Moncton, afin qu'ils deviennent plus actifs ", ajoute M. Pelletier.



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Bloc facing election disaster

CHANTAL HÉBERT
THE TORONTO STAR Aug. 4, 2003

The Bloc Québécois has always been the odd bird of federal politics; a party designed to help Quebec fly the coop of Parliament rather than make its nest in power.

Since the last election, it has morphed into an ostrich, spending the better part of the past three years with its head stuck in the sand while one political storm after another has battered the Quebec sovereignty movement.

Over that same period, the NDP, the Canadian Alliance and the Tories have all toyed with big makeovers. Every other party has also changed its leadership.

But the Bloc has done neither. On the contrary, it has seemed nothing could prod the party into reassessing its place or its purpose.

When premier Lucien Bouchard abruptly retired shortly after the Chrétien Liberals overtook the Bloc in the popular vote in Quebec in the 2000 election, his blunt assessment that the federal results meant sovereignty was not about to be achieved anytime soon seemed to fall on deaf ears.

When some of the Bloc's up-and-coming young MPs decided to seek a more productive future on the provincial scene, their departures were treated as one-day wonders. When all but one failed to capture a provincial seat, many Bloc members felt vindicated in their decision to stick to the safer, better paid, federal scene.

When the Quebec Liberals wrestled power from the PQ last April, the Bloc again maintained it was business as usual.

Just a fortnight before the Quebec election, the BQ held a general convention where it massively endorsed leader Gilles Duceppe and an agenda designed to stay the course between now and the next federal election.

These days, polls show the Bloc — which vaulted to the top opposition spot in Parliament a decade ago — could finish the next election in last place. But party strategists insist they have a better-than-even chance of hanging on to the bulk of their 34 seats.

They argue they will be going in the next campaign in better strategic shape than the PQ. Many of its seats were lost as a result of a three-way split in the vote, with the Action démocratique party siphoning off a lot of traditional sovereignist support.

In the federal campaign, the Bloc will be in a one-on-one fight with the Liberals. No other party is set to have an impact in Quebec in the next election.

The Bloc will also be going into the campaign with more money than it has ever had.

When Prime Minister Jean Chrétien's new political financing bill becomes law early next year, the BQ will be on the receiving end of a rich federal subsidy.

That could not come at a better time. Without an ally in government in Quebec city, contributions to the Bloc have become harder to come by.

Finally, now that the PQ is no longer in government in Quebec, the Bloc expects sovereignists to rally to its cause to salvage a strong voice in Parliament.

It also feels it stands to benefit from any backlash against provincial Liberal policies.

So far, all these assumptions amount to a leap of faith on the part of the Bloc.

Although the advent of federalist government in Quebec has historically tended to translate into a surge in nationalist passions, that has not happened yet. On the contrary, there are those who feel the time is ripe to assess whether creating the Bloc might not have been a grievous strategic error.

In some sovereignist circles, there is a feeling the Bloc may have had a counterproductive impact on sovereignty, that its presence in Parliament did more to make Quebecers feel comfortable with federal institutions than to enhance its cause.

Alone of the four opposition parties, the Bloc has actually lost seats to the Liberals since the last election.

A set of by-elections in June cost the sovereignist party its claim to being Quebec's main federal voice. By adding two long-held Bloc seats to their take, the Liberals ended up with the majority of Quebec seats for the first time in two decades.

The recent Chrétien agenda is more popular in Quebec than anywhere else in the country. As is Liberal front-runner Paul Martin.

There is talk that his Quebec election lineup could include a string of high-profile outsiders, including popular broadcaster Jean Lapierre, a former Liberal MP who was a founding member of the Bloc.

The next Quebec battle will hardly be as crucial to the unity of Canada as the ones of the past decade. But the stakes will be high for both main contenders.

The Bloc will be fighting for its life.

Whether it emerges as the dead duck of the next election, or as the sovereignist phoenix that rises from the ashes of the recently defeated PQ government, could end up making the difference between a majority or a minority Liberal government.

Chantal Hébert is a national affairs writer. Her column appears Monday, Wednesday and Friday. chebert@thestar.ca.